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LA SOCIALISATION CULTURELLE SEXUÉE DES ENFANTS AU SEIN DE LA

FAMILLE

Sylvie Octobre

L'Harmattan | « Cahiers du Genre »

2010/2 n° 49 | pages 55 à 76
ISSN 1298-6046
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ISBN 9782296137646
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Cahiers du Genre, n° 49/2010

La socialisation culturelle sexuée des enfants


au sein de la famille

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Sylvie Octobre

Résumé
L’article s’intéresse à la manière dont, au sein de la famille, les univers
culturels des filles et des garçons sont différenciés dans les processus
d’assignation sexuée ainsi que dans les stratégies mises en œuvre par les
enfants eux-mêmes. L’analyse distingue ce qui ressort de l’assignation sexuée
mobilisant un triple registre — représentation des sexes, sexe des objets
culturels, et sexe de l’éducation implicite et explicite — et le confronte à
l’action propre des enfants, en matière d’identité pour autrui tout d’abord et
d’identité pour soi ensuite. Ainsi, diverses configurations de genre sont
mises en évidence (transgression, combinaison, mouvement générationnel)
qui permettent d’interroger les mutations silencieuses des univers des filles
et des garçons.

ENFANCE — LOISIRS — ÉDUCATION — SOCIALISATION — CULTURE — STÉRÉOTYPES


SEXUÉS — IDENTITÉS SEXUÉES

Des stéréotypes de sexe décrits dans Du côté des petites filles


(Belotti 1973) aux travaux portant sur les pratiques de loisirs spor-
tifs (Menesson 2006) ou culturels (Livingstone 1999 ; Pasquier
1999 ; Détrez 2003 ; Muller 2005 ; Octobre 2005 ; Glévarec 2010),
les analyses ont mis en évidence le rôle des conditionnements
sociaux dans la formation d’attitudes et de représentations de
sexe et ont montré que nombre d’entre eux prennent leur source
dans l’enfance (Tavan 2003). Chaque sexe est assorti d’une batte-
rie de ‘qualités’ supposées intrinsèques, qu’il s’agit de faire coïn-
56 Sylvie Octobre

cider afin de ‘bien faire’ la fille ou le garçon que les pratiques


ou consommations culturelles servent à exprimer. Ainsi :
Les pratiques ludiques et sportives apprennent aux garçons à
répondre aux injonctions de « genre », leur demandant de faire
preuve de force physique, d’esprit de compétition et d’affir-
mation de soi, aux filles à rechercher l’esthétique des choses, à
se montrer dociles et bienveillantes, à faire preuve de discrétion
et de retenue (Eckert, Faure 2007, p. 13).

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Si cette partition ne répond en rien à la mise en œuvre de
qualités neurologiques spécifiques (Vidal 2007), ce sont bien les
conditions de socialisation précoce en matière de loisirs culturels
(Van Eijck, Knulst 2005) qui doivent être réinterrogées dans une
perspective genrée, tant les réponses intéressent tout à la fois la
sociologie du genre (Maccoby 1990), de la culture (Donnat 2005),
mais aussi celle de l’enfance (Sirota 2006). On peut distinguer,
chez les enfants de 6 à 10 ans, ce qui relève de l’assignation
sexuée sous un triple registre : la représentation des sexes, la
catégorisation sexuée des objets culturels, et la qualification
sexuée de l’éducation implicite et explicite. Cette assignation
sexuée doit ensuite être confrontée à l’action propre des enfants,
en matière d’identité pour autrui tout d’abord et d’identité pour
soi ensuite, à travers l’analyse des stratégies qu’ils mettent en
place pour négocier avec ces assignations des espaces de liberté,
d’émancipation, d’opposition, dans diverses configurations de
sexe. Ainsi, on pourra mettre en évidence les mutations silen-
cieuses des univers des filles et des garçons.

Méthodologie
On s’appuie ici sur deux types de données, mobilisées
parallèlement :
– Les données de l’enquête Les loisirs culturels des 6-14 ans 1, en
ne traitant que les données concernant les 6-10 ans (enfants scola-
risés à l’école primaire du CP au CM2) 2.
L’enquête a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif
national de la population scolarisée (double tirage : échantillon

1
Pour un exposé complet de la méthodologie de cette enquête, la consultation
des questionnaires, et le détail des résultats, voir Octobre (2004).
2 re
CP : cours préparatoire (1 année de primaire) ; CM : cours moyen 2
(dernière année de primaire).
La socialisation culturelle sexuée des enfants… 57

d’écoles puis de classes). Au total, 1 518 enfants du CP au CM2 ont


été sélectionnés pour l’enquête. Les parents ont été destinataires
d’un questionnaire portant sur leurs pratiques personnelles ainsi
que celles de leur enfant et les interactions avec leur enfant à ces
sujets. Ces données quantitatives servent à décrire les traits majo-
ritaires des dotations des enfants en matériels et consommables (qui
rendent possible la ‘culture de la chambre’ en même temps qu’ils
expriment un statut de consommateur), dans la construction d’une
autonomie progressive, et négociée de manière différente par les

