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Politiques migratoires belge et européenne

4 avril 2018
Plan

1. Présentation du CIRÉ
2. Revenir sur quelques notions, définitions, constats
3. La politique migratoire belge
4. La politique migratoire européenne
5. La représentation des migrants et les préjugés
CIRÉ
Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers
➢Créé en 1954
➢Coupole de 24 organisations francophones pluralistes: réflexion et action
concertées, objectifs politiques communs en matière d’asile et d’immigration
➢Défense des droits et intégration des étrangers vivant en Belgique avec ou
sans titre de séjour
➢Action qui se décline en 3 axes:
▪action politique et sensibilisation
▪services et projets
▪mise en commun d’acteurs – positions, actions (Caravane des sans
papiers, plateforme des initiatives citoyennes)
Qui sont les migrants?
Migrant: se dit d'une personne qui quitte son pays légalement ou non,
temporairement ou définitivement, de manière volontaire ou forcée pour s'installer
dans un pays dont elle n'a pas la nationalité

« Émigré » = point de vue du pays d'origine


« Immigré » = point de vue du pays d'accueil
« Migrant » = personne se trouvant dans le processus de migration

Étranger: se dit d'une personne qui n'a pas la nationalité du pays dans lequel elle
réside

=> On peut être migrant sans être étranger et étranger sans être migrant
Quelques définitions

•Demandeur d'asile : personne qui a fui son pays en raison de persécutions ou de traitements
inhumains ou dégradants et qui demande une protection à un autre État
•Demandeur d'asile débouté : personne qui n’a pas obtenu de décision positive à sa
demande d’asile
•Réfugié : personne qui a fui un conflit armé ou la persécution et a obtenu la protection
internationale de la Belgique sur base de la Convention de Genève suite à une demande d'asile
•Étranger en séjour régulier : personne qui dispose d'un titre de séjour en Belgique
(regroupement familial, études, travail, régularisation ...) et qui est inscrite dans les registres de
population
•Personne « sans papier » ou en séjour irrégulie r: personne qui n'a pas ou plus de titre de
séjour en Belgique

•Personne régularisée : personne qui a reçu un titre de séjour (souvent temporaire) alors
qu‘elle n’avait pas ou plus de droit de séjour en Belgique, suite à une demande de
régularisation
•Migrant « en transit » : personne qui pourrait à terme se retrouver dans une des catégories
précitées mais qui n’a pas encore entamé de démarches pour un séjour en Belgique (ex: parc
Maximilien)
La migration
Fait de quitter son pays/sa région d'origine pour aller vivre dans un autre pays/région

« Toute personne a le droit de quitter son pays d'origine et d'y revenir » (DUDH)

MAIS il n'existe pas de droit à l'immigration, le principe de souveraineté des États


prévaut

En principe : il faut demander une autorisation (visa) depuis son pays d'origine au
pays dans lequel on souhaite aller (souveraineté des États) mais de nombreuses
personnes n'entrent pas dans les conditions souvent strictes des visas

Migrations « légales » et « illégales » : certaines personnes n'auront pas d'autre choix


que de recourir à des passeurs et d’emprunter des routes migratoires dangereuses
pour survivre
Pourquoi les migrants viennent-ils?
La migration est un phénomène profondément humain - une recherche
d'équilibre (dans un contexte d’inégale répartition des richesses et du bien-être)

Les causes et les raisons sont multiples, se recoupent :


⚫Insécurité : guerres, violences, situations politiques instables

⚫atteintes aux droits et discriminations

⚫inégalités socio-économiques, pauvreté

⚫50 % de la population vit avec moins de 2 dollars/jour

⚫17 % de la population se répartit 73 % des richesses

⚫climat et environnement

⚫absence d’infrastructures (santé, éducation…), formation, études

⚫liens sociaux

⚫regroupement familial

=> La distinction « politique » / « économique » est réductrice et dangereuse


« La migration est une recherche d'équilibre », un
phénomène profondément humain
Les réfugiés
L'Europe et la Belgique n'accueillent pas « toute la misère du monde »

Les migrants représentent 3% de la population mondiale, l’Europe accueille 8%


des réfugiés.

