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S rs} Fe 3B Anwcte des maths Keitel Pourquoi les scientifiques y croient On a retrouve la plus vieille histoire Jamais racontée ! & F:4,50€-AD , M 02578 - 1230 Sommaire Mars 2020 n°1230 10 Lactu des sciences 16 20 Forum En image Les cyclones de Jupiter défient les lois de la météo:; voici les traces de la plus viele fordt du monde. Grand angle Le plomb sous pression est plus résistant que Vacier; le cerveau d'un expert a un temps davance: lorigine des galaxies se lt dans leur magnétisme. Focus Quiarrive-tila Bételgeuse? En chiffres Les émotions varient avec la culture ee ere 32 38 40 42 6 quete Anxiété mathématique: un mal trés francais naire le succés du charbon Interview Internet: la Russie ne va pas pouvoir isoler Le jour ow la Chine a vu surgir un nouveau virus strange affeire, de l'explosion de Nionoska Zolgensma: le nouveau scandale ‘des médicaments hors de prix Voici le panorama mondial de la sédentarité des adolescents Endébat Faut-il interdire les fongicides SDHI? jet du mois Le bus a hydrogéne conquiert les transports en commun, Futur Un stade éco-concu pour des JO au frais; une premiére tour en bois flottante bientét 4 eau... sv vans APHOIETTYINAGES ADAM BUM, RATNOSARDET AD g 2 rf YDRASON UMA asa caLrEouS RUA SCIENCE&VIE 62. Et sila Terre était vivante? Comme tout organisme vivant, la Terre ne cesse d’évo- luer. Une évidence qui irigue aujourd'hui les géo- sciences: c'est le grand retour de thypothese Gaia. ES OSS 84 Le trou noir qui ne devrait pas exister 88. Ingénierie spatiale Architecture spatiale: les technos se préparent 96 Bivoge Orientation sexuelle: elle se joue avant la naissance 102 Palecanthropologie jamais dessinée 106 Etnotogie Orques: la loi de la grand-mére ‘112 C'est maintenant ‘Télévision, réseaux sociaux...: quels risques pour les enfants? 114 En pratique activité sexuelle pourrait retarder la ménopause; chiens et chats boostent notre systéme immunitaire... 118 Technofolies 122 A voir/a liresa faire 124 Questions/Réponses Y actil une taille maximale pour les gratte-ciel? Quelle puissance atieignent les plus gros éclairs?, 130 Bulle de science MaRS 7 Rr cao © § cers Visibles depuis le ciel (Cre 3 Dans une banale carriére de grés abandonnée de Etat de New York, une Squipe anglo-américaine a trouvé des empreintes de réseaux racinaires vieux de 386 millions c'années. Soit ce jour les plus anciens vestiges d'une forét. "Cos traces témoignent de la 4 présence d'arbres pouvant 2 aépasser.30m de hauteur, £ Jssus de trois espéces at- 3 férentes, et vivant & proxi- 3 mité es uns des autres", 3 résume Christopher Berry, VOICI LES TRACES DE LA PLUS VIEILLE FORET DU MONDE de université de Carditt (Royaume- Uni). Outre de classiques cladoxylop- sides, sortes de fougeres arborescentes primitives, cesite se distingue surtout parla présence des tout premiers spécimens du genre Archaeopteris, aux allures de coniféres, “cont Jes racines nous ont surpris parleur aspect trés ‘moderne, comparable a celui des plantes graines actuelles", évoque le paléobotaniste. Ce sys- tame souterrain fossile, pérenne et complexe, qui ‘stétend parfois sur un rayon de 11 m, n’estpas seulement spectaculaite: cesracines d/Archaeopte- ris pourraient étre a lori- gine des grands cycles des utriments dans les sols et ds flux de carbone — avec des conséquences déci- sives sur le climat global Autant dire que ces pre- migres foréts marquent un tournant dans histoire dela Terre. VN MARS | 2020 ISWI 47 PLANETOLOGIE LES CYCLONES DE JUPITER DEFIENT LES LOIS DE LA METEO Peace erg Rea eee td rece) Sey Peete ey Pet erty eed See eee oe Sea Ec Deir) Poe) sud, arrangés en un Se cad as aecs Caen CeCe eae era and Ce eS un septiéme cyclone de Pee acing Cnet Set See ecg Cre ag CeCe Cee eee See ees Reed ue) ements sy serait entouré d'un fin Dae uty Sa Sad Ce ea) eae eed eer Cd avec un péle nord au Caer) autour. Du coup, quand Re nee) autre, ils se repoussent eed’ Deen ee ie De ee ard een ac ea ed Cee te es Dee eeeeied Oe ad er ere Cees attendent impatiemment es ees Cea cn Cd ao eee eae or cor CTT Tout le trans feroule au circuit Au pale TRL Ce Coe Cee Si Ra Pc er Coos = _ = Van) Ieee eee im eeeeeel SAIL ites — — — — — — = _ _— es ae ia = SS LA TELEPORTATION QUANTIQUE BENTO PRODUITE EN SERIE LE PLOMB SOUS PRESSION EST PLUS RESISTANT QUE LACIER Dordinaire, le plomb est un métal relative ment mou qui se raye facilement. Mais lorsquill est comprimé sous des pressions extrémes, il deviendrait ts dur, ont découvert des physiciens du Lawrence Livermore National Laboratory, en Californie, Ce centre abrite la plus grande source d'nergie laser au monde, le NIF (National Ignition Facility): 192 lasers qui, en pointant sur une cible en plomb d’ peu prés le diamétre d'un cheveu humain, sont capables de chautfer les atomes & plus d'un millon de degrés en quelques nanosecondes, créant ce qu'on appelle un plasma. "Dans ce plasma ssexeyce une pression environ 4 millions de fois supé- rieure & la pression atmosphérique, soit celle qui régne au centre dela Terre, détaille'un des membres de I'équipe, le physicien Andy Krygier. Sous cette pression extréme, un metal a normalement tendance a se détor- mer, voire s’écouler comme un liquide.” Mais le plomb, lui, est devenu 250 fois plus dur et résistant que dans des conditions normales, et environ 10 fois pius que Vacier & haute résistance. Le physicien pense quien se MAP AMPIR ETN déformant, a configuration des atomes de plomb a irre changé pour adopter celle des métaux les plus durs, or comme tantale. Ces travaux pourraient servir : concevoir des blindages soumis a des contraintes de ek fortepression, comme ceux écuipartlessatelites. on. MAURRAS LES NEURONES SE TERMINENT EN TRESSES architecture des neu- | synapses. Et plus particu- ronesintrigueles biolo- _| liérement dans son arma- gistes: comment leurs ture, quilui confére sa ramifications peuvent- forme, son élasticité et sa ellesétre alafoisaussi | mobilité. Des études souplesetrobustes? La _| récentes avaient dévoilé la réponse se trouvedans —_| présence d'anneaux diac: 2 Taxone, ce prolongement | tine (caractéristique du g duneurone quiconduitle | cytosquelette) situésjuste 5 signal électrique du corps. | sous la membrane de 5 cellulaire vers les Vaxone et perpendicu é lairo3a son axe. Rostait a 2 LLaxone, quiprolange le | comprendre les details de neurone, doit ses propriétés | leur structure auniveau sa structure tressée (en rose). | moléculaire. C'est désor- 20 Sv an mais chose faite, grace a la. combinaison de deux techniques de microsco- pie tres pointues (optique et électronique) qui ont révélé des structures tres- ‘sées constituées de deux longs filaments d’actine entrelaces. Les anneaux sont disposés de maniére rapprochée et réguligre le long de 'axone (tous les 190 nanométres) et connectés par un mailage dense de molécules de pectrine, plus élastiques. ‘Cest le modéle du tuyau dfaspirateur, des cercles 6pais et rigides connectés par des parties plus fines et flexibles, qui contére alla structure souplesse et résistance’, explique Christophe Leterrier, neurophysiologiste al'uni- versité d’Aix-Marseille, qui aparticipé a l'étude. Une découverte dintérét pour les recherches sur les maladies neurodégénéra- tives, dans lesquelles C'est souvent lintegrité axonale qui est touchée en premier. eH. CaNeo a prouver. LES TROUS NOIRS: POURRAIENT ETRE DES BERCEAUX DE PLANETES Les planates naissent-elles seulement autour des étciles? Des astrophysiciens de 'univer- sité de Kagoshima, au Japon, pensent que non. Silfon s'en tient aux modeéles actuels, les planétes se forment dans les disques de Poussiéres at de gaz dits “protoplanétaires’, ui cement les jeunes étoiles. Sous letfet dela gravité, des grains de poussiéres siag- glomérent pour former des roches de plus en plus grosses. Oui, mais les jeunes étoiles rne sont pas les seules a posséder de tels disques. lly en a aussi autour des trous noirs supermassifs, au cceur des galaxies. “Cer- tains tous noirs supermassifs sont comés dun disque quipeut contenirjusqu’a 100000 fois la masse du Soleil en pous- siéres, soit un miliard de fois celle contenue dans un disque protoplanétaire classique”, précise Keiichi Wada, un des chercheurs de equipe. Mais pour qu'l y ait condensation, ilfaut que la température soit suffisamment basse. Ce quiest loin d’étre vrai au centre des galaxies, quiémettent parfois des rayons Energétiques particuliérement intenses, done chauds... Or, selon les calculs des astrophysiciens japonais, las disques des trous noirs sont si denses quis peuvent blo- quer ces rayonnements, permettant la for- mation de zones de basse température. ‘De quoi donner naissance a des dizaines de millers de planetes représentant dix fois, Jamasse dela Terre et gravitant a une dizaine dlannées-lumiére du trou noir’, ajoute Keiichi Wada, Mais dela théorie a la détection, ilreste un immense pas a franchir. Actuelle- ment, les techniques standard pour repérer des exoplanétes autour d’stoles ne per- mettent pas cfobserver du cété des trous Noirs. Létude via linfrarouge pourrait tre tune alternative. Ce serait alors un nouveau champ de astrophysique qui s‘ouvrrat. Otivier Donnas svi 21 Atintéieur une calule humaine, des particules ceeeNeTt Lor est patois utilisé pour tater certainos attormer des _Pathologies comme les douieurs articuiares. ranofeuilets _‘L&kément étant supposé inaltérable, on pensait or (cien que les callules e stockaient sans e dégrader. orange). Des biologistes du laboratoire Matiée et Sys- 22 \ev témes complexes ont montré que ce n'est pas leas. Iisont suivi, durant six mois, "évolution de nanoparticules d’or dans des cellules de peau. Aubout de quinze jours, elles étaient dans les compartments poubelles de la cellule, les lyso- NOS CELLULES PEUVENT METABOLISER LOR! somes. Mais elles se sont ensuite dégradées, et des cristaux d'environ 2 nm se sont organisés en fouilets. “I s'agit de protéines, les métallothio- rnéines, qui ont capté des atomes d'or, arrachés auxnnanoparticules par oxydation, précise Alice Balfourier, quia participé & ces travaux. De tels, nanotauillets avaient déja 68 observés chez des patients traités or. Sansremettre en ‘cause leur survie. “Mais la question de leur toxicité demeure”, conclut lachercheuse. 0.0. Ie PECHOUE LONGI (LATEFORME MIG, MAEVE GF SCENCE/SPL MONTENTE ALICE BLFOURIER LABORATORE MSC CNRIUNVERSITE NEUROSCIENCES LE CERVEAU D’UN EXPERT AUN TEMPS D’AVANCE Lapremigre fois que on réalise une tche, les neurones spéciiques ne Sactivent qu'au début de calle-c. Mais hhabitude venant, “a tache se it dans le cerveau bien avant son exé- caution”, révéle Anne Churchiand, de Vuniversité de Californie. Son équipe aobservé le cerveatide souris lors d'un apprentissage, Sourises & des stimuli elles devaiont chotsir entre Lune pipette ou une autre, selon la force des stimuli afin obtenir une récompense. Résuitat: au bout de ‘quatre mois d apprentissage, “es neurones sont devenus plus sélec- ts, Cest--cire que factiuté neuro- rnale associée a un cho est devenue ‘plus spéoiique a ce choir”, explique “Anne Churchland. Léquipe a ainsi pu prédire avec 90% de suce’s la déci- sion quiallat prendre une sours, rien ‘quienregardant son cerveau. T.c-F, NOES LE POLE NORD MAGNETIQUE MIGRE VERS LA SIBERIE Depuis 20 ans, sa position se décale aurythme record de 55 km/an, pre- nant de court les modéles. En cause? Peut-dtre des secousses magné- tiques danse noyauterrestre. VN. ENTOMOLOGIE LE MOUSTIQUE RESISTE AUX INSECTICIDES VIA SES PATTES Les moustiques vecteurs du paludisme développent des mécanismes de résistance aux insecticides parfois, surprenants. Des biologistes de I'Ecole de médecine ‘ropicale de Liverpool ont étudié le génome d'une souche de !Anopheles gambiae, espace résistante aux insecticides pyréthroides. lls ont découvert une quan- tite élevée d'une protéine sensible aux molécules odo- rantes, la SAP2. Or c'est au bout des pattes que cette protéine s'exprime, Et elle est la cié de la résistance aux pyréthroides. “Si/'on empéche génétiquement la SAP2 de s'exprimer, les moustiques deviennent sensibles aux pyréthroides, indique Vietoria Ingham, membre de équipe. Lorsqu’on rétabiit'expression de la protéine, iis redeviennent résistants.” Quand le moustique pose ses pattes sur une surface imprégnée insecticide, la SAP2 capte les molécules de pyréthroides pour les empécher d'agit.Linsectene craint plus rien. 0.0. Anopheles gambiae est protégé par une protéine aui sexprime au bout de ses pats, MARS 12020 IYI 23 Be ick RMU Ly Br cy oes eace Orns eg ie Calon uae eer Reimer ures Pere ee cetera QU’ARRIVE-T-IL A BETELGEUSE ? L'éclat de |’étoile Bételgeuse, une supergéante rouge située & 650 années-lumiére de la Terre, s'est affaibli de moitié! Tous les astronomes sont a son chevet pour tenter de comprendre pourquoi. SERGE BRUNIER ‘Ce sont les astronomes amateurs quinous ont alertés les premiers", raconte 'astronome Miguel Montargas. Bétel geuse, une éblouissante toile supergéante rouge de la constellation d'Orion, visible a ceil nu, méme en pieine vile, Enfin, éblouissante, plus vraiment : depuis début décembre 2019, étcile ne cesse de voir son éclat diminuer. La supergéante, 65000 fois plus brilante que notre Solely a quelques mois, nest plus désormais “que” 25000 fois plus lumi- neuse que notre étoile. Une premiere. Pourquoi? Crest toute la question... Depuislafin décembre, tous les astro- nomes dumonde, ou presque, sont au chevet de toile, pour tenter de comprendre sa surpre- ante baisse de régime: ;quipe de Miguel Montar: ges a obtenu en urgence 25 heures dfobservation avec les plus pulssants télescopes du monde, le VLTet le réseau intertéro- meétrique VL, situés au sommet du Certo Paranal dans les Andes chilennes, Lequipe européenne a une longueur c'avance, pour tune raison étonnante: “Normalement, Bétel- geuse est trop brilante our étre observée avec un télescope géant, nous sommes les souls la suivre réguliérement, en uilisant de puissants fitres.” Le VLT, en effet, a produit les premieres images de la surface de Bételgeuse dans les années 2010, etl'on alors mieux compris ‘comment fonctionnait ‘ce monstre galactique. UNE ETOILE EN FIN DE VIE Bételgeuse est une étoile rare, une supergéante comme ilen existe peut étre dix mille dans la Voie lactée, soit moins de 0,0000001 % de la popula- tion galactique! Sa masse: ‘environ 15 fois celle du Soleil. Son age: 10 milions g dannées, apeupr bustible a une vitesse effa- une espérance nent = courte: 10milions a'an- © nées, justement. Les astro- nomes s‘attendent done ace que Iétoile s'etfondre bientdt sur elle-méme et explose brutalement en supernova... Et lorsque cela arrivera, c'est peu dire que 'événe- ment sera suivi par tous les Terriens: létolle devrait alors étre visible de jour, et 6clairer la nuit comme une deuxiéme pleine Lune, 4teignant toutes les étolles pendant des mois! Le phénomene devrait tre cent fois plus intense que la plus brillante des super- novee jamais observées, la supernova du Loup, quia brilé deux ans durant comme une nouvelle étolle dans le ciel, en 'an 1006, ‘Alors? Cette brusque balsse de luminosité pourrait-elle étre un pre- qui pourrait étre due a des Cea urate ei rd (photographié ici parle VET) alimenté en permanen pete en eer era DOU Der ute ER nec) mier signe de explosion imminente? “Non, tem pére Miguel Montargas, iisemble quilrested Bételgeuse 100008 100000 ar C0." Pour lnstant, les astro- nomes favorisent une autre explication. Caren photographiant toile et son environnement en 2009, "équipe de Pierre Kervella, de Observatoire de Paris, a découvert quielle est entourée d'une immense couronne de gaz et de poussiéres qui s'étend sur plus de 10 mil liards de kilometres. Un gigantesque halo qui serait né des éruptions de Vétoile: la fois massive et tres peu dense, elle la rait s'échapper par bout- fees de grandes quantit oo de matiére, equivalent de lamasse de la Terre tous les ans, selon 'évaluation de léquipe de Thibaut Le Bertre, del'Observa- toire de Paris. Or monstrueuses protubé: rances se retroi et une partie du gaz se condense en poussiéres, formant des nuages. Cest peut-étre!'un d'entre eux, exactement aligné vec la Terre, qui explique labaisse de lumiére de Béteigeuse. Sicestlec 3s, la super- géante pourrait reprendre de ’éclat dic Ihiver pro- chain, quand Orion sera denouveau visible d Ciel. Etsinon.... peut-étre faudra-t-il'se préparer a voir mourir une étoile’ le sv) 25 Lactu de ieNCeS En chiffres LES EMOTIONS VARIENT AVEC LA CULTURE Les mots “amour”, “fierté" ou “espoir” ont-ils le méme sens dans toutes les langues? En analysant le champ lexical des émotions et leurs relations entre elles a travers 2474 langages, une équipe internationale a montré que certaines pouvaient, d'une culture a l'autre, correspondre a des sentiments trés différents. PAR THOMAS CAVAILLE-FOL IE LE RESEAU EMOTIONNEL DES LANGUES EUROPEENNES ‘Apart de étude des langues indo-europSennes, les chercheurs ont eta un réseau émotionne! dans lequel chaque coeur césigne une communauté «émtions proces. En Asie du Sud, | En Asie du Sud-Est, espoir rime avec @tre fier est un désir sentiment positif En Amazonie, Loeseavauo 26 I@vi MARS1 2020 LORIGINE DES GALAXIES SE LIT DANS LEUR MAGNETISME Catte image représente les lignes de champ magnétique dela galaxie M77, située dans la constellation dela. Baleine, & 47 milions o‘années-iumiére de nous. Elle a été obtenue par Enrique Lopez Rodriguez, de laNasa, grace au télescope a infrarouge Soffa, Lastronome cherchait a verifier la principale théorie sur forigine des bras des. galaxiesen spirale, comme notre Voie actée: iis ne seraient pas des structures faites d un seulbioc, maisle résultat d“ondes de densité”. Autrement dit, les étoiles et lapoussiére qui s'y concentre se comportent comme un emboutellage quise meutlentement, Indépendamment des voitures quiy entrent et en sortent. Et comme cette théorie prédit que les bras spiraux sont e siége de forma: tions stellaires importantes qui, & leur tour, engendrent lun champ magnétique intense, 'astronome a cherché & capterla lumiére polarisée pares particules de poussiére interstellaire de M77, qui sont un bon traceur duchamp magnétique local... te résuitat a confirm sa théori. Les lignes de champ magnétique salignent bien avec les bras spiraux, et ce, sur des millers clannées-lumiere de distance. "Ce résultat nous a donné croit 200 heures observations supplémentaires avec Sofia. Nous allons pouvoir effectuer le méme travail sur d'autres galaxies”, «Se réjouit le chercheur. De quoi exposer en 2022 toute 2 une collection de fresques galactiques. Br. UNE FIBRE OPTIQUE EN CELLULOSE PROMET DE NOUVELLES APPLICATIONS Abase de verre ou de plas- | lose, ce polymere que on tique, les fibres optiues | trouve par exemple dansle actuelles sont chéres bois. "Crest un premier pas etleur fabrication peu vers de nouvelles applica- écologique. Mais des tions pour ce matériau chercheurs duCentrede | naturel”, assure Hannes recherche techniquede | Oreima, qui adirigé étude. Finlande ont conguune | Lecoaur de cettenouvelle fibre entigrement en cellu- | fibre est constitu de cellu- lose quia coagué apres <\Vue au microscope électro- | avoir été dissoute dans un ASASOMA NASALIPL-CALECHIROMA TRE UN -ALORELMAE AL, ETH ZORA MA nique, cette fibre est notam- | Solvant et plongée dans ment capable de détecter eau. Clest dans ce maté- des substances chimiques. | riau transparent que la 28 SV MARS | 202 lumiare peut circuler. Les chercheurs lentourent ensuite d'un revétement cfacétate de cellulose, sur lequel la lumire se refi cchit, ce qui permet de la canaliser au coeur du dis- posit. Contrairement aux fibres optiques en verre ou Plastique, qui sont dites “passives” car elles se contentent de conduire la lumiare sur de grandes ais- tances sans latténuer, les fibres en cellulose sont “actives”: elles atténuent rapidement ia lumiére, La forme en. PC et Cent) Caen eee Certs ce quiest un inconvénient, mais sont capables dab- sorber des substances qui ‘moaifient leurs propristes optiques, c2 qui pourrait leurpermettre de servir de détecteurs d'eau, de maisissures ou de produits chimiques. “Notre fibre nest pas totalement optimisée et lest aifficile d'enconnaitre toutes les possibiliés, mais nous sommes en discussion avec des sociétés pour son industriaisation’, indique Hannes Orelma. SF. INTELLIGENCE ARTIFICIELLE SAIT ENFIN RESOUDRE LES EQUATIONS Les réseaux deneurones | différentielle sous la forme profonds ontjusqu'ici d'une séquence de échoué en mathéma- termes, comme en lan- tigues, méme pourdes _| gues: les opérateurs et les opérations tres rudimen- | fonctions fontici office de taires. Deuxchercheurs _| verbes, les variables jouent francais de Facebook ont _ | lerdle de noms. Exercé trouvé laparade: iis ont | partir de 100 millions utilisé un modéle dA de | d'exemples, leuralgo- traduction automatique _| rithme ainsi été capable pour traduireVexpression | derésoudre 99.7% des mathématique d'une nouvelles équations équation en... solution. dintégration — contre 84% Usuffit de formuler une pourle logiciel classique integrale ou une équation | Mathematica. wn. UN CHOCOLAT IRIDESCENT... SANS LAIDE D’AUCUN COLORANT (On savait déja fabriquer des chocolats colorés, mais les faire miroiter aux couleurs de 'arc-en-ciel sans colorant, C'est exploit réalisé par une équipe de Iécole polytech- nique de Zurich. Limpression d'une microstructure sur le chocolat crée une couleur “structurelle": alors qu'un colorant absorb une partie de la lumiére pour ne r6- mettre que celle correspondant & sa couleur, icice sont les interférences de la lumiére avec la microstructure qui donnent ces iridescences. “Le challenge était de maxi- ‘miser lintensité des couleurs tout en tenant compte des propriétés du chocolat, - un matériau complexe avec des microparti- cules telles que celles, dea poudire de cacao explique Jeotfroy Etienne, membre de Vequipe. “Des discussions sontencoursavec aa desacteursde ail \ Findustrie du %S chocolaten See wweduno production industrielle.” s.r. MARS | 2020 SWI 29 JOSEP SANOT AUT J. WCAUGH ETAL SENCE TRANSLATIONAL MEDIOE 201) LES NCEUDS ONT ENFIN LEUR THEORIE PHYSIQUE Neeud plat, papillon alpin, naeud de Zeppelin, Noeud de gabier... Des centaines de nazuds ont été inventés au cours des siécles par les marins, grimpeurs, chirurgiens ou encore tricoteurs. Pourtant, prévoir comment un noeud se comportera réelloment a partir de sa structure et de sa matiére (élastique, rigide, rugueuse, etc, était jusquiici un défi ouvert. Des chercheurs du MIT ont enfin éla- boré un moddle mélant la topologie mathé- matique a la mécanique et a la simulation informatique. Construit sur la base d'obser- vations de fibres optiques changeant de cou- leur selon les contraintes exercées sur elles (voir ci-contre), il permet de prévoir la tenue et lastabilité d'un ncaud a partir de paramatres observables comme lenombre de croise- ments ou de changements de direction d'un brin, a direction des forces exercées, ete. Selon Jérn Dunkel, coauteur de Varticle, "avec ce modéle, on devrait pouvoir observer deux nosuds presque identiques et dire Jequel est fe meilleur”. La théorie pourrait également s'appliquer 4 'ingénierie des structures, la physique des matériaux, voire la biologie (repliement des protéines et de 'ADN), UN PATCH A MICRO-AIGUILLES POUR TRACER TOUTES LES VACCINATIONS Une équipe américaine | infrarouges. “Le signal GUMIT propose un caret | pourrait se maintenir des de vaccination nouvelle —_| dizaines d/années', estime .génération: un patch sous- | Ana Jaklenec, codéve- cutané équipé de micro- | loppeuse du produit. La aiguiles contenant ala fois_| disposition des aiguiles le vacein et un colorant. sur le patch permettrait Calui-ci, encapsulé dans | de coder le type de vaccin, des particules, reste sous | la date injection oule lapeau. Invisiblearceilnu, | numéro de lot. Les cher ilest détectable par un ccheurs envisagent des 200 pm =" smartphone émettant des | testsdlicideuxans. a. 30 Sv MaRS! 2020 en loc an Géantes BuLLES VoLcaNiouEs Diaprés les infra- sons enregistrés par des géologues, Feruption, fin 2016, du volcan immergé Bogosio, en Alaska, arelé- ché des bulles de gaz et de suie mesurant entre 100 et 440 m delargeur, an. 37°6, CEST Dupisse En 157 ans, la tem- pérature corporelle moyenne des Amé- ricains est passée de 37°C 365°C, ‘selon une étude ‘compilant 667 423 mesures. Les rai- sons probables: de meileures condi- tions de vie, Val mentation et Whygiéne, a, Les Loups AUSSI JOUENT ‘ALABABALLE Sur 13 louveteaux Aqui des 200I0- aistes suédois ont lancé une balle, trois sont alles spontanément la chercher! Ces Capacités sociales et cognitives étaient donc défi présentes chez les loups, bien avant ka domestication des chiens... vn. En relevant drastiquement le niveau de la nouvelle “spécialité” maths ds la 1", la réforme Blanquer a ravivé un mal bien frangais: “anxiété mathé- qui doit aut agie ou la formation « ées. Loccasion d'une remise a plat? Hugo Lenoux Pomc cde maths & resoudrg cunkaces Frarce rs Cerne oe Cee Tc) pons C Jjounes Francais qul | preeerramrg e Coe Ed nd - Cosa ets i ——— Ce a ———— oN a ea nt Cees een Le al . ee Science & société Enquéte aréforme du bac, entrée en vigueur en sep- tombro dernier, a refondu tout Venseignement au seignements de spécialité “a la carte” das la 1” =| les anciennes fili@res S, ES, L, Sauf que la nouvelle spécialité maths inquidte Jes enseignants: “II n'y qu'une seule spéciali pour tout le monde, quel que soit le profil: or son programme est ambitiewx: i correspond a ancien programme de 1"S, avec beaucoup de démonstra- tions et d’abstraction, et méme quelques notions, comme les fonctions expo- nentielles, auparavant étu- diges en terminale”, dé- taille Sébastien Planche- nault, président de I'Asso- ciation des professeurs de mathématiques de l'ensei- sgnement public (APMEP).. Résultat: de nombreux éleves, dont le profil n'est pas purement “matheux”, sont en train de décrocher. “Certains se destinent aux professions médicales ou au commerce; ils ont be- soin de maths, mais avec tune approche différente, plus pratique. Or, on risque de dégoiiter certains élaves ct les faire renoncer a cette discipline en terminale”, dé- plore ensoignant. Depuis la rentrée, les alertes se multiplient. Au point que le ministre Joan- Michel Blanquer a déja da annoncer, en janvier, des ‘aménagements de cette spé- cialité toute fraiche. UN STRESS EN HAUSSE Des la rentrée 2020, les éleves seront répartis. par groupes de niveaux, ce qui leur permettra d'avancer & leur rythme, “Crest ce que pratiquaient déja officieu- sement certains lycées”, signale une professeure de ‘mathématiques de Vacadé- mie de Clermont-Ferrand. Mais APMEP réclame éga- lement la création d'une se- conde option maths, plus proche des anciens pro- grammes de ES. D’autres questions restent cepen- dant en suspens, comme colle de évaluation finale les groupes qui auront 66 moins loin, Sans compter aque le recul manque sur les LEONARD VANNETZEL Pycholoque de Févation On sait qu’expérimenter aide a apprendre, mais on continue de voir le professeur comme devant remplir le cerveau d’éléves passifs Les 3 ressorts de la peur de I’échec C’est une forme d’anxiété... Si les collégiensfrangais sont prés de 65% a appréhender le cours de maths, ils ne sont plus que 36% a craindre d'échouer ne fois devant leur copie... Plus de peur que de mal, donc. Pourcentage oélves francais qu sinquetent deveonent és sauent on pon nerveux quad is sant quis auxot es cific en cours da maths 3, “J conséquences de cette ré- forme. “On ignore quelles sont les attentes des univer- sités et des établissements du supérieur sur le choix des maths: est-ce qu’un éleve qui les a abandon- inées en terminale pourra encore prétendre faire mé- decine?” s'interroge cette professeure, Crest que la r6forme a été imposée dans un calendrier particulidre- ‘ment serré (lie p. 32), sans laisser beaucoup de place & la consultation des ensei- sgnants. Mais une chose est sfire, cela ne va pas corriger ‘une de nos grandes spéciali ‘és nationales: 'anxisté lide a Vapprentissage des mathé- ‘matiques. “Il est évident qu'une ré- Jorme d'une telle ampleur ‘imposée aussi rapidement ne pout que