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filles et les garçons selon leur origine sociale.
– Des entretiens complémentaires réalisés avec des enfants d’âges
similaires et leurs parents. Au total 18 enfants de 6 à 10 ans ont été
interrogés (dont 12 entre 8 et 10 ans) 3 et 24 parents (les deux
parents n’ont pas été systématiquement rencontrés dans les familles
biparentales, et le parent ayant la garde principale — souvent la
mère — a été choisi dans le cas de familles monoparentales), soit
16 mères et 8 pères.
L’entretien avec l’enfant, réalisé sans la présence des parents, au
domicile familial, généralement dans la chambre de l’enfant, portait
sur la description des pratiques et des interactions au sujet de ces
dernières (avec les parents, les membres de la fratrie, les copains,
ou seul·e).
L’entretien avec les parents portait sur la description de leurs
propres pratiques, des projets éducatifs et de la place qu’y occupent
des activités ou consommations culturelles ainsi que sur les inter-
actions à ces sujets avec leur enfant.
Ces entretiens ont été complétés par des observations succinctes de
l’espace domestique quand les familles l’y autorisaient
(organisation spatiale des médias, équipement et localisation de
l’équipement, etc.).
On peut ainsi analyser les modalités concrètes de la socialisation
précoce et ses effets quant à la formation des comportements — si

3
La méthode de l’entretien se révèle vite limitée avec des enfants en bas âge :
difficulté de remémoration, absence de capacité discursive ou analytique… La
barrière du maniement de la langue recouvrant souvent la stratification sociale
des pratiques, on risquerait finalement de ne traiter que des enfants d’origine
favorisée, souvent plus familiers — par acculturation familiale — des codes
du langage et à passer sous silence les dynamiques, pourtant bien réelles, des
milieux populaires, dont les enfants ne restituent parfois que partiellement la
complexité dans les entretiens. Les données quantitatives permettent de contre-
balancer ce risque.
58 Sylvie Octobre

ce n’est des goûts — culturels, pour observer leurs effets en


matière de production de pratiques diversifiées.

Un triple registre de l’assignation sexuée

La socialisation sexuée est un processus où se rencontrent


l’assignation par autrui et la définition pour soi (Dubar 2000).
On peut en mettre en évidence trois registres : le registre des objets

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culturels, celui des interactions et celui des représentations, les
trois étant imbriqués. Sur ces trois registres, le sexe est déterminé
indépendamment de l’action propre de l’enfant pour s’imposer
à lui comme un modèle, une norme.
Les représentations de chaque sexe
Chaque sexe est assorti de représentations qui articulent des
qualités qui lui sont présupposées, qualités qui expriment un
état des représentations du féminin et du masculin, et des objets,
pratiques, comportements qui les expriment.
Ainsi, lorsque l’on interroge les parents sur leurs souhaits en
matière de hobby 4 pour leur enfant, et sur les raisons qui
motivent leur choix, on distingue nettement deux répertoires :
aux filles, les arts plastiques, la natation, les sports individuels,
et l’équitation ; aux garçons, les technologies, le football et les
sports collectifs, ainsi que les arts martiaux 5 ; aux unes, la
« grâce », la « maîtrise », parfois douloureuse (danse et équitation)
du corps esthétisé, aux autres, la « dépense physique », la
« performance » et la « combativité » 6. Par ailleurs, les parents
vantent le « calme » de leurs filles, « capables de s’occuper
seules », leur « créativité » et leurs « talents artistiques », quand
ils soulignent le « besoin de bouger » et de « se défouler » de
leurs garçons. La naturalisation de ces caractéristiques fonde
4
Dans l’enquête quantitative, on demandait aux parents s’ils souhaiteraient
que leur enfant pratique une activité de loisir (un hobby) et de dire, le cas
échéant, lequel. La même question a été posée au cours des entretiens avec les
parents dans la phase qualitative.
5
Ce sont respectivement les trois activités souhaitées citées le plus souvent
par les parents dans l’enquête quantitative pour leur fille et pour leur fils.
6
Ceci corrobore les analyses de Christine Menesson (2006) et de Catherine
Monnot (2009).
La socialisation culturelle sexuée des enfants… 59

des enjeux de régulation familiale et sociale : lorsqu’une carac-


téristique générale (la violence) est inférée d’un objet (les jeux
vidéo) à un groupe d’individus (les garçons), puis du groupe à
l’individu (c’est une caractéristique masculine) et inversement,
on peut comprendre comment, dans les représentations et dans
les discours, violence des jeux vidéo et danger des addictions
afférentes sont liés à la régulation d’une violence potentielle des
garçons (Quaderni 2008).

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Ces qualités supposées à chaque sexe sont variables dans le
temps, quoique la comparaison des attentes décrites par Belotti
(1973) et les résultats de l’enquête montrent que les évolutions
sont lentes : l’usage des espaces intérieurs reste relationnel pour
les filles tandis qu’il est performatif pour les garçons. Et lorsque les
filles investissent des espaces autrefois masculins, elles semblent
le faire en demeurant fidèles à des modèles de comportements et
à des valeurs féminines qui leur ont été inculqués très tôt : les
filles qui font de l’équitation sont moins dans la performance que
les garçons et plus soucieuses du soin de l’animal (Menesson,
Neyrand 2009). Ces qualités sont également sujettes à des varia-
tions sociales : les catégories populaires semblant adopter des
normes de genre plus strictes que les catégories supérieures, dont
le discours fait plus systématiquement référence à la recherche
d’épanouissement individuel de l’enfant. Mais ce qui est
frappant, c’est que dans l’enquête quantitative comme dans les
entretiens, les parents décrivent pour leur enfant des répertoires de
pratiques souhaitées plus restreints que le champ des pratiques
que ceux-ci effectuent réellement, notamment pour les filles.
Les parents de filles rêvent pour elles de natation, de danse, de
musique ou d’équitation quand elles ont déjà adopté des compor-
tements beaucoup plus diversifiés, puisant dans le réservoir des
activités autrefois supposées masculines : micro-informatique,
sports collectifs, etc. La coïncidence entre projections parentales
et comportements des garçons est plus importante et dessine un
répertoire fortement articulé autour du sport et des technologies,
seule la lecture relève davantage d’une projection parentale que
d’un goût des garçons.
60 Sylvie Octobre

