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Cours : Les systèmes d’élevage camelins en Algérie

Ce cours revêt un intérêt particulier dans la mesure où l’identification et la connaissance du


fonctionnement et de la dynamique des systèmes d’élevage serviront de base à tout plan
d'action. Cet intérêt se justifie davantage quand il s’agit d’une espèce aussi marginalisée que
l’espèce cameline jusque-là en déclin.
Parler de système d’élevage, c’est souligner la nécessité de prendre en compte tous les
éléments qui agissent sur les troupeaux, sans l’isoler, sous prétexte qu’il est pastoral, du
contexte général (Bourbouze, 1987).
Le système d’élevage ne se limite pas à l’étude de l’animal isolé, mais associé aux autres
éléments environnants ; c’est la raison pour laquelle l’animal doit être en interrelation avec les
autres pôles du système: le territoire et l’éleveur.
La connaissance des systèmes d’élevage camelins permettra d'orienter les décideurs quant à
d'éventuels projets de développement dans lesquels, le chamelier, acteur principal du système,
sera pris en considération. Les systèmes étant évolutifs dans le temps et ayant un poids
économique différencié, les actions et décisions touchant au développement concerneront
ceux dont la viabilité est certaine.
En Algérie, l’activité cameline est répartie sur trois grandes aires de distribution : le Sud Est,
le Sud-Ouest et l’extrême Sud. Le cours sera illustré par des exemples pris sur des régions
représentatives de ces aires : la région du Souf pour le Sud-Est, La région de Tindouf pour le
Sud-Ouest et la région du Hoggar pour l’extrême Sud.

Le cours s’articule sur les points suivants :


1-Quelques concepts des systèmes d’élevage
2-Les systèmes d’élevage camelins en Algérie
2-1-Caractérisation des pôles
2-1-1-Les hommes
2-1-2-Les animaux
2-1-3-Le territoire
3-Fonctionnement des systèmes existants
4-Dynamique des systèmes

1-Quelques concepts

Le concept de système d’élevage est un outil dont la finalité n’est pas de dresser un tableau
d’élevage dans une région mais d’établir un diagnostic permettant de proposer des axes et des
moyens d’intervention pour le développement de l’élevage.
Ainsi, pour Lhoste (1984), un système d’élevage est l’ensemble des techniques et des
pratiques, mises en œuvre par une communauté pour faire exploiter, dans un espace donné,
des ressources végétales par des animaux, en tenant compte de ses objectifs et des contraintes
du milieu.
Landais (1987) définit un système d’élevage comme étant un ensemble d’éléments en
interaction dynamique organisé par l’homme en vue de valoriser des ressources par
l’intermédiaire d’animaux domestiques.
Le système d’élevage est un outil d’analyse des activités d’élevage qui privilégie selon Gibon
et al (1988) :
-d’une part, les articulations entre les grandes composantes de cette activité,
-d’autre part, les relations de ces composantes avec le ou les acteurs (éleveurs et
autres membres de la communauté concernés par les activités d’élevage).
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Le concept de système d’élevage présente plusieurs intérêts, nous proposons d’en retenir
trois :
-la mission du système d’élevage est d’élaborer une production animale dans le cadre d’une
organisation constituée par une famille et un ensemble d moyens de production, directement
impliqués dans cette mission, comprenant entre autres les surfaces fourragères (Melese,
1982).
-le concept de système d’élevage est un modèle, un outil d’exploration de la réalité qui permet
de réaliser un diagnostic sur l’activité d’élevage dans une région, c’est-à-dire identifier les
atouts et les contraintes des différents systèmes qui auront été reconnus ainsi que les
possibilités d’évolution de ces systèmes et ce sous l’effet de quelques facteurs,
-enfin, le concept de système d’élevage permet de porter un jugement sur l’efficience
technique du fonctionnement du système et celui de la satisfaction des objectifs, poursuivis
par les centres qui maîtrisent le système.
La notion de « système d’élevage » n’est pratiquement employée qu’à propos de systèmes où
les animaux prélèvent eux-mêmes tout (cas de l’élevage camelin) ou une partie de leur
alimentation à partir de la production primaire ; qui dit système d’élevage dit pâturage.
Les références au « système d’élevage » sont beaucoup plus nombreuses dans les travaux
traitant ds systèmes extensifs. Elles concernent dans leur grande majorité, les ruminants.

L’étude d’un système d’élevage comporte trois phases :


-l’identification de sa structure,
-l’analyse de son fonctionnement,
-l’étude de ses transformations.

L’identification de la structure d’un système nécessite :


-de reconnaître les limites du système
-de caractériser ses éléments
-de mettre en évidence les réseaux de communication qui permettent les échanges entre les
éléments.

Le système d’élevage présente trois catégories d’éléments appelés pôles et qui sont en
interaction dynamique :

-le pôle humain « chef d’orchestre du système d’élevage » :


l’homme, en tant que « principe organisateur » de ce système finalisé, prend les décisions. Il
organise et maitrise le système, en d’autres termes, il pilote le système,

-le pôle animal « une organisation complexe » :


C’est l’élément central et caractéristique du système. C’est ce pôle et ses spécificités qui font
du concept du système d’élevage un outil pertinent dans les mains du zootechnicien.
L’animal est l’élément de base, la cellule constitutive d’ensembles plus vastes (troupeau,
cheptel)

-le pôle ressources « territoire »


C’est un ensemble d’éléments très divers. En effet, les ressources utilisées par le système dans
le processus de production sont de nature très variée.
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Parmi les nombreuses définitions des systèmes d’élevage, nous retiendrons celle avancée par
Lhoste : un système d’élevage est l’ensemble des techniques et des pratiques, mises en
œuvre par une communauté pour faire exploiter, dans un espace donné, des ressources
végétales par des animaux, en tenant compte de ses objectifs et des contraintes du
milieu.

2- Les systèmes d’élevage camelins en Algérie


2-1-Caractérisation des pôles
2-1-1-Le pôle « humain »
En Algérie, un grand nombre de tribus se partagent le territoire pastoral.
Larégion du Soufa vu beaucoup de nomades affluer et s’y attacher grâce aux particularités de
la phoeniciculture dans le Souf.
En effet, le palmier puise de l’eau directement de la nappe phréatique. Ainsi, l’agriculteur
n’est pas obligé d’être en permanence dans la palmeraie, il n’est interpellé que pour les
périodes de pollinisation (printemps) et la période de récolte de datte (automne).
Cette pratique de la culture sans irrigation est perçue comme un grand avantage dans la
mesure où elle permet aux éleveurs de s’adonner à leur activité initiale.
C’est ainsi que la tribu Troud a alors peu à peu abandonné la vie nomade ainsi que la majorité
des Ouled Ahmed.
Les R’baiya, les plus nombreux, ont persisté dans l’élevage. Ils représentent aujourd’hui
Constitués de quatorze fractions, les R'baiya passent, avec les R’guibat, pour les plus grands
groupements nomades du Sahara du Nord. Originaires de Libye, ayant pour aïeul Khaled ben
Réguiat, l'arrivée des Rébai'ya dans le Souf se situe entre le XIVème siècle et XVIIIème
siècle. Ils formaient un groupe de 14.000 semi-nomades (Bataillon, 1963).

Dans la région du Hoggar, les Touaregs occupent un vaste territoire qui commence à la
lisière du grand erg oriental et s'étend jusqu'au-delà du Niger.
Ceux du Sahara formaient un seul groupement qui se scinda en deux vers le XVI ème siècle :
les Kil Ahaggar qui ont pris le massif de l'Ahaggar et ses dépendances et les Kil Ajjer qui ont
pris comme territoire le Tassili N'Ajjer.
Dans la société targuie, la femme jouit d’un statut privilégié dans la mesure où elle bénéficie
d’une autonomie et d’une écoute au sein de la société.
D'après les informations recueillies sur site, il ressort que dans la région, les tribus sont
divisées en deux classes :
- les Imouhar, formant la classe noble, parmi elles, on peut citer les Kil Rela, Taïtok, et
Tedjehé-Mellet,
- les Imrad: chaque tribu noble a ses propres vassaux qui forment les tribus Imrad dans le
Hoggar.

Dans la région de Tindouf, plusieurs tribus se partagent le territoire mais la plus importante
reste les R'guibat la seule tribu à s’intéresser vraiment à l’élevage camelin.
Le « territoire » des R’guibat s'étend de la frontière marocaine et Tabelbala au Nord jusqu'à
Takanet (sud mauritanien) et de Erg Echach à l'Est jusqu'à Sakia El Hamra à l'ouest.
Les R'guibat sont subdivisés en :
- R'guibat Essahel ou R'guibat El Kaf. La plupart d'entre eux ont élu comme territoire la partie
Nord de la Mauritanie, ceux parmi eux qui sont restés à Tindouf, sont localisés dans la partie
sud de la wilaya.
- R'guibat Echark ou R'guibat El Qaf appelés également El Kaouassim du nom de leur ancêtre
Belkacem. La grande majorité a choisi pour ses activités pastorales le Sud Ouest algérien
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(région de Tindouf jusqu'à oued Ed Daoura et Tabelbala au Sud de Béchar et erg Echach à
l'Est.
Il est à noter que cette distribution est le fruit du hasard et ne rentre pas dans la logique de
répartition des parcours aux différentes tribus comme c'est le cas au Hoggar.
2-1-2- Le pôle animal

Localisation du cheptel camelin :


Dans la région du Hoggar, l'effectif camelin est estimé à 93.05 % du cheptel de la wilaya. A ce
taux s'ajoutent des centaines de têtes camelines importées du Mali et du Niger.
L'effectif camelin est concentré dans trois (03) principales zones :
-la zone du Hoggar proprement dite, avec 28,54% de l’effectif total de la région.
-la zone d’Altitude avec 13.60% de l’effectif camelin du Hoggar.
-la zone du Tin-Seririne (Zone frontalière), concentre 57,85% de l’effectif de la région du
Hoggar.
La concentration du cheptel camelin de la région du Hoggar se trouve à Tin-seririne, qui se
caractérise par l’étendue de ses parcours et ses potentialités fourragères. De même, cette zone
est limitrophe aux régions maliennes de l’Ifoghas et nigérienne de Tamesna, caractérisées par
une pluviométrie plus importantes et une végétation plus abondante.

