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TRAIN MAGAZINE
UNE PUBLICATION DES ÉCOLES DE LA LOGISTIQUE ET DU TRAIN

Jusqu’au 31 juillet 2009 :


Écoles de la Logistique et du Train
60, rue du Plat d’Étain - B.P. 3425
37034 Tours cedex 1
À partir du 1er août 2009 :
École du Train
Écoles militaires de Bourges
Communication
Avenue Carnot - B.P.50709
18016 Bourges CEDEX

Directeur de publication
Général de brigade Hervé Le Garrec
Rédacteur en chef
Colonel Arpad Toth
Chef de projet
Lieutenant David Samson, chargé de communication
Conception graphique & réalisation
EFIL communication (www.efil.fr)
Impression
Gibert & Clarey (Tours)

ISSN N° 1778-0055. Dépôt légal à parution.


© TRAIN MAGAZINE 2009. Photos : © ELT, SIRPA TERRE.
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ÉDITO

> PAR LE GBR HERVÉ LE GARREC, COMMANDANT


LES ÉCOLES DE LA LOGISTIQUE ET DU TRAIN

“ Une nouvelle
école du Train

C
e numéro de Train Magazine est donc le dernier
édité sous le timbre des Écoles de la Logistique prendra son essor
et du Train. À la rentrée 2009, une nouvelle
école du Train prendra son essor au sein des
au sein des écoles
Écoles militaires de Bourges. Le cadre aura militaires de
donc changé, mais l’esprit de l’Arme demeurera,
soyez sans crainte. Bourges.”
Cette édition traite donc des opérations extérieures, priorité
de l’armée de terre, dans lesquelles nos unités sont pleine- nous faut capitaliser cette expérience en partant du principe
ment engagées. Les théâtres sont de plus en plus exigeants et que nos cadres engagés aujourd’hui en opérations sont nos
les savoir-faire technico-logistiques s’accompagnent d’une instructeurs de demain ; et l’affectation des meilleurs d’entre
nécessité de maîtriser également à un niveau élevé, les savoir- eux à l’encadrement des stagiaires est une absolue nécessité
faire tactiques. Les circulateurs et les transporteurs sont pour que la qualité et l’actualisation de la formation soient
avant tout des soldats qui doivent en maîtriser les actes fonda- garanties. Nos chefs de corps doivent y penser quand ils abor-
mentaux. Ceux-ci doivent s’acquérir en école de formation pour dent le PAM avec leurs subordonnés.
les cadres et être revus, entretenus et développés lors des
mises en condition opérationnelles. Enfin, je voudrais évoquer les travaux sur la réorganisation du
domaine mouvements-ravitaillements qui se poursuivent en
Pour autant les Écoles de la Logistique et du Train ne restent liaison étroite ave l’EMAT et le CFT.
pas inactives et s’appuyant sur le RETEX de nos régiments, L’objectif est bien de constituer cinq régiments polyvalents,
elles adaptent par touches successives, le contenu des cours véritables outils plurifonctionnels aptes à satisfaire les
et des exercices afin de rester en phase avec l’engagement des besoins de la projection et du soutien logistique en opérations.
forces terrestres. Ainsi les exercices du CFCU et de la DA ont A travers eux, nous conserverons l’ensemble de nos savoir-
été refondus et collent désormais à l’actualité la plus brûlante. faire, sans perte irrémédiable de capacités. En parallèle, des
Un logiciel d’apprentissage des mécanismes d’escorte des équipements mieux adaptés à la dangerosité des théâtres ont
convois a été développé permettant à nos lieutenants et à nos été mis en place pour les unités logistiques dans l’urgence sur
jeunes sous-officiers de se faire la main sous divers scénarii. ordre du CEMAT et un nouveau véhicule de transport logistique
Les mises en situation réelles dans le cadre du partenariat va être rapidement acquis par l’armée de terre. Il n’aura pas
deviennent ainsi plus efficaces et plus rentables comme nous toutes les spécificités du PPT mais il sera hautement mobile,
avons pu le constater. disposera d’une protection élevée, du système ampliroll et
Mais ne nous trompons pas. La simulation ne remplacera surtout il coûtera beaucoup moins cher à l’acquisition.
jamais les séances sur le terrain, seules à même de faire
acquérir la réalité du métier par nos jeunes cadres. La réalisation de ce magazine relatant l’action de nos tringlots
sur les théâtres d’opérations n’est pas une fin en soi. Il doit
A cet égard, les engagements actuels font acquérir à nos offi- nous encourager à poursuivre sans relâche, avec détermina-
ciers et sous-officiers une expérience inestimable qui fait tion et pragmatisme notre mission de formation commencée il
progresser et tirer l’ensemble de l’Arme vers le haut. Mais il y a 65 ans.

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SOMMAIRE #13
04/ Opérations extérieures
AFGHANISTAN TCHAD
06/ Mentoring : l’équilibre entre combat et instruction, 22/ Construire une ville en plein désert : un défi logistique
par le LTN Alexandre Nérac, chef de peloton au 503e RT. sans précédent, par le CNE Romain Cros, officier adjoint
de l’ET4 du 503e RT.
08/ Transporteurs et circulateurs : mission de soutien sous
roquettes, par le LTN Aude RAYEZ, officier communication 24/ Au quotidien : poussière, sueur, volonté et humilité,
511e Régiment du Train. par le CNE Erwan Le Bohec, officier de réserve au 516e RT.
10/ Convoi vers Tora, par le LCL (TA) Jean-Luc Chapeu, 26/ S’adapter au désert et connaître ses habitants,
chef de corps du 515e RT, chef de corps du BCS 2 PAMIR. par le CNE Yves Le Bot, officier adjoint de l’ETB1 du 517e RT.
13/ La jonque au pays de l’or noir, par le MCH Xavier
Messmer, chef de groupe 519e RT. KOSOVO
14/ Un officier au cœur de l’Afghanistan, témoignage 28/ Des tringlots au tribunal, par le CNE Sébastien Pourcelot,
d’un chef d’OMLT, par le LCL Christophe Barbe, officier adjoint de l'EC2 du 601e RCR.
chef du bureau opération du 601e RCR.
30/ La première des “Crocos”, par le LTN Sandra Thomas,
18/ Livraison de fuel sous haute surveillance, chef du PCR de l’ERC du BCS-BFA.
par le Major Denis Rebillard, officier NEB du 601e RCR.
CÔTE D’IVOIRE
31/ Maintenir la capacité d’évacuation, par le MCH Grégory
Laborde, patron de bord au 519e RT.

04

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TRAIN MAGAZINE
32/ Savoir-Faire 50/ Histoire
32/ Le largage de matériel à très grande hauteur, par l’ADJ 50/ Les vicissitudes de l’histoire de l’Arme, par le COL (ER)
Jérôme Lecoqierre, responsable largueur LMTGH au 1er RTP. Daniel Labbé, conservateur du musée du Train et des
équipages militaires.

38/ En métropole 52/ L’arme du Train dans la Seconde Guerre mondiale,


par le COL (ER) Daniel Labbé, conservateur du musée du Train
et des équipages militaires.
38/ Tempête Klaus : le 15e BT soutient les landais, par l’ADJ
Gilles Conchon, chef patrouille appui mouvement au 15e BT.
40/ Common Effort 2008 : le CRRE en exercice, par le CNE
Joseph Richard, S3 training du BQG du Corps Européen.
60/ Associations
42/ De Tours à Bourges, l’École du Train vers un nouveau 60/ FNT : RCR ou “références, cohésion, rayonnement”,
départ, par le LTN David Samson, officier communication par le GDI (2s) Paul Farbos, président de la FNT.
des ELT. 61/ Actualité des associations
62/ In memoriam
46/ Vie des unités 63/ Bulletins d’adhésion

22 52

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN

Capitale : Kaboul

L’AFGHANISTAN EN BREF
Population : 31 000 000 habitants (en 2006).
Principales ethnies : Pachtounes (42 %), Tadjiks (27 %), Hazaras (10 %),
Ouzbeks (9 %), Aimak (4 %), Turkmènes (3 %), Baloutches (2 %),
Religion : Musulmans à 99 % (sunnites 80 %, chiites 19 %).
Superficie : 652 500 km2
Densité : 47 hab./km2
Pays frontaliers : Pakistan, Tadjikistan, Iran,
Turkménistan, Ouzbékistan, Chine.
Extrémités d'altitude : de + 258 m à + 7 485 m
Climat : continental
Taux de mortalité infantile : 160 ‰ (en 2005)
Routes : 34 800 km (dont 8 200 km goudronnés)
SOURCE : © WIKIPEDIA

>AFGHANISTAN
Accompagner l’armée afghane
sur le chemin de l’autonomie

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN

Traversée de Kaboul par le 601e RCR


lors d’une mission de livraison de fuel
sur la FOB d’Airborne. Toujours délicate,
la traversée de la capitale afghane
obligera cette fois-ci le VAB de queue
à procéder à un «warning-shoot ».

Depuis décembre 2007, projetés pour


des périodes de six mois, les tringlots
participent activement aux combats
aux côtés de l’Armée Nationale Afghane.
Au sein notamment de l’OMLT soutien,
ils aident l’armée nationale afghane
(ANA) à assurer son autonomie
logistique dans sa préparation et son
emploi opérationnel. La mission
consiste en fait à conseiller et former
les chefs afghans à différents niveaux
hiérarchiques sans jamais se substituer
à eux. Les « mentors français »
enseignent à leurs homologues afghans
les techniques du ravitaillement par
convoi en zone d’insécurité tout en
s’engageant avec eux sur le terrain.
Ils doivent s’adapter à cette population
en guerre depuis des décennies,
la comprendre et maîtriser parfaitement
sa culture et ses ethnies dont
la connaissance conditionne la réussite
de la mission. Le relief difficile des
montagnes afghanes, leur très haute
altitude, le climat éprouvant en été
comme en hiver sollicitent fortement
les hommes et le matériel. De Kaboul
à Tora, Nejrab et autres foward operating
bases (FOB), les acheminements
doivent passer pour soutenir ces bases
isolées où les conditions de vie sont
rudes pour les soldats de la coalition
qui y sont stationnés. Le rythme élevé
des opérations et des convois,
l’insécurité oppressante liée à une
menace imperceptible et les pertes
possibles placent au premier plan
la force psychologique et morale
du personnel engagé.
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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 503 e RT

De décembre 2007 à juin 2008, le lieutenant Alexandre


Nérac a conseillé un commandant d’unité afghan.
Il appartenait à l’OMLT soutien. Les 31 membres
de cette équipe (6/15/10) basée à Darulaman, avaient pour mission
de « mentorer » le 5 e kandak (bataillon) de la 201 e Brigade de l’armée
afghane. Le lieutenant Nérac revient sur cette expérience de mentor...

MENTORING : L’ÉQUILIBRE
ENTRE COMBAT ET INSTRUCTION

L
> PAR LE LTN ALEXANDRE NÉRAC, CHEF DE PELOTON AU 503 E RT

e mentoring est une mission permanente et Vers l’autonomie de l’ANA


laborieuse qui nécessite patience et sang-froid « Conseiller, appuyer, aider à l’entraînement et à l’emploi opé-
ainsi que d’indispensables connaissances sur rationnel des unités de l’ANA, sont les missions initiales fixées
les coutumes et la culture afghanes. aux OMLT qui, en outre, agissent en appui des activités des
« kandaks » pour l’entraînement collectif au quartier et
Instruire et combattre conseillent au plus près les « kandaks » lors de leur déploie-
Les troupes françaises déployées au sein des Operational ment opérationnel. Il s’agit « d’amener progressivement, à
Mentoring and Liaison Team évoluent dans un contexte parti- l’entraînement et en opération, les unités à un niveau d’effica-
culièrement difficile où chaque personne doit assumer une cité opérationnelle leur permettant une prise en compte
double mission à savoir : instruire l’Armée Nationale Afghane autonome des tâches sécuritaires ».
et assurer sa sauvegarde face aux insurgés, lesquels utilisent
des actions de guérilla pour tenter de désorganiser la coalition Mentor : un équilibre subtil
et faire régner un climat d’insécurité. Pour être efficace, chaque mentor doit s’imprégner des spéci-
ficités de la culture afghane afin de s’adapter rapidement à
La mise en condition avant projection prend ainsi une part leur environnement. Dans l’objectif d’enseigner durablement
importante dans la réussite de la mission. Elle permet en outre des savoir-faire à son homologue, il est indispensable de
de « réviser » des savoir-faire essentiels sur les actes réflexes gagner la confiance des Afghans. Cela demande à la fois du
du combattant et s’approprier les procédés qui permettront, le temps et de la persévérance, ces derniers cherchant à tester
cas échéant, de se dégager rapidement ou d’évacuer un éven- nos capacités et nos compétences.
tuel blessé. Bien que nous soyons souvent tentés de
résoudre leurs problèmes à leur place, il ne LTN Alexandre Nérac (au centre),
mentor au sein de l’OMLT soutien.
faut pas tomber dans ce travers au risque de


les voir nous laisser tout faire. D’ailleurs, et
Nous ne devons compte tenu de la sensibilité de la mission
des OMLT, le cadre d’action est strictement
en aucun cas prendre défini et les limites doivent être rigoureuse-
le combat à notre ment respectées : nous ne devons en aucun
cas prendre le combat à notre compte. De
compte.” façon générale, nous devons privilégier la
prise de risque au profit de l’ANA et garantir
la sécurité de nos hommes.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 503 e RT

Les Français conseillent les kandaks


au plus près. Ils partagent les risques
et doivent être prêts à se défendre
(ici en ouverture de convoi).

L’hiver afghan est rigoureux :


les températures oscillent
entre - 14°C et - 52°C.

L’organisation et la conduite des


convois en sécurité : les Français
transmettent cette compétence
essentielle aux Afghans pour
gagner leur autonomie logistique.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 511 e RT

De juin à octobre 2008, 30 soldats logisticiens du 511 e RT


sont projetés en Afghanistan dans le cadre du Bataillon de
Commandement et de Soutien de l’opération PAMIR.
Au sein du peloton de transport basé au camp de Warehouse ils préparent
les implantations des troupes françaises. Début octobre, un second
détachement leur succède, composé de 25 militaires de l’escadron
de circulation routière pour assurer les missions d’escorte.

TRANSPORTEURS ET CIRCULATEURS :
MISSION DE SOUTIEN SOUS ROQUETTES
> PAR LE LTN AUDE RAYEZ, OFFICIER COMMUNICATION 511E RÉGIMENT DU TRAIN

L
es transporteurs sont chargés d’assurer le sou- Le détachement de circulation routière du 511 e Régiment du
tien logistique de niveau 2 (au-dessus du niveau Train est employé pour des missions d’escorte pour la relève
bataillon) de tous les éléments français de la Task Force « Kapisa » en renfort temporaire du BCS de
déployés sur le théâtre afghan. Ils assurent éga- Kaboul.
lement le soutien de l’état-major de la région de Il protège des convois logistiques entre les différentes FOB en
Kaboul, le soutien vie et protection du camp de Surobi et en Kapisa ; des unités montantes, y compris d’infan-
Warehouse. Les norias logistiques entre le camp terie, lors des relèves avec des matériels majeurs ; les
de Warehouse et la FOB de Nijrab s’enchaînent à un rythme transports de frêts entre « Kaboul International Airport » et le
soutenu pour préparer le déploiement du 8 e RPIMa dans la camp de Warehouse ; des personnes arrivant et partant entre
vallée de Kapisa. Des conteneurs sont chargés, déchargés, Kiai et Warehouse lors des relèves ; les transmetteurs sur les
transportés sur des TRM 10000 ou par VTL. Chaque convoi est points hauts, des aumôniers et plus généralement toute per-
escorté par deux éléments de circulation. sonne ou groupe sortant du camp.

TÉMOIGNAGE > CAPORAL-CHEF CHRISTOPHE LÉOTY,


CONDUCTEUR SUPER POIDS LOURD À L’ESCADRON DE TRANSPORT N° 3

Mon camion est la cible de trois roquettes !


Généralement, il roule partout en des insurgés. Sur le trajet du retour, mon camion est la cible de
France, effectue des milliers de trois tirs de roquettes qui ne tombent qu’à 5 ou 10 mètres...
kilomètres sur autoroute et routes Le camion était au milieu de la rame, le but à ce moment précis
nationales et départementales. En Afghanistan, il roule aussi, est de dégager la zone au plus vite. Tandis que les circulateurs à
mais sur toutes sortes de routes et de pistes de montagne, dont bord de leur VAB appuient le convoi avec les 12.7 mm et les
certaines sont à peine carrossables. 25 août 2008 : « Une fantassins avec leur canon de 20 mm, mon but du moment est
aventure que je n’oublierai jamais » s’est déroulée lors d’une de rester sur la piste et de ne pas retourner le camion alors que
liaison en convoi entre Kaboul et une FOB. Un seul itinéraire mon équipier répond aux tirs. Tout le convoi se sort sain et sauf
pour remplir ce plan de transport, une seule route au milieu des de ce péril du 25 août... heureusement les camions étaient
montagnes, bordée de fossés, le lieu idéal pour une embuscade chargés de palettes d’eau !

