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Tout savoir sur les provisions en comptabilité

Le Plan comptable général prévoit, en application du principe de prudence, que soient constituées
des provisions pour des risques et des charges considérés comme probables à la clôture de
l’exercice pour ne pas reporter sur des périodes à venir des incertitudes présentes susceptibles de
grever le patrimoine et le résultat de l’entreprise. Cependant, les dispositions du règlement CRC
2000-06 sur les passifs ont modifié très sensiblement les conditions de constitution de telles
provisions.
De plus, le règlement CRC 2002-10 sur l’amortissement et la dépréciation des actifs a instauré de
nouvelles règles sur les immobilisations par composants qui viennent modifier l’approche relative
aux provisions pour grosses réparations.

Quelques définitions

Passif : Un passif est un élément du patrimoine ayant une valeur économique négative pour
l’entité, c’est- à-dire une obligation de l’entité à l’égard d’un tiers dont il est probable ou certain
qu’elle provoquera une sortie de ressources au bénéfice de ce tiers, sans contrepartie au moins
équivalente attendue de celui-ci (PCG art. 212-1).

Provision: Une provision est un passif dont l’échéance ou le montant ne sont pas fixés de façon
précise.
Nature comptable des provisions pour risques et charges: Les provisions pour risques et charges se
distinguent des charges à payer par le caractère incertain de leur perspective de réalisation.
Exemples : – les droits des salariés aux congés payés sont irréversibles. Une charge à payer est
constituée ;
– une perte de change n’est pas irréversible. Elle fait l’objet d’une provision.

Quelques exemples :
Provisions pour risques
Provisions pour litiges (1511) :

Risques pécuniaires (indemnités, dommages et intérêts, frais de procès) encourus par l’entreprise à
propos des litiges dans lesquels elle est impliquée (avec un tiers salarié, fournisseurs, clients, etc.).
Le montant de la provision est égal à la somme que l’entreprise risque de devoir payer à l’issue du
litige.

Provisions pour garanties données aux clients (1512) :

Les dépenses susceptibles d’être engagées par l’entreprise du fait de la garantie jouant sur les biens
vendus ou les travaux réalisés. L’évaluation de cette provision s’appuie généralement sur des
statistiques reposant sur des données propres à l’entreprise.
2

Provisions pour amendes et pénalités (1514) :

Risque d’avoir à supporter la charge correspondant à des amendes et pénalités notamment lors d’un
contrôle fiscal.

Provisions pour pertes de change (1515) :

Risque de perte de change lié aux opérations effectuées en devises (voir fiche 35).

Provisions pour pertes sur contrats (1516) :

Une perte sur contrat doit être provisionnée dès qu’elle devient possible. Cela concerne notamment
les contrats à long terme.

Provisions pour charges


Provisions pour restructuration (154) :

Les coûts de restructuration donnent lieu à provision s’ils résultent d’une obligation de l’entreprise
vis-à-vis des membres du personnel ou de tiers à la suite d’une décision par les dirigeants prise
avant la date de clôture.

Provisions pour gros entretiens ou grandes révisions (1572) :

Charges prévisibles, telles que les frais de grosses réparations, qui, étant données leur nature et leur
importance, ne sauraient logiquement être supportées par le seul exercice au cours duquel elles
seront engagées.

Les conditions suivantes doivent être respectées :

les charges sont importantes, ne présentent pas un caractère annuel et ne peuvent être assimilées à
des frais courants d’entretien et de réparation ;
la dépense fait l’objet d’une programmation pluriannuelle par l’entreprise et son estimation doit être
obtenue avec suffisamment de précision.

Conditions pour la constitution d’une provision

Existence d’une obligation à l’égard d’un tiers à la date de clôture


Cette obligation pouvant avoir une origine légale ou réglementaire, contractuelle ou implicite et
exister à la date de clôture. Le tiers peut être déterminable (ex. : litige avec un salarié) ou
indéterminable (garantie donnée aux clients).
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Une sortie probable ou certaine de ressources

Le risque ou la charge envisagée doit être de nature à provoquer une sortie de ressources de la part
de l’entreprise. Ceci exclut, par exemple, que puissent être constituées des provisions pour
renouvellement du matériel ou pour charges à répartir sur plusieurs exercices.

