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Vilniaus universitetas

Filologijos fakultetas
Prancūzų filologijos katedra

……………..
Prancūzų kalba vidurio ir pietų Afrikoje
(Le français en Afrique noire)

Semestrinis referatas
III k.

Mokslinio darbo vadovas


………………..

1999 metai
TABLE DES MATIÈRES

INTRODUCTION 3

I Première partie
LE FRANÇAIS EN AFRIQUE NOIRE 4
1. Colonisation française de l’Afrique noire: 4
a) de1815 à 1914;
b) après 1914.
2. Implantation de la langue française 5
3. Afrique subsaharienne francophone d’aujourd’hui: 6
a) les pays où la langue maternelle est le français;
b) ceux où la langue officielle est le français;
c) ceux où la langue d’usage est le français.
4. L’enseignement dans l’Afrique noire: 7
a) pendant la colonisation;
b) après la décolonisation.
5. La pratique du français en Afrique subsaharienne 9

II Deuxième partie
LES PARTICULARITÉS DE LA LANGUE FRANÇAISE EN AFRIQUE NOIRE 11
1.Syntaxe 11
2. Morphologie 11
3. Phonétique et phonologie 12
4. Vocabulaire: 12
a) liste des “francophonismes” africains; 12
b) les particularités du vocabulaire franco-africain et de sa création; 18

CONCLUSION 21

Estimation du nombre de francophones dans l’Afrique noire (tableau no1) 23


Carte no1 24
Carte no2 25

 SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES 26

2
INTRODUCTION

Une parmi toutes les définitions qui ont été données à la francophonie est :
"ensemble des peuples qui emploient le français comme langue nationale, langue
officielle, langue de communication internationale ou simplement comme langue
de culture". Le continent le plus francophone est sans doute l’Afrique. Les pays
francophones font la majorité de l’Afrique subsaharienne, dite “noire”. Leur
français est l’objet de ce travail.
Un trait caractéristique de notre époque: dans chaque région du monde où
l'on parle le français, s'est développée une prise de conscience de la langue comme
instrument d'identification nationale. Les Suisses romands, les Québécois
francophones, les Maghrébins, les Sénégalais, les Ivoiriens, etc., ne veulent pas
parler exactement comme les Français. Chaque pays a tendance à cultiver sa propre
norme locale, c'est-à-dire une variété de français qui a conservé un certain nombre
de traits originaux. Chaque pays d’Afrique francophone a son français à lui, qui
présente des particularités de prononciation, grammaticales, lexiques parfois très
originales. Elles sont nées dans de différentes conditions historiques, sociales,
culturelles très importantes. Le but de ce travail est d’abord de présenter ces
conditions et puis leur résultat: le franco-africain d’aujourd’hui et ses particularités.

3
I. LE FRANÇAIS EN AFRIQUE NOIRE

1.Colonisation française de l’Afrique noire

De 1815 à 1914. Les Français s’étaient installés dès 1638 à Saint-Louis,


puis à Gorée et en Casamance (Sénégal ), en 1704 à Ouidah (Dahomey), en 1686-
87 à Issinie (Côte-d’Ivoire). En 1815, le premier empire colonial français se
trouvait réduit à des îles et à quelques points d’appui côtiers sur trois continents.
Seules la langue et la culture françaises gardaient une place dans plusieurs des
possessions perdues. Dans les possessions restituées par l’Angleterre en 1816, les
Français reviennent en 1817, avec l’instituteur laïc Jean Dard qui ouvre la première
classe d’enseignement non religieux.
La Mère Javouhey y arrive en 1822, organise la première formation de
jeunes filles, rayonne dans la région, en Gambie et Sierra Léone. Dans le cas de
l’Afrique, les missionnaires français n’ont pas précédé, mais accompagné les
explorateurs et colonisateurs, y compris d’ailleurs hors du domaine français
(Ouganda plus tard).
À partir des comptoirs précedents, et d’autres (par exemple en Guinée en
1837 et 1842, au Congo et au Gabon), les Français pénètrent vers l’intérieur.
Faidherbe au Sénégal (1854-1865), Savorgnan de Brazza à partir de 1874, puis
Crampel, Marchand, Gentil, au Congo de l’époque, Sanderval et Galliéni en
Guinée, Binger, Mangin, Gouraud, en Côte-d’Ivoire, Galliéni au Soudan (Mali) et
au Niger, et bien d’autres, créent et organisent, dans le dernier tiers du XIX e siècle
un immense empire, presque d’un seul tenant. Eux-mêmes et leurs successeurs
achèvent de le pacifier au début du XXe siècle. Par le Sahara il est alors relié à
l’Algérie.

4
Après 1914. Les colonies françaises d’Afrique noire, comme le reste de
l’”Empire”, participent à la Première Guerre mondiale et à la victoire. Une partie
des colonies allemandes, territoire sous mandat de la SDN (Société des Nations,
remplacée par l’ONU), s’y agrègent: Togo, Cameroun; alors que le Ruanda-
Burundi vient s’agréger au Congo belge. Ils deviennent ensemble des domaines
d’influence de la langue française. 1931, année de l’Exposition coloniale organisée
par Lyautey, marque l’apogée et révèle les premiers craquements, que la défaite de
1940 accélère. La décolonisation est menée dans d’assez bonnes conditions en
Afrique noire française et belge, dont les territoires, précédés par la Guinée en
1958, accèdent, presque tous dès 1960, à l’indépendance. Celle-ci ne constitue
guère une rupture sur le plan politique. Contrairement à la perte du premier empire
colonial, accomplie au profit des Anglais ( et des Américains pour la Louisiane), la
perte du second n’entraîne pas de dévolution analogue. Les nouveaux Etats
concluent avec la France d’importants accords de coopération qui lui permettent de
consolider leurs assises, sur la base de l’intangibilité, de frontières coloniales
pourtant artificielles pour la plupart, de recevoir une aide au développement et de
nombreux coopérants, principalement dans le domaine de l’enseignement en langue
française, auquel ils décident de consacrer une part importante de leurs budgets
nationaux (20 à 25 % en moyenne). Les anciennes colonies belges, devenues le
Zaïre, le Burundi et le Rwanda, signent également des accords de coopération avec
la Belgique, puis avec la France. Au fur et à mesure de leur accession à
l’indépendance, d’anciennes colonies africaines du Portugal (Cap-Vert, Saint-
Thomas, Guiné-Bissau, et plus tard Angola et Mozambique) et de l’Espagne
(Guinée-Équatoriale) entrent dans le “champ” du Ministère français de la
coopération, comme dans ceux de leurs métropoles respectives. Toutes, sauf
l’Angola et le Mozambique, ont récemment participé à des Sommets francophones
et adhéré à l’A.C.C.T. (“Agence de coopération culturelle et technique”) comme à
d’autres organismes de la “francophonie”. Elles avaient eu auparavant, dans leur
enseignement comme dans leurs luttes pour l’indépendance, des contacts
privilégiés avec la langue française et avec leurs voisins francisants.