la renforcer”, es probes trwvalent su oe maths Se A, OCDE. 2012 reléve Michéle Artigue, mathématicienne spécia~ lisée en didactique. Gotte ‘anxiété spécifiquement lige a la discipline mathéma- tique est un phénoméne de plus en plus étudié par les psychologues. Et toutes les ‘études montrent qu'elle est particulidremont prignante dans I'Hexagone... qui éta- blit méme un record en Ia matidre (lire p. 33)! Pourquoi? “Les maths, tr8s connotées socialement, sont associges aux parcours $ excellence. Or. la pression de l'environnement dans le = rapport @ la performance peut étre facteur d’anxié 16", souligno Léonard Van- netzel, psychologue spé-3 cialisé en neuropsycholo- 2 sie ot psychopathologio do 2 enfant, Cotte anxisté peut i notamment étre associée 3 Ionic FLU non 34 |SVI MARS | 2020 lige a la réussite sociale Ce nfest pas dans les pays cui affichent le plus bas niveau en maths que les éléves sont ls plus anxieux, mais dans ‘ceux qui assacent le plus fortement maths et réussite sociale, comme les pays d'Asieet la France, ol ancien BAC'S reste la porte dente vers es fléres d'excllence. aux complexes familiaux Des études ont montré que les parents pouvaienttransmettre leurs propres complexes vis-4-vis des maths leurs enfants, favorisant idée que Ton naitrat dou en maths, ou non. et a la formation des instituteurs EnFrance, seuls 15% des insttuteurs sontissus de parcours scientfiques. Des études ont montré que beaucoup d'entre ux, insuffisamment préparés ala discipine, arrvaient en ‘classe avec leurs propres complexes... qu'ls pouvaient. transmettre, sans le voulot une diminution tempo- _méme lorsque coux-ci les raire de certaines facultés aidaient a faire leurs de- intellectuelles, lors d'une voirs. C'estle fameuxmythe évaluation, par exemple, de labosse des maths, selon ct pout provoquer ou ren- _ lequel Paptitude & la disci- forcer le sentiment d’échec. _pline seraiten quelque sorte Ses ressorts sont nom- innée, ou transmise, Mais breux. Des études en psy- la peur des maths est ége chologie ont montréqueles _lement fortement com <éleves pouvaient “absorber” desstérdotypes de genre, les los préjugés de leurs parents filles doutant davantage de vis-a-vis de la matiére, leurscapacitésaréussirque les gargons. Une étude me- née par des chercheurs de Vuniversité Aix-Marseille demandait ainsi a de groupes de gargons ot de filles de réaliser un méme exercioe, tantot présenté par l'enseignant comme relevant de compétences artistiques, tantot relevant de compétences ‘gGométriques. Résultat élo- quent: les filles, contraire- ment aux gargons, ont échoué significativement plus dans le second eas. D’autres études ont firmé un autre mécanisme deja suspecté depuis long- ‘temps: l'anxiété serait aus- si transmise, ou favorisée, au plus jeune age par des instituteurs eux-méme mal a aise face a cette matidre! “En France, seuls écoles sont issus de filiénes scientifiques”, déplore par exemple Michele Artigue. Enfin, lacquisition du nombre, en materelle ot au GP, semble jouer un réle snucial. “Gest @.ce moment que on découvre, ou pas, une logique de plaisir et de mathéma éussite e tiques. Or, cette matiére se construit comme une pyramide: si votre so n'est pas stable, vous cons: truirez sur une base fragile et insécurisante!” privient Léonard Vannetzel CEN’EST PAS UNE FATALITE “A différentes échelles, on contribue d nourrir Vangoisse et le sentiment d'échec”, résume Michile Artigue. Ce qui n’aide pas améliorer le niveau in- quiétant des jeunes Fran- MARS | 2020 SW) 35 Science & société Enqu ais en maths. Car la ten-_ gressivement vers l'ebstrac- danceestclaire:des études tion. “Et c’est logique: les internationales chargées neurosciences ont bien éta- a’évaluer le niveau des bli que pour apprendre, Gloves au collage (PISA) nous avons besoin de jouer, ou au primaire (TIMSS), d’étredans Paction et auto- confortées par des études nome. A'inverse, lEduca- franco-frangaises menées tion nationale tend encore par le département de sta- 4 concevoir le professeur tistiques de'Educationna- comme devant ‘remplir’ le tionale, font régulidrement cerveau d’éleves passifs”, état d’une chute de niveau regrette Léonard Vannetzel, depuis vingt ans, avec une qui défond une adoption, forte disparité entre un plus large, dans V’enseigne- quart d’éloves excellents...._ ment public, des méthodes et d'autres en plein décro- des écoles Montessori. chage. Une disparitéqueles Ainsi, la “méthode Sin- récentes réformes risquent — gapour”, pays oi les éloves Apprendre en jouant ‘i Lesrecterches montent qv'un encore d’accentuer. excellent aux évaluations on a intemationales, est souvent oi TOUTREPRENDREAZERO its ic em commence citée pourson caractine ma- . manipulation. expémentaton “Pourtant, cette anxiété nipulatoire et progessit. 3 §Qlutions elejeu, avant dévoluer poo- mathématique n'est pas “Mais cette méthode n'est. “W Pa . yessivement vers abstraction. tne fatalite™ assure Mie por sortie dum ehapean: AGJA CESKEES — lameoocevesnosoos es chéle Artigue. Et les remé- elle a été élaborée dans les appliquée avec succes aux flessomtdeaconnas ances 19900 pecurde lg AMLCUTS pets ean, ‘Au plus jeune age, juste- synthese des recherches en mont, les pays qui néussis- didactique des mathéma- sent lemieux placentlama- tiques!” rappelle Nicolas inspecteur de I'—fducation et maitre de conférences nipulation et l'expérience Pinel. Ens‘appuyantsurles nationale a congu une en psychologie cognitive. au centre de la pédagogie, recommandations les plus méthode “heuristique”. Le programme francais, avant de se diriger trés pro-récentes de larecherche, cet Pour étudier le concept _ plutétambitieux, demande de cube, par exemple, “la de compter jusqu’a 100 au méthode traditionnelle CB, la ou d'autres pays, consiste a dessiner ce cube comme la Finlande, s’ar- Des ados de plus en surletableauenT'accompa- rétent d 20! En revanche, = plus anxieux ? iiinie Paxglicatiods, Mois, Yas Pindandeds proninact dq ; iest plus efficace de com- plus de temps pour explo- £8 Pression des examens, des réseaux sociaux, écoarnd mencer par assembler des rer les relations, détermi- == De nombreuses études suggérent une augmentation géné- carrés avec des pailles et nantes, qui existent entre #3 ral de anxiété sociale chez les jeunes, eten particulier de la pate & modeler, puis les nombres. Maitriser lo $8 {es files. Un phénoméne qui pourrait étre lié & une évolution apprendre alesassembler 5, ce n'est pas seulement 2= des mentaltés et de la défntion de Tanwété, poussant Ades en 3D et adessinerce cube, érumérer 1, 2, 3, 4,5. Cost 2E signalements pus frequen. Les troubles araiewx, manies- quant d’aborder sa repré- comprendre que 5=2+3 ou = @ tation clinique d'une anwiété qui handicape et touche 6,5% sentation dans les livres”, 441. Sinon enfant ne dé- 22 en moyenne des enfants et des adas dans le monde, serait _—_illustre Nicolas Pinel. veloppe pas decompréhen- 3 § ‘au contraire plutt stable depuis 30 ans. “if faut faire atten- “Pour l’acquisition du — sionmathématique, il récite 3 = tion aux surdiagnastics, avertit Nathalie Parent, psychologue, nombre, il faut également des pobmes.” Le didacti- $2 spécialiste du stress au Québec. Ladolescence est propice prendre plus detemps,sou- _cienad’ailleurs congu une 3 = 4 lamwietés, comme tous les grands changements de fe, ligne Rémi Brissiaud, pro- application ludique pour ‘une grossesse ou le fait aller @université.” 0s. —_fesseur de mathématiques _favoriser cette exploration. 5 = 36 Sv) MARS | 2020 Réviser la méthode d’évaluation LLévaluaton sera bénéfique s ele permet a élbve de repérer rapidement les détallanoes dela méthode qu'l use pour résoucre son probleme et de trouver la bonne. Une forme CFévaluation trop peu pratiquée en France, sont privileges celles (quivisent a étabir un classement. ‘Avec une démarche simi- laire, Brigitte Grugoon- Allys, chercheuse en didactique dos mathéma- tiques, a obtenu des résul- {ats promettours sur 'ensei- gnement du calcul littéral dans un college d’éduca- tion prioritaire d’pinay- ine (93). “Le passage @ Pabstraction des x et y, une étape trés délicate, perd beaucoup d’éleves en 5, 4 et 3°", expliquo-telle. Elle travaille donc avec les professeurs de maths pour los aider & mieux explicitor auprs des élaves ce qui ne vva pas dans leur raisonne- mont et les aider a trouver celui qu’ils doivent em- ployer pour résoudre leur probleme, Une méthode de travail en groupe qui fait ‘également partie des préoo- nisations formulées par Cé&- dic Villani afin d’améliorer Ja formation continue. UN VASTE CHANTIER Parmi ses “21 mesures pour l'enseignement des ‘mathématiques”, remises cn février 2018 au ministre de ’Education nationale, le mathématicien propose de tester la mise en place de laboratoires de maths, congus comme des liewx déchanges de pratiques et dexpériences entre pro- fossours. “L’idée est bonne, reste @ voir ce que cela donnera en pratique”, ob- serve Michéle Artigue, Mais Rémi Brissiaud Mieux former les enseignants Dans les pays qui réussissent le ‘mieux dans les lassements interna- tionaux, les enseignants proftent dun haut niveau de formation initial et continue, Or, en France, un pro fesseur des éooles pouvatt, en 2017, ‘avoir suivi que 60 h de maths, contre 400 h a Singapour recommande de “faire fou de tout bois, non seule- ment en formation conti- nue, mais aussi initiale, Bt par formation, j‘entends celle d la discipline mathé- matique, mais aussi aux techniques pédagogiques et d leur histoire”. Or, cdté formation initiale, le chan- tier est vaste: “Nos futurs professeurs des écoles ont 60 heures de maths contre 400 heures @ Singapour!” constate Nicolas Pinel La crise que traverse ces deriors mois I'enseigne- ment mathématique est en tout cas Voccasion de ‘metire le sujet surle tapis et de rendre, peut-étre, un peu de sérénité aux mathé- maticiens en herbe? FEM BRISSIAUD Professeur de matnématiques et spécialste de psycolagie cognitive Si, en France, on doit savoir compter jusqu’a 100 en CP, en Finlande on s’arréte a 20. Mais savoir énumérer 1, 2, 3, 4,5, ce n'est pas faire des maths, c'est réciter de la poésie ! MARS | 2020 SWI 37 Les cl es p 0 TT] r Tout le monde sait aujourd'hui que le char- bon est responsable d'une crise sanitaire d majeure liée a la pollution de I'air mais aussi COMPFENATE — airegosse par du rechauttement cime- | a tique. Et pourtant, il tréne toujours aussi soli- e S Uu cces dement en t&te des sources d’électricité h mondiale. Décryptage d'un succés affolant. du charbon ne La demande mondiale continue de grimper En 2014, une baisse de la consom- ‘mation semblait enfin s'amoroer = due la mauvaise passe économi- ‘que du plus gros consommateur, la Chine. Mais a consommation est reparte en 2017 sur une hausse a prio durable (+-1,1% en 2018), ‘ Fs ee 4 a 2 1 ° ‘Demande mondiale en carton en millarés de Tonnes équtvaontcharbon 2005 2010 2015 2020 2025, Si les pays occidentaux se désengagent du charbon... Les Etats-Unis remplacent massi- ‘vement leur charbon par du gaz de schiste, L’Allemagne troque le lignite contre du gaz naturel et de ‘'éolien. Son objectif: se débarras- ser du charbon d'ici a 2038. BAISSE DES EMISSIONS DE Coe DEPUIS. 2010 GRACE AU PASSAGE AU GAZ 2012 2014 2016 2018 2 .o ON a ae 8 EV FRAYERGETTY MAGES -M KONTENTE LDESBAVAUD (en malons de tomes) 8 38 svi ans! 202 do I’Agence internationale de véritable effet. Cortes, les pay’ [— est a lordre du L____ sommets sur le radiquer le char- bon: cet objectif centrales & charbon par des, technologies plus vertes, mais des pays en plein jour de tous les développement, comme Vinde, ont vu leur consom- nat,detous les rapports mation grimper de 5% entre 2017 et 2018, selon PAIE. Il faut dire que cotte ressource est facilement “La seule solu ‘énergie (AIF)... Sans ss occidentaux rempla- accessible. agressivement leurs tion pour un charbon qui ne produit pas d’effet de sorte, c'est le captage et le stockage du carbone, ligne Jean-Marie Martin- Amouroux, économiste de énergie. Mais tous les pays n'ont pas des sols géologi- ‘quement préts d sto C02 et cela coiite trés cher. 1 faudrait que les er du ceptent de payer prés de deux fois plus le m heure.”Or, ily a urgence: le charbon représente plus de 40% des émissions de CO2 lies A '6nengie, et le brouil: lard toxique (mercure, arse nic, particules fines) qu'il ws cas prématuré de plusieurs idre provoquerait le dé. containes demilliers sonnes en Inde ou en Chine. Résarves prowées fn 20i8en milion de {onnesequialntptrole 200: 100 0 2 0 e mmmCharbon mmmPétrole saz Une ressource abondante et bien répartie Les réserves de charbon disponibles sont beaucoup mieux réparties que celles de pétrole ou de gaz. Eles sont également facies & exploiter et leur quantité est presque ilimitée: il resterait plus de 1.000 miliards de ‘tonnes sous terre, de quoi alimenter le monde pendant ‘au moins un siecle, «+: les pays en voie de développement misent encore largement dessus Outre inde et fa Chine, les pays d’Asie du Sud-Est investissent massivement dans de nouvelles cen- trales& charbon, Di 4 ans, indonéste mettra en service équivalent de 12 réacteurs nuciéires. Et au Vietnam le charbon devrait représenter 49 % des ca- pacités du parc électrique en 2024. 