Dans la région du Souf, l’effectif camelin est réparti sur trois zones :
-La zone d'El Hamraya avec 60.5 % de l'effectif camelin. C'est une zone qui s'étend jusqu' à la
région d’Oued Righ.
-La zone frontalière avec 37.3 % de l'effectif camelin.
-la zone sud : ne détient que 2.2% de l'effectif camelin caractéristique des parcours d'erg.

A Tindouf, l’effectif camelin est réparti sur quatre zones :


-14,66 % dans la zone nord est représentée par les parcours d’El Khebi et de Tinassine
-15% dans la zone du nord (parcours d’El Mounir et d’Oum Laachar)
-29,66 % dans la zone centrale et du Sud- Ouest avec une concentration des effectifs dans les
deux zones frontalières avec la Mauritanie (Hamra et Djebilet).
-40,66 % dans la zone du sud (parcours d’El Khal et d’EL Honk).

Evolution des effectifs


L’évolution des effectifs camelins montre une tendance générale vers la baisse si l’on exclut
les statistiques apparues après l’instauration de la prime à la naissance. Cette régression est le
résultat de la dégradation des parcours conséquence d'une sécheresse prolongée.
Cet état pousse les chameliers à adopter des stratégies pour la survie de leur troupeau
camelin : faire recours à l'alimentation complémentaire d'une partie des animaux par l'achat
du concentré en vendant l'autre partie des animaux.

Les « races » de dromadaires


Avant de caractériser les « races » élevées dans les différents systèmes identifiés en Algérie, il
est essentiel d’apporter quelques précisions :
D’un point de vue théorique, une certaine ambigüité demeure sur la terminologie à employer
quand on doit appeler ethnologiquement les dromadaires, à savoir s’il faut parler de type, de
race ou de variété ?
Compte tenu de la pauvreté des descriptions disponibles, une classification systématique
rigoureuse est impossible en ce qui concerne le dromadaire (Richard et al, 1984).
Pour Faye (1997), la notion de race animale n’est pas qu’un fait biologique, c’est aussi le
produit d’une activité humaine entreprise en fonction des objectifs de production affichés. De
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ce point de vue, la pression des éleveurs sur une espèce à vocation extensive est demeurée
faible. Par ailleurs, les noms de races attribuées à de groupes d’animaux dans telle ou telle
région sont susceptibles de varier selon les pays et les ethnies qui se partagent la zone
(Chaïbou, 2005). Par conséquent, une grande confusion règne dans la nomenclature et la
claire définition de races de dromadaires.
Les progrès de la biologie moléculaire et ses outils spécifiques doivent permettre de clarifier
les filiations entre les races et de spécifier les indicateurs génétiques pertinents. Contrairement
aux autres espèces, les races de dromadaires sont vraisemblablement plus proches des
populations « naturelles » que de produits issus d’une sélection raisonnée. D’ailleurs, dans la
bibliographie, certains auteurs classent les dromadaires selon les zones : le dromadaire de
plaine, le dromadaire de montagne…ou selon leur utilisation : dromadaire de transport,
dromadaire de monte…
Ces animaux se différencient par des caractères physiques (couleur de la robe) par leur
conformation et par leur origine géographique, d’ailleurs leurs noms évoquent souvent des
régions bien définies.
En Algérie, on retrouve les mêmes remarques.
Signalons que chaque animal s’adapte à son berceau et que par conséquent, pour utiliser un
dromadaire en dehors de sa région, il est nécessaire de l’accoutumer aux nouvelles régions.

Dans le Hoggar, il y a lieu de mentionner deux types de dromadaires :


Le dromadaire du Hoggar :
Il est caractérisé par les critères suivants : moins grand, à pelage foncé parfois clair, il
supporte les basses températures, il grimpe mieux, court moins vite, ses pieds s’échauffent sur
le sable, mais résistent sur les cailloux.
Ce dromadaire peut porter une charge de 150 à 200 Kilogrammes dans les courtes distances,
ce qui fait de lui un bon animal de bât mais il est réputé aussi pour être un bon animal de
course.
Le poids moyen des jeunes animaux a été estimé (par la formule barymétrique de Boué) à 295
Kg (3 – 4 ans), quant au poids adulte, il dépasse les 500 Kg (520 Kg pour des mâles âgés
entre 10 et 12 ans).
Le dromadaire du Tamsena (Imna-n-tamesna) :
Il est plus robuste que le dromadaire du Hoggar, long et maigre, fort et rapide, ce qui fait de
lui un bon Méhari « Tankmoudet », d'un pelage frugale et clair avec une faible production
d’oubar. Il est plus résistant.
Cet animal se concentre dans la zone de Tinseririne, où il porte d’autres dénominations
(Imans-n-Soudan) ou (Imnas-n-Irgnaten).
Son poids moyen a été estimé à 508 kg et peut atteindre 684 kg.

Dans la région du Souf, seul le Sahraoui est présent.


Il s’agit d’un animal média ligne, musclé qui se caractérise par diverses variantes de taille et
de pelage annexes. Sa robe va de la baie au cendré avec des touffes de poils très fournies
particulièrement au sommet de la bosse et dans la région des parotides.
C’est le dromadaire le plus productif en viande.
C’est un bon animal de selle mais surtout de bât. Sa répartition va du grand erg occidental au
grand erg oriental.
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Dans la région de Tindouf berceau du dromadaire Réguibi, trois populations se distinguent :

Ibl Ethourab :
Il a pour berceau Oum Lassel mais il est réparti sur tout le territoire (d’où son nom), il
représente la plus grande proportion.
C’est un animal longiligne, énergique, d’un long coup et un poil soyeux et très court avec une
robe assez claire.
Il est réputé comme animal farouche d’où la difficulté de son dressage.

Ibl Essahel :
Il représente le dromadaire du Sud Ouest d’origine mauritanienne et sahraouie. Très peu
présent dans la wilaya (rencontré surtout dans les régions d’EL Hamra, Djebilet et El Honk).
De plus forte corpulence et plus robuste par rapport à Ibl Ethourab, d’un cou moins long et
d’un caractère docile.
C’est un animal de bât par excellence (peut supporter une charge de 300 Kg pour les courtes
distances et entre 150 et 200 Kg pour les longues et moyennes distances) mais peut être utilisé
comme animal de selle.

Ibl Essaouda :
Il très peu répandu dans la région de Tindouf. On le rencontre surtout dans la zone frontalière
marocaine (El Khebi, Oum Laachar et Mounir).
C’est un animal de faible conformation, à poil long et rugueux. Il est utilisé comme animal de
boucherie et pour le lait seulement.

Le Sahraoui du Souf Le Targui du Hoggar Le Réguibi de tindouf (un Azelghaf)

Plusieurs robes du dromadaire ont été distinguées dans les différentes Zones d’étude
notamment dans les régions du Hoggar et de Tindouf. D’ailleurs, le nom est souvent celui de
la robe.
A l’instar des tribus du Souf, chaque tribu du Hoggar et de Tindouf possède sa propre marque
sur le dromadaire pour les distinguer.
Ce sceau tribal (tabaa) est marqué au fer rouge sur une partie de l’animal (généralement la
cuisse, la jambe ou la joue). Au sein de la même tribu, on ajoute une petite marque annexe
(azila) pour différencier les fractions..
Exemple : la tribu Messaaba (Souf) a choisi comme sceau tribal deux traits (samtine) sur la
joue droite, Les Messaaba Redouani et les Messaaba Moumni se différencient respectivement
par un + (lech) et un Y (lsane ourane litt. Langue de varan) sur la cuisse droite.
Pour le marquage, les inscriptions annexes notamment, on utilise différentes méthodes :
Elgatf : on coupe une partie de l’oreille qui apparaît mutilée de loin.
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Elkhors : on procède à une incision verticale de l’oreille juste au milieu de sorte que la partie
basse soit tombante et l’autre apparaît dressée.
Les chameliers donnent également au dromadaire des noms suivant l'âge. (à noter que les
chameliers du Souf et de Tindouf utilisent la même terminologie).

Quelques sceaux tribaux

Tribu : R'bai'ya ( Haouamid) Tribu : R'bai'ya ( Getatia)


Sceau : R'bii Sceau : R'bii
Marque annexe : Marque annexe : samta

Tribu : R'bai'ya (Réguiat) Tribu : R'bai'ya (Atri)


Sceau : R'bii Sceau : R'bii
Marque annexe : samta Marque annexe : Fas

/T

Sceaux tribaux de la tribu des R'bai'ya ( Souf )


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Tribu : Irragnaten Tribu : Irragnaten


Sceau : Ameslaj Sceau : Ameslaj
Marque annexe : Teknouine Marque annexe : Lame

= =
ψ

Tribu : Kil Inghar Tribu : Kil Inghar


Sceau : Yet Sceau : Yet
Marque annexe : Tradet – Tekit Marque annexe : Assoua

‫׀׀׀‬
+
^ +

Quelques sceaux tribaux de la région du Hoggar


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Tribu : Souaad ( Ahl Lakraba ) Tribu : Souaad ( Ahl Jouli )


Sceau : Kaf, Chahdine Sceau : Kaf, Chahdine
Marque annexe : Mahsni Marque annexe : Khrira

// //
‫ﻜ‬ O ‫ﻜ‬

Tribu : Ouled Moussa ( Ahl Lahcen ) Tribu : Ouled Moussa ( Ahl Daf )
Sceau : Kaf Sceau : Kaf
Marque annexe : Slib Marque annexe : Sabta

‫ﻜ‬ ‫ﻜ‬
+
_

Quelques sceaux tribaux de la région de Tindouf

Composition du troupeau camelin


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Les chiffres que nous avançons sont obtenus sur déclaration et ne donnent qu'un aperçu, car la
composition réelle du troupeau camelin avec âge et sexe ne peut être connue avec exactitude
qu'en assurant une présence continue auprès des éleveurs.
Concernant la composition du troupeau, elle n’est pas très différente entre les différentes
régions. Les chamelles adultes représentent en moyenne 60% du troupeau. Sur ce
pourcentage, 26% d’entre elles sont suitées. Concernant les mâles adultes, si le pourcentage se
rapproche entre Tindouf et le Hoggar (17,37% et 16,85%), il est très éloigné au Souf
(seulement 4,5%).
Ceci s’explique par une utilisation moins importante du dromadaire en tant qu’animal de bât
ou de selle chez les chameliers du Souf (concurrence par les camions oblige) et par une vente
précoce des animaux contrairement aux chameliers de Tindouf par exemple qui gardent les
animaux dans le troupeau dans le seul souci d’accroître les effectifs.
C'est la même proportion de chamelles adultes composant le cheptel tunisien avec toutefois
une proportion inférieure de mâles adultes.