2. L’implantation de la langue française

Elle se fait par l’installation de militaires, d’administrateurs, de


missionnaires, d’enseignants, et d’un petit nombre de colons. Elle se superpose,
dans l’exercice des fonctions politique, juridique, administrative, scientifique,
technique, et surtout pédagogique, aux langues extrêmement variées de la majorité
autochtone. En Afrique, la mission suit la conquête plutôt qu’elle ne la précède;
l’armée est le premier véhicule du français et le cadre de la première administration
des territoires soumis, de sorte que l’habitude se prend de recruter parmi les
anciens militaires de carrière les fonctionnaires, y compris les enseignants qui, au
début, étaient souvent les sous-officiers ou d’anciens interprètes de l’armée. Des
troupes de “tirailleurs” (pas tous sénégalais) sont levées parmi les indigènes et
commandés en français, d’où la formation d’un “français tiraillou”, jargon de
soldats non scolarisés. Revenus dans leur village, ils sont des intermédiaires tout

5
trouvés entre l’administration et les habitants, auprès desquels ils jouissent d’un
prestige réel surtout lorsqu’il s’agit d’anciens combattants titulaires d’une retraite.
Ainsi s’explique l’influence de la terminologie et de l’argot militaires sur le
français d’Afrique. Quoi qu’il en soit, le colonisateur français mesure l’importance
de son emprise sur le pays aux progrès de sa langue qui, peu à peu, apparaît aux
Noirs comme la seule voie d’accès à la modernité. La situation est assez différente
dans la partie du Congo confiée à Léopold II roi des Belges, qui recrute des
officiers de diverses nationalités. Nombre d’entre eux, anglophones, usent avec la
troupe d’une langue véhiculaire africaine, kiswahili, puis lingala, il en est de même
de l’administration coloniale et des colons dans leurs rapports avec la main-
d’œuvre autochtone. Les langues africaines jouent donc un rôle beaucoup plus
important dans la colonie belge, le français n’est guère introduit que par l’école, et
encore à un niveau assez élevé.

6
3. L’Afrique francophone d’aujourd’hui

Maintenant le qualificatif “francophone” traduit avant tout la place plus ou


moins privilégiée de la langue française dans 22 Etats d’Afrique subsaharienne 1
(les Etats africains et malgache (EAM)). Ce sont le Bénin, le Cameroun, la
République centrafricaine, les Comores, le Congo, la Côte-d’Ivoire, la République
de Djibouti, le Gabon, la Guinée, le Burkina-Faso, Madagascar, le Mali, la
Mauritanie, le Niger, le Sénégal, le Tchad, le Togo; le Burundi, le Rwanda, la
République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre); l’Ile Maurice, les Seychelles,
l’Ile de Réunion ( département français d'outre-mer).
En effet, la langue n'est pas utilisée de la même façon partout en Afrique
noire; et on peut distinguer différents niveaux dans l’Afrique francophone, comme
dans toute la francophonie :
a) les pays où la langue maternelle est le français : dans l’île de Réunion
(D.O.M. français) le français est la langue maternelle et officielle.
b) ceux où la langue officielle est le français.
Dans la plupart de ces Etats, le français est désigné comme seule langue
officielle dans la Constitution; dans ceux qui n’y font pas une référence explicite, il
joue cependant un rôle équivalent du fait de l’usage administratif qui lui est
réservé.
Le français est reconnu comme seule langue officielle:
au Bénin (3,6 millions habitants),
au Burkina-Faso (10,3 millions),
au Congo (2,4 millions),
en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre: 41,8 millions),
en Côte-d’Ivoire (12,9 millions),
au Gabon (1,3 millions),
en Guinée (6,2 millions),
au Mali (10,8 millions),
au Niger (8,3 millions),
en République Centrafricaine (3,1 millions),
au Sénégal (7,9 millions),
au Tchad (5,4 millions),
au Togo (4,1 millions).
Tous ces Etats assurent par ailleurs la promotion d’une ou plusieurs de leurs
langues nationales.

c) ceux où la langue d'usage est le français:


au Burundi (5,8 millions),
au Cameroun (12,8 millions),
aux Comores (509 000),
à Djibouti (0,5 millions)),
à Madagascar (13,8 millions),

3 – voir les cartes et le table d’estimation du nombre des francophones

7
en Mauritanie (2,3 millions),
au Rwanda (7,4 millions),
aux Seychelles (0,1 million) il partage le statut de langue officielle avec une autre
langue.

Certains États se sont efforcés de valoriser leur langue nationale ou l’une de


leurs langues nationales en officialisant une autre langue à côté du français. Au
Rwanda, les langues officielles sont le kinyarwanda et le français. Madagascar a
fait du malgache sa seule langue officielle à côté du français très largement utilisé
dans les affaires publiques. La Mauritanie, les Comores et le Djibouti,
reconnaissent l’arabe et le français comme langues officielles. Les Seychelles et le
Cameroun tentent d’équilibrer les influences respectives du français et de l’anglais
par un bilinguisme officiel dans ces deux langues. Le Cameroun a ôté au français
son statut de langue officielle exclusive en 1961 et lui a adjoint l’anglais comme
deuxième langue officielle. Au Burundi les langues officielles sont le français et le
kirundi.
L’ile Maurice et l’archipel des Seychelles, tous deux annexés par la France
au XVIIIesiècle puis conquis par l’Angleterre durant les guerres napoléoniennes,
connaissent un semblable pluralisme linguistique. A l’ile Maurice, la constitution
de 1968, adoptée au moment de l’indépendance, ne détermine pas explicitement la
langue officielle de l’État. L’anglais est certes présent dans les actes et documents
officiels, mais le français continue d’être accepté comme langue auxiliaire en
conseil des ministres, au parlement et dans les cours internes de justice. D’autre
part, le code français du commerce et celui de la procédure civile demeurent en
vigueur. Quant au créole, il est parlé par la majorité et compris par presque tous.
d) ceux où la langue d'enseignement est le français.

