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DOUZE DÉCEMBRE

 Le 12 de ce mois, mémoire de notre saint Père théophore SPYRIDON le THAUMATURGE,


évêque de TRIMITHONTE.
Notre saint Père Spyridon vivait dans l’île de Chypre, à l’aurore du IVe siècle, et exerçait
paisiblement la simple profession de berger. De mœurs rustiques et peu cultivé, il n’avait pourtant pas
son pareil quant à l’amour de son prochain, quant à la douceur, à la délicatesse, à l’aumône, à
l’hospitalité et à la pratique de toutes les vertus. Tel le Patriarche Abraham, il accueillait avec
empressement dans sa demeure tout homme qui s’y présentait, et lui témoignait la même sollicitude
que si c’était le Christ lui-même qui était venu lui rendre visite. Il n’y avait pas non plus de pauvre ou
d’indigent qui ne trouvât chez lui quelque secours. Spyridon déposait son argent dans un coffre qu’il
laissait toujours ouvert, à la disposition de tous, et jamais il ne se souciait de savoir s’il était plein ou
vide, ou si ceux qui y puisaient étaient dignes ou indignes de ses bienfaits. Vivant de manière chaste
et pieuse dans le mariage, il obtint de Dieu une fille, Irène, mais, au bout de quelques années, son
épouse décéda. Alors dégagé des soucis de la chair, Spyridon ne se préoccupa plus que de progresser
dans la vertu et de s’enrichir des dons éternels de la grâce.
Il acquit ainsi, sans le vouloir, une grande notoriété dans l’île et, à la mort de l’évêque de la
petite ville de Trimithonte, près de Salamine, les fidèles le désignèrent unanimement pour prendre sa
place et devenir ainsi le pasteur du troupeau spirituel du Christ. Malgré cette dignité, l’humble berger
n’abandonna rien de son mode de vie : il portait les mêmes vêtements pauvres, se déplaçait toujours à
pied, aidait aux travaux des champs et continuait, comme auparavant, à garder son troupeau. Une
nuit, des maraudeurs pénétrèrent dans sa bergerie pour dérober des brebis ; mais, lorsqu’ils voulurent
sortir avec leur butin, ils se sentirent comme liés et cloués sur place par une force invisible. Quand
Spyridon les découvrit, au petit matin, ils lui confessèrent, pleins de honte, leur forfait. Pris de
compassion, le saint dénoua les liens invisibles qui les immobilisaient et les exhorta à vivre désormais
honnêtement. Il ne les laissa pas cependant repartir sans leur faire don de deux moutons, en leur
disant, avec le sourire, que c’était en compensation de leur peine pendant cette veillée nocturne.
Rigoureux envers lui-même, saint Spyridon manifestait toujours de la compassion pour ses
frères et une grande condescendance à l’égard de leurs faiblesses. Pour soulager quelque voyageur,
par exemple, il n’hésitait pas à rompre le jeûne. Comme le Christ, le Bon Pasteur, il était toujours
prêt à donner sa vie pour ses brebis spirituelles, afin de les mener paître dans les pâturages de la
grâce. Par sa douceur, son humilité et sa simplicité, il acquit une telle faveur auprès de Dieu, qu’il
accomplit d’innombrables miracles pour le salut et la consolation de son Église. Lorsque l’île de
Chypre fut affligée d’une terrible sécheresse, laissant présager les affres de la famine, saint Spyridon
ouvrit les cieux grâce à sa prière, et il obtint de Dieu une pluie bienfaisante qui allait rendre à la terre
sa fécondité. Comme certains riches avaient engrangé de grandes quantités de grains pour profiter de
la pénurie et les revendre à des prix exorbitants, l’ardent évêque fit s’effondrer leurs réserves par sa
prière et distribua équitablement aux habitants les produits de la terre, délivrant ainsi l’île de la
disette. Une autre fois, tel Moïse dans le désert (Nb 21, 8), il changea un serpent en or pour venir en
aide à un pauvre homme. Puis, le secours opéré, il fit revenir le reptile à son état naturel, afin que la
faveur divine ne devînt pas occasion d’avarice. Il était toujours prompt à se porter au secours des
infortunés, aussi un jour où il s’était mis en route pour aller délivrer un condamné à mort, il arrêta le
cours d’un torrent tumultueux, qui lui barrait le passage, et traversa son lit à pied sec.
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Vivant dans le Christ par les saintes vertus et le Christ agissant en lui par le Saint-Esprit,
Spyridon acquit aussi le pouvoir sur la mort elle-même. C’est ainsi qu’à la prière d’une pauvre femme
païenne, il ramena à la vie le cadavre de son enfant, qu’elle avait déposé à ses pieds. Et quand sa
propre fille, Irène, vint à mourir sans avoir eu le temps de révéler à une personne qui lui avait confié
sa fortune l’endroit où elle l’avait cachée, le saint évêque se pencha au-dessus du tombeau et
interrogea la défunte, qui répondit aussitôt en indiquant où se trouvait le trésor. Ayant obtenu un tel
miracle de Dieu, Spyridon repoussa pourtant toute consolation humaine pour lui-même, et il ne
