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LA CONTROVERSE

DE

L' APOST()UCITI~ ilES f:GLlSrs BE FIL\~CE


AU XIX c SIl~CLE

PAR ALBERT HOUTIN

TROISIÈME ÉDITION

HI:'"I:i: El' :\l·/;.\IE~Tf:T.

6\~~

PARIS
ALPHONSE PICARD & FILS
~'.!I RCE nO~.·\r.\HTt::f 8"1

1903
DU ~I1~:~IF A UTI~CR

Les Origines de l'Église d'Angers. - La Légende de saint


René. - LaY;i1, :\. (;oupil. 1l0YClllhl'cl!lOI. Ill-S'. ïG pp.
l'I':x : ~ II'.

hUH:S n'1I1STOlllE ECCU::SI.\STJ(~UE sun LE XIX" sli':CLI:

Dom Couturier, abbé de Solesmes. - Angers, Cl~l'm;IiIl cl


G. Grassin, l'UC du COl'llcl. In-1S, 3~1 pp., ;IYCC pOl'trail.
- Prix: 3 fI'.
Le Petit Séminaire Mong<lzon. Essai puhlié dans la Se/llai/II'
religieuse du diaci'se d'..ln(Jcrs ÙC janyicr il noycrnbre 1900.
Un demier Gallican. Henri Bernier, chanoine d'Angers.
Essai pub1i\) dan,; la lier·uc de l'Anja·u de Iloycmbrc '1~!)S
il fl'Hier lPOl. - :lG4 pp. - Lc tirage :l part n'cst pa.,
dctn,; le Cùmmel'Cc.

Lettre il dom Chamard sur un dernier Gallican. - ::;;; aot'tt


'1901. - Chcz l'auteur. In-S', 2G pp. - Prix: 1 fr.
La Question Biblique chez les catholiques de France au
XIX· siècle. - Deuxièmc l'dition, rCYlie ct augmcnt0e.
- Paris, Picard, noycmbrc 1802, in-S', ly-3ïS pp. ­
Prix: 4. fr.

LA CONTROVERSE
DE

L'APOST(}UCITI~ nE~ f:GLlSES BE FIL\\CE


AU XIX c SI~;CLE

PAR ALBERT HOUTIN

TROISd::ME ÉDITION

Hl:\'tï: 1:'1' ;\l"I'.\ll:."\Ti:T:

6\~j~~
,.~~~...,

PAfiIS
ALPHONSE prCARD & FILS
::;'~, rU;I~ nO:'\AP.\I\Tl::, 82

1903
Il (aut énergiquement s'effol'cel' de l'éfi/ter les
mensonges ct les faussetés, Cil reCOlll'ant aU.r:
SOli l'ces; ayant sUl'toat jJl'ésent (( l'esprit « qIle
la fJl'e/l/i(:l'e lo': de l'histoil'e est de ne pas oser
mcntll'; la seconde, de ne pas craindre de d':re
l'l'ai; Cil Oli/I'C, qlle l' histOl'ien Ile fJl'êle ail soupçon
IIi de flatterie ni d'animosùé )J.

Lcttl'e de Ll~O:"
XIII SUI' /'lI i:;/oil'c,
18 août 1883.

INSTITUT
CATl-IOLtQUE
DE PARIS
LA CONTROVERSE

ilE

L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES DE FRANCE

,\U XI\" srkCLE

On grand progrès intellectuel, toujours lent, est


genàalemcnt nécessaire pOllr faire admettre aux
inll'~rcsses une vérite historique qui les dépouille de
légendes flalteuses. Ils ne sacrifient qu'avec peine
de glorieuses traditions, surtout quand elles les ont
Lercés. Ils n'aiment point à discutee les moLiles de
ceux fJui les leur transmirent ou de ceux fJui les
creèrent. Le Lesoin de tout expliquer, la crédulité
avec laquelle se répète lu version reçue, la facilité
de rendre vrai, en le croyant, l'objet de ses désirs,
font accepter naturellement les récits teuditionnels.
Les premiers critiques de toutes les nations passent
pOUl' des impies et des malfaiteurs; et même ceux
qui, dans le fond, leur donnent raison, l'estent sou-
vent sous le charme des croyances explifJuées et
Ô L\ CO::\TROVERSE DE L'.~ POSTOLICITÉ DES ÉGLISES

démolies. On répète volontiers ce mot de Tite­


Live: Datur haec veilla anliqui/ali, IItmiscendo
Ill/mal/a divinis, pI'imol'dia Ill'billm allgllstiol'a
faciat. ?liais si, pour imprimel' il la naissance des
cités lin caractère plus auguste, les anciens y

c
.-.;
mêlai en t des interventions sa.crées, le j)rocédé ne
{ s'est point perdu avec la ruine des royaumes et des
divinités classiques. Ailleurs ct plu's tard, villes ct
pays ont aimé il rattacher leurs commencements il
fJuelque héros profane ou religieux. La passion
lIes nobles origines il longtemps sévi. Quand l'ima­
gination populaire n'était pas assez puissante
pour dever un monument grandiose, le0ic~s
des lettrés y suppléaient par la suite, il tel point
que leuI' œuwe, commune ou purement person­
nelle, édifia de véritables sanctuaires nationaux,
vénérés longtemps encore après avoir été sapés
"'C--l .. ~
par a cl'l!Jque.
J\ u V siècle, on osa déclarer les Francs d'origine
C

troyenne. L'idée fit fortune. Elle trouva de nom­


breuses preuves et des lignées de partisans. Les
caus.es qui accréditèrent en France cette préten­
tion assurèrent dans d'autres pay~ le succès de
semblables inventions. L'Espagne fit remonter son
histoire jusqu'il Japhet, la Grande-Bretagnejusqu'à
I3rutus, petit-fils d'Enée, l'Écosse jusqu'à Fergus,
« le chevalier au bel escu ))~ Ce ne fut que peu il
peu que l'on se détacha de ces fables. ~
Sous Louis XIV, en 1665, un magistrat éclairé
des Grands-JoUl's d'Auvergne témoignait encore,

1
LES CO~DrE"CDlENTS DE LA CRITIQGE 7

dans une harangue solennelle, cc qu'il était bien à


déplorer que les gentilshommes de la province,
issus du sang des Troyens et des Romains, eussent
dégénéré de l'ancienne vertu de leurs ancêtres. »
Si l'orateur avait voulu se mettre en frais d'érudi-
tion, il cùt sans doutc pu dire le nom des Troyens
fJui devinrent AUYeI'gnats. A cette époque on pou-
vait encore le savoir. La ville de Xanten, au duché
de Clèves, garda longtemps la mémoire de son
fondatcl1l', le prince Franeon, échappé ft la destruc-
tion de la très noble cité « jadis fondée en Frige ».
"\u commencement llu XVIe siècle, Jean de Bour-
digné, auteur des Chroniques d'Anjou et du
Maine, raconte cc comment apl'ès la finale destruc-
tionde 'l'l'oye la Grande, une bande de Troyans,
pour' lors appelez Angions, arrivèrent au pays
d'l\njou et édiffièrcnt de l/OW'erlU la ville d'An-
gicys ». Il faut remarquer la précision de ce cc de
noùveau ». 130urdigné ne doit aucunement exagérer
l'antiquité profane de sa patrie, étar.t donné la
modération dont il fait preuve en traitant de l'Ol'i-
gine de son catholicisme. Au lieu d'identifier le
fondateur de son église, saint Julien, avec Simon le
lépl'eux, comme des Manceaux du moyen fige (1),
le digne chroniquéur dit simplement: cc La foi de
:\otre-Seig'neur fut, pal' monsieur Sainct Jullian,
évesque du Mans, appol'tée en Anjou et au j'lieine,
/

(1) Simon le !l'preux a <"lé d'ailleurs dispulé au Mans par cert10ins


auteurs qui en ont faille fondaleur du siège de 11aguelonne (établi
seulemenl au \'l' siècle), . ,
1;
l'
I!
1

r 8 LA C01\TROYEI1SE DE L'AI'OSTOLIClTt DES tGLISES

du temps dc monsieur sain ct Clément,~e qua-


trième. Lequel benoist Julian (comme l'on treuve
ès vieux panehartes et enseignemens de l'Église
du JI ans) institua premier évesque d'Angiers ung
nommé Deffensor. » De toutes ces notions, Dounli-
gné pouvait conclure avec joie que son pays n'était
« en spiritualité ou temporalité à postposer à autrc
région ». L\U siècle suivant, un bénédictin d'Anjou,
mort vers 1676, clom Barthélemy Roger, écrivait
l'histoire de sa province. Il déclare trouver dans le
liYI'e de Dourcligné bien des choses douteuses, hors
d'apparence, et va même jusqu'à qualifier le voyage
des Troyens de pure fable. Toutefois, adoptant
l'opinion du chroniqueur qu'il critique silibrement,
il lui parait assez vraisemblable qu'Angers « ait été
bùti environ le temps de Sarron », troisième roi de
Gaule ct second successeur de Samothès, sur-
nommé Dys, !ils de Japhet. Le religieux s'empresse
d'ajouter: « Mais je n'ose pas vous présenter cela
comme une vérité historique». Cette scrupuleuse
résene est un progrès. On trom'e également une
nouvelle position dans la manière dont Barthélemy
Roger recule la prédication de saint Julien jusque
vers l'an 235, sous l'empire de Gordien. Que les
traditionnistes n'accusent pas pour cela le moine
d'avoir des tendances hypercritiques ou janSé-
nistes. Si son opinion SUI' l'antiquité profane de
sa ville ne le mettait pas complètement il l'abri
de ce reproche, il suffil'ait pOUl' gal'antir ses prin-
cipes de rapporte)' la façon dont il raconte, à propos

1 INSTITUT
.CATHOLIQU&
DE PARIS
LF:S CO:>DIE:\CE:>IE:-iTS DE LA CRITIQUE 9

de saint René, une polemiq1le du sieur de Launoy,


doctem de Sorbonne (1).
Quelque pénible et lente que soit l'extirpation des
legendcs profanes ou religieuses, les premières ont
au moins cet anlntage SUI' les autres de pouvoir
disp'araître complètement. La Suiss'e elle-même né
croit plus il Guillaume Tell. Les peuples arrivent
toujours il sentir le ridicule des prétentions fabuleu­
ses ct, si le chauvinisme d'ccrivains d'imagination
ou le conservatisme de certains orateurs s'obstine
il les acceptel', ne sont dupes que ceux qui veulent
bien l'ètre. Quand ~I. de :'\ovion parlait aux
Grands-Jours d'l\uYel'gne de l'origine hcroïque des
gentilshommes de la province, l'historien de ces
assises disait déjà sceptiquement : (( Cela n'est
appuyé que sur l'autorité de Lucain. »
Le? Icgendes' religieuses ont la vic Elus dUl.'e, ct
Il1I\me illeural'l'ive cie ressusciter. Une renaissance
de foi, un rcveil de pieux enthousiasme, une réac­
tion dogmatir{lle, les font reviyre, quand on aurait
pu les croire mortes il jamais ct depuis longtemps.
,:\Iors il ne sert guère de dire le peu d'autorité de
leur fondement, ou mème d'en expliquer parfaite­
ment la genèse. Le récit légendaire, jadis mêlé
indirectement à de saints enseignements ou à des

("1) Vo~·e7. DarltJ....~oger, Histoil'e d'Anjou, pp. ·H-/l5 ;,Houti~)


Origines dêt'Eglise-d'..Inge,·s, p. 70. - Pour le fond cre lùOiilro­
\'erse à la nn du X\'ll' siecle, "oyez particulierement~biïw.e-'
1(ch~noine de Saint-Gaudence, au diocèse de Comminges, Nou­
l velle dissertation loucha/lt .le temps auquel la "eligion chrétienne
a été établie dans les Gaules (Toulouse, 1703, in-16, 323 p.p.).
1.

~ .~:::'
10 LA CO:'\TTlOVrmSE DE L'APOSTOL1C:lTl~ DES I~GLlSES

pratiques liturgiques'7 apparaît comme un préten­


? C; dant intéressant qui réclame contre un bannisse­
" ment révolutionnaire et proteste contre toute
. proscription.lllCette attitude ______
suffit déjà_ pour l'accoler
__.~_ f t
des partisans parmi les têtes extravagantes et les
cœurs sensibles. Quand les pretentions s'appuient
sur des titres apparents et colorés, res recrues
peuvent devenir nombreuses. Elles affirment que,
dans le défrichement historique, on a procédé de
gaieté de cœur, coupant et tranchant à plaisir,
devenant hypel'critique à force de critique. ~~s
révisions de nombreux procès s'engagent forcé­
ment, entrainant par l'obstination des partis d.\~­
menses gaspillages d'énergie. N'arriye-t-il pas que
\
l'inadvertance et la passion solidarisent Lien des
causes qu'une Lonne logiqué- devrait soigneusement
et froidement distinguel' ? L'appel est-il toujours
') ~ { gagné? i'e prouve·t-on pas parfois que la cause
) fut LeI et bien réglée, mais encore que ces juges
- qu'on taxait d'exagération ont été non seulement
modérés, mais trop indulgents et même faiLles?
.,.., .It ((' ~
::- A. / .)

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~Q. IJ- e- ?"


y_ tv-:, - L... ,.,L' t, )
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CIL\PITHE rHEJlIIŒ

(1800-18/12',

1::1'A1' IJE 1..\ QI·ESTlO.'i .\1' CO.\I.\IE:'ir.DII·:.'i1' Ill' XIX' ~Ii·:c:u:.


1..\ I.I1TIlr.IE. - LES 1::Tlï)I·:~ l·:CCLl::~L\;;TI'!n:S. - u: ~I()U'
\'E~IE.'i1' 1l0.\L\:'iTI'!I'E. - I.E ~U.I'H:IE:'i F.\1l.l.0:'i ET I.E
.\I.\IIQrIS IJE 1'0111'1.\. - 1I1::.\C1'!lJ:'i C..\TIIOLl'!U: .\:'iTICI\I­
nOL:!':. .. >(,v' '?

, /' - - "-\1
'<JI
~,(;-:, .. /
/'

Au commencement du XIX C siècl;;:


-"
le sentiment _./

? (cOmmunément admis sur l'établissement des pre­


1 miers évêchés de France les faisait remonter, pour

la plus grande partie':'- seulement au' I1I C siècle.

Cette opinion s'appnyait SUI' les travaux des

. ':: grands - érudits des X'Y1I c et x "III" siècles. ~ On


reconnaissait s-énéralement quïls avaient établi
un solide système chronologique t;t dégagé l'his­
toire des légendes~du moyen ftge. Conformément
J

à ces données, les :\ngevins, par exemple, ne


reportaient pas au deb du milieu du IV C siècle la
mission de leur premier évêque Defensor. Ils
n'avaient pas pIns l'idée d'antidater leurs origines
chrétiennes que de remonter leur généalogie pro­
fane au delà du temps de la Gaule celtique, quand
les Andes occupaient à peu près leur territoire.
ru­
c

12 LA COi'OTflOVEflSE Df.. L',\POSTOLICITÉ DES ÉGLISES


~~ ~

rJ
(Toutes les régions ....de la France avaient fait de
même le sncrifice de leurs_ancicnnes prétentions. ""
Il est facile de le constater dans les bréviaires
diocésains alors en usag·e. ~
Ils anient été élahor6s.. .âï:i x~~~-Bn dévo­
tion, ~olTlme en morale, on allait 0. cette epofJue'\1.u
plus sùr 'et l'on croyait avoir assez de ,matières de
gloire et d'édification pour se passel'-de miracles
() JI apocryphes ou problémati(Iues.~On corrjge_~nc
J rigoureusement les leçons litlll'gique~Le~­
Ù (siens+'sacrifièl'ent l'aréo agitisme de saint D~s,
.~, , dont on fixa la mission <Hl IJ1C si('c e. Les Prmn­
çaux distinguèrent entre :'larie de Béthanie et la
:'ladeleine, sans les rBvendiqllcl' comme apotres.
Les :'lanceaux adopti~rent pleinement le système
grégorien CIui les prive de l'honneur d'avoir été
évangélises au lor siècle. L'n seul diocèse, peut-
I~ètre, l'esta fidèle il ~a tradition: celui d~oges.
1 ~ on b]'(~\'inil'e de 1783 proclame encore saint
\1_ la l'liai disciple de saint Pierre, mais, chose
l'emarfJuable, en repoussant l'apostolicilé de tou­
tes les null'es églises. Traditionniste pom soi,
critique pour les autres: la position n'est pas
unifJue (1), ni surannée. Dans un grand pays, en
(1) Le B"éviaire de Limoges (li83) qui affirme si forlement
l'aposloli<2té de slint ~111:.lial. évile 50igncnsement, dans la courie
leçon qu'il consacre à saint Julien, Ionie '1ueslion de date; mais,
dans son calendrier, il le place au IJI' ou au JV' siècle. Le B"é­
viai.·c d'Ange",' ('Ii3i), qni se montre Irès sage dans la légende de
saint ?llartial et en refuse une il saint ,Julien - il le célèbre seule­
ment avec un sermon de saint Jean Chrysostome, - emploie une
critique bien moins rigoureuse dans les leçons de son saint René.
----- _ .... _._-_. -"-'"~----~-'-----'--"--~--~-

LA UTl-nGll': 1:1

\lI\ESr~ne, de nos joUl's même, chaque pI.'.oYince


t f!1

----
J~ dé end encore srs fastes léfj'endah~In
--­
entrain égal seulemcnt il celui [lYCC lequel elle
combat les prétentions de tous les diocl~ses yoi­
sins (1). Pour sayoir il quoi s'en tenir sur une
question locale. il faut consulter non pas les él'll­
dits de l'endroit, mais les dudes é'crites et publiées
aux alentours, Sur la question de saint :\Ii'irtiril,
les Églises de Fr<lnce rendaient leurs procl~oés <lUX
Limousins. Ceux-ci n'étaient pas d'ailleurs entl'e
eux dans une entente complète. Cn des collabora­
teurs de l'Histoirc littérairc fut l'abbé p~et,
chanoine théologal de l'église collégiale de S<lint­
~Iarti<ll oe Limoges, ce 'lui n'empêche p<lS les
bénédictins, ses amis, de mettre résolument le
prètenou <lr)("re au III C siècle,
Les liYl'es liturgiques dont, au commencement
du XIX C siècle, se sen'ait le clergé· ne rOl~y~ient
d~l~ contr~ll~l' qu'ale maintenil' dans les opinions
scientifiq~s;-ll était à penser que, oesormais, les
ecclésiastiques qui feraient profession d'érudition,
tout en contrôlant soigneusement les assertions oe
leurs deyanciers, ne s'écarteraient point de leur

Les jlance3ux du moins n'eureilt pas deux poids et deux mesures


et ne traitèrent pas leurs légendes différemment de celles des
au t res égl ises.
III Les Espagnols ont des « traditions» comparables à ccll~s.je
Jrs
JI Fr~.!li.e:. il~ réclament particulièrement une. m~ssion de sellt~è-
ques, dIscIples de salOt Jacques ct sacres a Home par sallll'
I~e : Torquatus à Cadix, Eu.phrasius à Andujar, Tesifon à
Berja, Indalecius il Almeria, Secundus à Bilches, Caecilius à Gre­
nade, IIesicius à Tarifa,
{
14 LA CO:-lTI\OYEHSE DE L'APOSTOLJCl'i'l~ DES '::GLISF:"

",
ligne et rempliraient les cadres historiques qu'ils
ilvaient tracés.--
Daus l'assentiment général qui semblait rester
acquis aux conclusions 'des san~ts' ~e2_~C:~IX siè­
cles antérieurs, l'observation peut cependant noter
des points inquiétants. Le cleJ'gé ne se rend plus
compte de la quantité de travail que ces conclu­
1 sions on t coù té, ni de'la sùre té de la méthode qui
les garantit: ..\près la Révolution, les prêtres, peu
nombreux et point ~'i~hes, ne possèdent ni les loi­
sirs ni les ressources nécessaires aux solides et
aux 'grandes études, Ils vont il ce quïls considè­
rent le plus pressé, il l'adminislration des sacre­
ments et à la reconstitution du temporel. Frottés
de latin et de théologie, ils jugent l'histoire comme
lin luxe. Ils revivent les souvenirs des éVI~nements
extraordinaires de l'Empire, ils regardent la lutte
des progressistes et des réactionnaires sous fa
nestauration commeSous la monarchie de Juillet,
s'efforçant d'être utiles il. leurs amis dans la mêlée.
Les siècles anciens leur apparaissent nguemellt
écoulés selon l'ordre providentiel. POUl' les ques­
tions subsidiaires comme pour les capitales, ils
~n..!îelon les intérêts de caste, l'économie du
dogmatisme, et un criterium très délicat, « le sens
"c..al"b.Q]ique». l3ien plus, comme à tous ceux qu;-;;-i1t
souffel't, il leur est difficile d'être justes et impar­
lif!, , tiaux. Ils s~spectent nombre des ~dées gui o~u \ r .
~ y...t.-, If c0J:1rs avant la Révolution. Ne-.-DLurai~nt-e.!ks \ (\/(3

-Ir 0 POInt préparée dans une certaine manière? 1Iême J


LE ~:O[j\'E~IE"T nO~L\:\T1QCE 15

les décisions critiques comme les opinions philoso­


phiques semblent à quelques. uns deyoir C:tre reyi­
sées. On ne songeait poin t encore il, réyol u tionner
~ l'histoir~ ecclésiastiq~e pal' I~ re~.tJlU1:a1içw_~_tOU-))
tes le.:>J(~gendes o'u 1 apologIe de 10u$ jçs papes;
mais quelques-uns déjà prennent le chemin de la
fl~action. En 1824, le Brùiaire d'Angers consa- \
crait trois leço!!.s pleines de merveilleux à son \
apocryphe c;;in_~~0 que les liturgistes du

(X\ïJlC sièc)e avaient réduit à une comte légende

I!-redigè-e a,-ec beaucoup de prudence. L~ditions


-J
du moyen tige de\"Cnaien.!.-~ la mode en religion
comme en littérature; ceux qui ne les aimaient
pas les acceptaient pour faire comme tout le
monde.
En 1820, Baour-Lormian,"de l'Acar1l'mie fl'an­
çaise,~ constatait ayec étonnement la faveur dont
jouissaient les anciens récits:

Le bon Yieux Lemps est le seul poéLique,

S'il faut du moins en croire lin nomantique,

Et sur cc point'il peut ,l\'oir raison; .

Le bon vieux Lemps nous fournit il foison

Des souvenirs un tant soit peu burlesques;

~lais après tout, fiers et cheyaleresques ... (1)

E:t comme les cc contes bleus» étaient c( à l'or­


dre du_ jour )), il lui prit aussi fantaisie cc de se
tremper de cette poésie )).
Lamennais, le prophète de l'avenir, s'inquiétait

(1) Légendes, ballades et fabliaux, p. 3.


lf) LA CO:\Tf\OYEf\SE DE L'APOSTOLlCITÉ DES ltGL1SES

de ln singulière littérature qu'on mettait en fuycur


auprl~s des catholiques. Il écriyait un jour:

On camp le extr'èrnernenl, pOUl' l'animer la foi, sur un


line in,"dit du P,2uri.N qu'on Yient d'imprimer ct de
repandre partant: c'est une histoire extI'ayaganlc des
1)o,\',\'(~lIh,\' de 1.011111111, qui e:,t !Jien tout ce qu'on pannait
imaginer de mieux ponr rendre la religion ridicule, et en
r1l'laclIel' tous le,", igllo\'1lnts qni ontulle étincelle de raison;
on y yoit cOlnmellt]e bon père donnait des soumets au dia­
hIc :,ur la joue de la rnàc prieure, ct comment, ayant
ordonne ::u léYi:lIlIan de sc donner des coups de fouet,
celui-ci fut .. , ]liI111é nll tir. Qne Dieu yiennc-<'l_nolre aide,
car tout cc qui sc fait, sc dit ou s'écrit, est Slll~lll}
h~I~l (1). -_._­

Quelques rares livres d'histoire ou d'hagiogra­


phie ~~~osèrer~.~~.~~~~Ji.()ncontre l'opinion rer,ue
tonchant la date de l'évangélisation Je la france
"

et de la fonJation Je ses anciens éyèchés. L'auteur


de la première de ces publications et de celle qui,
aHC le temps, Jeyait devenir très célèbre, était un
prè'tre de la société de Saint-Sulpice, ~r. Fuillon,
compilateur Joué de plus de patience que de cri­
tique. Originaire Je Tarascon (2), il croyait la
1i gloi~'e cle sO,n pays intéressée. ft mainte~ir l'affir­
1 matlOn de 1 apostolat de :\Iane-MaJelerne et de
ses ., compagnons dans sa provinë8.'"If prit, du
moins quant li la substance du fait, la défense de
la légende qui figure _ a~ bré~iaire romainLJe

(1) Lettre il la comtesse de Senfft, 15 juin 1829, publiée dans


Fargue" (l'ut'I'es posthumes, t. II.
(2) Cr. Fie de M, Fai/lon, p"él>'e de Saint-Stllpice, par l'auteur
de la Vie de M. Mollevault (M. Gamon), Paris, in·12, 1877.
)1. DE FOHTlA 17

?9 juillet. D'après cc récit, :Marthe, l\Iadeleine,


Lawre et un grand nombre de chrétiens, furent
entassés par les Juifs sur un vaisseau, sans voi·
les, ni rames, ni provisions, et abandonnés à la
mer. Dieu fit aborder le navire à ~Inrseille. Ils
prêchèrent l'énngile lInns la région et y _finirent
leUl's .iours~~ il la Sa.inte-Baum~,!-,azare)
évêque de JInrseille, ~ à Tarascon, etc.
L'étude où JI. Faillon s'elTorçait de remettre sur
pied la mission de Béthanie parut en 1835, en trois
éditions simultanées, la première à l'nsnge des
habitants de Tarascon, la seconde pour la Provence,
la troisième pom le commun des Franç'ais (1).
Trois ans pIns tard, un membre de l'Académie
des inscriptions ct belles·lettres, le marquis de
Fortia d'Urban, sans faire aucune allusion au tl'a­
vail du sulpicien, s'exprimait aussi avec une
grande bienveillance sur les trnditions proven­
çales. Il admettait, d'après Grégoire de Tours,
que la Gaule fut princip[llement énngélis(:e par
une mission lIe sept évêques, vers 250, parmi les·
(luels sc trouvait Trophime d'.\rles. « Il y a
donc eu, remarquait l\L d~ Fo!:Ji[l, un Trophime
évêque d'Arles, l'an 250, mais rien n'empêche, si
l'on veut, d'admettre ln tralIition reçue lIans cette
ville, que dès l'an ~8 de notre ère, u_,!- autre l'ro­
I phin~e_l}is.0pJ.e_d.e_.:"_ain~
( paul, ait le premier p!:,.è­
ché la' foi __ dans ce diocèse. » « On connaît la
(1) Pour lc~ ouvrages qui pr'ésentent un intérêt particulier,
voyez; Appendice I.
18 LA CONTflOVEflSE DE L'APOSTOLlCITt DES ÉGLISES

faiblesse des arguments négatifs. » N. de Portia,


qui était d'l\,yignon, n'oublia point de relater il ln
gloire de sa ville natale la Il;gende de sainte
~Iarthe. « Sa vie, dit-il, est racontée fort au long
pal' l'historien des év6ques et arcllen\rplCs d'"\ vi­
gnon, où l'on aSSUI'e qu'elle Jlorta l'Ii:v[\l1gile. La
cathédrale de cette ville l'honorait comme fonda­
tricc, ct l'on veut qu'elle ait élevé un monastère
sur le roche\' où cette cathédrale est située (1). »
Quant aux Hctions i.>eaucoup plus célèbrcs de
sainte ~Iarthe il Tarascon, .\1. de Fortia n'en
soume mot. Et c'est ainsi que la première restau­
ration des légendes provençales scmble procéder
de préoccupations de clocher, pluteH que de zèle
scientifique.
'1\ :\u fur et. il mesure que disparaît le ..dç':.gé qui
. ' ~t:\::tudié' av@JJ.~.Jl-~::.~~~tion, les al'gl~m~­
tions du genre de celles de ~I. Paillon ct du mar­
quis de Fortia rencontrent plus de faveUl', On
s'éprend du style gothique et ceux qui entrent
dans cc mouvement archéologique éprouvelü une
si grande sympat1lie pOUl' les légendes de cette
époque qu'ils semblen t en désil'cr 1'1Iis torici té,
Leur sentimentalité goùtele moyen lige et le très

(1) ..1 nua/es de I1hi los.Q121/iecln'diewle, j lIillet-aoùtI83S (l. X\lI),


p. 9. - Dans le n" fJ,g des Anna/es de phiiMophie ch ..ilienlle
(ill juillet ·18il\.) la thèse hislorifjue s'('tale encore: la mis~ion ùes
scptél'èfjues est plr1C<'e vers 2!i5 et l'on dit qu'en 257, ~aint Sixte II
enl'o:'a une noul'elle mis,ion. Les alllorÎII'5 Sil l' lesquelles on
s'appuie sont LonG'lIcval et fléralllt-flercasleI."ün ignore encore
une réaction," .
m~ACTlO;\ A:"T1CnITIQCE Hl

nom'cau. L'espèce de catholicisme l'aisonnable ct


sec qui s'appelait le gallicanisme leur répugne: ils
sont ultramontains et Irurs chefs rêvent d'établir
Il le genre de dé"otion qui règne en JLa~l
1 Espagne. lis l'éclament aussi ce qu'ils appellent
« la science catholique H, ct mc'~prisent, autant
qu'ils s'en méfient, ceux. qlli croient ft la science
tout court. Laquarantainc de yie de saints, la
soixantaine de li,:res d'hi~'toire ~c_clési~-li~li
se publient cbaquc alll~~e, trahit celte me~ialité
)
\ nouveÎle, aussi surprenante pour les derniers galli­
cans que pOUl' ceux qui sont indifférents il la reli­
gion. Cn libre pensenr, Chades Louandre, se
livrant en 1843, il un trayail de statistique biblio­
graphique, observait qu'il pad un tl'ès petit nom­
hre d'œuvres, « on ne trol!\'e guère dans cette sc':rie
flue de pitoyables légendes, dignes, sous tous les
rapports, de faire suite aux. histoires du prince
Fortunatus et des quatre flls ;\ymon. Telle est, du
~'este, ajoU~e-t-il,. ,la pr?pl'nsion de ~el'Lains espritS)
, ( a tout crOIl:e, (Ill on \"lent d El puLber unC( truduc- )/\
tion de la Légcndc dorée, que''l'église 1 elle-mème LJ
avait depuis longtemps-ï'eléguée parmi les contes
les plus apocrypbes )). Comme il imprimait son
Il travail dans la Revuc dcs DCIl,;; Mondcs, 1..ou<1n­
dre ne se gènait pas de conclure par une dure
admonestation:

( La critiqne ~acrée, disait-il, la ~cience, l'hisloire, ont·


elles des lumières nouvelles il, espérer de J'école ullra­
catholique ?'CeLLe école a 'pClju, 'dans la critique ecclésias­
20 LA CO:\TROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

tique. les bonnes traditions de la science du passé. Pour les


questions scientifiques. elle a ré'lréci ses horizons en s'en­
fermant flaus la glose, cl elle est reslée complètement. en
arrière dela pensée modeme. Dans l'hisloire. elle sc mon·
tre'crédule ~c()mme les légendaires, empol'tée comme les
o (ligueurs. Ce qu'clle sait"'de posilif,"de \TaVde précis:' elle
c: l'a appris de ceux môme qll'elle combat. Qu'elle sail donc
o '. recorrnai.s:;aQlQ..à l'égal'Cl des libres re[ls~urs:' puisf)u'elle a
reçu d'eux l'initiation. Pout' aHlil' le droit d'être sé\'èrc, J0
qu'elle s\'lb'c au moins jusf)u'à leu!' nircClu. En allenclanl. Q

qu'clic les respecte comme ses rnaill'es (1). ))

Les éyêques refusent encore de suine cc mou­


ycment légendaire, comme ils résistent au mouye­
ment liturgi(]llC qui passionne les cur,)s. En 18.16,
l'évè:fjue d'Ol'!éan::, ~rgr Fayet, n'éprouve aucun
emharras ù ranger tout haut ct très lestel11er~t. la
mission de Provence pm'mi ce qu'il appelle' IQ..'?
fables
- --- contenues
- - - - dans le bréviaire.- --­romain: L'éyê·
que de Marseille, Charles-Joseph-Eugène de
~~d, proteste, il est Hai, mais il ne trOUye
pour appuyer sa réclamation, comme il reùt
désiré, aucun de ses collùgues (2). La yaleur des

tl) rlcs ])Cll,C .\fondes, n û du ·t" janvicr ·18'J1.. p. '115-'118.


IIClllle
(~) Cf. billon, .Hon. illéd., t. Il, col. 1063-1068, un cxtr;lit de
la Jellrc de C.·J .-E. dc ~1"7.cnod. Ccltc JeUrc dalc'c du 28 f';l'i'icr
18\6 fut pllbli,'~edans lcs ..Inn. cie lJhil. cll/";I., n û dc rn~i, t. XXXII
dc la collcction. Bonnetty la fit pr{'cécler cie ces lignes 'lui mar­
qucnt bien l'esprit dc sa revue - clic contrilJucl':I puissamment il
ia réaction ~nli·critiquc - : « P'·ellve.~ rie la mission de ~aillt
l La:al'e ci .llal·seille, ~ous reccvons de ~l~r l',~vèque de ~I:lrseille
1 l'écl'it sni"ant que nous publions dans nos Annales avec u!)
1 gr:md empressemcnt, d'abord parcc qu'il reycndi'lue ponr la Pro­
1 vcnce un de ses plus beaux titres dc r;loi.,c, cclui d';,,'oir en pour
fondalcur de son ]::glisc un disclplc de Ji'sus, clc., elc. Nous nous
associons, du reste, de tout notre cœur ct dc toules nos sympa­
~1. FAILLON 21

observations de ce prélat est J'ailleurs diminuée


par les faits de sa naissance provençale, Je sa
'liaison avec ~l. Faillon ct de l'assUI'ance que
M. Faillon lui avait donnée qu'il pourrait bientôt
démontrer Phistoricité Jes chères légendes con­
testées.
Douze années de recherches complémentaires,
après sa premièl'e puLlication, permirent en effet
au bon sulpicien Jc proJuire en 18~8 deux énon~es
volumes de. 1500 et 161)8 colonnes, sans compter
la préface. 1;autcUl' ~cherclwit il"y établir, pre­
mi~t l'identité de ~Iudeleine, de :\1arie de
Béthanie ct de la pécheressc dont parle saint Luc;
deuxiememclü l'apostolat de~ fondateurs tradition­
nels de la foi cn Provence. La manière Jont
J\l.Failion cxpose tout J'abord soa sentiment fait
craindre qu'il ne soit prévenu (1); on n'en Joute
plus en le voyant déclarer que les premiers
auteurs de l'opinion contraire à l'unité des trois

I tbic5, au savant prélat, 'lui défend avec tant dc talent les ti'adi­
J tions venérau/es de son antique E"lise, »
P) « Il (le lJèJ'e du mensonge) se servit, pour attaquer la
, (d~\'otion en\'ers sainte ~Iadcleine, d~selt~ _~mi:scie~nce,.E.!:f;~Eljl­
'3: 1 1~j;_c-_eLtjrrléraire qui dcvait aboutir enOn de nos jo!!~_à_la
l n~~ation absolue de 10ute.-reli"ion ~e. A la faveur d'une
fau!;.s.e érudition; les beaux esprits de la prétendue réforme com­
mencerent par jeter des nuages sur l'identité de sainte Madeleine
avec la Péchel'esse ct la sœur de ;"Iarthe, et finirent par relé~r
i ~_E:!.I)iLdes faples les plus absurdes la tradition de son apostolat
J jU~Jue-là si unh'erscllement respectée. Leur but ultérieur, qu'ils
ne Isslmuiaient pas, était de faire retomber la honte de ces pré­
IJ~ tendues erreurs sur l'Eglise catbolique, quïl leur importait de
( rendre ridicule autant qu'odieuse. » Monuments inédits, préface,
p. IV (édition Migne).
22 LA CO:;TflOVEnSE DE L' ArOSTOLlCITI~ DES I~GLlSES

femmes se sont tl'ouves parmi les protestants ou


les catholi(FICS suspects de leU!' llé]'(~sie. Il tait que
des écrinlins très orthoJoxes l'ont soutenue, a ln
mèllle époque et depuis, en pOllvnnt invoquer l'au­
iOl'ité Je plusieurs Pères de l'Église. Surtout il
s'abstient de laisser voir, malgré ses intéressants
details sur le tr;I\'ail litUl'gique, que si l'identifi­
cation a triomphé, c'est que les textes de saint
Grégoire le Grand (lui l'aflirmeot ont été admis
dans les bréviaires, « Le sentiment qui soutient
l'unité des ~laries, dit dom Calmct, est presque
le seul qui ait dé re~'u dans l'Eglise d'occident
depuis le VIle siècle: c'est-a-dire depuis saint
Grégoire le Grand. La possession dont on se fait
honneur aurait été souvent troublée, si l'on eùt
étudié la matière plus il fond et unc moins de pré­
ventions (1). )) Le savant bénédictin n'indique
point, lui non plus, comme une source de l'établis­
sement de cette créance, l'autorité liturgique du
hréviaire romain et des bréviaires gallicans usant
du texte de saint Grégoire. Il n'y a pourtant pas
il. s'y tromper, et Richard Simon l'avait remarqué
de sa manière piquante. « En 1535, raconte-t-il,
les docteurs de la faculté Je Paris censurèrent une
proposition du bréviaire du cardinal Quignon,

(1) Dom Calmet (Dis~el'la(ion SUl' les /)'ois Jfal'ies) conclut


ainsi: « Ce n'cst pas tant le nombre des sufTl'a~es que j'on doit
complrr ici que la forcc des raisons; c'est dans rtl"angile qu'il
faut chercher la solution dc cette difficulté, üdl nous parait que
les textes des évangélistes sont bien plus favorables à l'opinion
qui en admet ùeux ou trois, qu'" celle qui les confond en une .... »
~1. FAILLa;'; 23

parce qu'il y disait que le sentiment de ceux qui


distinguaient trois femmes était plus probable que
celui qui n'en melUlit qu'une ..... Ces docteurs
faisaient passel' pour une décision de l'Église cc
(lU 'ils lisaient dans lcur bréviaire ..... Une auto­
rité tirée du bréviaire ct même de ce qui sc prati·
que plus communément dans nos églises, ne fait
pas une décision. C'est un principe que l\laldonat
a établi judicieusement ..... qu'il faut prendre
garde que l'Église a ses opinions aussi bien que
les particuliers, et (lue tout ce qu'elle croit, elle
ne le croit pas toujours comme étant de foi (1). »
Le line de :\I.(fai~ reçut de ln presse catho­
lique"'les louanges qu elle aime il décerner aux
membres des communautés régulières et puis­
santes. Les critiques competents s'y associerent
avec !'éserve en attendant un examen soigneux
des deux énormes volumes. S'il ne sc présentait
personne d'assez courageux pour l'entreprendre,
l'ouvrage pouvait rester suspect. Peut-être même
sombrait-il dans l'insuccès, si son apparition
n'eù t été précédée de la formation d'une savun te J
école capable, à elle seule, de remettre victol'ieu­
seme nt su.r.-pied-.la. thèse .de l'.upostolicité des
É~lises de France. ­
('1) Richard Simon, Lc/.ll'cs choisies, J, p. 2ï4. Cr. ibid., IV,
-;> p. 5"1. - Les adversaires de ce r:dsonnement remarqueront que
;l-Ialdonat le faisait a propos de rrmmaculëe-Conceplion. SlIr la
posJ!lôiî de ce célèbre jésuite par l'apport il ce dogme, cf. PI'at,
S. J.. Maldonat et l'Unit'e)'sité de Pa)'is al~ XVII' siècle,
p. 351-304.
Oh' ....... ... '-_ _ •

f
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\
"r ......
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1
'1 CIL\PITIΠII
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.,
!
1
(1S37-1S~9)

L'(:CUU: nr·: SOLES~IES. - 1..\ TIII::OLOl;n: E:\ 1IIS'I"Olll E .

\{
.\ I.\XDIISTES ET ~II:\DIISTES.

.\ Lc rcstaUl'ateur de l'ordrc bénédictin en fr:lIIcc,


III

d~l~~Guéranger, a dit dans sa vicillcssc : « Si je


Il! valais la pcinc d'ètrc résumé, mn vic n'a été autrc
'1 \ chosc qu'unc réaction contre ln tendance jansé­
Il )
l nicnnc. » On ne pcut s'exprimcr plus cxactement
sürSOi-m(~mc. Ccpcndant, d'après un autrc point
de YUC, on pourrai t encore a ppe1CI' l'abbé de Soles­
mes le doctcur de la liturgie romaine, et ce titre
lui parait, dès l'abord, assez incontestable pour qu'il
ne soit plus nécessaire d'insister. Liturgiste et
anti-jansénistc, il le fut au début de sa carrière
\' quand, ùgé de vingt-cinq ans, il écrivait dans le
li Mémorial Catholique quatrc articles où il établis­

i sait pour la liturgie la néccssité de préscnter,


comme caractères distinctifs, l'antiqu~té, l'uniyer­
salité, l'autorité, l'onction.
Tous ce~ qui ~ent corrigé la liturgie du
moyen âge, tous ceux qui en avaient critiqué les
légendes, comm;t;us ~eux qui~'éta-ient mêlés dcs
2
~_ Il? 'Il -"=-f ~~~ r::~
-----.--. --­
26 LA CONTTIOŒnSE DE L'APOSTOLIClTi, DES J~GLJSES

~ c~rove_l'ses de la grÙce dans le sens a~~s!iui~n')1


J'3>
devinrent ses ennemis personnels. Il chercha iJ les
convaincre d'erreur sllr les terrains m0mes qui
semblent étrangers il la liturgie ct au jansénisme.
.-\.ussi ne négligea-t-il aucune occasion de contre­
' dire ct de désavouer Tillemont, Fleul'v, Ellies
(
'~ , Dupiu, I~~~noy. Ë_9-illet. Jl-~ta sa~-~cesse de
professer des principes qu'il semble croire OppOSI:lS
aux leurs. Dès 1834, il (~criYait :

/1 « Le génie des Baillet cl des Lrrnno.\· domine encore,


\ nOlis ne dirons pas Irr ~cielll'c, mais les habitlldes relig-ieu­
ses. Le 1re III iCI' sentimcnt qt!-ü fajJ. Ilailre chez un~r:llld

J nomhre le récit du Illii'arle l'st a (() lance; e Hal crr lali­


quc, au contraire. ~e sent toull!'a1>()['(! iiiclinéÙ croire. l'our
Inl, la critique, taule nécessaire Clu'cllc c,1, est/a /01 Od;C1W';
pOlir les autres, ln loi odiclIsl' c'estl'o!Jligalion ,l'aùmettre
"le prodige. Nous ledisons ùonc franchement, nous nous l'an·
11 geons ouverlement du cûté ùes premiers (1). )

Dom Guéranger '"ppliqua ces tendallc(~s ù la


queslion des origines des églises. Elle était il
l'étude dans le petit monastère, puisqu'on y reeueil-
Iait les mat!~riaux d'une histoire locale qui devait

l être intitulée: AI/I/ales ecclésiastiques du dio­


cèse du lIfal/s, L'ounage fut publié bien plus tard,
sous un autre titre, par dom Piolin, qui utilisa les
l'echerehes de ses devanciers et entra dans le sys­
tème de l'importante dissertation qu'ils avaient
esquiSSée sur l'époque de l'établissement du chris­
tianisme dans le l'bine. Les cri0queSdu XYIIl e

(1) Œuvres complèl~s du H. A .-J1. de Liguori, page xxxnll.


L'tCOLE DE SOLES)!ES 27

siècle se trouvaient malmenés dans ce travail, à


tel point que dom Guéranger voulut le laisser
mûrir et prit le temps d'en préparer la publication.
On fit la manifestation de ses principes directifs
dans Ull ounag? similaire, publié en 1837, sur les
\ ( Ol'igillcs dc l'Eglisc Romaillc. On y avouait la
rùaction contre les savants des deux derniers siè­
cles, mais sans oser la justifier:
« :'ious 1I\'ons pClIl-êtrc fllil asscz pOlir nolrC conYiclion.
'\lais nonscxpliqllcrdcyanllc pnillic sm dcs qncslions anssi
grosscs dc qncrcllcs nons cùlsClllillé par lrop prvsomplncnx.
l'Cllt-~lre lin jonr l'o,crons-nolls. lorsqlle nons cn allrons
acqllis Ic droil. JII~qne-Ul !lons dirons scnlcmcnl. cn LOlllc
~implici[v. CjIlC lorsqllc, pal' le passé, ccrlains écrivains
cillholiCjul's paraissaicnL si forl. préoccnp{'5 dc la crainte de
croirc [l'Op, ils s'cxpusaicnl ail dangcr hien autrcmcnt
séricux dc nc "as croirc as,cz. f.c justc tit de la roi. : c'csl
nnc parolc dc Dicn dans Ics Li\ï'es Sainls (1). ))

Pourquoi donc un croyant, celui crui a la vraie foi,


chercherait-il très loin les preuves d'un système
historique crui peut alléguer en sa faveur la parole
des saints Livres et l'autorité de la sainte liturgie?
~Iieux vaut affirmer sans perdre le temps il discu­
ter. Aussi, en 184.1, en dédiant le tome premier de
son Annéc lit li l'gigllc, il l'aryJlcyêqup de Paris, l\Isr
Affre, l'abbé de Solesmes l'appelait le plus natu­
rellement du monde le successeur de saint De!2Ys

J « l.'1\.réopagi te )). ­
(1) Les O"igilles de rJ~'glise ROn/aine, par la commnnaulé de
Solesmes. Paris. Deuécourl (Imprimé cn 1836 el parlant celle dale
011 titre, ce \'olnme ne parut 'lu'au pl'intp.mps de l'année suivante,
comme le dit dom Piolin dans D. P,-L.-P. Guéranflel', p. Vl).
1-1
1\
, 1

~1
; \
28 LA COl'\TROYERSE DE L'APOSTOLICITIt DES ÉGLISES
': 1
i i
\ i
Dans une publication suivante, les Institutions
:1
l liturgiques, en indiquant le bréviaire parisien
Il
1 de Harlay, le pere abbé exprimait encore plus clai­
(\
.!,
" rement un système historique opposé à celui
i qu'avaient élaboré les patients travaux des éruç!its. "
i
1
C( Les traditions catholiques les plus vénérables. dit-il,

~
fU~n[ ~es. l'our commcncer par l'Eglise mème de
'il,
,
tir]
l PariS, léSCOrrecUfurs du bréviaire la desMrrrèrent de sa'\

1
viëTI1e gloire d'ètre fille doC saint D.sgrs l'Aréopagite; ils J
pOl"lerenl leur main audacieuse sllrI'efameux prodige èjûi
1/'3 suint la décollatIOn du saint fondateur de lellr propre
)\ Église. Ils distinguèrent sainte l\Iarie-~ladeleine de ~Iarie.
i')l II
sœur de Marthe: ils ôtèrent il cette dernière la qualité de
vierge ct il saint Lazare celle d'éYèque )) (1).
(, C'était ainsi qu'il fallait parler pour conquérir le

l'

,}Il succès. La congrégation bénédictine de Solesmes

était bien du temps et du milieu décrits par Charles


t Louandre. Au lieu de résister à l'entraînement
j légendaire, elle se plaçait à la tête du mouvement.
Ceux qui étaient désireux de parvenir, de se mettre
11 en lumière, d'afficher une' savante orthodoxie fai­

saient écho. Un jeune prêtre de talent, l'abbé Dar­


boy; se distingua pnrmi eux. Il anit, lui aussi,

\1'.., ,,
I
une- malheureuse -thèse fi r. éhabili ter, celle de l'au­

thenticité d_es œuvres deJ'Aréop!$ite, ct il essaya

\
de deconSlderer ses ndyersaires SUl' le terrain dog­
matique. Racontant les malheurs de l'histoire, si
i / \ longtemps et si odieusement défig~.!:ée, il disait:
{
f.-'r
/l (1 L~ontd~buté; c'est ane le leyier d~ men­
H (1) 1115t. lit., 18'>-1, t,lI, p, 4-2,2- t!dil.

1\
Iii
LA THÉOLOGIE Di IIlSTOIl\E 2()

songe qu'ils ont ébranlé la moitié de l'Europe ct, aujour·


\ d'hui même, ils ne sont pas encore il boul d'impostures. Les
L ~~é~ sont \,CI1US ensuite; secte chère il ceux qui
aIment l'ostentation cie la verlu, elle n;~il de la fourberie.
ct, pour \'ine, clic n'l'ni pa~ assez du génie de Pascal, il
lui fallut un calomnieux pamphle!. Les llIag-isl1'ats de Louis

~ ~.,
XIV ct de Louis XY continuant les conseillers de Philippe
le Bel, elles philosophes du XYlU' siècle continuant tout ce
qui a\'ait été mau\'ais a\'ant eux, iultt~rent conlre ies'ëiroits
de la hjér.ill'chie, con Ire les dognies de la foi al' la du' li-
cTŒ: nlenlir. c'élal ellr (('\'Ise. 'n ln certains gallicans, cc '-'-1

n'est pas moi qui !cnr choisis celle compagnir, certains gal- p
licans rt-digèrent l'histoire ct firenl (les recherches critiques <>
rl'Wrès un s\"sLi'nIQ préconçu, cl a\'cc le parti pris que
( Icnrs ali versai l'es an r.1ien Ît;:;"1't. ct l'on sa i1 quelles (-normes fi
('\
rt immcnses fanss('ll'S ces prl'occupalions accumulèrent rr

r
'0
SOUS la plumc ri 1'('1'1\"<11115 eccll,slasitques...... TouL n'esrpas
(IiL sur les asserLIQns passionnees ct gra~ment part iales des
~'lenr}:, des Baillet. rl(.'s~fj Ilemon l ct .lïésL~OY; ?n ~crai 1
r~,
ctonne lie la longue liste des causes Indlgnemenl Jug-ees cl ~-,

\( des proci's :'1 l'é\,jser, que la justice de l'a\'rnir appréciera J


mieux sans rlollte Il (1).--- . ---

Comment, au soir Je sa vie, l'auteur de ces


1
ri
~ arguments extra-scientifiques '1es aurait-il jugés f'
fT'
quand, archevêque de Paris, il se trouvait lui-
même rangé parmi ces gallicans qu'il avait déclarés r
en si mauvaise compagnie? ~

d~,
--
La positio.n traditionniste devenait insensible-
.
D arbo)' O~'lIv"es de saillt Denys l'A"eopagilc (181-5), Ïlll.!:2.-
. 1. - Il est il remarquer que J'abbé Darboy ne s~P'!:o-
nonce Eas entre les deux opinions qui identifient ou diSTlnguenl
/
\ _:

-
+>
'7t
C'...s ;
!'

I.'ït.réopagitc et le premier é\'èque de Paris. « Deventl plus lard :i.!!C-) 11"


cesseur de saint Denys sur le sjêie de Paris, il s~J:.!0$~.~i- V'
::r "e~nf il l'0rinion qui donne trois siècles de plus. d'existenc2,. il
cetle illustre Eglise, en reculant l'époque de sa fondation Ju~u'au,x
t~p~_ ~Q9slQli'lu!s. » Foulon, Histoi/'c de la vie et des œlW"CS de
Mgr Darboy, p, 60.
.......
'" y 'LWv-~~ r-C-" 0..... 2.
k T"U7-~' ~r- .~
30 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOL\î.ITÉ DES I~GL!SES

ment moins nouvelle et préparait une évolution,


Aussitùt que parut la seconde défense des légendes
provençales, om Guérann'e l'ap rouva ublique­
ment, « Le be ouvrage de:\1. 'abbé Faillon) dit-
f il, SUI' sainté :\Iarie~:\Iaclelcine,·est un grand
l
1 exemple et un puissant encoul'a~ment pour les
amis de la gioire ùes saints, et nous ne craign-;ns
pas de dire qu'il y a urgence pour la science catho­
1
\ lique de diriO'er ùe plus en plus ses efforts de ce
'J côté» (1)~ Pi.!!1i) le futur cardinal, écrivit dans
\
le même sens un long article hi1JliQgra~ue que
publia Lc COl'rcspondant (2).
C'est ainsi qu'une affaire Je critiquc, composée
J'éléments multiples et complexes, se trouvait

O)'-!?om Guéranièl) Iiistoi,'e de sainte Cécile,l8!!!J (édilion


princeps), p, XXIll. lJans cet ouvrage (p. 3Î5), Till~!t est appelé
« l'un des plus savanls et des plus dangereux adeptes de 1'01'1­
l\ Ropl )J; son (CuITe l'es ire « un ml' ris su erue et s 'sl('maliCjue
l pour les monuments les lus chers à lu piété calho igue, )l ün histo­
rien e nuance très conservatrice, mais sans passion, s'exprime
d'une aulre mani0re : « Tillemont, si prudent, si sagace, si
9 éloigné de tout excès et dont l'admirable sincérité n'a d'égale que
son immense ('rudition )l. (Allard, l1istoi)'e des pel'sécutions,
introd., p. \'1).
(2) No du '\0 octobre '18Ml, 1. XXV, pp. GO-64. Voici comment dom
Pilra s'eIpriffië-surJePSeudo Raban-~Iaur : « Ces actes porlent
bien le cachet de lenr époque ct le caractère particulier et distinctif
des écrits de l'illustre h'ëque de Mayence, la sincérité; il Y révèle
sa sincérité, une science peu commune, etce qui est plus fr.ppant
encore, une grande habiletê â exposer quelques lignes évangéli­
ques, sans sortir du texte s;)cré, sans rien perdre de la tradition,
etc., etc. )J. Ailleurs dom Pitra souhaitait que les anges du mont
Sinaï fissent arriver les acÎfslle sainte Catherine à quelques mains
\ aussi pieuses el ausSi savantes que celles qui ont réhabilité les
J traditions provençales. (Etu.des sw' la Collection des actes des
saints, p. LXXXIIJ),
L'ÉCOLE DE SOLES\1E5 31

englobée dans le bloc d'une réaction entraînée il. la


résoudre d'enthousiasme et sans distinctions, au
détriment peut-être de la cause elle-même. Pour
savoir à quel point ce parti deyait réussir et com­
bien ln question elle-même deyait faire corps ayec
les autres reyendications, il sufTit de rappeler un
éloquent panégyri ue rononcé, en 1887, par
l'éyèque d'Anger, :\I~Fre ~
« ,Je {l'ouve, disn\l·il, dnns cc demi-siècle écoulé de
grande,; lulles suivies de griwdes victoires. Oui, l'hérl'sic
jansénisle détruite jusque dans ses ,'ncines, le gallicar:!.i~c
( v,liIïc'u' sans retour, J'infaillibilité doctrinale du~"ouycrain
pontife .cJlosorlDnis hors de tout conteste, l'unité de la prière
pnblique universellement rélablie comme le signe éclalnnl
de l'unilé de la foi, la scimce ct l'irllâi/ion rarnenl'es aux
\Taies somces ct a!!i'anchies de (a (/1" ]Jljj/l,qis. la ?lo/ion de
{'ordre sl/rlla/urel /Il iCI/:r comprise' en elle-mème cL. dans
son a]llilica/iem à l'hi,,/oire comme il ln direction de la vic
humaine, l'ordre monnstiqne relevé de ses ruines ct l'l'pre·
nant sa place dans \'I~glise de France, \"l,ili!, cerles, de
lI1ag-nifiques résullats qni font de cc conrt espace de lemps
une l'pOqUC ménlOrahle entre Ioules .... 01', qunlld je cherche
dnns cc mouvement de renaissance catholique cn France
les hommes ct les inslitulions qui lui ont imprimé la direc­
tion la plus ferme ct Sl'll'e, je n'hésite pas il placer
au premier rang dom Guéranger ct J'abbaye de SQlcs­
mes (1), 1)

Des théologiens, ne peuvent aspirer il. un plus


,r
magnifique •
éloge. :' c'est presque l'auréole des doc­
teurs de l'Eglise," objet de l'admiration et de la

(1) Les Fê/es jl/bilaires de l'abbaye de Saint-PielTC de Soles­


mes, 9. -10 ct H juil/ct 1887. Gr, in·8 de 58 p., 1887, Imprimerie
Sainl-Pierre de Solesmes,
:>'2 LA r.ONTI\OY EnSI' DE L'.\ rOSTOLIC.IT~: nES ItGLISF:S

pieuse Qmbiti~n' du grand abbé. Et cette couronne

de titres d'honneur est d'autant plus glorieuse

qu'elle corresponJ parfaitement il son programme,

. formulé peu il peu et de plus en plus netli'mellt

de 183 /1 il 18!19. ~Iais la position que son illustre

autelil' y prenait était celle du tbëologienJevant

1ui la thèse apostoliciste ~ traditionniste sc pré­

sente en effet avec deux arguments, ou deux prèju­

gés, très forts: elle est plus conforme il la piètc),

elle est appuyëe par la lit1ll'gie.


Pour les catbolillues, au moins comme on trempe
orJinairement leur foi ct lem tempérament, cette
opinion est plus pieuse. Si on enseigne que la P(!che­
l'esse, ~Ial'le-~IaJdeine ct ~Iarie de Béthanie sont
probablement trois personnes dif1'{'rentes, mais
1u'à conp sùr, il faut en distingller deux; que tout
ce que l'on sait sur elles, outre le récit énngé­
li1ue, est la vénération dont jouissait le tombeau
de JIadeleine à ]~phèse : on repousse durement et
sèchement la personnification d'une grande repentie
languissante J'amour ct cl'expiation dans une grotte
sauvage, pendant 1ue sn. sœur, toujours active,
prècbe l'é\"<\I1gile sur un Jes cbemins de la Gaule
et que leut' frère Lazare, le ressuscité, crée la com­
munauté chrétienne de la cité Pbocéenne. Préten­
dre quc telle province reçut la prédication de cc
Joseph d'Arimathie qui donna son sépulcre au
Sauycur, Je la Véroniqne qui essuya sa divine face,
ou de Martial, un témoin de sa résurrection et de
son ascension, est plus beau et plus touchant que
LA THÉOLOGIE E:'i: HISTOmE 33

à
de reporter cette prédication un évêque ambutant "
dont on ne sait que le nom, sans même avoir la
possibilité de le dater. Et si ces origines pleines de
charme et de gloire ont été adoptées par la foi de
nos ancêtres, pourquoi se laisser déposséder de
JI ces traditions? El1~_~~~_« reçu lasnnction_Q~s
représentants de l'église, archen\ques et é\'êques,
lesquels, apparemment ont dù sm~rr ce qu'ils fai­
saient en se portant garants du culte public: on
1 peut bien supposer, jusqu'à preuve contraire, (pIe

~ les critiques ù'aujoUl'd'hui n'en savent pas ùavan­


t.age, et même moins encore ) (1).
, Bien que toutes les préten tions des apos tolicis Les
.j\ ne soient pas sanctionnées par le Lréviaire romain,
\ celui-ci en garantit un Lon -nombre et des princi­
J pales. L'aéropa~iLisme de sainL Denys, la mission
de sainte Marthe, n\;taienL·ce pas des cro)'anccs
( autrefois) acceptées de tout l'Occident, cl s'il n'y
'a cu qu'un Îéger nuage élevé par les entrepreneurs
des bréviaires gallicans du x'"!U c siècle, la condam­
nation du procédé et des tendances de leurs livres
n'est-elle pas une nouvelle garantie?
Un légendaire ajoute:

« Quelqnes membres de l'école historique soutiennent que


le christianisme avait à peine été prêché dans les différentes
parties des Gaules avant l'érection des évêchés, placée par
eux au m' siècle; que le centre des Gaules ne Cu t pas entamé
avant le m', réservant pour le IV', le v', ct même le YI', la

(Ip'emprunte ce raisonnement, souren! fait, i(~!gr Dellet. Les


Orillines des l:i1lises, DOU\'. édit., 1898, page 250.
34 LA CO:\TROVERSE DE L'APOSTOLICITb; DES ÉGLISES

prédication dans les Belgiques, l'Armorique et la Novcmpo­


pulanic. Ils concéderaicnt sans doute quo lcs nombrcux
missionnaircs du 111' ct d\l IV' siècle ont été prl'cé(1L's sur
difTércnt" points par q\lelqucs l'arcs apôlrcs dont lc passagc
rapi(lc laissait il pcinc dc h!gèrcs traccs.
'~ « Ainsi poséc, je ne crains pas de le dire, la thèscrlc l'écolc
f'l historiq\lc cst a\lssi contrairo il la scicn C_C_(l\l 'il l:t.r!.~'ll;. car
) ('Ilc contrcdit \ln enscmble rlc tcxlcs, rlc documcnts ct do
IralliLlOns. cicvallt ICS-Cjucls doit s'lIlchncr (ouf \'l'al sll1:lIlt;
dc pl\ls, ello supposc dans saint Pici:ré,ëTaï1s sainlî'!ïüïct

~
dans tous les hon111lrs apostoliqucs unc apatbic q\lC l'on ne
saura,it acccP,tcr Il1l\l1IC dans les prC/ll,ierS pro pa g atcurs,d'llJ1ll
doctrine pmcmcnt h\llllaine. La e.ro\'j(lcnce ,Cllc-m.Q!lle
scr!li.t cn ~a\lse, clic qui, pcndant si longtomps, aurnit
l'C'fllSé il de grandes nnlions la connaissance de l'uniquc
moycn de s.dul.
« 1) que l'on ne dise pas: il cxistc encore aujomd'hui
des peuplcs a\lxquols la bonne nouvclle n'n jamaiS' (:[é
annoncée; cal' il scrail bien dimcile de démentir cclui (pli
al1irmcrait positi\'emcnt le contrairc cl souticndrait que
loutes les contrécs ùe la tcrre ont rcçu, ct presque toutes"
iL plusicurs rcpriscs, lc bicnfait de la prédicnlion é\'ang-6­
lirIue ») (1).

Qu'une telle position de thèse, avec de sembla­


hIes arguments, soit fatalement suspecte aux ratio­
nalistes, on le co~prend aisément.::;: Ils écarte,nt

(l)filOmbi0S, J., D. relig .. 1877 (l, II), p, 1):)6-\87, - Il


e~t pir]1mnt pourcl'"luer Je progrès de la critique de r;1,pprochel' cc
tc,~le d'Ilnear;;lIrncnl"lion d'I1u;;ues de Saint-\ïclor : « Si ql/i,~
all/em pc/'tilla:c e~~c cclii ct atlflllc fllljl/slIloc!i alilJl/os, ill ignnti,~
,'cgionilms et rcmoUs taral'tnn scriibl/s c/cgcl'e contcndat, ql/i,
rOl'tc mandatHm divinllnl dc lJrl'cipicndo baptismatissacramellto
llon accepc)'i1l1, ego rclncminem lalem esse, t'cl si. (orte 1IIi'1l/i,~
cs/" si ej/ls cllipa non obstitisset, al/di/'e ct scil'Il l)O/llissc ac
de/missc, sille clmctatione arfil'lilO, ma,rimc Clon ScritJtw'a cvi­
dcntc)' clamct : « ln omncm tel'l'am c:ririt smws conon; cl il'
fincs ol'bis /el'rac l'Cl'ba conon. Il lIugues de Saint-\ïclOl', Dc
sacramcnlis, lib. Il, p, 6, c. \'.
'l­
)[AXnIlSTES i);)

dédaigneusement ln révision du procès des légen­


des.' Certains catholiques la traiteront sans plus
d'égard, et s'ils louent l'érudition de<:SfJ§njon)
1\ ils se hùteront de r~ppeler so.~ entho~sia~~~. pe~'­
J petuel pour ~ les Peres, qu il a celebres
avec les accents de la plus tendre piété, mais sans
rien indiquer de cet esprit « rassis )) ou peilt-ôtre
desséché avec lequel on se l' .présen te ordinaire­
ment le savant. Quand onl- GUér~nO'er professe
son inclination il croire beaucoup, on évoque le
sOll\'enir de son i~llr6pide glorification dil(\Iaiie
d'&ré<1!J ci ce qui fut appelé un besoin de créer
Hne sorte d't':\"angile supplémentaire, tiré de la con­
cord a nce de celte franciscaine espagnole et d'une
autre « visionnaire) allemande,@îcIjMJ~e­
~0~a lutte sc porte SUI' la gt"ande difliculté qui
ait les alternatives de l'intelligence humaine: tout
croire, ne rien croire, croire aycc poids et mesure.
Les « minimistes ) tiennent un langage sévère et
duquel, pour ne pas y revenir plus tard au milieu
de l'exposé historique de la controverse elle-même
il vaut mieux reproduire maintenant quelques con­
sidérants.
Pour être selon la science, la prudence et la
charité, le catholique doit se préoccuper de ce que
les incrédules peuvent croire ou penser. « Il n'est
pas chrétien et il méconnaît tout ensemble le prix
de la foi et la valeur des âmes, s'il n'est pas atten­
tifà écarter, autant qu'il est en lui, tout ce qui sus­
cite des préventions contre la sainte loi de Jésus­
,-----­

36 LA CO!\TnOVEnS8 DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

," Christ et contre son Église (1). )) Il a tort quand il


~I défend comm~pie_uses et autorisées des légendes
pué!'iles et controllvées, en face de médiévistes et,.
<::- d'lJisto;1eM de pr~fessior{qui saisissent ,l'énormes r

o fautes de cl'itiquc, de lamentables ,confusions, SUI'


des terrains qu'ils connaissentJ2.ien.' Des laïques sc ( 1
trouvent ainsi fatalement amenés à craindre que
ces intrépides apologistes ne commettent des l'qui­
voques Lien autrement graves SUl' la BiLle ct les
sacrements, dont eux':' sans études spéciales," ne
peuvent juger. « D'aillems, si vous avez la témé­
rité de mettre en principe qu'il faut npprounr et
propager tout cc qui peut soutenir et animer la fer­
Yeur de bons chrétiens, entendez donc vos détrac­
teurs, qui de là prennent texte pour vous reprocher
d'exploiter la simplicité et la crédulité des peuples.
Et, après tout, si vous n'ètes pas dans la vérité,
ils ont le droit de vous l'ailler et de médire de vous,
plus que vous n'avez celui de Lruver leurs sarcasmes
et leur détraction. Souvenez-vous donc que, hors de
la vérité, il n'y a point d'édification solide, et que
toute dévotion qui n'amait pa~~érité pOJH:•.bilse
serait une dévotion fausse et peu digne d'un chré­
tien; car Jésus-Christ lui-même ne serait ni la 1
voie, ni la vie, s'il n'était pas lu (Jérité » (2). Ett 1
quand vous vous appuyez sur de prétendus argu- 1
ments liturgiques, sachez que, II dans l'espèce, la '
liturgie ne diffère pas de l'histoire. Les légendes
('1) Henri Bernier, Le Doute légitime, p. 98.
(2) Ibid.
)l\:\Dl\STES 37

ùes bréviaires ne sont pas alltérielll'es aux p~ion­


nuires; le plus som'ent elles ùérivent ùe ces ùer­
niers. :>C'est ùonc s'abusel' ëtI'angemcnt:' qne ùe 1 lJ}
table~ SUI' les traditions ~itul·Bi9.~.~s; celles-ci J
valel}t tout juste autant que les ùocuments 1Ji~i­
\, q~s~dont elles sont tributaires (1). »

(1) SUI' celle dcrnièl'C cLjeclion, cf. Dellet, Les ()"igilles des
,( tgli~e~, nOll\', "dit., HmS, p. lU.
t,
i
\
l
)
\
i

1.
1
\
1

f ::=:.
1
{
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.,
iJ
CHAPITRE III

(1850·1857).

PllOGllÈS OF. LA 1l1::ACTlO:'i A:\'TICllITlQUE. - DO~1 PIOLI:'i ET


.'. L'lf-istoire de 1'j~!llise du, .\Jans. - L'AIIBI~ AnnEI.LOT ET LA
LlTUIIGIE DE LI~IOGES. - L'AIIGU~IE:\'T LITUIWIQUE 11111:;
DU T~;~lOIG:\'AGE sun LE Il.\l'l'bIE DE CO:'iST.\;'\TI:'i.

L'approbation donnée pal' dom Guéranger au


livre de 1\1. Faillon entraîna l'adhésion de ses amis
ct fit entrer l'afl'ail'e dans une phase 1I0uvelle.' A,
c~te é~ue: les catholiques fl'ançais pensaiept
par groupes. Ils étaient divisés en un gr,!n~_.!!QE1-
bre- de'-partis qui s'appelaient respectÏ\'ement :
gallicans ct ultramontains, liturgistes autonomes
( ct romains, rigol'istes ct probabilistes, sc mi­
rationalistes et traditionalistes. Des affinités
secrètes faisaient· qu'ordinairement le membre
d'une faction, par là-même qu'elle tenait pour telle
doctrine, savait pertinemment à quoi s'en tenir sur
toutes les autres. Désormais il y aura une nou­
velle division, portant sur les matières d'érudi­
tion et formant l'école historique et l'école
légendail·e. Chacune vel'I'a prendre p'art à la dis­
pute--;;:;-qualité d'auxiliaires et d'adversaires les

..... l.
40 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLlCITÉ DES ÉGLISES

autres partis (1). La presse quotidienne et hebdo­


madaire s'en mêlel'U. La Correspondance de
Rome, parfaitement incompétente, déclal'e l'OU-]
( nage de ~ le plus savant qui ait paru
depuis deux siècles en matière de cI'itique et d'his­
toire ecclésiastique. L'Unive!'s en a déjà a~té \
la thèse comme une vérité théologique. Les livres J
se-pron"oneem-el1~nsëcfiîence .
Rohrbacher, dans la première édition de son
,-)'1 \ Histoi,rc de l'ÉglL:~e,~n'~Ya\it rien ~i(: de l'~po:tolat
de sUinte ~IadeleJne III cl une miSSIOn d éveques

envoyés par saint PielTe et saint Clément. Il rap­


\ po:'Lait le martyre de saint D~s et de saint

Satul'llin il la persécution de Varérien (2), ce qui

« insultait les traditions catholiques les plus véné­

raLles» comme celle (Je l'aréopagitisme. Dans la

seconde edillOn, pal'ue en 1850, le bouillant ulll'a­


monTalll est asse~ sÙr des thèse~ }_I:9:~itionni0es

ll-()ur en tirer une apolog'ie des livres liturgiques

JI d~e et une aceusation~E!~s ._~~_ntre.. le


(1) ( Toutes les questions s'enchaînent par un lien plus ou moins
apparent, mais réel. Aussi un ébranlement opéré dans·quchlu'une
des branches de la science, la secousse ne tarde pas à se faire resso!­
tir dans les autres rameaux, etc. » (Le P, ~lontrouzicr, S. J., sur
l'Aposto/i.dté des É.'glises de Fl'ance, Revue des Sciences ecclés.,
t. l, 3- série, p. 45),
(2) Rohrbacher, His/oil'e, t. V, livre XXIX, p. /190'.-Eremière
édition, 18i3, Voici comment dom Guéranger lui-mème Jugeait
Cërte œuvre: «J'avoue ingénument que M. Rohrbacher n'a jamais

l été à mes yeux une autorité sérieuse en fait de science historique,


et qu'il est plus d'une page dans son immense récit sur laquelle il
serait à propos d'élever quelque réclamation; ce qui soit dit
a,'ec tous les égards qui sont dus au pieux et laborieux écrivain, »
Essai su,' le Natumlisme con/empot'aill, p. 244.
";"'."

PROGRÈS DE LA RÉACTIOl':
~~J

sièele)Les résultats de la critique avaient été \ '


XVIIe
admi-s, dit-il, «( parce que tel était l'avis de~u-'\ Il']
~ et de ses pareils, qui marchaient plus ou moms .
SUI' les traces .e~ et ~». -'
Le baron enrion fit, un peu plus tard, dans

son Hist~- gel1erale de l'Église, la même évolu­

tion ue Rohrbacher (1).

dO'\' ;\Iisli abbé mitré de Sainte-:\Iarie de Deg,

en Hongrie, adopta de confiance (1851) les résul­

1 tats du travail de Paillon. Comme il ne vit en

Palestine aucune tradition ou aucun monument

s'opposant au voyage de sainte :'ladeleine en Pro­

vence, il écrivit entre al1tres beUes choses dans

( son célèbre récit de voyage: « Les traditions ct


l les monuments qu'on trouve en Palestine sont tous
favorables à cette opinion (2). »
(1) L'extension des idées Îc'g-enclaires se fait sentir:i celle (:p0'lut'

de diH'rs côtés. Il J' ent, par exemple, de 1850 â '185/~ unc conlro­

verse sur la Cl'Ol'allce 3U ciJristianismt' de S(\ni'qnc. Pour Je fond

de la question, l'oye;: '\uùertin, Sdni''lile el saint l'aul, l:'tl((le 510'

les mppo)'/s sllpposl!s-"êii/l'e le 11/ii/osol'fw et l'apùt"c (Pal'is,

Didier,lSGD, in-S, v-4--\.6 pp.),


1
(2) Les Saillts Liellx, 3- édilion entièrement reVlle et considé­

raùJeméîït~enlée,t, Il, p. 681. Yoici quelques autres citations

curieuses:

" Raban Maur, 3r~hel'éque de ~13yence, possédait les actes de

L3;:are " (p. (76).

« Des travaux anssi savants 'Ille consciencieux, fails ces derniêres

~
années. ont établi de 13 manière la plus évidente 1'~!l_I,!Je!!D~té des
J anciennes traditions quë'1lê""tém(\r.iires écrivains s'é!<lli:~_e.!!'?r~_és
de détruire ... Il est cc,·tain qne L3hr'e~~lartheel~bdelelne, ~[ar-
eelle, les saintes femmes Salomé ct !llarie, Maximin. Parmenas,

(
et plusieurs autres chrétiens, furent jetés dans une barque sans

gouvernail, etc. l) (p. 681), - Dans la premiè:re édition, ces pas­


sages se trouvent aux pages -177-179. Le procédé a été relevé par

M. d'Ozouville, Lettres du 15 aVI'il 1854, - !llgr Mislin, ancien

...
,
·1
'o'

42 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLIClTÉ DES ÉGLISES

Les conclusions de :M. Faillon allaient en se


vulgarisant comme des données acquises de la
science, quand parut en 1851 un livre qui devait
jouir d'une grande importance dans la question.
Dom Piolin, de l'abbaye de Solesmes, publia le

~
premier volume de son Histoire de l'Église du
~ Mans. L'introduction établissait le système chro­
nologique de l'ouvrage e~ononçaitneltem~,:t
\ p~)'orig'ine apostolique. En rappelant le travail
du sulpicien, le bénédictin, au lieu de l'examiner, ne

I
l
fût-ce que dans une note et comme en passant, le
déclarait « l'un des plus beaux oUYrages de criti­
, que qui existent dans notré littérature (1). » A la
"vérité toute la thèse de dom Piolin. consistant il
soutenir que saint Julien a reçu sa mission de saint
Pierre ou de saint Cléll1ent, ne repose que sur
deux autorités: premièrement la vie de Marie­
~Iadeleine publiée par M. Faillon, et faussement
attribuée il Raban-Maur, secondement les discus·
sions du concile de Limoges, en 1031, où, il pro­
pos de l'apostolicité de la mission de saint
Martial, on parla aussi de celle du premier évêque
du Mans. Malheureusement pour son argumenta­
pr"éccpteur des empereurs Fr~nçois-Joseph ct Maximilien, était
grand ami d OUIS "<'uillol. •
(1) Intl'oduc Ion (e lstoi,'e de l'Eglise dll .Hans, p. LIV. - La
partie importante de l'introduction sc troul'e aux pages xc-ex où
l'auleur cherche il proul'er que saint Julien a reçu sa mission de
saint Pierre ou de saint Clém<'nt=:"Sur la fin de sa vie, dom Piolin';o
n'admellait plus l'authenticité du pseudo-Raban-1Iaur. D'après
M. Pau) ~Ieyer (Hist. litt., 1. XXXII, p. 96, note Il. c'est selon toute
apparence au XII" siècle qu'il cOD\'ient de placer celte compo­
sition.
~ ;+'~';' -'
.\ ..

DO)! PIOLlN 43

tion, l'auteur oubliait di prou~; l'authenticité du î~


premier doc:lment justement révoquée en doute;
et d'examiner à fond sur quelles autorités le con­
cile allégué établissait ses conclusions (1).
Par ailleurs, si l'on fait de sai~t Julien un disci­
ple de Clément, le catalogue épiscopal du Mans se
trouve fournir une trop comte liste de prélats
pour gagner l'époque de la chronologie certaine.
Voulant diminuer la difficulté, dom Piolin dédou­
bla l'évêque Turibe. Tout ce qui dans une légende
d'évêque vivant au ye siècle peut s'adapter à la
thèse ti'àditionniste sert il créer un Turibe 1"r,
missionnaire apostolique. La légende de l'évêque
Victmius est encore plus exploitée. Elle sert il
former un saint Victurills 1er , évêque pendant
soixante-huit ans, un saint Victurius II, évêque
pendant vingt-neuf ans, sans préjudice d'un saint
Victor antérieur, dont l' « épiscopat fut de beau­
coup d'années (2). » Comme cette multiplication
d'évèques ne sulTit pas il rejoindre l'anneau fixé au
premier siècle, le lecteur reste dans l'alternative
ou d'incriminer l'ignorance des clercs qui n'ont
pas su rédiger la liste épiscopale, ou d'admettre
une suppression de l'évêché durant des persécu­ '.' J

tions qui n'ont pas laissé de martyrs (3). '.


(1) Le tranil se trouvc résumé par llof. l'abbé Duchesne, au t. II
des Fastcs épiscopaux, pages 1'14-1-16. Voir aussi C. Chevalicr,
Lcs Lé-{jcnrles au concile de Limoges.
(2) Histoi/'c rlc l'l;'glisc dl( Mans, t. l, p. 81.
(3) La cb--!:~()!9.gie_Jl~ l'Eglise du ?tIans a été très suffIsamment 1 0
Mbrouillée au XVII' siècle, par Launoy pour suint Julien, et par .1

',,1
4,1 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

L'énorme ouvrage de M. Faillorten avait plus


imposé qu'il n'avait convaincu.' La préfacehi-sto­
rique de dom Piolin, d'une centaine de pages seu­
lement, pour tous ceux qui ne remarquèrent pas
qu'elle reposait SUI' deux documents justement
suspects, et que l'auteur, par une singulière con­
fiance, oubliait de critiquer, était une démonstra­
tion plus accessible et plus probante. Aussi
servit-elle de guide et de modèle aux jeunes
prêtres studieux et, comme on disait alors, dans
les bonnes idées. Chacun en appliqua la méthode
à sa province ecclésiastique.
Le plus empressé fut un limousin, ~I. l'abbé
.~ qui devait rester le vétéran et le plus
in atigable défenseur de l'école légendaire. Il
publia, en 1854, une Dissertation sur l'apostolat
de saint Martial. Le diocèse de Limoges adoptait
à ce moment la liturgie romaine. L'évèque, MgI'
Buissas, avait eu soin, dans la préparation du
nouveau propre des saints de ce diocèse, de don­
ner à saint ~Iartialle titre d'apôtre; mais, lorsqu'il
soumit son travail à l'approbation du Saint-Siège,
le secrétaire de la Sacrée-Congrégation des Rites,
Mgr Gigli, effaça le titre d'apôtre pour mettre celui
d'évêque et substitua au culte qu'on rend aux apô-

Mabillon pour saint Turibe. L'histoire du premier é"èque pré­


sente un épisode qui le rend facile il dater: celui du Defensor
(Cr. Provillce du Maine, l. VIII, p. 390). Sur ce mag-islral on pelll
"oir avec profit une élude écrile en dehors de Ioule préoccupation
d'école: Emile Chénon, "Étude histol'ique su,' le Defenso,' cid­
latis. Paris, Larose el Forcel, 1889.
LA LITURGIE Db: LDIOGES 45 ..
. ...:".~
:

l'
tl'es le culte inférieur qu'on rend aux con(esseul's­
ponti/ès. En recevant ce propre ainsi modifié, ~Igl'

13uissas s'empressa d'é'crire au SouYerain Pontife:

«( L'antique Église de Limoges se trouve dans une

position particulière: fondée par saint ~Iartial, l'un

des soixante-douze disciples, qui fut envoyé par

saint Pierre, elle a toujours honoré son fondateur

par le titre et l'office d'apôtre ... je me prosterne

donc aux pieds de "otre Sainteté et je la conjure,

Jans un moment où je suis si heureux de resserrer

les liens qui m'unissent au Saint-Siège par le

l'établissement de la liturgie romaine, de ne pas

[ causer à mon cœur d'éyèque la peine la plus vive,

en dépouillant mon siège d'une de ses plus

grandes prérogatives, de ne pas répandre l'amer­

tume dans le cœur de tant de saints prôtres et de

( pieux fidèles qui se réjouissent du retour à l'unité


liturgique ». \
Pie IX renvoya l'afraire à la Sacrée Congré­
gation, tribunal suprême, chargé de porter un
( jugement sur toutes les r[uestions qui concernent
la liturgi,e. Un ayocat de la Congrégation, ~Igr
Francesco ~Iercurelli, fut chargé par l'évèque de
Limoges de proposer l'afTuire aux cardinaux qui la
composaient. Le promoteur de la foi (1), dont la
fonction équivaut à ce que nous appelons en France
le ministère public, soutint l'opinion des adver­
saires du titre et du culte apostoliques .
. A l'unanimité, le 8 avril 1854, la Sacrée
- '=--~""'''''''''-~

(1) ~Igr Andrea Frattini.