4. L’enseignement dans l’Afrique noire

Pendant la colonisation. En Afrique noire francisante, l’enseignement


présente des caractéristiques propres. Il a commencé dès le début de la
colonisation. Les écoles des missionnaires ont joué un rôle considérable et
continuent à le jouer dans plusieurs pays, mais beaucoup plus en Afrique centrale,
et dans le Golfe du Bénin, que dans le Sahel, où la présence très majoritaire de
musulmans a amené les autorités à appuyer les écoles coraniques et les écoles
laïques. En 1855, Faidherbe a créé au Sénégal les premières “écoles des fils de
chefs”. Diverses formules d’écoles rurales, villageoises et régionales, hiérarchisées,
ont été employées. Mais, en général, l’enseignement, dispensé le plus souvent
entièrement en français, a tendu progressivement à aller dans le sens français
habituel de la centralisation et de l’assimilation, contrairement à ce qui se passait
dans les colonies britanniques.
L’enseignement français en Afrique noire, en dehors des villes, a mis plus
de temps à se répandre “en brousse” qu’en Indochine ou à Madagascar. Ce n’est
guère qu’à partir des années 1920 qu’il a pris un premier essor, et surtout après la
Deuxième Guerre mondiale, avec une forte accélération dans les années qui

8
précédèrent les indépendances. Avant celles-ci, les pays n’ont pas tous connu le
même traitement. Certains, comme les territoires sous mandat (Togo et Cameroun),
le Sénégal, le Congo, le Dahomey (“quartier latin de l’A.O.F. 2”) ont été plus
favorisés que les autres.
La ségrégation scolaire entre Européens et Africains, là où elle existait en
fait, a tôt cédé au principe et à la réalité de la co-éducation, sur les mêmes bancs.
Si la Belgique a plus fait dans ses colonies pour l’éducation de base, la
France, avant les indépendances, a plus fait que sa voisine pour l’enseignement
sécondaire et supérieur. Des institutions de recherche et d’enseignement supérieur
de droit, lettres, médecine, ont été créées dès la fin des années 1940 et le début des
années 1950 au Sénégal, au Gabon, en Côte-d’Ivoire. Un décret-loi de février 1957
a rassemblé celles du Sénégal dans l’université de Dakar, alors la 18 e université
française.
L’ université d’Abidjan a été créée en 1958, celle de Tananarive à la même
époque. Au total, un effort très important a été accompli avant les indépendances,
essentiellement par la France, puisque les colonies elles-mêmes, très pauvres dans
leur immense majorité, ne pouvaient affecter de ressources significatives à la
formation. Les résultats sont inégaux. Des élites remarquables ont pu recevoir une
formation de grande qualité. Mais les taux de la scolarisation sont restés encore
faibles. En 1960, l’A.O.F. ne produisait encore que 300 bacheliers africains.

Après la décolonisation. Depuis les premières campagnes


d’alphabétisation des adultes, lancées notamment sous les auspices de l’Unesco à la
fin des années 60, la plupart des Etats africains recourent aux langues locales pour
l’éducation de base, mais ils continuent à utiliser très largement le français dans
l’enseignement.
Partout, l’enseignement secondaire et supérieur continue à être donné en français.
Mais la grosse masse de la population scolarisée n’a accès qu’à l’enseignement
primaire. Aussi se pose la question de la place respective du français et des langues
locales et des méthodes d’apprentissage. Rien d’impossible, en principe, à faire
débuter en langues nationales les jeunes enfants. Mais il existe dans certains pays
plus de 250 langues locales. Les élèves d’une même classe ne possèdent pas tous la
même langue maternelle et le maître ne parle que sa propre langue qui, par le jeu
des affectations administratives, n’est pas toujours celle de la majorité de ses
élèves. Faute de préparation suffisante, le succès n’est pas à la mesure des
espérences, et à l’heure actuelle, on se réoriente plutôt vers l’usage exclusif du
français et comme il est moins coûteux d’éditer un seul manuel que plusieurs, on ne
dispose, en face de plusieurs langues locales, que de l’unique méthode Jouons à
parler français…
Parmi les nouveaux États issus des ex-colonies françaises, trois seulement
ont opté rapidement pour l’intégration des langues nationales dans l’enseignement:

2- A.O.F. – Afrique-Occidentale Française, gouvernement général (cap. Dakar) qui, de 1895 à


1958, groupe en fédération huit territoires français: Sénégal, Guinée, Côte-d’Ivoire, Dahomey,
Soudan, Haute-Volta, Niger,Mauritanie.

9
La Mauritanie a décidé de commencer en arabe, le français occupant un quart de
l’horaire dans le primaire et la moitié dans le secondaire. Mais ces décisions se sont
révélées difficilement applicables à cause du coût d’un enseignement bilingue et
des divergences de sensibilité linguistique des Maures et des Noirs africains à
l’égard du français.
La Guinée a déclaré “nationales” huit de ses langues (1958) et, pendant 25 ans,
elles ont été imposées dans le primaire, pratiquement sans livres, avec des maîtres
sans formation, souvent mutés dans des villages dont ils ne parlaient pas la langue.
Le français n’apparaissait qu’en troisième année, et devenait le véhicule du
secondaire. En 1984, les Guinéens ont demandé qu’il redevienne langue
d’enseignement et l’ont rendu obligatoire du cours préparatoire à l’université.
A Madagascar quoique la malgachisation soit théoriquement “irréversible”, depuis
1985 (loi dite de “restructuration de l’enseignement) le français a retrouvé, dès la
deuxième année primaire, quatre heures par semaine. Tous les élèves doivent le
maîtriser en fin de classe de troisième. Il est le véhicule du deuxième cycle du
secondaire et de l’enseignement supérieur.
La plupart des États ont maintenu l’enseignement en français. Les Africains
considèrent, lors des indépendances, comme une garantie de sérieux et d’efficacité
qu’on emploie chez eux les mêmes méthodes et les mêmes programmes qu’en
France.

La pratique du français en Afrique subsaharienne

Le nombre d’Africains francophones est difficile à évaluer, parce que tout


dépend du degré de connaissance du français. Au début de la deuxième décennie
des indépendances, on pouvait considérer qu’en Afrique francophone, à peine 15%
comprenait le français, et moins de 1% le parlaient couramment. Aujourd’hui 30%,
surtout des hommes, le parlent (voir tableau no1). La proportion de francophones
varie avec le sexe, l’âge, les régions (côtières ou de l’intérieur), le lieu de
l’’habitation (rurale ou urbaine), la profession, la religion et la nationalité du
colonisateur.
Le pluringuisme est la norme: un locuteur natif parle d’abord sa langue
maternelle, signe d’appartenance à une tribu et à une famille. Il élargit son aire de
communication au moyen d’une ou plusieurs autres langues africaines. Enfin, s’il
possède le français local, il est capable d’en utiliser tous les niveaux. Choisir une
langue ou une autre pour communiquer est toujours significatif et varie selon
l’instruction, le niveau social, le type d’activité des deux interlocuteurs. Tous les
véhiculaires africains ne sont pas également cotés: l’arabe est prestigieux; le dioula
de Côte-d’Ivoire est “inférieur” à l’éwé du Sud-Togo. Cette situation complexe
évolue rapidement. Le français a été introduit dans des communautés où des
langues véhiculaires orales se superposaient déjà aux langues maternelles. Lorsque
l’une d’elle tend à devenir langue véhiculaire nationale, une des fonctions du
français – cimenter l’unité nationale – disparaît.
Même dans les conditions les plus défavorables, le français perdure. Il
prédomine dans les ministères. La correspondance officielle, les discours politiques