Le sexe des objets culturels


Les représentations des sexes prennent appui sur les activités,
mais celles-ci ne sont pas neutres sur le plan du genre. Une
caractérisation sexuée des objets culturels eux-mêmes existe,
catégorisation qui est partiellement déductible du profil sexué de
ses adeptes (accès, intensité de consommation et type d’usages
ou de réception) mais qui relève également des représentations.
La lecture, l’écoute musicale et les pratiques artistiques ama-

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teurs sont rangées, parce que leurs adeptes sont plutôt des filles,
du côté des pratiques ‘féminines’, tandis que les jeux vidéo sont
placés du côté des pratiques ‘masculines’. Les filles sont ainsi
plus nombreuses à écouter de la musique tous les jours (+ 18
points), à lire tous les jours (+ 7 points) et à avoir une activité
artistique amateur (+ 17,5 points) quand les garçons sont plus
nombreux à faire du sport (+ 7 points) et à jouer à des jeux
vidéo tous les jours (+ 15 points). On observe des systèmes de
différenciation plus fins encore au niveau des usages ou des modes
de réception, les filles utilisant l’ordinateur de manière privi-
légiée pour des usages communicationnel, et les garçons pour des
usages ludiques 7. Le ‘parc’ culturel des enfants porte la trace de
cette partition : les filles sont ainsi davantage équipées en maté-
riel électroacoustiques (chaîne hi-fi, walkman, lecteur MP3, etc.)
que les garçons (+ 5 points) et ces derniers sont en revanche
mieux dotés en jeux vidéo (+ 24,5 points). Cette partition n’est
pas directement déductible des usages : les garçons sont ainsi
plus nombreux à posséder un téléviseur personnel (+ 3 points)
alors qu’ils regardent moins la télévision que les filles et les filles
sont mieux dotées en ordinateurs (+ 7 points) alors qu’elles en
font moins usage que les garçons (si on ajoute aux usages infor-
matiques les usages ludiques en jeux vidéo). La catégorisation
sexuée des objets culturels se déduit donc autant du sexe de
leurs adeptes que des modes de présentation de soi différents
chez les filles et chez les garçons. Ainsi, à niveau d’engagement
dans les loisirs relativement similaire, les garçons affirment plus
souvent avoir un hobby que les filles (+ 9 points), indice d’un
mode de présentation de soi plus souvent concentré sur une
activité support.

7
Pour le détail des résultats, voir Octobre (2004).
La socialisation culturelle sexuée des enfants… 61

Cette catégorisation sexuée varie également en fonction des


milieux sociaux. Les entretiens avec les parents fournissent des
explications à ce qui ne peut être déduit linéairement du profil
sexué des pratiquants : dans les milieux populaires, qui équipent
tendanciellement plus les enfants en téléviseur, ce sont les gar-
çons qui sont les plus équipés, car l’équipement lui-même est
signe d’une autonomisation organisée de manière plus précoce
pour les garçons. Le plus fort équipement des filles en ordina-

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teur semble renvoyer dans tous les milieux au sentiment que les
filles sont « plus soigneuses » d’un matériel précieux, fragile et
onéreux, et qu’elles sauront, mieux que les garçons, tirer des
bénéfices scolaires de cet outil 8, alors même que les compé-
tences technologiques ne leur sont pas spontanément dévolues
dans le discours de leurs parents. On le voit, les registres ex-
plicatifs s’imbriquent dans un jeu subtil d’inter-influences,
variables selon les milieux : les milieux populaires semblent assi-
gner plus fermement et plus précocement les objets à des sexes
que ne le font les plus diplômés, et conçoivent symboliquement
les objets culturels dans le cadre d’une étanchéité plus grande
entre champ du loisir et champ scolaire notamment.
Le sexe de l’éducation implicite et explicite
La catégorisation de genre se construit enfin par l’éducation
implicite — par imprégnation — et explicite — par comporte-
ments éducatifs —, les deux registres étant fortement sexués.
L’imprégnation s’observe à travers les modèles de rôles présen-
tés par les pères et les mères à leur enfant et notamment par la
répartition des responsabilités éducatives au sein de la famille 9
et par les modèles comportementaux en matière culturelle de
chacun d’entre eux. L’éducation explicite, quant à elle, peut être
saisie à travers les normes éducatives au sujet des objets culturels
(contrôle, accompagnement, incitation, interdiction en sont les
modalités les plus usuelles). Les deux registres, éducation impli-
cite et explicite, ne sont pas de même puissance explicative, la

8
D’ailleurs, la corrélation entre taux de possession d’un ordinateur et niveau
scolaire est plus forte chez les filles que chez les garçons.
9
Ce trait avait déjà été noté dans les enquêtes quantitatives (Économie et
statistique 2002).
62 Sylvie Octobre

force de l’exemple supplantant celle de la norme (Jauneau,


Octobre 2008).
Les modèles d’imprégnation auxquels sont confrontés les en-
fants des deux sexes jouent un rôle important tant la prégnance
des stéréotypes sexués dans la construction des répertoires
culturels des parents est forte. Les mères s’orientent davantage
vers l’écoute quotidienne de musique (+ 8,5 points), la lecture
quotidienne de livres (+ 17 points) et la fréquentation des équi-

