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1 Écart vestimentaire à Cotonou : Les jeunes à la merci de l’exhibitionnisme

2 Beaucoup d’élèves saisissent les vacances pour se faire de l’argent. Ils sont le plus souvent des
3 enfants de parents démunis. Ils se privent de repos pour mener des activités génératrices de revenus
4 communément appelées « jobs de vacances »
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6 La pudeur est reléguée au second rang. La dépravation des mœurs prend de l’ascension avec le style
7 vestimentaire exhibitionniste des jeunes, au motif que les tenues traditionnelles coûtent cher. Ces
8 jeunes ont donc opté pour la modernité en fonction de leur bourse. Ainsi, les tenues traditionnelles
9 communément appelées ‘‘Bomba’’, ‘‘Agbada’’ ou ‘‘Bayavi’’ sont abandonnées. Un tour dans la ville
10 de Cotonou a permis de se rendre compte de ce que plus rien ne correspond au style vestimentaire
11 du vieux temps. Pantalon collant et laissant découvrir la morphologie de l’individu. Chemise sans
12 taille et donnant une belle vue sur le nombril. Tour de taille exposé à la première vue. Les perles
13 indiscrètes. C’est à travers ces styles vestimentaires qu’on reconnaît la plupart des jeunes filles. Chez
14 les garçons, l’habillement est aussi sexy et le sous-vêtement se laisse contempler. En cette période
15 de vacances où les uniformes scolaires sont rangés dans les valises, les jeunes profitent pour faire
16 leur « défilé de mode » dans la ville. Sur les motos, en circulation, les demoiselles se laissent admirer
17 quelle que soit la tenue. Les jeunes ne s’en plaignent pas : « On n’y peut rien, c’est l’exigence de notre
18 génération et on évolue avec. Et moi, je suis du genre à me préoccuper peu du regard des autres. »,
19 explique Samuel, étudiant en gestion commerciale à l’Eneam. Les raisons qui sous-tendent la
20 préférence des tenues dites modernes divergent d’un jeune à un autre. Hanane, élève au second
21 cycle au Ceg Segbèya à Cotonou, s’explique : « Quand on porte un pantalon jean, on se sent
22 beaucoup plus à l’aise, on peut marcher comme on veut ». Aussi, ajoute-t-elle : « En voulant monter
23 sur la moto, c’est plus sûr et plus pratique en pantalon, on n’a pas de soucis de dénouement de
24 pagne ». Dans cet ordre d’idées, Julien, jeune apprenti mécanicien, déclare : « Je ne porte de tenues
25 traditionnelles que pour aller à un mariage, un baptême ou à l’église ».
26 L’argument financier
27 Par ailleurs, le manque de moyens semble justifier le désintérêt des jeunes pour les vêtements
28 traditionnels. Kate, ayant fraichement décroché le Bac, justifie que c’est souvent dû au manque de
29 moyens financiers qu’il ne s’habille pas en traditionnel. « Il faut avoir au moins 6000f Cfa pour
30 s’acheter une tenue traditionnelle bien cousue et à la mode. Même si confectionner une tenue
31 traditionnelle n’est pas à la portée de toutes les bourses, certains jeunes qui ont les moyens de le
32 faire font face à des contraintes. En effet, certaines exigences d’ordre professionnel ne permettent
33 pas non seulement aux jeunes, mais aussi aux adultes d’affirmer leur identité culturelle. Marlène,
34 agent commerciale dans une agence de voyage de la place, confie : « Certaines agences ont des styles
35 imposés. Si tu veux garder ton boulot, tu n’as pas d’autres choix que de te conformer aux règles. ». Il
36 ne fait donc l’ombre d’aucun doute que les raisons sociales et économiques déterminent le choix et
37 les modèles vestimentaires chez certains jeunes. En effet, disent des jeunes, pour quelqu’un qui veut
38 s’habiller en tenue locale, il lui faut au moins 3.500f Cfa pour le tissu et autant pour la couture. Alors
39 qu’avec 3.500f Cfa, ce dernier peut avoir 2 pantalons jeans et 3 tee-shirts au marché Missèbo. Odile
40 fait remarquer : « Les tenues modernes peuvent être portées durant plus d’un an sans se détériorer
41 contrairement aux tenues traditionnelles qu’on ne peut pas utiliser avec une certaine fréquence sans
