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Magdalena Migoń

L’idée de contemplation dans le Conte du Graal

PLAN
I. Introduction: la contemplation chez l'homme médiéval.
II. Corps du texte:
1. Contemplation dans la littérature médiévale, le sens caché.
2. Fascination par la beauté chez Perceval.
3. De l'amour charnel à l'amour du sacré.
4. Importance de la religion au Moyen-Âge.
5. Conséquences du silence de Perceval.
6. Changement spirituel des héros médiévaux.
7. Comportement face au Graal.
III. Conclusions: l'itinéraire spirituel et l'initiation religieuse de Perceval; la contemplation
requise chez le lecteur du Conte du Graal.

Sous l’influence de la spiritualité monastique la contemplation était une occupation


naturelle de l'homme médiéval. Même des vilains ignorants la doctrine avaient le sens de la
transcendance et le besoin du contact avec sacrum1. C'était leur façon de connaitre la réalité.

On peut distinguer deux sortes de contemplation: esthétique et mystique. Perceval, en


commençant par la première, découvrit la deuxième. Trois gouttes de sang d'une oie sur la
neige lui rappelèrent le rouge des joues sur la peau blanche de sa femme aimée, mais aussi les
couleurs du sang de Christ et de la hostie. Que voulait dire sa fascination démesurée? Son
coeur pourrait-il attraper ce qui était invisible pour ses yeux? Au premier abord on pourrait
croire qu'il n'y a pas de sens profond dans cette contemplation. Perceval dit: "C'était à mes
yeux la fraiche couleur du visage de ma si belle amie" 2. Pourtant on sait que la littérature
médiévale demande de reconnaître le sens caché. Il y a un mélange de la vérité couverte et de
la vérité apparue, ce qui semble être et ce qui est vraiment, le dit et le non dit qui ont la même

1
Gorecka-Kalita Joanna, Między klerkiem a laikiem, List 6/2009 http://prasa.wiara.pl/doc/460982.Miedzy-klerkiem-a-
laikiem [dostęp 13.12.2013].
2
De Troyes Chrétien, le Conte du Graal, trad. Ch. Méla, Paris, Le Livre de Poche, 1990, p.319.

1
importance3. Les choses qui se voient ne sont que le vêtement symbolique des choses qui ne
se voient pas4. Il y a dans Le Conte des symboles qui reportent à la transcendance. P.ex.ce jeu
de mots: le sang sur la neige blanche évoquant le secret de la lance. Il y a beaucoup de scènes
apparement sans rapport qui peuvent cacher un double sens (ses larmes versées en repentir
rappellent les larmes de sang que pleurait la lance et l'eau et le sang de la plaie du Christ). Il
s'agit de s'arracher à l'apparence pour passer de l'autre côté. Rien n'est insignifiant dans le
roman médiéval, tout est correspondance5.
Perceval, avant de devenir chevalier, eut le temps de connaître l'importance de la
contemplation. C’était naturel pour lui de se mettre à genoux pour prier Dieu lorsqu'il aperçut
"les anges [...] les plus belles choses qui soient, Dieu excepté" 6. La beauté réveilla sa
fascination plusieurs fois. Il adora celle de Blanchefleur ("Dieu lui avait fait passer toute
merveille7") et celle du château du Roi-Pêcheur. La magnanimité de l'accueil le fit penser au
sacrum et son point culminant c'était l'apparition du cortège silencieux avec une lance à la
pointe de laquelle "il sortait une goutte de sang" et un graal au moment où "il se fit une si
grande clarté que les chandelles en perdirent leur éclat" 8. Par ailleurs le luxe, selon la
mentalité médiévale, correspond à la beauté, à la réussite, aux symboles de la transcendance.9
Comment l'amour charnel peut tourner notre regard vers le sacré? L'amour profane du
monde réel conduit vers l'amour de transcendance parce que le monde est un livre écrit par le
Doigt de Dieu. Saint Bonaventure dit : "La bonté étant l'essence de Dieu, c'est par amour [...]
qu'il maintient chaque être à sa place dans l'ensemble; et c'est par amour que les êtres créés
remontent vers leur source "10. Eros, révélé par Platon dans son Banquet, conduit vers le
Souverain-Bien, le monde immatériel, immuable et éternel. 11 "Après des purifications et
illuminations plus ou moins longues [...] chaque créature raisonnable s'unit à Dieu. Pour y
parvenir, l'homme doit s'élancer au-dessus du monde naturel, qui est à la fois la « transparence
du divin et l'obstacle qui nous le dérobe », tout en prenant comme appui le sensible, le
premier échelon de notre ascension vers la divinité."12
3
Dybeł Katarzyna, Marczuk Barbara, Prokop Jan, Historia literatury francuskiej, Warszawa, Wydawnictwo Naukowe PWN,
2005, p.30.
4
Lot-Borodine Myrrha, De l'amour profane à l'amour sacré. Etudes de psychologie sentimentale au moyen-âge, Paris,
Librairie Nizet, 1961, p.83.
5
Méla Charles, Préface, [in] Le Conte du Graal, Paris, Le Livre de Poche, 1990, p.10.
6
De Troyes Chrétien, le Conte du Graal, trad. Ch. Méla, Paris, Le Livre de Poche, 1990, p.35.
7
Ibidem, p.145.
8
Ibidem, p.239.
9
Chênerie Marie-Luce, Le chevalier errant dans les romans arthuriens en vers des XIIe et XIIIe siècles, Genève, Librairie
Droz, 1986, p.207.
10
Lot-Borodine Myrrha, op. cit., p.84.
11
Ibidem.
12
Ibidem, p.83.

