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Jugement n° 2018-0017 Commune d’Épieds-en-Beauce

Audience publique du 29 novembre 2018 Loiret


Jugement prononcé le 21 décembre 2018 045 022 134
Exercice 2015

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

LA CHAMBRE,

Vu le code des juridictions financières ;

Vu le code général des collectivités territoriales ;

Vu l'article 60 de la loi de finances n° 63-156 du 23 février 1963 modifié ;

Vu le code des juridictions financières ;

Vu le code général des collectivités territoriales ;

Vu les textes législatifs et réglementaires relatifs à la comptabilité des communes ;

Vu le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable


publique ;

Vu le décret n° 2012-1386 du 10 décembre 2012 portant application du deuxième alinéa du VI


de l’article 60 de la loi de finances de 1963 modifié ;

Vu l’arrêté du 25 juillet 2013 portant application du 1er alinéa de l’article 42 du décret


n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

Vu l’arrêté de charge provisoire, du 3 octobre 2017, pris par le chef du pôle interrégional
d’apurement administratif (PIAA) de Rennes, à l’encontre de M. X, comptable de la commune
d’Épieds-en-Beauce, au titre de sa gestion du 1er septembre 2015 au 31 décembre 2015 ;

Vu le réquisitoire du ministère public n° R/17/0139/REQ en date du 2 mai 2018 ;

Vu les justifications produites au cours de l’instruction ;

Vu l’ensemble des pièces du dossier ;

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Vu le rapport n° 2018-0077 de M. Jacques Prentout, premier conseiller, communiqué au


ministère public le 6 août 2018 ;

Vu les conclusions n° C/18/072/JAFJ du 4 octobre 2018 du procureur financier ;

Après avoir entendu, lors de l’audience publique du 29 novembre 2018, M. Jacques Prentout,
premier conseiller, en son rapport, Mme Cécile Daussin Charpantier, procureur financier, en
ses conclusions orales, les autres parties, dûment avisées de la tenue de l’audience n’étant ni
présentes ni représentées ;

Après avoir entendu, en délibéré, Mme Emmanuelle Borel, première conseillère, réviseure, en
ses observations ;

1- Sur le droit applicable

ATTENDU qu’en application de l’article 19 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif


à la gestion budgétaire et comptable publique, « le comptable est tenu d’exercer le contrôle (...)
de la validité de la dette dans les conditions prévues à l’article 20 (…) » ; que l’article 20 du
même décret précise que « le contrôle des comptables publics sur la validité de la dette porte
sur : (…) 2° L’exactitude de la liquidation (…) 5° La production des pièces justificatives (…) » ;

ATTENDU qu’en application de l'article 60 de la loi du 23 février 1963 susvisé, les comptables
publics sont personnellement et pécuniairement responsables du recouvrement des recettes, de
la conservation des pièces justificatives des opérations et documents de comptabilité ainsi que
de la tenue de la comptabilité du poste comptable qu’ils dirigent ; que leur responsabilité
personnelle et pécuniaire se trouve engagée dès lors qu'une dépense a été irrégulièrement
payée ;

ATTENDU que l’annexe I de l’article D. 1617-19 du code général des collectivités territoriales
(CGCT), relatif à la nomenclature des pièces justificatives des paiements des collectivités
locales, comporte une rubrique 210223 « primes et indemnités » qui exige, pour la justification
du paiement des indemnités, les pièces suivantes :
« 1 – décision de l’assemblée délibérante fixant la nature, les conditions d’attribution et le taux
moyen des indemnités ;
2 – décision de l’autorité investie du pouvoir de nomination fixant le taux applicable à chaque
agent » ;

2- Sur la présomption de charge n° 1 soulevée à l’encontre de M. X, au titre de l’exercice


2015

- Sur le rappel du réquisitoire

ATTENDU que par réquisitoire susvisé du 2 mai 2018, le procureur financier ayant saisi la
chambre régionale des comptes aux fins de statuer sur la responsabilité encourue par M. X,
comptable de la commune d’Épieds-en-Beauce, a estimé que sa responsabilité personnelle et
pécuniaire pourrait être mise en jeu à hauteur de 152,50 €, au titre de l’exercice 2015, pour
avoir mandaté l’indemnité d’administration et de technicité (IAT) du mois de septembre 2015
au profit de M. Y, adjointe administrative de 1re classe, en l’absence des pièces justificatives
requises à l’appui du mandat de paiement de ladite indemnité, dans la mesure où la délibération