42 craindre la détérioration. Ainsi, il se pose un problème de ressources. Être sexy ou être dans le coup
43 ne veut pas dire être extravagant. Cela frise de l’aliénation culturelle.
1 À la question de savoir si la tenue traditionnelle a disparu, Jérémy répond sans grand enthousiasme :
2 « On aime autant la tenue locale que moderne. Les tenues modernes permettent aux jeunes filles
3 d’être sexy ». Malgré cette tendance à l’écart vestimentaire, des jeunes ne se laissent pas influencer
4 par la tendance en vogue. Alima, jeune vendeuse de pagne à Dantokpa confirme : « Moi, je ne me
5 préoccupe de personne. Je m’habille comme je veux et comme il faut. Je m’habille pour moi. Je veux
6 d’abord être à l’aise dans ce que je porte. Par conséquent, je ne m’affiche jamais en petite jupe par
7 exemple, je préfère un jean ». C’est la philosophie de la plupart des jeunes conscients. Ces derniers
8 sont constamment critiqués pour leur apparence physique.
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10 Le jugement des adultes
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12 Pour une mère de famille interrogée à Ekpè, « les jeunes s’habillent très mal. Je n’en reviens pas.
13 On voit des filles dans la rue qui laissent intentionnellement voir leur string, ou des garçons qui, par
14 le biais de la taille basse, laissent entrevoir leur sous-vêtement, ce n’est pas normal ! » Selon elle, la
15 part de responsabilité revient aux parents. « Tout commence par l’éducation de base ! Les enfants
16 sont à l’image des parents. Les parents, de nos jours, ne contrôlent plus rien. Ils ne cherchent que
17 l’argent, rien d’autre. C’est inconcevable de faire un enfant et de ne pas s’en occuper », se désole la
18 mère. « Si vous voulez qu’on vous respecte, apprenez à vous respecter vous-même, Evitez les tenues
19 extravagantes qui pourraient vous porter préjudice », conseille Jeanne, mère de famille habitant à
20 Djeffa. A la même question, voici ce que disent les religieux. « Dieu veut que l’homme se vêtisse à
21 l’aide de matières solides afin de protéger son corps, temple de Dieu. Il est essentiel d’amener les
22 jeunes à se rendre compte par l’éducation et la parole de Dieu que le corps est à utiliser avec dignité
23 et respect. » Il est possible de se valoriser autrement en s’habillant plus décemment. Car, il ne faut
24 pas l’oublier, l’attachement à la mode est intimement lié à l’estime de soi.
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26 Responsabilité partagée
27 Préoccupés par la dépravation de la couche juvénile, les adultes appellent la jeunesse au respect
28 strict des valeurs. S’il est vrai qu’une part de responsabilité revient à la jeunesse, l’autre incombe
29 aux médias. Les feuilletons, les clips importés, ne font qu’aggraver la situation. Le développement
30 de la technologie n’est pas à négliger. Chaque espace géographique répond à ses principes et à ses
31 règles. Entre la publicité et la pression sociale, les jeunes sont constamment exposés aux diktats de
32 la mode. Ce sont les parents qui en font souvent les frais. Car il n’est pas toujours évident de gérer
33 les caprices de leurs progénitures sur ce sujet. Fini le temps où les parents choisissaient les tenues
34 pour leurs enfants. L’aliénation vestimentaire n’est pas sans conséquence sur le développement
35 culturel du pays. Elle engendre une perte de l’identité culturelle de l’individu. Se vêtir selon sa
36 culture est une chose importante, la manière de s’habiller donne déjà une idée de la personne qu’on
37 est. Si ce n’est pas du mimétisme, comment expliquer le fait d’être Africain et de vouloir s’habiller
38 comme un Américain ? On peut accuser d’emblée la jeunesse de faire une rupture avec la culture.

Source : Actubénin

Texte tiré du site: http://buzzdecotonou.com/ecart-vestimentaire-a-cotonou-les-jeunes-a-la-merci-de-


lexhibitionnisme/

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