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pements culturels (bibliothèques, + 23 points), musées, théâtre
ou lieux de spectacle (+ 5 points, ou encore cinéma + 6 points),
qu’elles y aillent dans le cadre de leurs propres loisirs ou pour
accompagner leurs enfants. Les pères privilégient pour leur part la
télévision (+ 9 points) et le multimédia (+ 6 points) et sont égale-
ment plus nombreux à déclarer avoir un hobby que les mères
(+ 15,5 points), indice autant d’un rapport spécifique au temps
libre des femmes — elles sont les « amortisseurs temporels » des
familles (Méda 2002) — que d’une manière de construire son
identité différente entre les hommes et les femmes.
L’homologie entre univers culturels des parents et enfants de
chaque sexe (mère/fille, père/fils) suggère une grande permanence
des clivages (Héran 1990). Pourtant, il ne s’agit pas d’une repro-
duction à l’identique, qui lierait mères et filles autour d’objets
culturels ‘féminins’ et pères et fils autour d’objets culturels
‘masculins’. Si une comparaison terme à terme des comporte-
ments des parents et des enfants indique une meilleure récep-
tivité des modèles parentaux chez les filles — les filles sont de
meilleures reproductrices de culture, et les mères de meilleures
transmettrices — pour autant la culture ne se transmet pas uni-
quement de mère en fille (Jauneau, Octobre 2008).
L’observation des interactions éducatives explicites peut nous
en convaincre. On note plusieurs logiques, qui mêlent les re-
gistres distingués précédemment.
• La première fait primer la catégorisation du registre
éducatif : ainsi les mères sont globalement plus présentes dans
l’accompagnement des pratiques des enfants des deux sexes.
On a partagé en fait, mon mari travaille toute la semaine, il est
moins disponible, moi je suis à 80 %, pour avoir le mercredi
avec les enfants, je fais les aller-retour des activités, on fait les
La socialisation culturelle sexuée des enfants… 63

devoirs, je fais des choses avec eux aussi, on joue, c’est une
journée à la fois riche et pleine, je cours pas mal. Leur père
essaie d’être présent le week-end, il suivait les matchs de Paul
quand il faisait du tennis. (Mère de Paul, cadre)
• La deuxième fait primer la catégorisation sexuée de la
pratique : les pères sont plus présents dans l’accompagnement
de pratiques dès qu’il s’agit de multimédia, ordinateur et jeux
vidéo, alors même que le registre éducatif est d’ordinaire plutôt

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féminin.
Moi je m’occupe beaucoup des enfants, mais l’ordinateur, alors
ça c’est le truc de mon mari, c’est comme ça [...]. Je m’en sers,
je fais les comptes avec… et je vais sur mon profil Facebook,
discuter avec des membres de ma famille qui sont à l’étranger.
Mais pour les enfants, c’est avec leur père. (Mère de Lucie,
institutrice)
• La troisième fait primer le sexe du pratiquant : les deux
parents incitent davantage leur fille que leur garçon à écouter de
la musique, pratique ‘féminine’, et la contrôlent plus dans ses
jeux vidéo, pratique ‘masculine’.
En fait ça dépend des sujets, Léo et Julie, on essaie de les élever
de la même manière mais en fait, ce n’est pas vrai, parce qu’il
faut tenir compte de leurs goûts, et puis aussi de… Il y a des
choses plus pour filles et des choses plus pour garçons. (Mère de
Julie et Léo, employée)
La socialisation sexuée est donc une socialisation à géométrie
variable, mobilisant tantôt prioritairement la catégorisation sexuée
de la tâche éducative, celle de la pratique ou enfin le sexe de
l’enfant. Ces combinaisons varient selon les milieux sociaux : la
répartition des tâches éducatives est, en effet, plus nette dans les
milieux populaires, car elle y est indexée à une définition statu-
taire des aptitudes et fonctions dévolues aux pères et aux mères,
la répartition de ces tâches étant davantage négociée dans les
catégories supérieures. La catégorisation sociale des pratiques est
de même, dans l’ensemble, plus nette dans les milieux popu-
laires que dans les milieux favorisés, dans lesquels cependant
certains objets ou pratiques culturelles restent très sexués en
dépit du succès du discours d’émancipation des femmes et de
l’égalité des sexes (le cas de la danse le montre). Enfin, les stra-
tégies éducatives sont, elles aussi, plus clivées sur le plan du
64 Sylvie Octobre

sexe dans les milieux populaires, ce clivage redoublant celui lié


aux âges, dont la scansion est associée à l’obtention d’une auto-
nomie plus rapide.
L’observation des interactions montre donc bien que les divers
registres d’assignation de sexe s’imbriquent : sexe des représen-
tations et des attentes, sexe des objets culturels et sexe des inter-
actions éducatives. On voit des cas de polarisation se mettre en
place — les pères interagissant plus avec leur fils au sujet

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d’activités ‘masculines’ (jeux vidéo, ordinateur), et les mères avec
leur fille quant aux activités féminines (lecture), notamment dans
les milieux populaires — mais ces cas de polarisation restent
minoritaires.

Arrangement entre les sexes et identité pour autrui

L’enfant, face à ces assignations sexuées, agit dans des petits


« arrangements des sexes » (Goffman 2002). Arrangements
entre les sexes et non avec le sexe, car ces négociations sont
relationnelles et de l’ordre de la narration familiale pour autrui
plutôt que pour soi (Ricoeur 1990). Ces négociations, aménage-
ments, déplacements, caractéristiques du processus de construc-
tion identitaire et que l’on saisira ici à travers les propos des
enfants et de leurs parents, peuvent produire plusieurs configu-
rations de genre variables selon le milieu familial : trans-
gressions, combinaisons ou mutations générationnelles.
Une configuration transgressive
La première configuration illustre la force des liens genrés
d’une génération à l’autre : il s’agit des transmissions de prati-
ques observables entre père et fille ou entre mère et fils au sujet
de pratiques fortement sexuées.
Julie (9 ans) est fan de jeux vidéo de combat, comme son père
et ils s’adonnent à leur passion ensemble (lecture de magazines
spécialisés pour le père qui explique ensuite à sa fille, fréquen-
tation des salons spécialisés, etc.), ce qui permet à Julie de se
placer dans cette lignée masculine, dont sa mère et sa sœur sont
exclues. Sa famille réécrit son histoire personnelle, la décrivant
comme une enfant toujours en mouvement, avec un fort besoin
La socialisation culturelle sexuée des enfants… 65

de se défouler, ce que l’activité permet, jusqu’à des arguments


essentialisants — « Julie ressemble à son père » — tout en
montrant que la transgression n’est pas totale : Julie est décrite
comme une petite fille ayant beaucoup d’amies, elle est vêtue
comme sa sœur de couleurs pastels, et, gage ultime dans la négo-
ciation intra-familiale de sa transgression de genre, est bonne
élève, meilleure que sa sœur aînée qui, elle, ne joue pas aux
jeux vidéo.

