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Manuel de traductologie

MRL 5
Manuals of
Romance Linguistics
Manuels de linguistique romane
Manuali di linguistica romanza
Manuales de lingüística románica

Edited by
Günter Holtus and Fernando Sánchez Miret

Volume 5
Manuel de
traductologie

Édité par
Jörn Albrecht et René Métrich
ISBN 978-3-11-031352-9
e-ISBN (PDF) 978-3-11-031355-0
e-ISBN (EPUB) 978-3-11-039488-7

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Typesetting: jürgen ullrich typosatz, Nördlingen
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♾ Printed on acid-free paper
Printed in Germany

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Table des matières

Jörn Albrecht et René Métrich


0 Introduction 1

Aspects généraux

Wolfgang Pöckl
1 Traduire, traduction, traducteur, traductologie, interprétation, interprète etc.
Un aperçu historique de la terminologie en usage dans les langues
romanes 11

Jörn Albrecht
2 Réflexions sur la traduction dans les pays latins de Leonardo Bruni (1420)
à José Ortega y Gasset (1937)
Un aperçu de la préhistoire de la traductologie romane 28

Jörn Albrecht et René Métrich


3 La traductologie dans les principaux pays de langue romane
Vue d’ensemble 46

Martin Will
4 Les théories de l’interprétation dans les principaux pays de langue
romane 84

Yvon Keromnes
5 La comparaison de traductions et de « textes parallèles » comme méthode
   

heuristique en traductologie 99

Isabelle Lux
6 Les instruments de travail du traducteur et de l’interprète dans le domaine
des langues romanes 118

Linguistique et procédés de traduction

Nelson Cartagena †
7 Linguistique contrastive et traduction dans les pays de langue romane 129
VIII Table des matières

Sandra Lhafi
8 Phonétique, phonologie et traduction ou : Quand le signifiant devient

signifié 168

Melanie Scheid
9 La prosodie : un facteur négligé en linguistique comme en traductologie
  184

Gerda Haßler
10 Morphologie et syntaxe de la phrase simple : le traducteur face aux pièges

de la grammaire 208

Waltraud Weidenbusch
11 La diathèse verbale (voix active, passive, pronominale etc.) comme problème
de traduction 231

Anna-Maria De Cesare et Giovanna Brianti


12 Constructions « impersonnelles » vs constructions « personnelles » comme
       

problème de traduction 256

Anne Weber
13 La formation des mots comme problème de traduction 275

Annette Sabban
14 Le traducteur face aux expressions figées 295

Maria Hegner
15 Lexique et traduction : aspects généraux
  316

Maurice Kauffer
16 Les « faux amis » : théories et typologie
  333

René Métrich et Wilma Heinrich


17 Français, italien : deux langues romanes face aux « particules modales »
     

de l’allemand 349

Jörn Albrecht et René Métrich


18 Les différents modèles de la sémantique lexicale et leur intérêt pour la théorie
et la pratique de la traduction 374
Table des matières IX

Sciences du langage et traduction

Mirja Hanke, Daniele Moretti et Laura Sergo


19 Présuppositions et actes de langage dans le domaine des langues
romanes 397

Vahram Atayan
20 Énonciation et traduction 414

Isabelle Lux
21 Linguistique textuelle et traduction : aspects généraux
  438

Michael Schreiber
22 Connexité, cohésion, cohérence : la « grammaire de texte » dans les langues

romanes 460

Caroline Pernot
23 Les différentes formes du discours rapporté comme problème de
traduction 474

Sandra Lhafi
24 Thème / propos et la progression thématique 491

Heidi Aschenberg
25 Contexte et situation : les « entours » du texte écrit
  503

Raymund Wilhelm
26 Genres littéraires et traditions discursives dans les langues romanes 523

Katrin Zuschlag
27 L’analyse structurale du récit : « narratologie » et traduction 550

Anke Grutschus
28 La variation linguistique comme problème de traduction 573

Marc Van Campenhoudt


29 Terminologie et langues spécialisées dans les pays de langue romane 589

Françoise Hammer et Heinz-Helmut Lüger


30 Différences de culture et traduction : l’intraduisibilité culturelle 617
X Table des matières

Aspects historiques

Michael Schreiber
31 Interpretatio, imitatio, aemulatio : formes et fonctions de la traduction « libre »
     

dans le domaine des langues romanes 641

Jörn Albrecht
32 L’apport des traducteurs à la « relatinisation » des langues romanes
    657

Iris Plack
33 « Extraduction » et « intraduction » : les flux de traduction dans le monde
         

latin 671

Aspects pratiques

Ramona Schröpf
34 La formation des traducteurs et des interprètes dans les pays de langue
romane 691

Iris Plack et Sylvia Reinart


35 Doublage et sous-titrage de films dans la Romania 714

Anna Körkel
36 Aspects juridiques de la traduction dans les pays latins 739

Thierry Grass
37 La traduction automatique et assistée par ordinateur dans les pays de langue
romane 751

Index des noms 765

Index des sujets 769


Jörn Albrecht et René Métrich*
0 Introduction
On n’est jamais tenu d’écrire un livre, disait Bergson. L’aphorisme vaut également
pour les recueils, et singulièrement pour ceux qui traitent de sujets largement battus
et rebattus. La traductologie dans son acception la plus large comme discipline qui
étudie les processus de toute nature, linguistiques, cognitifs, psychologiques,
communicatifs etc. à l’œuvre dans et autour de l’opération de traduction a fait l’objet
depuis trois ou quatre décennies d’un nombre tout à fait considérable de publications.
Si la plupart sont par la force des choses ponctuelles, centrées sur un aspect particu-
lier, parfois très circonscrit, de la traduction, il existe aussi des ouvrages de synthèse,
comme le monumental Übersetzung / Translation / Traduction de Kittel et al. (2004 ;    

2007 ; 2011), en trois volumes et 350 articles, qui entre 2004 et 2011, s’est efforcé de

donner une vue d’ensemble, la plus large possible, d’un domaine dont la multiplicité
des facettes constitue quasiment un défi à la description.

Il nous faut donc justifier notre projet, le « positionner », comme l’on dit en marketing.
   

On dira d’abord, en quelques mots, ce que l’ouvrage n’est pas avant d’expliquer ce
qu’il est ou du moins devrait être selon notre intention d’éditeurs.
Tout d’abord et malgré le titre de la série dans le cadre de laquelle il paraît, il n’est
ni ne saurait être un manuel au sens français du terme, une introduction aux pro-
blèmes généraux de la traduction, qu’elle fût destinée aux étudiants de langue ou aux
professionnels désireux de fonder leur pratique sur des réflexions plus théoriques. Il
en existe suffisamment par ailleurs, de tous niveaux et de toutes envergures.1
Pas davantage ne s’agit-il d’un traité. Le caractère collectif de l’ouvrage l’interdit,
qui entraîne inévitablement une diversité d’approches et de points de vue limitant de
fait toute systématicité. Le thème général de la collection dans laquelle il prend place
l’interdit tout autant, qui impose de cibler plus spécialement les aspects pertinents
pour les langues romanes.
De façon plus positive, c’est d’aperçu que l’on pourrait parler, à condition d’ap-
pliquer le terme non pas à l’ensemble de l’ouvrage mais à chacune des contributions
qu’il contient. La place relativement modeste impartie à chaque auteur[e] pour traiter
des sujets présentant parfois de multiples facettes et une grande complexité ne leur
permettait guère, en effet, d’aller bien au-delà de ce que l’on appelle un aperçu, ce qui
fait que l’ouvrage dans sa globalité peut être caractérisé comme un ensemble –
organisé – d’aperçus sur la traductologie des langues romanes.

* René Métrich est membre de l’ATILF / CNRS & Université de Lorraine (UMR 7118).
1 Pour ne citer que quelques exemples : Mounin (1963), Ladmiral (1979), García Yebra (21984), Osimo

(2001), Hurtado Albir (22004), Giles (2005) ou, plus récemment, Guidère (22011).
2 Jörn Albrecht et René Métrich

Une grande liberté ayant par ailleurs été laissée aux auteur[e]s pour traiter le sujet
qui leur a été confié sous l’angle qui leur paraissait le plus intéressant, selon l’appro-
che qui leur paraissait la plus adéquate et en lui donnant l’éclairage qui leur paraissait
le plus révélateur, le risque existait que cet ensemble d’aperçus n’apparût quelque
peu décousu. Nous avons tenté d’y parer en définissant et délimitant aussi précisé-
ment que nécessaire un certain nombre de domaines et de sujets qui nous semblaient
pertinents à la fois d’un point de vue traductologique général et du point de vue des
langues romanes, ou tout au moins de telle ou telle d’entre elles – ce qui explique
aussi que nous n’ayons pas exclu a priori la mise en contraste avec des langues non
romanes, en l’occurrence l’anglais ou l’allemand.
Avant de présenter plus avant le contenu de l’ouvrage, il nous faut, en ces temps
où domine encore une traductologie hors langue (comme on parle d’agriculture hors
sol), justifier la place assez considérable – près du tiers des 37 articles – que nous
avons accordée aux aspects purement linguistiques de la problématique de la traduc-
tion. Au plan théorique le plus général, nous nous inscrivons en faux contre la célèbre
assertion d’Edmond Cary (1986, 4)2 selon lequel « La traduction littéraire n’est pas une

opération linguistique, c’est une opération littéraire ».3 Nous pensons au contraire que,

littéraire ou non littéraire, elle est toujours, par le fait même qu’elle met en jeu deux
langues (éventuellement plus) d’abord une opération linguistique, même si, de toute
évidence, elle n’est pas que cela. Comme le dit la traductologue Judith Macheiner alias
Monika Doherty (1995, 345, traduit par nous) : « Comme objet scientifique, la traduc-
   

tion (écrite ou orale) ne se limite certes pas à l’objet ‹ langue ›, mais on ne peut tout
   

simplement pas contester qu’elle ait toujours aussi [mis en valeur par nous] à voir
avec la langue, et pas de façon accessoire ».4  

Il s’ensuit que l’étude de la traduction implique la prise en compte des caractéris-


tiques propres aux langues en présence. Celles-ci, en leur fondement, peuvent être
résumées par la célèbre sentence de Roman Jakobson : « Langages differ essentially in
   

what they must convey and not in what they may convey » (Jakobson 1959, 236) comme 

par le titre moins connu de l’ouvrage de Mario Wandruszka, Sprachen – vergleichbar


und unvergleichlich (littéralement : les langues – comparables et incomparables à la

2 Ce petit ouvrage rassemble huit cours radiophoniques donnés en 1958 par Edmond Cary tragique-
ment décédé dans l’accident d’avion au sommet du Mont-Blanc en 1966.
3 Cette citation célèbre et sans cesse reprise fait apparaître Edmond Cary comme une sorte d’antilin-
guiste primaire. À la fin de l’ouvrage cité, sa position est cependant plus nuancée, même s’il maintient
l’idée du primat du littéraire : « La traduction littéraire relève de la littérature, la traduction poétique de
   

la poésie, le doublage du cinéma et ainsi de suite, sans que, pour autant, le linguiste puisse se
désintéresser d’aucun de ces genres. L’étude linguistique reste toujours un préalable [les italiques sont
de nous], jamais une explication exhaustive de la nature profonde de l’opération » (1986, 86–87

[1958]).
4 Texte original : « Der Gegenstand einer Wissenschaft vom Übersetzen, das Übersetzen und das
   

Dolmetschen, läßt sich zwar nicht auf den Gegenstand Sprache reduzieren, aber daß er immer auch
etwas mit Sprache zu tun hat, und keinesfalls nur so nebenher, läßt sich nun einmal nicht bestreiten ».  
Introduction 3

fois), qui ne fait au fond que reprendre l’idée déjà exprimée par Schleiermacher de
l’incommensurabilité des langues. C’est cette réalité première et incontournable qui se
trouve, selon nous, à la base de la traductologie comme discipline scientifique, même
si celle-ci, de toute évidence, ne s’y réduit pas. Loin de récuser les approches dites
fonctionnalistes ou les théories du scope, nous pensons simplement – et d’une
certaine manière « tout bêtement » – qu’on ne peut ignorer délibérément les caracté-
   

ristiques du matériau employé pour produire des textes… et des traductions. Pour
utiliser une autre image : la maison ne se limite certes pas à ses fondations, mais sans

fondations, point de maison qui tienne !  

De cette position doctrinale – mais non doctrinaire – découle non seulement la


place accordée à la dimension linguistique en général, mais aussi la prise en compte,
pour ne pas dire en considération, de ce que l’on appelait naguère, peut-être mala-
droitement, les procédés ou techniques de traduction, lesquels, contrairement à ce
qu’on a cru, mais conformément à la notion de stylistique comparée5 sous le signe de
laquelle ils ont été créés, relèvent au fond bien plus de la mise en œuvre de la langue
dans la production textuelle que d’une linguistique contrastive limitée à la comparai-
son des langues-systèmes en jeu.
L’intérêt d’une sensibilisation aux aspects « techniques » de la traduction nous
     

paraît double. D’une part, il s’agit de mettre en garde contre les multiples pièges
tendus au traducteur par les différences entre les systèmes linguistiques en jeu. Ce
n’est pas tant aux traductions erronées induites par exemple par les faux amis
lexicaux (it. cantina rendu par fr. cantine alors que l’équivalent correct est cave) ou

par les différences d’emploi d’une même catégorie grammaticale (fr. à l’épreuve des  

balles traduit par esp. a *la prueba de balas, alors que l’article n’a pas à être rendu)
que nous pensons ici : on les trouve dans nombre de manuels d’initiation à la

traduction relatifs à des couples de langues donnés et ils relèvent à nos yeux de la
linguistique contrastive ainsi que de la didactique des langues. Ce sont des cas plus
complexes que nous avons à l’esprit, ceux où les structures de la langue source
invitent à produire en langue cible une traduction correcte du point de vue de la
langue mais fausse du point de vue du sens.

5 Le terme semble avoir été créé par Jean-Paul Vinay dans un article de Meta en 1957 (cf. références
bibliographiques). Quelques années après paraissait la Stylistique comparée du français et de l’anglais,
écrite en collaboration avec Jean Darbelnet, et dont le succès fut immense, malgré les objections voire
le dédain des traducteurs professionnels. La même année Alfred Malblanc remania selon le modèle de
Vinay et Darbelnet un ouvrage consacré à la comparaison du français et de l’allemand qu’il avait fait
paraître en 1944 et qui parut dès lors sous le titre de Stylistique comparée du français et de l’allemand.
Très apprécié des étudiants, l’ouvrage fut en revanche souvent vilipendé par les universitaires. En 1983
Louis Truffaut publia Problèmes linguistiques de traduction : allemand-français. Guide de l’étudiant et

du praticien, dont l’approche était à la fois plus souple et plus rigoureuse que celle de Malblanc.
Pour une réflexion sur la notion de stylistique comparée, on consultera avec profit une série d’articles
de Maurice Rouleau accessibles en ligne à (ou à partir de) l’adresse : https://rouleaum.wordpress.

com/2013/10/04/stylist-comparee-4-def-de-stylistique-comparee/ (25.09.2015).
4 Jörn Albrecht et René Métrich

Si, comme le postule Jean-Marie Zemb (1978, 19), toutes les langues ont à leur
disposition pour exprimer le monde et communiquer avec autrui les quatre mêmes
catégories de signes que sont les morphèmes, les lexèmes, les taxèmes et les proso-
dèmes, chacune en use à sa guise, en répartissant l’information à sa manière, que ce
soit d’une catégorie à l’autre ou à l’intérieur d’une même catégorie.6 La valeur de ces
signes n’étant pas la même selon la langue-système à laquelle ils appartiennent, la
vigilance du traducteur peut facilement être prise en défaut. Un énoncé italien aussi
simple que Caterina è arrivata semble devoir être rendu par Catherine est arrivée, alors
que l’ordre des mots qu’il présente correspond en fait à une mise en relief du sujet que
l’on rendra plus justement en français par C’est Catherine qui est arrivée, le premier
énoncé français correspondant à l’italien È arrivata Caterina.7 La syntaxe de l’italien
incite ici à produire un énoncé français parfaitement correct du point de vue de la
syntaxe, mais qui n’en constitue pas moins un faux-sens du point de vue de la
traduction. Si les apprentis traducteurs sont particulièrement exposés à ce type de
pièges, on aurait tort de croire que les traducteurs chevronnés en sont préservés,
l’examen attentif de n’importe quelle traduction publiée, fût-ce sous la plume de
traducteurs prestigieux, le montrerait aisément. C’est ainsi, pour ne donner qu’un seul
exemple, que trois au moins des traducteurs de La Métamorphose (Die Verwandlung)
de Kafka, à savoir Alexandre Vialatte (1955), Jean-Jacques Briu (1988) et Bernard
Lortholary (1988), ont traduit par un passé simple à valeur ponctuelle un prétérit
allemand qui, figurant dans le contexte de wenn (quand), ne pouvait qu’avoir une
valeur itérative : Er lag auf seinem panzerartig harten Rücken und sah, wenn er den

Kopf ein wenig hob, seinen gewölbten […] Bauch […] (Traduction de Lortholary : Il était  

sur le dos, un dos aussi dur qu’une cuirasse, et, en relevant un peu la tête, il vit, bombé
[…] son abdomen […]). Or, la subordonnée en wenn contenant le verbe heben (lever)
décrit nécessairement une action répétitive, ce qui a pour conséquence que la vision
de l’abdomen l’est aussi et que la traduction proposée, qui la présente comme un fait
nouveau et unique, ne peut qu’être erronée.
L’autre intérêt des « techniques de traduction » est qu’en proposant des chemine-
   

ments possibles pour aller de la langue source à la langue cible, elles constituent une
stratégie de recherche de solutions utile lorsque la seule intuition ne suffit pas à
trouver spontanément une traduction satisfaisante. Si toutes les langues romanes
disposent, par exemple, de suffixes quantificateurs (fr. un/une quadragénaire, it. un/

una quarantenne, esp. un hombre/una mujer cuarentón/cuarentona), ils n’y ont pas la
même distribution ni les mêmes emplois et peuvent fonctionner, selon le cas, comme

6 Ainsi la différence d’information exprimée en français par l’opposition imparfait/passé simple doit-
elle parfois être prise en charge en allemand par une opposition casuelle : Il tombait / tomba entre

deux parois de terre verticales = Er fiel zwischen zwei senkrechten Erdwänden/senkrechte Erdwände.
7 Sur ces questions, on consultera avec profit l’ouvrage édité par Monika Doherty (ed.), Sprachspezifi-
sche Aspekte der Informationsverteilung, Berlin 1999, dont le titre très parlant peut se traduire par ‘Les
aspects spécifiquement linguistiques de la répartition de l’information’.
Introduction 5

diminutifs, augmentatifs, péjoratifs, mélioratifs etc., toutes fonctions qu’il faut parfois
« passer en revue » avant de risquer une traduction… qu’on ira au besoin chercher du
   

côté des tournures paraphrastiques (it. è lontanuccio / fr. il y a du chemin à faire).


Autre exemple, plus complexe : l’adjectif fr. petit peut fonctionner comme diminutif
   

hypocoristique (où il ne dit rien sur la taille réelle de l’objet qualifié) ou comme
complément à fonction distinctive (où il s’oppose à grand). Il s’ensuit que sa traduc-
tion correcte en italien nécessitera d’interroger un contexte éventuellement assez
large pour savoir laquelle des deux fonctions est ici à l’œuvre :
   

D’abord je vais me construire une petite maison


– avec valeur hypocoristique : Prima voglio costruirmi una casetta (diminutif)
   

– avec valeur distinctive : Prima voglio costruirmi una casa piccola [, poi…] (adjectif)

Après cet exposé des motifs un peu long mais nécessaire compte tenu des orientations
générales de la traductologie depuis quelques décennies, il est temps d’exposer
brièvement la structure de l’ouvrage. Ce dernier est divisé en cinq sections intitulées
respectivement Aspects généraux, Linguistique et procédés de traduction, Sciences du
langage et traduction, Aspects historiques et Aspects pratiques.
La première section traite, comme son titre l’indique, de sujets relevant d’une
sorte de propédeutique de la traduction, depuis les différents termes utilisés de
l’Antiquité à nos jours pour désigner la traduction et l’interprétation jusqu’aux outils
du traducteur et de l’interprète en passant par deux vues d’ensemble, l’une historique
(↗2 Réflexions sur la traduction dans les pays latins de Leonardo Bruni (1420) à José

Ortega y Gasset (1937)), l’autre contemporaine (↗3 La traductologie dans les princi-

paux pays de langue romane. Vue d’ensemble) sur la traductologie dans les pays de
langue romane. L’article 4 (↗4 Les théories de l’interprétation dans les principaux

pays de langue romane), consacré à la traduction orale, sort un peu du cadre ; il nous 

paraissait nécessaire, dans un ouvrage centré sur la traduction écrite, de donner au


moins un aperçu général des théories élaborées dans la Romania en matière d’inter-
prétation.
La deuxième section, qui regroupe à elle seule un tiers des articles, est dédiée,
comme on l’a expliqué plus haut, à la « technique de la traduction ». Elle est axée sur
   

les aspects proprement linguistiques de la traduction et plus spécialement sur les


difficultés liées à tel ou tel couple ou tel ou tel type de langues. Le point de vue adopté
n’est pas tant celui de la linguistique contrastive, qui suppose toujours une certaine
caractérisation des langues en présence, laquelle relève in fine de la typologie, que
celui d’une grammaire contrastive entendue non pas au sens étroit qu’il a encore
souvent dans les pays de langue romane, mais en un sens large, où il dépasse la
morphologie et la morphosyntaxe pour aller de la phonologie à la syntaxe de la
période en passant par le lexique et la sémantique.
La troisième section, qui comprend le même nombre d’articles que la précédente,
élargit la perspective. Il ne s’agit plus d’en rester au niveau de la langue-système, de
ses caractéristiques et contraintes, mais de prendre en compte tout ce qui relève de sa
6 Jörn Albrecht et René Métrich

mise en œuvre et de son utilisation aux fins les plus diverses dans des contextes
variables par des êtres humains appartenant éventuellement à des cultures différen-
tes. Cet élargissement relativement récent (quelques décennies) de l’éventail des
problématiques est perçu aujourd’hui comme une innovation, alors que d’un point de
vue historique il constitue plutôt un retour aux sources. Ce que l’on regroupe en
français sous le vocable sciences du langage correspond en effet assez précisément à
ce que dont traitait la rhétorique classique et celle-ci a quelques siècles de plus que la
« grammaire » qui a précédé la linguistique au sens étroit. Depuis son déclin au
   

XVIIIe siècle, cette discipline n’est plus connue que de quelques spécialistes. Le
profane n’en a conservé qu’une vague idée, et encore, de quelques aspects seule-
ment : notamment l’elocutio (art du style) et ici plus particulièrement l’ornatus (orne-

ment) avec ses moyens stylistiques, figures et tropes.


En termes très généraux, on peut dire qu’il est question dans cette section de la
langue « en acte » (↗19 Présuppositions et actes de langage dans le domaine des
     

langues romanes ; ↗20 Énonciation et traduction), de la variabilité, commandée par


   

divers facteurs, des langues en elles-mêmes (↗28 La variation linguistique comme  

problème de traduction), de la dépendance de la compréhension des énoncés vis-à-


vis de leur environnement (↗25 Contexte et situation : les « entours » du texte écrit),
       

des productions langagières d’une certaine ampleur (textes, discours), qui compor-
tent des régularités d’un autre ordre que celles de la langue au sens étroit du mot
(↗21 Linguistique textuelle et traduction : aspects généraux ; ↗22 Connexité, cohé-
       

sion, cohérence : la « grammaire de texte » dans les langues romanes ; ↗24 Thème /
         

propos et la progression thématique), de l’emploi de moyens linguistiques à des fins


stylistiques, notamment dans la littérature (↗23 Les différentes formes du discours

rapporté comme problème de traduction ; ↗26 Genres littéraires et traditions discursi-


   

ves dans les langues romanes ; ↗27 L’analyse structurale du récit. « Narratologie » et
       

traduction), de la langue comme instrument scientifique où elle devient « langue de    

spécialité » créée et normée conventionnellement par les moyens de la langue


commune (↗29 Terminologie et langues spécialisées dans les pays de langue romane)

et enfin de l’immersion de toute langue dans le monde auquel appartiennent ses


locuteurs, autrement dit dans une culture (↗30 Différences de culture et traduction :
   

l’intraduisibilité culturelle).
C’est à dessein que la quatrième section, consacrée aux aspects historiques, n’a
reçu qu’une extension modeste, la dimension historique n’ayant pas à jouer un rôle
déterminant dans un ouvrage de ce type. Il a cependant paru utile, voire nécessaire,
pour parachever le tour d’horizon que propose ce volume, d’une part de retracer, au
cours de l’histoire, la façon dont la notion de traduction stricto sensu s’était formée et
délimitée par rapport à d’autres formes de médiation linguistique (↗31 Interpretatio,  

imitatio, aemulatio : formes et fonctions de la traduction « libre » dans le domaine des


     

langues romanes), de souligner d’autre part la contribution historique des traducteurs


à la constitution des langues romanes modernes (↗32 L’apport des traducteurs à la  

« relatinisation » des langues romanes) et d’évoquer pour finir l’importance des flux
   
Introduction 7

de traduction entre les différentes langues romanes au cours des temps (↗33 « Extra-    

duction » et « intraduction » : les flux de traduction dans le monde latin).


       

En matière de traduction, un ouvrage proposant une vue kaléidoscopique, même


quelque peu théorisante, ne peut se dispenser d’évoquer aussi quelques aspects
pratiques. C’est l’objet de la cinquième et dernière section. Elle informe tour à tour sur
la formation des traducteurs dans les pays de langue romane (↗34 La formation de  

traducteurs et d’interprètes dans les pays de langue romane), sur la synchronisation


et le sous-titrage des films (↗35 Doublage et sous-titrage de films dans la Romania),

sur le délicat sujet du droit de la traduction et des traducteurs (↗36 Aspects juridiques

de la traduction dans les pays latins) et enfin sur la problématique de la traduction


automatique et de la traduction assistée par ordinateur (↗37 La traduction automa-

tique et assistée par ordinateur dans les pays de langue romane).

Références bibliographiques

Textes
Kafka, Franz (1955), La Métamorphose (trad. fr. de Die Verwandlung par Alexandre Vialatte), Paris,

Gallimard.
Kafka, Franz (1988), Die Verwandlung/La Métamorphose (trad. fr. par Jean-Jacques Briu), Édition

bilingue, Saint-Lambert-des-Bois, Éditions du Franc-Dire.


Kafka, Franz (1988), La Métamorphose (trad. fr. de Die Verwandlung par Bernard Lortholary), Paris,

Flammarion.

Littérature secondaire
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Doherty, Monika (ed.) (1999), Sprachspezifische Aspekte der Informationsverteilung, Berlin, Akademie
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Giles, Daniel (2005), La traduction. La comprendre, l’apprendre, Paris, Presses Universitaires de
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Guidère, Mathieu (22011), Introduction à la traductologie. Penser la traduction : hier, aujourd’hui,

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Translation, Cambridge/Mass., Harvard University Press, 1959.


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Aspects généraux
Wolfgang Pöckl
1 Traduire, traduction, traducteur,
traductologie, interprétation, interprète etc.
Un aperçu historique de la terminologie en usage dans les langues
romanes

Abstract : Jusqu’à présent, ni les grands ouvrages encyclopédiques consacrés à la


   

traduction, ni les manuels destinés aux étudiants n’ont appelé l’attention sur l’his-
toire (pourtant assez mouvementée) des mots à l’aide desquels on a désigné, au cours
des siècles, l’activité traduisante, les traducteurs et les traductions. Le latin et le
Moyen Âge disposent d’une série de verbes (plus ou moins) synonymes pour désigner
l’acte de traduire. L’humaniste italien Leonardo Bruni introduit le néologisme latin
traducere, qui est repris par les langues modernes et finit par s’imposer comme
élément central du champ sémantique. Peu à peu, on commence à distinguer la
traduction (écrite) de l’interprétation (orale), mais cette différenciation est loin d’être
faite systématiquement. À partir de la deuxième moitié du XXe siècle se forme –
parallèlement à l’établissement de la discipline universitaire appelée traductologie –
une terminologie savante.

Keywords : traduire, interpréter, étymologie(s), traduction horizontale, traduction ver-


   

ticale, traductologie

0 Remarques préliminaires
Pendant longtemps, l’orgueil des nations européennes a découragé les philologues de
se vouer à l’étude approfondie des traductions et de montrer à quel point les langues
et les littératures respectives reposent sur les fondements jetés par les textes tirés
d’autres cultures.1 Depuis quelques décennies, cependant, l’histoire des traductions
est devenue un domaine de prédilection de la recherche. Parmi les nations de langues
romanes, les Espagnols ont été les premiers à étudier le sujet de manière systématique
(Ruiz Casanova 2000 ; Lafarga/Pegenaute 2004). Une grande équipe française est en

train d’éclipser les synthèses espagnoles par la publication d’une monumentale


Histoire des traductions en langue française en quatre tomes (Chevrel/Masson 2012–).

1 Les littératures de l’Antiquité ont souvent bénéficié d’un statut privilégié ; cf., par rapport à la

littérature française, le grand ouvrage (d’inspiration positiviste) de Bellanger (1903).


12 Wolfgang Pöckl

Mais ni les ouvrages consacrés à l’histoire des traductions, ni les manuels des-
tinés aux (futurs) traducteurs, ni les nombreuses introductions à la discipline ne
réservent une place à l’histoire des termes principaux qui ont constitué, au cours des
siècles, le champ sémantique de l’activité traduisante et de ses agents. Même observa-
tion à propos des grandes encyclopédies (par ex. Kittel et al. 2004/2007/2011 ; Baker
   

2009 ; Gambier/van Doorslaer 2010–2013) aspirant à faire le point sur la matière.


Seule la terminologie moderne, qui s’est forgée parallèlement à l’émergence de la


discipline universitaire elle-même, semble attirer, çà et là, l’attention des chercheurs
spécialisés (cf. chapitre 4).

1 Antiquité
Les linguistes d’aujourd’hui, fussent-ils partisans des théories les plus résolument
modernes, n’ignorent pas que les sources de la réflexion linguistique auxquelles il
faut retourner de temps en temps se trouvent dans l’Antiquité, notamment dans la
philosophie grecque. En est-il de même en ce qui concerne les traductologues ? On  

hésitera à répondre sans réserve par l’affirmative. Les Grecs, étant en contact paci-
fique ou belligérant avec les civilisations qui les entouraient, éprouvaient indéniable-
ment le besoin de traduction orale, donc d’interprétation. Mais la diversité linguis-
tique n’était pas au centre de leurs préoccupations philosophiques. Les Romains, eux,
s’emparèrent des acquis culturels et intellectuels des Grecs par plusieurs voies, dont
la traduction. Mais on se gardera de croire que le concept moderne est compatible
avec la notion que les Romains avaient de l’activité traduisante.
Alors que les langues romanes d’aujourd’hui sont généralement pourvues d’une
famille de mots centrée autour d’un verbe signifiant ‘traduire’ qui, lui, est sémanti-
quement sans équivoque,2 la situation dans les langues classiques est tout autre. Si on
trouve en grec un petit nombre de mots qui ont, dans des contextes précis, le sens de
‘traduire’, le latin connaît une pléthore de quasi-synonymes. On est donc en présence
d’une polymorphie lexicale à première vue déconcertante. Les essais de systématisa-
tion de la terminologie n’ont guère fourni de résultats convaincants. Plusieurs cher-
cheurs ont cependant succombé à la tentation de considérer l’emploi individuel de
vocables par un traducteur comme l’usage représentatif de son époque, ce qui est une
démarche qui mène à des généralisations abusives. Il n’y a pas d’hyperonyme qui
engloberait les nombreux éléments du champ sémantique. D’autre part, force est de
constater qu’aucun des verbes n’a comme acception principale le sens de ‘traduire’.
En général, la signification ‘traduire’ s’ajoute au sens plus concret des mots en
question. Ce genre de métaphorisation semble pourtant être plus répandu, car on peut

2 On ne peut pas affirmer la même chose à propos de la traduction orale : toutes les langues romanes

ont recours au type lexical « interpréter », qui est cependant polysémique.