10
publiés, les commissions de l’Assemblée nationale, les Hautes Cours de justice, les
avis administratifs, la presse, l’édition (quand elle existe), le grand commerce, la
publicité, la banque, la signalisation routière. C’est un niveau de l’usage oral privé,
des médias, des services publics entre nationaux, que les différences s’accusent
selon les pays. En politique intérieure, les hommes d’État qui prononcent en langue
française leurs discours officiels font désormais figure d’exception, la plupart
cherchant un contact plus direct avec les citoyens. Les Églises, catholique et
protestante, ont partout opté pour les langues locales. Mais dans la société
africaine, le français, qui permet d’acquérir toutes sortes de connaissances, est une
condition nécessaire, sinon suffisante, d’accès au pouvoir. Il offre diverses
promotions dont l’importance varie avec la manière de parler, de lire, de l’écrire:
les universitaires les plus titrés occupent les plus hautes places, les autres s’effaçant
d’eux mêmes. La masse illetrée est dominée par la bourgeoisie lettrée, minorité que
le sort a favorisée: naissance dans un centre urbain à côté d’une école, famille de
chefs, de notables évolués, ou d’anciens combatants. La décolonisation n’a pas
“libéré” la classe dominée mais la classe sociale qui parlait et continue à parler la
langue dominante. Les Noirs lettrés s’enorgueillissent, non sans parfois une
certaine insécurité linguistique, d’appartenir au club fermé de la francophonie.
Seule langue d’enseignement, seule langue officielle, seule langue de la promotion
sociale, le français demeure, presque partout, la clé qui ouvre des portes.

11
II. PARTICULARITÉS DE LA LANGUE FRANÇAISE DE L’AFRIQUE NOIRE

Il n’y a pas un français d’Afrique, de même qu’il n’y a pas un français de


France, mais toutes les variétés du français “scolaire” (Il a remplacé, en
Centrafrique et au Tchad, le “français militaire”, qu’on appelle encore “français
tirailleur” ou “français tirraillou”, qui a d’abord été véhiculé par l’armée et s’est
particulièrement développé à l’occasion des deux guerres mondiales), c’est-à-dire
pratiquement toujours appris à l’école, et non pas une langue apprise en famille.
Chacune des nombreuses langues africaines marque alors à sa manière le français
parlé dans la région.
Les analphabètes parlent-ils une langue locale bigarrée de vocables
français ou du français bigarré de vocables locaux? Leur syntaxe est africaine et la
difficulté qu’ils éprouvent à changer de système phonologique les éloigne du
français standard. Les “lettrés” ayant achevé au moins le premier cycle du
secondaire ne se distinguent guère des Français que par un accent et la
méconnaissance de certaines règles de surface. La Côte-d’Ivoire fait preuve de
liberté d’invention: tout le monde est à la même tête (“ils pensent tous de la même
chose”) peut être un calque d’une langue locale, mais non être garé dans une
bonbonnière. Pourtant même cultivé, l’Africain ne dispose pas d’une variété
d’usages utilisables dans des situations différentes. D’où emploi de clichés,
confusion des registres et surtout, par insécurité, hypercorrections: le bureau dont
je travaille, un vieil pantalon, il la demande, sur le plan carnier (“quant à la
viande”, dans un journal)…
Un exemple extrême est représenté par la phrase suivante, où se manifeste
en français un phénomène propre au bantou, langue où les règles d’accord
grammatical se répercutent sur tous les mots de la phrase: Nous voulons des
hôpitaux pour les hommes et des hopitales pour les femmes, des écoles normales
pour les jeunes filles et des écoles normaux pour les jeunes gens. Enfin et enfine,
nous demandons la création de tribunales dans la brousse comme il y a des
tribunaux dans les centres urbains.

Les types d’écarts dus aux substrats africains sont les suivants:

En SYNTAXE, tendance à juxtaposer et coordonner plutôt qu’à


subordonner, à supprimer l’article, les accords: il m’a dit qu’il aura des invités qui
viendra; à multiplier les infinitifs substantivés: il est parti au travailler; et les
constructions transitives: hériter son oncle, jouer la guitare, fiancer, marier
quelqu’un(l’épouser), retraiter quelqu’un (le mettre à la retraite), virer quelqu’un
(le payer par virement). D’où certains accidents sémantiques: consulter un malade
(l’examiner), interner un enfant (le placer dans un internat), torcher (éclairer avec
une torche électrique), amender (frapper d’une amende).

En MORPHOLOGIE, erreurs de genre: un pierre, une arbre;


changements de conjugaison: s’évanouiller, fuyer (pour s’évanouir, fuir); difficulté
à passer de la variété des aspects en langues africaines à la variété des temps en

12
français: le verbe est souvent réduit à l’infinitif, les modalités étant portées par des
morphèmes.

Tous ont un “accent”; mais il faut distinguer les écarts PHONÉTIQUEs


n’entravant pas la compréhension des écarts phonologiques qui détruisent des
oppositions indispensables. Beaucoup, même lettrés, confondent par exemple /a/
et /ã/; le substrat lingala fait que les Zaïrois prononcent /etidja/ pour “étudiant”. Ils
ont tendance à accentuer plusieurs syllabes par syntagme ou mot long, à mutiler
certains mots: vègue (aveugle), déologie (idéologie), la dipendance
(l’indépendance), impharmacie, comme information. Plus le niveau d’instruction
descend, plus les confusions se multiplent.

En matière de VOCABULAIRE les innovations ont été bien étudiées.


Une équipe dirigée par le linguiste belge W.Bal et D.Racell-Latin a élaboré, sous
l’égide de l’A.U.P.E.L.F.3, un “inventaire des particularités du français en Afrique
noire” (I.F.A.).
Loïc Depecker dans son dictionnaire Les mots francophones présente un
parcours au travers des particularités lexicales du français parlé à travers le monde
par des communautés d’origine, d’histoire et de statut différents. Il souligne
l’importance de l’Afrique noire francophone. Ce dictionnaire montre à quel point la
langue française y est dynamique et créatrice.
Ce qui frappe en premier lieu dans la réunion de chacun de ces mots ou
expressions, est la particularité qu’ils ont de désigner une réalité commune à une ou
plusieurs communautés francophones, et à laquelle on ne fait usuellement pas
référence de cette façon dans l’Hexagone. En considération de cette propriété
particulière, L.Depecker propose d’appeler ces mots ou expressions francophones
des francophonismes.

