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Techniques de dépollution des rejets

atmosphériques industriels

par Jean RAGUIN


Vice-président du CITEPA (Centre interprofessionnel technique d’étude de la pollution
atmosphérique)
Président d’honneur du LECES (Laboratoire d’étude et de contrôle de l’environnement
sidérurgique)

1. Polluants à combattre ............................................................................ J 3 920 - 2


2. Prescriptions réglementaires ............................................................... — 4
3. Dépollution de l’air .................................................................................. — 4
3.1 Actions préventives à la source.................................................................. — 4
3.2 Principales techniques de dépollution....................................................... — 4
3.2.1 Techniques mécaniques..................................................................... — 4
3.2.2 Techniques électriques....................................................................... — 4
3.2.3 Techniques à couche poreuse ........................................................... — 4
3.2.4 Techniques hydrauliques ................................................................... — 4
3.2.5 Techniques chimiques........................................................................ — 4
3.2.6 Techniques physiques ........................................................................ — 4
3.2.7 Techniques catalytiques ..................................................................... — 4
3.2.8 Techniques thermiques ...................................................................... — 5
3.2.9 Techniques biologiques ..................................................................... — 5
4. Principaux procédés appliqués industriellement ........................... — 5
4.1 Dépoussiérage ............................................................................................. — 5
4.2 Désulfuration................................................................................................ — 5
4.3 Dénitrification............................................................................................... — 6
4.4 Lutte contre les polluants organiques ....................................................... — 7
4.4.1 Réduction des composés organiques volatifs (COV) ...................... — 8
4.4.2 Réduction des dioxines et furannes.................................................. — 8
5. Conclusion et perspectives ................................................................... — 8
Références bibliographiques ......................................................................... — 8

utter contre la pollution de l’air, c’est empêcher l’émission dans l’atmosphère


L de substances qui peuvent s’avérer nocives pour notre environnement, en
particulier, pour l’homme, les animaux domestiques, la faune, les cultures, la
flore, les constructions humaines, le cadre naturel et le climat.
3 - 1997

Après avoir présenté la liste des principaux polluants habituellement pris en


compte et les normes de rejets prévues par la réglementation, le présent article
énumère les actions possibles de prévention à la source, les principales tech-
niques utilisables et les plus fréquents procédés industriels de dépollution des
effluents gazeux.
J 3 920

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1. Polluants à combattre Avec une telle définition, il est nécessaire, pour caractériser une
situation de pollution atmosphérique, de prendre en compte un
nombre important de constituants, ceux-ci se présentant sous forme
de gaz, aérosols ou particules [3] [4]. Le tableau 1 dresse la liste des
Le décret du 25 octobre 1991 précise que, par émission polluante polluants les plus étudiés à ce jour et précise pour chacun d’entre
dans l’air, « il y a lieu d’entendre l’émission dans l’atmosphère de eux l’origine des émissions, les pollutions générées dans l’environ-
gaz ou de particules solides ou liquides, corrosifs, toxiques ou odo- nement et les effets éventuels sur la santé. À cette liste, on peut
rants, de nature à compromettre la santé publique ou la qualité de d’ailleurs ajouter l’ammoniac (NH3) ou le sulfure de dihydrogène
l’environnement ou à nuire au patrimoine agricole, forestier ou (H2S) émis dans certaines activités industrielles. (0)
bâti » [1] [2].

Tableau 1 – Principaux polluants de l’air


Pollutions générées
Nature Origine Effets sur la santé humaine
dans l’environnement

