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ECOLE SUPERIEURE DE COMMERCE D’ALGER

Evolution de l’économie algérienne : 1985-2014


Un exercice d’analyse macroéconomique

Document d’appui au cours de macroéconomie approfondie

Application à l’économie algérienne

2ème année Master

Elaboré par :
Pr ILMANE Mohamed-Chérif

12/2016

1
Introduction
L’objet du présent document est un exercice d’analyse de l’évolution de l’économie
algérienne de 1985 à 2014. Il s’inscrit dans le cadre du cours de "macroéconomie
approfondie" dispensé à l’Ecole Supérieure de Commerce d’Alger. Il s’agit donc
d’une analyse macroéconomique qui répond à la fois à la nécessité et au besoin des
étudiants d’appliquer leurs connaissances théoriques sur le cas concret d’une
économie réelle.
Etant macroéconomique, cette analyse sera menée sur la base des principaux
indicateurs macroéconomiques: le produit intérieur brut, la consommation,
l’investissement, l’inflation, le chômage, la monnaie, le déficit budgétaire, le compte
courant, la dette extérieure, le taux de change… avec pour objectif de capter les
relations entre eux telles que postulées par la théorie... L’appréciation de ces
relations se fera en liaison d’une part, avec les conditions économiques, mais aussi
sociales et politiques prévalent, et d’autre part, avec les politiques économiques
publiques mises en œuvre durant cette période. Seront ainsi combinées, en
incessant va-et-vient, les trois composantes de l’analyse économique : la théorie,
l’histoire (les faits historiques) et les données statistiques.
Les conditions économiques, politiques et sociales prévalent au cours des trois
dernières décennies appellent à distinguer, dans un premier temps, entre deux
grandes périodes caractéristiques: la période 1985-1998 et la période 1999-2014.
La première période (objet de la première section) s’est caractérisée par une crise
économique profonde suite au contre-choc pétrolier de 1985-86. Dans le même
temps, furent engagées les réformes structurelles visant la transition de l’économie
algérienne vers une économie de marché. Ces réformes ont été concrétisées sur le
plan formel par un certain nombre de textes législatifs et réglementaires1. Aussi,
deux programmes de confirmation (standby), d’une année chacun, ont été mis en
œuvre en 19892 et en 1991 avec l’appui du FMI.
Pour autant, ces tentatives de réformes structurelles n’ont pas eu raison de la crise
qui devint chronique ; elle a été aggravée, il est vrai, par la crise politique et sociale
et sécuritaire non moins profonde de ce début des années 90.
Ayant culminé en 1993, cette crise ne fut résorbée graduellement que grâce à un
double programme de stabilisation macroéconomique et d’ajustement structurel
(1994-98), couplé avec le rééchelonnement de la dette extérieure, mis en œuvre
sous l’égide du FMI et de la Banque Mondiale.
La deuxième période (objet de la section deuxième section) se caractérise, outre le
retour progressif du calme sur les fronts politique, social et sécuritaire, par la volonté
des pouvoirs publics de relancer la croissance économique en vue d’absorber le
1
On peut citer en particulier, les lois de 1988 sur l’autonomie des entreprises publiques marquant le
désengagement de l’Etat du rôle d’investisseur-producteur. Il y a eu surtout, la loi 90-10 sur la monnaie et le
crédit qui a engagé résolument le train des réformes institutionnelles à partir du système bancaire. On peut citer
également la loi 90-11 relative au marché du travail ; le décret exécutif supprimant le monopole de l’Etat sur le
commerce extérieur…
2
Bénéficiant d’un financement sur la base de la cote part or du pays, le programme de 1989 n’était pas assorti de
conditionnalités spécifiques du FMI (voir statuts du FMI).

2
chômage, qui s’était aggravé avec l’ajustement structurel, et d’améliorer les
conditions de vie de la population durement touchée par la crise multiforme et par ce
même ajustement structurel. Cette relance est assurée notamment, par une politique
budgétaire expansionniste, favorisée, il est vrai, par une conjoncture pétrolière
mondiale exceptionnellement favorable et prolongée.
En raison notamment de son actualité, nous accorderons davantage attention à la
dernière période. Aussi et étant un exercice d’analyse économique, les aspects
politiques et sécuritaires ne seront pas abordés ; ils resteront en toile de fond.
I.- La période 1985-1998
Crise, stabilisation et ajustement structurel.
Deux principaux faits caractérisent le début de cette période. L’un est d’ordre
structurel, l’autre est d’ordre conjoncturel.
Le fait structurel, et doctrinal, consiste dans l’abandon, depuis 1985, de la
planification centralisée impérative, comme système d’organisation et de gestion de
l’économie3. Dans le même temps, s’amorça la réflexion sur la réforme en vue de la
transition vers une économie de marché. Cette réflexion s’était concrétisée par
l’arsenal de lois de janvier 1988, notamment celles relatives à l’autonomie des
entreprises publiques économiques, qui consacrèrent le principe de désengagement
de l’Etat de son rôle d’″investisseur-producteur″ pour se consacrer à celui de
″régulateur″. La promulgation de la loi 90-10 du 10/04/90 relative à la monnaie et au
crédit, tout en couronnant la réforme institutionnelle, marque de manière décisive le
démarrage du processus de transition à partir du système bancaire.
Le fait conjoncturel consiste dans le ″contre-choc pétrolier″ qui a révélé la fragilité
de l’économie algérienne. Cette fragilité est due d’une part, à l’essoufflement, voire
l’échec, de la politique de développement fondée sur le modèle des ″industries
industrialisantes″ et la planification centralisée impérative et d’autre part, à la
dépendance des hydrocarbures en tant que principale source de financement de
cette politique. Ainsi, suite au contre-choc pétrolier qui a vu le prix du baril baisser de
moitié en 1986, l’économie algérienne allait connaître une crise profonde prolongée,
aggravée par une crise politique et sociale du début des années 1990. Sur le plan
économique, la crise a culminé en 1993. Sa résolution a nécessité un traitement de
choc. Il fallait recourir au soutien du Fonds Monétaire International et de la Banque
Mondiale pour élaborer et mettre en œuvre un double plan, de stabilisation
macroéconomique et d’ajustement structurel (1994-1998), et rééchelonner la dette
extérieure dont le service est devenu insupportable pour la balance des paiements.
L’observation des données relatives aux principaux indicateurs macroéconomiques
(voir annexe 1) permet de distinguer clairement entre deux grands moments. Le
premier se situe dans la sous-période 1985-93 ; c’est la crise économique (I.-1). Le

3
En fait, la planification a été reléguée au second plan avec la fin du deuxième plan quadriennal 1973-77. Les
deux années 1978-99 ont été allouées au bilan des deux plans quadriennaux (1970-73 et 1994-77). Sa reprise à
partir de 1980, avec le premier plan quinquennal 1980-84, fut plutôt formelle et aucun bilan n’en a été établi.
Le deuxième plan quinquennal 1985-89 n’a pas quitté les tiroirs du ministère de la planification.

3
second se situe dans la sous-période 1994-98 ; c’est la stabilisation
macroéconomique et l’ajustement structurel (I.-2).
I.-1- La crise économique (1985-1993)
Le première sous-période se caractérise par une nette tendance à la stagnation,
voire à la régression, de la croissance économique accompagnée d’une inflation
galopante et d’un chômage croissant. C’est peu dire qu’il s’agissait d’une situation de
stagflation4. En effet, on a d’un côté, le PIB qui régresse et, de l’autre, l’inflation et le
chômage qui augmentent.
La cause directe de la régression économique remonte au contre-choc pétrolier de
1985/86. La division par deux du prix du baril, qui passe, en moyenne, de de 29,9$
en 1985 à14,9$ en 1986, a réduit à due concurrence les ressources en devises du
pays. En plus de la réduction de leur montant, leur pouvoir d’achat s’était également
amenuisé du fait de la dépréciation du dollar mettant ainsi en difficulté le système
productif algérien qui dépendait fortement d’inputs importés. Ce sont donc les termes
de l’échange du pays qui se sont effondrés.

Cette crise de la croissance économique est devenue, au fil des ans, une récession
durable. Elle a atteint un record de –2, 1 % en 1993 (voir graphique 1).
L’inflation, de plus en plus ouverte, est alimentée par un déficit budgétaire accru
accompagné d’une croissance excessive de la masse monétaire (M2).

4
Il s’agit de la contraction des deux mots " stagnation" et " inflation". Ce néologisme a été employé pour la
première fois, en 1965, par le ministre britannique des finances, Ian Macleod, pour décrire la situation de
stagnation et d’inflation élevée qui caractérisait alors l’économie du Royaume-Uni à une époque où tous les
autres pays développés connaissaient une forte croissance. Mais, au cours des années 1970, et spécialement
avec l’effondrement du système monétaire international et la première crise pétrolière (1971-73), la stagflation
a touché un grand nombre de pays développés. Ce fut la fin des trente glorieuses (1945-75).

4
Historiquement, on peut faire remonter l’origine de l’inflation des années 90 à la
période de la planification centralisée. La principale cause résidait dans le
financement monétaire accru des investissements planifiés, notamment à partir des
années 76/77 et plus particulièrement durant la première moitié des années 80, avec
la ″rebudgétisation″ des dépenses des investissements planifiés. Dans le même
temps, la production était loin d’être au rendez-vous. Mais en raison du contrôle
administratif des prix, l’inflation fut largement réprimée. Ce n’est qu’avec la
libéralisation de l’agriculture et donc des prix des produits agricoles, à partir des
années 1982/83, que l’inflation devint partiellement ouverte.
A partir de 1987/88, le taux de change du dinar, qui était également sous contrôle
administratif, entra dans une phase d’ajustement progressif discrétionnaire, appelé
alors glissement contrôlé. La première dévaluation, annoncée officiellement, a eu lieu
en septembre 199, elle était de 20%. Il s’agissait de la mise en œuvre d’une des
principales mesures de l’accord de confirmation (standby agreement) avec le FMI
(06/1991–05/1992). Au total, le taux de change, qui était de 4,85 DA pour 1 $US à fin
1987, a atteint 19 DA pour 1 $US à fin 1991, soit une dépréciation nominale de près
de 300%.
La levée progressive du contrôle administratif des prix, au cours des années
1990/95, ne pouvait que faire exploser l’inflation. Et à l’inflation domestique, s’ajoutait
l’inflation importée suite à la libéralisation progressive des importations et la poursuite
de l’ajustement du taux de change du dinar (entendre dévaluation discrétionnaire).
Le comportement du solde budgétaire est lié fondamentalement à la conjoncture
pétrolière et à l’évolution du taux de change DA/$US. Ceci se comprend dans la
mesure où 50 à 60% des recettes budgétaires ont pour origine la fiscalité pétrolière.
Le budget dépendait donc substantiellement des recettes d’exportations des
hydrocarbures, dont les prix sont libellés en dollar US, et, bien entendu, du taux de
change dinar/dollar.
Par ailleurs, l’aggravation de la crise sur les fronts politique et social, en ce début des
années 1990, a conduit les pouvoirs publics à accorder d’importantes augmentations
des traitements des fonctionnaires et des salaires des travailleurs des entreprises
publiques5, ce qui aggrava et le déficit public et le déficit des entreprises publiques.
Or, ces dernières, structurellement déficitaires, finançaient les salaires par des
découverts bancaires. Les banques, qui étaient alors toutes publiques, étant elles-
mêmes structurellement illiquides, se refinançaient automatiquement, et souvent à

5
Cette décision, prise (dans le cadre de la tripartite), juste avant les élections législatives de décembre 1991, était
contraire à ce qui était convenu dans le cadre du standby, ce qui a poussé le FMI à suspendre l’accord en
refusant de débloquer la deuxième tranche du financement prévu et finalement à le rompre carrément. Le
manque de ressources en devises qui s’en est suivi a conduit à une contraction des importations et finalement à
la chute de la production.
Il convient de noter que l’accord de confirmation de 1991 n’a pas bénéficié d’une acceptation consensuelle
minimale notamment de la part des partenaires sociaux (surtout le syndicat des travailleurs, mais aussi celui
des entrepreneurs publics). Même au sein du gouvernement, il n’était pas tout à fait acquis. Ainsi, juste après
sa signature le 3 juin, le gouvernement Hamrouche est tombé. Dès son installation le 20 juin, le gouvernement
Ghozali (celui-ci était ministre des affaires étrangères du gouvernement Hamrouche) a procédé à la
renégociation dudit accord…qu’il n’a pu, cependant, mener à en raison de fortes pressions politiques et
sociales adverses.

5
découvert, auprès de la Banque centrale. Ainsi, le déficit budgétaire et les
découverts bancaires donnaient lieu automatiquement à la création de la monnaie de
base (monnaie fiduciaire). Mais à partir de 1992, les découverts bancaires, qui sont
en réalité des quasi-déficits budgétaires, sont progressivement transformés en dette
publique puisqu’ils sont rachetés par le Trésor en contrepartie d’obligations
rémunérées au profit des banques, ce qui contribue à l’aggravation du déficit
budgétaire (voir graphiques 2 et 3).

Dans ce contexte, la politique monétaire ne pouvait être qu’accommodante. Il


s’agissait alors d’éviter non seulement le risque de mettre le système bancaire en
situation d’insolvabilité, mais aussi de provoquer des conflits avec le front social à
l’issue incontrôlable. Dans ce contexte, le seul objectif de la politique monétaire, qui
pouvait être poursuivi, était de s’efforcer de contenir la dérive monétaire en contenant
un tant soit peu l’emballement des crédits à l’économie.

6
L’instrumentation qui s’imposait, pour ce faire, ne pouvait être à son tour qu’une
instrumentation directe. En effet, les taux d’intérêt ne pouvaient jouer réellement leur
rôle dans l’allocation des ressources étant donné la situation économique globale,
particulièrement celle des entreprises publiques, et le niveau élevé d’inflation qui les
rendaient négatifs en termes réels.
Le principal instrument qui restait entre les mains de la Banque centrale était le
réescompte. Même cet instrument, qui est de nature indirecte, ne pouvait être en
réalité utilisé comme tel. Il a fallu introduire une norme consistant dans son
plafonnement. Aussi, le plafonnement global du réescompte s’était avéré insuffisant,
car l’une ou l’autre banque, domiciliataire d’entreprises ou d’offices publics
"créditivores", pouvait absorber une part de lion. D’où l’introduction du plafonnement
par banque. Ainsi d’un instrument indirect, le réescompte est transformé en
instrument direct.
Il convient d’observer qu’il est souvent arrivé que les banques, ne pouvant
consommer totalement leur "cote" de réescompte, faute d’effets exigés pour le
réescompte, recourent aux découverts en compte courant au taux pénalisant
atteignant les 20 %. En fait, les banques refinançaient, auprès de la Banque centrale,
les soldes débiteurs des comptes courants des entreprises publiques
structurellement déficitaires. Ces soldes, tout en augmentant par de nouveaux
découverts, s’autoalimentaient très probablement par d’importants agios6, d’où
l’emballement des découverts. Ces découverts avaient également une autre source à
savoir l’accumulation d’importantes pertes de change consécutives aux ajustements
successifs que le dinar a subis depuis 1987/88.
Alors que la Banque centrale avait un grand mal à contenir l’emballement des
découverts des entreprises publiques auprès des banques, l’Exécutif suspendit la
disposition de la LMC (art.78) qui limitait son recours à ses avances. C’est ainsi que
l’article 172 de la loi de finances pour 1993 disposa que :
«…le plafond au 31 décembre des avances cumulées consenties au Trésor par
la Banque d’Algérie est fixé à cent soixante-dix milliards de DA
(170.000.000.000 DA) ».
Ces avances représentaient 53,6 % des recettes budgétaires ordinaires de l’exercice
écoulé qui s’élevèrent à 317 milliards DA. Même si l’on exclue le stock d’avances
préexistant qui s’élevait à 110 Md DA7, les nouvelles avances, soit 60 Md DA, n’en
constituèrent pas moins quelque 18,3% de ces recettes au lieu du maximum de 10%

6
Bien que la réglementation (règlement 08-91 portant organisation du marché monétaire) précise que le "billet
global de mobilisation" que les banques peuvent présenter au réescompte doit contenir le principal des crédits
uniquement. Dans la réalité, il n’était pas évident de pouvoir s’assurer du respect par les banques de cette
disposition. En tout cas, il ne me souvient pas qu’un contrôle systématique ait été effectué pour s’en assurer, du
moins durant cette période.
7
Rappelons que la LMC (art. 213) obligeait le Trésor à rembourser sa dette vis-à-vis de la Banque centrale, telle
qu’elle se trouvait au jour de la promulgation de la loi, soit 110 Md DA, sur une période de 15 ans, moyennant
une convention entre les deux institutions. Cette convention n’a eu finalement lieu qu’en 1998. Le Trésor a
effectivement procédé au remboursement convenu. Vu l’importance des ressources dont il disposa par la suite,
il a été décidé de régulariser le solde restant à fin 2007.

7
admis par la loi8. Ce faisant, l’Exécutif a porté le déficit budgétaire de 12,2 Md DA en
1992 à 100,6 Md en 1993, ce qui représentait 1,2 % et 8,7% du PIB pour les mêmes
années, respectivement. Ce financement monétaire du déficit budgétaire n’a pas
manqué d’alimenter l’inflation dont le taux, qui a baissé entre 1992 et 1993 en
passant de 31,7% à 20,5%, a vite remonté pour atteindre 29% en 1994.
Sur le plan externe, la conjoncture économique a été marquée par un resserrement
sans précédent de la contrainte extérieure. L’alourdissement continu du service de la
dette extérieure (qui passe de 30 % du PIB en 1985 à 61,4% du PIB en 1991) a été
accompagné d’une forte réduction de sa maturité, soit plus de la moitié. En effet, de
87 mois en moyenne en 1985, la maturité de la dette extérieure s’était réduite à 40
mois à partir de 1989.
La principale raison de la réduction de la maturité de la dette extérieure résidait dans
le recours massif des entreprises publiques aux crédits commerciaux (fournisseurs et
acheteurs) pour financer aussi bien les inputs que les biens destinés à la
consommation finale et ce, en raison des difficultés, voire l’impossibilité, d’accès de
l’Algérie aux marchés financiers internationaux. Or, ces crédits sont essentiellement
de courte durée (moins de trois ans, voire d’un an et moins). De plus, le coût de ces
crédits, qui était déjà plus élevé, a généralement été incrémenté d’une prime,
appelée cyniquement ″sweetners″, qui variait de 25 à plus de 100 points de base au-
dessus du Libor.

Cette évolution de la dette extérieure (montant, maturité et coût) a aggravé


dangereusement le poids de son service qui passa de 37 %, du montant des
8
L’article 78 de la LMC limitait les avances de la Banque centrale au Trésor public à 10% des recettes
ordinaires de l’exercice budgétaire écoulé.

8
recettes d’exportations des biens et services, en 1985 à 74 % en 1991. Il atteignit le
record de 81,5 % à la fin de l’année 1993 (graphique 4).
Cette aggravation est accentuée par la fluctuation, avec une tendance à la baisse, du
prix du baril (graphique 5).
Les tentatives d’accélération du processus de transition initiées en 1991
notamment, par le programme d’assainissement financier et de restructuration
industrielle des entreprises publiques n’ont pas été menées à leur terme.

De même, les démarches auprès de certains créanciers (comme l’Italie) pour


"reprofiler"9 la dette extérieure n’ont pas eu de résultats palpables permettant de
soulager la balance des paiements. Aussi, le refus du FMI de débloquer la deuxième
tranche prévue par l’accord de confirmation de 1991 et la baisse du prix du baril n’ont
fait qu’aggraver la situation.
Enfin, l’approche de "l’économie de guerre" prônée par le Gouvernement Abdeslam
(juillet 92-août 93), supportée par une politique budgétaire expansionniste a eu
finalement pour résultat logique l’aggravation de la crise.
Au total, la situation économique à fin 1993 se présentait comme suit:
– l’aggravation de la récession économique (–2.1 %) ;
– l’accentuation des tensions inflationnistes (+ de 20 %), avec :
 une croissance rapide de la masse monétaire (+ de 21 %), et
 l’aggravation du déficit budgétaire (8,7 % du PIB) ;

9
Différemment du "rééchelonnement", le "reprofilage" consiste bien à rééchelonner la dette extérieure mais sur
une base bilatérale ; il n’est donc pas soumis au soutien de la Banque Mondiale et du FMI et à leur
conditionnalités, comme dans les cas du rééchelonnement. Au titre du reprofilage, deux accords ont été
négociés : le premier avec la SACE (Italie), en mai 1991, portant sur un montant de 2,3 milliards $US et le
second avec un groupe de banques commerciales ayant pour chef de file le Crédit Lyonnais, en mars 1992,
portant sur un montant de 1,5 milliards $US. Mais ces opérations étaient loin de soulager la balance des
paiements du fardeau du service de la dette extérieure qui était alors de 9,5 et 9,3 milliards $US en 1991 et
1992, respectivement.