Une petite liste des”francophonismes” africains qui sont parmi les plus
importants et les plus intéressants:
BÉNIN
Bonjour-bonsoir, n.f.(flore)
Nom d’une variété de pervenche qui se fane très rapidement.
Ton pied mon pied, n.f.(amours)
Femme collante, qui surveille son mari en permanence.
“Ah! Cette femme, c’est ton pied mon pied! ”
Protocole, n.m.(travail)
Chef, patron.
Le pouvoir s’entoure des attributs du pouvoir: apparat, préséance, parole autorisée,
etc. ce qui ne peut cependant relever du protocole qu’à un très haut niveau de
dignité. Aussi, prenant la personne pour la chose, la langue familière du Bénin a-t-
elle tôt fait de mettre outrecuidants et parvenus à leur place en répliquant: “Je n’ai
pas à t’obéir, t’es pas mon protocole !”

3 – “Association des universités partiellement ou entièrement de langue française” 1961

13
BURKINA-FASO
Marcheur, n.m.(boisson)
Whisky.
Pourquoi un whisky se nommerait-il, même familièrement,
marcheur? À cause de la marque de whisky Johny Walker, walker signifiant
précisément “marcheur” en anglais.
Loguer,v.(école)
Faire des exercices sur des logarihtmes.
Faire des logarithmes se dit plutôt, dans la jeunesse des écoles, faire
des logs; d’où ce verbe loguer, formé sur l’abréviations usuelle de
logarihtmes.
Véhiculé, n.m.(transport)
Personne qui dispose d’un moyen de transport.
Être véhiculé se conçoit encore assez facilement en France; moins
être un véhiculé qu’on entend parfois au Mali ou dans le même sens être
voituré, relevé également au Tchad et en Centrafrique:”J’suis véhiculé,
j’vous ramène si vous voulez.”
CAMEROUN
Long-crayon, n.m.(école)
Élève des classes supérieures du lycée ou étudiant du deuxième cycle de
l’université.
Long-crayon le dispute à beaucoup-connaît pour désigner de
façon ironique ces étudiants du supérieur, déjà intellectuels et future élite.
Longtemps, n.f.(âge)
Vieille fille, ou femme âgée qui s’efforce de se rajeunir.
D’adverbe passer à un nom, de surcroît féminin, est une chose très
rare.
Gentil car, n.m.(transport)
Panier à salade, fourgon cellulaire.
Le gentil car est tout sauf gentil; mais il a l’avantage d’être gratuit,
ce qui lui vaut également le surnom de sans-payer.
CENTRAFRIQUE
Abbé, n.m.(religion)
Prêtre ou religieux de race noire.
Entre le mot père et le mot abbé, la différence est assez tranchée en
Afrique: on utilise généralement le premier pour désigner le religieux de
race blanche et le second pour celui de race noire; héritage des temps
coloniaux où les religieux autochtones étaient le plus souvent abbés, et les
prêtres étrangers pères missionnaires ( et souvent Pères Blancs).
Sans-cas, n.m.(personnages)
Homme indifférent.
Ne pas faire cas de quelqu’un ou de quelque chose se réduit plus
simplement en Centrafrique à l’expression faire sans-cas; voire, par jeu de
mots, à faire Sankara, le capitaine Thomas Sankara, ancien président du

14
Burkina Faso, mort assassiné, ayant eu la réputation de gouverner sans se
préoccuper outre mesure des réactions qu’il pouvait susciter.
De ce faire sans-cas sort même un nom, puisqu’on peut dire de
celui qui reste indifférent quoi qu’il arrive, que c’est un sans-cas.
Zognon, n.m.(légumes)
Oignon.
COMORES
Grand mariage, n.m.(fête)
Mariage qui confère à celui qui le contracte un statut social important.
Pour accroître sa position sociale et tenir rang à la mosquée, le
Comorien doit, même s’il a déjà plusieurs femmes, accomplir le grand
mariage: longuement préparé, il a enfin lieu un vendredi, dans un grand
déploiement de festivités qui durent jusqu’au dimanche. Celui qui aura su
s’acquitter d’un tel mariage bénéficiera d’avantages matériels et sociaux
innombrables, comme figurer dans les conseils de notables, faire appel aux
commerçants pour solliciter d’importants crédits, ou encore avoir sa place
résrevée dans les manifestations publiques.
CONGO
A.T.Z., sigle (amours)
Prostitution.
L’ A.T.Z. désigne curieusement, au Congo, la prostitution. Ce sigle
comporte en fait une méchanceté puisqu’il signifie “Assistance Technique
Zaïroise”: les Zaïrois ne sont en effet pas toujours bien vus par leurs voisins
congolais, ce qui porte ces derniers à leur attribuer quelques défauts.
Siquidilatif, adj.(sentiment)
Se dit d’une personne ou d’un objet qui inspire confiance ou espoir.
Cet adjectif repose en fait sur sikidila, verbe kikongo – l’une des
grandes langues du Congo – qui a le sens d’ ”espérer, attendre un résultat
heureux”.
Trottoire, n.f.(amours)
Prostituée.
La prostituée faisant le trottoir, de l’objet à la personne il n’y a
qu’un saut.
RÉP. DEMOCRATIQUE DE CONGO (ex-Zaïre)
Abacos, n.m.(habillement)
Veston de tissu léger pour homme, à manches courtes ou longues, se
portant sans chemise ni cravate.
Aux côtés des vêtements traditionnels, les habits européens comme
le costume cravaté sont peu à peu apparus en Afrique. En réaction se sont
créées de nouvelles tenues tel l’abacos, mot valise qui repose sur un slogan
zaïrois des années 1970: “A bas le costume”, sous-entendu “européen”.
Ambassade, n.f.(amours)
Lieu de rencontres galantes.
La diplomatie semble évoquer beaucoup de choses au Zaïre.
Soupçon étayé par le deuxième sens d’ambassade, celui de “maîtresse’, et