Taille du troupeau camelin :


Quant à la taille des troupeaux, elle diffère d’un chamelier à l’autre, mais quelle que soit la
région d’étude, le critère de différenciation demeure l’aumône légale (Zakat) si bien que dans
toutes les zones d’élevage, n’est considéré comme chamelier que celui qui détient un
minimum de 25 têtes (chiffre à partir duquel l’aumône légale est attribuée en tête de
dromadaire et non en petits ruminants).
A l’instar de nombreuses sociétés, l’importance sociale d’un éleveur chamelier est
proportionnelle à la taille du troupeau.

2-1-3-Le pôle « territoire »

Les parcours

Caractéristiques des parcours


Les parcours sont caractérisés par leur immensité (dans la région de Tindouf, ils couvrent
6000 km2 ce qui équivaut à 38% du territoire de la wilaya), et leur diversité (différents par la
composition du cortège floristique).
L'accès y est libre pour l'ensemble des éleveurs. Toutefois, il est à signaler que jadis, chaque
tribu avait sa propre zone de nomadisation et ses propres parcours.
C'est le cas de la région du Hoggar où les dits parcours ne peuvent être exploités sans l'accord
de l'Amenokal.
Il est à signaler cependant un fait récent dans la région d'El Oued venu entraver la bonne
mobilité des chameliers : l'APFA, installée sur des parcours camelins.
Pire encore, certains agriculteurs, ne disposant d’aucune autorisation, profitent de la
conjoncture pour mettre en valeur des terres de parcours.
C’est l’exemple des parcours de la zone de Chraa (Souf), pourtant riches en plantes appétées
par le dromadaire (Traganum nudatum et Atrthiphis schitinum) qui furent récupérés par des
agriculteurs non scrupuleux.
Cette mainmise sur les parcours a d'une part, restreint ces derniers tout en déstabilisant
l’équilibre biologique, d'autre part, elle a engendré des conflits entre les nouveaux agriculteurs
et les chameliers.
Ce problème a été également soulevé au Niger où les couloirs de passage des chameliers
disparaissaient au profit de leur mise en culture ce qui pose un réel problème foncier à
l'origine de bagarres entre agriculteurs et éleveurs (Viateau, 1998).
Etat général des parcours
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D'une manière générale, l'état actuel des parcours est en dégradation avancée au vu de la
sécheresse qui a sévit ces dernières années ; pour rappel, la crise pastorale qui frappa la région
du Hoggar dans les années 1968- 1973, et qui avait engendré la mort de centaines de têtes
camelines ou encore la sécheresse qui s'était abattue sur la région de Tindouf au début des
années 1970 et 1980.
La vague de sécheresse qui perdure depuis 1996 ayant entraîné la disparition quasi-totale des
plantes annuelles ainsi que certaines plantes vivaces. Seuls les arbres et quelques vivaces tout
au long des lits d'oueds ont pu résister à cet ennemi des chameliers.
Une dégradation continue de ce couvert végétal ne constitue pas seulement une menace pour
le développement du dromadaire mais peut avoir des conséquences à l’échelle régionale et
même continentale dans le sens qu’elle accentuera le phénomène de la désertification mettant
en danger le développement agricole de toute la région Nord du continent africain. (Chehma,
2005).
Mais bien que les plantes fourragères soient faibles en quantité et en qualité, le couvert
végétal continue à contribuer à la survie des animaux.

Parcours de la région du Hoggar Parcours de la région du Souf

Les puits de parcours


D'une manière générale, les puits, bien qu'ils soient nombreux, restent insuffisants vue
l'immensité des parcours et ce malgré l'effort déployé par l’Etat. :
Dans la région de Tindouf, le nombre de puits répartis sur les différentes zones pastorales de
la région est loin de couvrir les besoins des animaux (153 dromadaires/ puits) et des
chameliers.
Dans la région d'El Oued, malgré la réalisation de forages dans le cadre de l'APFA, le nombre
de puits existants n'a pas résolu le problème d'abreuvement car leur accès reste difficile pour
les éleveurs.
Le nombre de points d’eau reste également très insuffisant dans la région du Hoggar.
Les puits sont la propriété de la commune et leur accès est libre conformément à la loi du 16
juillet 1851 en son article 2 qui constituait et constitue encore la base de la régie des eaux.
Ce n'est pas le cas des sociétés pastorales sahéliennes où le partage des ressources naturelles
pour le bétail a souvent constitué un enjeu pouvant donner lieu à des conflits ou des alliances
(Grangier, 2002).
Les chameliers ont une connaissance parfaite de ces puits (nom, historique, localisation,
profondeur, degré de salinité…).

Les puits sont caractérisés par :


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-un déséquilibre dans la répartition des puits à l'intérieur des zones de parcours.
C'est le cas de la région de Tindouf où la majorité des puits se trouve localisée au nord de la
zone centre, ouest et sud-ouest alors qu'un manque flagrant est enregistré dans les régions d'El
Khal, El Khebi, Mounir, Jebilat et El Hamra, régions où se concentre le grand du cheptel
camelin ou encore l'absence de puits entre Dbii et Hamraya distante de 200 Km dans la région
d'El Oued.
-Dans la région du Hoggar, la moitié des puits de parcours est localisée dans la zone pastorale
de l'ouest du Hoggar
-un grand nombre de puits anciens s'est asséché (ex Targmit à Hassi Mounir dans la région de
Tindouf).
-un degré de salinité élevé pour un grand nombre de puits (Aïn Chatchata à El Oued, Amragh
Sida et Oued El Ma à Tindouf).
-La région du Hoggar n'est pas touchée par ce problème si l'on exclut les quelques puits des
parcours d'Amin dada et de Tefedest limitrophes au Tidikelt.
-la profondeur de certains puits rendant le puisage d'eau difficile (Bir Guédida à El Oued, le
puits d’Oued Anki à Ideles dans la région du Hoggar).
-Il est à noter le recours à d'autres sources d'alimentation en eau :
les Gueltas et les Abankors (point d'eau, trou creusé dans le sable jusqu'a la nappe) demeurent
la seule source dans les zones montagneuses du Hoggar où les puits de parcours sont presque
inexistants.
un nombre restreint des chameliers de Tindouf continuent à utiliser le lac de Tafgoumt à Oum
Laachar.

3- Fonctionnement des systèmes d’élevage existants


Cinq types se partagent le territoire des différentes régions : ramasseurs de bois, bergers,
semi-nomades, nomades et sédentaires. Les ramasseurs de bois sont spécifiques à la région du
Souf. Les nomades sont surtout concentrés dans la région de Tindouf alors que les sédentaires
sont en nombre important dans la région du Hoggar.

Les ramasseurs de bois


Système spécifique à la région du Souf. Au Niger, cette activité est également très
répandue (Viateau, 1998). Les ramasseurs, originaires de tribus différentes, sont concentrés
dans le territoire sud du Souf dans des maisons en dur. Ils représentent 26% de la population
utilisant le camelin comme source de revenu. Cependant, ils ne détiennent que 2,2% de
l’effectif camelin présent dans la région.
Ceci s’explique par la nature même de l’activité. On considère qu’au-delà de 6 têtes (mâles),
on ne peut assurer tout seul cette activité. Le critère de choix de l'animal reste essentiellement
une bonne conformation, de bons aplombs et la capacité de supporter les charges. Les
animaux sont renouvelés tous les cinq ans.
Leur activité principale reste le ramassage de bois.
Le ramassage de bois étant une activité pénible, on n'y rencontre que des jeunes (moyenne
d'âge = 33 ans) contrairement aux nomades (50 ans) et semi-nomades (48 ans).
Cette activité est pratiquée en hiver mais peut s'étendre au printemps. L’été n’étant pas
une saison propice à ce genre d’activité, le ramasseur de bois essaie de meubler ses vacances
estivales forcées en se faisant recruter comme manœuvre sur les chantiers de construction.
Dans ce cas, deux alternatives se dégagent quant au sort des dromadaires : soit, ils sont lâchés
dans le désert (dans la plupart des cas), soit ils sont confiés à un « guid » (berger occasionnel)
qui est rémunéré en fonction des lieux de campement.
Pour l’activité de ramassage et de vente du bois, le ramasseur possède de 1 à 4 dromadaires
mâles. Ceux qui ne possèdent qu’un seul animal louent 3 à 4 dromadaires auprès des
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chameliers et le partage de gain se fait à moitié. Le ramasseur considère que le minimum de


