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Guy Goffette
ou l’appel des lisières
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É D I T O R I A L
Je dois l’avouer : je suis un nouveau lecteur de Guy Goffette. Je l’ai
découvert avec Auden ou l’Œil de la baleine paru dans la si belle collec-
tion “L’Un L’Autre “(Gallimard) dirigée par J.B Pontalis. Depuis, ma lec-
ture à rebours de son œuvre m’enchante et me touche. Le rôle que Guy
Goffette confie à la poésie, les thèmes qu’il aborde, son travail d’écriture,
ses “dilectures “ font de lui un poète contemporain majeur. Guy Goffette
aborde dans son œuvre des thèmes aussi partagés que l’enfance et son
image édénique, la nostalgie, la difficulté d’aimer, la poésie des lieux…
autant de sillons que ce dossier creusera en invitant les lecteurs à s’in-
terroger sur le rôle de l’écriture, de la poésie face à l’angoisse de l’en-
fance perdue, face à l’avancée inéluctable du temps, face à l’immensité
des rêves…
Mais parler d’un poète sans faire entendre son style (qu’aujourd’nui
mon oreille peut désormais reconnaître entre mille) serait vain.
Je souhaite que chaque lecteur de ce dossier rencontre intimement la
parole de Guy Goffette. Et qu’il puisse à son tour entendre l’appel des
lisières.

Sébastien Le Benoist

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S O M M A I R E
p. 1 : Éditorial

p. 4 à 5 : Ouverture poétique en forme d’hommage


par Jacques Réda

p. 6 : Guy Goffette, un portrait sensible.


p. 7 à 9 : Entretien intervew avec Sébastien Le Benoist.
p. 10 à 11 : Autoportrait par Guy Goffette
p. 12 à 15 : Poèmes inédits par Guy Goffette
p. 16 à 17 : Frontières, lisières par Gilles Ortlieb

p. 18 à 23 : Guy Goffette et l’expression lyrique


par Jean-Michel Maulpoix, Joël Bastard, Richard Blin.

p. 24 à 27 : Guy Goffette, une déferlante poétique dans le roman,


Le Haut-Mal, à propos d’Un été autour du cou par
Caroline Lamarche
p. 28 à 29: Textes inédits de Guy Goffette

p. 30 à 33 : Bibliographie des auteurs

p. 34 à 35 : Dossiers Initiales

p. 36 : Remerciements, Ours

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O UVERTURE POÉTIQUE
EN FORME D’HOMMAGE Ô Poètes, cessez de braire,
De pleurnicher sur votre sort.
Voici qu’en effet UN LIBRAIRE
Veut favoriser votre essor,

Offrez-vous en belle hécatombe


Digne des dons des dieux distraits
Puisque son choix inspiré tombe
Sur celui dont les purs attraits

Rendraient votre muse jalouse :


Qu’elle reprenne le trimard
Et cherche refuge à Mulhouse,
Sélestat, Saverne, Colmar,

Désormais qu’à Chicago faite*,


Et sans trompette ni tambour,
Ta gloire, mon ami GOFFETTE,
Va rayonner jusqu’à Strasbourg !

Que du moins il nous reste celle


D’avoir pu dérober ici
A son soleil une étincelle
Photo gracieusement transmise par Guy Goffette
Dissipant notre ombre. Merci.

Jacques Réda

* Une traduction des poèmes de Goffette y est


en effet annoncée.

Biographie de Jacques Réda


Naît à Lunéville en 1929. Il a dirigé la Nouvelle Revue Française de 1987 à 1996. Poète fameux, il est éga-
lement l’auteur de récits en prose et grand amateur de musique, spécialement de jazz (Autobiographie
du jazz, L'Improviste : une lecture du jazz). Jacques Réda, Lorrain de 70 ans, parcourt les lointains et les
banlieues en train ou à pied. Éminemment sensible aux odeurs et aux ambiances, il décrit un monde de la
petite vitesse, mû par les incidents les plus humbles. Il regarde Paris en ses recoins les plus secrets, les plus
déserts (Les Ruines de Paris, Hors les murs, Châteaux des courants d'air...). Réda est l’inventeur du vers de
quatorze pieds, qu’il faut, dit-il, lire à haute voix, qu’il faut parler.

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] Entretien avec Guy Goffette


par Sébastien Le Benoist

U] N PORTRAIT SENSIBLE
Entretien avec Guy Goffette
par Sébastien Le Benoist
Guy Goffette, vous vous définissez volontiers comme “frontalier”. Comment une situation géo-
graphique peut-elle influencer un caractère ?
L’importance des premières années sur la formation du caractère n’est plus à démontrer, celle
du milieu de vie et de la géographie non plus. La ville n’est pas la campagne, ni la mer la mon-
tagne, et les opposés sont infinis. De même, on ne passe pas son enfance et son adolescence
sur une frontière (et, dans mon cas, c’est presque sur deux frontières qu’il faudrait dire : la fran-
] Poèmes inédits çaise et la luxembourgeoise) comme on les passe au centre d’un pays. C’est un peu comme vivre
près d’une fenêtre plutôt qu’au milieu de la pièce. Le dehors dans les yeux prend tout de suite
de Guy Goffette plus de place que le dedans.
J’ai eu assez tôt le sentiment d’être en porte-à-faux, que l’extérieur me requérait comme l’ap-
] Frontières, lisières pel du large, que “la vraie vie”, déjà, était “ailleurs”, et je n’ai plus eu de cesse que de sortir, de
courir les bois et les prés.
de Gilles Ortlieb
La frontière, dans mon enfance, était à portée de main, elle coïncidait avec l’orée du bois, sau-

] Un autoportrait vage et mystérieuse. J’ai donc su très tôt que, passé la lisière, j’étais de l’autre côté, ailleurs, en
France. Par la route, la frontière perdait sa magie. Officielle, elle était gardée à cette époque.
Le goût de la liberté, le plaisir de la transgression et toutes les sensations, toutes les images qui
leur sont liées ont assurément agi sur mon caractère. Rien d’étonnant à ce que je sois de marau-
deur devenu contrebandier, puis passeur jusque dans mes différents “métiers”: enseignant,
libraire, écrivain, éditeur, avec le goût de l’autre, de l’inconnu, du défi, du risque, etc.

Vous n'avez de cesse de prôner le déplacement, le nomadisme. Vous griffez, comme Rimbaud,
les “assis “satisfaits. Et pourtant, vous n'êtes pas ce qu'on appelle aujourd'hui un “écrivain-
voyageur”. Exposez-nous votre conception du nomadisme, du voyage.
Nomadisme est un bien grand mot, mais que je prends à mon compte pour désigner cette faci-
lité avec laquelle je change de lieu selon les exigences de ma vie professionnelle ou de ma vie amou-
reuse. À chaque fois, j’ai dû emporter ma “maison”sur le dos, c’est-à-dire quelques milliers de
livres et mes manuscrits, sans idée de retour.
Le nomadisme est pour moi un état d’esprit, avant tout, une manière de considérer l’existence.
Étant de passage sur cette terre, il me semble qu’il n’est pas de meilleure façon de l’habiter que
de passer, et, ce faisant, d’épouser son mouvement. De là ce sentiment d’immobilité, de déta-
chement et de paix qu’on peut en retirer, un peu comme quand on lit, passant d’une ligne à
l’autre, d’une page à l’autre, sans bouger. S’installer, au contraire, porte en soi l’idée d’arrêt, de
fixation et de mort, et c’est le temps qui passe tout à coup, la terre qui tourne, l’attachement aux
choses et la désespérance. Cette maladie-là, je l’ai appelée “nomadie”.
Le nomadisme est un mouvement de la pensée qui n’implique pas nécessairement le déplace-
ment physique. C’est en somme vivre le présent au présent avec passion, parce que le présent
est la seule réalité vivante, la seule réalité à vivre pour être pleinement.
Quant à voyager pour voyager, ça ne présente pour moi aucun intérêt. J’ai horreur du tourisme
et de l’exotisme. Mais aller au gré du vent, flâner le nez en l’air, marcher sans but défini, tant pis
pour les clichés, voilà ce que j’entends par voyager.