   
Traduire, traduction, traducteur, traductologie, interprétation, interprète etc. 13

l’observer de façon analogue dans d’autres langues et dans d’autres contextes histori-
ques.
En se basant sur les listes de vocables établies par Folena (1991, 81) et Seele (1995,
91s.), on peut distinguer trois catégories de métaphores :  

1) ‘expliquer, rendre clair’ : interpretari, explicare, reddere, exprimere


2) ‘(re)tourner’ : vertere, convertere, mutare


3) ‘transporter’ : transferre (postclassique), translatare (bas latin)


S’y ajoutent deux verbes qui sont spécifiques de la pratique littéraire des Romains et
qui manquent d’équivalents dans d’autres cultures : imitari et aemulari.

Afin de mieux comprendre les causes des différences lexicales dans ce domaine
entre l’Antiquité et le monde moderne, il faut tenir compte du statut de la traduction
dans le système éducatif et culturel des Romains. On sait que la traduction avait
d’abord sa place dans le cadre de l’instruction grammaticale et rhétorique. Les
humanistes européens des premiers siècles des temps modernes ont conservé grosso
modo cette tradition (cf. Norton 1984), qui n’est abandonnée définitivement qu’à
l’époque des Lumières. Les libertés qu’on concédait aux hommes de lettres dépen-
daient du caractère du texte. Albrecht (2010, 493) a décrit de manière admirablement
concise les différentes formes et fonctions de la traduction. Dans le contexte pédago-
gique la situation se présente de la manière suivante :
   

En ce qui concerne la traduction stricto sensu, il faut d’abord distinguer entre


deux domaines qui correspondaient à des degrés consécutifs dans le système de
l’enseignement :  

a) Au premier degré, c’est-à-dire dans le cadre de l’enseignement de la grammaire


(ars recte loquendi), la pratique de la traduction était soumise à un littéralisme servile.


b) Au second degré, c’est-à-dire dans le cadre de l’enseignement de la rhétorique

(ars bene dicendi), la manière de traduire dépendait du genre de texte à traduire :  

α) Dans la traduction des historici (équivalent moderne, grosso modo, des textes informatifs) une
fidélité non seulement par rapport à l’invention, mais aussi par rapport à la disposition et à
l’élocution était de mise ;  

β) Dans la traduction des rhetores et des poetae (équivalent moderne : les textes expressifs) le

traducteur devait seulement rester fidèle à l’invention ; par contre, il pouvait prendre des libertés

plus ou moins grandes vis-à-vis de la disposition et surtout vis-à-vis de l’élocution (tropes, figures
de mots et figures de pensées).

En dehors du contexte pédagogique, la fonction de la traduction consiste à contribuer


à l’enrichissement intellectuel et littéraire de la culture cible (c’est la fonction princi-
pale que l’homme moderne attribue à la traduction, vu que la traduction comme
exercice linguistique a presque complètement disparu des programmes scolaires) et à
l’élaboration linguistique (facteur considéré comme essentiel de nos jours pour les
langues moins répandues). Rappelons au passage qu’à Rome le concept de propriété
14 Wolfgang Pöckl

intellectuelle telle qu’il est compris en Europe depuis quelques siècles est pratique-
ment inexistant. Les « vrais » traducteurs se consacraient donc à des genres de
   

traductions qu’on distinguait selon le degré de liberté – et qu’on désignait par des
termes différents, selon l’approche choisie :  

« Par interpretatio on entendait une reformulation relativement proche du texte source (avec une

certaine marge de liberté) ; il s’agit de la traduction proprement dite. […]


L’imitatio, qu’on rencontre surtout dans le domaine de la poésie, était une œuvre nouvelle qui
s’inspire d’un texte source (équivalent moderne : traduction libre).

L’aemulatio était le terme technique pour une pratique littéraire qui part d’un texte modèle avec
le but de le surpasser, de ‹ faire mieux › […] » (Albrecht 2010, 494).
     

Un des rares éléments de notre champ sémantique richement doté qui ait survécu et
qui est toujours en usage (bien que son acception se soit rétrécie) est la famille de
mots interpres / interpretari / interpretatio (le deuxième étant lat. transferre < gr.
μεταφέρειν dont l’histoire est cependant plus complexe). Son étymologie est incer-
taine ; ce qui est sûr, c’est que le signifiant est d’origine latine (d’aucuns prétendent

qu’il remonte à INTER PARTES ‘intermédiaire’, d’autres présument que le deuxième


élément est un réflexe de PRETIUM ‘prix’, comme le voulait Isidore de Séville). Il est
d’autant plus étonnant que la structure sémantique de la famille de mots interpres /
interpretari soit, à en croire les dictionnaires bilingues, plus ou moins identique à celle
du grec ἑρμηνεύς / ἑρμηνεύω.
Étant donné que l’interpres, en tant qu’auteur de interpretationes, s’éloigne moins
des textes sources que les écrivains et les poètes, qui pratiquent l’imitatio ou l’aemula-
tio, l’adjectif fidus ‘fidèle’ est associé au substantif (par ex. dans les célèbres vers 133/
4 de De arte poetica d’Horace : « Nec verbum verbo curabis reddere fidus / Interpres »)
     

et peut donc être considéré presque comme un « adjectif de nature ».


   

Notons par ailleurs que nous avons rarement l’occasion de comparer les traduc-
tions dont il est question dans les sources latines car dans l’immense majorité des cas,
le texte de la langue de départ ou le texte de la langue d’arrivée se trouve être perdu. Il
est donc souvent difficile de dire dans quelle mesure les témoignages et les commen-
taires sont conformes aux traductions.

2 Moyen Âge
C’est au cours du Moyen Âge que la plupart des variétés (et futures langues) romanes
s’émancipent du latin. Ce processus est documenté notamment par des textes verna-
culaires. Très souvent, ces manifestations écrites sont, surtout dans les premières
phases de l’élaboration linguistique, des textes qui reposent sur des modèles allo-
phones (en premier lieu latins). Les linguistes parlent généralement de traductions, ils
désignent par ce terme tout ce qui n’est pas considéré comme « original ». La gamme
   

des traductions va de la glose et de la version interlinéaire jusqu’à l’adaptation et la


Traduire, traduction, traducteur, traductologie, interprétation, interprète etc. 15

paraphrase. Quand on se réfère à la situation médiévale, la notion de traduction est


donc beaucoup plus vaste et plus vague qu’aujourd’hui. Tout comme l’Antiquité, le
Moyen Âge ne connaît pas de concept homogène de la traduction. Au niveau théo-
rique, on ne trouve guère de réflexion inédite ; la plupart des traducteurs se conten-

tent d’évoquer les citations canoniques (souvent mal comprises, cf. Albrecht 2010) de
Cicéron, d’Horace, de saint Jérôme ou de Boèce (considéré comme un auteur chré-
tien), qui ne dépassent pas le cadre de la dichotomie traduction mot-à-mot / littérale
vs. traduction libre. Seuls quelques esprits indépendants, tels que Dante, réfléchis-
sent, par exemple, à la question de la « traductibilité » (cf. citation infra).
   

L’omniprésence et le prestige des textes latins empêchent la solution de conti-


nuité non seulement dans le domaine de la réflexion théorique mais aussi en ce qui
concerne les expressions désignant l’acte de traduire et le champ sémantique corres-
pondant. Ne sont pas repris, pour des raisons évidentes, les verbes aemulari et imitari
car la seule idée de « surpasser » un texte latin (en élégance stylistique, en clarté etc.)
   

était inconcevable à l’époque. Un texte traduit en langue vulgaire ne pouvait avoir


pour but que de rendre accessibles des connaissances formulées dans la langue de
l’érudition mais jugées également utiles aux « illettrés », c’est-à-dire à ceux qui
   

ignoraient le latin. Les langues vernaculaires, elles, n’étaient pas encore considérées
comme de véritables concurrentes.
Les termes, forgés au XXe siècle, de « traduction verticale » (langue de culture / de
   

prestige / codifiée vers une langue vulgaire – ou vice-versa) et « traduction horizon-  

tale » (traduction entre langues considérées comme d’égale valeur, par ex. arabe

classique – latin, catalan – français) nous aident à comprendre certaines attitudes des
traducteurs exprimées dans les paratextes (prologues, dédicaces) ou à l’intérieur de
l’œuvre traduite.
L’examen des passages où il est question de l’acte de traduire fournit des résultats
assez similaires pour les différentes langues romanes qui disposent d’un corpus
représentatif de traductions : le français, l’italien et l’espagnol (qu’on devrait plus

justement appeler castillan jusqu’à la fin du Moyen Âge). Notons d’abord que les
expressions principales appartiennent presque toutes à la catégorie des verbes, les
nomina agentis et nomina actionis étant plutôt rares ; autrement dit, on ne trouve

guère de familles de mots complètes. La seule exception constitue, dans les trois
langues citées, l’élément lexical qui remonte au verbe latin transferre et qui a donné
les formes « régularisées » fr. translater, it. tra(n)slatare, esp. trasladar.
     

Classés du point de vue sémantique, les verbes forment des groupes analogues à
ceux que nous avons déjà trouvés en latin : le premier groupe contient l’idée de

‘transporter’ (fr. translater, transposer), le deuxième correspond au latin vertere


(fr. turner, trestorner), tandis que le troisième, de loin le plus riche en variantes, se

compose de verbes dérivés du nom de la langue cible (fr. enromanchier, esp. roman-  

çear, it. volgarizzare) ou de locutions du type fr. metre / traire / faire / espondre … en

romanz ; it. mettere / recare / ridurre / riducere in volgare (où romanz, romance, volgare

signifient naturellement « langue vulgaire », en général par opposition à « latin »).


       
16 Wolfgang Pöckl

Cette profusion de vocables et expressions (pour le français, cf. notamment Baehr


1981 et Buridant 1983, pour le castillan, Rubio Tovar 2011) occupant un champ
sémantique relativement restreint invite à y mettre de l’ordre. On a du mal à croire
qu’il s’agit de véritables synonymes. Nombreux sont les critères imaginables qui
pourraient déterminer l’emploi de différents éléments : (a) les langues impliquées

(traduction horizontale et verticale), (b) la méthode de traduction (littérale vs. libre),


(c) le genre de texte (didactique, littéraire), (d) le degré d’autorité de l’auteur (tel que
l’établit Vincent de Beauvais dans son ouvrage encyclopédique Speculum maius : (1)  

Bible, (2) pères et docteurs de l’Église, (3) auteurs chrétiens jugés savants mais non
canonisés, (4) grands auteurs païens de l’Antiquité ; cf. Lusignan 1986, 131).

Mais aucune des tentatives de systématiser l’abondance lexicale n’a abouti à des
résultats satisfaisants, ce qui n’empêche pas les spécialistes d’être victimes d’un
optimisme forcé. On peut souscrire à toutes les observations formulées par Folena
(1991, 82) à la fin de son admirable étude consacrée à la terminologie des traducteurs
médiévaux, à une exception près ; il semble risqué de soutenir, au niveau de la langue

(au sens saussurien), l’existence de « traits distinctifs » vraiment significatifs dans ce


   

champ lexical :  

« […] l’abbondanza di sinonimi e di locuzioni sinonimiche, con tratti distintivi e connotazioni


semantiche molteplici, che complica il già complesso quadro terminologico ereditato dall’anti-
chità latina, indica la scarsa elaborazione concettuale del tradurre nel Medioevo, la prevalente
concezione didattica e strumentale e la molteplicità dei punti di vista nel considerare la prassi
della traduzione, fondamentale nell’esperienza culturale, religiosa e letteraria romanza, come in
quella germanica e slava, tanto nei suoi aspetti contenutistici quanto in quelli formale ».

Mettons à l’épreuve l’une de ses thèses. Il croit pouvoir distinguer, par rapport au
français, « il tecnico e scolastico translater » (Folena 1991, 17) du type (en)romanchier
   

qu’il considère comme populaire et réservé à la traduction versifiée. Mais un passage


cité régulièrement dans ce contexte parce qu’il accumule les synonymes, à savoir
l’épilogue de l’Esope de Marie de France, dément l’hypothèse de manière flagrante. Le
verbe translater apparaît deux fois de suite, mais sans les moindres connotations
scolastiques ou techniques, tandis que enromanchier est absent du texte, bien que la
version de Marie elle-même soit rédigée en vers :  

« Pur amur le cunte Willalme,


Le plus vaillant de cest reialme,


M’entremis de cest livre faire
E de l’engleis en romanz traire.
Esope apelë um cest livre,
Kil translata e fist escrivre,
Del griu en latin le turna.
Li reis Alvrez, ki mult l’ama,
Le translata puis en engleis,
Et jeo l’ai rimé en franceis,
Traduire, traduction, traducteur, traductologie, interprétation, interprète etc. 17

Si cum jol truvai, proprement » (v. 9–19)


   

(cité d’après l’édition de Warnke 1962, 46 ; mes italiques).


Doté de connaissances étendues en la matière et d’une vision réaliste de la situation,


Santoyo (2008) démontre la richesse lexicale dont dispose l’espagnol du XVe siècle
dans le domaine du métalangage relatif à l’acte de traduire. Un seul auteur – en
l’occurrence Alonso de Madrigal, appelé el Tostado (1410–1455) – emploie toute une
série de synonymes :  

« El trasvase interlingüístico se plasma nada menos que en seis formas verbales sinónimas, que el

autor utiliza de modo indistinto [mes italiques, W.P.]: trasladar de / en, interpretar de / en,
mudar de / en, sacar de / a, tornar de /en, volver en » (Santoyo 2008, 68).

Mais el Tostado est loin d’avoir exploité toute la gamme des synonymes courants à
l’époque. Dans les textes de ses contemporains, Santoyo (2008, 71) relève aussi
vulgarizar, romanzar, reducir en, traspasar de / a, pasar (de latín en nuestra lengua),
poner en, transponer en, convertir de / a. Rubio Tovar (2011) ajoute d’autres verbes qui
ont, dans certains contextes, l’acception de ‘traduire’ : esponer, glosar, tra(n)sferir,

transportar, traer a, trocar. Et plusieurs hommes de lettres qui dirigent leur regard vers
l’Italie commencent alors à se servir du néologisme traducir (cf. chapitre 3).
Le grand nombre de synonymes s’explique aussi par le fait que certains auteurs-
traducteurs ont recours à une terminologie plus ou moins personnelle. Un bon
exemple en est la prédilection de Dante pour le verbe transmutare (et le substantif
correspondant transmutazione), utilisé à plusieurs reprises dans le célèbre passage du
Convivio (I, 7, 14sq., cf. aussi Albrecht (↗2 Réflexions sur la traduction dans les pays
latins de Leonardo Bruni (1420) à José Ortega y Gasset (1937)) où le grand poète
soutient la thèse de l’intraduisibilité des textes versifiés, « lointain souvenir proba-

blement d’un lieu commun de la théorie littéraire du monde arabe » (Pöckl 1998, 722) :
   

« E però sappia ciascuno che nulla cosa per legame musaico armonizzata si può de la sua loquela

in altra transmutare sanza rompere tutta sua dolcezza e armonia. E questa è la cagione per che
Omero non si mutò di greco in latino come l’altre scritture che avemo da loro. E questa è la
cagione per che li versi del Salterio sono sanza dolcezza di musica e d’armonia ; ché essi furono

transmutati d’ebreo in greco e di greco in latino, e ne la prima transmutazione tutta quella


dolcezza venne meno » (mes italiques).

L’innovation terminologique de Dante ne s’est pas imposée, mais un siècle plus tard
la création d’un compatriote a eu tant de fortune qu’aujourd’hui toute la Romania a
recours au « même » mot (en ce sens que les formes remontent toutes au même
   

étymon).
Le contact des Européens avec les civilisations du Proche-Orient fait naître un
type spécial de médiateur culturel, qui est désigné par un mot « migrateur » d’origine
   

orientale. Dans une première phase, ce mot est emprunté à l’arabe au XIIe siècle dans
18 Wolfgang Pöckl

le contexte des croisades. Résultat d’un contact linguistique exclusivement oral, le


mot apparaît dans les langues d’accueil à différents moments sous les formes les plus
variées : par exemple it. turcimanno, dragomanno ; fr. druguemant, drogeman, truche-
     

man (v. la liste de toutes les formes documentées dans FEW, XIX, s.v. tarğumān ;  

aujourd’hui : truchement) ; esp. trujamán, trujimán ; cat. trutximà.


     

Les mots, fixés orthographiquement au cours des siècles, font partie du lexique
actuel des langues romanes citées ; leur sens s’est cependant généralement élargi (cf.,

par ex., la gamme des significations et les nombreux dérivés de it. turcimanno dans le
dictionnaire de Battaglia, s.v.).
Un autre type d’emprunt du même étymon s’est établi suite à la création par la
Sublime Porte d’une fonction officielle destinée à assurer les relations politiques entre
l’Empire ottoman et l’Occident. Le titre des détenteurs de cette fonction présente un
aspect beaucoup plus homogène dans les langues européennes : it. dragomanno,  

fr. drogman (ou, plus rarement, dragoman), esp. dragomán etc. (détails dans Pöckl

2015).

3 Les temps modernes et la fortune de traducere


3.1 Latin humaniste

Le 5 septembre 1400, l’humaniste italien Leonardo Aretino Bruni (1374 ?–1444) se  

sert, dans une lettre écrite en latin, du verbe traducere pour désigner l’activité
traduisante. En latin classique, ce mot existe, mais avec des acceptions différentes.3
C’est pourquoi d’aucuns sont d’avis que Bruni aurait mal compris le passage d’Aulu
Gelle qui lui a suggéré ce néologisme sémantique. D’autres, notamment Wolf (1971) et
Folena (1991), sont convaincus que Bruni a agi par calcul et avec l’intention de créer
un nouveau terme afin de se distancier en tant que traducteur des pratiques médié-
vales. « Io non credo », écrit Folena (1991, 72),
   

« che il Bruni abbia capito male : aveva bisogno di un vocabolo nuovo, non consunto come
   

transferre, dove l’operazione di trapianto d’una in altra lingua si manifestasse con maggior
energia e plasticità : e traduco non solo era piú dinamico di transfero, ma rispetto al suo piú

vulgato predecessore conteneva […] anche il tratto della ‹ individualità › o della causatività
   

soggettiva […], sottolineando insieme l’originalità, l’impiego personale e la ‹ proprietà letteraria ›


   

di questa operazione sempre meno anonima ».  

3 L’acception principale est ‘transporter’ (nombreuses occurrences, par ex., dans De bello Gallico de
César : « Quod multitudinem Germanorum in Galliam traducat ») ; mais le mot signifie aussi ‘exposer
       

au blâme’, cf. le début de l’Evangile selon Matthieu (Mt 1, 19) : « Ioseph autem vir eius [= Mariae] cum
   

esset iustus, et nollet eam traducere : voluit occulte dimittere eam ».


   
Traduire, traduction, traducteur, traductologie, interprétation, interprète etc. 19

Il est sans aucun doute vrai que le néologisme doit sa fortune à Leonardo Bruni – et
non, par exemple, à Notker de Saint Gall (env. 950–1022), premier traducteur alle-
mand d’importance, qui se sert, quatre siècles avant l’humaniste italien, de traducere
dans l’acception « moderne » du mot quand il fait mention de projets de traduction
   

qu’on lui a proposé de réaliser : « […] rogatus et metrice quaedam scripta in hanc
   

eandem linguam traducere » (apud Sonderegger 1987, 17 ; mes italiques). Mais il serait
   

faux de penser que le succès du terme nouveau ait été aussi immédiat et éclatant que
Folena (1991, 71) veut nous le faire croire en parlant, non sans emphase, de la
« reductio ad unum tecnica e teoretica di tutta la così varia terminologia sinonimica di

tradizione classica e medievale che si compie nell’Europa moderna col nuovo corso di
traducere ».  

Les humanistes contemporains de Bruni sont majoritairement d’observance


conservatrice et s’en tiennent plus ou moins strictement au vocabulaire cicéronien. La
propagation de traducere, surtout au-delà des frontières de l’Italie, a lieu presque
exclusivement grâce à la diffusion des œuvres de Bruni (Wolf 1971) ou dans le
contexte d’une dispute que l’on pourrait qualifier de querelle des Anciens et des
Modernes. Ainsi, l’évêque espagnol Alonso de Cartagena critique vivement la manière
extravagante dont Bruni a traduit Aristote et accuse le traducteur de ne pas suffisam-
ment posséder les langues classiques, mais il reprend le néologisme (sous la forme du
participe parfait du verbe et du nomen acti) dans une lettre écrite à un ami : « Aristote-    

lis Ethicorum libros Latinos facere nuper institui, non quia prius traducti non essent,
sed quia traducti erant, ut barbari magis quam Latini effecti viderentur. Constat enim
illius traductionis auctorem […] neque Graecas neque Latinas literas satis sciuisse »  

(cit. d’après Birkenmajer 1922, 157 ; mes italiques). Mais, en règle générale, l’usage de

traducere dans les milieux latinisants reste plutôt rare.


Quant aux langues romanes, la situation est quelque peu différente. Le nouveau
terme, une fois introduit, gagne en fréquence et finit par s’imposer, au cours d’une
période plus ou moins longue, comme élément central du champ sémantique, sans
pour autant faire disparaître définitivement tous les concurrents.

3.2 Italien

En italien, le contexte de la première attestation (vers 1420) de la famille de mots est


symptomatique de l’accueil du néologisme. « Direttamente al Bruni, sia pure per via

polemica, sono legate le prime precoci e significative testimonianze italiane di


tradurre, traduzione, traduttore, presenti tutte insieme in un opuscolo o pamphlet
antiumanistico di ser Domenico da Prato » (Folena 1991, 75). S’il est vrai, d’une part,

que le verbe et ses dérivés s’établissent assez promptement dans l’usage, on n’ou-
bliera pas que l’italien a conservé, jusqu’aujourd’hui, une expression spéciale pour
un certain type de traduction qui, dans un dictionnaire moderne, est défini de la façon
suivante : « Se il testo di partenza è il latino o il greco e quello d’arrivo un volgare
   
20 Wolfgang Pöckl

romanzo, cioè una delle lingue derivate dal latino nei primi secoli della loro storia,
quando erano appunto considerate lingue del volgo, abbiamo un volgarizzamento »  

(Zingarelli 122014, s.v. traduzione). À côté de volgarizzamento (polysémique, tout


comme traduction, parce que à la fois nomen actionis et nomen acti), la famille de mots
comprend aussi le verbe volgarizzare et les substantifs volgarizzatore et volgarizza-
zione.
Peu à peu, la famille de tradurre s’élargit. Au début du XVIIIe siècle apparaissent
(in)traducibile, (in)traducibilità, les négations précédant les formes positives d’envi-
ron trois décennies. Le participe présent traducente est devenu un substantif qui
signifie ‘équivalent’. Récemment la famille de mots s’est enrichie de l’adjectif de
relation traduttivo et du substantif traduttese (correspondant à l’anglais translatio-
nese). (À propos de traduttologia etc., cf. chapitre 4). Dans aucune des langues
romanes, la famille de mots en question n’a autant de membres qu’en italien.
Mais la richesse lexicale se manifeste aussi au niveau du champ sémantique. Un
dictionnaire de synonymes (Pittano 1989) n’indique pas moins de six verbes qui
peuvent remplacer tradurre – du moins dans certains contextes : volgere, trasportare,

rendere, traslatare (ant.), voltare, interpretare.

3.3 Espagnol

Hors de l’Italie, le castillan est la première langue à accueillir le mot nouveau. Cet
avantage chronologique sur les autres langues romanes s’explique par les étroites
relations culturelles qui s’établissent très tôt entre l’Italie et l’Espagne (Gómez Moreno
1994). Au cours des années 40 du XVe siècle, plusieurs écrivains introduisent plus ou
moins simultanément le verbe traduzir et les dérivés correspondants (Santoyo 2008,
67) : Juan de Mena, traducteur de l’Iliade (à partir de la version latine ; Omero
   

romançado), passe quelque temps à Rome et à Florence et semble avoir été en contact
direct avec Leonardo Bruni (décédé en 1444) ; Pedro Díaz de Toledo traduit la version

brunienne d’un dialogue de Platon vers le castillan, y compris la dédicace (adressée


au Pape Innocent VII) contenant plusieurs occurrences de traducere.
On hésitera à déterminer si le mot espagnol est emprunté au latin ou à l’italien ;  

comme dans beaucoup d’autres cas analogues, nous sommes en présence d’une
étymologie multiple.
Un siècle plus tard, le néologisme ne s’est pas encore vraiment imposé au
détriment de ses rivaux, à en juger par les titres (parfois assez longs) imprimés sur les
frontispices de traductions publiées. Traduzir reste un verbe parmi d’autres (dont les
plus fréquents sont trasladar, sacar, volver, romançar) (cf. Pöckl 1996–1997, 12). Au
début du XVIIe siècle, traducir et tradución figurent comme entrées dans le célèbre
dictionnaire de Covarrubias (1611) ; tradutor y est présent dans l’article tradución.

Notons que l’auteur du vocabulaire fait une différence entre tradución et versión, cette
dernière étant définie comme une traduction libre (« no conforme a la letra pero segun

Traduire, traduction, traducteur, traductologie, interprétation, interprète etc. 21

el sentido » ; la même distinction se fera d’ailleurs au XVIIIe siècle en France dans


   

l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, cf. Lambert 1996). Le Diccionario de Auto-


ridades paraphrase TRADUCCIÓN (RAE 1737, s.v.) par « versión de un escrito, volvien-

dole de un Idioma en otro », non sans ajouter, cependant, une deuxième entrée

TRADUCCIÓN en caractères plus petits : « Por extension se toma por el sentido o


   

inteligencia, que dan à algun texto, ò escrito los Intérpretes, ò Glossadores ». Une  

troisième entrée se réfère à TRADUCCIÓN como « figura Rhetórica que se usa repitiendo

una misma palabra en diversos sentidos » (acception toujours présente dans les

dictionnaires modernes, parfois avec renvoi à poliptoton).


De nos jours, la famille de mots qui s’est formée à partir de traducir – traducción,
traductor, (in)traducible, (in)traducibilidad – domine souverainement le champ sé-
mantique dont la structure est très semblable à celle des homologues dans les autres
langues romanes. Par souci d’exhaustivité, on ajoutera qu’en espagnol moderne la
direction de la traduction est indiquée par des adjectifs : traducción directa (= vers la

langue du pays), traducción inversa (= vers la langue étrangère), traducción indirecta


étant cependant une traduction « de segunda mano ».
   

Le lexique du champ sémantique, autrefois caractérisé par une grande richesse


synonymique, s’est considérablement appauvri, notamment dans le domaine des
verbes, comme le constate Santoyo (2008, 73) :  

« Busco en el mejor de los diccionarios de sinónimos los equivalentes actuales de traducir y


   

únicamente hallo tres : interpretar, verter y trasladar, pero el primero de ellos ha quedado

especializado en la traducción oral o interpretación, por lo que tan sólo nos queda verter y
trasladar ; romanzar se nos antoja por demás obsoleto ; volver y convertir podría seguir utilizán-
   

dose, pero a riesgo de arriesgar en exceso la naturalidad expresiva del castellano de hoy ».  

3.4 Français

Par rapport à l’Espagne ou à l’Allemagne, c’est avec un retard considérable que la


France accueille les acquis de l’humanisme italien. La Guerre de Cent Ans et ses
séquelles empêchent les intellectuels de diriger leur regard vers les pays méditerra-
néens. L’histoire du mot qui est au centre de cet article reflète bien le décalage
culturel. La première documentation en France de la forme latine date de 1490 (cf.
Wolf 1971). Le verbe français traduire se trouve pour la première fois dans un texte de
1480, mais dans une acception juridique qui ne nous concerne pas ici. Les indications
étymologiques fournies dans la plupart des dictionnaires induisent donc en erreur car
elles ne considèrent que le signifiant. Traduire ayant le sens de ‘faire passer d’une
langue dans une autre’ apparaît seulement en 1520 dans un texte appelé Dialogue tres
elegant intitule le Peregrin […] traduict de vulgaire italien en langue francoyse par
maistre Francoys Dassy (cf. Trésor, s.v.). Le substantif traduction ‘action de traduire
d’une langue dans une autre’ est, de même que traducteur, documenté pour la
première fois dans la version française du roman Amadis parue en 1540 (Trésor, s.vv.).
22 Wolfgang Pöckl

La même année, Étienne Dolet fait paraître à Lyon son petit manifeste La maniere de
bien traduire d’une langue en autre, dont la deuxième phrase réunit tous les membres
de la nouvelle famille de mots : « En premier lieu, il fault que le traducteur entende
   

parfaictement le sens et matiere de l’autheur qu’il traduict ; car par ceste intelligence

il ne sera jamais obscur en sa traduction » (Dolet 1540, s.p.).


On peut constater qu’en France le nouveau mot et ses dérivés se propagent plus
vite qu’ailleurs et finissent par écarter les concurrents. Le seul verbe qui peut rem-
placer (pour des raisons stylistiques) traduire, sans en être un véritable synonyme, est
rendre. Il faut cependant signaler qu’à des moments donnés de l’histoire on évite le
terme traduction dans des contextes déterminés. Ainsi les traducteurs français du
XVIIIe siècle traduisent indifféremment des langues classiques, de l’italien, de l’espa-
gnol ou de l’anglais, mais les œuvres littéraires d’origine allemande sont souvent
déclarées « imitées » (par ex. : Histoire d’Agathon […]. Imité de l’Allemand de M. Wie-
       

land ; cf. Graeber 1990, 182).


Les éléments lexicaux du français contemporain qui se sont formés autour de


traduire présentent de nombreuses analogies avec les langues-sœurs commentées
précédemment. L’adjectif de relation prend la forme (prévisible) traductionnel. L’ad-
jectif qualificatif intraduisible, qui remonte à l’époque classique (Bouhours 1687), a,
de même que traduisible, (in)traduisibilité, des doublets plus modernes : (in)traduc-

tible, (in)traductibilité (cf. Trésor, s.vv.).