Sans contrepartie au moins équivalente attendue

Il n’est pas possible de provisionner les charges courantes de l’exercice suivant (campagne
publicitaire à venir) car la prestation attendue est une contrepartie équivalente.

Fiabilité suffisante de l’évaluation de l’obligation

L’estimation doit être établie sur des bases raisonnables et sérieuses. L’objectif et clairement de
limiter les possibilités de constituer des provisions indues qui ont pour conséquence d’altérer la
qualité de l’information comptable.

Constitution de la provision

◆ Exemple : Le 31/12/N, une entreprise constitue une provision de 20 000 e relative à un contrôle
fiscal en cours.

constitution-provision
Reprise de provision
◆ Exemple : Le contrôle fiscal s’est achevé et les redressements et pénalités ont été payés. Le
31/12/N+1, la provision est sans objet.

reprise-provision
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Il s’agit de provisions ne correspondant pas à l’objet normal d’une provision car elles sont
comptabilisées en application de dispositions légales. Les provisions réglementées constituent la
traduction comptable d’un avantage fiscal souvent temporaire. Lors de leur dotation, elles
permettent un gain d’impôt sur les bénéfices qui est annulé (mais pas toujours) lors de leur reprise.
Ce caractère particulier est marqué par leur place au bilan (dans les « capitaux propres »).

La constitution des provisions réglementées est facultative et relève d’une « décision de gestion »
du chef d’entreprise.
Typologie des provisions réglementées dans le PCG

14. – Provisions réglementées

142. – « Provisions réglementées relatives aux immobilisations »


1423 – « Provisions pour reconstitution des gisements miniers et pétroliers »
1424 – « Provisions pour investissement (participation des salariés) »
143. – « Provisions réglementées relatives aux stocks »
1431 – « Hausse des prix »
1432 – « Fluctuation des cours »
144. – « Provisions réglementées relatives aux autres éléments de l’actif »
145. – « Amortissements dérogatoires »
146. – « Provision spéciale de réévaluation »
147. – « Plus-values réinvesties »
148. – « Autres provisions réglementées »

Traitement comptable des provisions réglementées

Leur caractère fiscal conduit à utiliser les comptes suivants (comptes de « résultat exceptionnel ») :
Constitution ou augmentation

6872 – » Dotations aux provisions réglementées (immobilisations) »


6873 – » Dotations aux provisions réglementées (stocks)
6874 – » Dotations aux autres provisions réglementées »
Annulation ou diminution
7872 – » Reprises sur provisions réglementées (immobilisations) »
7873 – » Reprises sur provisions réglementées (stocks)
7874 – » Reprises sur autres provisions réglementées »

Provisions réglementées et bilan


Les provisions réglementées font partie des capitaux propres et apparaissent, à ce titre, au début du
passif. Cette situation marque le caractère de réserves en sursis d’imposition des provisions
réglementées.
Remarque:
1. Parmi les provisions réglementées figure la provision pour hausse des prix. La notion de « hausse
des prix » semble contradictoire avec celle de « provision ». S’agissant de produits en stocks, le
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mécanisme le plus classique est celui des dépréciations. En réalité, l’objectif est de conférer un
avantage fiscal (grâce à une baisse du résultat imposable) aux entreprises qui, à cause de l ‘inflation,
ont à supporter un coût de renouvellement de leur stock toujours plus élevé. Cet avantage est
temporaire puisque les provisions pour hausse des prix sont à reprendre six ans après leur dotation,
cette reprise comptable étant imposable fiscalement.