dromadaires nécessaires à cette activité est de deux têtes et que le maximum est de six têtes
car au-delà de ce chiffre, le ramasseur ne peut assurer tout seul cette activité.
Un « ramasseur », possédant trois animaux, arrive à vendre 3 charges par semaine : Le prix de
la charge varie suivant le poids (une bonne charge peut aller jusqu'à 150 kg), la période de
vente (prix le plus faible enregistré au printemps) et la nature du bois (Colligunum comosum
est plus cher que Colligonum azel). Parmi les plantes arbustives des parcours sahariens, il a
été estimé à 60 environ le nombre d'espèces pouvant à quelques titres donner du bois
(Ozenda, 1991).
Le bois est vendu dans les villages se trouvant dans l'axe Robbah – El Oued. En hiver, le
ramasseur n’atteint pas la ville d’El Oued car il lui arrive de vendre ses charges 2 à 3 heures
après son arrivée au premier village. Début automne et surtout fin printemps, la demande
devenant faible, il lui arrive de passer deux jours au village. Généralement, il s’arrange pour
être à El Oued le vendredi jour de marché où il a plus de chance d’écouler ses produits.
Le ramassage et la vente de bois sont l’activité principale. Elle représente 65% du revenu de
l’activité cameline.
Ils s’adonnent également au ramassage du crottin (75% des ramasseurs de bois). Cette activité
commence à partir du mois d'avril et prend donc le relais du ramassage de bois. Le crottin est
vendu aux phoeniciculteurs du Souf.
C’est une particularité de la région liée à la conduite du palmier dattier (système entonnoir)
qui puise ses besoins hydriques directement de la nappe. Le ramassage du crottin prend
beaucoup plus de temps que le bois du fait de sa dispersion (deux jours pour remplir une
charge).
Cette durée peut varier en fonction de l’abondance de crottin sur les parcours qui est lié au
nombre de passages des chameliers dans la zone. Le prix diffère en fonction du poids de la
charge et de la qualité du fumier et qui sont à leur tour étroitement liés à la nature même de
l’aliment ingéré. Ainsi, une charge d'Arphtis schitinum (baguel) dépasse largement le quintal
alors que celle de Stipagrostis punguns (drinn) n'atteint guère le quintal.
Le fumier d'Ephedra alata (alenda) ou de Limonastrium guyonianum (zita) est de meilleure
qualité que celui de Traganum nudatum (damrane).
Avant, le fumier était vendu aux agriculteurs de Robbah, Nekhla et Bayada, mais avec
l'apparition du problème de la remontée de la nappe qui menace la palmeraie, ils sont
contraints de parcourir de plus longues distances pour écouler le fumier dans les zones non
encore menacées (Reguiba) ou celles bénéficiant de nouveaux périmètres agricoles. (Douar El
Ma).
Le ramassage du crottin est une activité pratiquée également par les chameliers dont certains
arrivent à ramasser plus de 50 charges par an.
Tous les membres du ménage participent à cette activité qui se fait sur tout le parcours hormis
la superficie du campement propre à chaque chamelier et qui équivaut en moyenne à un rayon
de 200 mètres à partir des points où sont dressées les tentes.
En effet, cette superficie reste le territoire inviolable du chamelier tant que le crottin déversé
par ses animaux n’a pas été enlevé, même si le chamelier a quitté les lieux.
Les utilisateurs des parcours respectent cette règle. D’ailleurs, faute de pouvoir ramasser la
totalité du crottin, le chamelier a toujours droit de regard sur les lieux qui ont servi à son
campement, et le temps venu, il retourne récupérer le crottin et ce n’est qu’à partir de là que le
dit campement peut être utilisé par les autres.
Quelques rares ramasseurs de bois ont abandonné cette activité pour s’aventurer dans le
ramassage de drinn (Stipagrostis punguns) avec tous les problèmes que cela peut engendrer
car le ramassage de drinn reste une activité interdite par la loi et le contrevenant est passible
d’une amande, voire de la mise en fourrière de ses animaux en cas de récidive.
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Ils n’ont pas à parcourir de longues distances pour les vendre dans les premiers villages aux
autochtones pour les besoins des quelques petits ruminants élevés pour l’autoconsommation.
Cette facilité dans le ramassage fait gagner à ce type de ramasseurs beaucoup plus de temps et
leur permettre ainsi de faire plus de voyages dans le but de compenser le prix dérisoire d’une
charge de drinn (cinq fois moins le prix d’une charge de bois).
Comme problème majeur des ramasseurs de bois, il faut souligner la concurrence déloyale
que leur livrent les camionneurs qui ne se gênent pas d’arracher des plantes vertes (les
ramasseurs évitent les plantes vertes car cela donnerait des charges supplémentaires aux
dromadaires).
Il est à noter qu’autrefois, des conflits opposaient les chameliers aux ramasseurs mais
aujourd’hui, ce problème n’a plus raison d’être car il n’y a plus de rivalité sur les parcours,
l’effectif camelin ayant fortement régressé. L’autre contrainte réside dans les conditions de
travail très contraignantes (morsures par des vipères et des scorpions).
Les « ramasseurs de bois » concurrencés par les camionneurs sont menacés d’extinction.
Déjà, ceux parmi les plus aisés font de l’épargne pour une éventuelle reconversion (commerce
notamment).

- Les bergers
Ce système domine dans la région du Souf.
Les bergers, beaucoup plus en contact avec la tente, vivent essentiellement de l'activité
cameline.
Dans certains pays, le gardiennage des troupeaux, activité très répandue, est considéré comme
un moyen de survie pour certaines catégories de la population, plutôt que comme un système
d’élevage orienté vers la production. C’est l’exemple des chameliers de la région de Biltine au
Tchad (Camel Newsletter N°11,1995).
Si à Tindouf, le recours au berger est une pratique rare (c'est surtout la tribu tajkant, des
commerçants, qui loue le service d'un berger), ce système est plus prononcé dans la région du
Souf où les bergers occupent un territoire propre à eux (zone d'El Hamraya)..
Le seul mode d'habitat reste la tente. Cependant, 73% des bergers du Souf, possèdent en plus
une maison en dur qu'ils n'utilisent que pendant l'été.
Le nombre de têtes confiées est très variable d'une région à l'autre (50 têtes en moyenne au
Souf) avec un nombre de propriétaire variable (de 1 à 13).
Le nombre de dromadaires confié n'est pas en corrélation avec le nombre de propriétaires. Ces
propriétaires n'ont pas la même appartenance tribale que leur berger dans la plupart des cas.
Les nomades et les ramasseurs de bois ne font pas recours au berger. Ce sont surtout les
sédentaires (anciens éleveurs sédentarisés) qui font recours aux bergers dont la majorité
appartient à une tribu différente. Dans la région du Hoggar, il s’agit surtout d’étrangers
(maliens et nigériens).
A l’exception de ces derniers, la presque totalité des bergers possèdent, en plus des camelins
confiés, leur propre troupeau (25 têtes en moyenne) qui provient chez la plupart des bergers
de l’activité de gardiennage de leur parents qui étaient rétribués en nature soit un hag
(dromadaire sevré).
Ce mode continue à être adopté chez beaucoup de bergers de Tindouf. Les autres bergers sont
rémunérés en espèces.
La taille du cheptel gardé par un berger est très variable mais ne saurait dans tous les cas être
inférieur à 20 têtes.
Les rapports entre les bergers et les propriétaires, régis par le seul droit coutumier, sont
excellents.
Aucun contrat écrit ne lie le berger au(x) propriétaire(s), seule la confiance est de règle. Les
propriétaires ne tiennent jamais pour responsable le berger suite à une bête égarée. Ceci est
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également valable pour les mortalités enregistrées et ce quelque en soit la cause (accident de
la route, maladie…).
Ce qui n’est pas le cas chez d’autres tribus où le propriétaire exige une preuve de la mortalité
et fait rembourser la bête égarée par le berger (cas des Ouled Naïl).
Les propriétaires ne viennent s'enquérir de leur cheptel que rarement (une fois par an des
fois). Leur déplacement n'est dicté que par le seul besoin (la vente d'une ou deux
dromadaires).
C'est plutôt le berger qui rend des visites régulières à son propriétaire pour se faire payer et
pour l'informer de certains événements survenus dans son troupeau.
Quand un dromadaire tombe malade et le berger désespère sa guérison, il est abattu. Face à
cette situation de surplus de viande (les habitudes alimentaires ne permettent pas une
consommation régulière de viande), les éleveurs du voisinage prennent l’initiative de se
partager la carcasse et verser de l’argent au berger chacun selon ses moyens.
Cette pratique, forme d’entraide couramment utilisée, a pour seul but de garantir une recette
au chamelier afin de compenser la perte de l’animal dans un tel contexte (isolement).
Le berger ne campe jamais seul. D'autres bergers, généralement de la même tribu, dressent
leurs tentes à une distance variable de la sienne selon le degré du lien tribal.
Les bergers, contrairement aux autres éleveurs, restent plus longtemps sur le même
campement. La majorité des bergers sont accompagnés, dans leur activité de gardiennage,
d'un aide, un membre du ménage généralement dont la tâche consiste en l'entrave et
l'abreuvement des animaux.
La plupart des bergers ne possèdent que l'élevage camelin comme seule source de revenu.
La campagne pour le berger commence début automne, c'est-à-dire juste après avoir
rassemblé les animaux qui étaient jusque là libres pendant toute la période estivale. C’est
aussi le moment de fixer les prix de gardiennage.
L'activité quotidienne du berger est très simple : il lâche les animaux tôt le matin après avoir
choisi une direction et les laisse pâturer à leur guise sans oublier auparavant de traire les
chamelles en lactation et d'allaiter les petits.
Pour empêcher la tétée sur parcours, le berger prend soin de protéger les pis avec une étoffe
conçue pour la circonstance (chmal chez les soufi et abedjo chez les targui).
A midi, il va rejoindre, en suivant leurs traces, les animaux qui auront parcouru une distance
moyenne de quatre kilomètres.
Il lui arrive souvent de rencontrer des bergers du voisinage. Ils continuent ensemble la
marche, leurs troupeaux les devançant sans jamais se mélanger, les mâles de chaque troupeau
veillent à ce que les troupeaux restent à l’écart l’un de l’autre.
Le retour au campement se fait le soir où il entrave les bêtes dociles et laisse en liberté les
bêtes farouches car celles-ci ne se prêtent pas à l’entrave et de toute façon, elles ne quittent
pas le campement contrairement aux dociles.
En plus des problèmes communs avec les chameliers (alimentaire, pathologique...), les
bergers sont confrontés au problème de la succession, qui risque de voir, à moyen terme, la
disparition de l’activité de gardiennage qui draine pourtant 54.8% du revenu total chez les
bergers du Souf.