Dans le domaine de la pédagogie de la traduction, le français a créé plusieurs
termes dont quelques-uns ont été repris par d’autres langues. Depuis longtemps, on
distingue le thème « Traduction dans une langue qui n’est pas la langue dominante de

l’étudiant, effectuée à des fins d’exercice ou d’évaluation » (Delisle/Lee-Jahnke/Cor-


mier 1999, 82) – d’où l’expression fort en thème – et la version « Traduction dans la

langue dominante de l’étudiant effectuée à des fins d’exercice ou d’évaluation et qui


sert, entre autres, à vérifier les connaissances passives de la langue de départ et les
aptitudes à la rédaction dans la langue d’arrivée » (ibid., 94). Plus récemment, on a

forgé aussi, par exemple, les termes surtraduction et sous-traduction (désignant des
fautes de traduction concernant le degré d’explicitation).
Le terme retraduction risque de prêter à confusion. Il peut désigner la traduction
d’un texte qui a lui-même été traduit d’une autre langue ou la nouvelle version d’un
texte qui a déjà été traduit antérieurement. Le problème d’ambiguïté se pose de façon
analogue dans les autres langues romanes. Par rétrotraduction, appelée aussi traduc-
tion inversée, on entend la traduction d’un texte traduit vers la langue d’origine.

3.5 Roumain

La romanité sud-est-européenne est caractérisée par un certain nombre de particula-


rités. Contrairement aux langues romanes occidentales et à l’italien, le roumain n’est
influencé directement ni par le latin médiéval ni par le néolatin des humanistes. Au
Traduire, traduction, traducteur, traductologie, interprétation, interprète etc. 23

moment de son apparition comme langue écrite, au XVIe siècle, le vocabulaire est
fortement marqué par les langues des Balkans. Le champ sémantique étudié dans cet
article en est un bon exemple. Le roumain ancien connaît deux verbes pour exprimer
l’idée de ‘traduire’ (aussi au sens d’interpréter) : a tălmăci et a tâlcui (ancienne

orthographe tîlcui). Ces deux verbes continuent de figurer dans les dictionnaires
modernes. Le premier est d’origine orientale et se trouve dans nombre de langues
slaves, mais également en hongrois (tolmács) ou en allemand (dolmetschen, Dolmet-
scher) (cf. Ciorǎnescu 2007, s.v.). Autour du verbe s’est formée la famille de mots
complète : tălmaci et tălmăcitor/-oare, expliqués de façon identique par ‘traducător,

interpret ; tâlcuitor, comentator’ ; tălmăcire ‘acţiunea de a (se) tălmăci şi rezultatul ei ;


     

operă tradusă’. Le verbe a tâlcui, emprunt au slave TLŬKOVATI , a généré, en parfaite


analogie, tâlcuire et tâlcuitor/-oare (cf. Ciorănescu 2007, s.v. TILC ).
Mais les locuteurs du XXIe siècle semblent considérer toutes ces formes comme
obsolètes4 et n’utilisent que le mot d’origine latine/romane a traduce, qui est en usage
depuis le XIXe siècle (Ciorǎnescu 2007, s.v. TRADUCE ). Parallèlement au français et à
l’italien, le roumain moderne connaît le nom d’agent (au masculin et au féminin)
traducător / traducătoare, le verbe substantivé traducţie (signifiant l’action de tra-
duire et le résultat de l’action) de même que l’adjectif (in)traductibil (cf. DEX, s.vv.).
Comme dans les grandes langues romanes qui ont servi de modèle au roumain,
tout ce qui se réfère à la traduction orale est désigné par la famille de a interpreta. Ce
qui frappe, cependant, c’est que le dictionnaire de néologismes de référence (Marcu
2008) incorpore plusieurs dérivés de a interpreta (interpret, interpretare, interpretariat)
et toute la famille de a traduce.

3.6 Langues romanes moins répandues

Les langues romanes moins répandues et périphériques présentent parfois des idio-
syncrasies lexicales. Ainsi, certains parlers du sarde, langue non standardisée,
connaissent, à côté de la famille de mots qui s’est formée autour du verbe tradúchere /
traduíre (substantifs : traduisciòne / tradussiòne / tradutziòne ; traduttore), une deu-
   

xième famille, qui remonte à *VOLVITARE / *VOLTARE , forme conjecturale du latin


vulgaire (REW 9446) et qui est représentée dans le dictionnaire bilingue sarde – italien
d’Espa (1999) par les entrées suivantes (dans l’ordre alphabétique) : bortada = ‘tradu- 

zione, versione, volgarizzamento’ ; ex. : « sa bortada in sardu nugoresu de su Banzéliu


     

de Nostru Sennore Zesu Cristu » ; bortadu/bortáu = ‘tradotto, volgarizzato’ ; ex. : « su


         

Banzéliu de santu Luca bortáu in sardu nugoresu […] » ; bortadura = ‘traduzione,


   

parafrasi’ ; bortare = (entre autres acceptions) ‘tradurre’.


4 Enquête personnelle de l’auteur de cet article effectuée auprès d’une douzaine de locuteurs natifs
roumains.
24 Wolfgang Pöckl

En frioulan, on trouve des éléments épars de même origine. Le Grant Dizionari


Bilengâl Talian-Furlan (Centri Friûl Lenghe 2011) cite le verbe voltâ (« a àn voltât une

conte dal inglês par furlan » ; « voltâ dal cinês ») et le dérivé voltabil (= it. traducibile).
       

Le substantif italien traduzione est paraphrasé par « il voltâ un test orâl o scrit di une

lenghe a di une altre, e il test che al resulte dal voltâ », mais les formes usuelles dans

ce champ sémantique semblent être celles qui sont analogues à l’italien standard
(tradusi, tradutôr, traduzion, intradusibilitât etc.).
Le ladin dolomitique (ladin dolomitan) est très riche en synonymes dans le
domaine qui nous occupe. Le dictionnaire bilingue allemand – ladin (Forni 2002)
offre toute une gamme d’équivalents pour all. übersetzen : « 1 fé na traduzion. 2 ciancé
   

[…]. 3 tradujer […]. 4 translaté. 5 repurté […]. 6 (dolmetschen) fé da nterpret. » Pour


« traduire un livre de l’allemand vers le ladin » on dirait, toujours d’après Forni, « fé


     

na traduzion de n liber / ciancé n liber dal tudësch tl ladin. » L’entrée Übersetzer(-in)


est rendue par « 1 (Dolmetscher) tradutëur […]. 2 translatëur […]. 3 ciancer […]. 4

nterpret […]. 5 tulmac […]. » L’élément qui frappe le plus dans cette liste et qui requiert

une explication étymologique est sans aucun doute ciancé/ciancer. Le mot est d’ori-
gine turque (< SIMSAR ‘intermédiaire’, ‘courtier’, cf. it. sensale, allemand d’Autriche
Sensal) et fut transmis par le vénitien sansèr (cf. Kramer 1989, 145–147).
Le romanche, variété du rhétoroman parlée en Suisse, connaît, d’après le
témoignage de Bezzola/Tönjachen (1944), le verbe vertir (à côté de tradüer et trans-
latar).
On voit donc que le néologisme humaniste traducere a eu incontestablement
beaucoup de succès mais que la reductio ad unum dont parle Folena ne s’est pas
réalisée radicalement, vu que dans les langues romanes se sont conservés un certain
nombre de synonymes.

4 Nouveaux horizons
Après la deuxième guerre mondiale, le domaine de la traduction a connu deux
évolutions cruciales. La conviction de pouvoir remplacer dans l’avenir le traducteur
humain par des dispositifs techniques a fait naître la traductique (terme correspon-
dant à l’anglais translation technology) et a engendré la polysémie de traductrice, mot
qui désigne désormais aussi, avec ou sans spécification, la machine à traduire
(rarement au masculin) (cf. Trésor, s.v.). La traduction automatique (expression
reprise dans les langues romanes : par ex. esp. traducción automática, roum. tradu-

cere automată, etc.) s’étant révélée, à quelques exceptions près, une illusion, les
experts se concentrent aujourd’hui plutôt sur les méthodes pour optimiser la traduc-
tion assistée par ordinateur (formes analogues dans les langues romanes ; par ex. esp.

traducción asistida por computadora ; roum. traducere asistată de calculator ; cf.


   

Delisle/Lee-Jahnke/Cormier 2005, s.vv. ; it. traduzione assistita da computer, cf. De-


lisle/Lee-Jahnke/Cormier 2002, s.v.).


Traduire, traduction, traducteur, traductologie, interprétation, interprète etc. 25

La deuxième innovation est de portée plus générale encore. L’étude de la traduc-


tion, en tant qu’analyse non seulement de procédés linguistiques mais aussi de
processus cognitifs, s’est établie comme discipline universitaire à part entière, à
laquelle on a donné, en français, le nom de traductologie. Le néologisme doit son
existence à deux chercheurs qui l’ont introduit, indépendamment l’un de l’autre, en
1972 : le Canadien Brian Harris et le Français Jean-René Ladmiral (cf. Harris 2011,

16s.). D’autres tentatives pour désigner la nouvelle branche de la recherche – telles


que traductiologie ou translatique – n’ont pas eu de succès (Harris 2011, 16), et aucune
des langues romanes n’a fini par prendre comme modèle le terme anglais translatolo-
gy ; elles se sont toutes ralliées à la forme française. Le besoin de disposer d’un mot

pour cette spécialité ne s’est pas seulement imposé dans les langues qui assurent la
communication scientifique à un niveau international (it. traduttologia, esp. traducto-
logía), mais également dans les milieux de locuteurs de langues minoritaires (cf. par
ex. frioulan tradutologjie). Le terme se prête facilement à la dérivation (fr. traductolo-  

gique, it. traduttologico, etc.) de même qu’à la confixation (traductosophie, traducto-


thérapie, mots créés par Jean-René Ladmiral).

5 Conclusion et perspective
En guise de résumé, on peut observer que le profil sémantique de traduire / traduction
et de ses correspondants dans les autres langues romanes s’est notablement rétréci au
cours des siècles, excluant d’une part les gloses ou les versions interlinéaires, d’autre
part les adaptations et les imitations etc. (cf. Albrecht 1973, 50 ; Schreiber 1993 ; 1999).
   

Mais en même temps, force est de constater, surtout dans le contexte du cultural turn,
que le sens du terme s’est métaphorisé et appliqué à des situations interculturelles où
il n’est même pas question de textes (au sens traditionnel de ce mot qui, lui, est
également devenu victime d’une métaphorisation).

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Jörn Albrecht
2 Réflexions sur la traduction dans les pays
latins de Leonardo Bruni (1420) à José
Ortega y Gasset (1937)
Un aperçu de la préhistoire de la traductologie romane

Abstract : Bien avant la naissance d’une traductologie proprement dite, quelques


   

philosophes, philologues et écrivains se sont penchés sur les problèmes théoriques de


la traduction. Il va sans dire que les réflexions de ces traductologues avant la lettre
n’ont pas été sans influence sur la traductologie moderne. Le chapitre qu’on va lire
présentera, dans l’ordre chronologique, quelques auteurs qui ont particulièrement
marqué les idées sur la traduction dans les pays latins : Leonardo Bruni, Juan Luis

Vives, Étienne Dolet, Joachim Du Bellay, Nicolas Perrot d’Ablancourt, Pierre-Daniel


Huet, Mme de Staël, Giacomo Leopardi, Benedetto Croce et José Ortega y Gasset.

Keywords : Histoire de la traduction, terminologie de la traduction dans les pays


   

latins, les « belles infidèles » et ses adversaires


   

0 Remarques préliminaires
Si le présent « manuel » de traductologie vise fondamentalement à rendre compte de
   

l’état actuel de l’art dans les pays de langues romanes, il ne saurait cependant se
dispenser totalement d’un coup d’œil rétrospectif, ne serait-ce qu’en raison des traces
laissées par une tradition séculaire de réflexion traductologique jusque dans les
travaux les plus récents. Il ne s’agit certes pas de retracer ici en détail l’histoire des
théories de la traduction dans la Romania, mais plus simplement de présenter
quelques « échantillons » de traités qui ont particulièrement influencé les théories et
   

pratiques de la traduction postérieures. On ne tentera pas davantage de délimiter


rigoureusement le monde « latin » et le monde « roman », les auteurs antiques restant
       

constamment présents et de nombreux traités de traductologie ayant été rédigés en


latin jusqu’au début de l’époque moderne.

1 Moyen Âge, Renaissance et Humanisme


Chez les auteurs du Moyen Âge, les réflexions traductologiques se trouvent presque
exclusivement dans les avant-propos de traductions authentiques ou d’ouvrages se
présentant comme tels. On y trouve évoqués à la manière des lieux communs toujours
Réflexions sur la traduction dans les pays latins 29

les mêmes points : le but et la finalité de la traduction ainsi que le public visé (ce

qu’en termes modernes on appellerait le skopos de la traduction) ; la peine que s’est


   

donnée le traducteur (ou la traductrice, car il y en eut quelques-unes dès le Moyen


Âge) et l’assurance d’avoir fidèlement (scrupuleusement) rendu le contenu : « M’en    

irai outre par la letre / Sans riens oster et sans riens metre » est-il ainsi indiqué dans le

prologue d’une chronique de la Vie de Philippe Auguste. Il convient toutefois de


préciser que cette promesse de n’avoir rien retranché ni rien ajouté, qui réapparaît
sans cesse comme un stéréotype, a d’abord une fonction littéraire, en ce qu’elle sert à
garantir l’authenticité du texte, qui était dans les conceptions littéraires du Moyen
Âge d’une importance capitale.
Chez Dante aussi les réflexions traductologiques apparaissent dans un contexte
littéraire. Dans le Convivio (Le Banquet), son traité de littérature resté inachevé,
Dante, envisageant la question des rapports entre le latin et la langue vulgaire
(volgare), postule et proclame (que chacun sache) pour l’œuvre littéraire l’unité
indissociable de la forme et du contenu, dont le corollaire le plus important est
l’intraduisibilité :

« E però sappia ciascuno che nulla cosa per legame musaico armonizzata [aucune chose harmo-

nisée par le lien des Muses] si può de la sua loquela in altra transmutare sanza rompere tutta la
sua dolcezza e armonia » (Convivio I, 7).

1.1 Leonardo Bruni (Aretino), De interpretatione recta (1420)

Dans ce traité, lui aussi resté inachevé, du célèbre humaniste toscan la traduction
n’est plus envisagée en rapport avec d’autres questions mais pour elle-même. La
définition de la traduction donnée au début n’est guère originale et rappelle quelque
peu la fameuse réponse du Bachelierus à une question de l’examinateur dans le
troisième intermède du Malade imaginaire :  

« Dico igitur omnem interpretationis vim in eo consistere, ut, quod in altera lingua scriptum sit,

in altera recte traducatur » (Bruni 1928, 11420, 83).


‘J’affirme donc que l’essence de toute traduction consiste en ceci, que tout ce qui est écrit dans
une langue soit traduit correctement dans une autre’.

Immédiatement après on trouve une idée un peu plus originale, selon laquelle il ne
suffit pas de parfaitement connaître la langue source et la langue cible, mais qu’il est
également indispensable de savoir parfaitement s’exprimer dans cette dernière. Il y a
de parfaits connaisseurs de la peinture, est-il noté, qui sont incapables de peindre. Le
plus remarquable dans le traité de Bruni est cependant sa terminologie. Dès la
définition qui ouvre le traité apparaît le verbe traducere, qui n’est attesté en latin
classique que dans le sens concret de ‘faire passer [une embarcation…] d’une rive à
l’autre’ (plus de précisions sous ↗1 Traduire, traduction, traducteur, traductologie,

interprétation, interprète etc. Un aperçu historique de la terminologie en usage dans


30 Jörn Albrecht

les langues romanes), et non dans celui de ‘traduire’. Certains auteurs ont défendu
l’idée que Bruni aurait délibérément recouru à ce néologisme sémantique pour mettre
en valeur une conception nouvelle de la traduction. On peut leur opposer ne serait-ce
déjà que le titre de son écrit, où il emploie le terme habituel d’interpretatio. Le latin
classique connaissait de nombreuses expressions pour ‘traduire’. On en trouve toute
une série dans le traité de Bruni, par ex. interpretari, reddere (‘rendre’) ou convertere,
sans oublier transferre, verbe, dont le participe translatum a fourni la base de la
terminologie romane au Moyen Âge, laquelle subsiste aujourd’hui encore en anglais :  

translater, translation, translateur ; traslatare, traslazione, traslatore etc. Bruni em-


ploie les mots latins sans opérer de distinguo ; comme auteur formé à la rhétorique, il
sacrifie au principe du variatio delectat. La généralisation de la nouvelle terminologie
à pratiquement l’Europe entière n’intervient que plus tard. (cf. infra 1.3).

1.2 Juan Luis Vives, Versiones seu interpretationes (1532)

L’humaniste valencien, qui a longtemps vécu dans les Flandres et y est mort, a ajouté
à la fin de son ouvrage de rhétorique De ratione dicendi un bref chapitre consacré à la
théorie de la traduction. Il n’y avait là rien d’inhabituel, car la traduction avait
parfaitement sa place dans le système de la rhétorique. Lui aussi utilise déjà le terme
de traductio. C’est de la tradition rhétorique que vient le lien qu’il établit entre
stratégie de traduction et typologie des textes, lien qui joue aussi un grand rôle dans
la traductologie contemporaine :  

« Versio est a lingua in linguam verborum traductio sensu servato ; harum in quibusdam solus
   

spectatur sensus, in aliis sola phrasis, et dictio […] Tertium genus est, ubi et res et verba
ponderantur, scilicet, ubi vires et gratiam sensis adferunt verba, eaque vel singula, vel coniuncta,
vel ipsa universa oratione … » (Vives 1993, 11532, 232s.).

‘La traduction est la conversion des formulations d’une langue vers une autre avec conservation
du sens. Pour certaines d’entre elles, seul le sens est pris en compte, pour d’autres, c’est la seule
formulation […] Il existe un troisième type de traduction, où l’on considère aussi bien les idées
que les paroles, c’est-à-dire où les mots et les idées confèrent force et grâce soit à une expression
singulière, soit à la phrase, soit à l’œuvre toute entière’.

Aux différents types de texte correspondent différentes stratégies de traduction. Ainsi,


dans le cas de textes où seul le sens (contenu) importe, il est jugé licite de laisser à
l’occasion tomber un mot ou d’en ajouter un lorsque cela permet une meilleure
compréhension du texte. De même n’est-il pas recommandé de reprendre telles
quelles les tropes et les figures, notamment lorsqu’il s’agit d’expressions idiomatiques
propres à une langue : « nec sunt figurae et schemata linguae unius in alteram
   

exprimenda, multo minus quae sunt ex idiomate » (ibid.). Ce qui ne vaut évidemment

pas pour les textes où c’est la forme langagière qui importe avant tout. Les noms
propres, est-il précisé, ne doivent pas être traduits : ainsi ne faut-il pas rendre Platon

Réflexions sur la traduction dans les pays latins 31

par « le large » (πλατύϛ) ni Aristote par « le meilleur but » (ἂριστος+ τέλος). Puis est
       

exprimée une idée qui réapparaît toujours, à l’occasion, dans l’histoire de la traducto-
logie (cf. infra 2.2) et selon laquelle il est préférable, pour les passages « obscurs », de
     

s’en tenir à un mot à mot strict plutôt que de chercher à les « élucider » :      

« sunt versiones quaedam sensorum, in quibus exactissime sunt consideranda etiam verba, ut ea

interim, fieri si possit, ad numeres, velut in locis difficillimis, et ad intelligendum perobscuris … »  

(ibid., 234)

Le traducteur est par ailleurs réputé avoir besoin non seulement de connaissances
linguistiques mais aussi et surtout de connaissances dans la matière traitée, les
erreurs de traduction relevant pour partie de la langue et pour partie des choses :  

« fiunt vero falsae interpretationes vel linguarum ignorantia, vel materiae, qua de

agitur … » (ibid., cf. également Coseriu 1971).


1.3 Étienne Dolet, De la manière de bien traduire d’une langue en


aultre (1540)

Né à Orléans, l’humaniste français, sur les origines duquel on ne sait rien de certain
(ce qui a nourri bien des légendes sur son ascendance), a eu lors de ses études à
Padoue des contacts avec des cercles résolument « libres penseurs ». Cette expérience
   

allait lui être fatale, puisqu’il fut étranglé et brûlé avec ses écrits en place publique à
Paris le jour de son trente-septième anniversaire pour hérésie et profession d’athé-
isme. Beaucoup d’historiens de la traduction pensent que c’est la « mauvaise » traduc-    

tion (car niant l’immortalité de l’âme) d’un passage célèbre du pseudo-dialogue


platonicien Axiochos qui fut la cause de sa condamnation. Même si les raisons de son
exécution ont sans doute été plus générales (ses convictions l’avaient déjà conduit en
prison auparavant), celle invoquée par les historiographes sied bien à un théoricien
de la traduction. Le traité de Dolet se compose de cinq règles qui tiennent sur trois
pages de texte imprimé. Comme chez Vives, il était à l’origine conçu comme une partie
d’un ouvrage plus largement consacré à la rhétorique. Dolet y expose les idées des
humanistes défenseurs des langues vernaculaires de façon plus systématique et plus
objective que Luther dans sa Lettre ouverte sur l’art de traduire (Sendbrief vom
Dolmetschen), écrite à la même époque. Le traducteur doit selon lui : 1. parfaitement  

comprendre « le sens et la matière de l’autheur qu’il traduict » ; 2. maîtriser parfaite-


     

ment les deux langues de travail ; 3. refuser la méthode du mot-à-mot et veiller à ne


pas laisser transparaître dans le texte cible les particularités de la langue source ; 4.  

éviter les néologismes et les emprunts pour s’en tenir au contraire à « l’usaige  

commun » de la langue cible tout en s’efforçant 5. de conserver les « nombres oratoi-


     

res » du texte source.


Il est possible que Dolet ait eu connaissance, durant son séjour à Padoue, de
l’écrit de Bruni évoqué plus haut. Il fait un usage cohérent des termes nouveaux,
32 Jörn Albrecht

traduire, traduction et traducteur, et passe en France non seulement pour le père de la


traductologie française, mais aussi pour le créateur de la terminologie moderne – un
peu à tort, celle-ci étant un peu plus ancienne, puisqu’on la trouve entre autres
également chez Clément Marot et Robert Estienne (cf. Briamonte 1982 ; Horguelin
1981, 56s. ; Ballard 1995, 105–118 ; Vermeer 2000, 242–245).

1.4 Joachim Du Bellay, Deffence et illustration de la langue


francoyse (1549)
De Quintilien jusqu’au XVIIIe siècle inclus, la traduction a toujours joué un rôle
important aux yeux des rhétoriciens et des adeptes du beau langage. La version, ou
traduction dans sa propre langue, passait pour l’un des moyens les plus importants
d’éducation à l’expression et d’enrichissement de sa propre langue. Dans le plus
célèbre des traités de langue, la Défense et illustration de la langue française, dont des
pans entiers ne sont qu’une traduction littérale (inavouée) du Dialogo delle lingue de
Sperone Speroni (1535), dans lequel lingua toscana a été systématiquement remplacé
par langue francoise, Du Bellay revient sur cette idée reçue pour la contester. Dans le
chap. V, Que les Traductions ne sont suffisantes pour donner perfection à la Langue
Francoyse, il assure que celui qui veut enrichir sa propre langue et sa propre culture
en recourant à l’Antiquité doit commencer par acquérir la culture antique et se
donner la maîtrise des deux langues classiques, la traduction n’y suffisant point à
elle seule :  

« Ie ne croyray iamais qu’on puisse bien apprendre tout cela des Traducteurs, pource qu’il est

impossible de le rendre auecques la mesme grace, dont l’Autheur en a usé : d’autant que chaque

Langue a ie ne scay quoi propre seulement à elle, dont si vous efforcez exprimer le Naïf en une
autre Langue, observant la loy de traduyre, qui est n’espacier point hors les Limites de l’Aucteur,
votre Diction sera contrainte, froide, et de mauvaise grace » (Du Bellay 1892, 11549, chap. V, 64s.).

La libre adaptation de textes classiques peut, pour Du Bellay, avoir plus d’effets que
la traduction au sens strict, la citation reproduite ci-dessus montrant toutefois qu’il
en a une conception extrêmement étroite. Celle-ci ne vaut cependant pas pour les
textes à caractère technique ou scientifique, pour lesquels le travail des fidèles
traducteurs (une réminiscence du fidus interpres d’Horace ; cf. infra 2.2) reste tout à

fait utile :

« Quand aux autres parties de Littérature, et rond de Sciences, que les Grecz ont nommé

Encyclopedie. I’en ay touché au commencement une partie, de ce, que m’en semble : c’est que  

l’industrie des fidèles Traducteurs est en cest endroict fort utile, et necessaire … » (ibid., chap. X,

85s.).

Tout aussi remarquable est le fait que Du Bellay prend position contre la « traduction  

par des voies détournées ou à l’aide d’un intermédiaire » (Ballard 1995, 121) :
   
Réflexions sur la traduction dans les pays latins 33

« Mais que diray-ie d’aucuns, vrayment mieux dignes d’estre appelés Traditeurs [traitres], que

Traducteurs ? […] qui, pour acqerir le nom de scavans, traduysent à credit les Langues, dont

iamais ilz n’on entendu les premiers elementz, comme l’Hébraïque, et la Grecqe … » (ibid., chap.

VI, 67).

Sans doute ces remarques sont-elles dirigées contre Clément Marot, qui avait réalisé
sans savoir l’hébreu une traduction des Psaumes qui eut un certain succès. Sa
connaissance du latin n’étant elle-même pas fameuse, on suppose qu’il a travaillé sur
une version française qu’il a mise en vers. La citation montre au passage que l’adage
italien traduttore traditore doit être bien plus ancien que certains ne le pensent (cf.
Norton 1974 ; Ballard 1995, 119–122).

2 Les belles infidèles et leurs détracteurs


Par « belles infidèles » on entend une série de traductions très orientées vers le texte
   

cible et qui, pour cette raison, subordonnaient l’idéal de « fidélité » à une formulation
   

en langue cible aussi élégante que possible et répondant aux attentes du public des
lecteurs. L’expression remonte à une boutade du grammairien Gilles Ménage, qui
avait déclaré que telle traduction de son ami Perrot d’Ablancourt lui rappelait une
femme qu’il avait aimée « et qui était belle mais infidèle ». La conception traductolo-
   

gique des belles infidèles a son origine en France, mais elle a rapidement essaimé dans
toute l’Europe. On peut considérer que son précurseur est Jacques Amyot (1513–1593),
dont la traduction des biographies comparées de Plutarque, Vies parallèles, a fourni
le modèle. Les représentants de ce courant n’ont, contrairement à leurs détracteurs,
pas laissé de traités théoriques de traduction. Ils exposaient leurs convictions en la
matière dans les préfaces et les postfaces de leurs traductions. Après une première
heure de gloire au XVIIe siècle, ce courant traductologique connut une éclipse de
plusieurs décennies avant de revenir sur le devant de la scène au XVIIIe siècle (cf.
Zuber 1995, 11968 ; Ballard 1995, chap. IV ; Balliu 2002, chap. IV).

2.1 Nicolas Perrot d’Ablancourt (1606–1664), Préfaces et notes


(1637–1654)

Perrot d’Ablancourt, membre de la petite noblesse de Champagne, passe pour être le


chef de file de ce courant de traduction que l’on désigne universellement par l’expres-
sion métonymique les belles infidèles. Contrairement à certains de ses disciples, il
avait une solide formation historique et philologique. Il aurait eu la compétence, si
telle avait été son intention, de produire des « laides fidèles », comme cela avait été
   

très largement le cas dans la génération précédente. Sa familiarité avec la tradition


philologique rigoureuse se manifeste à travers les notes de marges et de bas de pages,
34 Jörn Albrecht

dans lesquelles il fait état des « libertés » qu’il prend avec l’original et les commente.
   

Dans la préface de sa traduction des Annales de Tacite, il exprime une idée dont on
trouvera de multiples variantes dans des écrits postérieurs, à savoir que c’est juste-
ment grâce aux écarts dans le détail que l’on peut le mieux rester « fidèle » à    

l’ensemble :  

« … il faut à tous coups changer d’air et de visage, si l’on ne veut faire un corps monstrueux […] Il

faut donc prendre garde qu’on ne fasse perdre la grâce à son Auteur par trop de scrupule, et que
de peur de luy manquer de foy en quelque chose, on ne luy soit infidèle en tout » (cit. d’après

Balliu 2002, 94).

À la suite de quoi il fait une distinction qui paraît très moderne : la distinction entre

une traduction « lisible » destinée à un public large et la traduction « scolaire » à


       

finalité didactique. Constamment il faut, selon lui, garder à l’esprit que

« … on fait un travail qui doit tenir lieu de l’original, et qu’on ne travaille pas pour faire entendre

aux jeunes gens Le Grec ou le Latin » (ibid., 96).


C’est dans une lettre à Valentin Conrart, le premier secrétaire de l’Académie française,
que Perrot d’Ablancourt expose de la façon la plus détaillée sa méthode de traduction.
Cette lettre a été publiée en préface de sa traduction des œuvres de Lucien (Lucien de
Samosata). Il y justifie les altérations parfois importantes qu’il fait subir au texte
source :  

« Comme la plupart des choses qui sont ici ne sont que des gentillesses et des railleries, qui sont

diverses dans toutes les langues, on n’en pouvait faire de traduction régulière […] L’auteur
allègue à tous propos des vers d’Homère qui seraient maintenant des pédanteries, sans parler de
vieilles fables trop rebattues, de proverbes, d’exemples et de comparaisons surannées qui
feraient à présent un effet tout contraire à son dessein […] Je ne m’attache donc pas toujours aux
paroles ni aux pensées de cet auteur ; et, demeurant dans son but, j’agence les choses à notre air

et à notre façon. Les divers temps veulent non-seulement des paroles, mais des pensées différen-
tes ; et les ambassadeurs ont coutume de s’habiller à la mode du pays où on les envoie, de peur

d’être ridicules à ceux à qui ils tâchent de plaire » (cité d’après Horguelin 1981, 94).

Une lecture rapide suffit pour se rendre compte que ce que fait Perrot d’Ablancourt
n’est pas si inhabituel. Simplement, la traduction « philologiquement correcte »
   

s’étant imposée au moins dans les étages supérieurs des institutions culturelles, nous
n’appellerions plus cette façon de faire traduction mais adaptation. Perrot lui-même
assure dans la suite du passage restitué ci-dessus que ce n’est pas là « proprement de  

la traduction », mais que dès l’Antiquité on a traduit ainsi. Le commentaire ironique


d’un historien de la traduction montre a contrario à quel point la traduction « philolo-  

giquement exacte » s’est imposée vers la fin du XIXe siècle jusqu’en France, le pays

d’origine des belles infidèles. Il y est écrit à propos des pratiques traductologiques des
siècles passés :  
Réflexions sur la traduction dans les pays latins 35

« S’il [le traducteur] part ‹du› principe que son unique […] devoir est de rendre accessible à la

masse ce qui n’était accessible qu’au petit nombre, il se condamne inévitablement à mettre le
plaisir des lecteurs au dessus de tous les autres.
On devra donc […] supprimer pour le lecteur la fatigue et l’effort. On coupera, aussi souvent que
la chose paraîtra nécessaire, tout ce qui sera de nature, soit à choquer ses idées, soit à contrarier
ses sentiments, soit à étonner ses habitudes sociales et sa manière de vivre.
On évitera, en un mot, de le dépayser. En toute occasion on se souviendra qu’il habite Paris, non
Rome ni Athènes ; qu’il est né fidèle sujet du roi très chrétien, non citoyen d’une République

aristocratique et païenne … » (Bellanger 1892, 251).