3.
,lB l"A CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

Congrégation décida « ue l'Écrlise de Limorres


,J; devaIt être maintenue dans le privilège qu'e le
possède, de temps immémorial et en vertu ~ de
constitutions apostoliques, de donner le ~itre

J~
\ d'apôtre, et d'en ren 9- r g le culte, à saint ~Iar~i_~l,
1 ~on premier évêque. )) Le 18 mai, Pie IX confirma
Cette décision (1).
Comme la dissertation qui avait obtenu cette
confirmation était l'œuvre de l'abbé Arbellot,
celui-ci, très fier de l'approbation d'un tribunal de
rites, \ re c.h.erch a celle::--des savants~ Il fut moins
heureux. En~'>l'Acad~mie~cartadu concours
des antiquités nationales la Dissertation, dans
N9
[ laquelle elle ne vit qu'un sujet de polémique reli­
gieuse\Ce jugcme~t d~da_ign·eüx ~iscrédii;pasne
la nouvelle opinion. L~ question des origines
-
chrétiennes de la Gaule prit une grande im~~-
-
If t~e. Elle intéressait d'ailleurs toute-
. --
la Fra!!,ce.
Si Grégoire de Tours ne parle qqe de sept
évêques envoyés par le pontife romain, ceux-ci,
d'après leurs légendes respectives, n'étaient pas
venus seuls. C'est ainsi que }ulien"'aurait été
(1) VOIez la relation officielle de cette a!faire dans: Saaa
"ituum congregatione Emo et Rn" domino ca':din.ali MO"ichini
relatore, Lemovicen, Confi"mationis elogii et CIIltllS lit apos/vli
quo S. Ma,'tialis, primus Lemot:icensiwlt episcnpiis hac/enus
gavisus est ab immemorabili tempo,'e ... instante R. P. D. episco}Jo
Lemot'icensi. Lemovici, excudebant llarbou fralres, ~IDCCCLV,
in-ft·, 91 p.; et Romae, 185~, ex tIPographia Josephi llrancadoro.
- Voyez aussi comment ArbeUot raconte l'affaire, Disse,·tation
su,' l'apostolat, p. 1"18; et ~nt l'affaire se transforme chez'un
légendaire de seconde main7 Charbonnel, Q"igine de l'E:glise de
Mende, pp, 50-52, --=-­
.,

LA LITURGIE DU ~IA;-;S 47

accompagné d'un prêtre. 'I.!!.!:iQe~ et d'un diacre,


ravace,J qui lui succédèrent dans le gouvernement
de l'église des Cénomans. En plusieurs cas, ses
compagnons, .personnages secondaires, auraient
quitté leurs maitres pour évangéliser des pays voi·
sins, fondés de la sorte il revendiquer aussi pour
leur foi des origines apostoliques. Presque tous
les diocèses se trouvaient donc conviés à remonter
la chronologie de leurs origines au Ile siècle.
L'alTaire fut mise il l'ordre du jour dans les
congrès archéologiques; elle figura au premier
rang dans les discussions su).: la comp-osi~s
o~es propres diocésn.ins pour la réforme litur­
gique. Sur ce terrain, la victoire fut aussi prompte
que décisive. Elle fut gagnée par les chanoines du
( Mans; Leurs offices propres obtinrent, en 1855,
\ l'approbation romaine avec un bref louangeur
beaucoup plus remarqué que la décision en faveur
de saint ~Im·tial, et qui, par son interprétation
extrême, devait être un désastre pOul' la critique
ecclésiastique. Dans cet important document, le
c~ Pat1:!Jzi s'exprimait ainsi sur l'opinion de
\ la Sacrée Congrégation des Rites: « Maturo c.ra­
mini subjccit, singlllisque pcrpensis, opus vidit
tanta elaboratum in dl/stria , tanta artis criticae
( et rerum liturgicarum peritia concinnatum, ut
dignllm censuerit quod unù'.ersim probaretur,
pallcis dunta.rat levibusque illdllctis emenda­
tionibus qllas in ipsillS exemplaris adnotatas
reperitis. »


'J8 LA COl'TTIOVEIISE DE r:APOSTOUr.lTt DES f:GLlSFS

Comme le chapitre du ~Ians s'était appuyé sur


l'o\l\ï'nge ùe dom Piolin pour la r~daction des
leçons, l'auteul' prit sa part des fl',licitntiolls, 11 y vit
sn mdhode sanclionn0e par la plus haute autorité,
Il n'y a pas en elTet deux véritl~S critiques: l'une
liturgique et l'autre liistol'ique,
Le parti applaudit assez bruyamment pour cou­
ni.' les protestations de quelques hommes qui
dl;clal'<licnt lIn'on n'aYn,it p:1S raison de prendre
ponr npprobation d'un travail pmemeut llistorique
cc qui d'lit dit it IÎlOnneur d'un travail purement
litllrgique. ~I. d'üzouville (;erivi! il dom Piolin :

(1 Les mols de celle lellre que vous soulignez : Tallta


arti,~ cri/icae et l'en/Ill lilllruicanl111 pcrilia cOllcimwlulIl,
parlenl tle science cl de critique e}Lln..1 Üi'resJilurgiU).les cl

) ne parlenl p<lS de science ou de crilique en hisloire.- De


deux choses J'une: ou bien le 1r<l',lil <ldre>'sé â~lans il
Horne ét<lil. puremenl liturgique, <llors la Congrég<llion
des Hiles n'<lvafli)<ls d'c'loge ü donner il un lr<lv<lil hislo­
rim!-e qui n'exisl.<lil pas; ou bien cc lranil allaquail-lès
deux queslions, Iitur gigue cl historique, alors le silence
g<lrdé sur la seconde, en presence des éloges donnés il la
premiL-re. esl la meilleure de toutes les preuves qu'en
, toules ces questions Home n'enlend régler que la seule
\ queslion liturgique, laissanl ü chacun toule S<l liberlé
d'apprécialion de la queslion historique (1). ))

Les légendaires ne ,"oulurent ,"oir dans cette


,I argumentation que des subtili~és ~~eant nome
J ijet d'unelJonne foi douteuse. Pour eux, les réfOr- )
- ---=------=­
mateurs liturgiques des XVIl C et XYlIl e ' sièclès #'1

("\) Supplement aux Lettres au H. P. dom Pialin, p. 265.


r:,tc(ll.F. nr,; SOIYS\IES ·1 \)

étnient condamnl~s, non seulement dnns leurs


entreprises ritlÏalistes, mais aussi d<tns leur cri-
tirl'lC historique, Leur j h0olog-ie d'ailleurs n'0t<til-
elle pas errollée, ct toutes les erreurs ne sc
1 tienn'ent-elles pns ? « :\ous honorons la science
profonde de Tillemont, (;crinit dom Guàar.ger;
nous rcconn<tissons l'érudition vi1ric~e de D<tillet;
fI'l fIIfl mais nOJ.!2_n~ac('ertons Pi!2.-p)us leul' critiq~le_q!.1c
J'.J nô~ ne voulons sui\ï'c leur théologie (l), ))
Celte citation caractl~l'istiqlle est til'(~e d'un
ouvrage d'édification:dans lequel on pellt voil' un
spécimen des publications légendaires il p<tl,tir
de 1855. Comme s'ils :lY<tient en leuI' fan'ur IInc
définition dogrn<ttiquc inf<tillible, ils ne dOlllent

l
plus de l<t véritr'~ de leur systéme chrollologique, ct
l'appliquent simplement. il leurs travaux s~ns
jamais i.ndiC{ucr,C{II'il est s,'ujet ù cor~trovel.'se,; C.'est
./0 '\ ainsi qll'unè':~.\ï'e des Dj:n~. .<JjcJjns~ Lcs~Lc.!i...S,1.~s
\ Jfal't!L~'S, pluce loul. ail commencement du Ile siè.:.
. r cie les passions de ~1~t Sallll'n~!oulouse ~
\. de_ sQint ---=--__
Denvs Je Paris nui '1 pi1raissent l,ien avoir
cu lieu. la pl'emi('rc sous Déc'e (250). la seconde
sous ~Iaximicn lIel'cule (286). On y malmène
étrangement les auteurs de l'école historique. On
ne respecte mème pas une gloirc de l'ordre: dom
Thierry Duinart (2).
50 LA CO:-'-THOVEHSE DI': L'APOSTOLICrr8 DES l~GLlSES

D'habitude, Ir.s traditionnistes ne disaient pas


Cjue le fondement de lellr systè'me ttait l'autorité
IitllrgiCjue, mais, de temps en temps, la pol(~miCjue
faisait une nécessité de l'aYOller, Ce fut le cas
dans la controyerse Cju'entreprit l'aLbé de So­
Ir.smes contre le prince .-\lli..ert de Broglie.
L'auteur de L'j;'glise eL l'Empire Romain au
~tIV· siècle, au lieu d'accepter la légendc q~it
A }' Laptiser Constantin par le pnpe Silnstre, recon­
te f nnît qu'il re<:ut le b~ptème in e.x:LremiLdc.'i? mains
d'Eusèbe de \ïcomr':die. :\Iais telle est aussi la
( cànclùsîoriqu;~t -adoptée Tillemont et les cri­
liCjlles des XVIIe et XYlll e siècles, « cédant, dit dom
Il GU(:I'angel', il des préjuO'és ct il dcs anli wthies de
s~ »), L abbé de olesmcs ne pouyait donc man­
Cj~ler de combattre celte opinion ga,llicane ct jansé­
JJ Il!.§iç. Sans apporter aucun clement nom'eau
d'information, voici comment il s'cxprime :

(1 On[re l'ancienneté ~lcJ~J)~ion. la tradition romaine

sc recommande oneore il IIll antl'ü litre il la considéralion

« Ces paroles sont injllslcs aulant 'lu'arni,res, » dit ~1. Le Clant,


p, 2, Les ..tclcs des ,\fa"ly"s, supplément aux ..tda sillcera de
dom Ruinar!. (Extr"it des mémoires de L\cadc'/llÎe des inscriptions
ct belles-lettres, l. X\X, 2' partie, P"ris, Imprimerie n"liona!e,
1882), - ~1. ,\llard ju~e ainsi les Acla sincel'a: « ~lal8'ré l'absolue
sincéril<~ crili'lue du sarant !J(;n(;diclin. quicon'lue youdrait refaire
aujourd"hui ~on lil"re aurait beaucoup plus il en retrancher 'lu'à
y ajouter)) (Introduction, p, XII. de l'Iiis/nire ries PerseCll/inlls
l'elldall! les deux pre 111 ier, ,ii'des, d'a près les monumenls arch0o­
IO:;Î'lues, Paris, -1885). - Un aull'e passa~c intèressant des Acles
dcs .Ila"ly,'s (p, YJI) l1étrit « 1" criti'lue insultante d'un llaillet, la
narration janséniste de ~lézengu)', l'anal)"se sèche ct rebutante
ù'Alban Butler »,
LE BAPTf:.\\E DE CO~STA"T1N ::JI

de~ calholi(J11e~. Celte tradition se trol1\"e con~igl1l'e au


hré\'iaire romain. Dellx fois l'anllée, le () nOYemhl'e ct le
:\1 dé~emhre, elle sc rellcontre dans le line ofiieiel de la
prii're; cl. quoiqlle les Ir;idition" de celle IIntnre Ile soient
pns du g-eill'e de celles ~nr le~quelles l'(:g-lise exerce ~on [1ri·
\'ili'gc d'infailliiJililt-" il Ile duit. pas' être indifTérpnl aux:
nf; Ils de ],]::~Iisc ge yoir sif;nOller COlnlne une raIde llli
rt'cit,illli le\ll' est propo~e c 1~1(? certain 1!:l1' nDe autorité
)f <lUSSI respectable. Ils onl le droll ct 1 . . 'cie dCl11an.,rlcr
IiI c.w.mplc ;tllxJrondellrs es raisons de leur M'diliÎÏ. cl C Ile
!Ji cl"der qu'nprès n\'oil' épuis(; (ou~ les llloyeriT de dNense.
C'est ici unc qncslion rI'honncllr: cl r;'cst parce qUl', pOUl'

~l
ll1a pari. jc b con~idi're comme lelle. qlle je me permets rie
dl'mander rai~on;\ ~1. rie Broglie du ton dégagé ayee lequel
il s'('n expliqllc (1). Il

Le respect de l'autorité liturgique apparaît donc


comme le motif de cette polémiclue. ~lais, si les
légendaires eux-mûmes reconnaissent que les tra­
ditions de cette naturè' n'engagent en rien l'infail­
libilité de l'Église; il n'est pas dilllcile de leur
prouver - et ils l'ont avoué - qu'elles n'ont rien
il voir avec l'honneur et la conscience des
fidèles. On peut justement se servir pour cette
démonstration des fameuses leçons du 9 novembre
et du 31 décembre,
En 1883,_ Lé~II~: a corriglla légend~_de

(1) L'Unil'cl's du 5 avril 1857, nrlicle reproduit dnns les Essais


SUI' I.e Nalw'alisme conlel1l}Jomin. p. :!()() et ~uiv. Naturellement
~ Guéran;:ci'>a ~lissé d~ns cet article un éloge de~FaiIlJlll~­
. ( A propos de la question du baptême de Constnnlin, do!!!Ritra ne
'7 ') craint point de qualifier le récit d'Eusèbe « d'audacieux men-
o \. songe », Pour lui, il propose il l'examen l'opinion que Constantin
aurait été bapl.Ls.é (!~x19ls : il Rome, par saint Sl'l\'~t.!:e; à :"ic9­
mé.die, par..Jes ActE.~s, çr. L'Ana de 1(1, Religion, numéro dll
1er janvier '1850:
:;~ 1..\ r.(J~TIIO\"Jo;nSE DE l:Al'OSTOI.ICITI~ nf:S l~GLI"ES

saint Silvestre (31 décembre) en en retranchant le


'J rccit je l'appariti-on des apotrE's Pierre et Pnul et
en rendant toute spirituelle lu lèpre c!ontl'empereur
dait d0claré malade. D'autres correctionsne
restenl-elles pas encore possibles? Le 'fait du
baptême par Silvestre est respecté, mais n'est-ce
pas avec cette précaution significative : «. /Lli
('CltlS Ecclcslae ROll/ana re/crI Iradilio » :' Par
ailleurs, en corrigeant ln légende du 3 t décemhre,
Léon XIII n'a point touché il celle du 9 nOYemure
(Ide de la d\:Jicace Je' la Basilique Ju S:lllycur),
nù la ll'pre reste physique. Quelle est Jonc l'auto­
rilé de ce récit désormais pour un traditionnistc,
C't d'apr(~s lui de quelle malaJie l'empereur était-il
ntteint ? Cet exemple ne prouve·t-il pas d'une
manière (;clalante que nome n'impose pas la
croyance des traditions liistoriques, qu'elf~'-ri(J
d,;d<lignc pas Je les corriger, mais sans vouloir
prendre b peille de le faire continuellement, même

- pour mettre ses lextes d'accord?


L'argumentation de dom GUér<lnger p<lrut inyin­
/- cible ù tous les légendaires. Leurs survivants
~ tiennent encore pour la tradition romaine. Les
historien~' ies plus grave~ et de":-fervents ca tho­
liqucs?ont cu beau dablil~èl'une manière irréfutable 7
que Constantin a été baptisé il la fin de sa vie, un
Uollandiste (1) a eu heau dire que tel ét<lit l'ensei­

(1) Le père Ch. de Smedt, S. J., Principes de la e"itjque histo­


rique, p. '\38, noie 1, '1883.
L.ÉCOLE DE SOLES~lES 53

gnement donné au collège de la Propagande et au


Séminaire Pontifical, imprimé dans des éditions
publiées à nome et revêtues de l'approbation du
Maître du Sacré Palais, les traditionnistes, émus
par l'autorité du martyrologe et du bréviaire,
regardent cette certikIde comme une grave erreur.
Quand l'annotateur du Liber Pontificalis traita
scientifiquement la question en 1888, il se trouva
un contradicteUl'. Ni la correction de l'office du
31 décembr~ ni le sentiment des I30llandistes
n'avaient ëbranlé@om Chamarèt) Pour lui, la
question semblait n'avoir pas fait un pas depuis
1857. Il 0crivit tout simplement au milieu d'une
violente mercuriale contre le nouycau critique:
« Nous ne discuterons pas la question du bapt(~me
de Constantin à nomc. i'\ous rellYoyons le lecteul'
à la dissertation ubliée sur ce sujet par notre
vénéré per dom Guérano-el' d'abord dans l'Uni­
(Jers, puis dans son ouvrage intitulé Essais SUI'
le Naturalisme contemporain, en 1858, volume
in-8, pages 226-274. Nous ne pourrions pas mieux
dire (1) ».
Admirable effet de l'esprit de corps qui ne
laisse pas la moindre place pour un doute appa­
rent ! Quand dom Chamard exprimera publique­
ment une conviction si inébranlable et une confiance
si absolue, il aura convenu dans la paix de sa
cellule que sa certitude était subjective et qu'il

(1) L'Univen, jeudi 13 septembre '[888,


54 LA CO:\TnOVERSE DE L'APOSTOLICITJ:: DES ÉGLISES

lui était impossihle d'en fournir la démonstI'a-


tion (1),

(1) En '1883, une eommission cardinalice rom:line rés~ de 1\

~
.. 'c composer istoirc apologétifjue de l'E~lise. Lc c~rdin:IV
riJïr:, indifju: lom Chamarc pour tr~iter b fjue5tion de la con,·c,'-
.. de Constantin, « a condilion, écrit-il, !J.!l'il.JllLoplcra 1"..trEli-
I!,J 1 hÎQp_du...Er.éviairç, de Solesmes et du gr:wd ~bbé, cl qù'il défcndra
\ sa ll~'se contrc de Droglie, Duchcsne ct Duruy, clc, )). Dorn Ch~­
,marc! 1'l;pondirlju'il a\'ait s~ ce !,oint « un jugemcnt personnel»
-..; fju'i1 ne p'ourrail démontrer d'une façon péremptoire quc par dcs
doculllcnts nouve~ux Iju'il Il'espérait pas trouver,
CHAPITRE IV

(1857-1859:..

r:-; /'l\OTEST.\T.\lI\E : .\\. ,,'OZOl·\ïI.U:.


l.ES co:-;r.ni:s .\I\CIlI::Ol.O(;IQn:S.

Pend:mt que se constituait un vérit:lhle p:lrti en


faYeur de l'origine apostolique des i~glises de la
Gaule, personne n'cut l'idée de rechercher la genèse
de cette levée de boucliers dans l'~yolution générale
de la pensée théologique. Personne ne sc donna la
peine de démèler et d'établir l'enchainemént des
pri'j ugés et des préven tians qui consti tuaien t le
système. En mettant tout simplement de càté la
Dissertalioll de l'abbé :\rbello~ l'Académie-mon- ..,?
trait qu'elle avait pénetré l'alTaire. ~Iais il eùt fallu
motiver l'arrèt~convaincre de leur to"rfles démo-
lisseurl« de l'édifice de saine criti lie ct ëÏe ~n
historique que es ermel's siècles nous avaient
lé~é ll. Froissés de ce dédain, les légendaires le
présentérent comme un elTet d'injustes préjugéS,
et ils continuèrent leur (Xm\Tc.
Les académies régionales, sociétés d'admiration
mutuelle où la C'l'itique n'est pas toujours en hon-
neur, regardaient lu nouvelle école avec une curio-
56 LA CO:-':TTIOYETISE DE L'.-\.POSTOLICITÉ DES ÉGLISES

sité sympathique, ayecle s.entiment qu'elle allait


Icurfournirune mati('~re intéressante à dissertations
ct peut-être donner une gloire inconnue aux origi­
nes diocésaines. Les érudits de proYince qui mani­
festaient de la défiance ne se sentaient encore
. guère préparés à dire leur mot. L'un des premiers
prèts fut ~l. d'Ozouyille.
D'une famille de feryents catholiques et gendre
d'un prdat - il avait épousé la fille de ~I. de
Ilercé, maire de LayaI, qui fut plus tard éyêque de
\'antcs, - l'histoire ecclésiastique l'avait toujours
intéressé, Il en ayait acquis une solide connaissance
générale, mais saIlS jamais penser se confiner dans
des recherches spéciales. Ancien sous-préfet de
Chùtcau-Gontier, il préférait il la vanité de faire des
lines le souci d'être le bienfaiteur de ses tenan­
ciers et le conseiller de ceux qui voulaient bien
recourir il sa droite raison et à sa parfaite obli­
geance. Toujours en quête d'améliorations pour sa
région, il eut l'idée de l'érection d'un éyêché ft
LayaI, ct, plus que personne, il contribua il son
établissement (1). Appelé il rédiger un mémoire au
soutien de cette demande, il y fit mention de l'éYê­
ché des Diablintes et, ce point lui ayant été con­
testé, il l'entoura, comme il le dit modestement,
de toutes les lumières que le peu de livres il sa
disP9sition lui permettait de réunir. Dom Piolin

Il) Cf. Fie de Mgl' 1l'ica"I, J'1'emie,. éV(:']lle de Laml, par le


chanoine E.-L. Couanier de Launay, in-S de 652 p., Laval-Paris,
l&.~.
L'f:COU: DE SOLES~IES 5ï

arla favorablement de la dissertation ct dom


.;:;,. ~,trèspuissanl en courde Rome "et auprès
du nonce, consacret, pour plusieurs raisons, son
influence ü la réussite du projet. Les meilleures
relations s'eta1JJirent Jonc entre les bénédictins et
le gentilhomme, qui, d'ailleurs, leur avait témoigné
de la IJienveillance dès les commencements Je la
restauration de l'ordre.
En 1853~olill)envoyale second volume de
l'!1istoire de l'Eglise du MaliS il :\1. d'Ozouville.
Celui-ci tarda un peu il. répondre, tout gt~né du
désaccorJ historique qui existait entre eux sur la
date de l'évangdisation Jupays. Enfin, dans une
lettre de remerciements, il exprima de nouveau une
demande qu'il avait dljà bien des fois formulée. Il
sollicitait les bénédictins d'entreprendre un examen
du [j'Te de 11. Faillon. Dans cinq lettres conSl';cu­
tives il opposa de pressantes objections il dom
Piolin, qui défendait les Monuments inédits molle­
ment et sans entrer clans l'étude approfondie néces­
saire et demandée. Cette polémique privée n'était
pas secrète. Les deux adversaires en parlaient
volontiers, et voici comment dom Piolin en écri­
vait il l'un de ses amis (1) : cc Je vous avoue que je
ne suis pas fâché de cette controverse; j'y étudie
non l'histoire, mais la nature humaine! Voici un
homme de très bonne foi, d'une droiture inatta­
quable, et qui raisonne comme un vrai sophiste.
(1) Auguste Guays des Touches, de La\"al, lettre datée du 1"1 mai
185!l, et citée dans Alex, Celier, Le R. P. dom Piulin, p. 66.
58 LA C01\TRO\'ETISE DE J.'APOSTOLlCITÉ DES ÉGLISES

D'où vient cela? D'où vient qu'il met il la place de


raisons allégul~es par l'auteUl' qu'il combat les idées
Ilu'il s'est forme il lui-même? De l'incapacité abso­
lue où son't certains es J'its de vOir autre ChO"se
qu'un seu point sur lequel leur imagination est
J\ invinciblemcnt attachée:' :\10. conviction est que le
bon Dicu nous pardonnera bien des choses et
que nous ne devons pas trop exiger les uns des
autres. »
:\!anifestemcnt :\1. d'Ozouville avait proposé ses
objections sous l'empire de préjugés. Maints pas­
sages le prouYent péremptoirement. Il s'exprimait
par exemple de la sorte sur les documents inédits
Jlubliés pal' :\1. Faillon :

« Quinze monuments puhlics, authentiques, tous anté­


ricurs il l'an mil, tous donnant lort il Sulpice Sé\'ère, il
C;rL'goire de Tours ct ,'l l'J::glisc de France qui suit leur
)71
doctrinc historique . lous dcmcurés ignol'és dcs Bollandislc~,
des l'agi, de~ :-'Iabillon, des Longucyal, dcs jésuilcs, des
( hénL'diclins, tous enlin ignorés de lous, ct cepcndant tous
dL'ClIU\'erls subitement pal' un scul, etréyélés au public en
ISleS! Solesmes, mon Hé\'l'rend Père, admet-il une pareille
proposilion? Permellez-moi de dire ma ren~ée : ni \'ous, ni
moi. ni personne, nou~ ne pourrons accorder celte proposi­
tian; cl si, dans sa bonne foi. le défenseur de la Provellce
nous dit que telle est ~on opinion per,'ionnelle, peut-être, il
la \'ue d'une semblable illusion, aurons-nous il nous défendre
d'un sourire?
« Il est donc é\'ident, de prime abord, que le rédacteur
des JJOllWl1C1lts inédits est ici sous l'influellce d'une grande
illusion, Que la critique, il la fois séyère el si\\'unle des
derniers siècles, a il passé sous silence les qu inze mon umen ts,
il ne suit pas de là qu'elle les ait ignOl'és. Que l'on change
celle accusation en telle autre que l'on voudl',l; mais, pour
)1. n'OZOUnLLJ~ 59

celle d'avoir ignoré, c~tes.!:!!iqt!...e fut il la fois trop éclairée,


lrop judicieu~e ct trop persévéranle dans ses recherches el
dans ses tl'a\"aUX pour en pou\'oir être aUeinle ou soup-
çonnée. Que les quinze monuments aienl été méconnus.
cela pourrait 6lre; mais méconnailre n'est pa, ignorer! Le
fail d'ignorance ~erail aussi impardonua!Jle qu'ill1]losi!Jle; le
l'ail d'avoir méconnu ne peut donner lieu il accusalion
qu'après discussion des monumenls (1). ))

M. d'Ozouyille disait encore: .


cc Voyez d'ailleUl's comme on nous appelle, dès le débul
(du livre de M. Faillon), il celle' réform,e 'de toules no lions
hi~toriques': c'esl mie 7WIIl'Clle prC1lrc'(ic la didnité-l!e
Nàl1~-SeiDl1eur que l'on annonce dans l'apostolal de la
Provence! Et ui a-t·on our adversaires'.' le he dU. 7llCIl-
somc.... lademi-science ' f ' • éméraire,les )eaux
)\ cs r i l s l e ' ; .; l'me ... (MonumC1llsiJlédi~I,
préface). Celui qui pose ainsi ses prémisses saura peul-êlre
s'arrêter, jo l'ignore : mais on peut bien se demander
jusqu'olt n'iront pas les imilateurs, successeurs et commen·
tateurs (~). »

Toutefois si ces citations dévoilent des préjugés,


ce sont ceux de l'homme de bon sens ct de science
choqué par un paradoxe ou devant une tentative Je
réaction surannée. Aussi ~I. d'Ozouville, avec sa
froide logique ct sa bonne érudition générale, eut
vite fait de trouver des ~bjections scientifiques
contre les 1r1onumellts. L'examen qu'il en entre-
prit n'est pas approfondi, mais il suffit pour avertir
f le lecteur':" Les sources Faillon restent signalées
comme suspectes.'Il ne rentrait pas dans l'idée du

(1) ~L d'üzoul"ille, p. 15.


(2) Id., p. 4.
liO L.\ CO"THO\'EnSE DE L'APOSTOLIClTl: DES ÉGLISES

gentilhomme d'en faire l'analyse: il youlait laisser


ce soin il des spécialistes qui auraient renseigné
définitiyement le publie. Quand il yit que son désir
ne recevait pas d'exécution ~e Solesmes, il résolut
de puLlier ses lettres. Elles appcllel'aient l'atten­
tion des personnes compétentes et obtiendraient
d'elles l'examen refusé pal' les Lénédictins. Au
moment où il imprimait cette correspondance, elle
se continuait et, par une évolution naturelle,
l'auteur avait été amené il répondre aux objec­
tions contre l'introduction du Christianisme dans
les Gaules aux Ile et IllC siècles. De critique,
~I. d'Ozouville devenait malgré lui historien.
Il joignit à sa publication ces nouvelles lettres,
qui en devinrent par leur nomLre ln partie princi­
pale. Son contradicteur l'avait vivement engagé à
les liner il l'impression (1), assurant que, dès
qu'elle serait achevée, il répondrait dans un appen­
dice du troisième yolume de l'Histoire de ri;glisc
du il[a ilS pour en défendre et en confirmerie système
chronologique.
1 Quand ~I. d'Ozouville ouvrit le livre qui devait le
l, réfuter, il ne vit sur le sujet que ces quelques lignes
de la préface:
1

(( Si l'on considère la cause principale des méprises dans


1
lesquelles est tombé M. d'Ozouville, ail la trouvera dans

(1) Dom Piolin cutpcur un peu plus tard de l'eITet que pourr~ient
1· produire les Let/"es et il éleva des objeclions contre leur publica­
tion (juin '185 11), Il n'était plus temps j M, d'Ozouville avait traité
a"cc ,on imprimcur.
~r. D'OZOC\"ILLE (il

l'inconyé'nienl aUCJuel il s'est ~oumis d'accepter de seconde


ct de lroisil'llIe main les lexlês dont il (l\'ait il faire usage,
Lui-même l'a\'oue, il ne s'esl presque j~lJ11ais imposé la tflche
r de remonler aux sources. S'il a quelquefois consullé les
\ originaux, il ne s'est pas donné la peine de lire l'ou\ï"age
entier; et cependant quiconques\'st fait de la critique autre
chose CJu'un amusement. sail. que. sans celle précaution,
on ne peut êlre sùr de saisir loule la valeur d'un témoi,
gnage. Auprès des lecteurs sérieux, celle ouscnalion
sulnra ('1). »

M. d'Ozouville était trop pieux catholique ettrop


g'alant homme pour se permettre de qualifier le pro­
c{~dé. Il se borna à publiel' deux lettres qu'il avait
écrites à dom Piolin, la seconde après l'apparition
du nouveau volume de l'Histoire de l'll'glise du
Mans. « Qu'importe la main, disait-il, si les cita­
tions sont exactes? )) Puis il critiquait l'argument
liturgique et repoussait l'accusation de janséni§.me

~
et rationalisme. Le bénédictin lui reprochait en elTet
de donner la main aux hérétiques, et de faire sans
cesse l'apologie de la plus déplorable époque de
1noire hiS/aire religiens", " Cette époque, "épon­
dait ~r. d'Ozouville, est ~celle de B2ssllet, de
Fénelon, de l\Iabillon, de ~Iontfaucon, des frères
Sainte-Marthe~Bollan~ist~s, des jé~tes, des
oratoriens, des bénédi.2tins, et de mille noms, tous
en honneur; ell'3~commence avec saint François de
Sales et saint Vincent de Paul, pour finir entre les
souvenirs des Carmes ou de l'exil et celui de
l'adhésion franche et sans détour au Concordat de

(1) Préface du t. III de l'Histoire de l'É'glise du Mans (1856).


4
û2 LA CO;-;TnO"UISE DE \:APOSTOL1CITJ~ DES \::GLlSES

1801 (1). II JI tcrminait en appelant toujours Je ses


Heux une étude calmc et approfondic des MOl/U­
ments. « Quelle que puisse être la décision, disail­
il, soyez assuré que je n'en demeurerai pas moins,
Jo YOUS, mon Réyércnd Père, et de la sainte et
glorieusc maison des Bénédictins de France réunis
il Solesmes, le très déyoué et respectueusement
affectionné senileur. »
;\près celte controycrse inutile, Solesmes garde
'( son système. Les bénédictins s'v conforment en
J édita\;t les Actes des JlJa!-~!L"s; d~m Gu~rangcr en
faisanlla leçon au prince de I3roglie. Chaque reli­
gieux combattait le bOIl combat ct affirmait en toule
occasion les \Tais pri Ilci pes.
L' approbation donné..e )laI' la Sacrée Congrégation
des Rites aux légendes apostolicistes des oJllces

'1 Ti~pres du diocèse de Limog'cs et du Mans, fit


entrer la controverse de l'apostolicité dans les
grandes querelles théologiques qui passionnaient
le clergé. Chaque diocèse comptait un nombre
d'ultramontains de plus cn plus forts, de plus en

~
plus impérieux, qui réclamaient de leur évêJiue
~s) l'introduction de la liturgie romaine et la restaJlra­
tioE des légendes du moyen âge. Ceux qui leur
résistaiênt étaient traités de gallicans, parce qu'ils
défendaient les débris de' l'ancienne liturgiê'nntio­
~aJg: Ils étaient aussi appelés jansénistes, ~-;s
que l'on en vît clairement le motif (2). Les anciennes
(1) SIIp7l1éllleni al/X Lettres, p. :!G6.
(2) Yoici un exemple, tiré d e ~ , des déclamations
LES CO;\GnÈs .-\nCHÉOLOG1QUES 03

légendes en effet avaient été combattues au siècle


passé par"'1 cs JesUites
. . . ...tout comme par 1eurs a d ver-
Séllres.
Les historiens et les archéologues laïques qui
faisaient profession de catholicisme se sentaient
déconcertés devant ce mOli\-ement anticritique.
~I. de Caumont mit la question de J'ap-osto!icité à
l'ordre dujour clans lc\êongrès arché~~i.9~~~:tcnu
en 1855, il Chùlons (1) ;Tannée SUivante on la
discuta dans le CongrèS de :'\antes (2). Le congrès
scientifique de la nochclle (1856) et le congrès
archéologique de ~Iende (1857) (3) l'insél'èl'entdans
leur programme.
peu claires avec lesquclles on li"i! la criliqlte.. :)u .i~DSl;n~.~. r!le :
« :\ous écrivons dans un pays o'ù heaucoup de :;ens de tres Lonne
foi persistent il ne voirdans le jansl'nismc qu'un s~'steme de morale
exagér':e quant il la pratique: notre t,',che n'est pas de leur expli·
quel' ici il quel point les dogmcs cl. cclte.....s.c.c1l:..fou 1'0"

laI'
n::plise sont opposés au SHn 0 e CallO i'lue. C'est il eux d'duc1ier
l'histoire de leur croY'lnce ct des périr;: 'llIX'Iucls elle a été exposée
de la part d'une héré$ie qui renouvelail avec "dresse les plus
odieuses théories de Calnn ... Ii n'entre pas dans noire plan de
llcvelopper cette raison des arlinités qui a pu porter récole ,jansé·

n, iste il supprimer, à,t'IDurrer lout ce aile les traditions catholiques


p'roposée§ par l'Eglise il ses enfants oll'raient de plus riée, de Jill:s
sua\'e et de plus génér.$!ux. » Histoh'c de sainte Cécile, 1" édit.,
p. 41:!; 2' édi!., p. ·'.25. - « La secte janséniste, dans son em~es.

~f

seE'ent il flétrir et il ~,S.~00utëf1~..uleUI"S dont la main d~}î'jst


sj:§!.. I!Ü!......LpareL,S.9!Lél!.fl.use, déclare une,guerre impitoY3uJê'à
tous les sou\'enirs Jl'r~cieu~ r~9!.~llhs par j Eghse dans sa loniue
tr.l\eIS~e cres sfiFffles, cl de m(imc fju clle a Juré de reconstruIre le
dogme et la morale il son image, elle \'eut aussi (. 'istoire
il sa triste ressemblance. » Ibid., ... el., p. 62; 2' édit., p. 1.
(1) Congo a7·chëol-:i.le Fmnce, XXll' sess" tenue à Ch,tIons en
en 1855, pp. 41-51.
(2) Congo a7·chéol., XXllI' sess" tenue à N'antes en "1856,
pp. /i2·50.
(3) Congo a,·chéol., XXIV' session, tenue à Mende en août 1857,
(iJ LA COl\TIW,YERSE DE L'APOSTOLlCITÊ DES ÊGLISES

A la session de 1857 de l'Institut des Provinces,


le programme portait également cette demande
(la 26") : « :,\'est-il pas utile que les Sociétés
sanntes s'occupent d'études hagiographiques plus
qu'elles ne l'ont fait jusqu'ici ? Doiycnt-elles laisser,
comme elles le font, avancer ou retarder de
[ plusieurs siècles la venue des premiers apôtres Je
nos diocèses? » La questioILfut traitée n la séance
du 20 aYl'il. Le comte d Mellet fit un grand éloge
J du liYre de ~I. Faillon. ". 'Ozom'ille répondit
D(1 qu~ l'omTage ne contenait (( qu'une immense illu­
D° sion »?Ille prouva et (( conclut enJisant qu'il serait
• très fùcheux, historiquement et moralement, de
céder Il l'entraincrnentn (1).
Dans ces assemblées où les ecclésiastiques
étaient en minorité, la ~ictoil'e l'estait ol'dinaire­
ment ilIa critique, mais les vaincus se l'expliquaient
1 par le fait que les laïques étaient atteints .des
l pr(jugés rationalistes du siècle. Ils prenaient leur
il ~he dans leurs publications. En octobre 1857,
iom Pioli;9renJit compte d'un volume insignifiant.
1 Il en profita pour donner un nouveau manifeste,
1

l
1
Cl A[]rès (lix-huit si'\cics de chrisljaIli"me, clit-il. on
renconlre clos hommcs élcyés dans le scin cie l'l~glise cal ho,
i lifjue. qui même ne sont point éloignés des ]1l'aliqllcs dc la
religion, ct pOUl' qui ccpeudant les mots cie miracle el lie
1 ,.
!
pp. 73-78. - Pour la deuxième pal,tie du con~rés CJuÎ sp tint à
Valence. "oy. mème volume, pp. ~77-281, rapporl de l'abbé :\adal
sur "origine des évêchés de Valence, Die el Sainl-Paul-Tt'ois­
Châteaux,
(1) Annllail'e de Uns!, des Prov., t X ('1858), pp. '187-199.
)(. Il 'm.u (;\. LLE 65

gr!lce~extérieures ~nrlb11lltclles sQI!! Jm . O_llYll.!lJ-ilil... l.es

j
Peres (e 'Eglise sont unanlmcs pour voir lin miracle écla­
Jllant.dans la flropagaliûnrapidc de la foi chrétienne. Aujour­
d'hni, cie:, hommes qui sc croient catholiquos cherchent il
l'rourer que ce miracle esl 1I1oins ",'idenl qu'on ne l'a cru
jusqu'ici, prrr lrr raison que toul élait préprrré clans le monde
pour faroriser la l1irrusion cl l'acloption de la nou ....elle
/r doctrine. D'aull·cs .... sOllliennellt que de ras tes contrées,

j
comme la Gaule. ne reçureut la honne nom'elle que dans le
Ill' clic [y' sic'cle (1) ... Ainsi le rationalisme et le nalura­
lisme, la crainte cl 1:1 h;ûne de l'ordre surnaturel. .. sont
parvenus il éleinl1re le sens cÏ;rëlwn dans un grand nombre
d'ùmes (.2). ))

Dans ces circonstances il était vraiment difficile


de ne pas reconnaitre sous les premières de ces
expressions le prince de Broglie et sous les dernières
ill. d'Ozouville. Celui-ci Jemallda des explications.
Le b(~nédictin lui assura par deux leUres que la
portée de ses ousenations était toute différente (3).

(1) D~in a une manicre particllliere de résumer l'opinion


des critiques. Est-ce qu'ils ne reconnaissent pas tous les martyrs
de Lyon en l7'ï?
(2 'Rcvuc dc l'AlljOII, oel hre:1857. paGe 63,
(3) cr. Id, jamler' 8:i8. p, 251, En '1882, dom Piolin insinuait
encore l'accusation de rationalisme contre M. de I3roglic : « La
publication de l'His/Qi,'c dc l'l'glise el de /'E11lpi,'e ,'onzain au 1 l"
sit]clc, par ~1. le duc de Croglie, détermina dom Guéranger a
publicr une suite d';lrticlcs où il passait en revue les principales
erreurs du brillant écrirain. Comme les pages habiles decelui que
l'on disait le chef de J'école rationaliste étaient lues partout, il
fallait chercher un mode de publication qui répondit a une sem­
blable divulgation: le journal était l'orGanc indiqué. » (D. P.-L,-P.
Gllàange", p. 66, dans les llluslm/ions el Clillibl'i/lis du XIX­
,~iècle, 3- sél'ie). Lcs intr'gristes désignaient volontiers le duc Albcrt
de Broglie comme le chef des rationalistes. Voici commË:nten­
éàivait,en 18/6, le P. J.-B. ,~y,justementil propos du livre de
jr dom Guéran"er cp'iiijôê '" d.î Broglie: « Il n'y a bien cnTrëë'e
M. de Broglie et Renan qu'une dilférence de degré, avcc cette com­
4.
Gli LA C():\TROYEnSE DE L'APOSTOLlCITt: DES ItCLi5ES

Quelques semllines llprès (1), il récidiyait en prë:oen­


tllnt comme une chose admise et sur laquelle ne
s'éleyait aucune contestation que saint. Julien
1éY~gelisa le ~Iainc il la fin du premiel' s~cle,
~I. d'OzoU"ille protesta pal'1lne lettre remal'quable,
où il examinait la yaleur de l'argumeut liturgique,
Il réfuta magistralement la réponse de son ach'er­
saire. Le religieux finit par avancer des fins de
non-recevoIr:
(( Profondëment convaincu (lue les preuves qui
approuvent le sentiment de l'Église romaine de.!2~,:Y­
(
rent inattaquables }Jour la 1)Onne foi ëclairéc, je
fCj;once pour le moment il en donner la démonstra­
tion. » Plusieurs motirs l'cmp(:c1laicnt, parait-il,
d'entrer dans la controverse. Le (ll'incipal dait
«( (lU 'il avait réuni, u.n tJ:ès gl'an~, noml~l'e de dO~I­

ments sur la preÙlcatl l " •. 0' ns les


J1Gau es et qu'i se proposait de les publier aussitôt

plic~tionque Henan est un silflple impie, ce qui cst plus clair,


plus franc cl moins funeste, tandis que, cirez ~l. de Bl'O!!INII
~~ sent ce quel'lue chose de louche, de erh(Je. (Je 10 do"c.n , de furtif,

JI (c atare, e crnlcieux, en 10 'llISU ortal>le, qu'on appelle la


diminution e a vérité. a u t('I'~llon de la parole de Dieu. Ilien
plus encore que l'impiété de Henan. ceci l!st le mol particulier.
JJ l'hérésie propre de noll'e tcmps; cl j'écrivais derniérement à
'l,quelqu'un que le [,vre de ~l. de Droglie m'avait toujours paru. à

~
cause de cela, un livre J'J,P.I·c,5Ian IlC. Ccs beaux rncsslcurs-b,
voyez-"ous, . de DI'oglie, 11. e Falloux, ;'pp~rlicnnent bien plus
que Renan à la grande el'l'eur du lemps présent. Quand l'hisloire
résumera noire Siècle, c est d'cux qu'ellc parlera, et non de Renan,
car ils fonl époque bien plus que !!li, dans la gr;wde proc.!ill!0n
MI d'hérésies qui défile depuis que l'Eglise est au monde. » COlTeS­
J'J 110nJancc inéclilc, 1. Il, p. 260.
(1) Ret'llecle l'Anjou el du Maine, t. !JI, p, '218.
~IOI\T DE: ~L D'OI,O['\ïI-LI': (ii

apri~s lwoir terminé la rédaction définitive de


Ulis/oire de l'i'gllse du .lIaI/s, (Ill reste très
aVllllcée)) (1).
:\1. d'Ozollyillc ne deyait pas yoir ceUe pnhlira­
tion, qui tarda singulièrement. Il mOUl'ut t'lia fin de
janYier 1850. Il consl'ryajusqu'ù sa dernière minnte
!'a4mirable st~rénité qui ne l'ayaitjamaisalJllndonn(i
durant toute sa controYerse. Quallli il sc sentit près
d'entrer dans son éternité, il protesta de sa plus
absolue soumission il sa Sninte :\Ière l'Église, rl~ité­
rant qu'il désllyouait cc qui, dans ses recllerchcs
ou dans ses écrits, ne serait pas conforme il son
enseignement SUI' ces points d'IJistoire"f]u'il~r()~it
absolument libre0Il ajouta qu'il pardonnait de lout
c('('nl' il ceux qui, (lans Sa pokmiquc, lni ayaient
manqul: d'égards.
Le seul tod de cet lionnèle bomme est de n'aYlli,'
pas fait une "l':c!ame sufTis:lllte il son linc. \'omhre
de ceux il qui il eùt pu rendre grand seryice nc le
connurcnt pas, ct ses ennemis l'nterrèrent facile­
ment dans un silence de connntion tics objections
anxqul'iles ils ne Jlouyaient répondre. De nos jours,
les Le/lres l'estent encore nn des meilleurs travaux
de la controYel'se. 11 est seulement regrettable
qu'on ne leur ait pas réuni dans un nouyeau supplé­
ment les deux dernières, publiees pal' la Revue de
L'Alljou (2).
"
1

t
1
(1) Reme de l'.·lnjotl el dit Jlaine, 1. Ir, p. ~5D, Cf. Jbid., pa <es
lSï, ~5D, :J1l, :J80, du 1. li!.
(2) La leUre sur Sainl Jltliendl( .Vans cl/e JI a"!'J"ologe romain,
datée de Lmtl du 22 férrier '1858; ~l.Ia Dé{cn,se, datée du 15juillct.
f

(if{ L\ CO"'l'nO\'EIISE DE L'A POSTOLICITl~ DF:S I~GLISF:S

Pour les catholiques, le travail de ~I. d'Gzouyille


rcç,oit une valcul' tl'ès particulière de la profonde
religion de l'auteur. Sa foi éclairée lui a suggéré en
faYeur de la thèse historique des raisons de eonye­
nance (1) victorieusement opposables, comme argu­
ment ad ltomil/CIII, à nombre de ses adversaires
qui ont encombrl~ la CJuestion de considérations
d'une pieté toute subjective. De mème qu'il pouvait
r mener une controverse habile avec les protestants,
l,
i. il savait r(~pondre aux fidéistes. Il l'emporte
1 encore en cc qu'il ne tombe jamais dans le style
il
l' de pédant ou de sacristain, pns plus CJue dans les
) injures déYotes. li sut se gnrder parfaitement de
/,
l,
has moyens de polémique et de mauvais proc0d6s,
lJui assurèrent il plusiems de la réputation et du
Il1 succès.. 1
1\
li r Des légendaires entourèrenlleurs élucubrations
\' J
~ d'un appnreil scientifique imposant : rem'ois ft
;
d'innombrnbles volumes, longues citations latines,

i jargon specinl, immenses préambules. Ils posèrent


dans une at.titude gourmée, entassèrent cles démons·
II tralions boursouflées, annoncées longtemps à
l'avance, et, ce qui les préservait de l'oubli, fré­
Il CJuemment remémOl·ées. Hien de plus contraire aux
il
Cf. ilcl·tlc dc 1'..ll1jIJII el dl! .lfainc, t. III, p. '187 et 311. ­
M. Faillon n~·"nt demandé ~ Sole~mes des renseignements 5\11'

~
M. d'01.Ouvilie. dom GUl'l'<lngel' lui l'l'pondit: « C'était un homme
trinccrcrnent pieux, m<lis l'un des c~pl'ils les plus faux Qu'il fltt
PW'~ihlp rIe rencontrer ... ~l. d·07.ou7IrJe es! morl petl "pres avoir
publie son pamplile~auf] tlel U. Piolin ne répondit pas». L. Bertrand,
.lJibliol/r. :)tllpic., t. Il, p. 324.
l, (1) Cf. Lcttrcs, pages 7-9, 88-89, '13-1,256.

Il'

~l. D'OZOCYILLE ô9

habitudes de ~I. d'Ozouyille. Il ne sc donna jamais


pour un érudit ni pour un sanmt (1). La manière
trop humble avec la.quelle il parlait de son informa­
tion de bon aloi permit même il son adYCl'saire
d'essayer de l'écraser ayce une courte préface
en 18S6. Aujourd'hui celui des deux champions qui
parait le savant c'est l'auteur du petit livre, ct non
pas le contradicteur avec toutes ses yolumineuses
publica tians.
Telle était lajustesse du coup d'œil de ~I. d'()zotl­
ville que, dès le commencement de la controyerse,
dans sa première lettre, il décounit tout le fond de
la question. Les traditionnistcs avaient sans cesse
à la houelle, comme un sanglant reproche pour
l'école historique, le nom de Launoy. ~I. d'Ozom·ille
rcpondit : « Que Launoy fut un personnage pell
recommandahle, je le veux hicm ; mais Launoy
n'est guère qu'un nom dans cette querelle: c'est à
la critique des derniers siôcles qur; l'on en YCut » (2).
Et il en appela. tranquillement ct sans cesse de
(( Solesmes surpris à Solesmes mir;m,: informé ».
Quant aux dénigrements ct aux malheureuses

(1) « ,J'aurais grand lort de me po;;er en 5avant. .. Ma 5cicnce cst


uniCJuemcnt d'un tcmps el pcut-être d'un licu; Ic bagagc ne saurait
être lourd. » Leltl'c du 28 féHicr 'JS5/~; p. 2.
« Ce n'est CJuc dc loin en loin qu'il m'est possible dc m'occuper
d'aucunc recherche lillérairc .. , ~lon peu de loisir est une première
raison, - ,Je n'ai jamais désiré m'occli.per que de U,pogue ~lIo­
rene.,. » (Ibir/., p. 6).
« Je n'ai pas sous les yeux la célèbre lettre de Pline il Trajan,
mais si je ne me trompe, il doit en résulter, elc. » (Ibid., p. D).
(2) LCU1'CS, p. 5. .
iO LA CO:-\TROYERSE DE L'APOSTOLlCITf: DES f:GLlSES

insinuations auxquelles il avait été en Lutte, à partir


de cette (ipoque elles devinrent systématiques et
générales contre tous les tenants de la position
bistorir}\le, La France n'eut point le triste privilège
de cette persécution. Elle avait déjà commence à
( nome contre" l'illustre "archéologue Jean-Baptiste
Je Rossi, qui la subit la plus grande partie de sa
carrière. Et, par une curieuse vicissitude, dom
Cllérangcr fut son confident et son consolateur (1).

(1) Voici, en pii~ccs.i ustificati,-cs, quelques exlraits de la COITCS­


pondancc in,'dilc de ,f.-n, dc nossi i, dom G,"','anf;er : «.. , Il me
sp"" impossihl" d'éviler unc pel'p,'luilé de char;Tln tanlquc.ic Ecrai
,', Home, Si ramOllI' de ma merc et".eelui dcs monumcnls ne me
l'rlenait pas ici, .i" n'hr"silerais pas un instanl il rn'c~pall'ier cl
prolJalJlement la Fl'ancr. de,-icndrait ma palric électi\'e )J, Lettre du
I!l ao"'l'I~5G, - « L"s aOl'ersail'es olll'l'enl d0 temps en temps la
bOllche; le mol de ll10de chez eux, :llIjourd'lllli, n'eslpasquc~l.dc
Hossi ne fait rien (il faillrop), mais qu'il est l'alti" d0s protestants!
c 11ans I"s I,aules ré;;ions de la hir"l'al'chje eccltl§laslirwi' r.l dans
cel'!<Iins cercl0s, l'on ré-pcle, jii;-qu';i 'lc'pcrsu:H]pr'i,7;;ux qui if;no­
rpnl l',''lal des choses. celle accusation qui sernlJlc Je palladium dc
!lll'S ad\'0I's:,il'cs, " L0ttl'e du ~6 d(,cemhrc '1856, - l( I.c Cût,; d"plo­

l'al'\,, de cellr. guerre injllsle el mcsquine cst 'llle, ne POII\':lIll


pa" lll',tlla'l"el' SUI' le t<'I'l'<Iin de la ,cience, l'on ne cessc depuis dix
am; de Cl'01'cher or. 1"',,Uirer 'ur celui dc l'orthodoxie ct l'on n'a
"p"l'[;né aucllne finc5~c pOlir me COmpl'Olllcttre arec l'aulorilé
ccclésiasli<juc, )) Lclll'e dn ~;O juillt"t '1872,
CHAPITI1E V
(1859)

EXDIPI.E DE LA ~1.\:\lf:IlE DO:\T 0:\ .\:\TlnATE U:\ 1:: lï::C 1Il::.


IJO~I CIL\~l.\IIU ET 1:1::GLISE U'A:\GEIIS.

:\1. d'Gzouville faisait remarquer avec beaucoup


ùe justesse que, si l'on aùll1eltait les préteillions
des légendairos, il ne s'agi l'ait pas seulement,
comme ils le disent, de reconnaître la missio'n de
sept évêques et la fonùation ù'une ùizaine d'Églises
il la fin du premier siècle, mais bien rétablisse­
ment d'à peu près trente-neuf évêchés pD.l~n- \1 ".f?
quante et un missionnaires (1). La plus granùe
f!

)
)1 partie de la France aurait donc le d"roit ù-e pr6­
tendl'e il une foi d'origine apostolique, Un peu
d'habileté peut même faire participe;--ù cette gloire
ùes pays oubliés par les légendes. Il est intéressant
de regarder en détail par quels moyens ingénieux
on l'ecule un évêché de ùate récente ù une plus
pieuse ancienneté. L'Église d'Angers servira
d'exemple.

(1) La Iisle des Êglises qui revendiCJuent des origines apo'>lo­


1i '1.u es est donnée par J'ulibé Eugèn~t~~ard. Les O"igilles de
1'1-'glise cie Pa"is, p, 33-37, cr. lIussi L.-F, Jéhan, Examen Cl';­
tique, p. H4-H6. .' - - - ­
72 1..\ CONTIHWEnSE DE L'APOSTOLlCJT~; DES ÉGLISES

Elle possède un catalogue traditionncld'l~Yêques


f:1cile à yériGer et ù d:1ter il pul'ti,' du quatl'ième,
:\laurilius, mort le 13 septembl'e !153. li ne subsiste
aUCUI1 l'enseignement sur ses denx pl'édécesseul's.
Quant ilU pl'emiel' pontife, Defensor, il semble
qu'on doive le confondl'e ayec l\~Yèque de cc Hom
qui sc trouva présent il l'élection de saint ~lartin
de Tours en 3ï1 ou 372. Mais, qu'on admette ou
non cette identification, il est difficile avec trois
éYl:([uCS seulement avant ~laurilius de reportel' la
fondation du siège au-delà du milieu du l'_C siècle.
Que Dcfensol' ait été le prcmier éYl:que, les cata­
logucs le disent nettemeI1t : Prill/us Dcfi:nsor
episcopus (1). Yoyons maintenant comment un
légendaire, il qui cette originc tardiye, ces dates
sèches et approximatives ne peuyent suffil'e, ya
faire l'erriontel' cet évêché verS une ol'igine quasi

(1) Desl~:;[), ùans sa disscrtation sur lcs Origines de l'Lglise


rI' ,11lge)'s (lIeL'lie de l' :In jOli , mar,) <WWî Cham~ a coml,alili
l'"rg'ument dc~ Cat;i10trUCS : « S'il est nai dc dire cn général,
apl'cs de sa\'anls auteurs !jui l'ont prouvé, !jue les catalogucs les
pius complcts, sauf ceux dc 1'1::glisc romaine et de '1uèl'lUCS autrcs,
sont il pcu pres dc nnllc \'alcur, surtout cot\1mc prcu\'c négati\'(~,
!juclle forcc pcu\'ent a\'Oir ccux dc l'Eglise lL\ngcrs, dont IC5 plus
(
ancicns sont du Xl' au XII' siècle, et dont lcs di\'crscs copies sont
loutcs en désaccord? » (p, 322), Plus loin (p, ::Ji9), cct auteur
dresse contre Ics catalogues ar.g'evins un réquisitoirc où lcs accu-
salions rcstent trop \'agues et sans détails précis,
Or, pour les évèques u'Angers, on a un cataloguc du IX' siècle
!jui concorue parfaitement a\'ec les documents authcntiqucs; rt
un calal0true du x' siècle, composé par Archanald, diacre de
Tours, PCl'sonnage que uom Chamanl appclle, au sujrtu'une autre
". qucstion et bien mal à p.'opos : « Un homme ilLlèg)'e. qui se
feroit scrupule dc tromper sciemment le public)) (Les Vies des
Sainls Personnages, t. l, p, 43'2).

III
1
DOM CHAMARD ET l.:tCJ.ISE D'Ar\GEnS 73

apostolique, pleine d'édifiants détails sur les fon-


dateurs. ~
Le nouvel historien ~marjt sait que le

second évêque désigné, Epodemius, est mort « le


20 novembre de l'an 389 environ JJ. l'lais le prédé-
cesseur d'Epodemius, au lieu d'être le. primus
Defel/sor episcopllS, est un Defensor II. En 1851,
dom Piolin, pour allonger la liste épiscopale du
l'Ians, avait dédoublé l'évèque Turibe. A la suite
de quelques anciens écrivains, mais sans les citer,
dom Chamard pouvait bien trouver dans l'Église (.

d'An~rs deux Defensor (1), l'un vivant vers 372


- il n'y a guère de mérite à le dater, - l'autre
qu'il place au second siècle, voici par quel pro-
cédé:
Il existe une vie de saint Firmin, martyr et
évêque d'Amiens. Quoique personne ne l'ait criti-
quée à fond, elle est justement tonsidérée comme
suspecte. Cependant on ne peut s'étonner que .'

i
ceux qui c:'oient tout ce qui a été écrit avant le
XIIe siècle la déclarent authentique et incontes-
t~e. Or voici ce que nous apprennent ces
actes (2). Je les cite et les résume avec les termes

(1) La vogue était aux dédoublements. En 1850, do~.!jlra pen-


sait que « l'a'vis définitif» sur la question ~ n e «'pourra
bien être ») we l'Aréopail"fteçt9 un amre Denys au lU' siècle ont
évangélisé l'Eglise de ParIs (E.·tudes SUI' la corte<:fi.on des A.ctes des
saints, p. XL) Voy. plus haut, p. 51, le dédoublement du baptême
de Constantin,
(2) Du moins dans la traduction de dom Chamard. La leçon
admise par les. Bollandistes (tome VII de Sept., p. 49, A) est
celle-ci : « Posllllodulll el'go Lige"em t"ansiens f1uviulll ab
5
~
1
74 LA CO!':TROVEHSE DE L'APOSTOLlClTl~ DES f:GLlSES

1 du nouvel historien : Firmin fut élevé par


,1
H onestus, évêque de Pampelune, qui pensait voir
1 en lui son successeUl'. Il Dieu en avait disposé
i autrement. Firmin reçut du ciel l'or,dl'è d'aller
porter la lumière et la foi dans les vastes contrées
des Gaules. Il part, énngélise Agen et Clermont;
puis apprenant que la persécution sevit il Beau­
vais, il vole au milieu du combat. }Iais la charité
qui le pressait l'anète SUl' sa route. Après avoir
passé la Loire, il anive à Ange,'s et· y tl'om-e
1 Auxilius, évêque de cette ville, qui le retint quinze
1 mois. La moisson sem Lie rnùl'il' sous la main de
Firmin; il convertit par sa prédication une partie
1\ de la province à la foi de Jesus·Christ. » Et main­
tenant peut-on dater l'époque de la vie de saint
Firmin? Certainement, répond d~ard.

(( De docles cl récents tra.Yaux ont mis la ~olulion de


cello question il l'abri de toute alleinte sérieuse ùe la cri·
,Il tique. On a promé que sept principaux missionnaires,

III11\ l accompagnés de plusieurs ùisciples, ont été, il ccl eITet,


en \'oyés par saint Pierre ou par sainl Clément, ensemble ou
il dilTérenles reprises, il sa\'oir : saint Trophime il .-\rles,
saint Paul il Narbonne, saint Martial il Limoges, saint
i
Auxi/io Andegavilwe w·bis JJ1'aesule, al1no et u'ibus 11Wl1Si1Jus
fI in l'el'bo pl'aedicationis detentus est, ulii ma:rimam lla"lem
l' il/ius pl'Ovinciae ad cognitione11l l'edtatis el'angelica<! l)el'du:rit )'.
'1 Ce passage présente des \'ariantes, il tel point que d'aucuns lisent;
« Postmodum el'go Lige"em tl'ansiens {lumen ad allxililon
Andegal'inae Hl'bis, anno el t)'ibllS mensibus, etc. )) On le voit,
i l'existence d'Auxilius est problématique, Cependant, pour éviter
sans doute des inquiétudes il ses lecteurs, )'histol'ien des Sainls
1 Pe,'sonnages de l'Anjou ne s'occupe pas de celle bagatelle, pas
1 même en note. cr, Ile~'lle de l'Anjou at dit )!aine, mars 1859.

,1

il1
DOM CHAMAnD ET L'ÉGLISE D'AN GEnS 75

Austremoine ft Clermont, saint Galien il Tours, saint


Saturnin il Toulouse cl saint Valèl'e il Trèl'es (selon
d'aulres, saint Denys il ral'Îs) ... (p. 3'J,0). Il esl donc incon­
( teslable que la mission de sainl Saturnin de Toulouse sc
rapporte au premier siè~le.. _ (p. :Yd). Cc ~aint mar[yr a
done vécu avant saint Irénée, a"ranlle Il' siècle: il Cut d01/e
disciple et conlempornin des apôtres: nier celle conclusion,
n'esl-ce pas Cermer les yeux à l'hidencc de la térilé! Dès
( lors l'époque de l'origine de l'Eglise d'Angers e<t fixée,
puisqu'elle peut joindre son berceau au hel'ceau 1I1(\llIe
d'un conlempol'1lin de saint Salurnin. Sainl Fil'lldn fut
r élevé l2al' saint Honestns, djsci~ dc sainl Salul'l1in, du
\ ,-ivanl même de cc granll apôlre de 1 oulouse cl du nord de
l'Espagne; el lorsque, devenu grand. il ful revètu du
suprême sacerdoce, il vinl il Angers ... el le pelit troupeau
qui sc trouvait tlL'jiL sous la honlolle d'Anxilius, s'agrallllil.
se multiplia sous l'aclion "jvifianle de sa .sainteté cl de sa
parole, et pul atlcindrc ainsi au Lilre d'Eglise constituée.
lK C'est ainsi gue nons pouvons nous glorifie)' de loucher Il!lI'
J~lnos origines chrétiennes aux temps apostoliqucs : ct si les
barbares ont dtlchir6 Ics autres pages ûe notre histoil'c pri­
mitive, il nous est permis du moins d'cn consen-er cc
1 débris précieux ... (p. 3!.2). Si, an jll'cllIjer siècle, sainl
Clair a répandu la semence divine dans le diocèse de
Nantes, saint Julien dans le Maine enlicl', ct saint Martial
JI de Limoges dans toulc l'Aquitaine jusqu'il la Lorrë, Il Il'csl
pas possible qu'Angcl's, au ccnlre même ùe leurs opéralions
et ùe leurs courscs éyangéliques, n'ait pas participé il celtc
prédication générale et n'ait pas reçu de la main dc l'un tic
ces apôtrcs un pasteur zélé pour achever l'œuvre com­
mencée » (p. 342).

Malheureusement pour cette ar~mentation, elle


')
-
(
\
ne re~se pas sur une base solide. On n'a jamais
établi la datëde la prétendue mission de-s sept
évêques: L'époque la plus probable du martyre de
saint Saturnin est l'année 250, et pour saint
Deny,s, 286. La seule conjecture soutenable SUl'
ï6 LA COI\TROVEIlSE DE I:APOSTOLlClTl:; DES ÉGLISES

saint Clair le faiL mOlll'ir il une date encore un


peu plus récente. En raisonnant de la sorte, l'au­
.'_/"';'I,-P. teur suppose justement ce qui est en question.\IÎ
n'améliore pas le cas de son Auxilius q~alld\jJ\
s'ayise de rappeler paI' la suite Defensol'~IlJrouYe
absolument éyident qu'Auxilius et Defensor soient
synonymes. Cependant ne pouyant accorder il U!).
missionnaire de la fin du second siècle le privilège
d'nne longévité patrial'cale qui lui eùt permis d'at­
teindre le quatrième, il le dédouble très natmelle­
ment ct donne deux lIuméros, sans même justifier
son procédé. l\ulecteur curieux de l'enseignements
SUI' l'époque qui sépare les deux éYéques, voici cc
que dit le pieux moine:

« Après la mort (l'Auxilius ou Oefensor 1, le siège d'An­


gers fut·il occupé sans interruption jusqu'au \\" siècle '.' Le
défaut de monuments ne nous permet pas de rien an1rmer
il cet log·(\J'd. Nous ne \'oyons pas d'ai!lcUl's jusqu'il saint
,\polhème, succcsscur d'un sccond Defensor (ycrs 3i~),
qU'((lIC!1n dcs pontifes qui gouycrni:rcnt n:;glise d'Anger,;
ait mérité les honncurs du cullc public)) (1).

Cette argumentation renouve1<lit, sans le dire,


et ayec la bonhomie en moins, la thèse d'un "ieil
historien d'Angers, dom Barthélemy Roger (2).
Aussi les Angevins accueillirent-ils l'exposition
de la thèse du néo-Lénédictin par ui?éclat de rire?

(1) Dom Chamurd, Les Fies des Saints Pel'solmages de l'Anjou,


l. l, p.14.
u (2) Cf. Il. Roger, Histoj,'e d'Anjou, poge 30 (Rel'ue de l'Anjou et
de Mainc·et-Loi/·e, 1. 1,1852-185:3).
il
1
:1
'1
)1

IL'1
1)0~1 CHA~IAI1D ET L'ÉGLISE D'A!\GERS' 77

Le jeune auteur envoya à la J1ec'ue de l'Anjou des


explications rendues nôcessaires, il le reconnais­
sait,« par des critiques amicales jointes à certaines
appréciations sans dignité ». Sa lettre est remar­
quable. Elle se divise en deux parties. La pre­
mière considère dans son ensemble la question de
l'évangélisation des Gaules; la seconde en fait
l'application il la province. Il ne réclame pas l'in­
faillibilité de l'application - pOUl' sam'er les prin­
cipes, sans doute, sur lesquels il reste inébranlable.
« La diffusion de l'évangile au premier siècle, dit­

)I[il,~ les diverses parties des Gaules, mf',-p2.rait,


je l'avoue, inconte~!:.!:~le. De puissantes considé­
rations his/orieo-théologiques, que fortifient en­

I
core des textes nombreux et formels de toute la
) tradition catholique, ne pel'mettent pas d'opposer
J le moindre doute il cc sentiment. )) On verra plus
tard, quand il les publiera, quels sont ces textes
de toute la tradition ca tholique. Quant nux puis­
santes considérations dont il parle, c'est la dési­
gnation emphntique du fameux argument liturgique
déjà suffisnmment apprécié. Dom Chnmnrd avait
ainsi lâché le mot que dom Piolin s'était toujours
refusé il prononcer.
--- ._=-::;;;:':~=::=::====::::::::-:-
1
'1

CIIAPITHE YI
(1856-1865)

EXTE:\SIOX In:s Tll.\ \'.\ ['X Ü:r. '·:XIl.\11l ES. - LE~ 1l0LL.\ :\IJlSTES.
- L.\ COXTHOYEIlSE ,\ :\.-\:\1"E5. - I.ES Ü:(;EXIJES IlE\".\:\T
L'.\C,\DI~~IlE ilES IXSCnII'TIO:\5 ET L'AC.\DI::~lIE FIl.-\:\Ç.\lSE.

Le mémoire deca;n- Cham~sur les On:gines


de (Ji;glise d'Angers est un exemple très clair de
l'application du système k·gcndaire. De semblables
travaux furent exécutés dans toute la [<'rance.
A Mende, l'aLbé@Jïfllom!.cl,)ardent ultramon-
tain et promoteur en son diocèse du retour à la
liturgie romaine, s'eIT 'ce dans un écrit anonyme
d'établir, d'après ~r. Arbell que saint ~Iartial,
l'envoyé de saint Pierre, institua le premier évêque,
saint Sévérien (t). Un chanoine de l'endroit, l'al>Lé
,,-B~i0<int au secours de l'auteur. La thèse hist~­
rique était défendue par l'abL( Pascal§2).
A Périgueux, l'apostolicité de saint Pront est
soutenue par l'abb~Di.Q!0Pourbienmarquer

Il) O"igine de l'1:'glise de ."ende. - ( Il est il craindre qu'on ait


allir'é il Gabales le cl'lèbr'c {'\'èllUC S(~\'érien. de Gabala en Syrie,
contemporain de saint Jean Chrysostàme. ii Fastes, t. II, p. 51"
(2) Discussion histol'i(ju:J et impa>'liale sW'I'époqIW de l'etablis-
se11lent de la foi clmitienne dans les Gaules, '1857,
lil
'~

l~ 80 LA CO:\TROVEHSE DE r:APOSTOLICrTl~ DES ÉGLISES

~
r
la conn'exité de la théologie et de l'histoire, sa
dissertation sur ce sujet fut imprimée à la suite ct
continua la pagination d'une thèse latine intitulée:
De llomani pOllti(icis ill(aLlibiLitate commen­
tarit: (1).

li,l
Au Puy, la légende apocryphe du saint évêque
Georges est remise en, honneur pal' le vicomte
, c;briel de Fages de Clwullle~ il cite dom Guéran­
1

ger, en se dé~larant contre la cabale (( janséniste


tf et parlementaIre».
~ chanoine honoraire de Bayeux,
chapelain de la Visitation de Caen, essaye d'établir'
en trois brochures (186t-62) que saint Exupèl'P-,
premier évêque de Bayeux, consacré par les
apàtres 1Iartial, Denys et Saturnin, eut pour suc­
cesseur immédiat saint Regnobert. Exupère serait
mort vers l'an 78, et son successeur en 168, ùgé de
cent vingt ans, il l'époque de :\Iarc-Aurèle. l\'atu­
rcllement, à cause des persécutions, l'évêché de
Bayeux resta vacant jusqu'au cinquième siècle,
Ces fantaisies furent réfutées pal' ~L Jules Lair.
A Amiens, Charles Salmon trouva plus simple
......--­
(-1) Périgueux, 1858, - P. Dion, alors professeul' au grand ,,"mi­
naire, était le porte-drapeau de l'u!lramontani5mo. 1\ mourut hOl's
du diocèse, dans une sorte de di~gr:ice, lai5sant la r"putalion d'un
homme instruit mais passionné. Il fut l'auteur d'un cours de
liturgie, d'un cours de prédication, el de trois traités De Ecclesia,
De 171camalione et De Gmtia, Pour l'aposlolicit", il n'avait fait que
reprendre la thèse du récollet Jean Dupuy : Estat de l'église de
Périgueux depuis le christianisme, 1629. En1811, un Périg"ourdin,
l'abbé Audierne, rééditant cet ouvrage, en avait combaltù dans des
notes érudites''les sentiments légendaires.
E:\1'E:-'-SIO:-'- DES 1'RAVAC:\ utûENDAITIES ~l

de mettre cn ceUYl'C pOlir l'histoire de son diocèse


les arguments de dom Piolin et de ~I. Faillon que
de disséquer les incohérences de la légende de saint
Firmin.
Un peu plus tard~ncent DonaJ)reven­
Jiqua ct célébra, en prose ct en vers, pour sa ville
de Oeaucaire, l'honneur J'avoir été évangélisée par
saint Sixte, qui se rendait à Reims, envoyé par
saint Pierre (1).
Les (;ruditsJe province tra\-aillaient chacun selon
son genre. Les uns dissertaient d'une manière
~N critique; les autres, estimant l'histoire janSéniste
J~' complètement JiscréJi téc, sans se mettre en peine
de prouver les saintes traditions Jont l'authenti­
cité, d'après eux, ne pouvait plus être contestée,
s'efforçaient de les mettre en belle lumière.
Quelques-uns, sans doute par condescendance
pour un temps où les vérités sont diminuées, esca­
motaienl, bien Jes miracles. La crédibilité de l'his­
toire elle-même leur semblait augmentée par ce
prOCédé, qui se réclamait de grands exemples.
« ~I. l'abbé FailIon, disait un lraditionniste, il dépouillé
la légende desainle ~Iarje-Madeleineet de sainlLaz.ared'une
bonne partie de son merveilleux: il la fait venir prosaïque­
ment il ~larseille dans un bon navire il voiles el it rames,
COlllme aurait pu Je faire n'importe quelle autre femme de
son époque. el ainsi du reste. Si c'esllà une défaite, on peul
bien dire: « Heureuse défaite! ») car le lriomphe dubon sens

(-1) Documents historiques. T"adition locale Sil" le séjour de


saint Sixte à Beaucail'e, par Jean-Vincent Donat, juin '1869,
in-8, Tarascon, Aubanel, 36 p. Les pa.ges 5-8 sont en vers.
5.
1
82 LA COl\TROYERSE DE L'APOSTOLICITt': DES ÉGLISES
fi
~
ct de la vérité sera toujours un bonheur. et le bras de Dieu
oc pal'ailra jamais afTaibli au point qu'il soit utile de lui
prêter de faux miracles 0) ».
!
1 Cette argumentation semblait une trahison ft des
légendaires intransigeants qui, sans rien vouloir
Il distinguer, recevaient toutes les traditions du passé
~I et les compilaient pour l'édificntion de la postérité.
~ Le chef-d'œuvre de leur manière, durant cette
période, semble être la Vl:e de -!aillt Frol/t, le
fondateur ùe l'évêché ùe Périgueux, Les titres des
èMpitresse~l~ suffisent à l'enseigner. En voici cles
spécimens:

Chapitre 1. Comment saint Front était de la tribu de


Juda et comment il fut choisi par Notre-Seigneur Jésus­
Christ.
Chapitre IV. Comment saint Front ct saint Georges arri­
vèrent il ilolsena, ct comment, sainl Georges étanl mort,
sllinl Fronl le ressuscita.
Chapilre XXI. Commenl sainle Marlhe mourut, et com­
menl sainl Frontassisla il ses funérailles avec Notre-Seigncur
,Jésus-Chrisl (2).

(1) ncêolom~, ];'tudes ,'elig.,JS77, t. Il, p. !~91. Mg~


qui a la~ Œlgariser le traditionnisme ct Je rendre accep­
table, s'exprime dans le même sens: « Si une élude attentil'e des
origines chrdiennes ne permet pas de douter que de nombreux
miracles aient signalé la prédication évangélique dans les Gaules,
ce serait faire preuve d'une cr('~dulité extréme que d'admettre tous
les faits merveilleux rapportés <fans les J<'gendes des premiers
apôtres de ce pa)'s. Il est évident que le travail de l'imagination a
dù embellir plus d'une fois les données traditionnelles, etc., etc.»
Saint j,'énée, p. 71­
('2) Vie de saint F'·ont. p,'emie,' évêque de PéI'igueux, par
-M, l'abbé Per!:gt, curé de Terrasson.1 vol. in-S, Périgueux, Auguste
Boucharie, 1861.
Il parait d'~illeurs que cette littérature ne s'était jamais perdue
EXTENSIDN DES TRAVAt:X LÉGENDAIRES R3

L'auteur de ce travail a été qualifié de savant


par un membre de la société académique du Puy.
en-Velay (1).
Les applications de la thèse générale étaient
admises d'emblée dans les renes cléricales (2), les
cours d'Histoire ecclésiastique, et les volumineuses
Histoires de l'Ég)ise éditées à cette époque, moins
remarquables pal' leur critique que par leur zèle
pour les doctrines dites romaines (3), Des auteurs,
qu'on aurait pu croire réfractaires à l'influence de
la mode ou au sentiment de l'enthousiasme, comme
(i[ ~amo.!Ù4), le curé de Saint-Sulpice, favorisaient
le système. Les apologistes et les controversistes
de carrière ou d 'occasion s 'appuyaient dessus comme
sur le terrain le plus solide. Dom Guéranger croyait

chez les p,"rigourdins, ll'après ce 'lu'il raconte, Andr,', La\'ertujon


apprit ~ lire dans une histoire de saint Front qu'aurait pu signer
l'abbé l'ergol. lt r~,rmi les circonstance, cxtraordinaires de la \'ie
de saint F,'onl, c<,llc-ci nous fl'appail plus que les autres: exilé
dans un d,'sert, non loin de Périgueux, par le proconsul Squirius,
Front alh.it périr d'inanition, quand le féroce Homain, saisi de
remords, lui en\'oya des prol'isions charg,"es sur soixante·dix cha-
meaux, aulant iJue l'apôtre anitdediscip!es, Ces chameaux, ch<'mi-
nant sur les bords de notre l)ordo~ne, nous r~l\:issaien t et nous
enorgueillissaient. - ~Ionsieur l'abu,', pourquoi n'y a-t-il plus de
[ chameaux chez nous? disions-nous, - C'est iJue nous a\,ons cessé
de !t>s m,',riler, r,',pondail l'abbé )), La CltI'oHique de SU/1Jice
Sévèl'e, l, Prolégomenes, p, X X111. '
_ (1) Aposto/ici!1i des l~'glises, par ~!.~ p, '10, nom
( PioÙlNaisait cas de la science de il!. Fru~ere (Cf, Revue du Jfonde
"--mmo7:ique, t. XXX VII, p, 3Oi),
• (2) r\olammenl. dans la Revue des Sciences ecclesiastiques, les
J:.,'tudes Rl1ligieuse.<, 1a Rel'ue du Monde Catholique,
J!bTa@Ris!oi,'ede l'f.:glise.catholique en F,'ance, l. ] ('1862);
arra~, Ristoi)'e génél'ale de /'Eglise, t. V (1865).
mans son Histoire de Notre-Dame de Fmnce ('1861-1864) .

. -
~! LA CONTl10VEl1SE DE L';\POSTOLlC1TÉ DES ÉGLISES

bien avoir porté un coup décisif à une thèse du


prince de Broglie par cette observation: « Qu~
Platonisme que l'on étudinit à ~Iarsejlle et il Lyon,
pnrce que In lan""ue ""rec :viltnit cultivée dans ces
\ ~s, Je oute (lue, pour ~Iarscille en particulier,
il ait été npprécié comme un secours par saint
Lazare quand il yint pr&cher la foi. Cn homme
l'essuseité n'avait guère besoin de fnire appel aux
l;coles de ln Grèce pOUl' obtenir l'attention des
nuditeUl's (1). » On vit même paraitre (2) un livre
intitulé: Défense da Cltristiallisllle ail point de
f l'ue dc l'origillc apostolique des prillcljJalcs
)I \i'gliscs de Fra lice. L'épigraphe portnit: « A ltaquer
le caractère apostolirlue de la mi:::sion du christia­
nisme dans les Gnules est plus qu'une prétc/.IJJon
I( historique; c'est une t~mérité religieuse ». Cet
oUHage était signé d<!.. epelletier dé la Sar@ de
1'1\cadémie de médecine ct auteur des Systèmes

il social cl péllilellti(lire.~Tant de passion chez un


lnïque étonne': On peut imaginer celle qui trnnspor­
i tait lèS partisans de la réforme liturgique pris du
besoin de défendre le bréviaire romain ct de déni­
1
grer les corrections faites par les évêques français
ill aux légendes de l'office (3).

IIl~
(1) Essai SUl' le Natllralisme (1858), p. 351.
(2) Paris, Palmé,!§90.
(3) Voici un exemple: « On 'le s'est pas contenté ùe su~er,
,-.1) ( d~.~le nouveau nrévi.aire-1i!....k[~ '.:9mainu.e sainte ~Iarie­
, e Maderëine... On a encore elTacé son nom de la prose des Morts.
AiîiS..-rexiseait la satne Cl'iliqlle... Mais tout récemment, un
"
1
!
m. savant sulpicien, M. Faillon, a mis à néant cette fausse critique
qui s'impose environ depuis deux siècles il l'Eglise de Fran~e, et a rI11 ri,
n
i
LES nOI.LAl\DISTES 85

Enfin le t!:iLunal de critique ecclésiastique le


plus estimé~s Bollandist;s, sc laissèrent entrainer
enx-mêmes.
En 1853, le père('JQsCJlb Yan IIec[è:lPuH l'ounage
de ~1. Paillon dans le tome huitième d'octobl'e de
leur recueil. Il reporla la fondation de l'éyèché de
~ Trèves au p~1ier
sitcle, sans toutefois oser l'ec;n­
naitre naban-~laur pOUl' l'auteur de la Vic de sainte
~lade \cine (1).
En 1858, dans le tome neuvième, à propos de
l'apostolat de Salomé que des Italiens, des Espa­
gnols, des Proyenç'aux, l'éclament rcspectiyenlCnt
pour leur pays, il fallait Lien s'expliquerdanntagc.
On sent encore dans la manière dont la question est
traitée par le père Bossne une juste défiance, mais
il est clair qu'il témoigne beaucoup de considération
ponr la compilation tout entière des MOlluments
[
inédits (2).
'( En 18G3, la chute est consommée. Dans une
étude aLsolument légendaire snI' saint Front, le

i nab an, el il a
(Jir» (3)!
pp;:lJe~I.-F
pèrUQ!l Hecke admet l'authenticité dur Pseudo-)
ailla n " doctiss;,o "S
.

i éLabli p.r une dc'monstraLion ~ans r,"plique la It'gilimilé d.eLLr:~s.li­


, tl, J1 lions provençalcsconsa~l'l'cSP2!' Glilur2!;,!.omainc Il. Des Iillll'gies
l (l'an .aises cn é"ùal cl dc la lilw'gie n01'1llallde en pa"liclllic'"
par 'abbë r ourdin Paris, Lecotrre (1856), p. '1'18. cr. LJeu.rihllc
lcll/'c de om Guéranger à )lgr rill-Ct.
(1) ,\cl. SS. Oct., L VIII, A : " Ne VCI'O po rI'O ilabanllnl admit­
tam planc allctol'cm Yitae S. MaI'jac JJagdalcllac aliqui mc
"etinent sCl'l/pllli ».
(2) ibid., L IX, p. 445-456,
(3) ibid., t. XI, p. 394·399.
R6 LA CONTnOVEnSE DE L'APOSTOJ.IClTÉ DES };GLlSES

Les ad versaircs du système légendaire deve­


I1nient rares. Les ecclésiastiques qui n'étaient pas
doués d'un tempérament de polémiste ou~qui crai­
gnaient d'irrémédiables disgrùccs :n'osaientpro­
tcster. Peu dc laïques (1), par ailleurs, sc trouvaient
préparés à discutel' une qucstion si spécialc
d'histoire religicuse, Quclqucs-uns se sont laissés
allcr à des concessions qu'ils ont rctirées plus
11 tnrd, tel Arthur de la Borderie, le futur historien
de la Bretagne.
\=­ En 1856, une commission liturgique nommée par
l'évêque de ~ poU\' réformer lc pl])pr~du
diocèse, fut amenée ù traiter des origincs de cettc
Église. Sous l'inlluence des trav.lUX liturgiques du
~Ians et de Limoges, on conclut à l'aro~.1Q!i~Y~ ; '\
on déclara s.aint Clair, le prcmicr évêque de Nantes, J
compagnon et disciple dircct des apaLrcs. La
commission, par l'organe d'un de ses membres,
l'abb~, supérieur des missionnaires diocé·
. sains, appuyé de l'ab~, aumônier du lycée,
exposa ce système devaut le CongrèS archéologique
( 'lui tenait ses assises à ~antes(3). L'annéesuiYUnte,
elle publia poU\' le soutenir une dissertation dans les
Jlissae et officia propria dioecesis Nannetensis.
Au congrès de 1856 et, plus tard, dans l'Annuaire
historique de Bretagne de 1861, L ~ eut
'). .. (1) Parm) les laïques qui résistèrent a"ec di~n if;;
il rentra.incment
• r légendairlil raut ciler!>1. .Jules Quicherat, direcleurde l'Ecole des
Ch;lrles, el ~~, membre ac la Société rl'an~'aise d'archéo­
lo~ie el ancien conseiller il la cour de Douai.
(2) Gong"ès a,-chéologique, 1856, t. XXIll, pp.i2-50.

~-'--~
L'ACADbuE DES IJ\SCRIPTIO:'\S 87

le tort de sc prononcer sur la question sans l'avoir


étudiée ailleurs que dans l'exposé et la dissertation
de la commission liturgique; aussi, tout en faisant
des réserves, accepta-t-il comme possible, probable
même, l'existence de saint'Clair au I"r siècle ou au
commencement du Ile. - L'adhésion était bonne et,
vingt ans après, bien que son auteur mieux informé
se fùt rétracté par la parole et par la presse, l'abhé
~ devenu chanoine, dans une brochure où il
eXllosait carrément, sans aucune réserve, le système
de saint Clair au 1er siècle, enrolait encore le savant
correspondant de l'Institut parmi les soutiens de sa
propre thèse (1).
Ce fu~l'Académiedes inscriptions et IJolles-
-
lettresS'qui sauva l'honneur de l'érudition française ---
en [i';fligeant périodi uoment au parti de sévères
humilintions. Quan Ravenez résenta au concours
de 1858 ses Origines des Églises de Reims, de
\1 Soissons ct de CltâloTls, approuvées par l~­
naI Gousse le rapporteur Paulin Paris disait à
ca cmle : « Votre commission déclare que les
moyens d'argumentation employés ici ne sont pns
à son usage ». En 1862, dans son rapport sur un
ouvrage qui avait obtenu une mention honorable,

(1) La Borderie prolesla dans la Revue de BI'etagne; voy. appen-


dice J. - Parmi les principaux apostolicistes de N'anles, il faut
citer dom,flairJ(L'APostolat de saint Clair, 1880) el M"r Richard,
vicaire génera de "'antes et archevèque de Paris (i:t~ la
légende litw'gique rie saint Clai>', 1885). - En 1869,l':T'éha'b. ren-
voyait aussi à La Borderie pour les preuves de l'apè'SrolTéilé de
l'église de Nantes (Cr. Examen critique, p. 1'14).
SS LA CO"TIIOVEnSE DE L'APOSTOLICITI:; r)f:~ )~GLlSES

l'lJisloi,,e de sainl Fi"min, p ~ , yice­


président de la Socidé des Anti<]uaires de Picardie,
Alfred ~rnury ne s'exprimait pas pills fayora­
blement.
, ~
(( Les Eglises, concluait-il. ont cu leurs ..l!rl'tenlions
rXilgl'fées d'ant'r ilé,s-colllme jadis les nations, les l':g-yp'
liens e es Chinois par exemple; ct les principes préconisé'!'
p;lr ~1. Salmon ne nous condniraient 'if rieu moins qu'ü
Il acceptel' toutes les tl'adilions rnythedogiques dont1l's orig-i­
( nes de l'histoire ancienne sont enYClnppl'cs ..$, ~l. Salmon
dépense taule son él'udition i~cornlJallre cc qu'il apprlle de
grandes et fl1nestes errcur<'et il est bien près de Mclarrr

~
Ï1-!lllie celui qlli sc refuse ü croire fïlïC::(iint Fit;nii--na'élé
martyrisé rn l'an 101. enveloppanl dans une comlllunr
c"(md~mnalJon cl dôm Huiual't ct Lenain de TillenlOnL La
Commission donne drs éloges ü cc q n'il y a de \'él'itahlelllent
scientifique dans le line de ~l. Salmon; clic fail pl'udem,
Illrnt ses réserve;; ponr lout cequi trahit des prl'occupations
étrangères i~a scienct (1), »

Les traditionnistcs Ile paraissent point ayoir


compris tOllte la portée de pareilles leçons. Voici
comment don~s'e_nexpliquait, en 1859,
dans une lettre pflyée il ~I.Q.rbill.9l, alors curé de
nochec!Jouart.
(( Quant ü la question des onglnes chrétiennes de la
Gaule, je ne suis pas surpris que ~DI. de l'Institut n'accep­

(1) Ra7'POI'I. p. '126-127; Salmon essaya de répondreâ~ry


dans HechC1'ciles SlP' l'épofjtlràëla p"Mira/ion de l'ét'angile dans
les Gaules e/ en Pican!ie cl sW' le temps du nlal'/y,'e de saint
Fi"min, pl'emic,' éVI'que d'Amiens el de Pampelune, en "éponse
ci un RapP01'I de .'1, A If>'ecl Malo'y et ci un Discow's de;\f. DI/fol/I'
(;\Iémoires de la Société des Antiquaires de Picardie, t. XX ("1866),
p.351-603),
LETTRE DE D. Gt;ÉRA:'\GER 89

len t pas YOS idées. L'Académicien est immuable de sa nature.

