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ORAL DU BAC FRANÇAIS (REVISION)

La mort des amants

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères, (10)


Des divans profonds comme des tombeaux, (comparaison divans-tombeaux)
Et d'étranges fleurs sur des étagères, (Allitérations)
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux. (Allitérations)

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières, (enjambement)


Nos deux cœurs seront/deux vastes flambeaux, (L’hémistiche) (Allitérations)
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, / ces miroirs jumeaux. (L’hémistiche)

Un soir fait de rose et de bleu mystique,


Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;

Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,


Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.

La mort des amants, écrit par Charles Baudelaire, ouvre la dernière section de son recueil les
fleurs du mal, appelée « la mort ». Dans cette section, le poète présente la mort comme une
libération au lieu d’une crainte car elle permet d’échapper au spleen (dans le monde de
Baudelaire, c’est la partie du corps qui extrait la mélancolie). Charles Baudelaire était un
poète qui osait écrire des œuvres qui choquent la société. Les Fleurs du Mal lui-même était
un scandale et a été censuré. C’était qu’après sa mort que ce recueil devient un grand succès.
Dans « La mort des amants », Baudelaire nous présente une vision spiritualisée de l'amour
au-delà de la vie.
Question : ???
Plan : 1) la vision idéalisée et absolue de l’amour 2) Mort, un accès possible à l’idéal

I/Une vision idéalisée et absolue de l’amour


A- Un amour fusionnel
L’amour évoqué dans « la mort des amants » est un amour absolu, fusionnel.
Le poète évoque d’abord l’amant comme un double qui lui permet de former un couple
parfait.
On trouve ainsi un champ lexical du double : « nos deux cœurs », « deux vastes flambeaux,
« doubles lumières, « nos deux esprits », « miroirs jumeaux ».
Dans le second quatrain, l’anaphore de « nos deux » insiste sur la dualité du couple.
Par ailleurs, la coupure régulière des décasyllabes à la césure en deux hémistiches égaux
accentue la symétrie de l’harmonie du couple :
- nos deux cœurs seront/deux vastes flambeaux (5/5)
- Dans nos deux esprits, /ces miroirs jumeaux (5/5)
De plus, la première personne du pluriel est dominante : « nous aurons », « pour nous »,
« nos », « Nous échangerons ».
On note aussi que le pluriel est omniprésent : « des lits pleins d’odeurs légères », « des divans
profonds comme des tombeaux », « d’étranges fleurs sur des étagères », « écloses », « des
cieux plus beaux », « leurs chaleurs dernières », etc…
Or, des le premier tercet, on passe progressivement du pluriel au singulier, du deux à l’un :
« un soir fait de rose bleu mystique », « un éclair unique », un long sanglot », « un Ange ».
Les amants jumeaux fusionnent à travers cet « éclair unique ». Ils ne font plus qu’un et
plongent ensemble dans le néant (nothingness).

B- Un amour Sensuel
L’amour des deux amants est d’abord un amour sensuel.
La sensualité se manifeste à travers la synesthésie. On retrouve évoqués dans le poème quatre
des sens principaux :
- L’odorat : « les odeurs légères », « étranges fleurs »
- La vue : « cieux », « réfléchiront leurs doubles lumières », « miroirs », « de rose et de bleu
mystique », « un éclair unique »
- L’ouïe : « un long sanglot »
- Le toucher : « lits », « divans profonds », « chaleurs », « flammes »

A ces sens correspondent les quatre éléments :


- La terre : « tombeaux », « fleurs »
- L’air : « cieux », « éclair », « un Ange »
- L’eau : « long sanglot »
- Le feu : « chaleurs », « flambeaux », « flammes »

Cette sensualité s’exprime aussi à travers des termes érotiques : « les divans profonds » et
« les chaleurs » des amants.
Elle est également accentuée par les allitérations du son [s], [f], [m], [r] qui suggèrent le
frottement des étoffes et des corps, la douceur des dernières étreintes, tantôt le
crépitement des flammes : « étranges fleurs sur des étagères », « sous des cieux plus
beaux », « nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux », « réfléchiront leurs doubles
lumières »

C- Un amour spirituel
L’amour évoqué dans « La mort des amants » est aussi spirituel. Baudelaire n’évoque pas tant
une fusion des corps qu’une fusion de l’âme.
Il met ainsi en évidence les sentiments des amants (« nos deux cœurs ») et leur communion
spirituelle (« nos deux esprits »).
Le vocabulaire religieux souligne cette union spirituelle des amants « cieux », « mystique »,
« ange ».
Baudelaire présente ici la mort comme un passage vers un au-delà. Si le corps des amants
disparait, leurs âmes survivent avec l’Ange qui ouvre des portes et ranime les flammes.
C’est donc l’union spirituelle des amants qui rend leur amour éternel.

II- Une mort ambivalente (uncertain)


A- Le lien entre amour et mort
L’amour et la mort sont ici liés.
Ce lien est marqué dans le titre même du poème (« la mort des amants ») et se poursuit dans
le premier quatrain, ou les lieux d’amour sont comparés a des lieux de mort : « Des divans
profonds comme des tombeaux »
Même si la mort n’est que suggérée, Baudelaire utilise des périphrases de la mort pour la
mettre au-dessus des amants : « tombeaux », « étranges fleurs », « usant »,
« chaleurs dernières », « adieux », « miroirs ternis ».
La mort n’apparait qu’au dernier vers à travers « les flammes mortes ».
La métaphore des amants qui se consument (« usant à l’envi leurs chaleurs dernières »,
« flammes mortes ») est soulignée par le champ lexical du feu et de la lumière : « chaleurs »,
« flambeaux », « lumières », « éclair », « flammes ».
Mais au lieu de séparer les amants, la mort les réunit dans l’union parfaite de la fusion.

B- La mort comme renaissance


La mort tient une place singulière dans ce poème.
Elle n’est pas synonyme de fin mais de renouveau, puisque les amants renaissent de leurs
cendres à la dernière strophe : « un Ange […] Viendra ranimer […] Les miroirs ternis et les
flammes mortes »
Paradoxalement, c’est dans la mort que les amants s’épanouissent et peuvent accéder à
l’idéal : « d’étranges fleurs […] Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux ». Le superlatif
(« plus beaux ») souligne cet état idéal située ailleurs de la vie.
Par ailleurs, l’apparition du lexique religieux traduit bien l’idée d’une résurrection : « cieux »,
« de rose et de bleu mystique », « un Ange ».

C- La mort : accès possible à l’idéal ?


La mort est ici placée sous le signe de l’espoir ce qui est marqué par l’emploi du futur dans
tout le poème : « nous aurons », « serons », « réfléchiront », « nous échangerons »,
« viendra ».
Ce futur a pour effet d’inscrire l’union des amants dans une sorte d’éternité.
La mort est également associée à la douceur à travers l’allitération en « s » et en « m » vues
précédemment, et les couleurs douces du soir (« un soir fait de rose et de bleu mystique »).
On retrouve cette douceur dans le rythme régulier et fluide des enjambements entre les vers à
chacune des strophes.
Enfin, la mort se présente sous les traits d’un Ange « fidèle et joyeux ».
C’est donc une mort attendue et heureuse, qui permet d’accéder à un monde nouveau et sans
doute meilleur, une mort libératrice qui seule permet d’échapper au Spleen.

CONCLUSION
J’en conclue…