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“Être nomade pour moi, c'est vivre au présent”, dites-vous. Votre rapport au présent se rappro- Soyons un peu schizophrène. Que pense Guy Goffette-poète du Guy Goffette-romancier ?
che-t-il du “carpe diem, carpe horam”d'Horace ?
Premièrement, les choses ne sont pas comparables. La poésie est, pour moi, d’un ordre supé-
À vrai dire, je n’aime pas beaucoup cette maxime qui comporte une idée d’occasion à saisir, de rieur. Ses exigences ne sont pas celles du roman. Comme je n’ai déjà que trop tendance à me
profit à faire. Pour moi, être présent, c’est d’abord “être”plutôt qu’avoir. Par présent, j’entends flageller et que peu de mes écrits trouvent grâce à mes yeux, j’essaierai donc d’être clément : je
aussi bien le don que l’ouverture et que l’attention. Être présent au présent, c’est donc être crois avoir fait ce que j’ai pu dans chaque “genre”. Disons quand même que je préfère, en gros,
attentif à ce présent éphémère et continu à la fois, c’est être pleinement soi dans ce mouve- le poète Goffette dont j’ose espérer que quelques vers resteront, au romancier que je suis par
ment-là, être car exister ne suffit pas. Il y a tant de gens dans les rues qui existent, mais qui ne intermittence et par défaut.
sont pas. Il est vrai que le public m’offre ce lot de consolation de trouver beaucoup de poésie dans l’écri-
ture de ces essais romanesques. On ne se refait pas.
Être présent au présent suffit, dites-vous, pour ÊTRE pleinement. Pourtant, le passé taraude le
poète au travers du thème de l'enfance. Que signifie ce retour à l'enfance ? Une place importante de votre œuvre poétique est réservée à vos “dilectures”. Éclairez-nous
Le présent, comme je l’entends, n’est pas ce qui existe et meurt, mais ce qui est, passe et ne sur ce terme qui ne peut se résumer à un simple exercice d'admiration.
passe pas, et donne son mouvement à la vie, quand le mot “demain”n’est qu’un mot, et le futur J’ai créé ce mot à partir de “lecture”et de “dilection”. C’est un mot-valise en somme, que j’ap-
n’est pas. Le passé, en revanche, est comme un présent au repos, ou qui dort. De temps à autre, plique à tous les poèmes qui m’ont été plus ou moins inspirés par des artistes auxquels je rends
dans mes traversées du désert, il se manifeste et je le reçois, je l’écoute. Il m’arrive même de le hommage en quelque sorte. La composition d’un recueil de poèmes me prenant généralement
mettre dans un roman. Ce n’est donc pas de retour à l’enfance qu’il s’agit, mais d’un réveil sou- plusieurs années, je me suis trouvé des compagnons de solitude parmi les poètes que je décou-
dain de l’enfance en moi.
vrais ou redécouvrais, des peintres ou des musiciens. Certaines œuvres ont eu, sur moi, un effet
Je ne sais plus qui disait que chaque homme vit et meurt de son enfance. L’enfance est le fonds
tellement stimulant qu’une réponse poétique personnelle et personnalisée ou “dilecture”s’est
inépuisable de l’homme et les écrivains ne se font pas faute d’y puiser.
imposée en retour.
Le thème de l'enfance est développé principalement dans Un été autour du cou, votre premier
Rimbaud et Verlaine planent au-dessus de votre œuvre. Que vous ont-ils respectivement apporté ?
roman, et Une enfance lingère. Ce recours au roman est-il directement lié au sujet traité ?
Que vous apportent-ils aujourd'hui ?
Je crois qu’à y bien regarder, l’enfance est partout dans mes poèmes, mais c’est vrai, j’ai connu
Dans mon adolescence passée dans plusieurs internats religieux, c’est Rimbaud, et non pas
de ces passages à vide assez longs où, comme frappé d’insensibilité, je me suis trouvé tout à fait
incapable d’écrire un poème. Car je fais partie de ceux qui croient, avec Michaux, que “la poé- Verlaine, qui m’a bouleversé et qui est devenu ma référence, le Rimbaud du “Bateau ivre”d’abord,
sie est un don de la nature, une grâce”, et qui professent comme lui que “le seul fait de se met- puis celui d’Une saison en enfer et des Illuminations. C’est encore Rimbaud que je place aujourd’hui
tre à sa table avec la volonté d’écrire un poème suffit à le tuer”; que la poésie est “celle qui vient au sommet, près d’Homère et presque en dehors de la littérature.
à pas légers”, comme dit Réda, qui vient quand elle veut et s’en va comme elle est venue. Tant Quant à Verlaine, je ne m’y suis pas intéressé avant l’âge de 45 ans. Ce fut pour moi une révé-
pis pour le poète inattentif ou occupé à autre chose. lation. Aussi forte que l’avait été celle de Rimbaud dans ma jeunesse. J’imagine que chacun a
J’ai besoin d’inspiration pour écrire, or mes “muses”sont souvent en vacances, trop souvent à pris sa place dans ma vie au bon moment, le révolté Rimbaud dans l’enfermement du collège et
mon gré. La fabrication m’apparaît comme une imposture. Je n’écris pas non plus à partir d’une Verlaine dans l’exil et la mélancolie de l’âge mûr.
idée, mais à partir d’un vers qui m’est donné, qui s’impose, et autour duquel le poème se fait, Borgès considérait Verlaine comme “le poète français par excellence”, Bonnefoy lui préfère
souvent malgré moi. Car j’écris ce que j’ignore, ce qui est au plus près de moi et qui m’échappe. Rimbaud. Pour moi, le génie de l’un ne s’oppose pas au génie de l’autre, ils se complètent s’ils
Alors, quoi faire dans ce désert de la poésie, quand le besoin d’écrire reste pressant ? De la prose, ne se répondent pas. La “musicalité”de Verlaine, je la compare à une ligne d’horizon en mar-
comme monsieur Jourdain ! J’ai commencé par des sortes de biographies qui mettaient en rela- che dans le brouillard, tandis que la “voix”de Rimbaud est une flèche, une lame, un couteau
tion un écrivain et son modèle. Il y a eu Verlaine, Bonnard, puis Auden. lancés à la face du soleil aveuglant. Le premier appartient à l’horizontale, le second à la verticale.
Au départ, Un été autour du cou rassemblait quelques souvenirs d’enfance plus ou moins réécrits, Naturellement, il faudrait nuancer tout cela.
réinventés autour d’une phrase lancinante dont je ne parvenais pas à me soulager : “Si seule- Ce qu’ils m’apportent nous entraînerait trop loin. Disons que Rimbaud me soulève et que Verlaine
ment, elle n’avait pas fait ça”. Tout l’imaginaire est sorti de ce “elle”que j’ai créé avec des piè- m’entraîne.
ces rapportées. Certains ayant trouvé à ce livre quelque chose de scandaleux, j’ai rempilé, par Avec mon Verlaine d’ardoise et de pluie et L’Autre Verlaine qui va paraître, j’ai voulu, en quel-
réaction, dans le roman, avec Une enfance lingère, en mettant l’accent sur le côté naïf de mon que sorte, redonner sa place au “Pauvre Lélian”, le sortir de l’ombre écrasante du “Passant consi-
personnage et en soulignant, par un style épuré, la légèreté de cette enfance à demi fictive. dérable”auquel tant de livres sont consacrés.

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] Un autoportrait

Photo gracieusement transmise par Guy Goffette


Le frontalier que je suis est un animal bizarre,
du genre bipède à poil rare. Qu’il arpente ses
collines ou le trottoir des villes, on le reconnaît
à son allure : le front haut et tourné vers les
nues, il marche à grandes enjambées sans
jamais se retourner comme s’il lui fallait à tout
prix passer la frontière avant la nuit.
Quelle frontière ? Celle qui a tôt fait de s’ins-
taller en lui s’il s’arrête. Aussi ne tient-il pas en
place. Toujours entre deux gares, deux fleu-
ves, ne connaissant ni la satisfaction béate des
“assis”, ni l’ennui des repus. Toujours de pas-
sage et ne s’attardant que pour le partage
amoureux et l’amitié. Sans regret sinon sans
remords quand il se remet en route, il est fidèle
et revient sans cesse. Et puis il écrit beaucoup
de cartes postales qu’il oublie d’envoyer et qui,
rassemblées, finissent par faire des livres qui
continueront peut-être après lui à passer les
frontières.