Particules Milieu naturel (sable, embruns en Transport par les particules de Altération de la fonction respira-
bord de mer, pollens, poussières composés toxiques (sulfates, toire avec des effets variés :
volcaniques,...) métaux lourds, hydrocarbures,...) — irritant (particules acides)
Procédés industriels — fibrosant (amiante, silice)
— allergène (spores)
— cancérigène ou mutagène
(composés organiques ou radio-
actifs)
Métaux lourds Procédés industriels à haute Toxicité et accumulation dans la Effets toxiques variables
température chaîne alimentaire
cf. tableau 2 Incinération
Oxydes de soufre :
SO 2 
 Combustion de produits fossiles Acidification Irritation pulmonaire
SO 3  sulfureux Corrosion d’ouvrages métalliques
Dégradation de la pierre
Oxydes d’azote :
NO 2 
 Combustion, en particulier dans Acidification Irritation des muqueuses, des
NO 3  les transports Corrosion d’ouvrages métalliques yeux et des voies respiratoires
Dégradation de la pierre Altération de la fonction respira-
Pollution photo-oxydante toire (NO2 plus toxique que NO)
N2 O Fabrication d’engrais Contribution à l’effet de serre —
Oxydes de carbone :
CO Combustion incomplète de Formation de carboxyhémo-
produits fossiles — globine dans le sang
(industries, transports)
CO2 Combustion de produits fossiles Contribution à l’effet de serre Pas d’effet aux teneurs atmosphé-
riques usuelles
Aérosols acides : Combustion ou incinération des Acidification Irritation des muqueuses, des
– – 2– – ordures ménagères yeux et des voies respiratoires
CI , F , SO 4 , NO 3 ,
Ozone : Action du rayonnement ultraviolet Acidification Irritation des muqueuses, des
O3 sur l’oxygène en présence de NOx Pollution photo-oxydante yeux et des voies respiratoires
et des COV
Composés organiques volatils Combustion incomplète des Toxicité et propriétés cancéri-
(COV) : combustibles fossiles gènes ou mutagènes pour
hydrocarbures saturés à l’exclu- Industrie pétrolière, stations- certains composés (benzène)
sion de CH4 service, solvants, peintures et Odeurs gênantes dans un certain
noyaux benzéniques vernis nombre de cas
hydrocarbures chlorés
cétones
Polluants organiques persistants Combustion de produits fossiles Effets variés :
(POP) Incinération — risques cancérigènes ou muta-
Procédés industriels à haute gènes (hydrocarbures aroma-
cf. tableau 3 température tiques polycycliques)
— affections dermatologiques
(dioxine de Seveso)
— effets immunologiques

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Dans ce tableau 1 se trouvent associés : Le tableau 2 montre sur la classification périodique des éléments
■ d’une part des constituants aux formules chimiques bien chimiques ce qu’on entend par la dénomination « métaux lourds ».
définies ; En fait on s’intéresse en priorité à 3 d’entre eux :
■ d’autre part, des familles de produits ayant en commun [3] [4] : Cadmium Cd, Mercure Hg, Plomb Pb
— soit certaines caractéristiques physiques (par exemple, les Quant aux polluants organiques persistants (POP) , les listes
particules ou encore les composés organiques volatils COV) ; varient selon les organismes officiels qui les ont publiées. Le
— soit certaines caractéristiques toxicologiques (comme c’est le tableau 3 en donne quelques exemples. On y trouve notamment :
cas pour les métaux lourds ou les polluants organiques persistants
— les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) ;
POP).
— les dioxines et furannes ;
— les polychlorobiphényles (PCB). (0)

Tableau 2 – Les métaux lourds (en bleu) dans la classification périodique des éléments (1)

IA O
H IIA IIIA IVA VA VIA VIIA He
1 2
Li Be Éléments de transition B C N O F Ne
3 4 5 6 7 8 9 10
Na Mg IIIB IVB VB VIB VIIB VIIIB IB IIB
Al Si P S Cl Ar
11 12 13 14 15 16 17 18
K Ca Sc Ti V Cr Mn Fe Co Ni Cu Zn Ga Ge As Se Br Kr
19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36
Rb Sr Y Zr Nb Mo Tc Ru Rh Pd Ag Cd In Sn Sb Te I Xe
37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54
Cs Ba La Hf Ta W Re Os Ir Pt Au Hg TI Pb Bi Po At Rn
55 56 57 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86
Fr Ra Ac Unq Unp Unh Uns Uno Une
87 88 89 104 105 106 107 108 109
(1) Par souci de simplification, n’ont été indiqués que les groupes en tête des colonnes, les symboles des éléments et leurs numéros atomiques.