146W a i. « a" a aa : | [ Indonsie Vietnam Philipines Malisie mT snot apart Caps acto Un combustible qui reste incontournable Pindustrie Le charbon reste un passage obligé, notamment dans les pays en développement, pour fournir énergie faramineuse nécessaire a la production de ciment et d'acer. D’autant plus que la houlle (Gous forme de coke) reste un ingrédientindis- Pensable & la cuisson du mineral de fer lors du processus de fabrication de acer. = Charbon me Pétrole PRODUCTION PRODUCTION ACER DeCMENT — Gaz ‘Autres Srces EA BP Sats Revw Wane 2019, ‘svi 39 ¢ la Chine a. vu surgir un nouveau virus de cause inconnue 1 Des pneumonies sont déciarées Dimanche 8 décemt Hopital de a ville de Wuhan enregistre un cas de pneumonie de cause inconnue. Puis 6 autres malades sont détectés dans les 10 jours qu suivent, Le 31 décembre 2019, les ‘autorités chinoises alertent afi ment OMS. Mardi 7 jarwir 2020, la cause est identiige: i s agit d'un rquveau coronavirus, nommé 2019: ‘CoV (photo), evotement i au SAAS «qui avait sei en Asie en 2002-2008. Ala recherche dela source de Pépidemie “Trés vite, les soupgons se portent sur le marché aux fruits de mer de Wu- han: en effet, 27 des 41 premiers pa tients hosptalses a la date cu 2 jan- vier avaient frequent le eu; ls ana- iyses génétiques piadent, par ileurs, our une source unique. Une étude chinoise parue le 29 janvier montre (que le nouveau virus partage 88% de sa séquentce avec deux coronavirus de la chawve-souris. Mas existence d'un hote intermedi etalt néces- sale la transmission. Sans doute un des animaux savages vendu sur ‘ce marche : at loup, renard, serpent, aon, crocodile, chameau ou autre?” : i Fs H Fi E | FI : 4 3 42 (svi) Fin décembre 2019, les autorités chinoises alertent 'OMS: des dizaines de cas de pneumonies inexpliquées sont signalés dans la ville de Wuhan. Quelques jours plus tard, l'information tombe: un nouveau coronavirus mortel vient d'apparaitre! Depuis, urgence interna- tionale a été décrétée.... Retour sur les premiers jours de cette épidémie, par vincewr nouvnieat ASK Fare Des mesures de santé publique sans précédent ‘velque 56 milion de personnes coninées, une reirée Scolie repossbe sine ie, des hax costuis en toute ugenoe. ‘La Chine apr des mesures sans précs det sie uno Lina ands que ks autres pays, dont la France, mulipent es quararanes, ufsanl? Les modes incguent ql faudrat logue pus de 60% des fFanamissons Rest slo spatens sont conta- ‘eu avant aaron des premiers symotimes a crée {incubation état denen 5 ours ance Ere Otero. 3 | ame La transmission aérienne domme homme est évdente.. Et ‘le ‘nonibre de cas recensés est large: ‘ment inférieur au nombre de cas séels, signale Eric d Ortenzio (dserin) Un malade contaminerait fen moyenne entre 2 et 3 autres personnes. ‘Les pandémies grippales ‘du.0* siete afichaient un faux de 22 comment 'infetologue Bruno Lina’ Le taux de mortal est néan- ‘moins restéinféieur& 3%, contre pres de 10% dans le cas du SRAS, 15000 10000 Loms oéertte Turgence 000 interatorae a 7 os/o1 10/01 20/01 Nw 6 a8 cond da le monde La course au vaccin a été tres, Fapidement lancée Les médecins de hdpitalchinois de Jin Vintan ont adm nisté & certains patients antiviral Kalra, ulisé hai tuellement contre le Vi, qui avait montré des effets face ‘au SRAS, antiviral Renidesivr est une autre pst. Sut- tout: universté austraienne du Queenstang, ainsi qu'au moins ois entreprises de biotech se sont lanoées dans la ‘course au vactin. Avec Viterton de réalser des premiers tests surl'humain avant’, Top tard pour I énidemie en cours, mais utle ile virus devenatsaisonner ARS | 2020 ISW) 43 Alaune Pourquoi les scientifiques y croient es du climat, des océans, ewe Mak ee ley omiee ES olsvi 63 Alaune Comme tout étre vivant, la Terre Comparée celle (es autres planétes u Systéme solar, histoire dela Tere a été ponctuée de changements radi ‘eaux dans son appa- rence, son atmos- phere, sa tempéra- ture... Cest le dé: veloppement de la biosphére en son sein quia provoqué etamplfié cet évolution, Terre basattique pense la fai dane 'armasohere Concentration relative “hypothdse ressemble & un slogan 6co- logiste. Ou a une métaphore mystique New Age, voire une idée farfelue ti- 16e d'un mauvais roman de science- fiction. Bt pourtant. rarement formulée, cette hypothése est aujourd'hui le paradigme scienti- fique qui domine toutes les sciences de la Terre, irriguant depuis trois cennies la géologie, la climatologie, Tocéanographie, la glaciologie, mais, aussi Vastrobiologie, 'écologie, les sciences de 'évolution et méme la philosophie des sciences. Notre pla- nate, au fond, serait un étre vivant Surpris? Lidée que la Terre est vi- vante est pourtant devenue courante dans la communication officielle des grandes institutions scientifiques. L’Agenco spatiale européenne a inti- tulé son programme d’observation de Ja Terre “Planéte Vivanto”, et la Nasa utilise constamment Vexpression, Le public Iui-mémo, et avec lui nombre ccowverte d'acéans oxyaée Des premiers lorganismes consom- Dionyae de carbone ethane dans Fatmosphére Des bactéries pro- duisent de loxygéne de scientifiques n’hésitent pas & par- ler de “préserver” ou “sauver” notre plandte, une expression qui n’aurait aucun sens & propos d’un objet g6o- ogique -on ne “'sauve” pas un cail- ou. Mais ce qui n’est sans doute pas assez souligné, voire ce qui est méme tu, c'est quill nes’agit pas d'un simple raccourci verbal: cette hypothése re- fate une réalité physique, telle que Ja géoscience moderne la congoit. Et pour comprendre sa paradoxale dis- cxétion, il faut remonter a sa gendse. La question est simple: comment faut-il qualifier le comps sur loquel (ou dans lequel) nous vivons? Est-ce une planate? Assunément. Mais des décen- nies de recherche tous azimuts ont ap- porté une telle avalanche d’informa- tions sur son histoire ot ses ressorts que le terme paratt désormais trop trot, insuffisant, réducteur, Car notre plandte a une histoire siturbulente si complexe et changeante, comparée n’a cessé d’évoluer 4 4 ses homologues que nous connais- sons, qu'il devient légitime de consi- dérer qu'elle est d'une autre essence, Qu’on y songe:alors que ses voisines du Systéme solaire ont toutes connu une histoire relativement prévisible t linéaire, la Terre, elle, est allée de métamorphose en métamorphose, de bouleversement en complexification, ct ce, principalement sous l'effet de quelque chose qu’'aucune autre pla- nate alentour ne semble abriter: la vie. Cesten effet en grande partie sous, action du vivant qu'elle n’a cossé, au fil de milliards d’années, de changer de couleur: noire, orange, blanche, Bleue et verte... (voir ci-dessous). Notre planéte a connu des change- monts brusques et radicaux de tem- pérature, se glagant totalement trois fois, puis se réchauffant & nouveau, atteignant méme, il y a 60 millions années, un pic de chaleur 15°C au- dessus de colui que nous connaissons verte et bleue Eres» La vie conquiert les glaciaires, Continents et devient ‘multicellulaire aujourd'hui! Son atmosphere aconnu, ‘une baisse constante mais iméguliére de ses concentrations en COs (jusqu’a Ja remontée fulgurante actuelle), une hhausse par paliers de sa concentration, cen oxygine, des fluctuations impres- sionnantes de méthane, la formation soudaine d'une couche d'ozone... EHYPOTHESE QUICHANGE TOUT Méme sa composition minérale n’a cossé de se modifier, de se complexi- fier: plus de 5700 nouveaux miné- raux sont nés, d’énormes dépéts s6- dimentaires ont otiré deatmosphire des milliards de tonnes de carbone, parfois réinjectées avec des océans de Jave par des cataclysmes volcaniques, ot @'innombrables autres métamor- hoses ont marqué sa géologie. 1 serait facile de continuer, mais arrétons-nous la. Avec ce mariage iné- ditde vivantot de minéral, ne sommes- nous pas face & un objet dune autre eclairée nature qu'un assemblage inanimé de ‘gnz.et deroches, tournant passivement autour de son étoile? Ne pourrait-on pas parler ici de corps vivant? Crest en réalité ily a un demi-sidcle, dans les années 1970, qu’un chimiste anglais inconnu, James Lovelock, a formulé cette hypothése provocante ct radicale: Ia Terre serait une sorte de super-organisme, qu'il a baptisé Gaia, du nom de la déesse grecque de Ja Tere. Et c'est bien en comparant notre plandte avec les autres que lidée luiest venue. Lors d'un entretien avec &Vie, il y a 13 ans, Lovelock ‘@ évoqué son “moment Eureka”: “En 1968, je travaillais pour la Nasa, qui s‘intéressait d Vexistence de la vie sur ‘Mars. Je me suis dit que si Mars était une planéte morte, alors la composi- tion chimique de son atmosphére, dé- toctable a distance, seraitcertainement proche de l'équilibre thermodyna- mique. Pour vérifior la justesse —> Scieni Bientét la prochaine métamorphose? LLiruption de miliards d’humains pourrait faire basculer ‘ole pianéte vers un nouvel état: une "Terre-serre” plus Chaude et moins favorable aux formes de vie actuelle. Tertdionm Eo aes ee GRADE. MONTENTE- LOESRANAUD MARS | 2020 SWI 65 Alaune du raisonnement, je me suis in- terrogé sur latmosphere terrestre et fai réalisé que celle-ci contient c'impor- tantes quantités d'oxygéne et de mé- thane, un mélange instable qui n’au- rit pu se maintenir pendant des cen- taines de millions années sans un systéme de régulation. Et li, il m'est apparu que ce systéme est la vie. La Terre était donc vivante, tandis que Mars, avec son atmosphere dominée par le CO», était morte.” NOUVEAU GOUROU OU CHARLATAN? La vie comme systime de régulation do la plandte: l'intuition rompt radi- calement avec le regard de I'époque, qui séparait strictement biologie et géoscionces, subordonnant la pro- miére aux secondes. On considé. rait en effot la physique ot la chimie comme les maftresses du. temps long et de la plandtologie. “Jusque-ta, la Terre (océan, atmosphere, roches) était le décor donné et immuable dans lequel la vie jouait sa pivce, qui consistait @ s'adapter le mieux pos- sible” résume Sébastien Dutreuil, au- tour d'une these sur Vhypothase Gai Las processus biologiques, certesinté- ressants, étaient pergus comme secon- daires. Bt ce que Lovelock a compris, le premier, explique-til, c'est que la vie, durant cette pice, s'est emparée du décor, 'a transforméet reconstruit, au point qu'acteurs et décor sont de- venus indissociables. James Lovelock peaufinera son idée durant presque dix ans avant de la publier en 1974, avec Lynn Margulis, Tune des plus grandes biologistes du. Xx° siacle, puis de lui consacrer son premier livre La terre est un étre vi- vant ~ Lhypothése Gaia, en 1979. Son argument central: la Terre a @ Musi, 4 milliards d’années durant, § a se maintenir dans un état relative- = ment stable et favorable a la vie, qu'il & Sagioce de sa température globale ou 3 de la composition chimique de son vEMME ouneavzns 66 ISI MARS | 2020 atmosphare ot de ses ocfans. Ete, en dépit detoutes sortes de perturbations: volcanisme, bombardements d’as- {éroides, augmentation de 30% du rayonnement solaire incident... Or, en s‘appuyant sur le livre du physicien Erwin Schrédinger, Qu’est- ce que la vie?, publié 20 ans plus tot, Lovelock observe qu’utiliser de Péner- sie (ici celle du Soleil) pour conserver son milieu intérieur stable dans une configuration éloignée de I’équilibre chimique est une propriété univer- selle des étres vivants, nommée “ho- méostasie”. Tout élave en sciences naturelles a ‘un jour entendu parler de ce phéno- ‘mane décrit dis 1865 par Claude Ber- nard dans son Introduction a la mé- decine expérimentale: ’homéosta- sig. 11 s‘agit de la capacité d'un orga- nisme évoluant dans un environne- ‘ment externe variable a maintenir ses constantes physiologiques internes dans des limites de fluctuations qui nos écartent guére de ses normales vi- tales, Pour le médecin et physiologiste frangais, voila ce qui distingue avant tout le vivant du non-vivant: vivre, C'est étre traversé par de multiples processus qui maintiennent en équi- libre instable. D'oit 'hypothése Gaia. James Lovelock reste flou surla mise cen ceuvre précise de cette homéostasie planétaire, qu'il attribue aux proprié- ‘és émergentes de la multiplicité des systémes entrecroisés qui constituent la Terre. Mais son idée rencontre un succes populaire immédiat. D'autant que Lovelock est un écrivain de talent, prolixe en métaphores puissantes. IL assimile ainsi humanité a une sorte de systéme nerveux, apparu tardive- ‘ment, qui permettrait a Gaia dese pen ser, et méme de se voit. Mais il va encore plus loin, Selon Jui, Ja planéte a pour but de se main tenir dans l'état le plus favorable & la vie possible. Une ligne rouge que Ja majorité des scientifiques ne Se aianis cee ely 11816 5 Qutune théorie & rorigine un changement de para- igme scientifique majeur ait fini par triompher sans que son nom, ni.celui de son auteur ne soient con- nus est un événement rare dans histoire des scien- ces. Qui s'explique en par- tie, on fa vu, par Nappelia- tion, teintée de mysticisme, de Gaia, par les errements finalistes de Lovelock, par sa surproduction de métaphores postiques, et ppar sa propension & se ccontredire lui-méme avec tune certaine désinvotture. Mais clest aussi la trajec- tore personnelle de James Lovelock lui-méme, qui vient d'entrer dans sa 100" année (tout en conti- nuant a écrite des livres), ‘ui expiquent oe para- doxe. Sébastien Dutret ui a consaoré sa thése a Lovelock, souligne quil s'est d’abord imposé com- me un ingénieur chimiste d'un talent exceptionnel. Ayant, a ce titre, 6té em- ployé toute sa vie durant comme consuitant, 2a fois par des institutions pu- bliques comme la Nasa, mais aussi par des muti- rationales, notamment du pétrole (jl publie de nom- breuxaricles avec des scientifiques de Shell) et do lachimie... et méme, & maintes reprises par les services secrets britan- niques! Une situation qui luia permis de jouir d'une grande liberté et de mener son activité scientifique in- dépendamment des insti- tutions académiques cias- siques, notamment sans jamais étre offciellement rattaché & une université ou un centre de recherche = ce qui ne favorise pas non plus lintégration & la communauté scientifique. aussi chimiste de Fatmos- pphére, célebre pour avoir inventé le concept a’an- thropocane, a publique- ment critiqué Lovelock & diverses reprises et en était, selon plusieurs sour- ces, un adversaire person- rel. Et si Lovelock a pris un Virage retentissant, au dé- but des années 2000, con- sidérant que "Gaia soufirait d'une fiévre maladive”, it avait jusque-A plutét mini- misé impact des activités Provocant, désinvolte, Lovelock a lui-méme fait de ’ombre a sa théorie, au point qu’elle s'impose aujourd’hui sans méme que I’on cite son nom Mais ly a plus. Alors, Justement, que sa théorie ose la question des effots de la pollution sur Gaia, et adresse @ ceux que ce probléme intepelle, Love~ lock s'est toujours montré hostile aux avertissements ‘environnementaux. lla méme soutenu le point de vue de lindustie dans un grand nombre de contro- verses, minimisant le dan- ger des pluies acides, du DOT, de la