9
– la hausse du taux de chômage (+ de 27 %)
– la détérioration accrue de la balance des paiements, avec :
 une chute des réserves de change qui couvraient moins de deux mois
d’importations, et
 un service de la dette extérieure atteignant 81,5 % du montant des recettes
des exportations des biens et services.
L’ampleur et la persistance des déséquilibres macro-financiers et macro-monétaires
internes et externes ont conduit tout naturellement à mettre en avant l’urgence de
leur résorption avant la relance de la croissance et la résorption du chômage.
Autrement dit, il fallait d’abord stabiliser le cadre macro-monétaire et macro-financier
interne et externe pour, ensuite, relancer la croissance économique qui permettra de
résorber, à terme, le chômage, tout en poursuivant les réformes structurelles. Etant
donné la forte contrainte externe, un tel objectif ne pouvait être envisagé sans l’appui
des institutions de Bretton Woods. D’où le recourt aux programmes de stabilisation
macroéconomique et d’ajustement structurel élaborés et conduits sous l’égide du
Fond Monétaire International et la Banque Mondiale (voir encadré 1).
I.-2- Stabilisation macroéconomique et ajustement structurel (1994-1998)
Dans un premier temps, les principaux problèmes immédiats auxquels il fallait
urgemment s’attaquer étaient donc la contrainte financière extérieure et l’inflation.
Eu égard à la gravité de la situation, la solution de la contrainte financière extérieure
a imposé le recours au rééchelonnement de la dette extérieure. Cependant, le
rééchelonnement ne pouvait être obtenu sans le soutien préalable des institutions de
Bretton Woods. Ceci s’est concrétisé, dans un premier temps, par un programme de
stabilisation macroéconomique d’une année.
Encadré 1 Stabilisation macroéconomique et Ajustement structurel
Les termes Stabilisation et Ajustement indiquent l’action.
La stabilisation est l’action de stabiliser. Stabiliser signifie rendre quelque chose stable c’est-à-dire
qui n’est pas sujet à variation, ou la ramener à l’état de stabilité qui est le caractère de ce qui tend à
demeurer dans le même état. Pour ce qui nous concerne, la stabilisation porte sur des variables
économiques, plus précisément macroéconomiques (inflation, chômage, PIB, balance des
paiements...). D’où la stabilisation macroéconomique ; on parle de programme de stabilisation
macroéconomique.
L’ajustement est l’action d’ajuster. Ajuster signifie mettre quelque chose aux dimensions
convenables, la rendre conforme à une norme. Pour ce qui nous concerne, l’ajustement porte sur les
structures et institutions économiques (le système des prix, les marchés, les lois économiques…).
D’où l’ajustement structurel ; on parle de programme d’ajustement structurel.
Les programmes de stabilisation macroéconomique et d’ajustement structurel peuvent être élaborés
et mis en œuvre à l’initiative du pays. Mais dans la pratique, on les associe systématiquement aux
interventions du FMI et de la BM. De telles interventions sont inscrites dans leurs statuts. Initialement,
Le FMI intervient dans la stabilisation et la BM dans l’ajustement. Aussi, les programmes de
stabilisation s’inscrivaient dans une perspective de court terme, alors que les programmes
d’ajustement structurel s’inscrivaient dans une perspective de moyen et long terme.
Le but des programmes de stabilisation macroéconomique est de résoudre des problèmes immédiats
qui appellent des interventions urgentes : juguler l’inflation, reconstituer les réserves de changes,
éliminer le déficit du compte courant, éliminer le déficit public…
Le but des programmes d'ajustement structurel est de résoudre des problèmes structurels qui
entravent la croissance économique : taux de change surévalué, contrôle des prix, encadrement du
crédit, droits de douanes trop lourds, monopole du commerce extérieur, subventions excessives. D’où

10
leur focalisation sur la libéralisation du commerce extérieur, les réformes du système financier et
bancaire, du régime fiscal et de tout le cadre légal régissant l'activité économique.
Auparavant, l’intervention du FMI se limitait à la correction des déséquilibres des balances des
paiements des pays membres qui demandent son financement. A partir des années 80, ses
programmes furent orientés quasi exclusivement vers les pays en développement suite notamment à
l’éclatement de la crise de leur surendettement extérieur. Il s’agissait alors de stabiliser la demande
globale, c’est-à-dire de la réduire compte tenu du niveau des ressources extérieures et donc du
rééquilibrage de la balance des paiements. Les programmes d’ajustement structurel, que conduit la
BM, consistent à introduire des changements dans les structures et les institutions économiques
globales et sectoriels (prix relatifs, législation du marché du travail, système fiscal…) afin de rendre
l’économie plus flexible et plus efficace pour une meilleure allocation des ressources permettant
d’assurer une croissance économique soutenue et durable.
Mais à travers le temps, ces programmes, ont substantiellement évolué dans leurs contenus surtout,
les programmes de stabilisation qui intègrent des éléments touchant les structures jusqu’à chevaucher
avec les programmes d’ajustement. De ce fait, les deux programmes sont devenus pratiquement
inséparables impliquant l’intervention simultanée et coordonnée des deux institutions.
Les programmes de stabilisation et d’ajustement structurel bénéficient de prêts des deux institutions
multilatérales mais également de prêts bilatéraux et d’institutions régionales. Ces prêts consistent en
l’apport d’argent frais permettant au pays d’avoir des liquidités immédiates. De plus et quand il s’agit
de résoudre le problème du surendettement, comme s’était le cas de plusieurs pays en
développement durant les années 80 et 90, le soulagement de la balance des paiements à moyen et
long terme implique le rééchelonnement de la dette. Pour cela, les créanciers se regroupent en deux
clubs : le club de Paris pour les créanciers privés et le club de Londres pour les créanciers publics.
Dans ce cas, les programmes de stabilisation et d’ajustement structurel viennent en garantie pour les
créanciers.
Ces programmes sont structurés autour de conditionnalités constituant le train de mesures que le
pays doit exécuter pour s’assurer que les prêts en argent frais et les ressources dégagées grâce au
rééchelonnement soient utilisés dans la réalisation de la stabilisation et la restructuration de
l’économie.
Il convient de remarquer, enfin, que les programmes de stabilisation et d’ajustement structurel que
mènent le FMI et la BM relèvent de la doctrine libérale; ils visent à renforcer, voire à instaurer les
mécanismes de l’économie de marché.

Dans un deuxième temps et sur la base des résultats du programme de stabilisation,


il fallait s’atteler à redresser la courbe de la croissance économique de manière
durable permettant de créer suffisamment d’emplois pour au moins stabiliser le
chômage. Cet enchaînement n’était cependant pas simple puisqu’il fallait en même
temps poursuivre le processus de transition, c’est-à-dire les réformes structurelles.
Ceci a conduit à l’élaboration, toujours sous l’égide des institutions de Bretton
Woods, d’un programme d’ajustement structurel de trois ans.
I.-2-1- Le programme de stabilisation macroéconomique
Le programme de stabilisation macroéconomique a couvert une période d’une année
allant du 10/04/1994 au 31/03/1995. Etant donnée la situation décrite
précédemment, la stabilisation impliqua la mise en avant d’un ensemble d’objectifs
externes et internes.
– Au plan externe, l’objectif prioritaire était de soulager la balance des paiements.
Pour cela, il fallait :
 réduire le fardeau du service de la dette extérieure à un niveau supportable; et
 ajuster le taux de change du dinar (le dévaluer).
– Au plan interne, l’objectif prioritaire était de ralentir les rythmes de l’inflation. Pour
cela, il fallait notamment:

11
 contenir l’expansion de la masse monétaire, dans des limites raisonnables; et
 réduire sensiblement le déficit budgétaire.
– Toujours sur le plan interne, il fallait mettre fin à la récession.
Concernant le premier objectif externe, sa réalisation a fait l’objet d’une politique à
part qui a consisté dans deux opérations : i) le rééchelonnement de la dette
extérieure à moyen et long terme publique ou officielle (auprès du Club de Paris) et
privée ou commerciale (auprès du Club de Londres) et ii) la recherche de prêts
multilatéraux (FMI, BM, CEE, FMA, BID, BAFD…) pour le soutien de la balance des
paiements.
Les résultats obtenus en matière de rééchelonnement étaient largement positifs. En
effet, en plus de 1,1 milliard $US alloués par le FMI au titre du programme de
stabilisation, l’Algérie a, dès juin 1994, obtenu le rééchelonnement de 4,5 milliards
$US auprès du club de Paris10. De ce fait, le poids du service de la dette s’était réduit
de 81,5 % à fin 93 à 47,2% à fin 94. En outre, les institutions multilatérales (CEE,
BM, Exim Bank Japon, et FMA) ont prêté à l’Algérie quelques 580 millions $US en
argent frais pour le soutien de la balance des paiements. Le tout a permis d’améliorer
le solde de la balance des paiements et de reconstituer les réserves de change. Ces
dernières ont atteint 2,64 milliards $US à fin 1994 (soit près de 3 mois
d’importations), contre 1,5 milliards $US à fin 1993 (soit moins de 2 mois
d’importations).
Quant au deuxième objectif externe, l’ajustement du taux de change du dinar, une
opération de dévaluation nominale d’environ 50% a eu lieu avec l’entrée en vigueur
du programme11.
Pour ce qui est des objectifs (quantitatifs) internes, leur réalisation a été confiée à
des politiques budgétaire et monétaire devant être mises en œuvre de manière
coordonnée.
L’objectif fondamental de la politique budgétaire était de réduire le déficit budgétaire
en contenant les dépenses publiques. Les mesures prises, pour ce faire, ont consisté
dans la réduction des dépenses d’équipement et des dépenses de fonctionnement
(notamment par la réduction des subventions des prix avec la poursuite de leur
libéralisation), tout en les contenant grâce au contrôle de la masse salariale de la
fonction publique (et celle des entreprises publiques). Par ailleurs, la dévaluation du
dinar a amélioré les recettes budgétaires issues des exportations des hydrocarbures.
La combinaison de ces mesures a permis de ramener le déficit budgétaire de 8,7 %
du PIB à fin 1993 à 4,4 % à fin 1994.

10
Ce montant couvre la totalité des échéances (principal et intérêts) exigibles mais non payées au 31/03/1994
ainsi que la totalité du principal et des intérêts exigibles entre le 1 er juin 1994 et le 31/10/1995. La période de
rééchelonnement était de 15 ans dont 5 ans de grâce (soit 24 semestrialités progressives commençant à partir
du 31/05/1998).
11
En fait, l’opération s’est déroulée en deux temps : un ajustement ″discret″ de quelques 7% a été opéré la veille
de l’entrée en vigueur du programme, puis une dévaluation de 40,17 % annoncée officiellement le jour de son
entrée en vigueur, soit le 10/04/1994.

12
Qu’en était-il du rôle de la politique monétaire dans la réalisation du programme de
stabilisation ?
En date du 09/04/1994, c’est-à-dire la veille de la mise en application du programme
de stabilisation, le Gouverneur de la Banque centrale a signé « l’instruction n° 16-94
relative aux instruments de la politique monétaire et au refinancement des
banques ». C’est la première fois, depuis 1990, qu’un texte réglementaire explicite a
été consacré à la politique monétaire et contenant à la fois ses objectifs et ses
instruments. Ainsi lit-on dans le paragraphe 5 de cette instruction ce qui suit :
« L’objectif principal de la politique monétaire est, de facto, la maîtrise du
rythme d’inflation au moyen notamment d’un contrôle prudent de l’expansion
monétaire et du crédit relativement à l’objectif d’inflation et de croissance. A
cette fin, un plafond de croissance des avoirs intérieurs nets du système
bancaire et un plafond de croissance des avoirs intérieurs nets de la Banque
d’Algérie sont mis en place » (je souligne).
Les résultats obtenus, grâce à la mise en œuvre de toute cette instrumentation,
peuvent être résumés dans ce qui suit :
– le taux de croissance de la masse monétaire (M2) devait passer de 21,5 % à fin
1993 à 15% à fin 1994. Dans les faits, il a été de 15,4 % ;
– le taux d’inflation (IPC du Grand Alger) devait passer de 20,5 % à fin 1993 à
38,7 % à fin 1994. Dans les faits, il a été de 29 %.
Au total, les résultats macro-financiers et macro-monétaires étaient donc plus que
satisfaisants.
Quant à la croissance économique, son taux devait passer de – 2,2 % en 1993 à 3% en
1994. Dans la réalité, il a été de – 0,9 %.
Pour plus de clarté et de cohérence, ces résultats seront commentés en même
temps que ceux du programme d’ajustement structurel dans la mesure où ils se
chevauchent pour l’année 1995.
Ce qu’il convient de souligner ici est que, tout comme la politique budgétaire, la
politique monétaire semble avoir atteint ses objectifs quantitatifs. On peut estimer
également que grâce à la mise en œuvre combinée des deux politiques, l’inflation a
été stabilisée et bien mieux que ce qui a été anticipé. Quant à la croissance
économique, bien qu’elle se soit quelque peu redressée, demeurait encore bien en
deçà de ce qui était projeté puisqu’elle était toujours négative. De même et de ce fait,
le chômage continue d’augmenter en passant 23,2% en 93 à 24,4% en 94.
La consolidation des résultats positifs du programme de stabilisation et l’instauration
de conditions de relance de la croissance économique, tout en poursuivant le
processus de transition, appellent la mise en œuvre d’un programme d’ajustement
structurel.
I.-2-2- Le Programme d’Ajustement Structurel
Le Programme d’Ajustement Structurel (PAS) a couvert la période de trois années
allant du 1er avril 1995 au 31 mars 1998. Venant à la suite du programme de
stabilisation, le PAS devait viser les principaux objectifs suivants :

13
– la préservation et la consolidation des résultats du programme de stabilisation
sur les plans interne et externe;
– la relance de la croissance économique qui soit durable et à fort contenu emploi
permettant de réduire le chômage ;
– la poursuite et l’approfondissement des réformes structurelles :
 sur le plan interne : poursuite de la libéralisation des prix, réforme du secteur
bancaire, privatisation des entreprises publiques (y compris l’une ou l’autre
banque)…
 sur le plan externe : poursuite de la libéralisation du commerce extérieur, mise
en place d’un régime de change flexible (établissement du marché
interbancaire des changes, convertibilité du dinar en matière de services :
santé, éducation, tourisme…) et réduction de la protection douanière dans la
perspective d’adhésion à l’OMC;
– l’amélioration du filet de protection des couches sociales les plus exposées aux
retombées négatives de l’ajustement structurel notamment, par la mise en place
du système d’allocation-chômage.
Aussi, fallait-il poursuivre les démarches auprès des différents créanciers pour
obtenir un rééchelonnement conséquent de la dette extérieure restante afin de
réduire substantiellement le poids de son service sur la balance des paiements. Dans
le même temps, il était nécessaire d’obtenir des financements, en argent frais,
auprès des institutions financières internationales pour soutenir le programme.
Sur le plan interne, la réalisation de ces objectifs a nécessité la mise en œuvre d’une
combinaison de politiques économiques à court et moyen terme conjoncturelle et
structurelle.
La politique structurelle devait prendre en charge la poursuite et l’approfondissement
du processus de transition vers l’économie de marché par la réforme des structures
existantes et/ou la mise en place de structures compatibles avec les mécanismes de
marché (liberté des prix, liberté du commerce extérieur, convertibilité, marché des
changes,…).
La politique conjoncturelle devait, quant à elle, comprendre des mesures
essentiellement financières et monétaires permettant de préserver les acquis du
programme de stabilisation et d’asseoir les bases de la relance de la croissance
économique permettant de stabiliser le chômage d’abord et de le réduire, ensuite.
C’est dans cette perspective que les politiques budgétaire et monétaire ont été
conçues et conduites, durant cette période, sous l’œil vigilent du FMI et de la Banque
mondiale.
Concernant la politique budgétaire, il était indispensable de poursuivre l’objectif de
réduction du déficit budgétaire, voire de l’éliminer à partir de 1996. Il fallait, ensuite,
commencer à enregistrer des excédents afin de faire face au remboursement de la
dette rééchelonnée et de renforcer l’épargne nationale permettant de financer
l’investissement nécessaire à la relance de la croissance économique. Les
principales mesures devant être prises, pour ce faire, visaient l’accroissement des
ressources de l’Etat et surtout, la rationalisation, voire la réduction, de ses dépenses.

14
L’accroissement des ressources devait se réaliser notamment par :
– l’amélioration du système de la valeur ajoutée (élargissement de l’assiette) ;
– l’amélioration du rendement (recouvrement) fiscal ;
– la lutte contre l’évasion et la fraude fiscales ;
– le recours à l’épargne privée ;
Quant à la rationalisation/réduction des dépenses publiques, elle devait s’opérer par :
– la maîtrise du train de vie de l’Etat ;
– la maîtrise de la masse salariale de la fonction publique et des entreprises
publiques ;
– la suppression des dépenses du fonds d’assainissement ;
– la suppression progressive de la subvention de la majorité des prix ;
– la rationalisation (entendre réduction) des dépenses d’équipement.

Concernant la politique monétaire, le principal objectif qui lui fut assigné était la
lutte contre l’inflation. Après la stabilisation des prix, il fallait réduire leur niveau :
c’est-à-dire parvenir à des rythmes d’inflation à un chiffre et comparables à ceux
des principaux pays partenaires de l’Algérie. Il s’agissait donc de procéder à la
désinflation. Pour ce faire, un ensemble de mesures permettant de mieux contrôler
la monnaie et le crédit étaient engagées, notamment:
– l’atténuation de la pression sur la liquidité bancaire en rendant les taux d’intérêt
flexibles (déréglementation de la marge bancaire, libéralisation des taux
débiteurs, les taux créditeurs étant libéralisés depuis 1991) et positifs en termes
réels (afin de contribuer à la mobilisation de l’épargne privée volontaire) ;
– le renforcement de la technique d’adjudication de crédits pour le refinancement
des banques parallèlement à l’assainissement de leur portefeuille ;
– l’introduction de la technique d’open market ;
– l’élargissement du marché monétaire par l’ouverture du guichet d’adjudication
des bons du Trésor.
Globalement, les principaux résultats quantitatifs obtenus peuvent être résumés dans
ce qui suit.
Sur le plan externe :
– le rééchelonnement de plus de 10 milliards $US de la dette extérieure publique
et privée a été obtenu, ramenant ainsi le ratio de son service de 47,2% en 1994 à
30,3% en 1997, avant de remonter à 47,7% en 1998;
– la balance courante qui devait rester déficitaire a été finalement excédentaire
avec un solde de 2 et 7% du PIB en 1996 et 1997, respectivement, avant de
redevenir déficitaire en 1998 avec un solde de -1,9%l;
– l’obtention de 2,23 milliards $US de financement en argent frais (auprès du FMI,
de la BM et du FMA) a permis d’accroitre les réserves de change qui ont atteint
4,2 et 8 milliards $US couvrant 4,5 et 9,4 mois d’importations pour les deux
années 1996 et 1997, avant de baisser à 7,6 milliards en 1998, suite au déficit du
compte courant ;

15
– la poursuite de l’ajustement du taux de change nominal du dinar qui passe, en
moyenne annuelle, de 47,7 DA pour 1$US en 1995 à 58,7 DA pour 1$US en
1998, soit un ajustement total de 23% avec un rythme annuel moyen de moins
de 5%.

Sur le plan interne :


– le taux de croissance du PIB réel, qui devait se situer entre 5 et 6% à partir de
1996 et 1997, n’a été que de 4,1% et seulement de 1,1%, pour les deux
années respectivement, avant de culminer à 5,1% en 1998;
– le taux de chômage, qui devait se stabiliser entre 22% et 23%, s’était aggravé en
s’élevant à plus de 28 % et à 28,3% pour les trois années du programme ;
– le taux d’inflation a connu une chute libre en passant de près de 30 % en 1995 à
18,6% en 1996, 5,7% en 1997 et 5%1998. De ce fait, les taux d’intérêt sont
devenus largement positifs en termes réels ;
– le solde budgétaire est devenu positif et s’éleva à 3% et 2,4% du PIB en 1996 et
en 1997, respectivement, avant de redevenir négatif en 1998 suite à la baisse
d’un tiers du prix du baril que la faible hausse du taux de change du dinar de
moins de 2% n’a pu compenser .

Il reste à présent à commenter les principaux résultats quantitatifs des deux


programmes de stabilisation macroéconomique et d’ajustement structurel.
I.-2-3- Commentaires sur les principaux résultats des programmes de
stabilisation et d’ajustement structurel
A.- Sur le plan externe
Le programme d’ajustement structurel a été soutenu par un accord de Facilité de
Financement Elargie (EFF : Extended Funds Facility) avec le FMI assorti d’un prêt de
1,8 milliard $US. Dès le lancement du programme, des négociations avec la BM
furent engagées pour un prêt de soutien aux réformes structurelles. C’est ainsi qu’un
accord a été conclu avec cette institution en avril 1996 pour un montant de 300
millions $US. De même, le FMA a accordé à l’Algérie, en 1996, un deuxième prêt, de
type EFF, de 130 millions $US pour le soutien de la balance des paiements.
Le soutien des institutions de Bretton Woods ont permis à l’Algérie de conclure un
deuxième accord de rééchelonnement avec le Club de Paris pour un montant de
près de 7 milliards $US12. Tout comme il lui a permis de conclure, en juin 1996, avec
le Club de Londres un accord de rééchelonnement de 3,23 milliards $US de la dette
commerciale13. Du fait de l’inclusion des intérêts dus, le rééchelonnement de la dette
extérieure a été au-delà de ce qui était attendu.

12
Ce deuxième accord a été signé en juillet 1996 avec 17 pays créanciers. Il portait sur le principal et intérêts
exigibles entre le 1er juin 1995 et le 31 mai 1998. La période de rééchelonnement était de 15 ans dont 5 ans de
grâce. Cette dette devait être remboursée en 25 semestrialités progressives débutant à partir du 30/11/1999.
13
En mars 1994, l’Algérie a engagé des négociations avec le comité directeur du Club de Londres pour le
rééchelonnement de la dette commerciale (bancaire). Un accord de principe a été trouvé dès septembre de la

16
Dans le même temps, l’Algérie a obtenu des financements appréciables (près de 6
milliards $US) auprès des organismes multilatéraux et régionaux.
La contrainte extérieure s’était donc significativement relâchée, d’autant plus que le
prix du baril s’était significativement redressé.

Le tout a permis rapidement (dès 1995) la couverture du déficit global de la balance


des paiements et la constitution de réserves de change dont le taux de couverture
des importations des biens et services est passé de moins de 3 mois en 1994 à près
de 10 mois en 1997 (voir graphique 6).
Cependant, l’année 1998, partiellement couverte par le PAS, a enregistré
d’importantes contre-performances. Comme on peut le constater, celles-ci
s’expliquent essentiellement par la chute de plus d’un tiers du prix du baril en
passant, en moyenne annuelle, de 19,4 $US en 1997 à 12,9 $US en 1998.