15
par son troisième: “vagin”, dit aussi Bas-Zaïre. Comble de diplomatie et
conforme à ces manifestations d’ambassade, le sexe de l’homme y reçoit,
comme il convient, titre d’ambassadeur.
Humaniste, n.(école)
Élève qui a accompli le cycle des études secondaires.
Au Zaïre, l’humaniste peut certes désigner une personne qui croit
en l’épanouissement de l’homme. Mais bien plus fréquemment l’
humaniste est celui qui a fait des études anciennes, des humanités
littéraires, ou des humanités scientifiques.
Radio-trottoir, n.f.(information)
Diffusion d’informations parallèle au discours politique officiel.
Ce qui ce dit sur le trottoir vaut autant que les radios officielles les
plus insistantes. D’où le surnom de radio-trottoir attribué à ce bouche à
oreille clandestin qui subvertit les énoncés les plus sérieux: le MPR
(Mouvement Populaire de la Révolution) devient par un subtil sous-entendu
Mourir Pour Rien; le PAM (Programme Agricole Minimum) change
insidieusement en Programme d’Amaigrissement Maximum, et le SIDA en
Sydrome Inventé pour Décourager les Amoureux.
CÔTE-D’IVOIRE
Coco taillé, n.m.(mort)
Crâne tondu à ras, en général à l’occasion du deuil d’un proche parent.
La formule, ironique et joyeuse, n’en garde pas moins une
impression de deuil ou de tristesse comme dans cette jolie comptine
ivoirienne:
Coco taillé
Canari cassé
Riz versé
Port Boué soleil.
Individu, n.m.(personnages)
Imbécile.
Ce mot vire à l’injure en Côte-d’Ivoire et au Mali, où traiter
quequ’un d’individu équivaut à une déclaration de guerre.
Sapeur, n.m.(habillement)
Homme coquet qui s’habille avec élégance.
C’est, en Côte-d’Ivoire, au Cameroun et au Congo notamment,
quelqu’un qui sape, c’est-à-dire qui s’habille bien et avec coquetterie.
DJIBOUTI
Boutre, n.m.(navigation)
Petit voiler élevé à l’arrière et effilé à l’avant, utilisé pour le cabotage ou
la pêche perlière.
Tant de langues se sont côtoyées en mer Rouge, particulièrement
celles des empires qui s’y affrontèrent, qu’à bien des mots s’en sont
superposés d’autres: c’est ainsi l’anglais boat (“navire”) emprunté par
l’arabe, puis à celui-ci par le français, qui miroite subrepticement dans le
mot boutre.

16
GABON
Vice-primature, n.f.(administration)
Département ministériel associé au Premier ministre.
La primature représente au Gabon, comme encore récemment au
Sénégal, les services du Premier ministre, le siège de ces services, la
fonction et le mandat de Premier ministre. Mais c’est une fonction qui
semble pour le moins collégiale, puisque existent auprès d’elle quatre vice-
primatures et quatre vice-Premier ministres.
MADAGASCAR
Soubique, n.m.(objets)
Sorte de grand panier.
C’est le malgache sobika qui s’entend dans soubique. De “grand
panier” cependant, qui est son sens d’origine, soubique s’est étendu jusqu’à
désigner aujourd’hui tout panier, grand ou petit.
MALI
Vélo poum-poum, n.m.(transport)
Vélomoteur.
Le vélo poum-poum rappelle qu’à la différence du vélocipède, le
vélomoteur dispose d’un moteur qui fait, précisement, poum-poum.
Sentimental, n.(habillement)
Chaussure en cuir à bout pointu.
Il est vrai que lorsqu’on est porté par le dénuement et le climat à
mettre plutôt des nus-pieds, dits aussi tapettes, ou des tongues d’espèces
diverses – éponges, pet-pets ou babis – arborer des chaussures fermées un
peu élégantes peut apparaître comme une tenue propre à révéler sinon la
sentimentalité, du moins la coquetterie intéressée d’un prétendant ou d’un
galant.
MAURICE
Hisser-pousser, n.m.(commerce)
Marchandage.
Marchander exige sans doute maints efforts dont les verbes associés
dans hisser-pousser gardent l’empreinte. Mais au-delà de son acceptation
commerciale, hisser-pousser peut se dire de toute hésitation due à une
décision difficile à prendre: “Il n’y a pas besoin de tout un hisser-pousser
pour déciser si quelqu’un est cocasse ou pas!”
Cocasse, adj.(physique)
Mignon.
NIGER
Gavroche, n.f.(personnages)
Prostituée.
Passer d’un nom propre à un nom commun, c’est une antonomase.
Par cette voie inattendue, le gamin de la rue qu’est Gavroche rejoint de
façon surprenante, au Niger, une de ses sœurs de misères: la fille de joie:
“Ne va pas avec elle, c’est une gavroche.”

17
Pamplemousse, n.f.(personnages)
Femme opulente`et de forte corpulence.
Gardinier,n.m.(métiers)
Personne qui exerce la double fonction de gardien et de jardinier.
Veut-on un mot valise? Ajouter à gardien jardinier, et voilà
gardinier.
RÉUNION
Boursac,n.m.(objet)
Bourse, petit sac.
Une bourse qui est un petit sac, c’est boursac.
Mariage derrière la cuisine, n.m.(amours)
Relations sexuelles clandestines.
Ce qui ne peut se faire derrière les fourneaux se fait donc derrière la
cuisine.
Morale, n.f.(caractère)
Mémoire.
La morale est à la Réunion la mémoire, et le moral le
tempérament: “J’ai bonne morale, mais j’perds le tempérament.”
RWANDA
Bourgmestre, n.m.(faune)
Beau phacochère mâle solitaire.
Voir un maire belge – le bourgmestre – ainsi associé à un beau
phacochère ne peut surprendre que celui qui ne saurait que le Rwanda fit
naguère partie de l’Empire belge.
Voler la route, loc. verbale (route)
Conduire vite et dangereusement sans tenir compte du code de la route.
Les Rwandais ne semblent pas seuls en cause, à considérer
l’expression rwandaise synonyme de voler la route : marcher à la
zaïroise.
SÉNÉGAL
Déconnard, n.m.(personnages)
Personne qui fait l’idiote.
Maladroitement coincé entre connard et déconner , le nom
déconnard s’en tire avec toute la lourdeur que suggère le personnage qu’il
désigne.
Gossette, n.f.(amours)
Petite amie.
Portier, n.m. (sport)
Gardien de but.
Portier s’emploie surtout en football, avec son synonyme: le
goalier.
Quatre fois cinq, n.m.(boisson)
Vin de palme.
Le vin de palme, très répandu en Afrique, est une sorte de vin
extrait de la sève fermentée de certains palmiers; le seul rapport que ce vin

18
peut avoir avec l’arithmétique est que la somme de quatre fois cinq fait
vingt, homonyme de vin.
SEYCHELLES
Sauter p’tit coup, loc. verbale(action)
Jeter un coup d’œil.
Sauter est en créole seychellois la déformation de jeter.
TCHAD
Couteauner, v.(action)
Donner un coup de couteau.
On peut au Tchad couteauner, coutoner ou coutoyer, au choix.
Cuveur, n. ou adj.(ivresse)
Alcoolique, ivrogne.
Celui qui s’adonne à la boisson et cuve souvent son vin, est au
Tchad un cuveur, la femme doté du même travers sera quant à elle une
cuveuse.
Magot, n.m.(argent)
Argent.
Magoter s’y utilise également dans le sens de toucher son salaire.
TOGO
Ventre-madame, n.m.(physique)
Partie de l’abdomen où sont situés les organes génitaux de la femme.
“Où t’as mal ? Ventre-madame ou ventre-tout-le-monde ?”
Balle perdue, n.f.(amours)
Enfant fait hors mariage par un jeune homme qui ne souhaite ni n’a la
possibilité de fonder um foyer.
C’est un humour guerrier teinté de mauvaise surprise qui paraît dans
l’argot des étudiants togolais pour désigner l’enfant né par un
malencontreux hasard: balle perdue, zorro ou rebelle. Ce qu’on
nommerait en argot sénégalais un hors-jeu ou un cow-boy.
Typesse, n.f.(personnages)
Femme de peu d’intérêt.