2. Dans les provisions réglementées relatives aux autres éléments d’actifs (compte 1 44.) figurent
notamment :
– la provision pour risques afférents aux crédits à moyen terme (créances de 2 à 5 ans) résultant
d’opérations faites à l’étranger. Elle peut s’élever jusqu’à 10 % de l ‘encours global des créances
sur l’étranger susceptibles de non recouvrement. Elle doit être ajustée chaque année en fonction du
montant de ces créances. Lorsqu’une créance douteuse a fait l’objet d’une dépréciation, cette
dernière s’impute sur la provision réglementée ;
– la provision pour prêts d’installation à d’anciens salariés (ou « provision pour essaimage »). Elle
est égale à une fraction du montant des prêts ou des souscriptions en capital liés à des créations
d’entreprises par d’anciens salariés et fait l’objet d’une reprise échelonnée dans le temps selon des
modalités fiscales complexes.
Application:
Le gérant de la SARL Proreg souhaite doter au maximum la provision pour hausse des prix à la
clôture de l’exercice N , qui coïncide avec l’année civile ; il s’agit de la première constitution de
cette provision par l’entreprise.
Seul le stock de matières M est concerné.
Renseignements chiffrés
Stock de matière M
Les provisions réglementées
Mode de calcul de la provision
Provision n= {Pn – 110 % (Pn-2 ou pn-1)} x Qn
Pour (Pn-2 ou pn-1) On retient le plus faible des deux
1 . Calculer le montant de la provision pour hausse des prix au 31 décembre N.
2. L’enregistrer en comptabilité.
3. Présenter l’écriture comptable qui sera enregistrée à la clôture de l’exercice N+6.
Corrigé :
1 . Calcul de la provision pour hausse des prix à doter au 31 décembre N
Provision = {2 250 – (1 1 0 % x 2 000)} x 7 000 = 350 000 €
2. Écriture comptable au 31 décembre N
Dotations aux provisions réglementées
3. Écriture comptable au 31 décembre N+6
Comptabilisation provision réglementée

Provisions pour risques et charges, les dotations pour dépréciation de valeurs d’actif
Les provisions pour risques et charges tout comme les dotations pour dépréciation de valeurs d’actif
consistent à constater des pertes probables, mais qui ne sont pas encore évaluées de manière
définitive. En comptabilité, le principe de prudence oblige à constater au bilan des moins-values
probables, mais ne permet pas, par contre, de constater des plus-values latentes.
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Par exemple, l’entreprise va évaluer la somme qu’elle devra probablement payer pour un litige aux
prud’hommes dont l’issue n’est pas encore connue à la fin de l’exercice: elle la constatera par une
provision pour risques et charges à son bilan. Autre exemple: elle sait qu’une partie de son stock
risque de ne plus se vendre l’an prochain, car il est techniquement obsolète, elle va donc évaluer
cette dépréciation et porter à son bilan une dotation pour dépréciation de valeurs d’actif.
Par contre, même si elle estime qu’un stock de marchandises a de grandes chances de bien se
vendre l’an prochain du fait de circonstances liées à l’environnement (mode, pénurie…), il lui est
interdit d’évaluer ce stock, dans son bilan, à son prix de vente présumé, tant qu’il n’est pas vendu.

Il s’agit donc, pour la préparation du bilan, de constater uniquement des pertes que l’on estime
probables mais qui ne sont pas encore avérées à la fin de l’exercice comptable.

Rajoutons que les provisions pour risques et charges et les dotations pour dépréciation ne relèvent
pas de l’activité normale de l’entreprise, mais plutôt d’événements exceptionnels.

En revanche, si la perte est déjà connue au cours de l’exercice (un litige clos par un jugement
définitif, par exemple), il faut enregistrer la perte:
il n’y a pas lieu de laisser en provision une perte qui est déjà avérée. Il faut toujours traiter ces
provisions et ces dotations avec soin :

d’une part parce que l’exercice consistant à évaluer des pertes qui ne seront connues que dans le
futur est difficile (comment savoir si, dans un an, un client va être en mesure d’honorer tout ou
partie de ses factures impayées ?) ;
d’autre part, les provisions étant enregistrées en charges puisque ce sont des pertes potentielles, ces
charges vont diminuer le résultat et donc l’impôt; ces provisions peuvent alors susciter une
observation particulière de la part des services fiscaux.
Il est donc important d’imputer les provisions en fonction de critères rigoureux et vérifiables et,
même si le montant définitif des pertes probables est par nature inconnu, il est indispensable d’en
faire une estimation aussi précise que possible. Imaginons l’exemple d’un litige en cours de procès :
on connaît la somme globale réclamée par la partie adverse, mais, comme l’avocat qui conseille
l’entreprise estime qu’une grande partie des griefs est infondée, on va pouvoir provisionner le
risque de perdre à hauteur de 50 % seulement, par exemple. C’est généralement le chef d’entreprise
qui valide les provisions pour risques et les dotations pour dépréciation de l’actif.