(0)

Tableau 3 – Listes des polluants organiques persistants (POP) retenues par différents organismes officiels
Convention d’Oslo Convention Inventaire Proposition
et de Paris d’Helsinki d’émission européen ONU/CEE
Hydrocarbures aromatiques Polycycliques (HAP).. X X X X
Polychlorobiphényles (PCB) ..................................... ................................... ................................... X X
Dioxines et furannes ................................................. X ................................... X X
Pentachlorophénol .................................................... X ................................... X X
Lindane....................................................................... X X X X
Liste de 6 pesticides .................................................. ................................... ................................... X X
Hexachlorobenzène................................................... X X X X
Trichloroéthane ......................................................... X X X
Tétrachlorométhane.................................................. X ................................... X
Trichlorobenzène....................................................... X X X X
Trichloroéthylène ...................................................... X X X
Tétrachloroéthylène .................................................. X X X
Xylènes....................................................................... ................................... X X

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2. Prescriptions réglementaires de gravité (chambres de décantation, pots à poussières), de forces


d’inertie (séparateurs à chicanes) ou de forces centrifuges (cyclones
multicyclones).
Le tableau 4 passe en revue les principales normes au rejet, qui
figurent dans l’arrêté ministériel du 1er mars 1993. Ce sont ces
valeurs limites ou d’autres plus sévères, que les techniques de dépol- 3.2.2 Techniques électriques
lution de l’air permettent de respecter, une fois que les moyens
d’action à la source ont été épuisés. (0) Elles ont été développées pour éliminer les poussières fines, mais
on commence aussi à envisager leur emploi pour abattre des
composés organiques volatils. Elles font transiter, à faible vitesse
Tableau 4 – Dispositions générales de l’arrêté du 1er (de l’ordre de 1 m/s) les gaz à dépoussiérer entre des électrodes
mars 1993 sur la pollution de l’air émissives portées à haute tension (40 à 110 kV) et des électrodes
collectrices reliées à la terre.
Débit En générant des ions négatifs, les électrodes émissives ionisent
au-dessus les gaz dans leur voisinage. L’effet couronne qui en résulte entraîne
Norme au
duquel le chargement électrique des particules. Celles-ci vont se décharger
Polluant rejet
s’applique sur les électrodes collectrices. Elles y adhèrent sous l’effet des forces
la norme électriques et de l’attraction moléculaire, avant d’en être détachées
(mg/m3) (kg/h) (par exemple par frappage) puis récupérées.

Oxydes de soufre (exprimés en SO2) ... 300 25


Oxydes d’azote NOx (exprimés en NO2) 500 25 3.2.3 Techniques à couche poreuse
Ammoniac............................................... 50 0,1 Elles sont utilisées en dépoussiérage. Leur originalité tient à ce
Composés inorganiques gazeux que les premières poussières arrêtées sur un support filtrent les
du chlore (exprimés en HCI).................. 50 1 poussières suivantes. Il faut évidemment périodiquement débarras-
ser le support d’une partie des poussières, tout en évitant de le mettre
Composés inorganiques du fluor 5 (1) à nu. Comme support, on utilise souvent des manches de textiles
(exprimés en HF) .................................... 5 (2) 0,5
(tissu, feutre aiguilleté) et dans certains cas, des lits de gravier ou
Composés organiques (à l’exclusion 150 2 des filtres céramiques. (0)
de CH4) ....................................................
50 1
Poussières............................................... 3.2.4 Techniques hydrauliques
100 <1
Métaux lourds Elles recourent à l’eau seule ou additionnée de réactifs pour capter
Total Cd, Hg, TI et leurs composés ....... 0,2 1 × 10–3 des polluants particulaires et/ou gazeux. Elles sont mises en œuvre
dans des tours de lavage, des colonnes à garnissage type Raschig,
Total As, Se, Te et leurs composés....... 1 5 × 10–3 des appareils à lame liquide induite et des laveurs venturis à forte
Total Co, Cr, Cu, Sn, Mn, Ni, Pb, Sb, V, perte de charge (pulvérisation d’une phase liquide dispersée).
5 25 × 10–3
Zn et leurs composés.............................
(1) Pour les composés gazeux.
(2) Pour les vésicules et les particules. 3.2.5 Techniques chimiques
Elles assurent l’élimination, la neutralisation ou la transformation
des polluants à l’état de gaz ou d’aérosols. Une première application
3. Dépollution de l’air très connue concerne la désulfuration des fumées avec des procédés
soit humides (réaction avec du lait de chaux ou de l’ammoniaque),
soit secs ou semi-secs (réaction avec de la chaux pulvérulente). Une
3.1 Actions préventives à la source seconde application qui se développe se rapporte à la dénitration
des fumées, par réduction des oxydes d’azote par l’ammoniac.
Le tableau 5 montre que l’on peut agir à la source pour éviter, sup-
primer ou limiter la formation des polluants.
3.2.6 Techniques physiques
On évoque aussi de plus en plus l’adoption de technologies plus
propres de production [5] [6] [7]. Elles tirent notamment parti de la propriété de certains polluants
gazeux d’être adsorbés de façon réversible par des corps dévelop-
pant une grande aire spécifique (par exemple 1 000 m2/g). Après
3.2 Principales techniques de dépollution adsorption, on peut désorber en élevant la température. Comme
adsorbants, on utilise des charbons actifs d’origine végétale
Les industriels ont le choix entre 9 techniques de dépollution mais (charbon de noix de coco), d’origine minérale (coke de pétrole) ou
ils sont souvent conduits à en appliquer conjointement plusieurs, d’origine synthétique (fibres textiles carbonisées).
pour obtenir plus de souplesse, plus d’efficacité ou plus de rentabilité
[8] [9].
3.2.7 Techniques catalytiques