En généralisant ces exemples, il faut souligner les particularités du


vocabulaire franco-africain et de sa création:

Différences de connotations et de niveau de langue: froussese, démerder sont


neutres en Afrique. Les moins instruits mélangent l’argot avec le vocabulaire
administratif et des grossièretés inattendues avec les formules épistolaires
répandues par les écoles de dactylographie: se saper, typesse…
Confusions de paronymes ou de parasynonymes: comparer pour comparaître,
assurance routière pour assurance au tiers, dégorger pour égorger, emprunter pour
prêter et vice versa. A côté de cela, le vocabulaire des métiers ( prospection et
exploitation forestière, scierie, menuiserie, ferronerie, couture, mécanique) est
extrêmement précis.

19
Changements de sens (transfert, restriction ou extension, emplois
métaphoriques): père (missionnaire blanc), abbé (prêtre africain), dame (femme
blanche), rival (beau-frère), frustrer(offenser), soupçonner (se souvenir, être
reconnaissant d’un bienfait), cafouiller (favoriser moyennant un bakchich),
combine (commune), avocat (corruption), bureau (maîtresse d’un homme marié),
kilo (centre de pesée des nourrissons), fondamentale (école primaire), bancs
(école), soupe (sauce), souder (raccommoder), etc. L’étude de beaucoup de ces
phénomènes serait extrêmement révélatrice des bouleversements survenus dans la
société depuis la décolonisation.
Néologismes : l’école ne procure pas une parfaite maîtrise du français mais en
décrit les mécanismes de dérivation et de composition, qui sont d’autant plus
appliqués que la censure du bon usage n’existe pas: essencerie (station-service),
montation(augmentation) des prix, digération et indigération (digestion et
indigestion); enceinter (engrosser); adjectif titube (du verbe tituber); froidir son
cœur, frotte-dents (brosse à dents); famille de boy: boyerie, boyeresse, boy-maison,
boy-bébé, boy-jardin, etc.

On crée des nouveux mots à l’aide de:


Dérivation morphologique (au moyen d’un préfixe ou d’un suffixe): cabiner,
camembérer, couteauner, cuveur, déconnard, gossette, loguer, sapeur, trottoire,
véhiculer…
Dérivation sémantique (création d’un sens nouveau dans un mot d’usage
courant): ambassade, balle perdue, cocasse, humaniste, magot, morale,
pamplemousse, portier, protocole, sentimental…
Féminisation (création d’une forme féminine): typesse…
“Métissage linguistique”: certains morceaux de mots français sont interprétés
comme des morphèmes africains : au Rwanda, iki-, igi- étant augmentatifs, aka-,
ga- diminutifs : examen /ikizami/, compris “grand examen”, engendre /akazami/
“petit examen”, casserole /gasoroli/, compris “petite casserole”, engendre
/igisoroli/ “grande casserole”.
Le vocabulaire franco-africain contient aussi :
les calques (mots ou expressions traduits de manière littérale d’une langue
étrangère): marcheur, bourgmestre…
les antonomases (nom propre passé à un nom commun): gavroche, golo…
les compositions (mots issus de l’association d’un ou plusieurs autres mots):
hisser-pousser, radio-trotoir, ton pied mon pied, vélo poum-poum…
les créolismes (mots ou expressions issus du créole ou conservés par lui):
sauter…
les frangicismes (mots ou expressions formés de français et d’anglais): gentil
car…
les homonymes (mot qui se prononce de la même façon qu’un autre, mais
d’ortographe et de sens différents): quatre fois cinq…
les mots-valises (mots faits par troncation et association d’autres mots): abacos,
boursac, gardinier…

20
les troncations (mots résultant de la disparition et de la déformation d’un ou
plusieurs de leurs éléments): afro, clando…
Si on ajoute des arabismes aux Comores, à Djibouti et en Mauritanie, des
anglicismes au Cameroun (dear >di , “cher”), des cubanismes en RDC, on aura
une idée de la nécessité d’une politique de la néologie pour éviter des évolutions
excessivement divergentes. Pourtant, la plupart des spécialistes pensent qu’on ne
risque pas d’assister à des phénomènes comme la fragmentation de la Romania ou
l’apparition des créoles, parce que le monde moderne n’est plus celui d’il y a
quinze siècles ni même trois. L’analphabétisme recule. Les textes écrits, la radio et
la télévision empêchent une totale dérive, sans parler du prestige de l’élite locale,
qui impose à ses enfants l’emploi du français en famille et, en Côte-d’Ivoire du
moins, de l’importance de la colonie française. La variété populaire, en contact
permanent avec des variétés à statut plus élévé, tend à s’en rapprocher. Et les pays
où le français, limité aux fonctions “supérieures”, n’est employé que par l’élite
scolarisée, sont encore moins favorables à la créolisation.
Par contre, la situation favorise des régionalismes très marqués. Dans la
mesure où le français prend place au foyer, sur les marchés et dans les bars, il est
inévitable que des normes locales s’instaurent. La variation donne la mesure de
l’implantation. Le même L.S.Senghor4 qui, en 1976, voulait pour son pays le
français “le meilleur possible, celui-là qu’ont affiné durant des siècles des centaines
d’orfèvres : les grands écrivains”, prenait parti trois ans plus tard pour “une langue
française, mais avec des variantes, plus exactement des enrichissements
régionaux”. En 1981, un congrès des Centres de linguistique appliquée d’Afrique
noire émet le vœu que la lexicographie française prenne en compte les usages
africains. L’introduction massive, dans les programmes de français, de textes
d’auteurs nationaux en consacre certains. La Côte-d’Ivoire refuse que les émissions
des médias soient doublées par des locuteurs français à l’accent parisien donnant le
modèle des réalisations phonétiques. Si elle doit parler français, ce sera son
français! Lors d’un grand rassemblement de la jeunesse francophone qu’elle avait
organisé, on posait des questions comme : Les Ivoiriens font des “fautes”. “Donc
ils ne sont pas francophones”? ou “Donc ils sont francophones”? en quoi ces
“fautes” concernent-elles la France et les Français?