Voyons maintenant en détail comment on enregistre comptablement ces risques et ces


dépréciations.
Les provisions pour dépréciation des actifs
Il arrive que certains postes de l’actif risquent d’être dévalorisés du fait d’événements particuliers:
• Quand les immobilisations encourent un risque de dépréciation (un terrain dévalué du fait d’un
marché de l’immobilier difficile); on utilise alors le compte 29 – Dépréciations des immobilisations.

• Quand le stock encourt un risque de dépréciation (une partie du stock est abîmée); on utilise alors
le compte 39 – Dépréciations des stocks et en-cours.
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• Quand certains comptes de tiers sont supposés occasionner une perte (retards de paiement de
certains clients dont la solvabilité douteuse est connue); on utilise alors le compte 49 –
Dépréciations des comptes de tiers.

• Quand certains comptes de trésorerie risquent de subir une dépréciation (portefeuille d’actions
dévalué du fait de la crise économique); on utilise alors le compte 59 – Dépréciations des comptes
financiers.

Concernant la dépréciation des comptes clients pour risques d’impayés, l’entreprise peut examiner
au cas par cas quels comptes présentent des risques. Toutefois, le mieux est que l’évaluation repose
sur des règles que l’entreprise aura préalablement choisies et auxquelles elle se conformera d’année
en année. Elle peut avoir décidé, par exemple, de provisionner à 100 % les sommes impayées des
clients en liquidation judiciaire, à 50 % les sommes que les clients n’ont pas payées après une
injonction de payer, à 25 % celles des clients ayant un retard de paiement de 6 mois malgré 6
relances…

L’important est de fixer des règles d’évaluation et, surtout, de ne pas y déroger d’une année à
l’autre, en vertu du principe comptable de permanence des méthodes. Sinon, changer les règles pour
modifier le résultat à sa convenance pourrait aussi engendrer un «risque» difficile à justifier auprès
des services fiscaux.

Les dépréciations sur les comptes clients s’enregistrent en hors taxes: même s’il est sûr que
certaines factures demeureront définitivement impayées, on a la possibilité d’en récupérer la TVA,
conformément aux dispositions fiscales. Les dépréciations sur les immobilisations et les stocks se
font aussi en hors taxes.
Voici l’écriture pour une créance client de 3 000 € HT, estimée douteuse et constituant un risque à
50 %.
Les provisions pour dépréciation des actifs
Remarque :
le compte 681 est utilisé à la fois pour les dotations aux amortissements (que nous avons déjà vues)
et pour les dotations aux dépréciations ou aux provisions. En réalité, ce compte se décompose en
sous-comptes qui différencient chaque destination – amortissements, dépréciations, provisions… -,
mais ici il nous a paru souhaitable de simplifier en utilisant les trois premiers chiffres de ce compte
général.

Les dotations aux dépréciations et aux provisions, tout comme les dotations aux amortissements,
sont des charges – au même titre que les achats de marchandises, les factures de prestations, les
charges de personnel. .. que l’entreprise aura à payer tôt ou tard. La différence est que les dotations
représentent des charges dont on ne connaît pas le montant exact à payer et qu’elles n’ont pas un
impact direct sur la trésorerie.