2001
Guy Goffette

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La plage
Tous ces corps lisses et fermes, ces seins
de gloire, ces cuirasses de chair
en montre sur l’horizon comme
dans l’infâme boucherie.
du vieil Alep - et les mouches alentour

] Textes inédits bourdonnaient d’aise, allant, venant,


portant le sel des marais, l’extrême
onction du ciel - tous mourront,
de Guy Goffette tous, et nous-mêmes, et nos regards affolés
d’avoir perdu pour un peu de sable
le fil de la mer comme cette étoile,
enfants, qui nous tenait
la main pour traverser la nuit.
Lettre à mon père
Un jour mon père quand je serai grand
je t’engendrerai Je t'offrirai des ailes
une mémoire habitable avec tous les secrets
de l’amour et comment vivre de nous
je te donnerai la combinaison du coffre
de l'enfance et le chiffre de la mer
que tu n'as jamais traversée. Je
te donnerai la barbe du bon Dieu
et un grand tourbillon de voyelles
pour effrayer tes anges casaniers
et te mériter un petit paradis
perdu près de ma source
Les pavots
Poète avec ce cœur qui ne va pas à la ligne
tu triches dans la grimpette et t’accroches les ailes
aux lacets furieux des collines qui versent
des poèmes de colza frappés à contre rime
par d'ivres moissonneurs dansant le ciel à cru
Photo gracieusement transmise par Guy Goffette sur leurs machines.
Puis tu rentres sans voix les yeux brûlants
d’avoir pour rien perdu comme un touriste
la promesse des pas. Poète, la belle jambe !
à présent que le cœur tire un trait sur le jour
qui décroche ses lampes et livre au plâtre nu
des cuisines refroidies
l’âcre odeur des pavots jetés sous un livre en passant.

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Biographie de Guy Goffette


Naît à Jamoigne en 1947. Guy Goffette est l'aîné de quatre
enfants d'une famille ouvrière. Durant son enfance campa-
gnarde, il a regardé, observé la nature et les gens qui composent
le monde rural : tous ses recueils de poèmes l'attestent.
À l'école normale libre d'Arlon, il est l'élève de Vital Lahaye (alors
professeur dans cet établissement), remarquable poète lui-
même, esprit libre, nourri des penseurs marxistes et amoureux
de littérature. Les paroles magistrales tombent sur un terrain
particulièrement réceptif et le fécondent rapidement.
Sa formation d'instituteur semble tracer devant lui une carrière professionnelle sans inci-
dents. De fait, il enseigne à Harnoncourt (commune de Rouvroy), à la pointe méridionale de
la Belgique, où il a construit sa maison aux marges du village, à flanc d'une colline à pente
douce derrière laquelle se cache la France, tandis que devant lui se déploie un vaste pay-
sage de bois et de verdure.
Dès 1969, Guy Goffette écrit nombre de poèmes qui seront repris dans Quotidien rouge,
son premier recueil. Guy Goffette continue d'écrire des vers, maintenant que l'impulsion
est donnée, qu'il se voit publié dans de nombreuses revues et qu'il est entré en relation avec
des “confrères “ de renom ou influents.
Il se lance un temps dans l'édition. De 1980 à 1987, avec d'autres poètes, il publie la revue
Triangle (12 numéros) dont il est la cheville ouvrière ; en outre, de 1983 à 1987, il dirige les
éditions de l'Apprentypographe (mot forgé pour la circonstance), qui offrent, en un nom-
bre réduit d'exemplaires et sur beau papier, de petits livres composés par lui à la main, sur
la couverture desquels on trouve notamment les noms d'Umberto Saba et de Michel Butor.
Un travail absorbant, tout de méticulosité et de passion, qui dit bien où sont ses amours.
Néanmoins, le temps consacré à cette revue et à ces livres “ mange “ celui qu'il pourrait
consacrer à écrire : la double expérience se termine en 1987.
Il abandonne l'enseignement. Un temps libraire d'occasion, il finit par s'évader. Habitant
tour à tour Charleville-Mézières (ô Rimbaud), Limoges, il est actuellement domicilié à Paris.
Il voyage également : Yougoslavie, Québec, Roumanie, notamment.
Il devient membre du comité de lecture des éditions Gallimard, où il dirige les collections
” Enfance en poésie” et ” Folio Junior en Poésie ” .
Tout ce qui retient ou séduit Guy Goffette l'exalte et le met dans un grand enthousiasme :
les poèmes qu'il écrit ou dont il rêve déjà, les poètes qu'il lit, les textes qu'il choisissait jadis
d'imprimer, les voyages qu'il fait, les êtres, hommes ou femmes, qu'il rencontre. Car c'est
assurément un passionné, un tourmenté aussi, qui vibre, crée, vit intensément et se donne
à chaque fois tout entier à ce qu'il fait.

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ques pas d’une cuisine dont l’éloge devait, Et tu finis par ranger le livre, là-haut,
] Frontières, lisières déjà, être en chantier. Dans le garage, au sous- À sa place exacte, ce petit creux d'om-
par Gilles Ortlieb sol, une presse d’un modèle indémodable- bre et d'oubli
ment ancien, flanquée de toute la mitraille des Comme le coin de terre qui te revient.
polices, bas de casse et cadratins, et d’où sor- Tu reviens toi aussi
Parmi les rencontres que l’on dirait bien, après
coup, avoir été téléguidées, celle avec Guy taient parfois, composés avec l’opiniâtreté qu’il À ta place, devant la fenêtre, la table,
Goffette le fut par l’entremise d’un ami com- faut pour inverser la déclivité naturelle des ce carré de neige que nul n'a encore
mun au moins autant que par le jeu des cir- jours, quelques poèmes de Paul de Roux ou forcé
constances géographiques, personnelles, pas Umberto Saba. et qui va dans tous les sens comme ta vie
toujours déchiffrables, qui amenèrent à par- parmi les mots, les morts.
tager le quotidien d’un pays-timbre collé entre L'hiver peut bien bleuir
la France, la Belgique et l’Allemagne, où les jusqu'au marbre Puis l’homme a pris du champ avec ses champs,
hivers se terminent à contrecœur, où le peuple la chair des alphabets ses absences sont devenues plus longues, ses
des banques porte uniformément cravate, et l'apprentypographe n'a pas peur retours irréguliers, les livres et poèmes rappor-
les fonctionnaires européens le masque des l'apprentypographe n'a pas froid tés de ses voyages (Le pêcheur d’eau, Partance
inaccomplissements de jour en jour reconduits. il tient l'été et autres lieux, Un manteau de fortune, et
Après l’équivalent, compté en mois, du quart serré entre deux doigts jusqu'à L’Adieu aux lisières, en 2007) venant
d’heure de politesse laissé à l’hôte dont on a chaque fois relancer, sur des tempos divers, la
reçu l’invitation, il y eut soudain, de l’autre Les recueils de cette époque (Eloge pour une très ancienne oscillation : partir, revenir –
côté de la frontière – dans le monde réel, donc cuisine de province, La vie promise, entre comme l’une des façons de rester, au bout du
– la Gaume, région qui doit plus ou moins coïn- autres) disent assez combien celle-ci, malgré compte, le moins infidèle à l’arythmie chroni-
cider avec ce qu’on appelle la Lorraine belge, des pesanteurs diverses – ou à cause d’elles : que, en soi, du monde. Défilent les paysages,
avec ses toponymes désarmants (Bleid, Moyen, vouloir les alléger par un sonnet, n’était-ce les questionnements, les visages, un peu d’or
Les Bulles ou, plus loin, Mon Idée, Petitvoir, pas, déjà, s’en affranchir ? – fut féconde, aux et la boue, les certitudes et le doute, l’effroi
Blanche Oreille, Lessive...), l’affairement dis- aguets, ouverte à autrui et accueillante, par parfois et même la rage, puis le retrait et le
cret de ses campagnes, ses tribus de corvidés là, à soi-même. Je songe aux « dilectures » consentement, à défaut de contentement. Et
assaillant les clochers, et, coincé entre une col- scandant alors le sommaire des mois et des l’on ne peut s’empêcher de penser que l’éta-
line et les volutes prégnantes, au chou fer- soirées – mot inventé (et pratique constante bli mental est demeuré là-bas, fiché, dans l’en-
menté, d’une usine à papier, le village chez Guy) pour désigner les passerelles inti- grenage des collines et des ardoises, attendant
d’Harnoncourt. Celui qui en était alors le maî- mes ou points de passage obligés entre des son heure – et les visites du façonnier prodigue.
tre d’école habitait là, avec sa famille, une mai- aînés considérables (Auden, Hölderlin, Leopardi,
son qu’il avait à peu construite de ses mains, Mandelstam, Pound, Frénaud, Cavafy), cer- Songer à partir, disait-il, et c'était encore
sous le regard multiple et magnanime de trou- taines compagnies fraternelles (Pavese, Cingria, sous les mots du poème comme une barque :
peaux de vaches que leur désœuvrement sem- Perros, Thomas, Pessoa) et le lecteur inconnu. que de si petites vagues – rêves, souvenirs –
blait occuper à plein temps. Dans cette mai- Entre les uns et l’autre, l’auteur, à mi-chemin,
aient toujours raison de nos plus fiers
son, une pièce murée par les livres (parmi les- aura aussi beaucoup appris de et sur lui. Avec
élans, de nos désirs d'échapper au reflux.
quels nombre d’affections communes) et le recul – de la frontière, toujours, mais aussi,
Personne, sinon celui qui parle de partir
encombrée de brouillons, de paperolles, de entre-temps, des années – il apparaît que si la
et cherche encore un endroit pour rester.
brins de tabac et de pochettes de disques, matrice, évidemment, préexistait, c’est à cette
d’amorces de poèmes et d’écrits en cours, à époque que son bon usage en aura, sans
portée de voix des autres occupants – et à quel- doute, été mis à l’épreuve.