Laissons-les dire; mais si l'occasion sc présente comme il

votre Congrès de Limoges, ne les laissons pain t saus répliflue.

Ces honnêtes gens s'imaginent flu~ le dernier mot esL dit sur

ces questions, èt je gage flU'il ne les on~ jamais éLlliTIZès pill'

J( eux-mêmes. La man ie du@p' sièc!è>csL Je. principe. de

toutes leurs roclomontades; mais c'est une chose curieuse


flue ces hommes si Hers de leur soi-cl'isant libôralisme s'~bs- J
JI linent il vouloir arrêter le rOo"rès de la s.cicllCe_criIi ue.
1 OUI' eux _auno y. ct i emont ~ont~s co~onflÇ.~ll'1.~!cule, JII
ct ils croient avoir tout dit quand ils nous ont exhibe leur ~
)1 solennelle qualification cie lf(fende. Tout cela est parfail.e­
, ment ridicule; car enlin clans les origines profanes elle \
1 enLre bien aussi en ligne de compte, cL d'aillelll's nous ayons)
) 1 autre chose que la légende: les monuments, l'analogie etle

bon sens. Ils onL avec eux"tln pauvrediable d'abbé Pascal qui

r
nous a don nu un échantillon -(1ê' sa science archéologiqlle

claM les Illstitutions !le Ltr!; chrétien. Cc personnage sc

clonne heancoup cie mouvement; il fait approuver son


manuscrit par 1\1. Lenorl11ant. flui assurément ne l'a point
lu. Quoi flU'il en soiL, 1\1. Pascal écrit cie toutes parts contre)
nous au profiL de son Ca/Hl/UnI Christirmlllll ('l), ct je ne
suis poinL étonné de le \'oir accueilli par M. Paulin ~aris ct)
par M. de CaumonL, dont les tenclances, science il pal·t, sont
. tout naturéTTément acquises aux thèses les moins fa\'orables 1
pour les traditions chrôti~nn.es. Je rrgretle de n'an)ir pas l'
( une minuLe il moi. car, assurément l'lin. allcnce m'cnlrai­
nerail ans a 1ce; mais la cause est parfaitement entre vosJ
nlall1s, ~1. le enre, ct je m'apprète il lire avec une grande

"h
joie votre motion dans le Congrès de Limoges (2). ,Je crois
qu'il sera bon d'aborder les iJucslïOlls gén.é.rales sl"ïr'la
( cdlfque' et de proLester cOI1Ire l'immobiIifj,JpIlL.exccplion.
l ~s
\ nelle guc l'on prétend imposer à celle science dans j'ordre
(les faits historiques relatifs h la religion. Sur lout allt~e
point. on esL a.Iid~e .fl.9!!nées; on pro.fite de tOlJt; on ~

(1) Voyez Appendice l, Province d·Albi.


(2) Le tra\'ail présenté par Arbcllot à ce con~rès a été imprimé

(" dans le tomel! du Compte rendu, pp. 136·213. et il p:lrt: Documenls

" inédils SUI' l'aposlo/al de sainl Mal'Iial.


00 LA CONTnOVEnSE DE L'APOSTOLIClTÉ DES ÉGLISES

\] considère tout: Iii, au contraire, il est défendu de soup('on­


) ner même que les devanciers ont pn se tromper (1). ))

L'incident le plus remarquahle llui eut lieu au


Congrès scientifique tenu il Limoges en septembre
1850 fut un aveu de l'abbé Arbellot relatif il l'auto­
--=­
rilé des décisions romaines ohtenues ~r les
propres dIOcésains de Limoges et du :\lans. Les
JlLadilionnisles en ti'-nient des eonséquences exoc­
bitantes. Obligé de s'expliquer, l'auteur de la
Dissertation le fit dans les termes suivants:

« Quant il la décision de la Congrégation des Hites ct au


décret du pape qui rccolinai~sent il saint ~Iartial le clilte
d'ap(ltre, je n'ai pas prétendll ùonner <'L celic ùécision une
ralcllr dogmatiquc. mais sClllcrncnt unc autorité scienti­
fiqne. Le tribunal de la Congrégation des Hites. composé de
seize cardinaux, a sériell:'elllcnt examiné la qnestion : le
promoteur de la foi prétendait que saint Martial ne devait
pas jouir du culte d'apôtre, aliendu que, d'après Gd'goire de
( Tours, il n'avait rc~'n sa misôion qu'au III" siècle. L'avoC.l.11
dc la cause de saint Martial a rNuté ces objections, ct la

~
COngrl,gallOn ~Jcndu. CILllITcJlr du cu1lc d'apôtre qu'on
I2cu.L rcncl!:.~ il saint ~lartiaL une déCision que-Pie IA'a
1 confirmée. Assurément, yoil<'L unc auto~Hé considérable; il
) eôt nai qlil!'i'Académie dcs InscriDtion~ il propos d'un lilTe
L de jl. Havc'lcz sm les orig,ines de l'église de Hcims, a pro­

~~

COI\GRES SCIENTIFIQl:ES 91

noncé sur celle quesl.ion un jugement contraire. Mais j'ai


publié, dans l' Linirrl's, en réponse à :\1. Paulin Paris, une
réfutation, qui me parait péremptoire (1) Il,

Bien que l'abbé Arbellot ait reconnu lui-même


, que la décision liturgique en question'''ne pouvait.
! J avoir de valeur,~ elle 'continua il recevoir une int.er­

prétation cert.ainement imprévue de ses auteurs et.


compromettante pour le Saint-Siège (2).
Dom~éra_nger n'intervint. point dans la cont.ro­
verse publique, malgré les désirs et. l'attente de
tous les int.éressés, Le bruit. avait couru qu'il sc
rendrait. à la séance de l'Institut. des Provinces,
tenue il Paris le 17 aHi11857. On répéta plusieurs
fois qu'il prenùrait. la plume (3), Il n'en fut. rien. Il
s'en reposait. sans doute, mais bien il t.ort., sur dom
<-- Piolin.,
.-. A force de produire, de dissert.er ct. de répder,
les lég-en~es, SUI'lout. il partir de 1855, firent. de
bonnes recrues, L'une f~t.'4i!g'Ust.in Thierr~<i).
Plus tard, en 18Gl~n PUI'i§>rééditant 1'1/isloirc
"
(1) Congres scie'llijique, :!O' session, t. I. p. :!SO. La question
. continua d'ètre traitée dans les congrès . ntiliques. A cclui ~ui
{ fut tcnu il Bordeaux cn septcmbre -iSOl, ',,'cnCl préscnta un Essai
1 sm' les Ol'igines l'eligieuses de BOI'cI cid quelques "l.'illes de
\ l'Aquitaine. Voy. les observations d éonee Cou ur sur cet Essai
dans la Re"l."<e de Gascogne, t. Vil (lSOo , pp, 47-119.
(2) Voyel, par excmplc, l'argumentation de ~<;) dans O,'igines
de la foi cil l'étienne, p. 33.
(3) L'abbé Pascal écrivait: « Un nom cher à juslc titrc aux "mis
dc l'unilé liturgique, m:\lgré certaines exagérations qui lui sonl
familières, sera invoqué, cll'ona déjà dil qu'il va se poser comme
; défenseur de la L(;~ende dorée: l'honneur du catholicisme sera
( mTsen-}eü--;-ëïë.-;n·i~~ussion histol'ique et illlpartiale, etc., p. 91.
(1.) Voyez Appendice l, Thierry.
02 LA CONTTWVEfiSE DE L'AI'OSTOLICITI:: DES ItGLISES

.lilféraire (1) cita très favorablement les noms de


~ ct ~ abandonnant l'opinion de
1 dom !livet sur l'établissement du christianisme
\ dans le~ Gaules. Les traditionniste:> appelèrent
f( crtte adhésion la connrsion du savant Paulin
I(
) Paris n. Malheureusement pour eux, le néophyte
!}I
n'eut une foi ni très ferme ni très nette. Il donna
hientôt des éloges aux deux partis, en distinguant
très il propos ce qu'il n'ayait pas remarqué lors de
« sa conversion n : que la question de la prédica-
J - tion d-y chl',istialùsm<~iff~~e) de celle de l'organi­
sation des.Eglises. Il finiT par rentrer dans l'école
historique (2). I\éanmoins sorf=:"adhésion momen­
1 ! t1 ~t fut, comme celle 9'Augustin Thierry,"cité'e
jusflu'it la fin du siècle'par les légendaires. On
ignore quelle autorité spéciale ils povyaient atta­
cher il l'opinion de"ces deux savants opposés sur
la question ii"'la très grande majorité de leurs
collègues?
Les traditionnistes rencontrèren~plus de faveur
il I::\.cadémie f,:ançais~orda~,_.')~·auteur .de
1[ Sawle jJfad~lellle (1860 et de la VIC de salllt
Dom ill ique (184.1), ( 1~12.t(J lemb ~1l l'auteur des
Moines d'Occident (18G - et de l'Histoire de
saillte i;lisabeth (1830), leur iémoignèrent une
bienyei!lance}rès explicable pa: ~eul._tem~t-
l'omantIque et leur manque de cntIque: Mg upan-
IID
• c) .

(1) Tome 1, p..1.M, note XXII.


(2) Cr. Lellrc de P. Paris à l'abbé Verger. Voy. Appendice l, Paris.
~- ~ ~-------:- --------~,~.-

D f:~ÉDICTI1\S ET SCLPICIENS 93

~')se rangea naturellement ùe leur côté (1). En


'-4~fâux, ils firent surtout honneur ùe la réyolution
qui venait de s'accomplir dans la critique ecclé­
siastique au « vénérable sulpicien Eillll.-"nor.
Les ultramontains l'attribuaient de préférence aux
«( savants bénédictins n, -.A cette heureuse époque

tous les sulpiciens étaient Il vénérables )J, et tous


les bénédictins étaient Il savants )J.

(1) ~Jgrf)up3nloup,leltre :IGbbé CochaI' ' p,'oposdesa Lrochure


sur Saint Allill, l"'ClllieJ' t!rl:qlle " cans (18ï2), • La science
pIus approfondie ct surtoul plus impal,tialç de nos eonlcmI'.2.!:..ains
~J ( J fait just,iee dc celte ;"IUf!ri'C
pl'dCnduc, elles l"aram si .remarqua­
LIés cl SI remarques tt t\',,1furaLle Sulpicien, ~l~n, ont
suscit" pourtant des c'crirains qui, aux applaudissements de la

I~
Franee ealholique cl sa\'anle, on.l relldu:, nos t;'ran. des j::gliscs leurs
litres tle noblesse. ct .. cmjs en possessioll de l\lllOfilolicilé celles de
Marseille, d'Arles, dé r\ar'bOnriè', de Limoges, el d'~es encore, »
CHAPITnE VII

(18GO-18GG)

LES LJ::CE:->DES A LA 50 Il 110:->:-> E. - LES l'ETlTg 1:IlLl•.\:->IlISTES.


LES IIELlQU.\)IIES !JE CIL\1l1l0UX.

{( Jl1usion volontnire et illusion intéressée », tel


est le résumé de ln plupnrt des travaux d'érudition
publiés par les ecclésiastiques de France au com­
mencement de la seconde moitié du XIX C siècle. Ils

~
s'imaO'inent q'u'ils ont reconstitué une histoire con­
~ .
fessionnelle qui est 1'l11stou:e:- simple et vraie, ct
qUI venge et prouve toutes les opinions théolo·
giques alors en faveur. Le clergé dcvient de plus
en plus affirmatif et de plus en plus autoritaire,
poussé par les événements à prendre cc rôle. La
terreur du passé révolutionnaire, l'e~roi de l'ave­
( nir démocratique, font considérer l'Eglise comme
un puissant pouvoir conservateur, et ce pouvoir, à

IJ Ilqui la politique fait des avances, semble désireux


d~gagneJ:.J~position.!.perdues, c'est:à-dir~ -~~
Igue trois siècles de critique on_t d~uit du système.
P
du mo)"en âge. Les légendes apostolicistes parti­
cipent naturellement à ce mouvement de'" réaction.~
« Plus la science historique, dit à la Sorbonne
gO LA CO:-;'TROYERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

l'aLM Freppc1, plus la science historique fait des


~ progrès, plus elle s'écarte du sentin.len. t adopté au
~ X\îIl C siècle par l'école de Launoy rou~e rappro­
· cher de la tradition constante dë; Églises de

Ni F~sur l'époque où vinrent leurs premiers fon­


ùateurs (1). » Et l'aLLé Fr;,gE.el aùmet le système
légendaire en reconnaissant authentique tous les
~1 Monuments l~Jlédits etïÇ~gitisrne de saint
r D~nYsl:2), -
Lè triomphe des légendes s'alTirme ct se yul­
garise de plus en plus. Elles sont restaurées
Jans les Yies--ges sain~ft l'us,age de divers dio­
J1 cès~ (3); elles passent dans l'hagiographie d'un

ordl'e plus relevé et plus ~néral!Jîotammentdans

,JI(--' => ~t la lameuse publication de i\I Paul Guérin ~s

1) J)ëïZIs BollaruZ-istes (!i)~Enes enva 11Ssent toutes


~ é n é e , p. ô9: cours professé en -Iseo·ôl,
(~) Ibid., p, /~7 sfjfj. - L'ahbé Freppel dans l'bisloire, comme son
colll'gue !'"bbé ~~_~!.sE2~_n dans r~e, est un des beaux e~ernples
des illusions intéressées, il celte épofjue. On peut éludier avec
(ruit, sous ce point de vue, son Origène, 113 sqq., 1:>8 sqq,
(3) YOj'ez, par exemple: Vic des saints à l'usage du diocèse dc
Rode:, choisies ct "CVtlCS par ~r. Abl~, vicaire général (Rodez,
[ Carrere, 185~, in-1~, XII-~08 pp'l';-et l'ùuvrage bien connu de
dom Chamard, Lcs Vies dcs Saints PC1'sonnages de 1'~1njoll.
(l~) ~lgr Guérin publia en -[858-59, par souscription, en fjuatre
gros votu mes in-4°, la Vie des Saints de Giry. Il reprit le trayait,
le compléta en une édition de dix-sep_t~~:olum~i!!-~o_ hlgr Fevl'e
dit fjue « c'est par centaines de mille qu'il faut estimer le débit
(
de cet ouvrage ))~0 Mg" J~aul (;lL~~in, call1él'ier du pape et
' p,'otonolai,'e apostofiqrre a, i.--p:-(Tiaris, Sa\'aète, 190'1, in-8°,
J 1 88 pp.). )1;;1' Guérin fut un pieux industriel en librairie,"pas PIUS) r 1
Il:éticyleux sur la re~titude parfaite de se: entrep~ise~'commer- 1t .
claleÇque sur !'e:\aclltude de leur contenu,' La hquldallon de son
Dictio,mail'e des Dictionnaü'es, « le seul catholique )l, le fit con­
LES I1ELlQCAIIU::S nE CIIAIIIIOCX Ç)7

les manifestations de la foi catholique. On repré-


sente les saints apôtres de la Gaule SUI' des vitraux
et, à la suite de leur nom, pour que nul n'en
ignore, on peint la prétenùue date de leur martyre
au premier siècle. On les groupe dans les mo-
saïques et dans les fresques. On montre; leurs
l'cliques, on les place magniflquement dans des
c!tùsses plus dignes Jl~ leur gloire, on célCbre
grandiosement leurs fètes, on organise des pèle-
rinages en leUl' honneur. Toutes ces solennités
sont rehaussées d'un panég'Fique et les défenseurs
del'histoire doivent désormais s'accoutumer à s'en- )
tendretraiter ùu haut de ln cc chaire de vérité Jl
d'esprits faux, téméraires ou chagrins. Le grand
.Q ami de dom GU,2'angerGié:B9 ?vèque de Poi-
tiers et futur carùinal de ln sainte Eglise romaine,
donne le ton, En 18:18, il prêche le panégyrique
d'un évèque de Séez dont on ne discute pas seule-
ment la date mais l'existence même. L'orateur

,J!J_. ùamner en justice (27 février '1901) il l'Ùge ùe soixante et onze ans,
On a phil?sophé Sil t: son .cas : (~. que ,le, 1J~cti,vllnai~:e des Difti,OII' Il
,nall'es, vlùe ùe.f.'sclcnce, \'Ide' ù exegese, \'Ide de Cl'lt!que, \'Ide
"d'apologétique rationnelle; ait eu onze lI'lille sousç.ri12t~,~,rs,
presque tous du clergé, c'cst, en un certain sens, scandaleux, mais
'" c'est également explicable par le fait que la cli~ntele manque de
l'esprit scientifique, philosophique et critiqu.e,'Devant ces dévia-
tions du sens catholique, que ùoivent penserl~,L~ts,'comme
les abbés Vigouroux et Vacant, qui ne comptent pas le quart de ,
J'o ces souscripteurs il leurs Dic!iollnail'es,"monulll.en.ts, ,d'e.ru~iJÜ1Jl ','

, et.de sçj~llce ! );. (1L l'abbé Ch, Denis, Leçons de l'hew'e p,'esen/e,
p. VI-VII), Il est difficile de prévoir si la postérité, plus libre et
plus impartiale que les contemporains, fera une grande différence
entre le Dictionnail'e de ?llgr Guérin et le Dictionnail'e de
~1. l'abbé Vigouroux,

6
n~ LA CO:'lTROYEnSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

citc Bossuet dans son célèbrc sermon sur r Unité

de l'1~'glise (1), et il ajoutc :

« C'rsl. Bossuet, Messieurs, qlle \'OUS yenèZ d'enlendre,

Cc Leau génie, il qui toules les lIlallièrrs dé l'ai;;lé nllll. si

bien"ayanl. entrepris de racoiller les origin('~ cl les g'lüil'c~

de l'Eglise gallicane, cl IrlJlIyalll SUI' son cht:llIin (\cs~i­

'"liliS fùeheux, (Ili COll1l111'1l('aielil ,'( halhulk:I' It:UI'S dOliles

el. leurs oljecliolls, l' lùqlll; ainsi lié 1 al e IllLe l'riligue

10In~raire, cl. l'ayanl élolll'llic ell'étluile au silt.~nl't:, l'l'prend

s1m\'OT\'ers des hauleurs ail il n'esl donné il prrsonlle Ile le

~lIi\Te. »

Dans le même temps, un inciJent célèbre vint

jeter une nou\'elle lumière ~ur la re~taUl'atioll des

légendes.

En 1856, les religieuses Ursulines JeJésus, Jc

la congrégation de Chavagnes, qui ont établi un

pensionnat dans les restes ~e la grande abLa)'c J:!,e

QÈ.,al'roux (ViEnne), y faisaient faire ùes répal'a­

tions. En ouvrant un passage dans l'une des

arcades, le 9 août, les maçons trouvèrent dans

'\ un trou d'échafauda.ge d~ux précieux reliquai-rëS:


L'un renfermait « une boîte d'or, dont l'inscriJ!!:i.on
, N']
portait en caract~re? 9P IXC siècle que là étaient
~u-; de l~'chair et d-~- sang du Clitist (2). »
) ;if]
On se crut en présence de la relique de la Circon­

cision, relique appelée communément dans le pays

la sainte Vertu ou le saint Vœu de Charroux.

Comment et à quelle époque cette relique était·

(1) VO~'ez Appendice l, Bossuet,


(2) ~Igr D3rbi~E,i:.~onI3ult, Œut'1'es CM?1)'/" t. X, p, 3():;,
LES RELlQGAIIlF.S DE CHArlf\OUX DO

ell~~.kée dans le trésor de J'u.bbaye ? De quels


titres d'authenticité se recommandait-elle de pré­
férence anx reliques du même nom présentées
dans différents autres lieux à la vénération des
fidèles? On ne l'a jamais su.jIais il certain qu'au
commencement ÙU XIe siècle, elle n'était point
encore il Charroux.
Les reliquaires retrouvés furent envoyés à
l'évêque de Poitiers, afin qu'il en vérifiùt le con- )1
t~u et permît de les rendre au culte:'Le prélat se ')
sentit fort embarrassé.;;Il écrivaille 10 mars 1857
à son voisin d'Angoulème, jIgI' Cousseau :

« Je ne l'ois pas possibililé il fairc la cérémonie solennelle


de Charroux il cc momcnt. Ils s'obstinent il vouloir l'im­
possible cl penscnt que Charroux, si l'on parle bien hallt cl
sans hésitation Je la reliq'lll~ rclroul'éc, l'a t1el'cllir la capi­
laie du monde. Ils m'cl1\'oicnl cles pièces curieuses (1). »

L'évôque nomma une commission pour l'étude


de la question ct l'examen de la trouvaille,
La commission déclara que (( la 10Lure parti cu­
lière de chacune de ces anciennes reliqu~s ne pou­
vait pas êlre spécifiée et déterminée d'une façon
(
absolue (2) )). ( Dans ces conaltIons, dIt plus tard
l;C;rdinal Pie, l'axiome du droit ecclésiastique
avait son application manifeste: Reliquiae allti­
( quae habendae sunt in ea veneratione in qua
hactenus {uerant. ......
Lü où la tradition est immémo­

(1) Lettre de ~rgr Pie il Mgr Cousseau, '10 mars 1857.


(2) Œuvl'es du cardinal Pie, t. IV, p. 560.
100 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

riale, etl'iQçntjlL~.tiliJie, la possession du culte


est un titre. solide (1). ».
II fut convenu qu'aux: reliques anciennes et indé·

l tecrninées, qui seraient maintenues dans les vases


où elles avaient été retrouvées, on ajouterait
d'autres reliques dont la provenance serait connue
et l'authenticité régulière (2). L'évêque publia une
ordonnance déclarant c[u'il y aurait une ostension
( solennelle des deux reliquaires tous les sept ans il
partir de l'année 1862. Il fit en attendant leur
réintégration solennelle. Elle eut lieu le 23 juin
1859. Mgr Pie y prononça un grand discours dont
voici les principaux passages:

«( Ah ! disait en elle-1lI0me l'h('.ll1orroïsse de l'l::vangile,


si je parvicns il loucher sculement la frange du vèlcmcnt
(le Jésus, je serai guérie: (1 Si. Icligcro lantwn reslimrn­
twn cjus, sa/ta c/'o. )) Combien de fois, Mes TI'('s Chers
Frères, celle mème parole a été entendue ici dans les anciens
figes! Ah, s'écriait-on, ~i je pui~ IllC transporter jUSCjU':l la
lJaSiliCjue de SaLnl,Sanl'curde Charroux, si je puis coJler

l
mon Ironl a la pOU~Il'I'e cie cc sanctnairc révéré, si je puis
appuyer mes .rnem Ilres malades aux colonnes qui entourent
l'autel, enfin si j'ai cc bonheur ct cette l'arc fortune cie lOU­
voir approe lçr mes evrcs e l'augus e rc iquaire, de pou,
v§iTfTrnprimcr un pieux JJalser, oh! alors le serai guéri
de mes infirmités morales ct corporelles; oh ! alors je serai
écouté clans toutes mes c1emnncles, exaucé dans tous mes
vœux, satisfait clans tous mes désirs: Si Icligcro lalllllln
rcstimcnlum cjus, sa/ra e/'o, Et en efTet, il en était ainsi.
Une vertu toute-puissante s'échappait ici du Saul'eul', ct

(1) Ibid., p. 560.


(2) Œuvl'eô du cardinal Pic, t. IV, p. 560.
LES HELlQl'AIRES DE CHARROUX 101

elle guérissait IQU~ ceux qui \'isilaient ce saint lieu :,


Fiflll.'· de illo c.l'i/;al cl saJ/abal olllncs .... (1).
li A l'heure où nous célébrions cc malin les saints'm\'s,
[ères, nons a\'olls senti les vénérables reliquaires de" la
l'hait' ct du sang du Christ méler leurs tress<lIl1cments il
ceux de la patène ct du calice SUI' l'autel eucharistique. Et
landis que l'oblalion saillle élailainsi l'çnoun\ée sous ]'an­
ti ue cou ole qui cul Ion "temps la garde de ces sainT~· '

I sors, notre émotIOn sc confonl al a\'CC cc C t cs Yleillan s


iIe'!a conlrt'c, agenouillL's delTil're les colollnes de la tour
ouverte h Ions les \'enls; nos yeux sc mouillaient de
larmes en voyant celles que la gra'll(ieur de cc spectacle ct
le souvenit' des anciens lemps (::!.) faisaienl couler de leurs
yeux; ct noire prièl'e, sans s'être concertée avec la leur,
faisait monter vel'S le riel les mémes élans, les mèmes sou­
pirs ct les mêmes VŒUX .... ;'Ious Ile vous dernalllions point,
ô Seigneur, de rendre ~l ce lieu Ioule son anlique célébrité;
nous ne vous J'edemandous ni celle ancienne abbaye, ni
celle ancien Ile hasilique, IIi toule celle anClCnne pl'ospcrrfé
temporelle: ces ehoses ne renaissent jamais guère ulle
seconde fois, dans leur mèllle fnrme. sur le sol qui les a une
( fois perdues. :'lIais, Seignenr. puisque vous nous avez
\'endll cc qui fllt l'occa~ion ct le Jl~...QJ!.Q_~QQ~s Ilien:=:,
cela. nous suflil.. Ah! qn'auPl'.es (CS l'cliques adoraiJlcs de
voIre. dIVIn l'ils, la mêllle foi, la même confiance, la rnüme
pi6té, revivC'ut qlle pal' le pa:=:sé! Que le Sauycur soit ici

1 connu, soit ici t'luclié. compris. qu'il soit ici adoré. aimé
plus que dans cl'aulres conlrées; que les miracles de sa 1"1'0­
lecLion ct de son amollI' y L'l'latent encore comme aux
temps antiques; que par la. vel'lu pllissanle des saintes
rtfr i ues du Verbe fnit chair, les ilmes y sOIenllout embra­
/llsées, toutes consumées (u feu de la sainle dilection 1 Et
alors le passé ne nous laissera rien à regretter; et ce jour

(1) On n'a aucun récit historique de miracles opérés à Charroux


par la relique « de la chair et du sanlf ».
(2) Aucun des vieil\3l'ds pré~ents n'avait jamais vu le culte de la
relique. Il semble que les reli(luaires retrouvés en 1856 avaient
1été cachés en '1569. ~

6,
102 LA CO;./TROVERSE DE L'APOSTOLlCITÉ DES ÉGLISES

sera véritablement pOUl' Charroux le point de départli'une


gloire et d'une pro~périlé nom'elles (1). )l

Pourquoi, dans ce discours, la relique de la


circoncision tient-elle une place si considérable
qu'elle éclipse les autres reliques ( de provenance
connue» et (( d'authenticité régulière»? On ne se
l'explique point, car il est impossible d'alléguer
en sa faveur une tradition immémoriale ct une

' identitr. établie. Sur ce dernier point, le cardinal


Pie lui-même a déclaré que (( rien, dans l'aspect
des choses, ne permettait de nier absolument, ni

l de discerner aucunement l'existence particulière


indiquée par l'inscription latine et par la tradiTlon
séculaire (2), »
Les catholiques qui n'approuvèrent point l'affaire
de Charroux encoururent de la part de leurs core­
ligionnaires un blùme dont la formule avait 6lé
frappée quelque temps auparavant, celui de faire
des (( concessions pusillanimes » il l' espri t mo­
derne.
Quelque jugement ({ue l'on porte maintenant sur
le fond de la question et quel que soit le verdict
de l'avenir, l'attitude de l'évèque de Poitiers mar­
que la ,,-réaction ,qui s'était accomplie contre la
~tl.critique prétendu~ janséniste et gallicane du clergé
Jl de l'ancien régime. En 1707, un évêque de Chùlons,
Gaston de Noailles, avait, malgré les supplications

(1) ŒUVl'es de l'évêque de Poitiers, t. III (Poitiers, Oudin, 1866).


(2) Œuv/'es, t. 1V, p. 558.
LES RELIQUAIRES DE CHARROUX 103

Ile ceux à qui elle rapportait, supprimé une relique


f' drange, aussi célèbre ct aussi problématique
l' CJue celle de Charroux (1), On n'en parle plus il
Châlons. Tous les sept ans, dans le Poitou, et
même ailleurs, r ostension solennelle des re li-
CJuaircs de Charroux entraîne quelque poïémiq~e.
(
Celle de 1862 -fut scandaleuse. Les légendaires ne
s'en émurent point. L'affaire résume et symbolise
leur vigueUl' logique et marque leur triomphe (2).
Ils croient que Dieu est tenu de faire dcs miracles
[ en faveur de ceux qui, pour maintel).ir toutes les
« traditions)), bravent 1es sarcasmes des mécréants.

(1) VOY'Cl Louis Gri;:non, Dcscription el hislDl'iqHe de l'rg/i.,e


J\',-D, en l'aux de Ch(Îl()ns,I&.~,
(~) La dernicre oslcnsion a été ci'\éhri'c Ic 1ï juin -l89ï, sous la pré-
sidencc de Mf\!' PcIS';' Ccllc f{,tc a moli\'é une Lrochurc dc Jac'llles
,Ic Biez, SUI' C7ï(iiTOHX. Leltre au Il, l', de la Cl'Oà (poilier~,
Blais, 1ï juin 189ï, in-12, 18 pp.), - Sur lïO\'cnlion cl la l'éinl('-
"'ralion des rel; ues, voyez surloul A /loclIlion 1)rOllOllCee dans la
COll cl'ence ccc ésiasliquc S/(l'ùieul'e de la t'i/l,! épi.•copa/e li l'oc-
l'aS ion de la controverse SOlt/eede aH wjet des l'e/i'{IlUi,'cs de
)1ChalToux (janvier '1863 , re roduile au tomc TV des Œue/'cs dc
J
/~!Œe de Poilicl·s. "'r ar 1er ( c ~lonla\J11 jl
~tt.::·I~e~.co1JlplèICS,
.,/ ( t. X, le sainl prépuce, 1'1"_" - ,~ (ce ITCil préscnte"üneTOrte l
-./ conlradlcfion avec le pn\c,;dcni) ~IIilj curé de Charrou~, ')
.\ bbayc Sainl-Saul:eul·. Cha>Tott:r, SOIl abbaye, ses "e/iques )
(Paris et Poitiers, Oudin, '1898. in-12, 5~ pp.). Cclle b"ochure cst
datée du 14 septembre 189ï el munic de l'ilJlll1'imatw' .de
~s~eJ"'é. - Pour les réflexions impirécs par c~tlG.alTaire-.~
ce~ont. infectés de l'eôprit moderne, » voy.ŒrflliU.P-aQl).
La Foil'c aux Reliques, Paris, Dreyfous, in-12, vers ISïS. - Pour
la polémique de IS62, voy'. L'Opinion nationale, ~8 novembre 1862.
CHAPITRE VIII

(1865-1873)

SY:\"Tlli·;sr·; U::GE:\"DAlIIE ET SY:\"TIlj.:SE r.BlTIQ1~E. - LA


CO:'\TllOrEllSE ET L'AllCIII:;OLOGIf.. - 1:.\I\Gl!.\IE:\"l' LlTUll'
GIQUE. - L\ CO:\"TnOH:nSE A TOLnS.

A la fin du siècle, en classant les données (le


l'école ll~gendaire, les prèlres conférenciers du
diocèse de Versailles distinguaient en qnatre grou­
pes les premiers apotres de la Gaule:
Le groupe sacré : Lazare, :\laximin, :\Inrie­
Madeleine, Marthe, etc.
Le groupe apostolique, composé des sept pré­
dicateurs envoyés par saint Pierl'e : Tl'ophirne,
d'Arles; Sergius Paulus, de ~arbonne; Martial,
(le Limoges; Austremoine, de Clermont; Gatien,
de Tours; Saturnin, de Toulouse; Valère, de
Trèves.
Le groupe clément/n, c'est-à-dire envoyé par le
pa~e Clément G)enY§.)et ses compagnons, Rustique
et Eleuthère, de Pm,,;
Sanctus, de Meaux; Taurin,
(l'Evreux; Lucien, de Beauvais; Julien, du :1\1 ans ;
Yon, Eugène, Nicaise, martyrisés sur le territoire
de Versailles.

l'
106 L.c\. CO;-;TI\On:nSE DE L',\POSTOLICITI:; DES ÉGLISES

Le groupe asiatique, venu de l'Asie Mineure


en Gaule, et qui avait il sa tête: Pothin, de Lyon, '\
et Crescent, de Vienne (1),
Dressée ailleurs, cette liste serait légèrement
difTérente. Des prêtres de Vienne rangeraient saint

~
Crescent, disciple de saint Paul, tout au moins
clans le groupe apostolique. Dans nombre de dio­
cèses on bifTerait saint Yon et ses compagnons,
martyrs de la fin du me siècle, pOUl' les remplacer
par quelque autre apùtre régional: il Sens, par
exemple, on mettrait il leU!' place, saint Savinien
et ses compagnons, Beaucoup de prêtres du ~[ans
avanceraient d'un rang le fondateur de leur insigne
Église.
li va sans dire que toutes ces prdentions ne
reposent que sm une littérature apocryphe du
moyen ùge. ~Iais ceux qui la rejettent se sont
toujours entendu apostropher par ses défenseurs de
ce reproche terrible: « Que mettez-vous il la place?
Yous ddruisez, vous n'édifiez pas! » Cette protes­
tation montre llu'ell derniére analyse, la controverse
résulte du conllit de deux mentalités: la mentalité
mystique qui n:ut absolument tout savoir, ou
croire qu'elle sait,' et qui réclame des details
précis pour alimenter sa contemplation; et la
mentalité positive qui se résigne il ignorer l'incon­
naissable et pense surtout il tirer parti du présent
et à préparer un meilleur avenir.
(1) COil/pte '·endu. des Con(ùellces eccldsiasti<jues du. diocI:se de
Versailles pour l'année '1899, p. 'l5!.

!',

SY);TH J~:SE CnJTIQCE 107

En face du système très net qu'élaborent les


légendaires, les historiens n'ont il peu près rien il
opposer. Pour eux, l'organisation ecclésiastique
commence approximativement !lU moment où les
légendaires la font achever . .:\ leur avis, la prédi­
cation du christianisme dans le c'entre de ln Gaule
n'est guère plus ancienRe. Saint Pothin est le
premier évêque qui soit connu authentiquement.
On Ile connaît qu'une mission, le groupe « asia­
tique l) de Lyon; et ce n'est que par condescen­
dance pour un vieil usage et par respect pOUL'
Gl'égoil'e de Toms, le père de notre histoire, que
beaucoup consentent il entendre parler de ce pl'é­
tendu groupe italien que l'on appelle ordinairement
« les sept évêques lJ, venus, dit-on, au Ille siècle.
Ces données n'empêchent point assurément que les
provinces du littoral de la ~Iéditerranée aient reçu
la foi chrétienne dès le premier siècle, et même
qu'elles aient eu des évêques antérieurement il la
fondation du siège épiscopal de Lyon. Mais de la
vie de ces évêques, on ne sait rien. Il est seulement
ce l'tain que l'expansion du christianisme fut lente
et tardive. Le véritable apôtre du nord-ouest fut
saint ?lIartin. Si saint ~Iartial et saint Julien, au
1er siècle, saint Firmin au II", avaient converti
les Il immenses multitudes l) (1) que supposent
i
(1)l:ÏlQm Cham~mrme que, pendant «( les dix-huit mois» du
s~jolJr de Firmin en Anjou, « unc immense mullitudf de toutes
les classes de la société abandonna le culle des divinités drui­
diques Il. Vies des saints personnages de l'Anjou, l. l, p. 4.
lOS LA CO:,TROVERSE DE L',\POSTOLlCITI~ DES ÉGLISES

les pieux romans dll moyen <Îge et du XIX· siècle,


ces communautés chrétiennes auraient laissé, selon
les mœnrs du temps, cles inscriptions et des tom­
IJeaux. On ne tl'OU"C rien de tel il Limoges, il
Angers, au ~lans, ni ailleurs (1).
A partir de 1865, les tnn'aux d'un épigraphiste
. ct archéologue, Edmond Le niant, ne cessèrent
d'éleycr une protestation contre les légendaires.
L'école historique la répétera sans se lasser, mais
les ach'ersaircs firent semblant de ne pas l'enten­
dre. 0n jour cependant l'aLbé CorLlet répollclit il
~f. de Caumont, qui ayait formulé l'objection au
eongrés scientifique d'Amiens, en 18G7 :
« Un arS'nmcnt Qui pron\"e trop perd loule ~a \"aleu!'.
~L Le Blanl dans sa sa\"anle prl:face de:; Insrriplions cllri'­
tiel/lles de la {;llule, a constaté qu'il n·exi.':de jusqu'ici lJue
qualre j mcri pliolls ch rélien nes datées. ll'OU \"ées dans les
(;aules, qui soicnt antérieures au 1"' siècle, el qllC 1,( plus
ancienne cst dc l'an 3:3'" Il fandrail donc cn conclure quc 1.::
t:hriqianisme ne pl'nélr,( chez lions qu'au II"' sil'cle. :-'1. Le
Illanl. qui cst puurtant parlîsan (le l'é\"augélisétlion an
111' sièele, a lrès loyalcmcnt rcconnu qne l'abscncc d'ins­
criplionschrélîenues ne prou\"c absolulIlcnl ricn: « LorseJu'il
s'agil cie premiers sièclcs, nous dit,il (2), chercher dans lcs
marbres d'ullo conlrée des monuments contcmporains de
l'ùge oil y parut le christianisme, c'cst, le plus sOll\'cnl,
s'exposcr il des mécolllptes. Par nécessité absolue, aussi bien
que par gotît du mystère, les fidèles ont longtcmps caché
leurs croyances. On le l'oit pour Rome, olt, sur quatorze
ceuts inscriptions datées, trcnle et Ulle seulement sont anté­

("1) Cela n'empèche pas dom Piolin de dire que saint Julien
(au 1" siècle) établit un cimetière au !llans (Hisl. pop, de s.
Julien, p. 33).
(2) Préface des Insc"iplio?lS cfl1"éliennes de la Gaule, p. LYI.
L'AnCIll:;OLOGIE 109

rieures il Conslanli,n n. ~I. Huillard-BréhoIIes (1), de son


côlé, fail cclle rcmarquc : « L'exlrèrne rarell~ de la men lion
du martyre. sur les monumcn{s, s'explique pal' le caraclère
officiel des persécuti,ons, ct pal' la YigiJancc cles autorités
romaines qui n'auraient poinl soulTerl celle espèce cie pro­
teslation publique. n :\ons souscriyons volonliers à celle
explicalion; mais, si elle esl Haie pour le 111' siècle, il plus
forle raison do il-on l'admetlre pour les lemps anlérieurs;
cl, par consèquent, l'ah.-cnce cl'indications chréliennes sur
nos anciens lllarhres fUI)(~r:1ires ne peut nullement inlirmer
nolre Illèse (2). ))

Quand on se reporte aux études Je Le Blant et


d'Huillard-BréhoIles, on voit qu'il était impossible
f> de découper plus habilement Jan.s leur texte le
moyen de les faire dèposel' contre toutes leurs con­
victions, En 1865, ulJl'ès <l'-oir exposé les enseigne­
ments de 1'histoil'e SUl' la question de l'évangélisation
Je la Gaule - c'est-à-dire après s'être rangé aux
textes de Sulpice Sévère et de Grégoire de Tours
- Le Blant ajoutait: « Les grands traits de ma
carte épigraphique l'épandent à toutes ces don­
nées (3), » Vingt-cinq années d'autres recherches
confil'mèrent ses premiers travaux. Il écrivait
en 1892 :
« Le groupement géographique des inscriptions contenues
clans mes premiers volumes nous fail voir le christianisme
apparaissanl lout d'abord dans la par lie de la Provence qui
confine à la Méditerranée. Comme le Bélis en Espagne, le

('t) Revue callten/pOl'aine, '15 septembre 1866, p. 113.


(2) O"igines de la foi chretienne, p. 44. - h:han, dans son
Examen el'itique, pp.1'i9, '190-195, a éG'alement essayé de tirer de
son côté l'autorité de Le Blant.
(3) l1lSC1'iptions clll'eliennes, t. 1. p. XLIV,
'i
f

110 LA \.O~TnO\'EnSE DE r:APOSTOLlCITÉ DES ÉGLISES

Rhônc derient ponr nolre pays la \'oie naturelle qui aiùe il


la propagalion de la foi nou\'elle. Ainsi que le monlre Illa
carle épigraphique, c'csl SUl' les bords ùe cc dernicr Ileu\'e
que les marbres des fidi'les se lrou\'enl le plus nombrcux.
Plus l'on s'éloigne de la Iller. moins ccs monumcnts sonl
anciens. el la série cie nus sarcophap-es chréticns nous
apporLe SUl' ce poinl des donnl'es idl'nliqucs il celles qlle
nOlis fournissenl les inscriptions. L'antiquité. comme le
nombrc, s'abaisse il mesure flue l'on mon le \'ers le norù ou
que l'on s'écm·tc \'ers l'ouest. De celle ùistri!Julion lIlalél'iclle
de nos plus Yieux monullH'nls chrétiens, j'ai dù conclurc
que les textes histol'iques. Ics écrits de Sulpice Sé\'l'rc, ccux
de Grégoire de Tours, des ,\etcs célèbrcs cie saint SalllrJliu
disent \Tai. alors qu'ils nOlis Inolllrcnl. conlrairclIlent il cc
que quelques-uus yonL rl'pL'laril, la foi sc répandant peu il
peu eL tarùi\'ement dans la G:lulc. La seconde sL'rie de nos
inscriptions ne chanfjc ricn :'1 l'économie de lellr répartition
sur notre sol (1). »)

Quant à Huillard-Bréholles, il professait un


profond mépris pOUl' l'école légcndair'e et yoynit
dans l'étude attentive des œUY!'es d'Edmond Le
nIant un moyen cc de prémunir contre les systèmes
préconçus et les doctrines étroites qui tendent il
donner une fausse idée de l'établissement du chris­
tianisme dans notre pays (2). »
Après avoir essayé de fausser ou de tourner le
sens des travaux des urchéologues, les tradition­
nistes ont pris le parti de les ignol'er. La contro­
verse, qui n'avait jamais été vive autour de cet.
argument, cessa promptement et, au commencement
du xx· siècle, un archéologue provoquait encore,

(1) l';out'eau "ecueil (Prùface, p, III-l'').


(2) A rlicle cite:, p, 123.
L'ARGDIE?\T LITURGIQUE III

sans qu'on relevât son défi, les amateurs de


légendes : ( Les partisans de l'apostolicité des
sièges épiscopaux de la Gaule n'ont pas encore
répondu aux al'guments de l'archéologie. S'il y a
eu des églises avant le Ille siècle, où sont les cime­
tières ? (1) )l
Dans le temps même où se formulait l'objection
archéologique, les traditiol}nistes étaient forcés
d'en l'abattre sur la valeur d'un de leurs grands
arguments : l'argument litul'gique. Ils avaient
prouvé autrefois l'historicité des légendes par
l'autorité du bréviaire, ils furent bientôt amenés il
défendre le bréviaire pal' la prétendue réhabilitation
des légendes (2). La tùche était au-dessus des
forces de la logique et de l'histoire. Bréviaire ct
légendes perdirent dans les cOlllroyerscs soulevées
à propos du cOllcile du Vatican et de l'infaillibilitl~
du Pape beaucoup du prestige que le chœur des
partisans de la liturgie romaine leur avait acquis
naguère. Les chefs des traditionnistes reconnurent
alors la vraie position:

« Benoit XIV, écrivait dom Guéranger, nous apprend que

(1) 1. Maitre, Les Sépultw'cs antigues du pays nantais (-1901),


p. 27.
(2) H. Montrouzier, S. J., Les Légendes du b"éviai"e "omain
(Revue du Monde catholique, 25 avl'il '1870). Voici une des bases de
l'argumentation de l'auteur: « Aujourd'hui la plupart des légendes
'incriminées ont reçu leur complète réhabilit.1tion. Est-ce que
M. Faillon n'a pas démontré la parfaite vérité de la légende de
sainte Marie-Madeleine; M. Darras, l'aréopugitisme du premier
él'èque de Paris; et ~1. Dumont,lu réalité du baptême de Constantin
par saint S)'lvestre? » (p. 232).
112 LA CO:\TROVERSE DE L'APOSTOLlCIT~: DES ÉGLISES

Rome n'a jamais prélrndu irnposrr la créance des faits


historiques rapportés au l>rél'iaiJ'e, ni Irs ~ouslraire aux
iuyestigatious de la ~cieuce, Il sunit de reconnaitre que
rien ne s'y trOllye qui suil contraire soil il 1:1 fui suit il la
morale (1), »

PIns tard, l'abbé de Solesmes disait encore:


« .Je n'nj pas fait celle soUise de \'ollioir tout défendre ct
de dire qu'il n'y n l'as de fautes dans le I.lrc,l'iairc HOlllain.
Il n'est pas étonnant qu'il y en ait qunnd on pense qu'il a
été arrangé al'ant la critique ct al'ant les tm\'aux de
llal'onius. llenoit :'\IV dit qu'on peul tOlljours en atbqller
les l(~gendes au point de \"lIe de la cdlique, cela est laissé
aux sa\'auts. Il Ile faul donc pas sc scand:diser de l'air attri·
IJllel' il lin fait une d'lIe anlérieul'e ou postérieure il celle
qui est assignée. L'Église la laisse cepenùant au brél'iaire ;
l'Ile ne penl pas l'CUI uer il chaque instant le monde pour
dOllller une nou\'elle ('dition il mesul'e que la critique fail des
progrès, (2) »)

(1) Défcnse de l'lglisc "Villaine contre les aCCH,sa/ions da


n. P. Gl'alnj /lievllc da J/ondc ca/j,olir/lIe, 10 féVl'ierlS~O,
p. 3;)ï).
(:l) Conférence spirituelle (inédite) di! :l0 mailSï3, sur la date du
martyre de sainle Cécile, ~l. l'abbé Vantroys remarfjue: « .\"ousne
voyons vl'aiment pas l'impossibilité ou \ïncol1\'enaucefju'il y aurait
~ "CIJIlIC" le IJlnllde, comme le dit dom Guéranger, par une réi'i­
sion plus frôfjucnte faite SUI' la totalité ou quelfjue parlip. du
bréviail'e, à mesure que de laborieu~esetconsciencieuses critiques
élucideraient tel ou tel point inexactement raconté ou daté. »
Compie )'cndu des conférences de Versailles pOltl' l'année 1900,
p. '160. Les bénédictins ont suivi leur père abbé dans sa capitula­
Lion sur la valeur de l'argument liturgique. Voici ce fju'en écrit
dom Chamard : « Le l'espect qui ,'attache à tout ce qui a été cru
pendant plusieur, siècles incline naturellement les esprits il ne
pas accepter sans défiance les arguments que la science oppose aux
anciennes croyances, Celle résistance n'est pas aussi dérJisonnable
fju'on serait tenté de le croire: car. si la critique historique a'ses
rét;les certaines, elle a plus d'un côté vulnérable dans ses applica­
tions accessoires. Voila pourquoi le Saint-Siege maintient, dans le
bréviaire romain et dans les légendes liturgiques approuvées, un
LA CO~TROvEnSE A TOCn5 113

:'iéanmoins malgré la mise en amnc de l'argu-


ment arcbéologique et la ruine de l'argumeut
liturgique, les légendes, à partir de 1867, ne
suscitent plus ùans le clergé que quelques protes-
tations isolées. L'une des dernières et des plus
autorisées fut le }ivre: Les Origines de l'Église
de Paris, pal' l'abbé Eugène Demard, docteur ès
lettres et en théologie (1). Les controverses diocé-
saines allèrent en s'éleignant. Celles ùe To\ll's se
prolongèrent et jetèrent un grand éclal. Des pres-
bytères, qui ùepuis longtemps <':!aient pOUl' elles
des foyers incandescents, clics finirent pal' mettre le
feu à la sociélé arcb<'~ologirlue dl~parlemenlale.
POUl' reCOUYl'er ln paix ct prouveI' leur impartia-
lité, les antiquaires de Touraine résolurent de
consacrer un volume de leurs Jl!émoires aux travaux
contradictoires des défenseurs des deux opinions (2).

si g,'and Ilom bl'c dc (aits cOl1lr.,<tlis 01/ ,lI,:IlIC "cjelés T'a" la


science. » licvue du ,\fonde catholique, '15 janvier ·1~3. p. '23;. -
Quanta dom Piolin (flis!. pop, de sailli Julicn, p. 1'2), il slIpprime
de la chronologie pontificale saint Clet. auquel l'Eg-lise romaine fait
pourlant une fèle. - Les I,:gendaires de moind"e information gar-
dèrent intacte leur confiance dans la valeur de l'aq,(urnent litur-
gique. I3ien piIlS, l'argument il ,;tc reproduit dans la question
biblique. L'attribution aux saints ~Iatlhieu, Marc, Luc, .Jean, des
Evangiles (jili portent leur nom est-elle « une ,'cl'ilc de foi ») 0 Le
chanoine 1I1agnier répond: (, Si ces s<!inl~ ne sont pas "éc\lC'rnenl
les auteurs des ]::l'an8'iles qui porlent leurs noms, l'f:glise est en
dCfaut rclativement il l'objct mémc de son culte en ce qui les con-
cerne. » C,'itiglle d'line !lOt/l'clic exrgàc cl'ili'/IIC, p. 58.
(lp!. Bcrnard, d,;cédé curé de Saint-Jacques-du-Ilaut-Pas, Une
notice lui a été consacr"e par ~I. Chapon, \'icaire général dc I\antcs,
aujourd'hui é'"èque dc Nice,
(2) MemoÏl'cs dc la Société al'chéologiqlle de TOIII'aine,
lome XXI, '1871.
114 LA COl\;TROVERSE DE L'APOSTOLlCITÉ DES ÉGLISES

C'était, pOUl' le parti légendaire, un pieux laïque,


~I. Jéhan, dit de Saint-Clavien (1), et pOUl' l'école
historique, JIgr Casimir ChevalieL Le pl'emiel'
fut aidé pal' l'abbé Rolland, et le second par les
abbés Verger et Bourrassé. Cette polémique pré­
senta la particularité de tmiter surtout de l'autorité
ue Grégoire de Tours. Pour se débarrassel' de son
témoignage si gênant, les uns le dénigrérent avec
acharnement tandis que les autres le uéfendaient
de parti pris. Ce fut \'l'aiment une lutte entre
antigrégoriens et grégol'iens. Pourtant la tl](~ol'ic
de la mission simultanée des sept é\'(~ques n'est pas
soutenable, Grégoire, qui savait l '1listoire de
l'Église de Clermont, a raison quancl il dit qu'Aus­
tremoine en fut le premier évêque, mais il se trompe
en le faisant venir vers 250. Que cette date soit le
fruit de ses propres déuuctions, ou l'expression
d'une lëgenue antérieure, ellc est contredite par
les indications de la liste épiscopale. Austremoine
ne remonte pas au-delà de 300, si mc~me il y
remonte (2), Et quand les critiques contemporains
(1) Yoici la manièrc dont M. Jéhan "'exprimait SUI' Ics ,\[onll­
11icnls inàlils de ~1. Paillon, qu'il citait'~ans ccsse: " Cc g('nnd
olll'rage ne se distinguc pas seulcmcnt par la prodigicuse üudition
de ~on autcur, mais surtout par la plus (·ciair,'·c ct la plus judi­
cicusc critiquc, Quand on l'a lu, on n'hésilf point ~ aflirmer qu'il
n'y a probaLlement pas en Europe un autl'e homme qui sache
aussi bien que lui ce que "aut ou ne l'aut pas ln l'ieille
poussicl'~ des siècles qui lui a passé p~Jl' les mains, » EXal1le'l
ailiqlle, p. 1:>7, ­
(2) SUl' ces questions: Gllstal'C d'Espinny, La Contl'Ot'el'se SIl"
l'ëPOI]llC de la mission de saint Galien dans les (lalrles (dans les
JJé11loi/'es de la Sociele d'Agl'icultlll'e, Sciences et AI'lsd'Angers,
1873) ; Arbellot, Les SOlll'CCS de l'his/ail-e,
LA CO~TnovERsE A Touns 115

abandonnent ainsi le témoignage de Grégoire de


Toms auquel le traditionnisme les voudrait lier,
ils ne font que reprendre les conclusions des anciens
érudits et notamment des grands bénédictins de
l'Histoire littéraire qui disaient:
c( De la· mallière que sainl Cr,"goire de Tours parle de la.
mission <le ces ;;ept '::"èqlle5. on ;;'imagincrail qu'ils seroient
ycnus en mèllle lems dans les (;;Iules. '\Iais cela ne s'esl pas
fait ainsi. Le bul de ccl hislorien en plaçant cette mi,ssioll
sous l'empire de Dècr, vel!;; 2:;0. qui est l'époljue de snint
Salmnin. n'cst aull'c qnc de dl'sig-ner lc temps de la mission
des si;.,: aulres. qu'il noyoil J'aiHrurs l'avoir accompagne:
dans les Galll!rs .... Il falll a"ancer de lrente ans ou cnviron
le mission dc sainl Trophimc dans les (;aulcs. JI en peul
aishnenl avoir dé de ll1L'llIl' des alllrcs cillq é\·èqucs. Les
UliS sCl'onl n'nus l'lltlS lût. les autrcs plu;; l'Hd ; llllOkjuC
nous n'aÏQDS pas Ics lIIèmes j1l'eu\'Cs pOUl' l'assurcr (1), »

Les érudits de Touraine traitèrent ces questions


dans des l~crits pub1ics ou anonymes, en prose ou
en vers, avec des épisodes de caractère varié. Par
exemple, vers la lin ùe 1868, ;\1. Jéhan mit en
circulation une chanson manuscrite dont son adver­
saire, l'abbé Verger, était le héros. - Verger a
raconté l'incident:

« On l1Ie représenlait, je m'r.n souviens, dans l'attilude.


d'un homme au désespoir, couvcrl de confusion, Corcé par
l'o\'idence de l'encIre hommnge il la légende du XIY' siècle
el de proclamer que sainl Galien élailun des soixan le·douzc
disciples; el .\1. Ilourmssé, plus calme, plus résigné, cher­
chail il me con:"olcl' Cil me disanl des niaiseries, se frappait
la poilrine, déplorait mon errcur, el m'encourageait à

(1) Hist. lit., l, p. 305-306.


116 LA CO:<:TROYEflSE DE I!APOSTOLIClTf: DES l:GLlSES

confesser anc lui. en manière de conclusion. que :'II. Jéhan


était nn grand homme ct saint Gatien nn des bergers de la
crèche. Le même accent triomphal et les mêmos plai~an­
teries se retrotl\'aient dans une letlre anonyme adressl'e au
Journal d'Indrc-c/-/.oirc. cl "ignée: Un l)/'('/rc. Cc prêtre,
c·d,lit. .... ~I. .h'han. Sa Irtlrc nous fut cOlllllluniqnéc pal' [le
directeur du journalll\1. Ladcyèze, qui refusa de lïnst'J'cr,
ct nOLIs pt'Imcs constater qu'ellc était écrite [out entièt'e.
comme la chanson, de la nlain laïque de :'11. .léhan (1). ))

Malgré leur ùprelé et leurs exagérations, les


disputes tourangelles aboutirent ft un bon li\Te :
Les Origines d~l'J~'glise de TOl/I's, par Casimir
Chevalier, à qUI !':\cadt'mie des inscriptions et
belles-Iettre-{décerna une médaille d'or. Cc remar­
quable ouvrage s'en prenait plusieurs fois il
l'llistoire de l'J~'glise du MaliS avec assez de
bonheur poU\' n'en point laisser dehout le système
chronologique. Dom Piolin fut obligé de répondr~.
Ille fit dans la Semaine du Fidèle de son diocèse,
sous le voile d'un pseudonyme (mars-aYril 1872),
et plus longuement, en signant, dans la fleC'ue da
Monde Catholique (mars-juin 1873). Son article
débutait ainsi:
«( Avant tout, il est expéciienL de faire une remarque il
laquelle nous attachons une singnlière importance: l'orlho,
doxie est entièrement en dehors de la !]ueslion qui ya
nous occuper, et c'estle cas d'appliquer j'[lxiome cie saint
Augustin si sounnt inYOllllé a\'Cc peu d'ù propos: In dubiis
liber/as. ))

C'était justement le mot avec lequel se défendait,

('1) !'r!g" C. Chevalie,', p, 90.


DmI l'IOLiN ET .~[ONSEIG:\EUR CHE\'ALIER Iii

seize ans aupal'ayant, ~I. d'Ozouville contre le


bénédictin, qui faisait alors rentrer la question
dans la règle: fn lIecessarùs llllitas! Celui-ci
ne parle plus de l'argument liturgique, il dit
seulement:

« Nons avons vu soumettre il la Congrégation des Hites,


rlepuis lin peLit nombre d'années, un grand nombre rie
Propres, il mesure que les dincè':es de France reyenaient il
la liturgie romaine; les lins étaient rédigés d'aprl's les
données rie l't'cole qui inyoque Je nom de saint Grégoire de
Tours, les alltres dans le ,en, contJ'aire, et les lins e.lles
aulres ont été revêtus de l'approhation romaincloutcs le~
fOIS que le tra\'ail était COI1~Clenc[eusemenlaccompli. Aussi
n'est-on pas pellSïïî'pris de voir un ecclésiastique de la,
Touraine, qui vient de publier lm ouùage eon,idérable sm
les Ori{/incs lie l'J~ylisl' rie Tours. présenter son aclioll comme
un grand ncte de courage: « On nous traitcra, dit,il il
« plusieurs reprises ct cu din'rs <'ndroits de son liITc, de
( (1 libre-penseur, de yollail'ien, de jansc:niste ct de gallican.»
Vers la lin, le savanl écril,lin exprime ln crainte de voir les
adycrsaircs de sa lhèse J'allumer pour lui les bùchers de
l'Inquisition pour le punir de sa hardiesse, Tout cela esl·lI
vraimenl sérieux ~ j'\'e,l-ce pas évidemmenl une pre'caulion
oratoire our s'attirer cerlaines .<ym athics ol rendre ses
JJlfl,dversaires odieux. ~.i celle rhélorique rc:ussil auprl's do
quelques personnes, il en est d'au Ires chez lesquelles elle ne
prod u il que la défiance. »

Ces observations sont aussi remarquables que


nom'elles sous la plume du bénédictin. Viendraient­
elles de ce CIne lui-mème, peu de temps auparayant,
pour refuser de suivre un légendaire dans toutes
ses extravagances, avait été accusé de se mettre à la
remorque des Launoy, des Baillet, des Tillemont,
7.
"~~"'-..:L-~ .....-...=o==

118 LA CO:-;TnO\,EnSE DE I:APOSTOLICITf: DES f:GLlSES

de récole gallicane cl semi-protesÜ\.nte ? (1) Ayant


de rompre avec ~I. d'Ozom'il)'e, ne l'avertissait-il
pas charitablemunt qu'il donnait la main auxjansé'
!listes et aux rationalistes? (2) Dans sa polemique
avec ~lgr Cllevalier, dom Piolin n'ahandonna pas
sans compensation ses anciennes insinuations. Il
rappela perfidement les recherches du prélat sur
Diane de Poitiers (3) et « une ceuYl'e de longue
haleine (l1), dans laquelle se tl'ouyent beaucoup de
renseignements nouveaux sur Diane de Poitiers,
Louise de Vaudemont, Catherine cie l\h:dicis, et
autres personnages intéressants de la cour élégante
des derniers Valois. ) L'emploi que fait son ~l(lycr­
saire de l'al'~ment négatif est aussi qualifié d'une
manière capable en ce temps-là d'impressionner
vivement.

Cl CeLLe méLhode, diL le religieux. ernprtIllL(~e aux cns('Ï·

gnemenLs des universités ri1'1/.~sienncs, a, dèjù prodl~~l beau­

II coup de mal en France, ct (jlllconque n cst pas en!leref1lent

\ {.~tranger au mouvement intellecLuel de notre pays, sail dans

] quels périls elle peut précipiter les esprits (i) n.

Non seulement dom Piolin abandonne l'argu­


ment liturgique, mais encore il déclare ne point

(1) lémi ue avec M. Pergot, curé de Terrasson, au sujet


de saint Fron , cf. Semaine Religiellse de 1;I\'al, numéro du
same 1 1 1872, p. 414.
(2) Lettre du 5 mai 1856.
',r (3) Diane de Poitie,'s au cOlueil du )'ai, Paris, 1866, in-8°.
(4).4 l'chives du château. de Chenanceallx.
l, (5) On trouve d'autres délicatesses de polémique, p. 410 et /116,
tome XXXVI de la Revue du Monde catholique.
nOll l'IOLI:-i ET .\I():\!'EIG!ŒU~ CIIEY.\LlER 1Hl

admettre l'authenticité cie la "ie de sainte ~fadcleine


attribuée il naLan-\!nur. Il ajoute toutefois
« Il reste encore dans l'ouYI'age de ~I. Faillon un
grand nombre de documents de haute "aleur, »
POUI' remettre SUI' pied son His/oire de tl:'glise

du Mans, dom Piolin amait dù les indiCJuel', Son


silence parait cI'une trop grande prudence, SllI'tout
qunnd on considère combicn l'autcur est malheu­
reux, en plusicurs endroits, dans la défense de son
oUYrage (1).

(1) J.),l'iolin entreprend de ,,',:fuler l'en men fail pal' ~1. Cllel'alier
des Ar/lis pOllli/iclIIH CCIlDlllallllis in IIrf,e ,.Il'geillilllll. II appelle
de pr,"[':·rence ce I,inc Gcsla epiSCOp0>'l1ll1 CellOlllallf'l"jlllll,
« double tilre d'un mi'me OUIT;I!!e ", dil-il. Le meilleur, ou rnème
runique ;Ir~umenl pOUl' inl'oq;ler la foi à ccl {,nit est cel'lli-c,i :
« Quant il l'aulhenlicili, des documents qui serl'irent de base au
réCIt. elle ne saurait êlre rùoqu{'e en doule d'apres le caracti're
presque officiel du recuei!. la saintel,; ct la science ùe plusieurs des
(;l'ê'lll1'es du ~lans il celle ';p0'lue, el ù'un liou nornl,,'cùechanoines
du même temps, "te. » (I1e/'/1I] rI/, ,Hul/,le call1., 'XXX,"!!. p, 2g,,).
Or, il [aut distinguer entre les (:esla dOlll/li .\ Irll'ici ct les .. Iclll,~
1'O1l1 i/icll HI , Ceux-ci rl'nferll1eul quarante-neuf charles. donll'ingt
'1 , 1 ~n,tièrcment f;liIs~es ct ,~lU:l au moin\~I~te~It"es plus ou moins
"r,lIemenl. CCrla,et, o.UtleS, t. l, p. _Id-m.
CHAPITRE IX
(18'73-78)

LA (;11.\10)E Tlli':SE ilE rJ(J~1 Î.II.UL\Il O. - l'OU::~Il(~UE ilE


~nl. .Hïll~ ET ilE ~lElSSAS.

Dans les Origillcs rlc l'J:'glisc d'AlIgas, clom


Chamard ayait fait llne observation résnmant et
dominant, il son sens, toute la CJuestion de l'a)1os­
tolicité des Églises Jes Gaules, « de même CJue le
principe domine et résume les conséquences: les
Apôtres ont-ils accompli eux-mêmes la mission
solennelle que leur avait conflée .Jésus-Christ de
prêcher la foi dans lc mondc cllticr et à tonte
créature, en un mot J'ét.ablir la catholicité de
l'Église? Et snpposé cette catholicité, au moins
1 morale, de l'Église, les Gaules ont-elles ét.é
l'

il, exclues de ee plan apostolique et.,divin, ou y ont­


Il elles participé? (1) » Là-dessus le religieux com­
mençait avec une parole de Jésus-Christ une
1
1 chaine de témoignages qu'il voulait bien terminer
~
à Fortunat de Poitiers, en passant par Origène,
Tertullien, saint Jean Chrysostôme, etc. (2).
CIl Revue de l'Anjoll, mars -1859, p, 331.
(2) Sur l'autorité historique des Pères, les catholiques peuvent
professer des principes autres que ceux de dom Chamard. Le P.
."-'0 ... .. • ! _

~
_
~
122 LA CONTnOYEnSE DE L'APOSTOLJCITJ~ DES \::GLJ;:;ES

:'\on seulement cette méthocle accentue la confu­

sion des d~bats sur l'énngélisation des pays et la

fondation des évèches, mais elle transporte évi­

demmelü la question du torrain critique sur le

théologiCLue. POUl' la réso~ldre, il faudrait au~­

lahle que plusieurs I)oints cie dogmati~ue fussent

netlement établis et définis. De plus on ne voit pas

pourquoi, si le raisonnement "aut pour les Gaules,

il ne s'appliquerait pas il l'Espagne, il l'Angleterre

(ou au ~Iexiqu9Et, <lc fait, ces trois pays ont des


prdentions légendaires (IUC les traclitionnistes de
I·'rance pourraient nyanUlge\Jsemcnt rapprocher
des leurs (1),
Du moment (lue la thl:se dail certaine et que
«( de puissanlcs considtira\.ions hislorico-lhéolo­
1\giuJJes » ne permeLtaient pHS «( d'y opposer le
moindre doute )), il fallait bien la poser et cn
chcrcher la démonslration, :\ul doute (IU',l force de

~dt, le chef des Do!\andisles, ,'erit : " .le ne m'appuierai


.lamais sur les :"sel'tions (;"n('rales des ['i'res du J~cle et il pins
forle r;d,on des temps postl,rieurs, par ra ort allX in~tilutions
1
1primitil'es, Les ['pres sont des I,'moins alltorises e la tradition
d~ue pour 'le temps et la eonl,','(' oit ils ,"irent, mais ils
n'ont, comme tels aucune alltorité s ,'ciale quant il la tradition
J,;
hj,rorique, ct j'ai rapporle al eurs ( J"11C1pes e a )', Igue

hisloI'i'lue,l883, p, 232 et SiiïV,) des exemples frappants pour

montrer qu'on ne pellt aroir une confiance ;,,"eugle dans les affir­

mations, même les plus péremptoires, en matière d'érudi,tion, »

Revue des QI/es/, his/" 1888, lome IL p, 331, L'OI'ganisalion des

l;glises ch)'éliennes jusgll'Utt milieu du l1I' siècle

(1) Au X\"J1' sÎcc!e, les ;\Je~icains disent 'lue saint Thomas a été

leur apôtre, Ils comprennent les Indes occidentales dans les

Indes dont on attribue l'évangélisation au diseip!e de Dl'dime

(Cf. Godoy Alcantara, Los (a/sos Cl'Onicones, p. 140),

DO)! Cll'\~JAnD
')"
1-,)

renouveler la tentative, on ne finît par y par­


venir.
Voici le système auquel s'arrêta dom Chamard:
G Le monde entier reçut le bienfait de la foi de
la bouche des apôtres et de leurs premiers dis­
ciples, dont la prédication a compris non seule­
ment l'empire, mais encore s'est étendue dans
tous les sens fort au-delà de ses limites. « Jusqu'à
l'an 260, la foi persévéra fi iiluminer le morlcIéët
(
surtout l'empIre tout entier, depuis les frontières
de la Bretagne et de la Germanie soumises aux
Césars jus(lu'aux rives du Tigre, mème au-delà. »
Q:)« Les premiers apôtres de l'Évangile n'ont
pomt parcouru le monde d'une manière rapide et
nomade, » en laissant tomber ~'à ct là des
semences que l'avenir devait faire germer, « mais
~I ils ont partout fondé des Églises SUI' la base solide
J~ct durable de la 1)J(\rarc!lle sacrée. Ils s'en sont
fait un devoir et comme un système de conduite,
principalement dans le monde romain, prédestiné
à servir de moule il la société chrétienne ».
Don(;0 la ,diffusion du christianisme et l'orga­
,\lnisation des Eglises dans les Gaules remontent
~~aux temps apostoliques. L'histoire vraie nous a
montré les Églises de notre pays se dégageant de
l'obscurité des temps et remontant, par une chaîne
non intel'l'ompue, jusqu'au lor siècle, par saint
Trophime, disciple de saint Paul.
Dom Chamard formula très nettement cette
thèse dans un article; long de 168 pages, qu'il eut
J21 l.A C:01'TnOn:n:"E DE L'APOSTOLICIT~; DES J~GLISES

l'honneur de voir accepter par la HeC'ILe des


Questions historiqu.es (1873). C'est une sorte de
défense du système mis à mal par Casimir Cheva­
lier. Il est regrettable que l'auteur prenne un ton
trop haut qt identifie il sa personne, non pas sa
congrégation, dont il était le porte-voix, mais son
ordre illustre (1). On le voit avec plaisir, d'un
autre côté, garder dans sa polémique une politesse
inaccoutumée chez les traditionnistes (2).
L'article ne causa pas de polémique. Il satisfit
dom Gueranger, qui pria son disciple d'élargir et
de fortifier encore son tl'avai1. Un an avmlt d'en
faire paraître la révision, dom Chamard l'annonça,
selon son habituùe, dans -une note d'une autre
publication. Il disait que cette seconùe édition
dait Il réclamée pal' un grand nombre d'hommes
séi'Îcux (3) »,
(1) " Dien 'lue nou!'. B~n,"diclin!' du XIX' !'icc1e, nOLIs n';I\'ons
l'lus l'~uloril~ de nos del'~ nou~ n'en possl'don!' p~s m~ins
les m,"mes droits. 'lui sonl ceux de la 1',"l'il~ même. >l flCL'IIC clcs
()lIc,\l. his/.. l. XI\', p. ·1~9. CI LE's Bén<'diclins de Solesmes sont
loin de fa\'Ori!'ercctle inlerpn"lation. )) 1bicl., p. ~J!•.
(~) CI :\OU5 ne l''ailerons jamais al'ec mépris nos ad'·ersaires.
:\ous reconn~is:'ons la l',t!eur, du moins app3rente, des aq;u­
ments 'lu'ils mettent en ;I\'ant ; et si nous pal'l'enons a les
déll'uire nous ne croirons pas. par cette l'ictoire, al'oir démontré
l'ignorance cl la mauvaise foi de nos contradicteurs. L'histoire est
une !'cience forl difficile; le l'a~le champ de son dOI11:line est cou­
l'l'ri de ronces et u'épines que le laheur le plus inf"ti!;'~l."e:l peine
a de'raciner. Si un tral'ailleur a la bonne fortune de remellre en
pleine cullul'e lIne portion, nième minime, de cet hérit;lge lilTé
aux soins de l'inl'estigdtion humaine. il peut s'en re-jouir; mais.
en l'érilé, cc n'esi gU'il Dieu qu'il uoit E'n rapporter la !;'loirëëile
mérite. >' Loc. cil., p. 1134.
(3i Saint ViclOI'in, p. '17 du tirage ~ part des Bullelins de la
Societe des Antiquaires de l'Oucst, t. XIV. - L'un de ces
i

LA GR,\NDE THf:SE 125

Elle parut en 1877, respectable in-8° d'environ

~
4.,,>0 pages, sous le titre: Les Églises du Monde
l'olila/n et notamlllent celles des Gaules pendant
les tl'OLS prellllCl'S s/ècles.
Le titre est beau. A lui seul il réyèle que le
système a reçu sa base la plus Yaste, la moins
suspecte d'orgueil national,et qu'il intéresse tous
les_.pj~Qp-!gs héritiers du rQonde rOJ'!lain. Pour qui
a suivi la littérature si rebutante de la contl'overse
des origines chrétiennes de la Gaule. ce livre a des
charmes. Il transforme une querelle jusqu'alors

~
de_yarti en une question ~que, quoIque plus
dogmatique que cntJque. On sent, il chaque page,
tJ la grande école théologique de~ GuérangiD;
" mais la .thèse n'est pas prouvée.' Pour la rendre
plus facile il démontrer, l'auteur ra dégagée de
toutes les alliances compromettantes et des points
secondaires. En 1Sï3, il avait abandonné l'abbé
Faillon, tout en reconnaissant encore «( il la tradi­
tion provençale un caractère de véracité qui la
met à l'abri des dédains de la critique, du moins
quant il la substance du fait traditionnel » (1).
( hommes sérieux » él~it~rdina~on historien dit
même qu'il entreprilune « croisade» en (a"cur de la (Ineslio~ de
l'aposlolicilé (Ç!. ~Ig(' nauandicT? Le CantinaI .J.-B. Pitm,
p. 5'[S), L'expresslOn dp. « crolsace )) fut fr"quemment employée
dans la Iangne drs légendaires, En 1869, par exempl~cri-
f ",lÏt : « !II. l'abbé Faillon a été, dés 18'18, le Piel'!'e l'Ermite de la
\ croisade entreprise contre les partisans de Launoy et de du Pin, »
(E:camen ai/igue, p, '183,)
('1) « Incontestablement, la légende de s~inte ~I~deleine, publiée
par l'abbé Faillon sous Il' nom de R~ban !llaur, est un tissu de
fables ... Quant à saint Front de Périgueux, saint Georges du
126 LA CO:\TnOYERSE DE L'APOSTOLIC1TÉ DES tGLlSES
!'1
En 18ï7, son détachement est encore poussé pIns
u \ ,loin, Il s'étend jusCJ.:l'ù la 2uestion de ~agi.
1 tisme de saint Denys. - ­
-'"'­
:\Ialgré toutesces habiletes, le lecteur reste
frappé, dès l'abord, de l'a priori de la premiëre
p:-tl'lie de la thèse. Dom Chamard y suppose éta­
lliis beaucoup de points qui sont en question. Il
eùt fallu exposer les textes de l'origiue de l'épisco.
pat et moutrer ce qu'il fut dès le premier siècle .
..... Or, cette démonstration fait complëtement déf'lUt. r.
.\ussi la seconde partie ne semble-t·elle reposcl'
que SUl' des analogies contestables et dangereuses.
Venant apl'cs de telles prémisses, la troisil~me Ile
peut (~tl'e juste, et ù':-tilleurs l'apostolicit(~ de saint
Trophime, éYl:que (L\rles, sur laquelle il insiste,
.::- manque totalement de preuves.'"
Ces défauts de l'ouvrage sont si saillants que,
,Mde toutesJes Renes de quelque importanc7:~_~e
~~seufë lui fit bon accueil.'- Ce furent les L'tudcs
rcligieuscs (1) des jésuites, L'auteur de l'article
\"rb)', rtc., leurs J('g-endps ,ont, ,ans doule, insu[[js~nles pour
a,seoil' un jug-ement d,',nnilif SUI' J',;poque de leur existence
mais, IIOUS le répétons, l'absence de rnOllllrnents historiques 'en
faycur de ces Églises ne dl'lrult pas le d'fëlt de possession (ue leur'
cOllfr're la l'é,omplloll St·, 'l'a e qUI resulle de notre these sur
J'antle tillé de 'cla) Isse ~ le, ..
'1. abbd F:lillon, dans les eux énormes \'olumes SUI' l'apostolat de
( sainte Jladeleine, essaya de dirimer la question en rl"ulliss~nt une
foule de documents nou\'eaux. ~lal"eureusement ces document,
,'I,licnt trop pcu ccrl~ins ou relati\'ement trop l'l'cents .. , )) (Bel'lle
lies Qlwsl;OJls /c;sl" tome XI\". p. 113}·I,:36). .
(1) :\umél'o de novel1lbrelS'ïï ; l'nrticle est du pere Il. M, Colom·
bier, qui ne se montre pos tendre pour ses ad\'crsaires, D'habitude
on se eontentait de suspecter leur foi, il va un peu plus loin:
)1. Al"BÉ 127

félicite le sayant bénédictin d'avoir dit le dernier


mot de la question, et s'écrie dans l'enthousiasme;
« J'ai lu et relu le line, j'en ai yérifié les
textes, etc, » Tout homme rassis qui vérifie ces
textes les trouye dans l'original d'ulle trop grande
élasticité et quelquefois dans la traduction légère­
ment « sollicités ». Ce sont des déclamations
apologétiques contre lesquelles la critique peut
élever des objections. Quant aux autorités défavo­
rables à sa thèse, dom Chamard, pOUl' se sCrYir
de SOfl expression, ne les presse pas trop, c'est-à­
dire pas autant que les autres (1). On rencontre
pourtant dans la mise en œuvre, ordinairement
trop habile. des déclarations logirlues ct des prin.
cipes historirlues sur lesquels on se reposerait
volontiers comme dans Ulle oasis, Mais en conti­
'-" '7
nuant, on se fatigue ;' les déceptions augmentent
et finis~ent par épuiser. C'était bien, jusqu'à _celle
[ époque, le line le l'lus complet du système, mais
pal' là-même il en montrait le mieux la faihlesse.
Un critique distingué, ::\1. Auhé, le fit remarquer
immédiatement dans la llepue historiqlle. Dom
Chamard se défendit et reçut du contradicteur de
nouyelles obsen"ations, auxquelles il ne put
répondre qu'en allant le dénoncer dans r Univers
128 LA COI'TROYERSE DE L'APOSTOLlCITI:: DES ËGLISES

comme un «( disciple fidèle de M. Renan ». Cet


argument suprème suffisait alors pour les gens
bien pensants, ct c'est pourquoi l'auteur écriyait
lin peu plus tard que sa réponse il. :\1. Aubé
(( parut péremptoire aux catholiques )' (1). Il ran­
geait sans doute parmi les rationalistes ceux qui
restaient ses ad"ersaires. Qu'il y en eùt encore,
dom Chamard le sentit cruellement.
En 1877, ~1. l'abbé de ~leissas, prêtre du dio­
cèse de Paris, lut au congrès archéologique tenu
il Senlis un mémoire sur la prédication du christia­
nisme dans le Pagus Sylc'(lllcctclIsis. Ce fut une
solide protestation contre l'école légendaire. Au
congrès du ~1ans, l'année sui"ante, le même éru­
dit yi nt présenter un nouveau mémoire SUI' la
question chez les Cenomans. Le trayail sc di"isait
en deux parties: l'une, dir'igée contre \1Qi!iJ:ha­
m~ présentait des considérations générales sur
-Tch'angélisation des Gaules; l'autre, dirigée contre
~ étudiait particulièrement la mission
de saint Julien. L'émotion fut considérable. On
présenta ce mémoire comme un défi il la congré­
gation de Solesmes apporté le plus près possible
du monastère. Néanmoins ~I. de ?lIeissas ne trouva
aucun réflltateur le jour où il lut sa dissertation.

(1) cc. Revue his/m·iguc. t. YI, p. 1(06, compte rendu de M. G.


~lonod. - T. "II, p. '152-16!~, criljejlle de !Il. B. Aubé. - T. YI Il,
p. '1;)6-161, lettre de IJ. Cilamat'd; ct p. '161-165, r(;ponse de,
~1. Aubé. - ~'g cl!! '>;' dè"cmbre '1878. La C"i/il]lIc l'atiOlla­
'iste el les O~'igines d,Il Ch)'isli(tIlisme. iYOt(1'clic Réponse tle
(
D. Chamanl a M. Aube.
M. DE ~IEISSAS 12D

Bon nombre d'ecclésiastiques étaient présents.


Les uns lui fb'ent sayoir qu'ils partageaient son
avis, mais qu'il serait trop dangereux pour eux de
le laisser yoir (1); les autres crièrent au scan­
dale (2). Trois jours après, un champion de l'apos­
tolicité se présenta, ~I. l'abb~nt Pott0. Il
reprit la question en séance et contradictoirement
avec ~I. de ~leissas. De son propre anu, ~I. Pot­
tier n'é~tait pas prét pour confolldre son adver­
saire: trois jours Je préparation ne pouyaient y
suffire.
~I. l'aLLé Pottier tint il publier deux ans après
ses cOllYictions (3). Quant il dom Chamar ct il
~m P~qui n'avaient pas osé a l'on el' le con­
grès, ils composèrent leurs répliques il loisir dans
leur cloitre. Quoiqu'elles n'eussent pas dé lues au
congrès, le président, U)on Palustre, voulut bien
leur donner place dans le comple rendu. Ils sc
[ défendaient de leur mieux, demandant surtout
qu'on étudiût leurs citations sans parti pris. C'était
il peu près la seule chose qui leur restùt à dire au
public. ~Ialheureusel!kentpour eux leurs réclama­
tions sont suivies d'un examen impitoyabllrait par
11. de :'Ieissas. L'érudit abbé'" y pulVérisé" leurs

(1) L'évêque, ~Igr Hector-Albert Chaulet d'Oulremont, êt3it


tres fic!' de l'apostolicité de son sÎrge.
(2) Bull. mon., t. XLVI (1880). p. 592.
(3) La ]fission allostoliqlle de sainl Julien du MailS at'alll lUit:;.
t13ng la Revlle historique ct w'c/léulogique dll Maine, l. VII
(1880), p. 'IG'-189 ..\1. de ~Ieissas répondil tout de suite, p. 592-59[~
du BIl Ilet in monllmental, t. XLVI, '18S0.
130 LA CO~TnOYERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES I~GLISES

arguments. Dom Piolin avait snns doute le pres­


sentiment de cette execution quand illerminait sa
note par un touchant lIppel ala c!)[Irité fraternelle:
in olllnibus caritas.' "Voyant linés il la risée des
él"Udits les matériaux des deux premiers yolumes
de son IItsloire de l'i'glise du Malis (1), il accep­
tait tout ~cr l'adage que ~r. d'Ozouyille lui
avait l'appelé très dignement et snns succès vingt
lins auparavant. 0 tempora, a mOI'es.'

Il) Il sL'mLI"r:lil quc le Lemps n':Iurait p:lS ,~p:lr6"nl' Ic reste de


l'(j'une. \1. l',"'dril'isle ,I tdcs Chal'anon l',rpPI't;cic :Iinsi ù~ns b
/;ibliot/';"/l<l' ,k {(,:olt, dr..< 1.'1"".["" (fasciculc de déccmbrc '1900,
p. ;):l~.1 "j':II':Ij; ,', plusictll'~ reprises, comme tous ccux 'lui ont
louel,,', j l'hi;;toÎI'c du ,laine, consl3té son insuflis3ncc; il m'êtait
uu
pt'lIilllc pourl:lnt de pcnser 'lue l'lii"loi"'J tic 1'1:'glisc Mans fit!
si (krcclucusc d'un bout il l'autre ct je l'olJ1ais cl'oire que quclqucs
parties au moins de cc~ dix. \'olllmcs mcrilaicnt créancc, TouL le
Illai 'lue j'enlenJ~is dirc ~utollr Je moi de ce bénédictin de nos
jours me p.traiss:lit exag'éré, Il f:lul pcrùre celte illusion, )J
CIJAPJTI1E X

(lSiS)

L':\E QI;ESTIO:\ IIU l'i':IlE Ill·: nO"'.I·:sn:. - I:XI'L1C.ITIO:\S


:\1::0:";5.11111':"; ";1'11 1..\ .\1 I·::\T.I L1'l'1:: IlES IJ:l;I::\II.IIIIES 1:1'111':';
1'.1 CSS.I III ES.

Un jésuitc cn résiùcnce au :'Ians, le P. Marin de


Boylesve, «( qui dait ùemclll'é penùunlle congrl:s
ù'un mutisme complel » (1), puhlia «( uussilùl aprl:s
sa ùispersion » une note (2) il propos ùu mémoire
ùe ~I. l'ahbé ùe ~Ieissas,
Il produisait cet argument qui en imposa:
« Quelle opinion, je le demande, :luriez-yons lln s:lyoil',
de la probité môme des éniques, des prèll'es ct dcs reli­
gieux les plus distingués du diocèse, s'il était Dl'ouyé gue,
durant des siècJes ils ont prO(CsslI lIlle erreuI' historique
Sllr un point dont l'intérêt est si grave pour le pays? Or,
tout ce qui diminue J'estime et la confiance relatiyement
aux lumières et il la bonne foi du clergé est de natul'O il
compromettre singulièrement la religion même d:lns l'es­
prit des populations. )

Cette indignation était vl'aiment piquante dans

(1) Bull. mon., 1. XLVI ('ISSO), p. 592.