On peut donc considérer les dotations comme de l’argent mis de côté en prévision de… Et parfois la
provision ne donne lieu à aucune charge dans le futur (exemples : l’entreprise gagne aux
Prud’hommes, le portefeuille d’actions voit son évaluation repartir à la hausse…).
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Imaginons maintenant que l’on prépare le bilan 2016, quel sort va-t-on donner aux dotations pour
dépréciation passées en 2015 ? Trois situations sont possibles:
1. Si le risque s’accroît, on va augmenter la dotation.
2. Si le client paye partiellement ou si le risque diminue, on va diminuer la dotation.
3. Si la perte est définitive, on va reprendre la dotation et constater la perte.
1. Le risque s’accroît
Si on reprend l’exemple précédent et que le risque s’accroît sur la créance de 3000 €, on décide
d’augmenter la provision en passant un complément de dotation de 500 €.
dotation
2. Le risque diminue ou le client paye
Finalement le client paye, partiellement ou totalement, ce qui veut dire que le risque est devenu
moindre ou nul. On reprend alors, partiellement ou totalement, la dotation. Pour reprendre une
dotation, on utilise le compte 781 – Reprises sur amortissements, dépréciations et provisions (et non
le compte 681).
risque client
3. La perte est définitive
On apprend que finalement le client ne paiera jamais et l’impayé est irrémédiablement perdu: on va
constater la perte avec le compte 654 – Perte sur créances irrécouvrables, car créance et dotation
n’ont plus lieu d’être, et on constate la perte dans le compte 411 – Clients.

La perte est définitive

Les provisions pour risques et charges


Les provisions pour risques et charges fonctionnent comme les dépréciations des éléments de
l’actif, sauf qu’elles prennent en compte une perte probable au profit de tiers, et non en fonction de
dépréciations sur les actifs.

Il peut s’agir, par exemple, de remboursements à effectuer dans le cadre d’une garantie clients: une
entreprise a vendu 10 000 ordinateurs en 2015, mais elle apprend de ses services techniques que 5
% des ordinateurs ont un défaut de fabrication.

Ce défaut oblige l’entreprise à effectuer, dans le cadre de la garantie, des réparations dont la charge
est estimée à 150 € par ordinateur défectueux. Elle estime à 75 000 € la charge probable à payer en
2016 pour 500 ordinateurs (5 % de 10 000), sachant que le coût de réparation à l’unité est de 150 €
(500 x 150 €).

Pour préparer le bilan, on passe la provision pour risques dans le journal des opérations diverses
ainsi.
provision pour risque
Quand la provision n’a plus lieu d’être, on l’annulera avec le compte 781 – Reprises sur
amortissements, dépréciations et provisions.
Cas pratique : Provisions pour risques
Pour la préparation du bilan 2015, vous devez passer des écritures correspondant à des provisions:
Une provision pour un risque d’impayé client: 10000 €;
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La reprise d’une provision pour un litige aux Prud’hommes estimé à 50000 €.


Correction :
Corrige de l'exercice
A lire également :
Comptabilité: Les documents de synthèse
Plan comptable général, plan de compte de l’entreprise
Cours de comptabilité sur les moyens de règlement
La participation financière des salariés aux résultats
Le suivi des comptes clients et fournisseurs
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dépréciation de valeurs d’actif
Provisions pour risques et charges, les dotations pour
dépréciation de valeurs d’actif
Les provisions pour risques et charges tout comme les dotations pour dépréciation de valeurs d’actif
consistent à constater des pertes probables, mais qui ne sont pas encore évaluées de manière
définitive.En comptabilité, le principe de prudence oblige à constater au bilan des moins-values
probables, mais ne permet pas, par contre, de constater des plus-values latentes.
Par exemple, l’entreprise va évaluer la somme qu’elle devra probablement payer pour un litige aux
prud’hommes dont l’issue n’est pas encore connue à la fin de l’exercice: elle la constatera par une
provision pour risques et charges à son bilan. Autre exemple: elle sait qu’une partie de son stock
risque de ne plus se vendre l’an prochain, car il est techniquement obsolète, elle va donc évaluer
cette dépréciation et porter à son bilan une dotation pour dépréciation de valeurs d’actif.
Par contre, même si elle estime qu’un stock de marchandises a de grandes chances de bien se
vendre l’an prochain du fait de circonstances liées à l’environnement (mode, pénurie…), il lui est
interdit d’évaluer ce stock, dans son bilan, à son prix de vente présumé, tant qu’il n’est pas vendu.
Il s’agit donc, pour la préparation du bilan, de constater uniquement des pertes que l’on estime
probables mais qui ne sont pas encore avérées à la fin de l’exercice comptable.
Rajoutons que les provisions pour risques et charges et les dotations pour dépréciation ne relèvent
pas de l’activité normale de l’entreprise, mais plutôt d’événements exceptionnels.
En revanche, si la perte est déjà connue au cours de l’exercice (un litige clos par un jugement
définitif, par exemple),il faut enregistrer la perte:
il n’y a pas lieu de laisser en provision une perte qui est déjà avérée. Il faut toujours traiter ces
provisions et ces dotations avec soin :