Les nomades
Ce système a beaucoup régressé au cours des années.
En Algérie, sur un total de 140.000 nomades dans les départements sahariens en 1959, on peut
estimer à environ 60.000 ceux qui mènent une vie de nomade, tous les autres sont des semi-
nomades (Bisson, 1962).
Ce n’est pas le cas de la Mauritanie où dans les années 60, c’était le seul pays saharien où plus
de 70% de la population pratiquait le nomadisme. (Correra 2006).
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Rencontrés dans les seules régions du Hoggar et de Tindouf, ils représentent la plus grande
proportion d'éleveurs et détiennent le plus grand effectif camelin.
La possession d’un grand cheptel chez les nomades est synonyme d’une plus grande garantie
de survie car l’élevage constitue pour eux la seule source de revenu.
Ils utilisent la tente comme mode d’habitation et se concentrent dans la zone du Hoggar
(région du Hoggar) et dans la zone Sud Est (région de Tindouf). Plus de la moitié des tribus
nomades targuis sont des Issekmarane et des Iklan Taoussit alors qu'à Tindouf on n'y
rencontre que des Réguibat.
Les nomades sont plus âgés, avec une moyenne d'âge de 54 ans (Tindouf) et 47 ans (Hoggar)
et un ménage moyen de sept personnes.
Le taux de scolarisation est très faible surtout à Tindouf. La cause principale étant les
déplacements fréquents et l'éloignement.
Si la totalité des nomades R'guibat assurent seuls la conduite de leurs troupeaux camelins,
25% des nomades targui (grands propriétaires) ont recours aux bergers dont 54.5% sont
d'origine malienne ou nigérienne.

Les semi-nomades
Ils se rencontrent dans les trois régions. Les transhumants de Tindouf, localisés pour la plupart
dans la zone pastorale du centre et sud ouest, appartiennent surtout à la tribu des Abd El
Wahed, le reste est partagé entre les Slalka, et Ouled Bousbii.
Dans la région du Souf, ils sont originaires de la tribu des R'baiya et de celle des Msaaba.
Au Hoggar, l’appartenance tribale est dominée par les Issekmaren qui se concentrent surtout
dans la zone d'altitude.
Dans le Hoggar, la majorité possèdent plus de 50 têtes camelines. Certains troupeaux
dépassent les 200 têtes. Alors qu'à Tindouf, les grands propriétaires font défaut et les tailles
vacillent entre 25 et 50 têtes.
Contrairement aux nomades qui ont comme habitat exclusivement la tente ou les sédentaires
qui occupent des maisons en dur, les semi-nomades eux habitent tous sous la tente mais
possèdent une maison en dur qu'ils visitent une partie de l'année.
Les semi-nomades d'El Oued passent la moitié de l'année sous la tente et ils sont contraints à
la halte d'automne dans la maison en dur dans la mesure où la majorité d’entre eux sont des
phoeniciculteurs.
Dans le Souf, pendant toute la saison estivale, les animaux sont livrés à eux même et le
chamelier ne se rend qu’occasionnellement au puits pour contrôler les animaux (repérer les
animaux maigres pour une éventuelle complémentation, les animaux malades ou les animaux
égarés). En début d’automne a lieu le regroupement des animaux.
Bien souvent, un ménage qui ne possède pas de maison en dur, se voit contraint de rester l’été
sur les parcours et partager les abords du puits avec les animaux.
D’habitude, les éleveurs dressent leurs campements loin du puits pour préserver leur intimité,
car le puits est le lieu de rencontres des éleveurs, mais l’été, les puits sont désertés par les
chameliers qui abandonnent leur cheptel durant toute la saison en quête de fraîcheur oasienne.
Ce ménage, à qui échoit la tâche de l’abreuvement de ses animaux pendant cette période de
canicule, va jusqu’à assurer l’abreuvement des autres animaux venus se désaltérer au puits et
laissés en semi-liberté estivale par leurs propriétaires.
Il est à noter que seuls les semi-nomades du Souf et du Hoggar font recours aux bergers, des
étrangers pour la plupart pour ces derniers.
Il est utile de préciser que dans la région de Tindouf, cette catégorie se classait avant 1997
dans la classe des nomades mais la sécheresse persistante les a obligés de se rapprocher des
agglomérations et mener la vie de semi-nomade.
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Il est à noter que le genre de vie des semi-nomades (Souf notamment) comporte des liens
étroits avec les sédentaires (agriculteurs, commerçants…) du village auquel ils sont rattachés.
Certains vont jusqu’à confier leurs enfants scolarisés qui ne peuvent les rejoindre sous la
tente, à des voisins du village sans contrepartie aucune.
.
Les sédentaires
Présents dans le Hoggar et Tindouf, ils habitent la maison en dur toute l’année. Ils sont un peu
moins âgés que les nomades avec une moyenne de six membres dans le ménage.
Dans la région de Tindouf, ils représentent le plus faible pourcentage de l’ensemble des
éleveurs mais détiennent un effectif supérieur à celui des transhumants alors que dans la
région du Hoggar, ils sont plus nombreux et possèdent un troupeau équivalent non
négligeable.
Comme chez les semi-nomades et les nomades, la propriété du camelin pour ces éleveurs
reste l’héritage.
Dans la région de Tindouf, la majorité se concentre dans la ville de Tindouf, le reste habite
Oum Lassel mais Ils se partagent tous les mêmes parcours (Taghamnanet au Nord de Tindouf
et parcours d’El Hamra et Djebilet au sud).
L'appartenance tribale est dominée par El Fakra et Salem.
Les sédentaires, parmi la tribu Tajkant, des commerçants initialement, ont commencé à
s’intéresser à l’élevage camelin ces dernières années dans un but de diversifier les revenus.
Au Hoggar, les sédentaires, surtout des Issekmarene, se rencontrent dans les centres de
cultures ou à Tamanrasset ville.
Dans les deux régions, les sédentaires étaient des anciens chameliers sédentarisés sous
l’influences de plusieurs facteurs : sociologique (scolarisation des enfants), économique
(pluriactivité) mais la sécheresse et la dégradation des parcours en reste la principale cause.
La sédentarisation avait provoqué l'émiettement des troupeaux.
La sédentarisation a généré dans la région de Tindouf d'autres systèmes tels :

Le système « oudia » ou confiage


Un propriétaire ne pouvant plus assurer la continuité de son élevage pour une raison ou une
autre (problème de relève, cherté du berger…), confie ses animaux à un éleveur, sans
s'entendre sur le prix.
Après un certain temps, l'ancien propriétaire vient récupérer son bien avec tout le mouvement
du cheptel intervenu, en prenant le soin d'offrir un animal pour services rendus. Mais il arrive
souvent que l'éleveur demande un ou deux animaux voire la totalité pour les prendre en
"mniha".

Le système « karya » ou location


C’est une pratique très répandue.
Les gens (R’guibat du Nord surtout) louent des dromadaires auprès des chameliers avec un
consensus au départ c'est-à-dire payer en argent ou en nature (animaux).

Le système « mniha » ou pacte d’aide mutuelle


Les éleveurs ne possédant pas de dromadaires ou n'ayant qu'un nombre très réduit demandent
auprès des autres propriétaires camelins une ou deux chamelles pour le lait et un dromadaire
de selle pour le transport. La durée du prêt n'est pas arrêtée.
Le sceau tribal du propriétaire n'est pas changé. Les héritiers peuvent préserver la pratique. Au
fil des années, le propriétaire réclame, selon le besoin, une ou deux têtes issues de ses
camelins confiés.
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Aucun contrat écrit ne lie les deux parties, seule la parole est de règle, mais si jamais une
personne nie l'octroi du prêt (chose rarissime), elle est rejetée par la communauté.
Cette pratique a beaucoup évolué ces dernières années surtout avec le manque de bergers (le
prix de gardiennage devenant de plus en plus cher).

Le système « h'mil »
Ce système rencontré dans la région du Souf est également pratiqué dans la région de
Tindouf, toutefois cette pratique y est rencontrée même en hiver en prenant soin de garder 2
ou 3 femelles pour la traite.
Dans la région du Souf, les animaux, laissés autour du puits en été, sont livrés à eux-mêmes
sans surveillance. C’est cette saison que choisissent les chameliers pour regagner la maison en
dur chassés par la canicule.
Les dromadaires ne semblent pas affectés par cette séparation forcée.
A la fin de l’été, les éleveurs rassemblent les animaux. Ils arrivent facilement à les retrouver
grâce à leur « science » de la trace.
La notion d'entraide y est également rencontrée, les gens s'échangent les nouvelles sur les
animaux disparus, ils font abreuver au puits les dromadaires des autres éleveurs et ils
opposent le sceau tribal sur les jeunes dromadaires des autres chameliers.