UNHCR : 65,6 millions de déplacés forcés dans le monde fin 2016 =


conséquence des nombreux conflits dans le monde et de la crise syrienne = 20
nouveaux déplacements/minute = 28.300 personnes fuient chaque jour leur
logement en raison d’un conflit ou d’une persécution
• 22,5 millions de réfugiés reconnus dans le monde
• 40,3 millions de déplacés internes
• 2,8 millions de demandeurs d'asile

86 % des réfugiés se trouvent dans des pays en développement et non dans les
pays riches (+ de 60% des migrants restent dans l'hémisphère sud)
51 % ont moins de 18 ans
Principaux pays d'origine : Afghanistan, Syrie, Sud-Soudan
•Durée moyenne du parcours d’un réfugié avant un éventuel retour = 17 ans
La politique migratoire belge
Quelques chiffres

Population en Belgique : 81 % de Belges, 11 % d'étrangers, 8 % d'étrangers « devenus


Belges »

Étrangers en séjour régulier : 1 million dont 2/3 d'Européens

Personnes sans papiers : environ 100 à 150.000 (environ 1 % de la population)

Demandes d'asile : 17.000 en 2014, 35.000 en 2015, 18.710 en 2016, 19.688 en 2017

Principales procédures de séjour en Belgique : regroupement familial, séjour sur base


des études et sur base du travail
Une multitude d’acteurs compétents
•Fédéral
•L'accès au territoire et les procédures de séjour et d'éloignement des étrangers : visas,

titres de séjour (compétence de l'Office des étrangers-OE)


•L’asile : (OE, CGRA-Commissariat Général aux Réfugiés et aux Apatrides, CCE-

Conseil du Contentieux des Étrangers)


•L'accueil des demandeurs d'asile (Fedasil) : l'aide matérielle (hébergement, nourriture,

soins, accompagnement social et juridique) à laquelle ont droit les demandeurs d'asile
pendant la durée de leur procédure

•Régional
•L'intégration : parcours d'intégration

•Le travail : délivrance et renouvellement des permis de travail

•Communautaire
•L'équivalence des diplômes étrangers
•Les DASPA (classes passerelles)
Le droit administratif des étrangers
Quelques principes

Le séjour limité (1 an) est la règle, le séjour illimité (5 ans) est l'exception
Le « droit administratif des étrangers » distingue le court séjour (moins de 3 mois)
et le long séjour (plus de 3 mois)
Le séjour obtenu conditionne les autres droits : droit au travail, droit à l'aide sociale,
accès à la nationalité belge... => plus le titre de séjour est stable (séjour illimité ><
séjour touristique, séjour provisoire, séjour d'1 an, ...), plus les droits sont étendus

Séjour « discrétionnaire » >< « Droit » au séjour


• Discrétionnaire : court séjour (touriste, visite familiale, affaires…), visas


humanitaires, séjour pour circonstances exceptionnelles et séjour pour
raisons médicales
• Droit : regroupement familial, asile, étudiants/chercheurs, victimes de traite,
résidents de longue durée, mineurs étrangers non accompagnés,
travailleurs hautement qualifiés
Rapport Myria 2017
L’asile en Belgique

Top 10 des nationalités des demandeurs d’asile en 2017 : Syrie,


Afghanistan, Irak, Guinée, Albanie, Palestine, RDC, Russie, Erythrée,
Turquie

Taux de protection : 50,7 % (57 % en 2016, 52,7% en 2015, 46,8 % en


2014 et 29,2 % en 2013)

Top 3 des nationalités des réfugiés reconnus : Syrie, Afghanistan, Irak

Top 3 des nationalités des bénéficiaires de la protection subsidiaire :


Afghanistan, Syrie, Irak
État de la politique migratoire belge

Pas le plus mauvais élève de la classe européenne… mais vision étriquée et


globalement injuste et absurde, dans un monde « globalisé »

Politique de fermeture et de lutte contre les « abus »


•sentiment du gouvernement de mener une politique « ferme… mais juste et
humaine »!
•accord de gouvernement 2014
•logique restrictive (au niveau des droits des migrants) et logique répressive

Discours amalgamant, stigmatisant, voire criminalisant qui renforce l’image négative