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Julie a toujours été une enfant très active, beaucoup plus que sa
sœur. […] Et en même temps à l’école ça va très bien, elle est
dans la tête de classe, et tout lui paraît facile […]. Elle joue
beaucoup aux jeux vidéo. Oui beaucoup. Vraiment. C’est
surprenant pour une fille... Elle aime les jeux de guerre, les
choses un peu violentes même. […] Son père joue beaucoup
aussi, depuis qu’il est jeune […]. Julie a toujours ressemblé à
son père : son physique mais aussi ses goûts, ce n’est pas du tout
moi à son âge. […] Moi, je ne comprends pas vraiment ce
qu’elle trouve dans les jeux vidéo, le temps qu’elle passe devant
un écran, pour moi c’est un peu du temps perdu […]. Julie a
beaucoup d’amies, elle est très sociable, elle est toujours invitée.
(Mère de Julie, employée)
La transgression de sexe est ainsi possible parce qu’elle est
compensée par une série de gages donnés à la ‘bonne’ adhésion
au ‘bon’ étiquetage de sexe. Cette tolérance à la transgression
est également liée à la position de Julie dans la fratrie et à la
composition de cette fratrie : dernière née, elle a une sœur qui
‘porte’ les injonctions à ‘être fille’ et n’a pas de frère. Peut-être
dans ce cadre est-elle ‘le garçon manquant’, ce que semble confir-
mer Julie elle-même.
Comme papa. On est pareil sur plein de trucs, enfin pas tout,
parce que je suis une fille, mais les jeux vidéo, c’est notre truc.
Les cas de transgression de genre sont plus fréquemment obser-
vables chez les petites filles, qui semblent, dans un univers où
prime l’idéal de la mixité, plus facilement négocier des espaces
de pratiques ‘masculines’ que les garçons, sur lesquels pèsent
plus fortement les assignations de sexe. Le ‘garçon manqué’ est
moins stigmatisé que le garçon efféminé et les stratégies paren-
tales d’évitement de ces transgressions sont plus nombreuses
pour les garçons. Le vocabulaire a ici son importance : si le
66 Sylvie Octobre

‘garçon manqué’ existe, la ‘fille manquée’ n’existe pas, ce qui


suggère, le vocabulaire exprimant des représentations implicites,
qu’on ne peut manquer être une fille, parce que l’on naît/est
fille, mais que l’on peut rater sa ‘garçonnitude’, faute de l’avoir
‘bien construite’.
Ainsi de Paul (8 ans), dont les parents expliquent qu’il a voulu
faire de la danse, après que sa marraine l’ait emmené voir le
ballet classique Le lac des cygnes, et qui n’a eu, dit Paul, « que

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l’autorisation de s’inscrire dans un cours de modern jazz » (et
non de danse classique) pour « ne pas être seulement avec des
filles », explique sa mère.
Vous comprenez, elle a voulu bien faire, l’éveiller, lui montrer
des choses différentes. J’étais d’accord. Mais quand Paul nous a
demandé de faire de la danse classique, ça nous a un peu
surpris quand même. […] Ce n’est pas vraiment habituel, c’est
un peu bizarre […]. Bien sûr, on a l’esprit ouvert, la danse ce
n’est pas que pour les filles, d’ailleurs, les danseurs étoile sont
là pour le montrer. Mais dans les cours, en réalité, il n’y a que
des filles. Moi, j’ai pensé à lui, aux moqueries des autres, à
l’école surtout… Alors on a négocié. (Mère de Paul, cadre)
La tolérance aux transgressions de sexe est variable selon les
milieux sociaux : les milieux populaires attendent de manière
assez ferme de leurs enfants une conformité aux modèles de rôles
sexués, qui se traduit souvent par la valorisation précoce des
attributs de la féminité chez les filles (vêtements, maquillages,
sorties) et d’une hyper-masculinité chez les garçons (sport, multi-
média notamment) (Mardon 2006). Dans les classes moyennes
et supérieures, le discours de la mixité est largement présent, et
bénéficie aux filles, qui sont autorisées à faire des incursions sur
les territoires masculins, mais il profite relativement peu aux
garçons. Les attentes semblent donc dans l’ensemble peser plus
strictement sur les garçons que sur les filles.
Une configuration combinatoire
Dans les fratries nombreuses composées majoritairement
d’enfants de même sexe, l’enfant de l’autre sexe est socialisé
comme les autres, dans les mêmes environnements et avec les
mêmes objets culturels, ce qui provoque dans certains cas des
combinaisons de genre, qui ne sont pas nécessairement vécues
La socialisation culturelle sexuée des enfants… 67

comme des transgressions. Ainsi, Noa (10 ans), qui a trois


frères (dont deux plus âgés), joue au football, aux jeux vidéo
(elle dit privilégier « les jeux de garçons », ne pas aimer « les
jeux pour filles » et battre « même ses frères sur Pokemon
diamant »), lit beaucoup de bandes dessinées, écoute du rap,
avec eux mais aussi indépendamment d’eux. Les trois registres
de construction des répertoires culturels sont donc mobilisés :
accès, intensité de consommation, et choix de contenus/modes