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN


Sur les routes montagneuses d’Afghanistan, Réserviste civilo-militaire au 526 e BT en Afghanistan

EN BREF
une attaque peut survenir à chaque instant.
Les convois et leurs escortes doivent D’août à décembre 2008, le lieutenant de Gouvion-Saint-Cyr, ancien
maintenir une vigilance permanente. officier adjoint de l’EC du 526 e BT, a servi au sein du BAT FRA comme
officier de liaison du détachement CIMIC (Coopération civilo-militaire)
auprès, notamment, des autorités afghanes et des organisations non
gouvernementales. Il a ainsi contribué à la mise en œuvre de plus de
200 projets CIMIC réalisés en 2008 dans les districts de Deh Sabz et de
Shamali (au nord de la province de Kaboul) mais aussi en Surobi, vaste district
situé à l'est de la province et dont la sécurité a été placée sous responsabilité
française depuis le début du mois d'août. Le BAT FRA se place désormais en
appui des forces afghanes qui
prennent en compte
progressivement la responsabilité
de la sécurité sur l’ensemble de la
région de la capitale. Le lieutenant
est photographié ici en compagnie
du colonel commandant le bataillon
et du Malek du village.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 515 e RT

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CONVOI VERS TORADu 09 octobre 2008 au 29 avril 2009, le 2 e mandat du BCS Pamir est
déployé au camp de Warehouse, à Kaboul. Il ravitaille les “forward
operational bases” (FOB) de Tora, en Surobi, et de Nejrab en Kapisa.
Il soutient également les OMLT françaises déployées au sud de Kaboul.
Acheminant les ressources sur ses vecteurs logistiques conduits par
des transporteurs du 515, il dispose de deux pelotons de circulation, fournis par
le 511e RT et le 601e RCR pour assurer les escortes.
> PAR LE LCL (TA) JEAN-LUC CHAPEU, CHEF DE CORPS DU 515 E RT, CHEF DE CORPS DU BCS 2 PAMIR

undi, 5h00, il fait encore nuit, les gazelles Viviane surtout mesures de coordination en cas d'incident : panne,

L
décollent de l'aéroport de Kaia et survolent embuscade, attaque EEI, accident, etc.
Highway 7 en direction de Tora. Rien à signaler, la
reconnaissance ne détecte aucune menace parti- Le top départ est donné
culière. Un compte-rendu est envoyé au CO du Le convoi s'ébranle. Une patrouille éclaire la progression, une
BCS. Une heure plus tard, à Warehouse, sous la seconde lui emboîte le pas afin d'assurer le guidage de la
houlette des éléments de circulation, le convoi s'assemble : un rame. Les vecteurs logistiques suivent, le VAB BROMURE est
PCR, cinq vecteurs logistiques, dont trois nouveaux Scania à positionné derrière le troisième : il assurera la protection des
cabine protégée, un VAB SAN, un VAB ELI, un VAB BROMURE, un camions et de la ressource transportée contre une éventuelle
VAB TACP. Le chef de peloton regroupe l'ensemble des partici- attaque d'EEI radiocommandé. Le VAB TACP se met alors en
pants au convoi et donne ses ordres : situation tactique, route, suivi du chef de convoi, chef du PCR. Une dernière
menaces possibles, mission, ordre de marche de la colonne et patrouille ferme la marche avec les VAB SAN et ELI.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 515 e RT

3 4

“Les convois en zone Après deux heures de route à travers des gorges superbes,
mais peu rassurantes d'un point de vue sécuritaire, le convoi
d'insécurité sont de arrive sur la FOB. Prise en compte par les fantassins présents
sur zone, livraison des ressources, déchargement des conte-
véritables opérations neurs, récupération des KC vides, ainsi que de trois passagers
interarmes qui nécessitent qui ayant terminé leur mission sur Tora vont bénéficier de la
protection offerte par les VAB de la circulation pour rentrer à
une coordination fine et Kaboul.

continue de l’ensemble L'ensemble des opérations a pris à peine une heure et demie.
des acteurs.” Le chef de convoi réunit à nouveau sa cohorte et se livre à un
briefing pour le retour. Il est 11h00, le convoi repart. Au même
moment un drone SDTI décolle : il va assurer l'éclairage de la
progression du convoi sur la moitié du trajet retour. Les images
sont transmises en direct à l'état-major du RCC : pas de véhi-
cule suspect, encore une fois la route est claire.
14h00. Le convoi, ralenti par le trafic, rentre à Warehouse. La
mission s'est passée sans incident notable, bien mieux que le
1/ Briefing de départ : panne, embuscades, attaque
EEI, accidents... un convoi risque de nombreux convoi vers Nejrab de la semaine précédente qui, sous la
imprévus qui nécessitent une préparation et une neige, a connu cinq pannes.
synchronisation minutieuse des hommes.
2/ À Tora les opérations de déchargement de Le chef de peloton de circulation, acteur-clé
la ressource acheminée ne prendront que 1h30
permettant ainsi au convoi de repartir dans les temps. Les convois en zone d'insécurité sont de véritables opérations
3/ Cinq véhicules de transport logistique vont assurer interarmes. Leur planification, leur composition et leur
l’acheminent de la ressource par conteneurs KC
vers la FOB de Tora. Cette cargaison est essentielle au conduite nécessitent une coordination fine et continue de l’en-
maintien opérationnel de la base avancée. Ce type de semble des acteurs. Le chef de peloton de circulation, chef de
convoi représente donc une cible pour l’ennemi.
convoi, trouve là une dimension interarmes forte et s'impose
4/ L’itinéraire vers Tora est montagneux, sinueux
et accidenté. La menace est imperceptible et peut
naturellement comme un pion essentiel des opérations
survenir à chaque instant. menées par le BCS.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 519 e RT

Eté 2008, Port de Fujairah


(Émirats Arabes Unis) :
29 hommes du 519e RT
font transiter les moyens
des renforts français
en Afghanistan.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 519 e RT

Dans le cadre de l’Opération Héraclès, une plateforme de


transit a été mise en place aux Emirats-Arabes-Unis, en vue
de renforcer les forces françaises en Afghanistan. Du 25 juin
au 6 août 2008, 29 militaires du peloton portuaire du 2e escadron portuaire
du 519e Régiment du Train vont faire transiter 400 véhicules et
150 conteneurs entre le port de Fudjairah et son aéroport.

LA JONQUE
AU PAYS DE L’OR NOIR
> PAR LE MCH XAVIER MESSMER, CHEF DE GROUPE 519E RT

uin 2008. Après l’annonce du Président de la

J
République de l’envoi de 900 militaires français
en renfort en Afghanistan, la chaîne logistique
est rapidement sollicitée pour acheminer les
matériels majeurs nécessaires au déploiement
des troupes françaises en opération.

Malgré l’absence de façade maritime du territoire afghan et


dans une logique de rationalisation des coûts et d’efficacité du
transit, la voie maritime via les Émirats Arabes Unis a été
retenue pour l’acheminement des 400 véhicules et quelques
“ le régiment
de la Jonque met sur
pied en moins d’une
semaine un peloton
portuaire d’un
150 conteneurs. Dans ce contexte d’urgence opérationnelle, le
519e Régiment du Train de La Rochelle reçoit pour mission d’ef- effectif de 0/8/21.”
fectuer le transbordement maritime du fret de deux navires de
la marine marchande affrétés pour l’occasion.

Seul régiment capable d’accomplir cette mission par son expé- Le déchargement de l’Eclipse marque le deuxième temps des
rience et ses savoir-faire uniques, le « Régiment de la opérations, une semaine plus tard. Les opérations portuaires
Jonque » met sur pied en moins d’une semaine un peloton vont avoir lieu en grande partie de nuit et vont nécessiter des
portuaire d’un effectif de 0/8/21 projeté sur le site de Fudjairah opérations d’élingage en vue d’assurer le déchargement des
(côte Est des Émirats Arabes Unis) dès le 25 juin 2008. Ce der- véhicules embarqués dans la cale du navire. Encore une fois,
nier, ainsi que les cinquante autres militaires logisticiens du la capacité opérationnelle éprouvée du peloton permet le
1er RTP, sont hébergés en milieu civil local puisque la France ne déroulement parfait des opérations.
possède aucune base militaire sur ce territoire.
Le dernier temps a consisté à transférer tous les véhicules de
45°C en extérieur et 60°C en fond de cale ! l’enceinte du port de Fudjairah jusqu’à l’aéroport de cette
Dans un premier temps, le peloton portuaire décharge le même ville. Ces transferts se sont effectués par rotations de
navire Eider sur le port de Fudjairah dans des conditions clima- deux rames de quarante véhicules environ durant cinq nuits
tiques extrêmes avec plus de 45°C de température ambiante consécutives en vue d’éviter l’encombrement des réseaux rou-
en extérieur, cette chaleur atteignant même les 60°C en fond tiers locaux.
de cale du navire au milieu des émanations des pots d’échap-
pement. L’excellente condition physique des hommes ainsi Cette mission en terre émirati montre aujourd’hui que le trans-
que leur expérience dans de telles conditions ont permis un bordement maritime tient une place déterminante et
déchargement en toute sécurité en moins de cinq heures. stratégique dans la logistique de projection des forces.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 601 e RCR

Comment former les hommes d’une armée en guerre ?


De juin à décembre 2008, le lieutenant-colonel Barbe,
chef du bureau opérations du 601e RCR a conseillé
le commandement du Kandak 5, un bataillon logistique de l’armée afghane.
Il témoigne de cette mission pour la réussite de laquelle l’équilibre
psychologique et la force mentale des hommes sont déterminantes.

UN OFFICIER AU CŒUR DE L’AFGHANISTAN


TÉMOIGNAGE D’UN CHEF D’OMLT
> PAR LE LCL CHRISTOPHE BARBE, CHEF DU BUREAU OPÉRATION DU 601E RCR

E
n Afghanistan, au sein des operational
mentoring liaison teams (OMLT), l’arme
du Train, du soldat au colonel, montre
l’engagement de son personnel en tant
que combattant logisticien. De juin à décembre 2008, en tant
que chef du bureau opérations instruction du 601e Régiment
Les qualités exigées pour chacun des membres de l’équipe
sont nombreuses, et l’équilibre psychologique est fonda-
mental. En effet, le soldat idéal doit faire preuve de rusticité, de
compétence technique, d’une grande stabilité émotionnelle
face à des situations de stress au combat, d’ouverture d’esprit
et enfin maîtriser la langue anglaise. Ces qualités n’existent
de Circulation Routière armant l’OMLT 5, j’ai assumé le com- pas chez un seul homme. Ainsi, avant la montée en puissance
mandement de ce détachement logistique inhabituel. du détachement, je me suis presque transformé en directeur
Déployée dans la banlieue sud de Kaboul, à Darulaman, cette de casting pour choisir le personnel... ou écarter certains. Avec
équipe forte d’une trentaine d’hommes composée essentielle- le recul, la qualité fondamentale est l’équilibre psychologique.
ment de cadres ne soutient pas les OMLT mais conseille le C’est la plus difficile à juger mais elle est indispensable pour un
Kandak 5, un bataillon logistique de l’armée nationale afghane,
au quotidien et en opérations.

L’arme du Train a l’habitude de fédérer des formations pour


créer une unité logistique de circonstance mais la constitution
d’une OMLT, bien qu’elle s’inspire du concept de l’assistance
militaire, est novatrice et s’inscrit au cœur du processus d’af-
ghanisation. La réussite de la mission repose sur trois piliers :
le choix du personnel, la relation de confiance établie avec le
soldat afghan et une remise en cause permanente à chaque
opération.

Le choix des hommes : le premier critère de la réussite


Le choix du personnel est essentiel car le détachement
constitué va vivre une année ensemble dont quatre mois de
préparation et six mois de mission. La cohésion de l’OMLT se
forge au cours de la mise en condition opérationnelle qui elle
seule est une mission de courte durée. Le détachement
construit ses forces morales au cours de cette étape capitale
avant de vivre six mois au rythme d’un bataillon afghan
engagé en opérations.
Explication aux soldats afghans sur le rôle des forces de la coalition
(le visage de l'interprète est flouté pour anonymat).
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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 601 e RCR

L'OMLT 5, photo de groupe engagement dans le contexte des OMLT. Sur le théâtre afghan,
sur les hauteurs de Darulaman,
la forward supply base. la qualité de la préparation s’est retrouvée dans la justesse
des conseils prodigués quotidiennement aux soldats afghans
et dans la réussite des missions opérationnelles.

Le mentoring : une nouvelle forme


d’assistance militaire
Dans le monde civil, le mentoring est une activité connue sous
le nom de coaching. Il s’agit de redynamiser une entreprise en
difficulté. Dans le monde militaire, cette activité rappelle l’as-
sistance militaire. Dans le cadre des OMLT, la mission est
novatrice et s’articule autour des trois axes suivants :

“ Les qualités > conseiller dans la vie courante, à l’instruction et à l’entraîne-


ment les unités de l’Armée Nationale Afghane (ANA) ;
exigées pour chacun > conseiller les chefs en planification opérationnelle, les
accompagner au combat et mettre en œuvre à leur profit les
des membres de l’équipe appuis aériens et terrestres de la coalition ;
sont nombreuses, et > apporter les moyens et les savoir-faire nécessaires pour
favoriser les liaisons et permettre l’exercice du commande-
l’équilibre psychologique ment et la conduite des opérations.
Au quotidien, la tâche est beaucoup plus complexe car il s’agit
est fondamental. ” de transformer un mélange d’ex-moudjahidines, d’anciens offi-
ciers formés par les Soviétiques dans les années 1980 et de
jeunes Afghans fraîchement engagés, en une armée régulière
avec un bon niveau opérationnel malgré une technologie rus-
tique. Chef militaire de l’OMLT, je conseille directement le chef

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 601 e RCR

Convoi traversant
Kaboul pour aller
ravitailler des
positions 100 km
plus au sud.

de corps du bataillon logistique et compose avec lui pour orga- Ainsi pendant six mois, l’OMLT a-t-elle effectué une centaine de
niser l’entraînement du Kandak 5 et les opérations logistiques missions dans les provinces du Logar, du Wardak et du
qu’il conduit au sein d’une brigade d’infanterie forte de 3 000 Bamyan et a parcouru plus de 100 000 kilomètres sur les
hommes. En effet, cette mission de soutien est essentielle pistes afghanes. Le séjour a donc été très dense et tout le per-
pour la brigade qui sécurise à partir de Kaboul, sur plus d’une sonnel a été soumis à une forte pression. Chaque convoi de
centaine de kilomètres, la Highway 1, unique axe logistique ravitaillement est une véritable opération militaire qui peut
reliant la capitale à Kandahar. durer de un jour à une semaine. Au sein du détachement,
chacun participe aux missions. Le roulement adopté au cours
Le mentoring consiste donc au quotidien à conseiller en fai- des six mois a limité l’usure du personnel et a permis de com-
sant preuve d’une grande ouverture d’esprit, à proposer, à battre efficacement le premier ennemi : la routine.
suggérer, à orienter en laissant l’officier afghan prendre la
décision finale. Malgré une certaine frustration parfois, il faut
veiller à ne pas se substituer à lui car ce serait un échec. Le
premier mois de la mission a donc été un véritable round d’ob-
servation qui a déterminé la suite de la mission au cours
duquel je me suis senti évalué par le colonel afghan pour

“ Aujourd’hui,
ensuite travailler en étroite collaboration... Mais la véritable
confiance se gagne sur le terrain au cours des opérations.

Les convois logistiques : le Train au combat


l’Afghanistan est
Aujourd’hui, l’Afghanistan est une guerre sans nom et sans une guerre sans
front. L’armée afghane est en guerre mais les forces de la
coalition ne remplissent officiellement qu’une mission d’assis-
nom et sans front.”
tance. Il n’existe pas de front car l’ennemi attaque les convois
logistiques sur l’ensemble de la zone d’opérations, la notion
d’avant et d’arrière n’existe pas. Il s’agit d’un conflit moderne
où le Train participe au soutien et assure sa mission de ravitail-
lement.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 601 e RCR

Cours sur le fonctionnement de la station-service. Extraction d'un véhicule détruit Arrivée sur une position à ravitailler.
sur une forward operational base.

Nous avons montré à nos homologues afghans que chaque sûreté des convois logistiques au cours desquels l’engagement
logisticien français est un combattant. Nous avons ainsi gagné peut être extrême. Il faut également savoir dire « non » car la
leur confiance. Les missions courantes consistent à ravitailler logique afghane s’écarte parfois dangereusement de tout rai-
les unités engagées le long de la Highway 1 en leur livrant du sonnement tactique rationnel. Mes deux refus en six mois ont
carburant, du matériel génie et des ressources diverses ainsi été acceptés par mon homologue et les deux missions vrai-
qu’à évacuer les véhicules endommagés par les combats. ment hasardeuses furent complément réétudiées.
Le détachement a également participé à plusieurs opérations
comme la remotorisation et le soutien d’un bataillon d’infan- Une mission dangereuse et passionnante
terie accompagné de son OMLT à 300 kilomètres de Kaboul au Cette mission exaltante est donc une formidable aventure de
sud de la province de Bamian. soldat parce qu’elle met le chef du détachement en situation
opérationnelle tantôt comme un lieutenant, chef de peloton,
La logique afghane s’écarte parfois dangereusement au sein d’un convoi logistique, tantôt comme un lieutenant-
de tout raisonnement tactique rationnel. colonel participant à la planification et à la conduite du soutien
Chef de l’OMLT 5, en coordination avec le chef de corps du d’une brigade engagée dans une opération de contre-insurrec-
bataillon afghan, je participe à la planification des opérations de tion. Enfin, cette mission est attachante mais dangereuse car
soutien de la brigade et parallèlement j’organise au quotidien la le quotidien est partagé avec une armée afghane en guerre.

Derrière le VAB ELI de l’OMLT, un pick-up


de l’Armée Nationale Afghane ferme la
marche du convoi logistique sur la piste
reliant Kaboul à Bamian.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 601 e RCR

Arrivé depuis le 8 juin 2008 au sein de l’OMLT1 5 Kandak soutien


de la 1ère Brigade du 201e Corps de l’Armée Nationale Afghane (ANA),
je suis désigné comme « mentor » sur un convoi mixte franco-
afghan le lundi 21 juillet. La mission consiste à livrer 3 500 litres de
fuel sur la FOB2 d’Airborne, située dans la province du Wardak, à 70 km du camp
Dubs. Ce type de convoi comprend en général trois VAB de protection, une à deux
citernes et une quinzaine d’hommes de chaque nationalité française et afghane.

LIVRAISON DE FUEL
SOUS HAUTE SURVEILLANCE
> PAR LE MAJOR DENIS REBILLARD, OFFICIER NEB DU 601E RCR
Le BCH Dieudonne sécurise
la zone durant la livraison
du carburant.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES AFGHANISTAN > 601 e RCR

L’officier afghan rassemble son personnel et procède au À l’extérieur de Kaboul, accélération, augmentation des distances et brouilleurs Départ du convoi à la sortie de la FOB d’Airbonne.
briefing obligatoire pour tout déplacement en zone d’insécurité. anti-IED permettent de sauvegarder la sécurité du convoi.

L e rassemblement est fixé le matin à 06h30


devant les bâtiments du Kandak 5. Le convoi
est organisé par l’officier afghan qui s’appuie
sur mes conseils. Il rassemble son personnel et
procède au briefing obligatoire pour tout dépla-
cement en zone d’insécurité. Je vérifie que tout soit conforme
aux ordres et mon interprète donne le feu vert au chef de
convoi afghan. Avec quelques minutes de retard sur l’horaire,
“ La tension est à
son comble en passant
à l’endroit même où
l’officier de l’ANA fait son compte-rendu départ. l’accrochage a eu lieu
Le VAB de queue procède à un warning-shoot quelques heures
La traversée de Kaboul est toujours un passage délicat. La cir-
culation y est particulièrement dense. Le bruit et la poussière
auparavant.”
y sont omniprésents. Alourdis par les équipements balisti-
ques, le personnel en tape conserve néanmoins des gestes
fermes afin d’interdire tout dépassement ou intrusion au sein
du convoi. Mais ce jour là, le VAB de queue procède à un war-
ning-shoot sur un taxi, visiblement récalcitrant à obtempérer.
Dès la sortie de la capitale nous augmentons les distances juste d’emprunter. Il n’y aurait pas de victimes. Ces renseigne-
entre les véhicules, accélérons et allumons nos brouilleurs ments nous seront très précieux, car ils nous permettront
anti- IED. En effet, la menace augmente fortement à l’extérieur d’adapter notre dispositif au retour. Quelques heures plus tard,
de Kaboul. la livraison de fuel se termine enfin. Il est temps de reprendre
la route du retour. La tension est à son comble en passant à
Nous entendons le compte-rendu l’endroit même où l’accrochage a eu lieu quelques heures
d’un convoi américain pris dans une embuscade auparavant. Mais aujourd’hui, la chance nous sourit. Le convoi
Au terme d’un déplacement que la chaleur et le sentiment d’in- passe sans encombre...
sécurité rendent éprouvant, le convoi arrive en FOB. Le
personnel nous y accueille et guide les citernes jusqu’au lieu Le soleil accroche les cimes des sommets encerclant Kaboul.
de livraison. Comme mentor, je dois vérifier que la quantité Les enfants jouent avec leurs cerfs-volants, signe encoura-
livrée correspond bien aux prévisions, car les détournements geant de la reconstruction du pays. Aujourd’hui la mission
de marchandises et les problèmes de corruption sont monnaie s’est parfaitement déroulée. Les hommes et les matériels sont
courante. Mon interprète favorise les échanges, assurant ainsi éprouvés, mais l’effectif est complet. Chaque mission est
le lien avec nos homologues. Au même moment, sur le réseau unique et ne ressemble à aucune autre. Elles sont - pour cha-
radio, nous entendons le compte-rendu d’un convoi américain cune d’elles - toujours à prendre aussi sérieusement que la
pris dans une embuscade, sur l’itinéraire que nous venons toute première.