Biographie de Gilles Ortlieb


Naît au Maroc en 1953, où il a passé une partie de son enfance. Ses premiers textes ont été publiés dans
la NRF en 1977. Il a exercé des métiers divers et effectué de nombreux voyages avant de se fixer en 1986
à Luxembourg, où il travaille pour les services de traduction de l’Union européenne. Récits, poèmes, notes
de carnets, études consacrées à des écrivains aimés ou traductions d’auteurs choisis : autant de façons de
tourner ”autour du pot” – dans l’idée de parvenir peut-être, un jour, à préciser son contenu, de savoir ce
qu’il y a dedans, au juste.

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] La vie commune
de Jean-Michel Maulpoix

G UY GOFFETTE OU
L’ E X P R E S S I O N L Y R I Q U E
Il est peu d’œuvres poétiques contemporaines qui invitent autant que celle de Guy Goffette à
poser radicalement la question de l’expression lyrique. Tous les ingrédients que la tradition répète
à loisir, en effet, sont là : expression du sentiment, aspiration à l’idéal, mélancolie, déploration
du temps passé ou perdu, primauté de la voix et valorisation des ressources musicales du lan-

] La vie commune gage… Or, nous sentons bien que chacun de ces motifs est trop stéréotypé ou trop vague pour
rendre compte des subtils enjeux de cette écriture. Pour y voir un peu clair, il faut aller plus loin :
de Jean-Michel Maulpoix chercher vraiment à entendre ce que la poésie réclame et ce pourquoi elle porte plainte.
Il convient d’observer tout d’abord que la parole poétique de Goffette entre plus directement
et vivement dans l’intime que toute autre. Elle ne l’exprime pas, elle le traque, le débusque, le
] Ce qui reste en souffrance poursuit parmi ses contradictions et ses jeux de masques, ses leurres, ses faux-semblants, ses
bonnes et ses mauvaises consciences… Elle interpelle, questionne, insiste, malmène ; elle tutoie
de Richard Blin et rudoie, elle parle du ”je” comme d’un autre ; elle y met la plume comme on y met le fer, avec
l’espoir qu’il accouche d’une vérité.
] Pour Guy Goffette Cette vérité concerne moins le poète que son lecteur dont la figure se trouve curieusement prise
au beau milieu de cette espèce d’intime scène de ménage dont le sujet lyrique est le théâtre. C’est
de Joël Bastard de la vie commune, dans les deux sens du terme, qu’il est ici question… Du sort de tous et de
chacun tel qu’il se connaît décousu et tel qu’il aspire à s’ajointer. La poésie lyrique regarde l’exis-
tence dans l’angle du sentiment et demande : qu’est-ce que la vie d’un homme, avec ses ”amours
de bric et de broc, toujours plus ou moins contrariées” ?
Ainsi donne-t-elle à entendre de combien de lignes de fuite, de bosses et de creux, une exis-
tence humaine est faite, ce qu’elle suppose de prétentions éconduites et d’espérances déçues.
Si le Temps ainsi presse sur l’âme et la fait gémir dans le noir, si l’avenir jamais ne tient ses pro-
messes, c’est que nous sommes travaillés d’étranges désirs, peu cohérents, mal explicables, et
qui nous conduisent si souvent à trahir l’amour même que nous aurions bien mauvaise grâce à
déplorer qu’il nous manque !
À travers sa fièvre de comparaisons et de métaphores, l’écriture lyrique de Guy Goffette semble
à la recherche d’une image, d’une formule ou d’une clé, qui la délivrerait enfin de son mal en le
nommant une fois pour toutes… Mais un tel salut ne vient pas. Les mots ne sont que de l’herbe
sèche que l’on arrache, ou des poignées de sable que l’on jette au vent. L’écriture ne peut que
”remâcher” indéfiniment ses larmes. En vers ou en prose, elle est contrainte de déchirer et repri-
ser les mêmes phrases tristes et coupables. Telle est la punition du poète-Pénélope qui attend
en vain le retour du sens et de la pureté perdue !
La poésie de Guy Goffette diagnostique cruellement l’incurable maladie dont souffre la vie com-
mune. Nous autres, frères humains, sommes un bien curieux mélange de liens et de coupures !
Comme la poésie même en ses filages et ses césures... Tout poème est un ”manteau de for-
tune ”, un canevas de fuites et d’attaches. Partance : tel pourrait être, en définitive, sous la plume
de Goffette, le mot-clé du mal-être. Comme on le dit d’une vieille barque accrochée à la rive, que
le courant aspire, et qui tire en vain sur sa corde…

Biographie de Jean-Michel Maulpoix (www.maulpoix.net)


Naît à Montbéliard en 1952. Jean-Michel Maulpoix est l'auteur d'ouvrages poétiques.
Il a également fait paraître des études critiques sur Henri Michaux, Jacques Réda et René Char, ainsi que
des essais généraux de poétique. Son écriture, où dialoguent sans cesse prose et poésie, se réclame volon-
tiers d'un ”lyrisme critique”.
Jean-Michel Maulpoix dirige la revue trimestrielle de littérature et de critique Le Nouveau Recueil
(Éd. Champ Vallon). Il enseigne la poésie moderne à l'université Paris X-Nanterre où il anime également
une équipe de recherches intitulée ”Observatoire de la poésie contemporaine”.

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embarquer avec les compagnons du silence et Perros, Cingria, Jammes, Claudel… Autant de
les muses. façons de transformer le vice impuni de la lec-