toxics du plomb... la épousé fe point de vue de ceux quion ‘appele souvent les mar hands de doutes' sur nombre de probiémes, et du coup s'est mis @ dos beaucoup de scientifiques de son domaine", resume Sébastien Dutreuil. Le pr ‘Nobel Paul Crutzen, lui humaines, considérant, au fond, que Gaia était bien plus forte que 'espece hu- maine. Jusqu'a aujour- dihui, Lovelock n'a d'ail- leurs cessé de cultiver des sympathies pour des cou- rants poitiques particulié- rement conservateurs et limatosceptiques, don- nant encore fin 2016 une interview au site dinforma- tion américain Breitbart, au {grand dam des milioux acacémiques trés hostiles cette mouvance. ‘Au final, sion doit & la pensée de Lovelock Tune des hypotheses scienti- fiques les plus fécondes du siécle écoulé, on doit aussi a sa personnaiité une bonne part des difficutés que son hypothése a rencontré pour simposer! MARS I \svi 67 laune —> ui pardonneront jamais avoir franchie, méme temporairement. Pas plus qu’ils ne lui pardonneront ce nom, Gaia, qui parait aujourd'hui encore, pour certains spécialistes, mystique qu'un article 'employant a de trés faibles cha publié! Le succés populaire s‘accompagne en effet d'un feu roulant de critiques scientifiques orageuses. Si nombre de géophysiciens sont heurtés par I'hy pothese, considérant qu'elle fait la part trop belle au vivant, les attaques les plus virulentes viennent des bio- logistes évolutionnistes. Il faut dire quills ferraillent depuis des années pour défendre ’évolution darwinien- ne contre les créationnistes, puissants dans le monde anglo-saxon. Ils assi- milent immédiatement Gaia a une nouvelle divinité, et soupgonnent Lovelock de vouloir en étre le pro- phéte, John Maynard-Smith, sans doute le plus grand évolutionniste britannique de son temps, affirme- ra ainsi que “Gaia est une religion 68 Sv MARS | 2020 ES OEeeeeeerSY eee Pere ‘maléfique”, Bt Richard Dawkins, tim- mensément populaire autourdu Gene égoiste (1976), pourfend de son coté Vidée d'un “but” du systéme Terre, quilassimile a du c arlatanisme. LUN OUTIL DEPENSEE INCONTOURNABLE La polémique, qui a généré croyants illuminés ou ding) fanatiques, durera trente ans. Si Love- lock accuse les biologistes d’avoir une conception darwinisme, il era machine arrire sur beaucoup de points, dont la notion de “but”, qu'il réduit au rang de méta- phore. Il se refusera pourtant a aban- donner le nom de Gaia et Pidée d'une ‘Terre vivante ~méme s'il a cessé de parler “d’organisme” Cette obstination lui vaudra une véri- table excommunication de la part de ses coreligionnaires-excepté quelques disciples influents et discrets. Son nom et ses articles sont trés peu cités, alors qu'il a publié une trentaine de fois dans la prestigieuse revue Nature, Depuis I’espace, on voit littéralement la Terre respirer espace est un lieu d’observation priviégié pour se rendre compte que la Terre est vivante, Lorsque fon vot, par exemple, le taux de dioxyde de carbone au-dessus de lAmazonie mon ter et descendre quotidiennement, on voit ittéralement la Terre respirer. Etily a de mutiples pulsations cyciiques, comme lat rite de végétation entre le Sahara et (Alrique centrale qui avan- ce et recule réguilérement avec les saisons; la banquise arct- que qui étend puts se contracte annuellement... La Tere a lein de sous-systémes coupiés, intercalés, associés. Cest un systéme global, avec ses non-linéarités et ses points de bascu- Ie, tout fait comme un organisme. Par contre, est-ce qu'elle S‘auto-entretient comme fe dit Lovelock? Jai des réserves. quil est membre de Académie des sciences britannique et qu'il a rem- porté nombre de prix pour l'ensemble de sa carrie, dont le célabre Blue Pla- not Prize, sorte de Nobel de 'écolog) ‘Une excommunication d’autant plus étonnante que les principales idées dont James Lovelock fut le pionnier ont désormais scientifiquement triom- phé. Toute l'histoire des géosciences des tronte demiéres années esten effet le d'une prise en compte croissante duréle du vivant comme copilote duu systéme Terre, et de importance des multiples interactions et rétroactions qui constituent ce systeme. Cortes, cette notion de Terre vivante | continue de faire sourire ou d'agacer, & particuliérementen France—le monde 2 anglo-saxon la regarde avec plus de = bienveillance~ et la personnalité de & Lovelock reste clivante (lire p. 67). Lhypothese @ pourtant imposé ses thématiques: la plandte comme sys- tame complexe non linéaire; Vimpor- tance du vivant et de ses rétroactions & STEPHANE GENGOTT ‘environnementales;le role des proces- sus homéostatiques (on préfere auyjour- a’hui parler de résiliences) et des points de rupture. Au point de former aujourd'hui le meilleur cadre de pen- sée face a la diversité des crises 6o0- logiques (réchauffement climatique, pertes de biodiversité, pollutions...). Prenons le climat. Dans les demiers rapports du Giec, synthése de la ce climatique la plus avancée, tout Yenjeu des nouveaux modeles est d'incorporer les processus du vivant (microbes, plancton...) dans des mo- des quine tenaient compteau départ que des aspects géologiques (ooéans, atmosphere, glaces...). Autrement dit, de faire de.ces modéles “une véritable représentation de Gaia”, comme le résume Andrew Watson, professeur a Vuniversité d’Exeter, qui a cotoyé Lovelock. Surtout, alors que le Giec a longtemps mis accent sur les pro- jections des courbes montrant des réchauffements de plus en plus im- portants, jusqu’a 6 ou 8°C en —> Pear MIM ne La vie dans les glaces confirme I’hypothése Gaia Etudiant, /avais la passion de lalonisme, et 'ai voulu comprencre la glace, sa dynamique, ses changements de structure. Or, & cette époque, j'ai ls Lovelock et je me suis demands sissa vision interrelation entre la vie et san environnement physique ne s'appiquerait pas & la ‘glace. Alors que ce milieu était considéré comme inerte et sterile, nous avons découvert que glaciers et calottes ppolaires sont colonisés par des millers de millards d'al gues microscopiques qui peuplent ses deux premiers metres de glace. Ces organismes peuvent assombrir la ‘glace dans des proportions considérables, et donc ac- diérer sa vitesse de fonte ~avec un impact sur Ie cimat et le niveau de la mer. Confimant Ihypothese Gaia... Mag eT TTT y Pour comprenare le climat, il faut incorporer le vivant dans les modéles Jai ly Lovelock aprés ma thése, au début des années 1990, lorsque j'ai commencé a mintéresser aux paléoclimats. Vidée de voir la Terre comme un organisme vivant qui a ses propres régies mma vraiment intéressée et séduite. Mon équipe et moi- méme avons par exemple été les premiers & démontrer que sans faction de la végétation, entrée dans la derniére glacia- tion ly a 115000 ans n‘aurait sans doute pas eu lieu. A cette époque, les changements dans Forbite terrestre ont provoqué Un reffoiaissement qui était insuffisant pour entrer dans une ere glaciaire. Il a en revanche été suffisant pour faire déctiner les foréts boréales, permettant Iinstallation d'un couvert de neige permanent, qui a augmenté albédo. Ce qui a renforcé le refroiaissement et provoqué entrée en glaciation de fa Terr. Si Thypothése Gaia n’a pas vraiment orienté mes recherches ni quidé mes hypothéses, elle résonne avec ce que nous fai- sons, qui est de tenter d'incorporer dans les modéles clima- tiques la complexité du vivant MARS | 2020 SWI 69 fonction d les points de bascule se sont imposés comme le théme principal. Des seuils de température, chaque an- née moins élevés, au-dela desquels le systéme Terre risque de changer d'état, “Ladoption de 2°C de réchauffement comme ‘seuil de danger’ au moment delaccord de Paris est non seulement tout é fait dans Vesprit de l'hypothése Gaia, puisque c'est V'idée du risque de rupture, mais elle est méme direc tement relige & la personne de Love- lock, note Sébastien Dutreuil. Elle a en effet été introduite par quelqu'an qui aété proche de lui, leclimatologue allemand Hans Joachim Scheinhuber, influent fondateur de Vnstitut du cli- ‘at de Potsdam, conseiller climat du gouvernement allemand et du pape. LENOUVEAU GALILEE? Au-dola du climat, de nombreux spé- cialist sol ‘oc6ans, de la biosphere, voire des: dos » des glaces, des ° planétes, en témoignent: les idéos de Lovelock n'ont rien d‘absurde a leurs 1 s'ils ne les partagent pas toutes (lire ci-contre). Le philosophe des sciences Bruno Latour, auteur d'une: son livre Face a Gaia, souligne 'am- pleur de ce changement de paradigme: “Gaia est une révolution dans l'histoire des sciences du méme ordre que la ré= volution galiléenne~ce sont deux bou- eversements dans notre conception de la maniéze dont la Terre tourne, si rie de conférences dont est tiné ose dire- dans un cas dans espace, et dans autre géochimiquement. Il y du reste de nombreux parallélesinté- ressants d faire entre Lovelock et Gali- lée, avec évidemment cette différence que tout le monde sait que le second eu raison... alors que presque per- sonne ne le sait pour Lovelock. Le philosophe, prix Holberg 2013, sorte de Nobel des sciences humaine déplore que le sujet ne retienne pas plus attention, “Crest extraordinaire 70 svi MaRS! 4 quel point Gaia est passée inapengue parmi les philosophes des scie qui refusent des'y C'est un objet ontologiquement nou- intéresser, alors que veau, qui bouleverse la biologie, les géosciences, avec des conséquences importantes sur notre rapport l'en- vironnement, et méme le droit et la po- litique... Je dis souvent que Gaia est un diamant qui a été découvert mais pasencore taillé-le travail intellectuel scientifique, philosophique, juridique théologique... pour absorber Gaia n’a tout simplement pas été fait. Mais c'est un objet dont nous ne connaissons as d’équivalent, avec des propriétés et une complexité inédites pas éton- nant qu’il soit difficile a penser.” AV’heure de 'anthropocene, et puis- que Phumanité fait partie de Gaia, Bruno Latour estime méme qu’on peut désormais parler d'une planéte consciente d’elle-méme: une "Car si la Gaia des origines “a opéré pendant toute son histoire sans anticipation ni projet”, nous avons aujourd'hui suffisamment d’instru- s, de connaissances ot de leviers d'action pour que notre planéte s'auto- régule par! 'intermédiaire des humains dont elle a permis l'apparition. Dans le droit fil de Claude Bernard, Crest ce délicat exercice de “physio logie plantaire” que se sont aujour- hui attelées les géosciences, a tra- 5 vers une modélisation de la stabilite § de Gaia comme un ensemble de rela- 2 tions entrelaoses entre 9 sous-systemes. eux-mémes complexes (lire pages vantes). Histoire d’aider les 10 mil- 5 liards d’organismes industrieux et avides que nous sommes & compren- dre la nature singulidre et les limites du corps astral quenoushabitons. 5 ene cove & PET Teen (( Pour étudier les exoplanétes, la définition ther- ‘modynamique de la vie de Lovelock -un sys- féme qui se maintient a lécart de 'équilibre chimique et qui pourrait éire détecté & olstan- ce- est intéressante. Nos instruments vont s‘améliorer et nous allons avoir de plus en plus diinformations sur cas exoplanétes, y compris surla composition ae leur atmosphere, ol! on dlétecte déjé la vapeur d'eau. Mais je pense qui ‘pourrait aussi y avoir de la vie sans quiele ait de vénitable signature atmosphérique, si cette vie ‘est rare ou dans le sous-sol profond. La vie ter- restre elle-méme a mis du temps avant o’avoir une tell signature. Personnellement, je ne dé- sespére pas quil y ait de la vie dans le sous-so! de Mars... ov aileurs dans le Systeme solaire! eT L’hypothése Gaia est intéressante pour chercher la vie ailleurs Bia) emospherique, Sec Ton OO L’humanité n’a pas la competence pour L_ gérer Gaia aut solgner Gaia, comme nimporte quel éte vivant? Toutes les propositions die géo-ingénierie clmatique reposent sur une logique simplste: “une causo-un ef- fet’, 4 exact opposé de hypothése Gaia ‘A mes yeux, humantté n'a absolument pas la compétence pour gérer Gaia, et de- vralt se contenter de se gérer ele-méme IE eee ET Tee Je préfére dire que la biosphére est un état //) critique auto-organisé — Je riaime pas beaucoup Ihypothése Gaa, mais ele a aid @ replacer le vivant dans les sciences dela Tere cet mis accent sur les propriétés émergentes et coo- pératves fruits des associations détres viants & de ‘multiples échelles. La biologi tendatt ignorer que fe ssuceés d'un organisme dpend aussi de tout ce que {a vie@ construit autour. Mais consicsrer la Terre com- ‘me un organisme brouilo ls choses. Un organisme @ Lune histore évolutive, est sélectionné face a d'autres, ce quintest pas le cas dela biasphare. Je préfere dre quele est un état critique auto-organisé, un systéme complexe maintenu via un apport c'énergie extérieur ARS | 2020 ISwI 74 Alaune VOICI LE VRAI VISAGE DE GAIA Climat, foréts, océans. .. Penser l'avenir de Gaia, c’est penser 9 systémes imbriqués en forme de casse-téte ; que l'un bas- cule, et la planéte pourrait changer de visage. Un nouvel outil pour prévoir impact des activités humaines. Et tenter d’agir? @ nous inquiétons pas trop N per Gala Me sn ach vités finissent par la cham- bouler, elle connaftra une autre vie, tout aussi passionnante. Par contre, pour les organismes tels que nous qui Vhabitent aujourdhui, cola annonce- rait dos temps difficiles. Carla période géologique qui s'est installée depuis 10000 ans est exceptionnellement fa- ‘vorable aux sociétés humaines, parson limat temper ot sa stabilité générale. atte période, appelée holoctne,aain- siét6 sumommée “le jardin d’Eden”. ‘Comprencde le limites dela stabilits de cet holocine: voici Vobjectif d'un groupe de scientifiques intemationaux derenom, la plupart regroupésau sein du Stockholm Resilience Centre. Ces chercheurs, qui ont lorille de nom- broux décideurs, de l'ONU au forum '6quilibre. Bt puis nous savons main- tenant que la biosphere, qui joue un role crucial, est parfois un stabilisa- tous, parfois un accélérateur de chan- _gement. La science est donc devenue plus complexe et sophistiquée, mats le cadre de Gaia est toujours Ia.” Résultat? Nombre de ces processus comportent des points de bascule, dont le franchissement nous éloigne- rait irréversiblement de Vholocine. L2équipe a donc défini 9 “limites pla- nétaires” permettant de rester & dis- tance prudente de ces bascules. Cer taines sont mal comprises, d'autres de mieux en mieux chiffrées, mais dewx sont d’ores et déja franchies. Le point sur l'état de ces grands systmes cri- tiques pour la stabilité de Gaia. Cette imbrication Les premiers rapports du Giec soulignaient surtout les de Davos, se sont attelés depuis 2009 | augmente le risque "928 du réchautfement en so, et ne voysient un risque ¥ ‘de déstabisaton global qu’a+'5 ou +6°C. Mais a Bsr ul snt is ross qi | “de destabilisation SSM onse oH Sal -OC ese menacent de nous faire entrer dans Globale james a conduit & abaisser le seuil de danger &1.5°C. ‘un nouveau régime planétaires ont idontifié neuf composantes princi- | és ae Néglgeable Fable Modes eve mies deve pales du systéme Terre, dotées une dynamique propre et reliées aux 2001 autres par des interactions complexes. “Ce cadre est parfaitement cohérent am ‘avec Thypothese Gaia, simplement an z nous Vavons raffiné, explique un E des pionniers du groupe, Will Steffen. 