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du 30 juin 2011 relative au régime indemnitaire n’attribue le bénéfice de l’IAT qu’aux seuls
agents de la filière technique et où aucune décision individuelle pour M. Y n’a pu être fournie ;
que le procureur financier relevait au surplus que les modalités de versement de l’IAT n’étaient
pas conformes aux dispositions de la délibération du 30 juin 2011 ;

- Sur les éléments de fait

ATTENDU que par mandat n° 453 du 22 septembre 2015, M. Y, adjointe administrative de 1re
classe, affectée au service administratif de la commune d’Épieds-en-Beauce, a perçu un
montant de 152,50 € au titre du paiement de l’IAT ;

ATTENDU que dans le cadre de l’instruction, la comptable a produit, en premier lieu, un extrait
du registre des délibérations du 7 septembre 2004 octroyant aux agents du service administratif
des catégories C et B dont l’indice brut est inférieur à 380, une indemnité d’administration et
de technicité, la délibération fixant à 415,39 € le montant moyen annuel pour la catégorie C
échelle 2 auquel est appliqué un coefficient compris entre 1 et 8 ; qu’elle a transmis, en second
lieu, un extrait du registre des délibérations du 16 décembre 2009 octroyant l’IAT aux agents
de la filière technique de catégorie C ; qu’elle a fourni, en troisième lieu, un extrait du registre
des délibérations du 30 juin 2011 indiquant qu’en 2004, il avait été institué un régime
indemnitaire au sein des services administratif et technique et que, compte tenu de l’évolution
des missions et des effectifs, il y avait lieu de procéder à une mise à jour du régime indemnitaire
de la commune ;

ATTENDU que la comptable a produit, durant l’instruction, copie du courrier du 20 novembre


2009, par lequel la commune sollicite l’avis du comité technique paritaire (CTP) du centre de
gestion du Loiret sur la modification des critères d’attribution du régime indemnitaire ; que le
CTP a rendu le 21 janvier 2010 un avis favorable à la mise en place de l’IAT notamment en
faveur des adjoints administratifs ;

ATTENDU que la délibération du 30 juin 2011 prévoit que l’IAT sera versée en juin et
décembre de chaque année ;

- Sur la réponse des parties

ATTENDU qu’en réponse, la comptable fait valoir que le contrôle de l’IAT ne figurant pas au
plan de contrôle hiérarchisé de la dépense en vigueur à partir de septembre 2015, elle n’avait
donc pas à en contrôler le paiement entre septembre et décembre et que par ailleurs elle présume
que les pièces justificatives ont été versées à l’appui du compte de gestion de l’exercice 2011 ;

ATTENDU que dans sa réponse, l’ordonnateur, d’une part, soutient que la délibération du
30 juin 2011 est entachée d’erreur matérielle en ce qu’elle a omis de mentionner le bénéfice de
l’IAT à la filière administrative, d’autre part, fait valoir que l’IAT était incluse dans la masse
globale des frais de personnel, « que l’année 2015 a été une année de renouveau en matière de
recrutement » et enfin que le professionnalisme du comptable ne peut être mis en doute ;

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- Sur l’existence du manquement

ATTENDU que l’indemnité d’administration et de technicité, prévue par le décret n° 2002-61


et l’arrêté du 14 janvier 2002 paru au journal officiel du 15 janvier 2002, peut être attribuée
notamment aux agents appartenant à certains grades de catégorie C ;

ATTENDU que la comptable a produit une délibération du 7 septembre 2004 par laquelle le
conseil municipal a « fixé les modalités de versement du régime indemnitaire aux agents du
service administratif » ; que selon cette délibération, il a été institué une IAT, notamment aux
fonctionnaires de catégorie C ;

ATTENDU que la comptable a fourni ensuite une délibération du 16 décembre 2009 par
laquelle le conseil municipal a « fixé les modalités de versement du régime indemnitaire aux
agents de la commune » ; que d’après cette délibération, il a été institué une IAT aux
fonctionnaires de catégorie C ayant le statut d’adjoint technique ; qu’ainsi la commune n’a pas
maintenu le bénéfice de l’IAT aux agents du service administratif ;