(2) Note à p,'opns d'un mé11loi,'e sur l'évangélisation des Gaules
et spécialement su>' la mission de saint Julien. Extrait de la
Sel1laine dH Fidèle. Le Mans, ·18i8.
1:32 LA CO:\TflOVF.RSE DE L'APOSTOLlCIT~ DES I~GLlSES

un tel personnage et dans un tel lien. Les supé­


rieurs du P. Je Boylesve auraient Jù le condamne!'
il étuJier, entre autres choses, la psychologie
de son illustre confrère Roman de La lliguera et
celle des auteurs des AcLus pOl1li(icum, ou bien,
simplement, à relire quelques pages des anciens
bénédictins et de Casimir Cheyalier sur « l'erreur
historique» en question (1). Ses origines ont été
mainte fois expliquées. Mais quand on ne répétait
pas ces explicntions il chaque controverse - ~I. de
~lcissas s'en était abstenu au congl'ès du ~lans, ­
on s'exposait il des déclamations dans le gell1'e de
celle ùu P. de Doylesye. QuanJ on les répétait, il
est yrai, on était promptement accusé J'aimer les
propos scandaleux.
Yoici sommairement ces explications:
Il a toujours existé, dans toutes les religions, des
gens ùont la simplicité l'emportait SUl' l'intelli­
gence et d'autres dont l'habileté surpassait la
loyauté. Les uns se sont mépris sur la réalité et le
sens des événements; les autres ont exploité ces
méprises ou même en ont produit pour le plus grand
bien de leurs affaires.
L'un des moyens ayec lesquels on pouvait, dans
l'antiquité, servir une cause était l'altération des
[ manuscrits et la fabrication des apocryphes. Chez
les chrétiens, elles commencent aux origines, et

(1) Un oUl'rase réc~nt, celui de Petit de Jullcville, Histoire de


/0. Langue et cie la LittératlO'e françaises, t. 1 ('1896), donne :lUssi
deux bonnes pases ~ur le sujet, pp. '18-20.
EXPLlCATIO:\s NJ~CESSAmES 1:33

les faussaires avaient des prédecesseurs chez les


Juifs (L). L'auteur de L\pocalypse montre claire­
ment combien il craignait pour son oU\Tage (2).
On s'accorde il dire qu'il fut respecté, mais tout le
monde sait - excepté cependant ceux il qui une
certaine théologie l'ormet· de nier l'évidence ­
qu'une épître johannique a subi, fortuitement peut­
être, une courte et célèbre intcrpolation (3).
Chaque siècle a compte toute une série de pro­
ductions mensongères; altérations accidentelles,
mais quelquefois graY(~s, (lui tenaient DU mode de il

transcription; additions, corrections ou suppres­


sions criminelles et de grande importance, prati­ 1
quées SUI' des oU\Tages authentiques; pieuses
fictions prises au sérieux par des naïfs et devenues
de l'histoire; attributions d'écrits apocryphes à
des écrivains dont nous connaissons par ailleurs
les productions li ttéraircs, et suppositions d' ou­
vrages d'auteurs inconnus. Cette littérature, dont
le classement régulier se fera sans doute quelque
jour en détail, est si abondante pour plusieurs
époques qu'on reste embarrassé si l'on veut don· JI

, i
ner des rangs d'excellence. Dans plusieurs siècles , .,
1,1
(1) Voy. Migne, Dictionnail'e des apocl'yphes, ou Collection de
tous les Iivl'es apoc1'yphes J'elatifs li l'Ancien et au Nouvealt
Testament. Il n'est peut·être pas hors de propos de remarquer 1
que chez les Juifs l'a ocr' his " t !ulôt un "enre qu'une
fraude caractensée. La personnalité des ailleurs s'e 'açait devant
l'intérêt de l'idée. On ne jugeait pas avec nos idées modernes de 1
loyauté et encore moins de propriété littéraire.
(2) Apoc., XXII, p. 18"19.
(3) Le verset des Trois témoins célestes. :j
8 y(1
"
13·! LA CO:\THOYERSE nE L'APOSTOLlC1T1~ DES ÉGLISES

du moyen (Ige, en effet, pOUl' justifler un nom, un


fait, Ulle théorie, on forgeait les pièces dont on
anit besoin, Les ge-;;de conscience très délicntc,
ou de tempérament plus mystiquc, nYaient
d'autres moycns (lui leur semblnicn! ne pas laisser
plnee a l'erreur, ma.is qui, plus tard, ont Jlnru sus­
ceptihles d'illusion; ils jeùna.icnt et se macéraient
jusqu'a ce que Dieu leur fit connaitl'() ce qu'ils
dé~il'aient savoir, La vision ou la l'l:vélation finis­
sait pal' se produire,
La mentalité de ccUe époque a dé mainte fois
expliquée, soit il propos d'illustl'es supercheries
comme les fausses décrétales, soit il pl'OpOS des
vies des saints, soit il propos des actes de jJl'O­
priéLé aussi souvent fanssés que les romans hagio­
graphiques, Il. est inexcusable d'ignol'er SUl' ce
point les conclusions des grands érudits. de ceux
mèmes qui devaient èLre portés il atténuer les
l ' procédés en usage,
1 i
Après avoir montré que le YI C siècle, temps d'une
grande décadence intellectuelle, ne s'intéressa
qu'il des faits extraordinaires, et que le merveil­
leux ne tomba pas en déf~veur aux époques sui­
vantes, les hénédictins de l'Histoire lilléraù'e ont
très hien caractél'isé l'hngiogl'aphie du x· siècle:
« C'est alol's, disent-ils, qu'on eut un nouveau molif de
trantillcr mn: vies des saints. Les anciennes légendes étant
pcrdues ou pt5ries dans la destruction ct l'inccndie des
églises et des monastères, on se trom'a dans l'obligation
de les l'cnoU\'eler; car on ne pouvait s'accoutumer à hono­
rer les saints el il consen'cr leurs reliques sans :l\'oir
~I El'TA LlTI~ D!-:S FA CSS..\. mES 135

quelque chose de leur histoire, ou qui pass.il pOUl' lelll'


hisloire, Il est il remarquer qu'il s'agissait le plus som'ent
de saints maris rlepuis plusieul's ,:iècles, et de l'cliques
yenues de fort loin, SUI' quoi l'on Il'andt presque que des
Il'ar!ilions orales, De lit on prl'jug-e salis peine que CCliX qlli
ll'ayaillèren!. il ces l,"gondes, sc lrou\'an!. priYés de IOlls les
secours I1l'ccssaires, n'oul pu réussil' il nous donner des
histoires eX;lcles el cCI'laines. De sorle qu'au défaul du
maul'ais gOIH de leur siècle, ils y ont le plus soU\'ent réuni
lcs ,icrs de l'incertilurle, de la confllsion el quelquefois lie
la fam'selé, Ils y onl aussi donnl' dalls les \'isions, cl laissé
Je simple ct le nalul'l'l pour s'arrêter au meneilleux el il
l'exlr;lOrdinairc, /1 cst même Irop sou\'cnl alTi\'é qu'ils sc
sont cru permis d'y IIh\ler lies mellsonges : Cc qu'Hérigel',
abbé de LaulJCs, qui S'Cil plaint. exprime en ces lel'lIles
f01't énergiques, 1)1'0 pic/rlle mcnlil'i (1), l)

J J On ne'inentait pas unil1l1ement p:n piété, ~


1 ~
1e))on motif:ou dl! moins celui qui sc chargeait de
créer la pieuse fiction n'écl'i"ait pas toujours avec
désintéressement. On a quelque raison de soup­
çonner un prel,lt un peu <Intérieur Ù IIériger,

o
~
Gauzbert, chol'é"ègue de Limoges Yers le milieu
du XC siècle, d'ayoir, pour de l'al'gJent. fait à ses
voisins de Périgueux une vic de saint Front c[lpable
de flatter leur amour-propre,
Les pratiques que résument l'beureuse formule
d'lIériger, nOLIs sont très suffisamment connues
paT nombre de traits édifi:lnts et particulièrement
p"r une page de Guibel't, abbé de Nogent, au
commencement du XII" siècle (2). Ce digne prélat
- '
(1) His/. lilt., 1. YI. p, GO-Gt.
('2) Traité De pig>lOl'ibliS Sal1dOnliJ! - SUI' les gages ou les
reliqnes des saints, - {,cri t "ers 'll[9, dans les dernières années de
l:lG LA CO:\TnOVEnSE DE L'APOSTOLICITÉ DES I~GLlSES

nous assure avoir été témoin des deux faits sui­


yants :
:\on loin de l3eauvnis, un jeune écuyer vint il
mourir un vendredi saint. Le caractère sacré de
cc jour lui fit attribuer une ~,Clinteté gratuite. Les
paysans, toujours amis des nouveautés, s'émer­
yeillèrent. Des alentours 011 apporta il son tombeau
des olTrandes ct des ciel'ges. 011 lui éleva un
sanctuaire qui devint un centre de pèlerinages
très fréqucntf~. On y nccourait. jusque d'Angle­
terre. L'nbbé du monastère sur les tenes duquel
sc passaient ces faits était UII llomme habile ct
tl'l'S considéré. JI n'inleJ'\"int point. non plus que
ses moines, séduit pal' le nombre des présent.s. Il
tolérait méme de faux miracles: guérisons de
surdités feintes, de folies simulées, de doigls
recourbés, de jambes croches.
Un jour, éga lemen t dans le Bea uva isis, il une
oslension de reliques, le prédicateur, qui les avait
vantées plus que de juste pOUl' extorquer des
aumônes, s'écria en montrant une pyxide: « CeUe
boite renferme du pain que le Seigneur a mâché
de ses propres dents. Et si vous ne me croyez
pas, dit-il, en montrant Guibert, voici un éminent
personnage dont vous connaissez tous la vaste
science. Il se portera, s'il le faut, garant de ma
parole. » Guibert rougit. « Si je n'avais été inti­

s:' rie, YO;'CI il ce sujcll'élude publiéc par ~I. Abel Lefranc dans
J,'luc/es d'ilistoi,'e du moyen âge dédiées à Gabriel Jfonod
(Paris, 1896).
~lf:l\TALlTI~ Df.S l''ACSSAJnES 137

midé, ajoute-t-il, pal' la présence de ceux dont ce


prédicateur faisait les afTaires, j'aurais dù déclarer
qu'il était un menteur. Que dirai-je? :\ï les moines
ni les prêtres ne s'abstiennent de ce"honteux tra­
fic, au point de faire, en ma présence, des déclama­
tions hérétiques au sujet de notre foi. C'est le cas
de répétel' le mot de Boèce: On me prendrait à
bon droit pOUl' un insensé, si je m'élevais contre
des insensés (1). »
Quand les gens qui agissaient ainsi se mêlaient
d'écril'e l'histoire, les scrupules ne devaient pas
les gêner. On s'en aperçoit à leurs œuvres et s'il
faut de plus des témoignages du temps, on peut
encore se l'éférer à Guibert. cc L'Église entière,
dit-il, connaît un :\Iarlin, un némi et d'autres
grands saints. :\lais que dire de ces saints incon­
nus que les peuples, par une SOl'te d'émulation
contre ces illustres confesselll's, créent chaque
jour dans les yilles et dans les campagnes? En
voyant certains lieux s'honorer de glorieux patrons,
ils ont voulu en avoir de pareils. Enhardis par le
silence du clergé, ils chantent constamment les
histoires mensongères de leurs patrons. Malheur
à celui qui ose en douter! Il doit s'attendre aux
injures et aux coups ... Il Y a des écrits sur cer­
tains saints qui sont pires que des niaiseries et
qui ne devraient mème pas être ofTerts aux
ol'eilles des porchers ... Beaucoup de gens, tout en

(1) Patrologie latine, t. CL""!, col. 121.


8.
138 LA cO::\'mOVERSE DE L'APOSTOLIClTf: DES f:GLISES

attribuant à leurs saints une antiquité très recu­


lée, veulent en faire écrire la vie par nos contem­
porains. On me l'a souvent demandé. ~Iais moi,
qui me trompe dans les choses mêmes qui me
tombent sous les yeux, comment pourrai-je dire la
vérité sur les choses que personne n'a jamais
vues? - Si j'anis consenti à écrire ou à prêcher
au peuple les fables qu'on me suggérait, j'aurais
mérité, ainsi que mes conseillers, d'être marqué
d'un fer rouge en public (1). »
Les paroles d'lIériger de Laubes et de Guibert
cie Nogent montrent qu'à une époque peu r:-IfTinée,
il y avait toujours d'horlnèLes écrivains. Il ne faut
point d'ailleurs juger la mentalité de ce temps
avec les idées modernes, On n'avait pas alors la
notion des lois de la nature: les événements
étranges et inexpliqués devenaient facilement
merveilleux et surnaturels. Pour juger de la sim­
plicité dans laquelle était tombé l'esprit humain,
on peut lire les Dialogues de saint Grégoire le
Grand, l'un des plus illustres papes du commen­
cement du moyen âge. Tel auteur qui écrivait un
récit dénué de bon sens, n'était pas pour cela un
imposteur : souvent il ne faisait que répéter ce
qu'il avait entendu dire ct se croyait historien.
Tel moine qui grattait sur son martyrologe après
le nom de saint ~IaJ,tial son titre d'évêque, pour
lui substituer celui d'apôtre, n'était pas néces­
sairement un faussaire, il croyait peut êtI'e tout
(1) Ibid., col. 122-124.
~lENTALITlè DES FACSSAJnES l:m

simplement mettre le livre d'accord avec la


science. On ne dédaignait pas d'aillems d'agré­
menter les vies des saints d'épisodes extraordi­
naires qui pussent les faire rivaliser soit avec les
chansons de gestes laïques, soit avec d'autres
pieux récits de thaumaturgie, Le vol des reliques,
au moyen ùge d'u'n si bon rapport de gloire et
d'argent, était une entreprise périlleuse et rare;
on pouvait beaucoup plus facilement emprunter
çà et là quelque beau miracle pour illustrer un
saint peu connu et des chùsses peu fréquentées.
Si les erreurs commises alors sont faciles à con­
stater maintenant, les responsabilités restent dif­
flciles à établir, les inventeurs encore plus dilliciles
il nommer, Désigner en toute précision l'auteur
d'une falsification ne présente, après tout, qu'une
importance secondaire. Il sulla. pour reconstituer
la plus grande partie de l'histoire, qu'on ait établi
les falsifications, leur époque et quelquefois leur
but. Cc dont il faut se garder surtout, c'est cl'avan­
CCI' à la légère la culpabilité d'un personnage. Les
morts ont droit à la justice d'autant plus que per­
sonne ne se charge de les défendre. Il est aussi des
noms qu'on serait heureux de ne pas ternir. On
souffre d'entendre accuser Lanfranc d'être l'auteur
cles faux privilèges de Cantorbéry, on est heureux
de le voir défendre; mais s'ils n'ont pas été com­
mis par son ordre, ils émanent cependant d'un
autre archevêque, et c'est pourquoi les légendaires
ont tort d'iIltéresser l'honneur de l'Église elle­
110 1.,\ C:Ol\TllO\'EnSE DE I;,\POSTOLlCITÉ nEs J~GLlSES

même à ces questions (1). Elle a toujOUl'S condamné


le mensonge, cela suffit. En fait, d'après les
temoignages irr~cusablcs, il semble bien (Jl~'

u
"
ait guère d'abbaye de fondation ancienne, qu'il
n'y ail gu~~e de' province ecclésiastique, où l'on
n'ait commis ce qu'on appelle aujourd'hui des
faux. Il se peut d'ailleurs que la postérité - si
elle continue ù s'occuper d'histoire religieuse, si
elle ne s'en laisse pas cIégoùter par la manière
dont tant d'écrivains professionnels la désho·
norent, - il se peut que la postérité se montre
moins rigoureuse dans ses jugements SUl' certains
('!crivains hagiographiques du moyen âge, supersti­
tieux, crédules et astucieux comme leur (~poque.
qu'envers certains ecclésiastiques du XIX" siècle
qui, dans un temps éclairé, ont obstinément
défendu de vieux contes, persécuté de tout leur
possible les chercheurs de vérité et qui ont pris
leur parti d'entendre un peuple f1~tl'ir leur ensei­
gnement sacerdotal de doctrine de métier.
Les procédés du moyen ùge n'ont rien qm
étonnent ceux qui ne sont pas étrangers à son
hisloire. ~Iais au commencement des temps mo­
dernes, la question des faussaires se complique
d'un petit problème, Comment se fait-il qu'après
qlle les protestants eurent tant déclamé contre
(1) ~lgr Duchesne a soulevé de grandes indignations pour avoir
jeté le blâme sur saint ,\ldric, évêque du Mans, il propos des
falsifications opél'ées dans son église, Plus lard ~lgr Duchesne
<1 Mclaré, Aldric « un honnête évêque », Voyez Mgr Bellet,
2' édil., p, 321·325.

\
~[E"TALITÉ DES FACSS.UnES 141

les fourberies et les impostures des catholiques,


il se soit encore troU'-é des catholiques qui. pour
l'édification des peuples, aient forgé et mis en
circulation des pièces manifestement fausses? Au
commencement du XYll e siècle, un jésuite do
Tolède, le père de La Higuera, lança des copies
de chroniques historiques complètement inventées.
Peu de temps après', en 1630, le jésuite Melchior
Inchofer, pour l'aviver la piété des ~lessjnois,
publia un oU'Tage assez étendu sur une préten­
due lettre écrite il lems ancêtres en hébreu par la
Sainte Vierge et sur 1'alTivée ct la prédication de
saint Paul il ~Iessine. On peut plaider la honne
foi d'Inchofer, ct mème, si l'on Yüut, celle de La
[liguera, et leur reconnaitre une simplicité qlle
démentent leur vic et leurs travaux: mais on n'en
arrive pas moins à conclure que les chroniqur.s ct
la lcttre de la Vierge sont des œuvres de faussaircs

o
ecclésiastiques.
A p.artir du XYlI" siècle, les faux deviennent .tlus
l'ares, sans jamais cesser de se produire. 1.,'oro.to­
?iëi1' Jérôme Vignier mérite une mention spéciale.
Il fabriqua « une beUe suite de documents (1) n.
La vaine gloire d'avoir découvel't des pièces
importantes et le désir de s'attirer des faveUl's de
ln maison de Habsbourg dont il flattait les préten­
tions paraissent avoir été ses mobiles. A la même
époque, dans le :'IIaine, un mystificateur inconnu,
désireux de glorifier l'humble village de la Fon­
(1) Giry, 1Ila/wel de diplomatique, p. 883.
,

11:? LA COKTROYERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

taine-Saint-Martin, fabriqua un diplôme latin et


une y je de saint Démétrius en français, et mit ses
deux productions sous le nom du roi Clodomir, ­
Cc Démétrius, jusqu'alors complètement inconnu,
était censé un compagnon de saint ~Iartin ct le
premier C\ll'é de la Fontaine, - Le tour réussit
parfaitement. La vie et les miracles du saint apo­
cryphe s'étalent dans l'!!isloil'e de l'Église du
Mans de dom Piolin, et ils sc terminent ainsi:
(( En 1818, clos ouvriors OCCUP(;S il crousor 10'; fondomonts
(l'lino ohnpollo ajoutéo il l'égliso paroissialo (10 la Fontaine­
Saint<\iarlin, l'olirl'rent des ossomellts qllo l'on jllgea ayec
raison l'II'e ceux cle saint Uéméll'ills. pareo qlle c'était dans
cc lieu mêmo ([110, do lemps immémorial, on croyait qu'il
;\l'a il été en lorré, Ces o;;selllen ls fu l'en 1 rooueil! is a l'OC res­
pect ot dl'posés dans lino ch;isso, 01 on les Y('nèro clans
tOllle \a contrée 0), ))

Le cas montre clairement comment la préyen­


tion accepte facilement la moindre chose fayo­
l'able (2), Le zèle et la renommée n'ont plus qu'à
(1) Piolin, op, cil., l. l, p, S!J. - L'alrail'e a été tirl'e au clair par
~1. le chanoine Ledr'I, dans La l"'Ol'ince (/'/ Maille d·avrillDOi.
(~) En roici un aull'e exemple, tire- d'un lirre publie- par nn l'eli­
~ieux d'une congrl'galion 'lui s'est efl'orce-e pieusement de l'l,habi­
liter I{>gend~s et it"gendaires. Dom Fcrolin raeonle l':mecdote
suiqnle : « 11 nous prilun jouI' fantaisie de bl'arer il l'aide d'un
Cailleau le mot AlIelHia en caractcres hébreux. arec accompagne­
ment de poinls royelles sur la grande croix de pierre qni ,e
Iroure dans la huerla de l'abbaye de Silos. Quelle ne fut pas notre
~lupera€lion d'enlendre, deux ans pIns tard, un graye person~
nabe , que sa siluation aurait dù rendre plus eirconspect, se baser
sur celle rieille inscription (l'humidüé de deux hivers l'avait
r~couverle d'une fine rnou,se brise) pour vanter la cullure des
(;Iudes hébraïcjurs il Silos dans les siècles paSsés l). Histoi,'e cl"
l'abbaye de Silos, page 296. note. - L'auleur de la méprise si
finement raeonlée dans cet inoffensif récit est un des membres
E~PLICATIO"S K:'::CESSAIl\ES 143

amplifier dans la suite. Il ne faut pas toujours


suspecter les intentions, mais aussi on a le droit
de ne pas être dupe. Les personnes peu instruites
peuyent même légitimement sentir devant de tels
faits, le malaise qu'exprime la question du père de
Boylesye : « Quelle opinion auriez-vous du sayoir
des éYêques, des prètres et des religieux» chez
lesquels ces histoires arrivent ? Elles ne pl'ésentent
cependant pas l'importance que ce distingué
jésuite leu!' attribue quand il pm'le de l'erreul'
« dont l'intér(~t est si grave pour le pays ». Que
saint Julien ou sai~ys soient yenus en Gaule

{au 1er , au Ille ou "aïïIVe sir.cle, que l'un ait ressus-


cité tt'ois morts, que l'autre ait marché sa tète en
main, ni « le pa:rs » ni même les diocèses qu'ils ont
fondés n'y sont intéressés en rien. Leur intél'èt
consiste en ce qu'on ne confonde pas la fantasma-
gorie avec la religion, en ce qu'on ne déforme pas
l'intelligence en répétant des l'écits sans fond~­

u
o
n~, et en ce qu'un clergé n~ tl'acasse ni ne
calomni~les hommes de conscience et de raisoIT~
,qui les rejettent.
les plus distingués ct les plus savants de sa congrlogation. Supposé
que, sur son témoignJge, les études hébraïques de son monastere
~lient trouvé crédit, voila une erreur Jcceptée. - Sur la rnaniere
dont un personnage apocryphe peut faire promptement son cbe-
min, l'oyez dJns la Revue bibli'lHC du -1" jalll"icr 'I()01, p. 95,
l'histoire du pseudo-pelerin Virgile, inventé en 1888 par le car-
dinal Pitra. - L'histoire des supercheries e,l des m,;prises reli-
gieuses au XIX' siècle pourrait former une curieuse explication de
celles du moyen âge. Mais il est t1'op tot pour i'écl·ire. Quant au
xx' siècle, un fait arrivé en '1902 fait craindre qu'il ne res$emble au
pl'(~cédenL
CIL\PITTIE XI

(lSïS-1SSS)

l.'o\I'OGI::E 1.[; TII.\[)ITlU:'\:'\I~.\H·:. - I.E nullclin critique. ­


L.\ COi\;1ïWn:lI,m .\ CII.\ 111'11 1':";, .\ OIlÜ:Ai\;S, A I..\:,\(;IIE'; ET
A SE:'\S.

L'apparition de la grande thèse de dom Chamard


coïncide avec rapog~e du système trnditionniste(l).
Depuis longtemps dejù, il était unanimement
en=eigné dans les séminail'e!; (2) ct dans les
congregations religieuses. Un Il magister » d'ulle
communauté LI'ès importante lui trouva même cette
formule:

(1) Cétte c;pofJue est cal'actérisée cbns la iillérature catholique par


une apologdi'lue il outrance, l',:sultat fat;1I de la mentalité ll~g'en­
daire, POUl' r;,ppeler l'intrépidité ct l'insuccès de ces apologistes, il
suffit (le noter la manière dont il, s'exerci:rent au sujet des enfants
( d'AJe~andrc YI. L'un de ces écril'ains fut un apostoliciste déclaré,
le dominicain ?t1..J. QlJ.ù:jcr (Le pal,e Alcxand.·c VI et les BOl'gia,
Paris, Albanel,1ôilf, in·So), Les supérieurs ont empèchc\ la publi­
cation de la seconde parlie d'une réhabilitation trop audacieuse. ­
Les palrons de l'apostolicité soutenaient cette noul'elle oc Croisade »,
En '1882, le cardinal Pitra présenta au p~pe un paune livre sur Les
flol'gia el fit écrire à son auteur une leUre Oalleuse, (YO)·. Univers,
2-3 novembre '1882).
(2) Cf. les manuels d'histoire ecclésiastique de Blanc, Darras,
nichou, nÎ\'aux, Doublet. les seuls suil'is dans les gl'ands sémi­
naires fl'ançais depuis '18:;0 jus'lu'iJ ·18BG.
9
11G LA CO~TnO\"EnSE nE L'APOSTOLlClTf: DES f:GLlSES

« On doit croire il l'apostolicité dcs l~glisC5 COlllOle ;'t


l'Immaculée-Conception ou il l'infaillibilité du Pape. Ces
deux derniers dogmes n'ontété définisC]ucl'éccmmenl; mai:;,
comme dans \'Ipsa con 11'1'1'1 capu//tlwn il y a lîl11lllaculée­
Conception, camille dans le Tu es Pc/rus ct le l'asCl' arcs
Incas il y a l'infaillibilité pontillcnlc. de IIH~me l'In a111 11 en
r tCI:.!:.am e.rivil santis eonllll cl in incs 01'6,s Icn'«([' Tel'ba
) \carll11! (Rom., r,-l l'enkrme la l'('n:iation que 1es Apô­
Ge:;. stir'Yol'drOCie i\otre-Seigncllr Jésus-Christ, ont é\'an­
NI gélisé le monde en tier, connu des anci.ens, ct yon t établi des
Il' pasteul's. La foi il \'apostoJicité des Eglises n'cst donc pas
llne croyance libre, pas plus qlle ne le fut autl'efois l'illfail­

libilité papale; c'est 10' lS '''nenlcnt de l'(:gli:;e,

exprimé maintes fois dans la sainte liturgie, lc,r arro/( " le,l:

crcdmdi ('1), ct nous deyons nous attcndre il le yoir bientôt

déflni.l)

?\Ialgré l'éclat Je !cUl' victoire, les légendaires


avaient encore assez de retenue pour ne pas impri­
mer de telles énormités. Elles eussent poul'lant
paru bien naturelles, cal' elles étaient la conclusion
logique de leurs raisonnements dogmatiques. ~Iais
si elles ne s'étaluient point tout au long dans leurs
écrits, ils ne dédaignnient cependant pas d'y faire
de claires allusions. En réfutant l'abbé de ~Ieissas
dans un nouveau travail (1881), dom Chamard
insinuait la. « ucstion biloso hico-théologique»;
il qualifiait de « naturaliste ) le système e son
('\) Cet axiome ne pouvait pas même être mis en question auprès
des traditionnisles. Le péreŒù. Au~disail des légendes du
bré\"iaire : \( Ce ne sont pas des définitions de la foi; mais c'est ce
t qu'il y a de.P1.!!.s rem.e..clable apr~.les_d~Qnilio~~a foi: iffiut

lI

lnrera~dessus D. Guéranger dans ses Inslilldiolls liturgiques. »

Quant à l'opinion contraire c'est « une rentraine sulpjciegpe 'lui

Viect en droite 1iin~ des jansénistes.» (Carres}). inéd., t, l, p. 46G;

\I lettre datée du 10 mai 1875).

APOGI::E DU TI\ADITlONl':ISME 147

adversaire, ct lui laissait entrevoir le (c tribunal


compétent pour juger et condamner les doctrines
théologiquement erronées » (1). Peut-être ces
vivacités de polémique provenaient-elles de quelque
crainte sec l'de ? « A ne regarder que dans nos
rangs, avait dit :\1. de ~Ieissas, l'école légendaire
paraît aujourd'hui plus forte que jamais : elle a pour
elle le nombre, la faveur; les succès de librairie lui
sont assurés. :'lIais survienne demain quelque
événement comme la restaur'ation du droit cano­
nique, le rétablissement des concour~ ln reprise
des grandes et fortes éludes qui faisaient (\\ltJ'dois
la gloire du clergé français~ c'en sera faifdu règne
des argumenls vides~ leS-pI'océdés de mauvais aloi~
cesseront d'drc praticables ct l'école légendaire
aura vécu. Dusse-je mourir sans yoil; cela, je
n'en garderai pas moins l'assurance que d'autres le
verront)) (2).
Quand le vaillant protestataire en appelait il.
l'avenir. l'institution d'où denient sortir les
défenseurs de l'histoire ecclésiastique venait d't'Me
fondée, ct peut-êlre les champions de la vérité qui
s'y formaient patiemment et obscurément répon­
daient-ils : « :'Ious sommes prêts! ))
(1) Les Origil1es c/,,·étiennes. p. 1'2, :JO; p. S, note :J, _~1. de
Meissas est accusé de mauvaise foi. - AuIre échantillon de la
controverse: « Comment saint Irénée pOU\'ait-il avoir les préjugés
( absurdes et ignares 'lue lui prêle M. de MeissasC, ... » « Nos ad"er­
saires transforment saint Grégoire de Tours en un savant archéolo­
e gue de premier ordre et saint Irénée en un ignare imbéciie. Est-ce
au nom de l'impartialité? ') (l bid., p. '28~_.
(2) Réponse du docteur A. de ~Ieissas dom Pi . XLV'session
(1878) du Cong"ès archéologique de Franc, p. 463-464.
118 LA CO!\"TI10\'ERSE DE L'APOSTOLICITf: DES 1::GLISES

L'affaiblissement des études dans cette église


gallicane qui ~e glorifia si longtemps de son concile
permanent était enrayé pai:'ia fondation des univer­
sités catholigues~LiI, et WMOUt dans .celle de
Paris, la première et la plus brillante de toutes,

..
s'initiaient aux méthodes scientifiques un petit
. . ... ~
uombre de jJl'ctrcs dont les grades UlllversltalreS
garantissaÏJent la science et l'indépendance. S'ils
gagn(\rcn t, avec le lem ps, la eonsit!él'a tian, et
quelques-nns Illùme la celébrité, leurs débuts furent
pénibles.
Commeut en eùt-il été autrement? L'enseigne­
mcnt dont ils s'impl'ëgnaienl était si différent de
celui qui régnait parmi tout le clergé de France!
Jeunes et hardis, quoiqu'ils fussent peu nom­
breux, ils ne tardèrent pas il cOmmencer le bon
combat. POUl' détoul'fler les catholiques de lines
mal faits et insulIls.:mts qui encombraient leurs
librairies, ils fondèrent, en 18Sà;"'une revue austère
il~~le Bulletin critique: !\'aturellement elle
fut mal accueillie. On la trouYa « hypercritique» (1)
et, chose plus odieuse encore, libérale. Bien que lE­
paix imposée pal' Léon XIII aux catholiques ernpè­
chùt de commencer une gl'ande lutte, on chercha ft
déconsidérer la petite revue en lui suscitant des

('1) Le mot était alors Ires employé. Dans ses lI'otes his/QI'iques
~) sur un 'Jrlicle relatif all catalogue épiscopal de Poitiers,
dom Chamar parle « de l'hypercritique de M. l'abbé Duchesne)l.
1 avait dé-jà éCl'it : Cl Je me fais gloire de ne pas appartenir il
l'école hypercritique. » (p. 7 des Noies Ili~tol'iques extraites du
Bllli. de la ::>oc. des Alllil[. de l'Ouest, 2- trimestre de 1886).
LE Bl'LLETI/\ CnITIQl:E
~
débats théologiques (1). La liaison factice qu'on
avait établie autrefois entre la critique et le
jansénisme disparut peu :\ peu dennt un nom-el
accouplement, celui de la critique et du libéralisme.
On a voulu voir le triomphe de cette dernière héré­
sie dans la disgrâce dont fut frappé le cardinal
~après ce qu'il appelait lui-même son (( violent
manifeste d'intransigeant» (2), et le cardinal lui­
même ne le prenait point autrement en contempbnt
les incidents pénibles dont soulTrit alors son parti,
il écrivait:
(l J'ayais donc bien compris le complot '1U:l1H] je pouss:li

mon cri d'alarme jusque dans la lIollande. ,J'o~s


dep uis IlusieuI's (umécs lIne iulri"uc di:lblllir Ile ourdir i't
J Paris ct il ome, pour ccr:lsel' es lllcilirursjournaux ou les
l\corrompre ct les livrcr au Iibéralismc, Ici [i't lIomc], quatre
bons petils journaux ont sombré ayant le Journal de lIolI/c,
r/ualre cn Suissc, Irois dans la lIoll:lnde, d'autres cn
Esp:lgne, en Portugal. Pil Anglelrl'l'c. au Canada, elc. ~
MParis, c'cst un effroyahle aCC:lparcllIrnl dont le Hill/clin
}Icri/ique osll'lln dos traqllen:ll-ds les mieux réussis Il (:3),

Après neufs années d'éminents services rendus


au catholicisme par cette revue, dom Chamard ne

(1) Voici la bililiographie de deux épisodes: \lom de Hansy, Un


l-egain de l'école libùale, dans les Annales cle Prol'ellœd'oclobre
'1883 et dans ITllil'Cl-S des 22 et 25 nov~mbrel883: Le ratitoli('isllle
libéral, dans les Allnaies de P'-ovence de décembre '1883 et dans
l'Univel's du 30 décembre 1883; Cont"ot'Cl'se (ll'CC le Bllllelin Cl'i­
tique, dans les A mw/es de P)'ot'ence de janl'ier 18S'~; Dom Lë"èrjlle,
Richa,-d Simon et Bossuet d'ap"ès le Bul/elin C/-iliqlW, Uniras,
7décembre '1887.
(2) C~out~ abbli cle Solesmes, p. '179.
tom
(3) Lettre à CouturE9 27 aoÙt 1885,
150 LA CO:\TnOYEnSE DE L'APOSTOLIC1TÉ DES ÉGLISES

trouvait rien de mieux non plus pour la définir que


de dire: « Elle n'a pas précisément pour but de

)! défendre les vérités catholiques attnquées par les


ennemis de notre sainte religion ) (1). Et il appre·
nait aux lecteurs de r Univers que son fondateur,
( ~Igr Duchesne, «( n'a jamais élevé sa pensée
au-dessus des faits matériels qu'il découvre » ; que
CC son appréciation est entièremen~ régl~e sur celle

( des Til1emont, des Dœllinger, des Funk et des


llenan, qu'il prend pour modèles)) (2). ­
Le peu de sympathie qll'exprimentcesjugements
s'explique facilement. Désormais, pendant long­
temps, la controverse de l'apostolicite de France
( aura son histoire écrite dans le Bulletin au jour le
jour. .-\ moins de pécher par une trop folle extrava­
ganse, les publications légendaires y seront réfu­
tées ~opieusementet aycc bonne humeur. On devine
que leur analyse semble un divertissement pour des
~ gens accouLumésà de graves besognes et à de
. . ;.
rigoureux raisonnements. "
Depuis 1801, ce petit périodique possède un
compagnon d'armes dans le bulletin hagiographique
de la publication trimestrielle fondée à Bruxelles
sous le titre d'Analecta Bollandiana (3). Tandis
1que les légendaires vouèrent longtemps la première
revue il. l'exécration des catholiques, ils feignirent
d'ignorer la seconde. Il est plus commode, en efTet,

(1)j,TlJjt·"I'S. 12 mars '1889.


(2) Ibid., 6 mars.
(3) Les A na/cela Bo/landiana ont été fondées en 1882.
APOGtC Dl' Tf\ADITlO:\:\IS)!E 151

d'incl'iminel' l'orthodoxie de prêtres séculiers que


celle des jésuites, su l'tout quand on prétend accu­
ser ses arh-cl'saires de jansénisme. Les Bollan­
distes ne se laissèl'ent pas toucher par le procédé.
Jusqu'à la fin du siècle, avec une critique sûre,
personne n'aul'a ln main si ferme et si alerte.
L'exécution impilo)-able qu'ils fll'ent des traditio n -)
nistes a racheté leurs propre: foiblesses n~omen-
0
tanées et elle restel'a une glOIre pour leur IllusLre 4

Compagnie.
CèS deux organes l'épondaient à un réel besoin.

:'Iulle époque ne vit une plus f10rissante littérature

tl'aditionniste. On exalte dons de gros livres les

contes les plus insensés : ceux de Soulac, de

Bazas (1). Les propres diocésoins ne doutent plus

de rien, n'ignorent 'aucun déLail. Il renchérissent

méme sur les vieilles légendes. La légende de

sainte Marthe dans le bréviaire l'ornain dit que les

juifs mirent l'hôtesse du Christ avec ses com­

pagnons sur un navil'e sons voile ni rames. Le

J\ propre de Nevers ajoute, il l'office de saint Lazare,

que le navire était vieux. Pourquoi l'abbé Boutillier,

(1) Sainte Vér(lllique, april/'e de l'A'luitaille, son tombeau ct

son cHlte â Soulac, al! Xall'e-Ual1le de Fin-des-Terres, 2- êdit.,

1877, LVIII-362 pp. - L'auteur e,t ""'ez ignorant pour croire 'lue

les fnstilutions iitul'gi'llwS ont eté composees il Orléans, cf.

p. 2,4,9,

Dom Aurélien, des Célestins de l'Ordre de saint Denoit, ­

L'Apôl,'e saint .VaJ'lial el les fondatew's apostoliques des l:glises

des Gaules. Ba)lti.sta Salvatoris. Olt le Sang de saintJean à Bazas

peu d'années après l'Ascension de Notl'e-Seigneur Jésus-Cil,'ist,

in-S de 484 pp., '1880, Toulouse (Sistac), Paris (Lecoffre),


152 LA CO:\Tf\OYEnSE DE L':\POSTOLICITI~ DES ÉGLISES

nrchiyiste nivernnis et instignteur de cette nouvelle


réforme liturgique, not-il youlu nous donner ce
problématique supplément d'information?
L'origine des Églises du centre fut surtout alors
d0battue.
En 188!!, l'abbé Hérwult, numônier des sœurs de
la Proyidence ct consernteur de ln. bibliothèque
de Chartres, publia un line sur les Origincs chré­
tienncs dc la Caule celtiquc. Sn. thèse était que
les églises de Chartres, de Sens, de Troyes et
d'Orléans ont été fonùées pnr deux des soixante­
douze disciples de J ésus·Cllrist, les saints Savinien
ct Potentien, éyêques de Sens, et aussi par un de
leurs compagnons, saint Altin. Celui-ci serait
deyenu le premier éyêque d'Orlénns. La critique
ne permet pas de faire remonter les deux premiers
personnages nu delà de ln fin du troisième et du
commencement du quatrième siècle. Quant à
saint Altin, il n'est (lue le produit d'une légende
....
médiéyale élaborée nu~monastère ùe Saint-Pi erre­
le-Vif.
Au mois de noyembre de la même nnnée, un
professeur libre d'Orlénns (1) déposait un mnnus­
crit entre les mnins du comité de ln societe archéo­
logique de sn pI'oyince. Cétnit un examen des
difficultés que présentent les nctes des premiers
(1) Les premie,'s éVl'ques d'Ol'iéans, Exalil.en desdifficl/ltés qlle
pl'lisen/ent lelll's ac/es, par Charles Cuis~ard, professeur, membre
1
de plusieurs sociétés S:l\'antes. OU'Tage couronné p<lf la Société
archéologique et historique de rOrl('anais, cn ·1885, Orléans,
lIerluison, '1886, in-S,~pp,
LA r:ONTnO\'f::I\SE A OnÜ:ANS 153

évêques de la ville. 11 avait été commencé long­


temps auparavnnt, sur le conseil de dom Guéran­
gel'. Le résultat fut couronné au concours orléanais
de 1885. Paraissant il. la suite du liYrede::'lI. Hénault,
bien qu"il fùt écrit sans aucune mention de per­
sonnes et dans le style le plus mesuré, l'om-rage
semblait une réfutation. Il arrivait au moment
opportun pour relever les erreurs du conservateur
de la bibliothèque de Chartres et montrer que même
sa lecture des actes de saint Savinien était défec­
tueuse. L'auteur était tellement exempt d'intentions
polémiques qu'il s'était abstenu de lire le livre de
lII. Hénault avant de remettre son manuscrit.
Peut-être même n'aurait-il pas publié ses recher­
ches, aussi longues que bien conduites, s'il eùt
prévu la suite des événements. Le jour de la distri­
bution des prix du concours, 1\1. Hénault essaya
d'écraser son réfutateur involontaire sous les argu­
ments extra-scientifiques d'usage. Les auditeurs
regrettèrent et qualifièrent sévèrement le procédé,
et le livre n'en fut pas moins publié par la société
archéologique.
A peine était-il paru qu'on lança presque l'inter­
dit contre lui et, autant qu'il se pouvait, contre
l'auteur. On cria au rationalisme, d'autant plus
dangereux qu'il était inconscient. L'auteur n'avait-il
pas employé le doute historique! N'était-il pas
allé de l'inconnu au connu à l'aide des textes seuls!
Ne comprenant point la perversité de sa méthode,
la gravité de son cas, ne cherchant que la vérité et
9.
154 LA CONTTIOVETISE DE L'APOSTOLICITÉ DES EGLISES

s'imaginant que ses adversaires la voulaient comme


lui, il demanda une conférence contradictoire à
l'évêché. Non seulement on ne lui répondit pas,
mais encore une sainte Inquisition essaya de
,prendre, ou tout au moins de punir, par la famine
l'excellent chrétien qui s'était permis d'examiner
de trop près une vieille légende. Au commencement
de la controverse, les légendaires demandaient la
tolérance, ils suppliaient l'enseignement scienti­
fique de ne pas étouf1'er leurs voix, ils saupou­
draient leurs élucubrations de déclarations libérales.
~Iaintenant que « la vérité » domine, ils ne
reculent devant aucun moyen pour rendre son
règne perpétuel.
Au milieu ùe ses déboires, l'érudit professeur
d'Orléans reçut les encouragements de ~l. Léopold
Delisle et aussi ceux d'un prêtre qui restera l'une
des gloires les plus soliùes et l'un des plus grands
bienfaiteurs du diocèse. ?\Iais s'il est des appro­
bations singulièrement rêconfol'tantes, elles ne
peuvent empêcher la peine très douloureuse de cer­
taines con tradictions. Dans le cas présen t, l'une des
appréciations les plus dures vint d'où l'auteur avait
dû le moins l'attendre. Très ami des bénédictins; il·
les honorait au point de décider sur l'autorité de
C dom ChamQ.ia>dans une question de !'bistoire de
l'évêque Théodulfe (1), et il étaiten correspondance

(1) L'orig-ine de l'hymne Glol'ia, laus. Célestin Port el M. le


chanoine Amb. Ledru ont prouvé contre dom Chamard que cet
hymne a été composé au Mans.
.. '\.

LA CONTnOVEnSE A SENS 155

avc~. Celui-ci ne se chargea pas moins "


de son exécution et illa fit avec une intransigeance
toute dogmatique (1).
Pendant que la controverse s'agitait à Orléans,
elle commençait à Langres et à Sens.
Un brave curé, ~f. Lucotte, vengeur des légendes
de Bourgogne, disait il la fin d'un livre où il les
mettait en œuvre:

Et le cardinal Bernardou, archevêque de Sens,


rôpondait au brave curé, en le félicitant:
(1 Il serait profondément regrettable etlrislede voir surgir

de nouveau celle école des Baillet, des LauTloy. etc" qui


furent si justement surnolllmés les dh/.icJlCil1"s des sCtinls.

(1) Cf. Le Monue, nO du t-I juillet 1887. L€~ objections po~ées


sont les mèmes que d,lOS le~ autres controverses. « I;~u­
ment nt-"atif est tro souvent cm 10\'(:' II • ·auteur." Cc n'e~t
pas sous un serviteur e )leu du caraclè,re de saint Aldric qu'on
pouvait dénaturer les traditions de 11::;;lise locale ». Dom Piolin
n'a vraiment pas de chance avec le~ ~aints Alùric. - "Tous les
li\Tes litur;;iques de la catht-drale on,t (·té ddl'ldts, sans quoi on
verrait bien que saint Altin a été fêté >'. Il râudrait prou\'er qu'il)'a
cu des destructions, ct comment expliquer le silence des marl~'­
rolo;;es et autres monuments'! - Dom Piolin finit par annoncer la
prochaine publication d'un travail spécial contre l'aq;umenl des
catalogues. Celle promesse, qui n'a pas été lenue, est encore
un nou\'eau trait de ressemblance entre celle polémique et celle
cie M. d'Ozouville.
l'JG LA f:ONTnO\'F;nSE DE I:APOSTOLICITÉ DES I~GLISES

C'ét~it comme les derniers ('chos du jansénisme, de celle

[ héfèS1e qUI lit tant. Ilc m~J ct quc l'Eglise fl'~ppaoc ses terrj·

ble~ anathème;;, IIcurcusement. aujourd'hui comme au

xn' siède, COI1II11C loujoI1J'~, Bome esl là qui ycille,

.!"c~rdicnnc inf~illjhJc de la n:'ri!é c~lholjque. des saines

doctrine, cl de~ glorieuses tradilions de nos (:gli,es (1), ))

Bien CJUil partil' de 188:'>, les legendaires com­

mençassent il ètre inCJuiets SUl' le succès de leur'

réaction, ils ne laissaient point encore de poser

avec sérénité, Ils publiaient volontiers des (~dilions

de propagande de leurs travaux, comme si la

science c<ltholique n'avait cu rien de plus' portant

il vulgariser. C'est ainsi qu'cil 1880, dom Pioli

imprima une Ift'sloil'e papillaire de saillI Julien.

« La CJllestion des origines <Ipos!olifJues, disait-il

d <Ins la préface, 110113 la Sil pposons éI ucidée d'a vance,

En 1851. nous avons publié une dissert<ltion sur

le sujet et n01ls POUYClllS dire, en toute simplicilr~,

quc nous n'avons rien à changer dans les preuves

fJue nous présentiolls voili! tout il l'heure quarante

ans » (2).

(1) Pour plus amples rensri,;nemr·nts SUI' 13crili'lue du cardinal


Drrnanou, on pruL consulter sa Lcllrc pastorale de .11gl' l'a"che­
/l':''llle de Sens ri l'occasi~n .'.'u l'Clal:lisse11le~lt dit pi'leriHage de
1 Sqlllte J'al'lc·.\'adelcl11e a h::e1ClY, Scns, 18,6, .
(2) Crlte histoire csl au~si curieuse par son rcmplissage ct ses \
con rusions 'lue par sa chronologie, En roici une citation typiquc :
u Disciple ùe saint Paul. il (saint Julien) raisonn~it cornme cet
~
1illust,'e m3î1re au milieu des cs rits cul 'ré, ,,'sonncurs
d'Athcnes, elle rn Ol e aralt fait impression sur les intelli­
ge~puisque des i,crirains du \,J' siècle)' insistent comme sur
un sujet particulier de mérite et d'éloge, Il esL heureux, pour un
lils soumis de l'Eglise catholique. de constater que c'est aussi
la marche indiquée avec tant de précision, de clarLé et d'autorité
DO)l l'IOUN 157

Ce langage est plus imposant qu'exact. Dom


Piolin ayait sacrifié la plus forle de ses prcuyes en
cessant de regarder comme authentique la y je de
sain te ~I adeleine faussement a U ri buée il La n­ na
Maur.
Un peu plus tard, dom Piolin écriyait encore
au cure Lucoile au ~ujct de la critique qu'ayaient
faite de sa dissertation publi(;c dans le premier
volume de l"llislOÎI'C du .Ilans, les Chevalier, de
~leissas, d'Ozouyille : « Ils n'ont en rien ébranlé
la base solide sur laquelle repose ma Jl~mollstra­
tian (1). »
Tclle fut la dernière expression que donna cie son
sentiment l'un de ceux qui tinrcnt une des plus
grandes places dans celle drange controyerse. En
le yoyant disparaitre de la lutte, on ne pent s'em­
pêcher de se rappeler la remarque que lui écrivit
un jour, probablement en souriant, ~1. d'OlOuvilie
il propos du « bon saillt Adon» : « La sainteté de
la vie ne met pas il l'abri des préyentions de
l'esprit; ou bien, en d'autres termes, les préventions
de l'esprit ne font heureusement rien à la sainteté
de la vie » (2).
par :\otre Saint Père le Pape Léon XIlI dans celte immor~elle
Encyclique par Ia'luelle il indique la rndhode I"]ue doivent slli\Te
les professcurs de la scicnce lb,;olo[;iquc, )) p. 81. - :\ombre de
publications de dorn Piolin ne sont pas d'une tenue sensiblemcnt
ditrérente.
(1) Les App1'Obatiolls et la el'il;'lue, p, 6.
(2) Lettres, p. 22!~.
CHAPITRE XII
(1888·1895)

)lo:,\sur,NEUH nCCllES:'\E. - L'AnGlJ~IE:'\T [lES CATALOGl'ES.


- LES FASTES ~rISCOPACX, - « U1COQCE I:'\CTlLE » O(j
« FOHTEHESSE nE v,ILEun »?

L'un des fondateurs et des collaborateurs les


plus assidus du Bulletin critique fut ~Igr Louis
Duchesne, alors professeur d'histoire ecclésias tique
à l'Institut catholique de Paris, ct "rcQ.u docteur ès
l~s'en 1877 avec deux thèses qui présageaient
une glorieuse carrière (1), Il combattait, dans sa
petite revue, les publications légendaires. Sa réfu­
tation du livre de M. Hénault fut surtout remarquée.
Elle parut dans le n° du 15 mars 1885. Un chanoine
de la métropole de Sens en rapporte ainsi le
premier résultat:

« Cet article du ]Jul/ctin critique, di!ns lequel on insinuait


que le martyre de DOS saints étail peu authentique, souleva
un toile général dans le clergé sénonais. ~Ionseigneur
l3ernadoll (l'archevêque) en fut indigné plus que personne;'
il réunit immédiatement les membres de son Chapitre et

(1) Vo)'ez une notice biogr~phi<Jue de Mgr Duchesne par


M. Joseph Berlhel~, dans la Revue de B)'elagne, n" de juin 1884,
pp. ~10-456 (et en tirage à part, :t\anles, in-S, Hl pp. : M. l'abbé
Du.chesne, ses t,.avaux d'his/oi,'e et d'a7'chéologie).
\GO LA CO:\TnOVEnSE DE l:APOSTOUr.ITÉ DES EGLIS~

leur communiqua une leUre forl \'h'e qu'il venail d'écrire h


~Ifrl' le l\ccll'ur de !'!nqilul catholique pOUl' lui c'(primer la
)) peine qu'il re~scnlail de ces indignes attaques, Oc plu;;, Sa
(;rant!cul' saisit la premièl'e occasion qui ;;c présenta pOlll'
!aire entendre ses doléances il ses vénérés colll'gues, les
l'véques des diocèses yoisins (1). »

Le cardinal Bernadou tira une protestation en


polycopie et l'expédia àux diycrs éyèchés des pro­
yinces de Sens ct de Paris. On dC\'ait, d'après ce
( document, dénoncer 1\1. Duchesne à la yindicte de
Home. Le c<lnlinal se chargea en plus de demander
sa destitution au conseil des éyèclues administra­
teurs de l'Institut catholique, .Le coadjuteur de
( Paris, l.Igr Hichard, prit peur et, pour laisser aux
colères le temps de sc calmer, il accorda lin congé -1
d'un an au professeur. sous prétexte de lui permettre
de pousser la publication de son Liber pon tifica lis.
L'année scolaire suivante s' ouyri t; ),1. Duchesne
était en congé. Les éyèques administrateurs se
réunirent au mois de novembre, sous la présidence
du cardinal Bernadou, car l'archeyèque dc Paris,
r{ le cardinal Guibert, était malade. Si celui·ci eût
LI présidé, l'archevêque de Sens eùt sans doute porté
sa motion- ils partageaient les mêmes idées scien­
tifiques - mais, en son absence, il craignit d'avoir
à discuter lui-même contre le recteur, l.Igr
~I~ qui aurait défendu son professeur. i\'e sc
sentant point d'érudition et d'éloquence égales, le
cardinal I3ernadou ne demanda pas l'exécution

(1) Tradition histol"iqlle, p. 24.


L'ARGU,IE:-iT DES CATALOGUES 161

î projetée. Les évêques partis, le recteur engagea le


2.. ?rofesseur il. remonter dans sa chaire, mais celui-ci
Féféra consacrer au Liber pontificalis les loisirs
a;n:quels il avait droit. Les traditionnistes prenant
le congé pour une suspension de cours se tinrent
[
pour satisfaits (1). .
En dépit de toutes les entraves apportées il la
science, la question reçut justement, dans ce temps­
là, un élément d'information, sinon complétement
nouveau, du moins, par la manièredontilfutcxploité,
singulièrement grave.
En 1884, ?II. Léopold Delisle publia un inven­
tail'e.$'oodeê anciens catalogues des évêques des
f~gliscs de France. Toutes ces pièces, disait-il,
(1

(1) On tl'ouye sourent dans les !,ol(miques suiY~nles des allu­


sions il cetlc suspcnsion. Par cxemple, le curt; Lucotlc écrit: « Son

- Jjl\
cours d'his/oil'c cccllisiasliqlle :rl'Institut catholiquc dc Paris a ,;té
suspendu. pcndant un an. il la dcmande d'un cardinal ar'cltcYèque
dC Fl'ance; ~1. Ican!. sup,:ricur gèn(:ral dc la Co. mpagnic de Saint­
Sulpice" a c!<:fen,du 'lUI dcycs du sémin~irc dc Saint-Sulpice de

- PaCls. d aSSIster a ses lelons. II Or,g. dll droe. rie Langres, p, LX.
L'interdiction du cours de ~1. Duchesne par M. Icard est un fait
antérieur il la campagne du cardinal Uern;ldou. }of. Icard avait été
excitC, il prendre celle mesure par l'abbé Rambouillet qui nc patta­
geait pas les ·idées de ~L Duchesne sur le }l1'OCesSIIS dogm"tique. ­
Le supérieur gC,neral de Saint-Sulpice et le cardinal de Sens, qui
étaient liés ù'amitié', profess"ient les mêmes opinions en questions
ecclésiastiqucs et tous ùcux étaient appelés des « gallicans ll. D'où
l'on peut remarqucr qu'il n'est pas exact de lier le gallicanisme
aux thcses critiques. - ,\près avoir remercitl les personncs qui
lui ont rendu serrice pour la publication du Libel' Pontificalis,
M. Duchesne ajoute dans la prt;face : [( Je dois ~ussi un tèmoi­
gnalOe ~pC,cial de rcconnaissance à m~s supérieurs ecclésiastiques
qui m'ont accordê, pour ce tra\'ail, bien des facilités, et notam­
mentie loisir relatifsans lequel je n'aurais pu le conduire au point
où il est arrjYé. "
162 LA CO:\TnovrcnsE DE L'APOSTOLICITf: DES ÉGLISES

n'offrent pas les mêmes caractères d'authenticité'


il en est qui ont été dressées pOUl' ainsi dire nu
jour le jour, et qui méritent la plus elltière
confirlnce. D'autres. au contl'aire, ont été refai~es
ou complétées après coup, souvent il l'aide de
textes suspects ou mal interprét.és. Chacune des
listes doit donc être con trôlée et critiquée isolément.;
mais l'ensemble peut être l'objet d'une recon­
naissance générale qui jettera quelque lumière
SUI' un groupe de documents jusqu'à présent trop

négligé. ))
Après avoir longtemps travaillé au livre épisco­
pal de Home et disséqué les légendes de quelques
Églises de France sur leurs origines, :\1. l'abLé
Duchesne étudia cet ensemble de catnlogues. D(~s
1890, il publiait il leur sujet deux mémoires. Le
premier traitait de l'Originc des diocèses épisco­
paux clans l'anciennc Galllc. L'auteur faisait
remarquer qu'il subsistait vingt-quatre catalogues
en bon état, hien en règle aycc la chronologie
depuis le yC siècle. On ne peut cI'oire, concluait-il
justement, que, pour la période antérieUl'e, tous
ces catalogues aient été tous négligés et (IU'ils
présentent tous d'énormes lacunes. Peut-on sup­
poser que tous aient oublié le nom des évêques
de la période la plus intéressante et la plus
méritoire: celle de la fondation de l'Église et des
persécutions? (1)
(1) L'argumenldes calalof;ucs gue .'I1f;r Duchesne a misen œUlTe
d'une manière très risoureuse avait été exposé antérieurement
L'ARGC)!ENT DES CATALOGCES 163

La déposition de ces catalogues sur la date de


l'organisation de l'épiscopat présente donc une
importance capitale. Ce témoignage semble même
décisif, renforcé qu'il est par l'analogie des Églises
d'Orient et de la Haute·Italie et par l;explication
naturelle des textes des historiens de la Gaule.
La conclusion qui ressort cIes documents s'im­
pose: le pays voisin du Rhône a été évangélisé de
bonne heure. Quant à la Gaule celti~w, on y
'J trouve, au second siècle, des groupes de chrétiens
disséminés~ On peut les désigner, si l'on Yeut, du
? nom d'Églises (1) ..1 Ils s'organisent peu il peu
séparément,Sse fractionnent, évangt';lisent, enfin
augmentent de telle sorte qu'ils unissent pal' cons­
tituer, au Ive siècle, il peu près autant d'éy{;chés qlle
de cités.
Dans son second mémoire, publié en 1890, l'au­
teur faisait l'application du systeme il une ancienne
proYince ecclésiastique: « Si je commence par la
province de Tours, disnit-il, c'est d'abord il cause
de l'importance du siège de saint ilIarlin aux

dans cclte contro\'ersp; les cnllgues l'adlnetl~ient, \'oy, par


e~cmple, .I·abbé Pascal au Congres arclu"oJogique de ~Iende,
aoi.1 '185i (Cnmpte rendu, p. i\.-i5' .l) 1851, ]';.obé Clouct. ~
16gwdaires le reiet~ient; vo:. dOl Cham:ir cn '\859, SI!]J" p. 72.
(1) Bul/etin c"ililJue, XYII (189 , p.127; Fastes, l, p, 73; Il,
p. '153; Bcllet, nT'. ci!., p. 7 et 11-1. Je résume ici tout le systèmc de
Mgr Duchesne; il nc s'est ainsi formulé el prt':cis,; qu""'ec le
temps. ~lgr Duchesne a publié le premier e~posé <lc son sl'st('rne
0.!2!J~lt.f!!J:jsliallis711c..eJ.L..fuLule~S83~ A nnales
~pltil' chretienne, vÜr;-p:- 1-'15~r Duchesne s'est
défendu de bonne heurc d'admettrc le systeme dit gr('gorien; \'oy,
Bldl. cl'il.,15 mai 1881, p. 6, el Ol'igines r.hl'élienne.\ (J878-8'1).
16'1 LA CO"TrlOVE:nSE DE L'APOSTOLIC1TE DES EGLISES

temps anciens de notre histoire religieuse, ensuite


parce que cette province est la mienne. Il faut être
de sa paroisse. »
En entendant argumenter ainsi sur les listes
episcopales, les ennemis du système crièrent il la
\lnouveauté, au nihiLj.§llle (1), accusant le critique
J\de faire table rase de toutes les traditions, de
toutes les opinions. Ces appréciations n'étaient
CJu'une manière de dénigrement. L'œuHe de
~I. Duchesne n'est ni si exclusive ni si nom·elle.
Quand des documents authentiques modifient,
même pour les allonger, les listes épiscopales, il
les accepte parfaitement. Il écrit la monographie
des origines de chaCJue Église (2). Les idées gené­
l'ales (lui s'en dégagent sont les conclusions (l<'~jà
formulées p~ les grands érudits des XVIIe et

~
XYlIl" siècles~et c'est pourquoi"'lc~ réactionnaires
pc la légende's'élevaient contre cc traYait CJui était
une vi~ritaï)le restauration scientifique tandis .qne,
sans le recul infligé par eux à l'histoire ecclésias­
tique, il n'aurait été qu'un perfectionnement ou
une vérification: la révision du Gallia Christ/alla.
Les tentatives de réfutation furent très faiLles.

(1) Blondel, l'mdition histol'ique, p. 25.


(2) En écri"anl celle monographie, Mg-r Dllchesne a rejeté le
lérnoig-nage de certains lexIes d'intérêl gi,néral, tels que Eusebe,
li\". y, c. 23. « Il en résu!le, dit Harnack, que quel'lues é"('chés
gaulois dont Duchesne "eut ramener la fondation il la seconde
moilie', du l/I' siècle datent de sa pl'emii're moitié ou même de la
lin du li' siècle. » (Die .1lission, p. 50S) Yoy. les obser\"ations de
~13r Dellet, Les Origines, 2 e édil., p. 73, et de M. le chanoine
Dusson, Province du Maine, 1. VIII, p. 35'1.
L'AHGU)LENT DES CATALOGUES 165

Leurs auteurs en eurent sans, doute conscience,


cal' ils sommèrent les cc gardiens de lu doctl'ine »
d'interyenir. 111. le<.9hanoine Blond4écl'ivait :

«( Nosseigneurs les éyêques fondaleurs de l'ln'Stilul catho­


liqne de Paris sa\-ent-ils que tel esl l'enseignement rtonné
par ce célèbre professeur? Non, pour la plupart; ct YOilil
polll'quoi je crois c\e\-oir appeler ...I·espectueusemenl lcur
altention sur ce point. Ils ne youdronl pas tolurer plus
longtemps la glorification d'une méthode qui ne s'nrruie
{ que sllr des ln- olh0ses et des négations toutes "raLlIlles,
lIIélhode qui ncus a él6 lInpor ce ( : Ilemagne; car c'est
llans cc pays que le trop failleux Henan est allé puiser ces
prineipes cie crilique oulrée donl il a fait l'usage que l'on
sail » (1).

pcnsait ùe même, et il le disait à

«( Chacun réponcl de ses CXln\ï'eS, et l'on ne peut empêcher


( personne de sui\'J'c les Ir.tces glorieuses des Baillet, des
lIarùouin el cles Launoy. :'lIais cc qu'on lleùcyait pas faire,

t
c'esl (l'enseigner ol1iciellernenl dans un hant établissement
d'études ecclésiastiqucs, qui a été. il coup sûr, fondé pour
un l,out autre IJllt, les principes d'ulle telle mélhode, ct
l'applicalion qu'on en fait. Les raliona'iisles et les protes­
tants suflisent pour le but qu'ils se proposent et les catho­
( liques n'onl que faire de leurprêler la main pour les aider
ill'atleindre pl~s faeilement et plus promptement » (2).

('1) TI'aJilion histol'iqLle et fausse sciellce, p. 25. - On trollve


dans ce p~rnphlet ('1S92) de M. le chanoine Blondel des phrases de
1 ce genr'e: « C'est drôle !... Et c'est:i nous, Slinonais, que l'on vou­
drait faire al'aler de pareilles bourdes !'o' Assurément M. Duchesne
est de bonne foi; seulement son faux système antilraditionncl
]'ég~re » (Ibid., p. 23, note.).
(2) Lellre datée du 8 f"Hier 1S92 et citée par J'abbé Trouel,
ReUlle c/t! .H07/cle Catholique, septembre 1S9'~, p. 447.
j(j(j LA CO:-\THOYEHSE DE L'APOSTOLlCITÉ DES ÉGLISES

L'indignation traditionniste redoubla quand


~I. l'ahbé Duchesne puLlia en lSD:j sa dissertation
SUI' l'apostol<1t 1)J'ovenç'al de saillte ~Iadeleine (1);
mais il n'y eut guère J'éclat jusqu'en 1894, où
parut le tome 1er du bel ouyrage intitulé : Les
Fastcs épiscopaux de L'al/cienne GalLle. C'est
Yl'aimellt la réunion de loules « les données l~parses
(lui nous sont l'estées SUI' la chronologie cle nos
(~\'èfJuesjuslJl\\lla fIn du IX C siècle » (2). Elles four-
lIisselll aux allciens catalogues, clont le texte est
soigneusement élabli, Ull commentaire court, mais
d'ulle luétliotie ferme ct pl'écise.
Le premier volume esl consacré au Sud-Est cle
la France. A vcc ses prniminaires SUI' l'origine
cles diocèses et son appenclice SUI' les traditions
cle Provence, il forme véritablement un ouvrage
complet. Les mémoires clispersés de ~I. l'aLbé
Duchesne n'avaient guère ét.éjusque-lit abordables
au grand public. Aussi le volume pal'ut-il comme
une étrange nouveauté; la réaction commencée
contre la crilique cinquante ans auparaYUnt était
encore si puissante qu'on pourrait même dire que
l'ouvrage fit scandale.

(1) Les légendes de Provence ont l,té depuis défendues par le ~Ji
sD-'Lnoine J .-II~@ Gallia Chrisliana llovissillla, dom ,
Lévèqu~ùom ine 'ab~; il )' a Ioule une littérature \
SiirlëSlljel. On en trollver:! l'appréciation ùans les Ana/eela. -
~Toutes les prétentions provençales se brisent contr~ les témoi-
gnages antériellrs etlrès positifs de Grégoit'e de Tours, \\ïllibald
ct l'évêque ~Iodeste, qui placent le lombeau de la ~ladeleine à
Éphèse.
(2) Fastes, p. YI.
LES FASTES I~PISCOPAlJ~ lôï

On se serait attendu a voir il la tète des récla-


mants dom ~ Peut-ètre l'insuccès de sa
polémique contre :\1. Duchesne il propos du Liber
POlltificalis ct de la rilémoire d(2rdinnl Pi~le
dissuada-t-il de reprendre la plume. A qui s'éton-
nait de son silence, il répondait qu'il avait solide-
ment réfuté il l'avance Les Fastes épiscr>jJatu:
dans plusieurs passages de son line Les l~'glises
du Monde romain (1), notamment aux pages 29~),
I
\ 314, :319 el 328.
Les chanoines l3Iondel ct Arbellot, qui ne po.r-

l tageaient sans dOllte pas cette conflance dans les


ressources de leurs travaux antérieurs, protes-
tèrent tout de suite (2).
Leur voix ne flt pas impression: elle fut couverte
ct contredite par une aulre plus autorisée. Le
[) septembre 1894, dans son grand discours au
troisième Congrès scientifique international des
catholiques tenu il Bruxelles, ~T d'Hul~ qui
venait de recevoir une fode leçon sur la critique

t biLlique, ne craignit point de se servil' de la ques-


tion de l'apostolieité des Églises de france comp1e
exemple, quand il donnait aux « maximistes » le
conseil~'"de ne as « s'attarder inutilement dans la
défense de quelques bicoques InU 1 es )1.' DO
G ~

CI) Dom Chamardles avait même réfutés dèS'l85\l; cf, ci-dessus.


ch, V, p:72.
(2) Blendel, Comment on jugera dalts cent ans les ouvl'ages de
JI. l'abbé Duchesne. Sens, Duchemin, 1895, in·8,'25 pp. - Arbel-
lot, Obsel'vations critiques.
(3) Compte "endll, introduction, p. 3~.
158 LA CO:\'UlOVEnSE DE L'APOSTOLlCrrf; DES EGLISES

La Revue dcs Questions historiqucs, se sentant

sans doute atleinte, répondit par les considérations

suivantes:

c( Défendre avec aehal'llel1lcnt une bicoque sans valcur

est un défaut de tactiljllC, mais ce scmit un défaut plus

grave encore que d'abandonner, apri.'s l'aniÏr démantell'e

SOi-mème " 'il amait lu il !'t'nncmi de la tl'aitC]' de

Jtlé~ble,
bicoque, tcllc position dÛllIûurée solh1c el. en l'l'a 1 e, l'ès

II est injuste et inconvenant de Suup('Ollnl'I',


\ d'accusel' il tous propos les savants catholiques de franchil'
les bornes lég-itimcs de la science ct de ti':l.hir la cause ùe
J! l'orthodoxie; mais il n'est pas non plus très r:l.isonnahle ni
très prndent, conllne le font un certain nombre ùo catho­
liques, surtout do catholiqnes inf1uents, de donner tonjour,;
Il]ll'iol'l' et comme pal' nn élan naïf ct spontane) dc l'esprit.

~
imbu il son insu d~s préjugés dc notrc lelll~S.' l'ar:tJltagc c,t)
l' las al ' '. ns aux travaux, an mente dcs sarants
hdérodoxes sur ceux des tra\'aillcurs fi e es a a (JI et il ries
l'I~<;Ij,;e, et d'obli<;er par lit ces derniers il lullcr tout h la

J~ fois contre la malreillance dédaigneuse de leu!'s ad\crsail'cs


et contre lc dédain négligent de lcurs amis)) (1),

(1) llevue, 1'" janvier '1895, cbronique par 1D!. ~larius Sepct el
Eugene Ledos, p. 2iO.
La llevue li pris depuis loutes les altitudes des difTérents allteurs
de comptes rendus. - A propos du lome 1'" des Fasles, le IL P.
Hippolyte Delcbayc, S. J., tout entier il la méthode scientifique,
écrit: l< La tbese de la îondation relativement tardive de la plUP:ll't
des sièges est une de celles qu'on ne delTait plus se permettre de
contester», ,. '1" janvier 1895, p. 306. - La seconde édition
du IilTe de Igr Dell Les Origines des É'glises, est pr~sentée (p,:r
dom A. du ourg) en ces termes: « ~lgr C.-F, Bellet cont:nuc à
[ combattre le bon combat pour la dérense de nos traditions '!alio­
na/es ... Cet ouvrage est uu acte de coui"age ", no du 1" al'ril '18\.19,
p, 633. Rendant compte du lilTe de M, Ch. de Lasteyrie, L'Abbaye
de Sailll-.1fal·lial, dom du Bourg dit encore: « Il se range du côté
l' des négations de l'école hl'percritique " no du '1" juil!et190i, p, 343.
1
[)O~I PL.\I?Œ lô9

Science Catholiqlle. d'[lnil 1895. La « bicoque» '\


lui apparaiss<lit « comme une forteresse de v<lleur » J
(loc. cil., p. 4.21). Dom l'laine voyait dans la \
diffusion d~ l'opinion de jIgr u'Hulst « un danger J
individuel» et « un danger social ». Le « danger
individuel ») est pour l'historien critique, surtout
quand il est prêtrc ou religieux:
« S'il n'a ordinairclI1cnt d'autre crill'l'ÎIiIII quc la raison
/11 privée, s'il n'accorde que le muins possible h~ verlu Slll'llil'
~Itllrcllc de la foi ( uand il s'arril de nliracles cl de )rodF'es.
i se Ci'mc par Iii la 1111':11'1 des i" . .. mct il.
sa /SPOS/lIOIJ pOlll' ae( ul'ril' la verlu d'hlllllilitéel une \Taie
a uega Ion C ;:oi·lnèmc. JIW penser allssi tIc sa dé\"()lion
cll\'ers lcs ~ainls. ct cm'cl's l'Eg.liSC ('lIC-ll\t'me, quantI assez
souvent les saints, qui sonl pr(lposés aux homUHl'~CS do sa
[ piMé. l. our III (c::: crS(1UlIa"cs" ' ,, li cux,
quand il reproche jouI'DellenJ(~nl il l'Eglise sa mère d'accor-
der croyance il des fables el de toml>cr dans beaucûup
d'autres al>errations, lorsqu'ail lieu de sui\"fe docilement sa
[ direction, il eslloujoul's disposé il b. lrOllYe!' en fallte SUl'
tel point ou SlIl' leI autre':' )

Le « péril social, » « conséquence logique du


précédent, consisterait tIans une diminution nota-
ble de la sainteté au sein de l'Église» (p. 42!!), Et
le moine de Solesmes présente sa protestation
comme « un écho, hélas! trop affaibli, des ensei-
gnements qu'il a recueillis sur les lèvres du car-
dinal Pie et de dom Guéranger. Ces deux grands

~
maître~uraientsans nu1ëIOute élevé la voix dans
la_circonstance presente, s'ds étaient encore du
nombre des vivants, et cette voix <lurait assurément
t~ouvé uu retentisscmellt (p ..'125) »),
10
170 LA CO"THOvEnSE DE L',\POSTOLlCrrÉ DES l~GLlSES

En tout cas, malgré l'étonnemer.t qu'il causa ct


l'inévitaole reprol:hc de hardiesse qu'il encourut, le
discoUl's de ~lgr d'Hulst fut comme un édit de
~ ~antes accordé aux d,~fc'~sel\rs d:.~ tlte's.es hi~t~­
( l'lques (1). On cessa cl InSInuer (lU Ils élalel1t lIel'c­
J
tiques, L'enseignement des séminaires devint plus
large. On mil des points d'intenogation dans les
{ nI marges lIes anciens manuc:ls ~ on cn toléra dc ll.0u­
)~ veaux traduits de l'allemand (2) - importe:::; Jês
(c universités prussiennes », comme aurait dit dom

~ - lesquels professaient. lin grand détache­


ment SUl' ln question.
Dans celle sorte de paix, toutes les concessions
ne furent pas faites seulement parles traditionnisLes,
D'excellentes revues critiques devinrent, elles
aussi, moins intransigeailtcs. Elles distillguèrcnt
1<1. littél'ature qui ressortissait de leur juridiction CIl
deux sections: ln scientifique ct celle qui ne l'était
pas. Elles rendaient compte très copieusement de
la première. A la seconde, elles tiraient en passant
cette révérence hùtive ; « Ces livres ne sont pas
d'érudition, mais d'édification »., - Et vraiment
peut-on appeler d'édification des ouvrages qui
fausseront peut-ètre irrémédiablement l'esprit de '
femmes et d'enfants sans défense, les seuls lecteurs
probables? Et si ces histoires s'égarent par hasard
("1) L'édit a été violé à diverses reprises ct même très récemment
encore.
(2) Les manuels deqlrüc,k)(traduclion. Gillet, '1S860\'ra~ (Ira­
ùuction Goùet el Ve'rscliâlfel, '1891) el FUllk,(tr~duc\ici'"iJttemmel:,
1891 et '189;». '---...J­
,
r
1

1.
I-'-!' '-,_­ -~--

,.

DA:\GERS DU TRADITIO:\;>:IS)!E 171

en des mains viriles, ne seront-elles pas gualifiées


. . 'J"l'l r?
de cc blagues» ou de c( superstitIOns » par ~ e
moderne; dont la raison les juge inacceptables; ne
seront-elles pas la pierre d'achoppement SUI'
laquelle viendra sombrer un sentiment religieux?
Si un esprit éclairé trouYe dans les oU\Tages
catholiques les plus vantés, dans ceux qu'on pré­
tend opposer triomphalement au protestantisme ct
...... au rationalisme, d'étranges complaisances pour
dJnsignifiantes légendes,'" ne concena-t-il point
légitimement quelques soupçons d'obstination ct
d'habileté sur l'apologétique dogmatique (1)? Enfin
-.3' toute cette liLtcrature.1 n'.a-t-elle pas produit un

eITet déplorable sur 'le clergé lui-même? Avcc ces


r,écits men'ci lieux, ces sarcasmes continuels con tre
~ J,g jugement,S la défaveur jet0e sur les écrivains
sans passion, n'a·t-on pas créé cet dat d'esprit si
remarquable qui assura, entre autres succès hon·
teux et caractéristiques, celui du mystificateur Léo
Taxil? ­

(1 Edmond de Pressensé";1 ousel'\"(; (Bcvuc blcllc, l. 110, p. 5flfl)

il propos 11 cs -C7ïï-iSï~ P. llidon. « POUl' lui, dit-il, l'idenlité

de ~Ial'ie de ~lagdala, de ~Iarie de DClhanie et de la péchel'esse de

T\'aïn ne fait pas de doute, parce qu'ainsi le veut, non pas la doc­

trine CQ4!sacrée, mais la lradition de son l~;;li~e. Et cependant celle

identité e~t absolument iOipossiblé' des qu'on tient compte des

récits originauI. ))

_ -::=:t
CIIAPITfiE XIII

(1895-1898)

~IONSEIG"ElJH BELLET, 1lI::n:.'\SEVII DES Ü:GE.'\DI":S. - I.ETTIIES


DE ~1O"SEIGNElJl\ I.ELO.'\G ET DE ~1O:\'SElÏo."Œl:1\ corro.'\. ­
TRADlTlO:\' ET TH"\DrrIO.'\~.

Toute confession religieuse renferme des défen­


seurs obs tinés de toutes les doctrines dans lesquelles
ils ont été élevés. Aucun progrès, aucune décou­
verte ne peut en rien les en détacher, et quiconque
est seulement suspect d'incliner vers ceux qui s'en
écartent voit immédiatement foncer sur soi l'un de
ces chevaliers des conceptions immuables.
Les catholiques de France au XIX· siècle ont
compté dans leurs rangs un bon nombre de ces
ennemis du développementhistorique et scientifique
et qui croyaient trouver dans la Bible, le bréviaire
et le martyrologe, la solution nécessaire de tous
les pourquoi et de tous les comment que se pose
l'humanité. L'un de ces adversaires de la critique
fut ~ P. Fontai~ de la Compagnie de Jésus.
En 1887, IlSe sentit inquiet. Quelque chose
d'insolite lui paraissait se passer chez ses coreli­
gionnaires. « Au dire de quelques-uns, écrivait-il,
"!O.
lï4 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

il tendrait à se former parmi les catholiques fran­


çais une certaine école qui reprendrait pour son
propre compte les traditions de ce Launoy que l'on
appelait un dénicheur de saints. » Toutefois, avant
de partir en guerre contre la « certaine école ), le
P. Fontaine eut l'heureuse idée de lire Les prill­
cipes de la critique historique. Ce livre du
P. Charles de Smedt ('éclaira. « Selon l'éminent
bollandiste, dit le P. Fontaine, le péril vi~rait
d'un côté tout oJ;!posé (1). » Comme l~ation du
P. Fontaine n'était pas de parer aux périls « de
droite », mais à ceux « de gauche », il porta son
activité sur un autre champ de bataille. Les crises
dogmatique, philosophique et biblique qui se décla­
rèrent bientôt après dans le clergé français lui
donnèrent occasion d'illustrer son orthodoxie. Si la
controverse de l'apostolicité ne le compta point
parmi ses héros, du moins l'histoire doit-elle enre­
gistrer que, vers 1887, elle eut l'honneur de fixer
son attention.
Le principal champion des vieilles légendes
~ contre l'école de l'abbé Duchesnc"-èt des Bollan­
distet fut Mgr Charles-Féli~,prélatde la
maison de Sa Sainteté Léon XII l.
Ce n'était pas un nouveau venu dans la contro­
verse. Il Y. avait débuté en 1879, aux assises du
'-..S'-- congrès archéolo~uétenu à Vienne. Elles por­
tài:em dans leur programme cette question : De

(1) La Chaire et l'Apologétique ('1887), p. 35~.


~1O~SE[GNEUn DELLET lï5

qucllcs rcssources sont les inscriptions chré­


ticnncs pOlir l'avanccment dcs étudcs relatives
(
all:r: origines de la ville dc Viennc? ~I. l'abbé
Bellet lut en réponse une Dissertation historiquc
sllr la mission de saint Crescells, disciple de
sént Paul, évêque et fondatcur dc l'i.;glise dc
( VlellllC dans lcs Gaulcs, ail le' sièclc dc l'ère
chrétienne. Il n'appuya point son opinion du témoi­
gnage des inscriptions, mais de la tradition, et,
pour commencer, la fonda sur ce saint Adon, qui
professait des méthodes chronologiques si larges.
Quant aux historiens, :M, Bellet les divisait en
deux groupes:
CI On connait, di~ait·il, les grands trayaux qui ont illustré
le~ jésuites Bollandus, I\ircher, Sinnond, Labhe, Co~~arl,
etc, cl surlOliiles Bénédidins de la Congrégalion de Saint­
1 Maur, ~Iabillon, Huinart, d',\chery, Montfaucon, pOlir ne
citer que ccux-lil. Penùant que tous ces espl'its sérieux sc
li\'l'aiellt ayec tant ùo succès!l l'érudition età la critique des
tex les, une autre ';:cole lion moins savante, mais placée sur
un terrain religieux dill'érent, en un mot l'I~cole janséniste,
1 d rt-Ho 'al étailla Yér'taiJ e ex réssion, ètudiait il ~on
\ tour l'Histoire de l'Eglise avec l'esprit 'une critique telle­
ment outrée que, sous pl'étexte d'éloigner toutes les légendes
1; pllls ou moins apocryphes qui se rencontrent dans les pre-
IIliers siècles chrétiens, elle rejetait impil.oyaiJlcrnent toutes
les traditions, même les plus sérieuses ct les moins incon­
L testables, Nous n'ayons pas il retracer ici l'histoire de ces
\ deux systèmes, ct le peu que nous en ayons dit sumt pour
faire comprendre la véritable portée de la question (1). ))

Qui ne croirait d'après cette déclaration que


(-lLQp, cit., p. 2. A Tillemont, « l'historien janséniste )) (p, 21),
~~préfér;lit I~oré de Sainte-~arie, .
176 LA CO!\TnOVEnSE DE L'APOS<r.DLlCITb: DES ÉGLISES

'\:-.. Sirmond, le critique de l'aréopagitisme~ et Ruinart,


l'auteur des Acta sincera, n'aient été pour
fil. Bellet? Il concluait « que les traditions reli­
gieuses de l'Église de Vienne reposent sur une
base aussi certaine qu'incontestable, et qu'on ne
saJlrait rejeter sans mettre en doute les prin­
)\
cipes les plus avérés de la science historique elle­
même. »
Ce mémoire fut suivi de la communication d'une
note de jI. de ~Icissas, qui s'était astreint il traiter
la question du programme. Le piquant intérêt
qu'éprouvèrent les auditeurs il entendre ces études
rune après l'autre ne peut être malheureusement
partagé pal' les lecteurs du volume de compte
rendu .•\u lieu et place de la première, on ne
trouve que la note suivante du président Léon
Paluslre :
« ~L l'alJl.>ü Bellel s'étant Jlermis, contrairement il taules
les hahillldcs du Cont;"ri:s. de publier son mémoire (1)
aussi tôt apri~s la clôture de la session, nous nous croyons en
clroi las Cil reproduire un seul f@g!Jlcnt, CC-l'les,
nous comprenons que:', a he 13ellel, qui appartient h
l'l,t;"lise légelldaire, n'ait pas un goùttrès yif pour les ohser­
"ations (:!); mais alors pourquoi vient-il ~produire en
public des arguments qui ont été cent fois réfilllis'l"bu
resle, son mémoire ne sc rallachait qu'.indirectement il la

(1) Lyon, Brun; Valence, Lanlheaume; 1Si9. gr, in-S:


X \'1-/13 pp,
12) Un journal du pays (Le Dauphiné, no Sil) al'ait critiqué la
Disse/'lalion de M, Bellet; l'auteur crut alors devoir la publier
tout de suite en la faisant pr,"ct'der d'un avant-propos d'un intérêt
général; le mémoire lu au congrès ne traitait que de l'Eglrse de
Yicnne,
:l1O:\sEIG:\Ecn BELLET ln
question portée <lU prog-r<ll11me et c'est uniquement par
amour cie la libre discussion que nous en aYions accepté la
lecLure )) (1).

Cette mésaventure ne détourna point nI. l'abbé


Bellet des études scientifiques et des publications
édifiantes. Trois ans apt'ès, il s'exerçait sur « les
Merreurs et falsificntio~s l:istoriques ) du manuel de
J~Paul Bert, et exammUit « la morale laïque- de
II~I. Jules Ferry» (2). Un périodique, pourtant très
J'bienveillant il ce genre de travaux, lui donna ce
conseil: « Avez-vous en main la cravache satirique
d'un L . Veuillot, ou mieux encore le fer rouge de
l'Index, servez-vous en cont.re un P. Bert; sinon
abstenez-vous (3). »
l\I. Bellet acquit peu il peu les procédés scienti-
fiques jusqu'à les posséder parfaitement, mais sans
perdre le goùt des t !lèses a priori. Comme ses
maîtres en tradiLionnism,Sl disparaissaient dans Ta
tombe ou dans la retraite, il prit vaillamment la
suite de leurs affaires. Il ne recula point devanL la
difficile entreprise de tenter la réfutation du premier
volume des Fastes épiscopaux. Elle parut en
décembre 1895 et fut promptement mise à mal, et
par celui-là même qu'elle prétendait accaLlc.r et par

(1) Cong"ës, p. 206.