demanda pas au Seigneur de ressusciter sa fille bien-aimée.
Sa vertu était si lumineuse qu’elle perçait comme l’éclair le secret des consciences, et poussait
les pécheurs à venir confesser leurs fautes et à commencer une vie de repentir. Telle cette femme qui,
à l’exemple de la pécheresse de l’Évangile, se jeta aux pieds de l’homme de Dieu qui avait posé sur
elle son regard compatissant, et les baigna de ses larmes en confessant ses péchés. Spyridon se pencha
alors pour la relever et lui dit : « Tes péchés te sont pardonnés » (Lc 7, 48), comme si le Sauveur lui-
même parlait par sa bouche. Puis il la renvoya en paix, en se réjouissant tel le bon pasteur qui, ayant
retrouvé la brebis égarée, convoque ses amis et voisins en disant : Réjouissez-vous avec moi car j’ai
retrouvé ma brebis qui était perdue (Lc 15, 6).
Ignorant selon le savoir humain, mais riche des dons de clairvoyance et de prophétie, l’évêque
de Trimithonte avait également une connaissance profonde des saintes Écritures, grâce à laquelle il
confondit un jour un évêque vaniteux qui voulait faire preuve d’éloquence en changeant certains mots
de l’Évangile, trop communs à son goût.
Lorsque le saint empereur Constantin le Grand convoqua le Premier Concile Œcuménique
(325) pour réfuter l’hérésie impie d’Arius, Spyridon se rendit lui aussi à Nicée dans son simple
appareil de pâtre, afin de témoigner de la Vérité aux côtés des saints évêques, confesseurs et des plus
illustres personnalités du temps. Pendant les débats, un philosophe arien, enflé de vain orgueil, lança
un défi aux Orthodoxes pour se mesurer avec eux dans une discussion sur la Sainte Trinité. L’humble
berger de Chypre s’avança alors et, à la stupeur générale, il confondit les raisonnements spécieux et la
dialectique subtile de son adversaire par la simplicité et l’autorité de ses paroles inspirées par le
Saint-Esprit. Pour appuyer ses dires par un signe éclatant, il fit le signe de la Croix sur une brique
qu’il tenait en main, et à l’invocation des Personnes de la Sainte Trinité, les éléments dont elle était
constituée : le feu, l’eau et la glaise se séparèrent et retournèrent à leur état initial. Désarmé, le
philosophe se laissa convaincre, embrassa sincèrement la foi des Pères, et exhorta les autres disciples
d’Arius à abandonner à leur tour les sentiers trompeurs de la sagesse humaine pour trouver dans
l’Église les sources d’Eau Vive et la puissance de l’Esprit.
Après la mort de Constantin, son fils Constance, qui avait hérité la partie orientale de l’Empire,
montra de la sympathie pour l’arianisme. De séjour à Antioche, il tomba gravement malade et, malgré
les efforts des médecins, on désespérait de le voir survivre. À la suite d’une vision dont fut gratifié
l’empereur, saint Spyridon fut convoqué au palais, en compagnie de son disciple saint Triphyllios [12
juin]. À peine parvenu au chevet du souverain, le saint homme le guérit de sa maladie et l’engagea à
préserver la santé de son âme par la fidélité à l’enseignement orthodoxe et par la miséricorde envers
ses sujets. Chargé d’or et de présents, Spyridon s’empressa de distribuer, dès son retour, toutes ces
richesses aux habitants de Chypre
Détaché des choses de la terre et tout absorbé par l’attente des biens éternels, saint Spyridon
célébrait la Divine Liturgie et les offices de l’Église comme s’il se trouvait déjà devant le trône de
Dieu, en compagnie des anges et des saints. Un jour, alors qu’il célébrait dans une église isolée et
négligée par les fidèles, et qu’il se retournait vers le peuple absent en disant : « Paix à tous ! », son
disciple entendit les voix d’une foule d’anges répondre : « Et à ton esprit ! ». Puis les Puissances
célestes continuèrent d’accompagner le service divin de leurs mélodies.
 l’issue d’une longue vie, menée avec l’assistance constante du Saint-Esprit, saint Spyridon
remit paisiblement son âme à Dieu, le 12 décembre 348, à l’âge de soixante dix-huit ans, après avoir
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eu le temps d’encourager une dernière fois ses proches à suivre le Christ et à se soumettre à son joug
doux et léger. Son saint corps devint une source inépuisable de miracles et de guérisons pour les
fidèles de Chypre, jusqu’au VIIe siècle où, sous la menace de l’invasion arabe, on le transféra à
Constantinople, dans une église située près de Sainte-Sophie. Après la prise de la ville par les Turcs,
la précieuse relique fut transportée clandestinement à Corfou (1456), où elle est gardée depuis,
miraculeusement incorrompue. Elle y a accompli tant de miracles pour les particuliers comme pour
l’ensemble de la population – délivrant notamment l’île d’une épidémie de choléra et de l’invasion
étrangère –, que saint Spyridon est vénéré comme le premier protecteur de Corfou.