Les contraintes
: Beaucoup de contraintes préoccupent les chameliers

L’alimentation
Le dromadaire, pour subvenir à ses besoins, doit systématiquement se déplacer à la recherche
de pâturages et de sources d’abreuvement.
La sécheresse prolongée de ces deux dernières décennies n’a pas permis la régénération de la
flore fourragère, d’autant plus que durant cette sécheresse qui semble perdurer, aucun
programme de gestion pastorale n’a été envisagé.
Les parcours ont connu une telle dégradation que même des plantes vivaces connus pour leur
résistance à la sécheresse (Arphthis schitinumdans la région du Souf et Nucularia perrinidans
la région de Tindouf)ont disparu de certains parcours.
Cette situation a entraîné une chute du cheptel camelin résultant des mortalités, de l’absence
des naissances et de l’accélération de la vente car l’une des stratégies adoptées face à cette
régression du couvert végétal consiste à vendre une partie des animaux pour acheter des
aliments (orge) dans le seul but d’assurer la survie du reste du cheptel camelin.
D’autres éleveurs ne faisant pas recours à la complémentation préfèrent partir continuellement
à la recherche de pâturages même si cela demande de longs déplacements avec tous les
problèmes que cela pose.
C’est le cas des chameliers de Tindouf pour qui l’orge est pratiquement inaccessible à cause
de sa cherté vu qu’elle est ramenée de régions éloignées (régions steppiques) et les frais de
transport de la ville de Tindouf aux campements augmentent les charges.
Mais les petits propriétaires ne disposent d’aucun moyen pour affronter une sécheresse
dévastatrice et aucune adaptation au niveau du système de production n’est envisagée telle
l’émigration ou des activités complémentaires et l’Etat n’était d’aucun secours pour ces
éleveurs camelins qui restaient impuissants devant le nombre considérable de mortalités
enregistrées.
L’abreuvement constitue également un autre problème au chamelier d’autant plus que l’eau
reste un paramètre qui échappe complètement au contrôle de l’éleveur et dépend des capacités
hydrauliques de la région, donc de la pluviométrie et des réserves souterraines.
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Or dans les trois régions d’étude le manque de puits est très ressenti (dans la région de
Tindouf, en moyenne un puits pour 612 km2), des puits caractérisés par un déséquilibre dans
la répartition spatiale ainsi que l’état des puits pour la majorité endommagés ou abandonnés.
Le peu de puits qui subsistent encore sont soit très salés (Sauf et Tindouf) soit très profonds
rendant l’exhaure de l’eau difficile.
Devant cette situation, les chameliers éprouvent de grandes difficultés pour abreuver leur
cheptel, les obligeant parfois à se déplacer vers des zones où l’accès à l’eau est plus facile
créant ainsi des concentrations de cheptels avec tous les problèmes qui en résultent.
Les chameliers (grands propriétaires) faisant pâturer leurs dromadaires sur certaines zones
réputées par leurs parcours riches et diversifiés mais dépourvues de toute source
d’abreuvement (Tindouf surtout) préfèrent suivre leur cheptel avec des camions citernes.
Le problème de l’eau se pose avec plus d’acuité en période de sécheresse

La reproduction
L’élevage camelin est un élevage à rotation très lente. La faiblesse du croît réside dans la
longueur de l’intervalle entre deux mises bas (tous les deux ans) et dans la faiblesse du taux
de prolificité.
Cependant cet intervalle ne reflète pas les potentialités physiologiques réelles de la chamelle.
La reproduction n’est pas donc un facteur limitant pour améliorer les performances mais
l’allongement de l’intervalle entre deux chamelages. Mais les chameliers semblent résignés à
ces contraintes qu’ils estiment immuables.

La couverture sanitaire
La période de sécheresse prolongée qui continue à sévir dans les régions d’étude a eu des
conséquences néfastes sur les animaux (amaigrissement, non résistance aux agents
pathogènes).
le mode transhumant de conduite des dromadaires sur de vastes étendues loin des services
vétérinaires ainsi que le refus de la plupart des chameliers à faire vacciner leurs animaux lors
des campagnes de vaccination gratuites initiées par les différentes inspections vétérinaires
sont autant de facteurs ayant conduit également à la dégradation de l’état sanitaire des
dromadaires.
Ajouté à cela les mouvements des troupeaux vers les pays voisins avec tout ce que cela peut
véhiculer comme maladie ce qui rend difficile tout contrôle sanitaire d’autant plus que le
nombre de vétérinaire affecté reste en deçà des normes (à titre d’exemple, le calcul de ratios
donne un vétérinaire pour 3750 dromadaires dans la région de Tindouf) et en l’absence de
vétérinaires spécialisés en pathologie cameline.
Le peu d’encadrement est concentré dans les chefs lieu de Wilaya (inspections vétérinaires)
avec des moyens souvent très limités (absence de moyens de transport appropriés).
Tous ces facteurs rendent difficile la mission des inspections vétérinaires qui se voit ainsi
réduite à des campagnes de vaccination sporadiques auxquelles n’adhèrent que très peu
d’éleveurs.
Mais cette contrainte ne semble pas trop inquiéter les chameliers qui comptent sur leur savoir-
faire empirique
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Le soutien de l’Etat
En dehors de la prime à la naissance initié par le Ministère de l’agriculture, opération
éphémère car n’ayant pas été réfléchie en tenant compte des réalités du terrain et que les
premiers concernés (chameliers) n’ont pas été associés à la réflexion, l’Etat n’a fait aucun
effort pour venir en aide à cette catégorie d’éleveurs et ce à quelque niveau que ce soit
(alimentation, crédits, assurance…).

D’autres problèmes viennent perturber la vie pastorale :

La succession
Cette contrainte est surtout ressentie par les bergers. En effet, leurs fils ou leurs frères
commencent à se désintéresser de l’activité de gardiennage pour aller chercher en ville des
emplois plus rémunérateurs stables et moins contraignants. C’est aussi une occasion pour les
enfants d’échapper au joug paternel en venant s’installer en ville.
Leur activité de gardiennage risque d’être estompée par le problème de la succession.

La compétition sur l’occupation de l’espace désertique


Au vu de l’immensité des parcours et de l’effectif réduit, il n’y a pas de compétition.
Toutefois, l’installation récente de la mise en valeurs des terres sur certains parcours camelins
a engendré une certaine compétition, si minime soit-elle avec tous les conflits que ça peut
générer entre chameliers et nouveaux agriculteurs.

Les accidents de la route


Les animaux victimes des accidents de la route viennent s’ajouter aux autres problèmes
expliquant la régression des effectifs.
Ce problème est surtout ressenti par les bergers de la région du Souf.
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Ces pertes surviennent surtout en période de sécheresse car en bonne année, les parcours étant
riches, les animaux restent au pâturage et n’ont pas le temps de traverser la route.
Une autre cause est à l’origine de ces accidents : après les pluies, l’eau stagnante dans les
différents fossés le long de la route, attire les animaux.
Les bergers se plaignent de l’absence de toute assurance couvrant les animaux dans de telles
situations, pire encore, ils n’osent même pas se manifester de peur de se voir verbalisés.

La scolarisation
Les éleveurs commencent à prendre conscience du problème de la scolarisation de leurs e
nfants, mais cet éveil tardif ne concerne malheureusement que les garçons, la scolarisation des
filles reste un sujet tabou.
A l’avenir, cette nouvelle donne risque de transformer le mode de vie pastorale car les
éleveurs seront confrontés au problème de la garde des enfants scolarisés.
Face à toutes ces contraintes, l’éleveur camelin continue à lutter seul contre la précarité de son
existence, de celle de sa famille et de la vie de son troupeau camelin l’unique trait d’union
avec sa vie pastorale.
Il n’abandonnera cette existence que si les hommes et la nature l’y obligent.
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Conflits avec les Contravention ou mise en Recherche d'un emploi Parcourir de plus grandes distances
chameliers fourrière des animaux en période estivale (périmètres non menacés ou
nouveaux)

Activité prohibée Activité Concurrence Problème de la


temporaire par les camions remontée de la nappe

Ramassage de "drinn" Ramassage de bois Ramassage de fumier


Ramassage de "drinn" Ramassage de bois Ramassage de fumier

Exclusivement des jeunes

Conditions de travail difficiles

Fragilité du système Recherche d'emploi plus stable et


moins contraignant

Nombre de "ramasseurs " en régression

Durabilité incertaine,
Durabilité incertaine,
risque d'abandon
risque d'abandon

Figure 5 : Contraintes du système "Ramasseurs


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Concentration animaux Problème exhaure d'eau Recours aux
méthodes
empiriques

Ignorance de la
Manque puits Puits profonds pathologie cameline
Absence de soutien Sécheresse par lesvétérinaires

Conflits entre Problèmealimentaire


alimentaire
Occupation Problème
Problèmepathologique
pathologique
chameliers et meilleurs parcours Problème
agriculteurs par mise en valeur
Élevage à
Désintéressement des Problèmeabreuvement
abreuvement rotation lente
Désintéressement des Problème
pouvoirs publics
pouvoirs publics

Absence Vente d'une Problème de reproduction


Problème de reproduction
crédits partie des
animaux
Absence Animaux Mortalités
assurance victimes Croît faible
d'accidents
Désintéressement
Désintéressement
desjeunes
jeunesbergers
bergers
des
Problème
Problème
dederelève
relève

Nombre des dromadaires en régression


Risquededereconversion
reconversionvoire
voirelala
Risque
disparitiondedecertains
certainssystèmes
systèmes
disparition

Figure 6 : Contraintes du système "Bergers" et "Chameliers »


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La transhumance
Le dromadaire est un animal constamment en déplacement pour subvenir à ses besoins. La
recherche de pâturage et de sources d’abreuvement poussent les pasteurs à des déplacements
très variant en fonction de :
la nature du cheptel : les éleveurs camelins sont ceux qui effectuent les plus longs
déplacements par rapport aux autres éleveurs
la taille du troupeau : les distances parcourues sont en corrélation positive avec la taille du
troupeau camelin.
Les saisons : les éleveurs sont plus nombreux à parcourir des longues distances en saison
de faible couvert végétal.
Les distances parcourues à la recherche de pâturage sont très importantes.
Les logiques pastorales mises en œuvre sont en fonction des caractéristiques propres du
cheptel et la disponibilité des ressources en eau et en fourrages ainsi que des types de
systèmes d’élevage.
Ainsi, ce sont les nomades et les bergers, à l’exception de ceux du Souf, qui parcourent les
plus grandes distances vu les grands effectifs camelins qu’ils possèdent (les autres espèces
étant négligeables). Les déplacements des semi-nomades sont par contre organisés et de
courte distance.
Les nomades qui ont une meilleure connaissance des territoires, s’appuient sur leur expérience
pour déterminer l’emplacement des campements. Ils y séjournent jusqu’à épuisement des
ressources végétales, puis se déplacent vers des pâturages plus abondants.
Pour les bergers et les semi-nomades, les déplacements se font en fonction des informations
recueillies sur l’état des pâturages.