(2) Le Manuel de Paul liert, .Ies e''l'ew's et ses falsifications
listO"iIJues, Sllit'; d:lln Examen de la mvmle.laique d_e M. Jules
Ferry, TOUl'S, CaHier; PariS, Larcher, '1882, Jn-12, '12;> pp.; prIX

Ü2 Ir.; publié avec l'imprimatur de l'Archcl'èque de Tours et une


cllrc d'approbation d'un vicaire génér~l de Valence.
(3) Bibliog,'aphie catholique, mars 1883, p. 191.
liS LA COXTROl'ERSE DE L'APOSTOLIClTlt DES ÉGLISES

les Bollandistes. L'auteur l'anit faite ayec l'aiùe


de }L\I. <Q.!.ysse ChevaiIèr eŒTIX Tèrn9>, il la
refondit tout de suite ayec la forte collaborution ùu
n. P. dom Alexandre Grospellie!'.
La première èdition [l"ait été di!'igée contre
~1. Duchesne. La seconde sc proposa surtout· de
répondre aux rédactenrs des .'ll1alccla BolLall­
dial/a.
La première édition reçut de nomb!'euses lett!'es
J'approbation. Par exemple, ~rgr Lelong, éYèque
Je Neyers, disait il l'auteu!' :

cc Il Ille p~rail illlpm:siblc qu'on puisse vous lire avec un


espril dl'g~gé de [nule id(',c prl'con~'uc sans dl'lIlcurcl' mn­
l'aillcu que l'argullicut dcs lisks ("J1iscop~les, dOlll on r~il
( lant de bruit. n'esl rien moins que concluant. Cne Ihèse qui
s'appuie uniqncment snI' une prell\'c négn.lin·, rejelant la
p~'l'n\'c 'posil.i~·e, si r~speclalJlüyou~l~nl: de 1a lradilion. esl
J\ Illcn lOin ddre solldcnlenl dablle. ;'\ous pou\'on~ donc-.
1I1\'II1C après c.cl assaut, rCllouwlé de cclui qui leur futli\T(':
ail dix-s('Jllièllle~l'clr, conscn'cr nos chè'rcs croyanccs.
Rous appuyant sur des lradilions séculaires, sur j'aulori(l~
lilurgiqnc. qui a bien. elle aussi. quelque valeur, 1I0US
conlinuerons il adlllel.lrc que plusicurs de nos diocèses de
Francc nn! dé (;l'~nglqis{:s. dès les premiers siècles, pal' ces
JI aplilrcs donl ils onl gardé al'ec un soin jaloux les noms ct
le culle. »

Une autre lettre, écrite par ~Igr Cotton, èvèque


de Valence, prenuit encore plus di!'ectement il
partie les cri tiques.

Les exigences de celle école, disait le prélat, sonl \'l'ai­


menl bien exlraordinaires, Il lui faul des documenlS el des
témoignages remontant aux prenÜcrs SIècles, ellont ce qui
~lOI\SJ:lG:\JTn COTTO"," 179

n'a pas été amrml' par des écrits datanl de celle périillle
prlOlIlln' estpQurclle de nulle yaleur. On irait loin a\"e[; cc
raisonnement ct on aurait bien Yite supprimé les Irais
quarls de l'histoire ct même du dogme catholiqLle .... La
manière donl on traile sainl Adon (1), pOLIr ne ciler que ccl
exemple enlre laul d'aulres, IIUUS donne la caraclél'islique
des procl,dés cl de;; tendances de l'cUl' méthode dite scienti­
lique. Urer, on ddruit, on n'édifie 1as. Outre qu'un lcl
réSUliaL ressem e assez bien il du I~'is cL qu'il est lui·
même lrès peu scicntiJique, il a un graye défaut: il Ile
manque pas seulement de \Tai sens cl'ilique, il malHjtl C
J\ encore de \Tai sellscllrélien. Ccllelrisle conslatalion est mal·
heureusemenl trop cel'laiLle, quand on souge qu'il s'agit ici
de \"éuél'ables tl'aùilions, contrùlée~ .~sanc1io!llIécu,ar
l'auloriLê ùes é\"êquc,.; cL de la sainte Eglise (~). 1)

La seconde édition n'a point reproduit ces docu­


ments intéressants. Il a semblé qu'il était sinon
illogique, du moins très imprudent de remettre la
discussion SUl' le terrain dogmatique. L'auteur ne
pm'le plus du jansénisme, ni même du « sens t.:hré­
(1) Celle pl"inte est sans doutc inspir~e par les pD~es 151,,156 du
lomc r" des Fastcs.
(2) Lellre publiée en lète de la '1"" (,dition des Origi;,es cl
reproduite dans l'[;niecl's du 2/1 déc('111 bre ·IS\J5. Porrni les per­
sonnages qui félicitèrent ~1g-(J3ellel, JI f"ut encorc nommer dom
~r~; sa lettre a dé publiéedaïiS IT'livCl'S du :!6-2ï décembre
.~. La lellt'e de l'én'quc de Yalence c~t celle qui" cu le plus dc
succès. Les prélres du diocèsc de \'er~oillcs l'ont ainsi commentc'c:
« Est-ce assez clair? Est-ce possibl" de ne pas s'éleycr contrc une
pareille méthode, qui fait courir les plus grands dangers al!.il!lg:Jlle
catholique, qui oblitère le vmi scns c/"'èticn, qui mime a une aussi
triSTê ~onstatatioJl, qui méconnaît le conlràle el la sanction des
cvêques et de la sainte ,i'glise, etc .. etc ... » Comple rendu ùes
con(/h'ences pOUl' l'année 1900, p. 16ï.
Don's un compte rendu de la Theo/"gische Litemtw':citung,
Loofs, un des plus distingués élèyes de Harnack, dl'clol'a le li\TC
de )(gr Bellet et sa préface très amusants et a,'oua qu'il n'aurait
pas mieux dil que l'é"èque dc Yalence.
ISO L,\ CONTROYERSE DE L'APOSTOLICITÉ DeS l~GLlSES

tien » ; mais, comme autrefois dom Piolin mal en


point et pris dans une impasse, il proclame les
grands principes: 11/ dllbiis liuel'/as, il/ ol/ll/iulls
cal'itas (L). Jlrc:prend sa thèse il nOll\'eau. Il laisse
les gloires du système: :\1. [aillon, dom Piolin,
tlOrn:,ÇJl~, dans un oubli respeclueux ct pru­
dent; 11 n'hésite point il désayouer ses menus
partisans, pal' exemple un paune aLbé 8rémenson,
accusé tl'une « formation scic:ntirique très Însulli­
sante (2). »
PoU\' édirier au sujet de cc linc:, il sutlil de mon­
tl'er les confusions faites pal' l'auleul' SUI' les sens
dinl's du mot « tratlitions ». népontlant il l'objec­
lion tirée tle l'analogie des origines troyennes
imaginées au moyen âge, il raisonne ainsi:
« II est bien nai qu'on a créé alors la ll;g-ellde falJll'leu:,e
qui faisait descendre les princes frallc:, tic l'rialll et dcs hL'I'lIS
troyens. ~Iais cc fait ne saurait avoir la I,ortée qU'OII lui
attrilJlic ici. Ces personnages. en efrd. SOlit alltérieurs ;'t
uotrc L'l'e de douze siècles environ. leur existence Il 'est pas
ulêl1lc Ilien sllre. élan t accompagnée tic fal)les grossières;
ellfill tleux mille am les séparaient du YIU' siècle. - Il)LY
~ a riell de pareil en cc gui concerne les origines de nos
j\ég'lises. La distance n'était plus la même, la situation était
tout autl'e ct les intérêts'" 1 baient au Jlus intime
~ de l'àme chrc ICnne : le culte la littlr~ ie, tout cct cns.emble
qui constitue la vie religieuse, sous la direction de l'Eglise,
suffit il montrer qu'on n'agissait pas en aveugle ni sans con,
trôle. En outre les élémenls d'information, nuls en cc qui

(-1) Fin de la préface.


,(2) Ilr~menson, du diocese de Séez, Essai sur les Ol'igines des
Hglises des Gali les, i n-'12 de 480 p, Paris, Berclle et Tralin, 1879. ­
Cf, Bellet, Le$ Ol'ÎgÏ1lCs, p. 233, noie, 2- édition.
TI\ADITIO:'\ ET Tl1ADITIONS 181

concerne la période ilntiqne (le Priam, ne manqn<1ient cer­


tainement pas au l't'ganl de~ cho~es de la religion. Lil du
moins une source de renseignements sc tl'ouyait dans la
tradition qui alors, commc toujours, a été dans l'I~glise
universelle ct dan.> les Egliscs particulières la manière la
plus Sl'Ire ùe transmettre la \'érilé ct Lout cc qni touche au
culte, y compJ'is 10 culte des saints, surtout des saints fon­
dateurs (1). »

Tout :\fgr 8el!ellienl dans cette argumenlation.

Il la faisait déjà dix-huit ans auparavant (Iuand il

SC formait pal' la lecture des ];'gllses du ],fOI/de

( romain de dom Chamard, qu'il citait « il lout bout


de champ en manière cl'évangile ». Il la faisait
dans <:elle Disserlalioll hislorique où il lrouva
l'occasion d'ètre l'lHulé de main de m~itre pal' le
tel'rible abbé de :\Ieissas, qui lui répondait, il lui ct
il ses pareils :

-J'« lVlessieurs de l'l'cole légendaire de\T<1ient bien en finir)


une bonne fois avec cette manvaise plaisanterie de la tradi­
tion histori(jue." A les entendre, celle tradition fuL gardée 1
dans les Églises avec le soin le pills jalom.:, ct c'est son écho
qu'ils retrouvent dans le moindre mot favorable il leur
système, quel qu'en soiL l'auteur, eEl'quelque démenti que
1 lui donnent les autorités les plus graves ct les textes les plus
1 décisifs.JTout proteste cependant contre une pareille façon

de présenter les choses, et dans les œuvres même de saint


Épiphane, un exemple bien frappant en démontre toute la
fausseté. Certes, ~jarie, mère de Jésus, dut tenir une autre
place que Crescent, disciple de saint Paul, dans l'attention
ct dans les souvenirs de l'antiquité chrétienne. Or, non seu­
lement on ignorait déjà au IV' siècle le lieu où s'était ache~
vée sa carrière, mais l'évêque de Salamine en personne,

(1) C.-F. Bellet, ibid., p. 292, note.


1t
lS~ L.\ CO:\Tf\O\'EltSE ilE L'APOSTOLICI'd: DES }~GLlSES

pI'l:chanl sur l'Assomption (1" SCl'lllOn.l ,', POillt), Cl1llll11Cll­


l:ail p:lI' déclare!' h ses /ilkles qu'il i;;l1orail si ~Jarjc ,l"ail
suhi la loi COl1lll1l1ne dc la llIort (1), )

Ce qui montl'e le micux l'irl'ernl;diahlc faiblesse


lIu ll'nyail de ~Igr Bellrl, c'cst la manière pal'licu­
lièl'ctnent malheureuse dont il défl:nd les lL:gcndcs
proyençales, et le silence absolu qu'il gal'de SUl'
celle d~enV,. 0,1': pOUl' ceux q~~ COll1Jllcn­
, cère nt ln rëactlO.n anll.cl'lllqueo.. c~s tra.lhtlDI.IS alles­
1 tees par la SWltte lttlll'!jtC dalClll Juslement ks
capitales. Ils ne s'inquictaienl hi de \'éyangdisalion
plus ou moins promptc cl plus ou moins complete
des Gaules ni de l'organisation hiérarchique: ils
voulaient remettre sur pie(t les légendcs des sain lS
Lazare~ ~Iartial, Julien, Front, ,\llin, etc.
Les yulgansateurs Ju syslème onl beau le Jll'èeher
en.core dans toutes les langues et dans tous les
pays (2), leurs savants ont perdu l'ancienne as su­
(1) A. de ~Ieissas, dans son compte rendu de la Dissel'Ialion his­
torique de ~Igr Dellet, Bllllctin 11I01lU1l1cntal, ~6e \'olume, '1880,
p, ;-J8::J,
(2) un prèlre du l\ou\'eau-~londe l'abbé de no , a repris en 'IS98
la tbèse de J'é\'angélisation des Ami'I'lcams 1al' sai 1 l'bornas (Cf.
,Inal. Boil., t. XIX, 1900, p, 44). - M. l'abbé Constant « laul'i'al de
l'Institut catholique de Paris". disait en'l897 que saint Thomas est
« mort dans l'Inde en l'an 75», qu'il a él'angélisé « Syrie, Greee,
Romanie, Arménie, Parthes. 1I1èdes. Perse, Hircanie, Indes,
Chi ne. Amérique, Cran ganor, Bengale, !llalabar, 'l'hi uet, Canda hor ".
Pour J'Amérique, 1/. Constant croit devoi l'avancer celle noIe biblio­
graphique justificatil'e : « Charlevoix, liis/ail'/! génti>'ale clcs Mis­
sions, p. 334, 3'24. l. 1. - Lerio, Hist. i\'at'igat. B"esil" c, 15.
- Pagi ad alllon., 42. - Honius, De T,·aC/il. BI'esi/, 1. !JI,
c, 15. - DE Humboldt, Vue des COI·d., '137. - i\obrega. ­
Cornelius a Lapide, III Epist. ad Romanos, c. X, yerset '17. ­
Bollandisles, 25 août. » (M. Constant, op. cit., p. 226).
i
1
1

,1
1
THADITlO:\S 11'3

rance. Ils n'osent plus parler d'un grand nombre


de ces histoires, cl si les solut.ions qui tirent les
autres au clair ne sont pas encore unanimement
acceptées des érudits ecclésiastiques, il s'en faut.
du moins que leUl' situation soit meilleure qu'au
commencement du XIXC siècle.
..
:"'-_-"--~-
·
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CHAPITRE XIV

(1895-98)

LA LÉGE:'iDE DE SAI:'iT ,L\JAnOUn ET DE SAI:'iTE n:nO:'iIQUE.


- LE cvnsus. - Ü:GEI"DES YUES A LA LU)IÜ:fiI, nu
CURSUS.

Parmi les "légendes qu'on s'est efTorcé de


remettre en honneur, il en est peu d'aussi incohé-'
rentes que celles de saint Amadour ct de sainte
Véronique. Ni l'un ni l'autre n'ont certainement
existé et leur affaire avait été réglée aux XnI e ct
XVIIIe siècles. Néanmoins, à la fin du XIX e , un écri­
vain de bonne volonté, M. Bounières, essaya
d'écrire scientiliquement leur vie. Comme c'était un
professeur, il avait entendu parler du cursus. Il ,
en éclaira son travail (1).
Il Le mot cursus a servi au moyen âge, à partir

du XII" siècle, à désigner un agencement eupho­


nique des fins de phrase, agencement qui était
soumis à des règles et grâce auquel la structure de
la prose participe à celle des vers (2). »

WBourriè r ;:;', Saint Amadou,' et sain~e VéI'onilJue, discill1es


de Norre~u,' et apôt,"es des Gaules, 1895.
(2) Louis Havel, La prose mét.-iqlle de Symmaque, p. 1.
186 LA CONTTIOVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

En 1881, une Étude sur le rythme des bulles


pontificales, par:M, Noël Valois, constatait que le
cursus, dans lequel elles sont redigées avant le
'"Ile siècle, y est il partir de ce temps « plus ou
moins mal observé, souvent entièrement mé­
connu (1). » « Le XIIe siècle, au contraire, ajoutait
l'auteur, est une époque où l'on suit le progrès,
pour ainsi dil'e, d'un pontificat il un autre. Déjà "1
sensihle sous Gélase II (1118-1119), il l'est plus
encore sous Honorius II (112 tl-1130) et sous Eu­
gène III (lH5-1153). » M. Valois terminait sa
dissertation en montrant l'utilité du Cllrsus pour
1
l'étude de la diplomatie pontificale, Il peut servir
,1
au discernement des pièces fansses, et il fixer la
date d'une bulle authentique. c( :\insi ~I. Delisle,
1
quand il revendiquait pour Innocent If 1 des lettres 1
attribuées à Innocent If, aurait pu tirer un nou­
vel argument Je l'observation du CllrsllS. Il se
j
fondait SUl' ln mention de l'année du pontificat;
mais supposez que nous soyons en présence d'une
!
copie, d'un fragment tronqué dont on ait sup­
primé la date: c'est alors qu'il sera bon de se
rappeler que le rythme sous Innocent Il (1130­
1143) était inférieur il celui des bulles d'Innocent
JII et d'Innocent IV (21. »
L'abbé Léonce Couture appliqua les obsel'va­
tions de M. Valois aux formules liturgiques et àla
littérature ecclésiastique en général. Au congrès
(1) Bi/;liolhl~'ll1e de ri;coledes Chal'/es, année 1881, p, 25g.
(2) Ibid., p, 2i2.
LE CURSUS 187

scientifique international des catholiques tenu à


Paris en 1891, il fit remarquer que le cursus avait
« fait loi au moins depuis saint Léon le Grand
jusqu'à la fin du moyen àge pour la rédaction des
oraisons n; et qu'il était devenu « la loi de la
prose épistolaire et parénétique, quelquefois même
de la prose didactique, dans la littérature ecclé­
siastique latine du y. et du YI" siècle, puis de
nouveau, après une sorte d'éclipse, au Xl" et aux
suivants, jusqu'à la fin du moyen tIge n. Et l'abbé
Couture ajoutait aussi qu'on trouverait pourtant
quelques traces cIu curSlls « dans tel ou tel auteur
du YlIl C ou du IX" siècle n (1).
En étudiant la vic de saint Amadour, :\f. Sour­
rières crut reconnaitre dans cc texte l'empreinte
de plusieurs mains nccllsant un trnvail de rema­
niements postérieurs. Il constata la présence
régulière du Cll/'SUS « dans des passages considé­
rables, les plus importnnts n du document. Alors
il sépara soigneu;;ement les parties en prose
rythmée, et les rapprocha les unes des autres,
« Or, dit :\Igr Bellet, racontant la découverte cie

?II. 13ourrières, il se trouve qu'elles forment un


tout homogène de rédnctioll, avec un sens très
complet et très net. Quant aux parties non ryth­
mées, si différentes des autres, ce sont vraisem·

(Il La communication de Couturc a élt~ publiée dans le Compte


"endu du congri-s. ;)' ~cclion. p. '103-lOD. cl dans la nel'llC des
Ql<est. hist .. t. LI, 'ISD:!, p. '2::>1·'2;);). - Yo:'cz aussi son article
Hnco"c le Cilrsus, dans .\l11SÎca saC>'a, sepl. '[893, pp. D-H.
188 LA CO:\TROYERSr. DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

.,
blablement des interpolations ajoutées après coup,
et qui, une fois enlevées, font l'ev ivre le texte pl'i.
mitif. Ce texte, pal' conséquent, sel'ait antél'ieur
au VIle siècle (1). ))
Enchanté de ce résultat, ~Igr Bellet soumit lui
aussi à l'épreuve du CUI'SUS la légende de saint
1
Nartial. L'examen lui pet'mit d'en attl'ibuel' la
composition au \'le siècle. cc L'antiquité de ce texte,
dit le prélat, garantit d'autant l'ancienneté de
la tl'adition principale qui y est mentionnée. Ainsi,
Î
dès le VIC siècle pour le moins, sainJ)\Iartial était
1:.9'p':és~nté comme el1\'oyé de Rome en Gaule par
l'aplitrc s~int ~ielTe pou':.-.L [ll'èc1JcI' l'EvSlll­
gg~ (2). )) Quelle défaite pOUl' les critiques qui pré­
tendaient les légendes apostoliqucs ré:cligées il
une époque beaucoup plus récente! Comme la
découverte fut exploitée!
...s- Le président des 13ollandistcs, le P. de Smedt,
répondit il l\Igr Bellet que l'al'gnment n'était pas
concluant,Spal'ce que remploi du CUI'SUS, quoique
peu fréquent chez les Carolingiens, n'avait pour­
tant jamais cessé complètement, et il avanç.ait des
exemples de sa judicieuse observation. l'liais le
savant jésuite n'était point pl'éparé à cette ques·
tion nouvelle et son adyersaire tira des avantages
de sa réplique (3).

(1) Bellet, Les O,·igines. 2- édit., p. 35U.


(2) Les O"igines, 2- édit., p. 213.
(3) Cf. ,lnal. Boil .. t. X\'l (189i), p. 501-506; l. XVIl (ISa8),
p. 38ï-392 ; Bellet, La P"ose '·!Jlhlllée.
LE Cl;RSUS 189

Un chanoine honoraire de la cathédrale du


Mans eut alors l'idée de disséquer à l'aide du ClU'·
SilS la légende de l'apôtre de sa cité. Voici le résul­
tat de l'opération: « Il n'yu aucun doute possible;
l'ancienne Vie de saillt Julien, écrite en prose
métrique vers le commencement du VIe siècle ou
plus tÔt, le donnait pour un disci~ des apôtres
e~yé de {-lowe.e!l Gaule p~~e saint Clé­
ment. Telle était déjà la tradition Officleiïede
l'Eglise du JIans. Cette tradition est-elle dès lors,
à raison de son antiquité, absolument certaine?
Non; mais on conviendra qu'elle est fort respec­
table et ne mérite point d'être englobée dans la
condamnation générale prononcée par JIgr Du­
chesne contre toutes les légendes qui attribuent aux
églises des Gaules une origine apostolique (1). »
Il est regl'ettable que ceux qui manient si dex­
trement le nouvel instrument n'aient pas mieux
renseigné les profanes lecteurs de ces savantes
dissertations sur des travaux qu'ils étaient très
aptes à juger. On s'étonne quand on voit un excel­
lent latiniste comme M. le chanoine Busson ne
pas vouloir « étudier le cas spécial » de la vie de
saint Martial, sous prétexte que nous n'en « avons
peut-être qu'un texte déjà fortement remanié (2) ».

(-1) P"Ot';nce du Maine, t. VIII. p, 280. Les dernières lignes de


l"élude (p. 357) sont un peu plus affirmaliyes : « Conséquence qu'il
faut en tirer: l'antiquité el la valeur réelle de la tradition qui
rapporte au temps de saint Clément la venue de sainl Julien en
notre cite. »
~d.,p.276.

'11.
H1Q LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITJ~ DES ÉGLISES

Une telle attitude ne laissait-elle pas croire quc


la question n'était pas mûrc et que peut-être
celui-là même qui prétendait rn'oir trouvé la solu­
tion d'un problème ne voulait point ln', compro­
mettre en la rapprochant de la solution d'un autrc
problème, moins intéressant pour lui mais qui
aurait avantageusemcnt pu servi)' de contre­
épreuve aux nouveaux procédés? Amenés par
ailleurs à s'expliquer sur les mêmes points,
Mgr Bellet et M. le chanoine Busson ne sc sont
pas exprimés avec assez d'accord pour fairc sortir·
d'une juste réserve (1). L'histoire de l'argument
('l) Au t. Il des Fastes, p.IOS, ~rG'r Duchesne a\';lil dit j propos
de ln vie de saint ~I"rlial : « C'est en \'a:n qu'on a pr,;lcndll la
reporter au VI' si;:c1e. sous pr(;lexte 'l'I'cllc pl·..·s(·nle lin g"and
nombre de ces cadences ryllllTIl;es qll'on appelle le CIU·S/IS. l'n
grand nombre de piC'ces hagiogr·"phiqlll's dll IX· ct dll x' si;'cle
sont dans le mème cas. Olllre la rie du saint Olm;!I·. signal"e p~r
les Dollandistcs,,je puis ciler la Tnll/slalio sane/i. Libol'ii. les p:IS­
sions des sainls Firmu;; el Huslieu;:. (·t rllème I:t rie de saillIe
Yalérie, l''crile dans Ir. diocl',e de Limogcs aux el1\'irons dc
l'an '1000. » ~Igl' Bellel el ~l. Ic chanoine ];1I5son. pOllt'rl"flllcr cellc
objection, ont alol"s dudi,; l'Iln ctl'aulrc trois dcs cas ;dh"gl";s pal'
)Igl' Duchesnc. Voici le ,jll;éemcnt qu'ils onl pubJj,··. ~lgT Dellcl
dans le no cité dc la lialle ,les {J/lest, his/o,·., ·t" jllillet HlOO,
Jll. Busson dans la P"ovillce dll ,Haille. t. \'Ill. 1000 : - Fie de
saint Olmal·. ;-.rg-r Bellet reut qu'on lui rl'fuse le cal':lcl;:re de la
prosf. r)"lhm{'e de la prcmie"e p6riode (p. ;'0); M, L:1l~son y recon­
nait en grand nomiJl'e les cadence.< filiales; mais ce n'c,t pas de
la prose métrique, ni pure ni mixte (p. ~ïï).
1'mnsialio saneti Liborii. )kr I;ellel : " Le l'\'thme ('st donc
encore moins ob:ierrè daIls ce texte kl"io;;t':lphiq"lIc que dans la
vie de saint Otmar ,) (p. 3;»); ~1. JJus~on : " Il Y :1 iJien b UIl ess~i
de prose métrique .... \'l'ai pastiche, lourd l'l fautif)\ (p. 'lïï),
Vie de sainte ra.lerie. ~1. Busson: si clic était du CIO"'IS, «,je ne
\'ois guère dans la littérature chrétienne ce qui n'en ;;erail pas ),
(p. 2ï7); ~rgr Dellet : « le commencement de la Yie p"opre de la
sainte présente une suile de six phrases relativement mieux
·,

LE CURSCS 191

Ju CU l'SUS hagiographique n'aura donc son dénoue·


ment qu'au, xx" siècle.
Quoiqu'il en soit, le curSflS n'est point néces­
saire pour déciJer de certaines \(~gendes, Il y en a
qu'il suffit do lire, sinon pour les placer dans leur
milieu d'élaboration, du moins pour empôcheI'
ql!' on les reporte ft celui qui n' es t pas le leur,
D'autr'e part, les termes eux-mèmes dans lesquels
se sont exprimés les maitres Ju CI/l'SUS, l'Dl. Valois
et Couture, ne donnent point il croire qu'il puisse
servir tout seul il dater un texte, Qui garantit qu'il
la mauvaise éporplC, un clerc instruit n'ait pu très
bien tenir une plume et produire uno œuvre soi­
gnée digne J'un si(~cle pIns cultivé ;1
En admettant que la légende primitive de saint
, Amadour nit été rédigée en prose rythm('o ct
qu'elle ait suLi des intcl'\wlations, la rédaction de
sa; partie la plus littéraire pellt donc sc placer du
n" au Xl!lC siècle, ct ses remaniements seraient
l'œuvre d'un clerc médiocrement. lettr,': qni peut
avoir vécu dans cette lI1(~me longne période. Dans
do telles conditions, il n'y a rien il déduire de la
constatation du CU/'SUS; ou bien il faut chercher
aux conjectul'es qui en Jécoulent un point d'appui
rythmées 'lue loul Ic l'l',le; c'e,;l peul."lre un indice que le rédac­
teur de la lin du X" siècle y ,,,it plu" 0" moin" textucllemcnt un
dcs ecrits plllS a1lciel/s donl il p;",,,, dan" son pl'olog"uc, Ccllc p;""
ticlliarik, si l'cxpllc.. lion e,t fonck'c, sCl'ail ain,i une pl'l'lIve de
plus en (;I\'eul' de nolrc lhi"c (p, ;1G), " Il Y a (ortemcnt lieu de
croire quc les l'ecils p/IIS anciens dont ~lgr Bellct ami'nc "i oppor­
tunément 1.. men lion sont les vies de saint Mal·ti:d - cr. LasteFie,
op. cit., p. "17-:20 - et ce n'est pas du tout en faveur de la thèse.
"7 - - - _. ",:"_'. .­ -- _.-."'---,-­

192 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

ou une confirmation dans des arguments d'un


antre ordre.' Entraîné par sa foi l(~gendaire,
l'Il. Bounières n'a point pI'is la peine de cI'itiquer
les faits mêmes relatifs à l'histoire de Roc-Ama­
dour, et c'est pour cela qu'il a daté d'avant le
Vile siècle une légende écrite nprès l'année 1166.
L'historien de, l'Abbaye de Saint-Martial ne peut
même s'empêchel' d'ajouter à ce PI;OPOS : (( N'est-il
pas piquant de voir i\Igr Bellet invoquer cc texle
pour essayer de prouvcr l'ancienneté de la Vie
primitive de saint i\Inrtial (1) et montrel' le rôle
que le cllrsus peut JOUCI' dans ln critique histo­
rique (2) ? »
Quant il ln Vie prilllili,'e de saint ~Inrtial, son
insertion dans un manuscrit écrit avant S!i6 limite
ct prècise le débat. L'argnment du Clirsus n'est
certes pas assez prohant pour la remonter au
YI C siècle. Aussi i\Ig-r Bellet n'not-il pns néglig-(!
de le corroborer par d'autres raisonnements renou­
velés du chanoine 1\rbellot, et il conclut que
Grégoire de Tours a eu entre les mains cet
oUY1'age (3),
On ne peut admettre cette thèse. Puisqu'il ya
une parenté de textes manifeste entre l'historien et
le biographe, c'est le biographe qui s'est servi de
Grégoire. Si Grégoire avait écrit postérieurement
il lui, il n'aul'ait pas manqué de cueillir dans sa

(1) I3ellet, L'ancienne "ie cie saillt ,\fal'lial, p. ~û,

(~) Ch. de Lasteyrie, op. cit., p. ~.

(3) cr. Fastes, lI, p. 107; llellet, L'âge de la Vie, p. '21·30.


LES L1~GENDES H)~

rédaction beaucoup de détails qui lui auraient


causé un grand plaisir. Il nous eùt répété que
~lartial reçut sa mission du chef des apôtres au
lieu de la lui faire tenir nlguement des évêques de
Rome (1). GI'égoire connaissait une église qui
revendiquait déjà de son temps non seulement
une origine apostolique, mais encore l'honneUl'
d'être contemporaine du Seigneur ... et même peut­
être antérieure il sa mort. Grégoire s'est bien
gardé de nous laisser ignorer dc si belles preten­
tions. Comme l'usage que l'on en il fait rcntre
dans l'exposé de cette controverse, il n'cst point
inutilc de s'y alTètcr.
Voici ce quc raconte Grégoirc, d,ms son De
Gloria Afal'tYl'Iull : ~

(1 Saint .lean-H,1plislc fui Illis l'Il prison par les arlilices


(l'll,Srode. il caw'e d'Hérodiade. felllille de son fri~re. :\Iors
il estoit :ill(~ IIne baille des Gallles ('n ,J,·'rusaleill. sans y
al'oir d'autres alTair('s 'lue rar dévotion. pOlir Illériter d'y
l'air la prl'sellce de Notre-Seigneur cl Salll"eUr : mais ayanl
oüy dire «u'ou y dCl'oit d('capitcl' S. ,Jean, elle .v accournt
en diligence ct lit des pr('sents au soldat qlli lny del"(lil
( trancher la lesle. pour obtenir de IllY la perillission de
recueillir de son ~ang. Cornille done le soldat luy alloil
donner le coup. elle prépara lin cunque d'argent peur
( recueillit dél'olelllenl dll sang de la tesle tranch6e du
S. Martyr. Elle en remplit une fiole, ct l'ayant aprortli Cil
son pays h ln ville de Basas, elle y baslil une Eglise en son
honneur. ct l'enferma dans le saint ,-\utel (2) )l.

(1) « IgiLur sanctus ~IarLi.dis episcopus;J nomanis missus cpisco­


pis )), De glol'ia confesso/'tllll, 27.
(2) Traduction de ~larolles.
]9,J LA CONTHO\'ErlSE DE L'Al'OSTOLlCITf: DES J~GLISES

Croire que cc récit potte en soi, pour tout le


monde, une irrémédiable condamnation serait mal
connaitre l'esprit du traditionnisme. l'ion seule­
ment celle légende a été acceptée, mais encore on
l'a truyaillée comme un texte historique, on l'a
déYeloppi~e, on a trom-é des identillcations_ En
plein dix-neuyième siêcle, un religieux il passé
vingt-cinq ans de sa pieuse actiyilé il établir (( que'
le bl'Uit des miracles du Sauveur a dù énétrer en
Occident (ès a pn:miCLe année de sa yie publi­
~ Jl, (( que ra
Dame bazn.ililisc n'pst autre que la
Véronique », et il explicpwr (( comment la sainte
. femme a pn recueillit' il ~faclj(',t'onte le sang du
)1
Précul'srur » et (( pu sc tl'ouyer il Gazas peu de
temps après l'Ascension du Satlycur (1). » Ces

(1) Oom Aun:licn ajoute '1u(O, parmi Ics noml,,'cuses n'Iiques


'1U'ell.?\1 )o,'ta ;I\'(OC clic, il y aqit « du lait de la tr!'s saint(O
\i(~rgc)), )om atfl. qui cr';li~najl {( rÎ\'crnpn! ») qllc les aq:;l1­
ments àe c10m ,\ul't'''en ne ftlssent t( 10111 de p:,,';dlr[' p"remp­
loircs» :1 « la critiqtle modcrne ", lel'min:"t Illl comple rendu de
ccl Ollrr:lgc pat' cc~ l11ût~ : (( Bic:n U(\S tl'adilioTls totalcnlcnt igno­
r,;~s de nos jonl's dïncrédnlil<: y sont l'appelees ct remises en
honncnl', cc 'lui l'st un premier' pas pOtlr :J'llener qtlelque (:ruclit
il les l'en[:er de l'ouLdi clans kqtlel ell"s sonl lomi),'es actuclle­
rn(Onl. en en M'montrant l'autlienlicil,; et la certilncJe historique, >,
(HibliO[Jraphie ,'a/Ii .. n" de IIlai 1~I, p. 33;)), - Les Iraditions
concernant" le s:tint lait Jl n'ont point encore trouré de l'engeur
sp"'cial, né:onmoin" leurspartis:lfl;> l'num;,rcnt soix:lllle-seilC loca­
litt"s « qui ont p055t',d" ou possi'denl encore du lait de la VierGe ».
Comme c'e,;t be:IlICOIlP, on a ét(\ amc'lt; a discuter l'ori,,ine de
cellc reli'1lle, Yoici lin exemple de cti~sel'Iation : t( , .. Ce Lait pOllr­
ra,t ('tre considé"é con1lne naturel, quoique d'Ilne provenance ùif­
f,""enle, Les historiens tif' sainl Dominiquc, dc Fulkrt de Char­
t,'cs, (If' saint Bernal'd, disent <'I"e ces tl" ..,' s étant toml",s

I I~es, re('urent la visile de la Vierge, qui les gu{>rit en di"I, ant


sur leurs 1"lTes quelques goulles de son lait maternel. - De son
LES U:~GENDES lD5

thèses ont formé un gros volume dédié à Léon XIII


et précéd_é.,d'une lettre du cardinal Nina. Si leur
auteur(dom Aurélien semble atteindre toutes lcs
extrémités e a cre ulité, ne serait-cc point parti­
cipcr â son mal que de conclUl'c de l'antiquité d'un
récit il sa vérité?
Anciennes ou non, les légendes apostoliques sc
refutent elles-mèmes maladroitement pal' tout cc
que nous savons d'histoire certaine.l\!. d'Ozouville
récrivait Q dom Piolin cn lui exposant l'j(léc que
l'on sc fit, du \le au IX· siècle, de l'évangdisntion
de la Frunce :
« Le ;;rand mi."ionnaire de la (;aule, di~ait,il, l~~t saint
~Ial'!in : a\'<llll llli le pays a elliL'ndli la [1:1/'1111', Iilai~ il [a1­
bit qllC'lqlll~ chose qUI' 1'011 plH YOIt' de;; yellx, el ccli,'
p;lI'ti(~ Ile fuI. accord,\e '111'ù l'é\''\qlle ~Iarlill, aü l'laient
done 101llL',.; les trad i1iOlls prdelld Iles slir ,a i III :\Iart ia 1 ct
~aint Fl'olll r:l/l[lt:!:llll des I!lods ;\ la Yi", SIII' ,aillt .Jlliiell
Cil re:;~u:'cilalll lroi:" :'111' tOliS !l'S lllil';Il:I('~ attrilill("~ il :'iiillt
Lazare, ;\ :,aililn ~lal'ic,~I;l(felnilll; ri allx alltl'C~ ',' ilL' IOIlh's
les traditioll.':, quelle ('st cellc qlli adlllcltc qll'il :lit 1l1:lllqué
qUClqlll~ C!lO:'C :l\'anl l'arri\,':e de snilll ~Iartin',' SlIlpice
SC'Yl'rC, (!:lIlS ;:rs J)ia/t)(IUCs slir I,'s mirac1l's dll rlll\I1lC ~ailll
~[arlil1, dit Ù 1'oslllrni:llIlIs qlli I"i oppo:'e la ;;'Ioil'l' d,'s
mir:lck~ O[)C'J'l\s dans la TiIéb:ùde : « Til n':ls menlionllé la
résnrrcelion d'allclln mort: cela selll prOll\'C rple pcr"onne
n'cst comparable :'L Marlin, )) 0" étaicnt done cncorc les
~ol1\'enir~ de rnort~ l'cs~llscités cn G,llilc ilnll'l'icurcrncnl il
saint ~I:ll'lin ('1) '? »

côt~, le n, p, abbl~ de ~olesmc", dom Gu<'r"n,cr, soulicnl qu'il


peut existel' du I:nt provenant de lablcaux ou de stalue" miracu­
leuses, comme il existe dcs larrnc~, du ,an;; ou des g-oultes de
( sueur de :\otre-Seigncnr-J(·sus-Cbl'isl. » GOlll'lll'iicl', CUr<~ d'ElTon,
d"ns la Semaine du Fidèle du ~laÜ';, 2f l aoùll::;~S.
(1) Lettres, p, '190,
!D6 LA CO?\TnOVEflSE DE L'APOSTOL1C1Tl~ DES ÉGLISES

Cet argument de ::\1. d'Ozouville peut être pré­


cisé et renforcé. Pour résumer brièvement toute la
gloire de saint i'Jartin, Grégoire de Tours disait
encore: « Il a ressuscité trois morts (1). ») Et il ne
raconte aucune autre résurrection accomplie en
Gaule avnnt l'évêque de Tours, si ce n'est celle
qu'aurait opél'ée le grand évêque de Chù]ons,
Mcmmius, - le fait est relaté avec un dicitlll' (2).
01', Grégoire mentionne les miracles manceaux.
Ils ne se rapportent point il saint.Julien ; Grégoire
l'ignore. Le thaumaturge du ~Ians, c'est saint
Victol'. « De son vivant, il se signala souvent par
Jc grands miracles, et les infirmes sont fort sou­
Yent guéris à son tombeau ») (3). Grégoire pnrlc
aussi des miracles qui s'accomplissent au sépulcre
du premier évêque de Limoges, et c'est même à ce
propos qu'il le dit envoyé par les évêques de
Home (Il).
Tous les textes antérieurs au Y1 e siècle montrent
qlle les traditions apostolicistes n'étnient point
formées. Mais on voit, par l'histoire de la dame de
Bazas et d'autres récits, la crédulité des persan·
nnges les plus instruits et les plus considérables
de l'époque. Au fUI' et il mesUl'e que se fit sentil' la
décadence, cette simplicité ne cessa Je s'accentuer
sans quC'l'imngination perdit de sa force. De mer­

(1) H. F., I. 26.


(2) (; 1. cOllf., 66.
(3) Gl. conf., 56.

(Il) Ibid" 27-29.

LES LÉGENDES 197

veilleuses légendes s'élaborèrent. Les clercs qui


les recueillirent ne diminuèrent en rien ce qui
fa.Yorisait ln gloire du premier pontife et les ori­
gines du diocèse. Il y eut de l'émulation entre les
Eglises. Par exemple, Périgueux aurait bien voulu
ne pas se laisser éclipser par Limoges. On se
pillil, on s'imita un peu. Quatre des prétendus
apôtres, :Martial de Limoges, Front de Périgueux,
Euchaire de Trêves, Clément de ~Ietz, ressusci­
tèrent clwcnn un de leurs compagnons, et dans les
quatre cas l'opération s'efTectua au moyen du
bàton de saint Pierre, A Chùlons, on mit de ln
variété dans l'épisode: ce fut par le mnnteau et
non pas pnr le bùton du prince des apôtres que
saint :\[emmius l'endit la vie à son sous-diacre (1).

(1) Celte résurrection n'est pas celle dont je viens de pJrler


(p,II'i) à propos de Gn:g-oire ((;{, rOll(., (i(i), ct /('s termes donl il
sc sert montrent tres clairement qll'j ~on ('1'0'1 lie, 1.1 fiction de /'1
résurrcction du sous-diacre n'était pJS encore créée.
CHAPITRE XV

(1890-t!:lOO) .

I.E:> U::(;I-:\"IlE~ .\l'O;;TOL!CISTES ET I.ES Pld:THI':S .1 1.,1 FI.\ Ill'


XIX' Sli·:cu:. - LES CO.\F(:nESCE5 11lOC'::S.\I:-iES ilE l'I-:H­
;;,\lLLE;; L'i 1S0\1 ET '!üOO.

Quelle pince tCllaientles traditions npostolicistes


dans l'enseignement ct dans l'opinion dll clcrgé ct
des fidCles de France à ln fin du XIX· siècle?
Celte constntation fait n('cessairement partie de
l'histoire dll débat, et, si ddicatc qu'elle soit, on
peut l'établir ane des pièces officielles.
POlir connaitre l'opinion de tout un clerg"() dio­
césain, il suffit de consulter le compte rendu de ses
conférences ecclésiastiqucs. Prcnons par cxcmplc
celui du diocèse de Versailles, « imprime a\"Cc
l'approbatioll et par ordre de :\Iollseigncur l'Évê­
1
que (1) ». Cependnnt, l'on doit se rappeler, avant
taule généralisation, que ce diocèse est gouverne
depuis vingt-cinq ans pnr un prelat des plus dis­
tingue~docteur ès Icltres,~Igr Paul Goux. La
proximité de la capitale et de l'Institut catholique

(1) Yersailles, IIcnr)' Lebon, imprim~.ur:J;.gil~!l!Jle.rév~~é.


200 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLIClTE DES ÉGLISES

donne de plus à ses prêtres une facilite incompa­


rable pour suivre les progrès intellectuels.
Le programme des conférenc~p.onaiUour

~
l'~née 1899, la qu~stion suivante: Érangélisation
des Gaules. - Etat actuel de la question sur
l'époque de la renue d~ ft Lutèce.
Voici les passages les plus importants du compte
rendu (1) :
« Au débul du rapporl sur cellc qucslion si in léressan te.
puisqu'clic lraile le problème de nos ori~~nc~ rcligj~;:.
dcux obscn'alions qui pal'aissent sc conlredire pem'ent ct
doivent èlre failes. La lccture lrès allcnliYo dcs procès­
verbaux, parfois un pcu brcr~, ne nous a ricn dit des expli­
calions ou mème dcs discussions qu'un libre cl courlois
échange de parolcs, il propos d'un poinl d'hisloirc non
(léliniliyclllcllllranché, aurail pu susciler. Ou bicn le Secré­
taire de la Conférence est muct. ou il sc conlente d'écrire,
commo l'un d'eux: « Cc tra\'ail écouté ayec attenlion, n'a
donné lieu il aucune remarque. )l Est-cc lassilude d'unc
oreille lrop douccrnont bercée pal' une lcclure monolone ct
diseri'le. ou acceplalion complèle cl rél1échie dcs idées
émiscs par le Conft'roncier .! Nous a,[merions mieux la pre­
mii're explication, cal' il semble qllé la conlradiclion. mère
des inlerpellalions qui sc croisenl polirTé pl!ls grand !ljen
dola' Yérité,-:aurait dli sc produire en pareille matière. Et
pour le redire en passant. il serait il désirer que le comptc
rellclu de nos fraternelles et cantonales réunions ne flil pas
un.iquemenl une analyse plus ou moins dénloppée. loujours
consciencieuse du lrayail préparé, mais lin écho !idèle de cc
qlle chacun a cru pouvoir dire pour ou conlre les conclu·
sions du Conférencier. El cela élaitd'aulant plus facile dans
le cas présent - cl c'est notre seconde obsenation - qu'il

(1) Le rapporteur est ~1. l'aubé Vantroy". premier aumùnier du


Lycee Iioch,e, de Versailles. Le l'apporteur s'est beaucoup sefl'i
pour son compte rendu de la deuxicme édition de ce livre .
...":':­
LES CONFÉRENCES DE VERSAILLES 201

fallait répondre il une queslion qui donne lieu à plusieurs


solulions, également défendables el d'un inlérêl passionnanl.
Si ce dernier mol parait exagéré, qU'OIl veuille bien lire la
cilalion suivanle, fidèlemenl exlraite d'une Conférence qui,
d'après le comple rendu, a reçu l'approbation générale et
n'a donné lieu il aucune remarque: « Cetle opinion - la
\ mission gauloise de Denys, au Ill' siècle - est celle de ceux
que l'on a appelés les dénicheurs de Saints, Cette opinion
esl celle des jcuues gells qui onl passé pal' l'Un'iversité cati/a­
liquc de Paris, el qui onl suivi les cours de M, l'abbé
\_ Duchesne, membre de l'Instilut .. , » Ce n'esl pas loul il fait
sOl'tir de nolre sujel, puisque nous rappol'lom il ciel ou\'ert
cl anonymement, que de nous élonncl' qu'une semblahle
assertion ail pu se produire sans amenel' une rectification
donlle procès-verbal aurail porlé la lrace,1\ous n'avons pas
ici il défendre l'élninenl hislorien qu'esl Mgr Duchesne,
, de\'enu Direcleur cie l'I~cole fran(;.aise à Itolne:après avoir
été et élanl encore, au moins nominalement,·professeur (1
l'ln_,t itllt catholiq ue,- Mais quelle esl celte élrange quaWfca­
Uoo'-UCjClIllcs !l'fils donnée à des étutliants ecclésiastilJues, il
des séminari~les, il des prètrrs audileurs des cours s:l\,lnls
qui se fonl il l'Illstitut catholique, ou, plus exactemenl
encore, il la Facullé de Théologie de Paris? El puisque nous
vidons ccl ineitlenl, man1ue d'un étal t1'espril qui afIecte UI1
trop grand nombre de Conférences, ajoulons que, pal' une
confusion aussi élonuanle que singulière fulla dénomina­
tion appliquée pal' le vicaire confércncier il des confrèl'es
qui sonl peul-être ses ainés, le Secrétairc de la Conférencc
~ a écril lexluellemenl : « Celle opinion - du Ill' siècle ­
lies! celle des Clliccrsilail'cs, » sans aJouler un mot qui fasse
COI1l11l'endœ s'il s'a Il Jes Ollicersiles île l'fIai ou des elcvcs
ùe l'InsUtlit calholiquc, qui ne s'appelle plus - el nous le
l'egrellons sincL'remenl au nom de la libel'lé - l'L:nivel'sile
catholique de Paris. A quoi bon mêler, il celle question
d'érudition pure, le mauvais le\'ain de déclamalions pure­
'.J(menl verbales qui n'onl rien il voir au fond du sujel! !&:?
BQ.lh'l:.J1disle~, gui so!lLPQlli:Jç__w'_si~le, seraienl bien élon'
nés s'ils s'enlcndaienll'anger parmi les L'niversilaires, dans
le sens .... polémiljue du mol. Donc, el la preu\'e vient d'en
èll'e fournie par cello citation, qui ne serail pas unique si
·
j '

202 LA CO:-;TROYEnSE DE L' APOSTOLICITI~ DES ÉGLISES

nous le voulions, le problème était intéressant et la discus­


sion pouvait être contradictoire avec une certaine anima­
tion.
« Et pourtant, nOlis devons le reconnaiLre en fidèle rappor·
teur, l'explication de ce silence. de celle sérénité des
l'appol'teul's cantonaux, a ulle raison péremptoire. C'est que
la plupart (les Conférenciers ont été dUIIll:me avis. 'rQM, ou
presque tous, ont adopté les. conclusions de l'école dilo
JI traditionnelle, rejetant, a\"ec plus ou moins cl'énergÎe,
cornille nous venons de le \'oir, l'opinion relati\"ement
récente de"'l'éco]e diteJlistorique -à qui le nom ct la science
de l'abbé Duchesne onL"lïOilllé un regain d'autorité. CeLLe
quasi·uniformité l'end notre t<iche plus facile, nos confrères
ayant pnisé ;\ peu près aux mè:mes SOUl'ces les arguments
ct les d,heloppcments qui les ont conouils tout naturelle·
ment au tnème résulLat (1). »

« Le point précis qui divise les savants, c'est la date ~le


i'i'laIJ.I.iJ;,'il']I1CJJldr la. hiirnrchil' dans les Galïfcs:les chré­
tiens gal;lois forlll~l's l'origine, des cOlllmunautés

\
1
régulières '! non nomhre de nos sil'ges épiscopaux remon·
tent·ils aux Apùtres ou il leurs p,'enliers disciples? En
pal'liculier, Denys l'Aréa xl"ite est-il le nll!ffie que Denys de
Paris'! Cne éeo e répollli oui, une autre non.
(( TQ11~les .conférenciers--:-:wec plus ou.moins cl'énergie, se
sont rangés·ciu ·ëùté de ['amrlllatin. en seul a paru défendre
la négati\'e, Aucun ne s'est contenté d'exposer impartiale­
ment. nons voulons dire sans pl'éoccupation de conclure
dans l'un ou l'autre sens, l'dal Je la (jul'siioll. la seule chose
que nous avions en yue (~), )

Pour l'année suivante, 1900, 10 programme


portait ces questions connexes avec les précé­
dentes :
« Quel est l'état, avec prell<'es à l'appui. de la

question historique:
(1) Contpte rendll p01l1' l'année 1899, p. ·158··160.
(2) Ibid., p.165.

~-" ...
"

LES CO:'\FÉnEl'CES DE VERS.\ILLES 203

~o Sur les saùlls de Provence: saillt La;:,al'e

à Marseille, saillle Marthe à TarascolI, saillte

Madeleille à la Saillte-Ballme, etc.

2" SUI' les disciples immédiats des Apôtres:

saillt Crescellt ri Vieillie, saillI Trop/lime à Arles,

saillt J1al'tùtl à Limoges, elc.

Voici les pl'i~cipales observations du rappor­

teur :

« l' Presque IOU5 les Conférenciers ont remarqué, comme


cela est de toulL: él·idence. qu'il s'agissait ici d'~­
1 vel'!':e cnt~'e la Tradili.2.!l ct la ~rili(ll~('. ~,Iais bien peu, pOUl'
\ ne pas JII'e aucun. sc sont contentes d exposcr les arg-u­

ments de l'une ct l'autre école avec le call1le que cOlllporte

la conl'iclion même la plus arl'Dtée. C'était pourtant cc qu'on

demandait : l~ï(l! rlc /a question aC,ce Jl1'WI"('S à/ajJjllli. La

plupart ont. dès le principe, pris' rio/cI/IIl/l'n! parti - la

qualil1cation n'cst (IU'cxacte - pour"la solution tradition·

nelle. C'était leur droit assurément, tout comIlle c'cst le

ùel'oir du Rapporteur çle le constater ct rie noter cc qll'il .v

a"d'excessif dans le ton' ct '(J'erroné ùans les allirIllations~ Il

parait inutile autant que fastidieux de citer de lonb"s

extraits. Contentons-nous de ce quasi-analhl'mc qu'un facile

retour il une source unirllie nous a permis de rencontrer

dans maintes transcriptions: (1 Le ['espeel de la Tradition

est un des caractères de l.'esprit catholique. 5'e. n écal'tel.~~:?t \\

le fait de ceux qui s'inspirent plus ou moins des tendances J

J;.0testan tes, jansénistes. ou ratio na liste.§.: "KhIllëul' iïq'lif..,c

laisse aller sur cette pente glissante! ... »

« Voilà pour ce que nous a l'ons appelé le ton de la polé­

mique chez beaucoup. chez trop de Conférenciers. Quand

on dépasse la mesure dans l'appréciation, on s'expose il

énoncer l'el'l'eul' dans l'affirmation historique. C'est cc qui

est al'ril'é lorsque, par exemple, on prétend que : jusqu'au~

XI1I' siècle, aucune contestation ne s'était é1el'ée contre

l'universelle croyance à J'Apostolicilé de J'éyangélisation


'v.
dans les Gaules et Il J'Aréopagitisme de l'Apôtre de Paris ...
., C'est là une erreur matérielle .. ;..
20-1 LA CONTROVERSE DE' L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

« Cet étonnemcnt chez la plupal't, ce scandale chcz un


certain nombre, dc voir la tradilion allaquée ct presque
méconnue vicnncnt d'une confusion commise entre la
Tradition dOYlllatique et la Tradition historique; c'estlh
Ulle seconde et fondamcntale ObSOl'\'atioll.
« 2' La tl'adition est ave ,;., a e le criterium de
la Foi. n peut, il faut même dire, dans la l'igucur c la
\'crilé catholiquc, quc la Tradition cstl'uniquecl'itel'ium de
la Foi, puisque l'Écriture saintc, texle ct interprétation
n'est notre guide que dans la mCSlll'e où ellc est transmise
et expliquée par le magistère infaillible et trallitionneille
\'I~glise catholique, pape et concile œcuménique. ~Iais cclle
Tradition qui cuchaine la Foi et commande l'adhé.~ion, c'est
la Tradition doglllatiqllc et uniqucmcnt la Tradition dO{J­
II/CUir/llC, c'est-il-dire qui a tl'ait il la foi et aux lllœUr~. IJans
le reste et en pal'ticulicr pour l'histoil'C, tallt qu'il n'est pas
l/uestion de faits dogmatiques, l'innerrancc de 1'I::gli;;c n'a
pas lieu de s'exercer; et, pal' conséqlll:nt, dans les limites
de la lllcsure et de la con\'Îction loyale, il cst pCl'mis Je se
mou\'oir pour faire préyaloir une opinion. C'est cc quc nous
semblent ne pas avoir suffisamment compris CCliX des Conft':­
l'enciers, ct c'est prcsque tous, qui ont fulm inti contl'c la témé·
rité de l'écolo de la Critique: il qni.s'cn prcnJ - tdllleî­
,If) à la lilurglC, au Cil e. QUx traditions les pilis sacrées, aux
yenanccs de l'amour ue Dicu a pOUl' la (.'l'ance, iL.Qgs
J
gloÎl'cs natiolli.l es, e C., etc, » Lcs cxemp cs so presscnt pour
montrel' l'Trnpl'udonce d'en appclcr il la prétenduc Ilxité
traJitionnelle de la liturgic, du cuito, en faveur dc la soli­
dité d'une alTirmalion quo son ancieuneté n'cmpêcherait
pas d'étre légcndaire ou doutcuse,
« Le plus grand souci de l'Église et do ceux qui la sernnt.
il quelque degré que cc soit, doit èlro la l'ccherche de la
vérité plénièrc, et rien no parait plus désirable quc l'accord
entre co qui est l'écité comme pl'ièrc ct ce qui est comme la
base histol'Ïque do la litUl'gic, Et n'cst-ce pas une inLl'ication
continuelle il rcctifier ce qui est défoclueux quo l'aycu quo

~
~J3~\'iaire romain a été rédigé .a,rant Baronius qui a iIlan­
~. 0 rI IIcmènt et dé par ordre ponlilical, llnc crilil/110
, . e aussi ru en e qu nerglque' 0 re mSlS ance à
blàmer nous est imposée par III stancc qu'ont misc Ics
LES CO:\l>ÉRENCES DE VERSA ILLES 205
~
Confércncicrs, cn très grandc majorité, il cn appclcr il l'au.-
todté l(i~iol:i9.!I_C_~_Ji~~'iaiEc.~_rnainet h qualilier sl:\'èî:C-
ment les corrections localcs qui con traricnt leur respcct, selon
nous cxagéré, pOUl' la valcur documcntairc dcs légcndes
aussi séculaircs quc risqures,
(( 3" Dicn imprudemmcnt, ù notrc ads, plusieurs Conféren-
cicrs ont poussé il nom'cau, sous la forme d'une lranscl'ip-
tion copieusemcnt prolongée, un cri d'alarme clejù jcté pal'
dcs membl'cs de l'Épiscopat. entre aulrcs - c'cst la seule
citation tronn!e dans lcs Confércnces il ce sujct - pal' ~Igr
Cotton, én~que de Valencc ....
1 " 1 (( La védté fait un devoil' au lLlpportcur de rcmarqucr quc
, • ~Q!Jme '.c1.L/lQJ1J1JiLn:a Ijcn~! v_~ir clan_sJ.~_débat, contrai-
('elllent il l'émotion du Confércllcicl' qui outrcpasse mani-
festcmcnt lJ pcnsée du vénérable Prélat. commc une
lectul'c attentivc dc son tcxtc le démontrc; que le rrai SCliS
chrétien ne saul'ait ètre atteint par l'élirninalion,-quaôT il
la certitudc historique, lie légcnlld i:loutle moin'Sl!outêllscs •
1) ?t _qui n.'intél:?sscnt en aucun,c façon le (l,0!i-Il~e lrailleul'~
InJttaquc; qu tl y aurait peut-dreplus dC-Jos!e trrstesse a
constatcr qu'on rcste qllalld }l\('IlIC attaché;\ une allîrmatioll
historique dénuée dcêpreu\-cs'sédeuscs. ct qu'enfin le l'CSPCCt
pout' le contrà!e et la sal/clioll locale délinés pal' un Onli-
nairc nc sau~'aicnt exigcl' l'allhésion aiJsolue que l'auloril,':
de la sainte Eglise n'a jamais imposéecn parcillc malièl'c....
(( 1\'0 us pourrions cn rester là, dc ces oiJscrvations "énérale,;.
si nous n'ayiOllS il cœur (kèli.:'isip.Q.Clln~L~_I'I'Cur:'énoncée
dans maints travaux ct inspil'ée pal' cc que nous dcman,
D (don.s la p~rmis~io~ cie qn;~lificr de n~ ~mba;I~T:c:~(~.~·g;!~_il
..!La.l!.o~l_'~), La cltatlOn sun'ante, dont la repelilion llldlqUC
une source commune, légitimcra l'insistance cie notl'e criti-
que: «( Imagine·t·on cc quasi-dédain de la Pro\'idence pour
/'1 Il notre France ?.. , Ce titre cie Fille aillée qui devait plu~ tard
- lui ètre déccrné n'obligeait-il pas, en quelquesorte, l'Eglise
naissJnte il la comptel' parmi les nations évangélisées dès
le début?» Faut-il donc redire à satiété gue l'École critique,
1 mcttons hypeI'critique, la plus a\'ancél en exigences dOCll-
l,
fi II~ IlleJ1.1i!l.r.!2.Sn 'a jamais nié que les Gaules n'mentéiTéyangé-
If' V lisées, au moins dans leurs parbes méridionales, dès le
o pre,!! ICI' sIècle? Ce qu elle se refuse il admettre avec la
1'2
206 LA CONTnOVEnSE DE I:APOSTOLlCITl~ DES }~GLISES

~
/',
l'LOf'
picusc sérénjlé des leni~nts de l't'coly tl'aI1i1jQnnelle; c'est
l'Ql'ganisnlioll hiérarc1liqlle, .éI!ismI!al~, quasi-diocésaine,
qu'on voudrait attri15üel' il notre Patl'ie, dès les te!nps '!pos·
toliques, Surtout ce contre qlloi elle DC nlénage pas ses
(îbjCêLlons, c'est la croyanco ferme ct absolue il l'Apostoli­
cité de ce!:iai]lQs.ÉJrliscs résullant dc la mission, c'csC::a:é!lrc
ue Tcnvoi certain l)ar les Apùtres de LO/ls les é\-èqucs-fon­
dillëllrs én umérés dans le famcux textc de li régoire de Tours:
} ct cie plusieurs autres, comme Lazare,~ssaintes~mp,!g!les
cl ses compagnons. Dû pIns pourquoi regardcl' comIne unc
llivinc défa\'cur, si ces Illols Ile juraient pa~ dc sc voil'
o réunis,' le fait d'unc clilTusion Ull peu retardée'dc la parolc
é\'angéliqllc '1 .. ,
( Nous jugcons inutilc, l'examcn rlcs tra\'anx d'autrui
n'ayant pas il sc transformer en la rédaction d'un travail
personncl sllr la matièrc, de sui\TC pas il pas l'argulllcnta­
tion dcs Conférenciers. D'ailleurs, ils se ressemblent presquc
tous pour Ic choix cles prcuves et surtout par la conclusion,
En vûrtu cl'un elllpl'unt directement fail ou d'llue référencc
médiatc et secourable, ils en appellent il l'aulorité clcs deux
princi aux champiuns des Écules 0 10sée5, en cc qui COll­
ccrne e\'ang-c lsa 1011 pro\-en~'ale : l\IgtCllëllcO ct 1'I1gl'
~. ~Iais il y.Lt cctte dilTél'encc nolalJ~5ignalée.
entrù la manière dont ils inV"oqucnt l'un ou l'autrc de ccs
deux anteurs, c'est que, ))()/U' tous - il part un lra\'ail oit
~~lla contro\'el'scest plutùt exposée que résolue - ~I~t
J'V ~st lc représentant Llc la \'érité lJ.istorîquc, tandis que Mgr
D'U'Bîêsnc csl- ces citations sont texluelles - l'elllu/i' rI,'S
Uwnoij, dcs Tillemollt, des IJail/et lln CS]ll'it im/1l1 de Im­
rl~ clOIlce~ ratiOllalistcs ... '/In clllIl'mi 1111 l'l'présentant d,l' celle

r qUllsi Oti demi-hélél'odo,rie (sic) 1]11 i S'l'sI infiltrée jusqlle


clans les unicel'sités catholiqucs, salis le l'Ourel't de celle cri­
tique audacieusc qui a pCl'du Rcuall, ell'., l'Il', Le Rappor­
teur manql~crait à son dc\'oir ~, sans .nOl~1l\lCr pcr~onne, tl
ne protestall pas contre le ton agl'esslf d une pareIlle Role­
[ rnique qui remplace l'examen Impartial cles fails pal' uno
di~alificé\tion passionnée des écriv'ains. Et d'olt vicnt ce
torrent d'insinuations mal\'eillantes ou plutùt d'articula­
tions calomnieuscs? Uniquernent_ de ce quc l\Igr Duchcsne,
reprcnanf a~ sa. gl'ande~_té'de critique historique une
, '1 "..1 l ... ~
~~/' r; -
,r-,
~- Pr-:" ~ (,.... v.,.
(J ë s"k ». r;;',
t,' 5 - 5 ''-''
"l. l"
LES CO:\FI~RE:\CES DE VERSAILLES 207

œuvre qui date de loin, a renoU\'elé les anciennes objections


ou découn~rt des raisons noU\'elles de douter de cc qu'on
appelle la mission palestinienne cles Amis de Béthanie (1). ))

On peut juger d'après ces principes à quelles


solutions particulières aboutissent les conféren­
ciers.
SUI' le sujet de la venue de ~ladeleine en Gaule,
« tous, sans exception, se prononcent en faveur de
l'affirmatin. Non seulement, tOIlS repoussent
comme fausse la thèse de la négative, mais plu­

~
sieurs stigmatisent avee virulence ces adeptes des
théories rationali'stes, dignes émules de Rellan,
contempteurs des plus vénérables traditions (sic),
etc., etc. Ce n'est plus l'exposition calme d'un point
d'histoire, e'est la polémique violente avec toutes
ses rigueurs (2). ))
En ce qui concerne les Disciples immédiats des
Apôtres, sa/nt Crescent à Viellne, saint l'rophill2e
à Arles, saint Mal'tial à Limoges, etc. », puisant
aux mêmes sources que l'année préCédente, «( les
conférenciers ont énoncé le même résultat. Grégoire
d~ Tou!:s et Mgr Duchesne, pour ne citer que le
père et le dernier fils de récole critique, ont les
honneurs de la même défaveur et parfois de la
même réprGbation. Un Conférencier s'il'l'ite fort, à
très juste titre cette fois, que l'on ajoute indùment
au nom de Grégoire de Tours la qualification de
saint. ~lais son indignation, qui pourrait être
('1) Compte ,'cndu 1)011" l'annde '1900, p, '162-17,\:.
(2) ibid., p, '180.
208 LA CONTROVEI\SE DE L'APOSTOLICITf; DES f:GLISES

inspirée par la non·mention de ce personnage au


martyrologe romain, a pour motif le rationalisme
(sic) de sa critique historique. Quelques traits,
assez légèrement décochés par des plumes qui ne
le sont pas toujours légères, visent également
Mgr Duchesne qu'un Conférencier appelle: notre

~
GrégOire actuel, contempteur de nos traditiolls
na~les, im bll d'idées plus réldonalz'stes que
ratiollnelles, etc., etc (1). »

('1) Ibid., p. 'ISL La fjuestion de l'apostolicill~ des <\;Iises des


Gaules a (01,; aussi deiJaltue en -If\UÜ dans le diocôse de flayonne
(voy. le Compte ,'endtl des conférences ecclésiastiqlles... Day'onne,
i'tlp. Lasserre, 1UOU). Le Compte "endll sc termine ainsi :
« (Juelfjues rapporteurs l'onl bien trait"" exposant les argulllenis
des deu~ écoles, mélne les plus recents; et conciliant, après
a\'oir donné leurs argulilents, dans le sens fjui leur paraissait le
meillellr. La plupart, faute d'ouvrages :\ consulte l', ont reSUIlH;
I1~~r ou Darras. quelques-uns ont été tri,s coul'ls ct très
su pc rH ciels ll, - Le Compte renùu fjui n'est pas aP9stolicjste 'a
ète rédigé, pour cette '1l1estion, par ~l. le chanoine LlIl'de, anci"n
dèvl' ùe l'Ecole des Carmes et ancien directeur de l'Ecole de
l"fmmaculée-Conception il Pau,
CHAPITRE XVl
(1894-1000)

u:s Ü:CEXnF.S AI'()STOLlC:l~l'E~ A 1..\ FIX DU XlX' SIECI.E


F.l' LE:; PUIl.lC.\ noxs CATIIOLll2UES. - rOlx ilE::: 1:: lï::'2 I: ES.

Comment les prêtres n'aUl'aient-ils pas professé


l'opinion que l'on constate ofTiciellement dans les
conférences dioccsaincs de Versailles quand tous
ceux qui étaient chargés al! sc chargeaient de diri­
ger et d'instruire les catholiques tenaient pour
l'apostolicité?
A la fin du XIX· ::;iècie, le t.rnditionnislllc <:tait
incontestahlement l'opinion commune des catho­
\ \ liques français. On peut le constat.er dans leurs
livres, surtout dans ceux dont les religieux sont
les auteurs (1). On peut le constater dans leurs
revues.

(1) Je ne citerai qu'un exemple,


l'ou\T:lf;e, le li\Te du dominic:lin ~OlJil"ÎeJ' prl;dic:ltellr ,',
. l'otre-Dame de Paris, SUI' Les Amitiés de es liS (P:lri" '\8(5), Les
récits j';'gendaires )' tiennent autant de place que les recits él':w­
S'l'liques, dont ils semhlent le complement naturel. Les uns et les
\
autres sont exposés ~I'ec le mème "pp"reil scientilique et apolo;),···
tique. - P. 199, le P. Ollil'iel' tl'ansforme la merreilleuse
T""~sque en crocodile. - En spécimen dcs sermons apostolicistes
d~.'celle époque, ,"oycz Appendice [.' Géné>'alilé.s, ~rticler..clï~~:'··
et P"ovince de lleims, articlec:Çox2nig (R. P,),
12,
210 LA CONTflOVEflSI<: DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

Qu'on ouvre le Correspondant du 25 août 1898,


on y verra (p. 799) que, « onze ans apr6s'i;;mort

~
de Jésus-Christ, la première communauté chré-
tienne était née en France: elle avait son berceau
en Gât,inais, elle élevait à la Vierge le premier
sanctuaire sur le sol des Gaules ». Si l'on ren-
contre une telle assertion dans un périodique qui
~~ prétend l'organe des catholiques savants et l~t­

trés;' quel sera le langag'e de ces petits lines de


dévotion et de ces guides de pèlerinages qui ne
semblent avoir d'autre but que l'exploitation de la
crédulité populaire ?"
Voici un Mois de Marie et dil flosaire (1), publié
en 1807 avec approbation de l'ordinaire. On y
lit: « N.otrc-Dame des DomlL à~ touche,
par son origine, au berceau même du cht'istia-
nisme. Un Pape, Sixte IV, a dit d'elle qu'elle « fut
bâtie par sainte ~lal'the à la gloire du Sauveur et
de son auguste ~Ière et consacrée par la main du
Fils de Dieu lui·même. » Si, pour plus de détails
sur cette cérémonie, on consulte une Histoire des
Pèlerinages, on apprendra que ce serait au IXO siè-
cle que « se rappOI:terait la conséc:'ation,~r
Notre-Seigneur J ésus·Christ en p~rsonne, de Il
l'église des Doms (2). » Il~
1
Passons à une littérature plus scientifique, à un

(1) Par Ch. Garnier (Paris, Lethielleux, p. Hi).

~
('.!)~, llistoi"e des Pdainages 1'mnçais de la T"i!s
Sainiè1r:;;;:ge, p. 91i. Cet ouvrage est un « magnifique» in-'t o de
l.'.!i'.! pages bondées de traditions aussi respectables.
~
.-:T-......,"-,----"-:---~_::_ ---. c-~7 ~~-~--~ -. - - -

VOIX DES (:VI~QUES 211

Cours d'Histoire ecclésiastique, sans doute le


dernier pal'U du siècle - il a été pulJlié en 1899
- et le plus remarqnable par son zèle des doc-
trines pures et intégTales. Le début de la question
de l'apostolieité est présenté dans la forme habi- ]
tuelle il récole : Il C'est surtout Iii que~it
( janséniste et gallican a faussl~
l'histoire. )) la ~rais
conclusion dépasse toute attente. « Il semble
prouvé, dit l'auteur, que S.:~s de Paris est
JI bien le mème que l'AréopagïT8; S. ~Iart~d de
Limoges serait l'enfant élevé par Jésus-Chl'ist et
montré il la fonle; S. Gatien de Tolll's serait run
des soixante-douze disciples de l\otre-S(·jgneur ct
un des bergers de la crèche, etc. (1) )
.::-- Prenons un enseignement plus autorisé, celui
dcs évèques.
Ils avaient fait lcnrs dudes ecclésiastiqncs au
moment où régnaient dan;; leur force les nouyclle;;
~. 1 conceptions. Ils les avaient rC(;~ICS comme intime-
\ ment liées il la saine doctrine; ct lïnOllence des
Univcrsités catholiques restait, encore à la fin du
siècle, trop faible et trop l'cu indépendante pour
qu'elle pùt modifier les id(~es dominantes. Par édu-
cation et par tendance, prcsqnc tous Ics évèques
étaient traditionnistes. Ils se croyaient pris entre
les trava u~ trcs embarrassant;'des historiens i-
d'une part, et de l'autre entre les affirmations des
propres diocésains, et la-croyance populaire que le
(1) Cou/'s d'His/oï,'c, par le P. J.-D. AuIH:Y. puIJlié par son frcre,
J'abbé Au;;. Aubry. Imp. Desclée, t. I, p. 153--155.
212 LA CO~T[\O\'E[\SE DE L'APOSTOLlC\TÉ DES ÉGLiSES

clergé ultramontain avait ravivée. Exposant la


place tenue pal' le s~me légenc!aire:-un érudit "7

écrivait:
« C'cslla moëlle do nolre culto national, celle qui circule
par lêsliombrcux réseaux-d'un fî'fsrïehe appal'eil litur·
N5 gique, animant les fètes, Ics cérémonies, les grandes com­
mémorations, remplissant les hymnes, les pl'oses, les
,1
'11 fortes peintes sur le bois ct la toile, sCl1lpll'~es
\ 'ill""OO', '" '''' li"",,,; i ",pi "m 1 1" """"" ,i m pl"
dans la pierre
elle marbre; surloul, imprimant ses vives images au olus
0'
profond do la Il1clnuirc"popii1iiire par huit ou dix sièclc0Je

[
SO~lCIICS [él'éliti()Il~. Ce n'est pas du roll~:lorc; le Pen plo,
mrttmnfcTC1ifëf""dc sc'; propres reSSOI.ll'Ces,-l'ayanl'rcl.Hl,
au début, de la main :ll'lillciousc des lettrés,*Néanmoins,
. W invenLions, primol'lliaJell1ent J'('IlI\:IJës~ inspirées anssi
1 lli!.!:.A~~obiles plus que suspeds:' I,l pil-lt': de la foule les a
1 pUl'jUées cl rendnes na'~:es en les localis;lnl, les transfor­
. luanl cl les f:lisant siennes·; en sorte qu'apri's quelques
d,'lais, sous la formc de \e<;ons, de compositions, de chants,
1) (do con,tes. de,r.écits·~'on les. a Vl,!CS sc. ~llbslituer_tE~!~011e' ., (
o. Ineut a la Hfllable histOire cv,ingellqne ct a~)stolJque.
1)ellui'S lors, chaque foi" qn'il a d(\ que~iion de' Îes-;:(l\l­
mdtrc a lin examen critique, on s'esl aperçu qu't'lIG':..for­
llIaient un congIOl!ll'l'at compact. encastrant rilcth·-rrô
~~ritllelle
N3 A ajusté, qllll tont cntière; tellclIlcnt"ënmpacl. et. tellcment hien
pOlir le morliller', ne flll·ce qu'un tont. petit pen,
c'est le bloc total qu'on risque tle réduirc en débris)) (1).

Il semblerait en effet à première vue que l'en­


ltb seignemcnt historiq~e i.m,pliquerait «3 n redou­
N
~,~ table ébl'anler~lent hturglq~e ct cwtl!el )), Et
pOUrtant ~nome a laissé tombcr ses vieilles tradi­
tions relatives au baptème de Co~st~tin presque

(1) A. La\'crtujon (t899), La Chrolli'/Iie de 51tlpice Séû,'e, t. II,


p. !.~6.
·r '''':

LE CARDINAL nOCRRET 213

ri')
sans que l" on s en aperçut.~ L es eveques
1 ,. f rançUlS
'
des XVII" et XVIll" siècles, quand ils réimprimaient '1)
le bréviaire diocésain, c~ig~~ient les l~g~~es (
dans le sens critique, diminuaient le culte des
~, saints problématiques;' supprimaient sans esclan­
dre celui des"'saints apocryphes.' Ils n'interve­
naient point dans les discussions des érudits, ne
croyant pas qu'elles atteignissent la religion. Mis
en face des mêmes problèmes, après IQ_l:c@_ctio]l
\ anti.f.~e, les ~vêq~es de la fin .du XIX". siècle ne
, les ont pomt envIsages avec la meme fr01deur. Ils
--r ont paru craindre le « redoutable ébranlement » ;
\\ et presque tous les diocèses ont été témoins de la
) \ part de lcurs chefs de manifesta tion~ d'une foi
ap~~.~~i~te aussi accentuée qu'impatiente de
contradictions. Qu'on en juge par quelques
exemples:
1, ..
Le 15 aoùt 189 1 le ~ili2..'l~ IlQl!!'.!:.et, é-2:~g~~~e
Rodez, prêchant à Mende, fit ù propos de la date
d-;In fondation de cette église, une sortie véhé­
mente contre les historiens:

«( Au nom d'unc critique qui ne veut pas que le solcil,Se


( soillerû malin .parmi n.Qus, on rejel.te dans Jes légendes il
élaguer de l'histoire l'~~stolicité de lIo!r!L~_g}ise, comme
on la dénie il bien d'antrcs qui cherchent dans ccs temps
rcculés les mêmcs glorieux ancMres ... Singulière disposi­
, tion d'esprit, qui no peul. s'expliquer que paCdssPL<jllgés

jl g'é@Cauonetunceriai!llJe.Sq,il\,inConscie.nt.chez. pl usicJI l's.


ie veux le c.roire, de~apelisser toujours l'œuHc de Dieu ct
d'exagérer celle de l'homme! Etrangc contr.rdiutîôi1, en
effëT, dans les vues cl. lc.s conclusions de ces mêmes écri­
)1 vains, qui réclament PQ.ll.!:J.:.§gypte, la Chine et l'Assyrie
214 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

r;
.!:s ant~uilés fabuleuses, et qui veulent que lc christia·

nisme ne soit qu'un tard·venu parmi nous, et qu'il n'ait

que très péniblement conquis quc!ques adeptes après Lrois

siècles de luLLes, d'expansion et de vitalité. Si ~rges eL,si

généreux pour avancer la lumière eL la eivilisaLion (Jans le 1

mondc, quand elloestprise hors. de l'Eglise, ccs tenanLs do

~. l'ïnêorrupLible vériLé- "hIStorÎque ne 'vetùent vOIr que

ténèbres el retard partouL, lorsqu'il s'agit de l'œuvro de

Di", " ilC,meiif,,,,,nî,, m"mi",Li""' d, "" CLid,'- Di,·


coureurs peu logiques en vériLé, qui ne réOéchissent pas quc

trenLo 011 quaranLe ans avaient sum pour rcndre aricn

tout l'Orient ainsi qu'ulle partie de l'Occident, el que

l'hérésie de L.uLher n'a pas mis.-~guantc ans à déchirer

{ l'unite do l'J~liSë et1î"Tliicnlenr la moitié de l'Eu­

ropo (1 ),OLc. ))

-------- Le 25 janvier 1899, ~Igr Touchet, nvc(!llc


d'Orléans et originairc du diocèse de Bayeux, pro­
nonçait le discours d'usagc il la c('~rémonic du sacre
de :Mgr Amette, nouvel évêque de Bayeux. Il lui
disait:

« ,J'ai 1'IlOnncllr, Monsrigneur. de vous présenter ma


mère très vénérée et très aimée, l'I::glise de Bayeux.
(l C'est une noble clallle. donL l'origine remonle aux Lemps

héroïques du christianisme. Son pl're serait Exupère. son


aïeul ClémenL, son hisaïeul Pierre. qui fut l'ainé dcs
vicaircs du Christ.
(l,Te n'ignore pas qne quelques savants. chagrins sans
doute, ont prétendu qu'élie n'c'Lait pas né'c au premier
siècle, mais au troisièmc.
go .Z. ,Pi d-. ._~.---.:::-. =w.

~IONSEIGNEUR TOCCHET ET )!ONSEIGNEI:R 1~[\ATlD ~15

« Ce ne serait que bien plus tarù, vers le millénaire, que


quelque moine t.rop zélé lui aurait fabriqué des parchemins
qui la vieillissent de deux cent cinquanle années environ.
Il aurait sévi alors une épidémie de moines de cc genre. de
moines faussaires ; faussaires il nouen. faussaires à
)1 Orléans, f.ii.iSSaires il Sens;-f:tussaires il Paris, faussaires il
Narbonne. faussaires il Marseille, il Arles, il 'l'ourouse, par­
tout, excepté cependant il Lyon.
« ~Ioi..je trouve gue cela fait beaucoup de faussaires. ct
malgré mon respect sincère pour la science qui dTStingue
cerlains patrons d'une pareille théorie, je maintiens nos
croyances traditionnelles» ('1).

Le 8 février 1899, Mgl' Énard, évêque de


Cahors, a publié une Lettre pasto!'ale su!' l'his·
toù'e de Hoc-Amadou!' (2). Saint Amadollr y est
identifié avec Zachée, qui vint, « SUI' la rccOnunan·
dation expresse de la sainte Vierge ») (p. 8), tcrmi­
nCI' ses jours en Gaule, [H'~ompagné de son épouse
VéI'oni~e. Naturellement ces légendes, qlle COll­
ne ln prescription (p. 10), ont souffert des nëga­
~\ tions formulées « sous l'influence du protestanYsme
J'et des erreurs h1.~tes » (p. G). ~lais l'évèque
prétc~ l'établil' la thèse SUI' une base':- rigoureuse­
ment "scientifique.- Il n'arrive qu'ù déconcerter
.' l'historien"par ses notes bibliographiques, par les
autorités qu'il allègue - entre lesquelles il placc
Ir Paulin Paris, qui s'est rétracté" - et par cette
réclame en faveur du cursus (p. 45) « dont la Pro­
- ~

('1) Cette déclaration' P~212l!l.ol'Îsée qll'on la repl'oduisit de


dil'ers côtés. On la retroul'e jusque daus la Semaine l'eligiellse du
Montpellier, n' du 11 mars 1899.
(2) Voyez Appendice l, Province cl'.4.1bi.
210 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLIClTb: DES ÉGLISES

Il vidence semble avoir ménagé la connaissance à


Hnotre temps, comme un excellent moyen de con­
naître l'âge des anciens livres» (p, 11),
Le 28 janviel'-1900, M8!. nume~lU, évêque d'An­
gers, chancelier de l'Université catholique de
l'Ot;cst, a prononcé au Mans le panégyrique de
(saInt_ JuJi~:)
___ --J

Voici comment il y expose la question de sa


vie :

Il Quelle est son origine? Quclle est sa patrie? Etait-il lib


de HO\llc ou dc la .Jud~e '? Quclle formaliou a pr~sidt) il sa
jcunessc'? Comment Dieu l'a-t-il gagné il suu é"aul;ilü? Pal'
quel soulne l'a-t-il appelé il l'apostolat '! Pal' quelles "Oi,~S
l'a-t-il conduit jusqu'aux hauteurs de \'l~pbcopat"? Quelle
~toile l'a guidé de préfércucc \'el'S les Gaulc:> et lixé :>ou
séjour dans la contrée dcs Célïomaus?
II Autant de problèmes (lui demeurent il peu prl's insll­
'-llbles, pour lcs critiques les plus judicieux cl les'\>î"lis
excrcés,
Il Faut·il, a\'ec quel1luCS hypcrcriliqucs, retarder jusque
vers le milieu dll III' siècle l'arri\"(~e parmi lIOUS de \'utl'C
religieux apùtre ?
Î 1 (( Pent-on s'en rapporter aux Acles des I~'cèi[ues du JLU!J:.",
1 rélligés au IX' sièclc, qui placent la mission de saint Julien
sous le pape saint Clément, vers la fin clu 1" siècle?
- « fiemonterons-nous un peu plus haut, jusque sous le
Pontificat cle·saint Pierre lui·mèmo, comme nous yauto­
riscnt le martyrologe romain du XVI' siècle et la Iilurgie
actuelle? .­
(1 Oserons-nous, avec une tradition citée pal' quelqucs

hag'iographes, affirmer que saint JulieJLf.l.l.!.uJ! disciple de

i
Notl'e-Seigneur, Simon le lépreux, c'elui-là mêmCëjUè le flis
dëî5iCufaiChomme honora jusqu'à recevoir son hospita­
lité et m~er il sa table, il celle table fameuse Ol! tîTIrrup­
tiûn1Etdeleinë:poussée par le repentir, attirée par le divin
amour?
~IONSEIGNEUR I\U)!EAU 21ï

« Ah ! Mes Frères, vous le confesserai-je? Celle pieuse et


!J.
naÏ\'e croyance, si elle s'accorde mal a,'ecoles rigoureuses
données de la critique historique; comme elle a le don de
1\11 plaire il mon cœur !... 9~el~ou~~ns~ue_~~rist
JVluJt choisi l'!:..Fr~ pou..!: ~n peupJ.ç d'adopJion ; qu'ayant
, décrété de sc placer lui-m6me au centre comme le Monarque,
en lui révélant, en lui léguant son Cœur, il ail ,'oulu Ilré'
'-:, Qoserà la garde de ses frontières, au sommet des .Alpes, au
pied des Pyrénées, au rivage do l'Océan, aux conl1ns do la

1 Méditerranée, les trois femmes qui a\'aient eu auprès de


son adorable Personne un rôle prépondérant : ~Iarie sa
1 m~re, sainte Anne SOIl aïeule, ct Madeleine de Béthanie;
1 qu'enlin il ail député pour y implanter la foi, pOlir y prési-
. der aux aestiiili,ê:Ules-I)fOmTi.'Ï'Cs 1:glises--niiissaritcs, les
1 'meilleul's parmi les soixante-douze di.sciples qui aYaient
) ! été directement formés il sa dh'ine école 1. .. Quoi qu'il en
soil de ces hypothèses, toujours est-il, en cc qui concerne
notre héros, que sa période de préparation, celle qui pré-
céda son apostolat, dut ètre voik-e au monde, puisque
l'histoire a été impuissante il la saisir, il la /ixer. il la
transmettre, et nous sommes autorisés à conclure que saint
Julien eut avec Notre-Seigneur cc premier point de ressem-
blance, le mystère de sa vic cachée. ))

U e..revue, pourtant dénoncée bientôt après, PUI'


le Fontai .e, comme « toujours il l'affùt des
thèses risquées et téméraires » (1), ajoutait en
.publiant ce panégyrique: « Voilà comment il con-
viendrait de parler de nos premiers évêques des
Gaules, sans anathématiser les critiques ni effa-
roucher les fidèles )) (2). - Si du haut de « la

_ (1) Les ln~PJ:.Q.lJ1stallleSdans le clez'.9.1..Lrançais, p. '28'2.