] Ce qui reste en Seins de glace ou d’enfer, orage


ture en dialogue fraternel, tout en conjuguant
les reflets de sa propre vie au miroir de leurs
souffrance dans le en plaine et la mer entre les collines
agenouillant sans mot dire celui
écrits.
Une poésie qui dit combien on est nu face à
silence des nues qui n’avait soif que de lui-même. ”l’histoire sans fin/recommencée de l’amour”,
de Richard Blin ses tempêtes d’éblouissements comme ses
Le tant présent à ses mots, le voici pauvres restes quand il n’est plus ”qu’une
sans paroles jeté hors du poème, lampe/qui flanche, et le cœur une barque reje-
Parce qu’elle suit nos chemins d’infortune sous chair à nouveau et feu et eau, tée”. Combien on est pareillement nu face à
la dictée fatale du temps, la poésie de Guy porte battue battant le cœur l’Absente ou à la Désirée - celle dont le corps
Goffette est de celles qui embrassent la nuit à et la présence semblent seuls capables de res-
pleine bouche, savent la soie changeante des comme une grange dans l’été paille et poutre susciter un peu du Jardin perdu. Nu encore, et
sentiments et l’orfèvrerie rugueuse des imper- avec la mort petite mais sourde si totalement désarmé, face à l’irréversible du
fections du vivre. Une poésie flambée au blues qui s’impatiente, voudrait parler, temps et à la ruine des jours. Alors tantôt, c’est
et à savourer à l’heure la plus écarlate du soir, le grand oiseau mort de l’amour que le poète
quand revient l’éternelle agonie du soleil et parle, de plus en plus haut, cloue au verso des images du bonheur, tantôt
que la mélancolie se cherche visage. jusqu’à ne plus entendre qu’elle, c’est le goût violent de la beauté fugitive des
L’or du fado, la lente ivresse des chemins ”sous dans leur bouche qui muse. choses que sa voix enneigée de mélancolie
la paupière basse de l’horizon”, la rouille des poursuit. Acquiescer malgré tout, rendre grâce
jours perdus, ”les fabuleuses croupes/des col- Partance et désirance, c’est l’enfance jamais au présent, ”prendre encore/le parti de la
lines fardées/de coquelicots”, l’infini tissage morte, le cœur toujours battant, les pensées chair/qui tant s’use et si vite”. Retrouver dans
du vivant et de l’aboli – en vers boiteux, impairs toujours au large et l’envie incessante de clarté le silence, et le passage des nuages, des ten-
ou blancs, Guy Goffette va chantant ou toujours plus haute. Une façon d’avancer de dresses d’enfance inassouvie. Rester en par-
déchantant ce qui fait tanguer son âme. La profil entre le rêve d’Icare et la retombée des tance, immobile peut-être, mais incendié d’in-
mer longtemps promise, la mer qui va et vient songes, l’impossible envol et la chute dans la nocence au cœur de la vrille où tournent le
comme la vie qui ne cesse de le ballotter d’un désillusion. C’est ainsi que tout Goffette s’ins- soleil fauve des désirs et la faim brute des che-
bord à l’autre de lui-même. Mer et vie promi- crit dans le sillage du célèbre On ne part pas mins fruités de l’enfance.
ses dès l’enfance, ”au temps où le temps n’était rimbaldien. ”Nous restons sur le seuil/sans Ni grammaire du désenchantement ni sensible-
pas”, où les possibles fendaient l’eau du fil savoir où aller, comme prisonniers/d’une route rie, mais du vivant cristallisé en portées déchi-
bleu de l’avenir. invisible et de la peur de perdre”. L’on ne part rées sur fond d’inconsolable et d’ensemence-
Mais voilà, l’avenir n’a pas tenu ses promes- ni ne fait retour car il n’y a pas de fuite possi- ment d’azur, de nudité royale et de pluie lon-
ses, l’anneau d’or s’est révélé ”trop étroit pour ble. Où fuir ? demandait Mallarmé. Ailleurs ? gue sur l’herbe des vieux printemps. Ça chante
contenir l’amour/et les promesses des premiers comme Rimbaud, ”pour revenir en raccourci et ça pleure, c’est bon et c’est beau comme la
temps”, et la perle au fond du coquillage de la et mourir près du quai, infiniment seul et sans neige au soleil, l’eucharistique contenu du filet
chambre ”n’est plus qu’un grain de sable”. nom parmi les badauds” ? Non, bien sûr, et d’un pauvre pêcheur d’eau, ou une palpita-
Reste la cuisine, sa fenêtre et son paysage, ses pourtant reconnaît Goffette, ”partir reste en tion d’étoile sous la rosée du don. Un poète à
odeurs d’enfance, sa table ouverte et son buf- moi ce couteau à tourner dans la plaie/qui lire, et vite,
fet où dorment ”les rêves blanchis et pliés en tourne et me fait ruer dans chacune de mes Ô vous qui ne tenez pas table ouverte
quatre”. Une cuisine qui a fait de Guy Goffette, phrases à/jamais”. Alors, il part - Yougoslavie, aux folies de printemps, à la renverse
un homme qui sait ”l’art de faire l’amour dans Québec, Roumanie… - pour constater que le des robes et des chairs qui s’ébrouent
une cuisine de province/avec des mots vrai voyage, c’est celui de l’écriture et celui vous qui vivez reclus dans l’aveugle
roulés/dans l’encre et la farine”. Parce que la qu’on effectue dans les livres aimés, et dont hiver des livres et ne touchez seins
cuisine a été cet endroit où il pouvait rester témoignent, dans chaque recueil, les Dilectures - croupe toison que dans le foulage
seul la nuit, ”quand tout s’est éteint/et que la de Verlaine, le saint patron, à Leopardi en pas- des lettres le velours des vélins
lune seule/remplit l’assiette du voyageur sant par W.H. Auden, Larbaud, Henri Thomas hâtez-vous car bientôt ne toucherez
oublié”. Une pièce qu’il faut imaginer ouvrant et Henri Droguet, Saba, Pavese, Borges, Cavafy, plus que la nuit et la cendre des choses.
sur le jardin et son île au fond, au milieu du
vert, Partance, la caravane égarée au fond du Biographie de Richard Blin
verger, l’abri de fortune où se réfugier pour Richard Blin est professeur de Lettres par vocation. Les lecteurs assidus du Matricule des anges (que nous
sommes) ont la chance de lire ses critiques. Nous le croisons aussi au fil d'autres revues : NRF, Nouveau Recueil,
Mensuel littéraire et poétique (Bruxelles), Europe... Richard Blin est également l'auteur d'études parues dans
des ouvrages collectifs (sur Pierre Michon, Jacques Réda, Gérard Macé, Pierre-Albert Jourdan, Jean
Starobinski, Romain Graziani, Esther Tellermann, Ludovic Degroote...).

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barbe regarder l’homme en face et cette


] Pour Guy Goffette femme d’écorce, de sève et de bleus intimes
de Joël Bastard en ses racines.
…la beauté, c’est que tout va disparaître et
Il marche en lisant. Un verre de café à la main, que, le sachant, tout n’en continue pas moins
qu’il vide un peu sur le quai mégoté à chaque de flâner.
pas de course dans les gares d’un pays pour Je comprends tout cela comme la bouche com-
toujours imaginaire. prend l’eau d’un ruisseau qui nous est com-
Il chante lorsqu’on lui demande de lire ou de mun. Il est bon de comprendre cette adresse
dire un poème. au vivant avant de le quitter pour garder encore
Il roule une cigarette lorsqu’on lui pose une un peu le monde en sa poitrine.
question sur la poésie. La grande, la petite, la Je t’aime mon brin d’herbe comme joli brin de
belle affaire. fille. Avant la sécheresse d’un hiver trop long.
Il court comme un enfant sait le faire pour tra- Voilà que ses mots me viennent en bouche,
verser la vie à grande allure, une idée derrière c’est que la simplicité est contagieuse et je pré-
la tête. fère de beaucoup cette maladie. Celle de vivre
Il va dans ses poèmes à bâtons rompus dans les avec les arbres, dans la pluie ou sous la statue
hautes herbes du souvenir, de la douleur. De incandescente du grand soleil.
la beauté, du manque et du retour, et de ce Celle de vivre près d’un amour mal fagoté qui
chemin à faire pour là-bas le grand ciel où se rhabille sans cesse, remonte sa bretelle au
retrouver son souffle aux pieds de ce qui vit bord d’une planète un peu stupide en plein
par-dessus tout, la vie. ciel.
Humilité de la langue étonnée d’être au Les enfants qui traînent la mer au bout d’une
monde. De prendre le verger, ses branches, ficelle, et les femmes dont le non est un oui.
ses pommes trop vertes ou trop mûres. Il y a J’arrête là de vous écrire. C’est l’hiver, je relis
toujours quelque chose qui tombe de l’azur. Guy Goffette et j’écoute les dernières chan-
Une blessure se fend d’un sourire, c’est lui, le sons de Tom Waits. C’est parfait.
bec dans la confiture du grand jardin. Va, passager, va comme l’eau et chante ce qui
Même si, Il y a un arbre dans le matin tout à est, chante et ne te retourne pas.
coup que je ne peux plus regarder.
Les lettres italiques sont de Guy Goffette
Tellement d’amour à ne plus pouvoir sous la

Biographie de Joël Bastard (www.joelbastard.blogspot.com)


Naît à Versailles en 1955. Vit aujourd'hui dans le Jura. Poète. Auteur de théâtre, de nouvelles et de chan-
sons. Il réalise de nombreux livres d'artistes avec des peintres, des photographes... Pratique parfois l'écri-
ture improvisée avec Érik Truffaz et Malcolm Braff.