4 – agrégé de grammaire, sénégalais

21
CONCLUSION

La politique linguistique africaine cherche à tâtons un équilibre entre les


langues. En Afrique, contrairement aux États d'Amérique où la quasi-totalité des
langues nationales sont condamnées à disparaître par submersion, un certain
nombre de langues autochtones risquent d'émerger malgré la dominance des
langues européennes comme le français et l'anglais. Dans plusieurs États d'Afrique,
on ne pourra plus ignorer les langues nationales encore très longtemps bien que la
plupart des gouvernements continuent de pratiquer une politique de non-
intervention à leur égard. Il est vrai, cependant, que les langues africaines les plus
faibles finiront pas faire les frais de cette politique de non-intervention. Il semble
que ce soit le prix à payer pour l'unité nationale et le développement économique
des États naturellement glottophages.

La plupart des États manifestent une certaine prudence en maintenant la


langue coloniale comme instrument véhiculaire et comme un outil de
développement économique. Rares sont ceux qui, à l'instar de la Somalie, font table
rase en imposant une nouvelle langue nationale. La politique la plus courante
consiste à promouvoir une langue nationale sans rejeter tous les apports de la
langue coloniale. On ne se débarrasse pas aisément de celle-ci à moins que le
consensus social ne soit suffisamment fort pour qu'on puisse imposer une langue
nationale dans toutes les sphères du pouvoir. Encore faut-il que cette langue
nationale soit utilisée et acceptée par l'ensemble de la population et qu'elle ait
bénéficié d'importants travaux de restauration terminologique. Ces conditions font
présentement défaut dans la plupart des pays analysés.

Les linguistes sont maintenant tous d’accord pour reconnaître la spécifité


du français d’Afrique encore méprisé par les usagers. L’étude n’en a guère été
commencée que vers 1970, alors que les méthodes d’enseignement, élaborées dans
les années 60, ne la prennent pas en compte. L’A.U.P.E.L.F.,en réunissant
périodiquement depuis dix ans une table ronde des Centres de linguistique
appliquée d’Afrique noire, a permis, en ce domaine, des progrès considérables mais
encore insuffisants. D’après J.Picoche et C.Marchello-Nizia, “il est souhaitable que
les “commissions de normalisation” travaillent à réduire la distance qui sépare le
français scolaire du français extra-scolaire. Elles doivent définir et admettre
comme non déshonorante une norme régionale, chemin vers la norme
internationale qui évite la rupture de compréhension entre francophones. Donner
la maîtrise de cette diglossie aux apprenants pourrait être leur objectif
pédagogique.”

Pour l’avenir du français on peut envisager, d’après J.Picoche et


C.Marchello-Nizia, diverses hypothèses dont la réalisation dépend de l’équilibre

22
futur des civilisations et de l’importance plus ou moins grande que prendront les
langues nationales :
1) Rejet pur et simple, au profit de langues locales? Le français
disparaîtrait en quelques générations comme il a jadis disparu
d’Angleterre, en ne laissant que des traces lexicales. Mais en Afrique
noire cela paraît peu vraisemblable à moyen terme.
2) Africanisation du français, francisation des langues négro-africaines
comparables à la fusion du latin vulgaire et du francique? Une telle
évolution, vraisemblable jadis, ne manquerait pas, aujourd’hui, d’être
freinée par la scolarisation et l’influence des médias.
3) Recul du français devant des langues internationales concurrentes :
swahili, qui touche déjà environ 50 millions de locuteurs africains,
surtout dans les pays ex-anglais; anglais, en faveur duquel joue le poids
démographique et économique et le dynamisme du Ghana, du Liberia,
du Nigeria qui cherchent à développer leurs relations avec les pays
francophones? Si la France ne veille pas à garder à sa langue un statut
scientifique et technique, l’Afrique noire, ainsi que toute l’Afrique
francophone, passera un jour à l’anglais, non sans difficultés aggravant
ses handicaps économiques.
4) Persistance du caractère “privilégié”d’une langue française capable de
soutenir la concurrence de l’anglais et coexistance durable avec les
langues nationales, chacune répondant à des besoins différents, comme
le latin en Europe jusqu’au XVIIe s.
Sauf bouleversements imprévisibles, les troisième et quatrième hypothèses sont les
plus vraisemblables. A moyen terme, on peut être raisonnablement optimiste quant
à l’avenir du français en Afrique où, pour des raisons démographiques, se joue
peut-être l’avenir de la francophonie.

23
Estimation du nombre de francophones dans l’Afrique noire

tableau no1
Francophones Francophones Francophones
PAYS
-langue -langue -total-
maternelle- seconde-
AFRIQUE 991 000 26 488 000 27 479 000
Afrique noire
(subsaharienne): 633 000: 13 585 000: 14 218 000:
Bénin 20 000 600 000 620 000
Burkina-Faso 10 000 400 000 410 000
Burundi 10 000 300 000 310 000
Cameroun 60 000 1 400 000 1 460 000
Centrafrique 10 000 300 000 310 000
Comores 3 000 20 000 23 000
Congo 25 000 500 000 525 000
Côte-d’Ivoire 150 000 2 500 000 2 650 000
Djibouti 15 000 20 000 35 000
Gabon 35 000 300 000 335 000
Guinée 15 000 500 000 515 000
Madagascar 30 000 1 000 000 1 030 000
Mali 10 000 600 000 610 000
Maurice 40 000 300 000 340 000
Mauritanie 8 000 100 000 108 000
Niger 15 000 300 000 315 000
Rwanda 10 000 400 000 410 000
Sénégal 60 000 700 000 761 000
Seychelles 2 000 10 000 12 000
Tchad 10 000 300 000 310 000
Togo 15 000 500 000 515 000
Zaïre 60 000 2 500 000 2 560 000

Angola, Cap-Vert,
Mozambique,
Guinée-Bissau, Saint
Thomas et du Prince,
Guinée Équatoriale 1 000 20 000 21 000

République Sud-
Africaine 9 000 5 000 14 000

Autres États au Sud


du Sahara 10 000 10 000 20 000

24
Carte no1

25
Carte no2

26
SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES

Les ouvrages

1. Atlas de langue française. Bordas, Paris, 1995.


2. Depecker L. Les mots de la francophonie / Préface d’A.Rey. Éditions Belin,
1990.
3. France Informations / Le français dans le monde. L’Afrique. No 122, 1984.
4. Walter H. Le français dans tous les sens. Éditions Robert Laffont, S.A.,
Paris,1988.
5. Picoche J., Marchello-Nizia C. Histoire de la langue française. Nathan, Paris,
1991.
Les sites de l’internet

6. Aménagement linguistique dans le monde. Université Laval, 1999,


http://www.ciral.ulaval.ca/alx/amlxmonde/accmonde.htm
7. Dictionnaire des identités culturelles de la francophonie. 1999,
http://www.synec-doc.be/francite/lxid/lxid102.htm#Heading27

27

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