ATTENDU que la comptable a fourni une lettre du 20 novembre 2009 par laquelle le maire
d’Épieds-en-Beauce, en fonction à cette date, a sollicité l’avis du président du CTP du centre
de gestion de la fonction publique du Loiret au sujet de la modification des critères d’attribution
du régime indemnitaire des agents de la commune ; que lors de sa séance du 21 janvier 2010,
le CTP a émis un avis favorable à la mise en place de l’IAT, notamment en faveur des adjoints
administratifs ; que toutefois cet avis ne saurait suffire à pallier l’absence de la pièce
justificative requise ;

ATTENDU que la comptable a fourni une délibération du 30 juin 2011 par laquelle le conseil
municipal a procédé à une mise à jour du régime indemnitaire ; que selon cette délibération, il
a été institué une IAT pour les adjoints techniques titulaires et contractuels uniquement, ce qui
exclut du bénéfice de l’IAT les agents de la filière administrative ;

ATTENDU que le maire en fonction précise que la délibération du 30 juin 2011 est entachée
d’une erreur matérielle puisqu’il a été omis de mentionner la filière administrative dans la
catégorie des IAT ; que dans ces conditions, M. X ne disposait pas de la première pièce
justificative requise par la réglementation au moment des paiements de l’IAT ;

ATTENDU que M. X, comptable mise en cause, précise que, en application de son plan de
contrôle sélectif de la dépense, le contrôle de l’IAT devait se limiter à la qualité de
l'ordonnateur, à l’exactitude de l'imputation de la dépense et à la disponibilité des crédits
budgétaires et financiers ; qu’il apparaît, selon l’article 1er de l’arrêté du 25 juillet 2013, que le
législateur a entendu limiter le périmètre des dépenses pouvant faire l’objet d’un contrôle
sélectif à une liste limitativement énoncée dans le plan de contrôle hiérarchisé ; que l’ensemble
des dépenses non précisées dans le plan de contrôle hiérarchisé ressortent donc du principe
général, soit un contrôle exhaustif et a priori ; que dans ces conditions, les contrôles de l’IAT,
non mentionnés dans le plan de contrôle hiérarchisé de la dépense, incombaient au comptable
de façon exhaustive ;

ATTENDU qu’enfin, la comptable a précisé que la collectivité n’avait pas pu fournir de


décision individuelle pour M. Y, adjointe administrative de 1re classe ; que dans ces conditions,
la décision de l’autorité investie du pouvoir de nomination, seconde pièce justificative requise,
n’a pas non plus été produite ; qu’ainsi, M. X ne disposait pas des deux pièces justificatives

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requises par la réglementation au moment des paiements ; qu’elle n’a pu, par suite, exercer son
contrôle de la validité de la créance, notamment celui relatif à la production des justifications
et à la vérification de l’exactitude des calculs de liquidation ;

ATTENDU que M. X aurait dû suspendre le paiement litigieux ; qu’en procédant à ces


paiements, elle a donc engagé sa responsabilité personnelle et pécuniaire au titre de l’exercice
2015 pour un montant de 152,50 € ;

3- Sur la présomption de charge n° 2 soulevée à l’encontre de M. X, au titre de l’exercice


2015

- Sur le rappel du réquisitoire

ATTENDU que par réquisitoire susvisé, le procureur financier ayant saisi la chambre régionale
des comptes aux fins de statuer sur la responsabilité encourue par M. X, comptable de la
commune d’Épieds-en-Beauce, a estimé que sa responsabilité personnelle et pécuniaire pourrait
être mise en jeu à hauteur de 2 001,60 € au titre de l’exercice 2015 pour avoir mandaté
l’indemnité forfaitaire pour travaux supplémentaires (IFTS) au profit de M. Z, attachée
territoriale, en l’absence de l’ensemble des pièces justificatives jointes aux mandats de paiement
de ladite indemnité ; que si la délibération du 30 juin 2011 prévoit bien l’attribution de l’IFTS
aux attachés territoriaux, l’arrêté du 6 avril 2017 attribuant le bénéfice de l’IFTS à M. Z, établi
postérieurement aux paiements, ne saurait être retenu ;

- Sur les éléments de fait

ATTENDU que le paiement de l’IFTS à M. Z, attachée territoriale, est intervenu dans les
conditions ci-après :

Tableau n° 1 : détail des montants versés au titre de l’IFTS à M. Z, attachée territoriale