3.2.1 Techniques mécaniques Elles permettent d’abaisser les températures auxquelles il faut
normalement opérer pour neutraliser ou oxyder les polluants. On
Elles consistent essentiellement à faire précipiter les particules de évite ainsi d’avoir à trop réchauffer les gaz à traiter. Un exemple en
plus de 10 µm présentes dans les gaz à traiter par le jeu de forces sera donné à propos de la dénitrification des fumées.

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Tableau 5 – Exemples d’actions préventives à la source


Polluant Actions possibles sur :

les approvisionnements le stockage et la manutention le processus de fabrication


Poussières Sélection des matières premières Humidification des tas de matières
pulvérulentes sur les parcs de
stockage
Amiante Bannissement de l’amiante P r é c a u t i o n s a u s t o c k a g e , a u Précaution à la démolition des
Utilisation de produits de substi- découpage, à l’approvisionne- produits d’isolation usagés
tution ment et à l’emploi
Métaux lourds Tri dans les déchets recyclés (pro- Enrichissement en métaux lourds
cédés de fabrication à haute des poussières par recyclage,
température) avant valorisation
Oxydes de soufre (SO2 , SO3) Achat de combustibles et matières Économie d’énergie
premières à basse teneur en Combustion en lit fluidisé
soufre Injection d’agents désulfurants
Désulfuration des combustibles dans les flammes
Oxydes d’azote (NO, NO2) Bannissement de certains produits Réglage de la combustion
Oxydes de carbone (CO, CO2) Nouvelle politique énergétique Économies d’énergie
Réglage de la combustion
(dans le cas du monoxyde de
carbone CO)
Composés organiques volatils Bannissement de certains solvants Toit flottant sur les stockages Procédés étanches
(COV) d’hydrocarbures
Stockages étanches
Dioxines et furannes Tri dans les déchets recyclés (pro- Maîtrise des procédés
cédés de fabrication à haute tem-
pérature)