Les types de mouvements


La mobilité constitue une caractéristique essentielle de l’élevage en milieu saharien, et la
cause majeure de cette mobilité reste la recherche des pâturages et des points d’eau.
L’étude des mouvements des camelins fait ressortir deux types de déplacements.

Les mouvements internes


Ce sont des mouvements se déroulant au sein de la région où les chameliers se déplacent avec
leurs troupeaux entre les parcours offrant les meilleurs pâturages et sources d’abreuvement.
Tous les éleveurs, excepté ceux du Souf pratiquent ce genre de mouvement, la seule
différence réside en la direction et/ou les distances parcourues.
A noter que certains utilisent toujours les mêmes itinéraires, c’est le cas des ramasseurs de
bois dans la région du Souf.
Deux sortes de mouvements internes sont distinguées : les mouvements intra-zones et les
mouvements inter-zones.

Les mouvements externes


Ces mouvements prennent naissance dans la région vers les parcours des Wilayas limitrophes
ou les parcours des pays voisins. Ce mouvement est dicté par le manque de pâturage dans la
région suite à une sécheresse prolongée.

Les mouvements entre la région et les Wilayas limitrophes


Il s’agit de mouvements saisonniers organisés à partir de la région vers les parcours des autres
Wilayas, mais chaque zone au sein de la même région privilégie la wilaya (dans la région du
Hoggar, les éleveurs de la zone du Hoggar optent pour la Wilaya d’Adrar alors que ceux de la
zone d’altitude préfèrent la Wilaya d’Illizi).
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Le sens inverse de ces mouvements est effectué par les éleveurs des autres wilayas
transhumants vers les régions d’étude notamment la région du Hoggar.
Les chameliers du Souf optaient pour les parcours de la Wilaya de Tébessa, mais aujourd’hui,
ils s’y rendent de moins en moins à cause du problème sécuritaire.

Les mouvements vers les pays voisins


Des mouvements non saisonniers sont organisés durant les périodes de sécheresse seulement.
C’est l’une des stratégies adoptées par les éleveurs des régions du Hoggar et de Tindouf pour
la survie de leur cheptel.
Dans la région du Hoggar, les régions ciblées sont les Ifoghas (Mali) et la Tamesna (Niger) à
cause d’une pluviométrie plus importante et une végétation plus abondante.
Ces deux régions étant limitrophes de Tin Séririne, ce sont donc les éleveurs de cette région
qui s’y rendent.
Le déplacement des éleveurs des deux autres zones reste limité aux seuls grands propriétaires
et aux commerçants du camelin. Le séjour en territoire malien ou nigérien dure deux à trois
mois. En raison de la concentration des cheptels autour des points d’eau, l’abreuvement du
cheptel se fait par ordre de priorité : les premiers arrivés sont les premiers servis.

Tous les éleveurs sont traités sur le même pied d’égalité, sans distinction ethnique ou
tribale. De la même façon, aucune restriction n’est imposée concernant la pâture des cheptels.
Les éleveurs étrangers partagent les mêmes pâturages que les autochtones, car la solidarité
entre les éleveurs est un principe sacré.
Cette transhumance risque, à moyen terme, de disparaître en raison des facteurs suivants :
-Le climat d’insécurité qui caractérise les zones frontalières
-L’instauration par l’autorité nigérienne d’une taxe de pacage pour les éleveurs étrangers
-le manque de personnes pour assurer l’acheminement des dromadaires vers ces pays
Il est à signaler que certaines relations entre les tribus du Hoggar et celles de Tamesna
ne sont plus intenses qu’elles ne l’étaient au début du siècle.
En effet, en raison des faibles potentialités fourragères dans le Hoggar, les éleveurs des
grandes tribus touaregs envoyaient leurs troupeaux camelins dans le Tamesna pour être
confiés aux tribus autochtones sous forme de prêt.
Ainsi, tout le monde y trouvait son compte, les premiers dans la perspective de préserver leur
capital d’un dépérissement certain, les seconds dans la possibilité de jouir d’un complément
de produits d’élevage (essentiellement lait et transport).
Le bétail était ramené dans le Hoggar une fois le spectre de la sécheresse éloigné. Cette
forme de solidarité maintenue des siècles durant disparût progressivement pour les mêmes
raisons que la disparition du déplacement vers les pays limitrophes.
Il arrive que les dromadaires du Souf accèdent à des parcours tunisiens, toutefois le chamelier
n’est autorisé à s’y rendre que sur délivrance d’une autorisation signée par le Président de
l’Assemblée Populaire Communale en précisant l’emplacement. Cette démarche s’inscrit dans
le cadre d’une convention entre les deux pays voisins.
De l’autre côté, les chameliers tunisiens ramènent leurs troupeaux pâturer en période estivale
sur les chaumes des terres de Benguecha.
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Carte: Mouvements des chameliers dans la région du Souf


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La mobilité au quotidien
Suivant la nature du point d’eau, la localisation du campement, la distribution spatiale des
ressources fourragères, les besoins et disponibilités en main d’œuvre du groupe familial, nous
pouvons distinguer des types bien différenciés de rythmes quotidiens, eux-mêmes dépendants
des différentes saisons.

Type 1
Le campement est aux abords immédiats du point d’eau. L’abreuvement a lieu
quotidiennement. Le troupeau camelin est lâché le matin pour ne regagner le campement que
dans la soirée. Seuls les chamelons et les animaux malades sont maintenus au camp. Quand le
parcours est riche, les animaux se contentent de pâturer aux alentours du campement ce qui
diminue l’activité du gardiennage.
C’est le schéma général de saisons de pluies qui se caractérise par de faibles distances
parcourues, c’est également le cas le plus fréquent en début de saison sèche où l’herbe est
encore abondante aux abords des points d’eau. Ce type présente des avantages dans la mesure
où il n’exige pas de gardiennage (les animaux pâturent souvent à des faibles distances du
campement) et n’implique aucune scission du troupeau (seuls les chamelons sont maintenus à
part).
Dans la région du Souf, les chameliers dressent d’habitude leurs campements loin du puits
pour préserver leur intimité, le puits étant un lieu de rencontres des éleveurs. Mais l’été,
certains chameliers se rapprochent des puits désertés par la plupart des chameliers qui
abandonnent leur cheptel durant toute la saison en quête de fraîcheur oasienne.
On peut rencontrer une variante de ce type où la proximité du point d’eau est dictée par la
régression des ressources fourragères en période sèche, régression qui impose des
déplacements plus éloignés.
Dans cette situation, le rythme change bien que les animaux s’abreuvent quotidiennement : les
dromadaires quittent le campement en début d’après midi en quête de pâturages qu’ils
atteignent la nuit pour ne rentrer au campement que le lendemain matin. Plus les pâturages
sont éloignés, plus le rapport temps de pâturage/distance parcourue est faible.

Type 2
Le campement se trouve à quelques kilomètres du point d’eau (environ 5 Km). C’est la
situation la plus fréquemment rencontrée.
Le rythme adopté et ses caractéristiques sont les mêmes que le type précédant, toutefois, dans
ce cas, l’éloignement implique le transport d’eau à usage domestique ainsi que le déplacement
des chamelons (en général gardés) jusqu’au point d’abreuvement.

Type 3
Le campement est situé entre deux points d’eau. Cette situation qui permet une diversification
des pâturages n'est rencontrée que rarement.

Type 4
Le campement est installé à une distance très éloignée du point d’eau.
Le cheptel s’y rend le jour J1 pour s’abreuver et gagne le jour J2 les pâturages situés dans la
direction opposée et permet ainsi le retour des animaux le soir.
Ce type, adapté aux conditions de saison fraîche, permet d’une part aux animaux de
s’abreuver tous les deux jours et d’autre part met à leur disposition de l’herbe en quantité
suffisante (période propice) entre le campement et le point d’abreuvement permettant ainsi
aux dromadaires de s’alimenter pendant le jour J 1.
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Ce phénomène disparaît en saison chaude quand toute l’herbe a quasiment disparu sur ce
trajet. Ce type est plus contraignant (notamment pour les bergers) car ils sont éloignés de leur
groupe familial. De plus, il est plus exigent en main d’œuvre qui doit se voir dédoubler si on
veut assurer l’abreuvement des chamelons le jour J2 sans qu’ils rencontrent le reste du
troupeau. En effet, une personne doit s’occuper des chamelons et une seconde personne du
reste du troupeau.

Type 5
Situation rencontrée en saison sèche. Quand les ressources fourragères régressent, le
campement, situé à proximité du point d’eau, est dans l’obligation de parcourir de longues
distances pour alimenter les dromadaires, les parcours étant très faibles.
Le cheptel camelin se voit donc contraint d’y passer la nuit pour ne regagner le campement
que le lendemain matin.
Ce rythme permet d’accéder à des pâturages distants de plus de 15 Km du campement.
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j1 j2

j2
j1

J1

J2

point d’eau

campement

campement à proximité du point d’eau

parcours nocturne (nuit n)

parcours diurne (jour j)

Rythmes quotidiens de déplacement du cheptel camelin


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Points caractérisant les systèmes :

Les types de système d’élevage camelin


Le type d’activité est parfois marqué par la zone.
L’exemple des « ramasseurs de bois » dans le Souf est significatif puis qu’ils ne se rencontrent
que dans le territoire sud de la wilaya, là où poussent les deux arbustes pourvoyeurs d’énergie.
Un autre exemple peut être cité : les sédentaires du Hoggar qui privilégient la zone de
Tinseririne pour pouvoir se déplacer vers les pays riverains dans le cadre des échanges
commerciaux ou également les semi nomades qui se concentrent dans la zone d'altitude pour
se rapprocher de leurs petits jardins.
- il a y a une forte adéquation entre le système d'élevage et le territoire.