2018 : ‘Nous y avons incorporé beaucoup de fe 7 as Z science des systémes complexes, qui Hasse de a tompsrature moyenne: ‘étudie les transitions entre les états SST RE ARSE 3 72 IVI MARS | 2020 Ozone Des gar industriels dssociet ozone stratesphérique, qut protege la biasphére contre les ultraviolet. Climat Le climat ala capacité ti ‘out seul, de céstabliser en semble do systéme. Flux géochimiques La quantité nutrients répandus par Fumant (sur- ‘tout azote et phosphore) sature "élimination naturale. ‘Aérosols les aérosols ont des impacts cllmatques locaux vere, qui se répercutent sur la bisphere. LLexoédert de 00» se fssout dans ockan qu devent plus acide, menacant les orga Biosphere nismes &coquile |p bores est au conte es sous-systdmes, parce ‘quelle est affectée par tous et Nouvelles entités artificielies rétroagit sur Fensemble [Lhumanité produit des composés et organismes susceptibles avait des effets obaax encore inconrass. Sols La déforestation a des impacts ‘la fois sur le cimatet sur ta Eau douce biodiverst, et les fx pro- Les prélévements humains ear ee «eau peuvent comprometire de vastes écasystémes et des ‘équlations climatiques. ™ 20 Wi 73 (GEORGE STENMETZIGETTY MAGES -M KOUTENTE Un systéme central a son point de rupture En cohérence avec hypo- these Gaia, le modéle des cchercheurs consacre la centralité du vivant dans le fonctionnement du sys- t8me Terre. “Nous don- rnons a lintégrité de la biosphere importance principale, parce qu’ele ‘est au copur du systéme et que toutes les autres limites ont des répercus- sions sur ell, Inverse- ‘ment, son affaiblissement 74 IVI MARS | 2020 ‘peut entrainer le franchis- sement d'autres limites", indique le climatologue Wil Steffen, de 'université nationale australienne. Le probleme, c'est que la dynamique de la biodi- vorsité est trds délicate a ‘mesurer. En particulier pour la biodiversité fonctionnele, cest-2-dire la capacité des organismes. lun écosystéme a assurer toutes les fonctionnalites nécessaires (absorption du carbone, recyclage des nutriments, etc). “Nous ‘avons méme pas dins- trument ce mesure satisfa sant pour tout cet, déplore le chercheur, et ‘nous ne savons pas non lus sily a des points de bascule, au-delé desquels on assisterait a des effon- drements -ou bien sil peut vy avoir une longue érosion progressive du vivant, qui pperdrait graduellement ses fonctionnalités...” Pas facile non plus de mesurer lautre compo- sante de la biodiversité, la diversité génétique, qui est lo réservoir dans lequel uise la biosphare pour ‘adapter aux change- ments ~capacité essen- tielle, au vu des boule- vversements qui s'annon- cent. A partir de fossiles, ila ét6 estimé que le taux habituel d'extinction tourne autour de 1 extinction par mnilion d’espéces-année (E/MEA). Autrement dit, sur 1 million despéces, 1 espéce en moyenne disparait chaque année. “En principe, il ne faudrait pas quily ait plus dfextinc- tions que ce taux, mais nous pensons que le sys- tome a une certaine rési lience. Nous avons done fixé la mite & 10 E/MEAY, ‘explique Wil Steffen. Or, aujourd'hui, nous sommes entre 100 et 1000 E/MEA! Dollies alertes sur la biogiversité, Sachant que cette mesure ne donne qu'une idée imparfaite de Vampleur de la perte: divi- ‘ser par 10 ou 100 les effeo- tifs dune espace, méme si lla na disparait pas, repré- ‘sente une perte génétique indiscutable. Un autre in- ice, fondé sur la compa- raison du nombre dingivi- dus portés aujourd'hui par “Les récents incenales en _ ils seront plus arides et lun 6cosystéme avec celui Australie sont un exemple mieux adaptés au feu, de 'époque préindustrelle, parfait de paint de bascule mais stockeront moins de ourrait combler cette dela biosphére, note Wil carbone. La vie s'adapte lacune. Resteradétermi- Steffen: les écosystémes 4 um nouvel environne- ner de quelles limites qui vont repousser ne se- ment... et ainsi lerend on pourrait lassorti. ont pas ceux qui ont brilé, — irréversible.” Pression humaine surla biosphere ferrestre (poutcon tage d'espéoes end rmiques restarts) MARS | 2020 SWI 75 STOCKTREKIMAGES RICHARD ROSCOEIGETTY MAGES KIERAN STONEIGETTY MAGES -MKONTENTE Volcan Eyjafjallajékull (or) La limite de stabilité chimique se rapproche Malgré des cisparités régio- rales, foodan est un sys t8me chirnique remarqua- blement stable: par un jeu complexe de réactions chi- miques et biologique, il se maintient & un pH relative- ment constant. Sauf que augmentation de la quanti 16 de C02 atmosphérique libéré par les activités hu- maines, qui tend a se ais- soudre dans la couche superficiele de focéan, perturbe cet équilibre: il ac- Croft la quantité dons H+ loves, autrement dt racic cation, Celle-cia augment de 30% depuis fre pré- industrielle. Ce qui a des conséquences sur les 76 |Svi MARS | 2021 autres systimes dela Terre, en particulier lo vi- vant: acidification perturbe les processus de calctica- tion de nombreux animaux marins au moment de construire leur coquile ou leur squelette. Au prix dun effort métaboique plus im- portant, ces organismes peuvent s'y adapter jusqu’ Un certain point, Puis leur Coquille commencera itté- ralement 2 se dssoudre, rendant impossible la survie de animal, Les coraux, oui hébergent prés de 25% de la biodiversité marine, sont particulérement touches, ainsi que de nombreux or- ganismes planctoniques tout aussi importants dans les chaines alimentaires. Ce que les scientifiques redoutent, c'est done une déstabilisation de locéan, avec des dépérissements massifs et un appauvris- sement global. Le "taux de saturation de aragonite”, un minéral qui se dissout € partir d'une certaine aci- dité et permet diévaluer la calcification, est deja tom- bé & 84% de sa valeur préindustralle. Or, les scientifiques estiment que pour éviter une bascule i ne faut pas descendre sous les 80%, Nous som- mes done proches de la li- mite de stabilté chimique mais nous ramenant le carbone at- mosphérique & 350 ppm (partes par mili), a i- mite également fixe au bbasculement du climat. est anoter que méme si humanité recourit la {960 ingénierie pour refoi- dirle climat, fa déstabiisa- tion chimique de Foogan se poursuivrit, car elle est provoquée parle COz, Des effets complexes et difficiles a évaluer Le cycle des aérosois, Cest-a-cire des particules, cet des gouttelettes en sus- pension dans lair, a des conséquences potentielle- ment si fortes sur le climat et sur la biodiversité que les scientifiques Font inclus parm les neut processus planétaires les plus impor- tants, Les grandes érup- tions voleaniques (qui pro- duisent des aérosols sou- {rés) ont par le passé dé provoqué de grandes ex- tinctions, sans doute liées ‘A des changements clima- tiques brutaux, démontrant ‘ampplement leur impor- tance. Or, la présence de ces demiers dans tatmos- phere a fortement aug- menté du fait de certaines activités humaines (indus- trie, transports, bros agr- coles, desertification... ‘Avec des conséquences importantes surla nébuiosi- 46, la pluviométrie, le bilan radiatit de la Tere et ctté- rents phénomenes météo- rologiques locaux. Ila par exemple ét6 constaté que la mousson asiatique (ide & entrée annuelle dénormes masses cai marin humide “aspirées” par le réchaurfe ment de intérieur du cont- nent) est plus faible les an- nées de forts aérosols, suggérant quil existe un point de bascuie local Les aérosols mettent en effet le oceur du continent “a fombre’ imitant le con- ‘raste thermique génératour de ple. La mousson sa- héienne conneit également des affaiblissements cer- taines années, mais sans quiun lien avec les activités humaines riait été établ. Ce qui est certain, en re- vanche, c'est que mauvaise mousson rime avec mau- vaises récoltes, foréts fragi- lisées et risques dincen- dies accrus. Et donc de possbles basculements. Outre son impact direct surla santé des organis- ‘mes, ilest parfaitement possible quiau-dela d'un certain seuil, franchi par exemple du fait de méga- incendies (comme en Aus- trale cot hiver, la surcharge en aéroso's puisse avoir des effets globaux impré- wus. Mais état du savoir ne permet pas encore de le dire, nidévaluer ces seuils. nxn RARITY MCE Alau Le risque d’un effet domino a l’échelle mondiale se précise Le réchautfement clima- tique est sans nul doute la limite planétaire quia été a plus étudiée, et sur laquelle il existe le plus de données et de modéles. Sa particu- larité? “Le systéme clima tique est probablement Tun des processus ter restres les moins finement réguiés et les plus sujets aux é-coups’, estime An- drew Watson, professeur de sciences environne- mentales a 'université East Anglia. Qui souligne Vexis- tence diinnombrables tran- sitions climatiques brutales dans Ihistoire de Gaia, y compris dans la période froide qui a immédiate- ment précédé Iholocéne, marqué par de perio diques (tous les 1500 ans) pics de température de 5°C en 30 ou 40 ans (ap- pelés "événements de Dansgaard-Oeschger’) Alors, ol sont les limites du climat de rholocéne? "Nous sommes rafsonna- ‘blement confants: si nous ine dépassons pas 1,5°C de réchauftement, iir’arri- vera rien de grave, indique le climatologue Will Stef- fen, Mais de nombreux arguments permettent de dire qu’au-dea de 2°C Jes changements seront profonds et iréversible En réaite, le clmat résulte luleméme des 78 Swi MARS | 2 interactions de nombreux sous-systemes, dont la stabilté est importante our les activités humal- nes. On peut citer quel- ‘ques vastes éoosystemes tels que les récifs coral liens, es foréts boréales ouamazoniennes, ou bien les courants marins de V’Atantique, les moussons indienne et sahdienne. Dans un article paru en novembre 2019, une Equipe internationale, irigée par Tim Lenton, de luniversité o' Exeter, avertissait quill existe sans doute une douzaine de ces sous-systémes sus- ceptibles de basculer, et de générer un “effet domino” sur le climat, chaque déstabilisation risquant den provoquer ne autre, parfoistrés lo née (voir carte). La dispa- rition de la banquise arc- tique estivale, qui semble désormais inéversible, en est un exemple. En oréant une vaste zone beaucoup moins froide dans cette région (a mer libre ab- sorbe beaucoup plus de chaleur que la glace, qui refléchit le rayonnement), la dispartion de fa ban. quise risque dattaibir les ccourants marins de IAtian- tique, qui sont “tiés" par la plongée des eaux froides poiaires. Or ces Chaine de Karokoram Pakistan) courants contribuent & leur tour 2 la pluviometrie sur la forét amazonienne, qui pourrait ele aussi se dégrader brutalement! De nombreux autres soénarios dienchainements délétires existent, & la pro- babilté incertaine. Mais le risque est bel et bien celui de la bascule dans un ré- ime planétaire considéra- bblement plus chaud (une “Terre-serre’). Des argu- ments muitiples suggerent lapossibilté d'un nouvel état déquilibre de la Terre & 5 0U6°C de plus quau- jourd’hui. Un tel état pro- duirait une planéte a Thabi- tabilté réduite, avec une biosphere fortement ap- auvrie, quine serait réver- sible que sur des périodes .géologiques longues. fusque en augmentation Cate lacie ‘u Groenand laces de mer Partreriig Claes de mer axciques 36 Enchatnement des points dehascule es sous-systemes climatiques mondiaux (entonction es hausses (oe température) ts aliens “ Detasc Cate ie de Desasc ‘soune: TEPPEn EY A Novest de rAntarcia —__—7 | Bosc MAAS | 2020 ISW) 79 {JUSTIRE2UGRIGETTY MAGES SONTENTE Ei Il reste encore des marges de manceuvre Crest une évidence: la sta- surface en 1997. Aveo, an, et devraient s‘accroitre bal. Mais des mites loca- bilté du cycle derfeau dou- chaque fois, ala clé, des dans un contexte clima-_les, définies pour chaque ce est un élément de base bouleversements cimati- que plus chaudet pls__grand bassin fluvial, ont té des écosystémes. Or, ce quest écologiquesma- sec. Les sciantifiques esti-établies, qui ont dores et cycle est susceptiblede ——jeurs. Les préléverents ment que le syst8me Terre _déjaété franchies dans basculements locaux.On humains, principalement peut supporter un tauxde nombre de régions (pour- sat parexemple quele —_agricoles, s'effectuent d-_prélévement surle flucglo- tour méditerranéen, Chine, Colorado, principale riviére recterient dansleslacs, bal d'eau douce de 30%, _Inde, sud-est american) dusud-ouest des Ftats-_lesrividres et les nappes soit 4000 km? favec des Unis, stasséche depuis les phréatiques, mais peuvent variations saisonniéres, nh années 1960, 160 km aussi prendre la forme d'un un plus gros prélévemient, Co avant de se jeter dans la déficit de pluie causé parla — étant tolérable quand ily a mer. Ou que la mer ’Aral déforestation. Ces ponc- beaucoup d'eau). Il existe (quatréme lac du monde) ations stévent aujourd'hui a donc encore une marge de G6 réduite a 10% desa 2600 km d'eau douce par manceuvre au niveau gio- C40) Bee als Des zones entiéres ‘vertes, blooms planctoni- de la survenue d'un évé- ques... Les systémes de _nement d'anaxie (manque déja totalement recyciage naturel étant to- d'oxygne) ooéanique de A talement débordés, leur grande échelle, un