B.- Sur le plan interne


L’inflation a été stabilisée entre 1994 et 1995, mais à un niveau relativement élevé
variant entre 29 à 30 %. Je dis "relativement" élevé, en ayant à l’esprit le processus
de libéralisation des prix et surtout, l’ajustement du taux de change du dinar de 50 %
dès l’entrée en vigueur du programme de stabilisation qui prévoyait un taux
d’inflation de plus de 38 %. Cette stabilisation de l’inflation a été accompagnée par
une forte baisse du taux de croissance de la masse monétaire M2 qui passe de 21,5
% en 1993 à 10 % en 1995 (voir graphique 8).

même année et fut entériné par tous les membres en juin 1996. Les dettes rééchelonnées concernent les
échéances (principal et intérêts) exigibles entre le 1er mars 1994 et le 31 décembre 1997. La période de
rééchelonnement était de 15 ans et demi dont 6 ans et demi de grâce. Par ailleurs, cet accord prévoyait la
possibilité de conversion des dettes en prises de participation, le rachat et l’échange de dettes.

17
On peut donc inférer que la stabilisation de l’inflation est significativement liée à une
politique monétaire relativement restrictive14.
Mais ce résultat n’aurait certainement pu être atteint n’eût été une politique
budgétaire prudente, voire austère, qui a fait reculer sensiblement le déficit
budgétaire pour retrouver dès 1995 son niveau de 1992 (celui d’avant la décision du
gouvernement d’accroître le déficit budgétaire et de le financer par l’impôt d’inflation :
avances de la Banque centrale) (voir graphique 8).

Dans le même temps, la croissance économique a terminé sa régression en 1994


pour entamer sa pente positive dès 1995 (voir graphique 8bis).
Quant au chômage, il ne pouvait qu’augmenter face à une croissance économique
encore trop faible, pendant que des dizaines de milliers de travailleurs sont mis en
chômage suite à la fermeture de plusieurs entreprises publiques notamment locales
(voir graphique 8bis).
Pendant les trois années couvertes par le PAS, on constate aisément une forte
décélération des rythmes de l’inflation en passant de près de 30 % à fin 1995 à
quelques 5 % à fin 1998 et ce, malgré le relâchement de la politique monétaire.

14
Il convient de remarquer que la forte croissance de la masse monétaire en 1998 est liée à l’agrément de la
CNEP (depuis juillet 1997) en tant que banque ; elle devient CNEP-Banque. Ainsi, passe-t-elle d’une
institution financière non créatrice de monnaie à une banque créatrice de monnaie. Du fait de cette
transformation institutionnelle, les dépôts d’épargne, qui y étaient logés et comptabilisés dans M3, ont été
convertis en dépôts bancaires et comptabilisés depuis dans M2. Ainsi, M2 devint, depuis 1998, égale à M3
d’avant cette date. Depuis, les statistiques monétaires algériennes n’enregistrent plus de M3, car le seul
agrégat qui la différencie de M2 eatit précisément les dépôts d’épargne auprès de la CNEP.

18
Ceci permet de dire que la politique budgétaire prudente, aidée par un prix du baril
relativement favorable, à l’exception de l’année 1998, et surtout par un taux de
change du dinar/dollar en hausse (dépréciation du dinar par rapport au $US), a dû
avoir un rôle décisif quant à l’obtention de ce résultat (voir graphique 9).
Grahpique 8bis: Croissance , Chômage et Inflation: 1993-1998
30 29,8 28,3 28
29 29 28
28
27 28,1
26 24,4
25 23,2 Chômage
24
23
22
21
20 20,5 18,7
19 Inflation
18
17
16
15
14
13
12
11
10
9
8
7 5,7
6 4,1 5,0
5 3,8 5,1
4
3 Croissance 1,1
2
1
0
-1
-2 - 2,1 - 0,9
-3
-4
1993 1994 1995 1996 1997 1998
Croissance Inflation Chômage

Aussi, le relâchement monétaire fut moins inflationniste dans la mesure où il a été


concédé notamment en faveur de la relance de la croissance économique. En effet,
la croissance économique a progressé difficilement, certes, mais positivement. Cette
évolution aurait permis de stabiliser le taux de chômage aux alentours de 28 %.

19
En guise de conclusion, on peut constater que le PAS a permis la consolidation
des résultats positifs du programme de stabilisation : c’est-à-dire les résultats macro-
financiers et macro-monétaires internes et externes. Il a cependant échoué quant à
la relance de la croissance et surtout, quant à la stabilisation du chômage.
De plus, les réformes structurelles les plus importantes : restructuration/privatisation
des entreprises publiques, la réforme du secteur bancaire…, pour ne citer que celles-
ci, n’avaient même pas démarré de manière sérieuse. Au mieux, des textes législatifs
et/ou réglementaires les concernant furent promulgués.
Ce constat a conduit M. Ahmed Benbitour (2005)15, ancien Chef de Gouvernement
et l’un des principaux artisans de ces programmes, à relever:
« Une contradiction notable entre le succès de la stabilisation
macroéconomique et l’échec de l’ajustement du secteur réel ».
Ceci nous amène à la période suivante.
II.- La période 2000-2014
Le retour de l’Etat investisseur

Les deux programmes de stabilisation macroéconomique et d’ajustement structurel


ont permis de rétablir de manière significative les équilibres macro-financiers et
macro-monétaires internes et externes. Dans le même temps, la régression du PIB a
été arrêtée et sa croissance a repris dès 1995 sa pente positive. Cette croissance
était cependant insuffisante notamment en liaison avec le chômage qui ne cessait
d’augmenter. Il fallait donc relancer la croissance économique qui soit la plus
créatrice d’emplois, tout en consolidant les autres équilibres macroéconomiques
chèrement obtenus. Pour ce faire et avec l’amorce d’une conjoncture favorable sur
les plans économique (notamment la reprise favorable du prix du pétrole) mais aussi
politique, sociale et sécuritaire, les pouvoirs publics ont décidé d’engager une
politique budgétaire résolument expansionniste. Ainsi, d’importants programmes
pluriannuels d’investissements publics ont été élaborés et mis en œuvre depuis 2001
et se poursuivent encore.
Avant d’exposer les résultats de cette politique à travers les principaux indicateurs
macroéconomiques, il est utile d’en dire un mot.
II.-1- La problématique de la relance de la croissance des années 2000.
Afin de consolider les résultats positifs obtenus dans le cadre des programmes de
stabilisation et d’ajustement structurel (1994-1998), notamment avec le retour de la
conjoncture pétrolière favorable, après une détérioration conjoncturelle en
1998/1999, les pouvoirs publics ont fixé, pour le court et moyen terme, les principaux
objectifs suivants :
 le soutien à la relance de la croissance économique par la dépense publique;

15
Benbitour, A. (2005) : « L’économie algérienne : les équations à résoudre ». Communication au séminaire
« Analyse approfondie de l’économie algérienne » organisé par le bureau d’étude ENTREPRENDRE et le
quotidien El-Watan les 02 et 03 Mars.

20
 la réduction du chômage ;
 la sécurisation des finances publiques contre les chocs externes inhérents à la
volatilité du prix du pétrole.
Parallèlement, ils devaient prendre une série de mesures d’ordre socio-économique
en direction des couches sociales les plus vulnérables (les jeunes) et de certains
secteurs (l’agriculture, le rural…).
Pour atteindre ces objectifs, une batterie d’instruments sont mis en œuvre dont les
principaux sont :
 une programmation pluriannuelle de relance de l’activité économique : le
Programme de Soutien à la Relance Economique : PSRE 2001-2004, suivi du
Programme Complémentaire de Soutien à la Croissance : PCSC 2005-2009, lui-
même suivi du programme quinquennal 2010-2014 ;
 un programme spécial pour le développement de l’agriculture (PNDA) ;
 un fonds spécial pour gérer les surplus de recettes issues de l’exportation des
hydrocarbures (le Fonds de Régulation des Recettes : FRR) ;
 des actions en direction du crédit bancaire (éligibilité des jeunes ayant reçu l’aval
de l’ANGEM et l’ANSEJ aux crédits bancaires à taux bonifiés, effacement et
restructuration des dettes de PME envers les banques publiques…).
Seront considérés ici les programmes pluriannuels qui constituent les principaux
instruments de relance et de soutien à la croissance économique. En quoi consistent
ces programmes ?
A) Le programme de Soutien à la Relance Economique (PSRE).
Comme son nom l’indique, le PSRE est destiné à la relance de la croissance
économique. Les principales actions qui y sont inscrites concernent : la dynamisation
des activités productives (en particulier dans l’agriculture et la pêche), le
développement des biens et services collectifs (hydraulique, transports,
télécommunications, routes, aménagement des zones industrielles…), le
développement local, le développement des ressources humaines (formations
professionnelle et universitaire) et l’amélioration du cadre de vie des citoyens.
Ces activités devront être soutenues par un ensemble de mesures d’ordre
institutionnel notamment :
– la création d’organismes pour la promotion et le soutien de l’emploi des jeunes
(ANGEM : Agence Nationale de Gestion du Microcrédit ; ANSEJ : Agence
Nationale de Soutien à l’Emploi des Jeunes) ;
– le renforcement de l’encouragement de l’investissement privé national et étranger
(Révision du Code de l’Investissement et transformation de l’APSI qui devient
ANDI : Agence Nationale de Développement de l’Investissement) ;
– la création de fonds et caisses de garantie de crédits pour les PME (FGAR :
Fonds de Garantie des Crédits aux PME ; CGCI : Caisse de Garantie de Crédits
d’Investissement pour les PME)…
Les fonds alloués à ce programme, via le budget de l’Etat, étaient de 525 milliards DA
répartis comme suit :
 relance des activités productives (agriculture et pêche…)...............65,3 (12,4%);
 développement local…………………………………………………..114,0 (21,7%);

21
 grands travaux, infrastructures,………………………………………210,5 (40,1%) ;
 développement des ressources humaines…………………………..90,2 (17,2%);
 soutien aux réformes institutionnelles………………………………...45,0 (8,6%).
B) Le Programme Complémentaire de Soutien à la Croissance (PCSC).
Le PCSC est conçu pour prendre le relais du PSRE, non seulement pour préserver les
acquis de ce dernier mais aussi et surtout, pour accroître les possibilités de croissance
économique en compatibilité avec la création du maximum d’emplois permettant de
réduire significativement le chômage. La raison de fond était que dans l’état de
faiblesse où se trouvait l’économie nationale, il aurait été très préjudiciable pour la
croissance économique, et donc pour l’emploi, de réduire, voire tout simplement de
laisser stagner les dépenses publiques, tout particulièrement les dépenses
d’équipement. En effet, la croissance économique avait, certes, repris avec le PSRE,
mais elle demeurait encore fragile dans la mesure où elle est tirée principalement par
les hydrocarbures. Par ailleurs, le chômage continue de diminuer année après année,
mais il demeure encore trop élevé : 17,7 % en 2004. Il n’était donc pas permis de
s’arrêter en si bon chemin, d’autant plus que la conjoncture pétrolière était plus que
jamais favorable et a permis de constituer une épargne budgétaire appréciable et
d’accumuler des réserves de changes considérables permettant d’approvisionner
convenablement l’économie à la fois en biens d’investissement et en produits
intermédiaires.
Aussi, le rythme de l’inflation était remarquablement stabilisé à un niveau
suffisamment bas, autour de 3 %, ce qui devait permettre de relancer la croissance
économique dans de bonnes conditions de stabilité monétaire. Cependant, ces
″bonnes″ conditions risquent de se détériorer (retour de l’inflation) si la dynamique
monétaire l’emporte sur la dynamique réelle. A ce propos, un double constat a été fait,
à savoir que :
– d’un côté, on accumule d’importantes ressources financières ;
– de l’autre, on n’arrive toujours pas à les transformer, en proportion suffisante, en
financement de l’investissement productif (hors hydrocarbures).
Il semble que la raison de fond qui expliquerait ce constat réside dans une double
faiblesse :
 la faiblesse de la capacité d’absorption de l’investissement dont souffre l’économie
nationale, hormis le secteur des hydrocarbures ; et
 la faiblesse de la capacité d’intermédiation qui caractérise le système bancaire et
financier national.
Pour ce qui est de ″la capacité d’absorption de l’investissement″ d’une économie (voir
l’encadré 2), l’on convient qu’elle réside fondamentalement dans l’aptitude de sa
ressource humaine, le collectif travailleur, à utiliser efficacement les moyens de
production mis à sa disposition. Il y a plusieurs facteurs dont l’amélioration contribue
assurément à l’amélioration de cette aptitude et donc à l’amélioration de la capacité
d’absorption. Parmi ces facteurs, on peut souligner notamment : le niveau de la
consommation individuelle ; l’état de santé de la population ; son niveau d’éducation et

22
de formation. Ce sont là les principaux facteurs ou, ce que l’on appelle de nos jours
indices de développement humain.
L’organisation de l’économie et son management, le développement des
infrastructures matérielles et le niveau de développement des institutions sont
également autant de facteurs permissifs de l’élargissement de la capacité d’absorption
de l’investissement d’une économie.

Encadré 2 La capacité d’absorption de l’investissement


La notion de la capacité d’absorption de l’investissement est assez ancienne ; elle remonte aux
années cinquante du siècle dernier mais qui demeure de toute actualité. Elle a été mise en évidence
par l’économiste yougoslave Horvat dans une étude du comportement de l’efficacité de
*
l’investissement dans l’industrie de son pays durant la période 1947-1957 . Pour mesurer l’efficacité
de l’investissement ou plutôt son coefficient , il recouru tout naturellement au coefficient marginal
du capital ( ⁄ ⁄ . Pour tenir compte de la durée de maturation de
l’investissement, il lie l’accroissement de la production d’une année ( ) à l’investissement ayant eu
lieu quatre années auparavant ( ), de sorte que :

Horvat a constaté que l’hypothèse largement répandue de la constance du coefficient marginal du


capital (un investissement entraine un accroissement proportionnel de la production ) ne se
vérifiait pas dans le cas de l’industrie yougoslave. Il observa, au contraire, qu’alors que le taux de
croissance de l’investissement décroissait, le coefficient d’efficacité de l’investissement croissait. Il
conclut qu’il y a une relation négative entre ces deux variables et donc que diminuerait si le taux
de croissance de l’investissement vint à augmenter. Ceci implique qu’il y a un volume
d’investissement, et donc un taux d’investissement ⁄ ⁄ , optimal au-delà duquel
l’investissement additionnel ne servirait à rien ; ce serait du gaspillage. C’est le maximum utile de
(**)
l’investissement .
On peut déterminer le taux d’investissement optimal à partir de la relation (1) en négligeant les indices
relatifs au temps :

La condition nécessaire et suffisante pour que cesse de croitre est que la dérivée de la relation
(2) s’annule :

⁄ ⁄
C’est-à-dire que l’investissement atteint son maximum ou son niveau utile (l’optimum d’Horvat) lorsque
le coefficient d’efficacité de l’investissement est égale au taux de croissance de ce dernier (en valeur
absolue).
Si la liaison fonctionnelle entre l’efficacité de l’investissement (et son évolution), en termes de
production, et le volume de l’investissement (et son évolution) est ainsi établie, il reste à expliquer le
pourquoi de cette relation. C’est pour étayer une explication à ce phénomène qu’Horvat a introduit la
notion de capacité d’absorption de l’investissement d’une économie.
La définition de la capacité d’absorption de l’investissement est dérivée des emplois du revenu
national qu’il ventile en trois catégories de dépenses: i) Investissements productifs, ii) Consommation
finale et iii) Dépenses productives.
Si les rôles des deux premières catégories sont clairs, il reste à définir celui de la troisième, les
dépenses productives. Ces dernières englobent toutes les dépenses destinées à améliorer la
productivité du travail ou l’aptitude de la main-d’œuvre à utiliser efficacement les moyens de
production mis à leur disposition. Ce sont donc ces dépenses qui déterminent, en dernière analyse, la
capacité d’absorption de l’investissement (et de son évolution) d’une économie : plus elles sont
faibles, plus cette capacité est faible et inversement. D’où :

Il y a plusieurs facteurs qui déterminent la capacité d’absorption de l’investissement d’une économie et


dont l’amélioration contribue à son élargissement : i) la consommation individuelle (C), ii) l’état de
santé de la population (S), iii) le niveau général de formation (F), iv) l’organisation de l’économie ou sa

23
gouvernance (G) et v) divers autres facteurs (à expliciter selon les circonstances) (Z). D’où :

Il découle de ce qui précède que l’on ne peut consacrer n’importe quelle part du revenu national à
l’investissement, car le résultat ne serait autre que du gaspillage. Il y a donc lieu de bien cerner la
capacité d’absorption de l’investissement de l’économie nationale et donc des facteurs qui la
déterminent pour déterminer un niveau d’investissement optimal à allouer. Il s’ensuit que toute
politique de croissance doit tenir compte de ces facteurs et surtout, de les améliorer pour atteindre les
objectifs visés.

(*) Horvat, B. (1958): « The Optimum Rate of Investment ». The Economic Journal, December.
(**) Cornil, F. (1974) : « La notion de maximum utile de l’investissement (optimum d’Horvat) et la capacité
d’absorption de l’investissement par l’économie ». Revue Mondes en développement, N°5.

Bref, ce sont tous les thèmes de développement humain, de gouvernance, de libertés


économiques et de développement infrastructurel et institutionnel qui se trouvent mis
en cause.
Il importe de souligner, à propos du développement institutionnel d’un point de vue
économique, le rôle des institutions bancaires et financières en tant que vecteur
permissif ou bloquant pour le développement de l’économie, en général et de son
noyau productif, en particulier. Il est en effet reconnu que la faiblesse et l’inefficacité
du système bancaire et financier algérien contribuent pour une large part à la faiblesse
et à l’inefficience de l’allocation des ressources financières disponibles. C’est donc à
juste titre que la réforme et le développement de ce secteur ont constitué, et
continuent de l’être, une priorité des pouvoirs publics.
C’est toute cette problématique qui semble constituer la trame du PCSC et les
différents facteurs en forment le contenu. Le montant alloué à ce programme n’a
cessé d’évoluer d’un conseil de gouvernement à l’autre en fonction de la conjoncture
interne, la réévaluation des projets et de l’évolution favorable du prix du baril. Ce
montant est passé ainsi de 4200 à 7200, puis à 8700 milliards de dinars (soit environ
115 milliards $US), en intégrant les programmes spéciaux pour les régions du Sud et
des Hauts Plateaux. L’enveloppe initiale (4200 milliards) a été répartie comme suit :
 développement humain :……………………………………………………..45,4 % ;
 développement infrastructurel :……………………………………………...40,5 % ;
 soutien économique :…………………………………………………………..8,0 % ;
 développement du service public administratif ……………………………4,9 % ;
 développement des TIC……………………………………………………….1,2%.
Cette répartition montre bien la priorité qu’accordaient alors les pouvoirs publics au
développement humain (logements, éducation, santé, développement régional) et de
l’infrastructure économique de base (transports : routes-rail-ports, travaux publics,
eau…) en leur allouant respectivement plus de 45% et de 40% du budget. Il est
indéniable que la réalisation de tels projets est de nature à offrir d’importantes
externalités positives à l’investissement et améliorer considérablement la capacité de
son absorption par l’économie nationale. Cela devra se faire sentir au niveau de
l’efficacité de l’investissement et donc de la croissance économique globale.

24
C) Le programme développement quinquennal 2010-2014.
En date du 10/05/2010, le conseil des ministres a adopté un programme de
dépenses publiques colossal pour la période quinquennale 2010-2014. Le montant
de l'investissement public retenu dans le cadre de ce programme était de quelques
21 214 milliards DA (soit 286 milliards $US). Il couvre deux volets:
 le parachèvement des projets déjà entamés (rail, routes, eau…) pour un
montant de 9 700 milliards DA (soit 45,7%) ; et
 l'engagement de nouveaux projets pour un montant de 11 534 milliards DA (soit
54,3%).
Globalement, le budget est réparti entre les principaux axes comme suit :
 développement humain :……………………………………………………..44,2 % ;
 développement infrastructurel:…………...................................................38,7 % ;
 développement des services publics :……………………………………….8,5 % ;
 soutien économique :…………………………………………………………..7,8 % ;
 divers (aménagement du territoire, TIC…) : ………………………………...0,8 %.
On constate que ce programme poursuit et renforce les priorités du programme
précédent. En effet, le poste "développement humain" s’accapare à lui seul quelques
44,2% du montant du programme, comme on le lit dans le communiqué du conseil
des ministres du 24/04/2010 :
« Doté d'une enveloppe financière globale de l'ordre de 286 milliards de dollars
(21.214 milliards DA), ce programme, adopté lundi par le Conseil des ministres,
consacre un budget conséquent de 9.386,6 milliards DA à cet important volet qui
englobe une amélioration de l'enseignement à travers ses différents paliers (primaire,
moyen, secondaire, universitaire et la formation professionnelle), une prise en charge
médicale de qualité, de meilleures conditions d'habitat, d'alimentation en eau et en
ressources énergétiques ».
Le deuxième secteur prioritaire est celui des infrastructures de base (travaux publics,
transports…) qui s’est vu allouer quelques 8200 milliards de dinars. A eux seuls, ces
deux secteurs se sont accaparés de près de 83% du montant total du programme. Le
développement des services publics (justice, administrations…) a reçu 1800 milliards
de dinars, suivi su soutien à l’économie (agriculture, PME…) avec 1650 milliards de
dinars. Le développement industriel quant à lui, il devait bénéficier de quelques 2000
milliards de dinars de crédits bancaires bonifiés.
Cette politique budgétaire expansionniste devait constituer l’effet de levier pour
l’investissement productif (grâce aux commandes publiques) pendant qu’elle lui offre
d’importantes externalités positives : infrastructures économiques, sociales et
institutionnelles considérables.
C’est donc à l’aide d’une politique budgétaire expansionniste que les pouvoirs publics
comptaient relancer la croissance économique aussi forte que possible permettant
de créer le maximum d’emplois et résorber le chômage aussi rapidement que
possible et, par là-même, améliorer les conditions de vie de la population. Il convient
donc d’apprécier les résultats en la matière suite à la mise en œuvre de ces
programmes.