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de réception. Noa affirme que ce sont là ses goûts personnels,
rejetant les poupées (« trop filles »), « et les dessins animés pour
filles comme Wings, Totally Spies ». Son récit est corroboré par
celui des parents :
Noa a un sacré tempérament. C’est une fille qui sait ce qu’elle
veut. Elle est entourée de garçons, c’est peut-être la raison. Elle
a appris, depuis toute petite, à jouer avec ses frères à leurs jeux.
Évidemment, eux ne voulaient pas jouer à la poupée avec elle, et
d’ailleurs ça ne l’a jamais vraiment intéressée, enfin, sauf quand
elle invitait des copines, bien sûr. […] Elle est même plus forte
qu’eux à certains jeux je crois, je les entends râler pour ça
d’ailleurs. C’est bien, ça leur fait les pieds un peu. […] C’est
une vraie fille, elle est coquette, elle passe un temps fou à se
choisir des tenues, elle aime les choses de filles, discuter avec
ses copines […]. Elle fait attention aux autres, c’est une qualité
des filles en général, à côté de ses frères qui sont un peu plus,
disons, fonceurs. (Père de Noa, travailleur indépendant)
Combiner le genre dans ce cas, c’est modifier les stéréotypes
de genre et, progressivement, modifier la ligne de partage entre
le ‘féminin’ et le ‘masculin’, dans des familles où la fratrie
rassemble filles et garçons. Pour les filles, la combinaison se fait
sur le mode de l’ajout plus que du retrait, dans le sens de
l’insertion de qualité ‘masculine’ dans le répertoire des
filles — « apprendre à s’endurcir », « devenir compétitrice » —
en s’éloignant du stéréotype classique de la « faiblesse
féminine », et en enrichissant sa catégorie sexuée d’appartenance de
qualités en phase avec l’environnement (ou sa représentation),
sans que les autres aspects de la féminité soient remis en ques-
tion (ici l’exemple de « l’attention aux autres »). Le symétrique
— combinaison de féminin dans le masculin — est là encore
plus rare, et semble ne concerner que deux types de loisirs — la
lecture et les pratiques artistiques amateurs, qui développent,
68 Sylvie Octobre

selon les parents, « goût de l’art », « réflexivité et calme » — mais


plus encore une aptitude à la vie commune (« le vivre ensemble
familial » dit une mère exerçant une profession libérale) ou une
amélioration des performances scolaires, comme dans le cas de
Lilian, 8 ans.
Lilian lit beaucoup. C’est inhabituel pour un garçon. Ses frères
ne lisaient pas. Moi, je trouve ça bien. Ça le calme, et puis c’est
bon pour l’école. (Père de Lilian, technicien)

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Une configuration générationnelle
Dans certaines familles recomposées présentant des écarts
d’âges importants entre les enfants, cohabitants ou non, les aînés
jouent auprès des plus jeunes le rôle d’agents de socialisation, à
mi-chemin entre un rôle adulte et un rôle de membre du même
groupe d’âge. Dans ces configurations, les conditions de socia-
lisation opèrent donc une mutation, puisque sur certains objets
culturels, notamment ceux ayant trait à la culture de la chambre,
la principale socialisation culturelle n’est plus intergénération-
nelle (entre parents et enfants) mais intra-générationnelle (entre
enfants). Certes, dans toutes les familles, les frères et sœurs
jouent comme agent de socialisation culturelle. Mais dans ce
cas, ils interviennent non pas comme agents secondaires de
socialisation, mais comme agents principaux pour certaines pra-
tiques ou consommations. Dès lors, les normes et représenta-
tions auxquelles sont confrontés les enfants socialisés ne sont
plus celles de la génération précédente, mais celles de leur propre
génération : appartenance générationnelle et âge se combinent
alors pour définir l’état des représentations de sexe par rapport
aux objets et pratiques culturels. Les processus de mutations des
représentations de sexe s’en trouvent donc accélérés.
Les pratiques numériques sont des supports privilégiés pour
ces mutations des conditions de socialisation, les aînés faisant
partie des générations de digital natives (Prensky 2001) quand
les parents se sentent parfois plus éloignés de ces outils (Donnat
2007). Ainsi, Ninon (8 ans) a été initiée à l’informatique par son
demi-frère aîné âgé de 20 ans (elle le désigne comme hacker
sans qu’il soit certain qu’elle connaisse le sens exact de ce mot),
elle a un blog, des pseudos sur plusieurs sites de chat (dont un
réservé aux adultes). La maturité de ses pratiques informatiques
La socialisation culturelle sexuée des enfants… 69

et du type d’échanges qu’elle y a contraste avec l’environnement


matériel de sa chambre, encore relativement enfantine et très
marquée par les stéréotypes classiques du féminin (couleur rose,
présence de nombreux nounours, poster de Jennifer, dessins aux
murs avec de nombreux cœurs). L’entretien avec les parents
confirme qu’ils n’ont pas une idée précise des pratiques informa-
tiques de leur fille, ayant en quelque sorte délégué au fils aîné
cette socialisation à l’outil technologique, sans que l’identité