peu saturees cécompostion asphysie comme une piscine cui alors tenvironnement. “toumerait. La modification des grands dlacoroitre la production Laugmentation inces- Les archives aéologiques cycles de nutriments, prin- agrioole, maisils sont sys- _sante du nombre de cours montrent de nombreux cipalement ceux de azote tématiquement épandus _ d'eau eutrophisés (envahis__ exemples de tels événe- ‘et duphosphore, impacte en fort excédent,relative- et saturés), et surtout ments, souvent assooiés lle aussi féquilibre global ment dla capacité d'ab- existence de véritables _ des extinctions de de Gaia. Car dans un trés sorption des cultures. Des zones marines mortes sur masse, Maison ignore grand nombre denviron-_excédents quise déversent la planéte, comme lamer _exactement par quoi ils ements, aquatiques et dans les mileuxrnaturels, _Baltique oule golfe du ——_furent provoqués: hausse terrestres, lun comme les cours d'eau douce puis Mexique, font craindre ds température, affiux de autre de ces éléments re- lamer, oUiis provoquent de se rapprocher dange-_ CO2 wolcanique ou de mé- présente le facteur limitant de colossales proliérations _ reusement des points thane sous-marin, dispar ‘au développement du vir dorganismes: algues de saturation, et donc tion de courants marins? vant. Or, "humanité injecte chaque année dans le systéme 150 millions de tonnes dlazote (les com- bustibles fossiles permet- . tent de prélever azote dans Far) et 14 milions de tonnes de phosphor (ss Eretdent de de activité miniére). Cas BRASHNOTE rnutriments permettent ——_agreoles cn Co MARS | 2020 IW! 81 rere Retour dans la zone de sécurité Une déforestation au- dela du seuil critique la deforestation, les éco- systémes boisés étant ceux qui influencent Ie plus labiodiversité et le climat. Avec, la aussi, des effets de seuil: les travaux sur le bassin amazonien ont par Pe Etat des éoosys- ‘ames forestiers majeurs (part eta ‘ovat estante pa fap porta sacourerute potentiole) La Terre porte des propor- tions variables de foréts, zones humides, prairies. globalement stables en Vabsence de perturbation Mais Vutlisation de terres our 'agriculture, puis pour différents autres usages humains a profondément modifié cette répartiion, ‘avec, en particulier, des impacts forts sur la biodi- versité et les processus climatiques (liberation de carbone, albédo, évapo- ‘transpiration... Le pro- blame tient avant tout a ‘exemple montré quune bonne part de la pluie né- cassaire aux arbres est “recyclée" par la forét elle- méme. Au-dela d'un cer- ‘tain seuil, le déboisement entraine done 'asséche- ment de la forét située plus loin, au risque de provo- ‘quer son dépérissement ‘général par des incendies. ‘Selon les chercheurs, iI ne faudrait pas que la. couverture forestiére des- conde sous les 75% de sa proportion initial... alors que le bilan planétaire ac- tuel est de 62%! Les per- tesles plus critiques se situent en Afrique centrale et en Asie du Sud-Est, tandis que la forét boréale dans son ensemble est dans un état incertain, Un saut dans Vinconnu Cette neuvieme frontiére est colle de finconnu. Et riest donc pas chifrée. Diinnombrables substan- ces produites par les hom- de nos sociétés, notent las scientifiques, acorcit le ris- que qu'un produit a effet iréversible soit disséming grande échelle avant mé- mes sont susceptibles, dés me quion découvre le pro- Finstant quelles sont per _bleéme quil pose. Sans par- sistantes, mobiles et pro-_ler d'effets adcitis ou sy- duites & grande échelle, dimpacter globalement les processus constitutts de Gaia, comme ont montré les CFC pour la couche dfozone. Plastiques, nano- particules, pesticides, ant biotiques et autres compo- '8é8 chimiques ou organis- mes vivants modifié. intensification chimique” nergiques entre ces entités nowvelles, maintes fois do- cumentés, mais dont on ne ccomprend pas encore tous les ressorts. Les auteurs plaident donc pour a prise en compte ceffets systé- miques globaux possibles ds la conception des pro- duits chimiques, notam- ment par la modélsation. MARS | 2020 SW) 83 Les dossiers Astronomie J05215658 Momir@lUna@melelnais devrait pas exister dre la nai tous Benoit Rey. uelque chose cloche avec les trous noirs de la Voie lactée. Leur masse est systématiquement, ipérieure 5 fois celle du Soleil, Or il 2 Depuis les années 2000, chaque fois qu'un trou noir est découver, il corrobore cette loi Gtrange que les astronomes ne s‘expliquent pas. La technologie actuelle devrait poustant tre capable de détecter de petits trous noirs, surent-ils, alors pourquoi ne les voit ? Pour une raison physique, pout-étre.. En tout cas, les astrophysiciens se sont faits a Vidée que petits trous noirs n’existaient pas, traquant Jomécanisme qui empécherait leur naissance. Or voila qu'aujourd’hui, on découvre qu'on fait, il on existe! Todd Thompson et son équipe de luniversité d’Btat de Ohio en ont observe la preuve en novembre demier, dans la constel: lation du Gocher, & 10000 années-lumie la Torre, A cette distance, impossible de Rola Ett) & Ue ROY Cee err) mt Se ea Pee tea nod Dey (en masse solaire) des trous noirs: le disque de gaz chaufié qui pourrait trahir leur silhouette ne mesure que quelques dizaines de kilom@tres de diamétre En revanche, leur influence gravitationnelle est comparable a celle d'une étoile géante... et C'est une telle étoile qui a trahi la présence du Port famoux trou noir: d'apris les variations pério- MMM diques dans la fréquence de sa lumiéze, elle toume autour de quelque chose d'invisible qui pase 3,3 fois la masse du Soleil. “Ga ne peut la masse des “objets compacts” que lais s étre une au la verrait les 6toiles massives aprés leur mort. En effet sure Todd Thompson. Oron ne constate aucun contrairement au Soleil, qui se refroidira pro ‘onnement, ni ondes radio, ni rayons gressivement en une naine blanche, les étoiles 05215656 est donc un trou noir. Le plus petit au moins 8 fois plus massives meurent en ex xt! Il so place méme en plosant en sup 6 1'6toile n'a pl 2 milieu du "gap de masse”, cette zone vide inex- assez de carburant pour résister & son énorme & pliquée entre les plus lourdes étoiles neutrons poids, elle se contracte brutalement et inflige a 1 noir, son coeur des pressions tellement gigantesques 6t6 identifié pour la premidre foisen que les électrons de ses atomes péndtrent dans une étude statistique portant sur leur noyau, oi ils fusionnent avec les protons Les dossiers Astronomie pour former des neutrons. En résulte une “étoile & neutrons”, bille ultradense de 400 milliards do grammes par em*! Si dense que lorsque l'en- veloppe de I'étoile lui tombe dessus, elle pro- voque la supernova. Bt si l’étoile & neutrons est ello-méme plus massive que ? fois la masse du Soleil, elle s’effondre en un trou noir, une singularité oti toute la matidre est concentrée en un point sans dimension, Wule continuum —Ainsi, selon leur masse, les étoiles, en mou- dans lamasse "nt, donnent naissance différontsastros com- 5 pacts: naine blanche, étoile a neutrons, trou aes etoiles, noir (voir infographie). “Et comme il y a un on s'attendait continuum dans la masse des étoiles, de 0,1 logiquement 100 masses solaires, on s‘attendait logique- : és ‘ment @ retrouver la méme chase pour les trous VIIa MEME poirs*, raconte Todd ‘Thompson. Ce n'est pas chose pourles Je cas. Les découvertes successives des années trous noirs 2000 ne font que crousor le gap entre les étoiles & neutrons les plus mas- sives et les trous noirs les plus ché- tifs.Jusqu’en 2017, oti une découverte enfreint pourla premiere fois cette loi du gap de masse, Cette année-la, les détecteurs dondes gravitationnelles Ligo aux Etats-Unis et Virgo en Europe dé- tectent un signal qui dure 100 se- condes... Les astronomes |’inter- prétent comme la fusion de deux étoiles a neutrons dans une autre ga- laxie, 120 millions d’'années-lumiére de la Voie lactée. Selon leurs calculs, 1000 THOMPSON elles auraient laissé place & un trou srophysicien noir de 2,7 masses solaires. Dans la fourchette ileal basse du gap! Le probléme, c'est qu'une telle observation est non reproductible; une fois Ia fusion terminéo, le signal gravitationnel dispa- rait a jamais. Qu'importe, c'est un premier in- dice que les petits trous noirs peuvent exister, ‘au moins lorsqu’ils sont issus de la fusion de deux étoiles & neutrons. Bt voila qu'aujourd’hui, 05215658 en apporte la preuve. Lui, on peut observer encore, reme- surer sa masse. Estil né de la fusion de deux étoiles & noutrons? S'est-il formé tout soul, dans une explosion atypique d’étoile mas- sive?... "Lexistence ou non d'un gap de masse est d'une importance cruciale pour détailler le mécanisme d’explosion des étoiles géantes”, considdre Krzysztof Belczynski, théoricion & 86 1S¥) MARS | 2020 Puniversité de Varsovie. Car en fait, on ne sait pas précisément comment meurent les étoiles, et comment naissent les trous noirs. Il existe des dizaines de modéles, dont certains auto- risent effectivement la formation de petits trous noirs... et d'autres pas. LUNE MASSE ENCORE INCERTAINE La différence réside dans des détails tech- niques: le temps d’apparition d’instabilités dans la couche de matiare stellaire la plus proche de la protoétoile & neutrons. Les ins- tabilités vont contraindro la capacité de cotte ‘atidre A ommagasiner de l’énorgie, qui contri- bbuera plus ou moins a éjecter envelope de étoile lors de explosion. Et solon la quan- tité 6jectée, le trou noir issu de la protostoile neutrons aura plus ou moins de matidre a sa disposition pour grossir... “Pour schématiser, sile temps dapparition des instabilités est ph- 16t lent, alors la supernova éjectera davantage de matiére, et les trous noirs auront tendance 4 étre plus petits, assez pour étre dans le gap de masse. S'il est rapide, le trou noir sera plus gros que 5 masses solaires”, résume Krzysztof Belczynski. Et la différence de temps entre les deux scénarios est de 100 microsecondes contre 10! “Ge que J05215658 a Tair de nous racon- ter, c'est que ces deux modeles se produisent vraiment, conclut-il. Mais attention, la preuve rest pas définitive, il est encore possible que 105215658 soit en dehors du gap dle masse.” ar cotte masse de 3,3 mesurée pour le petit ‘rou noir est uno valeur probable, située dans une fourchette d'incertitude de 2,6 86,1 masses solaires. A 6 masses solaires, 05215658 renfor- crait existence du gap au lieu de la remettre en question! Bt, & Vinverse, si la bonne valour s'avérait re 2,6, alors J05215658 ne serait pas un trou noir — aucun moddle ne permet d’en former do si petit ~mais une étoile a neutrons Une étoile a neutrons étonnamment massive, plus grosse encore que celle de 2,1 masses so- # laires dont la découverte a fit sonsation on sop- tombre dernier... et qui remettrait en question = toute la théorie. “Co serait encore plus extraor- § dinaire, s'enthousiasme Antonios Tsokaros, 8 de Puniversité de 1Minois. Cela réévaluerait & @ la hausse la masse maximale théorique des 2 étoiles a neutrons avant qu’elles nes’effondrent en trous noirs. Et cela apporterait des informa. = ECRADE J05215658 n’entre pas dans les cases Selon sa masse, une étole donne naissance @ une naine blanche, une étolle & neutrons ou un trou nor. Mais est trop gros pour étre né comme une étolle & neutrons, et trop petit pour étre né comme un trou noir 1305215 oe astm ee al con) RL) PESO Leetolle se contracte 'NASSEOE LETOILE QU MEURT, EN MASSESSOLARRES: Pu) SUE seeoricsy Elle forme une grande bulle LLotolle se llate corey tions capitales sur I"équation d'état’, qui décrit Jecomportement de la matidre aux densité les plus extrémes possibles dans la nature." I pour: rail mémo s'agir d'une étoile & quarks, un objet exotique prévu par certaines théories, mais qui n'a jamais 6t6 observé dans la nature. Pour atre fixé, il faudra attendre d’autres ob- servations, “Gaia pourmit aider, promet Todd ‘Thompson. Le satellite spatial pourrait nous fournir Vinclinaison du couple formé par le trou noir et son étoile compagnon, a partir de Jaquelle on pourra réduire la fourchette d'er- reur,” Et, surtout, de nouvelles observations de trous noirs devraient étre annoncées. Les ud ined atiére Pe Ou rome Unparenye li isin “GAP DE MASSE” ° ro aad We ed Papert Trou noir 405215658 3,3 masses solares et ed La matire stellare rebondit autour de 'éto ee easy eee rumeurs enflent sur la détection d'autres po tits trous noirs. Ogle, le programme polonais de surveillance de lentilles gravitationnelles, en aurait détecté 8 dans le gap! Etles dé tours dondes gravitationnelles Vingo et Ligo auraient détocté 40 trous noirs, dont 3 dans le gap! “Les prochaines années, on va voir le gap de masse se refermer, parie Antonios Tsokaros. Ge nest plus qu'une question de temps. 