25
Mais avant cela, il est utile de dire un mot sur l’importance de l’effort d’investissement
effectif consenti par les pouvoirs publics durant cette période (2000-2014).
II.-2- L’importance de l’investissement public
Globalement, le flux de l’investissement, l’investissement total (brute), a évolué de
manière croissante sur l’ensemble de la période (voir tableau 1 et graphique 10). Il a
représenté près de 37%, en moyenne, du PIB sur la période avec un pic de près de
47% en 2009. Consacrer plus d’un tiers du PIB à l’investissement est un effort
considérable. Rares sont les pays qui y parviennent.
L’investissement public effectif, c’est-à-dire les dépenses budgétaires d’équipement,
a également évolué de manière croissante bien qu’un peu moins vite que
l’investissement total.
Tableau 1 : Flux d’investissements 2000-2014
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
(1) 4124 4227 4523 5252 6149 7562 8502 9353 11044 9968 11992 14584 16209 16644 17205
PIB
9 (1) 972 1135 1386 1594 2045 2394 2565 3224 4125 4673 4968 5539 6336 7221 7847
Investissement total (en 10 DA)
9 (2) 322 357 453 567 641 807 1015 1435 1973 1946 1808 1974 2276 1893 2501
Dont Investis. public (en 10 DA)
Investissement total / PIB (en %) 23,6 26,9 30,6 30,4 33,3 31,7 30,2 34,5 37,4 46,9 41,4 37,9 37,5 43,3 45,6

Invest. Public / Invest. total (en %) 33,1 31,6 32,7 35,6 31,3 33,7 39,6 44,5 47,8 41,6 36,4 35,6 35,9 26,2 31,9
Sources : - (1) ONS (2014) : «Les comptes économiques 2000-2014 ». Document n° 710, disponible sur www.ons.dz
- (2) Ministère des finances, Direction Générale de la Prévision et des Politiques. Données disponibles sur www.dgpp-mf.gov.dz

Après une accélération à partir de 2005, avec le démarrage du PCSC, il se stabilise


entre 2009 et 2011, avec un léger recul en 2010, comme faisant écho à la crise des
subprimes. Mais il n’a pas tardé à reprendre son ascension avec le retour de la

26
conjoncture pétrolière favorable et le lancement du deuxième programme
quinquennal 2010-2014.
Sur l’ensemble de la période, l’investissement public a représenté en moyenne près
de 13% du PIB et plus de 35,6% de l’investissement total. On a ainsi un dinar
d’investissement public pour près de deux dinars d’investissement de l’ensemble des
secteurs d’activité économique, ce qui devait permettre à ces derniers de bénéficier
d’importantes externalités. L’on doit donc s’attendre à des résultats positifs
conséquents en matière de croissance, de créations d’emplois et d’amélioration du
niveau de vie de la population…Qu’en est-il dans la réalité ?
II.-3- Les principaux résultats des trois programmes (2000-2014).
Il est indéniable que le contexte économique, social, politique et sécuritaire qui
caractérise cette période est radicalement différent de celui qui a prévalu durant la
période précédente.
Sur les plans social, sécuritaire et politique, on ne peut que constater le retour
progressif palpable de la sécurité, l’apaisement du front social et une stabilité
politique appréciable.
Sur le plan économique, les principaux indicateurs macroéconomiques montrent que
cette période est à l’opposé de la période précédente. En effet, on observe, (voir
annexe 2), ce qui suit :
 la croissance économique (PIB) est continuellement positive, bien qu’elle
enregistre un net recul depuis 2006 ;
 l’inflation est relativement modérée et stabilisée, tout en enregistrant une
tendance à la hausse depuis 2009 ;
 le chômage, qui a culminé à près de 30% en 2000, n’a cessé de diminuer pour
se stabiliser autour de 10% depuis 2009 ;
 la balance des paiements courants est largement excédentaire, à l’exception
l’année 2009 où furent fortement ressentis les effets de la crise financière
mondiale de 2008;
 une forte aisance des finances publiques dégageant une importante épargne
budgétaire publique16.
 la dette extérieure et le poids de son service n’ont cessé de diminuer avant de
devenir quasi insignifiants à partir de 2006, suite au remboursement anticipé de
la dette rééchelonnée ;
 de ce fait, les réserves de change, qui ne couvraient qu’un peu plus de quatre
mois d’importations en 1999, en couvrent plus de trois ans depuis 2006 malgré
la multiplication de leur valeur par plus de 2,2 entre 2000 et 2006 et par près de
2,6 entre 2006 et 2013. Finalement, l’Algérie, d’un pays lourdement endetté, est
devenue, depuis 2003, un créancier net du reste du monde.

16
Le fait que le budget fasse apparaître un déficit s’explique par l’usage, depuis 1999, d’un prix de référence du
baril, pour la détermination des recettes budgétaires, bien inférieur à son prix effectif (soit 19 $, à l’exception
de 2001 où il fut fixé à 21$, et 37 $ depuis 2007) ;

27
Parmi tous ces résultats, je me propose d’apprécier, de manière approfondie, les
principaux en liaison avec les principaux objectifs que se sont fixés les pouvoirs
publics. Il s’agit notamment :
– de la relance de la croissance économique ;
– de la réduction du chômage ;
– de l’amélioration des conditions de vie de la population ; de
– de la stabilisation de l’inflation.
Si les trois premiers objectifs sont à mettre en liaison avec la politique budgétaire, le
quatrième est à mettre en liaison avec la politique monétaire.
II.-3-1- La politique budgétaire : relance de la croissance économique, réduction du
chômage et amélioration du niveau de vie de la population.
A- La relance de la croissance économique
Globalement, on constate que la croissance économique, mesurée par la croissance
du PIB réel, a été positive sur toute la période, avec un taux moyen de 3,4%.
Tableau 2- Croissance du PIB, PIB hors Hydrocarbures, PIB hors Hydrocarbures et Agriculture : 2000-2014
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
PIB 3,8 3,0 5,6 7,2 4,3 5,9 1,7 3,4 2,4 1,6 3,6 2,9 3,4 2,8 3,8
Hydrocarbures 4,0 -1,9 3,9 8,5 3,0 5,7 -3,0 -0,9 -3,2 -8,0 -2,2 -3,3 -3,4 -5,5 -0,6
PIB Hors H 3,8 6,2 6,5 6,6 5,0 6,0 5,4 7,0 6,7 9,6 6,3 6,2 7,2 7,1 5,6
Agriculture -4,6 12,8 -1,2 19,5 5,4 2,3 8,1 2,5 -3,8 21,1 4,9 11,6 7,2 8,2 2,5

PIB Hors H et A 5,3 5,1 7,8 4,5 5,0 6,7 5,0 7,7 8,3 8,0 6,5 5,4 7,2 7,0 6,1

Mais alors qu’elle fut progressive entre 2000 et 2005 avec une moyenne de 4,3%,
elle a nettement reculé à partir de 2006 en enregistrant une moyenne de 2,6%
(graphique11).

Ce recul s’explique essentiellement par la décroissance de la valeur ajoutée du


secteur des hydrocarbures.

28
En effet, le taux de croissance de la production de ce secteur a été négatif depuis
2006. Or, sa contribution à la formation du taux de croissance global est
prépondérante ; elle a varié entre 31,1 et 45,6%, soit une moyenne de plus de 33%
sur toute la période.
La dépendance de la croissance économique du secteur des hydrocarbures apparaît
davantage quand on considère la croissance hors hydrocarbures (graphique 12).

Cette dernière continue d’être importante avec un trend haussier jusqu’à 2009 où elle
culmine à près de 10%. Même après cette date, elle demeure encore assez élevée
avec un taux dépassant les 5%.
La baisse en volume de la valeur ajoutée du secteur des hydrocarbures semble obéir
à la politique des pouvoirs publics consistant à décélérer quelque peu l’exploitation
de cette matière non renouvelable en contexte de hausse continue du prix du baril.
A partir de 2009, ce mouvement a dû obéir également à la décision de l’OPEP (prise
au sommet d’Oran de décembre 2008) de réduire la production du pétrole afin de
stopper l’effondrement de son prix, qui a perdu près de 70% depuis son pic de juillet
2007, et de le stabiliser.
Outre l’effet dominant du secteur des hydrocarbures, le secteur de l’agriculture
explique en partie les fluctuations du taux de croissance du PIB, quand bien même
sa contribution à ce dernier est faible, soit 8,5% en moyenne sur la période (voir
graphiques 13 et 14).
On constate, en effet, une importante amplitude de fluctuation du taux de croissance
du secteur agricole fortement soumis aux conditions climatologiques. Ainsi passe-t-il
de - 4,6 % en 2000 à 12.8% en 2001 pour baisser à -1,2% en 2002 et remonter à
+19,5% en 2003. Après une relative accalmée entre 2004 et 2007, le même

29
phénomène est observé entre 2008 et 2010 où il est passé de - 3,8% en 2008 à
+21,1% (!) en 2009, avant de revenir à +4,9% en 2010. Nous sommes donc devant
deux types de cycles de trois à quatre ans qui se suivent : un cycle de forte
amplitude (2000-2003) suivi d’un cycle de faible amplitude (2004-2007), puis un cycle
de forte amplitude (2008-2010) suivi d’un cycle de faible amplitude (2011-2014). Cela
a tout l’air d’un phénomène cyclique régulier de notre agriculture. Mais il faut
certainement beaucoup plus de temps pour en conclure valablement.

Au total, plus de 40% de la croissance du PIB, en moyenne sur la période,


dépendent de deux secteurs non contrôlables : les hydrocarbures dont les prix sont
soumis au bon gré du marché mondial du pétrole, et l’agriculture dont la croissance
dépend essentiellement des conditions naturelles.

30
Pour mieux apprécier l’effort d’investissement consenti par le pays, il convient de
s’interroger sur son efficacité. L’efficacité de l’investissement peut être mesurée par
le coefficient marginal du capital (ICOR, pour Incremental Capital-Output Ratio). Le
coefficient marginal du capital est le rapport entre la variation du stock de capital (∆K)
et la variation de la production (∆PIB) durant une période donnée, soit ∆Kt / ∆PIBt. La
variable (∆K) est ce que nos comptables nationaux appellent ″Accumulation Brute
des Fonds Fixes″ (ABFF) ou ″Formation Brute du Capital Fixe″ (FBCF). Cette
dernière est l’investissement total (ou accumulation brute) déduction faite des
variations des stocks. Elle est un investissement brut parce qu’elle contient la partie
destinée à remplacer l’amortissement du stock de capital existant (qui donne
naissance à toute la production). Pour mieux mesurer l’efficacité de l’investissement,
on doit donc soustraire de l’ABFF l’amortissement du capital ou ce que nos
comptables nationaux appellent ″Consommation des Fonds Fixes″ (CFF). C’est donc
l’investissement net ou l’accumulation nette des fonds fixes qu’il faut considérer dans
le calcul du coefficient en question. Cependant, pour des comparaisons entre pays,
c’est généralement le coefficient marginal du capital brut qui est pris en
considération. La raison est qu’on ne dispose pas d’informations suffisantes sur le
traitement de l’amortissement du capital.
C’est donc ce dernier qui sera retenu ici et calculé (voir tableau 3 ci-dessous).
La valeur du coefficient marginal du capital indique combien de dinars investis
pendant une période pour obtenir un dinar supplémentaire de valeur ajoutée (de PIB)
pour la même période. Plus cette valeur est élevée, plus l’efficacité de
l’investissement est faible, et vice versa.
Voyons à présent comment ce coefficient a évolué durant la période considérée.
Pour l’ensemble de la période, le coefficient marginal du capital s’élève à un peu plus
de 11 en moyenne. Cela veut dire que, durant cette période, il fallait au moins 11
dinars d’investissement pour obtenir 1 dinar de valeur ajoutée supplémentaire. A
l’intérieur de la période, trois sous-périodes peuvent être distinguées : 2001-2005,
2006-2009 et 2010-2014, où ce coefficient diffère et de niveau et de trend (voir
tableau 3 et graphique 15).
Tableau 3 - PIB, Investissement et coefficient marginal du capital : 2000-2014
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
9
PIB réel (10 DA) 3361 3462 3656 3919 4088 4329 4403 4552 4643 4717 4887 5029 5200 5345 5549
9
∆K réel (10 DA) 840 885 960 1001 1083 1171 1243 1369 1539 1674 1791 1843 1976 2146 2283
9
∆PIB réel (10 DA) - 101 194 263 169 241 74 149 91 74 170 142 171 145 204

∆Kt /∆PIBt 8,8 4,9 3,8 6,4 4,9 16,8 9,2 16,9 22,6 10,5 13,0 11,6 14,8 11,2

∆Kt /∆PIBt+3 - - - 3,2 5,2 4,0 13,5 7,3 12,9 16,8 8,1 10,8 9,8 12,4 9,0
∆Kt /∆PIBt+4 - - - - 5,0 3,8 13,0 6,7 11,9 15,8 7,3 9,6 9,0 11,5 8,8
Source : Calculs réalisés par l’auteur à partir des données de l’ONS (2015) : « Les comptes économiques
en volume 2000- 20014». Document N° 710 disponible sur

On constate que durant la première sous-période (2001-2005), qui correspond, à une


année en plus, à celle du PSRE, la valeur de ce coefficient est relativement plus
faible, soit près de 5,8 en moyenne avec une tendance à la baisse.

31
Le niveau de ce coefficient est appréciable comparativement à celui des pays
industrialisés qui varie entre 6 et 7. Il suggère que la masse d’investissements
engagés correspond à la capacité d’absorption de l’économie. A cela s’ajoute le fait
que le secteur des hydrocarbures était en croissance soutenue.

Au cours de la deuxième sous-période (2006-2009), qui correspond, à une année en


moins, à celle du PCSC, le niveau du coefficient marginal du capital a explosé en
atteignant une moyenne de près de 16,4 avec une tendance à la hausse. Par rapport
à la sous-période précédente, ce coefficient est multiplié par 2,83. Il fallait donc près
de trois fois plus de dinars d’investissement pour obtenir un dinar supplémentaire de
production.
Deux principaux facteurs concourent à l’explication de cette évolution. Le premier
réside dans l’accélération de l’investissement notamment, public avec le démarrage
de la mise en œuvre du PCSC. En effet, l’engagement d’une masse
d’investissements d’une telle importance, face à une capacité d’absorption de
l’économie limitée, ne pouvait avoir autre résultat que la détérioration de son
efficacité. Ceci coïncide, et c’est le deuxième facteur non moins important, avec la
décroissance de la valeur ajoutée du secteur des hydrocarbures. Comme on l’a vu
plus haut, la décroissance de ce secteur a déprimé toute la production nationale.
Ainsi, le pic de 16,8 attient en 2006 coïncide avec la décroissance du secteur des
hydrocarbures de –3%. De même, le niveau aussi élevé de 16,8 atteint en 2008
coïncide avec une décroissance de ce secteur de –3,2% renforcée par celle du
secteur agricole de –3,8%. Enfin, le pic le plus élevé de la sous-période, voire de
toute la période, qui a atteint 22,6 en 2009 coïncide avec la décroissance la plus
élevée du secteur des hydrocarbures, soit – 8%.
Enfin, durant la troisième sous-période, qui correspond au programme quinquennal
(2010-2014), le niveau du coefficient marginal du capital a sensiblement baissé, par
rapport à la sous-période précédente, mais il demeure encore élevé en enregistrant
une moyenne de 12,2 avec trend haussier.
Quelles conclusions peut-on tirer de ces observations ?

32
Il convient de noter, tout d’abord, que le problème d’appréciation de l’efficacité de
l’investissement à l’échelle macroéconomique, c’est-à-dire sa contribution à la
croissance du PIB, à l’aide du coefficient marginal du capital est ancien ; il date des
années quarante et cinquante du siècle dernier avec les travaux notamment, de
Kuznets (196017 et 196118. Et comme pour beaucoup d’autres sujets, l’interprétation
concrète de celui-ci a fait, et fait toujours, l’objet de discorde entre économistes
quand il s’agit de procéder à des comparaisons dans l’espace et dans le temps. Ce
problème subsiste toujours, comme l’atteste une récente contribution du FMI
(1998)19. Les divergences quant aux comparaisons dans l’espace concernent le
niveau de ce coefficient : serait-il plus ou moins élevé dans les pays développés par
rapport aux pays sous-développés ?
C’est ainsi que, dans un article datant de 1968, qui a fait autorité en son temps,
Raineli20 a résumé l’état du débat comme suit (1968, p. 329):
« On peut à travers la littérature économique relever les arguments qui permettent de
penser que le coefficient marginal est plus élevé dans les pays pauvres, et les
arguments qui font pencher pour l'hypothèse contraire.
Arguments pour un coefficient élevé dans les pays pauvres :
 mauvaise utilisation et gaspillage du capital dus à un manque d'entretien et à
des erreurs dans le choix des investissements;
 gros besoins en investissements sociaux et en infrastructure économique;
 effets d'entraînement inexistants […] ;
Arguments pour un coefficient faible dans les pays pauvres :
 le capital nouveau peut servir à la mise en œuvre de nouvelles ressources qui
augmenteront considérablement la production;
 le développement peut se faire à partir des secteurs à faible intensité de
capital : industries artisanales et agriculture;
 possibilité d'introduction d'innovations capital-saving.
En fait [observe-t-il], la plupart des auteurs pensent que le coefficient marginal des
pays sous-développés est plus élevé que celui des pays riches ».
Contrairement à cette opinion largement acceptée, notre auteur, ayant effectué lui-
même une étude comparative au niveau des pays de l’OCDE, conclue comme suit
(1968, p. 329) :
« L'étude comparative dans la période récente à partir des comptabilités nationales
(1950-1961 pour 14 pays de l’OCDE) permet d'affirmer qu'en général, les pays
développés [USA, Canada…] ont un coefficient marginal supérieur (5 à 6) à celui des
pays moins avancés (4,5) [Portugal, Espagne…] ».
Selon les résultats d’une étude récente du FMI (1998), consacrée aux pays d’Asie
notamment du Sud-est qui étaient en crise (Thaïlande, Malaisie, Corée, Indonésie,
17
Kuznets, S. (1960) : « Quantitative Aspects of the Economic Growth of Nations : V. Long Term Trends in
Capital Formation Proportions : International Comparisons for Recent Years ». Economic Development and
Cultural Change, Vol. VIII, N° 4, Part II, July, The University of Chicago Press, pp. 1-96.
18
Kuznets, S. (1961) : « Quantitative Aspects of the Economic Growth of Nations : VI. Long Term Trends in
Capital Formation Proportions ». Economic Development and Cultural Change, Vol. IX, N° 4, Part II, July,
The University of Chicago Press, pp. 1-124.
19
FMI (1998) : « Perspectives de développement de l’économie mondiale en 1998 ». Chapitre III : La crise et la
croissance à long terme en Asie.
20
Rainelli, P. (1968) : « Coefficient du capital et niveau de développement ». Revue Tiers-monde, volume 9, N°
pp. 305-345.