 d’une part parce que l’exercice consistant à évaluer des pertes qui ne seront connues que dans le
futur est difficile (comment savoir si, dans un an, un client va être en mesure d’honorer tout ou
partie de ses factures impayées ?) ;
 d’autre part, les provisions étant enregistrées en charges puisque ce sont des pertes potentielles, ces
charges vont diminuer le résultat et donc l’impôt; ces provisions peuvent alors susciter une
observation particulière de la part des services fiscaux.
Il est donc important d’imputer les provisions en fonction de critères rigoureux et vérifiables et,
même si le montant définitif des pertes probables est par nature inconnu, il est indispensable d’en
faire une estimation aussi précise que possible. Imaginons l’exemple d’un litige en cours de procès :
on connaît la somme globale réclamée par la partie adverse, mais, comme l’avocat qui conseille
l’entreprise estime qu’une grande partie des griefs est infondée, on va pouvoir provisionner le
risque de perdre à hauteur de 50 % seulement, par exemple. C’est généralement le chef d’entreprise
qui valide les provisions pour risques et les dotations pour dépréciation de l’actif.
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Voyons maintenant en détail comment on enregistre comptablement ces risques et ces


dépréciations.
Les provisions pour dépréciation des actifs
Il arrive que certains postes de l’actif risquent d’être dévalorisés du fait d’événements particuliers:
• Quand les immobilisations encourent un risque de dépréciation (un terrain dévalué du fait d’un
marché de l’immobilier difficile); on utilise alors le compte 29 – Dépréciations des immobilisations.
• Quand le stock encourt un risque de dépréciation (une partie du stock est abîmée); on utilise alors
le compte 39 – Dépréciations des stocks et en-cours.
• Quand certains comptes de tiers sont supposés occasionner une perte (retards de paiement de
certains clients dont la solvabilité douteuse est connue); on utilise alors le compte 49 –
Dépréciations des comptes de tiers.
• Quand certains comptes de trésorerie risquent de subir une dépréciation (portefeuille d’actions
dévalué du fait de la crise économique); on utilise alors le compte 59 – Dépréciations des comptes
financiers.
Concernant la dépréciation des comptes clients pour risques d’impayés, l’entreprise peut examiner
au cas par cas quels comptes présentent des risques. Toutefois, le mieux est que l’évaluation repose
sur des règles que l’entreprise aura préalablement choisies et auxquelles elle se conformera d’année
en année. Elle peut avoir décidé,par exemple, de provisionner à 100 % les sommes impayées des
clients en liquidation judiciaire, à 50 % les sommes que les clients n’ont pas payées après une
injonction de payer, à 25 % celles des clients ayant un retard de paiement de 6 mois malgré 6
relances…
L’important est de fixer des règles d’évaluation et, surtout, de ne pas y déroger d’une année à
l’autre, en vertu du principe comptable de permanence des méthodes. Sinon, changer les règles pour
modifier le résultat à sa convenance pourrait aussi engendrer un «risque» difficile à justifier auprès
des services fiscaux.
Les dépréciations sur les comptes clients s’enregistrent en hors taxes: même s’il est sûr que
certaines factures demeureront définitivement impayées, on a la possibilité d’en récupérer la TVA,
conformément aux dispositions fiscales. Les dépréciations sur les immobilisations et les stocks se
font aussi en hors taxes.
Voici l’écriture pour une créance client de 3 000 € HT, estimée douteuse et constituant un risque à
50 %.
Formatted: Font: (Default) Times New Roman, 12 pt, Bold,
Font color: Custom Color(RGB(204,0,0))