1/ Operational Mentoring and Liaison Team. 2/ Forward operational base.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES TCHAD

Capitale : N’Djamena.

LE TCHAD EN BREF
Population : 10 111 337 habitants (en 2008).
Principales ethnies : populations sahariennes musulmanes
diverses (30 %), arabes musulmans (14 %), populations noires
chrétiennes (56 %).
Langues officelles : français et arabe.
Espérance de vie moyenne : 48 ans.
Superficie : 1 284 000 km2.
Densité : 8 hab./km2.
Pays frontaliers : Libye, Niger, Nigeria, Cameroun,
République centrafricaine et Soudan.
Géographie et climat : 1/3 nord : Sahara désertique, 1/3 centre :
Sahel semi-désertique, 1/3 sud : savane tropicale.
Saisons : mars à juillet : saison chaude ; juillet à octobre :
saison des pluies, octobre à mars : saison fraîche.
Températures à N’Djaména : 33°C en décembre (14°C la nuit),
42°C en avril (23°C la nuit).
SOURCE : © WIKIPEDIA

>TCHAD
Soutenir et ravitailler,
dans la chaleur et la poussière...

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES TCHAD

Tchad, Abéché. Les convois quittent


le Camp des Étoiles pour ravitailler
les GTIA via des centaines de
kilomètres de désert sous un soleil
de plomb. (Ci-contre un convoi
routier du 517e Régiment du Train).
© SIRPA TERRE

Janvier 2008 : la force EUFOR-Tchad


RCA (République Centreafricaine) se
déploie pour améliorer les conditions
de sécurité des camps de réfugiés
(723 000 personnes) dans les deux pays
et de la frontières entre le Darfour,
le Tchad et la RCA. Il s’agit là de la
23e opération du dispositif European
Force, coalition de pays de l’Union
Européenne, créée spécifiquement
pour chaque opération. Nation cadre de
l’EUFOR Tchad-RCA, la France peut se
reposer sur l’expérience de la force
Épervier (700 hommes) présente dans
le pays depuis 1986. Les tringlots
doivent organiser et mettre en œuvre
le soutien logistique de cette force qui
à termes comptera 3 200 hommes de
26 nations. Les régiments du Train vont
bâtir une ville, à Abéché, au cœur du
désert à partir de laquelle ils vont
ravitailler les Groupements tactiques
interarmes (GTIA) stationnés à la
frontière du Darfour. Transporteurs et
circulateurs sont extrêmement sollicités.
Les pistes sont chaotiques, la chaleur
étouffante. La poussière envahit tout.
Les pistes se transforment en rivières
de boue quand vient la saison des pluies.
Au cœur de l’Afrique l’insécurité et la
misère sont partout au bord des routes.
Les convois, pourvoyeurs d’eau, doivent
avancer coûte que coûte. La survie
des Polonais d’Iriba, des Irlandais de
Goz Beïda et des camarades français
de Forchana en dépend.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES TCHAD > 503 e RT

19 avril 2008. Abéché, dans l’Est du Tchad, les premiers


éléments du 503e Régiment du Train rejoignent le « Camp
des Étoiles ». 200 soldats logisticiens et plus d’une centaine de
véhicules les rejoignent rapidement par les 900 km de piste depuis N’Djaména.
Ensemble ils vont armer le Bataillon Logistique (BATLOG) pour organiser les
moyens logistiques et assurer le soutien de la Force Européenne (EUFOR).

CONSTRUIRE UNE VILLE EN PLEIN DÉSERT :


UN DÉFI LOGISTIQUE SANS PRÉCÉDENT
> PAR LE CNE ROMAIN CROS, OFFICIER ADJOINT DE L'ET4 DU 503E RT

L’ organisation du camp est le préalable nécessaire à


la mission. En plein désert, par une chaleur acca-
blante et avec peu d’eau, il s’agit ni plus ni moins que
de bâtir une ville de toile. C’est-à-dire monter les
tentes, produire de l’électricité, couler des dalles de béton,
organiser des réseaux de barbelés, réaliser des postes de
breux dégâts et l’eau en profite pour envahir les tentes. Malgré
tout et progressivement, les conditions de vie s’améliorent.
Quelques tentes climatisées sont même montées, devenant
des lieux de détente enfin supportables aux heures les plus
chaudes. Après deux mois de rations, l’ordinaire du bataillon,
bientôt relayé par celui des Économats des Armées, offre
combat provisoires... Tel fut le quotidien des logisticiens trans- (enfin) des menus plus diversifiés et le problème de l’eau sani-
formés, pour l’occasion, en bâtisseurs. taire est partiellement résolu au terme de huit semaines
Simultanément, les convois s’enchaînent et il faut rapidement d’efforts. Peu à peu, le Camp des Étoiles prend forme, comptant
gonfler les stocks de rations et de bouteilles d’eau au profit des désormais une zone vie, des zones de manutention, de mainte-
trois GTIA qui se déploient déjà à la frontière du Darfour. En nance et de parking pour les véhicules en attente de convois
effet, nul ne peut prédire quelles seront les conditions de cir- vers l’est et la frontière soudanaise. A proximité de la zone du
culation au plus fort de la saison des pluies. Il semble fort BATLOG s’installe le FHQ de l’EUFOR et une zone réservée aux
probable que la plupart des axes seront, sinon coupés, du forces spéciales. Pour nos jeunes soldats, c’est aussi une
moins très difficilement praticables. opportunité de communiquer avec d’autres soldats venus de
l’Europe entière : Polonais, Irlandais, Suédois et Suédoises...
50°C, eau saumâtre, tempêtes de sable
et orages tropicaux
Rapidement les conditions de travail s’avèrent particulière- Les pelotons de circulation
ment difficiles. Entre 10h et 16h, les températures dépassent routière renseignent sur les
Tempêtes de sable et chaleur étouffante itinéraires et escortent
fréquemment 50°C. Il faut donc se lever très tôt, effectuer un rendent les conditions de travail sur les convois sur des pistes
maximum de travaux le matin, sachant de toute façon que le le camp particulièrement éprouvantes difficilement praticables.
repos pendant la pause méridienne est quasiment impossible
compte tenu des températures étouffantes sous les tentes.
L’absence de filets anti-chaleur se fait immédiatement et
cruellement ressentir.
L’eau sanitaire est par ailleurs une ressource plus que comptée
et le niveau de la nappe souterraine dans laquelle le bataillon
puise une eau saumâtre baisse dangereusement. Il faut donc
rationner l’eau en modifiant radicalement nos habitudes de
consommateurs occidentaux. De plus, à l’approche de la saison
des pluies, de violentes tempêtes de sable frappent Abéché,
suivies parfois de violents orages tropicaux auxquels nous
sommes peu habitués. Le vent occasionne également de nom-

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES TCHAD > 503 e RT

“ Les convois représentent


l’occasion d’affronter la misère
et l’insécurité qui planent dans
toute l’Afrique sahélienne.”

À Abéché, en plein désert, les hommes


du 503e RT ont bâti le Camp des Étoiles,
une ville de toile sous une chaleur de 50°C.

Les convois passent coûte que coûte Les convois représentent aussi l’occasion d’affronter la misère
Plusieurs fois par semaine, les convois logistiques quittent le et l’insécurité qui planent partout dans cette Afrique sahé-
camp vers les GTIA. C’est plus spécifiquement le travail des lienne rongée par la désertification et les guerres endémiques.
pelotons de transport et des pelotons de circulation qui assu- Le contact avec les populations nous offre cette possibilité de
rent les escortes. Pendant plusieurs jours, ils vont progresser mesurer chaque jour le sens de notre action.
plus ou moins rapidement sur des pistes devenant difficile-
ment praticables. Les épreuves se succèdent : passages à Pendant la saison des pluies, les convois continuent à ravi-
gué, enlisement dans des mers de sable, tempêtes sur les tailler les GTIA. Jusqu’à la fin du mandat, et malgré des
bivouacs, épidémies de « tourista », chargement et décharge- conditions de circulation et de travail rendues de plus en plus
ment de savoyardes, notamment de bouteilles d’eau non difficiles du fait de la transformation du désert en champ de
palettisées et découverte des rations polonaises... Malgré boue, les soldats logisticiens du bataillon ont poursuivi leurs
tout, les sourires s’obstinent sur les visages qui se tannent efforts : la réussite de l’opération européenne a été totalement
doucement sous le soleil du désert. Chacun mesure la chance dépendante de la qualité et à l’efficacité de sa logistique.
qu’il a de vivre une grande aventure. C’est certainement aussi « Dans cette vie qui n’est faite que de départs et d’arrivées, il
une spécificité de notre mentalité gauloise qui, si d’aucun la n’est qu’exaltations et recueillements. Tel est le double jeu de
confondent parfois avec du mauvais esprit, nous aide néan- l’Afrique, tel est le double mouvement dans l’ordre de l’action
moins à affronter les difficultés avec humour et surtout et dans l’ordre du rêve » (Ernest Psichari, Les voix qui crient
débrouillardise. dans le désert).

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES TCHAD > 516 e RT

D’août à décembre 2008, le 516e RT a armé le bataillon


logistique de l’EUFOR au Tchad. 438 militaires logisticiens des
différentes fonctions logistiques ont été réunis pour ce mandat 2.
Cette unité éclectique a assuré les missions de soutien du Camp des Étoiles
et le ravitaillement par convois des camps d’Iriba, Forchana et Goz Beïda.

AU QUOTIDIEN : POUSSIÈRE, SUEUR,


VOLONTÉ ET HUMILITÉ...
> PAR LE CNE ERWAN LE BOHEC, OFFICIER DE RÉSERVE AU 516E RT

L’
ECL, l’ECT, le DETGEN et le DETCAT, les 4 entités
du BATLOG se retrouvent au 516e RT à TOUL la
première semaine de juillet pour la période de
Vérification Avant Projection (VAP). Point de
départ du mandat 2, la VAP permet de contrôler
et valider la capacité du bataillon à remplir la
mission. Les 438 soldats logisticiens s’envolent
mi-août vers le Tchad sous les ordres du Colonel Kempf. Le
BATLOG atteint sa pleine capacité opérationnelle le 6 sep-
tembre 2008 au Camps des Étoiles à Abéché, celui d’Europa à
N’djamena ou de Birao en République Centrafricaine.

Un convoi de grande envergure


L’escadron de circulation et de transport (164 personnes)
assure principalement des convois de ravitaillement en
rations, en eau et en matériaux les plus divers vers Iriba,
Forchana et Goz Beïda. Deux grosses boucles arrières ont éga-
lement été effectuées vers N’djamena, la capitale. La première,
a représenté l’occasion de mettre en œuvre un convoi de
grande envergure et riche par la diversité des matériels et per-
sonnels engagés. En effet, des produits très variés ont été
transportés, allant de missiles aux munitions diverses en pas-
sant par les approvisionnements pour le camp d’Abéché. Le
retour a permis d’intégrer des éléments de l’ONU et de l’organi-
sation MINETECH qui ont profité de l’escorte de convoi assurée
par le maréchal des logis chef Kremer. Au total, un convoi fort
de 76 véhicules et 141 soldats et civils, sur une distance d’en-
viron 950 kilomètres avec bivouac, pannes de véhicules,
ouaddis à franchir, quelques contacts avec les populations
locales et de très bonnes relations avec l’ONU et MINETECH qui
ont été accueillies et soutenues avec grand enthousiasme par
les tringlots pendant tout le trajet.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES TCHAD > 516 e RT

Pendant que l’ECT poursuit ses convois logistiques et recon-


naissances d’itinéraires au gré des pistes chaotiques du
Tchad, l’ECL travaille dans l’ombre au soutien du Camp des
Étoiles. Quotidiennement, les 144 militaires de cette unité
remplissent leur mission de soutien qui demande volonté et
humilité. Du service général à l’infirmerie, de la maintenance
au secrétariat du corps, tous veillent à être à la hauteur et aux
petits soins de l’ensemble du bataillon tout comme le détache-
ment du Commissariat de l’armée de terre qui essaie de
répondre favorablement aux différentes doléances des uns et
des autres.
N’oublions pas nos sapeurs qui détruisent, reconstruisent et
aménagent le Camp des Étoiles pour le confort de chacun
d’entre nous et la réalisation de chantiers d’envergure notam-
ment sur l’entrée principale pour renforcer notre sécurité.
“ Un convoi
de 76 véhicules,
141 soldats et civils,
sur 950 kilomètres
de pistes chaotiques.”

Chaleur et poussière, le désert est un ennemi


imprévisible pour les convois de ravitaillement
qui empruntent ses pistes accidentées sur des
centaines de kilomètres pour ravitailler les GTIA
à la frontière du Darfour.
© SIRPA TERRE

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES TCHAD > 517 e RT

De décembre 2008 à avril 2009, les hommes et femmes


du 517e Régiment du Train se déploient en plein milieu de
l’immense continent africain pour y armer le bataillon logistique
de l’EUFOR. Climat éprouvant, insécurité latente, le régiment du
million d’éléphants doit s’adapter au Tchad et connaître ses habitants pour
ravitailler les forces de l’EUFOR au cœur du désert.

S’ADAPTER AU DÉSERT
ET CONNAÎTRE SES HABITANTS
> PAR LE CNE YVES LE BOT, OFFICIER ADJOINT DE L’ETB1 DU 517E RT Les villages sont abordés avec retenue
et pudeur et il est laissé aux habitants
la liberté de venir, ou pas, prendre
attache avec les patrouilles.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES TCHAD > 517 e RT

À
Chateauroux, le Berrichon, bourru de prime abord,
dissimule en fait un cœur généreux et un état
d’esprit ouvert ; de cette sérénité, engendrée par
la confiance mutuelle, naît le souhait de partir qui
étouffe rapidement le temps des adieux.
S’adapter à Abéché, c’est se priver de ses douces
habitudes castelroussines pour adopter un mode de vie radica-
lement opposé. L’acclimatation à une météo littéralement
écrasante et à l’austérité du paysage sahélien est aussi une
aide précieuse pour les hommes en quête d’aguerissement.
S’adapter, c’est également trouver l’équilibre entre activité et
patience lorsque les aléas des missions jouent avec les nerfs
des soldats. C’est, enfin, absorber les incertitudes quant à la La poussière des pistes et la chaleur sollicitent durement
suite du mandat, sans que cela ne déteigne pour autant sur le personnel et les véhicules.
l’efficacité du tringlot.
menace et, donc, le souci de maîtriser les procédures perma-
Sur la piste d’Iriba... nentes opérationnelles, rappelées avant chaque départ par le
Soutenir à Abéché, c’est convoyer la ressource vers les GTIA de chef de convoi. Cette expertise dans la fonction d’achemine-
l’avant à travers des pistes sablonneuses, chaotiques et brû- ment revêt une importance cruciale pour la vie de nos
lantes qui sollicitent durement le personnel comme les camarades de la mêlée qui, sinon, ne pourraient pas s’inscrire
matériels, et ce, en gardant toujours à l’esprit la possible et combattre dans la durée. Nul ne l’ignore dans la zone d’opé-
ration de l’EUFOR, les convois ont d’ailleurs toujours reçu un
accueil chaleureux de la part des Polonais d’Iriba, des Français
de Forchana ou des Irlandais de Goz Beïda qui, tous, savent gré
aux tringlots des missions accomplies.

Le chef de village et l’instituteur


La patrouille, savoir-faire Proterre, est une autre illustration de
la double mission du tringlot, combattant de la logistique.
Elle est riche en termes de découverte du pays et de ses habi-
tants, avec lesquels les contacts sont excellents et les
échanges prometteurs. Elle contribue à prévenir la violence et
donc à protéger les populations. Les villages sont abordés
avec retenue et pudeur et il est laissé aux habitants la liberté
de venir, ou pas, prendre attache avec les patrouilles.
Les enfants sont les premiers, demandent des cadeaux, enga-
gent la conversation à leur façon. Peu à peu apparaissent les
adultes, timorés mais curieux, parlant souvent dans un fran-
çais approximatif.
Le chef du village se montre discret alors que l’instituteur, plus
érudit, délivre de nombreuses informations sur la vie des villa-
geois. Tous se montrent enthousiasmés et saluent la patrouille
qui part vers d’autres destinations, riche d’une nouvelle expé-
rience humaine.

1/ Operational Mentoring and Liaison Team. 2/ Forward operational base.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES KOSOVO > 601 e RCR

Le 17 février 2008, le Kosovo proclame son indépendance.


Le 2e escadron du 601e RCR est alors en opération. Il va connaître
un mandat tumultueux entre l’impatience des Kosovars d’origine
albanaise (KOA) d’obtenir enfin leur indépendance et l’hostilité des
Kosovars d’origine serbe (KOS). Le 17 mars 2008, la poudrière explose au tribunal
de Mitrovica. Les tringlots du 601e vont faire face à une foule hostile.
Un événement bref mais violent.

DES TRINGLOTS AU TRIBUNAL


> PAR LE CNE SÉBASTIEN POURCELOT, OFFICIER ADJOINT DE L'EC2 DU 601E RCR

u début d’année 2008, le Kosovo a refait parler de La foule cerne le tribunal de Mitrovica

A
lui : indépendance, tensions, affrontements. Ce 16 mars vers 19h00 : le commandant d’unité de retour de réu-
théâtre d’opérations dont certains reprochent le nion diffuse l’ordre d’opération du Bataillon Français (BATFRA)
manque d’exotisme, nous a rappelé avec force la détaillant les modalités selon lesquelles la force mettrait en
nécessité de la vigilance permanente, l’exigence et place un dispositif en alerte afin d’appuyer les forces de
la rigueur de l’entraînement et de la mise en condi- l’UNMIK voulant expulser les KOS qui occupaient le tribunal de
tion opérationnelle, et a démontré de façon tonitruante que le Mitrovica situé au nord de l’Ibar. Ce tribunal incarne effective-
professionnalisme des troupes qui y sont déployées est un ment le nouveau pouvoir indépendant kosovar dans une zone
impératif. où les serbes sont ethniquement majoritaires.
Projeté du 4 janvier au 28 mai, le personnel du 2e escadron du À 5h00 le 17 mars, le troisième peloton commandé par l’adju-
601e Régiment de Circulation Routière commandés par le dant Omodei se met en place conformément aux ordres reçus
Capitaine Guele connaissait les risques et les enjeux de ce sur le pont « Cambronne » le pont secondaire de Mitrovica,
mandat. Beaucoup d’entre-nous connaissaient déjà cette articulé en trois éléments sous blindage (VAB), renforcé d’un
région. Mais nous ignorions dans quelle mesure le mot pou- groupe génie lui aussi sous VAB, d’un moyen polyvalent du
drière pouvait avoir du sens. génie (MPG) et d’une équipe EOD.

