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Tribune

Cinq solutions pour éviter l’effondrement


Par Pierre Larrouturou, Économiste, coprésident de Nouvelle Donne —

«Qui peut croire au retour de la croissance?» Pour Pierre


Larrouturou, ancien responsable socialiste et aujourd’hui
leader de Nouvelle Donne, il est certain que la croissance ne
reviendra pas et miser sur son retour est suicidaire. Il faut
donc changer de logique : dans cette optique, il propose cinq
pistes pour un «plan d’urgence».
• Cinq solutions pour éviter l’effondrement

«Toutes les grandes défaites se résument en deux mots : trop tard !» Comment ne pas penser à ce
constat de Mac Arthur en observant l’insupportable routine de la classe politique alors que notre
pays glisse lentement vers le chaos et que tout indique que le monde va connaître bientôt une
nouvelle crise financière ?
En un an, la bourse de Shanghai a gagné 130%. La bulle financière enfle de façon incontrôlée au
moment même où la bulle immobilière se craquelle. Des centaines d’immeubles vides sont visibles
dans les villes. Depuis quelques semaines, l’Etat propose de racheter les appartements vides, mais
avec une décote de 50%… Pékin publie des chiffres enjolivés laissant croire que la situation est
sous contrôle mais, en un an, la consommation de charbon a baissé de 8% et le volume du fret
ferroviaire, qui est un bon reflet de l’activité réelle, a chuté de 15% ! Même en 2009, la chute du
fret n’avait pas dépassé 6%. Des marchés financiers qui toutes les semaines affichent de nouveaux
records alors que l’économie réelle entre en récession ? Le cocktail est explosif.
En 2008, une crise née aux Etats-Unis a provoqué des millions de chômeurs en Europe. Comment
expliquer qu’aujourd’hui, nos débats soient redevenus aussi franco-français ?
En 2005, quand j’expliquais au PS que nous allions vers une crise financière majeure, DSK
ricanait : «Larrouturou ne comprend rien à l’économie américaine. Il s’inquiète pour rien.
Larrouturou est pessimiste.» Etre pessimiste. Voilà le péché capital aux yeux de ceux qui nous
dirigent ! Il faut forcément être optimiste : «La confiance va ramener la croissance.» Il faut être
optimiste, comme l’étaient les élites françaises en janvier 1939, persuadées que la ligne Maginot
allait nous protéger de l’invasion.
Optimistes ? Qui peut croire au retour de la croissance vanté par Manuel Valls samedi à Poitiers ?
Pendant la campagne de 2012, le PS annonçait déjà la fin de la crise et projetait une croissance de
2% en 2014. La croissance ne fut l’an dernier que de 0,2%. Samedi, M.Valls se réjouissait des 0,6%
du premier trimestre 2015 mais si l’on enlève l’augmentation des stocks des entreprises, la
croissance n’est que de 0,1%… Et le premier trimestre marque un net recul de l’activité au Brésil,
au Canada et aux Etats-Unis.
Pendant que le PS met des cierges à Sainte Rita, patronne des causes désespérées, pour faire revenir
la croissance, le chômage, la précarité et le FN ne cessent de progresser : 24 000 nouveaux
chômeurs en avril, sans compter les dizaines de milliers de femmes et d’hommes qui ne sont plus
comptés comme chômeurs car ils sont tombés en fin de droit.
Une étude récente de l’Inserm montre que le chômage provoque chaque année en France entre 10
000 et 20 000 morts. Ce chiffre, catastrophique, n’a fait réagir aucun de nos ministres. Aucun n’a
réagi non plus aux derniers rapports sur la souffrance au travail : dans beaucoup d’entreprises, la
peur du chômage est dans toutes les têtes et la négociation sur la charge de travail, les conditions de
travail ou le salaire se réduit à «si t’es pas content, tu vas voir ailleurs». Souffrance au travail,
souffrance et surmortalité des chômeurs, et baisse des salaires dans le PIB (qui provoque de
moindres rentrées pour la Sécurité sociale) sont trois conséquences du chômage de masse.
Non seulement la croissance ne reviendra pas mais le plus probable est que nous allons vers une
nouvelle crise. Nul ne sait quand elle éclatera, dans trois mois ou dans trois ans (en Chine, toutes les
collectivités sont priées de financer n’importe quel investissement, même le plus inutile, pour
relancer l’activité) mais il est clair que miser sur le retour de croissance est une stratégie suicidaire.
Il est urgent de changer de logique.
Pour cela, Nouvelle Donne demande que soit adopté sans délai un plan d’urgence. Cinq mesures
que l’on peut mettre en œuvre en quelques semaines.
1. Eviter un maximum de licenciements en utilisant le système canadien de baisse du temps de
travail avec maintien de 95 % des revenus. Si nous avions adopté ce système, très simple, en 2009,
nous aurions un million de chômeurs en moins.
2. Séparer totalement les banques de dépôt et les banques d’affaires, pour limiter la spéculation,
nous protéger d’un possible tsunami sur les marchés financiers et obliger les banques à financer
l’économie réelle.
3. Protéger et muscler les PME en utilisant la Caisse des dépôts pour garantir les délais de
paiement, en favorisant les PME dans l’octroi des marchés publics et réorientant vers elles les
exonérations du Pacte de responsabilité.
4. Investir dans le logement les 37 milliards du Fonds de réserve des retraites et une partie de la
collecte annuelle des sociétés d’assurance. En luttant ainsi contre la pénurie de logement, on
pourrait créer 200 000 emplois et faire baisser les loyers jusqu’à obtenir une économie moyenne de
250 euros par mois.
5. Sauver le climat en consacrant les 1 200 milliards d’euros que veut créer la Banque centrale
européenne à un Plan européen d’économie d’énergie et de développement des énergies
renouvelables au lieu de les mettre, encore et toujours, à disposition des banques.
Ces cinq mesures d’urgence ne régleront pas tous les problèmes. Pour s’attaquer aux racines de la
crise, il faut un changement de notre modèle de développement et de nos modes de vie. Ces
mesures permettent néanmoins d’éviter le pire et de créer 400 000 emplois. Elles ne coûtent pas
1 euro aux finances publiques. Il suffit d’utiliser autrement des sommes déjà existantes. Il «suffit»
de réaffirmer la primauté du politique sur l’économie et sur la finance.
Pour «protéger les Français», la loi Renseignement aura été votée en quelques semaines. Pour
protéger vraiment les Français du chômage et de la précarité, pour les protéger de la prochaine crise
financière, nous demandons au gouvernement de mettre en œuvre ces cinq mesures d’ici au mois
d’octobre. S’il ne le fait pas, faudra-t-il que nous portions plainte pour non-assistance à personne en
danger et mise en danger de la vie d’autrui ?
www.nouvelledonne.fr
Pierre Larrouturou Économiste, coprésident de Nouvelle Donne