Remarque : le compte 681 est utilisé à la fois pour les dotations aux amortissements (que nous
avons déjà vues) et pour les dotations aux dépréciations ou aux provisions. En réalité, ce compte se
décompose en sous-comptes qui différencient chaque destination – amortissements, dépréciations,
provisions… -, mais ici il nous a paru souhaitable de simplifier en utilisant les trois premiers
chiffres de ce compte général.
Les dotations aux dépréciations et aux provisions, tout comme les dotations aux amortissements,
sont des charges – au même titre que les achats de marchandises, les factures de prestations, les
charges de personnel. .. que l’entreprise aura à payer tôt ou tard. La différence est que les dotations
représentent des charges dont on ne connaît pas le montant exact à payer et qu’elles n’ont pas un
impact direct sur la trésorerie.
On peut donc considérer les dotations comme de l’argent mis de côté en prévision de… Et parfois la
provision ne donne lieu à aucune charge dans le futur (exemples : l’entreprise gagne aux
Prud’hommes, le portefeuille d’actions voit son évaluation repartir à la hausse…).
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Imaginons maintenant que l’on prépare le bilan 2016, quel sort va-t-on donner aux dotations pour
dépréciation passées en 2015 ? Trois situations sont possibles:
1. Si le risque s’accroît, on va augmenter la dotation.
2. Si le client paye partiellement ou si le risque diminue, on va diminuer la dotation.
3. Si la perte est définitive, on va reprendre la dotation et constater la perte.
1. Le risque s’accroît
Si on reprend l’exemple précédent et que le risque s’accroît sur la créance de 3000 €, on décide
d’augmenter la provision en passant un complément de dotation de 500 €.

2. Le risque diminue ou le client paye


Finalement le client paye, partiellement ou totalement, ce qui veut dire que le risque est devenu
moindre ou nul. On reprend alors, partiellement ou totalement, la dotation. Pour reprendre une
dotation, on utilise le compte 781 – Reprises sur amortissements, dépréciations et provisions (et
non le compte 681).
Formatted: Font: (Default) Times New Roman, 12 pt, Font
color: Custom Color(RGB(204,0,0))

3. La perte est définitive


On apprend que finalement le client ne paiera jamais et l’impayé est irrémédiablement perdu: on va
constater la perte avec le compte 654 – Perte sur créances irrécouvrables, car créance et dotation
n’ont plus lieu d’être, et on constate la perte dans le compte 411 – Clients.

Les provisions pour risques et charges


Les provisions pour risques et charges fonctionnent comme les dépréciations des éléments de
l’actif, sauf qu’elles prennent en compte une perte probable au profit de tiers, et non en fonction de
dépréciations sur les actifs.
Il peut s’agir, par exemple, de remboursements à effectuer dans le cadre d’une garantie clients: une
entreprise a vendu 10 000 ordinateurs en 2015, mais elle apprend de ses services techniques que 5
% des ordinateurs ont un défaut de fabrication.
Ce défaut oblige l’entreprise à effectuer, dans le cadre de la garantie, des réparations dont la charge
est estimée à 150 € par ordinateur défectueux. Elle estime à 75 000 € la charge probable à payer en
2016 pour 500 ordinateurs (5 % de 10 000), sachant que le coût de réparation à l’unité est de 150 €
(500 x 150 €).
Pour préparer le bilan, on passe la provision pour risques dans le journal des opérations diverses
ainsi.
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Formatted: Font: (Default) Times New Roman, 12 pt, Font


color: Custom Color(RGB(204,0,0))

Quand la provision n’a plus lieu d’être, on l’annulera avec le compte 781 – Reprises sur
amortissements, dépréciations et provisions.

Cas pratique : Provisions pour risques


Pour la préparation du bilan 2015, vous devez passer des écritures correspondant à des provisions:

 une provision pour un risque d’impayé client: 10000 €;


 la reprise d’une provision pour un litige aux Prud’hommes estimé à 50000 €.
Correction :
Formatted: Font: (Default) Times New Roman, 12 pt, Font
color: Custom Color(RGB(204,0,0))