du migrant et du demandeur d’asile

Suspicion permanente en toile de fond


Bilan belge
Asile et accueil en Belgique : accélération des procédures, lutte contre les « abus »
(demandes multiples), extension de la liste des pays « sûrs », campagnes de dissuasion,
réduction de l’accueil en logements individuels, extension des possibilités d'exclusion et de
retrait du statut de protection, limitation dans le temps du séjour octroyé aux réfugiés
reconnus, allongement des délais de traitement de procédure de regroupement familial, lois
« mammouth » de juin 2017, violation de la protection de la vie privée, bénéfice du doute
remis en cause
Séjour : redevances administratives pour visas et demandes de séjour, amendes
administratives à l’encontre des sans papiers, limitation des régularisations, renforcement
de la lutte contre les mariages/cohabitations de complaisance, conditions d’accès à la
nationalité plus strictes, augmentation des opérations policières visant l'arrestation des sans
papiers (parc Maximilien, contrôles STIB/police, opération policière à l’association Globe
Aroma...), loi sur les visites domiciliaires, etc.
Priorité de la politique du gouvernement fédéral = centres fermés et expulsions (budget +35%
depuis 2014): extension des centres fermés, volonté de remettre les familles avec enfants en centres
fermés (juin 2018)
La politique migratoire
européenne
La politique européenne
Principe : libre circulation des personnes au sein de l’espace européen = une
frontière extérieure commune à contrôler

Tentative de développer une politique commune en matière d’asile et d’immigration


=> objectifs: harmoniser et solidarité entre États membres

Triple souci des pays européens :


•protéger le marché du travail et les acquis sociaux
•assurer la sécurité du territoire
•protéger l'identité européenne

« Europe forteresse » : l'accès au territoire devient une exception ou une faveur,


plus qu'un droit => l'immigration est perçue comme un problème => politiques
incohérentes, contreproductives, inefficaces et chères (au niveau financier et
humain)

➢Bilan sombre… et pourtant, toujours plus de la même chose…


La politique européenne
Durcissement face à la « crise » de 2015
Renforcement du contrôle et de la surveillance des frontières européennes
Fermeture progressive de nombreuses frontières (fermeture officielle de la route des
Balkans le 8 mars 2016)
Construction de murs anti-migrants (aux frontières Grèce-Turquie, Bulgarie-Turquie,
Hongrie-Serbie, Autriche-Slovénie)
Externalisation = Accord UE-Turquie : endiguer l’immigration irrégulière vers l’Europe,
casser le business plan des trafiquants et sauver des vies en mer. Moyen : quiconque arrive
de la Turquie sur les îles grecques après le 20.03.2016 est renvoyé en Turquie + plan « 1
pour 1 » - réinstallation
• 750 millions € + 4.000 agents (sécurité, militaire, traducteurs, etc…)
• les hotspots en Grèce sont devenus des centres fermés
• Vague migratoire brisée mais conditions d’accueil inhumaines
• États UE : seuils de relocalisation non atteints
Durcissement des lois à l’égard des migrants et demandeurs d’asile, restriction des droits
des réfugiés et lutte contre la migration irrégulière/les passeurs en Méditerranée
La politique européenne
Quelles conséquences ?

Les personnes fuyant la guerre et la persécution n’ont pas de voies légales et


sûres pour venir en Europe

CONSÉQUENCES :

•Dans les pays d’origine : “délit d’émigration” (Maroc, Algérie, Tunisie, Sénégal, Serbie...) :
transformation de l’aide au développement

•Sur le chemin et dans les pays de transit : nouvelles routes, développement du trafic
d’êtres humains et de passeurs, pratiques répressives (traitement, refoulements…),
« transit » devient « destination »

•Aux frontières de l’UE : contrôles, refoulements, morts

•En Europe, pour les migrants : séjour irrégulier, non-respect des droits fondamentaux,
stigmatisation et criminalisation, exclusion et exploitation
La politique européenne
Bilan
Les mesures prises par l’UE et ses États membres sont insuffisantes et inadéquates
pour empêcher l’arrivée des migrants sur le territoire européen

L’Europe, fondée sur des valeurs humanistes, a les moyens et la responsabilité de


faire plus et d’ouvrir plus largement ses portes aux migrants

Les tragédies en mer et aux portes de l’Europe ne cesseront pas :


•si on ne développe pas des canaux de migration légale vers l'Europe

•si on ne revoit pas le système Dublin

•si on n'augmente pas la capacité de réinstallation des réfugiés

•si on ne développe pas la possibilité d'octroi de visas humanitaires (pour accéder

sans danger au territoire européen)


•si on ne met pas en place un vrai plan de sauvetage en mer au niveau de l'UE
La campagne du CIRÉ
Avec vous, continuons à faire reculer les préjugés!

https://www.youtube.com/watch?v=p7B3Q25GfbI
Merci pour votre attention!

Pour toute demande d’information ou question:


www.cire.be
cire@cire.be
02/629.77.10

Permanences socio-juridiques : 9h-12h30 et 9h-16h par téléphone