2.2 Pierre-Daniel Huet, De optimo genere interpretandi (1683,


11661)

Pierre-Daniel Huet (1630–1721), que le critique littéraire Sainte-Beuve considérait


comme « la plume la plus savante de l’Europe, l’homme de la plus vaste lecture qui fut

jamais » (cf. DeLater 2002, 5), était précepteur du Dauphin et un temps évêque d’Avran-

ches dans sa Normandie natale. Il n’est aujourd’hui connu d’un public plus large que
celui des spécialistes que par son étude De l’origine des romans (1678), placée comme
une sorte d’introduction en tête des Œuvres complètes de Mme de Lafayette. Seuls les
historiens de la traduction connaissent son ouvrage De optimo genere interpretandi,
écrit, selon une longue tradition, sous la forme d’un dialogue. Il s’y présente comme
partisan de la traduction « savante » et détracteur résolu des belles infidèles :
     

« … aliud est enim, ut acute distinguis, ornate scribere, aliud accurate interpretari » (I, 5s. ; cité
   

d’après DeLater 2002, 138).


‘… c’est en effet, comme tu le distingues d’une façon perspicace, une chose que d’écrire d’une
façon ornée, et une autre que de traduire avec soin…’.

Huet discute trois textes antiques invoqués jusque dans un passé très récent par les
défenseurs de la traduction « libre » pour justifier leur position (cf. Albrecht 2010,
   

487s.) : le De optimo genere oratorum de Cicéron (qui d’après des recherches récentes

n’est d’ailleurs peut-être pas de lui), un extrait de l’Epistula ad Pisones d’Horace, plus
connu sous le nom d’Ars poetica (postérieur à 20 av. J.-C.) et un passage de la Lettre à
Pammachius (396 ap. J.-C.) de Saint Jérôme, dans laquelle ce dernier invoque les deux
textes précédents pour justifier sa méthode de traduction, que ses adversaires ont jugé
« trop libre ». Huet montre que Saint Jérôme avait besoin de répondants pour se
     

justifier, ce qui l’a conduit à citer les vers d’Horace en les sortant de leur contexte :  

« Quum igitur de interpretandi ratione dissereret apud Pammachium, ad animum continuo


succurrit Horatianus ille versus, qui a superioribus disjunctus in Hieronymi sententiam facile
detorquetor » (cité d’après DeLater 2002, 162).

‘C’est pourquoi, quand il exposait une méthode de traduction à Pammachius, il lui vint tout de
suite à l’esprit ce vers d’Horace, qui, isolé des vers précédents, se prêtait facilement à une
interprétation dans le sens de Jérôme’.
36 Jörn Albrecht

Quelque temps avant Huet, déjà, Paul Pelisson, qui était plutôt un partisan des belles
infidèles, avait pressenti que le sens des vers :  

« Nec verbum verbo curabis reddere fidus / interpres » (v. 133s.).


     

‘Et tu feras mieux de ne pas tout rendre mot pour mot, comme un fidèle traducteur’.

certes syntaxiquement ambigus mais parfaitement univoques à la lumière du contexte,


avait peut-être été faussé, fût-ce dans une louable intention, et qu’il fallait comprendre
non pas « Tu ne rendras pas tout mot pour mot comme un fidèle traducteur », mais
   

« Comme un fidèle traducteur, tu ne rendras pas tout mot pour mot ».


   

« Cette erreur est venue peut-être de quelques excellents hommes de notre temps qui […] mirent

ces vers au devant de leur traduction, non par erreur, à mon avis, mais à dessein, détournant un
peu (comme il est quelquefois permis) ce passage de sa signification naturelle » (cité d’après

Zuber 21995, 143).

Huet est en revanche bien plus rigoureux. Il montre que dans le passage sans cesse
cité de De optimo genere interpretandi, Cicéron n’a nullement érigé la traduction
« libre » en principe, mais qu’il s’est simplement justifié d’avoir dans un cas particu-
   

lier et à des fins particulières procédé non comme un traducteur (ut interpres) mais
comme un orateur (ut orator) (cf. DeLater 2002, 156). Quant aux vers d’Horace, Huet
pense qu’après Saint Jérôme ils ont été l’objet d’un total malentendu de la part de la
plupart des auteurs. Si Horace recommande au jeune poète de traiter des sujets
connus en toute liberté et non de façon servile « à la manière d’un traducteur », il
   

s’ensuit que le traducteur était à ses yeux tenu à la « fidélité » :


     

« Cujus loci [les vers d’Horace] ea mens est, in materiam ab aliis jam occupatam, & publici juris,

non ita esse involandum, ut verbum pro verbo reddatur, quasi fidi interpretis officium exequatur
poeta ; […]. Illud ergo, ex Horatii sententia, fidi interpretis munus est, verbum verbo diligenter

referre » (cf. DeLater 2002, 156).


Dans son étude « Un curioso error en la historia de la traducción », Valentín García


   

Yebra montre entre autres que les philologues espagnols étaient arrivés à la même
conclusion bien avant Huet. Autour de 1603, Gregorio Morillo commente ainsi le
fameux passage d’Horace :  

« Algunos romancistas dicen que Horacio dio más anchura a este camino [de la traducción], y

que el intérprete no está obligado palabra por palabra, tomando aquel verso del arte poética […]
Y engáñanse, que antes Horacio estrecha más esta ley, y aquel verso trae dependencia desde
arriba, Publica materies privati iuris, etc., donde dice que el que de un argumento de historia muy
sabida y común, que otro haya escrito, quisiese escribir y hacer suyo el trabajo, que no lo
traduzca palabra por palabra (como debiera hacer un fiel intérpete) … » (Gregorio Morillo, vers

1603, cité d’après García Yebra 1994, 63 ; cf. Albrecht 2010, 496).

Réflexions sur la traduction dans les pays latins 37

Sous l’angle de la théorie de la traduction, il y a dans l’ouvrage de Huet un autre


aspect au moins aussi important que sa discussion des auteurs antiques : il s’agit de  

ses conseils quant à la façon de traiter, en tant que traducteur, les passages « obs-  

curs » ou plurivoques de l’original. Alors que la majorité de ses contemporains


considère que le traducteur doit rendre ces passages clairs et univoques, Causabon, le
porte-parole de Huet dans le dialogue, défend le point de vue exactement opposé :  

« C ASAUBON : Verbum ambigue dictum est, & et duplicem admittit explicationem, cur in alteram
   

illud trahis, vacuam alteram relinquis ? Cur sententiae partem lectori largiris, hunc altera defrau-

das ; tuamque secutus opinionem, nullum conjecturae aut privati judicii locum huic relinquis ?
   

Certe res in medio posita ut erat, ita debuit consistere, & verbum anceps ancipiti verbo reddi,
ipsaque sententiae ambiguitas representari » (cité d’après DeLater 2002, 146).

‘[Supposons qu’] un mot soit utilisé de façon équivoque et puisse être compris de deux façons.
Pourquoi l’orientes-tu dans une direction en ignorant l’autre comme vide (fausse) ? Pourquoi  

gratifies-tu le lecteur d’une partie de la proposition et le prives-tu de l’autre ? Et lui refuses-tu,


après qu’il a suivi ton point de vue, l’occasion de formuler ses propres hypothèses et de se faire sa
propre opinion ? Assurément, ce qui est laissé en suspens [par l’auteur] doit être laissé tel quel

[par le traducteur] ; un mot équivoque doit être rendu par un mot équivoque et l’équivocité de la

proposition doit être semblablement exprimée’.

Tout traducteur expérimenté sait qu’il est bien plus aisé de réduire les ambiguïtés du
texte source que de les conserver.

3 Du romanticisme à l’historicisme : la naissance de  

la traduction « philologiquement exacte »


   

Vers la fin du XVIIIe siècle apparaît un courant opposé aux belles infidèles. Il a son
origine en Allemagne : « La théorie allemande de la traduction se construit consciem-
   

ment contre les traductions ‹ à la française › », note Antoine Berman (1984, 62), peut-
     

être de façon quelque peu excessive.

3.1 Germaine Necker, dite Mme de Staël, De l’esprit des traductions


(1821, 11816)
C’est Mme de Staël, la géniale vulgarisatrice des idées philosophiques et scientifiques
de son temps principalement connue pour son ouvrage De l’Allemagne, qui a attiré
l’attention de l’Europe sur le mouvement allemand de réaction à la méthode de
traduction dominante consistant à acclimater le texte source au public cible et à
l’« embellir » au besoin. Dans un écrit publié d’abord, pour des raisons de relations
   

personnelles, en traduction italienne dans la Biblioteca Italiana et plus tard seulement


dans sa version originale dans ses Œuvres complètes, elle évoque l’époque où le latin
38 Jörn Albrecht

était la langue littéraire de l’Europe, époque où les traductions n’avaient peu ou prou
pas lieu d’être. Suivant une tradition qui remonte à Dante, elle affirme que la véritable
poésie ne peut naître que dans la langue maternelle, qu’il s’ensuit donc que seul le
recours à des traductions permet de faire la connaissance de la production littéraire
authentique et vivante d’autres peuples. La traduction est à ses yeux un moyen
incontournable pour accéder à des mondes étrangers et enrichir sa propre langue.
Mais pour atteindre cet objectif, la méthode française de traduction lui semble
totalement inadéquate :  

« Mais, pour tirer de ce travail [i.e. de la traduction] un véritable avantage, il ne faut pas, comme

les Français, donner sa propre couleur à tout ce qu’on traduit ; quand même on devrait par là

changer en or tout ce que l’on touche, il n’en résulterait pas moins que l’on ne pourrait pas s’en
nourrir ; on n’y trouverait pas des aliments nouveaux pour sa pensée, et l’on reverrait toujours le

même visage avec des parures à peine différentes » (cité d’après D’hulst 1990, 87).

Au cours du siècle de nombreux traducteurs français ont, eux aussi, pris leur distance
par rapport à cette pratique. À commencer par Chateaubriand, qui s’excuse dans la
préface à sa traduction de Paradise Lost (1836) de Milton d’avoir commis une entorse
à la syntaxe d’un verbe français pour rester plus près de l’image employée par
l’auteur. La traduction de Shakespeare par François-Victor Hugo (1859–1872) est tout
sauf une belle infidèle et la traduction de l’Iliade par Leconte de Lisle (1866) ne le cède
en rien, pour ce qui est des « effets de distanciation », à la traduction allemande bien
   

plus ancienne de Johann Hinrich Voss (cf. Albrecht 2012, 742–744 ; 766–770).

3.2 Giacomo Leopardi, Lo « Zibaldone » (1817–1828, publié en


   

1898)
Giacomo Leopardi (1798–1837), peut-être le plus grand poète italien du XIXe siècle, a
durant de longues années consigné les pensées qui accompagnaient son travail d’écri-
ture dans un carnet connu sous le nom de Zibaldone (‘salmigondis, fatras, bric à brac’).
On y trouve dans les passages les plus divers des réflexions sur la traduction qui, même
rassemblées, ne constituent en rien un traité cohérent de traductologie. Leopardi plaide
pour une voie moyenne entre l’acclimatation systématique et la distanciation radicale :  

« La perfezione della traduzione consiste in questo, che l’autore tradotto, non sia, per esempio,

greco in italiano, greco o francese in tedesco, ma tale in italiano o in tedesco, quale è in greco o in
francese » (Zibaldone, 2154).1

1 Les citations sont extraites de l’édition de Flora (= Leopardi 1953) ; les numéros de page renvoient à

la pagination du manuscrit, indiquée dans toute bonne édition de l’œuvre, ce qui permet la consulta-
tion des citations dans d’autres éditions.
Réflexions sur la traduction dans les pays latins 39

Cela paraît convaincant mais n’est pas si facile à illustrer d’exemples. À un autre
endroit se trouve un développement sur la théorie des signes d’allure étonnement
moderne, dans lequel Leopardi se révèle être un herméneuticien de la vieille école
philologique (Zibaldone, 967s.). Certes, la traduction n’est pour lui (comme pour
Schleiermacher et l’herméneutique « philosophique » postérieure) rien d’autre qu’un
   

processus de compréhension et d’interprétation « dans des conditions plus diffici-


les », mais à l’instar de l’herméneutique classique issue de la rhétorique, Leopardi


s’appuie sur les seules relations « objectives » entre signes et non sur la relation
   

« subjective » entre les signes et l’interprétant. Le problème de la traduction est alors


   

– bien plus que dans d’autres théories – renvoyé un peu « naïvement » au niveau de    

chacune des langues en jeu. Les Français se contentent de traduire comme le leur
prescrit leur langue :  

« Ora la facoltà di adattarsi alle forme straniere essendo tenuissima e minima nella lingua

francese, pochissimo si può stendere la facoltà di sentire e gustare le lingue straniere, in coloro
che adoperano la francese » (Zibaldone, 964).

Ce qui explique qu’ils n’aient pas de « vraies » traductions mais seulement des
   

restitutions en langue cible des contenus de langue source :  

« I francesi […] non hanno traduzione veruna, ma quasi relazioni del contenuto nelle opere

straniere ; ovvero originali composte de’ pensieri altrui » (Zibaldone, 320).


   

Leopardi était, comme beaucoup d’Italiens de son temps (il suffit de penser à Alfieri),
relativement francophobe, mais il savait le français et connaissait la littérature fran-
çaise. Ses déclarations accablantes sur l’Allemagne, en revanche, ne se nourrissent
d’aucune connaissance concrète, elles ne sont interprétables que comme réaction à la
description positive qu’a faite Mme de Staël des travaux de traduction allemands. La
« vraie » traduction se tient selon lui à égale distance de l’« acclimatation » à la
       

française et de la « distanciation » à l’allemande :


     

« … l’esatezza non importa la fedeltà ec. Ed un’altra lingua perde il suo carattere e muore nella

vostra, quando la vostra nel riceverla, perde il carattere proprio … » (Zibaldone, 1949).

La langue allemande était pour Leopardi comme une pâte informe susceptible
d’épouser les formes des autres langues, caractéristique qui ne méritait aucune
considération :  

« … le traduzioni di quel genere che i tedeschi vantano, meritano poca lode. Esse dimostrano,

che la lingua tedesca, come una cera o una pasta informe e tenera, è disposta a ricevere tutte le
figure e tutte le impronte che se le vogliono dare. Applicate le forme di una lingua straniera
qualunque, e di un autore qualunque. La lingua tedesca le riceve, e la traduzione è fatta »  

(Zibaldone, 2856s.).
40 Jörn Albrecht

Le « juste milieu » ne pouvait être atteint – comment en douter ? – que par l’italien :
       

« … il pregio della lingua italiana consiste in ciò che la sua indole, senza perdersi, si può adattare

a ogni sorta di stili. Il qual pregio non ha il tedesco, che ha la stessa adattabilità e forse maggiore,
non però conservando il suo proprio carattere » (Zibaldone, 1947).

Si l’on fait abstraction du recours, typique de l’époque, aux stéréotypes nationaux


dans l’argumentation de Leopardi, celle-ci peut être résumée par une « bonne vieille »    

maxime allemande souvent moquée par les « translatologues » d’aujourd’hui pour


   

son robuste bon sens : « so treu wie möglich, so frei wie nötig » (fidèle autant que
     

possible, libre autant que nécessaire).

4 Benedetto Croce, Estetica (1902) ou La négation de


la possibilité de la traduction dérivée de
l’idéalisme
L’ouvrage, dans lequel le philosophe italien Benedetto Croce ne s’exprime que de façon
très concise sur la traduction et dont le titre complet est Estetica come scienza dell’es-
pressione e linguistica generale, n’a suscité en dehors de ses disciples le plus souvent
que des haussements d’épaule. Il faut s’être enfoncé loin dans sa « philosophie de  

l’esprit » pour parvenir à comprendre que le langage et l’art n’étaient pour lui qu’une

manifestation unitaire de la forme de l’esprit immanent au monde dans sa phase


théorique et que l’esthétique et la linguistique générale ne constituent de ce fait qu’une
seule et même discipline (cf. De Mauro 1954). On ne peut ici que tenter de restituer dans
son ensemble l’argumentation de Croce contre la possibilité de la traduction.
Tout énoncé, toute expression artistique ou langagière est individuelle au sens le
plus strict et ne peut par conséquent faire l’objet d’aucune classification générale ni
d’aucune reproduction. (Exprimé dans les termes du linguaggio delle scuole, du
langage de l’école, il s’agit d’une espèce (specie) qui ne peut fonctionner comme genre
(genere), ajoute-t-il avec mépris, commettant ainsi une bévue au plan logique : si  

l’espèce constitue assurément le niveau inférieur de la hiérarchie des catégories


logiques traditionnelles, elle n’a pas le statut d’individu mais celui de classe d’indivi-
dus). Il s’ensuit l’impossibilité de toute traduction. La forme et le fond d’un énoncé
constituent une unité indissociable, il est impossible d’en détacher un « contenu » et    

de laisser à une autre forme le soin de l’exprimer :  

« Un corollario di ciò [du fait que chaque expression est quelque chose d’individuel] è l’impossibi-

lità delle traduzioni, in quanto abbiano la pretesa di effettuare il travasamento di un espressione in


un’altra, come di un liquido da un vaso in un altro di diversa forma. Noi possiamo elaborare
logicamente ciò che prima abbiamo elaborato solo in forma estetica : ma non possiamo, ciò che ha

avuto già la sua forma estetica, ridurre ad altra forma, anche estetica » (Croce 1902, 71).

Réflexions sur la traduction dans les pays latins 41

Cela étant, il existe des ressemblances entre divers énoncés, lesquelles ne se laissent
pas saisir avec les moyens de la logique traditionnelle, mais (comme plus tard chez
Wittgenstein) seulement par la perception intuitive d’un « air de famille » (aria di
   

famiglia). Ce sont des ressemblances de ce type qui ouvre à la traduction une


« possibilité relative » (possibilità relativa) :
     

« E in questa somiglianza é la possibilità relativa delle traduzioni : non quanto riproduzione (che
   

sarebbe vano tentare) della medesima espressione originale, ma in quanto produzione di un’es-
pressione somigliante, più o meno prossima ad essa. La traduzione buona è approssimazione, che
ha valore originale e può star da sé » (Croce 1902, 76).

Il apparaît ici que le type de traduction que Croce répute impossible n’a encore jamais
été tenu pour possible par quiconque a quelques notions de traduction. La traduzione
buona au sens de Croce est exactement ce que l’on entend généralement par « traduc-  

tion ».

5 José Ortega y Gasset, Miseria y esplendor de la


traducción (1937)
Le relativisme culturel dans la théorie de la traduction

L’essai célèbre du philosophe espagnol Ortega y Gasset rappelle par son style informel
un ouvrage d’histoire de la traduction tout aussi célèbre paru peu de temps après :  

Sous l’invocation de Saint Jérôme (1946), du traducteur français Valéry Larbaud.


Ortega coule sa théorie de la traduction dans une conversation mi-réelle mi-fictive
qu’il prétend avoir eue avec quelques savants français du Collège de France. Derrière
le ton léger, teinté d’ironie de la causerie se cachent des vues théoriques profondes
sur la traduction et sur la langue. Traduire est pour Ortega la quintessence même de
toute aspiration humaine, une tentative d’atteindre un but utopique, et ce, non pas
bien que nous le sachions utopique mais justement parce que nous le savons tel. Cela
commence par des choses superficielles. Tout auteur véritable viole, ou mieux trans-
gresse les règles de sa langue. Le traducteur, de tempérament plus timide, n’ose que
rarement le suivre sur ce terrain par peur de la critique :  

« Escribir bien consiste en hacer continuamente pequeñas erosiones a la gramática, al uso


establecido, a la norma vigente de la lengua. […] Ahora bien ; el traductor suele ser un personaje

apocado. Por timidez ha escogido tal ocupación, la mínima. Se encuentra ante el enorme aparato
policíaco que son la gramática y el uso mostrenco. ¿ Qué hará con el texto rebelde ? » (Ortega y
     

Gasset 1951, 434).

Si les herméneuticiens concevaient à la suite de Schleiermacher la traduction comme


une forme de l’interprétation dans des conditions plus difficiles (cf. supra), Ortega fait
42 Jörn Albrecht

un pas de plus en arrière. Pour lui, la simple tentative d’exprimer ses pensées à l’aide
d’une langue relève déjà de l’illusion ; à plus forte raison en est-il ainsi pour la

tentative de traduire les pensées d’un autre :  

« Digamos, pues, que el hombre, cuando se pone a hablar lo hace porque cree que va a poder

decir lo que piensa. Pues bien ; esto es ilusorio. El lenguaje no da para tanto. Dice, poco más o

menos, una parte de lo que pensamos y pone una valla infranqueable a la transfusión del resto »  

(ibid., 441s.).

Les langues ne disent pas tout ce que l’on pourrait dire, car seul le renoncement à tout
dire permet de dire quelque chose. Il s’ensuit une difficulté fondamentale pour la
traduction, la langue cible nous obligeant souvent à dire ce que le texte source tait :  

« … constantemente, al hablar o escribir renunciamos a decir muchas cosas porque la lengua no


nos lo permite. […] Un ser que no fuera capaz de renunciar a decir muchas cosas, sería incapaz de
hablar. Y cada lengua es una ecuación diferente entre manifestaciones y silencios. Cada pueblo
calla unas cosas para poder decir otras. Porque todo sería indecible. De aquí la enorme dificultad
de la traducción : en ella se trata de decir en un idioma precisamente lo que este idioma tiende a

silenciar » (ibid., 443s.).


Ortega a une bonne connaissance de la linguistique contemporaine et se révèle être


un représentant « éclairé » – et non pas radical – d’une conception que l’on appellera
   

plus tard le « relativisme linguistique ».


   

« El indoeuropeo creyó que la más importante diferencia entre las « cosas » era el sexo, y dió a
     

todo objeto, un poco indecentemente, una calificación sexual. […] No sólo hablamos en una
lengua determinada, sino que pensamos deslizándonos intelectualmente por carriles preestable-
cidos a los cuales nos adscribe nuestro destino verbal » (ibid., 1951, 447).

Tout cela mériterait des explications complémentaires qui ne peuvent être fournies
dans le présent cadre. Le relativisme culturel plein d’esprit d’Ortega prête le plus le
flanc à la critique lorsqu’il aborde le modeste niveau des considérations lexicologi-
ques, quand il affirme par exemple que l’esp. bosque et l’all. Wald sont deux réalités
totalement différentes bien que le dictionnaire les donne comme équivalents :  

« Formadas las lenguas en paisajes diferentes y en vista de experencias distintas, es natural su


incongruencia. Es falso, por ejemplo, suponer que el español llama bosque a lo mismo que el
alemán llama Wald, y sin embargo, el diccionario nos dice que significa bosque … » (ibid., 436).

Eh bien non, ce n’est pas ce que dit un bon dictionnaire. Dans un dictionnaire
espagnol-allemand de qualité, l’utilisateur trouvera sous bosque : Wald, Busch, Ge-

hölz, Hain (en français il trouvera : bois, forêt) et comprendra immédiatement, s’il a

appris à utiliser les dictionnaires, qu’il ne doit ni ne peut poser simplement que
bosque égale Wald (ou bois).
Réflexions sur la traduction dans les pays latins 43

6 Bilan
Pour dresser un bilan, il convient de tenir compte de deux aspects : l’histoire de la

théorie de la traduction en général et celle de la forme particulière qu’elle a prise dans


la Romania.

6.1 L’histoire de la théorie de la traduction en général

D’abord une précision terminologique : l’expression « théorie de la traduction » signi-


     

fie dans sa phase pré-scientifique avant tout « réflexion sur la pratique de la traduc-

tion ». Contrairement à ce que prétendent certains auteurs, on ne décèle sur ce point


aucune évolution linéaire qui irait par exemple d’un « mot-à-mot primordial » à une
   

idiomaticité parfaite qui n’attacherait aucune importance à la lettre du texte source.


Le « mot-à-mot primordial » n’a pu exister, à la rigueur, que dans les temps ayant
   

immédiatement suivi l’apparition de l’écriture sous l’effet d’un choc culturel dont
parle encore Platon. Dans l’antiquité romaine, tout était déjà présent : l’interpretatio

ou traduction au sens étroit, l’imitatio ou imitation libre, l’aemulatio ou adaptation


« augmentative ». Laquelle des conceptions possibles de la traduction apparaît dans
   

un pays donné et à un moment donné sur le devant de la scène, cela ne peut pas
s’expliquer mais seulement se constater. Le phénomène relève de la contingence
historique. Les théoriciens de la traduction qui croient que leurs principes résultent de
déductions strictement rationnelles ne se rendent pas compte, souvent, qu’ils ne font
rien d’autre qu’expliciter les représentations qu’ils ont « intériorisées » en vertu de
   

leur appartenance à une culture donnée.

6.2 Les caractéristiques de la théorie et de la pratique de la


traduction dans la Romania

Pour des raisons purement linguistiques, les théoriciens de la traduction des pays de
la Romania sont, au moins jusqu’au début de l’époque moderne, davantage sous
l’emprise de l’héritage latin et des traditions dérivées de la rhétorique romaine que
ceux d’autres espaces culturels. Cela vaut surtout pour la pratique réfléchie de la
traduction au sens étroit (↗32 L’apport des traducteurs à la « relatinisation » des
     

langues romanes). Alors que la traduction joue ailleurs et jusqu’au début de l’époque
moderne un grand rôle comme auxiliaire dans le développement des langues natio-
nales, c’est un autre aspect qui est mis au devant de la scène dans les pays de la
Romania : la traduction comme éducation des capacités d’expression du traducteur.

À partir du XVIIe siècle, la France exerce en quelque sorte le rôle de magister


elegantiarum dans l’espace de la Romania. Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle
qu’émergent en Italie et en Espagne des courants d’opposition. D’importantes et
44 Jörn Albrecht

anciennes contributions espagnoles ont longtemps été ignorées (cf. García Yebra
1994 ; Cartagena 2003). Malgré de nombreux contre-exemples (dont certains ont été
mentionnés plus haut : Chateaubriand, François-Victor Hugo, Leconte de Lisle), la

conception de la traduction « acclimatante » (ou « rapprochante », selon le mot de


       

Meschonnic) est davantage valorisée en France (et dans une moindre mesure dans
d’autres pays de langues romanes) que par exemple dans l’espace linguistique
germanique.

7 Références bibliographiques
7.1 Littérature primaire

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Sansoni, 1965, 111–199.


Leonardo Bruni Aretino (vers 1420), De interpretatione recta, in : Hans Baron (ed.), Leonardo Bruni

Aretino. Humanistisch-philosophische Schriften. Mit einer Chronologie seiner Werke und Briefe.
Leipzig/Berlin, Teubner 1928, 81–96.
Juan Luis Vives (1532), De ratione dicendi, cap. XII : Versiones seu Interpretationes, in : Juan Luis Vives,
   

De ratione dicendi lateinisch/deutsch, Marburg, Hitzeroth 1993, 232–237.


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Étienne Dolet (1540), La manière de bien traduire d’une langue en aultre, ed. Nino Briamonte, in :  

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Paris, Cerf.
Pierre-Daniel Huet, De optimo genere interpretandi 1683 ; 11661, in : DeLater (2002; cf. infra); texte

latin, 137–172.
Germaine Necker, dite Mme de Staël (1821, 11816), De l’esprit des traductions, in : Œuvres complètes

publiées par son fils, tome XVII, Paris, 387–396.


Giacomo Leopardi (1817–1828, publié en 1898), Lo « Zibaldone », in : Tutte le Opere, ed. F. Flora,
       

vol. 3–4, Milano, Mondadori, 1953.


Benedetto Croce (1902), Estetica come scienza dell’espressione e linguistica generale, Milano/Paler-
mo/Napoli, Remo Sandron.
José Ortega y Gasset (1937), Miseria y esplendor de la traducción, in : Obras Completas, tomo V

(1933–1941), segunda edición, Madrid.

7.2 Littérature secondaire

Albrecht, Jörn (2010), Cicéron, Horace, Saint-Jérôme, Pierre-Daniel Huet et la traduction « libre ».
   

Histoire d’un malentendu millénaire, in : Maria Iliescu/Heidi Siller-Runggaldier/Paul Danler


(edd.), Actes du XXVe CILPR Congrès International de Linguistique et de Philologie Romanes,


vol. 1 : Section 3 : Traductologie romane et historique, Berlin/New York, De Gruyter, 487–498.
       

Albrecht, Jörn (2012) (avec la collaboration d’Iris Plack), Métamorphoses du Panthéon littéraire, in :  

Yves Chevrel/Lieven D’hulst/Christine Lombez (edd.), Histoire des traductions en langue fran-
çaise, XIXe siècle, 1815–1914, Grasse, Verdier, 727–809.
Réflexions sur la traduction dans les pays latins 45

Baehr, Rudolf (1981), Rolle und Bild der Übersetzung im Spiegel literarischer Texte des 12. und
13. Jahrhunderts in Frankreich, in : Wolfgang Pöckl (ed.), Europäische Mehrsprachigkeit. Fest-
   

schrift zum 70. Geburtstag von Mario Wandruszka, Tübingen, Niemeyer, 328–348.

Ballard, Michel (1995), De Cicéron à Benjamin. Traducteurs, traductions, réflexions, Lille, Presses
Universitaires de Lille.
Balliu, Christian (2002), Les traducteurs transparents. La traduction en France à l’époque classique,
Bruxelles, Les Éditions du Hazard.
Bellanger, Justin (1892), Histoire de la traduction en France. Auteurs grecs et latins, Paris, Thorin.
Berman, Antoine (1984), L’épreuve de l’étranger. Culture et traduction dans l’Allemagne romantique,
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Briamonte, Nino (1982), « La manière de bien traduire d’une langue en aultre » d’Étienne Dolet, Annali
   

della Facoltà di Lingue e Letterature Straniere di Ca’ Foscari 11:1–2, 15–27.


Cartagena, Nelson (2003), Alonso de Madrigal (1400 ?–1455) y Étienne Dolet (1508–1546), teóricos de

la traducción. La tragedia de la hoguera y la soledad de la meseta castellana, in : Mario


Rodríguez/Pedro Lastra (edd.), Félix Martínez Bonati. Homenaje, Concepción, Editorial de l’Uni-
versidad de Concepción, 37–50.
Coseriu, Eugenio (1971), Das Problem des Übersetzens bei Juan Luis Vives, in : Karl-Richard Bausch/

Hans-Martin Gauger (edd.), Interlinguistica. Sprachvergleich und Übersetzen. Festschrift zum


60. Geburtstag von Mario Wandruszka, Tübingen, Niemeyer, 571–582.

DeLater, James Albert (2002), Translation theory in the age of Louis XIV. The 1683 « De optimo genere

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García Yebra, Valentín (1994), Un curioso error en la historia de la traducción, in : Valentín García

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Vermeer, Hans J. (2000), Das Übersetzen in Renaissance und Humanismus. 15. und 16. Jahrhundert, 

vol. 1 : Westeuropa, Heidelberg, TEXTconTEXT.


   

Zuber, Roger (1995, 11968), Les « belles infidèles » et la formation du goût classique, postface
   

d’Emmanuel Bury, Paris, Michel.