Les projectiles s’abattent sur le convoi. Escorte du convoi vers le tribunal.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES KOSOVO > 601 e RCR

IN MEMORIAM
À 5h30 l’opération d’expulsion débute à l’initiative de l’UNMIK .
À 5h50 nous apprenons que la plupart des occupants ont été
arrêtés. Certains se sont échappés mais la population a été Camille Félix
alertée. Une foule se rassemble autour du tribunal et en Nous gardons en mémoire
interdit la sortie des troupes de l’UNMIK. Celles-ci subissent le BRI (F) Camille Félix
des jets de pierres et rendent compte de ses premiers blessés décédée le 1er février 2008.
dont un grave. Nous avons une pensée émue
pour sa famille et son fils.
KFOR : le convoi de secours acculé par la foule
Une colonne de secours se met en place. Le troisième peloton
certifié au CRC (Crowd and Riot Control, le contrôle de foule) a
en charge la sûreté arrière de ce convoi composé de véhicules
sanitaires mais également de renforts pour conserver le convoi de la rue mais aussi des toits et des balcons. Les véhi-
contrôle du tribunal. Ce convoi est long et le trajet dans les cules non protégés subissent d’importants dégâts. Les unités
rues de Mitrovica est complexe. En effet, un bus a été placé en chargées de la protection utilisent les grenades lacrymogènes
travers de l’itinéraire et la foule présente tout au long de la à leur disposition mais les 25 minutes nécessaires pour faire
route gêne la progression. Les émeutiers sont également pré- un trajet d’environ 1500 m font que la dotation en munitions
sents dans les immeubles et les projectiles s’abattent sur le lacrymogènes diminue dangereusement. A 500 m de l’en-
ceinte du tribunal, tenue par la KFOR, le convoi s’arrête.
La cour du tribunal est petite et le nombre et le gabarit des
véhicules sont trop importants. L’adjudant Omodei fait alors


débarquer son personnel et forme un barrage d’arrêt fixe
Les 25 minutes (BAF) à l’arrière du dispositif afin de contenir une foule de plus
en plus hostile. Le Cougar, cette arme de maintien de l’ordre
nécessaires pour faire qui projette des grenades lacrymogène, se révèle particulière-
un trajet d’environ ment efficace. La foule étant proche, les dispositifs de
lancement 50 m (DPR 50) sont les plus employés mais leur
1500 m font que la quantité est insuffisante. Les DPR 200 permettant de lancer
les grenades lacrymogène CM6 à 200 mètres sont alors mis
dotation en munitions en œuvre par ricochet sur les habitations permettant de
lacrymogènes diminue contenir la foule.
Parti de Cambronne à 9h35, l’intégralité du convoi entre dans
dangereusement.” le périmètre sécurisé du tribunal à 10h.

DES TROUPES ENTRAÎNÉES : LE CROWD AND RIOT


CONTROL (LE CONTRÔLE DE FOULE)
Cet épisode bref et violent a été vécu par des troupes sinon
aguerries du moins bien entraînées. En effet, au Kosovo,
chaque unité composant le BATFRA est instruite, validée et
certifiée au CRC par les unités de la gendarmerie présentes
sur le théâtre. Les tenues CRC, composées de coudières,
de jambières, d’un bâton et d’un bouclier dotent toutes les
unités au moins partiellement. L’escadron de circulation
routière théoriquement doté à 25 % a demandé et obtenu
d’être doté à 100 % suite aux événements du tribunal.
De plus, une instruction spécifique dite « instruction road
block » avait été expérimentée par le peloton de l’adjudant
Omodei renforcé de moyens du génie deux semaines
auparavant. Cet entraînement consistait à acquérir le savoir
faire permettant au groupe du génie et au MPG « d’ouvrir »
un itinéraire protégé par un dispositif CRC.
Par la suite un détachement « FOM » Freedom of Movement
sera systématiquement placé en alerte lors des
déploiements de la force.

Le service de santé est sollicité. Ici, préparation d’un blessé avant évacuation.

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES KOSOVO > BCS-BFA

Les crocos, les circulateurs du bataillon de commandement et de


soutien de la brigade franco-allemande (BCS/BFA), ont connu leur
première opération extérieure de septembre 2008 à janvier
2009. Depuis janvier 2008 ils se préparaient à l’escorte de convoi
pour l’Afghanistan. C’est finalement à Mitrovica au Kosovo au sein
du BATFRA 19 qu’ils ont été projetés pour un mandat riche en expériences.

LA PREMIÈRE DES “CROCOS”


> PAR LE LTN SANDRA THOMAS, CHEF DU PCR DE L’ERC DU BCS-BFA

CRC : maintenir le niveau de violence au plus bas demande sang-froid et entraînement. Circulateur du BCS/BFA et son matériel spécifique.

a mission a dépassé le cadre de la circulation rou- effectué des patrouilles mixtes dans Mitrovica avec leurs

L
tière. Au-delà du renseignement, de l’appui camarades Autrichiens et Allemands de passage sur le camp
mouvement et de la participation aux missions de pour quelques semaines.
sureté, les « crocos » ont pu se perfectionner ponc- De retour début janvier, dans leur jolie garnison de Müllheim,
tuellement en participant à des missions Vehicle les « crocos » fourmillent d’impatience dans l’attente d’une
Check Point (contrôle de véhicules - VCP), Northern nouvelle OPEX vers d’autres horizons.
Tremor (exercice de sécurité civile sur le thème d'un tremble-
ment de terre majeur affectant tout le Nord du Kosovo) et Long
Range Patrol (patrouille de reconnaissance - LRP). Les plus
519e RT : transbordement au profit de la KFOR
EN BREF

jeunes ont été baptisés sur Puma.


Le 2e Peloton Portuaire du 2e Escadron Portuaire, unité du 519e Régiment
Formation CRC sur le camp de Plana du Train, a été projeté en détachement de transit interarmées maritime,
Les circulateurs ont également été formés au Crowd and Riot au Kosovo du 14 janvier au 6 février 2009. Après une installation rapide
Control (CRC : contrôle de foule) grâce au Peloton de dans le camp de Novo Selo, les spécialistes du transbordement maritime
Gendarmerie de surveillance et d’Investigation de Calais ont basculé vers le port de Thessalonique pour débuter les opérations de
(PGSI) colocalisé avec l’ECR sur le camp de Plana. Cette déchargement et de chargement du MN ECLIPSE. Brouettage, empotage
période est clôturée par un scénario complet joué sur le camp et convoyage ont, par ailleurs,
de Novo Selo. Avec le Génie, ils ont reçu la formation spécifique rythmé les trois semaines de
au « DIA Roadblock » concernant le passage de barrages lors mission au profit de la KFOR.
de manifestations principalement concentrées sur la ville de LTN Aurélien TREBOUVIL,
Mitrovica. Habitués au fonctionnement binational, ils ont enfin Chef de peloton Portuaire

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OPÉRATIONS EXTÉRIEURES CÔTE D’IVOIRE > 519 e RT

C’est en juin 2008, que le 2e Peloton Amphibie du 519e régiment


du Train reçoit la mission de reprendre le fonctionnement du
Détachement d’Intervention Lagunaire (DIL) situé à proximité
EN BREF
du 43 BIMa à Abidjan. Le DIL est stratégique. En 2004 ce détachement a
e

en effet permis l’évacuation de 1200 ressortissants par voie fluviale.

CÔTE D’IVOIRE : MAINTENIR


LA CAPACITÉ D’ÉVACUATION
> PAR LE MCH GRÉGORY LABORDE, PATRON DE BORD AU 519E RT

ous connaissons déjà pratiquement tous ce La spécificité du travail en milieu interarmes nous permet éga-

N
théâtre pour y avoir servi soit dans le cadre lement de prendre part à des missions annexes comme des
d’un séjour soit par le biais d’un chargement de exercices de treuillages à partir de nos embarcations ou
navire dans le port d’Abidjan. La mission dont encore la recherche de balises de détresse au profit du déta-
nous héritons est cependant plus diverse. chement FENNEC de l’armée de l’air. Nous prenons également
L’objectif est de maintenir la capacité d’évacua- part à l’acheminement de personnel dans le cadre de l’entrai-
tion par voie lagunaire de façon opérationnelle nement au tir et du transport d’éléments des forces spéciales
et de former le personnel de la force Licorne aux spécificités vers leur zone de mission.
du combat amphibie et du débarquement sur plage. Pour ce En plus de quatre mois en Côte d’Ivoire, nous avons formé plus
faire nous organisons des exercices de jour comme de nuit. de 750 personnes (dont la gendarmerie, le bataillon togolais
Nous devons également mener la reconnaissance des points de l’ONU ou encore les commandos parachutistes de l’armée
d’embarquement et de débarquement dans la zone d’Abidjan de l’air) sur les rudiments de l’amphibie, et nous avons parti-
au profit des responsables des différentes unités. cipé à de multiples exercices de transport, de récupération ou
Le ton de la mission est donné et une fois arrivé sur zone, les de projection de forces.
exercices s’enchainent jour après jour et de façon soutenue.
Nous disposons, pour mener à bien notre travail, de deux piro- Cette mission variée et intense a permis de démontrer les
gues d’intervention rapide pour l’acheminement de personnels, savoir-faire uniques du personnel de la Jonque et nous avons
d’une barge de débarquement pour le transport de véhicules et su rester fidèles à notre devise : « adroit et rigoureux sur terre
de matériel, mais aussi de deux zodiacs que nous employons comme sur mer ».
pour la reconnaissance des points sensibles.

En quatre mois,
le 2e Peloton amphibie
a formé près de 750
personnes.

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SAVOIR-FAIRE > 1 er RTP

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SAVOIR-FAIRE > 1 er RTP

Depuis août 2008,


le 1er RTP expérimente
en Afghanistan le largage
de matériel à très grande
hauteur. Cette technique,
issue des réflexions
menées depuis la bataille de Dien
Bien Phu, est la première technique
de largage qui offre des garanties
de sécurité et de précision à coût
maitrisé. Elle pourrait à termes éviter
les convois et les héliportages à
risque et ainsi les pertes humaines.

LE LARGAGE
,
DE
, MATERIEL
,
A TRES GRANDE
HAUTEUR
> PAR L’ADJ JÉRÔME LECOQUIERRE,
RESPONSABLE LARGUEUR LMTGH AU 1ER RTP

13
mars 1954. L’offensive générale Vietminh est
déclenchée sur le camp retranché de Dien Bien
Phu. La piste d’aviation, unique point d’entrée du
ravitaillement des 12 000 combattants de la gar-
nison, est la cible privilégiée des tirs d’artillerie.
Depuis le 20 novembre 1953, début de l’opération Castor, vingt
avions ont été abattus au sol.

Dien Bien Phu : l’aérolargage, ultime cordon ombilical


Le 23 mars, la piste, grêlée de cratères, est définitivement
La préparation des charges à larguer impraticable. L’approvisionnement en munitions, vivres, médi-
est une opération extrêmement
technique. La rigueur est caments, carburant est désormais suspendu à la capacité
indispensable pour que les voiles d’aérolargage du théâtre, ultime cordon ombilical entre Dien
s’ouvrent en temps voulu.
Bien Phu et le delta du Tonkin.

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SAVOIR-FAIRE > 1 er RTP

Pendant 54 jours de bataille acharnée, l’armée de l’air et les


largueurs des compagnies de ravitaillement par air effectuent
plus de 750 missions de largages, de jour comme de nuit. Les
Dakotas sont exposés au feu nourri de la DCA vietminh. Au
total, 167 aéronefs sont touchés et 28 abattus en vol. Le 8 mai
1954, quand cesse enfin le combat, les pertes humaines s’élè-
vent à 56 membres d’équipage, tués ou disparus, dont 11
tringlots parachutistes.


À Dien Bien Phu, la livraison par air a répondu présent au
rendez-vous de l’Histoire. Elle a amplement démontré son effi- La précision moyenne
cacité opérationnelle et sa capacité à assurer un ravitaillement
logistique de masse. Le lourd tribut payé, tant par l’armée de
de nos largages sur
l’air que par les largueurs du Train, oblige cependant à relati- le théâtre d’opération
viser l’efficience du mode d’action. Le défi technique consiste
à présent à soustraire les vecteurs aériens et leurs équipages afghan est inférieure
à la menace des armes automatiques. à 500 mètres.”
La LMTGH pour soustraire les équipages à la menace
Il faut attendre plusieurs décennies pour que soit mis au point,
en 1989, le largage de matériel à très grande hauteur (LMTGH).
Le procédé consiste à larguer des charges à plus de 4 000 m
du sol, hors de portée des missiles à courte portée. À bord, Au bilan, la technique est rapidement maîtrisée mais présente
l’équipage se prémunit contre les dangers de la haute altitude. encore un inconvénient majeur : l’ouverture des voiles de
Le port du masque à oxygène oblige une période de dénitrogé- charge à très grande hauteur a pour conséquence une dérive
nation (remplacement de l’azote contenu dans l’organisme par importante. En fonction des vents aux différentes couches, un
de l’oxygène) de 45 minutes pour éviter l’aéroembolisme. Les colis largué à plus de 7000 mètres d’altitude peut atterrir à
variations de pression atmosphérique peuvent en effet rendre plusieurs dizaines de kilomètres de la zone de mise à terre
fatales de simples bulles d’azote. Un médecin est adjoint à visée. Comment garantir dans ces conditions que la charge ne
l’équipage pour prévenir tout accident respiratoire. soit perdue dans un bois, un marécage, un ravin, ou qu’elle ne
tombe aux mains ennemies ? L’arbitrage entre l’urgence du
besoin et les chances de succès est nettement défavorable.
Le procédé ne sera employé que dans le cadre de l’opération
Courlis, en 1992, pour ravitailler en vivres les populations de
Bosnie.

Vers une technique sure et précise


La menace sol-air diffuse rencontrée en Afghanistan relance
la recherche d’une technique de largage à la fois sûre et pré-
cise. Si les Talibans ne disposent pas d’une DCA digne des
batteries du Vietminh, les tirs d’armes légères occasionnent
de sévères dommages aux aéronefs de la coalition. Le largage
à très grande hauteur est au point, la technologie moderne
apporte enfin des réponses au problème de dérive du fardeau
sous voile.

US Army : le JPADS, une aile télécommandée


Une première approche consiste à guider le colis au moyen
d’un système GPS. Cette technique suppose de disposer d’une
voile de charge pilotable et couplée à une télécommande. C’est
l’option retenue par les forces américaines. Celles-ci expéri-
Le LMTGH doit se faire sous mentent aujourd’hui le Joint Precision Airdrop System (JPADS).
oxygène. Un médecin est adjoint Une aile géante, capable de faire voler un colis de plusieurs
à l’équipage pour prévenir
les accidents respiratoires. tonnes, est guidée vers le point choisi. Au stade actuel, le
sytème se caractérise avant tout par un coût d’utilisation
inaccessible aux budgets contraints des principales armées
occidentales.

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SAVOIR-FAIRE > 1 er RTP

Le LMTGH permet d’assurer le ravitaillement des points isolés en évitant


des prises de risque pour les moyens héliportés et routiers.

France : l’ouverture de voile retardée Des équipages d’élite pour une technique exigeante
Une seconde approche consiste à retarder l’ouverture des Les équipages de l’air comme les largueurs subissent une
voiles de charge afin de réduire la dérive au minimum et ainsi sélection physique rigoureuse. Le passage en caisson déter-
accroître la précision du largage. C’est cette voie qui est mine l’aptitude de chaque équipier au travail sous oxygène.
explorée par la France depuis 2008. La charge est stabilisée
dans sa chute par un petit parachute. L'ouverture des voiles Ensuite, la restitution coordonnée de procédures de largage
principales se déclenche de manière automatique à 500 très strictes nécessite une formation poussée suivie d’un
mètres grâce à un déclencheur vario-barométrique. Malgré entraînement régulier, favorisant la connaissance du rôle de
cette ouverture basse, la précision recherchée ne saurait être chaque équipier.
obtenue sans données météo fiables relatives aux différentes
couches atmosphériques traversées par le fardeau. Un sys- Enfin, le risque d’avoir à abandonner l’avion en urgence
tème expérimental de Météo France, MESO NH, permet depuis impose une parfaite maîtrise des procédures « RESCO »
peu de recueillir et d’exploiter ces paramètres essentiels. Sur acquises à Cazeaux ou à Toulouse. Après le saut, les membres
court préavis, les données de la zone de mise à terre choisie d’équipage activent leurs balises, rallient un des points préala-
sont intégrées pour calculer le point de relaxation, point de lar- blement étudiés, et attendent l’hélicoptère qui les évacuera
gage optimisant la précision de mise à terre. après authentification.

La campagne d’essais conduite sur le théâtre d’opération La LMTGH, la solution pour les besoins prioritaires
afghan depuis l’été 2008, à raison de deux largages mensuels, Il est évidemment exclu d’essayer d’égaler la capacité de lar-
a permis de mettre à terre une vingtaine de tonnes de fret. gage atteinte en Indochine. La première raison qui écarte cette
La précision moyenne de ces largages est inférieure à 500 hypothèse est la dimension de notre parc d’aéronefs. Le corps
mètres. Moins onéreux que le premier, ce système présente expéditionnaire français en Extrême Orient disposait en 1954
pourtant des contraintes fortes. d’un nombre d’aéronefs supérieur à la flotte d’avion de trans-

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SAVOIR-FAIRE > 1 er RTP


Aérolargage, aéroportage,
aérotransport...
la maquette C160 est
un outil de formation
de premier ordre.

“ La France appartient de
longue date au club très fermé
des nations dotées de la capacité
de ravitaillement par voie
aérienne.”

l’échelon interallié) et de la récupération du fret à larguer sur la


base de départ (Douchanbe). Selon les cas, il pourra varier de
8h à 24h. Par conséquent, la mission doit être systématique-
ment planifiée par défaut pour pouvoir être réalisée dans un
délai de deux heures. Autrement dit, le recours éventuel au
LMTGH-OB doit impérativement être prévu dans l’ordre d’opé-
ration pour déclencher le conditionnement des fardeaux,
port tactique dont dispose actuellement la Brigade d’Appui l’étude de la mission et la demande d’inscription sur l’ATO,
Aérien à la Projection (BAAP). En outre, le poids logistique des quitte à ne pas déclencher la mission.
troupes au sol a augmenté de façon exponentielle depuis
60 ans si bien que le ravitaillement nécessaire à un combat- A cet égard, la constitution d’un stock de colis génériques
tant serait au moins quatre fois supérieur aujourd’hui. « prêts-à-larguer » permettrait de réduire considérablement
Enfin, compte tenu de la capacité d’emport limité des aéro- les délais de livraison en urgence. La définition du contenu de
nefs, le recours à la LPA doit répondre à des besoins cette charge standard appartient évidemment aux forces utili-
prioritaires, que ne sauraient satisfaire les autres modes satrices. Cet appoint, non négligeable pour une section, n’est
d’acheminement : pas adapté au SGTIA. Un fardeau lourd, d’une masse maximum
> le ravitaillement planifié de détachements isolés, de 4 tonnes, pourrait à terme compléter utilement la plage
> le ravitaillement dans l’urgence. d’emploi de ce mode de ravitaillement.

Afghanistan : la LMTGH pour les OMLT isolées Employé à titre expérimental sur le théâtre afghan depuis
Le premier cas paraît évidement adapté au ravitaillement des août 2008, le LMTGH-OB, a prouvé sa pertinence. Il complète
Operationnal Mentoring and Liaison Team (OMLT) basées dans de façon efficace les autres modes de ravitaillement. Écono-
des secteurs mal desservis ou présentant un danger jugé mique en moyens, relativement souple d’emploi, il doit à terme
excessif pour les convois routiers ou les hélicoptères. permettre à l’armée de terre de préserver des moyens
Dehrawod, en Oruzgan, pourrait par exemple être approvi- comptés en hélicoptères de manœuvre, mais aussi en convois
sionné de façon régulière par la troisième dimension. A raison escortés. La validation du procédé par la DGA et la mise en ser-
de 2 à 4 tonnes hebdomadaires de vivres, carburant, muni- vice de lots de conditionnement en nombre suffisant,
tions ou pièces détachées, 30 mentors français pourraient attendus dans les prochains mois, permettront d’adapter le
tenir entre deux convois routiers mensuels. Cette combinaison rythme des largages aux réels besoins des troupes au sol.
des modes d’approvisionnement logistique permettrait une
économie significative d’escortes et de vecteurs. La France appartient de longue date au club très fermé des
nations dotées de la capacité de ravitaillement par voie
La nécessité de planifier aérienne. Cette capacité additionnelle suscite actuellement un
L’emploi en ravitaillement dans l’urgence ne sera quant à lui vif intérêt de la part de nos alliés anglais, belges, espagnols, et
optimal que s’il est anticipé. Sans préavis, le délai dépend même américains. Il s’agit pour le 1er RTP et les escadrons de
essentiellement de l’inscription de la mission sur l’Air Task transport de la BAAP de préparer le prochain rendez-vous avec
Organization (planning des missions aériennes élaboré à l’Histoire.