Mandats Bulletins de salaire de M. Z


N° Date Montant Montant IFTS
453 22/09/2015 11 759,57 € 2 602,18 € 500,40 €
500 23/10/2015 10 493,91 € 2 593,43 € 500,40 €
541 20/11/2015 10 518,49 € 2 593,43 € 500,40 €
597 16/12/2015 14 259,70 € 3 819,76 € 500,40 €
TOTAL 2001,60 €
Source : mandats et fiches de paie

ATTENDU que la comptable en fonction a produit la délibération du 30 juin 2011 fixant pour
les attachés, les modalités d’octroi de l’IFTS ainsi qu’un arrêté du maire du 6 avril 2017 portant
attribution, à M. Z, d’une IFTS d’un montant moyen annuel de 1 471,17 € affecté d’un
coefficient de 4,0818 ;

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- Sur la réponse des parties

ATTENDU qu’en réponse, la comptable fait valoir que le contrôle de l’IFTS ne figurant pas au
plan de contrôle hiérarchisé de la dépense en vigueur à partir de septembre 2015, et qu’elle
n’avait donc pas à en contrôler le paiement entre septembre et décembre ; que par ailleurs elle
présume que les pièces justificatives ont été versées à l’appui du compte de gestion de l’exercice
2011 ;

ATTENDU que dans sa réponse, l’ordonnateur fait valoir que l’IFTS était incluse dans la masse
globale des frais de personnel, que l’année 2015 a été une année de renouveau en matière de
recrutement et enfin que le professionnalisme du comptable n’est pas mis en doute ;

- Sur l’existence du manquement

ATTENDU que la comptable et l’ordonnateur ont chacun, s’agissant de la première pièce


requise pour le paiement de l’IFTS, produit la délibération du 30 juin 2011 fixant les modalités
de versement de l’IFTS avec un coefficient applicable compris entre 1 et 8 ; que toutefois, au
moment du paiement, la comptable ne disposait pas de la décision de l’autorité investie du
pouvoir de nomination fixant le taux applicable à chaque agent ;

ATTENDU qu’en ce qui concerne la seconde pièce requise, la comptable a produit un arrêté
du 6 avril 2017 pris par le maire d’Épieds-en-Beauce et portant attribution d’une IFTS d’un
montant moyen annuel de 1 471,17 € affecté d’un coefficient de 4,0818 à M. Z, attachée
territoriale ; que toutefois la production de deux arrêtés individuels d’attribution de l’IFTS du
6 avril 2017 au profit de M. Z, postérieurement au paiement, ne peut exonérer M. X de sa
responsabilité ;

ATTENDU que M. X, comptable mise en cause, soutient que, en application de son plan de
contrôle sélectif de la dépense, le contrôle de l’IFTS devait se limiter à la qualité de
l'ordonnateur, à l’exactitude de l'imputation de la dépense et à la disponibilité des crédits
budgétaires et financiers ; que toutefois, le moyen tiré de l’application d’un plan de CHD ne
peut être retenu au stade de l’analyse du manquement éventuellement commis par le
comptable ;

ATTENDU que la responsabilité du comptable s’apprécie au moment des paiements ; qu’en


conséquence, M. X a commis un manquement dans la mesure où elle ne pouvait procéder aux
paiements de l’IFTS sans manquer à ses obligations de contrôle de la validité de la dette,
notamment, celles relatives au contrôle de la production des justifications et au contrôle des
calculs de liquidation ;

ATTENDU que l’ordonnateur précise par ailleurs que les crédits nécessaires au paiement des
IFTS étaient prévus au budget et que l’année 2015 comportait des spécificités ; mais que ces
moyens ne sauraient être pris en compte dans l’appréciation d’un manquement du comptable ;

ATTENDU que faute d’arrêté individuel d’attribution pris antérieurement aux mandats
litigieux, M. X aurait dû en suspendre le paiement ; qu’en procédant à leurs paiements, elle a
donc engagé sa responsabilité personnelle et pécuniaire au titre de l’exercice 2015 à hauteur de
2 001,60 € ;

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4- Sur l’existence d’un préjudice financier pour chacune des deux charges

ATTENDU que l’article 60 VI alinéa 3 de la loi du 23 février 1963 dispose que « lorsque le
manquement du comptable aux obligations mentionnées au I a causé un préjudice financier à
l’organisme public concerné [...] le comptable a l’obligation de verser immédiatement de ses
deniers personnels la somme correspondante » ;