Jörn Albrecht et René Métrich*
3 La traductologie dans les principaux pays de
langue romane
Vue d’ensemble**

Abstract : La présente contribution propose une vue d’ensemble, relativement suc-


   

cincte, articulée en trois volets consacrés successivement 1) aux rapports entre traduc-
tologie et linguistique, 2) aux théories et modèles de la traduction susceptibles de
prétendre à une certaine originalité et 3) aux types de traduction prédominant dans
certains secteurs comme l’enseignement, la traduction spécialisée ou le marché du
livre.

Keywords : traductologie, linguistique, sciences du langage, théories et modèles de la


   

traduction, types de traduction

1 Les rapports entre traductologie et linguistique


Le Manuel de Traductologie s’inscrit dans la série des Manuals of Romance Linguistics.
Bien que ni les éditeurs du volume, ni la plus grande partie des contributeurs ne
soient d’avis que la discipline dont il traite puisse être réduite à la langue et la
linguistique, les rapports entre traductologie et linguistique dans le domaine de la
recherche et de l’enseignement dans les différents pays de langue romane doivent
constituer l’objet d’une étude critique propre. Personne ne saurait nier que la dimen-
sion linguistique de la discipline occupe une position centrale. Cela vaut particulière-
ment pour la linguistique textuelle (↗21 Linguistique textuelle et traduction : aspects
   

généraux ; ↗22 Connexité, cohésion, cohérence : la « grammaire de texte » dans les


         

langues romanes) et pour les différentes formes de la pragmatique linguistique


(↗19 Présuppositions et actes de langage dans le domaine des langues romanes ;
   

↗20 Énonciation et traduction), domaines qui figurent dans ce volume sous la ru-

brique sciences du langage (c.-à-d. linguistique au sens large), mais qui pour certains
traductologues ne font pas partie de la linguistique (cf. par ex. Bastin 2004, 157).
Compte tenu, toutefois, de l’absence d’ouvrages de référence ou même d’études
réellement représentatives, l’histoire des relations entre la linguistique et la traducto-
logie de l’après-guerre à nos jours ne pourra être esquissée que de façon plus ou

* René Métrich est membre de l’ATILF / CNRS & Université de Lorraine (UMR 7118).
** Avec la collaboration de Frank Harslem, Karl Gerhard Hempel, Rebecca Netzel et Tinka Reich-
mann.
La traductologie dans les principaux pays de langue romane 47

moins « impressionniste » et relativement peu argumentée. On peut d’ailleurs se


   

demander si les deux disciplines ont vraiment entretenu des relations, au sens d’un
véritable dialogue, fût-il vif, houleux ou infructueux et marqué du sceau de la rivalité.
Le cas de la France, où l’opposition entre linguistes et traductologues fut particulière-
ment vive, sera examiné d’abord et plus longuement, tandis que les autres pays
devront se contenter de quelques remarques complémentaires.
Pour ce qui est de la France, donc, ce qui frappe d’emblée, c’est l’affirmation forte
et maintes fois répétée, tant par les praticiens de la traduction que plus tard par les
traductologues, que la traduction relevait de la littérature (Cary 1985), de la communi-
cation (Ladmiral 1979) ou de la culture (Meschonnic 1999), mais ne concernait en rien
la linguistique. Du côté des linguistes, en retour, l’attitude dominante était de consi-
dérer que la problématique de la traduction s’inscrit toute entière dans le cadre de la
linguistique appliquée (cf. Ton That Thien 1988). Les relations entre les deux disci-
plines étaient donc marquées par une ignorance réciproque, au double sens de « ne  

pas connaître » et « ne pas vouloir prendre en considération » les spécificités l’une de


     

l’autre. Même Georges Mounin, qui fut pourtant à la fois fin traducteur et linguiste
d’envergure, ne sut pas instaurer un véritable dialogue entre les deux parties de lui-
même : le traducteur réfléchissant sur son art (cf. Les belles infidèles) et le linguiste

soucieux de faire entrer la traduction dans le champ scientifique de la linguistique (cf.


Les problèmes théoriques de la traduction). Pergnier (2004, 18s.) note que les deux
approches qu’il adopte dans ses deux œuvres majeures ne se rejoignent nulle part et
que jamais il ne tenta d’en réaliser la synthèse.1
Pour comprendre l’hostilité générale des traductologues à l’égard de la linguis-
tique, il faut d’abord la resituer dans son contexte historique. Si la réflexion sur la
traduction est – de Cicéron à Benjamin en passant par Saint-Jérôme, Luther, Schleier-
macher et bien d’autres – aussi ancienne et constante que sa pratique, ce n’est
qu’après la Seconde Guerre mondiale que, le développement exponentiel de la
traduction tant littéraire que technique et la professionnalisation des praticiens
aidant, la nécessité se fit sentir de constituer cette réflexion en une discipline à part
entière. Or c’était aussi l’époque de la linguistique triomphante qui, vue de l’extérieur,
paraissait vouloir étendre son hégémonie à tout ce qui touchait de près ou de loin à la
langue : la didactique des langues se pratiquait alors sous l’appellation linguistique

appliquée, tandis que ce qui ne s’appelait pas encore traductologie était volontiers
confondu avec la linguistique contrastive. Il est remarquable, à cet égard que les
premières tentatives de théorisation de l’opération de traduction furent l’œuvre de
linguistes, au premier rang desquels on trouve, outre Georges Mounin (1963), cité plus
haut, Eugène A. Nida (1964) et John C. Catford (1965).
   

1 Bien qu’il fût sans doute conscient du fossé qui les séparait, comme le suggère la note de la page 272
des Problèmes théoriques.
48 Jörn Albrecht et René Métrich

Comme on ne se pose qu’en s’opposant, il était inévitable que la traductologie,


pour se constituer en discipline autonome, fût amenée à contester la linguistique, et
ce, dès les années soixante-dix. Mais il faut aussi se rendre compte avec Pergnier
(2004) qu’au-delà du légitime désir d’émancipation et des inévitables rivalités de
statut ou querelles de territoire, les malentendus entre les deux disciplines étaient
inscrits dans leur nature même, la linguistique se situant, dans la célèbre dichotomie
saussurienne, plutôt du côté de la langue, du code, du système, alors que la traducto-
logie ne pouvait, de par son objet même, que se situer du côté de la parole, du
message, de la mise en œuvre du système. La première cherchait à établir des lois
générales, la seconde à dégager les paramètres conditionnant l’acte, toujours singu-
lier, de traduction. Sans doute cette opposition est-elle, à bien y regarder, trop
radicale, et les trois linguistes cités ont-ils accordé aux facteurs pragmatiques et
culturels une place bien plus grande dans leur réflexion que leurs détracteurs n’ont
bien voulu l’admettre,2 il reste que les différences entre les deux disciplines existent
bel et bien, qu’elles sont patentes et qu’elles incitent a priori plus à les opposer qu’à
les rapprocher.
La prise en compte par la linguistique du versant parole de la dichotomie et sa
diversification en linguistique énonciative, pragmatique et textuelle n’y changea rien :  

le rejet de la linguistique par les traductologues était consommé et semblait d’autant


moins devoir être remis en question que la diversification était nettement moins
perceptible dans le domaine de la linguistique contrastive. Mais si la traductologie
s’est constituée en ignorant, voire en combattant délibérément et ostensiblement la
linguistique, même étendue aux textes et aux faits de communication, la linguistique,
de son côté, toute occupée à se redéfinir et à explorer les nouveaux champs, s’est elle-
même assez largement détournée de la traductologie, du moins à un niveau théorique
ou général,3 quand elle ne s’est pas cantonnée à des problématiques strictement
contrastives (au sens de la comparaison des langues-systèmes).

2 Tout un chapitre de l’ouvrage de Mounin (1963) est consacré à la dimension culturelle de la


traduction. On y lit aux pages 233s. que « la linguistique américaine a raison sur un point, le point de

départ : le contenu de la sémantique d’une langue, c’est l’ethnographie de la communauté qui parle

cette langue. Et ce nouveau truisme […] est, lui aussi, productif dans une théorie de la traduction, parce
qu’il ouvre une voie d’accès, très mal explorée jusqu’ici, vers les significations ». Cf. aussi l’hommage

rendu à Mounin par Cordonnier (2002, 39) pour sa prise en compte des aspects culturels de la
traduction.
3 Larose (1992 [11989], 34) note que Mounin lui-même n’accorde aucune place à la traduction dans ses
Clefs pour la linguistique (1968) ou ses Clefs pour la sémantique (1972) et que « la traduction, considérée

comme fait linguistique sui generis, est toujours absente des grands manuels de linguistique géné-
rale ». Si le diagnostic reste grosso modo valable, il convient de relever la position radicalement

différente de Rastier (2011, 29) déclarant : « Le problème de la traduction nous paraît à présent trop
   

précieux et trop central pour la linguistique pour que la traductologie devienne désormais une
discipline indépendante : une telle évolution serait sans doute dommageable, tant pour les études sur

la traduction que pour le reste de la linguistique générale et comparée ».



La traductologie dans les principaux pays de langue romane 49

Cela étant, il serait excessif de prétendre que la linguistique s’est complètement


retirée du champ de la traduction dans les cinquante dernières années. Si elle n’a pas
fait de la traduction l’un de ses centres d’intérêt majeurs, si notamment elle n’a guère
cherché à approfondir les réflexions développées par Mounin (1963) dans Les problè-
mes théoriques de la traduction, ni même à les reprendre éventuellement sur de
nouvelles bases après le compte rendu féroce qu’en a fait Ruwet4 (1964), il y a toujours
eu, notamment depuis les années 90, des linguistes pour s’intéresser de près à la
traduction, que ce soit de façon ponctuelle et concrète ou plus générale et à un niveau
plus théorique. Sans viser l’exhaustivité, on peut citer ici les ouvrages, recueils ou
études de traductologie de Chevalier/Delport (1995), Ballard/El Kaladi (2003), Guille-
min-Flescher (2003), Peeters (2005), sans oublier le numéro 40, fasc. 1 de la revue La 

Linguistique (2004), ni les publications plus récentes de Milliaressi (2009 et 2011),


dans lesquelles une large place est accordée à l’approche linguistique, laquelle
montre à son tour qu’elle échappe désormais largement au reproche qui lui était fait
d’une vision strictement langagière de la problématique de la traduction.
À cela s’ajoutent les ouvrages à visée didactique qui accordent une certaine place
à des considérations qu’on peut appeler « linguistiques » dans la mesure où elles
   

visent à sensibiliser l’étudiant aux difficultés de traduction liées aux différences entre
les langues-systèmes en présence. On peut les répartir en deux catégories : les  

manuels de préparation au thème et/ou à la version universitaires et les ouvrages


plus généraux et plus ambitieux d’initiation aux problèmes ou à la problématique de
la traduction. Les premiers, de loin les plus nombreux, présentent une grande
diversité de facture : certains se contentent de brefs commentaires sur des points de

langue réputés poser problème ; d’autres traitent de façon plus systématique les

difficultés liées aux structures linguistiques, morphologiques, syntaxiques ou lexi-


cales, des langues concernées. Parmi ces derniers, on peut citer Schanen/Hombourg
(1980) et Marcq (1997) pour le couple français/allemand, Baffi/Esposito (2001), Livi
(2010) faisant suite à Bareil/Castro/Toppan (2000) et Marietti/Genevois (2010 [11990])
pour le couple français/italien et Villanueva (2001), Rajaud/Brunetti (2005 [11992]) et
Romera Rozas (2005 [12003]) pour le couple français/espagnol, ces derniers nette-
ment plus élaborés que les précédents. Mais c’est, comme on pouvait s’y attendre,
pour le couple français/anglais que l’on trouve à la fois le plus grand nombre de
manuels de traduction et les plus satisfaisants du point de vue traductologique, en ce
qu’ils combinent, à des degrés certes variables selon les auteurs et les objectifs
affichés (initiation à la traduction, préparation à des concours etc.), des considéra-
tions linguistiques, textuelles ou contextuelles et situationnelles. Outre l’ouvrage
pionnier de Gouadec (1974), on peut citer ici celui de Claude et Jean Demanuelli

4 Peut-être la férocité inouïe de ce compte rendu, dû – c’est à souligner – à un linguiste de renom et


non pas à un traductologue, a-t-elle eu un effet dissuasif, mais il faut reconnaître aussi que s’intéresser
à la traduction ou à la traductologie était, à l’époque, assez mal considéré dans les milieux linguisti-
ques.
50 Jörn Albrecht et René Métrich

(1991) et celui de Joly/O’Kelly (1993), auxquels on peut ajouter ceux, plus spécifiques,
axés sur les concours de l’enseignement secondaire, de Khalifa/Fryd/Paillard (1998)
et plus récemment de Simonin/Dupont/Pickford (2011) et surtout de Szlamowicz
(2011), où la dimension linguistique de la problématique (la confrontation de deux
langues) est habilement combinée à sa dimension textuelle (l’interprétation critique
du texte) selon une méthodologie appliquée systématiquement à toute une série de
textes.
Quant à la seconde catégorie d’ouvrages, où l’on trouve, bien moins nombreux,
ceux situés dans la lignée de la Stylistique comparée du français et de l’anglais de
Vinay/Darbelnet (1963) et de la Stylistique comparée du français et de l’allemand de

Malblanc (1966),5 il n’en existe aucun en France pour le couple français/espagnol, un


seul pour le couple français/italien, celui de Scavée/Intravaia (1979), et pas plus de
deux pour le couple français/allemand,6 le remarquable manuel de Truffaut (1983) et
celui, bien plus modeste, mais néanmoins intéressant, de Pérennec (1993). De nou-
veau et sans surprise, on en trouve davantage pour le couple français/anglais, avec
notamment le manuel de Chuquet/Paillard (1989), partiellement inspiré de l’ouvrage
à visée scientifique (et non pédagogique) de Guillemin-Flescher (1981), celui de
Delisle (1993), spécifiquement axé sur la formation des traducteurs professionnels, et
ceux, nombreux, de Ballard (1987 ; 2003 ; 2004 ; 2007), avec une mention toute
     

particulière pour les ouvrages de 2003 et 2004, qui forment un tout très complet où la
problématique de la traduction est envisagée sous tous ses aspects, tant linguistiques
que pragmatiques ou culturels. Enfin, mentionnons pour finir l’ouvrage d’initiation
très équilibré et d’excellente facture de Lenzen (2012) consacré à la triade français/
allemand/anglais et destiné aux étudiants de la filière LEA (Langues étrangères
appliquées) qu’il vise à sensibiliser à toutes les dimensions de l’opération de traduc-
tion en accordant aux facteurs linguistiques une place importante mais non exclu-
sive.
Qu’en est-il aujourd’hui, en France, des relations entre linguistique et traductolo-
gie ? Si l’on regarde du côté des écoles et instituts de traduction (et d’interprétariat),

qui se sont multipliés depuis plusieurs décennies, il faut bien reconnaître que la
linguistique n’y a toujours pas droit de cité sous quelque forme que ce soit et même à
dose « homéopathique ». Quand le mot linguistique apparaît dans le libellé des cursus
   

– ce qui est du reste rare –, c’est soit dans le sens banal de langue (comme à l’ISIT, où
les « enseignements linguistiques » renvoient entre autres à l’expression orale et à
   

l’expression écrite en langue B), soit en référence à la notion de code/système telle


qu’elle était envisagée dans la linguistique des années 60 (comme à l’ESIT, où l’on
revendique d’aborder la traduction « non pas comme un exercice de transposition

5 L’ouvrage de Malblanc date originellement de 1944, mais il a été remanié ensuite selon le modèle de
celui de Vinay et Darbelnet.
6 Du moins si l’on ne retient, conformément à l’objet de cet article, que les ouvrages en langue
française.
La traductologie dans les principaux pays de langue romane 51

linguistique mais comme un acte de communication portant sur le sens »7). Les  

exceptions sont rarissimes, la plus notable étant peut-être l’ITIRI, où existe un cours
de 12 h de « linguistique appliquée à la traduction » qui propose « une description des
       

concepts linguistiques intéressant la problématique traductionnelle », d’où l’on peut  

conclure que l’institut accorde un certain intérêt à l’approche linguistique de la


traduction. Il faut aussi mentionner le Master Professionnel Spécialité Métiers de la
traduction : allemand de l’Université Michel de Montaigne Bordeaux-III, qui prévoit

un cours de « linguistique contrastive et références culturelles », le Master Langues


   

étrangères et outils modernes de la traduction de l’Université de Lorraine (Site de Metz,


ex-Université Paul Verlaine), où une attention particulière est accordée en M2 aux
« aspects théoriques de la formation (traductologie, linguistique formelle) » ou encore
   

le Master Études anglophones : Traduction littéraire de l’Université Paris Diderot-


Paris-VII, dans le cadre duquel est proposé une « Réflexion sur les concepts et

problématiques linguistiques ». Tout cela représente peu de choses par rapport à la


bonne trentaine d’institutions proposant une formation générale ou particulière à la


traduction professionnelle.
Cela étant, si la linguistique reste très largement ignorée des programmes de
formation des traducteurs et interprètes, l’atmosphère n’est plus chargée d’autant
d’animosité. Ainsi Ladmiral, qui vilipendait en 1979 le « terrorisme » de la linguistique
   

(1979, 161) reconnaît-il en 2004 : « S’il est vrai que la traduction n’est pas qu’une
   

affaire de linguistique, on ne peut pas dire qu’elle n’est pas du tout l’affaire des
linguistes » (Ladmiral 2004, 28). Même tonalité chez Oustinoff (2009 [12003]) qui,

après avoir insisté sur le caractère littéraire de l’opération de traduction, admet que :
   

« Quelles que soient les langues en présence, on ne saurait faire l’impasse sur les

apports de la linguistique en matière de traduction » (Oustinoff 2009, 55). Et si Gile


(2005) rappelle dans son ouvrage au caractère de traité l’opposition large et persis-
tante des professionnels de la traduction à la linguistique en présentant leurs argu-
ments comme plutôt fondés, il admet néanmoins que « la sensibilisation des étudiants

à certaines différences linguistico-culturelles entre leurs langues de travail n’est pas


sans intérêt » (Gile 2005, 198) et va jusqu’à penser à la page 247 que l’on redécouvrira

peut-être « dans un proche avenir les avantages d’une linguistique plus descriptive et

pourquoi pas contrastive qui puisse fournir des outils d’analyse et de catégorisation
susceptibles d’aider à mieux cerner les problèmes que rencontrent les traducteurs
[…] lors de l’analyse du texte de départ et lors de la reformulation du texte d’arrivée ».
   

La hache de guerre serait-elle définitivement enterrée et les deux disciplines


prêtes à collaborer ? C’est en tout cas le point de vue de Léona Van Vaerenbergh

(2005, 20), selon laquelle « […] la relation entre linguistique et traductologie est

devenue une relation de bons voisins qui s’estiment et qui s’enrichissent l’un l’autre ».  

7 Cf. ESIT_brochure-traduction-2014-2015.pdf téléchargeable sur le site : http://www.univ-paris3.fr/


presentation-de-l-ecole-51064.kjsp.
52 Jörn Albrecht et René Métrich

L’auteure attribue ce fait à une double évolution : de la linguistique, d’une part, qui

s’intéresse bien plus que naguère au texte et aux réalités extérieures au système
linguistique ; de la traductologie de l’autre, qui peut de plus en plus montrer que sa

propre recherche contribue aussi à la recherche linguistique (Van Vaerenbergh 2005,


21). Personne ne s’en plaindra.

Tournons-nous maintenant vers d’autres pays de langue romane, à commencer par


l’Espagne. Il existe dans ce pays une longue tradition de réflexion théorique sur les
problèmes de la traduction. Une « traductologie » proprement dite, en revanche, n’a
   

fait son apparition qu’à une époque relativement tardive. S’il est vrai que cette
nouvelle discipline a pris ces dernières décennies un essor considérable dans les pays
hispanophones, elle y a été adoptée ‘à l’état mûr’ de pays comme la France, les États
Unis ou l’Allemagne, ce qui fait qu’elle n’a jamais éprouvé le besoin de s’émanciper
ostensiblement de la linguistique. Il n’empêche que la philologie classique a fourni,
elle aussi, des contributions importantes aux études sur la traduction. L’ouvrage
magistral de Valentín García Yebra sur Teoría y práctica de la traducción (21984), riche
en exemples pris dans plusieurs langues européennes et basés sur les catégories de la
grammaire traditionnelle, en fournit une preuve particulièrement éclatante. Les dési-
gnations de quelques facultés appartenant à plusieurs universités espagnoles démon-
trent à elles seules, que la traductologie s’est installée comme discipline autonome :  

Facultad de Traducción e Interpretación, Facultad de Traducción y Documentación etc.


(↗34 La formation des traducteurs et des interprètes dans les pays de langue romane).

Les pays hispanophones d’Amérique latine se montrent, eux, généralement plus


conservateurs ; le rapport de la traduction aves les sciences humaines en général et

avec la linguistique appliquée en particulier est plus étroit (cf. Scharlau 2002). En
Espagne, les termes traductología, estudios de traducción et teoría de la traducción sont
employés plus ou moins comme synonymes ; seuls ceux, qui veulent insister sur

l’autonomie de la discipline, préfèrent le terme de traductología. Selon Amparo Hurta-


do Albir, auteure d’une œuvre de référence pour le domaine hispanophone (dont
l’index des notions ne contient ni linguistique contrastive ni linguistique appliquée ou
linguistique textuelle), la traductologie a acquis, à partir des années 1980, le statut
d’une discipline autonome « Aunque algunos autores prefieren situarla en el marco de

la lingüística aplicada y otros no, se puede decir que en lo que sí que hay acuerdo es en
considerar que la disciplina tiene una entidad propria … ». Une désignation comme

lingüística aplicada a la traducción, selon elle, ne peut servir à désigner la discipline


entière mais seulement « aquellos enfoques más escorados hacia la lingüística » (cf.
   

Hurtado Albir 22004, 133–136). Néanmoins, le bon sens pratique de la maison d’édition
a décidé de publier l’ouvrage dans la section Lingüística.

En ce qui concerne l’espace lusophone, on note que le Brésil semble plus actif que le
Portugal, du moins dans le domaine de la recherche (cf. Wolf 1997). Les universités
de Lisbonne et de Porto proposent des cursus intitulés Licenciatura em Línguas,
La traductologie dans les principaux pays de langue romane 53

Literaturas e Culturas, Mestrado em Tradução e Serviços Linguísticos ou Licenciatura


em Línguas Aplicadas, ce qui suggère que les liens entre la philologie (et spéciale-
ment la linguistique) et la traduction ne sont pas entièrement coupés. Les rapports les
plus étroits existent entre la traduction et certaines sous-disciplines linguistiques
comme la linguistique du texte (cf. Azenha Jr. 2008), les langues de spécialités et la
terminologie (Tagnin 2012) et la lexicographie (Zavaglia 2006). Les titres de quelques
revues importantes – même si celles-ci publient aujourd’hui de préférence des
articles de tendance « poststructuraliste » ou « déconstructiviste » – rappellent le
       

« bon vieux temps » où la traduction était considérée comme fille de la philologie et


   

sœur de la linguistique : Cadernos de Literatura e Tradução ; Tradução e Terminologia


   

(Université de São Paolo) ; Trabalhos de Linguística Aplicada (Universidade de Cam-


pinas, São Paolo).

L’Italie à présent. « La traduzione, ed è principio ormai ovvio in traduttologia, non


avviene tra sistemi, bensì tra testi » (Eco 2003, 37). Par cette lapalissade, le célèbre

sémiologue et écrivain Umberto Eco semble se placer au rang de ceux qui contestent
la compétence de la linguistique en matière de traduction. C’est une apparence
trompeuse. Eco est pleinement conscient du fait que quand bien même on ne traduit
que des éléments linguistiques in actu, c’est-à-dire faisant partie d’un énoncé, il est
tout de même indispensable au traducteur d’avoir une bonne connaissance de leurs
fonctions virtuelles, qui sont à la base de la naissance d’un signifié textuel. Eco ne se
réclame que rarement de la linguistique comme discipline, mais les exemples qu’il
donne sont souvent les mêmes que ceux qu’on citerait dans un travail de linguistique
contrastive. Pour des raisons dont il sera question plus loin, l’Italie a été longtemps
hostile aux théories en matière de traduction comme à tout formalisme en matière de
linguistique. Un représentant de la traduction littéraire parle même du « demone della  

teoria » (Lavieri 2007, titre du chap. 2). Le rapport entre langue(s), linguistique et
   

traduction, qui semble évident au profane, l’est beaucoup moins pour les adeptes de
la traduttologia italiana (le terme a été probablement calqué sur le terme français) : les  

nombreux ouvrages que Bruno Osimo a consacré à cette discipline sont tous munis de
glossaires relativement détaillés ; nulle part on ne rencontre des termes comme

linguistica applicata, linguistica contrastiva ou linguistica del testo ; en revanche, la  

terminologie de la linguistique y est parfaitement présente : accento ; anacoluto ;     

anafora ; apocope ; articolo ; aspetto ; calco ; collocazione ; connotazione ; contesto vs


             

co-testo ; et même des termes hjelmsléviens comme piano dell’espressione vs piano del

contenuto figurent dans l’un des index. On ne peut pas se défaire de l’impression que
les liens entre linguistique et traductologie, qui se manifestent pourtant clairement
dans les désignations des cursus de certains instituts universitaires, comme Media-
zione linguistica interculturale (Bologna-Forlì) ou Communicazione Interlinguistica Ap-
plicata (Trieste, ↗34 La formation des traducteurs et des interprètes dans les pays de

langue romane), sont parfois pudiquement occultés dans les travaux des traductolo-
gues. Enrico Arcaini (21986) et Marcello Soffritti (2006), tous deux représentants d’un
54 Jörn Albrecht et René Métrich

courant qui s’appuie sur la linguistique contrastive, font exception à la règle. Le cas
de Benvenuto Terracini mérite une attention particulière. Bien que linguiste de forma-
tion, Terracini est prêt à voir les implications extralinguistiques de la traduction (cf.
infra, 2). Néanmoins, il se révèle, peut-être malgré lui, favorable à une approche
« linguistique » lato sensu en observant judicieusement que celui qui apprend à l’âge
     

adulte une autre langue et commence à s’exprimer dans plusieurs langues acquiert
automatiquement une certaine compétence métalinguistique en faisant une distinc-
tion entre le monde extralinguistique et les langues : « Il possedere il sentimento
   

differenziale di due parlate presuppone infatti l’aver acquistato un sentore dell’auto-


nomia del linguaggio, distinto da quella realtà che esso esprime o significa ; all’inno-  

cenza di una concessione magica del linguaggio subentra un barlume di coscienza del
suo valore formale » (Terracini 1983, 22).

Et pour finir la Roumanie. Pour des raisons historiques bien connues, ce pays est resté
longtemps à l’écart du développement rapide d’une nouvelle discipline comme la
traductologie. Parmi les 42 membres que la Conférence internationale permanente
d’instituts universitaires de traducteurs et interprètes (CIUTI) compte actuellement, il
n’y a encore aucun institut universitaire roumain. En revanche, la Roumanie dispose
d’une riche tradition dans les domaines de la linguistique du texte et de la linguis-
tique contrastive ; une partie des travaux mentionnés dans ↗7 La linguistique
   

contrastive et la traduction dans les pays de langue romane peuvent être considérés,
jusqu’à un certain degré, également comme des contributions à la traductologie avant
la lettre. Une contribution au sens strict du terme a été apportée par la république de
Moldavie : Ana Guţu, plus connue comme « femme politique » engagée qu’en tant que
     

professeure de philologie française à l’Université de Chişinău, a publié une Introduc-


tion à la traductologie française (2008) qui, par son seul titre, trahit déjà que tout ce
qui se passe en matière de recherches sur la traduction dans les pays de langue
roumaine dépend étroitement de l’espace francophone. Dans une version provisoire
et abrégée, disponible sur Internet, de son livre à l’intention des étudiants en traduc-
tion, elle affirme que « la traduction est organiquement liée aux autres disciplines et

sciences, linguistique, histoire, psychologie, philosophie, civilisation, art, politique,


informatique, médecine, droit, économie etc. » (Guţu 2007, 12) et propose une division

de la totalité des ouvrages sur la traduction en deux classes : 1° Les ouvrages qui

attribuent à la traduction une origine strictement linguistique ; 2° les ouvrages dont


les auteurs bâtissent leurs théories de la traduction sur le principe interprétatif,


communicationnel, textuel, qui suppose une approche pluri-aspectuelle dans l’étude
de la traduction » (Guţu 2007, 15).

Cette proposition de catégorisation révèle clairement une conception très étroite


de la linguistique, commune à tous ceux qui veulent minimiser son rôle en matière de
traduction. Peut-on vraiment exclure l’aspect « interprétatif, communicationnel » et
   

« textuel » du domaine de la linguistique (cf. supra) ? La linguistique appliquée à la


       

traduction ne se limite pas à de simples opérations de transcodage. « Le domaine de  


La traductologie dans les principaux pays de langue romane 55

la linguistique est beaucoup plus vaste », souligne Charles Bouton dans son petit livre

sur La linguistique appliquée. Ce domaine « englobe tous les problèmes complexes de


la signification, en fonction de l’économie même du système linguistique des langues


considérées, en l’occurrence toutes les langues du monde, des relations entre langue
et milieu et la relation bien plus complexe entre langue et pensée, langue et représen-
tation du monde » (Bouton 1979, 65s.).

2 Théories et modèles de la traduction dans les


principaux pays de langue romane
Pendant des siècles, les auteurs de réflexions théoriques sur la traduction – à
commencer par Étienne Dolet, qui a apporté une contribution décisive à la propaga-
tion des termes traduire, traduction, traducteur en France (↗2 Réflexions sur la  

traduction dans les pays latins de Leonardo Bruni (1420) à José Ortega y Gasset
(1937)) – partaient de la pratique traduisante pour arriver à la théorie traductologique.
Après l’émergence de la traductologie8 sur la scène des sciences humaines, le chemin
mène assez souvent dans la direction opposée : de la théorie traductologique à la

pratique traduisante (cf. Ladmiral 2004, 30). Le terme de théorie sera entendu ici dans
un sens très général, proche du sens des mots correspondants en grec et latin, c’est-à-
dire « contemplation, considération, recherche spéculative ». Les théories de la tra-
   

duction se distinguent nettement de celles qui ont cours dans le domaine des
sciences de la nature, qui sont plutôt des hypothèses. Dans ce qui va suivre, nous ne
tiendrons compte que des pays de langue romane, en nous limitant aux travaux
relativement récents qui peuvent prétendre à une certaine originalité. Pour mieux
cerner les particularités des différentes théories et rendre leur comparaison plus
aisée, une attention particulière sera consacrée à certains traits, qui, pris dans leur
ensemble, nous serviront de « grille d’analyse » :
     

– La traduction est elle considérée en tant que produit (point de vue statique) ou en tant que
procès (point de vue dynamique) ?  

– Quel est le rapport entre la « technique de la traduction » et la « stratégie de la traduction » ?


         

(Les deux expressions sont prises ici dans un sens précis légèrement différent de leur sens
courant, la première désignant la maîtrise par le traducteur des difficultés qui résultent des

contraintes imposées par la langue source et la langue cible, la seconde renvoyant aux

8 L’introduction du terme est généralement attribuée à Jean-René Ladmiral. Michel Ballard affirme
pourtant, que ce fut Brian Harris qui proposa en 1972 les termes traductologie et translatology pour la
« science de la traduction ». (cf. Ladmiral 1981, 375–380 ; 2004, 27 ; Ballard 2004, 51, n. 1). Selon
         

d’autres sources, ce terme aurait été utilisé pour la première fois en 1968 par les chercheurs belges
P. Goffin, P. Hurbin et J.-M. Van der Merschen.
     