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SAVOIR-FAIRE > 1 er RTP

> ZOOM SUR...

LA CELLULE R05
L’INSTRUCTION
LARGAGE SUR
MAQUETTE
Un nouvel outil pour l’instruction et l’entraînement,
particulièrement attendu, est désormais opérationnel
au sein du 1er Régiment du Train Parachutiste :
la maquette C160. En effet, la cellule du Transall R05
a entamé une deuxième carrière. Ainsi, servant tout
autant pour l’aérolargage, l’aéroportage, et
l’aérotransport, elle voit passer jour après jour
les militaires du rang en phase d’instruction,
les détachements préparant un départ OPEX, les équipes
LTGH (largage très grande hauteur = oxygène) ou JVN
(jumelle vision nocturne) en entraînement, mais aussi
les largueurs personnels et plus récemment les jeunes
sous-officiers au cours de leur formation continue.
En bref, le 1er RTP dispose aujourd’hui d’un outil essentiel
qui, s’il ne permet pas à lui seul de restituer le travail
d’un équipage d’arrimeurs largueurs en vol, garantit une
instruction de qualité et permet une connaissance
approfondie de la soute du C160.

CNE Frédéric LAPREVOTTE


Commandant le 3e Escadron de Livraison par Air

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EN MÉTROPOLE TEMPÊTE KLAUS > 15 e BT

23 et 24 janvier 2009, la tempête Klaus s’abat sur le Sud-Ouest


de la France. 6 personnes sont tuées, 1,3 million d’usagers sont
privés d’électricité et les réseaux de communication sont
gravement endommagés. Le lendemain, le Président le la République
décide la mobilisation de l’armée de terre pour participer aux opérations de
secours. Le 15e Bataillon du Train de Limoges est désigné pour rétablir
communication et électricité dans la forêt landaise ravagée.

E
TEMPÊTE KLAUS : LE 15 BT
SOUTIENT LES LANDAIS
> PAR L’ ADJ GILLES CONCHON, CHEF PATROUILLE APPUI MOUVEMENT AU 15E BT

27 janvier 2009 : l’engagement physique des


hommes du 15e BT est considérable pour faire
face à l’urgence. La vie des Landais est
suspendue en attendant le rétablissement
des communications et de l’électricité.

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EN MÉTROPOLE TEMPÊTE KLAUS > 15 e BT

Le peloton Proterre du 15e BT


s’est mobilisé en moins de 12h
pour rejoindre les forêts landaises.

D
imanche soir, 22h10, soirée télévision en famillle.


Un appel de l’officier de permanence m’informe de
la mise en place d’un peloton PROTERRE tempête Les arbres sont
Klaus, qui fera mouvement dès le lendemain vers
les Landes pour rejoindre un groupement tactique coupés, déplacés de
aux ordres du RICM.
part et d’autre de la
Lundi, au rapport, un appel est effectué et les trois différents route, tandis que deux
groupes doivent commencer les perceptions : gants, chaus-
sures de sécurité, VHLS, carte autoroute, jerrycans... personnes s’occupent
15H00. Après revue de la rame et consignes du chef de corps,
nous partons en direction de Biscarrosse.
du pilotage.”
Plus nous nous rapprochons, plus les réminiscences de 1999
remontent à la surface. Effectivement, les pins sont de plus en
plus nombreux à joncher le sol au fur et à mesure de notre En accord avec le PC de Biscarrosse et la Ville de Morcenx, l’au-
avancée. Le pire est encore à venir car après avoir pris les torisation d’être logés sur place nous a été accordée, ce qui
consignes sur place auprès du RICM, nous nous déplaçons permet de gagner trois heures de route chaque jour.
vers Morcenx, petit village situé à 1h30 plein sud de Nous passons la dernière nuit à Biscarrosse. Réveil avant le
Biscarrosse. lever du soleil. Travaux d’intérêt général. Embarquement des
Arrivés sur place, nous constatons l’ampleur des dégâts et sacs. Contrôle des chambres et des lieux communs par le
allons aux ordres au PC des sapeurs-pompiers. Nous sommes Major de camp. 6h30, départ pour l’ordinaire. 7h00, départ
pris en compte et amenés sur une route très étroite à cause pour Morcenx. 8h30, arrivée chez les sapeurs-pompiers.
des pins. Des groupes sont formés afin d’élargir le plus rapide- Retour sur la voie ferrée, car il nous reste 200 m de voie et
ment la route. Un de nos soldats a la tronçonneuse et les donc beaucoup d’arbres à dégager. En fin de matinée, la voie
autres, des haches et des balais de cantonniers. Les arbres est libre !... et les trains peuvent à nouveau circuler dès le len-
sont coupés, déplacés de part et d’autre de la route, tandis demain matin.
que deux personnes s’occupent du pilotage, afin que nous Mission de l’après-midi : libérer des câbles à haute tension pri-
puissions travailler en toute sécurité. sonniers sous les pins qui, avec leur poids, ont aussi cassé des
Le premier tronçon étant terminé, nous partons vers notre lieu pylônes en béton. Les groupes progressent dans la forêt
de restauration : une école primaire où nous sommes très bien tandis qu’un groupe sécurise la route car des arbres dépas-
accueillis par le personnel. Après un repas riche en calories, sent d’un bon mètre du fossé.
nous retournons au PC des sapeurs-pompiers, car toutes les
missions partent de chez eux. Une journée de plus. Nous sommes logés dans un gymnase
non loin d’une section de l’ENSOA. Le soir, nous sommes
Les groupes progressent, arbre après arbre nourris par un LEP situé à 400 m de notre lieu de « bivouac ».
L’après-midi, une nouvelle mission : nous devons permettre Les jours suivants, nous avons libéré des lignes à haute ten-
aux trains de circuler sur l’axe Morcenx - Mont-de-Marsan. sion, ouvert des chemins forestiers et permis aux cars des
Accompagnés d’un responsable de la SNCF qui nous pilote, écoles de réemprunter des itinéraires qu’il leur était impos-
nous commençons le travail, équipés de nos chasubles et de sible de prendre la semaine précédente.
nos chaussures de sécurité. Trois sapeurs-pompiers et un de Le dernier jour, nous libérons une énième ligne à haute tension
nos soldats utilisent des tronçonneuses. Les groupes progres- qui permettra plus tard de rétablir l’électricité à un groupe de
sent au fur et à mesure, pin par pin. Quand la nuit approche, maisons, dès le passage d’EDF.
pour des raisons de sécurité évidentes, nous regagnons
Biscarrosse, toujours à 1h30 de là. Nous sommes informés que les unités spécialisées du Génie
vont nous remplacer ; après un au revoir aux sapeurs-pom-
Les personnes qui utilisent les tronçonneuses sont épuisées piers, contrôles et pleins des véhicules, nous reprenons la
par le poids de chacune d’elles, ajouté à celui de la veste et du route et nous partons avec la satisfaction du travail accompli
pantalon de sécurité et à celui du casque, ainsi que par beau- et la conviction de notre utilité dans le cadre des MISINT dans
coup de travail en hauteur. ces moments difficiles pour les Landais.

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EN MÉTROPOLE COMMON EFFORT 2008 > CRRE

Le Corps de Réaction Rapide Européen (CRRE), situé à Strasbourg,


organisait en novembre 2008 un exercice de déploiement d’état-major
de corps d’armée à Mourmelon, sous le doux nom de « Common Effort
2008 ». L’acheminement, le montage et le post-acheminement de cette
masse impressionnante de moyens et d’équipements multinationaux furent
dévolus au Bataillon de Soutien Multinational, au sein duquel servent la majorité
des « tringlots » du CRRE.

COMMON EFFORT 2008


LE CRRE EN EXERCICE
> PAR LE CNE JOSEPH RICHARD, S3 TRAINING DU BQG DU CORPS EUROPÉEN

our cet exercice le défi réside dans l’acheminement

P
> FOCUS
d’une centaine de « shelters » (ou abris de com-
mandement), de 3500 m2 de tentes à architecture UN BATAILLON POUR TOUT
gonflable, d’une vingtaine de générateurs, et de tout Le soutien de tous les déploiements de PC (en opérations
le matériel nécessaire pour chauffer et entretenir mais surtout en exercice) incombe systématiquement au
cette ville éphémère. bataillon de soutien ou « Headquarters Support Bataillon ».
Celui-ci dispose de peu de moyens logistiques en propre,
Une ville à construire
une demi-douzaine de VTL-R tout au plus. La compagnie dite
Des moyens additionnels ont donc été sollicités du CFLT, (vec- « de transport » du bataillon de soutien comporte trois
teurs du 516e et 515e RT et VALMET du 8e RMAT entre autres). pelotons dont un seul français, en majorité tringlots, mais
Cet effort logistique est facilité par les délais prévus : un mois dont les spécialités couvrent la manutention, le soutien
avant l’exercice proprement dit, qui se déroule du 12 au 28 carburant, et le transport proprement dit. Les deux autres
novembre 2008. pelotons, allemand et espagnol, ne disposent pas de
L’assemblage des trois PC (« Main » ou « principal », « Rear » moyens permettant l’emport de conteneurs « vingt pieds »
ou « arrière » et « DISTAFF » ou « DIREX ») est effectué par ou même simplement des plateaux VTL, pour des raisons
une seconde compagnie du bataillon, baptisée « Compagnie d’incompatibilité matérielle.
de montage de Poste de Commandement » (ou CP-Set Up Coy),
qui comporte également un peloton français. L’essentiel du
soutien logistique de l’exercice réside dans l’acheminement
des moyens puis leur déploiement.
La mise en place d’un tel PC en une seule fois (donc sans
« norias » de véhicules logistiques) ainsi que la concentration triques et regonflage régulier des tentes) et au soutien de
des structures de commandement en feraient certainement l’homme. L’état-major est en effet autonome pour la durée de
une cible conséquente. l’exercice.

Un soutien logistique tactique Le Real Life Support


La mission logistique durant l’exercice lui-même se résume à Il s’agit là de tout l’aspect commandement-vie-soutien
l’entretien des matériels existants (manutention au moyen (COVISOU). Il comporte la sécurité « réelle », prise en compte
des chariots élévateurs moyens « Merlo », recomplètement par la chaîne « RLS Security », mais aussi le logement, l’ali-
des réservoirs des chauffages, vérification des réseaux élec- mentation, le transport et l’administration. Le bataillon est

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EN MÉTROPOLE COMMON EFFORT 2008 > CRRE

Les tringlots du bataillon de soutien du


Corps Européen ont déployé en une seule
fois le PC d’un corps de réaction rapide
de l’OTAN.

EN BREF Exercice Common Effort 2008 :


le 5e Escadron du 516e RT en soutien
Acheminer tout Du 13 au 24 octobre dernier, un élément du
le matériel nécessaire 5e Escadron a effectué la mission de transport
Common Effort 2008.
pour bâtir une ville Cette mission, exécutée au profit du Corps
éphémère de 3 500 m2 Européen, avait pour but le transport de 160
plateaux (100 AMPC et 60 TC20) entre Strasbourg (67)
de tentes gonflables.” et le camp de Mourmelon (51). Durant la journée du
dimanche 12 octobre, 38 réservistes ont pris
connaissance de la mission et pris en compte les
véhicules, les matériels nécessaires, et effectué les
responsable de la maîtrise de ces aspects pour les éléments vérifications avant départ et les rappels concernant
projetés mais aussi pour la base arrière, ainsi que de la liaison la sécurité. Le lendemain matin, répartis en trois
permanente entre les deux. escouades, le convoi faisait route en direction de
la capitale alsacienne, alors qu'un détachement de liaison
Le désengagement : une mise en place inversée les précédait sur place, ainsi qu'un autre sur Mourmelon.
Il s’agit de tout refaire à l’envers : le désassemblage de Une fois le chargement des différents plateaux préparés
dizaines de tableaux et de kilomètres de câble, électriques et par l'Eurocorps effectué, dans le respect des règles de
informatiques, la remise en condition des structures, gonfla- sécurité, le lieutenant (R) Terver, chef de peloton, donnait
bles ou métalliques, qui abritèrent durant quinze jours des l'ordre de départ, afin d'acheminer ces premiers plateaux
centaines de cadres d’état-major de plusieurs nationalités, au camp de Mourmelon, lieu de déchargement et de gîte
puis le chargement et le post-acheminement de ces centaines étape. Le dimanche 19, c'est un nouveau peloton de 38
de mètres cube matériel. PAX qui prenait le relais, sous les ordres de l'adjudant (R)
Lallemand, afin d'achever la mission. Ainsi jusqu'au
Le bataillon, fort d’environ 400 personnes, regroupe toutes les 23 octobre, la boucle Mourmelon/Strasbourg/Mourmelon,
spécialités requises par le soutien de l’état-major d’un corps comptabilisant 700 km, a été effectuée quotidiennement.
de réaction rapide OTAN. Le soutien de l’exercice « Common Cette mission a permis aux militaires du rang, sous-
Effort 2008 » lui a pris presque trois mois. Dès février 2009, officiers et officiers de se retrouver, de travailler et de
il s’est remis à préparer le soutien de l’exercice suivant, parfaire leurs savoir-faire, ainsi que de collaborer avec
« European Endeavour 2009 », prévu fin avril 2009. leurs camarades d'active du Corps Européen.

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EN MÉTROPOLE TRANSFERT DES ELT

Le 24 juillet 2008, l’annonce faite par le ministre de la Défense lance


une restructuration d’envergure pour les armées et pour l’armée
de terre en particulier. Première échéance le 1er août 2009 : un nouvel
organisme de formation doit voir le jour par regroupement à Bourges des écoles
de la logistique et du Train (37) et de l’école du Matériel (18).

DE TOURS À BOURGES : L’ÉCOLE DU TRAIN


VERS UN NOUVEAU DÉPART
> PAR LE LTN DAVID SAMSON, OFFICIER COMMUNICATION DES ELT
Le quartier Carnot à Bourges.
Ses 60 hectares vont accueillir
les activités des ELT après des
travaux d’adaptation. La place
d’armes, ci-contre, va quant à elle
être baptisée place Voie Sacrée,
haut fait d’armes partagé par
le Train et le Matériel.

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EN MÉTROPOLE TRANSFERT DES ELT

La maison du chef de corps à Bourges va


accueillir le nouveau musée du Train. Située
à l’opposé de l’entrée du quartier, le long de
l’enceinte, son état va nécessiter quelques

P
travaux d’aménagement pour accueillir les
collections dans des conditions acceptables.

endant un an les cadres des deux écoles ont relevé


un véritable défi : créer un nouvel organisme à coût
minimal sans impacter les actions de formation
prévues et les études programmées. Ressources
humaines, organisation, infrastructures, budget, mutations,
déménagement des locaux, patrimoine... le chantier a été
complexe et colossal.

La méthode de travail : mixité et coordination


La manœuvre a été menée en plusieurs étapes : la définition
de l’objectif, la planification des actions puis leur conduite. Au
mois d’août 2008, il a d’abord fallu s’organiser. L’ensemble des
acteurs des deux écoles ont constitué un comité exécutif se
réunissant tous les mois en alternance à Tours et à Bourges. Il
comprenait des groupes de travail mixtes, ELT et ESAM, par
domaine. Sous le commandement des deux généraux, les
binômes de chefs de corps, de commissaires, de DRH, de DGF,
etc., ont travaillé de manière coordonnée afin que le cycle de
formation 2009/2010 démarre dans les meilleures conditions.
Ce travail a été réalisé en concertation avec l’état-major de la
région terre nord-ouest, l’état-major du CoFAT, la direction des
ressources humaines de l’armée de terre et l’état-major de
l’armée de terre.

Les écoles militaires de Bourges : quelle organisation,


quelle infrastructure ?
Les groupes de travail se sont d’abord attelés à la définition
de l’objectif : quelle école, quelle organisation ? Les écoles
militaires de Bourges vont regrouper sous un seul comman-
dement, un pôle administration-soutien puis trois écoles :
l’école du Train, l’école du matériel et un centre de formation
logistique. Il a fallu rapidement définir les besoins spécifiques de chaque
Les besoins en infrastructures et les travaux d’adaptation du division et services transférés et des points durs sont
quartier Carnot à Bourges se sont simultanément imposés apparus. Des travaux ont du être engagés pour héberger la
comme la première priorité au regard des financements division des sous-officiers ou encore le centre de simulation
nécessaires et des délais de réalisation. Le quartier Carnot qui nécessite des installations techniques lourdes.
doit en effet absorber l’activité des ELT en moins de douze
mois laquelle correspond au travail de 400 cadres sur 150 Économiser 142 postes.
actions de formations destinées à 1 500 stagiaires par an. La phase ressources-humaines a logiquement suivie. Les ser-
vices RH ont conçu le document unique d’organisation (DUO)
définissant chacun des 1 218 postes à pouvoir au sein de la
nouvelle école. L’objectif était d’économiser 142 postes relati-
Le défi du DUO des écoles militaires de Bourges : vement aux effectifs cumulés des écoles regroupées. Cette
économiser 142 postes et en définir 1 218. économie a principalement été réalisée dans les domaines
administratifs et de soutien grâce aux synergies du regroupe-
POSTES ment. Cette étape complexe fut une étape difficile car elle a
ELT ESAM EMB RENDUS demandé le temps nécessaire de la réflexion et de la validation
alors qu’elle conditionnait l’avenir du personnel et des familles.
MILITAIRES 517 420 859 78 Chacun voulait savoir si au regard de ses compétences, il
CIVILS 222 201 359 64 devrait occuper un poste à Bourges au sein du nouvel orga-
nisme ou à Tours au sein d’un détachement de soutien de
TOTAL 739 621 1 218 142
garnison d’environ 80 personnes constitué pour poursuivre
cette mission des ELT.

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EN MÉTROPOLE TRANSFERT DES ELT

Le quartier de Beaumont
à Tours devra être
totalement vide le 31 juillet
2009. 3500 m3 de mobilier
et de matériels divers vont
devoir être déménagés.
Le bâtiment d’instruction,
ci-contre, connaît sa
dernière année scolaire
qui malgré tout devra se
poursuivre normalement.