• Le même jour, mémoire du saint martyr SYNÉTOS.


Lecteur de l’Église de Rome sous le pontificat du pape saint Xyste Ier [10 août], Synétos dit un
jour en plaisantant à l’empereur Aurélien (270-275), qu’il était prêt à sacrifier lui aussi aux idoles.
Pris au mot par le tyran, il se rétracta, et fut sans plus tarder soumis à la flagellation à coups de nerfs
de bœuf. Il fut ensuite étendu sur un gril, mais une voix se fit entendre du ciel pour l’encourager au
combat, tandis qu’une averse éteignait le brasier. L’empereur le fit alors jeter dans une fosse
profonde, au fond de laquelle on avait planté des pieux acérés. Miraculeusement resté indemne, le
saint fut enfermé pendant douze jours au Panthéon pour y servir les idoles. Mais, renforcé par la
grâce, l’athlète du Seigneur mit en pièces la statue d’or de Jupiter et, les portes du temple ayant été
ouvertes par un ange, il partit distribuer l’or aux veuves, aux orphelins et aux indigents de la capitale ;
puis il retourna au temple. Lorsque l’empereur découvrit les idoles fracassées, il fit sortir Synétos qui
se tenait paisiblement là et, après l’avoir soumis à de nouvelles tortures, il lui fit trancher la tête.

• Mémoire du saint hiéromartyr ALEXANDRE, évêque de JÉRUSALEM1.