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] Le Haut-Mal
de Caroline Lamarche
À propos de Un été autour du cou

Le titre le dit : c’est une voix qui s’étrangle, celle du narrateur pris dans le nœud coulant de son
enfance, et qui vieillit, amer de n’avoir su aimer. Mais c’est aussi la voix affolée d’un enfant,
qu’une femme de trente ans son aînée pervertit après lui avoir fait croire à l’amour.
Simon, dit Simsi, a 12 ans à peine. Il vit dans un village perdu, entre son père, le ”roi-tabac”, pro-

G
priétaire du bar-tabac-alimentation, sa mère qui économise pour acheter une baignoire de fer,
UY GOFFETTE, et son petit frère qui dort la bouche ouverte dans le même lit que lui. Lit où Simon rêve aux fil-
les, celles des magazines, Pauline – son âge – dont il a touché la fente, et la Monette.
UNE DÉFERL ANTE POÊTIQUE Autour de la Monette plane l’ombre du Haut-Mal et de l’interdiction paternelle : si Simon appro-
che du lieu-dit, cette colline pelée où se dresse le chalet rose de la nouvelle venue, il valsera en
DANS LE ROMAN pension. Mais le destin s’en mêle. On veut fuir des gamins furieux, on court droit devant soi,
éperdument, et on se retrouve devant une femme éblouissante et peu vêtue qui pend son linge :
la Monette.

] Le Haut-Mal La fatalité, dès lors, enfile ses pièges comme les perles d’un collier. La Monette aperçoit
l’enfant en sueur, lui ouvre sa porte, le fait monter à l’étage où se trouve une étince-
de Caroline Lamarche lante baignoire à pattes de lion. Un bain pour le jeune imprudent habitué aux
débarbouillages sommaires. Beauté de cette femme. Trouble né de ses gestes
ambigus. Magie, ensuite, des découpages qu’elle autorise l’enfant à prati-
] Textes inédits quer dans les Ciné Revue. En contrepartie, il faudra faire le guet. Car le doc-
teur va venir. Et quand il sera là, elle et lui monteront à l’étage et personne
de Guy Goffette ne pourra s’approcher du chalet. Si quelqu’un vient, Simon devra, comme
un geai en alerte, crier dans la cage d’escalier.
Mais pourquoi la Monette se met-elle sur son trente et un pour recevoir
le docteur ? Pourquoi est-elle, ensuite, si fatiguée qu’elle chasse Simon
comme un malpropre ? Pourquoi, quelques jours plus tard, descend-
elle au bar-tabac pour faire ses emplettes, circonvenir la maman de
Simon et réclamer que l’enfant lui monte ses provisions ?
Ogresse, exhibitionniste, initiatrice perverse, ou icône de la femme
éternelle, Monette ? Tout cela. Car la déesse ne cesse de descendre
du piédestal où la place, ”tremblant et curieux à la fois”, un Simon
enchaîné. A-t-il atteint l’état dont il rêvait, celui d’élu, de chevalier
servant, ”parce que la Monette m’avait pris contre elle, et que j’étais
devenu un homme dans ses mains et qu’elle m’avait trouvé à son
goût” ? Ou n’est-il, entre le mari et l’amant, qu’un ”cochonnet au

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milieu d’une pétanque démoniaque”, qui dévore. Autour de l’enfant, le monde se vou-
pleure et qui vomit d’être traité comme un drait rangé comme un magasin de village, alors
chien, une mouche dans une toile d’araignée, que s’y nouent de choquantes complicités (la
un oiseau dont on commande le cri ? mère et Monette) et que des alliances établies
Pas d’alliés pour Simon, pas un seul qui devine, (le père et la mère, Monette et son mari –
personne qui le sauve du Haut-Mal. L’abus de magnifique personnage du couvreur) s’y ren-
pouvoir est total, l’impunité sans faille. Un versent brusquement. Le va-et-vient entre ce
secret. Dont personne ne pourrait le délivrer, monde et l’autre, entre le narrateur adulte et
sinon une autre femme, cette ”jeune fille aux
l’enfant, le ”je” et le ”il”, cette schizophrénie
jambes nues” dont Simon adulte rêve sans la
rendue fluide, assumée par la narration, évo-
trouver jamais. Abîmé, perverti, il ne peut aimer
que une chorégraphie baroque qui aurait la
qu’en utilisant les femmes, comme Monette l’a
utilisé. Avec pour seul viatique, noué autour cruauté des contes pour enfants, l’exempla-
du cou, le bas qu’enfant il lui vola. rité du martyrologue chrétien et la terrible
Un été autour du cou est plus qu’un roman clarté d’un ”matin de mai sur l’échafaud”. Il
audacieux, compassionnel, cynique, drôle et semble que, risquant tout, le romancier-poète
cruel. C’est un secret partagé. On entre dans ait gagné sur le fil du rasoir, sur la couture du
ce secret comme dans ce lieu clos et cepen- bas. Ce qui fait du lecteur ”la jeune fille aux
dant ouvert – le Haut-Mal – où Simon se pré- jambes nues” désespérément attendue, avec
cipite, assailli par une ambivalence qui le qui tout partager.

Biographie de caroline Lamarche (www.carolinelamarche.net)


Naît à Liège en 1995. Se met à écrire au début des années 1990. À partir de 1995, créations diverses :
romans, nouvelles, poèmes, fictions radiophoniques.

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] Textes inédits Petie éloge des vérités Elles sont quatre comme des saisons de la mar-
de Guy Goffette chande de fruits et légumes, les cent coups de
(extrait) Truffaut et les sans cou de Desnos, les cheva-
liers de l’Apocalypse et les feuilles de trèfle pour
L’ogre de Brangues (extrait) amoureux transis. Quatre comme les jeudis de
“ Le vieux qui fait Goliath “ pour amuser Abisag, la petite Sunamite qu’on lui la semaine qui ne vient jamais, les marches de
a fourrée dans le lit afin de réchauffer sa vieille carcasse, ce n’est pas David seulement, ce n’est l’escalier qu’on grimpe en courant, comme les
plus David, le roi d’Israël arrivé au bout du rouleau, non, mains sur le clavier quand elles ne s’égarent
mais à des siècles de distance et près du Rhône, ce gros bonhomme assis pas dessous, comme les fers en l’air quand l’im-
devant une bible d’autel, qui tient sur sa feuille de papier son stylo porte-plume aussi ferme- proviste nous entraîne, comme les yeux quand
ment que la grande épée antique. Car il lui faut suivre sans déraper, tel un sismographe, le mou- on est deux à se les dire, les vérités ; comme
vement qu’imprime à sa main le vent violent de l’inspiration. les veines qu’on se saigne la plupart du temps
pour trois fois rien quand ce n’est pas en pure
Il y a des heures qu’il n’a pas relevé la tête et qu’il se laisse ainsi porter par- perte, comme les cheveux qu’on coupe avant
dessus le temps comme un enfant rêveur sur les épaules de son père. de s’apercevoir que celui qu’on tond est
L’été a beau frapper à la fenêtre, glisser une jambe de lumière sur le parquet chauve, quatre comme Henri, le Vert galant,
ciré, le gros monsieur n’entend ni ne voit rien d’autre que cette marée sans un son derrière toujours à quatre pattes de son vivant et qui
l’oreille qui lui dicte les images et fait danser sa plume. monte pour l’éternité son dada de bronze sur
l’île de la Cité, quatre comme les chemins par
Quand la porte du bureau soudain s’ouvre sur Madame, lasse de frapper où l’on ne va jamais sans risque ni péril, comme
pour des prunes, l’homme se redresse, et c’est comme s’il sortait d’un mauvais rêve. Comment ? les coins de l’horizon quand il est bien tendu
Quoi ? Les Philistins ont gagné ? pour une projection en plein air, et la famille
Vous divaguez, mon ami, le repas est servi. Nous n’attendons plus que vous. peut enfin s’asseoir avec un bon verre à siroter
paisible,
La porte se referme. mais voilà tout à coup que Georges,
Le stylo déposé sur la feuille, notre Goliath de théâtre s’aperçoit le mari de Suzanne, s’aperçoit qu’il a oublié
qu’il est midi passé de ce côté du monde. Cher David, voici Abisag, je vous la rends. Qu’elle vous ses lunettes, se lève et dérange ses voisins dans
garde bien au chaud en attendant mon retour, car nous n’en avons pas fini encore, nous deux ! le noir et coupe l’horizon qui s’animait et mar-
Puis il range les pages qu’il vient de noircir d’une traite, sans une rature, se lève et d’un pas qui che sur les pieds de l’un et laisse traîner sa main
se rassure en marchant quitte le royaume d’Israël pour passer à table avec les siens et faire un sur les seins d’opéra de sa belle-sœur. Alors les
sort aux nourritures terrestres. cris fusent, le frère puîné se lève à son tour,
plus rouge que tous les macon avalés, il attrape
Georges par le bras Ah ! Mais ne te gêne pas toi,
tu ne voudrais pas que je t’aide un peu.
C’est parti, c’est l’empoignade. Le
père veut s’interposer et prend un coup de
coude dans les gencives et s’écroule au milieu
des chaises. On l’entend crier Attention mon
dentier, vous allez écraser mon dentier.
Le pied qui tenait le petit projecteur
8 mm s’est effondré. L’horizon mélange ses
coins, c’est la nuit tout d’un coup. Un chien se
met à hurler à la lune. Ca pleure et ça renifle
dans le silence revenu. On entend des portiè-
res qui claquent. La vérité dans son coin
ramasse ses morceaux.