100 semi-remorques pour déménager


Dès janvier 2009 le déménagement, son organisation, sa


conduite et l’installation dans les locaux du quartier Carnot à
Au mois d’avril Bourges sont vite devenus les priorités au regard de la dimen-
l’ordre est donné sion du chantier.
La rentrée 2009 était déjà une échéance non négociable qui a
d’évacuer totalement pris une nouvelle dimension lorsqu’au mois d’avril l’ordre est
donné d’évacuer totalement les quartiers de Beaumont et
les quartiers pour Chauveau à Tours pour le 31 juillet 2009 et cela tout en menant
le 31 juillet 2009. ” à son terme l’année scolaire. Il a fallu planifier en simultané
évacuation et installation à échéance courte. Le SMCAT des
ELT a planifié et organisé le déplacement de 3500 m3 (environ
100 semi-remorques) chargés par le personnel principale-
ment EVAT et sous-officier de l’escadron de commandement et
Les services RH ont mené ce chantier en un temps record de soutien (ECS).
entre août et décembre 2008 avec de nombreux allers-retours Le chantier a été colossal et il va sans dire que les difficultés
vers les administrations centrales. Chacun a ensuite pu ont été nombreuses. Le personnel a été extrêmement sollicité
exprimer ses désidératas de mutation en sachant qu’un entre préparation du déménagement et nouvelle affectation.
contingent incompressible d’une centaine d’experts devrait L’armement des postes au DUO, c’est à dire la nécessité de
rejoindre Bourges pour sauvegarder le savoir-faire. trouver le personnel qualifié, tout comme la préparation de l’in-
Le travail de mutation et d’affectation du personnel vers frastructure pour l’arrivée des cadres des ELT (travaux), ont
Bourges ou d’autres garnisons a alors pu commencer. À ce constitué autant de préoccupations permanentes. Toutefois,
titre les ELT et l’ESAM ont mené des actions d’information sur l’ensemble de la manœuvre a été conçue et conduite pour pré-
la garnison de Bourges, les possibilités d’hébergement, l’em- server au mieux la qualité de la formation du cycle 2008/2009
ploi des conjoints, la scolarité... La majorité du personnel civil mais aussi du cycle 2009/2010.
(70 %) a quant à lui été affecté au détachement de soutien à Le maintien du camp du Ruchard pour une année devrait per-
Tours. mettre d’assurer une transition plus douce.

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EN MÉTROPOLE TRANSFERT DES ELT

Les monuments de l’arme du Train vont


quitter le quartier de Beaumont à Tours
pour être installés à Bourges.
Le monument aux morts de l’arme du Train
sera rénové pour s’inscrire de manière
marquante au sein du quartier Carnot.

La responsabilité d’une arme bicentenaire noms des fait d’armes du Train. Les associations et l’école du
Tout est mis en œuvre pour préserver le patrimoine et l’iden- Train continueront de réaliser ensemble les publications pério-
tité de l’arme du Train en conférant notamment au musée du diques. L’éloignement physique ne signifie pas pour autant
Train une nouvelle « résidence » susceptible de lui permettre l’éloignement affectif et le lien avec les associations du Train
de poursuivre son œuvre de mémoire. Le major Brigitte restera à n’en pas douter vivace.
Jeanselme est au départ et à l’arrivée de ce déménagement La date du 31 juillet 2009 sonnera le glas de plus de soixante
sensible. Elle assurera la conservation de la mémoire et la années de présence en Touraine pour l’école de formation des
continuité des efforts réalisés depuis 1978. cadres de l’arme du Train. C’est le cœur serré que les tringlots
Les monuments symboliques de l’arme du Train trouveront quitteront le creuset historique de l’Arme tout en étant animés
également leur place au sein du quartier Carnot. Certaines de la volonté de replanter les graines de l’excellence logistique
voies de ce quartier vont également être rebaptisées aux en terre berruyère.

Le maire de Tours, Jean Germain, trois députés et un


LA DERNIÈRE FÊTE sénateur avaient également fait le déplacement.
22 régiments de toute la France, les élèves des ELT,
DU TRAIN À TOURS soit 450 militaires, étaient également réunis pour célébrer
cet événement majeur de la communauté « Train ».
Le samedi 28 mars 2009, au quartier de Beaumont, les Créée à Tours en 1945, l’école du Train quittera Tours à l’été
écoles de la logistique et du Train ont célébré, pour la 2009 pour s’installer à Bourges. Cette cérémonie était donc
dernière fois à Tours, l’anniversaire de la création de l’arme historique puisqu’après 63 éditions il s’agissait du dernier
du Train, le 26 mars 1807. Le général de corps d’armée rassemblement à Tours, devenue au fil du temps la capitale
Moreau, inspecteur de l’armée de terre était présent. de l’arme du Train.

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VIE DES UNITÉS

515 E RT /
S’AGUÉRRIR À LA RÉUNION
La mission a débuté par un stage au Centre d’Instruction d’Entraînement de Combat en
Montagne à Barcelonnette pour 60 militaires du 2e ET. Ils y ont affronté le froid et les
dénivelés avec courage et triomphé de la formation avec succès. Trois mois plus tard, ils
ont découvert le sol réunionnais. Entre les incontournables tours de garde, d’autres
activités ont pimenté le quotidien : exercice aux côtés des hommes du 2e RPIMa et du
5e RIAOM de Djibouti, expérience d’une mission de souveraineté de 45 jours sur les îles
éparses et stage d’aguerrissement de 3 semaines avec les sauts de 12 mètres, les
attaques des chiens, les rappels de 40 et 70 mètres et les sept heures de navigation.
Ce furent quatre mois riches en activités qui laisseront à tous
un excellent souvenir. LTN Nguyen

121 E RT /
VASTINE SACRÉ
CHAMPION DE
FRANCE
Le brigadier Vastine (ECL/BOI) a été
sacré champion de France à Auxerre
le 19 mars dernier. Une victoire
remportée sur le score de 18 à 7.

515 E RT / ÉCOLE À FEU


Un détachement du 4e escadron a
participé à une école à feu au 17e Groupe
d’Artillerie à Biscarosse, du 10 au
20 décembre 2007. Le but : évaluer les
capacités au tir anti-aérien des équipes
de pièces. Après une semaine
d’instruction avec tirs d’entraînement,
un rallye inter régimentaire a permis de
contrôler les connaissances théoriques
et pratiques sur le canon de 20 mn.
Un tir opérationnel a consacré l’excellent
investissement de tous avec de
probants résultats.

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VIE DES UNITÉS

515 E RT / SECOURISME
Le 515e RT accueillait, du 30 mars au 14
avril 2009, un monitorat de secourisme
réunissant du personnel du régiment et
du 1er RIMA. Neuf candidats étaient ainsi
à la merci des deux instructeurs, qui se
sont acharnés sur leurs élèves sans
relâche. La bonne humeur fût présente
tout au long du stage et les résultats
furent au rendez-vous. Ces nouveaux
moniteurs ont maintenant pour mission
de transmettre leur savoir.

515 E RT / BCH FABIEN RIVIERE


Engagé en Côte d’Ivoire dans le cadre de l’opération Licorne
en qualité de brancardier secouriste, le brigadier chef
Riviere participait le 25 août 2003 à une patrouille fluviale
dans la zone du lac de Kossou lorsque sa section fût
violemment prise à partie par des rebelles armés. Blessé
par balle, le brigadier Riviere ne survivra pas. Professionnel
d’une grande générosité qui vivait son engagement avec
passion et dévouement, Fabien Riviere est toujours vivant
dans la mémoire de ses camarades.

515 E RT /
515 E RT /
BCH FRANCK DUVAL
EXERCICE AU CENTAC À MAILLY
Le 3e escadron de transport a participé au soutien du 92e RI au CENTAC à Mailly en
Cinq ans... Voilà presque cinq ans que
février, dans le cadre d’un sous groupement logistique, composé de ravitaillement,
notre frère d’arme, le brigadier chef
circulation, matériel, évacuation et soutien médical. Malgré des conditions météo
Franck Duval nous quittait
déplorables, le SGL a fourni un soutien de grande qualité, dans un esprit de cohésion
tragiquement. Il laissait sa vie en OPEX,
remarqué, permettant la réussite de la mission du GTIA.
en Côte d’Ivoire lors du bombardement
de la position française de Bouaké.
Professionnalisme, rigueur, joie de
vivre mais aussi et surtout
abnégation. Telles étaient les valeurs
que défendait farouchement Franck.
C’est cet état d’esprit qui continue de
nous animer pour que le flambeau ne
s’éteigne jamais et guide les pas des
plus jeunes. Sache Franck que ton
sacrifice n’a pas été vain et qu’il est
pour nous, soldats, un exemple de
courage et de dévouement.
Tes frères du "2".

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VIE DES UNITÉS


516 E RT /
MEILLEURE NOTE
NATIONALE
MAINTENANCE
516 E RT / La Mission de Contrôle et d’Assistance
de la Maintenance (MICAM) a effectué un

30 ÉTOILES... contrôle des matériels majeurs du


régiment. Une vingtaine d’officiers et
sous-officiers « experts » s’étaient

ET UN MINISTRE répartis dans les domaines techniques


diversifiés (Mobilité terrestre et multi
techniques). Tous les efforts produits par
les utilisateurs des unités élémentaires
C’est avec le 53e Régiment de Transmission de
Lunéville, de la Base Aérienne 133 de Ochey et des durant la préparation, associés à la
services localisés à Nancy que le 516e Régiment du qualité des actes de maintenance, visites
Train a participé à la mise en place d’une base de et préparations, que les « mécanos » du
défense. Très investi dans la mise en œuvre de cette BML effectuent régulièrement ont permis
base de défense inter-armes, sur un territoire d’une un déroulement très satisfaisant de cette
envergure de 70 km et incluant les contraintes de MICAM. Au final, l’écart mesuré entre la
fusionner les services et procédures des différents disponibilité technique (DFTO) annoncé
éléments la composant, le Régiment a su répondre par le 516e RT et celle déterminée par la
présent dès l’origine de cette restructuration. MICAM est largement en dessous de la
C’est une des raisons pour lesquelles ce régiment est norme admissible (7 %) et le régiment
très visité depuis quelques mois. Un petit record de peut ainsi se targuer d’avoir obtenu ce qui
trente étoiles et un ministre ont visité, officiellement, se fait de mieux sur le plan national.
le régiment au cours des derniers mois. Il s’agit à présent de faire perdurer la
qualité du suivi de nos matériels en
s’appliquant chacun à son poste. Et d’y
mettre en œuvre, au quotidien,
l’incontournable devise : « l’entretien est
un acte de combat... »

516 E RT /
SÉBASTIEN MARCHAL
Le 516e Régiment du Train a été vivement
ému par le décès de l’un des siens, le
conducteur de 1ère classe Sébastien
Marchal, le 27 février dernier. Ce décès est
survenu suite à une très longue période
de coma, dû à un accident de circulation
en date du 22 décembre dernier, ceci lors
de sa période d’adaptation en entreprise
(PAE). Engagé au 516e Régiment du Train
depuis novembre 2003, il suit sa FGI puis,
il a été affecté à l’Escadron de Circulation
Routière. Titulaire de la médaille de la
défense nationale échelon bronze avec
agrafe Train, le 1ère classe Marchal venait
de commencer sa période de reconversion
comme conducteur ambulancier.
Le régiment se rappelle, au travers de
ce drame, que la période de reconversion
reste une période où chacun est, par le
cœur et les valeurs, membre de
l’institution.

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VIE DES UNITÉS

519 E RT / FORMATION TIR IST-C À MONTMORILLON


Du 17 au 23 mars 2009, le terrain militaire de Montmorillon a vu les militaires du 519e
Régiment du Train s’aguerrir et surtout former les spécialistes du transbordement au tir
IST-C. Sous un soleil de plomb, les stagiaires ont donc pu assimiler toute la gestuelle IST-C
avant d’effectuer les tirs du module Bravo sur trois jours. Après cinq jours d’instruction
et près de 6 000 cartouches consommées, 27 cadres et EVAT ont été validés tireurs
IST-C, démontrant ainsi l’intérêt qu’ils ont trouvé à cette nouvelle approche du tir.
Ces quelques jours de terrain ont également permis aux plus experts de concocter des
ateliers ludiques pour les participants : atelier topographie, atelier transmission avec
mise en œuvre du GPS militaire, atelier nœuds et cordage, CO et atelier flèche
polynésienne. LNT Nicolas Vergos. 601 E RCR / EN ORDRE DE
BATAILLE JUSQU’À LA FIN
Le 601 e RCR premier arrageois se range
en ordre de bataille pour aborder le
526 E BT / terme de son existence. Les
EXERCICE DE DÉPLOIEMENT reversements s’accélèrent, les murs se
vident et les ordres de mutation tombent
FRANCO-ALLEMAND RAPID FOX quotidiennement. Mais, paradoxalement,
les activités opérationnelles ne font
La brigade franco-allemande s’est déployée pour un exercice qu’augmenter à l’approche du dernier
opérationnel d’une semaine dans la région de Mulhouse - Lure - kilomètre.
Besançon après avoir franchi le Rhin le 6 octobre 2008. En 2009, en six mois, le régiment aura
Le déploiement de cette grande unité a été assuré par un peloton de projeté 69 % de son effectif sur tous les
circulation composé de patrouilles du 511e RT et de deux patrouilles théâtres d’opération de l’armée de terre.
de l’escadron de réserve du 526e BT. Les réservistes du bataillon ont Du Kosovo à l’Afghanistan en passant
été confrontés à une mission opérationnelle nouvelle pour eux plus par le Liban, sans oublier la Côte d’Ivoire,
habitués à gérer la circulation des autorités parisiennes que celle les circulateurs du « Six cent premier »
d’une brigade blindée. Le cadre de travail a été très enrichissant puis sont présents partout dans le monde.
qu’ils ont été amenés à travailler avec leurs camarades d’active L’OMLT soutien et l’UMFL du BCS Kaboul
français et allemands mais aussi avec des conscrits de la rentreront d’ailleurs après la dissolution
Bundeswehr (en effet l’Allemagne fait encore appel à la conscription). Cette mission du régiment, marquant jusqu’à la fin la
s’est parfaitement déroulée puisque nos patrouilles de réserve ont été félicitées par le volonté d’aller plus loin « Toujours tout
général commandant la BFA. Rendez-vous est pris pour un nouvel exercice en 2009. droit ».

7 E BT / EXERCICE :
UNE AFFAIRE DE RAQUETTES...
En février 2009, le 7e Bataillon du Train
s’est rendu à Septmoncel dans le haut
Jura dans le cadre d’un aguerrissement
en milieu montagneux.
Au programme de ces quatre jours :
marche en raquette dans le très vallonné
massif jurassien et afin d’agrémenter le
tout, séances de sport en rangers dans la
neige avec renforcements musculaires.
L’objectif de cette sortie, au-delà de
l’aguerrissement était de renforcer la
cohésion au sein des différents services
et de l’unité élémentaire du bataillon.
À cette occasion, chacun a pu se dépasser
et découvrir ses collègues de travail sous
un nouvel angle et partager des moments
conviviaux dans le cadre agréable de
la nature enneigée.

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HISTOIRE VICISSITUDES DE L’ARME

Depuis sa création le 26 mars 1807 par Napoléon Ier, l’arme du Train a connu
de nombreux formats et organisations au gré des régimes et des impératifs
budgétaires. Ayant atteint sa majorité officielle en 1945, bien que mature
depuis plus longtemps, apte à soutenir mais aussi à se battre, l’arme du Train
sait par expérience que l’existence est faite de difficultés et que cette réalité
est stimulante et source de progrès. La restructuration décidée en 2008,
le déménagement de l’école du Train et la dissolution de trois régiments
sont les évènements marquants d’une histoire en marche.

LES VICISSITUDES DE
L’HISTOIRE DE L’ARME
> PAR LE COL (ER) DANIEL LABBÉ, CONSERVATEUR DU MUSÉE DU TRAIN ET DES ÉQUIPAGES MILITAIRES

1815 : le Train réduit à un escadron 1848 : huit escadrons pour l’Afrique


Des nombreux bataillons qui rendirent de si grands services pen- L’extension de notre conquête en Afrique, les convois et les nom-
dant les guerres de l’Empire 1 et qu’une ordonnance de novembre breux ravitaillements de places ou de villes qui en furent la
1814 va transformer en escadrons, par analogie à ce qui avait été conséquence nécessitèrent une augmentation des effectifs du
fait pour le Train d’artillerie 2, la Restauration, par esprit de réaction, Train des équipages qui finit par passer d’un escadron en 1815 à
ne laisse subsister en 1815 que deux compagnies réunies en un huit escadrons en 1848 3. Des menaces pèseront sur son exis-
escadron. Le Train des équipages, de création napoléonienne, est tence pendant de nombreuses années et il ne trouvera son salut
fort suspect sous la Restauration car ses cadres conservent un que dans sa participation aux expéditions coloniales dans les-
grand respect envers l’Empereur. quelles sa présence est fort appréciée.
Dès que les armées ne sont plus en campagne et que le calme
revient, le Train des équipages militaires, déjà fort réduit, fait 1850 : les entreprises civiles menacent le Train
l’objet de remise en cause plus ou moins fondamentale. Il faudra Après la création des trois départements français d’Algérie,
35 ans pour conforter l’existence du Train au travers des menaces l’armée française va poursuivre la pacification. Le calme relatif est
de dissolution et de multiples transformations.

1821 : la dissolution du Train à la Chambre


Il faillit même être purement et simplement supprimé. En effet, le Guerre de Crimée
(1854-1855)
général Foix, dans la séance du 21 juin 1821, propose à la chambre
des pairs sa dissolution définitive et le recours à l’entreprise civile
pour les transports militaires, comme du temps des compagnies
Breidt ou Lanchère.
Par bonheur, l’action personnelle des maréchaux Oudinot, Moncey
et Victor (ce dernier ministre de la guerre) permit non seulement
de stopper le funeste projet mais propose que les effectifs du Train
des équipages soient augmentés dans toute la mesure des néces-
sités et des moyens financiers qui pouvaient être dégagés du
budget. Le Train des équipages militaires était sauvé.
Mais en 1829, un projet de réduction du Train des équipages mili-
taires est à nouveau présenté à la chambre des députés. Les
enseignements des campagnes de l’Empire et de l’expédition
d’Espagne en 1822 s’estompent une fois de plus derrière les
préoccupations financières du royaume.

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Appuyés par les unités de circulation, les véhicules du mandat 7


de l’opération Licorne attendent les ordres d’embarquement


face au navire affrété.
© SIRPA TERRE
L’accroissement
des OPEX a entraîné
établi sur le territoire mais en 1850, une menace est brandie par
les tenants, forts intéressés, de l’entreprise civile pour assurer le une forte participation
soutien des transports en Algérie.
Le projet d’organisation du Train présenté par le général d’Hautpoul,
des formations du Train.”
ministre de la guerre en réplique à cette manœuvre n’est pas
adopté 4 mais il sera repris par son successeur, le général de Saint
Arnaud, pour aboutir au décret du 29 février 1852 qui sauve une 1970 à nos jours : le Train de toutes les opérations
fois encore le Train des équipages. Le Train dispose de six esca- Les bouleversements intervenus dans l’emploi, l’organisation et
drons à quatre compagnies et va participer à toutes les expéditions l’équipement des grandes unités modernes vont entraîner une
de Napoléon III et à toutes les campagnes coloniales de la atténuation du rôle du Train dans le soutien direct de l’Infanterie et
IIIe République. le Soutien Santé5, mais la prise en charge de la manutention des
ravitaillements palettisés et des opérations de transbordement
1924 : l’artillerie convoite le Train des aires de chargement, va voir son rôle renforcé dans la fonction
Dès la disparition de la sous-direction hippo-auto en 1920, le Train transit. Après l’Algérie, le commandement des bataillons et régi-
va revendiquer son autonomie mais l’Artillerie s’y opposera. Un ments de soutien, des bases logistiques et des quartiers généraux
projet de loi en 1924 comporte même sa fusion totale avec est confié au Train.
l’Artillerie. Les lois de 1928 mettront fin à ces tentatives de mise L’accroissement des OPEX a entraîné une forte participation des
en sommeil, de fusion ou de dissolution. formations du Train, présentes depuis les garnisons en métropole
jusqu’aux premières lignes sur le théâtre pour assurer l’achemine-
1945 : l’indépendance ment des unités et de leurs ressources.
Devenue véritablement indépendante en 1945 avec une inspection, Successivement service, troupe d’administration, arme sous
une direction et une école d’application, l’arme du Train verra ses tutelle puis arme à part entière ; lié d’abord à l’Intendance, puis à
missions s’élargir avec une circulation routière plus dynamique, la l’Artillerie et à la Cavalerie, le Train, prolongement des équipages
prise en charge de la livraison par air et du transbordement mari- militaires impériaux et du service automobile, s’est vu confier par
time et l’attribution de responsabilités accrues en matière de le commandement la part qui lui revient dans le soutien tactique et
logistique. logistique des combattants.