La polyfonctionnalité de la production cameline


Le dromadaire remplit plusieurs fonctions (transport, productions, capital), mais ces fonctions
ne sont pas toujours compatibles entre elles, ainsi pour le transport, la fonction zootechnique
est très secondaire : de même chez les éleveurs, le troupeau est souvent géré comme un capital
qu’il faut protéger et qui n’est sollicité qu’en cas de besoin.
Une analyse trop rapide pourrait donc laisser croire au peu de rationalité de ce type d’élevage.
Il est donc important de mettre en relief cette notion de polyfonctionnalité.

Un système d’élevage à rotation lente


La détermination de l’UZ nous donne les résultats suivants :
Taux de renouvellement des femelles = 8%
Age à la réforme : 16 ans pour les femelles et 11 ans pour les mâles
L’UZ cameline est composée de :
1 chamelle + 0.24 chamelons (entre 0 et 12 mois) + 0.15 chamelons (entre 12 et 24 mois) +
0.1 chamelons (entre 24 et 36 mois) + 0.01 mâle

Total du troupeau
100 chamelles 4 ans 61%
8 mâles adultes 3 ans 4.8%
24 chamelons 1 an
15 chamelons 1 - 2 ans
10 chamelons 2 – 3 ans 34%
8 chamelles 3 – 4 ans

Vente
5 femelles de réforme 250 kg
6 mâles 1 – 2 ans 150 kg 16 animaux vendus par an
4 mâles 2 – 3 ans 250 kg
1 mâle de réforme 350 kg
Taux d’exploitation = 9,7%
C’est un taux faible. Cependant, les travaux relatifs au projet camelin du Butana avancent un
taux plus faible de 5% (Camel Newsletter N°9, juin, 1992).

Viande sur pied (vif) vendue par femelle


0.05 X 250 = 12.5
0.06 X 150 = 9 35 kg croît (vif)/ femelle
0.04 X 250 = 10
0.01 X 350 = 3.5
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C’est un élevage qui produit donc peu de viande (35 kg de viande/femelle), mais cette
production existe mais la notion de rentabilité est souvent peu perçue en rapport avec le
caractère extensif de l'élevage camelin.
Compte tenu de la faible rotation, l’éleveur dispose d’animaux adultes en quantité suffisante
pour le transport, le lait, et le poil.

Utilisation de l’espace pastoral par les chameliers


Juridiquement le statut des parcours est un bien d’état (bien collectif). La détribalisation des
territoires pastoraux a vu le jour au lendemain de l'indépendance. Aujourd'hui, l’accès y est
donc libre : toutefois le territoire individuel reste très marqué par l’emplacement de la tente. Il
n ‘y a jamais de conflit pour l’occupation de l’espace entre les différents utilisateurs.
I' immensité de l’espace et la réduction de l’effectif expliquent la faiblesse des enjeux.

Relation avec le système agricole


Sur la base de nos enquêtes, nous pouvons avancer que les deux systèmes sont étanches. La
relation avec le système agricole est faible : seuls les éleveurs phoeniciculteurs entretiennent
une relation mais dans un seul sens. (Cas de la région du Souf).
Elevage camelin et agriculture oasienne ont donc peu de relation. Ce n'est pas le cas par
exemple au Niger où certaines tribus nomades coopèrent avec les paysans (Bernus, 1994)

4-Dynamique des systèmes

Quel est avenir pour le dromadaire en Algérie à travers deux scénarios et quelle stratégie faut-
il adopter pour la relance de son élevage.
- Scénario pour l’avenir
Les systèmes identifiés étant très diversifiés et leur dynamique différente, nous nous sommes
demandés à la fin quel avenir se dessine pour ces systèmes de production camelins et ce à
travers deux scénarios censés caricaturer des situations proches de la réalité

1er scénario (scénario catastrophe)


La sécheresse persiste et les parcours se dégradent de jour en jour entraînant la disparition
quasi-totale des espèces spontanées pour se trouver en face d'un recouvrement végétal presque
nul. D'autre part, aucun soutien de l'Etat n'est accordé aux chameliers.
Devant cette situation déplorable, on peut imaginer les chameliers (nomades et semi-
nomades) qui continueront à vendre leurs dromadaires à des prix plus faible que d'habitude
pour acheter l'alimentation complémentaire dans le seul souci de sauver le peu d'animaux
restants.
Les bergers, se trouvant, sans animaux confiés, vont partir grossir le lot des demandeurs
d'emploi. Les petits éleveurs qui étaient contraints de vendre leurs troupeaux, essayeront de se
rapprocher des villes pour se reconvertir en agriculteurs profitant de la conjoncture favorable
liée aux stimulants dans le cadre du soutien à l'agriculture.
Les gros propriétaires, en attendant de voir un jour, la possibilité de reconstituer leur troupeau
camelin, vont tenter, grâce à la mobilisation de l'argent épargné des animaux vendus, de se
fixer en ville et d'investir dans d'autres créneau notamment le commerce ou le transport pour
ceux disposant de camions.

Ce scénario "catastrophe" s'il arrive peut-être à "sécuriser " les ménages en trouvant d'autres
ressources de survie à partir du moment où les chameliers qui ont perdu leurs troupeaux ont
été dans l'obligation de troquer leur vie de pasteur en celle de manœuvre, d'agriculteur ou de
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commerçant, fragilisera davantage le pastoralisme au risque de voir disparaître ce mode de vie


où l'économie reposait entièrement sur le dromadaire.
Les chameliers se verront ainsi subir l'influence d'une autre vie à laquelle ils n'étaient pas
préparée, cette nouvelle vie sédentaire qui leur fera perdre toute idée de renouer avec leur vie
de chamelier pour n'en garder que la nostalgie.

2e scénario : (scénario moins pessimiste)


Concernant le système "berger", il est confronté au problème de la succession (cette activité,
réservée généralement aux jeunes, n'intéresse plus cette catégorie ), nous allons donc assister
à une transition des bergers en exploitation en direct d'autant plus que les propriétaires puisent
dans leur caisse d'épargne constituée par le cheptel confié pour alimenter leurs projets
d'investissements, extra agricoles , dans la plupart des cas.
Ils iront ainsi grossir le rang des chameliers puisqu'ils n'auront à s'occuper que de leur propre
troupeau.
Quant aux "ramasseurs" du Souf, au vu d'innombrables contraintes : les conditions de travail
difficiles, le produit est moins demandé vu l'augmentation du standing de la population, la
concurrence par les camionneurs et la période creuse enregistrée en été, on peut imaginer la
disparition à court terme ce système. Mais sachant que l'activité de ramassage est la seule
source de revenu, il ne faut pas mettre une croix sur ce système mais essayer de trouver un
substitut.
Pour le système "nomade", c’est un système en régression. Nous continuerons à assister à des
nomades qui iront rejoindre la catégorie des semi-nomades au vu des problèmes qu'ils
enduraient : persistance de la sécheresse, problème de la scolarisation des enfants. Ils veulent
diversifier leurs ressources et pour ce faire, ils doivent avoir "un pied" en ville.

Les systèmes étant évolutifs dans le temps, les décisions relatives à des projets de
développement concerneront ceux dont la viabilité est certaine et à notre avis, le seul système
qui restera stable est le semi-nomadisme., stabilité encore plus renforcée dans la région du
Souf au vu du mode particulier de l'agriculture dans cette région.

Ce deuxième scénario nous parait comme la situation la plus vraisemblable. Par conséquent,
le semi nomadisme, ce système où on trouve peu de trace de fléchissement, mérite donc d'être
conforté et tout doit être mis en place pour garder ce mode de vie.
Il ne s'agira surtout pas de le sédentariser car cela suppose ignorer totalement les fondements
écologiques qui caractérisent la vie du chamelier.
Il faut plutôt essayer de trouver des formes d'intégration qui permettront la perpétuité de cette
interdépendance entre l'homme, l'animal et la plante, à même de garantir l'équilibre
écologique tout en favorisant le bénéfice des bienfaits du monde moderne (scolarisation des
enfants, valorisation des produits et sous- produits) et en respectant la riche diversité des
comportements, des pratiques et des psychologies de ces semi-nomades.
Certes, le dromadaire a perdu de son prestige, en reculant devant les progrès de la civilisation,
en tant qu'animal de transport (les dromadaires sont déplacés sur des camions), mais il
demeure, sans rival, grâce à ses aptitudes un grand pourvoyeur en viande.
Aussi, faut-il trouver les moyens adéquats pour préserver cette science de la nature et ces
connaissances de ce milieu hostile pour exploiter au mieux cet animal comme animal de
boucherie d'autant plus que la viande reste un produit très demandé par la population la plus
touchée par le déficit protéique.

Aujourd'hui, le dromadaire suscite un nouvel intérêt auprès de nombreux pays où il connaît


une véritable réhabilitation.
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Ce privilège permet au dromadaire de bénéficier du statut d'animal de production à part


entière et l'Algérie ne doit pas être en marge de cette réflexion sage.
Ce nouveau statut va permettre au dromadaire de compter comme pièce importante de
l'échiquier de l'économie de l'élevage qui doit s'inscrire dans un objectif de développement
durable d’autant plus que les prévisions d’évolution démographique et de croissance de la
consommation individuelle des produits animaux montrent que d’ici 2020, il va falloir
produire plus de 220 milliards de litres de lait et 100 millions de tonnes de viande dans les
pays en voie de développement.

Références Bibliographiques

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arides. Nomades et nomadisme au Sahara. UNESCO, 1963.- 113-121 p.

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BISSON (J.)-_ Les nomades des départements sahariens en 1959. _ Travaux de l'Institut de
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méditerranéennes._ Montpellier : Institut Agronomique Méditerranéen (IAM), 1987._ 104 p._
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Maisons-Alfort CIRAD-EMVT. Coll. Etudes et synthèses de l’EMVT, N°13. 163 p.

VIATEAU (E.)._ Bilan et perspectives sur la traction cameline au Niger, Montpellier :


CIRAD-EMVT, 1998._153 p.

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