105215658 est la partie émergée d'un obscur iceberg, le promior échappé d'un peloton de po- tits trous noirs qui vont, dans les années vent, permottre aux Temions de comprendre enfin la naissance des astros sombres de I'Univers ors Cee ed Pt ad Cotes sv) 87 Les dossiers Palsoanthropologic Une grande maturité sociale Soule une société étale au langage siructuré peut produie des dessins dune tele complex /\Les chercheurs ontisolé les zones pigmentées pour faire apparaitre la scéne de chasse 2cochons (ag), 4 buffies (enh. etad)etéthe- rianthropes. —> 1a forme de thérianthropes, affublés 4’ tributs animaux: une queue, un bec ou encore tun museau, “Leur perception de Penvironne- ‘ment et du ‘soi’ était tes différente de la ndtre, explique Farchéologue Carole Fritz, du Centre derecherche et d’étude pour art préhistorique de Toulouse. Les humains d'alors ne se disso- ciaient peut-tre pas du monde animal. Aprés tout, ils pouvaient observer que nombre dani- smausx étaient des res sociaux comme eux.” En méme temps, la fresque témoigne de la grande maturité sociale de ce groupe d'Homo sapiens. “Crest la grande révélation de cette peinture:elle este reflet d'une socidé structu- 16, lable” pointe la spécaliste. Et selon les cherchours, elle attste quil ya 44.000 ans, cos promiors hommes se parlaint. “Sans le langage, Ie production d'images d'une telle complexité serait impossible”, confirme la cherchouse. Cotte idée d'une soci6ts élaborée est d'illeurs renforcée parla sctne de chasse elle méme, qui Ces animaux fantasmatiques attestent l’hypothése qu’il s’agit d’un récit myhique et non réaliste 404 }$Vi MARS | 2020 Les humains possédent ict un museau ou un bee: pour eux, le monde animal estinivisble, ets en font pleinement patie pparaft dépeindre une véritable tactique : les ani- ‘maux y sont débusqués par des chasseurs isolés, et orientés vers un groupe de thérianthropes, & la maniare dune battue, Plus encore, les lignes ppeintes entre les thérianthropes et le bufile & droite pourraient, selon les chercheurs, repré- senter des cordes: il s'agissait donc peut-étre de capturer les proies vivantes. La frosque servait-lle alors a enseigner une technique de chasse? “Selon moi, nous sommes plutét face é un mythe; bien entendu, un mythe ‘peut avoir une fonction d'apprentissage, répond Carole Fritz. Reste que cette peinture n’est sOre- ment pas une scéne de la vie quotidienne: les gros animaux représentés ici, et de facon gén rrale les animaux représentés sur les parois a cette époque, sont rarement mangés.” Une idée Les dossiers Ethologie ‘espace humaine ne fait plus figure d’excep- tion, Chez les orques aussi, la sagesse des an- ciennes vaut de l’or. Grace au suivi de populations résidant pres des cétes canadiennes, on sait depuis les années 1990 que l'orque est le seul mammifére dont les dures de ménopause sont comparables & celles de I"humain. Et on vient de découvrir pourquoi. Derriére ce phénoméne se cache “Yeffet grand-mare”. Autrement dit: le fait que les familles tirent profit de la présence en leur sein de femelles expérimentées devenues sté- riles. Un effet jusqu’ici uniquement constaté chez l’espice humaine, et qui atteste un véri- table “bagage culturel orque” transmis, comme chez nous, par les anciennes. Pour le mesurer, ila fallu s’armer de patience. Les équipes de Fishering and Oceans Canada Pacific Biological Station ont suivi pendant trente-six ans deux populations d’orques vivant dans le Pacifique Nord, le long des cétes améri- caines et canadiennes. Avec le biologiste marin @ Daniel Franks, de l'université de York, ils ont & quantifié la survie de leurs 378 petits-enfants 2 ot crois6 cos données avec la présence de leur & grand-mére, jusqu’a arriver @ une conclusion 2 sans nuance: les petits survivent mieux quand § leur grand-mare est vivante, et encore mieux si cette grand-mére vivante n'est plus fertile (voir page précédente). BLO CESS {5 DES COMMUNAUTES EXTREMEMENT SOUDEES & En offot, durant l'année qui suit le décds de la 3 grand-mére ménopausée, le risque de voir mou- 5 rir les petits sora multiplié par 4,5 —un effet # exacerbé les années de disette, quand leur proie § favorite, le saumon chinook, se fait rare. “Notre 2 etude suggére que les grand-méres fertiles ne sont pas capables d'apporter le méme niveau do support que celles qui ne le sont plus, ana- § lyse Daniel Franks. Cela signifie que I'évolution E de la ménopause a augmenté les capacités des 2 grand-mores @ aider leurs petits-enfants.” Co 408 'SVi WARS 1 2020 qui fait des orques un eas exceptionnel. Chez Ja plupart des autres espces animales, en effet, los femelles meurent alors qu’elles peuvent en- core procréer. Et méme chez. nos plus proches cousins: les femelles chimpanzés continuent 2 dtre f6condes jusqu’a la fin de leur vie, vers 50 ans. Elles suivent les principes de la théo- rie de lévolution: “La sélection naturelle ‘maximise la repro- Repéres duction, explique Michel Raymond, Lorque est un mammi de l'Institut des fre main de la famille des dauphins vivant dans ‘tous les océans de la pla- née, Son comportement est éminemment social etfortement influence par sa culture famille sciences de I'évo- lution, a Montpel- lier. 1! semble donc paradoxal que Vévolution ait sé- lectionné la méno- pause, c'est-a-dire Ja baisse de Ia fertilité, a partir d’un certain ge.” Sauf que chez I'humain, la ménopause a bel et bien été sélectionnée parce qu’elle consti ‘tue un avantage... Cest en étudiant les popula- tions vivant de fagon encore ancestrale, en par- ticulier les Hadza d'Afrique de Est, que les an- ‘thropologues ont pu ’établir: les femmes agées qui n‘ont plus d’enfant & leur charge sont da- ‘vantage disponibles pour prendre soin de leurs petits-enfants, maximisant par leur présence ours chances de survie. Un effet chiffré grace aT’étude des populations européennes des xvi" ct xvur sicles: c'est “Veffet grand-mére”. Un effet qui ne peut advonir qu’a condition de présenter une espérance de vie suffisante, ‘une société stable assurant la coexistence des _g6nérations et des capacités cognitives assez développées pour qu'il y ait effectivement un savoir & transmetire, “Co n'est sans doute pas un hasard sion retrouve la ménopause chez les eétacés”, conclut Michel Raymond. Or, depuis los années 1970, les suivis des populations vant dans tous les océans du monde ~ Atlan- tiquo, Pacifique ot Antarctique—ne cessent de ‘montrer extraordinaire cohésion des commu- nautés orques, leur étonnante intelligence et le role pilior joué par les grand-mares. En apprenanta identifier les individus en fonc- tion de leurs taches et I'anatomie de leurnageoire dorsale dans des populations résidant pros des ccotes, es spécialistes se sont rendu compte que Jos fomelles sont toute leur vie accompagnées de. —> PUPP MATEASFLAMARION Bon a savoir ‘Tous les secrets des codes secrets C'est peu dire que Ihistoire des codes secrets est longtemps restée mystérieuse. La voici révélée par le mathématicien Hervé Lehning, dans un ouvrage encyclopédique, truffé d’anecdotes rocambolesques et tragiques. Un ouvrage qui démontre que méme si les machines et la théorie ont vécu des révolutions, les hommes restent failiibles... et leurs codes se brisent. Pa ‘an OPHELIE SURCOUF us ‘S&V: Vous aviez déja consaeré plusieurs livres aux codes secrets. Pour- er qui rend le travail des ‘S&V: C'estlatradition du exposition surle secret de secret dansce domaine Etat, en 2015. quoi se replonger dans historiens sidélicat? SV: Lune des surprises leur histoire aujourd'hui? [BT TBILIC} H.L.:Tout reste secret- —_ de votrelivre est de Hervé Lehning: Parce [Tes] défense pendant 0ans!__s'apercevoir a quel point quion ne cesse de décou- IIR CJO[DIETS] Une partie de rHistore est les codes ont souvent wt de nouvelles tach- sIeEr-] ainsimise enattente...Les été cassés par hasard... niques de chifrement. cIRIEITTS] AAlemands niontsu que ‘HLL Cet lalegon la plus LUhistoie est tellement peu connue. Ilest rare de pou- leurs messages avaient été importante des recherches. décryptés par les Francais que/'ai menées: les \oir confirmer une hypo- pendant la Premiére meéthodes de chitfrement thse. Par exemple, la Guerre mondiale quien ——_—voluent, se complex boite a chiffrer o Henri odes codes secrets 1968. Quant ala DGSE, _fient... mais les humains jusqu’a la fin du XIx* s, on Her Letning son godt du secret est si _continuent de commettre a.cruquilstagissait d'un £@.Flammaron,464pe.25€ prononoé que certaines de des erreurs qui permettent instrument astrologique... |_—_——_— _ ses propres archives de déchitfrer méme le Je viens seulement de ccontiennent des erreurs. code le plus impénétrable. Confirmer lhypothese quil Méme dans les manuels Ine faut par exemple sur- s'agit bien d'une machine accompagnant le matériel tout pas envoyer un mes- a chiffrer, Mais at-ell été de cryptographie: nous sage en olair et en chiffré. utiisée? impossible de le nous en sommes rendu _Larmée napoléonienne déterminer, & ce stade. compte en préparant une était trés douse pour ga 42218M MARS | 2020 (( Cest souvent erreur humaine qui permet de casser un code HERVE LEHNING Professeur de mmathématiques, écrivain Les Allemands eux, n'au- raient pas dO chiffrer ta météo ou les noms propres parce quis don- naient des lettres aux LaBalleau Bale dortelle wraiment? » eLaurent Nerct » fd Humen- Beit, 19e Nest-ce pas vain de vou- loir décrypter les person- ages de contes de fées, par des dysfonctionne- ments neurologiques? ‘Crest sans compter érudi- tion du neuroscientifique Laurent Vercuell, son expé- rienoe clinique, son honné- teté intellectuelle.. Ce livre ‘est une pépite! Bien sir ‘que la Belle au bois dor- ant est atteinte de narco- lepsie! Bien sir que des troubles neurologiques ont pu, avant favenement de cette science, étre interpré- és parle merveileux! MF. > vats des mondo” ht Seige ase Du foisonnement biolo- ‘gique de la canopée guya- rise ala surface aride du premier astéroide extraso- laire, en passant parle mystére de la grotte de Bruniquel, oe beau livre, <édité pour les 80 ans du CNRS, nous emmene ala découverte des nouveaux ‘errtoires d'exploration scientifique avec des ‘textes précis et complets, < des illustrations specta- culaires. Un pari réussi. mr. DE JOUER PRET A DEVENIR TEMOIN DU CLIMAT? ‘Avec UAfface du site (wmafaredusecene, llyaun peu plus d'un an, quatre ONG attaquaient Etat en justice pour inac- tion face & la menace cli- matique. Cette fois, Affaire du siécle — c'est le nom de ce collectit dfassociations — vous donne ropportunité de vous faire vous-méme lanceur d'alerte. Vous tes témoin d'une consé- ‘quence directe du chan- gement climatique dans votre vie quotidienne? Faites-le savoir! Signe lune montée des eaux, raréfaction de la biodiver- sité prés de chez vous, ressenti personnel... Tous Jes récits que vous ferez remonter permettront de ‘cartographier les impacts, enregistrés sur le terri- toire, alors que plus de la moitié de la population serait déja exposée & des risques climatiques. vos témoignages! Hugo Struna, cu Muséum national gristowe naturale MARS | 2020 IMI 123 Bon a savoir questions Réponses Quelle puissance atteignent les plus gros éclairs ? LES PLUS GROS ECLAIRS E PRODUISENT QUAND... ‘Question de Nadia Ksour, Havtmont (58) “Le nuage content une grande Sefer xs La majorité des éclars ont une ei es cists char ‘énergie inférieure au miliard de ieee nel peo Joules (GJ), mais les super- ages concentrés en cristaux produl- éclairs peuvent, dans certaines Sot sare se ‘conditions, grimper jusquia a 5 GL... De quoi faire briler est esp ar et ume, pis 20 ampoules de 100 W passage du courant ent ‘uoge etie sl, et pus ily ad ena. Pendant un mots. 4-BV. (Quand est se, es és sont donc ses. ts ns ces ectquns sont pit inpls pet none décars Pourquoi y as -t- il des rares et difficiles d'accés, Cependant, une voie de les réserves naturelles production est a présent moteurs m ais pas de d'hydrogane restent en- en développement, sur core inexploitées. Et la laquelle se fondent plu- Centrales & HYAFOGENE ? pincipae wie de prosue- sieus conaleseec- Z tion pour des appications —triques actuellement en | Question de Pierre Viavogiiaki, Toulouges (66) industrielles, et de fagon construction en France et | beaucoup plus marginale dans le monde: I'électro- zg llest vrai que les moteurs réseau d’électricité. Mais —_ pour les moteurs de lyse de l'eau. Soit la sépa- 2) ahydrogéne (aussi appe- _les voitures & hydrogéne_ voitures, utilise des com- _ration par un courant §| lés piles a combustible), _étant encore rares, les bustibles fossiles (pétrole, électrique de I'H2O, en | Quiproduisent de électr-_quantités nécessaires gaz, charbon), Autant ‘oxygene d'une part et di- 3| cité par oxydation de I'hy- _restent limitées. En revan- —_ les utiliser directement hydrogéne de l'autre. | drogéne, sont déja utilisés che, faire fonctionner une —_ pour produire de l'électri- =| pour propulser des voi- centrale avec del'hydro- _cité, plutot que de passer Couplé au renouvelable Z| tures moins polluantes. gane nécessiterait d’en par lintermédiaire de Le principe de ces cen- | lls pourraient donc aussi, _produire beaucoup "hydrogéne pour arriver _trales serait le suivant: i en principe, alimenter un plus. Or, méconnues, au méme résultat. associer I'hydrogeéne 426 ISVI ARS | 2020 “une source d'énergie renowvelable, comme des ‘panneaux photovottaiques ou des éoennes explique Pascal Brault, cchercheur au CNRS pour le Groupe de recherches sur Fénergétique des mieux ionisés, a 'univer- sité d'Orléans. Ainsi lorsque les conditions météorologiques permet tront de produire plus dfélectricité issue de sources renowvelables que nécessaire le surplus servira a fabriquer de thydrogene grace & Nélectrolyse de eau Lequel sera ensuite stocks, en général sous forme de gaz comprimé. I pourra alors étre trans- porté pour alimenter autres centrales élec- triques et des stations- service, ou compenser quand réectrcité renou- \elable manguera (par exemple le soir, pour le photowoltaique). Mais pour linstant, le coat élevé de ce mode de production freine encore le développement de telles centrales. NP Alcool et médicaments font-ils plus deeffet dans l'avion ? (Question d'Elisabeth Charbonnier, Saint-Yrieila-Perche (87) Non, c'est seulement que es effets se ressentent daautant plus quits sajoutent a ceux produits par Valtitude. En effet, explique Henri Marotte, enseignant en médecine aérospatiale & luniversité Paris Descartes, ‘le pro- biéme, c'est Ihypoxie, est-a-cire le déficit par tiel en oxygene Iié & Falti- tude”. Certes, la cabine d'un avion est pressuri- 60: alors quill vole & 10000 m diatttude, la réglementation oblige les compagnies a y établir attiticielement une pression équivalente, a minima, a celle que fon trouve 42438 m dialt- tude. “Mais c'est aéja beaucoup car, & cette alt- tude, la pression partielle roxygéne est réduite Petr tte Jes me’ nerveux Bic dTenviron 25% par rapport celle que Fon trouve au niveau de fa mer. Ce qui affecte activité du sys- téme nerveux central les neurones fonctionnent moins bien, Influx nerveux ne circule pas aussi effica- cement, et cela entraine une diminution de nos capacités cognitives. qui s'gjoute & celle provo- quée par alcool”, explique Henri Marotte. Quant aux médicaments, “sis agissent sur le syst me nerveux central, il se produira fa méme chose qu'avec ('alcoor’, indique- til Cest notamment lecas de médicaments psychotropes, mais aussi de certains antitussifs ou de médicaments contre le mal des transports. cn. MARS | 2020 Iggyl 427