56 Jörn Albrecht et René Métrich

décisions prises par le traducteur en fonction des fins qu’il poursuit (skopoi) et du public
auquel sa traduction est destinée.)
– La notion d’ « équivalence » est-elle prise en considération directement ou indirectement
     

sous forme d’expressions affines comme fidélité ou approximation ? Les différentes formes  

d’équivalence (virtuelle vs actuelle, globale vs ponctuelle etc.) sont-elles clairement distin-


guées ?
– L’aspect herméneutique de la traduction : quelle est la conception que les auteurs des

différentes théories se font des sources du sens ? Le sens résulte-t-il essentiellement du texte

même, de façon intersubjectivement connaissable ? Ou doit-on considérer son origine plutôt  

comme extérieure au texte, dans « l’intention de l’auteur » ou dans « l’acte de compréhen-


     

sion du récepteur » ?    

– Quel rapport de primauté existe-t-il entre le texte source et le texte cible ? Faut-il préserver à  

tout prix toutes les particularités du texte source, même au détriment de la « lisibilité » du    

texte cible, ou faut-il au contraire privilégier l’acceptabilité du texte cible par rapport à la
« fidélité » au texte source ? Selon les cas, on parlera avec Meschonnic de traduction
     

« éloignante » (laquelle vise à éviter des « pertes ») ou de traduction « rapprochante »


           

(laquelle promet d’apporter des « gains »).    

– La traduction est-elle associée explicitement aux caractéristiques propres du texte écrit qui
le distinguent de l’énoncé oral ?  

– La traduction est-elle expressément délimitée par rapport à des opérations sémiotiques


affines comme l’imitation, l’adaptation, la parodie etc. (↗31 Interpretatio, imitatio, aemula-  

tio : formes et fonctions de la traduction « libre » dans le domaine des langues romanes) ?
       

À cela s’ajoutent quelques points d’intérêt plutôt pratique, qui seront pris en considé-
ration au fil de l’exposé, par ex. :  

– l’attention accordée ou non aux aspects didactiques : enseignement de la traduction, fonc-  

tion de la traduction dans l’enseignement des langues étrangères etc. ;  

– la présence ou non de schémas graphiques qui modélisent en quelque sorte la traduction,


soit du point de vue statique, soit du point de vue dynamique ;  

– les renvois explicites aux « sciences du langage » comme la linguistique textuelle ou la


   

pragmatique linguistique.

Commençons par la France où – comme nous l’avons vu au chapitre précédent – la


discussion sur les possibilités et les limites d’une théorisation de la traduction a été
particulièrement vive. La Stylistique comparée du français et de l’anglais de Jean-Paul
Vinay et Jean Darbelnet (1963) et la Stylistique comparée du français et de l’allemand
de Alfred Malblanc (21963 ; 31966) se trouvent au début d’une longue série d’études

sur la traduction. Le sous-titre de l’ouvrage de Malblanc Essai de représentation


linguistique et Étude de traduction montre clairement le caractère bicéphale de ce
courant, qui s’inspire en partie de la conception de la « stylistique » d’un Charles    

Bally. Ce type de stylistique est tributaire jusqu’à un certain degré de la longue


tradition de la « grammaire générale » (grammatica universalis). L’idée sous-jacente
   

de cette conception est celle d’un recours à une langue étalon, c’est-à-dire à une
langue « neutre », « normale » qui reste « en profondeur » et dont les langues histori-
           

ques réelles présenteraient des « écarts » caractéristiques « à la surface ». La compa-


       
La traductologie dans les principaux pays de langue romane 57

raison se fait en recourant à cette langue neutre virtuelle. Les prétendus « procédés de  

traduction » (emprunt, calque, traduction littérale, transposition, modulation, équiva-


lence, adaptation) représentent – du moins pour ce qui est des exemples donnés par
Malblanc – un curieux mélange de vrais procédés de traduction et de purs constats de
linguistique comparative. Il n’est sûrement pas sans intérêt de constater que le
français dit tiroir là où l’allemand dit Schublade (renvoi à deux mouvements de
direction opposée) et que le français prévient d’un danger de mort là ou l’allemand
voit la vie en danger (Lebensgefahr) ; ces expressions étant toutefois complètement

lexicalisées, on ne peut guère y voir des exemples de « procédé de traduction » : pour


     

le traducteur, il ne s’agit que d’équivalences « prêtes à l’emploi ». Le procédé appelé


   

« équivalence » en stylistique comparée mérite, lui, une attention particulière. Tandis


   

que des traductologues comme Ladmiral l’associent à une approche exclusivement


linguistique de la traduction, ce terme, dans l’acception spécifique de la stylistique
comparée, marque plutôt un relâchement des contraintes langagières imposées au
traducteur : dans le cas de l’équivalence, c’est la « situation » qui sert de point de
     

comparaison ; il s’agit donc d’une catégorie « pragmatique » qui incite le traducteur à


     

s’éloigner dans toute la mesure du possible de la forme linguistique du texte source.


Georges Mounin (de son vrai nom Louis Leboucher) a témoigné de ses expérien-
ces de traducteur dans Les belles infidèles (1955). Après ce début sur la scène d’une
traductologie avant la lettre, il s’est converti à la théorie, à une théorisation dans le
sillage de la « linguistique fonctionnelle » d’André Martinet, ce qui lui a valu des
   

critiques sévères de la part de Nicolas Ruwet (cf. supra), adepte du générativisme


naissant, un courant linguistique beaucoup plus enclin à voir ce qui est commun à
toutes les langues et cultures, que le structuralisme européen, qui met l’accent sur les
différences. Avec les Problèmes théoriques de la traduction (1963), une thèse de
Doctorat d’État, qui est « moins une théorie scientifique de la traduction qu’un

discours apologétique sur ce sujet » (Larose 11989, 33), la traductologie française


commence à prendre forme, bien que le terme lui-même n’eût pas encore cours à
l’époque. En se référant à Uriel Weinreich, Mounin voit dans la traduction une forme
de contact entre les langues, et il déduit de ce fait que « les problèmes théoriques  

posés par la légitimité ou illégitimité de l’opération traduisante […] ne peuvent être


éclairés en premier lieu que dans le cadre de la science linguistique » (Mounin 1963,  

17). Il ne prétend pourtant pas que l’opération elle-même est de caractère exclusive-
ment linguistique. En appliquant notre « grille d’analyse », exposée plus haut, au livre
   

de Mounin, on peut constater qu’il s’agit d’une analyse faite d’un point de vue
statique ; que la « technique de la traduction » n’est que rarement complétée par des
     

aspects « stratégiques » et que la notion d’équivalence n’est prise en considération


   

que de façon ponctuelle, c’est-à-dire à l’égard d’éléments isolés du texte. L’aspect


herméneutique manque presque complètement et les problèmes spécifiques de la
communication scripturale sont également passés sous silence. Comme Mounin se
réclame de la définition de Nida selon laquelle la traduction « consiste à produire  

dans la langue d’arrivée l’équivalent naturel le plus proche du message de la langue de


58 Jörn Albrecht et René Métrich

départ, d’abord quant à la signification, puis quant au style » (1963, 278), on peut le

considérer comme « cibliste » modéré. Bien que beaucoup d’aspects qu’on aurait
   

cherchés dans des études plus récentes y fassent défaut, le livre de Mounin reste une
œuvre de référence nullement « dépassée » dans sa totalité. La conclusion, notam-
   

ment, contient des observations qui méritent d’être prolongées et approfondies :  

l’ « inertie » de la langue (i.e. « le fait que la langue change moins vite que l’expérience
       

du monde », 273) ;9 le propos tout à fait original de « faire la statistique des échecs
     

traductionnels pour un texte donné, pour une paire de langues données » (autrement  

dit l’intraduisibilité comme notion statistique, 274) ; l’idée, enfin, que la différence

entre les diverses langues et cultures, qui rend ardu le travail des traducteurs, est
continuellement réduite par ce travail même, 276s.). En ce qui concerne l’aspect
didactique, on retiendra que c’est justement le prétendu défenseur d’une approche
strictement linguistique de la traduction qui plaide pour une bonne connaissance de
la civilisation comme condition préalable d’un travail effectif du traducteur (236). Son
volume Linguistique et traduction (Mounin 1976) réunit d’ailleurs des articles sur des
aspects divers de la traduction parus entre 1957 et 1974).
Maurice Pergnier ne fait pas partie des traductologues français les plus connus ;  

dans les ouvrages de traductologie, il est assez souvent cité dans un contexte particu-
lier, mais ses idées sur la traduction sont rarement exposées de façon cohérente. Il est
vrai que la traduction est pour lui un champ de travail parmi beaucoup d’autres. Sa
Thèse d’État, soutenue en 1976, porte le titre quelque peu surprenant Les fondements
sociolinguistiques de la traduction (Pergnier 1980).10 Nous y reviendrons plus loin.
De formation plutôt littéraire que linguistique, l’auteur s’exprime d’une manière
inaccoutumée pour celui qui est habitué au jargon technique des linguistes. Il se
propose de choisir la méthode inductive et met ses lecteurs en garde contre « les  

sables mouvants de la théorisation gratuite » (Pergnier 1980, 25). Bien qu’il distingue

clairement entre les aspects statique et dynamique de la traduction (ibid., 2s.), il


adopte un point de vue que l’on peut qualifier de statique dans la mesure où il ne
s’intéresse pas à « ce qui se passe dans la tête des traducteurs »,11 autrement dit au
   

processus du traduire en tant que tel. Étant donné que « le sens d’un énoncé est

étroitement solidaire des conditions de son émission » (ibid., 50), le traducteur, selon

lui, ne peut pas se limiter à un « décodage » du texte à traduire, car « la compréhen-


     

sion d’un énoncé nécessite en effet que tous les termes en soient référés correctement
aux éléments de la situation qui lui a donné naissance et lui confère son sens » (ibid.,  

9 Il s’agit de l’aspect complémentaire de ce que Hegel appelait la Voreiligkeit der Sprache, la ‘précipita-
tion de la langue’, c’est-à-dire le fait que la langue « précède » les étapes du développement de l’esprit.
   

10 Disponible sous forme d’un texte dactylographié et polycopié, qui contient des corrections manu-
scrites.
11 Pour reprendre – en français – le titre de l’ouvrage de Hans P. Krings (1986), Was in den Köpfen von

Übersetzern vorgeht, Eine empirische Untersuchung zur Struktur des Übersetzungsprozesses, Tübingen,
Narr.
La traductologie dans les principaux pays de langue romane 59

57). Cela ne veut pas dire que les bases purement « langagières » du sens peuvent être
   

complètement écartées : « On pourra bien sûr dire aussi que, si la traduction ne porte
   

pas sur la langue, elle porte néanmoins sur de la langue. ‹ Ce › qu’on traduit (…) est    

bien formulé en français, en anglais, en allemand etc. … et le résultat de la traduction


sera bien une formulation en anglais, en français, en allemand etc. … c’est-à-dire que
la langue intervient en tant que telle » (ibid., 29). « Technique » et « stratégie » de la
         

traduction sont donc pour Pergnier deux aspects complémentaires.


La notion d’« équivalence » est prise en compte sous la forme de la distinction
   

sans doute importante entre équivalence de signification (= équivalence virtuelle, « de  

langue ») et équivalence de désignation (= équivalence actuelle, « de message »), mais


     

les différents types d’équivalence de traduction ne sont guère évoqués. Si l’éloigne-


ment temporel ou culturel entre le texte source et le texte cible est considérable, le
risque d’erreur lors du passage de l’équivalence de signification à l’équivalence de
désignation est grand : « On peut légitimement se demander si beaucoup d’images
   

étrangement poétiques rencontrées dans des traductions d’auteurs de l’antiquité ou


d’auteurs orientaux ne sont pas tout simplement des idiotismes ou des clichés mal
traduits » (Pergnier 1980, 325s.).

Maurice Pergnier est loin de proposer une approche strictement herméneutique


de la traduction, mais en ce qui concerne les « sources du sens », il dépasse tout de
   

même les conceptions de ses prédécesseurs : le sens, nous l’avons vu ci-dessus,


résulte pour lui de l’énoncé et des conditions de son émission. Cela implique – et cette
observation paraît particulièrement importante – que le statut du traducteur n’est pas
celui du destinataire du message original ; le traducteur, « en réémettant le message
   

[…] engendre une nouvelle situation d’émission et ré-énonce en fonction, non seule-
ment d’une autre langue, mais aussi en fonction de nouvelles données situationnel-
les » (Pergnier 1980, 59). Ni « sourcier » ni « cibliste », Pergnier effleure le problème
         

dans le contexte de la question du « pourquoi » de la traduction : la traduction au


     

service de la didactique des langues étant plutôt une « opération sur les langues »    

qu’une « opération de langage », comme la « vraie » traduction, la question de savoir


       

si l’on doit privilégier la langue source ou la langue cible se pose surtout dans le
contexte de la didactique des langues.
On trouve chez Pergnier quelques schémas graphiques (Pergnier 1980, 58, 60) qui
modélisent le processus de la traduction, mais aucune tentative pour délimiter la
traduction proprement dite par rapport à l’imitation, l’adaptation etc. Un renvoi aux
« sciences du langage » se trouve pourtant déjà dans le titre de l’ouvrage, où il est
   

question de sociolinguistique. Curieusement, l’auteur n’explique que dans la deu-


xième moitié de son livre comment le titre doit être interprété : « C’est donc à une    

autre branche de la linguistique que nous devons nous adresser pour interroger notre
objet : non plus celle qui traite des langues comme systèmes immanents de signifiants

et de signifiés, mais celle qui considère ces mêmes systèmes dans leur existence
historique et sociologique, dans leur rapport avec les sujets parlants dans la commu-
nication, et qui traite des conditions de l’échange linguistique » (ibid., 289).  
60 Jörn Albrecht et René Métrich

Jean-René Ladmiral est, pour ainsi dire, un traductologue « pur sang » et un    

spécialiste de la philosophie allemande. Cependant, il ne s’est pas contenté de penser


la traduction, il l’a également pratiquée (en traduisant par ex. Kant, Nietzsche, Freud,
Adorno, Habermas), ce qui l’incite parfois à se moquer de certains collègues « traduc-  

to-logues » à cause de leur « manque de familiarité avec la pratique » (Ladmiral 1981,


     

394). Auteur d’innombrables articles, il doit pourtant sa renommée à son livre Tra-
duire : théorèmes pour la traduction (Ladmiral 1979), réédité, augmenté d’une nouvelle

préface, en 1994 puis en 2004. Le titre vaut programme : l’ouvrage consiste en  

l’exposé argumenté de quelques théorèmes relatifs à la traduction. Intimidé par les


exigences épistémologiques d’une linguistique hautement formalisée, qui dominait à
l’époque, l’auteur réagit avec agressivité en dénonçant ce qu’il appelle « un véritable  

terrorisme ‹ linguisticiste › et ‹ théoriciste › » (ibid., 161). Il n’est donc pas étonnant


         

que, pour la traduction aussi, il renonce d’emblée à toute théorisation rigoureuse :  

« Il ne s’agit pas pour nous de proposer une théorie, et encore moins la théorie, la vraie et

‹ scientifique ›, mais de la théorie pour la traduction : des théorèmes pluriels et juxtaposés, isolés
     

et lacunaires, auxquels il manque l’harmonisation d’un discours totalisant et formalisateur »  

(Ladmiral 1979, 213).

Sa personnalité de chercheur serait incomplètement caractérisée si l’on ne faisait


allusion à sa verve polémique, qui vise parfois ouvertement à « épater le bourgeois »,    

que ce soit par une élégance quelque peu archaïsante (« il m’est apparu qu’il conve-

nait que j’intervinsse en français ; il s’ensuivrait que je prisse le risque de l’improvisa-


tion » (cf. Ladmiral 1999, 33), ou par des néologismes et des expressions imagées

délibérément choquants ; ainsi parle-t-il, pour ne donner qu’un seul exemple, d’un

travail « traductothérapeutique » qui se fait […] pour lever les « complexes » du


       

traducteur comme la castration symbolique (quand même) d’écriture… (Ladmiral


1996, 33). Il lui arrive de se présenter, à l’instar de Mounin, comme marxiste authen-
tique : « La véritable traduction est un acte de communication, économiquement
   

déterminé par les conditions de production du traducteur » (Ladmiral 1979, 13) ; mais
   

quand l’humeur espiègle s’empare de lui, il recourt au « renversement du génitif »,    

figure rhétorique chère aux soixante-huitards et plus tard aux post-structuralistes.


Ainsi voit-il les « rapports entre traduction et psychanalyse […] pour ainsi dire balisé

par les deux pôles de l’antimétabole : traduction de la psychanalyse et psychanalyse


de la traduction » (Ladmiral 1996, 32).


À l’opposé de quelques traductologues de la première heure, Jean-René Ladmiral


ne néglige pas l’aspect dynamique de la traduction, mais en même temps il voit
clairement les problèmes épistémologiques qui se posent en l’occurrence : « S’agis-    

sant d’analyser les processus mentaux à l’œuvre quand un individu traduit, le


problème méthodologique est celui de l’accès aux données » (Ladmiral 1996, 29).  

À maintes reprises il affirme que tout ce que nous appelons « technique de la  

traduction » ne fait pas partie de la « vraie » traductologie : « S’agissant de la traduc-


         

tologie, qui nous occupe ici, l’accent mis sur la linguistique contrastive reviendrait à
La traductologie dans les principaux pays de langue romane 61

n’y voir qu’un problème de langues – ce que n’est qu’accessoirement la traduction »  

(Ladmiral 2004, 32). Le terme même de « technique de la traduction » est rejeté. Les
   

linguistes n’ayant généralement pas la pratique de la traduction, ils produisent un


discours inadéquat à la pratique des traducteurs : « C’est aussi pourquoi […] on ne
   

saurait parler en toute rigueur de ‹ technique de traduction › » (Ladmiral 1979, 18). Le


     

domaine propre de la traductologie est, selon lui, la « stratégie de la traduction » :


     

« Le métier de traducteur consiste à choisir le moindre mal ; il doit distinguer ce qui est essentiel
   

de ce qui est accessoire. Ses choix de traduction seront orientés par un choix fondamental
concernant la finalité de la traduction, concernant le public-cible, le niveau de culture et de
familiarité qu’on lui suppose avec l’auteur traduit et avec sa langue-culture originale » (ibid., 19).    

C’est ainsi qu’on pourra traduire en français le terme grec πόλις par la Cité pour un
public de culture classique et par l’État, quand on vise des lecteurs moins familiarisés
avec l’antiquité (cf. Ladmiral 1981, 394s.)
La notion d’« équivalence » est traitée par notre auteur avec un certain mépris :
     

« Un tel concept d’‹ équivalence › apparaît bien problématique […] Dans la pratique,
     

on pourra lui substituer l’idée d’approximation … » (Ladmiral 1981, 393). Il semble


évident, que le terme d’équivalence est pris ici dans le sens d’« invariance ». Du point    

de vue de celle-ci, l’équivalence est nécessairement une forme d’approximation.


Jean-René Ladmiral ne se range sûrement pas aux côtés de ceux qui, selon une
formule heureuse de Marc de Launay, font « fi de l’auteur comme du lecteur » du texte
   

(Launay 2006, 36); ses réflexions d’ordre herméneutique restent pourtant assez géné-
rales, ce qui a l’avantage que personne ne saurait les récuser : « La traduction est une    

méta-communication qui passe nécessairement par la médiation de la subjectivité du


traducteur, qui fait dès lors figure d’interprète, à tous les sens du mot » (Ladmiral  

1979, 232). En revanche, sur le rapport entre texte cible et texte source, on lui doit une
contribution particulièrement détaillée à la discussion. Au moyen des termes sourcier
et cibliste, forgés par lui, il distingue deux catégories de traducteurs, ceux qui
accordent la priorité à la restitution du plus grand nombre possible d’informations du
texte source et ceux qui jugent plus important de restituer ces informations en
fonction des caractéristiques ou besoins du public auquel est destinée la traduction
(cf. Ladmiral 1986). Les « limites extérieures » de la traduction sont nettement indi-
   

quées : « … l’emprunt, le calque et le mot à mot ne sont pas encore de la traduction, et


   

l’adaptation n’est déjà plus une traduction » (Ladmiral 1979, 20). Les Théorèmes pour

la traduction contiennent des observations judicieuses (et critiques) sur la traduction


en tant qu’institution pédagogique – un sujet souvent négligé par les traductologues
(chap. 2). Last but not least, il faut ajouter que l’auteur apparaît beaucoup moins

hostile à l’approche linguistique de la traduction si l’on tient compte de la distinction


« spécifiquement française » qu’il fait entre linguistique et sciences du langage (à
   

laquelle correspondent les sections II et III du présent volume). Il évoque à cet égard
un élargissement de la linguistique « aux dimensions des sciences du langage, où dès

lors la traductologie a sa place … » (Ladmiral 1996, 30).



62 Jörn Albrecht et René Métrich

Quelques mots encore sur certains chercheurs français qui, sans passer pour des
traductologues stricto sensu dans l’opinion commune, ont néanmoins apporté des
contributions importantes au problème de la traduction. Michel Ballard est surtout
connu comme historien de la traduction. Son livre De Cicéron à Benjamin (Ballard
1995) propose l’un des meilleurs aperçus actuels de l’histoire de la traduction dans le
monde occidental. Mais l’auteur s’est également fait remarquer par de nombreux
travaux de traductologie proprement dite, notamment d’ordre didactique. La « théori-  

sation » de la traduction est pour lui une « structuration de l’action du traducteur »


     

(Ballard 2004, 51). Il se montre peu enclin à la spéculation « gratuite » : « La traducto-        

logie que je pratique est fondée sur l’observation des textes traduits et de leurs
originaux, parce que je suis persuadé qu’une science (…) doit reposer sur l’observa-
tion du réel » (ibid., 52).

Avec sa conception de la « triple nature » de la traduction – matérielle, spirituelle,


   

sociolinguistique – il cherche à se positionner au « juste milieu » entre la philologie    

traditionnelle et la traductologie spéculative, c’est-à-dire à tenir compte de l’aspect


technique, stratégique et herméneutique de la traduction (cf. Ballard 2004, 52s.). Tout
en admettant qu’on ne peut pas réduire la traductologie à une forme de linguistique
appliquée, il rappelle à la raison tous ceux qui – comme Jean-René Ladmiral (peut-
être dans un accès de fougue) – prétendent que la traduction n’est qu’accessoirement
un problème de langues (cf. supra) :  

« La traduction, en son cœur, est une opération complexe qui fait intervenir l’herméneutique, la

paraphrase interlinguistique, la réécriture et le jugement ; on ne peut certes la réduire à un simple


acte linguistique mais on ne peut écarter le fait fondamental qu’elle existe parce que les langues
diffèrent et que le traducteur doit gérer un transfert dans cette situation de différence, à cause de
ce donné et avec ce donné » (ibid., 65).  

« La traductologie : la réflexion de la traduction sur elle-même à partir de sa nature


   

d’expérience » (Berman 1985, 39). Avec cette phrase, qui est plutôt une explication

qu’une définition stricto sensu, Antoine Berman, « éminence grise » de la traductolo-


   

gie française, mort trop jeune pour laisser des traces persistantes dans la mémoire
collective actuelle, s’est fait connaître comme traducteur arrivant à la réflexion en
quelque sorte « malgré lui » : c’est la traduction qu’il pratique à partir de l’espagnol,
     

de l’anglais et de l’allemand qui réfléchit « sur elle-même », le traducteur n’y est pour
   

rien. Bien qu’il ait fait ses expériences professionnelles dans les domaines de la
traductique et de la terminologie technique, il prend ses distances envers la traducto-
logie dite « scientifique » :
     

« Il pouvait exister (et il existe) une traductologie scientifique, objective, positive, débouchant sur

des ‹ méthodologies › ; il pouvait exister aussi, sur un mode discursif, mais non proprement
     

théorique, une traductologie ‹ essayistique › et même, à son extrémité, ‹ spéculative ›. […] Par
       

trajectoire, penchant et tempérament, j’ai opté pour une traductologie ‹ essayistique › » (Berman,
     

Rapport de synthèse [d’un projet d’habilitation], manuscrit non publié, cité dans Kuhn 2007, 18,
n. 23).

La traductologie dans les principaux pays de langue romane 63

Son œuvre principale, L’épreuve de l’étranger. Culture et traduction dans l’Allemagne


romantique (Berman 1984) a été perçue par le public comme une contribution impor-
tante et originale à l’histoire de la traduction. À y regarder de plus près, une telle
caractérisation se révèle insuffisante. Berman, tout en relatant les idées sur la traduc-
tion de Herder, Goethe, A.W. Schlegel, Schleiermacher,12 Humboldt et Hölderlin,

s’applique en fait à développer une « éthique de la traduction » (ibid., 17). Il paraît


   

obsédé par le double antagonisme entre trahison et fidélité d’une part et fidélité au
sens et fidélité à la lettre de l’autre. La fidélité (ainsi que la fedeltà des Italiens ou la
fidelidad des Espagnols) est le pendant subjectif et prescriptif de l’équivalence, notion
objective et purement descriptive. Il y a là peut-être un vague souvenir du fidus
interpres d’Horace (↗2 Réflexions sur la traduction dans les pays latins de Leonardo

Bruni (1420) à José Ortega y Gasset (1937)), resté plus vivant dans le monde latin
qu’ailleurs. Par « fidélité à la lettre » Berman entend tout à fait autre chose qu’un
   

« mot à mot » banal ; la lettre comprend tout ce qui caractérise un texte au-delà du
     

sens qu’il semble transmettre, tout ce qui met le lecteur « à l’épreuve de l’étranger » :
     

« J’appelle mauvaise traduction la traduction qui, généralement sous couvert de


transmissibilité, opère une négation systématique de l’étrangeté de l’œuvre étran-


gère » (ibid., 17).

Linguiste, poète et traducteur de la Bible, Henri Meschonnic, qui n’était pour-


tant pas dépourvu d’esprit de géométrie, penchait plutôt du côté de l’esprit de
finesse. La première partie de sa Poétique du traduire (1999) porte le titre « La  

pratique, c’est la théorie », et elle commence par un chapitre intitulé : « Poétique du


     

traduire, non traductologie ». L’auteur n’aurait sans doute guère apprécié de se


retrouver dans un article consacré à la traductologie. Presque toute son œuvre se


présente comme une sorte d’assemblage raffiné d’écriture poétique, de traduction et
d’essai ; on y trouve des interventions dans des disciplines apparemment aussi

disparates que la critique littéraire, la lexicographie (Meschonnic a collaboré à la


rédaction du Dictionnaire du Français Contemporain), la linguistique, la philosophie
et l’historiographie. Ce n’est sûrement pas par hasard qu’il a mis en exergue de la
Poétique du traduire la cinquième règle d’Étienne Dolet (↗2 Réflexions sur la traduc-

tion dans les pays latins de Leonardo Bruni (1420) à José Ortega y Gasset (1937)), où
il est question des « nombres oratoires » (numerus) de la rhétorique classique. Au
   

centre d’intérêt de ses travaux sur la traduction se trouve la notion de « rythme », un    

concept bien plus large chez Meschonnic que dans son acception commune, le
rythme étant lié pour lui à l’éthique et à la poétique du traduire (cf. Guidère 22010,
54s., 99). Émile Benveniste, dont Meschonnic se réclame volontiers, dans la mesure
où « il a été le premier à […] reconnaître et à […] analyser l’inscription grammaticale

de celui qui dit je dans le discours » (1999, 12) a tracé l’histoire du mot ῥυθμός dans

12 Nous lui devons une traduction française du célèbre traité de Schleiermacher : « Des différentes
   

méthodes du traduire ».

64 Jörn Albrecht et René Métrich

un bref article – un petit chef-d’œuvre de lexicologie historique (Benveniste 1966).


Mais tandis que Benveniste montre consciencieusement, à l’aide d’exemples tirés de
textes grecs, que ῥυθμός (ou la variante ionienne ῥυσμός) signifiait à l’origine
« l’arrangement caractéristique des parties dans un tout », la « disposition propor-
     

tionnée », Meschonnic ne laisse entrevoir qu’ex negativo ce qu’il entend par rythme,

en donnant des exemples de traductions qu’il qualifie comme mauvaises en raison


de leur trahison du rythme, par ex. une traduction d’Italo Calvino par deux traduc-
teurs français réputés :  

« Naturellement, le lecteur de la traduction n’en sait rien [du rythme perdu]. Et ne sait même pas

qu’il ne sait pas. La traduction n’est pas faite pour dénoncer le traducteur. Mais pour le cacher. Le
lecteur, sauf celui des éditions bilingues, ne lit ce que ce qu’on lui donne à lire. Il lit du sens. Le
sens y est. Mais quelque chose du rythme n’y est plus, qui pouvait y être » (Meschonnic 1999, 220).

Il est presque superflu d’ajouter qu’avec ses polémiques acerbes contre nombre de ses
collègues, Meschonnic ne s’est pas fait beaucoup d’amis : ainsi la Bible de Jérusalem,

œuvre collective d’un groupe d’érudits réputés, est-elle qualifiée de version « la plus  

insidieusement mauvaise » (Meschonnic 1973, 418) et Jacques Derrida, dont il sera


question plus loin, est-il expédié par une remarque sarcastique : « C’est en surfaisant
   

que Derrida défait » (Meschonnic 1975, 473).


Théologien protestant, traducteur de Husserl, connaisseur de l’herméneutique de


Schleiermacher, compagnon critique du structuralisme, dont il a apprécié les métho-
des analytiques tout en récusant les implications philosophiques, Paul Ricœur se
soustrait à tout classement dans l’un ou l’autre des camps d’intellectuels de son
époque. Il a toujours préféré le rôle de médiateur à celui de représentant décidé d’un
certain mouvement. On ne peut sans doute pas le considérer comme un traductolo-
gue, mais il est intervenu à plusieurs reprises dans le débat sur les problèmes de la
traduction ; trois de ses conférences ont été réunies dans un petit volume, qui a paru

un an avant sa mort (Ricœur 2004). Son séjour aux États Unis a laissé des traces dans
ses travaux ; quant au problème de « l’union inséparable du sens et de la sonorité, du
   

signifié et du signifiant » (ibid., 12), il se montre influencé par les idées de Quine ; il
   

admet qu’il n’y a pas de moyen sûr de savoir si le « sens » du texte original est resté
   

« le même » dans sa traduction :


     

« Le dilemme fidélité/trahison se pose comme dilemme pratique parce qu’il n’existe pas de critère

absolu de ce qui serait la bonne traduction. Ce critère absolu serait le même sens, écrit quelque
part, au-dessus et entre le texte d’origine et le texte d’arrivée. Ce troisième texte serait porteur du
sens identique supposé circuler du premier au second. D’où le paradoxe, dissimulé sous le
dilemme pratique entre fidélité et trahison : une bonne traduction ne peut viser qu’à une

équivalence présumée, non fondée dans une identité de sens démontrable, une équivalence sans
identité » (Ricœur 2004, 60 ; cf. également p. 39).
     