ATTENDU qu’un préjudice financier résulte d'une perte provoquée par une opération de
décaissement ou un défaut de recouvrement d'une recette, donnant lieu à une constatation dans
la comptabilité de l'organisme et se traduisant par un appauvrissement patrimonial de la
personne publique non recherché par cette dernière ;

ATTENDU que la comptable estime, s’agissant des deux charges, que la collectivité n’a subi
aucun préjudice financier dans la mesure où le versement des indemnités ressort de la volonté
de l'exécutif et que le service a été rendu par les agents concernés ;

ATTENDU que l’ordonnateur affirme, en ce qui concerne les deux charges, que la collectivité
n’a subi aucun préjudice financier puisque les montants versés étaient inclus dans la masse
globale des frais de personnel au titre de l’exercice 2015 qui a été une année de renouveau en
matière de recrutement de personnel ;

ATTENDU que si, au regard du caractère contradictoire de la procédure, le juge des comptes
doit tenir compte, pour apprécier le préjudice financier, des dires et actes éventuels de la
collectivité qui figurent au dossier, il n’est pas lié par l’appréciation des parties sur l’existence
de préjudice financier ;

ATTENDU que les paiements de l’IAT à M. Y et de l’IFTS à M. Z, en l’absence des pièces


justificatives requises par la réglementation, ont constitué une perte provoquée par des
opérations de décaissement, ayant donné lieu à une constatation dans la comptabilité de la
commune et qui s’est traduite par un appauvrissement patrimonial définitif de la personne
publique ;

ATTENDU qu’à défaut de présentation des pièces justifiant ces dépenses, celles-ci ne reposent
sur aucun engagement juridique valide ; que dès lors, la dette de la commune étant dépourvue
de caractère certain, les paiements en cause ont, du seul fait de leur caractère indu, entraîné un
préjudice financier pour la commune ; qu’en conséquence, il y a lieu de déclarer M. X débitrice
de la commune au titre de l’exercice 2015 ;

5- Sur le montant total du débet

ATTENDU que les deux charges mentionnées ci-dessus sont de même nature et portent sur le
même exercice comptable ; que la chambre est dès lors fondée à prononcer un débet unique ;

ATTENDU que, pour la charge n° 1 relative au versement de l’IAT, le débet s’applique à la


partie indue relevée dans le réquisitoire, soit à la somme de 152,50 € représentant le paiement
de l’IAT à M. Y au cours du mois de septembre 2015 ;

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ATTENDU que, pour la charge n° 2 relative au versement de l’IFTS, le débet s’applique à la


partie indue relevée dans le réquisitoire, soit à la somme de 2 001,60 € représentant les
paiements de l’IFTS à M. Z au cours des mois de septembre 2015 à décembre 2015 ;

ATTENDU, en conséquence, qu’il y a lieu de constituer M. X, comptable en fonction du 1er


septembre au 31 décembre 2015, débitrice de la commune pour un montant total de 2 154,10 €
au titre de l’exercice 2015 ;

6- Sur les intérêts

ATTENDU que le VIII de l’article 60 de la loi du 23 février 1963 dispose que les intérêts
courent au taux légal à compter du premier acte de mise en jeu de la responsabilité personnelle
et pécuniaire des comptables publics ; que cette date est celle de la réception par le comptable
de la notification du réquisitoire du ministère public ; que le comptable en a accusé réception
le 1er juin 2018 ; que les intérêts devront être calculés à compter de cette dernière date ;

7- Sur le contrôle sélectif de la dépense pour les deux charges

ATTENDU qu’aux termes du paragraphe IX alinéa 2 de l’article 60 de la loi du 23 février 1963,


« les comptables publics dont la responsabilité personnelle et pécuniaire a été mise en jeu dans
les cas mentionnés au troisième alinéa du même VI peuvent obtenir du ministre chargé du
budget la remise gracieuse des sommes mises à leur charge. Hormis le cas de décès du
comptable ou de respect par celui-ci, sous l'appréciation du juge des comptes, des règles de
contrôle sélectif des dépenses, aucune remise gracieuse totale ne peut être accordée [...] » ;