3.2.8 Techniques thermiques procédés basés sur les techniques séparatives mécaniques, élec-
triques, à couche poreuse et hydrauliques. C’est ce qu’illustre le
Bien connues pour détruire certains polluants (il s’agit alors de tableau 6.
l’incinération et de la postcombustion), elles commencent aussi à La figure 1 montre les domaines spécifiques d’application de ces
être appliquées pour la récupération des polluants soit volatils (cas diverses techniques. (0)
du stripping de l’ammoniac en cokerie dans des colonnes à plateaux),
soit condensables, soit congelables (cas de la cryogénie). Avec les procédés de dépoussiérage les plus performants (filtres
à manches, électrofiltres), seules certaines particules parmi les
plus fines peuvent être encore émises à l’atmosphère. Or ce sont
ces particules qui véhiculent des composés toxiques comme des
3.2.9 Techniques biologiques métaux lourds (mercure) ou leurs composés et certains polluants
organiques persistants (hydrocarbures aromatiques polycycliques).
Elles s’emploient dans certaines industries qui rejettent des Elles en véhiculent d’autant plus que leur granulométrie est plus
composés organiques volatifs (par exemple épuration biologique de faible. L’explication tient à ce que ces composés toxiques sont à
l’air dans des stations de traitement d’eaux usées en chimie ou
l’état de vapeur dans les fumées à haute température et se
pharmacie, ou dans des stockages de solvants). Elles font intervenir condensent sur les fines poussières déjà présentes. Il arrive même
des micro-organismes qui utilisent les polluants à éliminer comme
que, lors du refroidissement, il y ait synthèse de certains composés
éléments nutritifs et les transforment en éléments simples. Ces organiques lourds tels les dioxines et furannes. L’idéal serait sans
micro-organismes sont disposés sur des supports humidifiés doute d’effectuer sur un même effluent plusieurs dépoussiérages
(biofiltres) ou dans des liquides de lavage (biolaveurs). Ainsi leur
en cascade à des niveaux de température décroissants, en élimi-
est assuré un temps de contact suffisant avec les polluants à éliminer. nant d’abord les poussières grossières avant la condensation des
métaux lourds. Reste à mettre au point les technologies de
dépoussiérage à très haute température, par exemple par filtres
céramiques, dans des conditions économiques supportables.
4. Principaux procédés
appliqués industriellement
4.2 Désulfuration
Nota : se reporter aux références bibliographiques [10] à [22].

Pendant de nombreuses années, la priorité a été donnée à la désul-


furation en même temps qu’au dépoussiérage, en visant aussi bien
4.1 Dépoussiérage la désulfuration des combustibles (gaz naturel, gaz de cokerie, frac-
tions légères et moyennes de combustibles liquides, etc.) que la
S’il y a un domaine où la qualité de l’air ambiant s’est nettement désulfuration des fumées industrielles de combustion.
améliorée, c’est bien celui des particules, qu’il s’agisse des pous-
Comme le montre le tableau 7, les procédés de désulfuration
sières sédimentables ou des poussières en suspension . Cette
font appel à la combinaison de techniques séparatives chimiques
évolution favorable est due à la généralisation dans l’industrie de
(neutralisation) ou physiques (adsorption sur charbon actif) pour

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Tableau 6 – Caractéristiques d’emploi des dépoussiéreurs usuels


Techniques séparatives Matériels Avantages Inconvénients
Mécaniques Chambres de décantation Rusticité du matériel Inadaptation aux fines particules
Pots à poussières (par exemple en dessous de 5 µm
Séparateurs à chicanes pour les cyclones)
Cyclones
Multicyclones
Électriques Électrofiltres secs Faible consommation d’énergie Inadaptation aux variations
Électrofiltres humides Grande efficacité de filtration brutales de la résistivité des pous-
sières et des caractéristiques du
flux gazeux
À couche poreuse Filtres à manches Grande efficacité de filtration Consommation élevée d’énergie
Possibilité de piéger certains Sensibilité des médias filtrants à
polluants gazeux la température

Filtres à graviers Domaines d’application limités


Hydrauliques Tours de lavage Possibilité de traiter des gaz Consommation élevée d’énergie
Laveurs à lame d’eau induite chauds (surtout avec les laveurs venturis)
Laveurs venturis Possibilité de piéger certains Risques de transfert de pollution
polluants gazeux vers l’eau et le sol

Figure 1 – Domaines spécifiques d’application


des dépoussiéreurs

fixer ou isoler SO2 avec des techniques séparatives mécaniques, 4.3 Dénitrification
électriques, à couche poreuse ou hydrauliques pour récupérer sous
forme manipulable les polluants ainsi isolés.
Le parc des unités de désulfuration de fumées est constitué dans Les oxydes d’azote NO et NO2 sont réduits à l’état d’azote
la grande majorité des cas (90 % en Allemagne) par des installa- gazeux par réaction avec l’ammoniac. On distingue couramment 2
tions de lavage au lait de chaux ou castine : SO2 et SO3 sont éli- familles de procédés :
minés après oxydation sous forme de gypse CaSO4 , 2H2O. — les procédés catalytiques SCR (de l’anglais Selective Catalytic
Reduction ) qui permettent d’opérer vers 400 oC ;
— les procédés non catalytiques SNCR (de l’anglais Selective Non
Catalytic Reduction ) qui exigent de travailler à plus haute tempé-
rature, par exemple vers 1 000 oC pour des efficacités de dénitration
plus limitées. (0)