(2) Revue du e"ge (rançais, numéro du ·10 mars '1900, p. 220.
Cette revue a donné depuis un bel exemple de ,la légereté ct
de l'incompélence avec lesquelles les périodiques religieux
traitent ordinairement la question de l'apostolicité. Son numéro
13
218 LA CO:-lTROVERSE DE L'APOSTOLJClT~ DES ~GLlSES

chaire de vérité » on appelle « hypercritiques ))


ceux qui retardent l'épiscopat de saint Julien
cc jusque vers le milieu du me siècle», comment
traiter ceux qui le placent au 1YO - qui est pour­
tant sa véritable époque?

du 15 novembre HlOI, p. ~O!l, annonçait cclle gt'OS5C nouvelle:


« M. le chanoine ~Iarbot signale aux archi"es d';p"I'lement~i1c,
des Bouches-du-Rhône une charte de !l07 ou !lOf) mentionnant
(ll'existence d"une ~_de-sjlj~_~larthe à Tarascon. Ce docu­
ment d6truit l'affirmation de ~Igl' Duchesne, qui l~cri\'"il : « Il y a
II a noter que, de tout le groupe de ljdhanie et d,~ ses anncxes,

« sainte Marthe est la premii't'e qni ait été l'e\'endiqu(~e par les
II Pro,·ençaux. Avant la lin du XII" siëcle. ce qne l'on racontait des
« saints dc Palestine émigrés en Provcnce, on le tenail des Dour·
« guignons et spécialement des moines de Yc'T.elay, 1) Fasles, J,
p. 32G. La Semaine d'Aix remarqne a ce Pl'OPOS quc, ll'aprës une
pièce conservée aux mèmcs al'chi,'cs. le pape Benoit IX co~-
, J'é"lise de Saint-\ïctorc\e ~Iarscille, le 13 oë"loiïrë"lO!fO, fil,
dans le Pl'occs·vera e a consëcl'a Ion historlqne (Ju célëbrc'
monastcre et mentionna Jes corps des <ainls marty!'s cl" \larseille
aui.)· furent ensevelis: « 1~'1 sewcl; La:a"i a CI"'j;lo JCSll "es-W:cc­
\/
, taU acsanr.lo,·um Illnoce~»
La ch:'rle signalc"e par ~À:n1901 ,;tait d"'ja mentionnée
dans j "1' Oe en 18!l8, Les O"jgillcs, p, 251. Quant au docu­
ment dit de . 010, il est discuté depuis Launoy (Cr. ~Jgr Bellct, op.
Cil.,'p. 273; làstû; I, -p. 3ll)- 'C'est .unsique les controversistes
piétinent sur place.
CHAPITRE XVII

(1900-1901)

LA COXTIl.OVEI\SE f.i\" 1900 : MO" Uf.LLET. ~I. LE CIL\XOl:'(E


llUSSO:'(. - « L\ C\II::>!: DE LA FOI. »

En décembre 1899 parut le second yolume des


Fastes épiscopaux. Consacré aux originE"s d'une
cinquantaine d'Églises, au sujet de la plupart
desquelles on s'est vivement disputé, il aurait dû,
selon l'expression de :\1. le chanoine I3londel, « sou­
leyer un toUe géliéral ». Comme il fortifie singu­
lièrement toutes les positions scientifiques prises
antérieurement, le savant auteur a recueilli d'un
coté des sufTrages d'admiration, et de l'autre un
silence plus éloquent encore.
Le traditionnisme ne pouvait cependant pas res­
ter dans la position du vaincu. Au mois de juillet
1900, ~elG} publia dans la Revue des Ques­
tians historiques une étude sur L'Age de la vie de
Ji saillt Martial. C'est la reproduction de la thèse
publiée antérieurement sur le cursus et de quelques
arguments du chanoine Arbellot. Dans ce travail
d'apparence si savante, il n'y a rien à quoi Mgr
Duchesn~et les Bollandiste?n'aient suffisamment
220 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLlC1TI, DES ÉGLISES

répondu. N'importe; depuis longtemps le parti


connaît la puissance des affirmations répétées,
eussent-elles- été, comme disait Palustre, cent fois
refutées. Et puis, selon le mot de M. de Meissas,
les succès de librairie lui sont assurés. l\éan­
moins, ce dernier mémoire présente une remarqua­
ble particularité. Il ne conclut pas, sinon pour dire
encore' que l'ancienne vie de saint ~Iartial a été
connue de Grégoire de Tours. De l'apostolicité, du
respect dù à un texte si ancien, il n'en est plus
question. Si quelques notes n'en avertissaient pas,
on ignorerait qu'on se trouve en présence d'un
article de polémique (1).
Dans la Pro(Jlnce du Illaine, au mois d'octobre
et de novembre 1900,?II e c lanoine BussOJ éleva
aussi sa protestation contre a t léone de Mgr
Duchesne. Manifestement très impressionné par la
découverte qu'il venait de faire du cu.rsus dans la
légende de saint Julien, il sortit de la question par­

(1) Pour tous ceux 'lui ont suivi celte controverse si ùpre, l'article
renrerme des détails très consolants (p. 3ï). On apprend que ~Igr
Bellet était à nome quand il sut qu'on venait « d'élever à la dignité
de protonotaire apostolique » ~l. l'abbé Duchesne, directeur de
l'École française, Il alla congratuler tout de suite « son nouveau
collègue en prélature. »« Si jamais récompense fut bien méritée,
c'est surtout cette fois .... » « Que ~Jgr Dllchesne, ajoute Mgr Bellet,
reçoive l'expression et de nos félicitations et de notre g-ratitude
pour l'accueil si sympathique qu'il a bien voulu nous faire. On peut
différer d'opinion dans les matières liures du domaine de l'his­
toire, mais on garde toujours vis-à-vis d'un contradicteur - et
surtout d'un contradicteur de valeur - les sentiments de la plus
respectueuse déférence. » Ces lignes sont à comparer avec la polé­
mique antérieure; voy. par exemple, Les Origines, 2- édit.,
pp. 20-22, et 321-325.
M. LE CHANOINE BUSSON 221

ticulière que présentent les traditions de l'Église


du :Mans pour entrer dans l'étude de la question
( générale des origines chr.::tiennes de la Gaule. Sa
conclusion fut «( exactement le contre-pied de la
thèse de Mgr Duchesne: vers la fin du ne siècle, il
y avait dans les deux Germanies et dans toute la
JlGaule. d~él'itables églises.... Ces églises ne
dataient pas toutes de la veille. On peut donc
s'abandonner avec confiance au témoignage de la
tradition appuyé sur des textes positifs, clairs et
formels, qui anéantissent le témoignage négatif des
listes, et admettre qu'un certain nombre Je sièges
épiscopaux furent établis en Gaule dl~S les temps
apostoliques. Quels sont-ils? C'est il chaque dio­
cèse de faire valoir ses titres. » 1\1. le chanoine
Busson ajoute': (( Les Fastes épiscopaux de l'an­
cienne Gaule sont pour des études Je ce genre un
excellent point de 'déparl. La thèse que j'ai com­
battue ne tient pas dans ce livre une très grande
place .... Ce qui est vraiment le COI'PS de l'ouvrage,
l'étude des catalogues épiscopaux, le déblaiement
vigoureux, peut-être trop, de certaines parties du
terrain où poussent les l(jgendes, tout cela, saufles
réserves nécessaires il l'égard de la thèse dans les
endroits où elle s'affil'me et fait sentir son influence,
méri te tous les éloges qu'on en a faits (1). »
Quand la question est ainsi posée on est bien
près de s'entendre. Cet examen auquel on irn-ite

p) Loc. cil., p.356.


222 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

chaque diocèse dure depuis trois siècles. Les


Fastes épiscopaux n'ont fàit que classer les conclu­
sions en les vérifiant. Plus des trois quarts de
l'enquête sont publiés et ils comprennent les
églises les plus anciennes et les plus illustres. Si
un esprit curieux de synthèse veut en résumer les
résultats. ". Mais c'est précisément de ce résumé
qu'on ne veut pas. On ne veut pas avouer à quels
principes il se rattache, à quels auteurs on en doit
les éléments. On ne se résigne pas à mettre la
vérité au-dessus des personnalités, des partis, des
orgueils diocésains ou provinciaux.
Une tclle position ne semblerait cependant pas
devoir tenir longtemps si b question ne se com­
pliquait pas d'autres éléments. La nwnière dont
une grande partie du clergé français - évêques
et prêtres - la considère, montre qu'il ne s'agit
point d'un simple problème de critique. 1\ près avoit,
été rangée dans les questi~oi, ellc a été mise
dans celle du « bon es rit», de ce bon esprit à la
conservatIOn (uquel les évêques veillent comme
sur « le dép(H de la doctrine. » Tout ù la fin du
si.ècle, si on ne l'a pas rapprochée du dogme, du
moins on l'a liée à ce qui a été très justement
appelé « la crise de la foi ». Ceux qui n'ad~~~~ent
pas l'opinion traditionniste étaient alors sou .on­
lf nés de pro esser es idées suspectes sur d'autres
points plus importants. Au comlllencementde 1901,
après· avoir résumé le débat qui concerne les
origines des plus anciens sièges épiscopaux de
« LA CRISE DE LA FOr» 223

France, 0. Fonta~ ajoutait encore: « Je n'ai


pas de compétence pour le trancher. :Mais il en
amène souvent un autre, celui dont je m'occupe et
que j'essaie d'élucider (1), » celui de la critique
biblique.
Bien que ce controversiste connût et exprimât
parfaitement l'heureuse distinction des traditions
historiques ct des traditions dogmatiques, cette
liaison d'une discussion dogmatiquement sans pOl"
tée avec une question considérée comme capitale,
montre la tendance des théologiens de sa généra­
tion à créer Jes solidarités encombrantes. Le débat
devait purement et simplement porter sur ce point:
« Les témoignages SUI' lesquels repose l'affirmation
de l'apostolicité sont-ils recevables logiquement? »
Les traditionnistes y font l'entrer des arrière-pen­
sées d'autres problèmes historiques et même d'or­
dre métaphysique. Si on laisse la critique s'exercer
ainsi sur la vie des saints, comment lui refuser le
droit de disséquer celle du Saint des Saints et de
traiter comme un texte historique les Évangiles?
O Si l'on avoue que toutes ces légendes a ostolicistes
~ ( n.kines de mirac es sont es fictions, on rationa,
lise toute la primitive histoire de France. pendant
que d'autres érudits rationalisent l'histoire du
peuple juif. Les frontières du §urnaturelre~nt
sans cesse et, à force d'expliquer et de supprimer
les miracles en détail et les uns après les autres,

(1) Les Injiltratiolls protestantes, p. 261.


1

224 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

on arrive non seulement à conclure que les miracles


authentiques sont beaucoup moins nombreux que
l'on ne croyait, mais encore à se demander s'ils ne
sont pas seulement des phénomènes, encore inex-
pliqués, si le miracle a existé, s'il est possible (1).
Où allons-nous et à quoi faut-il se tenir?
Cette manière peu calme d'envisager la situation
explique qu'en 1902, dans nombre de diocèses, les
prédicateurs de retraites ecclésiastiques ont, du
haut dela chaire et par ordre supérieur, mis leur
auditoire en garde contre la critique, la dénonçant

(1) L'argumentation n'est pas aussi complètement nouvelle qu'on


poulTait le croire, et mème son ancienneté complique la question,
Au commencement du X' siècle, un ecclésiastique voulantimpo~er
il la foi de ses concitoyens une histoire aLracadaLranle - qui a fini
par prendre, après une longue résistance. - la légende de saint
flcn," avait le soin de dire dans un avant-propos: « Si nous croyons
que, sur l'ordre d'un homme de foi, le soleil, la lune et les autres
astres se tinrent immobiles l'espace d'un jour; qu'au choc de la
verge de ~loïse, la mer Rouge se divisa en deux parties. ct le dur
rocher d'Horeb laissa cou leI' de larges flots; que, malgré toutes les
lois de la nature, ]';'tnesse épouvantée prof"ra des paroles raison-
naLles; flue sur la dernande d'Elie, pendant trois ans et demi, il
ne plut pas, que le ciel fut fermé el qu'II sc l'OUHit :i sa priëre; si
nous croyons tous ces prodiges et, ce qui est encore plus étonnant,
que, pour la rédemption du genre humain, par une opération
admirable et indiciLle du Saint-Esprit, le Verbe du Père est né
d'une vierge, Hai Dien et Hai homme: qu'il a lui-même par le
mystère de la croix d,;truit l'empire de la morl; que, par lui, le
Père ressuscitera en un clin d'œil les corp~ réduits en po~~ière d"
tous les hommes morts depuis le commencement du monde; pom'
les condüire à la gloire ou il la peine éternelle; nous pouvons bien
croire que par le bienheureux !llaurille, glorieux évêque, il a res-
( suscité un enfant, sept ans après son décès .... Celui qui ne croira
donc pas fermement ce miracle, que Dieu a daigné opérer dans
ses saints, n'en pourra pas croire non plus Leaucoup d'autres,
ceux dont nous venons de parler et ceux que Dieu daignera tou-
jours opérer. »
2 _0
')~
« LA CHISE DE LA FOI »

comme un sûr chemin de l'apostasie et de l'enfer


éternel. L'un d'eux a même expressément compris
dans ses anathèmes ln critique telle qu'elle s'exerce
sur l'apostolicité des Églises de F r a n c e . , 'j
Un zèle si mal éclairé consacré à une cause perg~e
ne pourrait, s'il était suivi, que ménager au clergé
de nouvelles disputes stériles et fùcheuses et pro­
duire de nouvelles défaites. l'lais quoi qu'il en soit
de l'avenir, les légendaires venaient trop tard '!!1
XIX· siècle -le siècle de l'histoire, - non pas pour
être victorieux mais pour gagner quelque gloire
,à. leur ten~ative. Vers lS't~-tS!lS, ~u mo;n~nt où ils ()
s'engageaient dans une vOie sans lssue, nI le talent <
ni le génie n'étaient nécessaires pour comprendre
dans quel sens serait la marche de l'avenir. A défaut
de l'amour de la vérité, lIne politique bien entendue
ordonnait de choisir entre diriger le mouvement
historique, comme l'avaient fait ~labillon, Ruinart
et Tillemont, ou bien le suivre avec résignation.
Les traditionnistes aimèrent mieux retourner en
arrièr~! Aux conceptions de l'ùge mûr, ils préfé­
rèrent l~sjictions d\maginations ~nfa~tines, quel­
uefois malhonnêtes.' Ils sacrifièrent le jugement il
la--Wmpilatic,n. Ils employèrent l'érudition à battre
en brèche"'la science~' Quelques-uns, s'il faut ache­
ver de les juger, montrèrent même qu'ils voulaient
l'esprit humain moins hardi, moins vigoureux,
moins sain, et qu'ils ne craignaient rien tant que la
critique, l'exercice de la raison: Ils n'avaient pas
compris que la vérité a promesse de vie éternelle,
13.
__l~"""'-:---:--''''''''''''-_
""""~~., L

'," 226 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLiSES

tôt OU tard elle finit par triompher. Qu'il soit per­


mis de trouver les symptômes de sa victoire défini­
tive dans l'affaiblissement notoire dont souffre la
réaction_a_nJJc!:H.i.~Lue
------,.. '- '(1). On peut bien déjà se
~

rcjouir de la disparition de quelques autres fractions


rétrogrades, ses dignes émules, qui, avec elle, ont
encombré la seconde moitié du XIX 8 siècle 'et en 01
paralysé le mouvement.
(1) Le bloc traditioDnisle du clergé régulier lui-m~me semble se
désagréger. Les jésuites (fran\'3is) louvoient. Les bén', 'ctiDS de la
congregation de Solesmes sont divisés; tandis que om A, du Bou.!!::
(Cf. sup., p. 168) reste fidèle à l'enseignemeDt de dom Guéranger,
dom H. Leclercq (Les ;\la,·ty)·s. 1902) aàopte la chror.ologie histo­
ri'llle. - Les capucins'tienne!lt b.on' Études ranciscaines.
s~pt: 1901-mars '1902, étlld~ ~ . . Geor"es ~c Villefranc~Lcs
l~:;ltses de Frc.nce sont-el/es d'o,·tgme apostoltque:

~
(.--..
L~ r :" /.

, ,-;/ ,,~

'L .)

9'---­ rj- J
.!Jo 1 .,,/
(. -IY
t)/V....~ 11 "1

APPENDICE 1

NOTES mIlLIOGfiAFHIQUES,

!
Pour le fond de la question lui-mème, c'est-il-dire l'his­

toire générale de l'émngélisation, voyez HAIINAC!{ (Adolf),

Die Mission und Ausbrcitung des Chr'istentums in den erslen


drei JlIhrllllndertcn (Leipzig, Hinrichs,' 1\lO~, gd. in·S,
i 1
;~lI-;jGl pp.).
Pour l'hisloire de l'év:tngélisalion de la Fransc..cl c~ilc dQ 1

--.. la conlroverse, voyez la bibliographie danse CIIEVALlF.R .1


(Ulyssèj) Uppertoire des SOlU'ceS historiques!Ii'/Jfoyl'li. A:71', 1
aux noms des pel'sonnages dans lIio-/libl;o rtl) ûe (Paris.

Sociélé bibliogl'aphique, 18ÏÎ-8S, gd.in- ", XLlI·'2.8'lli coL);

au lilOl France cl aux noms des évêchés de la 1'0[lo'(libtio­


.fl!((lJhie (l. l, .. I-J, ~Iontbéliard, 18~~-\l9, gel in-S, 1.:592 col. ;

-.., t. Il, col. 15()~-2GG{l. e cours de ubli'é<iTIén). On pcut


encore consu\lcl' U~;L1_E (CIl.-Emile J]iblio{/ra]lhie !jl:ni;'

raie dcs Caules, llépcrtoiTe sys malique cl alphabétiquc des

oU'L'rages, mémoircs ct notices. COllCC)'nant l'histoire, la topo­


graphie, la rcli{/ion, les antiquités cl le langrt.(/e de ta Gaule

jusqu'ri la fin du V' sihle. 1" période: Publications (ailes

depuis l'origine iiI' l'impril/lerie jusqu'rn 18ïOinclllsirwient

(Paris, librairies de la Société bibliographique, Durnoulin.

Firmin-Didol ct Champion, ISS0 el 18SG, 2 !21J,n.,S, XI\"­

1.731 pp. el col).


Pour Ics premiers textes chrétiens en France et les textes

des vies de saints avec la liste des ouvrages il consu\ler sur

chacune, yoycz ; 'JOUNIEH (; ugusle), Les !Sources lk l'hi.'­


loire de Fr f ll1ec, • ;poq 1 l ' I l . ' ' , mérocillviel1s el. caro-
228 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITb: DES }~GLISES

lingiens (Paris, Picard, 1902, in-8, VIII-288 pp. - Collection


des ManueLs de bibliographie histo1"ique. Ill.).
Pour la liste des prélats de chaque évêcbé, voyez
DUCHESNE (Louis), Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule
(Paris, Tborin et Fontemoing, in·8 raisin; tome 1 (1894),
Provinces du Sud-Est, VIII-356 pp.; tome II (1900), L'Aqui­
taine et les Lyonnaises, 1.85 pp.; - le tome III et dernier
est annoncé pour 190!.).
Enfin pour se tenir au courant des questions relatives
aux saints pontifes, confesseurs et martyrs, on doit voir les
ANALECTA BOLLA:iDJ..\:-.'A (I3ruxelles, rue des Ursulines, 111 ;
un vol. in-8 par an depuis 1881).
Dien que ces indications permettent au lecteur de se
donner tout le supplément d'information qu'il peut désirer
en terminant celle esquisse de la Controverse, je crois de\'oir
ajouter quelques notes bilJliographiques qui, sans faire
doulJleemploi avec les ouvrages pl'écé<lents, serviront sur­
tout de pièces justificatives h mon l'écit. - On trouvera
d'une part les généralilés; lie l'autre les lJilJliographies
locales, rangées d'après les provinces ecclésiastiques. En
tête <le chacune ùe celles-ci sont cités les ouvrages qui in­
téressent la province entière, puis viennent ceux qui con­
cernent les dilTérents diocèses en particulier.

..

GÉNÉRALITÉS.

DAUSSH-HoQut.FonT (le marquis de). - ktl/de hisioriqtle

snI' la 1Jrelllière prCilicat ion de l'écangile en France (Lyon,

Vingtrinier, t8G2. in-S', 111 p.).

Tr~\'ail b~sé sur l'ouvrage de M. Faillon, Jfollumenls in';(/ils.

BAZEL\lnE (Ed. dc). - l'rhiication du christianisme dans

/es Gall les.

Uni.vel'si.lé Co.lho/i'/Ile, ~nn,'cs 1S'>O-~I, L IX, 19:J-20·j.: X,

359-:3ï9; XI, !~ 1-56 ; XIl, :36-;)6.

L'auteur raconte avec be;\ucollp de sympathie le~ traditions de

Provence, mais sans le, donner pOlir de l'histoire; pOlir Illi t'hi,·

toire commence <l"ec l'arrin"e de ,,,int T"ophime, disciple de saint

Paul. apùtre d'Arles. Cela ne l'crnpèchc pas d'admeltre, vers

240-'250, la grande mission r~pport('e par GI'i'~oire de TOllrs. seu­

lement elll! ne ,e compo'c (t'apr"s lui '1lle de six "'\"''1111'5. A pro­

pos de saint Denys, il dit (1. X, p. :lï!~) : (( Les I.'ëendaircs ont

voulu faire de ce premier é\'è'1llc de Lnt,~ct', Ik!li.s. membre de

il l'Aréopage d'Athcnes, converti par sainL Paul; c"701ait un ellrlellx


.. toÙr de -force longtemps en vogue, g-r:,ce ail patriotisme plus
fcrvent '1u',\cIairé des abb,'s dt' ::iainL-llenis. ))
CeUe étude est un modèle de la p"JriOde de tl'ansilion enlre la

critique ferme dll X\'III' siècle ct la n'action catholiqlle ÙU XIX'.

L'Unil'el'site calholi'iue était unt' re\'ue ullramontaine ct roman­

tique, diri"ée en grande partie par d'anciens menaisiens. Y colla­

boraient surtout Uonneltj', les Doré, Foi'set, Gerbet, Jourdain,

Montalembert, Ol.an~m, Salinis, etc.

~LLET (1.1gr). - Les Or'irlincs de8 éalises de 'Frallce et, les


--Fasrés épiscopauJ:, 1" édilion, 1890, Paris, Picard, in-8",
xv-27;5 pp.; -E... 2' édit, 18CJS,)ilJid., in-8o, xX':Il-420 pp.;
édition entièrement refonduc, suivie c1'une T,'lude sU/'le 2'3
cursus et la criiiq'Ul~,
Sur la 'I~on, voyez La Vérité française, 2 no\'. IS96,

article d'Arbellot; Blilletill critiqlte, no' des 5 et 25 mars 1896 et

dans le no du 15 anil, une leUre de ?II. P, Fournier; n. Maere,

230 LA CO~TROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

Les l'écentes cont)'OVel'ses sur Z'apostolicité, dans le Muséon de


Louvain, août 1897. Sur la 2- édition, cf. Analecl.a Bollandiana,
tome XVII, fascicule IV (paru le 28 décembre 1t!98), p. 457 ; Bul­
letin el'i/igue, 5 avril -1899. pp. -182-188, article de~. Maerlj);
Revue du_clel'qijmnçais, 1" mai 1899 (1. XVII), pp. 42B'-=~t.
du R...J:: Louis GuérarCb, de "Oratoire; PO{!lbiblion, septembre
1899, pp. 25!~-26e,-d1'Tië1éd'E."Jorda0
- La Prose rythmée et la Cr'Ïtique hagiographique. Nou­
velle réponse aux Bollandistes, suil;'Ïe du lexie de l'ancienne
vie de saint ..varlinl (Paris, Picard,~, in-8', 50 pp.).
Une critique de cet oU\'J'~ge a été faite par M. Ch. de Lasteyrie
dans la Bibliotlli'que de l'Ecole des Clla)·tes (1. LX, jiv. de nOl'em­
bre-décembre 1899. parue en mars HlOO, p. 6/14). Mgr Bellet a
répondu dans l'Age de la vie (lle.JLHe des Quest Ilisl" t. LXVlIl­
pE4). - Voy. aussi ReL'ue hislol'i'lue, janl'ier '1900, p. 228.
rnLA~] (l'abbé P. S.). - Cours d'his/aire ecclésiastique ri
~age des séminaù'cs (Paris, LccofTre, 8' édit., 1890,
!~ vol. in-12).
T. l, p. 75: « Nous admeltons, pour prcmiel' él'êque d'Arles, saint
Trophi me, enl'o)'t> par sai nt Pierre .... pour prem ier él'êque de Limo­
ges. saintMarllal, envo)'é par saint Pierre, et rf'pulé l'un des soixante­
dix disciples par une tradition moins assurée; pour premier él'è­
que de Paris, saint D~, en"o)'é par le pape saint Clément. sans
rlt'cider ici si cet homme apostolique est le mème que saint DenIS
( . l'Al'éopagile, comme le soutiennent plusieurs auleurs, d'après une
ancienne opinion c:I.!!..e nous écartons en ce momcn!.. .. ; saint
Gatien, pour pl'cmier évéque de Tours, enl'oyé par le pape saint
Fabien ainsi que saint Austremoine en Auvergne. Il
nLO:\lOE[) - Tradition historique el fausse science. lléfu/a­
~d'un f( Mémoire de ,li. l'aùùé Duchesne JI, par
M. l'abbé mondel, chanoine tilulaire de la mélropole de

Sens, directeur de la Semaine l'eliuieuoedu diocèse (Sens,

1892, in-S, 25 pp.).

Extrait de la Semaine 7·eliuieuse.

Le mémoire réfuté est le Mémoi"e SlO' l'O"iginc des diocèses


épiscopaux dans t'an,,;enne Gall/e.

« C'est vous, Seigneur. qui excitâtes saint PielTe et ses succes­


seurs :i nous envoyer, des les premiers temps, les éYè~es qui ont
j

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 231

fondé nos églises. ) Le cardinal Pie cita ce texte en 1858 (voyez


plus haut, p. 98); depuis, le sentiment de Bossuet a été souvent
allégué et discuté dans cette controverse; voir par exemple :
CPJOw), Note Slll' les O"igine" p. ':!1-23;(.JI::lIA~ Examen critique,
p. 175; BELLET, 2' édi!., p. 99-100.
Bossuet ajoute: « Il est vrai qu'il nous est venu d'Orient, et par
le ministère de saint Polycarpe, une autre mission qui ne nous a
pas été moim fructueuse .... Mais comme l'Église est une par tout
l'univers, cette mission orientale n'a pas été moins favorable a
l'autorité du Saint-Siège que ceux que le Saint-Siège avait immé­
diatement envoyés; et le même· saint J~née a prononcé cet oracle
révéré de tous les siècles: « Quand nous exposons la tradition que
la très grande, très ancienne et très célèbre église romaine, fondée
par les apôtres saint Pierre et saint Paul, a reçue des apôtres et
1( qu'elle a consenée jusqu'a nous par la succession de ses évêques,
nous confondons tous les hérétiques .... etc. »
Bossuet a traité la question dans son Discow's Slll' l'Histoire
universelle (achevé en 1679) :
2' p., ch. XX, passage qui commence par ces mots: « La promp­
titude, etc .... Jésus-Christ avait prédit que son Évangile seraIt
bientôt prêché par toute la terre; cette meneille devait aniver
incontinent après sa mor!. ... »
l' p., 10' cp., Bossuet dit que, sous le règne de Di'ce, « l'Église
s'étendit de tous côtés, principalement dans les Gaules, Il Il appuie
cette assertion sur le célèbre passage de Grégoire de Tours (Jib. I,
c. XXX, H. F.).
, BR~L.e P. D.). ' - Etude SW' l'Introduction de la Foi
~llque dans les Galiles.
Revue des Sciences ecclesiasti ues aoùt 1861, pp. 162-1/8.
Brun est un pseudonyme de abbé P. Dio voyez ci-dessus, p. SOl.
Sur l'abbé Dion une notice a été publiée dans la même revue,
tome XXXI (1875), pp. 97-125, 229-219.
-7 C CIIA~IARD (dOm~ Les tglises du JIonde romain, notam­
ment celles us Ga1t/es, pendant les trois premiers siècles
(Paris, Palmé, W7, in-S, Iv-fJ,39 pp.).
- Les Origines chrétiennes de la Gaule.
Extrait du Contempomin, Paris, Levé, 1881, in-8 o, - 1\e fut
pas mis dans le commerce. ­
C CHEVaLIER (chanoine Vl - Des Règles de la cri/ique his­
, lO)'lque' yon, 1_8, in-8, 20 pp.).
Extrait de La Controverse et le Contempomin.
232 LA COl'iTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES BGLISES

," CHE~A~ - I!e ,la ,Critiqtle actuelle par, m~port a.ux


"j'f!7tneS du ehl'lsllamsme en France, par 1 abbe P, Che­
vallard, professeur d'histoire ecclésiastique à la Facullé
de Théologie de Lyon (Paris ct Lyon, Girard, 1871, in-8',
60 pp.), ­
L'auteur admet « la réalité historique de la prédication dcs sept
évèqucs envol";S par saint Picrre, de celle de saint Denis, envoyé
par saint Clément ~56) ; il incline vers les traditions dc p'ro­
vence; quanlTÏa trentaine d'(;glises qui en plus revendiquent
l'apostolicité. c'cst, ditl'autcur,(' une cause spéciale àdéb;,ttre et à
gagner » (p, 56).

C--ê;;-;:;;::lEO (le p) - l;']Joque de l'ereetion des hèchés de


frQuce.
É'tudes "eligiellses, volume de juillet-déccmbre '1877. <Jua~e
r aJ:.lliies complt'it',s ct corrigés d'après l'ouvrage dc dom
Les Hglises du Monde )'omain, qui vcnait dc paraitrc,
Chamard,

co;STA:\T. 7:1;'col1' historiquc et l'hale Iraditi0l1l1elh, on


(1/'I'ole rie l'I;'criture e/ tle la Tradition tians 1'1Iis/oi'l'e, c­
Lellre Il un J'rnfi'ssellr d'his/aire, par le IL P. Constant.
de l'ordre de Saint-Dominique, docteur en théologie ct
en droit canon,memhre tic l'Académie de Saint-l\aymontl
(Paris, 189;';, in-S', 127 pp.).
L'opuscule sc cornpose de cinq Icttres qui parurent dans le
JOl/mal du Dm;! canon en '1 SU:! ct amenèrent une pol,;miquc avcc
« un abb,', Jc Paris ll, dans les numéros du 25 novembre 1S()2 et
du '10 janvier 'ISU3, - L'opuscule donne en appp.ndice : L'A niQE.a­
gitisme de saint U~s, 011 les Origines apostoh ues Jël'~ lisede
l'a"is, sermon prèéilé en e!! Ise e ;omt- u{;'ustin de Paris le
( 'jour de la fète de saint Denys le 14 octobre 'lS()~ (pp, '105-12ï).
Peu d'ouHagcs ~ont capables de micux montrer:i quel degrè un
docteur cn lhèolo:;ie et 1:n droit canon pouvait être, :i la fin du
XIX' sièetè~ètran[;er au x· sciences.historiques. '.
Le P, Constant est auteùrde plusieurs livres curieux, dont l'un
:.st intituiè: LesJ...~irs devant /'i:glise et l'His/oi,'/! (ISU7).
COOBI<ET (l'abbé J . -- Orir;ines de la roi chrétienne dans les
,./LU es specialemenl duns le diocèse tl'Jmims (Amiens,
1'/
Prévost, 1SiO, in-S, 99 pp.).
Extrait de la Revue de 1'..1.I't clmilien.

G2.VSSEAU (Mgr). - Lellre li JI. Jrbellol, datée du 21 février


,-j-'

.'

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 2.13

1855. Publiée par Arbellot dans Observations cr-ïtiqtles cl.


JJI. l'abbé Duchesne, p. 20. .
\_ DELISLE (r.éopol@ - Anciens catalogues des ét1êq1les des
eglises de France (Paris, Imp. nat., 1884, in-4', 71 pp.).
Extrait de PHistoi"e littémi"e, t. XXIX.
DOUBLET(ch-;-noirÎC). - Leçons d'histoire e~elésias/iqlle
-\ -aris, Berche, 2' édit., 1887, 3 vol. in-18).
L'auteur place la mission des sept évêques ~u 1" siècle, mais 50 "
refuse de se prononcer sur l'identification de saint Den}"s (t. l,
1 p.197). -
1
OUCHESNE (Mgr). - Fas/es épiscopaux. Voycz ci-dessus,
p.228.
Appréciations portées sur le 1" volume: Unive,'s, 26 février 189!. :
Etudes, 15 mai 189!., pp. 167-179, art. du P. Drucker. En voici
la fin : « Nous croyons avoir montré qu'il Plu r D.) n'a pas dit le

JI
dernier mot et que ses aUa ues si vives n'ont pas diminué
les sérieuses probabilités de la thèse es orIgines aposloli!]ues de
plusieurs Eglises de France. »

- JlIérnoire sur l'origine des diocèses l'piscopall.r tians l'an-


.j cienne Gaule (Paris, 1890, in-8, 80 pp.).
Extrait des ,If émoil'es de la Soc. nat. des A nti'1uai ,'es de
F"ance, t. L, 1889, pp, ::J37-'!16.
Reproduit avec quelques retouches dans le t. 1 des Fastes épis-
copaux, pp. 1-59.
) Ce mémoire a été combattu par MM. Blond t~ Voyez
~ussi Unive>'s, articles de~r~ or cvrier 189':l, sur les
légendes en général, 27 juin, sur salOt Eutrope et saint Trophime;

~~

article dE(f1. Arthu~ot~ 9 août, .et lettre de ~1. Duchesne à


M, Loth, '18 aoM. VOI~l'jues extr~ils de celle leUre :
\ 1 - . « Faul-il donc le répéter sans cesse? Je ne m'autorise pas
.' listes eplscopales quelconques, pas même de celles du Gallia
de)\
1
'J'
Ch"isliana, mais d'un certain nombre seulement, vinz.!:-cinq en
tout .... Vondriez-vous bien dire à vos futurs collaborateursqiie C\
jeleur serais bien reconnaissant s'ils avaient j'obligeance de m'en-
voyer un exemplaire de leurs réfutations. Je ne lis pas toujours
l'Unit:e>'S_~ Que les auleurs ne crairrnent as de me cha Triner ar
leurs vivacités de stI e; Je SUIS D 'ci ;·quand même on m in-
Jurierait Jusque sur le titre, comme c'est le cas pour une des bro-
chures que vous citez, j'aurai, je l'espère, assez de grandeur
d'àme, pour aller chercher sous les traits les plus acerbes les
0.'' '

234 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

informations dignes d'être retenues et pour ne pas me souvenir du


reste .... Les journaux quotidiens ne me paraissent pas le terrain
le mieux choisi pour de telles discussions, »
- Les Origines chrétiennes. Lcçons d'histoire eC~'lèsiastif]/I(
professécs à l'École supèriwre de théologie, par M. l'abbé
L. Duchesne, en 1878-79 et en 1880-81.

Exemplaires lithographiés, non imprimés. 2 éditions.

F~~TL:~'UnlJA:'i (del)- jJlèmoire pOUl' scrtir à l'his/aire de


('wlroduction du' christianisme dans les Gaules (Paris,
aotit 1838, in·8, 47 pp,).
Celle étude parut en partie dans les A nnales de phi/ClsClphie
c/o'élienne, juillet-août '1838, t. XVII. VO)'ez ci-dessus, p. 17-18.

FnA;\CE ECr.Ü:SIASTIQUE (la). - Almanach-Annuaire du


C/a!lè.
Collection dont les volumes sont utiles il consulter el surtout il
comparer pour voir les prétentions des dilTérenls ('vèqul's dl'
France sur 1'ol'igine de leurs sicg-es, - Dans l'Almanach de 'I!JOI
(Paris .. Plon), les archevêques d'Aix, 13ordeaux, 13ourges, Rl'ims,
Sens, Toulouse, les évêques d'Ang,ers, Angoulême, 13ayl'ux, 13eau­
l'ais, Ch;t1ons-sur-~I;lrnl', Chartres, Gap, Limoges, Le Mans, 1Ilar­
scille, Mende, i\antes, Orléans, Pl,rigul'ux, Le Puy, Séez et
Soissons rel'endi'luent une fondation apostolique ou quasi-aposto­
li'lue.
Un certain nombre d'O"dos diocésains donnent aussi la liste des
évêques du sii'ge. Les modilications apportées dans celte liste, les
indications chronologiques et quelquefois la date de l'année où
pour la première fois celle liste a \!té publi('l', sont des renseigne­
ments utiles pour suine les ~hases de la controverse dans le d.io­
( ce~et les opirlJons personnèles des ~vè'lues, opinions dont il fui
~!iois dangereux, pour lèurs pl'ètl'es, de s'écarter.

_ FnUGl~;.~ - :,lpos/olicité des /~'ulises de, 1'.rall('e. /;:tllde


-iJibtiifj';.ap/uf]lle (Le Puy, l\Iarchcssou, JUIn 1871, In-8,
40 pp.).
Extrait des ,-l'llwles de la SocLelé académique dl( 1'IllJ-en­
l'clay, t. XXXI.
- Appendice ri l'i;tude bibliO{fl'Œphique SIlI' la f]ucs/ion de
l'Aposlolicilé des /~'ulises de France (Ibid. ; no~ïl ; in-S,
pp. 41-86; la pagination continue l'article précédent).
Cet appendice est une réfutation du liYre de Casimir Chevalier,
,
.~:/

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 235

Les Ot"i.gines de l'Église de Tow·s. - Les dernières lignes sont


)I gorJens. ))
cel\~s-ci : « Nos ÉvèClues et Rome ne sont point a\'ec les Gré­

.:li!.Ex-An~ou.!:Jl -Sur l'étal politique des chrétiens de


CewlcrÎ, la fin du second sièJ:le.
"'Iém. de l'Acad. imp. des Sc., lnsCl'ip. et B.-L. cie Toulouse,
5' série,l. 1V (1860), pp. 177-212.

G.~YD~- Romc et les l1remières égtises des r.alllc.~ con.~i­


crees dans lellr origine, par le n. P. F. Gaydou, S. J.
(Paris, Divry, in-8, 38 pp.).
Arlicles publiés dans le journ~1 Le Monde, ·16, 18 el % arril
1862.
-Voici le dl'oul de l'l,ludc, il donnc une id,:e du ton cl de~ pr,··oc­
cupations : « A \'oir les allaques qui, ù celle heure, suq::i~senl de
toutes pal'ls contre Rome. ~~lùrait en doul~.!J..1J mot ~'!l_ŒJrr
J\ a élé donné. Il faut d,;shonore,· n:g-Iise romaine, Le moment
S'erail-il 'enu oÙ Satan, r1,;chainé pOlir nn lemp~. Slli"anl l'oracle
( sacr,;, doil lil'rp,' le suprême assaut il l'Épouse de .I,··~u,-Chl'i~lQ . . . . .
Dans cette guelTe de scribes cl de pharisiens, c'e~t de la France. jè
parle d'une cCI'laine presse française, Clue pal'lent, sinon Je~ plus
l \'iolEnles agressions, au moins les coups les plus douloureux el
les plus cfficaces. Eh hien ! c'esl il Ilome chrl;lIen.ne W,IC Ja_h·'l.Qce
doit toul. comme nation ct comme calholl'lu~~ relig-i.Q!L,gUa
li~ nome cst notre mi're. elle nous a enfanlés :i~il'ilisation
cOll1rne;, la fol. .. tl"bllrClue la ~olliciludp de Ilume, comme mrre
des ]::glises parliculieres, s'est porlée 10ul.J!'.. !Jord~~:!-.~ule,
montrer le berceau de roos pTiis illllstrC's E;;lises djjJl~lpS
1 mêmes <lpo~loii'lucs. cl reslitue~ il n~s per.e;; ~eur~ titre~. de
1 noblesse chrellenne, comme pl'ell1lerS-ncs de Il~ghse, lei p4 lob­
jet de celle étude ... »

91'~~I~lG.~- Les premiers .lfJàlres ries r:a/(le,~, 011 1Iisloire rie


rodlletion lin chrislial1'isl.lIe dalls notre pays, pal'
l'abbé Etienne Georges, de Troyes (Tours, 'l8ïf~, gr. in-S.
39~ pp.), ­
« LorsClue des tradilions;e sont perpéluces depuis plusieurs
siècle~,de !Jouche cn bouche, ~:lns Clu'il ~oit pos~ible de lenr :lssi­
sner une orig-ine d,fIcr'cnle des crl'nell1enls qu'elles r<lpporlent. il
ya toul lieu de supposer qu'elle~ exi~taienl dans les teillps anté­
( rieurs, où l'absence de documents ne Pl'I'met P:IS d'en rechercher
les traces. Possession vaullilre. » p. 60-61. - L~us.ra..zu~e
somme de Ioules les lrauitions apostolicisles.
236 LA CONTROYERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

HENRIOijl - Histoire générale de l'Église.


----certellistoire, qui n'est qu'une réédition de celle de BérauIt­
llercastel avec rectifications du baron Henrion, resla /idele inclu­
sivement jusqu'il sa 6- édition, en 1851, au système adopté par
l'auteur (1768). llérault ne padait point de la Madeleine, admettait
que le disciple de Paul, Crescent, fut le premier lh'éque de Vienne,
que saint Trophime envoyé par Pierre fonda l'église d'Arle's même
avant celle de Vienne (6 e édit., p. 179) et il avait déjil dit
auparannt il leur propos (p. 88) et il propos de Serge-Paul, pour
lequel il se montre moins aflirmatif : « Quoique le détail des tra­
vaux et des succès de ces fondateurs de nos prc>mières églises
paraisse fort incertain. le fait mème ou la rêalité de leur mission
repose néanmoins surde très bonnes preuves.» Il admet (p. 211-5) la
mission des sept éVliques sous le pape Fabien : « Trophimc
d'Arles. dilTérent de l'ancien Trophime. disciple de saint Paul;
Paul de Narbonne, difTérent aussi du f'lmeux Sergius Pau­
lus (p. 2'1-5), » ~'s de Paris « que personne ne confond plus avec
( l'Arr\opagite» (p. 21l6) , etc. - Dans son édition suiva!!le, Ifenrion
se rallie au s"steme d'Arbellot, qUI ecnt avec herté: « M. le baron
HenrlOn, dans sa nnvellP" édition de l'Histoi"e ght. de l'l'glise,
( nous a fait l'honneur de nous emprunter le tiers de notre
volume (la DissC1'tatioll sw' l'apostolat de saint Mal'/ial) et de
s'appuyer sur nos preuves cTsurnosudocuments,,,t. Ix.:>pp. 530­
53!l, 5!18, 519, 135'l, '1356, ctc,: t. X) passim. » Annales de phi­
losophie cll/'étienne, no de ~861, p. 16G; et Documents
inédits.
C HurLLA--;;'J)·BII~:1I0LLES. - Les Origines du christianisme en
Caule.
Revue rO'llemporaine, 2- série, t. LIll (88' de la collect.), no de
septembre 1866, pp. 99-126.
Cette étudefut publiée il l'oœasion des deux volumes de<hi.
~: InsC>'iplions c!l,·éliennes. - Elle rentre dans 1'(\cole histo­
...rique. On y trouve sur la d.te de .saint Gatien une hypothese
curieuse que l'auteur ne motive pas: « Quant à saint Gatien, il ne
parait avoir évan~élisé la Touraine qll'au commencement du
JV' siècle, vers le temps où saint ~Iailent arrivait "n Poitou et saint
Julien dans le ~laine » (p, 103).

~L.-F., dit de Saint-Clavicn). - Dictionnaire lics ori­


!ft/w; dtt cilristianisllle, on !lis/aire des trois premiers
siècles de l'Éqlise cilrétienne, t;/ablisSfllll'nt lin c/l1'is/ia­
rrisllle en Orient el en Occiâcnl. Les catacOIilves: descrip­
twn, onDUle et destination..... De l'art chrétien....
','

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 23ï

Liturgie.... Philosophie païenne, ... etc., etc:-(Paris, Migne,


1856, gr, in-S, 1.260 co!.).
vol,ume q,Ui est le l. XV de la 1"'oisii!me el demiÈ.l'e.ElllJ/clopédie J
théologique de Migne.
La question de \'apostolicité est traitée au mot Gaules, col. !~';9­
527, et en noie, col. -r-I9>1206.

- Le Christianisme dans tes Gaules. E:ramen critique des


no'Ure/les publ-icat'iolls conlrc l'Apostolicité des églises de
France (Paris, ~, in-S, XYI-202 pp.).
- Les LégC'lldes 'vengées, al/. saint Grégoirc dc Tours his/orim \\
de.Çtr(uullOIlS apostoliques de /lOS églises (Tours, Bousrcz, -Al
1870, in-12, XI-13~p:).
Polémique contre C. Chevalier eL Bourassé.
P. 29 : « Notre science toul'ange/le a reçu de Rome un coup qUi)j
la frappe au cœur... Rome, par' sa décision, a solennellement r~jelé,
comme étant sans autol'ilé et sans valeur, le lexte de GI'l\goire de
Tours concernant saint J-lartla! .. , »
P. 12:3: « M. !'auhé Chevalier nous parle de la lellte p"O)laga-j
tion de l'Evangile, malg,-é les exp"essions O"aIOi,','es de Ifllel'111es)
Pè>'es, .. Q~ ~\bbé pl'enne g~la~~ll1erJEi~nLI~1a
bonté et la misél'lcorde infinie..!!!!.di~nnédem~ur... »

l{[tAus. - Prclllicr ou Iroisième sir'cic? J~lutic sllr lc~ ori­


gù/cs chréticllnes dl' la (;rullc. Trois démurerlcs patris­
tiques (Paris, moud cl Barral, I80S, in-S, 30 pp,),
Extraits de \'H isloil'e de l' Église d~ Kraus, édition française
par P. Godet et C. Verschatrel, prèlres de l'Oratoire.
Les tfOlS découve~-pât"istiques(pp, 19-30) n'ont aucun rap- \
port avec Ja question de l'apostolicilé, qui est seulement trail,'e aux J
pp, 3-18. C'est un résumé de la question: « La pourrait bien étre
la vérité: la Provence dès le 1er siècle, la vallée du Rhàne au Il',
au Ill' le-Centre et le Nord. Il (pp. 13-H).
~es éditions postérieures de celte traduction de J'Histoire de
l'Eglise ne portent pas de changement.
'JF. BL,GT(E'dIDj) - Inscriptions chrétiem1es de ln Ga ule
antenellrcs au VIII' siécle (Paris, lmprim, impériale,
1~, 2_vol. in-4·, CLYI-49S pp., 644 pp. et planches).
V~z un compte rendu de ~L Gaston Baissier, Revlle des Deux'
Mondes, 15 juin 1866, et Huillard-llréholles, ci-dessus, p. 236.
- Manuel d'épigraphie chrétienne d'après les marbres de
·/

238 LA CO:'\TROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

la Gaule, occam pagné d'une bililiographie spéciale (Paris,

OidieL', 1SG9, in-12, 2G7 pp.).

Le l3Iant a~produitd3ns ce manuel, pp.9G-118, les déclarations

de sa préface des Inscl"iptions ch,·étiennes. Au chap. VIII, p. 108,


dans Je texle de l'abbé Corbie t, j'ai donn(' le passage que les légen­
rlait'cs ont découpé dans ces déclarations pOUl' répondre il l'argu­
{ ment archéologique. Ils )'em'oient ordinairement il l'un ou à
l',aull·e.de ces ouvrages de Le Blant.
- NOllüCIHI lIecucil des inscriptions chréticnnes de la Gaule
allth-iwres (lU Vlli'siècle (Paris, Illip. nation., 1S92, in-!~',
xXIlI-48~3 pp.). ~
,..­
\.-... LI, LO:\'G (Jacques - lJili/iotl/f\q1lr historique de la France,
C(. evre e Fontette (Paris, t..:ill.8, ::; vol. in-f').
Le lome I. pp. 2:i1-2GO donne la bibliographie des His/oil'es dcs
( O"ig;lIes tic> L'gllSes de France, ct pp. 3:39-687 celles des Noticcs
géllùa{es des diocàes.
OUHage tri's utile pour étudier l',}tat de la question dans la
-------- -------
seconde moiti,} du X\'III' siecle.
CL~fTnt; (l'ahilé 11.). - La sainte Eglise 111l siicle des Apôtres
'aris, Lethielleux, l~G, ill-8, xlI-GïO pp.).
L'auteur exp05e les origines du christianisme dans les Gaules
(pp.5:i8-56'.) a"ec les textes historiql1es, sans tenir compte des
~
MAISTnE (abilé). La grande Christolof)ie prophétique et
. . que, p lilosophique et, théolouique, archcologiq7lC,
traditionnel/c.ctc., Ol! Jésus-Christ arec ses prwres et ses
témoins (Paris, 1869 sqq., in-8).
Cet ouvrage, somme de toutes les « traditions, JI comprend un
très gr~nd nOITjbre de volumes;
'l'orne XVII. Histoire des g1'Ctnds apôtres.
Tome XYIII. Histoil'(: des soixanle-clou<e disciples et p/'cmiers
millislres de N.-S. J .-C.
Tome XIX. Histoi/'e des soixante-doll=e disciples el de lew's
illllsl/'cs 01 uccesse W'S, tes soixante-dou<e cardinaux, conseil/en,
asseSSClU'S el coadjutclo'S du sOllvemin Pontificat.
~!AnlGi\'Ai\' (A.). - I.e triomphe de l'Église au iV' siècle
(Paris, Picard, 1887, in-S', XVIII-57 pp.).
~R~- Des Originesdll chl'islianismeda'lls les Gaules,par
-l'abbé Martin,directeur du gymnase catholique de Colmar,
NOTES nmLIOGIUPHIQUES 239

Me11loil'es de l'Académie de Besallçon, séance du 24 août 'I8!j4·,


pp. '146-165. ­
« Il n'est presque pas de diocèse qui n'ait vu surgir un apolo­
giste de l'antiquité de son siège épi~copal. C'est une cl'oisade uni­
verselle. On s'est jet(\ dans la lice avec une ardeur ct une vivacité
toute~ françaises, Il l'a bien cu sur certains points quelq"e h;ile,
trop de précipitation; il Y a eu dans plusieurs bl'ochure, trop d~
l'edites et pas assez de recherches originales; cela tient un peu il
l'esprit de notre nation: dès qu'il s'agit de combattre, on se préci­
pite en avant, sans trop examiner 1es armes et les forces de
l'ennemi; m~js somme toute, celle guerre, !]uoique faite un peu i
la débandade, est bonne. La victoirc~era remportée, L~t
J}son école seront vaincus. Malgr(i les manques de cl'iti!]ue ct de
mTtiiode !]ui sont il regretter dans certains travaux, il résuller~
de toutes ces atta!]ues contre l'école rationaliste unmouvcrncJlt
( irrésis.ti_~lè dc':~.~ller_c~.'.~ ~.tde.A.iscussions gui, parleul'WIOCS)\
s~.essifs01.Q~()}lt pe_!LA.p_eu__çe~_é~~~urs, et Jelleront ,',
lerr ëchafaudarre dE sophismes bâti sur le mens<iilge-:'toulè­
fois la victoire ne sera p~s 51 aCI e qu'on peut se 'imaginel', »
pp. "148-149.
~IArnY (Alfred). - Jlapporl (ail ci l'Académie tle.\ IlwTi/l­
liolls el Belles-Lelll'es (w nom de ln coIIl/lli:;sioll ries .llIli­
quilès de la l·'ral/ce, lu (/alls la :;éallcc publique (ul/welle
du .,.. aoiît .,1:162.
Publié dans le Monitew' du 2 août.
C'est dans ce l'appol't qu'il est question de l'Iiisloil'e de saillI
Firmin de Salmon.
(FAnu;)) - Su J Jlément au.!; Acta S([/lI'/orul1l our des
Vies de Saints de l'Epoque l eI'OUil/f/ielille, par M, l'ab1.>é
C. Narbey, à Clichy (près Paris)Q'ome.!J COIl/ellollt des
documents nouveaux ou prit cOlmus SUI' Ioules les Ù lises
des Gaules (5 ,qUt se g ol'Îfient de nmon/el' (11(,): temps
apostoliques ou quasi-apostoliques. A \'ec 3~ planches,
envirou 200 dessins de tombeaux du 1" au IV' siècle, la
plupart inédits (Pal'is, Le Soudier et ""citer, 1899, in-f',
x-628 pp,). . - .
« Des professeurs de g-rands sëminaires, d'une science et d'une
piëté profondes, nous ont dit qu'une œuvre elcellente serait de
réfuter, par les documents de l'antiquité chrélienne, les idées
emlses de nos jours par des savants d'Allemagne et de France sur
( Jes origines de nos principales églises du midi, de l'est et du
centre de J'ancienne Gaule, et sur un certain nombre de nos
2'10 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES IWLISES

premiers martyrs. C'est afi'aiblir la vérité historique que de niel'


cette force d'expansion qu'eut l'Evangile pour se répandre il
J1travers le monde au temps des apôtres et de leurs disciples, et
c'est amoindrir une des belles gloires de l'Eglise catholique que
de diminuer beaucoup le nombre de ses martyrs. Nous ne sommes
plus au temps où l'on tremblait de contredire les qfJirmatlOns :<Je
(
I:~cole historique des parlements et du clergl; gallican)) (p. x),
L'auteur ne discute pas, comme le ferait croire le titre de ~on
livre,. les prétentions de « toutes Il les Eglises apostolicistes : il
omet, par exempte, celles de Nantes et d'Angers qui lui semblent
..
sans doute par trop étranges.
L'auteur date du~le les saints Saturnin, Trophirne,

Crescent, Paul, Mernrnius, Eucher. Vali~re, Denis }'aréo an-ite),

Clément, Sixte; du Il'. les saints Martial, avinien. Potentien,

Altin, Andoche. Benigne, Mansuy, nieul; du Ill' siècle, les sainls

Austremoine, Gatien, Ursin, Eutrope; du IV', saint Saintin; il

rejette comme fabuteux les récits concernant les saints Front,

Georges, Amadour, et la mission de Provence.

ÛZOUVILLE (W. d'). - Orif/ine., chrélicnllcs de la Galilc. ­


Lellrcs au n. P. dom PuulPiolill, rcliyietlJ: bhlédiclin de

III Congrégation ue Francc li SOil'SlIll'S, en réponse 1111.1:

obj/'C/Ïons contre l'introtiuction du c!lris/Ïanisl/lc dI/ilS lcs

Callics aux uCltxième et troisième siecles, précétlées cie

let/l'CS SIlI' la nécessité d'un e.ramen cie l'o!(C!'aycinlilulé :

« Monuments inédits sur l'apostolat de sainte Marie­


l\ladeleine en Pro,cnce 1) (Paris, Julien, Lanier, novembre
18:.i:.i, in-8", 2'.0 pp.). Supplément aux Let/l'CS au Il. P.
dom Pa1l1 Piolin, etc., 2'>1-328 pp. (la pagination continue
celle de l'ouvrage précédent).
Voyez ci-dessus p. 67, indication de deux autres lettres.

p,\RlS (Paulin). - Lellre à l'abbé FI'1I {j ère , datée du

22 décembre 1868.

Reproduite dans )larquis de Virieu, Les Origines, pp. 286-288,

et dans Revue des Sc. Eccl., 1. XXi (1870), pp. 56-57.


- Lellre à l'abbé Frugère, datée du 2 octobre 1869.

Reproduite en partie dans l'i:tude bibliographique de cet

auteur, p. 38.

- Letlre à l'abbé Yerger, de Tours, datée d'octobre 1869.

Elle a été publiée dans: 1° LeW'e li M. l'abbé Rol/and SUI' qllel·

gues principes;

NOTES DIBLIOGRAPHlQUES 241

20 Les légendes du concile de Limoges j


30 Annales de la Societe d'ag"iculture, sciences. a'·ls .... du
département d'lnd"e-et-Loi"e, t~ XLIX, 1870, p. 73-ï5:
40 C. Chevalier, O"igine§ de l'Eglise de Toul'S, p. 14.
Elle a été appré~lée ,paNI~~IA~-\'), Les Ley~ndes t'engées, p. 35 j par
FnUGERE, Apostohclte des E:gif$p.s, p. 3,-39.
Dans les Annales, celte leltre est datée du 3 octobre; dans d'au­
.• e
tres publications, on la dit du 26 oclobre.
PIE (cardi~- Lellre à JI. Arbellot, datée du 15 mai.
Publiée par Arbellot dans Obsen'ations c"itiques à M. l'abbé
Dl/chesne, p. 18-19.
PIOLI:'i (do - Note sur les origines historiques des églises
es aules et s]Jhialement svr la mission de saint Julien,
par P. Lemoine (Le Mans, 1S72, in-S·, 32 pp.).
Celle note est la reproduction d'articles publiés dans la Semaine
du Fidèle du Mans, numéros des 2, g et 30 mars, 6 avril 1872.
Dom Piolin la reproduit enl'augmentantdanslaRet'uedu Monde
catholique, mars et juin 1873.
POLYIlIllLION. REVUE BIllLIOGRAPIIlQl;E l;:"lIVEltSELLE.
Une petite bibliographie alphabétique ùe la question ùe l'Apos­
tolicité ùes églises des Gaules est ùonn(!e dans le t. 1. de la 2- serie
(XIII- de la coll~ction,~:;), p. 285, 378, 553.
RENAN. - Les premiers martyrs de la Gatlle, 177 ans aprës
J.-C.
Reu. histo,'. ('1881), l. XVII, pp. 302-326.
~ (1) - Histoire de l'Église (Paris, 2' édit., 1S77).
L'auteur, un sulpicien. consacre treize pages il la question de
l'apostolicité, u'il résout ùans Je sens de son collègue FaiIJon.
~ux (l'abbé - Cours d'histoire ecclésiastique à l'usage
des gran s séminai1'es (Paris, Delhomme, 11' édit., 1894,
in-S·, 3~1.). ­
oc Un savant sulpicien a démontré, il y a peu de temps, p:lr un
ouvr:lge très érudit et complet: Monuments inedits s·u,· l'aposto­
lat de sainte Marie Magdelaine en P"ovence: que la plupart ùe
ces traditions sont fort respectables et suffisamment prouvées, _
M. l'abbé Darras et ~l. l':lbbé Davin viennent il leur tour, par deux
savants et consciencieux écrits, de prou,'er qu'il faut désOrmaiS)\
s'in~liner avec ~espect de~ant la croyance de nos pères qu~-
( chalent la miSSIOn de samt D~s aux temps aposloliques et au
J
a
.~ :

.1.,

242 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

pontificat de saint Clément, et qu'il n'est Elus perrn)s<:!~_~emD.q.ller


de la pieuse tradition, autorisée par d'anciens témoignages, qui
I pTOc1ameTlaentité du premier évêque de Paris et de saint Den)'s
I l'Aréopagite converti par saint Paul. » (1. I, p. 87-88).
,....,.--
ROBlTAILLE. - Coup d'cei! sur l'époque de la prédication
e "lJangile dans la Gaule-Belgique et la Grande-Breta­
gne, suù;i d.'une Ré.pollse aux objections des adlJersaires,
par M,· l'abbé Robilaille, chanoine titulaire de la cathé­
drale d'Arras (Lille, Lefebvre, t8G2, in-tG, 7:'> pp.),
École légendaire.
~LLlAR. - Essai sur les origines et les déccloppemcnts du
cilristiani8me dans les Gattles (Caen, Le lllanc-Hardel,
18G8, in-S', 2111 pp.).
Extrait du Bulletin Monumental.
-~
TIllERRY . Lettre
(Aug.). ci L'abb(: ArlJel/ot.
~Ilee ans es Annates de philosophie chn;lienne, t. Ill.
(5- série) p. 182, n' de mars 'l8Gl et dans Arbellot, DOClllllents
inédits, p. 95-96.
Voici le texte de cette lettre célèbre:
« Monsieur,
« J'ai lu avec un "if intérét votre Mémoire su,' la date de l'apos­
tolat de salllt Martial. Je crois que vous a"ez pleinement rai~on, et
qu'en cc oint, la tradition locale pl'f.\vaut réellement contre l'his­
J\ t.Qir.e. La métho e que vous app Iquez à celte démonstration me
semble irréprochable, je ne doute pas qu'elle ne soit appreciée Q:1r
tous les vrais érudits, et distinguée par eux de celle des fiénédic­
tins de Solesmes, dont le zèle, en fait de réhabilitation des lég-endes,
n'est pas toujours selon la science. Je ne suis pas de la Com mission
des Antiquités nationales: le déplorable état de ma santé m'exclut

l
de tous. les travau.x de l'Académie; mais je ne manquerai pas,
de dire ce que je pense de votre Mémoire à ceux de mes confrères
au jugement desquels il se trouve soumis.
« Agréez, je vous prie, Monsieur, etc.
P.-Augustin TllIERRY.
.!..:UJJlai. » (1855J
TROUET (l'abbé - Les Cata/ogucs épiscopa ux de L'ancienne
at/e. - éponse au Jlémoil'e Stl?' l'origine des diocèses ....
de l'abbé Duchesne.
Rcvuc du Monde catholiquc, nOS d'avril-septembre 1894; tirageà
part avec bibliographie.

Il
• .... l' ..,

PROVINCE D'AIX

BÉGUIl'\, - Réponse à l'ccrit de N. D'ucitesne intitulé: « l.a


légende de sainte Mar'ie l/agtlele-i-ne, 1) par l'abbé 'Béguin,
aumônier de l'hospice de Brignoles,
U-nive"s des 28 octobre, 4- et 11 novembre 1895,12 et 20 janvier,
10 et 21 fénier 1896,
FAILLO:\'. - b!onwments <le l'église de Sai-nte-Marthe ri Taras­
con (département des Bouches-du-J1hûne/, arec un Essai
sur l'apostotat de sainte Marthe et d('s aulres saints lutè­
lai?'es de Prone/H'e (Tarascon, Aubanel, 183:>, grand in·8,
l!lG pp,), L'Essai, pp, 125-19G,
La -l" partie de cet ouvrage eut une üdition il part (Ibid., 48 pp.),
Les dix-sept premières pages y correspondent seules exactement
â l'édition complete,
La 2- partie fut aussi tirée â parI sous ce titre: Essai Sil" l'apos­
tolat de sa'int La;a,'e et des autl'es saints tutélaires de P"ol:cncc
(Paris, Leclere, -1835, petit in·8, 72 pp,).
- Monumenls inédits sur l'apostolat. de sa'inte Marie­
Madeleine en Provence et sw' les atttres apcÎtres de celle
contrée, saùl/. LazQ1'e, saint, il/aa:im'in, sa'illte Narthe el
les saintes Maries Jacobé et Salomé, par l'auteur de la der·
nière Vie de M. Olier (Paris, Migne, 18 /18, 2 vol. in-Il',
XLVI-15tJ8 el 1668 pp.).
Pour les comptes rendus donnés sur cet ouvrage, voy, Bertrand
(Louis), Bibliothèque Sulpicienne,
POlir s'édifiel' sur la science liturgique de M. F" voy, Marie
PelJechet, Notes sW' les liv"es litlu'giques d'Autlln, etc. (Paris,
'1883, in-8). p. 263.
Quant à J~ sûreté de la science archéologique de ~1. FailJon. on
peut l'apprécier par les deux faits suÎ\·ants. En 1s:J5, il prenait le
coq sçulptü sur le sépulcre qu'il appelle « le tombeau antique de
sainte Marthe, )) pour la Ta"asque (Cr. p. 32 des Monuments de
l'église de Sainte-lla,-the). 11 corrigea loyalement son erreur
dans son ouvrage de '1848 (1. l, col. 579-580); mais quelques pao;es
','
"l<
LA/bt1.Nf6' 12 r' '" q
1 v

.r 244 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

auparavant (col. 545-547), il tombe dans une naï,'eté pire, en trou­


vant dans la crypte de Marseille le confessionnal de saint Lazare,
Ne s'étant point rétracté sur ce point, il a laissé des disciples,
v. g. le marquis de Jessé-Charleval, dans sa Notice sW'les cl'yptes
de l'abbaye de Saint- Victo"'-le:-Ma"seille, et dom Bérengier, qui
atténue ingénieusement l'étrangeté de l'arrirmation dans ses Pèle­
"inages monastiques, 1. l, pp. 64-65.
LE BLANT (Edm.). - Étude sur les sarcophages chrétiens
antiques de la ville d'Ar/es (Paris, Imp, naL, 1878,
gr. in-1-, xxxIx-8'J, pp. et pl.).
Coll, docum. inéd. hist. Fl'ance.
LEVÊQUE (dom), - Un essai d'e,rplication des traditions
]Jrocençales (Aix, Nicot, 1898, in-8, 18 pp.),
« Ce plaidoyer vaut la peine d'être lu pour se rendre compte des
arguties auxquelles on se voit obligé de recourir pour défendre
une cause désespérée, » An. Bol!., XVII, p, 360.
MA:'lTEYEn (Georges de), - Les légendes saintes de Prorel/ce
et le J/artyrologe d'Arles-Toulon (vers 1120) (Roma, Cug'
giani, 18\)7, in-8, 27 pp.).
Extrait des Mélanges d'A,'chéologie et d'Histoil'e, publiés par
l'École fr~nçaise de Rome, l. XVII, pp. 467-1.89.
Voici les conclusions de l'auteur:
-la Vers 1120, ces légendes n'existaient pas encore en Pro,'ence,
ou du moins n'étaient pas officiellement reçues dans les diocèses
d'Arles, d'Apt et de Toulon. Elles furent accueillies par l'église de
Toulon tardivement. en ce qui concerne sainte :-.rarthe,
2' Vraisemblablement, les documents d'Aix antérieurs et d'ordre
diplomatique dont les originaux n'existent plus et qui, seuls,
mentionnent ces légendes, sont, le premier apocryphe, el les
deux autres interpolés,
3 0 Il existait alors dans le diocèse d'Aix une ég'lise Saint-:-'Iaximin
et à Tarascon une église Sainte-:-'larthe sans que les légendes de
ces saints relatives au 1" siècle puissent s'en réclamer.
l,a L'ancienne tradition orriciellement admise par les diocèses
d'Arles, d'Apt et de Toulon était encore, uniquement, que les
Gaules et à plus forle raison la Provence avaient été évangélisées
au [er siècle par Trophime, disciple immédiat des apôtres Pierre
et Paul; (,n vertu de cette tradition, à peu près incompatible avec
celle de la venue d'un des soixante-douze disciples du Christ,
Trophime portait le titre d'Apàtre des Gaules,
Mgr Bellet a combattu les conclusions de l'auteur dans Les
Origines, 2' édit., p.163 et 266-279.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 245

MILLIN (A.-L.), - Voyage dans les départemenls du .lIidi.


de la France (1807-1811, 5 vol. in-8 el allas).
f D'après des recherches curieuses faites au xv' siècle par un
habitant de Saint-Zacharie (1), lieu voisin de Saint-Maximin et de
la Sainte-Baume, il paroit qu'a l'époque où les Sarrasins détrui­
sirent le monastère des religieuses Cassianites, près de Saint­
Zacharie, au YlII' siècle, une de ces filles, nommée Magdeleine,
échappa au massacre que ceux-ci firent de ses compagnes. Elle
alla se cacher dans une des grottes de la montagne voisine, où elle
se nourrissoit de fruits sauvages, et y vécut si pieusement que la
grotte, sanctifiee par son séjour et ses bonnes œuvres, fut appelée
Sainte-Baume. Cette relis-ieuse mourut il Saint-Maximin, où étoit
un monastère de l'ordre de saint Benoit, et y fut enterrée. D'abord
on honora et on ne voulut honorer, a Saint-Maximin et dans les
diocèses d'Ail: et de ~larseille, que la religieuse Cassianite nommée
Magdeleine. Mais, peu de temps après, des moines grecs vinrent
en France, ct y répandirent des opinions nOll\'elles relativement
aux fondateurs des églises de ce royaume, qu'ils dirent ètre des
disciples de Jésus-Christ, ou des missionnaires envoyés par les
Apcitres; ils prétendirent avoir lu dans leurs chroniques que saint
D~ys de ParlséGTCDenys l'Aréopagite, que saint Trophime
d'Arles étoit un disciple de saint Pi!.ul, et que saint Paul avoit
lui-même préché la foi en Espagne~' Le goùt du merveilleux' fit
saisir avidement ces opinions, et en fit naître d'autres qui s'éta­
blirent aussi. On assura que Lazare, qui avoit été ressuscité par
1 Jésus-Christ; Maximin, un des soixante-douze disciples; Sidoine,
l'aveugle-né; Madgeleine et Marthe, étoient venues en Provence
l, pour y précher la foi. Alors la jylagdeleine Cassianite fut oubliée,
et son culte fut remplacé par celui de la ?llagdeleine de l'Évangile.
que l'on prdendit avoir fait p,;nitence il. la Sainte-Baume et avoir
été enterrée a Saint-~Iaximin 1) (Tome III, pp. H!J-120). Celte
explication de l'origine des légendes provençales était communé­
ment admis!' au commencement du XIX' siècle et ala fin du X\'III'.
On la retroul'e dans Papon, lfi~·toil·e de Provence, et le comte de
Villeneuve, Notice sw' la Sainte-Ba1lme.
Monr;>; (Dom). - Sain t ta::'l1re et sa'int Ma.rimin. Recherches
nourelles sur plusieurs personnages de la tradition pro­
'rençale (Nogenl-Ie-Holron, Dunpeley, 1897, in-8, 29 pp.).
Mémoire lu a la Société nationale des Antiquail'es de France,
séance du 30 décembre 1896, t. LVI ('l8!J7).

(t) « Les notes qui contenaient le résultat de ces recherches étaient dans la
biblio'theque de M. Leblanc-Duvaure, un des descendants de leur auteur. »
14.
- ~ .~~- "~ -" ';MM _:! ~ ..,'!i

2,16 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

Mgr Bellet combat ses conclusions dans Les Origines, 2- édit.,


pp. 258·266.

- Un ~!JIartyrologe d'Aj'les antérieur à la tradition de


Provence.
Revue d'histoire et de littérature "c!igicuses, t. Ill, 1898,
pp. 10-24.

OFFICIA PIlOrIlIA DIOECESIS FOIlOJULIENSIS AC TOLONENSIS


a S. Rit. Congr. approbata ac de marz"dato 'illusl1'issimi
ae j'eterendissillli domini domini J. S. Fel"flina.ndi Terris,
episcopi Forojuliensis ac Tolonmsis edita (Ratisbonae,
Pustel, 1S8~).
Die 17 Decemloris : S. La7.ari. episc. Massiliensis ct mart)'fis.
Lect. V. - In yetustam nayem, sine velo, sine remigio, sine
viatico impositos ...
Lect. VI. - Proconsuli sistitur '" respondit amicum se habere,
cujus potenlia fuerat sem cl a morle revocatus in vitam, et pro quo
mOI-lem subire denuo non recuset...
Die 24 Augusti : Comm. S. Sidonii.
Lect. IX. - Sidonius. Aquensis episcopus, caecus ille a nativi­
tate esse dicitur cujus Dominus oculos aperuil, qui cum beato
Maximino venit in Prol'inciam ...

PLAINE (Dom). - Sainte Jladeteine et. l'authenticité de son


apostolat en l'rorence (Arras el Paris, Sueur-Charruey,
1896, in-S, 36 pp.).
Extrait de la Science catholique.
Cette étude parut auparavant en partie dans une revue éphé­
mère: La Co,.,.cspondance catholique, numüros des 10, 17 et
3t janvier '1895, mais « elile y était déparée par beaucoup de fautes
d'impression •. Dalls sa seconde édition, l'auteur améliora la
publication el forlifia l'argumentation.
La position de l'auteur est dogmatique, comme on peut le "oir
par cet extrait sur l'identité des trois personnes dans la tradition­
nelle « Marie-Madeleine» : « La question n'est poinl a lous égards
une question absolument libre, qu'on peut résoudre a son gré
dans un sens ou dans un autre. Un vrai catholique ne saurait
lluere hésiter; il doit se prononcer pour l'identité» (p. 8).
Dom Plaine eut à subir au sujet de cette étude un assaut du
chanoine Blondel (Science catholique, 15 décembre 1896). Cf.
An. Boil., XVI, p. 516.
VILLEVIEILLE (V.). - La Saillte Église d'Aix. Nos Saints.
,.,.

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 247

La 'Die el le culte des saints du diocèse d'Aix, par le


chanoine Urbain Villevieille, docteur en théologie, curé
de Saint-Jean-Baptiste d'Aix (Aix, typographie ~Iakaire,
1901 [achevé en mai 1900J, in-12, G.79 pp.).
A la page 12, l'auteur s'engage à prouver deux faits:
« 1° La Provence a été évangélisée, aux tl'mps apostoliques, par
des missionnaires-évêques.
« 2° Ces missionnaires n'étaient pas autres que les personnages
évangéliques inscrits en tête dl's dyptiques des É~lises d'Aix.
d'Arles etde Marseille: Maximin. Lazare. Trophimeelles autres.»
L'auteur donne des notices détaillées de ces personnages. Il
croit encore que la Vie de sainte Madel,!ine attribuée à Raban­
~Iaur a été rédigée au IX' siècle (p. 52, note) ; pour lu~D.!llil"
premier évèque de Paris, le fut aussi d'Arles, comme quoi S:iint
(
Denys et ses compagnons Rustique et Eleulhère ont les honneurs
d'un chapitre (ch. VI, pp. "\(i9.,\83) ; saint Regulus ou Rieul, le fut
aussi d·Ades. après quoi il passa à Senlis, où il mourut vers
l'an '130 (p. '193).
VmlF:U (Marquis de). - Les OJ'iuines l'!l1'(ltiennl's de ln (;(IIi1c
méridio/lale. UrJClHles el traditio1ls 7)rm'l'n(·alc.~. Nar­
seille, etc. (2' ëdit., Lyon ct Paris, 1883, in·12, vlI·30,," pp.).
« A l'exemple des hérétiques, les jans,;riistes, ces calvinistes
déguisés, battaient en brèche ouvertement, non seulement les
l~zende"-RQP..!J.~.ires.maisencore les traditions mieux assises (p. 25G).
« On doit reconnaître qu'entre l'autl'ur des Provinciales et
M. Paul Bert, entre les cinq propositions et les lois anti-religieuses
du régime que nous subissons, l'nlre la haine de la ~Ière
Angélique pour le ~aint-~iège et les déclamations féminines
contre la papauté des réunions populaires, il y a une filiation
légitime non interrompue. » (p. 2Gl).
PROVINCE D'ALBI

SALABEnT. - Les saints ct lesmar/yrs (t'Il diocèse d'Al/ri, par


l'abbé H. Salabert, chanoine honoraire d'Albi et de
Perpignan (Toulouse, Privat, 189~, 2 vol. in-S, XXIII­
312-500 pp.).
Au L Il, pp. 97-122, l'auteur donne des notes sur les sainls
honorés dans les « ornces propres» du diocèse d'A,lbi d'une féle
particuliere, en vertu d'un brcr pontifical en date du 12 aoùl18~t,
accordé S!1l' la demande de ~Igr Fonteneau. - On l'clere dans ces
offices: Lazare, évèque de Marseille, Amadour, identifié avec
Zachée, etc,
LAcAnnü:nE. - 1lis/oire de,s èDèq1lCS de Cahors, des ,mill/S,
ries monas/r'res et des prillcipau.l; éJ:énelllcn/s dit Qlt('/'C!I,
par l'abbé Cyprien Lacarrière, curé de Creysse (7Ilartel
(Lot), t87G, 1 seul volume paru, in-12 de 10:3 PP,),
L'auteur basc son travail sur les tral'au~ de FaiIJon, de l'iolin et
d'ArbelloL L'apütre du Quercy fut-il sainl Martial? « La sal'ante
dissertation de M. l'abbé Arbellot a résolu la question de l'apos­
tolat de saint Martial, au point de vue scientifique; et la décision
de la congrégation 'des Rites en faveur de cet apostolat, 1S5!.,
nous dispense d'entrer dans d'autres détails (p, 1.7) », - Les
pp. 77-101 sont consacrées à la question de saint Amadour.
Les légendaires de la fin du moyen âge avaient imaginé que le
personnage compli'tement inconnu dont les reliques sont vénl'rées
a Rac-Amadour d'lit Zachée 'Ie publicain, Amadour pour les Gallo­
Romains. Il était venu précher l'évangile en Gaule avec sa femme
Vét'onique, l'hémorrhoïsse, et en société de saint ~Iartial.
L'incohérence de,. ces combinaisons fut de bonne heure remar­
quée. Guillaume de la Croix (Series et acta episcoponlm Cadw'­
censill1J1. Cadurci.1617) fait remonter !'érang-élisation de son pays
à saint ~lartial, « ex sonctissimo apostulonllH collegio », et il lui
donne pour compagnon saint Amateur, mais sans plus l'identifier
avec Zachée et le marier avec ·Véronique.
Quand saint Martial fut daté du /li' siècle, saint Amateur le
suivit dans celle chronologie scientifique. On ne niait pas son
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 249

existence: il fallait bien qu'il eût existé, puisqu'on possédait ses


reliques.
« L'abbé Raymond-Antoine de Fouilhac, né ~n château de
Mordresson, près Gr~mat, en 1622, plus tard vicaire général de
Cahors, savant distin!(ué et l'ami de Fénelon », dit L~carriere,
contesta le premier l'existence du solitaire de Roc-Amadour.
D'après Fouithac, Didier, évêque d'Auxerre, aurait fait transporter
à Cahors le corps de saint Amateur, l'un de ses prédécesseurs. et
à l'époqne des Sarrazins ces reliques auraient été, pour les
préserver du pillage, transférées au lieu inaccessible qui s'appelle
aujourd'hui Roc-Amadour. Cette explication a été reproduite par
un érudit du pa~'s, ill. Lacoste, ancien principal du collège de
Cahors, et elle êtait commun,:ment accept,'e vers 1830.
Quelques points obscurs de la thèse de l'abbé de Fouilhac
empêchèrent l'abbé Caillan, un historien du sanctuaire de Roc­
Amadour. de s'y rallier. II revint au système fjui admetl~ill'existence
d'un s~int, comp~gnon de Marlial, ~u III' ~iècle. Le line de C~illau
ranima« une dévotion qui s'a/raiblissait de jour en jour,» comme
Je lui écrivait l'évêqUe de Cahors, Panl d'Ilautponl. Mais il mesure
que le pèlerina!(e fnt pins fréfjtlenté, les anciennes Irgendes
furent réhabilitées ct, il la fin du XIX' siècle, les bons catholiques dn
pays de Cahors étaient invill'·s ;'t croi,'e que saint Amadour n·l·t~it
aulre fjue Zachée et le mari de V(~ronique.
Le déhlaiement ct la restauration des l,'gendes de Hoc-Amadour
caractérisent l',''poque des progres et des reculs de la critique dans
le clergé de l'-rance, Au tolal il semble sùr que le nOIll de saint
Amadour est le dédoublement de saint Amateur, d',\uxerre. La these
de l'abbé de Fouilhac est il l'eprendre, en y corrigeant des erreurs
faciles il comlnellre en son temps ct pardonnahles il ceux qui
défrichent une fjuestion embrouillée. Le phénomène de dédouble­
ment qui s'est opéré sur saint Amateur s'est produit pour l'él'èque
Ceretius de Grenohle, au \', siècle, dont les Auscitallls lègendaires
ont fait leur saint apatrc Cerase, au L" siècle.

CAILLAU (chanoine i\.-B,), - IJistoire critique ct rcligiwse


de Notre-Daille de liac-A 111 adou/', suivie d'une IIwraine
d'instructiolls et de priè/'es. Ourrage dédié à Jl[//, ri'Huli/­
poul, érèque de Cahors (Paris, Leclôre, 1831, in-S,
~32 pp.).
P. 3l. « :\ous réfnterons l'opinion ancienne et. fabuleuse sur
saint Amadour. (;onsideré comme le Zachée de l'Evangile; nous
examinerons l'opinion récente et invraisemblable sur le même
saint, considéré comme saint Amateur, évêque d'Auxerre: nous
embrasserons IInc opinion plus simple ct plus naturelle, en
250 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

considérant dans saint Amadour un humble solitaire, qui est


parvenu à cacher au monde son nom et ses ,qualités ».

CLUG~F.T (Léon). - Bibliographie du culte local de la Vierge


Jlarie. Fmnce. 2' Fascicule. Prorince ecclésiastique d'Albi
(Paris, Picard, 1900).
L'autcur donne presque cent numéros sur l'histoirc de No-D. de
Roc-Amadour.

E~ARD (Mgr Emile-Christophe). - Lellre pastorale de


Mgr l'J~'Dèque de Cahors SUI' l'histoire de Roc-A'madour et
l'inllîûgence pleniere en sourenir des grands pardons
accordée par le Sourerain POlltife au pèlerinage (Cahors,
F. Planlade, 8 février 1899, in-!!" 50 pp.).
Voy. Sltp., p. 215. Je me bornerai il un seul exemple pour
montrer combier. e,t peu sùre la méthode qui a présidé il la
confection d~ celle dissertation. Ellc porte, p. 22: « On a voulu
faire dater l'expansion et le renom du pèleri.nage du jour où le
corps de notre saint fut relcvé de lerre; c'cst unc erreur. Aupa­
ravant les miracles étaient d,··jà si nombrcu:.: et si « bcaux » qu'on
avait établi un uur'cau où ils Ctoicnt enrcgistrés. Ces proces-vcruaux
ont été brù]('s avcc les archives par les protcstants. » L'auteur du
récit dc l'invention du prétendu Amadour est un personnagc dont
M:;r Enard cite un texte (p. 8) et qu'il marque il la bibliographie
(p_ 4,5) : « Rouert du ~Iont, abbé de Saint-Michel en Normandie,
mort en "1170, a continué la chronique de Sigeuert. )) Que dit
Robert? « Efrossa terra, co/PUS beali A.mato)·is inleg"um repe­
ritur, et in ecclesia ju.cta allare positum, inleg"um illud pere­
g,·jnis oSlendlmt,. et ibi Hunt miracula nlulta el antea inaudita
pc" bealam, ,\1a,·iam. » Monum. German. hist. Sc'·ipt., VI,
p. 519; Acta SS .• Il' AlIg .. p. '16.
L'auteur croit que Roland e~t allé à Roc-Amadour; que Zachée
a fondu une cloche en fer qui ~e trou"e;i Roc-Amadour et qu'il est
le sculpteur de la slatue miraculeuse de la Vierge. Pourtan t
M. Erne,t Rupin a dëmontré que celte statue ne peut remonler
qu'à la fin du xue siècle (1). Il cst l'rai que dans cette circonstance
les tr~ditionnisles opposent encore aux critiques l'aulorilé de la

(1) La slalue rie la lïe"!le il /loc-Amadou". (LotJ, élude publiee dans


L'Œu.vre de Limoges, et aussi dans la Revue de liA rt clln'lien ("l" JhTaisoll
de 1802). - Une llisloirc dû Roc-.\ madour par le même savant cs!. actuelle­
ment sous presJ:;e (Paris. Bal..11lj!crj: ce sera, sans aucun doute, le meilleur
livre à consulter non seulement !'lUI' celte 16gende. mais encore SUt' celles
ù'Aquitaine, On y trom-cra aussi dïmpOItanles remarques sur le CltrSus.
';.