33
Singapour, RAS de Hong Kong, Taiwan), le coefficient marginal du capital varie entre
4 et 5 avec une tendance à la hausse (période 1965 -1997). Mais il enregistre une
nette tendance à la hausse notamment dans certains pays. C’est le cas de
Singapour et de la Malaisie durant la période 80-90 où il a enregistré en 1987 des
pics de 9 et de 8, respectivement. Mais la hausse de ce coefficient, qui indique a
priori une baisse de l’efficacité de l’investissement, peut avoir, dans la réalité,
d’autres causes. Ainsi, commentant le constat précédent, le FMI (1998, p. 93) note :
« Mais le ralentissement de la production par rapport au capital investi [qui signifie
hausse du coefficient] peut tenir à d’autres raisons : par exemple, l’économie peut
passer à une structure de production comportant une plus forte intensité en capital,
ce qui est une caractéristique normale de l’industrialisation ».
A titre de comparaison et toujours selon le FMI (1998, p. 93), l’accroissement du
niveau de ce coefficient fut encore plus important dans les pays les plus développés.
C’est le cas des USA où partant d’un niveau de 4 à 5, il a sensiblement augmenté
durant la période 80-85 avec un pic de 15 en 1983. Après une baisse sensible entre
1985 et 1990 (descendant jusqu’à 5), il remonte de nouveau entre 1990 et 1995 avec
un pic de 10 en 1993. C’est également le cas du Japon où, partant d’un niveau de 5
à 6, il a augmenté encore davantage durant la période 90-97 avec un pic de 20 en
1993.
Une explication plausible à cela peut résider dans le fait que plus le pays se
développe plus sa structure devient capitalistique et s’industrialise davantage. D’où
l’élévation du coefficient marginal du capital. Mais est-ce le cas des pays émergents
de l’Asie du Sud-Est ? Voici la réponse du FMI (1998 ; p. 93) :
« Etant les similitudes que présentent ces économies et les relations qu’elles
entretiennent-par les structures de production et les échanges commerciaux- il
semble toutefois invraisemblable que la RAS de Hong kong [dont le coefficient à
presque doublé], et non Singapour [dont le coefficient est resté pratiquement
constant], ait évolué vers des techniques à plus forte intensité en capital et que la
Thaïlande [dont le coefficient a presque doublé], et non l’Indonésie [dont le coefficient
est resté pratiquement constant], ait perfectionnait ses techniques de production ».
Cette comparaison suggère que, concernant ces pays, la hausse du coefficient
marginal du capital ne signifie pas qu’il s’agit du passage de leurs économies à des
structures de production plus capitalistiques. S’agirait-il alors d’une baisse de
l’efficacité de l’investissement ? La réponse que suggère ce commentaire est
positive…
A considérer ce débat, l’économie algérienne, où le niveau du coefficient marginal du
capital est élevé avec un trend haussier, peut-elle pour autant être considérée
comme une économie développée ou même émergeante ? Assurément non. C’est
plutôt l’opinion contraire, qui considère que ce coefficient serait plus élevé dans les
économies moins avancées que dans les économies plus avancées, qui serait
valable dans notre cas.
Cette situation peut alors s’expliquer par plusieurs facteurs, qui caractérisent
d’ailleurs les économies en développement, en particulier :
– le mauvais choix des investissements;

34
– l’importance des investissements dans les infrastructures économiques et
sociales;
– les surcoûts et les retards dans la réalisation des projets ;
– la faiblesse d’effets d’entrainement entre secteurs ;
– la mauvaise utilisation et le manque d’entretien des moyens de production…

Tout cela dénote la faiblesse de la capacité d’absorption de l’économie nationale eu


égard à l’importance du volume de l’investissement et la faible maîtrise de l’outil de
production par le collectif travailleur.
Ceci étant dit, les conclusions de cette analyse doivent être considérées avec
précaution. Pour une bonne appréciation, une étude approfondie en la matière est
nécessaire pour montrer quels sont les secteurs (hydrocarbures, agricole, industriel,
services…) qui sont responsables de ces déficiences.
B- Croissance et réduction du chômage
Les résultats de la lutte contre le chômage sont appréciables. On constate, en effet,
que le taux de chômage, qui a atteint son niveau culminant à près de 30% en 2000,
n’a cessé de décroître pour atteindre 10% en 2009. Il se stabilise depuis autour de
ce chiffre (voir tableau 4 et graphique 14).
Tableau 4 : Croissance et chômage (1999-2014)
Année 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Taux de croissance du PIB réel 3,2 3,8 3,0 5,6 7,2 4,3 5,9 1,7 3,4 2,0 1,7 3,6 2,6 3,3 2,8 3,8
Taux de chômage 29 29,8 27,3 25,7 23,7 17,7 15,3 12,3 11,8 11,3 10,2 10,0 10,0 11,0 9,8 10,6
Variation en point de % - +0,8 -2,5 -1,6 -2,0 -6,0 -2,4 -3,0 -0,5 -0,5 -1,1 -0,2 0 +1 -1,2 + 0,8
Variation en % - +2,8 -8,4 -5,9 -7,8 -25,3 -13,6 -19,6 -4,1 -1,0 -9,7 -2 0 +10 -10,9 +8,2
Source : chiffres repris ou calculés à partir de l’annexe 2

La question que l’on se pose légitimement est de savoir si ces résultats sont bien le
fait de la croissance économique. Pour y répondre, il me semble utile de se donner

35
un instrument pertinent telle que la loi d’Okun (1962)21 qui met directement en liaison
les deux variables et permet, dans le même temps, une comparaison avec d’autres
pays (voir l’encadré 3).
Au regard de l’évolution du taux de chômage il y a lieu de distinguer entre deux
sous-périodes : 2000-2009 et 2010-2014.
Encadré 3 La relation croissance économique - chômage : la loi d’Okun
Intuitivement, on comprend que si la croissance économique, mesurée par la croissance du PIB réel, est positive, son effet sur
l’emploi sera positif, conditionnellement au progrès technique. En effet, pour produire plus, les entreprises investissent plus et
embauchent de la main-d'œuvre supplémentaire. Il y a donc une relation positive entre la croissance économique et l’emploi :
quand le PIB réel augmente, l’emploi augmente également. Mais si l’emploi augmente, le chômage peut baisser si le nombre de
nouveaux emplois est supérieur au nombre de nouveaux demandeurs d’emplois. On déduit, sous cette condition, qu’il y a une
relation négative entre la croissance économique et le chômage : quand le PIB réel augmente, et à partir d’un certain seuil, le
taux de chômage baisse.
C’est l’économiste américain A. M. Okun, de l’Université de Yale, qui mit cette relation en évidence, dans un article séminal
publié en 1962. Il s’était proposé de tester cette relation sous la forme suivante qu’il a appliquée sur les données de l’économie
américaine couvrant la période 1947-1960:

Où est la variation du taux de chômage entre la période (t) et la période (t-1), le taux de croissance du
PIB réel durant la période (t) et son taux de croissance normal (ou potentiel). L’ajustement économétrique de cette
relation sur les données de l’économie américaine couvrant la période 1960-199822 a donné le résultat suivant:

( ) ou
Cette relation dit que pour éviter une hausse du taux de chômage d’une période à l’autre, il faut une croissance économique
d’au moins 3% par an. Ces 3%, qui constituent le taux de croissance potentiel du PIB réel américain pour la période en
question, serait juste suffisant pour absorber un volume d’emplois équivalent au nombre des nouveaux demandeurs d’emplois
de la période. Autrement dit, plus le taux de croissance effectif dépasse le taux de croissance potentiel, plus le taux de
chômage baisse et inversement.
Exemples :
Si le PIB croit de 3% ⇒ Δu = – 0,4 × 0 = 0. Le chômage reste stable.
Si le PIB croit de 4% ⇒ Δu = – 0,4 × 1 = – 0,4. Le chômage diminue de 0,8 point de pourcentage.
Si le PIB croit de 2% ⇒ Δu = – 0,4 × –1 = 0,4. Le chômage croit de 0,4 point de pourcentage.

Tout comme la relation de Phillips, il s’agit d’une relation empirique et concerne une économie particulière pendant une période
donnée. Cette relation a cependant été testée sur les données de plusieurs autres économies et pour différentes périodes. En
général, les résultats sont concluants quant à la nature de la relation (la relation négative entre la croissance et le chômage)
mais avec bien des différences quant à son intensité, comme le montre le tableau suivant donnant le coefficient estimé pour
certains pays durant la période 1970-2001 :
Allemagne - 0,24
Autriche - 0,08
Belgique - 0,33
Espagne + 0,09
Finlande - 0,34
France - 0,30
Italie - 0,03
Pays-Bas - 0,29
Source : Jean-Jacques Durand et Marilyne Huchet-Bourdon (2003), www.univ-orleans.fr/deg.

Ainsi, cette relation empirique est devenue une loi appelée loi d’Okun.

Concernant la sous-période 2000-2009, le PIB réel s’était accru de près de 40,5%,


soit un taux moyen annuel de 3,7%. Dans le même temps, le chômage a perdu 19,8

21
Okun, A.M. (1962): « Potential GNP: Its Measurement and Significance », American Statistical
Association, Proceedings of the Business and Economics Section.

36
points de pourcentage. Ainsi, obtient-on, en moyenne, un (01) point de pourcentage
de chômage en moins pour un peu plus de deux (02) points de pourcentage de
croissance réalisés. Il s’agirait là d’une excellente performance, si l’on se réfère à la
célèbre loi d’Okun.
En effet, les résultats du test de cette dernière sur les données américaines de 1960
à 1998 (Blanchard et Cohen23 2010, pp. 202-203) indiquent qu’il faut en moyenne
trois points de pourcentage de croissance pour stabiliser le chômage. Ces trois
points constituent la croissance potentielle ou naturelle qui permet d’absorber les
nouveaux demandeurs d’emplois (ou l’équivalent).
Autrement dit, pour entamer la réduction du chômage, il faut réaliser plus de trois
points de croissance. Pour la France, et pour la même période, il en fallait encore
plus, soit près de cinq points (Blanchard et Cohen 2010, pp.202-203).
Toujours pour l’économie américaine, il faut deux points et demi de croissance en
plus du taux potentiel (de 3%) pour réduire le chômage d’un point. Ceci parce que
l’intensité de la relation (qui est négative) entre la croissance économique et le
chômage est relativement élevée, soit - 0,4. Ceci n’est pas toujours le cas même
dans les économies parmi les plus développées telles que celles de la Finlande (-
0,34), de la Belgique (- 0,33), de la France (- 0,3), des Pays-Bas (- 0,29) et de
l’Allemagne (- 0,24) (Durand et Huchet-Bourdon24, 2003, p. 4).
De telles disparités s’expliqueraient, selon Lee25 (2000, p. 352), par les différences
dans les rigidités des marchés du travail. Ainsi, plus le marché du travail est rigide,
plus faible est l’intensité de la relation entre la croissance et le chômage, et
inversement.
Même si l’on doit prendre ces comparaisons avec précaution, il semble qu’il y a bien
un problème de mesure du chômage et donc de son taux en Algérie en liaison avec
la croissance. Ceci, quand bien même on exclura le secteur des hydrocarbures dans
la mesure où il est un très faible créateur d’emplois. En effet, alors que sa
contribution à la croissance s’élève en moyenne à 33%, ce secteur occupe à peine
0,4% de l’emploi total.
Hors hydrocarbures, le PIB a réalisé une croissance de près de 55% sur la sous-
période 2000-2009, soit un taux moyen annuel de 5%. Durand cette sous-période, le
chômage a diminué de près de 20 points, ce qui donne, en moyenne, un point de
chômage en moins pour 2,75 points de croissance réalisés. Cela demeurerait tout de
même une surperformance, voire même hors normes. En effet, il faut 5,5 points de
croissance pour faire reculer le chômage d’un point aux Etats-Unis ! J’y reviendrai
sous peu.
En poursuivant l’observation, on relève que jusqu’en 2005, la croissance
économique hors hydrocarbures, qui enregistre une légère tendance à la hausse,

23
Blanchard, O. et Cohen, D. (2010) : « Macroéconmie ». Pearson Education, France.
24
Durand, J.J. et Huchet-Bourdon, M. (2003): « La loi d’Okun comme indicateur de dispersion des pays
européens : peut-on parler de convergence des structures ? ». Communication au 20th symposium on
″ Monetary and Financial Economics″, Jun 2003, University of Birmingham.
25
LEE J. (2000), «The robustness of Okun’s Law: Evidence from OECD Countries». Journal of
Macroeconomics, vol. 22, n° 2.

37
absorbe près de 2,9 points de chômage en moyenne par an, exclusion faite de
l’année 2000, durant laquelle le chômage a augmenté. Alors qu’à partir de 2006, la
tendance à la hausse du taux de croissance hors hydrocarbures et plus marquée et
pourtant elle n’a absorbé que moins de 1,2 point en moyenne par an ! Du coup, la
croissance économique est devenue beaucoup moins créatrice d’emplois. De ce fait,
le taux de chômage tend à se stabiliser depuis 2009 autour de 10%.
A ce propos, le FMI (2011)26, dans une étude réalisée par ses services sur le
chômage et le marché du travail en Algérie (couvrant la période 1993-2010), relève
la faiblesse relative de l’élasticité de l’emploi à la croissance économique (PIB hors
hydrocarbures). C’est ainsi qu’on lit (p. 6) :
«Malgré plusieurs années de croissance soutenue, le taux de chômage reste élevé
en Algérie comparativement à d’autres économies émergentes ». […].
A court terme, l’élasticité emploi-croissance estimée est à peine de 0,5, soit un demi-
point de pourcentage d’emplois créés pour un point de pourcentage de croissance
réalisé. Selon le FMI, cette contre-performance s’explique essentiellement par la
rigidité du marché du travail (p.6):
«Il ressort également de l’analyse que la rigidité du marché du travail explique en
grande partie la réactivité limitée de l’emploi et du chômage à la croissance du PIB
en Algérie ».
Durant la sous-période 2010-2014, couverte par le programme quinquennal, le taux
de chômage s’est stabilisé autour de 10%. Cela veut dire que non seulement la
croissance économique mais toute la politique de l’emploi ne contribue plus à
l’absorption du chômage. A peine concourent-t-elles à l’absorption de l’équivalent
des nouveaux arrivés sur le marché du travail.
En fait, l’essoufflement de la politique de l’emploi a commencé dès 2007-2008 où le
taux de chômage baissait d’à peine un demi-point. C’est ainsi que le FMI (2011, p. 6)
a observé que :
«Les résultats obtenus en ce qui concerne l’élasticité à court terme […] laissent
penser que l’intensité en emplois de la croissance a diminué sensiblement dans la
période récente ».
A vrai dire, la surperformance de la croissance économique algérienne en matière
d’emploi n’est qu’apparente. En effet, le calcul du taux de chômage qu’effectue
l’ONS intègre des emplois sociaux et d’insertion (il s’agit plutôt d’occupations) créés
en dehors de la sphère productive. C’est donc sur la définition du chômage et, par
conséquent, le calcul de son taux qu’il faut revenir.
Dans une contribution récente, Salhi (2016)27 examine cette question et revient sur la
méthode avec laquelle l’ONS calcule le chômage et son taux. Salhi suggère, à juste
titre, de faire la différence entre les emplois économiques et les emplois (sociaux et
d’insertion) qui ne le sont pas. Ces derniers, quand bien même il serait
″politiquement correcte″ de les extraire du chômage, ils ne sont pas pour autant

26
FMI (2011) : « Algérie : Questions choisies. I. Questions relatives au chômage et au marché du travail en
Algérie ». Washington.
27
Salhi, M. (2016) : « Population et emploi en Algérie : les défis essentiels ». Document non publié.

38
imputables à la croissance économique. Par conséquent, l’intensité en emploi de la
croissance économique est bien plus réduite qu’elle n’apparait.
A ce propos, Salhi (2016), s’étant livré à des estimations pour la période 2008-2014,
affirme que (pp. 2-3):
«Si l’on s’intéresse à la part des emplois créés par les seules performances de
l’économie, on se rend compte que celle-ci ne concerne en réalité que la moitié du
volume des emplois créés en 2014, ce qui est déjà un progrès assez récent
puisqu’elle n’en constituait, avant 2010, que moins du tiers […] ».
C’est ce qu’indiquent les chiffres du tableau 3 ci-dessous.
Tableau 3 : Emploi global (2008-2014)
2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
Emplois économiques 292177 403401 410425 555829 724534 673302 721100
Emplois d’insertion 221589 292307 321984 707028 275935 185136 161534
Emplois Sociaux 407579 414918 328570 448791 510596 539169 557645
Total emplois 921345 1110626 1061084 1711648 1511065 1397607 1440279
Part emplois économiques (%) 32 36 39 32 48 48 50
Source : Salhi (2016, p. 2).

Salhi a donc raison de remettre en cause la manière avec laquelle l’ONS calcule le
chômage et donc le taux de chômage, du moins si on veut les rapporter à la
croissance économique.
«Le taux de chômage [écrit-il, p.2], tel qu’évalué par l’enquête annuelle de l’ONS,
obéit à la définition internationale adoptée par le BIT qui veut qu’un occupé est toute
personne ayant eu à une date de référence donnée un revenu quelle qu’en soit la
nature, donc y compris toutes les personnes occupant un emploi d’insertion (DAIP,
PID) ou un emploi social (DAIS, TUPHIMO, IAIG). Ce taux de chômage n’est donc
pas en lien direct avec les performances réelles de l’économie qui peuvent être
mesurées, quant à elles, par un taux que l’on pourrait qualifier de « taux de chômage
économique » où les emplois d’insertion et les emplois sociaux sont exclus de la
sphère des occupés ».
Tableau 4 : Chômage et son taux estimés par Salhi et par l'ONS
2009 2010 2013 2014
Total chômeurs (ONS) 1072000 1077000 1175000 1214000
Emplois non économiques 629168 650554 724305 719179
Total chômeurs (Salhi) 1701168 1727554 1899305 1933179
Population active 10544000 10812000 11964000 11453000
Taux de chômage (Salhi)(1) 16.1 16.0 15.9 16.9
Taux de chômage ONS(2) 10.2 10.0 9.8 10.6
(1)/(2) 1.58 1.60 1.62 1.59
Demandeurs d’emplois ANEM 963016 1090963 2048531 2050230
Source : Salhi (2016, p.3)

Comme le montrent les chiffres du tableau 3 ci-dessus, le taux de chômage selon les
estimations de Salhi est systématiquement supérieur de 6 points à celui calculé par
l’ONS. Par ailleurs, les chiffres des demandeurs d’emplois (qui sont donc des
chômeurs) enregistrés par l’ANEM confortent largement les estimations de Salhi qui
conclut (p.2) :

39
«Indéniablement, l’économie a permis de réduire substantiellement le chômage
depuis les années 2000 ; mais une part équivalente est due au seul effet de
l’intervention massive de l’Etat à travers la politique sociale de l’emploi ».
Ce qui est intéressant à relever est que la part de la sphère productive de l’économie
dans la création d’emplois s’est considérablement améliorée en s’élevant de de 32%
en 2009 à 50% en 2014. Salhi explique cela par le fait que (p. 2):
«Durant cette période, le financement de l’auto-emploi (ANSEJ, CNAC, ANGEM) a
permis la création d’environ 40% des emplois à caractère économique […].
Ceci dit et même après avoir pris en compte les remarques de Salhi, notre
croissance demeure encore plus ″performante″ par rapport à celles des autres pays.
En effet, souvenons-nous que durant la sous-période 2000-2009 le PIB réel, hors
hydrocarbures, s’était accru de 55%. Durant la même sous-période, le chômage
aurait perdu 13,7 points, ce qui donne en moyenne 4 points de croissance pour 1
point de chômage en moins. Ceci suggère que notre croissance souffrirait du
problème de sureffectif, du moins dans la sphère publique.
Ces appréciations et estimations de Salhi corroborent ce qui a été relevé
précédemment à l’aide de la loi d’Okun et permettent d’affirmer que notre croissance
économique est loin d’être la seule à contribuer à l’importante résorption du chômage
durant les années 2000. La politique publique en matière d’emploi avec les emplois
sociaux et d’insertion qu’elle a permis de créer y a fortement contribué.
Mais il n’y a pas que cela. En fait, outre cette politique, qui constitue un facteur
conjoncturel, il convient d’ajouter un autre facteur d’ordre structurel : le facteur
démographique. Ce dernier a dû certainement jouer un rôle aussi déterminant dans
la baisse du chômage. En effet, en scrutant les statistiques sociales que publie l’ONS
(population-démographie, emploi-chômage) on constate que le taux de fécondité est
passé de 5,8% durant les années 80 à 2,4% durant les années 2000. Ce recul de la
fécondité est dû lui-même essentiellement d’une part, au recul de l’âge moyen au
premier mariage et d’autre part, à l’usage généralisé de la contraception. En
conséquence, le taux de croissance de la population n’a cessé de régresser en
passant de 3,1% entre 1977 et 1987 à 1,6% entre 1998 et 2008. Il s’en est suivi une
décélération de la croissance de la population active, ce qui a eu pour conséquence
la baisse de la demande supplémentaire d’emplois qui passe d’une moyenne de 4,2
% durant la décennie 1990 à 2% durant la décennie 2000.
Au total, la croissance économique n’est pas le seul facteur explicatif de la baisse
considérable du chômage. Loin s’en faut. La politique publique d’emploi et les
conditions démographiques y ont fortement contribué. C’est tant mieux.
Pour terminer ce point, rappelons que durant la sous-période 2010-2014, le taux de
chômage s’est stabilisé (autour de 10% pour l’ONS et de 16% pour Salhi). Cela veut
dire que la croissance économique et la politique publique d’emploi permettent juste
d’absorber l’équivalent des nouvelles demandes d’emploi de sorte que le chômage
n’augmente pas. Même s’il y a une amélioration de la ″qualité″ des emplois créés qui
deviennent de plus en plus de type économique, comme l’a si bien fait remarquer
Salhi, il n’en demeure pas moins que le niveau du chômage de 10% reste

40
relativement élevé. Peut-on alors conclure à la saturation de la croissance
économique ? Autrement dit, peut-on conclure que toutes les potentialités de
croissance soient saturées, que l’on se trouve en situation de plein emploi et que, par
conséquent, le chômage en question soit un ″chômage naturel″ ?
Il semble que non, à en juger par l’importance de la demande globale solvable dont
une bonne partie est orientée à l’importation. En effet, le montant des importations
n’a cessé d’augmenter malgré moult tentatives de les réduire28. Par ailleurs, le taux
d’utilisation des capacités de production existantes est relativement faible 29. Serait-il
alors le contenu30 et la qualité31 de la croissance qui seraient mis en cause ?
La réponse à ces questions appelle développements qui dépassent l’objet du présent
exercice.
C- L’amélioration du niveau de vie économique de la population
C’est à juste titre que Keynes écrivit (1936, p.104): « La consommation est la seule
fin et objet de toute l’activité économique ».
En effet, la finalité ultime de toute l’activité économique est de satisfaire les besoins
des citoyens en divers biens et services. Ce que les économistes appellent
consommation finale, plus précisément la consommation finale des ménages. Ce
n’est donc pas un hasard si la part de ces biens et services dans la production
nationale est toujours et partout la plus importante. Même l’autre partie de la
production nationale, constituée des biens et services d’investissement, est destinée
in fine à la production de biens et services pour la consommation finale. Par ailleurs,
le but ultime de toute politique économique est d’améliorer le niveau de vie des
citoyens dont la consommation finale en constitue l’aspect économique. Comme
nous l’avons vu précédemment, cet objectif figure bien parmi les objectifs de la
politique de croissance préconisée par les pouvoirs publics. Il importe donc
d’apprécier l’apport en la matière de cette politique.
Selon l’Organisation des Nations Unies, le "niveau de vie économique" peut être
mesuré globalement par le PIB réel per capita. Pour approcher davantage le niveau
de vie économique, la "consommation finale réelle par tête" est encore plus
significative.
Le tableau 5 ci-dessous retrace d’une part, l’évolution globale du PIB et de la
consommation finale des ménages en termes réels (à prix constants de 1999) et
d’autre part, l’évolution de la population (prise en milieu de l’année), du PIB et de la
consommation finale réels par tête d’habitant et ce, sur la période 2000-2014.