ATTENDU qu’un plan de contrôle hiérarchisé de la dépense pour l'année 2015 a, pour la
commune d’Épieds-en-Beauce, été validé le 8 septembre 2015 par le comptable supérieur en
application de l’article 11 de l'arrêté du 25 juillet 2013 ; que ce plan de contrôle, établi pour une
période de trois ans suivant la méthodologie aménagée, a été signé par M. X ; que la date de la
décision par laquelle l’autorité hiérarchique du comptable a approuvé le plan de contrôle sélectif
vaut entrée en vigueur et lui confère le caractère opposable ;

ATTENDU que le plan de contrôle hiérarchisé de la dépense indique que le contrôle a priori
concerne plus particulièrement : 1) les nouveaux entrants ; 2) les indemnités des élus locaux ;
3) l’indemnité spécifique de service de la filière technique (mois de juin), la NBI (mois
d’octobre) et le supplément familial de traitement (mois de novembre) dans le cadre du
référentiel indicatif ; 4) les sortants dans le cadre du référentiel indicatif ; 5) l’IHTS (mois de
mai) (thème de la direction générale) ;

ATTENDU que les contrôles de l’IAT et de l’IFTS non mentionnés dans le plan de contrôle
hiérarchisé de la dépense incombaient au comptable de façon exhaustive, conformément à
l’article 1er de l’arrêté du 25 juillet 2013 ;

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ATTENDU qu’il résulte de ce qui précède qu’en l’absence de respect du plan de CHD,
l’éventuelle remise gracieuse du débet prononcé devra laisser à la charge de la comptable une
somme au minimum égale au double de la somme maximale visée au deuxième alinéa du IX
de l’article 60 de la loi de finances de 1963 modifié, soit, compte tenu du montant du
cautionnement du poste comptable qui s’établit à 151 000 € pour l’exercice 2015, une somme
de 453 € ;

PAR CES MOTIFS,

ORDONNE CE QUI SUIT :

Article 1er : M. X est constituée débitrice de la commune d’Épieds-en-Beauce pour la somme


totale de deux mille cent cinquante-quatre euros et dix centimes (2 154,10 €), augmentée des
intérêts de droit à compter du 1er juin 2018, au titre de l’exercice 2015.

Article 2 : Pour l’application des dispositions du second alinéa du paragraphe IX de l’article


60 de la loi du 23 février 1963 susvisée, le montant du cautionnement constitué par M. X au
titre de l’exercice 2015 pour lequel elle est constituée débitrice par l’article 1er du présent
jugement, s’élève à cent cinquante et un mille euros (151 000 €). En conséquence, le montant
de la remise gracieuse qui pourra être accordée à M. X au titre du débet prononcé à l’article 1er
ci-dessus, devra comporter un laissé à charge qui ne pourra être inférieur à quatre cent
cinquante-trois euros (453 €) correspondant à trois millièmes de son cautionnement.

Article 3 : La décharge de M. X pour sa gestion du 1er septembre 2015 au 31 décembre 2015,


ne pourra intervenir qu’après l’apurement du débet prononcé ci-dessus.

Après avoir délibéré, hors la présence du rapporteur et du procureur financier.

Fait et jugé par Mme Catherine Renondin, présidente de la chambre régionale des comptes
Centre-Val de Loire, présidente de séance, M. Jean-Marc Le Gall et Mme Emmanuelle Borel,
premiers conseillers, et Mme Morgane Coguic et M. Matthieu Waysman, conseillers.

En présence de Mme Besma Blel, greffière de séance.

La greffière de séance La présidente de la chambre régionale


des comptes Centre-Val de Loire

Besma Blel Catherine Renondin

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En conséquence, la République mande et ordonne à tous huissiers de justice, sur ce requis, de mettre ledit jugement
à exécution, aux procureurs généraux et aux procureurs de la République près les tribunaux de grande instance d’y
tenir la main, à tous commandants et officiers de la force publique de prêter main-forte lorsqu’ils en seront
légalement requis.

Voies et délais de recours :


En application des articles R. 242-19 à R. 242-21 du code des juridictions financières, les jugements prononcés
par la chambre régionale des comptes peuvent être frappés d’appel devant la Cour des comptes dans le délai de
deux mois à compter de la notification, et ce selon les modalités prévues aux articles R. 242-22 à R. 242-24 du
même code. Ce délai est prolongé de deux mois pour les personnes domiciliées à l’étranger. La révision d’un
jugement peut être demandée après expiration des délais.

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