NOTES DlDLIOGnAPHIQUES 251

cour de Rome qui a autorisé dans la rédaction du nouveau propre


de Cahors l'insertion que la st~tue est l'œuvre même de Zachée­
Amadour. - On peut remarquer ici, une fois de plus, que ce sont
des laïques, M:\1. d'Ozouville, Tailliar, de LasteFie et Rupin qui
se préoccupent de l'honneur du Saint-Siège, que des ecclésiasti­
ques, depuis 1854 jusqu'il la lin du siècle, ont pour ainsi dire pris
plaisir à compromettre.
R~LD1T. - lIec/lCrches sw' l'é]liscopa/, des saints Martial,
Sérérien et Prh:at (Mende, Ignan, 1S51" in-S, 23 pp.),
1
BOUnI\ET. - Discours de son S. E. le cardinal IJourre/, hè­
que de Rode::; et de Vabres au couronnement de N.-D. de ,l
Nende, le 15 aoilt 189,1 (Rodez, 189!l, in-S', H pp.).
Voyez ci-dessus, p. 2'13.
CHAI\130NNEL (P.-.Jér.). - J. M. J. Origine de l'J~'ulise de
.lIende, par l'abbé"""" (Mende, Privat, 1S;5S, in-S', \.l6 pp,).
P. 85: « Quand nous serions obligés d'admettre, que, en arrivant
d'Italie, l'an 46 de N,-S. J .-C., saint Martial est entré dans
l'Aquitaine par noll'e Gévaudan, a évangélisé nos pères en
premier lieu et qu'i! a élevé alors dans la ville de Mende une cha­
pelle en l'honneur de la Sainte Vierge, encore vivante par consé­
quent, nous ne croirions pas avoir une idée bien excentrique, une
idl'e qui ne puisse pas passe,' pal' /e ce.-veau d'un t't.'e misonnab/e.
Xous set'ions tout simplement persuadés que saint Martial a fait
chez nous ce que l'apotre saint Jacques a fait en Espagne, Or, nous
ne pensons pas qu'il soit permis il qui que ce soit de meUre au
rang des con/es de vieilles le fait de l'érection d'une église à Sara­
gosse, en l'honneur de la Mère de Dieu encore vivante. »
L'auteur argumente ici contre l'abbé Pasc~1.
P.-J. Charbonnel fut rédacteur de la Semaine catholique de
Tou/ouse.
GA mou (Le père). - Études critiques sur l'origine de
JJende et ses prem iers hèques (Mende, 1856, in-8';52 pp.).
P_~SCAL (l'abbéJ .-D.-E.).
- Gabalum ChristianwJI, ou Recher­
ches his/arica-critiques sur l'église de J/ende (ancien
Gévaudan, aujourd'hui département de la Lozère) (Paris,
Dumoulin, 18;33, in-8', Qo3 pp.).
~

PROVINCE D'AUCH.

Du BAnAT, - Le Bréviaire de Lescar de '/li.l/, réédit(: al)ec


'1IIle inlrouuet ion el des nole,~ slir nos anciennes liturgies
locales, par M, l'abbt\ V. Duharat, aumônier du lycée de
Pau (Pau et Pads, 18\)1, in-4, ccxxx\'l1l-272 pp,),
Renseignements precieux, surtout d~ns le ch. XVII (pp. CCXI\'­
ccuxv) E.sai Je Bibliographie S1l>' les livres liturgiques el
,
qlle/ques aull'es livres de piéte ou d'hagiographie de nos Irais
anciens diocèses, - Lilll1'gie Auscilaine (Auch, Taroes el
Bayorme) ,
- Le J/issel de Bayonne de -/!iII:J.précéllé d'une introduction
sllr /l'S nnliqllilés historiques el religieuses de l'ancien
tiioche de Bayonne (Pau et Paris, '1\101, in-'J., CCCCXLlIl­
17/1 pp,),
Outre une histoire complète des origines de l'{·glise de Da~'onne,
le line donne beaucoup d'inform~tions intéres~~nt 1<1 province
ecclési~stique entière et les révolutions liturgiques dont elle a éle
le th,;àtre, - Des oflices propres pour la p,'ovince ont été rédigés
en 1885 il l'instigation de l'archev('que, Mgr de Langalerie. Rome
les a approul'és le 2S novembre 1S90. Les thèses apostolicistes s'y
lisent au 29 novembre, saint Saturnin (de Toulouse, envoyé par
saint Pierre); 1i décembre, saint Lazare iin t'elus/am nat'em sine
velo, sine "enrigio, sine dalico imposilos); 24 anil, saint Cérase
(disciple du Christ, envoyé par saint Pierre, évêque d'Eauze);
25 mai, saint Eutrope (de Saintes, en\"à~'é par saint Clément);
i juillet, saint ~Iartial; 2i octobre, saint Front,
Le principal apostoliciste de la province a été l'abbé F, Canéto
(1805-"1884). L'abbé L. Couture lui a consacré une notice dans
Revue de Gascogne, décembre tS8i-février '1885.
B.\LE:'iCIE (Gaston). - Chronologie des Érèques de Tarbes
(506-1226).
Dans Mèlanges Lèonce CoulU/'e (Toulouse, Privat, '1902).
p,9i-lt3.
. PROVINCE D'AVIGNON.

=;r"
• GnIFFON (abbé). - Catalogue analytique des écêques de
Nîmes (t'iimes, P. Jouye, 1879, in-8', 73 pp.).
Extrait du Bulletin de l'A,·t chrétien. « Ce n'est que vcrs la fin
du IV' siècle que l'histoire religieuse de Nîmes commence d'une
manière certaine et nous présente un évèque parfaitement incon­
testable [saint FeliI]. » (p. 6).
Ce Félix « doit son eIistence à Polycarpe de la Rivière. ~ Fastes,
l, p. 301, note 1.
L.\~IOCREUX(chanoine). - Les saintes Jla1'ies de l'rorence.
Leur vie et lcur culte (Nimes, Lcfarc, fr., 189;5, in-1G,
xVI-2G;5 pp.).
Le rapport de l'abbé Seytre à l'éI'èque de Nîmes (A. Gilly) pour
octroi de ['imp"Î1l1alw' caractérise ainsi cet ouvrage:
« C'est le provençal, et le prêtre provençal qui parle avec son
cœur pnthousiaste, quand il s'agit de retracer les origines du
christianisme choisissant son berceau sur notre sol privilégié ct
beni. ... Avec beaucoup de tact, ~l. le chanoine Lamoureux a su
écarter de son livre, tout en les signalant aU passage, les discus­
sions d'une critique moderne qui semble systématiquement hos­
tile, et dont il vellt bien respecter les intentions quelque peu
prétentieuses. Un débat sur le fond eùt été indiscret pour les
foules si pleines d'entrain et de saintes croyances. » (p. VIII-IX).

MORIN (dom G.). - Un écrit de saint Césaire d'Arles ren­


fermant un témoignage SUI' les fondalwrs des Églises des
Gaules.
Dans le tome 1er des Mli/anges de lilté>'ature et d'histoÎl'e ,'eli­
gieuses publiées à l'occasion dll jubilé épiscopal de Mgr dc
Cabl'iè"es, évêque de Montpellier (Paris, Picard).
Césaire (mort vers 542} donne Daphnus, évêque de Vaison et
signatJire au Concile d'Arles en 314 pour le fondateur de l'église
de Vaison et un disciple des apolres, à coté de Trophime, Saturnin
et de Paul. - Vaison était sulIragant d'Arles.
ALLAIN. - Promo/us Episcopus Virarien. Histoire d'une
15
"r "'- ......

254 LA CO:-iTROYERSE DE L'APOST0L!CITÉ: DES É:GLlSES

1Jolémique, par le chanoinc E. Allain, archivistc du

diocèse dc Bordeaux.

Revue catholique de BOJ'deaHX, XVI- année, n' du 21 juin 18D4,

p,353-378. "
On trouvera dans cet article une exposition de la manière dont

l'Unit'el's et deux Semailles >'eligil!llses de ce temps-Iil (celles de

Bordeaux et de Y:J!ence) men:Jient campagne contl'e ~lgr Duchesne.

Mgr Bellet est revenu sur le fond de la 'luestion, 2- édit..


p. 170-1i4.
CO:'\STANT. - L'..lpostolirité de l'I>;lisc de T'iriers et 1l0Zl­
-ceau,c éclail'cissclIlfllts SIlr les origines du christiallismc

dans les Call1e,~. par l'Abbé M, Constant. doctcur cn thl~o­

logic, lauréat de l'Institut catholiquc llc Paris (~icc, im(l.

Saint-Pierrc, lS9ï, in-S, \ïl-2;j!l pp,),

Porte l'imprimai w',

« Nous croyons que si s:Jint Janvier [le premiel' "v"'lue d'Aps]

n'était pas un des vingt-quatre compagnons 'lui composaient ou

sui"aient de près le groupe conduit. d'après l\aban-~Iaur. par

Lazare. le ressuscité de néLiJanie, il faisait partie des ij-ulnze évê­

ques ordonnés par saint Clément et destin(',s aux contrt~es occiden­


tales de l'Europe, » p. 83. '

« Grâces, soient rendues mille fois a la prudence et a la

fermeté de l'Eglise romaine, Pendant 'lue nous semblions en

France prendre plaisir il publi~1' il son de trompe lout ce 'lui nous

paraissait de nature a atta'luer l'anciennet'; de nos Eglises, pen­

dant que nous bouleversions notre hturgie afin de la mettre en

h:Jrmonie avec l'opinion du moment; pendant 'lue nous suppri­

mions d'antiques fêtes dé"otement célébrées de temps immémo­

rial par nos populations chrétiennes pour leur substituer de

(;1 nouvelles inconnues; pend3.!2.Lq!!.-e_I19JLLd) visiQ..lls sail}t_Den's


~ é\'êqu~~Paris en d~UI. sainte Marie-M:Jdeleine en trois, itifue
demeurait inébranlable, refusait de retrancher une ligne a'son
1\' mai~Fofëge,-répétiÏrÏt toujours: « Saint Denys l'Aréopagite, sainte
Marie-Madeleine, la pécheresse, sœur de Lazare; " constatant
toujours J'existence des missionnaires envo~'es en Gaule par saint
Pierre et ses successeurs immédiats.
« Elle espérait cette bonne mère, qu'après s'êlre linee a des

caprices et a des écarts qu'excuse ou du moins qu'explique son

caractère, l'Eglise de France, la fille _ainé~-L!,~:iendrait a la "é~gé;

J 1 elle a bien fait d'être p:Jtiente. Les attaques ont provoqué des
ripostes, les doutes et les négations ont obligé les défenseurs de
a
l'antique tradition des recherches 4ue Jes plus heureuses décou­
"ertes ont dPja récompensées. Désormais toule l'Église de France
NOTES BIBLIOGIUPHIQUES 255

'lui se pré,tend apostoli'lue a le droit de faire valoir.ses til~es, On


J\ peufTë~ dlsculer, ma~s il n'est plus permis de leur opposerla 'lues­
lIOn prealable, » p, 1 il,
« Le Fils de Dieu a traité avec une f,\\'eur mar''lupe celle nation
que ses trois vicaires de"aient appeler plus tard, la Fille ainée d.]
l'i:glise et décorer solennellement du titre gracieux de 1l0bilissi III a
Gallon/nl Gcn .. , Il lui a envo"é d'abord tous ses amis intimes de
rJ'3 ')1 Béthanie, ce GToupe sacn' de ','cliques vil'anlcs, selon l'heureuse
expression du P~~.1;J~Q.~!re; et ils ont été bienlôt suivis
d'autres prédieale"rs, choisis parmi ses propr'es disciples, ou les
disciples 'lue les Apôtres s'élaient hàlés de formel' il son e~em­
pie .... » « Il convient de rappeler une coïncidence historique Irès
curieuse, Sept il huit ans à peine apres le drame de la Passion, le
roi Hérode elle gouI'l'rneur l'once-Pilate furent disgràciés, ,'ap,
pelés:' Rorne,[J!'i"':sde toutes leurs dignit,:s et condamn,'s il l'e~il,
Hérode fut interné fi Lyon, et l'date il Vienne oll se trouvait d,'-jil
Archelaüs, un dps lils d'[It'rode le Grand 'lui avait subi le même
sort qu'eux, Or, l'habitude d'interviewer les gens n'est pas nou­
velle en France, C,'sar raconte 'lue les Gaulois, nos ancl'tres, dans
leur passion pour les nou"elles allaient jus'lu'il arrêter el impor­
tuner les "oyageul's et les marchands pour savoir ce qui se passait
dans leur pays, Il est donc il croire 'lu'ils agirent ainsi auprès des
personnages <Jni avaient été, non seull'menl les h'moins, mais les
i
acleurs des êvénements al'ri",'s récemml'nl ùans la .Jud',e, Et c'est
ainsi que dès le principe les récits quI' faisaient les ;.mis du Sau­
"eur, purent être contrôlés, confirmés et complétés par Sl'S enne­
mis mêmes, » p, 203,

l'
· :1--"

PROVINCE DE BESANÇON.

RtCIL\I1D. - Hisloire du diotèse de IJesanron et de Sainl­


(,Iallde, par M. Richard, curé de Dambelin (Besançon,
Cornu, 2 vol. in-8, L. 1 (l8'~ï) XXII-G7:J pp., L. II (18:i!),
\'II-tî:iG pp.).
Traditionniste modér(·. D:lte le m:lI't~Te des saints Ferréol,
« pn'Lre » et Ferjeux, « diacre» \'ers l'an 212.
DEBo~IBOCnG. - Us Alloùl'oyrs d'otlll'r-W/(Îlle ct l'érhilé de
IMlc!} (Lyon, VingLrinier, 186ï, in-8, p. 2'~).
« La création de l'évêché de BelJe~' ne peut être comprise
qu'entre 51i et 555, époque où Yicenlius s'intitule epîscoplls
Ecclesiae Be/[icensis » (p. li).
L'HuTE. - I.a Vie des Saill/.'. IJ irn il Cil J'('Il.I'. Vénéraules ct
I/ull'rs pfl'sOllll!lfJI'S ]Jieu.r rlu dio{'(\s(~ rie Saint-Dié, par
l'abbé,] .-B.-Eùmonù l'Hale, chanoine honoraire, profes­
seur au grand séminaire Je Saint-Dié (Saint-Dié, 18Qi,
, in-S, 2 \'01., 491 cl G8i pp.).
Approl)ation de l'ordinaire, ~l2'r Foucault.
L'ouvrage débute par la vic de saint Mansuy qu'on déclare,
en litre, d' « époque incertaine, probablement 1" ou Il' siècle. ).
Néanmoins dans la notice qui lui estconsacrée on suit « l'ancienne
tradition », « en faisant quelques résenes sur la parfaite authen­
ticité de tous les détails qu'elle renferme. » D'après la ll'gendc
donnt;e, saint ~Iansuy fut en\'o~'é en Gaule par saint Pierre en
personne « en même temps que saint ~lalerne de Trèves, saint
Sin ici us de Reims. saint Clément de :'Iclz, saint Mesmin de Ch:l­
Ions et d'autres encore. » - On \'oit que l'auteur, qui est de l'Est,
réclame pour l'Est cinq des sept é\"E~ques.
il
i
1

PROVINCE DE BORDEAUX.

CmoT DE LA VILLE (Mgr). - Oriuines chrétienncs rie }Jor-


deau.T, on Histoire cf, Description de l'J",;glise de Saint-
Seurin (Bordeaux, Justin Dupuy, 1867. gd in--l' aycc
planches et dessins, XI-rôt pp.).
L'auteur consacre 60 pages il la queslion de l'apostolat de sainte
Véronique en Aquitaine,

RAVEi'iEZ(L.-W.). - Essai .~Ilr les ongllles religieuses dl'


Bordeall.!· el SUI' sainl Seuril/ (/'.!(Iui/aint'. '-cI/rI' urlres,w;e
à S, EIII . .ll,qr Il' con/il/1I1 !Jol/llef, (Paris et Bordcaux,
septembre IS{jl, in-S, YIII-6:.i pp.),
L'auteur se contente de l'apostolicité de sainnlartial, sans reven-
diquer Véronique et Zachée.

B.\nni-:nE(abbô), - llisloire religieuse el.monumcntlile liu


diocèse rI'Agen depuis les temps les plus reculés jusqll'ti
nos jours, ... (Agen, Chairou, 18:.i:.i, in-1,', 2 va!., xI-3'32 ct
HOpp.).
Ce livre est le grand ouvrage de la rèaction anticritique en
Agenais. L'auteur est amenè il ses conclusions par l'argument
liturgique. 11 dit :i propos de la date de saint Marlial : « Rome a
été saisie de cette question il l'occasion du retour du diocese de
Limoges il la liturgie romaine, et Rome, aprbs l'examen le plus
sérieux, apres les débats les plus graves et les plus ~al'ants, a
adjugé le titre d'apôtre au premier prédicateur de "Aquitaine, La
cause de l'apostolat de saint ~lartial est gagnée canoniquement,
écrivait l'illustre évéque de Poitiers il M, Arbellot, vicaire il la
cathédrale de Limoges. ~lais :'1. Arbellot a voulu que cette cause
fut aussi gagnée historiquement. Nous avons lu ou plutôt nous
al'ons dél'Oré son ouvrage, auquel il a don n,; Il" lill'e beaucoup
trop modeste de simple di~sel'Ialion. C'est loute une doctrine qu'il
renferme, ele: " (t. J, p. 27).

BOUILLET (A.)et SEnVIÈnEs (L,). - Sainle Foy, 'Cierge ct


marlyre (Rodez, Carrère, HlOO, in-q,', xII-782 pp.).
258 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

Les auteurs fixent le martyre de sainte Foy el de saint Caprais


à l'an 303, Ils refusent de se prononcer sur la question de J'épis­
copat de Caprais.
Le livre donne l'état de la question des origines chrp.tiennes
d'Agen telle qu'elle était à la fin du XIX' siec!e, On y trouve les
meilleures indications bibliographiques, souvent des appréciations
motivées sur les œuvres,

nOU~IEJOUX, - llibliographie générale dit Périgord, par


IV/M, A. de Roumejoux, prûsiùent de la Société historique
du Pûrigord, Ph. de Bosredon. ['un des vice-présidents de
la société, Ferd. Villepelet, archiviste départemental-de la
Dordogne (Périgueux, ;) vol. in-8, 18\)7-1\:)02),
Dans la table méthodique, 1. III, p, '253-'2511, aux rubriques
Hugiol)mphie ct Rislo;,'e des diocèses de Pùigllellx etde Sal'lat,
on trouvera la bibliographie des auteurs relative à l'aposlolicité,­
L'histoire dc la Conll'overse doit Ulle mention pal'!iculiere à
l'archiviste L. Dessales, 'lui défendit la science conlre les abbés
l'ergot ct Caries.
Les Pé'rigollrdins de l'école lé'gend:JÎre ont Iii'" lin Ilouvel argu­
ment en faveur de leur these du l,rd de Léon X III (1" juillet Hl!)ï)
(l'Ii érige la cath,'draie de P,;ri"ucux en basilique mineure. Le
Saint l'cre s'cxprime ain~i:" !lace ;np)'il1l;,~ ;neog!o";atlll'qllod
cOl'1J1ts iJeali F"OllI01li,~. a S. l'etl'o .·I/IOSIoloI'IOl1 jl"incipe bapti­
saI; et p)'; mi l'ell'oco";an,~isepiscop; 1 summa ,'cligionc C(lsto(liat."

1
'[

PROVINCE DE BOURGES.

CUEY.-\LlER (J .). - Apostoli.cité des principales églises de


France et en partiwlier de celle de Bourges, par le T. R. P.
Jules Chevalier. supérienr général dcs missionnaircs du
Sacré-Cœur (Issoudun, 1S9:>, in-S, !l~ pp.).
Petite bibliothà]llp. de.~ missionnai"es ùu Sacl·é-Cœw·.
Brochure de pol,;mique contre M. Buhot de l\ersers, l'auteur de
His/oi"e et s/atislique monllmentale dit Cher (Bourges, 1875-8;),
3 vol. in-Il"). Le p. Chevalier place l'épiscopat de saint Ursin au
1" siëcle. « Quant il l'identité de Nathanai;!. dit-il, et de saint Ursin,
ce n'est qu'une question tout il fait accessoire. Je n'ai mentionné
celle antique t,'adition que p.1rce qu'elle est consi(;nre dans le
nouveau Propre de notre Bréviai"e, rl'digé pal' ~lgr de la Tour
d'Auvergne rt approuV(; pal' Pic IX. après avoir dé r,)vis,; par une
commission compétente de :Ia Congn;gation des nites, le 25 juin
1863; celle commission el la Sacr{'e Congr6gation n'ont donn,;
leur adh,;sion qu'aprios s',;tre convaincues que les faits etll'gendes
re"'lés dans les le~'ons de la fete ùe saint Ursin a"aient été puisés il
ùes sources ),";;itimes et ~utoris,··es. E le(litintis p"obatisque fonti­
bus deslll1/lllis Ol'ationibllS e/ Lectionibus P"op,'iis a SlW Cle,'o
(Bitw'icensi) "ccital1llis, (Card, Palrizi, S. R. C. Pr'lefectus. ad
Archiep. Bilul'ic.;. Celle tradition n'est donc pas si mal fondée;
autrement nome et l'autorité dioc{~s;,ine n'auraient pas proposé il
la piété des prètres une J';gende (lui ne serail qu'une fable el U"tl
pieu.c l'Olllall, imaginé pour l'édification de nos aïeux. Penser le
contraire serait peu l1alleul' pour le clergé berrichon » (p. 44-/l5).
PAIIISET (G.). - De l'l'ilIIorrliis lJitllriccnsis primaliaf
(:\anccii, l.lcl'gcl'-Lcnaull, 1S96, in-S, 139 pp.).

These pr<;s('n t6e à la Faculté d~s Lellres de Paris.

1'.13; « Constat (;allicanam nos ab apostaliris fu.ndatam esse

Ecc.. esial7l.... !)uod ad ilillll'icensem sedem altinet « il De


« remonl(' pas il une antiquité plus haute 'lue 1(' déclin du
« II" siecle. » (Duchesne). "

MOS:'ilER. - Les saillts tl'.lurergne. Histoire de tOttS les per­


sonnages de celle prol'ince honorés d'tin culte public, par
260 LA CO:-lTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

l'abbé S,-~f. Mosnier, curé do Comps (Paris, Lethielleux,

1899, 2 vol. in-8, 704 et 768 pp.).

Approbation de l'ordinaire, Mgr Belmont.

L'auteur date, dans un titre, saint Austremoine du Il' ou JIll siècle

(1. II, p. 50'1); mais la noticc' qu'il lui consacre lui rait recevoir sa
mission de saint Clémenl. « Le Souverain Ponlire lui adjoignit •
plusieurs coopérateurs, tous, comme lui, brûlant dc zele et d'ar­
dcur apostolique, C'(~taient Neclaire, Mammel, Mary, Sirénat,
Antonin, et peut-être Amand, Ursin et Amandin. A la tête de celte
valeureuse phalange, Austremoine partit de Rome, probablement
aux environs de l'an 80 de l'ère chréliennp. » (p. 536).
L'auteur s'appuie sur le « livre décisir» (p. 504) de Mgr Bcllel,
et sur « la savante étude de M. Faillon • (p. 520). ~Igr Duchesnc
est longuement pris il partie.
Une notice de 10 p. est accordée a « saint Grégoire, archevêque
de Tours, 539-595, » sans que l'histoire de son titre soit esquiss()e.
Avant la réaction anticritiqlle, le livre classique sur les origines
de l'I~glise de Clermont êtait celui du chanoine J. Durraisse :
L'Origine des I:glises de Fmncc p"ouvP-e pa,' la sllcces.•ion de ses
évêques, avec la Vie de saillt Austremoine, p,'enlie" ap,jt"e et
p"inlat des Aquitaines, Paris. Michallet, 1688, in-8 de 521 pp.
L'auteur assigne l'annee 253 (p. l(6) :i. l'arriv"e de saint Austre­
moine. Son sentiment semble avoir été adopté a Clermont jus­
qu'a l'épiscopat de ~Igr Féron, c'est-a-dire jusqu'au milieu du
XIX' siècle, époque où l'on introduisit dans le propre du diocèse un
ornce de la Contmc11l0"ali(ln de 10115 les sainls d'Atwel'gne
('15 novembre) dont une le\~on arfirme l'apostolicité de l'Eglise de
Clermont. Celte leçon et le mémoire qui en a justifié l'acceptation
sont l'Œuvre d'un collègue de M. Faillon, M. Et. Anglaret, direc­

--
teur au séminaire de Montrerrand (Cr. Bib. Sulpic., Il, p. 4.12).

AnIlELLOl) - Dissertatio!l sur l'apostolat de saint Jlartial


t.--sr!fÎ'antiquil.é des l::glises de Fmnce (Limoges, 1855,

in-8).

Extrait du Bullelin dl' la Soc. a,·chéol. du Limousin, t. IV,

p. 209; et t.. V, p. 5, 73, 137 et 222.


Voy. art. de Bourassé dans BilJ/iogmphie catholique. L XV ~'
(1855), p. 70; art. de Maximin Deloche dans l'Union COI'l'é:ienne,
23 aoùt 1855, reproduit dans le Bull. a,·chéol. du Limol/sin (1. VI,
no 1); Unit'e,'s,15 août -1855; Unil,el'sité calholigue, juillcl -1855
(t. XX, 2' série), p. 9cl-\OO,

- Dowments inédits sur l'apostolat de saint Martial et sur


l'antiquité des Églises dt France (Paris, 1860, in-8, ~.).
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 261

Extrait du Congl'ès scientifique tenu à Limoges en septembre

1859, t. Il, p. 136-213.

Cet opuscule a été reprodu it dans les Annales de philosophie

chl"élienne, DO de mars 1861 (10011' 111,5' série), p. 165-182, avec

une présentation admirati\'e de B~tly.

Arbellot déclare dans cet opuscule que Mgr Cousseau, évêque


(
d'Angoulême, Mgr G_erleau~. de Tulle, le .car?inal D.~ne.t, l'.arc.h:­

vêque S.lQQur et le Souveratn Pontife IUI-meme, ont dalsne bemr

et encourager Ses efforts: ~il..ljprdaÏÏ'él·approuva (Ietlre du

30 novemhre 1860). - Le cardinal Donnet lui écrivait: " Il Ya de

par le monde bien des hOiiiiTies quil'ëNient bon marché de nos

origines religieuses ..... des indifTérents qui ne sont pas assez fiers

) pour apprécier la faveur qu'a eue notre belle patrie d'attirer tout

\ d'abord l'attention des représentants de Jésus sur la terre» (Lettre

du 16 anil '1861).

D. Guéranger écrivait à Arbellot le 22 septembre 185'2 : « 11'


1
tem s n'est fus où l'on ouvait enser et écrire ue le 010 en âge

.j
1 1
De vivait que de a' es. l' que: es tra itions ont il n'l'lait que
l'intermédiaire ne remontaient pas au delà du XI/'ou du XI' siecle.
Les monuments antérieurs se révèlent. el pour voire part,
. monsieur l'abbé. permeltez-moi de vous faire compliment de votre

p.!:!!cieux texte de FortuDat» (Dowments inédits, p. 8). F~eo a ?

pubffi\ en 188rdans M. G. alle/m'. antilJlliss., 4, p. 38'2 le Carmen

Il

n ~ de sanrto .llal·tiali dont parle ici dom Gu(\ranger et il le range


'j 1 parmi les"'apocryphes:'Je ne C.lill!!3is .actuellement auclIn"érupit ;.
'" , qui en sQ.utienne l'a uth e}l.lLc.i.lé ; et elle était rejetée au moment de
ceUe controvcrse par les Bourassé, d'Ozouville, Pascal. Quichcrat.
L'autorité prétée à ce texte par Arbellot fournit la princip'âlê1orce
de la Dissertation sw' l'apostolat de saint Martial.
- l~/ude historique SUI' l'ancienne vic de saillt Martini et

les ori(Jines chl'ét-iennes de la Gaule (Paris el Limoges 1m2,

in·8, \,1·48 pp.).

Extrait du Bulletin de la Soc. al'chéol. du Limousin, t. XLIII,

125 sqq.

Cf. Anal. Bolland., t. XII, 1893, p. 465.

- Niracula sancli Nartinlis anno 1388 patrata. ab au clore

caaera conscl'ipta (Paris et Limoges, 1882, in-8),

Extrait des ,-inaleela Bollandiana, t. 1.411 sqq.

- Obserrations critiques à. JIJI. llourassé et Chevalier sur la

légende de saint ltu,stl'emoine et les Origines chréliennes

de la Gaule (Paris, Raton; Limoges, Ducourtieux, mai

1~O, in-8, 48 pp.).

15.
1 -"
1.

~:
r
262 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

- Observations critiques à M. l'abbé Duchesne sur les Ori- \


gines chrétiennes de la Gaule et sur l'apostolat de saint
Martial (Paris, Haton; Limoges, Ducourtieux, 1895, in-8,
62 pp.). ­
J .

Cette brochure reproduit surtout divers articles parus dans la

Vérité et dans la Semaine religieuse de Limoges en mai 1894,

pièces d'une polémique avec Mgr Duchesne.

- Les Sources de l'histoire des origines chrétiennes de la )


Gaule dans Grégoire de Tours (Paris et Limoges, 1890,
in-8, 27 pp.).
Mémoire lu au Congres des Sociétés savantes il la Sorbonne,
séanc.e du 13 juin 1889, et publié par le Bulletin de la Soc. a,·chéol.
du Limous~VIII.
- Saint Martial, apôtre de Limoges, par Jfgr Charles-Féli.T )
Bellet (Limoges, Dumont, in-12, 1898, 12 pp.).
Brochure de réclame à propos de la deuxième édition du livre

de Mgr Bellet sur les Origines des ~tglises de F"ance et les Fastes

épiscopaux (18!l8).

- Vie de saint Martial, apôtre de l'Aquitaine (Limoges, J\


Ducourlioux, in-12, 1899.47 pp.).
-=­ U

~
.

RDANT (Maur~ - Des ostensions. Origines de ces solen­


nt' rïgtéüses, dates des principalp.s, détails sur leurs
cérémonies, les reliques et les reliquaires (Limoges, Barbou,
1848, in-16, 180 pp.).
L'auteur raconte les ostensions faites des reliques de s~int
Martial à Limoges. dresse l'inventaire des reliques des saints dans
le diocèse et termine (p. 149-1iO) par Je récit de la vie de saint
Martial emprunté à Ordéric Vital. Voici la dernière note juslifica- ~
tive (p. 180) : • Ordéric Vilal, qui s'occupa de ce point d'histoil'e
ecclésiastique moins d'un siècle a rès le concile de BourO'es), dut
nécessairement adopter comme bien éta is les faits reconnus par
l'autorité des papes et des conciles. »
L'ouvrage est dédié à l'évèque de Limoges (Bernard Buissas,
~cesseur de saint Martial ») et approuvé par lui.

t 'l.Î
'. , l'
~.

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 263

- L'Ancienne Vie de saint Martial et la prose rythmée


(Paris, Picard, 1897, in-8, 40 pp.).
Extrait de l'Unive"sité catholique, nouv. série, t. XXIV, mars
1897, p. 321-352.
- Saint Martial, apôtre de Limoges, suivi d'une nourelle
étude snr le Cursus et la c7'itique (Paris, Picard, 1898,
in-S, 121 pp.), ­
Extrait de la 2' édition du livre Les O"igines des i:glises de
F,·ance.
BOURIlET (cardina - Saint Jfal'lial, premier apôtre et {on·
datwr e rg ise dn Rouergue (Rodez, Carrère, s. d.,
[189;5], in-/l').
Sur ce li~. voy. une lettre du cardinal publiée dans la Férité
du 22 juillet ·ISU6.
Ce livre n'ajÎ:ls été mis dans le commerce.

DVî.IlF.sNE (~Igl'). - Saint Jfal'tial de Limoges (Toulouse,


1892, in·8).
Extrait des Annales du "lidi, t. IV UuilletI892), p. 289-330.
Cette disserlation a été reproduite a"ec des corrections dans le
t. Il des Fastes épiscopal/x.

(GUIIlEIIT (Louis. - Le chanoine Ar/lellot (Limoges, 1901,


Jn-~, .~ pp ..
Communication de M. Guibert, secrétaire général de la SociClé
archéologique et historique du Limousin, il la séance du 28décem­
bre 1900.
Les pages 4·22 donnent une biographie du chanoine; les pages
23-32, une liste de ses ouvrages.
François Arbellot naquit il Saint-Léonard (Haute-Vienne), Je
21 décembre 1816, et il y mourut le fi décembre '1900.

LASTEYIHF. (Charles d~ - L'Abbaye de Saint-Hartial de


Lnnoges. f'tude historique, écon01nÙFtC et archéologique
précédée de recherches nourel/es S1lr larie du saint (Paris,
Picard, mars lQQI, in·/l', X\'Ill-~"'pp.).
L'auteur donne une bonne bibliographie de la question de saint
Martial.
< LEROUX (A.).- L'abbaye de Saint·Martial, à propos d'un
liure récent (Toulouse, Privat, t.Q91, in-8, /li pp.).
. "

264 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

Extrait d~s Annalcs du Midi, t. XIII.


Après avoir apporté un supplément d'informations au livre de
M, Ch, de Lasteyrie, L'Abbaye de Saint-Mal·tial, l'auteur philo­
sophe ainsi' sur le récit: « Qu'est-ce qui frappe tout d'abord dans
l'histoire interne de l'abbaye de Saint-Martial. si ce n'eslla longue
suite de scandales qu'elle présente, fraudes, violences, libertinage,
pratiques simoniaques, il tel point qu'on est parfois en droit de se
demander si l'on est Haiment en présence de moines chrétiens?
S'agit-il d'obtenir la consic!i'ralion puuli'lue : nos religieux, sans
7 '1 ombre de scrupules, forgent de toutes pièces une I?r~tendue "je de
leur patron et en font la base du culte rendu il saint ~1artial par le
peuple de Limoges. ~Ièrne ils récidivent et, au bout de deux
sir.c1cs, poussés toujours par la môme ambition, iisajoutent encore
aux récits mensongers (d'aucuns discnt édifiants) qui remplissent
l'mune du premier hagiographe. Dien plus, ils placent hardiment
la noul'elle I<'gcnde sous Ic nom d'un él'è'lue et la font d';clarcr
authentique par deux ou trois conciles savamment abusés. Et
commc le faux ne se soutient quc par le faux, ils fabriquent plus
lard de prëienducs leltres de saint Martial aux égliseSûC'fOlIlouse
et dc Bordcaux, ct unc prétendue donation du c1lâlcau de Limoges
il lcur abbaj'e par Louis le Débonnairc. Ccrtes, il ne manquc point
d'historiens pour passer condamnation sur ces faits. Mais pUIsque
nOlis examinons la moralité de nos moincs, nous sommes bien
! 1 contraints d'apprécier leurs actes il la lumière de la morale éh;­
• menlaire, Lcs bourgeois de Limogcs, loutlaïques 'lu'ils fusscnt,
n'ont jamais recouru à de pareils procédés pour fond~r leur com­
mune, etc. » (p, 37). '
. =---­
(FHUG~- Aposlolicilé de l'l~glise du Velay. Dissertation
...... sur a dale de l'écangélisation du Velay, elc" par F.-P.
Frugère, curé de Chaspuzac (Paris, Baur, seplcmbre186!l,
in-8). ­
Ce travail a été cl'iti'lué pal' C. Chevalier dans le"n° dc février
1870 (p. 41-i5) des A.malcs de la Socililé d'ag)'icultw'e d'lndre­
et-Loi/'c, t. XLlX, critique publiée il part sous le titre: Les legen­
des au concile de Limoges.
L'auteur a indiqué lui-même les appréciations dont ce tral'ail fut
J'objct, b'tudc bibliog)·., p,16-'17,

l\(O.HHOUZIER (Le P. H,). - .lpOSIolicilé des lkglises de


France el de l'l~'glise du Velay en particulier.
Revue dcs sciences ecclésiastiques, t. 1,3- série, 18iO,

PEY H 0:'-/, - Jlois de Narie hislorique de Notre-Dame du


NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 265

': Puy, précédé d'1lne étyde sw' t'apostoticité des J~'glises de


France, par l'abbé Edoual'd Peyron (Le Puy, Doilaud,
1881., in-tG, LXX\'I-390 pp.).
Extraits de l'intl'oduction : « Saint Gatien, premier él'ôque de
i Tours, était un disciple dc j'apôtre saint Pierre. Il en fut de mème
'1 d'Auxilius, p('emier él'ôque d'Angel's (p, XLII). ») « La célèbre
Église du Puy-en- Velay, a la gloire de laquclle ce mois de ~larie a
Il,1 été écrit, reconnait pour fond'lleur apostolique et pour premicr
évêque saint Georges, cbrilp"\Lnon de_~_aint Fronl le ,\ri<'>'ueux,
J JI l'un et l'a ulI'ediscip'lesdelliotre-Seigneur ~us-Christ (p, XLV). »

"1
)
(
PROVINCE DE CAMBRAI

DESTO~IBES. - Ilistoire de l'j:rliise de Cambrai, par l'abbé


C.-J. Deslombes, vicaire général du diocèse (Lille,
Desclée, 1890, in-S, 3 vol.).
T. l, p. !l : « Les Églises de Cambrai et d'Arras curent leur
pasteur particulier des les premiers siecles ).
HÜIN. - Les Sainls du diocèse de Cambrai. - TratiIlclion
tin propre de Cambra i, (uec cOllrtcs 1·éfle.rions, e.remples,
pril\rcs, par M. l'ahbé l\L lIélin. chanoine de Langres,
curô de Sainl-~Ijchel (à Lille) (Lille, 1897, in-8, XXVI­
:i:2:3 pp.).
L'auteur est aposloliciste; il date saint Firmin, évèfjue d'Amiens,
du 1" siecle; le propre. plus circonspect. se conlente de dire que
Firmin fut disciple d'llonestus, disciple Jui-mème de Saturnin,
sans les daler.
PEIIGOT. - Saint. l'aast. catéchistc du l'ai Cloris et premier
hèq1.le d'Arras, originairc du NrirJonl.
Cinfj articles dans la Semaine /'eligiclIsc de Pùigueux, '1884-86.
Voyez: Roumejoux. Bibliogmphic génùate dIt PéJ'igOl'd ct
!1cvue des QI/est. hist., t. XU (1887).

_.'......--:-.-...
' ..

PROVINCE DE LYON.

CHAnLÉTY. - Bibliographie critique de l'histoire de Lyon


depuis les origines jusqu'à 1789, par Sébastien Charléty,
professeur-adjoint à la Faculté des Lellres de l'Universilé
de Lyon (Lyon et Paris, 1902, in-8, vll-357,Yp.).
DEvor;coux (abbé). - Du wlte de saint La::.are à Autlln.
}fémoire com1ll1tniqué à la société Éduenne(Autun, Dejus­
sicu, 185G, in-8, tt.3 pp.).
Ce mémoire donne (p. 1"13"120) l'acle épiscopal dalé du 8 aoul
1803 par lequel l',;vèque François de Fontanges reconnut les reli­
ques de sainl Lazare. Cel acle est égalemenl reproduit dans
Faillon, Monuments inédits, l. II, pp. 1.625-'1.6!j.(). Il est à rem;lr·
quel' que le prélat ne parle pas de la mission de Provence. Il se
borne à constaler 'lue « le chef» qu'on reslilue il sa calhédrale r~t
bien celui qui y étail « ci-devanl conservé » el qui avail été pillé
duranl la Révolution.
EXlrait des Annales de la Soc. Ed., 1~3-;>8, pp. 213,368.
A celle époque on affirmait à Aulun simplemenl qu'on élait en
possession des reliques de S. Lazare, sans dire qu'elles venaient
de :\larseiJle. En 1824, l\lgr de Vichy publia une nouvelle édilion
du bréviaire d'Autun ou il n'y a pas un mol sur l'épiscopal pro·
vençal. :Les leçons IV-VI de S. Lazare sonl Urées du Tract ..'IU,
S. Aug. in Ev, Joan.
En '18',6, un prélre du diocèse reslaura les lradilions de Pro­
vence en s'aulorisanl en particulier de l'opuscule de Faillon,
Essai SIO' l'apostolal de S. La:al'e (1835). (Voy. Tome II, p.220
du Légendaire d'A. utun ou Vie des Saints et autl'es pieux pel'·
son nages des diocèses d'Alilun, Chalon et }façon, disposées selon
l'ordre du calendrier, par M. F.-E. [1('Cjuegnol, curé de Rully (Lyon,
Girard, 18'.6, 2 vol. in-'I:!), L'auteur pense comme Faillon que les
reliques furenl apportées dt: 1I1arseille il Aulun par Gérard de
Roussillon.
En 185 t. l'évéque Bénigne du Trousset d'Héricourl rétablil la
légende dans le bréviaire. Les apôtres ordonnenl Lazare évéque
de Bélhanie. Dans la perséculion qui suit, il aborde à Chypre,
dont il eslle premier évéque. Quelques années plus tard, sur une
268 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

imitation divine, il s'embarque pour Marseille; il Y tient les


fonctions sacerdotales et y souffre le martyre. « SaCl"um ejus
"Ol'PUS Mas~ilid AugustodunUi"/l., cil'ra seculunl decinlllnl, t,.ans­
la/lml fuisse, cons/a,ns el lil"l1!a, 11IlH MasS'iliensis t'Wl Eduensis
Ecciesianwl docet tradilia. »
En 1856, les reli,[ues de saint Lazare furent transférées en de
Ilou\"elles chùsses, après une enquéte du vicaire général DOllange
(mort él"l\que de Dijon). L'abbé D0.\"oucoux a raconté les proc,,­
dures et les fèles de celle translation (Translation des reliques de
S. La:arr., le 7 septembre 1856, relation publiée dans Ann. de
la 50('. Ed .. '185:1-58, pp. 369-391). En mi ci un extrait:
« Il a ét" donné il M. Douange et il ses collègues, au nombre
desquels se trou\":,it M. le docteur Guyton, de rapPl'ocher des
ossements très cerlains de saint Lazare, tous ceux ([ui s'y rappor­
taient an:ilomiqllement, et de faire une opération analogue pour
lè corps de saint Hacha. Cc fut une grande satisfaction pour les
membres de la commission que de contempler, il la suite de leur
travail, la dilh:rence notable du corps de ré"éque de Marseille,
originair'e de la Palestine, et d'une constitution maladi,'e, avec le
corps de ,aint nagnal,ariu~, vulgairement s<lint Racho, le premier
é\"èque d'Autun qui porte un nom d'origine germanique. Il e,t
impossible de n'y pas reconnaître la dilï,"rence des race" ct, nous
dirons méllle, les condition~ d'existence personnelle de ces deux
illustres personuages. » (ATln. de la Soc. Ed., '185:1-/857, pp. 4,13­
/>1 /1). - Bien plus detiallt était le chanoiue Le Beuf, d'Au:,:erre. qui
écrivait au tl!l,ologal d'Autun, Gèrmain : " .Je \"oudroi, savoir si
quelqu'un n'aurait pas reconnu que les fleli'lues de S. Lazare
sont plutôt d'une femme que d'un homme. » (Lettre du 17 mars
1728, publi,',e dans ,Inn. de la Soc. Ecl., '18G2-186·1, p. 321),
A l'occasion de celle translation.l'ci\"è'lue, fr,:dél'ic de l\laq;uerie,
publia une leltre pastorale. datee du saint jour de la Penlecôte, et
dans la'luelle il adople le systeme de faillon, prend à parti
Launoy et s'appuie sur le Pseudo-Ruban-~laur.
EnI8;J8. un nomeau propre diocésain ,idité par Mgr de Margue­
rie, modifia la l,'gende de S. La/.are. Irrites de l'éclat que donnait à
la doclrine du Christ, la pl'édication de son ami ressuscité, les Juifs
embarquent Cè dernier a\"ec ses sœurs et nombre d'autres chré­
tiens. sur un vieux na"ire sans "oile, sans rames, sans provisions.
Le nayire. sous la direction de Dieu, aborda à Marseille. Lazare v
fut é\"èque environ trenle ans: il y subit le martyre à l'âge d~
'luatre-vingts ans. Sa légende indique les di"ers supplices. - Celle
légende n'a pas été modi(jée dans l'édition actuellement en usage,
édil(>e en 1886, pal' S. Em. le cardinal Perraud.
En 1860, Ill. Deharde, curé d'Andlau, en Alsace, restaurant son
église, trouva derrière l'autel de la sainte \ïerge des reliques que
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 269

les anciens de la paroisse reconnurent pour celles de S, Lazare,


Ayant appris que le culte de ce saint avait pris récemment il Autu n
un grand dé,'eloppement, le curé transporta la tète de son saint il
Autun, On constata qu'elle n'avait aucune parcnté avec le squelette
reconnu par l'abbé 130uange, Mais on avait alors une telle foi dans
les légendes qu'on remarqua pas que les traditions d'Andlau et
d'Autun s'excluaient complètement. Voyez Rietsch (Jos), vicaire
il Mulhouse, Die nachevange/iuhe Ge,~ehichte der bctanischen
GeschwistCl" lmd die La:al'usl'e/equien:u Andlau (Strasbourg,
Lerou x et C;', 1902).
Quand, en 1902, l'évèque d'Autun, le cardinal Perraud, offrit
il l'évéque de Ne"ers, Mgr Lelong, ancien vicaire général d'Autun
et originaire de ce diocèse, une relique importante de Lazare, on
se répandit il Autun et il Nevers en propos légendaires, L'inci­
dcnt fournit encore unc occasion de comparer il ce sujet le clergé
de l'ancien régime avcc le c1er::é contemporain,
Dans un livre d'édification, lldité en H13, Picrre Forestiel', cha­
noine d'Avalon, disait il propos du panég'yri'lue de Lazare,
p, 282 : « La verll! ne veut pas être louée par l'erreur, quel'lue
pieuse qu'elle paroisse j il suflit de la vérité pour faire l'éloge de
ce saint. Qu'il ne soil pas véritable que lui et ses sœurs aient été
mis dans un vaisseau sans voile, sans gouvernail, exposcz il la
fureur des nots, est-il moins vrai qu'il a élt' dans ur.e p"éparation
de cœur il le souffrir? Il ne sera pas venu dans les Gaulcs, puis­
qu'on n'a pas de monuments anciens qui le certifient. a-t-il pour
ce sujet manqué il prêcher la gloire de Jl'sus-Christ? Kous verrons
bientüt]e contraire, Ne l'honorons pas par ces relations pieuses et
ex.cessives que la crédulité se propose, .. »
P, 281l, « L'amour de la nouveaut(; et du merveillcux doit-il
l'emporter sur la vérité? Non sans doute .. , »
P, 285, « On ne lit rien dans les nouvclles Leçons de ce Diocèse
(intp"intr.es ci Autun cn 1700) au jour de la féte de saint Lazare
et pendant toute son octa"e. de l'histoire 'lui le fait ,'enir en France,
mais seulement di"erses homélies des Pères, quelquc respect
qu'ait pOlir ce saint une Église qui l'honore comme son Patron, Je
n'ose donc suivre une tradition réccnte sur son arri\'ée dans les
Gaules, sur son épiscopat, sur sén martyre il Marseille, Quelques
gloricuses qu'on nous en représente les circonstances. je m'abs­
tiens d'en parler. Ces peignes de fer, ce gril ardent, ces nèches qui
le percent sans lui oter la vie, et enfin le glai,'e qui lui trancha la
tète lui sont moins chers que la vérité, Si nous avions à le faire
Evèque et Martir. ce seroit dans l'Isle de Chipre ... (Les Vies des
saints patrons, mal'tin et evesques d'Autun, tÜ'ées des auleu/'s
eccli!siastiques contempo)'ains, marti)'%ges et aull'cs monumens
anciens .... Dijon et Paris, 17'13, in-16, 306, el 185 pp,).
270 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

- Ol:igines de l'Églisc Éducnlle.


Dans les Annales de la Société Éduenne, 1853-1857 (Autun,
Dejussieu), p.1/9-'.!I'.!.

Trayail de polémique contre M. de Belloguet.

Devoucoux deyint érêque d'Évreux.

c- BOtJ~Ati]) - i:tudc historiquc ct critiquc sur la missioll, lcs


- (u: es clic wltedcsailltBèlli{Jlle, apdtre dt' III IJourrlo{J/1f,
etsur l'ori{Jinc des j;{Jliscs rie Dijon, tI'A/ltw/. cl tic La Il rfl'es ,
par M. l'abbé Boug-aud, allmùnier de la Visilation de
Dijon (Aulun, Dejussiell, 18:.ifl, in-S, XIl-~SO pp.).
Public~lion de la Soci,:té Édue'ifne. - Ou"ra~,:d'; de lettr'e!<
d'approbation des êvêques de Dijon. Autun, Langres. - néfutation
du livre de ~1. de Belloguet.
Exlr'ait de rayant-propos: « Je défends les traditions séculaires
des I::glises de Boul'gogne; voila ma seule prctention. J'essaie
<r,· (:0 Yt'l', je ne d,'molis pas. On ne Irouvera dans ce livre aucune
de ces thèses hardies qui font le charme et tl'OP souvent le p"ril
des ,:tudes modernes; mais aussi, si je "iens il échouer, les consé­
quences seront moins redoutables. Les choses resteront ce 'lu'elles
élaient; je n'aurai aucun sophisme sur la conscience; personne
ne pourra me reprocher d'a,·oir. par mes t,"m,:rités et mes igno­
rances. {,branlé des traditions vcn,:rablcs "1 des crorances salu­
taires .... Si j'ai t'choué je ne me ,lésoJerai pas. Celle ea,;sc ne périra
pas pour avoir .:,té mal d,:rendue. D'aulres, plus sayants el plus
habiles, l'étudieront après moi; et je leui' laisse, sans inquiétude
comme sans jalousie, rhonneur de la f.,ire triompher.• p. IX-XII.
L'ou\Tage a été l'objet d'un compte rendu très favorable dans la
Uibtiolh(oql<e de l'Ecote des Cha.·us, ;:,. série, l. 1. p. '2'28-%0, par
M. J. ~lal·ion. lJoUfi"lld mourut évcr]lle de Laval en novembre 1888.
Il encouragea vi"ement Lllcotte a défendre les traditions de Bour­
gogne. Cf. LucoUe, O"igines dl/ dioci':;e de Lang,'es, p. LXI et ·'1.09.

~c~ - /;'talJlisst'lnl'lIt du Christianismc dalls les Gaules.


l'IUiIH'S dn diocèse tic Ulnurt',~ et dc Dijon aillsi qw' dc
rc/ui d'Antun. Srfinl J/.IIrr\ile Oll fJ.III'O, saillt JJhli!71lC et
Icurs SIl ccesse Il rs i III mèrlirl t.~ SIl r Ic sdqe èpisl'OJlo 1de Dijon
M de Lanures, par J .-B Lucotte, curé cie Frolois (Dijon.
Damongeol ct C", 1~S8, in-S, L~-!.12 pp.).
- Po/ellliqltc re/atire ri sairlt B(:nirJlIl', apôtre de la /Jouryo­
glle (Dijon, Damongeot et C", 188S, in-S, 2ï pp.).
Celle brochure est un tirage il part du volume de l'au leur
.-., ---~- .... -.~----_.-;;:-~--

,\

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 271

Origines dit diocèse de Langl'es et de Dijon, p. 314-338. Lucotte y


combat le bollandiste Van HoofT.
-
- Établissement du Christianisme dans les Gaules. Orir/illes
des diocèses de Lanr/I'es, de Dijon et d'Au/un. Les Appro­
ba/ions et. la critique (Dijon. Imprimerie de l'Union typo­
graphique, 18S9, in-S, 22 pp.).
Sur la légend~ de saint I3I~nigne, vO~'f~7. l'article 'le ~1. l'.bbé
P. Lejay, Saint iJlinignc de Dijon, dans la Bel'llc d'histoire cl de
/iltàatw'e l'eligieuses, janvier-f<;vrier '1902, pp. il-96. Il n'y a pas
eu de réclamation.
La controverse pour Dijon semble close: les princip3ux polé­
mistes furent les abbés I30ugaud et Devoucoux, le baron de Bello­
guet, ~l. Frantin et surlout le curé Lilcotie.
Son livre re('ul les b,;nédicljons ct approb~llions de Lt'-QO XIII,
\J des__~r.~inaux Dernadou el I3onaparle, ~~s ~!Ies COI'lel. Lill'Ul',
Lecol, Hegn"lill el de dom PioJin. ~l. l'al)l),~ C. Douais (mainte­
nanl cvêCJue de [leau,""i~) l'ayanl crili(!,"~ dans la Scien.re ralholi­
qlle du -15 juin 1~89, Lucolte répliqua dans le no dul5 juillet,
p. 535-5:36.
<" ROGEl' DI': IlJ.:r.r.o(;n:l'. - Oriqinl's <iijollllllise" dl:!/II,/ét'S <ies
(oblrs i'/ d,'s 1'1'1'1'/11'." 'illi !t's 1111/ l'III:I'III]'J'éI'S jll.'i]1I'ri l'C
jlHlI', suit;,'s (/'ullr liissl'J'lalioll J'1Ir1inilihe sur les IIcll's
el III mission rI('S((illll](;lIi'llll:. rllpd/l'!' rie Dijon. rll:er; IIlIr
Iriple carle ct un Illuleau !/élléalouiljlle (Dijon. Lamarche.
18:il, in-8. xlI-22\J pp.).
L'auteur ,imet des vues rrrnarCJ'liIbles sur le cycIe hagiof;ra­
phiCJue bourguignon qui a été depuis dérnülé par ~Igr Duchesne
et ~1. l'ablJé Lcjay.

BOUSSEL. - Comllleni Warnaliaire, li l'aide de la légende


rJ1'ecqllc lies sainls .Jllmeau.c, a composé sur ces sa.inls la
légende Ia/1(J1'oise, par l'abbé Housse!. chanoine hono­
raire. curé de Vauxbons (Langres, 1S\Jï, in-S, 102 pp.).
La cOllclusiondel'auteurest que« les saints jumeaux. Speusippe.
tleosippe el ~Ié.lasippe, ainsi que les saintes Léonille et .Iunille et
ies saints ;'I.'éon et Turbon, ne ~ont pas n{'s et n'ont P'lS été marty­
risés il Langres mais qu'ils sont nés et ont été martyrisés en Cap­
padoce .... CJue les corps de ces saints ont été transportés à Langres,
vers 480, avec les reliques des trois saints hdlreux, Ananias,
11isllël et Azarias, ... que la légende langroise de Warnahaire,
composée au YlI' siècle, n'est qu'une copie défigurée de la légende
2i2 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

grecque, - légende primitive que \Varnahairt', prêtre de Langres,


a alléré el modifié de manière à faire passer des martyrs de Cap­
padoce pour des martlTs langrois. »
- Étude historique sllr les 1Jl'emiCT,~ hèqllCS de Lan{Jl'cs
(Langres, 1886, in-8, HG p.).
Voici la division de l'ouvrage: 1" parlie : Disst'rtalion sur les
évêques de Langres au 1\" siècle; Il' partie: Dissertation sur l'ori­
gine du siège épiscopal de Langres, ou les évêques de Langres au
V' et au VI' siècle; -l'' section: Anciens monuments de l'histoire
concernant les évêques de Langres ail v' et au \'l' siècle; '2' sec­
tion : Réfutation du livre de dom Chamard intitulé: Les f:glises
du JJonde /·omain.

TOVSSAIXT. - Les S(lillf,~ .fulIleall.c sont Lalli/rois. SouveUc


fit/cie par l'abbé Alfred Toussaint, curé de Cohons (Lan­
gres, nallet-Bideaud. 1889, in-S', 102 pp.).
2Z.~ BELLET (Mgr). - Disserlalioll hislorique SHI' la lIlission de
saint Crescenl, di,~riJlle de saillt l'aul, èrèqllc de l'/~i/lise
tle Viellllc tians les (;allies. an l'" sihlc de /.'he cliri­
tienne (Lyon, Brun; Valence, Lanlhcaume, 1879, in-S,
XI'1-'13 pp.).
Les pp. I-XVI sont un :tvant-pl'oposjustificatif: les pp. '1-'28 sont
le mémoil'c IJl'l"senté au Congl'cs de Vienne; le~ pp. '2Q-'13 sont
gal'Oies loul entiÜl'es p:,r dellx extraits du livre de V. Chamal'd:
Les l:'glises du Momie "omain.
CIlEI'ALIF.H (V.). - 1~/lltle sur les calaloi/lles des allciens
hèqlu~s tic la prorillce de Vieillie.
L"niversité catholique, nou\". série, l. V, déc. 1890, p. 494--'195.
PROVINCE DE PARIS

ARDEI.LOT - l~tlldes sur Les Origines chrétiennes de la


au. e. l't'emihe pat'tie : Saint Dmys de Paris (Paris,
Bulan, 1880, in-S, 1~p,).
Ce travail reçut l'approbation de la Sociét" archéologique du
Limousin, mais on lui refusa l'honneur d'une lecture en Sorbonne,
il la réunion des sociétés sarantes en avril 1879. Pour protester
) Ico~e~e exclll~_ion l'ationalisle, l' U~~~~re,
20 septembre, 3 novembre, :r 1 décembre,
BEHNAnn (l'abbé ElIg.). - Us Oriqillcs de L'l~'!lLisc de l'I/r;s.
l~'I(//;liss/'lnl'nf du christianismc dans les f,aules. SI/illt
DCIIlfs de Paris (Paris, de Soye, 18iO, in-8. nII-;>Oz pp.,
orné de Hi gl'avures sur acier).
Ce livre est une tiJi·,e de doctol'at en théol08'ie. présentée il la
facullé' de Paris. L';llItCLIl' admet la mission apostolique des saints
Tl'ophime d',ldes ct l'~ul dé Narbonne, M:,is deux cents ans plus
tard, Ades et :-;al'bonne eurent enCOI'e un (;véque du méme nom,
La thèse principale est de prouver que saint Dem's de Paris n'est
l pas l'A réopagite cl qu'il a Vl;CU SousDèce, Le tivresep-resente
comme unI' réfutation de celui de Darras.
Il a été longuement critiqué lui-méme, au point de ,'ue aposto-
liciste, p"r Salmon, dans Les Apü/l'es de la Gat!le BelgiqHe au
Ill- si,~cle son~il's des compagnons de sainl Denys de 1-'a/'is~)
(llevlle des Sc, ecc/ès., 1870, t. XXI, pp. !~80-508, t. XXII, pp. !~2­
83, 1U5-2\-1),
1 ~s (abbé). - Saint Denys l'Areopagite, premier hèqllc
e Paris (Paris, Vivès, 1863. in-8, xVI-3i6 pp.).
L'école lég-endaire"s'est efi'orcée d'identifier trois personnages:
Denvs d',\tilènes, le converii de s3int Paul;
Den;'s, le 't" évèque de Paris, mort vers 286;
Le pseudo-Denys, l'auteur des ouvrages dits « dj'onisiens ou
aréopagitiques »), il la lin ~u v' siècle et au commencement du \'j'.
Oans un article des Etudes, 5 janvier 1897, pp. 34-48, La
,Question Dyonisienne, le P. de Grandmaison écrit: « Osons dire
274 LA CONTROVEnSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES
1 J ,.. ,
que, hors de France~ la controrerse sur ce point n'~xiste plus»
(p. 3 6 ) . - - ­
A Pa";s, les thcses légendaires ont triomphé, gr;.ce surtout à
l'a bbl' Darras.
« Le fopre actuel de ce diocese, édité en olS7f> par Son Em. le
cardina Guihert, conlienl, aux offices de~ fl'les de saint Deny~, de
saint ~lartial de Limoges, de saint Lazare de ~larseille,ë1e""saint
Eugène, des leçons dans lesquelles il est dit que ces vénérés
1ponlifes-martyrs ont (jtéenra"lis dan~les Gaules,l~s uns par saint
JI\Plerre, les autres par saint Ch'rnent Il. DI.O:ŒEI., Tradition hislo­
"if/Ile, p. 2!J..
Quand on composa le sceau de l'Institut catholique. en 1877,
on remplaça le saont :\ICOIaS de l'ancien sceau, le patron des

~
enfaflts et des l'coliers. pa,' " saint Denys l'Al'l;0p.agile, premier
ris - é':i!J.!le de Paris ct auteur mysliqu'e. ~ Cr. Mgr Pl'chenard, L'lmli­
/111 calhol;qlle, p, 32.
~- Us .tctes de sailli Dmys de P!/ris. Jl'llldc hislo
nqtlc ct critiquc, pal' V. Da\"in, chanoine de Versailles,
docteur en théologie et en droit canonique (Paris, llill..,7,
in-S, 86 pp,),
Extrait de la RevlIe du .llomlc catho/iqllc, juillet-août 1897.
Les pages les plus neuves et les plus caractéristiques de ce
tra\'ail sont ..:elles ou j'auteur expose en qnelles circonstances et
arec quels principe<Tfiz.5üTte Sirrnon9}a débrouillé la question
d)"onisienne. « Il ~ présidé. dit D.mn. a~ré\'Olutionlittéraire,
Jl trop uarallcle Je la révolution relig-ieusc, qui a~r nom pal'
cxcellcnce la Révolution .... SiI'monel ... était ami dë5>~thoLi)
sannl calviniste dé'iU1sé en caholique ... En 16!~2, Slrlnond,
\'oulant procurer à ~on ne,'eu de la Lan~u~ice dans lc
~lidi, invente la qucstion de la Régale ..... Il.fail paraîtrc, sous le
1
nom du neveu à fournir, un opuscule de 63 pages jn-~o, dont il
suffit de citer le titrc pour dire la forfaituI'c ... C'est de cet écrit du
pere Sirmond qu'est sortie en 1672 la néfaste qucstion de la
Régale. Elle aboutira en 1682 aux Quatre Articles de Bossuct, qlli­
dOivent aboutir à la Constitution ci,'ile du clergé et il la main-mise
sur tous les biens de l'Eglise, le peuple sou"erain rcmplacanl,
J
da.!!.s la France conQ,ujs!! et anéantie ~ le Roy» sou\·er:lÎn. ~
r<~ ~ lJJ Révolution aora soin de portet· ses cou s sur s<lint Den,·s et es
JV tombeaux des l'ois mis a 001 l'e u sien, en même temps que sur
l'Eglise. Un châtiment providentiel "a rappeler les coups simul­
tanés, il )" a un demi-siecle. du trop aveugle pere Sirmond, morl
assurément de douleur, s'il l'eût entreru. Le roi de France :I)"ant
été décapité le 21 janrier, la reine le sera le 16 octobre, etc.
(pp. 79-80;
NOTES BII3LIOGnAPHIQUES 275

- Panégyrique de sa int Denis l'.lréopagile, étêque d'A lllènr's


et de Paris, patron de la France, prêché dans l'église de
Saint·Nicolas dcs Champs, le 1-1 octobre 11§.O, et dans
l'érflisc de Sainhlugusl'in les 21 et 28 seplembre /862,
pal' M. l'abbé Davin, chanoine honoraire de Tulle et cie
Versailles, aumônier de l'École Impériale spéciale mili­
taire (Paris, Palmé, 1863, in-32, 112Yp.).
« Dirai-je que le saint dont j'entreprend~ le panrg)Tiquc. c~t \
bien celui que reconnaissent toutes les Eglises catholJqueLdu
mODife;-ae j'Orient à î'Ôcg-~rois ou quatre"'1':glises de
France attardées dans des innovations jansénistes, et dont l'Eglise
de Paris, qui les ~gara jadis, a déclaré n'être plus: D~s
J
I l'Aréopagite, "rèque d'Atll~nes, auteur des divins écrits qui pO.:Jcnt

J ~son nom, aputre de~~-Gâules, eVl!~rtl!""f'arls et marTj"f'!AUne si

'Œcc~tllanlc nUl'e ile h:moiris,·'ime.osée sur iJos-tètes et a~yée

historiquement par la plus puissante masse de monuments

solennels, j'ose le dit'e, gu'on ait rencontrés pour aucun ['lit

\1 Il.l!Ziographi'lue_de .ce.llQ-'!-IliliLuitè, qu'Ont :.1 opposer les contrc­


disants modernes, ces disciples de ~ ou de p~, 'lui
partagent notre grand Denis en deux ou trois personnag-es,
comme les gnostiques faisaient I.e Sauveur, disant que Jésus est
)\ un, le Christ un autre, le Vel'he lin troisième, qu'ont-ils il
opposer ~ "
GAUCllEn, - Saint Denis, martyr. Sa Sainle rie, ses
1 Iques, areC1nWC({lÎons. !lislorique et courte dcscri])­
tion de la IJasilirlue. Tombes celéul'rs. J.cs Funerailles
TOyalcs (Louis XVI et Jlal'ie·.lntoinettc), par E. il!.
Gaucher, docleur en théologie, licencié ès lettres, ancien
professeur d'histoire, aum0nier (Saint·Just·en-Chaussée,
~, in-16, 30 pp.):
L'auteur ne discute même pas les theses historiques sur saint
Denis. Il dit simpleloent : « Launois (sic) et l'auvergnat Sirmond
ne furent qu~ deux frondeurs quïl fallait enfermer ou interdire.

~
La haine des traditions yénérahle~J~.!.Ljleine.à constater et leur
orgueil personnel, ~ outrageant seize siècles comme l'orgueil
IIlconscient de ceux gui les sui"ent encore, fait mal. On cile un
Jugement lIlepte, on ne le diSCüte pas.Sea.-opu;:tet he.'eses esse.

Pour nous, gardons al'ec énel'gie, amour et vénération, l'ordre de

I saint Paul: Tenete Imditiones qllaS didicistis. - Seize siecles

Jddurant, nos pères meilleurs que nous, etc. ». p. 3-l.


« Cet oUlTag-e a été fidelement et religieusement soumis à
l'Ordinaire (E\'l\ché de BeaUVais) » (p. 30).
276 LA. CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

C HÉNAULT (A.-C.):) - Origines chrétiennes de la Gaule


-cdtigtt~erches hislO1'iques sur la fondation' de
l'église de Chartres et des églises de ,Sens, de Troyes ct
d'Orléans, stt'ivies d'u n appendice SUI' la Yierge druidique;
ouvrage or llircîè ·p1 iïSièufs 'graYlîi'es(PiiriSet-C ha l' lres,
188!., in-8, XVI'tî2;Lpp.).
Compte rendu dans le Bulletin cI'itique, 15 mars 1885,106 sqq.
par M, Duchesne; dans la Cont,'ot'e,'se et le Conlenlpomin,
15 septembre. p, 146-150, par M. Allard; dans la Revue des Ques/.
his/., t. XLI ("1887), pp. 63:3-36, par ~1. Félix VèrneL
L'abbé Hénault mourut en avril 1889,
- Origines chrétiennes de la GatÛe celtique. - S2!:Pplei-ment ]
aux recherches historiques sur la fondation de l'e!Jlise de
Chartres et des é{Jtises de Scn:;, de Troyes et d'Orléans.
Ré/lonse aux objections des contradiclellrs (Paris, Bray el
netaux; Charlres, Sellerel, 18~;;, in-8, 1.0 pp.).
Voici lin extrait du coropte rendu que publia è'o Pio~daos
le .\londe, no du 22 aoùt '1886 :
« Les savants ne sont pas plus que le reste des humains il l'abri
des préjugés; seulement, chez eux, ces prèjugés sont plus tenaces,
( parce qu'ils se figurent que l'erreur ne peut pénétrer dans leur
espril.lI faut se pénétrer de celte vérité pour s'expllCjuer comment
des hommes tres Instruits, très savants méme, rermentles yeuz il

J-Iune vertté aussI solidement demonlree que celle de l'établissement


! del~"se dans les Gaules durant la pérIOde des tem s ;, osto­

liques qui s'étend j,~g~ '. c noire ere ».


et PIOUN. - Origine apostoliquc des églises des
1I1:;:->,\ULT
Gaules. Deu:t répliques à l'auteur du mémoire: Les pre­
miers érèques d'Orléans [M. Cuissard], par l'abbé
A. Hénault, cllanoine honoraire de Chartres, et dom
Piolin, O. S. B. (Orléans, Herluison, 1887, in-8 de 20 p.).
Les quelques pages de dom Piolin sont la re~dition du compte
rendu de l'ouvrage de :'1. Cuissard. compte rendu publié dans Le
Monde, l1 juillet 188ï.
CM;îi'l CA.-S) - Dissertation sllr la légende Virgini pari­
turae, d'après laquelle les Druides, lus de cent ans arant
la naissance de Jésus-C U'lS , auraient l'cndu 'un ct/lie à la
li Bertie Mwe et lui aUratellt elece une stalue el consacré
un sanctuaïi'e SUi' l'emplacement actuel de la cathédrale
de Chartres (Paris, Martinet, 1863, in·8, 1~p.).
)'

NOTES J3IBLIOGRAPHIQUES 2Î7

Mention honorable de l'Académie des Inscriptions et Belles­


Lettres.
~:,;~j~. - Couronnement de N.-D. de Bethléem. Le

sanctua'Îre. La Vierge miraC'uleusc. L'abbayc de Ferrières

(Orléans, Herluison, 1898, in-S, 21 pp.).


La brochure reproduit en appendice une Lett"e circltlaire de
Mgr l'Évêque d'Orléans annonçant le Coul'ûnnement. Mgr
Touchet y admet que saint Savinien, I( le fondateur de ['illustre
JI église de Sens, » et saint Allin, « le premier é\'ëque d'Odéans, »
furent envol'é~ pn sajnt Pierre. Il dit:
«ï,ous n'hésitons pas à adopter l'opinion traditionnelle quant il
l'apostolicité de nos églises. Quelque estime que nous professions
pour les connai~sances de ceu~ qui ont attaqué celle apostolicité.
nous devons dire que leurs arguments nous paraissent faibles
JI devant les raisons de ceux gni défendent la these ancienne. Nous
rêèommandons a ceux qui voudraient se faire une idée assez
complete de celle question, le beau liHe de ~1. le chanoine
Hénault: O"igines ch"étiennes de la Gaule celtiqlle 11.

c ./l
7)..., ~-J 1 -. j t?"'~ 11"i. 1.
A9 -, .'\...,"7 -- J~ '> "

f~~, ----
V'OIc!V

Cr', IL I~ A 1<::... .L ) S / . f\."--'<- ~r'J : (s."'->


------ t\~J~_ 1)3"& 4/}

16
PROVINCE DE REIMS.

CEllF (chanoine). - Vie des Sainls du diodse de Reims


(l1cims, Monce,1SaS, 2,01. in-S, xXI-7S1 pp.).
Ourra(je approuvé par le cardinal Langénieux. - Les deux pre­
miers évêques de Reims, Sixte et Sinice, sont envoy"'s par saint
Piene, Saint Amand, « troisième archevêque. )) en 80 (p. XIll), a
pour successeur I3dauze en 31:2. (C Cet interre(jne s'explique faci­
lement. Flodoard en erre! marque que l'église de Reims, il cette
(:poque, d:1it agilée d'unc furieuse tempête, qu'il ne se trolll'e per­
sonne qui rait gouvernée depuis saint Amand jusqu'à Constantin:
« elle voguoit, il travers les lIols ondo~'ants d'une mer ora"cuse,
comme un marin abandonn,; de pilùte, sans qu'elle os:H paraislre
ou arbot'er "estendart de la fo~'. crainte d'être aussitüt accablée par
la malice des t)Tans. » Combien de temps a duré cel inlel'l'P(jne?
Il est diflicile de le dire, mais ce que l'on peut croire sans l<;mét'ih-"
c'est qu'il y a des noms d'omis sur la liste des é\'(~'lues de Heims
ou que plusieurs de ces pontifes demeul'üent inconnus» p. ;;:2;;­
6'26,

CLOUET. - lli.~/oil'c ecc!r,iasliqllc de la provincc de J'l'he,


cl des pa!)s limi/l'opltcs compl'cnant, les diocèses de Trèves,
Met:, TOt/l, Ven/ulI, Reims ct Châlons, par M. l'abbé
Clonet, bibliothécaire et professeur il Verdun (2 \"01 in-S,
Vcrdun, l. I, 1Sltlt, 1\"-SS2 pp.; l. II, 1S:51, Lxxx-:592 p.,
pins Ulle dissertation (12 pages) non paginée, sur
l'l~'poque de i'élab/issemCllt du ChrisliclIlisme dans la
Gcwle-lJe/gique).
S~'stème grégorien; plusieurs pages sur l'argument des catalo­
gues épiscopaux; - rejette les conclusions de l'un des premiers
écrivains de la réaction anticritique, l'abbé Chaussier (De l'Origine
apostoliqlle cie l'église de Met:. Paris, Didron, '1847, in-'12, 58 p,).
Chaussier était supérieur du petit séminaire de Metz.

(L.-'\Y,). - Recherches sur les Origines des ~'gli,es


RAVE:'I'ÈZ
de Reims, de Soissons et de Châlons. oIll; rage cow'OImé
parl'Acadhnieimpéria/e de Reims, et, approuréparS. E.
,

'..

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 2i9

le cardinal Gousset, archc'vêque de Rc'ims (Paris, LecolIre,

1857, in-8, xxxII-158 pp.).

Les pp. XlI/-XXXH sont consacrées aux O"igines civiles des

lIémois; les pp. 3-158 aux Origines ,'eligieuses. Celte dernière


partie a été publiée dans les Travaux de l'Ac. imp. d.e Hein!..,
26- volume, 1858, p. 326-518, sous le titre Origine des Eglises de
Reims, elc. La première partie du travail traite de la Tmdilion des
1}l'Ïltcipales É,'glises de FmllCt!, c'est-à-dire Paris, Arles, etc. Quand
l'auteur arrive à Limoges, il dit: « A quoi bon cet examen, puisque
Rome vient de prononcer? » Il se borne alors il raeonter d'après
Arbellot l'affaire du propre, et reproduit in-extenso le href du
18 mai 1854.

CORBLET, - lla{Jiogmphie du d'iocèsc d'Amiens (Paris el


Amiens, 1868-75, !J vol. in-8).
La brochure de Corblet citée p. 232 est un extrait du tome II,
pp. 54-'l6:~.

SALMON (Ch.). - llistoire tle saint Firmin, marlyr "" à/;­


que d'Amiens, patron de la Navarre et des diocèses
d'Amiens et de Pampelunc (Anas el Amiens, 1861, in-'.',
cxxvIlI,523 pp.).
« Il fut acclamé par dom Guéranger et par des membres émi­
nents de l'épiscopat français, NNgrs d'Amiens, d'Arras, de !Je:JU­
v2is, etc. » FllucimE, l;'lude ·bibliog., p. -11. L'év,'que d'Amiens,
Mgr Doudinet, écrivit il l'auteur: « Quelques-uns discuteront sans
doute la date que vous assignez il la mission du premier ér<'q ue
d'Amiens. En d'autres temps, des criti'1ues imbns de celle fausse
sagesse qui s'allie peu avec la simplicité de la Foi, ont déjà con­
testé à nos Églises des Gaules ces glorieuses origines: je n'ai pas
à m'expli'1uer sur celte délicate question. »
Le président de la Sociélp. des Antiquai"es de Picm·die. Ch.
Dufour protesta « comme archéologue)) contre la thèse apostoli­
ciste de ~almon dans un discours prononcé à la séance publi'1ue
du 7 décembt,c '1863 : L'apostolat de saint Firmin, fOC ét'êqHe
d'Amiens, l'élabli aH III' si,~cle. imprimé dans Mém. de la
Sociele, 2- série, t. IX, p. /,9;)-518. - Salmon répondit; cf.
ci-dessus, p. 88, note; sur cette réponse, voyez ReVlle des Sociélà
samnles, janvier '1866, p. '155-16'1, étude de J, Desnoyers.

BLOND. - Origines des Églises de Fmnce. Apostolat desa int


Rieul,
Revue des Sciences ecclésiastiques, t. IX, 1864.

280 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

CHÉUANCÉ. - Le premier apôtre de Châlons, par le P. Léo­


pold de Chérancé, capucin (Reims, 1898, in-S, 16 pp.).
Panégyrique prononcé à Ch;ilons le 7 aoùt 1898. L'orateur
adopte les traditions concernant Memmius, Denys l'Aréopag-ite,
Marthe. Madeleine, etc. (1 Ces traditions, dit-il, n'ont pas trouvé
gràce, je le sais, devant une critique ombrageuse, plus fertile en
assertions téméraires qu'en raisons sérieuses. Mais les Launoy
modernes viennent trop tard. A leurs dénégations sans fondement,
j'oppose votre liturgie, vos monuments lapidaires, l'affirmation
constante de dix-neuf siecles, et je revendiqlle pour vous l'hon­
neur de l'apostolicité » p. 4.
- Saint-Quentin, apôtre du Vermandois et martyr(Heims,
Monce, 1S98, in-S, 22 pp.).
L'orateur place le martyre de Quentin vers 287; il expose les
thèses apostolicistes de la mission de Provence, de ]'aréopagi­
tisme de saint Denys, dans ce discours qu'il agrémente de pointes
contre « les intellectuels" (p. '10), ct les « vendus ,) (p. 22).
GAl\lNET (Jules). - .IIémoirc sur l'établisscmcn,t du chris­
tianisme à Châlons et '>11'1' les Institutions {j'ui s'U mtta­
chent (CMlons, Boniez-Lambert, 1837, in-S, 36 pp.).
P. 6 : « Les trois sieges de neims. de Soissons et de Ch;'tlons, ont
été fondés entre le temps qui s'est écoulé depuis que Constance
Chlore fut proclamé César et ~Oll\'erneur des Gaules, en 2D2, et
l'édit de tolérance de Constantin de 3H. »
- .

PROVINCE DE ROUEN.

LAFFETAY. - Essai historique sur l'antiqllüé de la {oi dans


le diocèse de lJaywx et le culte de quelques saints récem­
ment introduits dans le calendrier liturgique de ce dio­
cèse, par l'abbé J. LafTetay, chanoine de la cathédrale
(Bayeux, Delarue, 18Gl, in-12, 15:> pp.).
P. t7 et '18: « La prédication de l'évangile dans les Gaules, dès
le commencement de l'ère chrétienne, est un fait éclatant, qui
s'appuie sur une foule de térooignages. Ceux que nous citerons
sont empruntés pour la plupart au savant ouvrage de M. l'abbé
Faillon. »)
LAIIl (Jules). - Études S/O' les Origines de l'J!;'têché de
Bayeux.
lJib. cie ri'cole des Chay/es, 5' série, l. Ill, p. 89-121 et l. IV,
p. 281-323; 6' série, t. IV, p. 33-55; 5'l5-572.
Do. - Saint Taurin, premier évèque d'"t:c,reu:r: au premier
sihle. Nouvelles recherches critiques et historiques, par
M. l'abbé Do, chanoine de Bayeux (Caen, Delesques, 1887,
in-8, 73 pp.).
L'auteur abandonne la légende de Taurin écrite sous le faux
nOIO d'Adéodat et publiée par les 13011andistes ; il s'attache à mon­
trer l'historicité de celle ((u'a publiée Ordéric Vital (llist. ecclés.
de la Nomlandje, Il' part., liv. V).
Aux polémiques sur saint Taurin se raltache ceJle du prétendu
cimetière mérovingien de la Chapelle-Saint-Eloi (Eure). Voy.
Chevalier. Topo-Bibliographie.
HO~mEY (L.). - Histoire ecclesiastique ct civile du diocèse
de Sée::;, ancien et nouveau" et du terrilaire qui {orme
aujourd'hui le département de l'Orne (Alençon, Renault­
de-Broise, t. l, 1899, in-8.)
Page IX, l'auteur déclare avoir pris pour modèle cc l'Histoire du
diocèse du Mans, composée par le savant, sage et consciencieux
dom Paul Piolin. » Pour lui les légendes provençales sont cc des
16.
282 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

traditions très autorisées et reconnues probables, presque certai­


nes, après avoir été soumises à des examens sérieux et surtout
depuis les récents travaux de M. l'abbé Faillon, prêtre très érudit
du diocèse de Marseille. » Après cela, on n'est pas étonné de, voir
M. Hommey placer le premier évêque de Séez - le prétendu saint
Latuin - « de la fin du 1" siècle à l'an 1'10» (p. 27), admettre une
interruption dans la succession, et dater le second évèque - Je
prétendu saint Sigisbold - de la fin du Ill' siècle à l'an 3B envi­
ron (p. 43). - P. 106-108, M. Hommey traite la question de saint
Front de Pèrigueux et du Passais, p.roposant de concilier « les tra­
ditions » en admettant que saint Front du Passais (VI' siècle) « a
rèellement trouvé dans le pays où il s'dablit des traces de l'apos­
tolat de saint Front de Périgueux » (p. 108). - Dans tout le
volume, gros de '.70 p., il n'y a pas une note, pas un renvoi biblio­
~p.hique.

C~ (caI~1)) - Discours prononcé à la cérémonie de la


-yranslation des reliques de saint Latuin, à Séez, le
22 juin 18;';8.
'Euvres complètes et à part.

"
PROVINCE DE SENS.

BLO:-;DEL (Chanoine. - L'Aposlolici/é de l'I!:!llisc de sens.]


---m1m . cs erreurs de M. l'abbé Duchesne, melllbre de
l'Institut (Sens, POlllain-nochèr, 'l!'102, in-8, 110 pp.).
Voyez rL'nieel's, 29 décembre '1902, a'MkÏe du chanoine ~Iar"ot,
ancien secrétaire de Mgr Forcade.
- Rhision critique du catalogue des archerèques de Scns,
et l'iste chronologique des pan/ires de cette église (Sens,
DlIchemin, 18\)!~, in-8, 3:5 pp.).
Extrail du But/ctin de la Soci,ité al'c/liiologi'lllC, l. XVII,
Voici le commencement du syslc,me chronologique adopté
Savinien, év('que de 1,6 a n j Polenlien, n-,<\.; Leonlius, 1" ou
Il' siècle; Séverin 1", mort en 129, cIe.

- La vérité sllr les chartes de fondation de l'abbaye tic


Saint-Pierre-le- Vif (Sens. Dnchenoi, 1896, in-8, 29 pp.).
Exlrail du tome XVlll du il/dl. cie la Soc. al·ch. de Sens. - Les
pp. 27-28 trai:ent de la passion de saint Savinien contre Mgr Du­
chesne.
- Yie dcs saints dn diocèse de Sens ct Auxerre (Sens, Mos­
dier,1885, in-12, xVIII-3ï6 pp.),
L'ouHage se lermine par un appendice sur raposlolicilé de
l'église de Sens (p. 356-365).
MÉ~IAI:-;. - Les Origines dcs Égtises de la province deSens,
ou l'Apostolat de saint Savinien, par l'abbé Mémain,
chanoine de Sens (Paris, lib. Sain t-Palll, 1888, in-8,
III-H3 pp.).
Exlrail du Bullp.tin de la Soc. a'·cheol. cie Sens, t. XIV,
p. 257. - Réponse au livre de M. Cuissard sur Les pl'emiel's
ét'éques d·Orleans. .
« L'aposlolicilé de l'Eglise de Sens fui l'affirmée dans le propre
diocésain au moment de la reprise de la liturgie romaine, en '185'1,
el lors de la ré,ision de ce propre en t8iO » (p. IV).
284 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

CnOSNIER. - Hagiologie nivernaise, ou Vies des Saints et


autres pieux personnages qui ont édifié le diocèse de Neve7's
par leurs vertus, par Mgr Crosnier, protonotaire aposto­
lique, vicaire général, etc. (Nevers, Fay, 185S, gd in-S,
xxx-593 pp.).
Publication de la Société Nivernaise.
Commencement de la réaction anticritique.
L'auteur admet l'apostolat marseillais de saint Lazare. mais il
date les sept évéques Den\s, Saturnin, Martial, etc., du Ill' siecle.
Le bréviaire de Nev~ évêché datant du commencement du
VI' siècle, donne des exemples tres clairs de l'application des sys­
temes historiques à la liturgie. Les éditions de l'.g5 et de 1535 font
de saint Martial l'enrant 'lue Jpsus-Christ prit dans ses bras ct
présenta aux apôtres; de saint Austremoine un descendant
d'Abraham et l'un des ,2 disciples; de saint Andoche un envoyéde
saint Polycarpe. L'édition de t727 rut n'dig,\e par Lebrun-Desma­
retles dans le système strictement scientifique ; aussi n'y trouve-l-on
méme pas mémoire de saint Andoche. L'édition de -1881 fait mé­
moire des saints Andoche, Thyrse et de leurs compagnons, office de
saint névérien d'Autun; office de saint Eulade. « premier évéque »
de Nevers, etde saint Eolade, • sixième évèque ll. Les saints Julien
et Austremoine reçoivent leur mission de saint Pierre. - A Nevers,
la réaction contre la critique et l'enthousiasme pour la liturgie
romaine commença sous l'épiscopat de Mgr Durètre (1843-1860)
qui s'y résigna et ne suivit que de loin. Son successeur, Mgr
Forcade ("1861-1873), se mit à la tète du mouvement et le renrorça
singulierement. Il adopta la liturgie romaine intégralement. Mgr
de Ladoue ('18ï3-1877) était un apostoliciste militant. Etanl vicaire
sénéral d'Auch il publi1 dans la RevlLe de Gascogne, t. VI (1865),
p. 586-59,1., une <Hude sur l'Apostolat de saint Martial et de sainte
V':,ronique. ~Igr Lelong (sacré en 1877) a renchéri sur les légendes
liturgiques dans le breviaire de '1881. Les dates de celle évolution
théologique à Nevers peuvent servir à marquer les phases de celle
qui s'opéra dans la plupart des diocèses de France au XIX' siec!e.
PROVINCE DE TOULOUSE

Mémoil:e sur l'époque de l'apostolat de saint


A:-;ONnlF., -
Satumin, premier évêque de Toulol/se (Toulouse, Pril'al,
1881, in-S, (.0 pp,),
CEU'TC du P, Chastain, supéricur de I~ succursale du petit
sémin~ire de Toulollse, Le rnérnoi,'1' porte l'irnpl'imalill' du
cardinal Desprez et soutient que Il la croyance à l'apostolat de
saint Saturnin <III 1" siècle est suffisamment justiliée 1\ (p. :18). Il
s'appuie sur la Chl"Dniqtlc de Dextcl', « oU\'l'age dont l'autellr a
été bien conteste', peut-être à torl, mais dont l'autoritl': ne salirait
être méconnue» (p. 2!J).