Nous sortons de ce dilemme par une certaine confiance – naïve, mais nécessaire – en
la possibilité de comprendre un énoncé et de pouvoir faire la preuve de cette compré-
La traductologie dans les principaux pays de langue romane 65

hension en l’expliquant par un autre qui a « le même sens », et cela pas seulement
   

dans deux langues différentes mais également à l’intérieur de la nôtre (traduction


« interne » selon Ricœur) :
     

« … il est toujours possible de dire la même chose autrement. C’est ce que nous faisons quand

nous définissons un mot par un autre du même lexique, comme font tous les dictionnaires. […]
Mais c’est aussi ce que nous faisons quand nous reformulons un argument qui n’a pas été
compris. […] Or, dire la même chose autrement – autrement dit – c’est ce que faisait tout à l’heure
le traducteur de langue étrangère » (Ricœur 2004, 45).

Dans la pratique, le problème du doute sur la compréhension du sens est surmonté –


graduellement, mais jamais définitivement – par un travail incessant, qui se mani-
feste dans des commentaires critiques et, au-delà de la frontière linguistique, dans les
retraductions :  

« J’ouvre ici une parenthèse, parlant de retraduction par le lecteur, je touche au problème plus

général de la retraduction incessante des grandes œuvres, des grands classiques de la culture
mondiale … Il faut peut-être même dire que c’est dans la retraduction qu’on observe le mieux la
pulsion de traduction entretenue par l’insatisfaction à l’égard des traductions existantes » (Ri-

cœur 2004, 14s.).

L’équivalence, qui garantit la « bonne » traduction, ne se révèle souvent pas comme


   

but que les traducteurs s’appliquent à atteindre mais plutôt comme fruit de leur
travail : « En fait, la parenté culturelle dissimule la nature véritable de l’équivalence,
   

qui est plutôt produite par la traduction que présumée par elle » (Ricœur 2004, 63).

Notons pour conclure, que Paul Ricœur n’a jamais négligé le côté éthique de la
traduction ; le recours permanent à la dichotomie fidélité vs trahison en témoigne :
   

« Il me semble, en effet, que la traduction ne pose pas seulement un travail intellectuel, théorique

ou pratique, mais un problème éthique. Amener le lecteur à l’auteur, amener l’auteur au lecteur,
au risque de servir et de trahir deux maîtres, c’est pratiquer ce que j’aime appeler l’hospitalité
langagière » (Ricœur 2004, 42 s.).

Pour conclure la partie consacrée à la France, encore quelques remarques sur l’argu-
ment « traduction et déconstruction » :
     

« YHWH exige et interdit à la fois, dans son geste déconstructeur, qu’on entende son nom propre

dans la langue, il mande et rature la traduction, il voue à la traduction impossible et nécessaire »  

(Derrida 1980, 179).

Nos lecteurs auront compris, qu’un auteur qui décrypte et explique les gestes « dé-  

constructeurs » de Yahweh dépasse un peu le cadre d’un modeste manuel de traduc-


tologie. Pourtant, nous ne pouvons pas nous passer de parler brièvement de lui, car
Jacques Derrida, sans être « traductologue », a eu une influence considérable sur la
   

théorie de la traduction non seulement en France mais également dans d’autres pays
de langue romane.
66 Jörn Albrecht et René Métrich

Le terme de déconstruction a été forgé comme équivalent de la Destruktion [des


überlieferten Bestandes der antiken Ontologie] chez Heidegger.13 Le terme a eu une
fortune qui l’a porté bien loin au-delà de ses modestes origines ; il se dérobe à toute  

définition, comme John R. Searle l’a remarqué dans sa célèbre recension du livre On

Deconstruction par Jonathan Culler :  

« Je suis convaincu que si l’on demandait à la plupart de ceux qui pratiquent la déconstruction

d’en donner une définition, non seulement ils se montreraient incapables d’en proposer une,
mais ils verraient dans cette requête proprement dite une expression du ‹ logocentrisme › que la
   

déconstruction a précisément pour ambition de déconstruire ».14  

Impossible de suivre ici de près le débat sur le pour et le contre de la « déconstruc-  

tion ». Dans le contexte qui nous intéresse ici, il suffit de noter que pour les décons-

tructionnistes il n’y a pas d’énoncé doué d’un sens univoque et intersubjectivement


démontrable : « … ce que nous tenons pour un langage pourvu de sens peut être réduit
   

à un jeu libre de signifiants, voire au processus infini à la faveur duquel les textes se
greffent les uns aux autres » (Searle 1992, 9).  

Le rapport avec la critique de l’écriture par Platon dans Phèdre est évident et
Derrida lui-même le souligne ; c’est en effet surtout le texte écrit, qui pose des

problèmes d’interprétation :  

« … quand une fois il a été écrit, chaque discours va rouler de droite et de gauche et passe

indifféremment auprès de ceux qui s’y connaissent, comme auprès de ceux dont ce n’est point
l’affaire ; de plus, il ne sait pas quels sont ceux à qui il doit ou non s’adresser. Que par ailleurs

s’élèvent à son sujet des voix discordantes et qu’il soit injustement injurié, il a toujours besoin du
secours de son père ; car il n’est capable ni de se défendre ni de se tirer d’affaire tout seul »
   

(Phèdre, 275d–e).

Que le texte écrit, qui, à l’opposé de l’énoncé oral, se trouve nécessairement privé des
indices des conditions extérieures de son énonciation, soit susceptible d’interpréta-
tions multiples et puisse être mal compris par ceux qui se croient concernés sans
l’être, c’est un fait qu’aucun « logocentriste » ne saurait nier. Mais quelles conclusions
   

tirer de cet état de choses ? Les déconstructionnistes font de nécessité vertu. Ils se

précipitent avec un plaisir candide sur toutes les traductions « aberrantes » (presque   

toujours ponctuelles) que des traducteurs réputés ont pu commettre, en insinuant que
si « tout est possible » tout doit être légitime. Pourquoi ne pas rendre le titre du célèbre
   

essai Die Aufgabe des Übersetzers de Walter Benjamin par « L’abandon du traduc-  

teur » au lieu de « La tâche du traducteur » comme font les logocentristes (cf. Paul de
     

13 Sein und Zeit. Tübingen 192006 [1927], 22. François Vezin traduit par « La désobstruction de

l’histoire de l’ontologie ».  

14 Searle (1992, 7s. ; trad. fr. par Jean-Pierre Cometti). L’original anglais a paru 1983 dans la New York

Review of Books.
La traductologie dans les principaux pays de langue romane 67

Man 1997 [1983], 192) ? La polysémie du mot allemand Aufgabe rend une telle traduc-
tion possible. N’est-il pas évident que le traducteur doit abandonner son projet vis-à-
vis de tant de difficultés qu’il rencontre ?  

S’il y a un apport utile du déconstructionnisme à la théorie des textes (et,


indirectement, à la traduction), il consiste dans l’idée que le texte littéraire possède,
jusqu’à un certain degré, une existence autonome, mais non indépendante d’autres
textes, ce qui veut dire qu’on ne peut pas réduire son sens à une présumée « intention  

de l’auteur » ni le comprendre sans recourir à d’autres textes. En conclure que


n’importe quelle interprétation est permise pourvu qu’elle soit brillamment exposée
est une aberration et, pour le traducteur, une invitation au « n’importe quoi ». Viser le
   

sens, même si l’on ne peut s’en approcher qu’asymptotiquement sans jamais l’attein-
dre, reste envers et contre tout un objectif légitime.

Comme la France, l’Espagne dispose d’une longue tradition de réflexion sur le pro-
blème de la traduction (↗2 Réflexions sur la traduction dans les pays latins de Leonardo

Bruni (1420) à José Ortega y Gasset (1937)). Elle est cependant peu connue, même des
traductologues espagnols. Dans la brève partie historique de la volumineuse Introduc-
ción a la traductología de Amparo Hurtado Albir – ouvrage qui a de nombreux mérites –
on lit qu’Horace se serait prononcé en faveur de la traduction « libre » :     

« La linea ciceroniana es seguida por Horacio, quien en la Epistola ad Pisones […] afirma que no

hay que traducir palabra por palabra e introduce el término fiel en el debate […] » (22004, 105).

S’il est vrai qu’Horace fut (probablement) le premier à évoquer la notion de « fidélité »,   

l’auteure se trompe (comme beaucoup de commentateurs avant elle, y compris Saint


Jérôme) sur l’interprétation du célèbre vers de l’espistola ad Pisones (« art poétique »)
   

d’Horace : nec verbo verbum curabis reddere fidus/interpres… Au commencement du


XVIIe siècle, Gregorio Morillo, un philologue espagnol, a affirmé qu’une telle inter-
prétation ne tient pas compte du contexte amont :  

« Algunos romancistas dicen que Horacio dio más anchura a este camino [de la traducción] y que

el intérprete no está obligado palabra por palabra […] Y engáñanse, que antes Horacio estrecha
más la ley, y aquel verso trae dependencia de arriba […] » (Morillo, cité d’après García Yebra

1994, 63 ; cf. également Albrecht 2010).


En effet, Horace recommande aux jeunes auteurs de faire leurs débuts sur la scène
littéraire en présentant une version personnelle d’un sujet bien connu et en évitant de
suivre leur modèle mot par mot comme ferait un fidèle interprète. Cela implique qu’il
est lui-même convaincu qu’un traducteur doit procéder de la sorte. Valentín García
Yebra, dont il sera question maintenant, a pris ce passage dans une belle anthologie
de Julio-César Santoyo (1987), citée mais non lue attentivement par Hurtado Albir, et
il parle à juste titre d’un Curioso error en la historia de la traducción à ce propos. Bien
que ses travaux soient apparus relativement tard sur le marché du livre, García Yebra
68 Jörn Albrecht et René Métrich

fait partie des traductologues « de la première génération », qui s’en tiennent d’abord
   

aux faits linguistiques et ont une conception très étroite de la traduction, laquelle
n’est pas sans rappeler celle de « l’homme de la rue ».
   

« La regla de oro para toda traducción es, a mi juicio, decir todo lo que dice el original, no decir

nada que el original no diga, y decirlo todo con la corrección y naturalidad que permita la lengua
a la que se traduce » (García Yebra 21984, vol. I, 43).

À l’instar des auteurs des différentes « Stylistiques comparées », García Yebra illustre
   

les problèmes linguistiques de la traduction à l’aide d’exemples pris dans les traduc-
tions d’œuvres bien connues, et assez souvent il recourt aux exemples donnés par
Mario Wandruszka dans son opus magnum (1969, cf. supra). Mais à l’opposé de celui-
ci, il n’accepte pas toujours inconditionnellement les solutions que proposent les
traducteurs professionnels :  

« Pero, al aprovechar los ejemplos reunidos por Wandruszka, no me he limitado a transcribirlos.


En primer lugar, los utilizo con frecuencia para fines distintos de los buscados por él. Y, sobre
todo, rectifico a veces y comento traducciones españolas que Wandruszka parece admitir sin
reparo » (García Yebra 21984, vol. I, 15s.).

La plupart des problèmes chers aux traductologues modernes ne jouent qu’un rôle
marginal dans les œuvres de García Yebra (l’aspect cognitif, l’aspect herméneutique,
le rapport entre « technique » et « stratégie de la traduction », les opérations sémioti-
       

ques affines comme l’imitation, l’adaptation, la parodie etc.) mais on ne saurait le


qualifier de défenseur d’une position exclusivement « linguistique » dans le domaine
   

de la traduction : en tant que traductologue et traducteur, il sait très bien qu’il ne


suffit pas de savoir les langues pour savoir traduire :  

« No se puede traducir […] sin comprender sus textos escritos como un lector nativo competente.

Pero esta competencia […] tampoco basta. Es necesario también, y sobre todo, el dominio de la
lengua a la que se traduce […]. Esta doble capacidad, comprensiva y expresiva, supone un
conocimiento profundo del léxico, de la morfología y de la sintaxis de ambas lenguas ; supone

familiaridad con las culturas que se reflejan en ellas, gran acopio de conocimientos generales
extralingüísticos y, para determinados tipos de traducción, cierto dominio del tema considerado
o descrito en el texto » (García Yebra 21984, vol. I, 19).

En ce qui concerne la traductologie « moderne », qui s’intéresse beaucoup plus à la


   

stratégie qu’à la technique de la traduction et qui traite de questions et problèmes


absents dans l’œuvre de García Yebra, elle s’impose dans les pays hispanophones (et
lusophones) avec un certain retard par rapport à l’Europe centrale et à l’Europe de
l’Ouest, mais avec d’autant plus d’assurance. Comme il est impossible de donner un
aperçu complet des activités traductologiques en Espagne, nous nous limiterons à
quelques aspects qui nous paraissent particulièrement importants. L’introduction de
Hurtado Albir – un peu éclectique mais précisément pour cette raison très riche en
informations − nous servira de « fil rouge ».   
La traductologie dans les principaux pays de langue romane 69

À côté de Teoría de la traducción y Traductología, les termes actuellement les plus


usuels, on trouve un certain nombre de termes concurrents comme Lingüística aplica-
da a la traducción, Ciencia de la traducción, Translatología, Estudios sobre la traduc-
ción, Estudios de la traducción, Translémica (Hurtado Albir 22004, 133). Le dernier
terme, forgé selon toute apparence par Julio-César Santoyo (1986 [1983]), est un acquis
exclusivement espagnol et mérite une attention particulière. La première introduction
à la discipline en langue espagnole est née aux États Unis, la Introducción a la
traductología de Gerardo Vázquez-Ayora (1977). L’auteur réserve le terme de traducto-
logía à l’approche linguistique de la traduction. Certains auteurs emploient le terme
tradumática (cf. fr. traductique) pour les recherches dans le domaine de la traduction

automatique.
La notion d’équivalence joue un rôle important dans la traductologie espagnole,
et, contrairement à la France et surtout à l’Allemagne, où le terme de Treue est
aujourd’hui presque systématiquement l’objet de moqueries ou de sarcasmes, l’équi-
valence est considérée par les traductologues espagnols comme héritière légitime de
la « fidélité » des théories classiques :
     

« Históricamente, el término fidelidad en traducción se ha solido identificar con sujeción al texto


original (traducción literal) y opuesto a libertad (traducción libre); ahora bien […] no debería ser
así, ya que, estrictamente hablando, fidelidad expresa únicamente la existencia de un vínculo
entre un texto original y su traducción, pero no la naturaleza de ese vínculo […] » (Hurtado Albir
   

2
2004, 202).

Notre auteure s’applique à libérer l’ancienne notion de ses connotations prescriptives


et d’en faire un concept purement descriptif. Mais elle admet qu’aujourd’hui d’autres
concepts ont pris la place de la notion traditionnelle :  

« En la corta andadura, la Traductología ha ido acuñando una serie de conceptos […] que han ido

desplazando a la que ha sido la noción clave a lo largo de la historia : la noción de fidelidad.


Estas nociones son : la equivalencia traductora, la invariable traductora, la unidad de traducción,


el método traductor, las técnicas de traducción, las estrategias traductoras, los problemas de
traducción y los errores de traducción » (Hurtado Albir 22004, 201).

Cette affirmation est un peu sujette à caution : la seule notion qui a, si l’on veut,

« remplacé » (desplazado) celle de « fidélité », c’est l’equivalencia traductora, l’équi-


       

valence en matière de traduction ; les autres notions se trouvent, certes, dans un


certain rapport notionnel avec la « fidélité en traduction », mais elles ne la « rempla-


     

cent » pas. La question mérite un petit excursus terminologique.


Comme il a été mentionné plus haut, Santoyo a forgé les termes translema et
translémica (« au-delà du lemme »), que son élève Rosa Rabadán définit de la façon
   

suivante :  

« T RANSLEMA : 1. […] Unidad mínima de equivalencia interlingüística, susceptible de permutación


   

funcional y no reducible a unidades menores sin pérdida de su condición de equivalencia.


70 Jörn Albrecht et René Métrich

2. Unidad bitextual, de cualquier tipo o nivel, constituida por un mismo contenido y dos

manifestaciones formales diferenciadas pero solidarias, y cuya existencia depende de la relación


global de equivalencia subyacente a cada binomio textual TO-TM.
T RANSL
RANS LÉMIC
ÉMICAA : […] Disciplina que se ocupa, en un marco abstracto y metodológico propio, de

explicar, predecir y dar cobertura teórica sistemática, a la vez que coherente, a los fenómenos y
procesos de traducción. Su noción central es la equivalencia translémica y su unidad el trans-
lema » (Rabadán 1991, 300).

À quelques détails près, le translema correspond à l’unité de traduction de Vinay/


Darbelnet : « … le plus petit segment de l’énoncé dont la cohésion de signes est telle
   

qu’ils ne doivent pas être traduits séparément » (repris par Malblanc 21963, 13) et la

translémica correspond plus ou moins exactement à ce que nous entendons par


« technique de la traduction », une technique qui dépend toutefois étroitement du
   

plan traductologique supérieur, c’est-à-dire de la stratégie de traduction. Beaucoup


de traductologues, et pas seulement en Espagne, ne distinguent pas entre équivalence
virtuelle, au niveau de la langue et de la signification, et équivalence actuelle, au
niveau de l’énoncé et de la désignation. Un dictionnaire bilingue ne contient que des
équivalents virtuels ; il ne donne pas, comme on dit souvent à tort, des « traduc-
   

tions », mais des « propositions de traduction », que le traducteur peut accepter ou


     

refuser. La translémica est la recherche systématique d’équivalents complexes « ac-  

tuels » pour des segments textuels ; et il va de soi que le traducteur, dans sa recherche,
   

ne s’oriente pas uniquement aux ressources que lui offrent ses deux langues de travail
sans tenir compte des caractéristiques du texte qu’il traduit et des fins qu’il veut
atteindre par sa traduction. Le succès, la gloire, l’argent, Giacometti s’en foutait – El
éxito, la gloria, el dinero, le importaban un comino a Giacometti (cf. García Yebra 21984
II, 562), c’est un binomio textual acceptable dans un cas donné, mais on peut imaginer
d’autres cas dans lesquels la même solution serait exclue.
Une dernière observation s’impose : à l’opposé des traductologues germano-

phones, qui inscrivent leur discipline dans le cadre des humanités, leurs homologues
espagnols ont plutôt tendance à élever la traductología au rang de science « exacte ».    

Un indice caractéristique en est l’emploi fréquent de termes comme predecir (cf.


supra) ou predicción, qui promettent des résultats « sûrs ».    

Hurtado Albir fournit également des informations sur les travaux traductolo-
giques en langue catalane et portugaise. Les pays lusophones, particulièrement le
Brésil, se distinguent par une multitude d’études dans le domaine de la traduction
dans sa dimension institutionnelle, en tant que branche d’activité, moins par des
approches théoriques originales. Les contributions strictement techniques sont sou-
vent rédigées en anglais ; c’est le cas, par ex., des deux suivantes choisies parmi des

dizaines d’autres : « Corpus-driven terminology in Brazil » (Tagnin 2012) ou « Text


       

Linguistics and Translation : Redefining the concept of ‹ cultural mark › » (Azenha Jr.
       

2008).
Le « Call for Papers » par lequel la revue Mutatis Mutandis a invité récemment
   

traducteurs et chercheurs à envoyer des contributions sur des problèmes de traduc-


La traductologie dans les principaux pays de langue romane 71

tion dans le contexte brésilien offre à sa manière une vue d’ensemble de la traductolo-
gie au Brésil :  

« Les études de traduction au Brésil ont fait preuve, dans les dernières décennies, d’une produc-

tion bibliographique considérable, de caractère théorique, de réflexion, et des traductions. La


recherche en traductologie a un caractère transdisciplinaire avec des contributions provenant de
l’Anthropologie, La Critique Génétique, l’Histoire Sociale et Politique, la Sociologie, entres autres
disciplines. Cela correspond à une volonté de positionner la littérature traduite à l’intérieur du
polysystème de la littérature nationale, octroyant aux traductions un caractère d’auteur » (http://

calenda.org/272441?utm_source=lettre).

Ce qui vaut pour les pays hispanophones vaut également pour l’espace lusophone :  

On constate une certaine contradiction – au moins implicite – entre l’aspiration à


élever la traductologie au rang de discipline autonome et la mise en valeur de sa
« transdisciplinarité ».
   

Une première idée de l’histoire des réflexions théoriques sur la traduction pro-
venant d’Italie a été donnée dans l’article ↗2 Réflexions sur la traduction dans les

pays latins de Leonardo Bruni (1420) à José Ortega y Gasset (1937). On trouvera des
informations plus complètes (mais toujours succinctes) chez Duranti, « Italian tradi-  

tion » (1998) ou dans la Storia della traduzione de Bruno Osimo (2002). Dans les

anthologies des essais théoriques sur la traduction en Occident, les penseurs italiens
ne sont que faiblement représentés (cf. Pöckl/Pögl 2007, 1373).
Dans le domaine des humanités, l’Italie a longtemps constitué un monde « à  

part », qui se suffisait à lui-même. Depuis la distinction introduite par Giambattista


Vico entre un mondo naturale et un mondo civile (delle nazioni) au XVIIIe siècle, les
humanités ont pu mieux conserver leur prestige qu’ailleurs ; elles ont moins souffert

de la suprématie croissante des sciences naturelles que dans d’autres pays européens.
Les approches strictement techniques de la traduction ont fait leur apparition en Italie
avec un certain retard. L’ouvrage de Charles Bally Linguistique générale et linguistique
française (avec une note introductive de Cesare Segre présentant les idées principales
de la linguistique contrastive au public italien) n’a été traduit qu’en 1963, soit près de
trente ans après la parution de la première édition. La Stylistique comparée de l’italien
et du français, mentionnée ci-dessus, ouvrage tout à fait « épigonal », a trouvé peu de
   

résonnance. Les travaux d’Enrico Arcaini et de Marcello Soffritti, qui abordent les
problèmes « concrets » de la traduction du point de vue d’une linguistique technique-
   

ment élaborée, sont restés en dehors du mainstream de la traduttologia italiana ; Eco  

ne cite même pas leurs noms dans son livre sur la traduction mentionné ci-dessus (cf.
Arcaini 21986 ; Soffritti 2006). Les langues de spécialité et la terminologie ont égale-

ment été un peu négligées ; le recueil de travaux réunis par Margherita Ulrych réserve

cependant une section à ce domaine (Ulrych 1997, section VII).


Beaucoup d’historiens voient la raison de cette « exception italienne » dans
   

l’influence qu’a exercée Benedetto Croce durant des décennies sur la vie intellectuelle
de son pays :  
72 Jörn Albrecht et René Métrich

« The delay in the development of translation studies in Italy is probably due to the negative

attitude of influential thinkers like Benedetto Croce (1866–1952) who, following Dante, dismissed
translation as a logically impossible task […] » (Duranti 1998, 481).

Le prestige énorme de l’« idéalisme » tout à fait particulier du philosophe napolitain


   

n’a pas seulement freiné considérablement la propagation du structuralisme linguis-


tique en Italie ; il a également entravé le développement d’une « science de la traduc-
   

tion », réclamée expressément, mais beaucoup plus tard, par Franco Buffoni (2007 b)
   

dans son essai Per una scienza della traduzione. Pour Croce, l’art et le langage étaient
des manifestations inséparables d’une des quatre formes que peut assumer l’esprit :  

la forme théorico-intuitive. Esthétique et linguistique n’étaient pour lui qu’une seule


discipline. Tullio De Mauro, représentant d’une génération de linguistes beaucoup
moins « idéalistes », a qualifié cette conception de « bomba piena di esplosiva follia »
       

(De Mauro 1954, 376). Chaque énoncé dépassant les formules stéréotypées de la vie
quotidienne était pour Croce une forme de « poésie », la manifestation d’un acte
   

créateur unique. L’idée de vouloir répéter un tel acte par les moyens d’une autre
langue lui paraissait vaine :  

« I singoli fatti espressivi sono altrettanti individui, l’uno non ragguagliabile con l’altro, se non

nella comune qualità di espressione. Per adoperare il linguaggio delle scuole, l’espressione è una
specie che non può fungere a sua volta da genere. Variano le impressioni ossia i contenuti : ogni  

contenuto è diverso da ogni altro, perché niente si ripete nella vita ; al variare continuo dei

contenuti corrisponde la varietà irriducibile delle forme espressive, sintesi estetiche delle impres-
sioni » (Croce 1990 [1902], 86).

En ce qui concerne les énoncés « pratiques » de la communication quotidienne et


   

surtout les textes scientifiques, Croce se montre moins pessimiste ; il admet qu’une  

equivalenza dei segni, uniquement au plan du contenu, est tout à fait possible
(Bschleipfer/Schwarze 2011, 1955s.).
Parmi les linguistes, Benvenuto Terracini joue un rôle tout à fait particulier dans
la réflexion sur le problème de la traduction. Représentant de l’école italienne de
dialectologie et de géographie linguistique, la « neolinguistica », il est tout autre
   

chose qu’un spécialiste en la matière. Il est pourtant intervenu trois fois dans le débat
traductologique, et ses trois conférences ont été réunies, après sa mort, dans un petit
volume qu’on ne devrait pas passer sous silence (Terracini 1983). Loin d’ennuyer son
public avec des détails techniques, il se présente plutôt comme un « honnête homme »    

avec une immense culture générale et de vastes connaissances littéraires. Pour décrire
la tension entre l’équivalence virtuelle déterminée par les différences entre les cultu-
res et les langues respectives et l’équivalence actuelle « établie » chaque fois par le   

traducteur, il a trouvé une formule originale : « grammaire du traducteur » versus


     

« langue du traducteur » :
     
La traductologie dans les principaux pays de langue romane 73

« Infatti chi ha prospettato con la dovuta ampiezza il problema della traduzione l’ha considerata

come il prodotto tipico dell’antinomia che corre tra l’universalismo della cultura e il particolaris-
mo della concreta forma di cultura che si elabora in ciascuna lingua storicamente prodotta.
Quella rigida opposizione di ambienti culturali che è condizione necessaria del tradurre, si
riverbera dunque in una infinita serie di opposizioni formali che il traduttore deve superare
nell’atto stesso in cui stabilisce le sue equivalenze di contenuto. Se l’insieme di queste può dirsi
la grammatica del traduttore, il superare ciascuna di quelle opposizioni costituirà un lavoro che a
buon diritto potremo chiamare la lingua del traduttore » (ibid., 40s.).

Si l’Italie se montre peu active en matière de théories et de modèles de traduction en


général, elle excelle en revanche dans le domaine de la traduction littéraire et dans
celui d’une histoire de la traduction qui reflète en même temps l’histoire des idées. Ce
n’est pas par hasard que le second livre de Georges Mounin sur la traduction –
beaucoup moins technique que Théories et modèles – a d’abord paru en langue
italienne : Teoria e storia della traduzione (1965). La version allemande a été traduite à

partir de l’italien.
La traduction littéraire est un terrain glissant où des opinions contraires s’affron-
tent. Franco Fortini voit dans la traduction une activité littéraire sui generis et s’ap-
plique à ce qu’on reconnaisse au texte traduit une valeur littéraire propre ; pour le  

poète lui-même, traduire est « un metodo economico per assumere un’identità diversa

dalla propria ». Où Croce parlait de « la nostalgia dell’originale », évoquée par sa


     

traduction, Fortini découvre un aspect positif dans la distance entre texte original et
texte traduit : une « tensione tra la memoria dell’originale e l’apprensione del nuovo
   

originale ossia della traduzione » (Fortini 1973, 60). À son avis, les opérations sémio-

tiques affines comme « l’imitazione, la parodia, il rifacimento » ont droit de cité à


   

l’intérieur de la production littéraire. Les limites entre « écriture » et « traduction »


       

sont estompées.
Emilio Mattioli et Franco Buffoni adoptent à l’égard des différentes formes de la
traduction littéraire une attitude qui paraît, du moins à première vue, contradictoire.
D’une part, comme éditeurs de la prestigieuse revue Testo a fronte, dont le nom vaut
programme, ils ont encouragé la propagation d’éditions bilingues de textes impor-
tants, des éditions dans lesquelles le texte traduit n’a qu’une fonction ancillaire,
puisqu’il sert en premier lieu à faciliter la compréhension du texte original imprimé
sur la page « en regard » (cf. infra, 3). D’autre part, ils plaident pour une conception
   

extrêmement « libre » de la traduction, une approche « phénoménologique », qui


       

proscrit toute théorisation a priori : est considéré comme traduction tout texte qui se

déclare tel. Les limites entre traduction et réception d’œuvres étrangères sont inten-
tionnellement brouillées (cf. Buffoni 2005 ; 2007a ; Mattioli 1993). Les deux théori-
   

ciens se montrent profondément influencés par Henri Meschonnic et l’importance que


celui-ci accorde au « rythme » (cf. supra ; Buffoni/Mattioli 2002).
     

Il va sans dire que le livre sur la traduction du célèbre écrivain Umberto Eco a eu
un retentissement plus grand que les travaux des traductologues en titre. Dire quasi la
stessa cosa, « dire presque la même chose », est un titre ironique, qui correspond à la
   
74 Jörn Albrecht et René Métrich

conception naïve de la traduction du grand public : traduire, c’est dire la même chose

dans une autre langue. L’auteur se fait un malin plaisir de « démonter » son titre dès
   

les premières lignes du livre :  

« […] abbiamo molti problemi a stabilire che cosa significhi ‹ dire la stessa cosa ›, e non lo
     

sappiamo bene per tutte le operazioni che chiamiamo parafrasi, definizione, spiegazione, rifor-
mulazione, per non parlare delle pretese sostituzioni sinonimiche. In secondo luogo perché,
davanti a un testo da tradurre, non sappiamo quale sia la cosa. Infine, in certi casi, è persino
dubbio che cosa voglia dire dire » (Eco 2003, 9).

L’idée centrale du livre est celle de la traduction comme négociation. À l’instar de son
compatriote Carlo Goldoni, Eco se sert de l’image du servitore di due padroni ; le  

traducteur, au service du texte original et du texte traduit, doit négocier un compro-


mis acceptable pour les deux partis. Cette conception, séduisante à première vue mais
un peu simpliste, n’a pas trouvé grâce aux yeux des traductologues italiens. Buffoni
parle, plein de mépris, d’une « stolida, risibile e piuttosto volgare ‹ negoziazione › »
       

(2007a, 17).
La Roumanie, pour finir, a connu une riche production de traductions à partir du
XIXe siècle ; beaucoup de traducteurs, plus ou moins polyglottes, ont traduit à partir

de plusieurs langues européennes. La théorie de la traduction en est cependant restée


au stade des réflexions personnelles des traducteurs sur leur travail :  

« Translation theory remains closely connected with practice in Romania. Most of the literature on

translation is published by professional translators or teachers of translation » (Kohn 1998, 539).


Dans le domaine de la traduction littéraire, l’aspect de la réception du texte traduit par


ses lecteurs joue un rôle important. Dans son Orizontul traducerii Gelu Ionescu s’oriente
vers « l’esthétique de la réception » de l’école de Constance (Schippel 2011, 2121).
   