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sexuée de leur fille leur semble en jeu.
Oui c’est vrai, c’est Jérome qui s’occupe d’elle pour tout ce qui
concerne les trucs des jeunes. Je veux dire, l’ordinateur, les
musiques, tout ce qui est leur culture à eux. Moi je ne m’en
occupe pas. […] La famille est grande, j’ai déjà beaucoup à faire
et puis je n’y connais rien, ou pas grand chose à ce qu’ils
aiment. […] Mon mari n’y connaît rien non plus. […] Et Jérôme
est très patient pour expliquer les choses, ils s’entendent bien, il
la guide en quelque sorte, je lui fais confiance. (Mère de Ninon,
au foyer)
C’est mon grand frère qui me montre tout sur l’ordinateur, il me
fait écouter des musiques aussi, des émissions de radio. J’écoute
avec lui. Et des fois toute seule. Il me montre des trucs pour
franchir les paliers sur les jeux vidéo… Je fais des trucs en
réseau aussi. […] Du coup, je ne fais pas du tout les mêmes
choses que mes copines de classe, elles font des trucs un peu de
bébés. […] Non moi c’est des trucs de plus grands, de garçons
aussi. (Ninon, 8 ans)
Tous ces processus requièrent l’action propre des enfants à
travers des déplacements, des négociations. L’enfant s’octroie
de petits arrangements avec l’assignation sexuée, dans des
processus qui sont de compensation (une pratique masculine est
tolérée dans le répertoire d’une fille pour peu qu’elle donne par
ailleurs, dans d’autres pratiques, les gages de sa féminité), ou
d’identification inversée. Dans tous les milieux, il semble da-
vantage toléré que les filles fassent, au sein des dynamiques
familiales, des emprunts au répertoire symbolique des pratiques et
consommations culturelles de l’autre sexe, alors que les garçons
ne bénéficient pas d’un mouvement symétrique d’ouverture du
champ des possibles.
70 Sylvie Octobre

Arrangement dans le sexe et identité pour soi

Pour capter ce qui est en jeu dans les transgressions, il faut


modifier l’angle d’approche et chercher dans les stratégies
identitaires des adolescents les traces des tensions, négociations,
mutations à l’œuvre, dans le pour soi de la chambre, de l’auto-
définition, de l’espace privé et intime 10.
Garçons, filles et présentation de soi

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Pour comprendre ce silence de la transgression, il faut sans
doute s’attarder un instant sur les modes de construction iden-
titaire des enfants des deux sexes dans l’espace familial (Théry
2007). La construction identitaire au sein de la famille fait
davantage appel chez le garçon à la publicisation des centres
d’intérêt : on l’a vu, les garçons déclarent plus avoir un hobby,
alors que leurs taux de participation objectifs aux activités de loi-
sirs sont similaires à ceux des filles. De même, les parents attri-
buent plus volontiers un hobby à leur fils qu’à leur fille et les
pères déclarent plus avoir un hobby que les mères. Ce qui est en
jeu, c’est la présentation de soi des garçons et des filles, qui
semble s’opérer chez les premiers par la polarisation des intérêts
et la publicisation de cette polarisation. Dans ce contexte, les
transgressions de genre sont plus difficiles à assumer pour un
garçon, placé fortement sous le regard — et le contrôle — social
dans la narration familiale.
On peut y voir deux types d’explication, non exclusifs :
• Le premier met en jeu l’espace symbolique des identités
sexuées dans la famille : l’espace familial semble être un espace
de performance pour le garçon quand il peut être un espace
d’expérimentation pour la fille, ce qui cantonne l’équivalent
masculin de l’individualisme expressif des filles (Metton 2004)
au pour-soi des garçons. Aux garçons l’affirmation d’une
excellence polarisée sur un hobby, même changeant, aux filles
l’attraction envers des loisirs passe-temps.

10
Ce dernier type de configuration est bien plus difficile à saisir pour le/la
sociologue et il faut souvent disposer d’informateur pour le découvrir (ami·e,
frère ou sœur, éducateur, etc.).
La socialisation culturelle sexuée des enfants… 71

C’est important que les garçons aient un loisir qui les


passionne, qui les canalise, qui leur apprenne à se fixer un
objectif, qui les aide à se découvrir eux-mêmes, à repousser
leurs limites. (Mère de Tom, 8 ans, commerçante)
• Le second met en jeu les dynamiques de mobilité sexuée,
dans un espace où la domination masculine reste la règle sur le
plan symbolique. Dans ce cadre, les transgressions féminines,
pour peu qu’elles conservent un ancrage dans le sexe d’origine,

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sont vécues comme des mobilités positives dans la hiérarchie des
sexes (sous la rhétorique de l’acquisition de qualités nouvelles),
alors que les transgressions masculines sont considérées comme
des mobilités négatives dans cette même hiérarchie (sous la
rhétorique de l’affaiblissement). Un garçon parmi les filles
serait au risque de la contamination ; une fille parmi les garçons
serait face à la chance de son émancipation. Le cas de Noa, déjà
évoqué, l’indique puisque ses parents voient dans ses pratiques
« masculines » l’affirmation « d’un caractère bien trempé »,
visiblement valorisé dans un monde perçu comme « parfois
difficile », de même que celui de Paul, qui prenait le risque de
ne plus être un garçon « en étant trop avec des filles ».
Les mutations silencieuses des filles et des garçons
Les transgressions de genre des filles et des garçons ne ren-
contrent donc pas les mêmes réactions. Les garçons semblent
confinés au masculin alors que les filles peuvent investir des
périmètres plus larges que ceux du féminin. Les cas de transgres-
sions méritent toute notre attention, car ils révèlent les poten-
tielles dynamiques des rapports de sexe.
Lucas (8 ans) est grand amateur de lectures, pratique globale-
ment féminine, et qui plus est, de types de lecture pour
filles — « J’aime particulièrement la série Wings, c’est des
aventures de filles » dit-il — et accompagne cet intérêt d’une
consommation des produits télévisuels similaires (dessins animés
Wings, Totally Spies, films ou contes, comme Peau d’Âne). Lucas
manie les catégories d’assignation sexuée qu’il sait être domi-
nantes puisqu’il maintient ces consommations secrètes (il cache
ses livres au fond de sa bibliothèque, dit les avoir « récupérés
dans un club de vacances », les lit « seulement le soir avant de
s’endormir », « seul dans sa chambre », et n’en parle « ni à ses
72 Sylvie Octobre