28
Notamment depuis 2009, avec la loi de finances complémentaire de cette année qui suspendit le crédit aux
véhicules et obligea les opérateurs économiques à n’utiliser que le crédit documentaire dans les règlements
internationaux…
29
Selon les enquêtes d’opinions menées par l’ONS sur ″la situation et les perspectives dans l’industrie″ (entre
2013 et 2015), les capacités de production sont utilisées aux taux variant entre 65% dans le secteur privé et
75% dans le secteur public.
30
Nous avons déjà constaté que plus d’un tiers de la croissance est constitué de la valeur ajoutée du secteur
hydrocarbures, secteur qui n’est pas créateur d’emplois.
31
On suggère que la qualité des biens est services produits localement ne satisfait pas suffisamment les
consommateurs locaux. Ces derniers préfèrent les biens et services importés supposés de meilleure qualité…

41
On constate que, tout au long de cette période, aussi bien le produit réel par tête que
la consommation finale réelle par tête allaient croissant (voir graphique 15) car leurs
rythmes de croissance sont plus élevés que celui de la population. En effet, alors que
les taux moyens de croissance du PIB réel et de la consommation finale réelle des
ménages étaient respectivement de 3,4% et 4,75%, celui de la population était à
peine de 1,7%. Il y a donc un différentiel de 1,7 point pour le PIB et de 3,05 points
pour la consommation.

Tableau 5- PIB et Consommation finale des ménages réels totaux et par tête (2000-2014)
2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014
PIB réel (109DA)/ Prix
3361 3462 3656 3919 4088 4329 4403 4552 4644 4722 4892 5019 5185 5330 5533
constants 1999
Conso. Fin. réelle des
1711 1791 1865 1947 2069 2163 2232 2350 2510 2663 2812 2981 3130 3286 3431
ménages (109DA)/Prix 99
Conso. / PIB % 53 52 50 50 51 50 51 52 54 56 58 59 60 62 62
30416 30879 31357 31848 32364 32906 33481 34096 34591 35268 35978 36717 37495 38297 39114
Population (en 103) (*)
PIB réel par tête (103 DA)
110,5 112,2 116,6 123,1 126,3 131,5 133,5 134,3 133,9 136,0 136,7 138,3 139,2 141,5
131,6
Conso. finale réelle par
56,3 58,0 59,5 61,1 63,9 65,7 66,7 68,9 72,6 75,5 78,2 81,2 83,5 85,8 87,7
tête (103 DA)
Sources : Calculs établis par nos soins à partir des données de l’ONS : « Les comptes économiques en volume de 2000 à
2014 ». Document n° 710, disponible sur www.ons.dz
(*) ONS : « Population-démographie ». Document disponible sur www.ons.dz

Le fait que le rythme de la consommation et plus élevé que celui du PIB indique
qu’une proportion de plus en plus importante du PIB est affectée à la consommation
finale notamment, à partir de 2007/2008. En effet, d’une moyenne de 51% durant la
sous-période 2000-2005, la part du PIB affectée à la consommation finale des
ménages a atteint une moyenne de 56,6% durant la sous-période 2006-2014.

42
On constate également que le PIB réel par tête et la consommation finale réelle des
ménages par tête ont évolué de manière différenciée durant les deux sous-périodes.
Pour le PIB réel par tête, son taux de croissance annuel moyen a été de 1,55% sur
toute la période, avec 3,93% durant la sous-période 2000-2005 et à peine 0,82%
durant la sous-période 2006-2014. Ceci s’explique par la décélération de la
croissance à partir de 2006, phénomène constaté précédemment.
Quant à la consommation finale réelle par tête, son taux de croissance a été un peu
moins de 3% en moyenne sur toute la période, avec près de 2,6% durant la sous-
période 2000-2005 et près de 3,1% durant la sous-période 2006-2014.
L’amélioration générale du niveau de vie économique de la population algérienne est
confirmée par l’ «Enquête sur les dépenses de consommation et le niveau de vie des
ménages » effectuée en 2011 par l’ONS32.
Cette enquête permet, par ailleurs, d’affiner l’analyse de l’évolution du niveau de vie
durant la période 2000-2011 selon le milieu géographique (urbain-rural), au niveau
des ménages et des catégories de revenus.
La dépense totale que les ménages algériens ont alloué à la consommation finale a
été estimée à 4489,5 Milliards DA en 2011, contre 1531,4 Milliards DA en 2000, soit
un taux de croissance de 193% (voir tableau 6). Deux observations doivent être
faites quant à cette évolution.
La première observation est que cette évolution est nettement plus forte en milieu
urbain (221%) qu’en milieu rural (142%). Dans le même temps, la part des dépenses
dans le milieu urbain a augmenté de 6,1 points en 2011 par rapport à 2000 passant
de 65% à 71,1%. Ce fait est le résultat, selon l’ONS, d’une urbanisation croissante
dont le taux est passé de 58,3% en 2000 à 66,3% en 2011.

Tableau 6 : Evolution des dépenses globales des ménages en termes nominaux


Unité 109 DA
2000 2011 Evolution%
Montant % Montant %
National 1 531,4 100,0 4 489,5 100,0 193
Urbain 995,6 65,0 3 194,1 71,1 221
Rural 535,8 35,0 1 295,4 28,9 142
Source : ONS (2013): « Enquête Nationale sur les Dépenses de Consommation et le Niveau de
Vie des Ménages 2011». Disponible sur www.ons.dz

La seconde observation est que ces montants sont donnés en valeurs nominales ; ils
incluent la part relative à la hausse des prix, c’est-à-dire l’inflation. Ils doivent donc
être déflatés pour éliminer l’effet inflationniste et isoler la dépense réelle.
Pour ce faire, nous utiliserons comme déflateur l’indice des prix à la consommation
(l’IPC du Grand Alger)33. Ce dernier est passé de 95,99 (base 100=2001) en 2000
à 142,39 en 2011, soit un accroissement 46,4%. Il suffit alors de déflater les valeurs

32
ONS (2013): « Enquête Nationale sur les Dépenses de Consommation et le Niveau de Vie des Ménages
2011». Disponible sur www.ons.dz
33
L’ONS calcule deux types d’indices des prix à la consommation, l’un national et l’autre pour le Grand-
Alger…Comme les deux indices évoluent, à moyen et terme, de manière parallèle, il devient indifférent
d’utiliser l’un ou l’autre.

43
nominales de 2011 par le coefficient 1,464 pour obtenir les valeurs réelles (voir
tableau 6 bis).
Il demeure qu’il y a bien une nette évolution de la dépense des ménages en termes
réels avec une moyenne annuelle de près de 6% à l’échelle nationale dont près de
6,8% en milieu urbain et près de 4,3 % en milieu rural.
Tableau 6 bis : Evolution des dépenses globales des ménages en termes réels
Unité 109 DA
2000 2011 Evolution
Montant % Valeur nominale Valeur déflatée % En termes réels
National 1 531,4 100,0 4 489,5 3066,6 100,0 100,0
Urbain 995,6 65,0 3 194,1 2181,8 71,1 119,0
Rural 535,8 35,0 1 295,4 884,8 28,9 65,1
Source : ONS (2013): «Enquête Nationale sur les Dépenses de Consommation et le Niveau de Vie des
Ménages 2011». Disponible sur www.ons.dz

Un des indicateurs intéressants de l’amélioration du niveau de vie réside dans


l’évolution de la structure de la consommation (voir tableau 7).

Tableau 7 : Evolution de la structure des dépenses des ménages par groupes de produits
2000 2011
Ecart
% %
Alimentation & boissons 44,6 41,8 -2,8
Habillement & chaussures 8,6 8,1 -0,5
Logements & charges 13,5 20,4 +6,9
Meubles & articles ménagers 3,4 2,7 -0,7
Santé & hygiène corporelle 6,2 4,8 -1,4
Transport & communications 9,4 12,0 +2,6
Education, culture & loisirs 3,9 3,2 -0,7
Produits divers & autres dépenses 10,4 7,0 -3,4
Ensemble 100,0 100,0 -
Source : ONS (2013): «Enquête Nationale sur les Dépenses de Consommation et le Niveau de Vie des
Ménages 2011». Disponible sur www.ons.dz

Il est généralement admis qu’au fur et à mesure que les revenus des ménages
augmentent, et donc leurs dépenses de consommation augmentent également, la
part du revenu allouée aux produits alimentaires diminue même si leurs montant, en
termes absolus, augmente. Par conséquent, leur part dans la consommation finale
totale tendra à diminuer. En effet, après avoir satisfait ses besoins de base
(l’alimentation), l’agent économique, le ménage, oriente de plus en plus dépenses
vers les produits plus ″nobles″ (d’un point de vue économique s’entend : santé,
éducation, loisirs…), signe d’amélioration de son niveau de vie. Cette loi du
comportement économique des ménages a été établie depuis très longtemps par
Engel (1857)34.

34
Ernest Engel (1921-1896) est statisticien allemand ; il mit en évidence cette loi empirique sur la base d’une
étude sur les budgets de 153 familles belges. Elle a été confirmée par de nombreuses études statistiques,
variées dans le temps et dans l’espace, devenant ainsi un des outils d’analyse du comportement des
consommateurs.

44
On constate ainsi (voir tableau 7) que le poste ″Alimentation & boissons″, tout en
conservant et de loin sa première place parmi les autres postes, a perdu 2,8 points
entre 2000 et 2011. On constate également que deux autres postes : ″Logements &
charges″ et ″Transport & communications″ ont vu leurs parts s’améliorer en gagnant
respectivement 6,9 et 2,6 points. Il s’agit là d’un indice d’urbanisation qui pourrait
constituer un signe d’amélioration du niveau de vie. Paradoxalement, les deux
postes indiquant de manière claire une amélioration du niveau de vie, à savoir ″Santé
& hygiène corporelle″ et ″Education, culture & loisirs″, ont vu leurs parts diminuer
respectivement de 1,4 et 0,7 points. A priori, ceci n’est pas un bon signe. Mais on
doit reconnaître que les ménages algériens bénéficient d’une quasi gratuité des
biens et services de santé et d’éducation : le gros des dépenses en la matière est
pris en charge par la collectivité nationale. D’où la relative faible part des dépenses
en question dans les budgets des ménages.
Comme nous l’avons soutenu précédemment, l’indicateur le plus pertinent pour
mesurer le niveau de vie économique et son amélioration est la consommation réelle
par tête, ou, dans notre cas, la dépense réelle par tête, voire également par ménage.
La dépense moyenne réelle35 par ménage et par tête a évolué comme suit entre
2000 et 2011 (voir tableaux 8 et 9).

Tableau 8 : Evolution de la dépense annuelle moyenne réelle par ménage


Base 2000 =100 / Unité : DA
2000 2011 Evolution %
Valeur Valeur nominale Valeur déflatée En termes réels
National 331 117 716 591 489 474,7 47,8
Urbain 355 353 746 585 509 962,4 43,5
Rural 293 872 652 003 445 357,2 51,5
Rural/Urbain 82,7 87,3 87,3
Source : ONS (2013): «Enquête Nationale sur les Dépenses de Consommation et le Niveau de Vie des Ménages
2011». Disponible sur www.ons.dz

Tableau 9 : Evolution de la dépense annuelle moyenne réelle par tête


Base 2000 =100 / Unité : DA
2000 2011 Evolution (%)
En termes réels
Valeur Valeur nominale Valeur déflatée
National 49 928 122 274 83 520,5 67,3
Urbain 55 718 131 231 89 638,7 60,9
Rural 41 846 104 660 71 489,1 70,8
Rural/Urbain 75,1% 79,8% 79,8 -
Source : ONS (2013): «Enquête Nationale sur les Dépenses de Consommation et le Niveau de Vie des Ménages
2011». Disponible sur www.ons.dz

Ces données montrent qu’il y a bien eu un accroissement de la consommation réelle


aussi bien par ménage que par tête. Plus significatif encore est le fait que
l’accroissement de la consommation réelle par tête est plus élevé que celui par
ménage, soit 67,3% et 47,8%, respectivement. Mieux encore, l’accroissement de la
consommation réelle est plus élevé en milieu rural, que ce soit par ménage (51,5%)

35
Les valeurs nominales de 2011 sont déflatées par le coefficient 1,464.

45
ou par tête (70,8%), qu’en milieu urbain, soit 43,5 % et 60,9%, respectivement par
ménage et par tête.
Ceci montre l’effort consenti par les pouvoirs publics en direction des zones rurales
dans l’objectif d’améliorer les conditions de vie de leurs populations. A ce propos, on
peut citer notamment les divers projets tels que l’ouverture des routes, d’adduction
d’eau potable, d’alimentation en gaz naturel des villages les plus éloignés et isolés,
d’aide au logement rural…
Pour terminer, il convient d’apprécier l’amélioration du niveau de vie des différentes
couches ou catégories de la population selon leurs niveaux de revenus. La
population peut être répartie en plusieurs catégories : quintiles, déciles…en fonction
de leurs revenus. Il s’agit de voir, à partir d’une situation de répartition en temps (t),
comment les niveaux de revenus de ces différentes catégories ont évolué en temps
(t+1, 2, 3…). Cette analyse permet d’apprécier notamment la politique redistributive de
l’Etat. L’outil qui permet de visualiser une telle évolution est la courbe de Lorentz36.
Pour le cas qui nous intéresse ici, nous ne disposons pas d’une répartition des
revenus entre les différentes catégories de la population. Par contre, l’enquête de
l’ONS donne les dépenses de consommation des ménages algériens répartis en
déciles.
L’on sait que, selon la théorie économique (Keynes, Friedman), la consommation est
fonction du revenu37. Elle en est même une proportion importante. Comme le postule
la théorie keynésienne, cette proportion est plus grande pour des niveaux bas du
revenu et donc plus petite pour des niveaux élevés 38. La part du revenu non
dépensée en consommation est épargnée. Ainsi, plus le revenu s’élève, moins on
dépense relativement en biens de consommation finale et plus on épargne 39.
Pour visualiser l’évolution des dépenses de consommation des différents déciles
composant la population algérienne en 2000 et en 2011, il est possible d’adapter la
courbe de Lorentz (voir graphique 15).
On constate qu’il y a globalement une légère amélioration du niveau des dépenses
puisque la courbe représentant les dépenses des différents déciles en 2011 est
légèrement plus élevée que celle représentant les dépenses des mêmes déciles en
2000. Le fait que la courbe de 2011 se rapproche quelque peu de la bissectrice
représentant la dépense égalitaire (théorique, idéale…) indique qu’il y a bien une
petite amélioration du niveau de vie de la population algérienne. On peut même
inférer, suivant la courbe de Laurentz originale, qu’il y a un peu plus d’équité dans la

36
Lorentz, M.O. est économiste américain ; il a publié un article en 1905 intitulé : « Method of Measuring the
Concentration of Wealth ». American Statistical Association, New Series, N 70, 1905, où il a proposé cet
outil pour mesurer l’inégalité dans la distribution des revenus.
37
Que ce soit la théorie Keynésienne ou Friedmannienne de la consommation, le revenu (absolu chez Keynes ou
permanent chez Friedman) est variable (d’échelle) qui détermine le niveau de la consommation.
38
Rappelons-nous de la théorie de la ″propension marginale à consommer″ selon laquelle plus le revenu
augmente plus la consommation augmente mais dans une proportion moindre : 0< dc/dR < 1. Cette hypothèse
implique que la part de la consommation dans le revenu diminue avec la hausse de ce dernier. Pourtant les
travaux empiriques de Kuznets montrent qu’elle est plutôt stable…(le débat n’est pas clos…).
39
Ceci rappelle la loi d’Engel mais pour la consommation finale totale, et indique que l’épargne est un ″bien″ de
luxe car accessible surtout aux titulaires de hauts revenus…

46
redistribution des revenus, même si la hausse des dépenses de consommation ne
suit pas de manière linéaire la hausse du revenu, comme l’indique la courbe d’Engel.
A partir de cette représentation, diverses observations peuvent être faites en
comparant les situations des différents déciles. En voici un exemple.

La part du premier décile, c’est-à-dire la part des 10% de la population ayant les plus
bas revenus, dans les dépenses totales de consommation est passée de 3,2% en
2000 à 3,5% en 2011, réalisant un gain de 0,3 point. Par contre, la part du dixième
décile, c’est-à-dire les 10% de la population ayant les plus hauts revenus, est passée
de 28,6% en 2000 à 26% en 2011, perdant ainsi 2,6 points. De ce fait, la
consommation du dernier décile qui était de 8,9 fois celle du premier décile en 2000
est passée à 7,4 fois en 2011, soit une réduction de l’écart de 1,5 point. C’est un
léger mieux pour la catégorie la plus défavorisée de la population.
Il convient de souligner, à ce propos, que l’amélioration du niveau de vie des
couches les plus défavorisées aurait pu être beaucoup plus tangible si la politique
publique de subvention des produits de première nécessité était une politique qui les
cible particulièrement au lieu qu’elle soit une politique de subvention générale. Plus
grave encore, cette dernière, aveugle, profite davantage aux couches les plus
favorisées.

47
Par ailleurs, notre système fiscal n’est pas suffisamment redistributif. En effet, les
deux principaux impôts de ce système sont la TVA et l’IRG. Comme on le sait, la
TVA est totalement non redistributif puisqu’il frappe tout acte de dépense quel qu’en
soit l’acteur. Quant à l’IRG, il est, certes, redistributif, puisqu’il est progressif, mais
pas suffisamment.
Au total et d’un point de vue macroéconomique, il est incontestable qu’il y a une
nette amélioration du niveau de vie économique moyen de la population. Cette
amélioration est encore plus importante au cours de la période récente et ce, malgré
la décélération de la croissance. Ce fait est évident, à partir de 2010, suite à la
décision des pouvoirs publics d’augmenter les traitements des fonctionnaires, avec
effet rétroactif jusqu’à janvier 2008, ainsi que les pensions-allocations et autres
transferts sociaux. Ceci a entrainé l’augmentation des salaires dans le reste de
l’économie40.
L’accroissement consécutif des revenus des ménages a donné lieu à une demande
accrue. Face au manque de souplesse suffisante du système productif national pour
y répondre, un important excès de demande apparut. Cet excès de demande a eu
deux effets importants. L’un d’eux est l’accroissement remarquable des importations
en particulier, de véhicules en dépit de la suspension du crédit les concernant 41.
L’autre est l’inflation dont le taux a atteint un pic de près de 9% en 2012, niveau
jamais enregistré depuis 1997.
Cette dernière observation nous conduit à nous interroger sur le rôle de la politique
monétaire dans la stabilisation de l’inflation.
II.- 3- La politique monétaire : son rôle dans la stabilisation de l’inflation
Dans la première partie de ce document, nous avons vu qu’après avoir stabilisé le
niveau des prix (mesuré par l’IPC du Grand Alger) en 1995/96, il fut procéder à la
désinflation pour réduire leur rythme, les rythmes de l’inflation, à un niveau
suffisamment bas et comparable à ceux de nos principaux partenaires. En effet, il a
été ramené de 29,8% en 1995 à 18,7% en 1996 pour atteindre 5,7% en 1997, 5%
en 1998 et 2,6% en 1999; ce qui est indéniablement remarquable.
La stabilisation du rythme de l’inflation s’est poursuivie tout au long de la période
2000-2014. Ainsi, sur l’ensemble de cette période, le taux d’inflation a évolué autour
d’une moyenne de 3,6% avec, cependant, une tendance générale à la hausse. Mais
cette tendance n’est pas la même sur toute la période. Il y a donc lieu de distinguer
entre au moins deux sous-périodes : 2000-2007 et 2008-2014.
Durant la sou-période 2000-2007, le rythme de l’inflation a évolué autour d’une
moyenne de 2,5%, avec un minimum, frôlant la déflation, de 0,3% en 2000 et un pic
de 4,2% en 2001.

40
Selon l’ONS, la masse salariale nationale a augmenté de 7% en 2011.
41
Les importations totales et de véhicules ont évolué comme suit (en millions $US) entre 2008 et 2014:
2008 2009 2010 2011 2012 2103 2104
Importations totales de B & S (non facteurs) 39479 39274 40473 47247 50376 55028 58580
Dont importations de véhicules de tourisme 2049 1524 1456 2110 3909 3725 2963

48
Durant la période 2008-2014, le rythme de l’inflation a évolué autour d’une moyenne
de 4,5%, avec un pic de 8,9% en 2012.
Hormis donc le niveau exceptionnel atteint en 2012 (sur lequel nous reviendrons), on
doit reconnaître que l’inflation a demeuré relativement modérée et donc supportable
et ce, depuis 1997. Malgré la tendance à la hausse de son rythme notamment à
partir de 2008, il n’en demeure pas moins que son maintien à un tel niveau est un
exploit face au risque potentiel que constituait l’excédent structurel de liquidités
monétaires qui submergent l’économie depuis 2002/2003. Comme on le sait, cet
excédent structurel de liquidités est le résultat de la monétisation systématique des
avoirs extérieurs issus quasi totalement des recettes d’exportation d’hydrocarbures et
autres produits miniers. Depuis 2005, le montant en dinars de ces avoirs dépasse, à
lui seul, celui de la quantité de monnaie (M2) en circulation.

Devant une telle situation, on ne peut s’empêcher de se s’interroger sur l’efficacité de


la politique monétaire. Pour apprécier de manière pertinente l’efficacité de la politique
monétaire, il est nécessaire d’avoir une idée aussi précise que possible sur les
objectifs final et intermédiaires poursuivis en la matière, les instruments mis en
œuvre et les canaux de transmission permettant de les atteindre.
II.-3-1- Objectifs et instruments de la politique monétaire
Notons tout d’abord qu’à partir de 2000/2001, la politique monétaire semble avoir pris
une certaine autonomie quant à son rôle dans la régulation conjoncturelle, plus
précisément dans la lutte contre l’inflation. Cette autonomie se retrouve aussi bien
dans ses objectifs que dans ses instruments.

49
A.- Objectifs
En toute rigueur et jusqu’à octobre 2010, on ne trouve ni dans la loi 90-10 ni dans
l’ordonnance 03-11, d’assignation explicite d’objectif(s) à la politique monétaire ; on
n’y trouve même pas les termes ″politique monétaire″. C’est dans les missions que la
loi bancaire assigne à la Banque centrale, la Banque d’Algérie en l’occurrence, qu’on
peut les extraire (voir encadré 4). Parmi ces objectifs, par ailleurs non hiérarchisés,
figure bien ″la stabilité de la valeur interne et externe de la monnaie″ qui
correspondrait à la stabilité des prix (domestiques) et du taux de change du dinar.