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Guy Goffette
] Poésie
Éloge pour une cuisine de Province (Éd. Champ Vallon, 1988. Rééd. Poésie/Gallimard, 2000,

B IBLIOGRAPHIES DES
AUTEURS
prix de la Communauté française de Belgique, 1988 et prix Mallarmé, 1989)
La Vie promise (Éd. Gallimard, 1991. Rééd. Poésie/Gallimard, 2000).
Le Pêcheur d’eau (Éd. Gallimard, 1995. Rééd. Poésie/Gallimard, 2007)
Un manteau de fortune (Éd. Gallimard, 2001, grand prix de poésie de l’Académie française)
Solo d’ombres précédé de Nomadie (Éd. Gallimard, 2003)

] Roman/récits/essais
Mariana, Portugaise (Éd. Le temps qu’il fait, 1991)
Verlaine d’ardoise et de pluie (Éd. Gallimard, 1996. Rééd. Folio, 1998).
Elle, par bonheur et toujours nue (Éd. Gallimard, 1998. Rééd. Folio, 2002)
Partance et autres lieux suivi de Nema problema (Éd. Gallimard, 2000, prix Valery Larbaud)
Un été autour du cou (Éd. Gallimard, 2001. Rééd. Folio, 2003, prix Félix Denayer de l’Académie
de langue et de littérature françaises de Belgique)
Auden ou l’Œil de la baleine (Éd. Gallimard, 2005)
Une enfance lingère (Éd. Gallimard, 2006. Rééd. Folio, 2007, prix Victor Rossel)
Journal de l’imitateur (Éd. Fata Morgana, 2007)
L’Autre Verlaine (Éd. Gallimard, 2008)

] Livres d’artistes
Traversée, photographies de Dun Hayon (Éd. D.H. 2006)
L’Adieu aux lisières, gravures de Jean-Marie Queneau (Éd. de la Goulotte 2006)
Lumière d’épicerie, illustrations de Wanda Mihuleac (Éd. Transignum 2006)
Le Journal de l’imitateur, peintures de Joël Leick (Éd. Fata Morgana 2006)
Épilepsie, force douze, illustrations de Joël Leick (Éd. Fata Morgana 2007)
Ulysse ébloui, peintures et collages de Joël Leick (Éd. Rencontre 2007)
La Chambre des nues, peintures de Julius Baltazar (Éd. H.C. 2007)

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Joël Bastard Jacques Réda


Memorandum de porcelaine (Éd. J. Bremond, 1993) Celle qui vient à pas légers (Éd. Fata Morgana, 1985)
Beule (Éd. Gallimard, 2000, prix Antonin Artaud) Premier livre de reconnaissances (Éd. Fata Morgana, 1985)
Se dessine déjà (Éd. Gallimard, 2002, prix Henri Mondor de l’Académie française) Recommandations aux promeneurs (Éd. Gallimard, 1988)
Le Sentiment du lièvre (Éd. Gallimard, 2005) Sonnets dublinois (Éd. Fata Morgana, 1990)
Casaluna (Éd. Gallimard, 2007) Aller aux mirabelles (Éd. Gallimard, 1991)
Nouveau livre des reconnaissances (Éd. Fata Morgana, 1992)
Caroline Lamarche Aller à Elisabethville (Éd. Gallimard, 1993)
L’Incorrigible (Éd. Gallimard, 1995)
Le Jour du chien (Éd. de Minuit, 1996) Moyens de transport (Éd. Fata Morgana, 2000)
La Nuit l’après midi (Éd. de Minuit, 1998) Accidents de la circulation, (Éd. Gallimard (2001)
L’Ours (Éd. Gallimard, 2000) Les Fins Fonds (Éd. Verdier, 2002)
Le Rêve de la secrétaire (Éd. Esperluète, 2001) Treize chansons de l’amour noir (Éd. Fata Morgana, 2002)
Lettres du pays froid (Éd. Gallimard, 2003) Le vingtième me fatigue/Supplément à un inventaire lacunaire des rues du XXe arrondissement
Carnets d’une soumise de province (Éd. Gallimard, 2004. Rééd. Folio, 2005) de Paris (Éd Dogana, 2004)
Karl et Lola (Éd. Gallimard, 2007) Europes (Éd. Fata Morgana, 2005)
La Barbière (Éd. Les Impressions nouvelles, 2007) Ponts flottants (Éd. Gallimard, 2006)
Toutes sortes de gens (Éd. Fata Morgana, 2007)
Gilles Ortlieb Papier d’Arménie : les Hauts-de-Seine caucasiens (Éd.Théodore Balmoral, 2007)

Brouillard journalier (Éd. Obsidiane, 1984)


Petit-Duché de Luxembourg (Éd. Le temps qu’il fait, 1991)
Jean-Michel Maulpoix
Soldats et autres récits (Éd. Le temps qu’il fait, 1991) Émondes (Éd. Fata Morgana, 1986)
Gibraltar du Nord (Éd. Le temps qu’il fait, 1995) Papiers froissés dans l’impatience (Éd. Champ Vallon, 1987)
Poste restante (Éd. La Dogana, 1997) La voix d’Orphée : essai sur le lyrisme (Éd. Corti, 1989)
La nuit de Moyeuvre (Éd. Le temps qu’il fait, 2000) Portraits d’un éphémère (Éd. Mercure de France, 1990)
Sept petites études (Éd. Le temps qu’il fait, 2002) Histoire de bleu (Éd. Mercure de France, 1992. Rééd. Poésie/Gallimard, 2005)
Place au cirque (Éd. Gallimard, 2002) L’Écrivain imaginaire (Éd. Mercure de France, 1994)
Les Tramways de Bruxelles (Éd. Théodore Balmoral, 2002) Un dimanche après-midi dans la tête (Éd. Mercure de France, 1996)
Carnets de ronde (Éd. Le temps qu’il fait, 2004) La Poésie comme l’amour : essai sur la relation lyrique (Éd. Mercure de France, 1998)
Meuse Métal, etc. (Éd. Le temps qu’il fait, 2005) Du lyrisme (Éd. Corti, 2000)
Au grand miroir (Éd. Gallimard, 2005) L’Instinct du ciel (Éd. Mercure de France, 2000)
À eux-mêmes inconnus, sur des photographies de Jean-François Bonhomme (Éd. Le temps qu’il Chutes de pluie fine (Éd. Mercure de France, 2002)
fait, 2006) Le Poète perplexe (Éd. Corti, 2002)
Noël à Ithaque (Éd. Le temps qu’il fait, 2006) Pas sur la neige (Éd. Mercure de France, 2004)
Des orphelins (Éd. Gallimard, 2007) Adieux au poème (Éd. Corti, 2005)
Sous le crible (Éd. Finitude, 2008) Boulevard des Capucines (Éd. Mercure de France, 2006)

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D OSSIERS INITIALES

Algérie L’écriture ou la vie (1997) Les inédits :