Né en Cappadoce vers 170, notre saint Père Alexandre suivit avec ardeur les leçons des maîtres
de l’École Catéchétique d’Alexandrie : Pantène et Clément. De retour dans sa patrie, il confessa
bravement le Nom du Christ, malgré les emprisonnements successifs pendant la persécution de
Septime Sévère (202). Nommé évêque (peut-être de Césarée de Cappadoce), il entreprit, vers 212, un
pèlerinage à Jérusalem. À la suite d’une divine révélation, les chrétiens les plus zélés de la Ville
sainte le contraignirent à rester parmi eux pour assister leur évêque, saint Narcisse [7 août], devenu
trop âgé. À la mort de ce dernier, Alexandre resta seul archevêque de Jérusalem et joua pendant de
longues années un rôle important pour le maintien de la paix entre les Églises et pour la confirmation
de la foi. Il fonda à Jérusalem la première bibliothèque chrétienne, et ouvrit une école catéchétique où
vinrent enseigner d’illustres maîtres du temps. Lorsque Dèce (250) déclencha sa sauvage persécution
contre les chrétiens, Alexandre fut arrêté et emmené, chargé de chaînes, à Césarée de Palestine.
Inébranlable, malgré les supplices, il fut jeté en pâture aux bêtes fauves. Il s’écria alors : « Seigneur,
si tu désires que je meure maintenant, qu’il soit fait selon ta volonté ! » Les fauves s’arrêtèrent
soudain dans leur élan et vinrent lécher ses pieds. Le saint évêque fut alors jeté en prison et finit ses
jours accablé par les mauvais traitements.

• Mémoire du vénérable AMONATHAS, ermite à Péluse (Égypte), mort en paix.

• Le vénérable ANTHOS, ermite en Palestine au temps de saint Sabas, mort en paix.

• Mémoire de notre saint Père JEAN, métropolite de ZICHNA et fondateur du monastère


de Saint-Jean-le-Précurseur sur le mont Ménikion.

1. Dans certains synaxaires, il est commémoré le 16 mai.


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Orphelin dès l’âge de deux ans, notre saint Père Jean fut élevé dans l’amour de la vertu et de la
vie angélique par son oncle, le moine Joannice. Jugé digne du sacerdoce, il fut appelé par les
habitants de Zichna2 à siéger sur le trône épiscopal de la ville. S’étant acquitté avec zèle de cette
charge jusqu’à la mort de son oncle, il retourna alors à la simple condition de moine, et se consacra à
la direction du monastère du Saint-Précurseur sur le mont Ménikion, que Joannice lui avait légué.
Restauré et agrandi grâce à de riches donations de l’empereur Andronique III Paléologue (1328-1341)
et du prince de Serbie, Étienne Ouroch III (1321-1331) [11 nov.], le monastère vécut dans la
prospérité. Saint Jean, qui aimait à se retirer solitaire dans la montagne, n’en dirigeait pas moins ses
moines avec sagesse et sollicitude dans toutes les observances de la vie monastique. Il s’endormit
dans la paix du Seigneur en 1333.


• Le même jour, mémoire de notre vénérable Père THÉRAPONTE de MONZA.
Ayant commencé sa vie monastique à l’âge de treize ans, saint Théraponte fut tonsuré moine au
monastère de l’Ascension à Kostroma, où il progressa rapidement dans la vie spirituelle. S’attirant le
respect et l’affection de tous les frères par son humilité et sa douceur, il passait ses jours et ses nuits
dans l’ascèse, la méditation et la prière. Comme des chrétiens de toutes conditions accouraient vers
lui, il encourageait les uns à la vertu et reprochait aux autres leurs vices ou leur piété hypocrite.
Désirant cependant fuir la vaine estime des hommes, il se retira dans un lieu solitaire, sur les rives de
la Monza (région de Goulitch). Au bout de quelque temps, ayant entendu vanter les vertus de saint
Adrien [26 août], qui avait fondé dans cette région un monastère dédié à l’Annonciation, il préféra
renoncer à l’hésychia et au silence pour aller jouir des avantages de l’obéissance, en se mettant
humblement sous sa direction3. Comme le boyard Nélidov voulait détruire le monastère, qui était
aussi menacé d’annexion par le monastère voisin d’Obnora, saint Théraponte joua durant cette
période le rôle d’un véritable ange gardien pour la communauté. Il remit en paix son âme à Dieu, au
bout de trois ans, le 12 décembre 1591.

• Mémoire de saint JEAN, higoumène du monastère de ZEDAZÉNI en Géorgie, martyrisé


par les musulmans au IXe s.

Par les prières de tes saints,


Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de nous.
Amen.

2. En Macédoine orientale, au nord-est de Serrès.


3. Selon d’autres sources, ce serait lui qui aurait été le fondateur du monastère de l’Annonciation dont il aurait remis ensuite
la direction à saint Adrien.

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