Encadré 4 Evolution de la définition du contenu de la mission (principale)


de la Banque d’Algérie
La définition du contenu de la mission principale de la BA a connu des modifications importantes d’une loi à
l’autre avant d’arriver à la dernière formulation de 2010. Elle fut d’abord, l’objet de l’article 55 la loi 90-10 du
10/04/1990, relative à la monnaie et au crédit, puis de l’article 35 de l’ordonnance 03-11 du 26/08/2003 qui
abroge et remplace la loi 90-10, enfin, de l’article 2 de l’ordonnance 10-04 du 26/08/2010 qui modifie et
complète l’ordonnance 03- 11.
1 – L’article 55 de la loi n° 90-10 stipulait ce qui suit :
« La Banque centrale a pour mission de créer et de maintenir dans le domaine de la monnaie, du crédit et des
changes les conditions les plus favorables à un développement ordonné de l’économie nationale, en
promouvant la mise en œuvre de toutes les ressources productives du pays, tout en veillant à la stabilité
interne et externe de la monnaie.
A cet effet, elle est chargée de régler la circulation monétaire, de diriger et de contrôler, par tous les moyens
appropriés, la distribution du crédit, de veiller à la bonne gestion des engagements financiers à l’égard de
l’étranger et de régulariser le marché des changes ».
Avant d’analyser le contenu de cet article pour extraire les objectifs assignés à la Banque d’Algérie, il convient
de remarquer qu’il s’agit d’une reprise in extenso de celui de l’article 36, du moins son alinéa premier, de la loi
62-144 du 13/12/1962 portant création et fixant les statuts de la Banque Centrale d’Algérie ; en voici le texte de
cet article:
« La Banque centrale a pour mission de créer et de maintenir dans le domaine de la monnaie, du crédit et des
changes les conditions les plus favorables à un développement ordonné de l’économie nationale, en
promouvant la mise en œuvre de toutes les ressources productives du pays, tout en veillant à la stabilité
interne et externe de la monnaie.
A cet effet, elle est chargée de régler la circulation monétaire, de diriger et de contrôler, par tous les moyens
appropriés, la distribution du crédit, dans le cadre de la politique définie par les pouvoirs publics ».
De cette mission très large, définie dans le premier alinéa, on peut extraire les objectifs suivants :
 « le développement ordonné de l’économie nationale » qui constitue une sorte de fonction de préférence (ou
de finalité) du décideur politique formulée par le législateur. Il s’agit d’un objectif stratégique de long terme
pour la réalisation duquel la Banque centrale doit contribuer par la création et le maintien, dans son domaine
(la monnaie, le crédit et les changes) et à l’aide de son outil (la politique monétaire), de conditions les plus
favorables, conditions contenues dans les deux autres objectifs finals ;
 « la mise en œuvre de toutes les ressources productives » qui correspondrait à l’objectif de plein emploi,
comprenant implicitement celui de la croissance économique ;
 « la stabilité de la valeur interne et externe de la monnaie » qui correspondrait à la stabilité des prix
(domestiques) et donc la lutte contre l’inflation, et du taux de change.
Dans une première lecture, on peut dire que ces objectifs, outre qu’ils sont nombreux pour une Banque centrale,
ils souffrent surtout, d’une hiérarchisation ce qui les mettrait en situation conflictuelle car ils sont souvent
concurrentiels, comme c’est le cas des deux derniers objectifs (plein emploi et lutte contre l’inflation).
Mais dans une seconde lecture, on peut considérer que l’objectif de stabilité des prix est mis en position
secondaire par rapport aux deux objectifs précédents ! Le texte disait : « ...tout en veillant à... ». Or c’est
précisément la stabilité des prix qui constitue sinon le seul du moins le principal objectif de la politique
monétaire. Par conséquent, la politique monétaire, qui devait être la mission principale de la Banque centrale, est
considérée comme une mission secondaire !

50
2 - L’article 35 de l’ordonnance 03-11
L’ordonnance 03-11 a apporté des modifications, qu’on peut juger importantes, aux missions de la Banque
centrale, mais sans résoudre le problème de la hiérarchie des objectifs ni celui relatif au statut de la politique
monétaire. En effet, l’alinéa premier de l’article 35 de cette ordonnance dispose ce qui suit : « La Banque
d’Algérie a pour mission de créer et de maintenir dans les domaines de la monnaie, du crédit et des changes les
conditions les plus favorables à un développement rapide de l’économie, tout en veillant à la stabilité interne et
externe de la monnaie. A cet effet, elle est chargée de régler la circulation monétaire, de diriger et de contrôler,
par tous les moyens appropriés, la distribution du crédit, de veiller à la bonne gestion des engagements
financiers à l’égard de l’étranger et de réguler le marché des changes ».Deux modifications de fond sont à
relever :
- la première consiste dans la substitution du qualificatif "rapide" au qualificatif "ordonné" du développement
de l’économie nationale ;
- la seconde consiste dans la suppression du segment de la phrase « en promouvant la mise en œuvre de toutes
le ressources productives du pays », c’est-à-dire de l’objectif de plein emploi.
L’usage du terme "rapide", ayant un sens quantitatif, au lieu et place du terme "ordonné", ayant un sens
qualitatif, signifierait que la fonction de préférence du décideur politique a perdu de son caractère stratégique de
long terme. Aurait-il raccourci sa vision de l’avenir du développement ordonné de l’économie nationale, sous
l’effet de la conjoncture de récession de la décade précédente, en faveur de la relance de la croissance
économique qui serait la plus rapide possible ? Il y a une forte probabilité pour que ce soit le cas. Mais alors
l’objectif de long terme du développement économique se réduirait à l’objectif de court ou moyen terme de
croissance économique. Dans ce cas, l’objectif de plein emploi, supprimé en tant qu’objectif explicite,
demeurerait en tant qu’objectif implicite. Il s’en suivrait que la politique monétaire doit avoir comme objectif
final la stabilité des prix (et du taux de change) en compatibilité avec un taux de croissance (du PIB) le plus
élevé possible.
Pour autant, ces objectifs demeurent encore nombreux et surtout, non hiérarchisés d’où leur caractère conflictuel,
tandis que la politique monétaire demeure encore en position secondaire, ce que réglera la nouvelle ordonnance
10-04.En fait, cette dernière a reformulé complètement le contenu des missions de la Banque centrale. En effet,
en assignant à la politique monétaire un objectif unique: la stabilité des prix, elle a écarté d’un seul coup le triple
problème de multiplicité, de hiérarchie et de conflit d’objectifs qui caractérisait les lois et ordonnances
précédentes. De même, elle remet les choses à l’endroit en faisant de la politique monétaire la première mission
de la Banque centrale.
Quant aux deux autres missions, les objectifs qui en découlent, à savoir le «... développement soutenu de
l’économie » et «...la stabilité monétaire et financière », sortent des préoccupations de la politique
monétaire stricto sensu; ils constituent des objectifs généraux dont elle partage la responsabilité avec le reste des
pouvoirs publics. Le rôle de la Banque centrale dans leur réalisation consiste, pour le premier, à en préparer les
conditions monétaires (monnaie, crédit et changes) les plus favorables, et pour le second à mener un contrôle
prudentiel garantissant «... la solidité et la sécurité du système bancaire ». Ce faisant, le législateur a, enfin, tenu
compte des développements récents sur le plan de la pensée comme sur le plan de la pratique en la matière.
Sur le plan de la pensée, l’idée solidement établie durant trois dernières décennies est d’une part, que la mission
principale de la Banque centrale est l’élaboration et la conduite de la politique monétaire et d’autre part, que
l’objectif sinon unique du moins principal de la politique monétaire est la stabilité des prix.
Sur le plan de la pratique en la matière, il suffit de voir comment l’article 5 des accords de Maastricht a défini les
missions du Système Européen des Banques Centrales (SEBC) et à leur tête la Banque Centrale Européenne
(BCE). Voici le texte de l’article 105, alinéa premier : « 1. L'objectif principal du SEBC est de maintenir la
stabilité des prix. Sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques
économiques générales dans la Communauté, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de la
Communauté, tels que définis à l'article 2. Le SEBC agit conformément au principe d'une économie de marché
ouverte où la concurrence est libre, en favorisant une allocation efficace des ressources et en respectant les
principes fixés à l'article 3 A... ».
Voici le texte de l’article 2 auquel il est fait référence : « La Communauté a pour mission, par l’établissement
d'un marché commun, d'une union économique et monétaire et, par la mise en œuvre des politiques ou des
actions communes visées aux articles 3 et 3 A, de promouvoir un développement harmonieux et équilibré des
activités économiques dans l'ensemble de la Communauté, une croissance durable et non inflationniste
respectant l'environnement, un haut degré de convergence des performances économiques, un niveau d'emploi et
de protection sociale élevé, le relèvement du niveau et de la qualité de vie, la cohésion économique et sociale et
la solidarité entre les États membres».

51
Cependant, dans sa conduite pratique, seul l’objectif de la stabilité des prix est
retenu. C’est du moins ce que le Gouverneur de la Banque d’Algérie a donné comme
réponse (2005, p. 7) à la question relative à ce sujet, que lui a posée la Commission
"Perspectives et Développement Economique et Social" du CNES:
«Bien que les missions de la Banque d’Algérie consacrées dans la loi bancaire vont
au-delà de la stabilité des prix, dans les textes que la Banque d’Algérie publie, il est
clairement indiqué que l’objectif ultime de sa politique monétaire est la stabilité des
prix ». (Le premier soulignement est de moi, le second était dans le texte de la BA).
Relevons au passage qu’en matière de conduite de la politique monétaire, la BA a
adopté, depuis 2001, l’approche dite des ″règles″, au lieu de l’approche
″discrétionnaire″ et ce, en ciblant un taux d’inflation, mais sans l’exprimer
explicitement et sans quantifier la cible. C’est ainsi qu’on lit dans les rapports annuels
pour 2001et 2002 (p.72 et p. 90, respectivement) ce qui suit :
« L’objectif ultime de la politique monétaire est donc de maintenir la stabilité des prix,
entendue comme une progression limitée de l’indice des prix à la consommation ».
Ce n’est qu’à partir de 2003 que l’on apprend que "cette progression limitée de
l’indice des prix à la consommation" aurait été fixée à un plafond de 3 % et ce, dans
une perspective de moyen terme. C’est ce que nous apprend, a posteriori, le rapport
annuel pour 2003 (p. 115) :
«… l’objectif ultime de la politique monétaire exprimé en termes de stabilité à moyen
terme des prix, à savoir une inflation inférieure à 3%, a été atteint en 2003…». (Je
souligne).
Mais à partir de 2007 et vu la tendance à la hausse de l’inflation, l’autorité monétaire,
le Conseil de la Monnaie et du Crédit (CMC), a fixé une fourchette allant de 3 à 4%.
C’est ce qui est indiqué, toujours a posteriori, dans le rapport annuel pour 2007 (p.
168) :
«Le Conseil de la Monnaie et du Crédit a maintenu l’objectif d’inflation de 3 % à
moyen terme, comme objectif ultime de la politique monétaire. Il a, en la matière,
précisé une fourchette allant de 3 à 4 % au titre de l’année 2007 ».
Le même scenario est reconduit pour 2008 (p. 171), tout en précisant que c’est en
raison du risque de l’inflation importée :
« Le Conseil de la Monnaie et du Crédit a, tout en maintenant l'objectif d'inflation de 3
% à moyen terme comme objectif ultime de la politique monétaire, précisé une cible
de 3 % à 4 % au titre de l'année 2008 et ce, en raison de risque à la hausse de
l'inflation importée».
C’est finalement en 2010, à la faveur de la révision de l’ordonnance 03-11, que le
législateur a fini par adopter explicitement la stabilité des prix comme objectif
explicite et unique de la politique monétaire. En effet, l’article 2 de l’ordonnance 10-
04 reformule comme suit l’article 35 de l’ordonnance 03-11 (alinéa premier) :
«La banque d’Algérie a pour mission de veiller à la stabilité des prix en tant
qu’objectif de la politique monétaire, de créer et de maintenir, dans les domaines de
la monnaie, du crédit et des changes, les conditions les plus favorables à un
développement soutenu de l’économie, tout en veillant à la stabilité monétaire et
financière

52
A cet effet, elle est chargée de régler la circulation monétaire, de diriger et de
contrôler, par tous les moyens appropriés, la distribution du crédit, de réguler la
liquidité, de veiller à la bonne gestion des engagements financiers à l’égard de
l’étranger, de réguler le marché des changes et de s’assurer de la sécurité et de la
solidité du système bancaire ». (Je souligne).
Après que la loi bancaire ait finalement consacré le statut légal de la stabilité des
prix comme objectif explicite et unique de la politique monétaire, la Banque d’Algérie
a fini elle aussi par expliciter le fait qu’elle poursuit désormais une politique de
ciblage d’inflation. C’est ce qu’on lit dans le rapport pour l’année 2012 (p. 129) :
« […] De plus, les nouvelles dispositions législatives d’août 2010 […], relatives à la
monnaie et au crédit, donnent un ancrage légal à la stabilité des prix comme objectif
explicite de la politique monétaire. Il s’agit là d’une importante réforme du cadre
[entendre juridique] de la politique monétaire, mettant en avant le ciblage
d’inflation ». (Je souligne).
Cependant, elle ne précise toujours pas la longueur ou l’horizon du "moyen
terme" (?), ce qui ne permet pas d’apprécier convenablement l’efficacité de la
politique monétaire, c’est-à-dire l’atteinte ou non de la cible. Nous y reviendrons.
Voilà pour ce qui est de l’objectif final de la politique monétaire. Voyons ce qui en est
des objectifs intermédiaires.
Pour atteindre l’objectif final, stabiliser les prix ou les rythmes de l’inflation, la Banque
centrale utilise un certain nombre d’instruments tels que le réescompte (quantité ou
taux), les réserves obligatoires, ou intervient sur le marché monétaire interbancaire :
l’open market, vente ou achat de liquidités…sur lesquels nous reviendrons en détail.
Le problème est que ces instruments ne sont pas liés directement à l’objectif final.
Elle, la Banque centrale, doit donc trouver des moyens pouvant relier ces
instruments à l’objectif final pour transmettre les effets des manipulations des
premiers vers le dernier. Elle se trouve ainsi devant un double défi. En termes
techniques consacrés, elle doit d’une part, choisir un ou des objectif(s)
intermédiaire(s) ayant un lien aussi fort que possible avec l’objectif final et qu’elle
peut manipuler à l’aide des instruments en question. Elle doit d’autre part, choisir un
canal (ou canaux) de transmission lui permettant d’acheminer aussi vite que possible
le maximum d’effets des impulsions (manipulations des instruments) ou décisions de
la politique monétaire.
Bien entendu, ces choix ne sont pas faits une fois pour toutes. Ils dépendent de la
situation de l’économie. A chaque situation, peut correspondre l’un ou l’autre objectif
intermédiaire, et l’un ou l’autre canal de transmission. La détermination de l’objectif
intermédiaire et du canal de transmission appropriés à la conjoncture ou la période
données nécessite des études spécialisées et approfondies.
Voyons d’abord ce qui en est du choix de ou des objectif(s) intermédiaires. L’on sait
que l’inflation est par définition un phénomène monétaire. Notons tout de suite que
l’usage du terme phénomène signifie que la monnaie n’est pas la cause première de
l’inflation. Il s’agit de la cause instrumentale. L’inflation reflète en fait un déséquilibre
économique profond : une hausse des coûts de production, un excès de demande,
un financement monétaire du déficit budgétaire... Mais pour que l’inflation se

53
manifeste : c’est-à-dire que le niveau moyen des prix augmente de façon continue, il
faut que qu’il y ait un surplus de monnaie par rapport à ce qu’il faut pour assurer les
transactions aux prix donnés. L’hypothèse est qu’il y a donc une relation étroite entre
la quantité de monnaie en circulation et l’inflation. Il s’agit plus précisément d’une
relation de causalité positive, au sens instrumental, qui va de la monnaie aux prix
(voir encadré 5).
Encadré 5 La relation entre la quantité de monnaie en circulation et l’inflation : la théorie quantitative
(*)
Les origines de cette théorie remontent à très loin. Elle a été esquissée par l’Egyptien Al-Maqrizi dès le
(**)
quinzième siècle et par le juriste et économiste Français Jean Bodin au seizième siècle ; puis réhabilitée au
(***)
dix-huitième siècle par les économistes Irlandais Richard Cantillon et Ecossais David Hume. Sa formulation
moderne a été établie au début du vingtième siècle par l’économiste suédois Gustav Cassel et surtout par
l’économiste américain Irving Fisher. Avec ce dernier, elle prend la forme d’une équation dite "Equation des
échanges" pour recevoir ensuite le titre de "Théorie quantitative de la monnaie". De quoi s’agit-il ?
L’idée de base, un constat, est qu’il y a un lien étroit entre la quantité de monnaie en circulation et les échanges
ou les transactions économiques. Plus exactement, sur une période donnée, la valeur de ces transactions
correspond à la masse monétaire. Seulement, durant cette période, chaque unité monétaire peut être utilisée
plusieurs fois dans la réalisation des échanges : c’est la vitesse de circulation de la monnaie. Par conséquent, la
valeur totale des transactions, qui est la somme du nombre de transactions (T) multiplié par leurs prix, ou le prix
moyen (P), correspondra non pas au nombre d’unités monétaires en circulation (M), mais à leur nombre
multiplié par la vitesse, la vitesse moyenne, de circulation de ces unités (V), soit : .
Mais comme il est extrêmement difficile de calculer le nombre de transactions, les économistes ont remplacé
cette variable par une autre, une variable proxy, à savoir le volume de production totale de l’économie ou le PIB
en termes réels. Cette substitution est tout à fait acceptable dans la mesure où les deux variables sont étroitement
liées : quand le volume de la production augmente, le nombre de transactions augment également et inversement.
Même si la valeur des transactions est généralement supérieure à la valeur de la production, elles demeurent liées
par une forte relation de proportionnalité. On peut donc reformuler l’équation précédente comme suit:
. Où : (Y) est la quantité de biens et services produite durant une période donnée, le PIB en termes
réels, et (P) l’indice des prix du PIB.
Observons que la vitesse de circulation de la monnaie dans la dernière équation est différente celle de la
première de la première : la valeur numérique de la première est supérieure à celle de la seconde. C’est pour cela
qu’on prend le soin de les indicer respectivement : VT et VY. Mais comme la valeur des transactions est
proportionnelle à la valeur de la production, ces deux vitesses doivent être également proportionnelles l’une à
l’autre, ce qui nous permet de substituer VY à VT.
Il faut noter qu’aussi bien la première que la seconde équation sont des égalités ou des identités comptables.
Elles sont donc toujours réalisées ou vraies. A priori donc, il n’y a pas de relations de causalité entre les variables
des deux membres de l’équation. Pourtant, nos auteurs se sont efforcés de montrer qu’il y a bien une relation de
causalité entre la quantité de monnaie (M) et l’indice de prix (P). Mieux encore, cette relation est à la fois forte
et univoque : elle va de la monnaie aux prix. En voici les principaux arguments.
Tout d’abord, on fait l’hypothèse de la constance de la vitesse de circulation de la monnaie. Cette hypothèse se
justifie par le fait que (V) dépend des habitudes de paiement, de l’organisation du système bancaire, de son
efficacité..., données qui ne changent pas tout le temps ou pas de manière remarquable et en tous cas pas autant
que la quantité de monnaie. Il découle de cette hypothèse que la variation de la quantité de monnaie se répercute
directement sur la valeur nominale du PIB, c’est-à-dire sur (PY). Or, le volume de (Y) est fonction du volume
des facteurs des facteurs de production travail (L) et capital (K) disponibles. Ainsi, la variation de (Y) dépend de
la variation de ces derniers ; elle est indépendante de la variation de la quantité de monnaie. Par conséquent, la
variation de la quantité de monnaie affecte la valeur nominale du PIB par l’intermédiaire du prix (P) du PIB et
non par son volume (Y). Ainsi est établie la relation de causalité entre la quantité de monnaie et le prix du PIB
ou le niveau général des prix : si la quantité de monnaie s’accroit, le niveau général des prix s’accroit
également. Or, nous avons défini l’inflation comme étant la hausse continue du niveau général des prix.
Au final donc, l’équation quantitative nous dit qu’il y a une relation de causalité entre la quantité de monnaie
en circulation et l’inflation.
Pour mieux préciser cette relation, reprenons la dernière équation en la transformant pour obtenir une formule
"dynamique", soit: . Si et varient indépendamment des deux autres variables, alors
variera proportionnellement à .

54
L’importance d’une telle conclusion est capitale : si elle se vérifie, elle permettra à la Banque centrale de
contrôler l’inflation dans la mesure où elle est censée contrôler la quantité de monnaie en circulation…
(*) Ce disciple d’Ibn Khaldoun a décrit, dans un opus intitulé : ‫ إغاثة األمة في كشف الغمة‬, comment la mise en
circulation d’importantes quantités de ″mauvaise″ monnaie (en cuivre) a renchéri les prix et fait plonger la
population égyptienne dans la misère. Dans le même temps, il constat que la ″bonne″ monnaie (en or et en
argent) s’était raréfiée, mettant ainsi en évidence la loi, attribuée par méconnaissance de l’histoire, à Gresham
selon laquelle ″la mauvaise monnaie chasse la bonne de la circulation″.
(**) L’afflux d’importantes quantités d’or et d’argent vers l’Europe, en provenance du Nouveau Monde, a eu
également pour conséquence un renchérissement sans précédent des prix au sein du vieux continent.
(***) Il mit également en évidence la vitesse de circulation de la monnaie.