parents, ni à ses frères et sœurs, ni à ses copains ou copines


d’école » 11), soit dans la dissimulation (il prétend par exemple
condescendre à regarder ce type de dessins animés « pour faire
plaisir à sa sœur [cadette] », ce que l’observation dément).
Interrogé sur ces consommations, Lucas les dénigre, minimise ou
instrumentalise leur intérêt : « C’est pour savoir ce qu’aiment
les filles, ce n’est pas très intéressant en fait ». Mais quand
l’entretien se prolonge, il développe un discours d’amateur sur

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ces productions, tant en termes de script, de narration que
d’animation visuelle.
Oui, je lis ça, mais je le dis pas… tu ne le diras pas, hein ? […]
Mes copains trouvent ça nul, c’est des trucs de filles […].
J’aime les images, les couleurs et les histoires, c’est mieux que
les Pokémon. C’est pour ça, je ne le dis pas… Et tu vois, je les
mets là… au fond, comme ça personne ne les trouve. Tu ne le
diras pas hein ?
De même, Paul, danseur amateur, tait son choix devant ses copains.
Je fais de la danse, du jazz, j’aime ça… j’aurais voulu faire de
la danse classique, mais bon. […] Aucun de mes copains ne fait
ça. Je ne leur en parle pas… Non. Je crois qu’ils n’aiment pas
ça. Les garçons, ça ne danse pas tellement en fait normalement.
En fait, si, mais c’est un métier alors. Moi ce n’est pas mon
métier. […] Ils se moqueraient je crois (Paul, 8 ans)
Au contraire, Noa vit pleinement son goût des jeux vidéo.
Les jeux vidéo c’est mon truc. Je fais ça avec des garçons, y’a
pas beaucoup de filles, mais ce n’est pas grave. Comme je suis
bonne, les garçons ils savent que je sais jouer, je leur montre
même des trucs. Mes copines parfois, elles disent que c’est
bizarre que j’y passe autant de temps, mais pas tellement en fait.
Et puis ça me fait plein de copains. (Noa, 10 ans)
Les mutations silencieuses des filles semblent donc plus per-
ceptibles que celles des garçons car la ‘féminisation’ des gar-
çons apparaît comme un risque social bien plus important que la
‘masculinisation’ des filles. Il est notoirement moins fréquent
que les garçons empruntent aux champs féminins, et ces occur-
rences sont plus encadrées et, finalement, plus restreintes tant
par l’action objective des parents que par le biais de l’intério-

11
Dans le cas de Lucas, l’informateur est sa mère, qui a trouvé ses livres en
rangeant la bibliothèque et ne lui en a rien dit.
La socialisation culturelle sexuée des enfants… 73

risation par le jeune garçon des normes sociales relatives aux


représentations de son sexe (Baudelot, Establet 2007). Y a-t-il
péril dans le genre du côté des garçons ? Ou bien mutation plus
rapide des représentations de genre pour les filles que pour les
garçons ? La féminisation des pratiques culturelles (Donnat,
Lévy 2007 ; Octobre 2008), notamment les plus légitimes sur le
plan culturel 12, qui n’est pas sans effet sur les contenus eux-
mêmes (Brugeilles et al. 2002), questionne le discours de la

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domination et l’homologie entre stratification sexuée et strati-
fication culturelle. Faut-il y voir une forme nouvelle de
domination, et lire ces variations en termes de renversement des
inégalités de genre, ce qui impliquerait un renversement de la
légitimité culturelle, les filles ‘dominées’ sur le plan du genre
investissant les pratiques dominantes sur le plan culturel ? Ou bien
opter pour une observation positiviste en termes de différences
de genre et de socialisation de genre ?
* *
*
La construction du genre est un processus qui mêle des re-
gistres divers. L’assignation sexuée s’appuie sur les représenta-
tions liées à chaque sexe, la catégorisation sexuée des objets ou
pratiques culturels, la répartition sexuée des tâches éducatives et
des exemples parentaux. Celle-ci est travaillée par les
adolescent·e·s qui développent des stratégies afin d’échapper à la
‘tyrannie’ du genre 13 : déplacements, combinaisons, transgres-
sions en sont des formes possibles, qui, loin de s’exclure,
peuvent se compléter au sein d’une même pluralité de dispo-
sitions identitaires. On peut le saisir dans les stratégies des
adolescents, négociant une liberté ici, dans le respect d’une
assignation ailleurs, mais également, longitudinalement, dans
les histoires de vie : l’ancienne enfant ‘garçon manqué’ devenue
adolescente très féminine, par exemple. Les mutations silen-
cieuses qui découlent de ces stratégies adolescentes permettent
de comprendre les dynamiques intergénérationnelles des représen-

12
Lecture, fréquentation des équipements culturels, pratique artistique amateur.
13
Par homologie à la tyrannie de la majorité décrite par Dominique Pasquier
(2006).
74 Sylvie Octobre

tations des sexes : ouverture du champ des possibles pour les


filles, d’une part, rétrécissement corrélatif du champ du ‘pur’
masculin, de l’autre. Le loisir adolescent semble être un terrain
privilégié d’observation de ces mutations, tant parce que le loi-
sir porte les revendications d’individualisme, d’expressivité et
d’authenticité caractéristiques de cet âge de la vie que parce
qu’il propose des objets à la fois support et co-constructeurs des
représentations des sexes.

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