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Tableau 7 – Principaux procédés de désulfuration


Lavage par un lait de chaux ou une suspension de carbo- Récupération de gypse commercialisable (plâtre), sauf cas
nate de calcium particuliers (combustion de lignites)
Voie humide
Lavage par une solution ammoniacale Récupération d’hydrogénosulfite d’ammonium

Voie semi-sèche Réaction dans une tour d’absorption avec un agent neutra- Récupération d’un filtrat difficile à valoriser (mélange avec
lisant atomisé (dissous dans l’eau ou mis en suspension) des cendres volantes)

Adsorption sur des agents neutralisants solides (chaux


éteinte ou bicarbonate du sodium)
Séparation des polluants par électrofiltres à sec ou filtres à
Injection d’agents neutralisants solides dans le foyer des manches
Voie sèche chaudières

Adsorption sur charbon actif Récupération de gaz enrichi en SO2 (p. ex. 10 %) pour pro-
duction de SO2 ou de H2SO4

Figure 2 – Schéma de principe d’un traitement de fumées industrielles associant dépoussiérage électrostatique, désulfuration au lait de chaux
et dénitrification catalytique (d’après [11])

La figure 2 donne à titre d’exemple le schéma de principe d’un 4.4 Lutte contre les polluants organiques
traitement de fumées, qui associe successivement :
— dépoussiérage par électrofiltres ;
— désulfuration au lait de chaux ; Il s’agit d’un domaine où n’existent pas de procédés universels.
— dénitrification SCR. Tout est cas d’espèce selon les polluants dont on veut privilégier
l’élimination et selon aussi les performances souhaitées.

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4.4.1 Réduction des composés organiques volatils


(COV)
5. Conclusion et perspectives
Depuis 1970, les grands indicateurs caractérisant la qualité de l’air
Comme les oxydes d’azote, les COV inquiètent les hygiénistes. au niveau local (concentrations en poussières, en SO2 , en CO...)
Pour répondre à leurs craintes, des techniques séparatives phy- traduisent une nette amélioration de la situation dans les pays indus-
siques peuvent être mises à contribution en vue de diminuer les trialisés. Un tel constat s’explique en particulier par les efforts de
rejets de COV à l’atmosphère : dépollution réalisés par les industriels.
— adsorption sur charbon actif, suivie d’une désorption pour
Toutefois les experts attendent des progrès supplémentaires sur
récupération éventuelle de COV et régénération du charbon actif ;
plusieurs points.
— absorption à l’huile pour les composés insolubles dans l’eau ;
— condensation et séparation par membranes, dans le cas où a ) Les teneurs en NOx baissent relativement peu et, sans qu’il soit
l’on désire récupérer certains solvants. nécessaire de généraliser la dénitration des fumées, il faudrait mieux
contrôler les combustions et évoluer vers des techniques moins pol-
luantes (par exemple, combustion du charbon en lit fluidisé).
4.4.2 Réduction des dioxines et furannes b ) Certains polluants demandent à être mieux surveillés qu’il
s’agisse des métaux lourds, de NO2 , des composés organiques vola-
Le sujet devient d’actualité. Les dioxines et furannes peuvent être tils ou des polluants organiques persistants.
éliminés par adsorption sur charbon actif. c ) Jusqu’à présent on avait tendance à traiter de façon séparée
La méthode consiste à apporter ce charbon actif, soit au sein la pollution de l’air, la pollution des eaux, la pollution des sols, le
d’un lit fluidisé, soit sous forme de poussières en suspension dans bruit, les vibrations et les problèmes posés par les déchets.
l’écoulement gazeux. Maintenant on raisonne beaucoup plus globalement dans le cadre
de ce que l’on appelle l’approche intégrée. Les technologies
classiques de dépollution et les procédés de fabrication peuvent
donc être remis en cause, pour aboutir à une meilleure protection
d’ensemble de l’environnement.
d ) la recherche d’une meilleure qualité de l’air, jusqu’à présent
envisagée sur le plan local, régional ou continental, prend mainte-
nant en compte la terre et les couches atmosphériques (troposphère,
stratosphère). Il faut penser en particulier à la protection de la couche
d’ozone et à une maîtrise de l’effet de serre.

Références bibliographiques

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