Il ne suffit cependant pas d’établir une telle relation. Encore faut-il s’assurer que la
Banque centrale puisse contrôler la quantité de monnaie en circulation. Comment le
pourrait-elle ? Rappelons que la Banque centrale est le délégataire exclusif du
privilège de l’émission de la monnaie fiduciaire. De leur côté, les banques
commerciales créent, à l’occasion d’octroi de crédits, de la monnaie scripturale sous
forme de dépôts qu’elles mettent à la disposition de leurs clients pour mobiliser les
crédits qu’elles leur ont alloués. On l’appelle également monnaie de dépôt. Ces
clients utilisent ces dépôts dans les différents règlements de leurs transactions. Il se
trouve que ces règlements ne se font pas exclusivement avec de la monnaie
scripturale. Une partie de ces transactions nécessite de la monnaie fiduciaire. Les
détenteurs finals de cette monnaie, les agents économiques non financiers
(essentiellement les ménages et les entreprises) que l’on regroupe
conventionnellement sous le vocable ″le public″, ont donc besoin d’une certaine
quantité de monnaie fiduciaire pour régler l’ensemble de leurs transactions. Pour
satisfaire la demande de leurs clients en cette monnaie, les banques commerciales
doivent en disposer d’une certaine quantité. Or, cette monnaie est émise
exclusivement par la Banque centrale. Par conséquent, à un moment ou un autre,
les banques commerciales doivent s’adresser à cette dernière pour s’y
approvisionner. Il s’agit pour elles d’avoir de la liquidité pour satisfaire les besoins,
les demandes de retrait, de leurs clients notamment, les ménages.
Nous venons de décrire la relation entre la monnaie fiduciaire et la quantité de
monnaie en circulation. Appelons la première base monétaire (ou monnaie de base)
et la deuxième masse monétaire ; cette dernière étant détenue par le public.
La base monétaire comme la masse monétaire sont des variables de stock. Elles
sont mesurées à un moment donné. A tout moment, la masse monétaire détenue par
le public se trouve composée d’une partie de la monnaie de base (base monétaire
déduction faite de ce qui est détenu par la Banque centrale et les banques
commerciales) et de la monnaie scripturale ou monnaie de dépôt. Dans la pratique,
la masse monétaire se trouve toujours un multiple de la base monétaire. La relation
décrite précédemment devient ainsi une relation de multiplication. Nous parlerons
alors de multiplicateur monétaire.
Si tel est le cas, la Banque centrale détiendrait un pouvoir considérable sur les
mouvements de la masse monétaire, ce qui lui permettrait, par conséquent, de
contrôler les mouvements des prix et atteindre ainsi son objectif final.

55
Au total, nous venons d’établir, théoriquement, la relation de causalité d’une part,
entre la masse monétaire et l’inflation, et d’autre part, entre la base monétaire et la
masse monétaire, soit la chaîne de causalité
suivante :

Delà ressortent les objectifs intermédiaires que la Banque centrale pourra utiliser
pour atteindre son objectif final. Il s’agit de l’un ou l’autre agrégat monétaire : base
monétaire, masse monétaire, voire l’agrégat crédit bancaire (cause de la création de
la partie scripturale de la masse monétaire) qu’elle peut manipuler, à l’aide
d’instruments appropriés, pour stabiliser les prix.
Rappelons-nous que ces objectifs intermédiaires étaient explicitement mentionnés
dans l’article 35, alinéa 2, de l’ordonnance 03-11 modifiée et complétée.
De même, la Banque d’Algérie nous informe, à travers ses rapports annuels, que
l’autorité monétaire, le CMC, fixe chaque année des taux de croissance de la masse
monétaire et des crédits à l’économie. Il s’agit des deux principaux objectifs
intermédiaires. Elle nous informe également que depuis 2001, la base monétaire
émerge comme troisième objectif intermédiaire. C’est ainsi qu’on lit dans le rapport
annuel pour 2004 (pp. 147-148) ce qui suit :
« En matière d'objectifs de la politique monétaire, d'instruments de sa conduite et de
programmation monétaire, la Banque d'Algérie présente au Conseil de la monnaie et du
crédit, au début de chaque année, les prévisions de l'évolution des agrégats de monnaie et du
crédit et propose les instruments de politique monétaire de nature à assurer l'objectif assigné
aux variables intermédiaires et d'atteindre l'objectif ultime de la politique monétaire.
L'objectif ultime de la politique monétaire est de maintenir la stabilité monétaire à travers la
stabilité des prix, entendue comme une progression limitée de l'indice des prix à la
consommation.
Durant les années 2001-2004, la monnaie de base a bien émergé comme objectif
intermédiaire de la politique monétaire42, […] ».
Cette dernière assertion, la Banque d’Algérie ne cesse de la réaffirmer dans
pratiquement chacun de ses rapports annuels ultérieurs.
Voilà pour ce qui est des objectifs de la politique monétaire. Qu’en est-il des
instruments permettant de les atteindre ?
B.- Les instruments de la politique monétaire
A partir de 2001/2002, on assiste à la naissance du phénomène d’excès de liquidités
bancaires devenant structurel au fil du temps. De ce fait, les banques ne faisaient
plus appel au refinancement de la Banque centrale, comme ce fut le cas durant la
période précédente. Comme ces excédents allaient croissant, la Banque centrale
s’était trouvée dans l’obligation de les réguler en les absorbant afin de ne pas
permettre aux banques d’en faire un mauvais usage et nourrir l’inflation. L’objectif
consistait donc à neutraliser le maximum de ces excédents de liquidités. Pour ce
faire, la Banque d’Algérie a mis en œuvre toute une panoplie d’instruments.
42
A titre de comparaison, on lit dans la suite du même passage : «…alors que cet objectif intermédiaire était
représenté par l'agrégat avoirs intérieurs nets de la Banque d'Algérie au cours de la période 1994-1998 ».

56
Elle a commencé par réactiver, dès février 200143 l’instrument "réserve obligatoire",
institué par la loi 90-10 (art. 93). Cet instrument a été formellement
(réglementairement) activé dès 199444, mais son application effective ne pouvait
l’être en raison précisément du déficit chronique des banques, et donc du marché
monétaire interbancaire, en matière de liquidités.
Elle a ensuite introduit, à partir d’avril 200245 et pour la première fois de son histoire,
l’instrument "reprise de liquidité". C’est ainsi que l’article 3 de instruction 02-2002
stipule ce qui suit :
« La Banque d'Algérie peut inviter les banques à placer auprès d'elle, des liquidités
sous forme de dépôt à 24 Heures ou à terme, rémunérés à un taux d'intérêt fixe ».
Cette instruction ne précise pas d’échéances au-delà de 24 heures. Dans la pratique
et dans un premier temps, cependant, les placements pouvaient se faire également
sur des périodes allant de sept jours à trois mois, voire à six mois. C’est beaucoup
plus tard, en 2013, qu’on saura que les échéances peuvent aller jusqu’à une
année46. C’est ce que l’article 3 de l’instruction 01-2013 précise :
«Les opérations de reprises de liquidité ne sont pas normalisées. Elles peuvent
s’effectuer à tout moment. Leurs maturités vont de 24 h à un an ».
Afin de permettre aux banques de gérer avec plus de souplesse leur trésorerie au
jour le jour, elle a introduit en 200547 la "facilité de dépôt" à 24 heures. L’article 3 de
cette instruction stipule ce qui suit :
« Les banques peuvent avoir recours à la facilité de dépôt rémunéré pour constituer
des dépôts à 24 heures auprès de la Banque d’Algérie ».
En 2009, le CMC a édicté un nouveau règlement48 où sont réunis tous les
instruments et procédures de la politique monétaire potentiels et/ou effectivement
mis en œuvre depuis les années 1990. L’article 10 de ce règlement stipule que :
«Pour atteindre les objectifs de politique monétaire arrêtés par le conseil de la
monnaie et du crédit en début de chaque exercice, la Banque d’Algérie dispose des
instruments de politique monétaire suivants :
- les opérations de réescompte et de crédit ;
- les réserves minimales obligatoires ;
- les opérations d’open market ;
- les facilités permanentes ».
Que recouvrent ces instruments et quel est l’usage qui peut en être fait ?
Le premier instrument, ″les opérations de réescompte et de crédit″, ne pouvait être
opérationnel. La raison réside dans la persistance du phénomène d’excès de
liquidités bancaires. Nous avons noté plus haut que de ce fait, les banques ne
recouraient plus, depuis 2002, au refinancement de la Banque centrale.

43
Instruction 01-2001 du 11/02/2001.
44
Instruction 73-94 du 28/11/1994.
45
Instruction 02-2002 du 11/04/2002.
46
Instruction 01-2013 du 15/01/2013
47
Instruction n° 04-05 du 14 juin 2005.
48
Règlement 09-02 du 26/05/2009 portant instruments et procédures de politique monétaire.

57
Le deuxième instrument, ″les réserves minimales obligatoires″, le plus ancien des
instruments de politique monétaire, est opérationnel et pourra le rester quitte à ce
que son taux soit aussi bas que possible afin de ne pas bloquer l’octroi de crédits en
situation de tension sur les liquidités bancaires. La raison est qu’outre son efficacité
dans la régulation systématique de la liquidité bancaire, la réserve obligatoire
constitue une première garantie prudentielle, ce qui est important à considérer eu
égard à la tendance au resserrement des exigences prudentielles.
Le troisième instrument, les ″opérations d’open market″, quant à lui, nécessite
d’en préciser un peu plus les circonstances. Traditionnellement, l’open market, qui
signifie l’ouverture du marché monétaire à la Banque centrale, consiste en l’achat et
vente d’effets notamment, publics, mais aussi privés sous certaines conditions
d’éligibilité (qualité de la signature, maturité…). L’autorité monétaire algérienne a
adopté une acception plus large de l’open market. En effet, l’article 13 dudit
règlement annonce que :
« Les opérations d’open market sur le marché monétaire sont effectuées à l’initiative
de la Banque d’Algérie qui décide également du choix d’un taux fixe ou variable à
pratiquer sur ces opérations. Les opérations d’open market peuvent avoir des
maturités de sept (7) jours (opérations hebdomadaires normales) à douze (12) mois
(opérations à maturité plus longue) ».
L’article 14 annone que: « Les instruments pouvant être utilisés au titre des
opérations d’open market sont de trois catégories :
- les opérations de cession temporaire ;
- les opérations dites « ferme » (achats et ventes d’effets publics) ;
- les reprises de liquidités en blanc ».
Passant en revue ces trois instruments de l’open market pour déterminer ceux qui
sont ou peuvent être opérationnels dans les contions de la période sous analyse.
a) Les opérations de cession temporaire consistent soit en la prise ou mise en
pension d’effets publics ou privés éligibles ou en octroi de prêts garantis par
cessions d’effets privés éligibles. Il s’agit du refinancement des banques auprès de la
Banque centrale. Cet instrument n’est pas opérationnel en raison de la persistance
de l’excès de liquidité bancaire.
b) Les opérations dites « ferme » (achats et ventes d’effets publics) sont des
opérations par lesquelles la Banque centrale achète ou vend ferme des titres
éligibles. Il s’agit soit d’apport de liquidités aux banques (achat ferme), soit de
retrait de liquidités (vente ferme).
Cet instrument n’est pas opérationnels pour ce qui est des opérations ″apport de
liquidités″ et ce, pour la même raison que pour les opérations de cession
temporaire. Il ne l’est pas également pour ce qui est des opérations ″retrait de
liquidités″ dans la mesure où la Banque centrale ne dispose pas d’effets éligibles
″achetés″ aux banques.
c) Les reprises de liquidités en blanc consistent en reprises de liquidités qui ne
nécessitent pas de mise en jeu d’effets financiers. L’article 25 du règlement annonce

58
ce qui suit : « Dans le cadre du réglage fin de la liquidité bancaire, les banques
peuvent être invitées par la Banque d’Algérie à placer des liquidités, par appel
d’offres auprès de la Banque d’Algérie sous forme de dépôts. Il s’agit des reprises
de liquidités en blanc. Ces reprises de liquidités ont une maturité fixe qui n’est pas
normalisée. Aucune garantie n’est donnée en échange des fonds déposés […] ».
Seul cet instrument est opérationnel dans le cadre de l’open market.
Le quatrième instrument, les facilités permanentes (article 26) «… sont destinées à
fournir ou à retirer de la liquidité aux banques. Ce sont des opérations effectuées à
l’initiative des banques sous forme :
- de facilités de prêt marginal, et
- de facilités de dépôts rémunérés ».
Le premier volet de cet instrument ″facilités de prêt marginal″, qui permet aux
banques d’obtenir de la Banque centrale des liquidités à 24 heures à un taux
prédéfini et ce, contre la présentation d’effets éligibles, n’est pas opérationnel en
raison toujours d’excès de liquidités bancaires.
Par contre, le deuxième volet ″facilités de dépôts rémunérés″, qui consiste en
opérations de ″dépôts à 24 heures auprès de la Banque d’Algérie″, est opérationnel.
Au total, les instruments de politique monétaire effectivement opérationnels jusqu’à
la fin de la période considérée sont :
 les réserves minimales obligatoires ;
 l’open market pour ce qui est du volet ″reprises de liquidités en blanc″ ;
 la facilité permanente pour son volet ″facilités de dépôts rémunérés à 24
heures″.
Nous venons d’exposer avec assez de détails la politique monétaire conduite par la
Banque d’Algérie durant la période 2000/2014 et ce, aussi bien en ce qui concerne
ses objectifs (final(s) et intermédiaires) que pour ce qui est des instruments mis en
œuvre pour les atteindre. Il nous reste à en apprécier l’efficacité.
II.-3-2- Appréciation de l’efficacité de la politique monétaire
Il y a lieu tout d’abord de confirmer concrètement l’existence de la relation de
causalité entre la masse monétaire et l’inflation et, le cas échéant, de prouver que
cette relation est suffisamment forte. Il faut, ensuite, établir que la Banque centrale
contrôle effectivement la base monétaire et, par conséquent, la masse monétaire.
Pour cela, il faut vérifier la satisfaction simultanée de deux principales conditions : i)
la stabilité du multiplicateur monétaire et ii) l’exogènéité de la base monétaire.
En fait, ce sont là les trois principales hypothèses sur lesquelles est fondée la chaîne
de causalité théorique décrite précédemment et qu’il faut discuter pour statuer sur la
capacité ou l’incapacité de la Banque centrale à conduire efficacement sa politique
monétaire, c’est-à-dire à réaliser son objectif final. La problématique de la politique
monétaire passe ainsi de l’ordre théorique à l’ordre empirique.
Voyons alors ce qui en est concrètement quant à ces trois hypothèses dans le cas de
l’Algérie durant la période 2000-2014.
La suite viendra plus tard…

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Annexe 1- Principaux indicateurs macroéconomiques 1985-1998
1985 1986 1987 1988 1989 1990 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998
Taux de croissance PIB réel 3 ,7 0,4 -0,7 -1,0 4,4 1,1 -1,2 1,8 -2,1 -0,9 3,8 4,1 1,1 5,1
Taux d’inflation (IPC-GA) 10,5 12,3 7,5 5,9 9,3 17,9 25,9 31,7 20,5 29 29,8 18,7 5,7 5,0
Taux de chômage 9,5 11,4 21 20,5 21,9 19,8 20,3 21,3 23,2 24,4 28,1 28 28,3 28,0
Taux de croissance de M2 15,0 1,4 13,6 13,6 5,2 11,3 21,1 24,7 21,6 15,3 10,5 14,4 18,2 47,2
Taux de change (DA/$US) 5,0 4,7 4,8 5,9 7,6 9,0 19 21,8 23,4 35,1 47,7 54,8 57,7 58,7
Prix du baril ($US) 28,9 14,9 18,6 14,2 16,9 22,2 18,3 19,9 17,8 16,3 17,6 21,7 19,4 12,9
Solde Global du Trésor / PIB -9,3 -13,4 -8,7 -13,7 -1,8 3,6 1,7 -1,2 -8,7 -4,4 -1,4 2,9 2,4 -3,8
Compte courant / PIB 2,9 1,9 2,2 1,1 0,9 2,2 5,2 2,7 1,6 -4,4 -6,0 2,0 7,2 -1,9
9
Dette extérieure (10 $US) 17,3 20,6 24,7 25,1 26 28,4 27,9 26,7 25,7 29,5 31,6 33,7 31,2 30,5
Dont rééchelonnée et reprofilée - - - - - - 2,3 1,5 - 4,64 9,29 12,71 14,2 15,23
Dette extérieure / PIB 29,8 32,7 38,4 42,7 46,9 45,9 61,4 54,2 50,5 69,6 75,1 71,7 64,8 63,2
Service de la DE (109 $US) 5,0 5,2 5,5 6,6 7,2 8,9 9,5 9,3 9,1 4,52 4,24 4,28 4,47 5,08
Service DEX / Export. B&S 38,8 59,6 56,6 80,5 71,6 66,4 73,9 76,5 81,5 47,2 38,8 30,9 30,3 47,6
9
Réserves de change (10 $US) 2,84 1,7 1,71 0,92 0,86 0,77 1,61 1,51 1,5 2,64 2,11 4,23 8,04 6,84
Réserves de change (mois
2,9 1,9 2,2 1,1 0,9 0,8 2,0 1,8 1,9 2,9 2,1 4,5 9,4 7,6
d’importations)
Source : les chiffres de ce tableau sont repris et/ou calculés à partir des sources suivantes :
- Ministère des finances : « Indicateurs de l’économie algérienne 1985-2006 ». Document n°4, novembre 2006.
- Banque d’Algérie : « Rapport annuel pour l’année 1990 ». Mars, 1992 ; MediaBank n°76 février/mars 2005 ; Bulletin Statistique n°1,
septembre 2007. Ce dernier document est disponible sur www.bank-of-algeria.dz
- FMI : « Algérie : stabilisation et transition à l’économie de marché ». Washington, 1998.
- ONS : « Evolution des prix à la consommation 1969-2014 ». Disponible sur www.ons.dz

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Annexe 2- Principaux indicateurs macroéconomiques 199- 2014
1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014

Taux de croissance du PIB 3,2 3,8 3,0 5,6 7,2 4,3 5,9 1,7 3,4 2,4 1,6 3,6 2,9 3,3 2,8 3,8

Taux de croissance du PIB hors hydro 3,8 6,2 6,2 6,6 5 6 5,4 7 6,1 9,6 6,3 5,7 7,1 7,1 5,6
Taux d’inflation (IPC-GA) 2,6 0,3 4,2 1,4 2,6 3,6 1,6 2,5 3,7 4,9 5,7 3,9 4,5 8,9 3,3 2,9
Taux de chômage 29 29,8 27,3 25,7 23,7 17,7 15,3 12,3 11,8 11,3 10,2 10,0 10,0 11,0 9,8 10,6
Taux de Croissance de M2 12,4 13 22,3 17,3 15,6 11,4 11,2 18,7 24,2 16,0 3,2 15,4 19,9 10,9 8,4 14,4
Taux de change moyen (DA/$US) 66,6 75,3 77,3 79,7 77,4 72,3 73,0 72,7 69,4 64,6 72,7 74,4 72,9 77,6 79,4 80,6
Taux de change moyen (DA/Euro) 71,0 69,4 69,3 75,4 87,5 89,6 91,3 91,2 100,0 94,9 101,3 99,2 102, 102,2 105,4 106,9
2
Taux de change moyen (USD/Euro) 1,09 1,07 0,92 0,90 0,94 1,13 1,24 1,26 1,37 1,47 1,39 1,33 1,39 1,29 1,33 1,33

Prix du baril moyen (en $ US) 17,9 28,6 24,9 25,3 28,9 38,7 54,6 65,8 75,0 100 62,3 112, 111 109,5 100,8
80,2
9
Solde Global du Trésor / PIB (%) -0,5 -1,32 1,31 -0,35 -0,2 -3,05 -6,24 -7,44 -13,71 -12,5 -11,17 -12,48 -17,0 -20,3 - 18,9 -18,2
Compte courant / PIB (%) 0,1 15,0 11,6 7,7 13,0 13,0 20,5 24,7 22,5 19,8 0,3 7,5 10,1 5,1 0,4 - 4,4
9
Encours dette extérieure (10 $US) 28,3 25,26 22,5 22,6 23,3 21,8 17,2 5,61 5,61 5,59 5,46 5,46 4,41 3,69 3,4 3,7
Dont rééchelonnée (et reprofilée) 2 13,33 7 4 5 2 9,1 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00
Encours dette extérieure/PIB 14,46
58,3 46,1 12,14
41,0 12,1
39,7 12,24 11,3 16,2 4,3
35,3 25,2 3,6 2,5 3,2 0
2,3 1,7 1,8 2,2 1,2
9
9 7
Service dette extérieure (10 $US) 5,12 4,50 4,46 4,15 4,36 5,64 5,85 13,31 1,43 1,12 0,86 0,59 0,62 0,84 - -
Dont remboursements anticipés - - - - - 1,20 1,94 10,93 0,33 0,37 -- - - - - -
Service dette extérieure (non inclus
39,1 19,8 22,2 21,7 17,7 12,6 12,0 4,2 2,26 1,03
- 2,1 1,1 0,8 1,1 - -
remboursements anticipés)/Export B&S
Réserves de change (109$US) 4,4 11,9 18,0 23,1 32,9 43,1 56,2 77,8 110,2 143,1 148,9 162,2 182,2 190,7 194 178,9

Réserves de change (mois imports) 4,6 12,2 18,1 19,1 24,3 23,7 27,4 36,7 39,7 35,0 36,4 38,3 38,0 36,5 35,4 31,6
Sources : les chiffres sont repris de/ou calculés d’après :
- Banque d’Algérie, Rapports annuels de 2002 à 2014 ; Bulletins statistiques n° 1 à 31. Données disponibles sur www.bank-of-algeria.dz
- ONS: « Les comptes économiques en volume 2000-2014 ». Document N° 710 ; « Evolution des prix à la consommation 1969-2014 ». Données
disponibles sur www.ons.dz
-
Ministère des finances, Direction Générale de la Prévision et des Politiques. Données disponibles sur www.dgpp-mf.gov.dz

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