Éclats de rire (1997)
Je suis fatigué de Dany Laferrière (2000)
Jørn Riel, maître conteur (1998)
Petit ours mon ami de
Samuel Beckett (1998) Mario Rigoni Stern (2001)
Raymond Carver, un homme discret (1999) Carnets cubains de
Julien Gracq (1999) Philippe Claudel (2002)
René Fallet (2000) Territoires de Elwood Reid (2002)
A comme amour (2000) Sur la mer de Hubert Mangarelli (2003)
Nancy Huston (2001) Deux fragments oubliés
de Christian Garcin (2005)
Mario Rigoni Stern (2001)
Une photo à Montevideo
Sombre Afrique (2002)
de Patrick Deville (2004)
Annie Saumont (2002)
La Réserve de Russel Banks (2005)
Un Quenal des Queneau (2003)
Initiales a 10 ans GUY GOFFETTE

Littératures de l’imaginaire en France (2003) et autres bonnes nouvelles (2007)


Pierre Michon, une autolégende (2003)
L’AUTRE
Dhôtel comme ça (2004)
VERLAINE
Nos Amériques (2004) récits

Jacques Séréna (2005) À paraître :


La littérature de voyage (2006) Georges Perros
Americanada (2006) La bande dessinée Guy
Le Roman Noir (2007)

GALLIMARD Goffette
L’autre Verlaine
« Ce qu’il aura fallu de temps pour que je me convertisse à Verlaine,

Photo Catherine Hélie © Gallimard.


combien d’errances, d’errements, de ciels perdus, de pluies, de larmes
avant que le vieil Ardennais d’exil me rende à ma terre d’enfance avec
le fil du cœur et le sens de ma route, je n’en reviens toujours pas. »

34 Gallimard
Sans titre-2.indd 1 20/02/08 14:33:34
Livret 26/02/08 18:31 Page 36

R EMERCIEMENTS
Je tiens à remercier de sa disponibilité Guy Goffette qui, tout au
long de ce travail, a fait preuve d’une grande générosité.
Que ce dossier puisse lui exprimer toute mon admiration.

Un grand merci, bien sûr, aux auteurs qui se sont si amica-


lement adonnés à cet excercice de “dilecture” : Joël Bastard,
Richard Blin, Caroline Lamarche, Jean-Michel Maulpoix, Gilles
Ortlieb et Jacques Réda.

Catherine, merci infiniment d’avoir vu, derrière les mots et au-


delà des maux, le rose, la mouette et les courbes qui font de
ce dossier une réussite.

O URS
Ce dossier a été réalisé pour le compte des librairies du grou-
pement Initiales (www.initiales.org) et avec le soutien du CNL
(Centre national du livre)

• Coordination : Sébastien Le Benoist de la librairie Quai des


Brumes (Strasbourg) et Sophie Gorayoa, permanente du
groupement Initiales

• Corrections :

• Conception (ligne graphique, mise en page et illustrations) :


Catherine Arlet-Delepaut (roginska@wanadoo.fr)

• Impression : Imprimerie Stipa (Montreuil)

36 37
Livret 26/02/08 18:31 Page 38

] Les librairies du groupement Initiales [


Antipodes La Réserve Mots et Images
8, rue Robert-Schuman • 95880 Enghien 81, avenue Jean-Jaurès 10, rue Saint-Yves • 22200 Guingamp
Tél. 01 34 12 05 00 • Fax 01 34 17 69 26 78711 Mantes-la-Ville Tél. 02 96 40 08 26 • Fax 02 96 40 08 27
auxantipodes@free.fr Tél. 01 30 94 53 23 • Fax 01 30 94 18 08 mots-et-images@wanadoo.fr
librairie.lareserve@wanadoo.fr
Atout-livre Nordest
203 bis, avenue Daumesnil • 75012 Paris Le Bruit des mots 34 bis, rue de Dunkerque • 75010 Paris
Tél. 01 43 43 82 27• Fax 01 43 43 82 73 11, place du Marché • 77100 Meaux Tél./Fax 01 48 74 45 59
info@atoutlivre.com Tél. 01 60 32 07 33 • Fax 01 60 32 07 34 lib.nordest@wanadoo.fr
www.atoutlivre.com bruit.des.mots@wanadoo.fr
Obliques
Au poivre d’âne Le Cadran lunaire 68, rue Joubert • 89000 Auxerre
27, rue Franche • 71000 Mâcon Tél. 03 86 51 39 29 • Fax 03 86 52 11 83
9, place de l’Hôtel-de-Ville
Tél. 03 85 38 85 27 • Fax 03 85 40 92 16 librairie.oblique@wanadoo.fr
04100 Manosque
cadran.lunaire@wanadoo.fr
Tél. 04 92 72 45 08 • Fax 04 92 72 40 03 Passages
librairiepoivredane@wanadoo.fr Le Cyprès 11, rue de Brest • 69002 Lyon
17, rue du Pont-Cizeau • 58000 Nevers Tél. 04 72 56 34 84 • Fax 04 72 56 34 85
Au poivre d’âne Tél. 03 86 57 53 36 • Fax 03 86 59 59 24
12, rue des Frères-Blanchard librairie.passages@orange.fr
13600 La Ciotat Le Grain des mots
Point-Virgule
Tél. 04 42 71 96 93 • Fax 04 42 73 19 68 13, boulevard du Jeu-de-Paume
1, rue Lelièvre • 5000 Namur / Belgique
poivredanesurmer@orange.fr 34000 Montpellier
Tél. +32 081 22 79 37
Tél. 04 67 60 82 38 • Fax 04 67 60 82 91
Comme un roman Fax +32 081 22 79 37
info@legraindesmots.com
39, rue de Bretagne • 75003 Paris info@librairiepointvirgule.be
Le Livre Phare
Tél. 01 42 77 56 20 • Fax 01 42 77 56 20 Quai des Brumes
8, rue Dumont-d’Urville
commeunroman@wanadoo.fr 120, Grand’Rue • 67000 Strasbourg
29900 Concarneau
www.comme-un-roman.com Tél. 03 88 35 32 84 • Fax 03 88 25 14 45
Tél. 02 98 50 68 11
Des Cordeliers livrephare@wanadoo.fr quaidesbrumes@wanadoo.fr
13, côte des Cordeliers Le Merle Moqueur Vent d’ouest
26100 Romans-sur-Isère 51, rue de Bagnolet • 75020 Paris 5, place du Bon-Pasteur
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libcordeliers@wanadoo.fr mailing@lemerlemoqueur.fr Tél. 02 40 48 64 81 • Fax 02 40 47 62 18
Gwalarn www.lemerlemoqueur.fr librairie@ventdouest.org
15, rue des Chapeliers • 22300 Lannion www.librairie-nantes.fr
Le Scribe
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Tél. 05 63 63 01 83 • Fax 05 63 91 20 08 Tél. 02 40 47 64 83 • Fax 02 40 47 75 34
L’Arbousier
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1, avenue Abdon-Martin • 04700 Oraison
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Tél./Fax : 04 92 78 61 08
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2, place du Docteur-Léon-Martin Tél. 02 40 01 95 70
L’Échappée belle
38000 Grenoble glambert3@club-internet.fr
7, rue Gambetta • 34200 Sète
Tél. 04 76 46 61 63 • Fax 04 76 46 14 59 librairievoixauchapitre.com
Tél. 04 67 43 64 54 • Fax 04 67 74 74 18 libsquar@club-internet.fr
libechappeebelle@aol.com www.librairielesquare.com
www.lechappeebelle.fr
Les Saisons
L’Écritoire 2, rue Saint-Nicolas • 17000 La Rochelle
30, place Notre-Dame Tél. 05 46 37 64 18 • Fax 05 46 34 05 58
21140 Semur-en-Auxois librairie@lessaisons.fr
Tél. 03 80 97 05 09 • Fax 03 80 97 19 89 www.lessaisons.fr
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Livre aux Trésors
www.ecritoire-semur.com
4, rue Sébastien-Laruelle
La librairie... 4000 Liège / Belgique
12, rue Chaperonnière • 49000 Angers Tél. +32 04 250 38 46
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sarllibrairie@wanadoo.fr livreauxtresors@skynet.be
La Librairie Lucioles
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79000 Niort Tél. 04 74 85 53 08 • Fax 04 74 85 27 52
Tél. 05 49 04 05 03 - Fax 05 49 17 18 80 lucioles@free.fr
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La librairie du rivage 19, rue Pierre-Bérard • 42000 Saint-Étienne
82, boulevard Aristide-Briand Tél./Fax 04 77 32 58 49
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