1/ Au mois de février 1814, il existait encore douze bataillons du Train des équipages, plus ou moins complets et le bataillon de la garde soit 6279 officiers et troupe, 8275 chevaux, 1384 voitures.
2/ Cette appellation concernant les corps restera dans le Train pendant 150 ans. 3/ En 1840, le TEM compte déjà 9000 hommes, 7000 chevaux et mulets, plus de 2000 voitures. 4/ Il souhaitait
rétrocéder le service des constructions à l’industrie civile et donner plus d’amplitude aux escadrons du Train des équipages. 5/ La mission de transport des blessés va revenir au service de
santé dans les années 1990 avec la création de régiments médicaux dotés de moyens d’évacuation sanitaire.

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HISTOIRE FAITS D’ARMES > 1939-1945

Lors de la mobilisation, les groupes


de transports automobiles vont
convoyer 30 000 tonnes de matériel
par jour et véhiculer près de huit
millions de permissionnaires
(50 000/jour).

> 1939-1945
L’arme du Train dans
la Seconde Guerre mondiale

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HISTOIRE FAITS D’ARMES > 1939-1945

Les groupes de transport et les


régulatrices routières ont joué un rôle
déterminant dans le conflit de la
Seconde Guerre mondiale. Lors de
la mobilisation, face à l’offensive
allemande, résistant à la débâcle
ou sur les routes de la Libération,
les tringlots ont assuré la mobilité
des armées et le déplacement des
populations civiles sur des routes
bombardées, impraticables ou
engorgées. Cette action a révélé
le potentiel des transports militaires
motorisés et de la circulation routière
ainsi que leur importance stratégique.
> PAR LE COL (ER) DANIEL LABBÉ, CONSERVATEUR
DU MUSÉE DU TRAIN ET DES ÉQUIPAGES MILITAIRES

L e 3 septembre 1939 la France et la Grande Bretagne


déclarent la guerre à l’Allemagne suite à l’invasion de
la Pologne et à une dizaine de jours de tensions poli-
tiques. Le 23 août 1939 les unités d’active de l’Arme
se dirigent vers leurs zones de desserrement où
elles vont constituer les noyaux actifs des unités de mobilisation
au fur et à mesure de l’arrivée des réservistes et des véhicules de
réquisition.

La mobilisation se met en place


Dans un premier temps les escadrons automobiles de réserve
générale sont dissous et transformés en groupes de transport de
personnel. Vingt groupes de ce type assurent les déplacements de
6 divisions tandis que 3, puis bientôt 11 compagnies de régula-
trices routières, veillent à la libre circulation des grandes unités en
mouvement. Au total, près de 130 000 véhicules auto participent
sans à-coups à cette manœuvre de couverture.

Dans un deuxième temps, les autres formations du Train de


réserve générale et des grandes unités se mettent sur pied dans
les dépôts des centres mobilisateurs. Au même moment, les
groupes de transport de personnel qui ont mis en place les
troupes de couverture, assurent les transports terminaux à partir
des gares vers les ouvrages de la ligne Maginot et la frontière
belge. Pendant ce temps, le Train aux armées met progressive-
ment sur pied l’ensemble des formations organiques aux grandes
unités et des formations de réserve générale.

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HISTOIRE FAITS D’ARMES > 1939-1945

LE TRAIN DANS LA DRÔLE


DE GUERRE
Durant les huit mois d’accalmie de septembre 1939 à mai 1940,
l’armée française mobilisée ne reste pas inactive. Elle va profiter
au maximum de ce répit inespéré pour se perfectionner et
accroître le potentiel d’intervention de toutes ses unités. Les
actions de l’Inspection Générale avec le colonel Ramel, du
Commandement de la Réserve Générale du Train avec le colonel
Collot et de la Sous-direction du Train avec le colonel Foare, se font
sentir au fil des mois dans tous les domaines : instruction des
cadres et de la troupe, régulation, spécialisation d’unités de trans-
port. Elles porteront leurs fruits au moment de l’attaque allemande
Les groupes de transport et les régulatrices routières vont permettre
où l’on verra le Train acheminer les renforts vers un front en conti- le formidable élan de la mobilisation. 130 000 véhicules vont transporter
nuelle évolution malgré l’action des unités blindées ennemies. personnel et matériel sans engorgement du réseau jusqu’à la ligne de front.
« Depuis que l’attaque allemande s’est déclenchée sur les armées
alliées, les formations du Train ont rempli leurs missions sans fai-
blir. » (Général Weigand, commandant en chef, ordre général du Des détachements territoriaux sont mis sur pied dans les régions
31 mai 1940). de l’Est dès la mobilisation pour faciliter la tâche des régulatrices
durant le premier mois du conflit. Ces mesures heureuses expli-
Les transports journaliers effectués pour les 10 armées sont de quent que les régulatrices ont parfaitement rempli leur mission
l’ordre de 30 000 tonnes-jour. Ils sont de nature très diverses et d’aide à la circulation durant la concentration et la période de sta-
donc complexes. On note en effet quantité de transports de bilisation. Jusqu’en mai 1940, les régulatrices routières sont
moyenne et de petite envergure1. Ils incombent aux unités du organisées territorialement derrière un front stabilisé. Elles maîtri-
Train des G.U. et de la réserve générale. Du 20 au 25 septembre sent la situation et assurent la circulation sur tous les itinéraires
1939, les formations du Train participent également à des trans- dont elles ont la responsabilité. Les pelotons motocyclistes
ports en cours d’opération au moment de l’offensive limitée de la accomplissent les missions inopinées (circulation d’accompagne-
Sarre. ment d’unités en mouvement, contrôles et police volante) dans
les meilleures conditions grâce à leur mobilité et leur souplesse.
Réorganisation du front
Après l’écrasement de la Pologne, l’étalement des armées est
modifié au profit de la frontière belge et du Jura. Cette redistribu- LE TRAIN DANS LA BATAILLE
tion des grandes unités entraîne d’importants transports de De septembre 1939 à mai 1940, l’action du Train s’est manifestée
troupes et de matériels, assurés par voie ferrée pour les longues par l’emploi d’une vingtaine de groupes de transport et des douze
distances et par les unités du Train pour les transports terminaux. régulatrices routières.
Ce renforcement s’effectue aussi par des prélèvements de troupes
du front des Alpes (Xe armée) qui sont acheminés dans les mêmes Pris à revers par les Ardennes
conditions. Le 10 mai 1940, la Hollande et la Belgique sont envahies. Les alliés
Les formations du Train de transport et de circulation participent entreprennent la manœuvre « Dyle » qui consiste à pénétrer en
également à la mise en place du corps expéditionnaire britannique Belgique pour bloquer l’armée allemande.
entre la VIIe et la Ière armée française. Les formations du Train trans-
portent enfin vers les gares et centres de triage, près de 8 millions
de permissionnaires soit une moyenne de 50 000 par jour.

L’importance des régulatrices routières EN CHIFFRES / LE TRAIN


Le développement de la motorisation et l’importance des effectifs 2
DE LA MOBILISATION
font de la circulation aux armées un problème crucial.
Début septembre, parallèlement à la concentration des troupes, 300 000 hommes
les régulatrices routières facilitent l’évacuation vers l’intérieur des 90 000 véhicules automobiles
populations civiles des régions frontalières. 27 000 véhicules hippomobiles
L’organisation de la circulation est basée sur une implantation ter- 90 000 chevaux et mulets
ritoriale des régulatrices routières liée au quadrillage routier. Pour 940 formations
remplir leur mission, les 12 régulatrices disposent d’un état-major Dont pour la réserve générale :
commandé par un officier supérieur, de 12 cantons de circulation 12 régulatrices routières
sur véhicules légers de réquisition, de 3 pelotons de circulation 48 groupes de transport
sur motos et d’une compagnie chargée du soutien des autres cel- 72 compagnies automobiles
lules et des questions administratives. 52 compagnies hippomobiles ou muletières
1/ Dans la IVe armée du général Requin, on signale pour une seule journée 50 points 10 sections auto spécialisées
différents de chargement. 2/ Plus de 3 millions d’hommes mobilisés à mettre en place, plus
les habitants des départements frontaliers à évacuer. Pour mémoire, en 1935 le Train se composait de 16 escadrons,
15 compagnies régionales, 1 compagnie école à Saumur et
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7 compagnies de camp.
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HISTOIRE FAITS D’ARMES > 1939-1945


Les sept groupements de transport (Brémont, Cacaret, Devimeux, La mort accidentelle du général Billotte et peut être un manque de
Gravier, Renvoyer, Degravelle et Demangeat) sont mis à la disposi- coordination avec nos alliés anglais ne permettent pas à cette
tion des sept divisions d’infanterie motorisées qui pénètrent en audacieuse conception de manœuvre de se réaliser.
Belgique pour s’établir entre Anvers et Namur.
Cette stratégie ouvre la voie des Ardennes aux blindés de Guderian De la mer à l’Argonne : l’offensive allemande
qui prend les troupes franco-britanniques à revers. Le 5 juin, c’est l’ennemi qui attaque et finalement enfonce ce nou-
veau front sans profondeur. Entre le 5 et le 11 juin, l’offensive
Dès le 20 mai, les groupements Cacaret, Bremont, Devimeux et allemande est déclenchée de la mer à l’Argonne.
Renvoyer sont chargés d’assurer les transports massifs liés à l’or- Dans la journée du 9 et la nuit du 9 au 10 juin, le commandement
ganisation d’un nouveau barrage Aisne-Somme pour s’opposer à jette dans la bataille la 41e DI du général Bridoux. Cette division a
l’avance allemande vers Paris et la Basse-Seine. Il s’agit de trans- été enlevée par le groupement Cacaret dans la région de Clermont-
porter 15 divisions prélevées sur le IIe groupe d’armées (ligne en-Argonne, et débarquée dans celle de Château-Thierry. Ce
Maginot) et de mettre en place entre Chauny et l’Aisne la VIe Armée déplacement fut difficile, cisaillant les arrières des armées avec
qui était en réserve près de Langres. les 3 000 véhicules du groupement et ceux organiques de la divi-
Les groupements de transport restant disponibles réaliseront le sion. Il réussit malgré d’énormes difficultés de circulation, surtout
déplacement de 5 divisions sur de longues distances, celui de 12 de nuit, tous feux éteints, et compliqués encore par des chicanes
autres entre les gares et les zones de déploiement situées à lors de la traversée de la Marne ; le pont de la Marne saute avant
100 km et enfin la mise en place de 20 divisions débarquées de la l’arrivée des Allemands. Hélas ! Tout est trop tard ! L’action des
voie ferrée très près de la ligne des contacts, soit l’emploi de pelotons de circulation routière des divisions d’infanterie motori-
50 000 véhicules du Train. sées et celle des régulatrices routières furent remarquables :
missions d’éclairage, jalonnement, renseignements des états-
Contre-offensive : occasion manquée majors sur l’état des routes et la position des éléments en
Au moment où va débuter la bataille de France, les groupements mouvement.
de transport vont participer à la constitution de l’armée du général Le général Frère, commandant la VIIe Armée écrit à leur sujet :
Frère avec laquelle le nouveau commandant en chef, le général « Je tiens à rendre hommage au personnel des cantons de circu-
Weigand compte prendre l’offensive en direction du nord, en lation routière implantés aux ponts et aux carrefours. Ces ponts et
liaison avec les Anglais. Ils vont, nuit et jour, sans repos, soit avec ces carrefours... C’est sur eux que s’acharnait le bombardement
les chemins de fer, soit par leurs seuls moyens, assurer, de bout en piqué ; ce sont eux qui constituaient les objectifs des premières
en bout de l’Est vers la Somme et l’Aisne, le déplacement de auto-mitrailleuses ennemies.3 »
grandes unités.
3/ Préface pour l’historique de la R.R. n° 11 du C.E. Favart, le 20 décembre 1941.

Le 16 juin 1939, en pleine retraite face à l’offensive


allemande, la 999e/6 compagnie de protection
antiaérienne va défendre les ponts de Sully-sur-Loire
jusqu’à destruction par l’aviation ennemie.

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HISTOIRE FAITS D’ARMES > 1939-1945

La retraite du 10 juin au 5 juin 1940.


Le 10 juin le front de l’Aisne craque, celui de Champagne est
enfoncé. Le 11 juin la Basse-Seine est franchie, Paris est déclarée
ville ouverte. Au cours de la retraite, les formations du Train seront
paralysées par la masse de réfugiés qui ont envahi les routes et
vont devenir une proie facile pour les avions Stukas et les chars
allemands. À partir du 14 juin, il devient très difficile, pour le direc-
teur des mouvements et transports, de coordonner entièrement
Du 18 au 20 juin 1939, l’avant-garde de la 1ère division allemande de cavalerie
l’action des groupements de transport (8 grandes unités soit doit mener un combat acharné face aux 218 élèves aspirants de l’école de
20 000 camions du Train). Il se voit contraint de les mettre plus ou cavalerie et du Train qui défendent les ponts de Gennes-Saumur.
moins directement aux ordres soit des groupes d’armées, soit de
certaines armées, notamment la VIIe armée du général Frère, qui
retraite en combattant. Les unités de transport du Train partagent LA LUTTE CONTINUE...
les dernières réactions et les dernières souffrances. Le 8 novembre 1942, les Américains débarquent en Afrique du
Nord pour prêter main forte aux Anglais, engagés contre les
Au cours des derniers jours de combat, de beaux faits d’armes troupes de Rommel dans le désert. C’est l’opération Torch. L’armée
témoignent de la volonté de lutter jusqu’au bout qui anime nos française s’y oppose pour respecter les termes de l’armistice puis
unités. La 999e/6 Compagnie de protection anti-aérienne du Train fini par reprendre place aux côtés des alliés. Mais l’opération Torch
assure à partir du 16 juin la protection des ponts de Sully-sur- a déclenché une réplique immédiate des Allemands : l’attaque de
Loire. Elle va subir les plus rudes attaques de l’aviation allemande. la Tunisie, sous protectorat français et surtout l’invasion de la zone
Trente appareils vont prendre à partie les pièces qui ouvrent le feu libre en France.
jusqu’au moment où les bombes vont pulvériser les camionnettes
porte mitrailleuses, l’armement et l’équipage d’une voiture.

Du 18 au 20 juin 1940, les élèves aspirants de réserve du Train en


cours d’instruction à l’école de Saumur s’illustrent aux côtés de
leurs camarades de la cavalerie dans les combats des ponts de la
Loire où ils mènent une défense héroïque pour l’honneur de leur
école et des armées. Les combats sont d’une rare violence, les
munitions deviennent rares et les troupes du colonel Michon se
battront pendant 48 heures sans discontinuer. Les 218 élèves
“ Juin 1940. Les combats
sont d’une rare violence,
les munitions deviennent
rares et les troupes du
colonel Michon se battront
aspirants du Train sont commandés par les lieutenants
Roimarmier et Dorémus. Le lieutenant Roimarmier sera tué à la
tête de sa compagnie d’élèves, le mousqueton à la main, par un
pendant 48 heures sans
projectile de mine qui lui fracasse le crâne. discontinuer.”
LE TRAIN DE L’ARMÉE
DE L’ARMISTICE.
Le 17 juin 1940, par la voix du maréchal Pétain, la France demande
un armistice et dépose les armes. Quelques jours plus tard, le 22
juin 1940, en application de l’article 4 de la convention d’armistice,
l’Allemagne fixe le sort de l’armée française.
Le Train de l’armistice est très réduit : 8 compagnies division-
naires dans la zone dite libre, comprenant chacune un peloton de
circulation routière et 3 sections de 20 camions en métropole ;
3 escadrons mixtes (auto et hippo) en Algérie, 3 au Maroc, un en
Tunisie, 5 compagnies au Levant et une en A.O.F. Composées d’en-
gagés, soumises à un entraînement intensif avec un moral à toute
épreuve, ces unités vont participer à cet immense effort de
reconstitution et d’organisation. Elles vont être une pépinière de
cadres pour la Résistance et l’Armée d’Afrique.

Les ambulancières du 27e Escadron du Train d’Alger


vont évacuer les blessés sur les routes de
la Libération en Tunisie, en Italie... Cette mission
sanitaire revenait alors à l’arme du Train.

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HISTOIRE FAITS D’ARMES > 1939-1945

Le Train de métropole disparaît avec la dissolution de l’Armée de > la 1ère compagnie part pour le Gabon puis l’Erythrée avec la
l’Armistice mais de nombreux officiers avec une partie de leurs Brigade Française d’Orient. Elle prendra part à de nombreuses
sous-officiers et de leurs soldats, plongent dans la Résistance, les campagnes Libye (Bir Hakeim et El Alamein),Tunisie, Italie, débar-
forces françaises combattantes et les organisations clandestines quement en Provence et la campagne de France.
des services alliés. > la 2e compagnie est présente dans la colonne Leclerc de Fort
Lamy à Koufra jusqu’à sa dissolution le 1er avril 1941. Après la
En Afrique, au sein des Forces Françaises Libres Tunisie au sein de la force « L » et le Maroc au sein de la 2e DB, les
Des unités du Train formées à partir du Corps Expéditionnaire de éléments du Train renforcés embarquent à destination de la
Norvège et d’éléments stationnés outre-mer ou ayant rallié Grande Bretagne et participent à la campagne de libération de la
l’Angleterre sont intégrés aux Forces Françaises Libres (FFL) et France.
participent à leurs premières opérations sur le sol africain. Parmi Les centres d’instruction du Train et les escadrons vont permettre
celles-ci, le 1er Escadron du Train rejoint le Cameroun où ses deux de rassembler les matériels américains, mobiliser les personnels4,
compagnies se séparent : constituer les formations de toute nature qui seront destinées au
4/ Français et indigènes mobilisés en AFN dont les évadés de France par l’Espagne.

le 29e Escadron du Train du Levant


(Syrie) va renforcer le 25e Escadron
du Train à la division de marche de
Constantine (Algérie).
Le Train du Corps Expéditionnaire
de l’Armée d’Afrique monte ainsi en
puissance avant de se lancer sur
les routes de la Libération.

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HISTOIRE FAITS D’ARMES > 1939-1945

“ La bonne exécution
des mouvements et
transports sur route est
désormais la condition
indispensable du succès
de la manœuvre.” Général Juin
Campagne de Tunisie 1942-1943.