FULGE:-;CE. - Un hlaircisscmcnt important tOl/l'ha.nt ll's


Oriyillcs chretÎCnncs. Memoire sl/r les del/:}; Slltl/rnil1.~ t/r'
TOI/loI/sr, par le IL P. Fulgence, dcs FI<', mincurs
capllci ns (Perpignan, oclobre 1St:l2, in-18, 37 pp.).
L'autellr propose de distinguer deux Salul'llins, l'un elll'oyé par
Piel're el qui aurait été évéqllc " entce les Ij.;:j, e165' annl;es de notre
ère» (p. 31); l'autre envoyé par saint Denys de Paris, « allx
environs de l'an HO, » et rnartycisé vers l'an 1116 (p. 33). A l'appui
de sa thése, l'auteur invoque Il trois genres de preuves diITérentes,
nous disons trois motifs de cel'titude : mocale, phpique et méla-
ph~'sique » (p. 5). Voici la 2' preuve: Il les deux corps incontesla-
blement authentiques que possèdent il la fois, de lemps
i mmémori:d, les églises de Toulouse (France) et de Suze (Piémont),
et qui supposent phIsiquement deux indi"jdus » (p. 6), Après des
Il recherches assidues », l'auteur a eu la (( satisfaction Il de décou-
vrir que sa solution a déjà été donnée par Catherine Emmeriè"h-:-

LATOU (l'abbé Maxime - Vie de saint Saturnin, disciple


e sa 111 t. le/Te, premier érèque de TOt/lot/sc et. mart!)?·,
précédée d'une dissertat.ion sur son apostolat au 1" siècle
(Toulouse, Cluzon, 1S6~, in-S, 3~,),

Ouvrage précédé d'une leltre de l'archevêque de Toulouse,


Mgr Desprez : « ... Il demeurera maintenant démorotré, sur les
))
ruines des traditions jansénistes vain~es, 'lue les Gaules ont jté
286 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

évangélisées dès le 1er siècle, et que Toulouse, en particulier, a


ecoute la parole puissante de saint Saturnin dans les premières
années du christianisme, et même, d'après des actes que l'on a
sans doute le droit de croire authentiques, peu de temps après
l'Ascension de Notre-Seigneur .Jésus-Christ. »
Cet ouvrage est le premier de la réaction anticritique il Toulouse.
Antérieurement on fixait l'apostolat de saint Saturnin au milieu
du Ill' siècle. Telle était particulièrement l'opinion de l'abbé
Sah'an, Histoire de saint Satlll'nin (Toulouse, 18/.0), que Latou
s'efforce de réfuter.
PROVINCE DE TOURS

DUCIIESXE (Mgr). - Les anciens Calaloques épiscopau.v d/'


la pral' ince de Tours (Paris, Thorin, 1890, in-8).
Mémoire reproduit avec des corrections dans le tome Il des
FQ,$les épiscopallx. Voy. ci-dessus, p. 228.
BOUfiASSÉ (l'abbé). - Les Ol'igines de l'église de TOI/l's.
Cour/es ·réf/e.riollS (Tours, Bousrez, 186U, in·8, 4G pp.).
- Letlre li M. /.'abbé Rol/and SUI' quelques 1JI'illcipcs de
cril'ique (Tours, 1870).
Ce~ brochure a été composée par Casimir Chevalier.

c CIIE\'ALlEfi (Casimir). - Dé{ense de sai'llt Grégoire de 1'ours


au sujet des ori!Jines de sa IJropre église. mpollse li
N. Jhuw, de SlLint-CIqj;.iell, par un membre de la Société
archéologique de Touraine [brochure signée: « Le Che­
valier noir, sans coulours ni blason. »] (fours, Ladorèzc,
18 décembre 18GU, ill'S, 39 pp.).
- I~/tllies sur les critiques antigrégol'icns e/ st/r l'apostolat
de saint Ga/ien.
1. J.es /rei:;p cas de N. Jéhan, de Sain/-Clavien (Tours,
Bousrcz, 1870, in-8, 3G pp.).
II. Letlre ci jI. l'abbé Rolland sw' quelques principes de
critique [signée par M. Bûurassé, mais composée en
réalité par M. Chevalier] (Tours, Bousrez, 1870, in-8,
411 pp.).
Ill. Les légendes au concile de Limoges en -1031 (Tours,
Ladevèze; 1870, in-S, 32 pp.).
Extrait des Annales de la Société d'agricultw'e, t. XLIX,
pp. 41·75.
C'est une critique du li \Te de l'abbé Frugère : Aposlolicité de
l'Eglise du Velay.
- Les Ol'igines de l'Église de Tours, d'après l'histoire, atec
288 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

une étuùe générale S1lI' l'éüanuélisation des Gau.les et d(~


nombreuses pièces justificatives (Tours, 1871, in-8,
xll-63~ pp.).
Extrait du t. XXI des Mémoil'e.~ cie ta Soc. al·chéol. de Tow·aine.

Ouvrage hcnoré d'une médaille d'or par l'Académie dQS Inscl'ip­


tions et Belles-Lellres.

- Tableau anallitique des trawu:c et publicallolls de~


NUl' C. Cileraiier (Tours, imp. Bousrez, septembre 188:!, ",
in-8, 9G pp,),
Celte puLlication fut faile par ~[gr Chevalier lui-méme; c'est la

bibliographie de ses œuvres jusqu'en 1SS'.l j la fin de celle

bibliographie a dé donnt'e par l'abbé Verger, en appendice de la

biographie (IU'il a consacrée il son ami.

GUlUEfiT, - Lettre circulaire de Mur Guivert, arcllecèque

l'ours, li son clergé, ail sujet de la controüerse sur les

origznes de celle église,

Lettre datée du mois de septembre '1871 ct publiée dans la

Semaine "eligieuse du diocèse, du 4 novcm bre -1871, reprodu lle

dans l'Etude bibliogl'aphique de Frugere, pp. 80-86.

L'archevé([ue disait: « Le sentiment qui lait remonter l'apos­

litolat de saint Gatien au 1" siècle de notre el'e me parait, sinon

absolument certain, du moins plus probable que le sentiment

opposé. » .

Devenu archevêque de Paris, Mgr Guibert fit rédiger un propre

.J![Q~ans le sens apostoliciste.

JÙr.\N (L.-F.), de Saint-Clavien. - Saint Gatien, ou les

- Vr1gmes de l'égliU l' oW'S (Tours, Ladevèze, décem­

bre 1868, in-8, 20 pp.).

Jéhan mourut en 187-1. Voici l'extrait d'une note que lui consacra

l'abbé Frugère, dans son Apostolicité des I;glises, p. 39 : « Cet

érudit distingué qui était aussi un homme de bien, un chl'étien

sincère, n'avait d'autres aspirations que la pratique de la vertu et

la recherche de la vérité. Au point de vue scientifique, on est

presque effrayé quand on se rappelle les productions de sa plume

infatigable: Essai SUI' le développement de l'intelligence humaine;

- La Cité du VIal. OLt les COITuvlew's du sj.ècle,. - Nouveau Traité

des sciences géologiques j - Esquisse des hal'nlOnies de la

cl'éation; - DictionllaÎl'e de_lin.guistique et de philologie

comparee; - Tableau de ta c,-tation, ou Dieu manifesté pa)' ses

œuvres; - Beautés du spectacle de la nature; - Dictionnail'e de

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 289

cosmogonie et de paléonlologie; - Diciionnail'e d'astl'onomie et

de météol'ologie; - Dictionnaire de botanique el de physiologie

végétale j - Dictionnail'e de zoologie j - Dictionnail'e cranthm­


'Polog ie j - Dictionnail'e des contl'OVel'Ses, histo!:.!.gues j - La

Bl'etagne, eS(jttÎsBes pittoresques et ill'dtéologilJuesj - Moïna, ou

la Légende de Saint-C/avien, telles sont les œuvres m~gistrales

que nous lui deVOllli. - A ces ouvrages si variés el si importants,

il faut ajouter encore un grand nombre de brochures sur les

m.atières les plus sérieuses, et, en particulier, sur l'apostolicité de

ij l'J.:j:lise de, Tours..... Son corps a été, selon ses vœi.ix, reporté au

r,.
r paj'S de ses pèl'es, où, par ordre de Mgr l\\vêque de Saint-Brieuc,

et aux frais du diocèse, la plus grande solennité·a èté donnée aux


funérailles du courageux soldat de la vérité. »
ROLLA:\D (l'abQ.é). - Dissertation sur l'époque de l'apostolat
~tien. premier hèque de Tours, et sur les
Origines des églises de France, par l'abbé n., vicaire à
Saint-Julien (Tours, Bousrez, 186n, in-8).
Ouvrage précédé d'une lettre d'approbation de l'archevèque de
Tours, Mgr Guibert.
- Saint Grégoire et les Origines de l'église de Tours (Tours,
Bousrez, 1870, in-8, 56 pp.).
SUMO:" (Ch.). - Origines de l'église de Tours (Arras,
Rousseau-Leroy, 1869, in-8, 3n pp.).
Extrait de la ReUlle de l'AI·t chrétien, fin de 1869.
<:' VERGER (l'abbé P.). - Mgr Casimir Chevalier, camérier J
sec'ret de Sa Sainteté, etc. Notice biographique et littéraire
Tours, Mame, 189~, in-8, 2~8 pp.).
HOUTIN. - Les o1'igines de l'Église d'Angers. La légende de
saint René (Laval, Goupil, 1901, in-8, 76 pp.).
Extrait de la Pl'Ovince du Maine (mars.novembre 1901), avec
quelques modifications.
L'histoire des origines de l'Église d'Angers présente deux ques­
tions: la dale de la fondation, et - point capital pour établir la
chronologie - l'existence de saint René.
L'évêché n'a pas été fondé au Jer siècle, comme on le lit encore
dans l'Almanach-annuaü'e du Clergé, 1901, mais au IV' siècle,
2' moitié.
Saint René n'a pas existé. - A l'histoire de son cuIte, racontée
dans celte brocl~ure, il faut joindre une note publiée par ~r. le
17
290 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

chanoine A, Ledru dans la PnH'ince du Maine, féHier 1902, p, 'i9,


Il prouve qu'il existait un autel de saint René, ~n l'église Saint­
Maurice d'Angers, du temps de l'évêque GeoiTl'Ol' de Mal'enne,
c'est-à·dire en 1093-1 10L
Cette brochure a été dans le diocèse d'Angers l'objet des deux
comptes rendus suivants qui donnent l'état actuel de la controverse
dans le dioeèse, - il n'y a plus de discussion ailleurs sur ces
thèses:
L'AnjOlI histo1'ique, no de mars 1902, p, 'j57.
« Ce qu'ill',a de mieux dans cette brochure a été emprunté aux
ouvrages de Mgr Duchesne, Quant il saint René, à qui M. Houlin
est si hostile, il est obligé de convenir qu'on rencontl'e son nom
dans un mart)'t'ologe du X' siècle (1). »
Revue de l'Anjou, no de no\'embl'e-décembre 1001, p. 502-503,
«M. Houtin, je le reconnais volontiers, a fait preuve, dans ce nou­
veau travail, d'une grande érudition et d'un amOllI' sincère de ce
qu'il croit être la vérité, De plus, la thèse qu'il soutient SUI' les
origines de notre Eglise est solidement appul'èe et les conclusions
qu'il développe doi\'ent être acceptèes par l'histoire: l'établisse­
ment du siège épiscopal d'An~ers ne semble pas remonter au·delà
. du IV' siècle, - ~[ais, au sujet de saint l1ené, je trouve qu'il pousse
trop loin la critique.. , Je ne p"isadmettl'e - même après avoir lu
attentivement la brochure de .\1. A, Houtin - que saint René n'ait
( pas sa place, et une place importante, parmi les saints évêques qUI
ont tllustré le siège d'Angers (2). »

CBuSSO:V - Les. sources (,le le: «( l~ie de saint Jul,i~'~ »), parJ\
----rerhald (La\al, Goupil, 1QQQ, ln-8, 98 pp., prIX . 2 Cr.). ~
Extrait de La Pl'Ovince du Maine, l. VIII, 1900, numéros de
mai-novembre,
Les Scmaines )'eligicuses, organes officiels des évêchés, qui se sont
toujours montrées si dures pOlir les travaux critiques, ont célébré
a\'ec un llTisme qui n'a jamais récompensé les travaux d'un
Mommsen les écrits en faveur des légendes.
Voici en quels termes La Semaine du Fidèle du diocèse du
Mans (nO du 5aui1190-l) rendait compte du tl'avail,lrès mél'iloire,
de M. le chanoine Busson: « C'est une œUlTe absolument remar­
quable, de tres grande portée, et telle qu'on pou\'ait l'attendre d'un
sa\'ant de celle trempe, Elle accuse d'abord un latiniste de premier
ordre, familiarise avec les ecrivains, la prosodie, le stl'le, les pro­
cédés) les idiotismes, les élégances, les diverses époques, haute et

(1) Article de ~1. l'abbé F. UZl:RE:AU, aum6nierde la prison d'Angers,


(2) Article de ~1. le chanoine Cn. URSEAV, professeur d'histoire ecclésias.
tique à ITnivcrsite catholique d'Angers.
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 291

basse, de la langue latine. Mais, à coté du latiniste distingué, elle


nous révèle, de plus, un historien consommé, pour qui l'histoire
ecclésiastique n'a pas de secrets i un critique subtil, d'une saga-
cité, d'un lIair toujours en éveil; un dialecticien puissant qui, avec
le calme d'une force sùre d'elle-méme, culbute sans colère mais
sans pitié l'opinion de l'adl'ersaire. Apres avoir lu celle œune
magistrale, il est impossible, quel que soit d'ailleurs Je sentiment
qu'on ;tdopte, de ne pas applaudir à u,ne élude aussi conscien-
cieuse, aussi creusée, aussi finie. Limité par l'étroitesse ordinaire
à tout compte rendu, je ne puis, on le comprend, m'étendre'
copieusement sur le beau travail de M. Busson, etc. » (Le compte
rendu a quatre pas-es.)

HOUT/N. - Lettre SUI' les origilles de l'J~'glise du Mans.


La P"ovince dll Maine, t. VIII, 1900, numéro de décembre,
pp. 390-393.
OZOUVILLE (W. d'). - Saint Julien du Mans et le Jlartyrologe
romain.
Revue du Maine et de l'Anjou, t. III, numéro de juin 1858,
pp. 187- '
Celle lettre embarrassante pOlir dom Piolin fut écrite le
22 février 1858. Il fallut toule une correspondance de !II. d'Ozouville
pour que le directeur de la revue la publiàt et elle ne parul que
dans le numéro de juin.
~ (Dom .. - llistoire de l'tglise du Mans.
. , ~,cxxxv-4~.

T. II, 1853, VI-551 pp., etc. Paris, Julien, Lanier et Ci',


éditeurs. -
Cf. l'abbé Huberl-Duperron, Revue des Sociétés savantes, t. IV,
1858, p. 280.
- Histoire populaire de saint Julien, premier évêque du
Mans (Paris, imprimerie des Assomptionnistes, 1888,
in-16, I11-221 pp.). -
PERS/GAN. - Recherches s'W' l'apostolat de saint Juliell,
premiel' évèque du Mans, par l'abbé Persigan, chanoine
de l'église du Mans (Le Mans, Leguicheux, in-8, 1887).
Cf. Unive,'s du 28 février 1887, comple rendu élogieux d;M. Au-
guste Roussel.

C ~ Études historiques bretonnes. Saint


292 LA CONTROVEnSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

Clair et les ongmes de l'ltglise de Nantes, suivant la

véritable tradition nantaise. Réponse à ;]J, l'abbé Cahour

(Rennes, décembre 1883, in-8, 4-W.).

Extrait de la ReL'ue de B,'elagne, décembre 'I883-janvier 1884.

- Curiosités historiques.

Revue de Bretagne, août 1884; seconde réponse il Cahour.

Cahollr et La Ilorderie moururent en 1901.

~L\ITnE (L.). - Les Sépultures antiques du pays nantais


(Paris, Irnp. nat., 1901, in-8, 27 pp.).
Extrait du Bulletin archéologique, 1900, pp. 406·!~28.

RICIlAIID (Cardinal). - l~'tude SUl' la légende liturgique de


saint Clair, premier érèque de Nantes, par Mgr Hichard,
arche\'èque de Larissc, coadjuteur de S. E. le Cal'dinal­
Archevêque de Paris (Nantes, Bloch, 1~, in·8, 155 DP.),
Celte publication fut motivée par la pol"mique Cahour-La
llorderie. Comme le champion de « l'Apostolat de saint Clair»
était battu, et avec lui la réaction anlicritique il Nantes, ~Igr Richard
publia les notes nombreuses qu'il avait recueillies de 1853 il '1857,
lorsqu'il présidait la commission qui prépara le retour il la liturgie
romaine dans le diocèse de i\'antes, « Il m'a semblé vraiment
nécessaire, ditl'archevèque. pour dêgagcr notre lItur;ne. nanl$lse

l des controverses et lui maintenir son autorité, d'exposer les


travaux de la Commission et de faire connaitre les documents dont
elle s'est servie» (p. 4).
- Les saints de l'i'glise de Nantes. Lectures, méditations et
prières pour leurs (ètes, par Mgr Hichard, évêque élu do
Belley (Nantes, Forest et Grimaud, 1872, in-16, XXIV­
!~65 pp.). ­
Exe;;;-ple de la manière dont les légendes apostolicistes étaient
présentéE's il l'édification des fidèles. - Le Pontife romain, il la fin
rr du 1er siècle ou au commencement du II', envoie â Nantes saint
1 Clair, <[Ul apporte un clou de. la aSSIOD de saint Pierre. - S:iIiite
l'SU l'l'ses compagnes ont une lecture cl méditation, p3rce qu'elles
« appartenaient aux familles bretonnes qui fuyaient devant les
Anglo-Saxons» (p. 166). Elles furent massacrées en 451, à Cologne,
par les Huns, avec toul le peuple chrétien. A propos de l'appella­
tion des onze mille vierges, l'auteur ajoute: « Ce combre prodi­
gieux, indiqué dans les plus anciens monuments, n'étoncera
pas, si l'on y comprend, ainsi que nous venons de le remar­
NOTES BIBLIOGRAPHIQUES 293

quel', tous les habitants qui avaient péri dans le s~c de Cologne»
(p.1iO).
La légende du martyre de « onze mille "ierges » a été naturelle­
ment l'objet d'un grand zèle de la part des traditionnisles. En 1845,
parlant du nombre de ces martyrs, d'après leurs reliques gardées
dans « la sainte cité de Cologne», dom Guéranger écrivait: « !\ous
ignorons le nombre exa. ct des cor.ps q. u'ell.e a.cons..e. l'\'és. i mais nous
savoé5qif'il-esl encore tres el.el'e i d'a.gtre parL_ nos propres
recherches sur le nomlJ"rCdëS ~~!~.s_~mJ~~g!1.~s de sainte
Ursule, venus de COlog-neettïOnorés dans diverses églises de
[
!"Europe calhOTique, nous a l;lIlarrÎ\'êr à·-üiïChifi'ré ui dé asse
huit cenfCînguqnte» ( tlXL,aU'e cat 10 "lue,. , ~, p. .
.Les travaux légendaires sur le slJjet se résument dans ce texte de
dom Plai , enjgl9 : « Ursule et ses compagnes, originaires de
a retagne insulaire, s'étaient embarquées ('r06-409) dans un port
de la côte orientale, a"ec l'inlention d'aller rejoindre leurs compa­
triotes d'Armorique. Une tempète les rejeta Slll' la côte opposée, ;i
l'embouchure du Rhin, et cela ,1\1 moment où les Huns infestaient
le pays. De là le martlTe du 21 octobre. Ur~ule et ~es compagnes
furent massacrées aux portes de Cologne, pèle-mêle avec les
( habitants inofl'cnsifs. On a objccté qu'à ce comptc, Ursule et ses
compagnes étaient des FlI.LES " ~(,'HIER ('1). ~Iais l'objection est
puérile: car les trois quarts des vierges Inarlyrcs se trOllvaient dans
le même cas. Ellcs n'avaient f~it aucun l'œu de virginité, et~raieJlt
devenues mères de famille si leur vie n'avait été coup{'e ans sa
/leur, ~ La C'%nisation de l' ri /"Ill oO'j'l1le lJa"les B"elolls instllai ..es
[ (l'aris, Picard, 1899 i tirage il pal·t d'un travail pré~enté au Congrès
international des Savants catholiques à Fribourg), - Il semble
plus simplement qu'il y eut onze ou treize vierges marlyrisees sur
le territoire de Cologne, probablement au c!~but du :V' siecle ou
Vers la fin du JlI'. Vol" l'article d dom Mori l'lnseo'iption de
( C/éma/ius, dans les Mélanges Paul 'a l'e, Etude d'histoÏ/'e du
Moyen Age(Paris, Picard, 1902).

(1) Dom Plaine écrit ainsi en petites capitales,


n
'j

APPENDICE II
Prin.cipaux Co:rn.ptes ren.dus
SUR LA ire tDITION

La lJ/'cmièrc édition parut dans LA PROVI:,\CE DU


MAI:,(E (janvier-juin 1900) et en tiNlgC à part
(Laval, A. Goupil, in-S, S6 pp.).

ANALECTA ilOLLA:,(DI.\:,(A, 3' fascicule de 1900 (L. XIX), p. 354.


Il e~t difficile de rl',umer a"ec plus de "er\'e, plus de bon sens,
plus de compétence, la contro"erse dont il s'agit .. , Ce récit, il la
foi,; amusanl el na'Tant, devrait suf{jre il ourri,' les l'eux de loul
homme impartial. L'auleuresltrop pleinemenl 'l\'e.: nous pour que
nous insislions sur les mériles el sur l'intérêl de son excellent el
cour:lgcux ouvrage ....
BlllLlOTHi,QUE ilE L'ÉCOLE DES CHARTES, L. LXI, en 1900,
p, :'WJ-5:>0 ; arL. de ~1. Cil. DE LASTEYHIE.

POLYDlflLION, I\E\TE BIIlLlOGR,\PIIIQUE UNIVEI\SELLE, n' de


mars l!JOl, p. 280.
Quoiqu~ M. A. II. ne f;lsse aucun m;stère de ses opinions. qui
le ratlachent il l','cole u historique Il, et fju'à l'occasion il réfute
tel ou tcl des arguments de l'école. traditionnelle ", on \'oit par le
titre seul de sa brochure: La Conll'Ot'I))'se de /'nl)Ostolicité des
églises de FI·anCl.' aIl XI.\.' sil!cle, qu'il s':'git non d'une étude sur
Ic fond méme de la question de l'apostolicil,~, mais d'un résumé
f
des discussions ue celle (ueslion a soule"ces de nos ours. Ainsi
1limité, e sUjet constitue d'ailleurs un Irés Clll'leUX chapitre de
\noIre histoire religieuse conlemporaine. ~1. H. l'a sinon écrit de
fa~:on déGniti"e, du moins forl bien eXfjlliss", Il est des opinions

j(el la cro;'ance il l'apostolicilè est du nombl'e), dont il est singulie­


rement instructif de "oir en délail a"ec fjuclle passion el quel
esprit de parti on l'es a propagées, et par quel abus des raisons de
sentiment ou d'autoril~:O des arguments théologiques on liturgi­
ques, on esl parvenu il les accréditer. ~
~
T
1

PRIKCIPAUX CO~IPTES RENDUS 295


l'
1
1

1
REVUE ClUTIQUE DE LITTÉRATURE ET D'HISTOIRE, n° du 1
7 janvier 1901; article de M. l'abbé P. LEJAY.
1

REVUE DE SY"'TH~;SE HISTORIQCE, t. II, n° do fénim' 1901, 1


p.119. !
M. H. a raconté avec un grand souci d'équité cette page médio- 1
crement glorieuse de J'histoire de Solesmes. J. U:VY.
REVUE DES QVESTIONS HISTOlUQVES, n' du 1" octobre 1900,
p. 508, art. de M. E.-G. LEDOS.
REVUE HISTOl\lQLE, n° de juillel-aoùt 1901, p. r!~L
... L'auteur montre comment, principalement sous l'inl1uence
de l'ordre de Saint-Benoit, s'est produile en France une réaction
contre les saines idées de l'école historique. Cette ré~ction n'a pas
d'ailleurs été inutile: elle a obligé les historiens il renouvelcr
leurs al'guments et il changer de tactique, et la science n'y a rien
perdll:"Mais n'est-il pas triste de voir la majeure partie du clergé
français adopter de nouveau ces incohérentes Jégendes'el traitel'
les meilleurs représentantslfëS étudës d'histoire religieuse en
parias et en suspects ?~La lutte n'cst pas finie, car l't~cole légen-
daire a pour elle le nombrt>. sinon la science, et elle est hautement
sôù-Ienue par l'autorité supérieure.', G. Mo?'on,

SUR LA 2c tDITION

La dcu.rièllle édition parut en juin 1.901 (Paris, A.


Fontemoing; Laval, A. Goupil, in-S, Iw13G pp.).

ANALECTA BOLLA:\DIA"'.\, fascicule du 30 juin Hl02, t. XXI,


p.211.
Encouragé par le succes mérit(~ qu'a obtenu son élude, ~I. l'abbé
II. en donne il un an de distance une seconde édition aU!!-
mentée, c'esl-ù-dire du même coup améliorée. La première éditi;n
y reparaît tout entière. mais à de nombreux endroits. l'auteur a
ajouté de noureallX détails aussi intéressants et aussi instructifs
que ceux qu'il "'"Jit rasscmbh',s dès J'abord; il l'claie notamment
avec perspicacité et en taule franchise, les dernier., incidents de la
controverse, depuis l'apparition de la première édition. A signaler
spécialement que/q ues pages fort bien venues sur le CUI'SUS et une
vue d'ensemble sur « la lace u ten·:lient Jes traditions a ostolicis-
« les dans l'ensei:;nemcnl pl dons l'opi!!io. eT é et ~es
296 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

« de France à la fin du XIX' siècle. » Quant aux faits plus anciens,

dont la mention a été ajoutée dans l'édition nouvelle, la loyauté

nous engage à signaler deux pages (p. 58,59) (1) où nos prédéces­
seurs d'il y a cinquante ans ne sont pas précisément loués à

outrance. La vérité est la vérité, et M. H. n'y peut mais, si

parfois certains de nos confrères n'ont pas montré la fermeté et la

clairvoyance des grands ancêtres du x~cle. En résumé, si la

lecture de cette solide et spirituelle étude n'est pas toujours bien

consolante, elle est par contre hautement instructive. Une bonne

(
table alphabétique rend encore plus facile l'usage d'un livre qui

mérite d'être consulté, voire médité par tous les intéressés.

ANNALES DE PHILOSOPIIIE CHI1.ÉTIEN:'\E, n' de mai 1902,

p,248.
.1

M. l'abbé H. inaugure une manière d'écrire l'histoire con­

temporaine de l'Église qui nr. rappelle en rien celle des Gaume,

des Dmas et de Rorhbacher, et qui pourrait bien être ce'ilë"'de

l'avenir. Son procé<l'éëSt simple: à l'aide des documents scrupu­

leusement rapportés, il expose les opinions et les controverses qui

se sont déclarées sur un sujet d'une certaine ampleur et qui a

passionné les hommes d'Église ....

Le livre de ('abbé JI. est palpitant d'intérêt; a"ec une allure

froide mais implacable quand il s'agit de dévoiler certains traits

êgoïstes, certaines persécutions lamentables, certaines contradic­

tions de conduite inexcusables aux l'eux d'une conscience droite et

chrétienne, son œuvre donne un enseignement dont il importe de

prolitel'. Le catholig~p'a tien à sagner, dans un siècle de recher­

ches à outrance et de critique passionnée, à écrire l'histoire de

( l'&lise autrement qu'en vue de la vérité; peu importe les intérêts


de clochers, de chapelles ou de pèlerinages.
Abbé CH. DENIS.

BULLETIN CRITIQUE, 1~ août 1901, p. ~60; art. du R, P.


A. BAUDRILLART.

CATliOLIC UNIVERSITY BULLETIN (Washington), october 1901,


p. ~03; art. de M. THO~I.\S SIL\HAN.
ÉTUDES .. , PUBLIÉES PAR DES PÈRES DE LA CO~(PAG:'\IE DE

JÉSUS.

No du 5 février "1902, p. 423. - M. l'abbé H. n'apporte pas de

lumières nouvelles sur celle controverse; tel n'était pas l'objet de

(1) Page 85 de cette troisième édition.


PRINCIPAUX CO)IPTES RENDUS 297

son travail. Mais il a fort bien traité la littérature de son sujet et


aD lui saura Bré d'avoir, avec tant de soin, rassemblé, dans la us
les coins de DOS provinces, les études éparses qu'a' suscitées la
question des origines des sièges épiscopaux. Je l'approu\'erais sans
réserve,sïl ne s'était parfois donné le trop malin plaisir de triom­
pher de la déconvenue de ses ad\·ersaires. Aujourd'hui que ce
triomphe est devenu si facile, il ne reste plus qu'à étre un galant
homme.
JULES DOlzf;.
No du 5 aoüt '1902, p. 398. - Élude qui a eu du succès. Succès dü
à un mérite réel. toulefois mérite de style et d'érudition bibliogra­
JI p~e, plus que de sCience hIstorique et crilÎSjue.
JOSEPH BnUCKEn.

KOELNISCHE VOLIiSZEITUNr. (LiLlerarische Beilagc), 28 aoùl


1902. p. 268.
LEMon:/\' AGE, IlE\'UE ()'HI8TOII\E ET D~; PIIII.OLOGIE, juillcl­
aoûl1!JOI, p. 2ti!J; arl. de M. A. VIOIEH.
REVUE I3~NÉDlcTCŒ (1), oclobre l!JOl, p. Hr•.
Cette histoire d'une querelle gui n'est pas terminée malheureuse­
lJl!UlI, valll la peine d'étre lue par tOIlS ceux qui s'occupent d'éluclps
historiques. On y vcrra commcnt le parti pris, des idées el des
préjuges d'école, des queslions de senlim('nl même, onl pu é(::arer
de: belles inteDigences, comment on a pli croire l'honneur de
l'Eglise engagé, là où il n'était parfois question 'qlle d'opi1nions
relardalaires. Après 101lt. le temps marche, les pr(;jugés tombent,
les réputations se discutent. ct l'on se retrouve en pn;sence des
fails. Le « magister dixil » ne suflil plus pour imposer une
opinion.
Il 'Y a dans cette brochure des pages olt Dom Guéranger et
qllelques-uns de ses disciples sont jugés sévèrement·à ~e
Ille~s idées"traditionnistes ;"'on comprendra que ce n'est pas à
nous à justifier lellr point de vue. Dégagés de toute solidarité, non
liés par une tradition quelconque. nous croyons qu'on a eu tort de

o~
tant décrier les Mauristes et quelques prétendus....Jansénisles

., ( des XVII" et :1:\'111" siècles; on avait beaucoup à apprendre à leur


ecole~ et l'on retournera toujours avec profit à leurs livres et a leur
méthode. ~Iais on aurait dù da\'ant~ge tenir compte de J'époque et
des tâtonnements pénibles par lesquels on a dù passer; en tous
CaS on ne pouvait isoler le mouvement historique de tout le
mouvement religieux du temps.

(1) Publiée par l'abbaye de ~laredsous (Belgique).


17.
"

298 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

REVUE CATHOLIQUE D'ALSACE, numéros de décembre 1901,

pp. 881-893, et janvier 1902, pp. 21-30; analyse de l'ou­

vrage par M. l'abbé J .-C. LEYDEB.

A celte analyse, M. l'abbé Leyder a joint les détails suivants sur


la contro\'erse en Alsace. '"
« La thcse du bénédictin [dom ChamardJ~brillante mais faible.
0
aux textes d'ailleurs légèrement «sollicilés,r, en imposa il l'lus •
d'un, non seulement en France, mais encore en notre Alsace.
L'abbé Grandidier ("1752-1787) - le père de ['histoire d'Alsace­

marchant sur les urisr.es des grands crilif"Jues du XVII' siècle, avait

rejeté l'apostolicité des 55. E~I'e, V~ ct ~'1.ak!:Ve, apotres

de ce pays. Vers le milieu du IIX' siècle, M. Ahlfeld. curé de Saint

Pierre le Vieux de Strasbourg, liturgiste hors de pail', s'inspira

des savants travaux de Grandidier pour la noul"elle I:dilion du

«Propre» de son diocèse, de la r,'daction duq uel il al"ait ct':, chargé.

Mais, en Alsace comme en France, la fI"surrection du « tradi­

tionmsme " etait proche. EnIS" n1. raGué SchlVal'/. publia son

l1isloi,'e papillaire ,{es diori'ses de tl'Q~' oW'g ct de Elite. Dans

les premières pages de celle Histoire il jette l'analll!\me il l',''cole

critil(ue, ct, s'appupnt SUI' les travaux de ~l. Faillon, de dom

Piolin et du chanoine Arbellot, il s'elJ'orce de mellre debout la

JJ légende de l'apostolicité des SS. Euchaire, Valère et Materne.


D'aucuns, avant lUI, avalent prétendu fjue cc dernier n'était pas
un autre que Je fils de la veul"e de l'iaïm ressuscité par N,-S.
M, Schwart7, n'ose p~s reprendre celle l':'gende m~is ne I~ rejelle eas
davantage, Selon lui, S, ~Ialerne vint en Alsace en 5'. 6'.,
ou ct il
serait mort il l'ùge fabuleux de '13G ans, Je 'II> septembre H9. La
date, on le voit, ne saur'ait ètre plus précise, mais ou M. Schwartz
a-t-il bien pu la trouve:..;r_?-=-:----:­
Deux ans après, . , GI",cklcl', le curé actuel de Stotzheim,
publia son Hisloi"e dll l(lc!,se ce SI>'asbow·g. Cet ou l'rage, tout
comme celui de M. Schwa"rtz, deuule pal' une charge il fond con Ire
les grands critifjues - ces peles, ces galeux! - du XVII' ~u
XVIJI' siècles, Grandidier surlout \' est fort m~lmené. M. Glcreldcr
nous le montre imbu de respl'itl"~ltairien de l'époque (cr huldigte
allzusehr dem damaligcn Zeitgeiste), ennemi dll SUl·njlturel.,èns
~e, uniquement par peUl' de~ railleries des encyclopt;distes,
et, il tout propos. le traite de « jeune "bbë irJ'l,néchi » (der junge
unbesonnene Abbé). Dommas-c seulement que l'argumentation,
qui prétend établir l'apostai iCI té des Apütres de l'Alsace, sail loin
d'égaler en force celle pieuse diatribe.
Le chanoine Gyss, historien éminent et estimé même au-delil
des étroites frontières de notre pays, prit dans cette Revue ("1882­
1883) la défense de Grandidier, « Défenseur naïf» (harmloser
PRINCIPAUX COMPTES RENDUS 299

Vertheidiger) telle est l'épithète dont M. Glœckler gratifia incoDti­

nent le savant chanoine dans la Préface de son "ol.Yro..e-O.iLle

~f!!1:l!~~e.J1!!.S.es donne le change sur la solldHédes arguments,

qUi porte le titre Vie de Saint Materne ou Origines du christia­


l{

nisme en Alsace et dans les pays du Rhin, et qui vit le jour en

1884. La premiere partie de c l'rage est, plus ou moiDs, la

reproduction de celui de Chamal' dont nous avons plus haut.

C'est dile sur quel fondement l'agile repose la deuxième partie,

compilation de documents dont parfois l'allteur pressure le texte

et dont souvent il lire ues conclusions qu'ils ne renferment d'au­

cune façon (1).

Le système IJgendaire, "Ille ses partisans ne parveDaient pas i,


mieux étayer, était alors - il ya 'luelc ne 20 ans - à son a ogée
en Alsace comme en Fr:lnce. ,on cc ln el'alt être rapide.

REVUE CfilTlQIIE DE LITT~;IIATunE ET O'IlISTOIlIE, 13 janyicr


~ 1\)02, p. 38, ..,
On eut dire Ul' celte contrOl'erse l'st terminée. Elle l't'tait
depUIS longtemps pOUl' es historiens. Il restera sans doute

o 0
toujours,des r'-fractaires. Ils anront la place qu; fait la societ"
moderne aux aùversaires du sysli'me de Copernic.' If,
AiJIJé p, LEJA\'.
REVU~; DE L'IhSTOInE DES HELlGlO;-';~, n' ùe juilIct-noùt '\\)01,
p, 148-g!>,
A nos yeux toute la control'erse dont il (ivl. lIoutin) l'acon le
l'histoire rappelle beaucoup Il'S elfol·ts pour enfonCf'r une porte
ouverte~L'apostolicitédes Eglises de France est, en elr~ll~

.Vù
ces légendes cq~lcun historien tant soit ~ au coural1.-t des
origl/les au . hrIstiamsme ne saurait prendre un instant ail
sérieti?Rièn ne proul'e mieux ;;-'lu~1 point la grandemajol'jlé du
cIerl6é français est pr'orondément ignorante de la première histoire
de l'Eglise, gràce il la déporable education historique des s"mi­
naires, 'lue le succes et l'autorité de ceux 'lue M. H. appelle « les
légendaires ». Il y a eu hi lin veritable recul du niveau intellectuel ri'
du clergé au cours duxœsiecle.
Il s'est troul'é néanmoins des hommes courageux 'lui onl
entrepris de démontrer l'évidence, d'essaver de faire pénétrer un
peu de critique dau'# un monde 'lui a la critique en horreur;'parce
qu'il sent d'instinct qü"ëSesconvlCITOris historiques nry résiste·
raient pas, L'abbé Duchesne a été le véritable mailre de ces

(1) Voir Reuue cathoUque d'A1>;ace, oclobre 1884, l'article consacré à cet
ouvrage par M. Del.or.
300 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

défenseurs « quand même}) de la "érité historique. Rien de plus


drôle que les cris d'effroi et les dénonciations indignées des
défenseurs de lège'ndes, lorsque la campagne d~ délivrance
commença, et que de rares historiens, familiarisés avecÎa ~de
et les travaux de l'École des Cha~s7s'essayer'ent il restaurer dans
le clergé du XIX' siêcle"la Iradilio~ientililJue?qui est l'honneur
de certaines congn;gations françaises du X"II' siecle. Actuellement
ils ont, je ne dirai pas cause gagnée, mais du moins le droit de
parler et cl'écrire sans .être excommuni(:s; ils ont même l'appro­
bation de beaucoup de croyants éclairés 'lui ontlini par comprendre
<[ue la foi religieuse n'a rieu à gagner il se compromellre al'eè"des .'.1.'
u'aucun homme com étent ne saurait admettre."
L'ouvrage de ~l. H. est surtout Înstructif comme ocument pourJ'
l'histoire duÇlerpé franrais au XIX' siêcle. La méthode historique J
penetre dans les mili~ux les plus n:fractail·es. Mais tant qu'elle
n'aura pas gain de cause dans les séminaires, ses défenseurs
pourront t\lre tolérés dans n~glise à cause de leur mérite personnel
ct de l'éclat qui en rejaillit sur le corps ecclésiastique; ils n'en
s~ront pas moins tenus il l'<:cart. comme c'estle cas encore aujour.
d'hui pour les meilleurs.
.JEAN fif:"lI,LE.

n [VU E D'" ISTOlln: ECCU::S[,\STIQn: (Lou vain), 1;'; octobre Hl01.


pp. 8'.i-8 /.\>; art. du n, P. ALFnEIJ l'O:\'CELET, S. J.

nF.VUE DU CU~HGf: FnA:\'ÇAIS, 1" juillet H102, p. 332,


I1F.VPE INn:HNATIO.'1ALE DF. TIII::oLO(;n:, octobre-décembre
1\>01, pp. 8H-81i; art. de M. le D' E, MICIIAVD.
l

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""'"::-""-~""-~-----"-- ·~~_····--~r----~--'---"_·_-- . ----. .----.----,-.--- --1
TABLE ALPHABÉTIQUE

Les noms des pbrsonnages et auteurs cités sont imprimés en


caractère romain, les noms des périodiques en ca?'uctèl"e itali­
qltC, les noms des églises ct évêchés en caractère gras.
AlJlJadie,9.
Annales de Provence, 149.

AbLal. ~Il).
Annales du Midi, 263,264.

Adon '(saint), 157, 17;3, 179.


Aps, 254,

AITr'c (~Igr), 27.


Apt, 2'14.

Agen, 7·J, '257.


Arilellot, 11. 46, 55. 7D, S8­

Abifcld, 208.
02, \].1, ](j7, ID2. 214, 2\\),
Aix, 23!, 2Hi.
22D, 2:32. 23:1, 211. :2'12,
AIl>anès, lliG.
218,257.2~0,2G3,273,298.
Albi, 247.
Arclant, 262. '
Allain, 2r):l,
Arles, 17. \05,126,229,2:30,
Allard. :30, 50, 276,
233, 230, 2,10, 2-11, 2·15,
Alsace, '208.
2J6, 2'17, 273, 27!J.
Altin, 15:2,240.
Arras, 2GEi.

Amadour (saint), 18:), I!JI,


Avignon, IS, 210, 253.

280. Anbé, 127-\28.

Ametle (Mgr), 21-1. Aubertin. 11.

..l ni i de la l'eligion, 51. Aubry, 65, 140,211.

Amiens, SO, 232. 27!). Auch, 2·1!), 252.

,'1 nalr:eta Bollandillllu, \;'50, Audierne, 80.

\ 66, 17S, 18S. 228, 2:30, Aurélien (dom), 151, 191.

210. 2G 1, 2\H-29;J. Austremome (saint). VClir

Andlau, 26N. Clermont.


Andoche, 2·10. Autun, ::67-270.
Angers, 71, 77, 231, 2ti5, Auxerre, 283 .
:?8\J. ..lllxiliai?·c catholique, 293.
Anglaret, 260.
Angoulème, 234 . Baillet, 26, 29, 49, 50, 155,
..J. /ljou histol'ique, 290. IG5,206,
..l Hnales de philosophie chré­ Baldit, 79, 251 .
tienne, IN, 20, 234, 236, Ba!encie, 252.
2-12, 26 l, 296. Baour-Lormian, 15.
()
304 LA CONTROYERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

Barbier de Montault, 98, 103.


Bollandistes, 151, 178.

Barrère, 257.
Bonaparte (cal'dinal), 271.

Baudrillart, 296.
Bonnetty, 20.

Bausset-Roquefort (de), 229.


Bordeaux', 91, 23-1, 257.

Bayeux, 80, 214, 23-1, 281.


Bosredon (de), 25~.

Bayonne, 208, 252.


Bossue, 85.

Bazas, 151, 1\)3.


Bossuet, 98, 230.

Bazelaire, 229.
Bouange (Mgr), 268, 269.

Beaucaire, 81.
Boudinet (111 gr) , 279.

Beauvais, 105, 23-1.


Doug-aud (l\lgr'), 270.

Béguin, 166,243.
Bouillet, 257.

Bellet (Mgr), 33,37,1·10,163,


I3ourassé, 11<1-116, 237, 260,

16t, 1G8, 174-182, 18H,


2Gl, 287, 312.

190, 21 ~-220, 22a, 231,


Bonrdigné (de), 7-8.

244, 246, 25t, 260, 262,


Bourdin, 85.

272.
Bourg (dom du), lGS~ 2:2G.

Belley, 256.
Bourges, 23,1, 259.

Belmont (Mgr'), 260.


Bourrct (cardinal), 213, 251,

Bénédictins (anciens), 13, 5t-:,


2G3.

61, 1301, 175.


Bourrièl'es, 185, 187, HJ2.

Dénédictins (belges). 297.


Boutillier, 151.

I3énédictins dc Solesmes, 25,


I30ylesyc (de), 131, 113.

28,49,51,62,90,1:24,lGa,
Branchel'ean (abbé Lou is), 15·1.

226, 2'1~, 297.


Brémcnson, 180.

Bénigne (~aint), 2·10.270-271.


I3l'oglie (dc), 50, 51, 5,1, 62,

Dérault-Bercastcl, lB, 236.


65, 8'1.

Bérengier, 2H.
Drucker, 233, 2D7.

Bernadou (cal'dinal), 155,150,


fkück, 170.

15!l, 161, 271.


Brnn, 231.

Bernard, 71. 113.


Duchot de Kerscl'~, 25a.

Bernier, 36.
Dnissas (111 gr) , ·H, 43. 262.

Berteaud (~lgr), 261.


Bulletin critique, 1·18-150,
Berthclé. 159.
15!1, 16:3, 2~\), 231, 2ïli,
Besanço'n, 25;').
296.
Biez (de), 103.
Bulletin cie l'al't chrétien,
Bibliographie calhol., 177,
253.
1!l-l,260. .
Bulletin mOlwmenlal, ao,
Bibliothèquf! de l'Ecole des
12D, 130, 182, 242.

Chartes, 130,186, 230,2ïO,


Busson, 164, 189, 1!J0, 290.

281, 294.'
Butler, 50.

Blanc, 145, 230.

Blond, 2Î9.
Cahors, 248.

Blondel, 16'1-165, 167, 230,


Oahour', 8fi-87, 202.

233, 2'16. 283.


Oaillau, 249.

Boissier, 237.
Oalmet,22.

TABLE ALPHABÉTIQUE 305

Cambrai, 2GG.
Clugnet, 250.

Canéto, 252,
Cochard, 93.

Caprais (~aint), 258.


Colombier, 34, 82, 126, 2J2.

::- Cades, 258.


Constant (l'abbé), 182,254.

Caumont (de), 63, SU, 108.


Constant (le R. P.), 232.

Celier,57.
Constantin (la Contro\'el'se

Cérase (saint), 24n, 252.


ùu baptême de), 50-54, III.

Césaire (saint), 253.


Contemporain (le), 231.

Châlon, 267.
Conll'ove/'se (la), 231, 276.

Châlons, 87, Hl7, 231, 240,


Corblet, 91, 108, 232, 270.

23G, 278, 280.


Correspondance catholique
Chamanl (dom), 53, 51, 72,
(la), 2,lti.
79,96, 107, 112, 120, 12\:),
Correspondance clc nome
145-150, 151. IGJ, 167,
(la),40.

180, 181, 231, 232, 272,


Con'c"'pnndallt (le), 30, 210.

29B-299.
Cortet (~Jgr), 271.

Chapon (:\Igr'), 113.


Cotton (Mgr), 178, 205.

Charbonnel, 4G, 7~', 251.


COllllié (cardinal), 151. .

Charlét\·, 2li7.
Cousseatl (~Igr), ~J:), 232, 2ôl.

Charroux, 9B, 10:\.


Coutnre, !JI, 186-187, HJ1,

Chartres, 15~, 2:31, 27G.


252.
Chastain, 285.
Coutul'ic,' (dom), 1·10.
Chaulct-d'Onltr'emont (:'>Igl'),
Cresccnt (saint). Voir Vienne.
12~. Cl'osnier' (:\\g-I'), 2SI.
Chanlncs (de), 80.
Cuissarù, 15~, 276, 28:3.
Chaussiez', 2i 8.
,

Cha \'anon, 130.


.!2ill:9.2Y (:\1 g (.), :!.S- 2D.

Chénon, 4·1.
Dar'ras, 8:3, \)2, Ill, 145,

Chérancé (le P. de), 280.


2,11, 273, 20G.
Che\'alier (Casimir), '13, 1 H,
Da\'in, 2,11, 274.
IlD, 12·1. 157, 2:3-1, 237,
Debümbourg, 256.
240, 2GI, 287, 28D.
Defensor, évêque d'Angers,
Chevalier ~Jules), 259.
8, II, 72, 73,76.

Che\'alier (Ulysse), 178, 227,


Dcfensor, du :'>lans, 44.

231 <J7') Deharde, 268.

Cheva'lI~rd; 232. Delehaye, 168.

Cirot de la Ville (:'>lgT). 257. Delisle, 154,161,186,233.

Clail' (saint1. Voi,' Nantes. Deloche, 260.

Clément (~;int, pape), 8, 40,


Delsor, 299.

J05, 252, 251, 200.


Denis, 97, 296.

Clément (saint, éYèCjlle) , 240,


Den,s (saint), 12,28, 40, 49,

256.
Clermont, 74,114,230, 2-W,
----n: 75, 96, 126, 202, 211,

229, 230, 232, 233, 236,

260.
2-10, 242, 245, 247, 25,1,

Clouet, 163, 278.


273, 275,284, 285.

306 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

Desnoyers, 279.
35,39,40,41, 42,44,51,

Dcsprez (cardinal), 285.


57,59,64, 6S, 81, S4, 85,

Dessales, 258.
93, Ill, 11'1, 119, 125,

Destombes, 266.
126, 180, 229, 2-11, 243,

Devoucoux (Mgr), 267-270.


260, 267, 2l:H, 282, 298.

Didon, 171. _
Falloux (A. de), 66.

Die, 64.
Fayet (!\lgr), 20, 85.

Dijon, 270.
Féron (Mgr), 260.

Dion, 79, 231.


Férotin (dom), 142.

Do, 80, 281.


Ferrières, 277.

Doellinger, 150.
Vèvre (l\'lgr), 96.

Doizé, 297.
Fevret de Fontette, 238.

Donat, 81.
l'irmin (saint), 73, 88, 107,

Donnet (cardinal), 257, 261.


23\), 266, 279.

Douais (Mg"), 271.


Fleury, 26, 29.

Dou blet, ).15, 233.


Fontanges (Mgr de), 270.

D/'ochon, 210.
Fontaine, 173-174, 217,

Dubarat, 252.
223.
Duchesne (Mg/'), 4.3, 5:3, 5-1,
Fonteneau (lIlgr), 248.
1,10, 1-18, 15\), W7 l PH,
Forcade (!\Igr), 283, 28·1.
100,201-208,218. 220·22:l,
-Forestie!', 269.
228, 230, 233, 213, 25-1,
Fortia(de), 17, 18,234.
260, 262, 263, 271, 21(i,
Foucault (1I1f?1'), 256.
283, 2: 10, 299.
Fouillwc (de), 2·19.
Dufêtrc (Mgr), 28·1.
Foulon (cardinal), 2a.
Dufour, 88, 27V.
Fournier' (Paul), 229.
Duf1'aissc, 260.
Foy (sainte), 257.
Dumont, III.
Frantin, 271.
Dupanloup (~lgl'), 02-93.
Frattini (l\lgr), 45.
Dupin, 26, 125.
Fréjus, 2'16.
Dupuy, 80.
Freppel (lIlgr), 31, 82, 06.
Duruy, 54..
Front (saint). Voir Périgueux.
Frugèrc, 83, 23,1, 24.0, 26·1,
Eauze, 252.
270, 281, 288.

Enard (:\lgr), 215, 250.


Fulgence (le P.), 285.

Espagne. 6, 13.
Funk, 150, 110.

Espinay (G. d'), Il·!.

Etudes, 34, 83, .126-127,

232,233,273,297.

Euchaire (saint), 208.

Gap, 231.

Garinet, 280.

GUl'llier, 210.

j
Ellcher (saint), 2·10.
Gatien (saint). li;), 211, 230,

Eutrope (saint), 2:~3, 240,252.


236, 240, 2U5.

Evreux, 281.
Gatien-Arnoult, 235.

Gaucher, 212.

Faillon, 16, 18, 21, 23, 30,


Gaydou, 135, 251.

"

TABLE ALPHABÉTIQUE 307

Georges (saint). Voir Le Puy­ Hamon, 83.

en-Velay.
Hansy (dom de), IW.

Georges (abbé E.), 235.


Hardouin, 165.

Georges (le P.), 236.


Harnack, 164,227.

Germain, 268.
Haulpoul (Mgr d'), 2·19.

Gigly, 44.
Havet (Julien), 119.

Gillet, 170.
Havel (Louis), 185.

Gilly (Mgr), 253.


Hecke (le P. Van), 85.

Giry, 141.
Hooff (le P. Van), 271.

Gloeckler, 298.
Hélin,266.

Godet, 170, 237.


Hemmer, 170.

Godoy Alcantara, 122.


Hénault, 152-153, 159. 27ti,

Gourdelier, 195.
277.
Gousset (cardinal), 87, 27a.
Henrion, 41.236.
Goux (Mgr), 199.
Héricourt (Mgr d'), 2(:i7.
Grandidier, 298.
Hériger, 135.
Grandmaison (de), 273.
Hommey, 281.
Gréa (dom), 179.
Saintc-"larie (Honore dc),
Grégoire 1er le Grand (saint),
li5.
22, 138.
Houtin, 289, 291, 2~)1-300.
Grégoire de T/lurs, 17, 46,
IIllbert-Duperron,2()1.
58, 110, 114, Ilti, 117,
lI11illard-Dréholies. 10:1-110,
166, 192, ID6, 207-20~,
23G. 237.
220, 229, 289.
Hulst (.\Igr d'), 160-161. 167­
Grenoble, 249.
170.
Grillon, 253.

Grospellier (dom), 178.


Icard. 161.
Guays des Touches, 57.
InchoCel', 141.
Guépin (dom), 142.

Guéranger (dom), 25. 2H, 35,


hcques (saint), 13.

39, 40, 49, 50-51, 57, 62­


Jager (IIIgr). 83.

63, 65, 68, 70. 80, 83, 85,


Jarossay, '277.

88,91. Ill. 112, 124,125,


Jéhan (de Saint-Clayien), 71,

146, 153, 169, 195, 226,


87, IOU, I14-IIG, 231,236,

261,293,297.
288.

Guérard.230.
Jessé-Charleval (de), 21·1.

GuéI'in (~Igr), 96-97.


Jordan, 230.

Guibert (abbé cie N'ogent),


J ubineau, 86.

135-138.
Julien (saint), 7, 8, 12, ·12,

Guibert (cardinal), 160, 27:3.


43.46,66-57. 128-12\l. ):ili,

288,289.
18D, ID6, 216-218, 236, 2!)0­

Guibert (Louis), 263.


2\)1.

Guyton, 268.

Gyss, 298.
Kraus, 170,237.
!

308 LA CONTRO\'ERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

La Borderie, 86-87,292. Le Puy-en- Velay, 80, 234,

Lacarrière; 248. 240,265.


Lacordaire, 92. 25S, 261. Lenormant. 8U.
~r:acosfe7'24g . . Léon XIII, "4, 51-52.
Ladevèze, 1W. Leroux, 26:l.
Ladoue (Mgr de), 284. Lescar, 252.
LalTetay, 281. Lesêtre, 238.
La Higuera, 132, 141.
Levêque (dom), 14\), IG5-lG6,
La:r (Jules), 80, 281.
214.

Lait (le saint), 19·1.


Lévy, 295.

.Lamennais, 15.
Le~·t.Ier, 29H-2U9.

Lamoureux, 2~3.
L'Hùte, ~56.

Langelerie (i\lgr de), 252.


Limoges, 12, 44, 197, 231,

Langénicux (cardinal). 278.


260-262, 27U.

Langres, 155, 270, 2ï2.


Longueval, 18, 58.

Larue ([\lgl'), 271.


Lools, 17U.

LasteFie (Ch. de). WS, 191­


Loth, 233.

1D2, 23iJ, 263. Louandl'e, 19, 28.

Latou, 285, 2G l, 29·1. Lucotte, 155, 157, Hi1, 270.

La Tour d'Auvergne (Mgr), Lurde,20H.

250. Lyon, 100-I07,2ô7.

Lallno~', U, 2G, 41, 43, 69,

8U, D6. 12:i, 127, 1;)5,165,


~hbilioll (dom), 41, 58, 61,

218, 23\), 275.


lï5.

Laval, 56.
Mâcon,2m.

Lavertujon, 83, 21:!.


l\13.erc, 229-230.

Lazare (saint), 17,20. 2H. :)2,


i\lagnier, 11:3.

41, 105, 151, 213, 2·W.


Maguelonne, 7.

252, 2G7, 270. 274, 281.


i\!J.istre (abbé), 238.

Latuin (saint), 2H2.


i\1J.itre (Léon), Ill.

Le Beul, 2GH.
Maixent (s3.int), 236.

Le Blant, 50, 10S-1I0, 236,


i\laldonat, 23.

237.
i\b.nsuy (saint), 240,256.

Leclercfj (dom), 226.


Manteyer (de), 2·1·1.

Lecot (cardinal), 27J.


!llaI'bot, 218, 283.

Ledas, 168, 295.


i\larguerie (i\lgr de), 2ô8.

Ledru, H2, 15J, 290.


Marignan, 238.

Lefranc, 136.
Marseille, 17, 20, 84, 234,

Lejay, 271, 2Q5, 299.


246, 268.

Lelong (MgI'), 178, 2ô9, 281.


Marie-i\Iadeleine (sainte), 12,

Le Long (J.), 238.


17,21,28,32,40,41, 156,

Le Mans, 7, 47, 105-108,


171, 2-13. 245, 246, 254.

234, 2\)0-291. Marion, 270.

Leo, 261. "'brthe (saillie), 17, 18, 28,

Lepelletier de la Sarthe, 8~. 218, 243-2H.

TAULE ALPHAUÉnQUE 309

Martial (saint), 12, 13, 42,


Narbonne, 236, 240, 273.

44,45-46, 47, 80, 90, Hltl,


Nevers, 151,269,284.

192, 196, 211, 214, 220,


Nimes, 253.

230, 237, 240, 24tl, 251,


Noailles (G. de), 102.

257, 260-264, 284.

Ollivier, 145, 209.

Martin (saint), 107.


Orléans, ~13, ! 52. 234. 276.

Martin (abbé), 238.


Ozouyille (W. d'), 41, 48,

i\laury, 88, 239.


5ô-H9, 1I7-11S, 130, 155,

Maximien (sain t), 245.


157, 195, 240, 251, 2GI,

Mazenod (iI'IgrC.-J.-E. de), 20.


291.
Meaux, 105.

Meissas (de), 128-129, 131­ Palustre, 129, 220.

132,146-147,157, nô, 181.


Pampelune, 74.

Mellet (de), 64.


Papon, 2·15.

Mémain, 28:3.
Par'fait, 103.

Memmius (saint). Voir' Châ-


Paris. Voil' Denys (sainl).

Ions.
Paris (p,?-ulin), 87, 8\), 91,

Mémol'ial catholique (lei, 25.


92, 210, 240.

Mende, 77, 234, 251.


Pariset, 259.

l\Iercurelli (i\lgr), 45.


l'ascal (abbe), 79, 89, 91,

Mesmin (saint). \'oir Châlons,


W3, 251, 201.

. 256.
Patrizzi (cardinal), 47, 259.

Metz, Hl7, 278.


Paul (saint, éYêqlle). \'oir

Meyer (Paul), 42.


Narbonne.

M~zenguy, 50.
Péchcnard (i\I~r), 27-1.

l\llchaud (E.), 300.


Pelgé plgr), 103.

i\ligne, 133.
Pclleche l, 243.

i\lillin, 245.
PCCJuegnot, 267.

_Mislin (il/gr), 41.


Pergot, 82, 83, 118, 25S, 266.

l\lolinier (Aug.), 227.


Perraud (cardinal), 26S-2ii9.

Monde (le), 155,235.


Périgueux, 79, 82, 135. 197,

Monod (G.), 128, 295.


234, 2'10, 258, 265, 282.

Montalembert, 92.

Montrouzier, 40, Ill, 26-1.


Persigan, 291.

Morichini (Cardinal), 46.


Petit de Julleville, 132.

Morin (A.-S.). 276.


PeYl'on, 261.

Morin (dom G.), 245, 253,


Pie, 97-103, 169, 231, 241,

293.
282.

l\losnier, 259.
Piolin (dom), 26, 42, 43, 44,

Muséoll, 230. 48, 56-62, 64-69, 77, 83,

91, 113, llô-1I9, 129-130,

Nadal, 64.
142, 155, 157, 170, 180,

Nantes, 76, 86, 23~, 292.


195, 231, 240, 241, 271,

Narbey, 239.
276, 281, 291.

310 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLIClTÉ DES ÉGLISES

Pitra (cardinal), 30, 51, 54,


168, 187, 190, 219, 230,

73, 125, 143, 149, 167.


262, 266, 27ô.

Plaine, 87, 166, 168-109, 194,


Revue des Sciences ecclésias­
246,293.
tiques, 3ô, 83, 231, 240,

Polybiblion, 230, 241,294.


264, 279.

Poncelet, 300.
Revue d'histoif'e et de litté­
Port, 154.
?'ature ,'eligieuscs, 246,

Pottier (abbé C.), 129.


271.
Pressensé (E. de), IiI.
Revue du Clergé [nmçais,
Pl'ovince du Maine (la), 4-1,
217, 230, 300.

142, 164, 189, 198, 220,


Revue dt! Monde catholique,
289-2\)].
83, 111, 112, 113, 116,

118,119,165,241,242,273.

Quentin (saint), 280.


Revue historique, 127, 128,

Quicuerat, 86, 261.


230, 241.

Revue historique du Maine,


Raban-:\Iaur, 30,41,42,83,
129.

119, 125,157,247.
nichard (cardinal), 87, 160,

Rambouillet, 161.
2J2.
Ha\'enez, 87, 90, 91, 257, 278.
Ricuard (curé de Dambelin),
Regnault (Mgr), 271.
256.

Reims, 81, 87, ~34, 278.


nichou, 145, 241.

Renan, 65, 128, 150, 206­ Rietscu, 26~).

207, 241.
Rieul (saint), 240, 247, 279.

Rene (saint), D, 12, 15, 224,


Rivaux, H5, 241.

21'9.
r_obitaille, 242.

Réville (Jean), 300.


Roblin, 103.

Revue biblique, 1'13.


noger (dom), 8, 9, 76. QJ-..(

Bevue bleue, 171.


Roget de Belloguet, 270, 271.

Revue catholique d'Alsace,


Rohrbacuer, 40, 296.

298-299. Rolland, 114, 240, 287, 289,

Revue catholique de Bor­


Romanet, 13.

deaux, 25,1.
Roo (de), 182.

Revue contemporaine, 109,


Rossi (J.-B. de), 70.

235.
Rouen, 281.

Revue de Bretagne, 159, 2<J2.


Roumejollx (de), 258.

Revue de Gascog?lC, 252,284.


Roussel (Aug.), 291.

Revue de l'Anjou, 65·68,72­ Roussel (curé de Vauxbons),

77, 120.
2i1. .
Revue de l'A ,'t chrétien, 232,
Ruelle, 227, .

250,289. Ruinart (dom), 49-50, 88.

Revue des Deux-Mondes, 19,


Rumeau (:\lgr), 216.
20. Rupin, 250-251.
Revue des Questions histol'i­

ques, 122, 124, 126, 127,


Saint-Claude, 256.
·t

TABLE ALPHABÉTIQUE 311

Saint-Dié, 256. Seytre, 252.

Saint-Paul-Trois-Châteaux, Sbahan, 296.

64. Sibour (Mgr), 261.

Sainte-:\larie (Honoré de), 175. Sidoine (saint), 245.

Saintin, 240. Simon (Richard), 22, 23.

Salabert, 247. Sinicius (saint), 25li, 278_

. ~n, 80, 88, 239, 273,


Sirmond, 175-176, 274-275.

- 279,289. Sixte (saint, évêque), 240, 278.

Salvan, 286. Smedt (le P. de), 52, 122,

Sarlat, 258. 174, 188.

Saturnin (saint), 40, 49, 75,


Soissons. 87, 234.

80, 110, 115,2-10,252,285.


Soulac, 151.

Savinien (saint). Voyez Sens.


Strasbourg, 298.

Science catholique (la). 16U,


Sulpice-Sévère, 110.

246.
Surin. 16.

Séez, 234, 282.

Semaine catholique de Tou­


Tailliar, 86, 2-12, 251.

louse, 251. Tarbes, 252.

Sema'ine du Fidele du l\1ans,


Tau:in (saint), 281.

116, 131, 195,241, 2\JO.


TaxI1, 171.

Semaine "eligieuse d'Aix,


Terris (l\lgr), 2IG.

218. Theolog ische Lit Cl'a 1tl/'zei­


Semaine religieuse de Bor­ /ltIlg, li\).
deaux, 254. ThielTY (Aug.), \ll, U2, 242.
Semaine religieuse de Laval, Tillemont, 26, 2U, 30, 4\.1-50,
118. 88-89, 150, 175,206.

Semaine l'eligieuse de Limo­ Touchet (l\lgr), 21·1, 277.

ges, 262. Toul,278.

Semaine religieuse de :\lont­ Toulon. 2·14, 24G.

pellier, 215. Toulouse. 231, 285.

Semaine "eligieuse de Péri­ Tours, 105, 113-1lG, 287.

gueux, 266. Toussaint, 272.

Semaine ,'eligieuse de Sens, Trëves, 85, 105,197, 278.

230. Trophime (saint). Voir Arles.

Semaine religieuse de Tours, Trouet, 165,233, 2,12.

288. Troyes, 152, 276.

Semaine "cligieusc de Va­


lence, 25-!.
Univcl's (l'), 40, 51 53,91,

Senlis, 128, 247.


r
127,145,149·150, 79,233,

Sens, 106, 152, 155, 159,


243, 254, 2GO, 273, 283,

210, 234, 240, 276, 283.


291.
Sepet, 168.
Unicersilécatholique (Lyon),
Sergius Paulus. Voir Nar­
262.272. •
bonne.
Université catholique (Paris),
Sével'Ïen (saint), 79, 251.
229,260.
A'«-<-~ v, "'"" , 1
u
312 LA CONTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

Urban (d'). Voir Fortia (de).


Véroniqne (sainte), 32, 185,
Ul'seau, 290.
194, 205, 2-18.
Ursin (~aint), 2·10. 259, 2G0.
Versailles, 105, ID!), 208.
Ursule (sainte), 2H2.
Vcrschafl'el. 1iO.
Uzureau, 290.
Veuillot (Louis), 42.
Vichy (~lgr de), 270.
Vaison, 253.
Vidier,2!.l7.
Valence, 6L
Vienne, 175-ln.
Valère (saint), 240, 208.
Vignie)', 1·11.
Valois (Noël). 186, IDI.
Vigouroux, \:J7.
Vantroys, 112, 200, 20tl.
Villeneu,e (de), 215.
Verdun, 278.
Villepelet, 258,
Verger, 92,114.116,2·10,288.
Villel'ieille, 216.
280. Virieu (d~). 2,'10, 247.
Vérité française, "cligiC!lse, Viviers, 253·251.
')99 96'1 263
Ve~'~et,-I78, 276, 28-1. ZacLtie, 215, 2-18-250, 257,

EHRATA
pages lignes au lieu (le lire
IH ::5
115
226
2:J
::5
! 130urrassé
fractions
DOUl'aSSl:

faclions
1 .
TABLE DES MATIÈRES
. ,'

CHApITRE PREMIER
('l800-181~2)

Etat de la question au commencement du XIX' siecle . -U


La liturgie. . . . . . . . . -13
Les études ecclésiastiques _ . . . . . . H
Le mouvement romantique _ _ . _ . _ 1;)
Le sulpicien Faillon et le marquis de Fortia . Hl
Héaction catholique anticritique _ 1V

CHAPITRE II
(183i-18/~U)

L'école de Solesmes . . . 'F


.J
La théologie en histoire . . 32
Maximistes et minimistes. 3'~

CHAPITRE III
( 1850-185i)

Progrès de la ('éaction anticritique. . . . . . 38


Dom Piolin et l'liistoi)'e de l'Eglise du Mans. 1>2
L'abbé Arbellot et la liturgie de Limoges. . . 4-l,
L'argument liturgique tiré du témoignage sur le baptême de
Constantin. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50

CHAPITRE IV
(185i-1859)
Un protestataire: M. d'07.0uville. 56
Les congrès archéologiques . . . 63
18
314 LA CO:-lTROYERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

CHAPITRE V

(1859)

Exemple de la manière dont on antidate un évêché. 71

Dom Chamard et l'êglise d'Angers , . 72

CHAPITRE VI

(1856-1865)

Extension des travaux légendaires. 79

Les I3ollandistes. . . . . . . . . 85

La controverse ;i ~antes . . . . . 8G

Les légendes devant l'Académie des Inscl'iplions et L\cadé-

mie Franç,aise . . . . , . . . . . . . . . . . . . . . . 87

CIIAPITHr:: VII

('1861-1863)

Les légendes ;i la Sorbonne. 93

Les Petits 130llandistes . . . 96

. Les reliquaires de Charroux 98

CHAPITRE VIII

(1865-1873)

Synthese légendaire et synthese critique. 105

La contro\'erse et l'archéologie 108

L'argument liturgique . 111

La con troverse à Tou rs . 113

CHAPITRE IX

('18i3-'18i8)

La grande thèse de dom Chamard. . , 121

Polémique de M~l. Aubé et de ~Ieissas. 127

TABLE DES ~IATIÈRES 315

CHAPITRE X
(1878)

Une question du père de Boylesve _ 131


Explications nécessaires sur la mentalité des lég-endaires et
des faussaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 132

CHAPITRE XI
(1878-'1888)

L'apogée du traditionnisme. . . . . . . . . . . . . 1'13


Le Bulletin critique . _ . . 1'18
La controverse à Chartres, il Orléans, il Langres et il Sens. 152

CHAPITRE XII
(1888-18\)5)

Mgr Duchesne. . . . . . 15!l


L'arg-ument des catalogues Hi2
Les Fastes épiscopaux. . 'IG6
« Bicoque inutile» ou (( forteresse de valeur» 1G7

CHAPITRE XIII
(18\J5-18\)8)

Mg-r IJellet, défenseur des légendes _ . -173


Lettres de Mgr Lelong et de Mgr Cotlon fi8
Tradition et traditions . 181

CHAPITRE XIV
(18\)5-18\)8)

La légende de saint Amadour et de sainte Véronique '18..1


Le CUI·SUS • • . • • • . . . • • . • • 186
Légendes vues !lIa lumière du CUl·SUS • . . • • • . 187
316 LA COKTROVERSE DE L'APOSTOLICITÉ DES ÉGLISES

CHAPITRE XV

(1899-1901) ,

Les lé:;endes aposlolicisles il la lin du XIX' siècle. 199

Les conférences diocésaincs de Versailles en 1899 el 1000 . 202

CHAPITRE XVI

"
..
' ~

(189 /.-1900)

Les lé:;endes ~poslolicislcs il la lin du XIX' siècle elles pllbli­


c~lions c~lholiqlles. . 209

Voix des c\·éques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213

ClIAPITRE XVII

(1900-1901)

La controverse en ·1900 : M:;r Bellet ct M. le chanoine Busson. 219

« La crise de la foi» . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22::1

APPE:\DICE
1. i\üTES 1I111J.IOGnAPIIIQt:,:S

Géncralités: . . 22!l

Province d'Aix. 2/.:3

d:'AYbi. 248

d'Auch 252

d·A\'i;;-non . . 253

dellCS:lnçon 25li

de Bordeaux 'L-,7

de l30u q;es . 259

de Cambrai. 266

de LIon. 267

de Paris . 273

de Reims. 278

de Rouen. 281

de Toulouse. 285

de Tours. 287

II. CO)!PTES HE:\urs

Sur b première édition. 29/~

Sur b deuxième édition . . . . 295

.:.# --.-,

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l DE'pAIÜS
i

Du même auteur:

LES ORIGINES DE L'ÉGLISE D'ANGERS


LA LÉGENDE DE SAINT RENÉ

Analecta Bollandiana, no du 30 juin 1(l02, p. 2'12.


« •...• Non seulement ~1.l'abbé Il. retrace parfaitement l'histoire
de la légende fde S. Renél dès ses origines et ~ travers ses déve­
loppements successifs, mais il raconte aussi les aIternati\'es de
succes et de défaveur par lesquelles elle a pass,\ et dans le culle
liturgique et dans le monde lettré. Nous n'avons pas à nous ingérer
dans la jurisprudence liturgique. Quant il la valeur historique de
la légende, il y a bel <ige qu'on avait étahli ce qu'ii fallait en
penser. Nulle part cepen,bnt avant le travail de ~l. j'abb(, Il. on
n'avait ernploj'" il l'examiner une tellc richesse et une telle exac­
titude dans l'informalion et une plus grande fermeté de critique,
joinle à unc incontestable largeur de vues. »
Bibliothèque de l'École des Chartes, n' de mai-août
1902, p. 3D;).
« C'est l'application locale aux traditions angevines des principes
du doute Je plus minutieux. En mème temps qu~ les i<"'gendes
merveilleuses. M. II. proscrit sèvàement les hanalités édilianles
des hagiographes el les hypothèses des apologistes modernes. Sa
critique est un tamis tres lin qui ne laisse point p;,sser les erreurs
les plus l"gel·es. mais 'lui peut retenir parfois avec elles cerlain~s
parcelles de véri!,'. » A. R.
Revue critique, no du 2!~ mars 1!)02. p. 2:17 .
• La brochure de M. Il. est excellente pt l'on y retrouvera l'érll­
dition,la netteté. la rigueur et le bon sens. dont il a d('jfl fait preu\'e
en racontant la controverse sur l'apostolicité des ('glises galli­
canes.» P. LEJAY.
Revue des Questions historiques, no d'avril 1902,
p.634.
« L'appendice ... étudie la légende de sainl René, prétendu
évéque d'Angers, dont il démontre la non-existence. )) E.-G. Llmos.
Revue historique, no de septembre-octobre '1902, p. H2-1'13.
(, Etude bien conduite et concluante, pour tout lecteur non pn'­
\'enu, des légendes singulières dont les hagiographes ont em­
broussaillé j'ancienne hisfoire de l'église angevine ...
,( C'est un spectacle singulièrement réconfortant de \'oir des
pretres qu'on ne saurait soup"onner d'hostilité à la religion,
reprendre la tùcbe jadis assumée par d'excellents catholiques ...
L'ouHage, écrit avec entrain et d'un ton fort convenable, est un
des meÙleurs parus sur ces ,[uestions depuis quelques années. )1
A. MOLI:\'IER.
Du même auteur

DOM COUTURIER
ABBÉ DE SOLESMES

LeUI'/! de Mgr Denéchau, évêque de Tulle, à !'au/ew' :


" Vous a\'ez parfaitement rendu cette noble et sympathique
figure. cel homme de science, de piété el d'énergie, digne disciple
et successeUr de !'.illustre Dom Guéranger, Plus ces caractères
sont rares de nos jours, plus il importe de les mettre en lumière. »
- VI juillet 1SnD.
Lellre de Mg)' de la Passa)'diè)'e, évêque de Rosea, à l'auteur:
« Ces pages sont une vùitaiJ/e pho/ngraphie intel/eelucl/e,
momie, mystique et artistique du saint moine, de cet homme
d'ala)'c(ois, comme il nous en faudrait aujourd'hui ... )\ - 1" octo-
bre 'ISDn,
Bulletin de saint Martin et de saint Benoit. Revue
mensuelle publiée pal' les RR. PP. g,'fi(\dictins, n" de janvier
1DOO. pages 'lOfl-1 05.
« Un compatriote de Dom Couturier, ~L l'abbé Hou tin, a essayé
de faire revivre le successeur de Dom Glll;ranger d.ms une notice
biograpbique ljui sera lue avec ëdilication et jntt"rét. L'auteur a
connu ct alm" le Pi)re Abb,\. On sent il le lire, l'allcction filiale et
le respect profond qu'il lui conserve.
" Ceux ljui ont eu le bonheur d'étre des enf:lnts de Dom Coutu-
rier lui sauront gn'! du t'\llloignage qu'il rend il sa mémoire .... Une
grande sincérité règne dans ,on tr'avail; il laisse de càt(\ ses id,\es
et ses sentimpnls propres pour laisser agir, parler et vivre le
Pc l'e Abbé, tcl qu'il était. Quelljues-uns lui reprocheront me me
d'avoir poussé tl'OP loin cette ljualité.» 00)1 J ,-~l. DES~F., M. n.
Revue d'histoire et de littérature religieuses, no de
jall\'ier-févrierHJUI.
« Ceux ljui voudront philosopher sur les passions et sur les
petites ljllerelles qui ont divisé les catholiljues depuis ljuaranle ans,
de\Tont à ~l. Il. des renseignements de bonne source. »
J .-~1. HDDIEH.
Bulletin critique, no du 5 mars 1001, p, 137,
« On trouve de précieux rcnseignement~ sur la persécution
religieuse en France 0880-1883) dans le corps du livre et de
l'appendice (pages 29ï-381) n,
Du même auteur:

LA QUESTION BIBLIQUE
CHEZ LES CATHOLIQUES DE FRANCE

AU XIX- SIÈCLE

Catholic World (1\ew-York), août1()02, p. 689.


« Bien peu de livres publiés dans ces dernières années auront
sur les prêtres et sur les laïques une aussi grande inlluence édu­
catrice que ce remarrluable I·olnme. »
Rassegna Nazionale (Florence). janvier 19ü:l.
« La seconde édition du Iil're de l'abb" Il. sur la Qllè.\lion
biblique vient de paraître eL ce snccès esll'aol'din:lire montre que
nous ne nons étions pas tl'omp,; en en conseillant la lecture il tous
ceUI qui s'occupr.nt d'études bibliques, ») E,-S, l\ll'GSWA:-,
Revue d'Histoire Ecclésiastique (Lonvain), '15 janvier
1a03, p. l:lO.
« L'actualité mémr. de ce 'lu'on appelle « la question bibli'lue ",
non moills que le lal"nt arec lequel M. 11. résume l'bistoire des
contr'ol'erses 'lue ccLte question a provoquées en France au conrs
du dernier siècle, donnent an line lin puissant intérét. On n'en
commencera pas la lecture sans le lire jus'lu'au bout. Celle
lecture est d':lilleurs instructivc an plus haut point: il s'cn d"gagc
d'utiles leçons; nous croyons qu'à certains égards le livre fera ctu
bien, Mais il s'en fan t, en tout cas, qu'il soit tri>s réconfortant
pour le leclcui' catholique. » A VA:- 1I00:-,\CKEIl.
Revue historique, juillet-août -la02, p, 36 /.-367.
« Parmi les livres parus dans ccs dCl'Iliers temps, un dcs plus
disnes d'attirer l'attcntion de ceux qui sïnl,~ressent aux évolutions
de la pens,'e humaine est le lil're de ~1. A, Hautin sllr la Question
biblique. » G. MO:-OD.
Theologische Literaturzeitung (Leipzig), 2 août 1902,
p. 41>3.
« Q~nl're exll','mernent intére3sanle, également remarquai/le par
une parf.ite possession du sujel, un lumineux groupement des
mat6riaux et une exposition de forme achevée,» p, LODSTEl:-,
Vérité française religieuse (La),'7 avril 1902.
« Cc lil're est assul'('ment run dcs plus maul'ais dont la littér«­
ture ecclésiastique ait été gratili,'e depuis fort longtemps. "
Abbé Cil, !lhIGI'E:-,

Imprimerie Goupil, La"a1,


~ ,Lès Archiv~;d~;'HI;t~irédeFra~èe; par cii,-V,I."-~Gt-o.lji,"pro~'; '.
fesscllr adjoint àl'ÙnÎ"ersité'àÈl Paris etH, STEI:'/, archiviste'àu,~' Ai~hIYè's<;~;
hation"ales, 1 voUn~', relié'èn toile,'non .'ogné, de xlx~1000 page;;; . '2Q fI'. " "
. Le lOêl)lé, ~~~bé. . '..' ., .~, . -,. '.' ',' .:, ",: .'. :.' i~ ri,'
Mànuel de ~Ibilographlé-générale (Bibllotheca Bibllog..aph(ca
",!ova), parlJeni'j STEil') f vol. i!l'-8-, relié toile, n9n rogné (X:I\-&95 pages},::
. '" '1" • , • ~ «. 2Q fr,
..... ,~<inè~J broc~t,;t.;.... .,:.:.: ;. . ", '. . :'c'.. .... , . ';, ,111"r",
Mari'~el de paléographie latine et' fran'çaise du VI' au :. ~,"' illè~

çle, suivi d'un' DiCli.onncdredis ;;lirévia!icms, par'M. PROU, prof~s$eÎidl

l'Ecole des Chartes, avec 23 [ae:iimilés en plH>!otrpie, 2- édition, ~,;":IS93\.

1 vol. in-S- c;llTé, broché, plan'cbes. ':,<:~.', :'. .'..:1.', , . . .': 12 f,'·
Manuel1)1~~tlque: ~u 'bibllothlicalre,'bibliothèqnes publiqVes, blblfr;-,
1!Jt-qll(" "niv;"'r;lInire,~, hlhlioll~i-rr)~); pl;i\""'~" ""id: 1-,n'"."J.e,rÏf/w' '/"!
~(~'~UI('S .fI,! ".if/l"f! :/1..-' lJh~ l(};s, (l(!i!!'Clx,':jtc~:~ CO.lf·.t·':'.'~,~}ft_Jf·~" hj'll;'.I";)(JIf~Jt
flol,i"'''''jl,,!,'eJ< de .11{-'17 li tl!9:1., 1""" AIII"'" M."II':. "ri"ii'll ,'1~"" M, 1'Jo:"lll~:r
de,;' lIaiJlô,; EtiÎd~'il, lJibliothéC<lÏJ'e il la StJrbonllv,· 1 \'01. ili-!!', l·'U"'P •
.5.'l1 Jl3'~e~: 1'~lIlJl, 6l11jru'l'es et. nom~reux tabieaux, l'eliè' toile, lion rosné· • ,
~~ .J. ",_ 12 f,'"
Manuel â'Arctléologle' Française r1epuis le. temps l\Iél""'ingicnsjus-
. qu'Il la Re,ioi"''i,,\uÇe. ,P,'emiûc partie : ARCIIITECTURE. pal' Camille
-'ENl,ÀI\T, oY(çh!iÎ"lilemb"e de ('Ecole lran~.aisc de Rome, memb"e résidant
~è h. s<.~dtJÎl6o;.Antiqû.'\lI'es de l''ranee. I. Archit"ctlll'e'religictlM;1 ."01.'
m-R", "lx\ t·R13 p~ges.,400 gravures et flgure8, . • . . . . , 10 fr,
\0:" vl'Ilte 11I'ochainemenl :1\. A"cilitcall7'c mOlla.~liqlle prit'ée, }ittbliq.n,
·'il
ct iUtnh'e. . . . -.' .
Unc"tubl~' oilU"'.asl~qlle t,'ës dévcloppee, collllllunea"u, 2 volumes,ternil-
,.."" It, lome Il. ~ ' .
Les so ..ïrces de"'Hlslolre de France dèpuis les origines Jusqu',on
'1815, pal' M~J. A. ?>IOI.t!'IF.Il, H. 'I!AUSEH, K BOURGEOIS. G, YVF.ll.
M. TOtJH:-IEUX. P. CAIlO!', ." .
'Premil-I'i- pal"lie : D"s ol'igillc.ç uUX gllel~'cs (t'./(atie (H91), )lill'
., ..Augllstè MUI.I~iEt\" JlrofeBSCIl" b. l'Ecole nationa!p des Cha,·le".
l, . ~ 'Epoclue.. "rlr~l~li\'ft<Mér.ovln!i;ens et Carolingiens, 1 \'01. j~-8\

,nll-2R8 pages, -l)\'(o(>lIe. .. . . • ,.'.".. '. . • ,.. " fI'.


J\clié tQlle:~~~' .~'. , • , '.',. .: .' . -. '. . , . . Ur.
Il. - ~~poquc, iJollale : Les Capétiens Jusqu'en 1180. 1 ""1. in~·.

. 32'2 p:iges, b,,,,,,ht', ; . .' . '" . 1. '. • , • • • • " ·5 f....


, .Hcli;!toile,,· . ',1. .' . . . .. ifr.
. 111. - Les Capétiens (1 !80-1328), 1 "01. in-~", 2',g Jll'ges, bl'ochl!.
/ .'. -._. 5 f."
i{elié toile. >' . . . ., . . .. .. "'l'fa',
EN PRÉP.HI.4 TION ~ , ' ,
IV. - Les Valois (1328-1461), - V. (1461-1494), avcc.l'lnU'Q-
duclion el la Table commune aox ci'H) fascicules.
QW,ltrième partie: Le XVIII- siècle (1715-1789), par M. TOUIII'I-;l'X.
f'u;;cÎrule IISOIlS J'l'esse).
Imprimerie Goupil, LeIVa\.·

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