2
Toute la vie au Moyen-Âge était transpercée de la religion et des symboles qui
renvoyaient à Dieu. Toutes les couches sociales mesuraient le temps par l'ordre des fêtes, des
matines, des vêpres.
Bien que le silence vaille beaucoup pour la contemplation, celui de Perceval face au
Graal dans le Château du Roi-Pêcheur eut de mauvaises conséquences. Perceval ne se
comporta pas bien face au mystère sacral, ne surpassa pas les conseils de son maître, ne se
montra pas indépendant, ne saisit pas "le bon moment, là où il ne faut pas chercher mieux" 13.
L'éthos chevaleresque des romans précédents s'y montra inadéquat. La chose requise aurait
été extasis,14 la sortie de soi-même - le fruit de contemplation.
Cependant grâce à cet échec, dans une révélation intérieure, il connut son prénom. La
connaissance du sort humain repose sur l'expérience de l'échec. 15 Cet échec finira par agir en
lui comme un levain, lui ouvrira les voies de repentir.16
Le XIIe s. était une grande effervescence spirituelle, le temps d'émancipation des laïcs,
autrefois uniquement consommateurs. Dorénavant la voie intérieure de la recherche de Dieu
eut la plus valable, on cherchait le Royaume des Cieux dans son âme, l'outil n'en était plus
l'arme mais la contemplation accessible à plusieurs. La vocation chevaleresque de Perceval, à
son insu, ne consista plus à gagner de nombreux tournois mais à découvrir de nouvelles
valeurs dans son voyage spirituel. Il fut de pied en cap novateur, sous sa naïveté se cacha une
intuition spirituelle. Ses continuateurs chercheront le Saint Graal, de plus en plus merveilleux,
devenu symbole de la quête spirituelle.
La rencontre du Graal exige une réponse. Il faut essayer de comprendre ce mystère
parce que "fidens querens intellectum".17 Parfois cette réponse fut magique. On chosifia les
mystères chrétiens. Le Graal devint une relique parmi des reliques dont le culte ainsi que la
foi en miracles était alors très fort.

« Celui qui perce des vaux » - on peut ajouter: qui est en pèlerinage vers la lumière, la
vraie connaissance, à travers des malheurs et échecs - dut renoncer aux insignes de la
puissance. D'une gloire terrestre il passa à la sainte humilité. 18 Croyant marcher à l'aventure, il
découvrit l’essentiel en lui.
13
De Troyes Chrétien, op. cit., p. 335.
14
Gorecka-Kalita Joanna, W poszukiwaniu Świętego Graala, List 7/2002 http://www.katolik.pl/w-poszukiwaniu-swietego-
graala,546,416,cz.html [dostęp 13.12.2013].
15
Eadem, ,,Percewal, czyli jak wiejski głupek został rycerzem", List 7-8/2010, p. 15.
16
Frappier Jean, Amour courtois et Table Ronde, Genève, Librairie Droz, 1973.
17
Gorecka-Kalita Joanna, W poszukiwaniu Świętego Graala, List 7/2002 http://www.katolik.pl/w-poszukiwaniu-swietego-
graala,546,416,cz.html [dostęp 13.12.2013].
18
Frappier Jean, op. cit.

3
Le Conte, cette adaptation laïque de la Rédemption chrétienne 19, parle du mystère de
l’initiation face au Mystère. Ayant abandonné les croyances infantiles, Perceval connut la
réalité sacrale de saints symboles tels que le Graal et apprit à les respecter. Il devint un
homme nouveau. À travers plus d'une erreur ou d'un malentendu, mais par une progression
constante, il avança vers la rencontre du divin, découvrit en lui la pitié, la charité et l'amour de
Dieu. Des valeurs mondaines furent dévalorisées. La contemplation joua un rôle important
dans ce changement, le mystère grandit et envahit tout.
Le Conte reste inachevé. Est-ce la place du non dit où chaque lecteur doit-il inventer la
fin de cette histoire en silence de la contemplation?

BIBLIOGRAPHIE

1. de Troyes Chrétien, le Conte du Graal, trad. Ch. Méla, Paris, Le Livre de Poche, 1990.
2. Chênerie Marie-Luce, Le chevalier errant dans les romans arthuriens en vers des XIIe et
XIIIe siècles, Genève, Librairie Droz, 1986.
3. Dybeł Katarzyna, Marczuk Barbara, Prokop Jan, Historia literatury francuskiej, Warszawa,
Wydawnictwo Naukowe PWN, 2005, p. 30-31.
4. Frappier Jean, Amour courtois et Table Ronde, Genève, Librairie Droz, 1973.
5. Lot-Borodine Myrrha, De l'amour profane à l'amour sacré. Etudes de psychologie
sentimentale au moyen-âge, Paris, Librairie Nizet, 1961
6. Méla Charles, Préface, [in] Le Conte du Graal, Paris, Le Livre de Poche, 1990.
7. Gorecka-Kalita Joanna, ,,Percewal, czyli jak wiejski głupek został rycerzem", List 7-
8/2010, p.10-15.
8. Kłoczowski Jan Andrzej, ,,Chrześcijaństwo wymaga wtajemniczenia", List 2/08, p. 20-27.
9. Kracik Jan, Relikwie, Kraków, Wydawnictwo Znak, 2002.
10. Zając Roman, ,,Szukajmy Graala", List 7-8/2006, p.40-43.
11. Gorecka-Kalita Joanna, W poszukiwaniu Świętego Graala, List 7/2002
http://www.katolik.pl/w-poszukiwaniu-swietego-graala,546,416,cz.html [accès le
13.12.2013].
12. Gorecka-Kalita Joanna, Między klerkiem a laikiem, List 6/2009
http://prasa.wiara.pl/doc/460982.Miedzy-klerkiem-a-laikiem [accès le 13.12.2013].

19
Chênerie Marie-Luce, op. cit., p. 105.