Corps Expéditionnaire. En Afrique du Nord, le Train comprend déjà : routières, 13 compagnies muletières, 5 compagnies sanitaires plus
le 25e Escadron du Train à la Division de Marche de Constantine les compagnies organiques des 7 divisions et les 5 groupes de
renforcé par le 29e Escadron du Train du Levant (Syrie), Le 27e transport de la base d’opérations 901.
Escadron du Train à Alger, le 28e Escadron du Train à Oran, et le 26e
Escadron du Train à Tunis. L’Italie à dos de mulets
Sous le commandement du chef d’escadron Chapelle, comman- Dès le début de la campagne d’Italie, le commandement donne au
dant le Train du 19e Corps d’Armée, les unités du Train vont commandant du Train l’emploi de ses unités et lui confie la respon-
participer activement à la campagne de Tunisie. L’apport du maté- sabilité des transports et de la circulation.
riel américain va bientôt leur donner une vigueur renouvelée et Tout au long des combats livrés depuis le débarquement en Italie
permettre la montée en puissance du Train d’Afrique du Nord. La jusqu’à Rome, les unités du Train se montrent dignes de leurs
difficile campagne de Tunisie se termine par la capitulation anciens : muletiers ravitaillant en première ligne les tirailleurs et
ennemie le 12 mai 1943 et le Corps Expéditionnaire du Général les goumiers, circulateurs débloquant en janvier 1944 la route
Juin s’embarque en novembre 1943 pour l’Italie. d’Acquafondata à Pozzoli en serrant au plus près les reconnais-
sances, transporteurs avec les camions GMC assurant sans trêve
Le Train réorganisé est placé sous le commandement du lieutenant- les transports de troupes et la montée des ravitaillements, ambu-
colonel Boucaud qui dispose outre son état-major, d’une compagnie lancières relevant les blessés au plus près des combats.
de QG avec un peloton de circulation routière, des réserves géné- La mission de circulation routière dont le Train a reçu l’entière res-
rales fortes de 13 groupes de transport et d’une compagnie de ponsabilité, revêt maintenant une importance capitale. Le 24 mai
circulation routière, 2 puis bientôt 4 Trains de division, 2 régulatrices 1944, le général Juin écrivait : « La bonne exécution des mouve-
ments et transports sur route est désormais la condition
indispensable du succès de la manœuvre. Elle ne peut être
obtenue que si la circulation routière est bien réglée. »
Italie 1943. En pleine essor des unités motorisées,
les compagnies muletières vont s’avérer essentielles
pour ravitailler les premières lignes dans un relief
fortement accidenté.

Italie 1943. Circulateur sur les routes de la Libération.


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HISTOIRE FAITS D’ARMES > 1939-1945

1944. Traversée du Rhin par la Ière Armée et ses 30 000 tringlots


qui vont la soutenir sur les routes de la victoire.

En France et en Allemagne avec la 2e DB et la 1ère Armée 1945 : l’émancipation du Train


Le 6 juin 1944, l’attaque de la forteresse Europe est déclenchée, le Le décret du 1er mars 1945 est d’une importance capitale pour le
débarquement des alliés en Normandie voit la plus vaste opéra- Train. C’est en effet à partir de cette date que l’arme du Train
tion amphibie jamais enregistrée dans l’histoire militaire. devient totalement indépendante après 138 années de tutelles
Deux mois plus tard, la 2e DB française du général Leclerc participe successives de l’Intendance, de l’Artillerie et de la Cavalerie.
à l’exploitation à travers Alençon, Sées et Argentan jusqu’à la libéra-
tion de Paris le 25 août. Les pelotons de circulation de la 397e L’arme va disposer d’une direction, d’une inspection et d’une école
Compagnie de Circulation Routière vont jalonner les routes de la spécifique que sera créée à Tours le 19 novembre 1945. C’est le
Libération, des côtes normandes jusqu’au Rhin. Le 15 août 1944, la point de départ de son ère de majorité caractérisée par un nouvel
1ère Armée Française débarque en Provence sur les plages de accroissement de ses responsabilités et la grande variété de mis-
St Raphaël et de Fréjus. Constitué à partir du Corps Expéditionnaire sions qui lui seront confiées.
en Italie, le Train de la I ère Armée commandé par le colonel Boucaud
présente un effectif de près de 30 000 hommes. Il prend part à la
remontée de la vallée du Rhône, à la course aux Vosges, aux com- À partir de juin 1944, les unités de transports
militaires automobiles pour les populations civiles
bats pour la libération de l’Alsace puis le Rhin franchi, à l’expédition vont aider les civils et raccompagner les déportés.
à travers la Forêt Noire et le Wurtemberg. La 2e DB fera sa jonction
avec la I ère Armée à Chaumont et Neuchâtel avant de s’emparer de
Baccarat et déboucher dans la plaine d’Alsace pour libérer
Strasbourg le 23 novembre.

Ravitailler et transporter les populations civiles


Au lendemain du débarquement en Normandie, les Transports mili-
taires pour les populations civiles (TMAPC) forts de 8 000
hommes, 3 000 camions, 5 régiments, vont ravitailler les popula-
tions civiles, rapatrier les déportés et les prisonniers et participer
au regroupement des personnes déplacées en Allemagne et en
Autriche. Le général Kœnig témoignera sa reconnaissance pour
l’action accomplie.

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ASSOCIATIONS

FNT : RCR OU « RÉFÉRENCES,


COHÉSION, RAYONNEMENT » !
> PAR LE GDI (2S) PAUL FARBOS, PRÉSIDENT DE LA FNT

D epuis un moment l’évolution que nous allons subir


dans nos forces armées va induire des conséquences
sur nos associations. Je m’interroge et vous fais part
de quelques réflexions. Tout d’abord ayant redonné un
dynamisme à nos références par des actions régulières au cours
de l’année, la FNT a le souci de conforter son aura. Le ravivage de
la flamme à l’Arc de Triomphe le 26 mars suivi d’un cocktail, les
“ Inciter les
formations d’active à
bien confirmer leur
amicale régimentaire.”
cérémonies traditionnelles autour du 26 mars aux ELT et dans les
formations auxquelles nous sommes associés, la journée « Voie
Sacrée » positionnée en juin sont les principales. Nous sommes
présents en qualité et souvent en quantité. À ce titre nous avons locale contactée des liens plus étroits qui peuvent se renouer si
eu à répondre présent au souci du CEMAT pour garantir le lien parfois ils s’étaient distendus. L’Assemblée générale qui vient de
entre l’active et les associations à travers le protocole signé par se dérouler à Arras cette année est un excellent exemple.
son prédécesseur avec la RANAT ou « réunion des associations Le rayonnement sera ce que nous voudrons faire. À mon avis il
nationales de l’armée de terre » par exemple. est très important par la réalisation d’actions ciblées. L’existence
de notre musée bientôt à Bourges est une ouverture civile et
Mais je me demande s’il ne faut pas que, faute d’un recrutement militaire, nous devons continuer à œuvrer en étroite symbiose
régulier qu’offraient la sortie du service militaire et les obligations avec l’AMAT. Nous avons su soutenir l’action d’un officier d’active
dans la réserve, certaines associations envisagent de se avec l’ouvrage sur la Circulation Routière pour que sa publication
regrouper à terme en réalisant un jeu subtil de vice-présidence corresponde à la qualité du livre. Nos expositions à Souilly ont été
pour garder le noyau dur des plus petites associations le temps un succès, il est dommage que la mairie n’arrive pas à sortir son
qu’il faudra. Ainsi nous resterons dans le paysage associatif sans projet de réhabilitation du bâtiment. Là il faut savoir bien cibler
devenir caricatural. Evoluer en souplesse permet d’appréhender notre effort car les moyens sont comptés tant en capacité
l’avenir. Dans certains endroits l’affaire est engagée, je pense que humaine que financière mais des opportunités existent, il faut
c’est une excellente chose. De la même manière il va falloir inciter savoir les saisir. Je pense qu’un « noyau dur » doit être préservé
les formations d’active à bien confirmer leur amicale régimentaire par l’effort de tous avec les parutions sortant des ELT bientôt de
au sein de la FNT, ce que certaines ont fait. Active et associations, nouveau de l’école du Train au sein des écoles militaires de
même combat ! Bourges. L’almanach et Train Magazine font partie d’un bon
moyen de communication. Il faut également essayer de maintenir
La cohésion, facteur de force, s’exprime chaque année par des un voyage tous les deux ans à Osterode. Historique, touristique,
actions ponctuelles allant des assemblées générales à des mettant en valeur notre Arme, c’est à nous de faire de la bonne
manifestations diverses. Je citerai par exemple celle que les ELT information pour le réaliser, une quarantaine d’adhérents tous
ont favorisé avec l’association Train Touraine Val de Loire par la les deux ans semble envisageable.
présentation de travaux d’adhérents ou la remise des calots de
tradition aux jeunes lieutenants. C’est excellent. C’est pourquoi Par notre action fédérative, il nous faut poursuivre en étroite
nous avons choisi au niveau de la FNT d’aller dans les formations synergie. À court terme pour que ceux qui vont quitter le service
pour l’Assemblée générale annuelle. Il y a un double avantage dans la déflation d’effectifs prochaine rejoignent nos rangs, c’est
pour les Anciens de voir la qualité du travail fait par l’active, pour l’œuvre de tous. Si beaucoup de choses évoluent il faut savoir
le régiment le plaisir de retrouver des amis avec pour l’amicale saisir toutes les opportunités pour continuer à progresser.

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ASSOCIATIONS

ASSEMBLÉ GÉNÉRALE DE LA
FÉDÉRATION NATIONALE DU
TRAIN : LE LIEN EST MAINTENU
ENTRE LES GÉNÉRATIONS
Les 14 et 15 février 2009, le 601e RCR a
accueilli l’assemblé générale de la
Fédération Nationale du Train à Arras,
perpétuant ainsi le lien fort qui unit les
RÉUNION ANNUELLE DES ANCIENS DU GT 510 générations de tringlots à travers les
Les 27, 28 et 29 mai 2008, les anciens du GT 510 organisaient leur réunion annuelle âges. À cette occasion, le colonel Ami a pu
aux ELT. Un nouveau président, Guy Continho a été élu par l’assemblée. Paul Court présenter le régiment et les implications
premier président en 1985 a été nommé président d’honneur des amis du GT 510. de sa dissolution sur l’avenir de la
Le groupe a également visité le musée du Train et des équipages militaires. circulation routière à nos anciens avant
de déposer une gerbe au monument du
Train avec le général de division (2S)
Farbos, président de la fédération, le
colonel (ER) Mervaux, président de
COMMANDEZ l’amicale du 525/625 et le lieutenant-
colonel (H) Bodelet, président de l’AORT
VOS CALOTS ! Nord. Le dîner partagé avec tous les
anciens et la messe le lendemain ont
Afin de poursuivre les actions entreprises à l’occasion clôturé ces journées.
du bicentenaire, les adhérents à une association de
l’Arme (A.M.A.T. – F.N.T.) ont la possibilité de
commander le calot de l’Arme ainsi qu’un écusson
brodé (amovible) qui se fixe à la poche de la veste. RECHERCHE CAMARADE...
Le montant de ces articles a été fixé à 20 € pour
> Le général Forrer recherche depuis plusieurs années
le calot (qui peut comporter le grade) et 16 € pour
le colonel Bréant qui fut son instructeur à Tours au retour
l’insigne brodé. Si vous êtes intéressé et que vous êtes
d’Algérie. En 1973/1975, ce colonel était commandant du Train
adhérent à une association, vous pouvez adresser
à Compiègne.
votre commande, en précisant le nombre de calot,
la taille et le grade ainsi que le nombre d’insigne, > M. Jacques Mille-Meunier, appelé du contingent au GT 520
accompagnée de votre règlement (libellé à l’ordre de Béni-Messous avec le grade de maréchal des logis, recherche
de l’A.M.A.T.) au : Jean Tregoet ou Tregouet, capitaine, chef de la 2e compagnie du
GT 520 à Béni-Méssou – banlieue d’Alger – années 1953/54/55
Musée du Train et des Équipages Militaires
5-7 allée du Point Zéro Contact : Musée du Train et des Équipages Militaires
18 000 Bourges 5-7 allée du Point Zéro - 18 000 Bourges

34E RENCONTRE DE L’AMICALE


DE LA 285E CCR
L’amicale de la 285e CCR s’est réunie pour
sa 34e rencontre du 20 au 24 juin 2008
dans le Libournais. Au programme : visite
guidée de Bordeaux, des grands crus de
Saint-Émilion, Pomerol, Château La
Rivière... Ce fut l’occasion également de
fêter l’adjudant-chef Paul Edouard pour sa
Légion d’Honneur décernée le 14 juillet
2007 à Gujan-Mestras.

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ASSOCIATIONS IN MEMORIAM

JEAN LAIRÉ JEAN DOUGUET YVES TATIN


Jean Lairé nous a quitté en décembre Jean Douguet s’est éteint à Paris le Yves Tatin est décédé à Tours le
2008. Cet officier général se caractérisait 15 janvier 2009. Né à Hanoï en 1927 de 26 octobre 2008. Né à Gray en 1929, cet
par sa gentillesse, sa courtoisie, son parents enseignants, il entre à St-Cyr officier supérieur a servi plus de 30 ans
dévouement, sa droiture et sa dans les tous premiers de la promotion dans l’arme du Train et dans l’ALAT comme
compétence. Ancien enfant de troupe, Rhin et Danube. observateur pilote hélicoptère lourd et
il a consacré toute sa vie à la fonction Officier du Train il fait campagne au totalise plus de 2 500 heures de vol dont
militaire. Maroc puis en Indochine dans les 1 000 en Algérie. Comme sous-officier, il
Saint-Cyrien de la promotion Garigliano, il formations du Train et d’Infanterie. fait la campagne d’Indochine, puis il entre
a servi en Indochine et en Algérie comme Cité à six reprises il est fait chevalier en 1953 à l’ESMIA promotion « ceux de
fantassin, puis en France et en Allemagne. de la Légion d’Honneur à 27 ans pour Dien Bien Phu ». Durant la campagne
Deux fois chef de corps, d’abord au 525e services exceptionnels en Extrême d’Algérie il est cité à trois reprises dont
puis au 516e RT, il a occupé des fonctions Orient. Diplômé d’état-major il rejoint une fois à l’ordre de l’Armée. Pilote
d’état-major à la 2e RM, à la brigade LOG l’Allemagne où il fait campagne et de chevronné, toujours volontaire pour les
des FFA et au SAACMA à Paris. Officier de la nouveau trois fois cité pour son courage. missions opérationnelles il a effectué de
Légion d’Honneur et de l’Ordre National du Affecté dans des états-majors de haut nombreuses missions à haut risque en
Mérite, il était titulaire de la Croix de niveau (Inspection, EMAT...) il est particulier de nuit. Son appareil plusieurs
Guerre des TOE et de la valeur militaire. En nommé chef de corps du 512e RT après fois touché par la mitraille de l’adversaire,
2e section il a présidé l’Amicale du Train de avoir dirigé le cours des capitaines à il a fait preuve de sang froid, d’audace, de
Touraine et le Comité Légion d’Honneur l’EAT. Commandant du Train de la 3e RM, courage et de détermination. Chef de
Tours sud. il termine sa carrière comme général à corps du 3e GHL, sa formation est citée à
la direction des transports militaires par l’ordre de l’Armée en 1969 pour ses
voie ferrée au CEFFA.Très rigoureux, actions au Tchad. Dynamique et d’un
distingué, d’une très grande sagesse, et courage à toute épreuve, le colonel Tatin
d’une profonde culture générale et a donné le meilleur de lui-même durant
militaire, il laisse le souvenir d’un chef sa carrière militaire.
qui se distinguait par son courage et De retour à la vie civile, il œuvre à titre
son sens du commandement. bénévole dans des associations d’anciens
Jean Douguet était commandeur de militaires en particulier dans le cadre du
la Légion d’Honneur et titulaire de devoir de mémoire comme réalisateur de
9 citations. Il a été blessé au combat l’exposition « trois siècles de présence
en Indochine. française en Indochine ».
Le colonel Tatin, titulaire de quatre titres
de guerre était chevalier de la Légion
d’Honneur et officier de l’Ordre National
du Mérite.

JEAN-PIERRE CARON 412e RCS à Offenburg et le 5e RCS à Train, il s’est consacré à sa fonction avec
L’adjudant-chef Jean-Pierre Caron, Landau. Il termine sa carrière militaire à beaucoup de compétence. D’un naturel
médaillé militaire, retraité depuis 20 ans l’EAT en 1988 après 24 années de service. courtois et accueillant il a, sans conteste,
nous a quitté en 2009 des suites d’une Durant les cinq dernières années de sa œuvré pour la renommée du musée en
longue maladie. Engagé à l’âge de 19 ans carrière il a occupé les fonctions de Touraine. Nous lui devons un hommage
dans l’arme du Train, il est nommé sous- conservateur du musée des équipages appuyé pour son action dans le cadre de
officier en 1965. Il a servi successivement militaires et du Train. Passionné d’histoire la conservation du patrimoine de l’Arme
à l’EAT, au GT 512 à Saint-Lô, l’EAT, le militaire, gardien du passé de l’arme du et de ses traditions.

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ASSOCIATIONS ADHÉSIONS

RESTEZ UNIS !
ADHÉREZ AUX ASSOCIATIONS !

FÉDÉRATION NATIONALE DU TRAIN
Fondée en octobre 1956 par le général Boucaud, la FNT a repris les traditions des amicales nationales
du Train existant dès avant 1914. Son siège est situé dans l’ancien PC du 1er RT, 16-18 place Dupleix à Paris.
Elle a pour buts :
> d’entretenir la cohésion entre les associations d’anciens du Train ;
> de développer la solidarité entre les anciens en leur apportant son concours ;
> de regrouper et diffuser toute information les concernant ;
> de servir d’intermédiaire entre les anciens et l’école du Train ;
> de participer aux cérémonies officielles à Paris et en province ;
> de représenter le Train auprès des associations nationales d’anciens combattants et du secrétariat d’État.

Pour rejoindre la fédération, remplissez le bulletin ci-dessous


et adressez-le, accompagné de votre règlement (CCP Paris 1652432C)
TARIFS D’ADHÉSION
au président de votre association ou à : Associations ou amicales :
COL (H) Pierre Béry, trésorier de la FNT, 3,00 € par adhérent ou 100 €
28 rue Franklin - 92600 Asnières Adhérents individuels : 25,00 €
NOM, PRÉNOM
ADRESSE

TÉLÉPHONE


ASSOCIATION DES AMIS DU MUSÉE DE L’ARME DU TRAIN
Créée le 1er juillet 2004, par fusion de l’AMET (Association des Amis du Musée du Train et des Équipages Militaires
et de l’ASAT (Association du Soutien à l’arme du Train), l’AMAT s’est fixée trois objectifs principaux :
> contribuer au rayonnement de l’arme du Train ;
> participer à l’enrichissement, la conservation et la promotion du patrimoine historique et culturel du musée ;
> développer les relations armées-nation au sein de l’Arme.

Pour atteindre ses objectifs, l’AMAT a besoin de vous. Issus des deux anciennes associations, ce sont déjà
plus de 500 camarades qui manifestent par leur présence au sein de l’AMAT leur soutein aux valeurs qui nous
unissent. Ils seront heureux de vous compter bientôt à leurs côtés.

Pour rejoindre la fédération, remplissez le bulletin ci-dessous


et adressez-le accompagné de votre règlement à :
Musée du Train et des équipages militaires TARIFS D’ADHÉSION
5-7 allée du Point Zéro Associations ou amicales : 107 €
18000 Bourges Adhérents individuels : 3,00 €
NOM, PRÉNOM
ADRESSE

TÉLÉPHONE

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ÉCOLES
DE LA LOGISTIQUE
ET DU TRAIN
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ÉCOLES
DE LA LOGISTIQUE
ET DU TRAIN