3 Les types de traduction privilégiés dans les


différents pays de langue romane
Pendant des siècles la traduction a assumé une tâche ancillaire à l’intérieur du
système de la rhétorique classique qui occupait une position dominante dans l’ensei-
gnement, notamment dans les pays de langue romane. Le thème s’insérait dans le
cadre de l’enseignement de la grammaire, de l’ars recte loquendi ; c’était un moyen de

contrôler les connaissances linguistiques élémentaires des étudiants. Comme le


thème ne joue qu’un rôle très modeste dans le domaine de la traduction profession-
nelle actuelle, nous n’en tiendrons plus compte ici. En revanche, la version était
considérée comme moyen d’améliorer et d’enrichir la faculté d’expression de l’élève
dans sa langue maternelle. En traduisant des textes prestigieux des langues classi-
ques, celui-ci était obligé de trouver des moyens linguistiques pour l’expression de
La traductologie dans les principaux pays de langue romane 75

faits et d’idées qu’il n’aurait probablement jamais exprimés spontanément. La version


était donc au service de la rhétorique proprement dite, de l’ars bene dicendi, son but
étant l’élégance stylistique, le texte « bien écrit ». Cependant, avec l’élargissement de
   

l’enseignement public à de nouvelles couches de la population au cours du XIXe


siècle, la version fut chargée d’une autre fonction, au moins partiellement en contra-
diction avec la première : elle devint moyen de contrôle de la compréhension exacte

du texte par l’étudiant. Dans le monde de l’enseignement, c’est cette seconde fonction
qui occupe aujourd’hui le premier rang dans la hiérarchie des exigences posées à
l’élève : élégance stylistique oui, mais jamais au dépens de la « fidélité ». Dans le
     

monde de la traduction professionnelle, c’est moins simple ; nous assistons au cours


de l’histoire à un mouvement de balancier entre ces deux exigences en partie contra-


dictoires. Au temps des « belles infidèles », c’était la première qui prévalait, l’élégance
   

stylistique qui importait ; on s’intéressait moins à l’Iliade en tant que telle qu’à l’Iliade

d’un certain traducteur, connu également comme écrivain raffiné (cf. Mounin 1955 ;  

Zuber 1995 [1968] ; Balliu 2002). Avec le Romantisme et l’Historicisme montant, le


balancier revint vers le côté opposé. Pour donner une idée du changement de climat,
il suffit de rappeler les deux versions du monologue d’Hamlet que Voltaire réalisa en
1734 et en 1761. La première est une paraphrase élégante, qui laisse à peine entrevoir
l’original, tandis que la seconde est extrêmement littérale, proche du mot à mot (cf.
Stackelberg 1988). Dans sa traduction du Paradise lost de Milton, Chateaubriand est
allé encore plus loin. Il commet une faute de français pour rester le plus proche
possible de l’original :  

« Many a row of starry lamps …/ Yielded light / As from a sky


Plusieurs rangs de lampes étoilées …émanent la lumière comme un firmament »  

Ce qui frappe c’est la façon dont il commente dans une note la faute de grammaire
commise :  

« Or je sais qu’émaner en français n’est pas un verbe actif [i.e. transitif] ; un firmament n’émane
   

pas de la lumière, la lumière émane d’un firmament ; mais traduisez ainsi, que devient l’image ?
   

Du moins le lecteur pénètre ici dans le génie de la langue anglaise ; il apprend la différence qui

existe entre les régimes des verbes dans cette langue et dans la nôtre » (cité dans Steiner 1975,

316s. ; cf. également Berman 1985, 109–125).


La tradition des « belles infidèles » n’est cependant pas morte, du moins en ce qui
   

concerne l’aspect purement linguistique de cette façon de traduire. Dans les années
1950 parut un roman qui, dans un style hautement pathétique et parfois un peu
maniéré, évoquait la lente destruction d’une formation aérienne allemande au combat
contre les avions de chasse anglais : Die sterbende Jagd, L’agonie de la chasse.

Quelques exemples suffisent à montrer que le traducteur français en a fait un livre qui
doit fasciner le lecteur par le suspens créé par les faits relatés, sans le gêner par des
caprices stylistiques « difficiles à digérer » :
     
76 Jörn Albrecht et René Métrich

« Geräuschvolles Wiedersehen entstand (Gaiser 1953, 25)


[De bruyantes retrouvailles eurent lieu.]


Ils manifestaient bruyamment leur joie de se revoir.

Wie in jeder Nacht fanden Überfliegungen statt, meist durch Minenflugzeuge, kommend und
gehend (168)
[Comme chaque nuit, des survols eurent lieu, le plus souvent des avions poseurs de mines qui
allaient et venaient.]
Comme presque chaque nuit, des avions ennemis survolaient le secteur, pour la plupart des
poseurs de mines allant exécuter des missions ou regagnant leurs bases.

Eine Schlechtwetterfront war durchgezogen, und jetzt mit der Rückseite breitete sich eine Bläue
über die Landschaft. (186)
[Un front de mauvais temps était passé, et maintenant, derrière lui le bleu se répandait sur le
paysage.]
Une masse de nuages compacts venait de traverser le ciel, et maintenant, derrière elle, un grand
morceau d’azur se déployait au-dessus du paysage. »  

Dans les hautes sphères de l’activité culturelle, les choses se présentent d’une façon
tout à fait différente ; les traducteurs français de Heidegger ne s’appliquent générale-

ment pas à épargner au lecteur français « l’épreuve de l’étranger ». Nous nous conten-
   

tons d’un seul exemple :  

« Wir nennen das im Besorgen begegnende Seiende das Zeug. Im Umgang sind vorfindlich

Schreibzeug, Nähzeug, Werk-, Fahr-, Meßzeug. […] Ein Zeug ‹ ist › strenggenommen nie. Zum Sein
   

von Zeug gehört je immer ein Zeugganzes, darin es dieses Zeug sein kann, das es ist. Zeug ist
wesenhaft ‹ etwas, um zu … › » (Heidegger 192006 [1927], 68).
     

« L’étant se rencontrant dans la préoccupation, appelons-le l’util. Dans le commerce avec l’étant

au sein du monde se rencontrent des utils pour écrire, des utils pour coudre, des outils [sic !] des

utils de transport, des utils de mesure […] Un util n’« est » en toute rigueur jamais. A être de l’util
   

appartient toujours chaque fois un utillage à l’intérieur duquel cet util peut être ce qu’il est »  

(Heidegger/Vezin 1986, 104).15

Une certaine réserve vis-à-vis de traductions particulièrement « éloignantes » se mon-


   

tre même chez des traductologues français, qui, théoriquement, devraient être à l’abri
de « l’épreuve de l’étranger » : Ricœur qualifie la version de la Bible de Chouraqui de
     

« rugueuse », mais il la cite tout de même (Ricœur 2004, 35) ; Maurice Pergnier, en
     

revanche, est plus sévère ; il parle de la « servilité, volontaire ou inconsciente, aux


   

structures de la langue de départ qui […] aboutit au galimatias (dont un exemple


récent nous est offert par la Bible de Chouraqui) » (Pergnier 1989, XXII).

15 Traduction de François Vezin. Cette traduction peut être critiquée à maint égard, même si l’on
accepte la tournure extrêmement « éloignante ».
   
La traductologie dans les principaux pays de langue romane 77

Quant à la célèbre alternative posée par Schleiermacher : « Ou bien le traducteur    

laisse l’écrivain le plus tranquille possible et fait que le lecteur aille à sa rencontre »  

(traduction « éloignante » selon la terminologie de Meschonnic), « ou bien il laisse le


     

lecteur le plus tranquille possible et fait que l’écrivain aille à sa rencontre » (Schleier-  

macher 1999, 49).16 (traduction « rapprochante » selon Meschonnic), la pratique des


   

traducteurs et les préférences du public changent selon les époques et selon les genres
littéraires : toute traduction « libre » n’est pas forcément « rapprochante » et les tra-
         

ductions « littérales » (ou qui se veulent « proches de l’original ») ne sont pas néces-
       

sairement « éloignantes ». On peut, comme par ex. Jacques Amyot, traduire « de façon
     

philologiquement exacte » (selon les possibilités de l’époque) et tout de même cher-


cher à « ne pas dépayser » le lecteur. Dans ses Vies parallèles, traduites de Plutarque,
   

au chapitre dédié à Numa Pompilius, les « vestales » deviennent d’abord des « reli-      

gieuses vestales » et puis tout simplement des « religieuses », et presque tout l’inven-
     

taire d’offices et d’institutions du monde gréco-latin est remplacé par les équivalents
approximatifs de la France du XVIe siècle :  

« Vous trouverez dans son antiquité à lui [i.e. à Amyot] des sergents, des prévosts, des syndics,

des baillis, le clergé, les gens d’église, des religieuses, des sacristains et des marguilliers »  

(Bellanger 1903, 12).

En revanche, beaucoup plus tard, au XIXe siècle, à l’apogée de l’historicisme, Leconte


de Lisle donne une Iliade (1866) qui a tout pour rebuter le lecteur habitué aux versions
du XVIIIe siècle :  

« De même que, le foudroyant Zeus ayant dissipé les nuées noires au faîte d’une grande

montagne, tout apparaît soudainement, les cavernes […] et qu’une immense sérénité se répand
dans l’Aithèr ; de même les Danaens […] » (Iliade, chant XVI, vers 298s.).
   

Georges Mounin situe Leconte Delisle à l’extrême limite de la thèse romantique [de la
traduction], affirmant qu’il a donné à la France « quelle traduzioni integrali che sono  

alla punta estrema della tesi romantica » (Mounin 1965, 56). À y regarder de plus près,

il s’agit moins d’une conception vraiment nouvelle de la traduction que d’un procédé
aussi spectaculaire que superficiel, qui consiste à laisser une certaine quantité d’ex-
pressions dans la langue originale pour donner un peu de couleur locale.
C’est précisément ce procédé qui prévaut aujourd’hui dans la traduction de la
littérature « grand public » jusques et y compris aux « romans de gare », tant en
       

France que dans les autres pays de langue romane – et ailleurs. Cette tendance n’a
pas sa source dans une conception spécifique de la traduction, elle n’est qu’un effet
de la mondialisation : en parlant dans un roman français de clotted cream, public

school, tortellini alla panna, carabiniere, semana santa ou Hefeweizen, on flatte le


lecteur qui a beaucoup voyagé et « tout vu ».    

16 Schleiermacher 1813, traduction d’Antoine Berman, Paris 1999, 49.


78 Jörn Albrecht et René Métrich

La situation actuelle en Espagne, Portugal, Italie et Roumanie ne se distingue pas


beaucoup de celle de la France ; les différences importantes concernent plutôt le

passé. L’époque des « belles infidèles » au sens large du terme a duré plus longtemps
   

dans ces pays qu’en France, où, à l’instar de l’Allemagne, on assiste à l’essor d’une
science philologique qui encourage la production de traductions « historiquement  

exactes ». Pour tous ces pays, le français reste longtemps une « langue de référence » ;
       

les grands textes des littératures anglaise et allemande sont souvent traduits à partir
de versions françaises ; les traductions « de seconde main » y sont bien plus fréquen-
     

tes qu’en France (cf. par ex. Plack 2015). L’Espagne et la Roumanie ont connu des
périodes de censure sévère, ce qui a donné lieu à la naissance de traductions
« mutilées » qui mériteraient un examen particulier. Pour la petite communauté
   

linguistique des locuteurs du catalan, la traduction des œuvres importantes des


grandes littératures en langue catalane a été et continue à être un moyen de consoli-
der sa propre identité linguistique et culturelle (Mallafré 2011).
Nous devons probablement à un docte jésuite espagnol l’élaboration d’un type de
traduction qui joue un rôle important en linguistique : la traduction « morphème par    

morphème » (rank bound translation on morphemic level). Lorenzo Hervás y Panduro,


en donnant des exemples des langues indigènes de l’Amérique latine, ne traduit pas
le « sens » d’un énoncé, mais « ce que la langue dit vraiment », donc pas quiero comer
       

« je veux manger », mais mi comer quiero « je veux mon manger ». Cette technique a
       

été reprise par Wilhelm von Humboldt et, après lui, par beaucoup de linguistes
travaillant sur des langues « exotiques » (cf. Coseriu 1978).
   

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Michel.
Martin Will
4 Les théories de l’interprétation dans les
principaux pays de langue romane

Abstract : La dernière décennie du siècle passé a vu les sciences de l’interprétation


   

s’émanciper par rapport à celles de la traduction. Il s’agit donc d’une discipline encore
jeune, appelée à évoluer de manière dynamique. D’où l’intérêt de documenter son état
et son évolution. Depuis les débuts, toute une série d’études scientométriques ont été
menées à cette fin. Mais rares sont celles qui considèrent cette discipline dans son
ensemble et la replacent dans un contexte international afin de déceler d’éventuelles
tendances et particularités nationales. Face à cette problématique, la présente étude
s’efforcera de présenter un aperçu du développement de la recherche en sciences de
l’interprétation dans les principaux pays de langue romane. Ce faisant, elle s’appuiera
sur le travail pionnier de Pöchhacker (1995 et 2000), qu’elle essayera d’actualiser pour
les pays en question afin d’en dégager quelques aspects particuliers.

Keywords : théories de l’interprétation, sciences de l’interprétation, étude scientomé-


   

trique, pays de langue romane, CIUTI

1 Introduction
Dans la littérature spécialisée, l’émergence des sciences de l’interprétation en tant que
discipline indépendante est communément située dans la période entre le colloque
international sur la formation des interprètes à Trieste en 1986 et la conférence inter-
nationale sur l’interprétation de conférence à Turku en 1994 (cf. en outre Pöchhacker
(2000, 75); Pöchhacker/Shlesinger (2002, 3); Riccardi (2002, 15); Gile (22009, 54)).
Pöchhacker/Shlesinger (2002, 3) font même référence à l’automne 1992, période à
laquelle le terme de « sciences de l’interprétation » (interpreting studies) aurait été
   

utilisé pour la première fois dans ce sens face à un public plus large.
Durant cette période, l’interprétation trouve sa place en tant que « field of study

in its own right » (Pöchhacker/Shlesinger (2002, 3)) et délimite son territoire par

rapport aux sciences de la traduction, qui l’avaient longtemps considérée comme une
variante, comme une sorte de « forme orale de la traduction ».1 Cependant, cette
   

conception ne prenait pas en compte – ou pas suffisamment – les caractéristiques


constitutives de l’interprétation. Ainsi, l’interprétation repose sur la nécessité de

1 Holmes (1988, 74) la considère par ex. comme faisant partie des medium restricted translation
theories.
Les théories de l’interprétation dans les principaux pays de langue romane 85

comprendre immédiatement un texte oral qui n’est présenté qu’une seule fois, ce qui
repose sur certains préalables cognitifs (cf. Will 2000 ; 2009). Le fait que l’interpréta-

tion fasse partie d’un processus de communication en est un autre exemple. Ces
particularités sont aujourd’hui largement acceptées par les spécialistes, de sorte que
les sciences de la traduction et les sciences de l’interprétation sont considérées
comme des disciplines voisines mais bien distinctes et de valeur égale, regroupées
toutes les deux sous le terme générique de traductologie (Translationswissenschaft)
introduit par Otto Kade et l’école de Leipzig.
Pour répondre à ce nouveau statut, la nouvelle discipline mise dès le départ sur
l’amélioration du niveau scientifique et académique dans ses propres travaux de
recherche. Elle tente de mettre en place ses propres méthodes et procédures d’analyse
tout en recherchant une approche interdisciplinaire, en particulier avec les sciences
cognitives. En même temps, elle souligne la nécessité «… by academic and extra-

academic bodies to promote interpretation research and train interpretation resear-


chers » (cf. Gambier/Gile/Taylor 1997, 7).

Peu de temps après apparaissent les premières études scientométriques de Pöch-


hacker (1995 ; 2000). Avec quelques 1 150 titres publiés entre 1989 et 1997, collectés au

niveau mondial et concernant toutes les formes d’interprétation, ces études comptent
toujours parmi les analyses les plus complètes du genre.
Ces premières données quantitatives donnent encore l’image d’une discipline
assez fermée. Elle est dominée par quelques scientifiques exceptionnellement produc-
tifs dans certains « centres de production » (établissements d’enseignement supérieur
   

de traduction et d’interprétation), alors que la grande majorité des auteurs ne publie


qu’une seule fois. Les résultats de l’enquête font ressortir en outre que :2  

– Trois des dix domaines d’interprétation concernent 66% des publications, à savoir l’inter-
prétation simultanée, l’interprétation de conférence et l’interprétation générale, catégories qui
d’ailleurs se recoupent considérablement.
– Parmi les 13 sujets abordés, ceux consacrés à l’enseignement/la didactique représentent à
eux seuls 4% des publications.
– La part des monographies (livres et thèses de doctorat) constitue 8% du volume total des
publications, celle des thèses un peu moins de 1,8%.

Bien que ces résultats semblent plutôt décevants, il faut les resituer dans le contexte
de l’époque, c’est-à-dire à un moment où la nouvelle discipline était encore dans sa
phase initiale. Il était alors compréhensible qu’elle se concentre sur quelques aspects
fondamentaux et sujets bien précis. En fait, dès cette époque, le nombre des nouvelles
thèses de doctorat était constant et le nombre des publications en progression, tout
comme l’intégration de la nouvelle discipline au niveau international.

2 Une présentation exhaustive des données se trouve dans Pöchhacker (2000, 83ss.).
86 Martin Will

C’est sur cette base que se développent, dès la fin des années 1990, de nouveaux
domaines de recherche. Gile (22009, 54s.) se réfère ici notamment aux sciences
cognitives (mémoire et traitement de l’information), à la neurophysiologie (latéralisa-
tion des processus du cerveau), à la pratique professionnelle (recherche de la qualité,
interprétation dans les médias/pour la télévision, stress) et à la sociologie (interpréta-
tion communautaire). De plus, la théorie de l’interprétation s’établit dans les curricu-
lums universitaires de formation des interprètes. Ce qui fait des sciences de l’interpré-
tation une discipline « à facettes multiples » et contribue à son « succès » (Pöchhacker
       

2010, 84 et 93).
Mais quels sont les changements intervenus depuis la fin du premier inventaire
réalisé par Pöchhacker (enquête qui n’a plus été actualisée sous cette forme depuis) et
aujourd’hui ? Et comment se présente l’état actuel des sciences de l’interprétation ?
   

Quelles sont les tendances et quels sont les courants nationaux et internationaux face
au développement de la recherche ? Telle est la problématique évoquée dans la

présente étude. Dans le cadre de la thématique de cet ouvrage, ces questions seront
abordées pour les (principaux) pays et régions de langue romane, dans le but de
donner un aperçu des théories de l’interprétation (i.e. des travaux de recherche en
matière des sciences de l’interprétation) qui ont cours dans leurs centres universitai-
res de formation et de recherche. À cette fin, une étude scientométrique récente a été
menée, qui s’inspire par sa forme et par son contenu des travaux de Pöchhacker
(1995 ; 2000).

Dans une première partie, on abordera l’objet, la structure et l’approche de cette


enquête et dans une seconde partie la présentation et la discussion des résultats par
rapport à la problématique exposée ci-dessus. L’étude se terminera par un résumé et
une évaluation critique des résultats.

2 Objet, structure et approche


2.1 Objet de l’enquête

Cette enquête est basée sur un corpus de 379 publications individuelles rédigées par
64 auteurs ou collectifs d’auteurs et publiées dans la période 2000–2013. Elle repose
sur une analyse des sites web de tous les instituts membres de la CIUTI3 situés dans
des pays ou régions de langue romane. Au moment de la collecte des données (du 2
au 12 décembre 2013), cela représente 12 institutions situées dans six pays ou régions

3 Fondée en 1960, la CIUTI (Conférence internationale permanente d’Instituts universitaires de


traducteurs et interprétes) est l’association internationale la plus ancienne et la plus prestigieuse des
instituts universitaires de traduction et d’interprétation. Elle compte actuellement 42 membres, parmi
eux tous les instituts de recherche et d’enseignement de renom.
Les théories de l’interprétation dans les principaux pays de langue romane 87

différents : la France, le Québec, l’Italie, la Suisse Romande, l’Espagne et la Wallonie


ainsi que la région de Bruxelles.


Ainsi, les noms des personnels scientifiques et enseignants en exercice au mo-
ment de la collecte et mentionnés sur les sites internet de ces 12 institutions ont été
saisis aussi bien pour la filière de traduction que pour celle de l’interprétation. Puis,
les publications afférentes ont été collectées, soit via les pages dédiées au personnel,
soit via les bibliothèques en ligne des instituts et universités concernés. Dans plu-
sieurs cas, il a également fallu avoir recours à des sites extra-universitaires.
Toutefois, seules les publications effectivement parues entre janvier 2000 et la fin
de la collecte des données ont été retenues. Il s’agit uniquement de travaux originaux
avec une référence claire à l’interprétation, et pour lesquels une certaine compétence
technique et indépendance scientifique peuvent être supposées.
Ont donc été exclus de la collecte les affiches, les traductions d’ouvrages parus
dans une autre langue, les œuvres éditées, les préfaces ainsi que les travaux de fin
d’études (diplômes ou masters).
Sur la base de ces critères, la collecte n’a abouti à aucun résultat pour quatre
instituts. Il s’agit du Département de linguistique et de traduction de l’Université de
Montréal, de l’Institut Libre Marie Haps (ILMH) de Bruxelles, de la Haute École
Léonard de Vinci de Bruxelles et de l’Institut Supérieur de Traducteurs et Interprètes
(ISTI) également de Bruxelles. Pour deux autres établissements, l’IIE de Mons et le
DTI de Madrid, la disponibilité des données s’est avérée précaire, de sorte que les
résultats, bien que répertoriés dans l’enquête, ne seront pas commentés spécifique-
ment.4
Restent en tout cinq pays ou régions pour un total de neuf instituts :  

– France (2) : École Supérieure d’Interprètes et Traducteurs – ESIT (Paris) ; Institut de Mana-
   

gement et de Communication Interculturel – ISIT (Paris).


– Italie (3) : Scuola di Lingue e Letterature, Traduzione e interpretazione dell’Università di

Bologna, sede di Forlì – SLLTI (Forlì) ; Facoltà di Interpretariato e Traduzione, Libera


Università San Pio V – FIT (Roma) ; Sezione di Studi di Lingue Moderne per Interpreti e

Traduttori Università di Trieste – SSLMIT (Trieste) ; 

– Suisse Romande (1) : Faculté de Traduction et d’Interprétation de l’Université de Genève –


FTI (Genève).
– Espagne (2) : Facultad de Ciencias Sociales y Humanas, Departamento de Traducción e

Interpretación, Universidad Pontificia Comillas – DTI (Madrid) ; Facultad de Traducción e


Interpretación, Universidad de Granada – FTI (Granada).


– Belgique – Wallonie et Région de Bruxelles (1) : Faculté de Traduction et d’Interprétation,

École d’Interprètes Internationaux de l’Université de Mons- Hainaut – EII (Mons).

4 En ce qui concerne la problématique d’accès aux données via la présence web des instituts, voir
aussi le chapitre 5.
88 Martin Will

2.2 Conception de l’étude

Toutes les publications mentionnées sur les sites web des instituts et correspondant
aux critères mentionnées ci-dessus ont été saisies dans une base de données relation-
nelle, avec les variables suivantes :  

– Pays, dénomination (acronyme) et siège de l’institut universitaire.


– Nom de l’auteur (des auteurs), titre de la publication, nom de l’éditeur et l’année de
publication.
– Langue et type de publication (article, monographie, thèse de doctorat).
– Domaine d’interprétation et sujet de la publication.
– URL de la page d’accueil de l’Institut, l’URL de la page web contenant les données biblio-
graphiques ainsi que la date et l’heure de création de l’enregistrement.

Sur la base de cette structuration, trois questions centrales ont été abordées : elles  

concernent le contenu (3.1) et le type (3.2) de la publication enregistrée ainsi que


l’activité de recherche et de publication des auteurs et des institutions au niveau
individuel (3.3).
Le contenu des publications est déterminé en fonction d’une analyse sémantique
du titre, complétée si nécessaire (et si possible) par des informations contextuelles
supplémentaires, tels que des mots-clés et/ou un résumé (abstract) :  

– Le domaine d’interprétation est classé selon neuf catégories, en fonction du mode de


l’interprétation (simultanée ou consécutive) et de son contexte (interprétation de conférence,
interprétation judiciaire, interprétation de liaison, interprétation pour les médias et interpréta-
tion en langue des signes) (cf. Pöchhacker 2000, 84ss.). Les publications ne pouvant être
affectées à aucune de ces catégories sont classées dans la rubrique interprétation générale,
tandis que les travaux qui traitent à la fois de la traduction et de l’interprétation sont repris
dans la catégorie interprétation et traduction.
– Le classement des publications par sujet repose quant à lui sur quatre grands groupes issus
d’une subdivision des domaines de recherche (Pöchhacker 2004, 111ss.) et complétés par la
rubrique « aspects méthodologiques et scientifiques ». De ces cinq grandes catégories (dont
   

les sous-groupes sont ici repris à titre d’information), les deux premières sont plutôt
orientées vers l’exercice de l’interprétation, tandis que les trois autres sont plutôt rattachées
à l’analyse de certains phénomènes :  

– Pratique et aspects professionnels, avec les sous-groupes : histoire, situation, nor-


   

mes, compétence, technologie, conditions de travail (ecology) et sociologie.


– Formation et didactique, avec les sous-groupes : programme d’enseignement, quali-

fications et conditions d’aptitude, enseignement, évaluation et formation continue.


– Processus, avec les sous-groupes : bilinguisme, simultanéité, compréhension, mé-

moire production, variables d’entrée et stratégies.


– Produit et performance, avec les sous-groupes : discours, correspondance entre texte

source et texte cible, effet, rôle et qualité.


– Aspects méthodologiques et scientifiques.
Les théories de l’interprétation dans les principaux pays de langue romane 89

Pour évaluer le type de publications, deux critères ont été utilisés. Le premier est
relatif au statut de la publication : s’agit-il d’une publication non-autonome – « arti-
   

cle » dans un recueil, une revue scientifique ou des actes de conférence – ou d’une

publication autonome sous forme de livre (« monographie » ou « thèse de doctorat »,


         

le nombre de ces dernières étant considéré comme un indicateur de l’évolution et de


l’intégration des jeunes scientifiques dans la recherche). Le deuxième critère retenu a
été celui de la langue dans laquelle la publication a été faite.
En dernier lieu, l’activité individuelle de publication des auteurs a été évaluée et
rattachée à leurs instituts universitaires d’appartenance pour quantifier l’importance
des différents centres de recherche. Le point de départ étant les 379 publications
individuelles saisies qui se composaient de 360 travaux avec un seul auteur, 14 avec
deux auteurs, trois avec trois et deux avec quatre auteurs. Pour les publications à
plusieurs auteurs, une répartition quantitative a été effectuée : la moitié dans le cas de

deux auteurs, un tiers dans le cas de trois etc., tout en arrondissant le résultat obtenu
vers le haut ou vers le bas.

3 Résultats de l’enquête
3.1 Contenu des publications

S’agissant de l’aspect central de la présente étude, trois extractions de données ont


été réalisées : 

– Domaine d’interprétation par pays (tab. 1),


– Sujet par pays (tab. 2) et
– Sujet par domaine d’interprétation (pour l’ensemble des pays – fig. 1).  

Tab. 1 : Publications 2000–2013 par domaine d’interprétation et pays

Domaine d’interprétation Belgique Espagne France Italie Suisse Total


Interprétation générale 14 24 72 22 132
Interprétation et traduction 1 6 26 11 2 46
Interprétation en langue des signes 1 18 4 23
Interprétation judicaire 1 1 10 12
Interprétation de liaison 5 1 25 31
Interprétation de conférence 2 3 24 14 6 49
Interprétation consécutive 1 1 6 1 9
Interprétation pour les médias 1 1 17 5 24
Interprétation simultanée 4 4 34 11 53
Total 4 35 88 202 50 379
90 Martin Will

En examinant de plus près le tableau 1, on peut, du point de vue quantitatif,


distinguer quatre groupes. La catégorie de loin la plus importante est celle de l’inter-
prétation générale. Avec 132 ouvrages, elle représente à elle seule 34,8% de l’en-
semble des publications et reste pratiquement partout en tête en ce qui concerne le
nombre des publications. Dans un deuxième groupe, on trouve l’interprétation simul-
tanée et l’interprétation de conférence (53 et 49 publications, soit 14% et 12,9% du
total), suivies par le domaine interprétation et traduction (46 travaux, soit 12,15%).
En troisième position, clairement distancée, mais avec un nombre toujours impor-
tant de publications, se situe l’interprétation de liaison (31 publications, soit 8,2%,
mais dont la grande majorité traite des aspects sociaux typiques pour l’interprétation
communautaire), l’interprétation pour les médias et l’interprétation en langage des
signes (24 et 23 ouvrages, soit 6,3% et 6,1%). Dans le dernier groupe finalement, on
trouve l’interprétation judiciaire (12 publications, soit 3,2%) et l’interprétation consécu-
tive (9 travaux, soit 2,4%).
Si l’on regarde les pays, on constate que plus de la moitié des publications
proviennent d’Italie5 (202, soit 53,8%), qui se situe pratiquement partout en tête,
parfois avec une majorité écrasante de 80% des publications – sauf pour l’interpréta-
tion et la traduction et l’interprétation de conférence, où c’est la France qui présente
le plus grand nombre de publications (respectivement 56,5% et 49%).

Tab. 2 : Publications 2000–2013 par sujet et par pays

Sujet Belgique Espagne France Italie Suisse Total


Formation et didactique 3 14 24 49 23 113
Aspects méthodologiques et 4 41 31 4 80
scientifiques
Pratique et aspects professionnels 9 12 77 9 107
Produit et performance 1 1 3 30 5 40
Processus 7 8 15 9 39
Total 4 35 88 202 50 379

L’analyse par sujet et par pays (tab. 2) fait apparaître trois groupes quantitatifs. Le
groupe le plus important est constitué par les sujets formation et didactique (113
publications = 29,9%) et pratique et aspects professionnels (107 ouvrages = 28,2%).
Avec 80 publications (21,1%), le sujet aspects méthodologiques et scientifiques occupe
la deuxième place. Le dernier et plus petit groupe se réfère aux thèmes produit et
performance (40 travaux soit 10,6%) et processus (39 publications soit 10,3%).

5 Pays certes représenté par trois instituts, mais dont la production individuelle reste en moyenne
largement supérieure à celle des autres pays. Voir aussi chapitre 5.
Les théories de l’interprétation dans les principaux pays de langue romane 91

Fig. 1 : Publications 2000–2013 par domaine d’interprétation et sujet (tous les pays)

Une vue d’ensemble de tous les pays regroupant domaine d’interprétation et sujet
(fig. 1) permet d’affiner l’analyse du contenu des publications. Ici, la combinaison des

catégories interprétation générale et formation et didactique se révèle être la plus


courante (57 ouvrages = 15,1%).
Assez loin derrière, on trouve un groupe avec cinq combinaisons : interprétation  

générale et aspects méthodologiques et scientifiques (7,1%) ; interprétation générale et


pratique et aspects professionnels (6,9%) ; interprétation simultanée avec processus

(5,8%) ; interprétation pour les médias et pratique et aspects professionnels (5,3%) ainsi

que interprétation de conférence et aspects méthodologiques et scientifiques (également


5,3%).
Dans un troisième groupe se situent les combinaisons suivantes : interprétation  

générale et produit et performance (4,2%) ; interprétation et traduction et aspects mé-


thodologiques et scientifiques (même score) ; interprétation et traduction et formation et


didactique ; interprétation en langue des signes et pratique et aspects professionnels ainsi


que interprétation de liaison avec produit et performances (chacune à peu près à 4%). Le
reste des combinaisons se situe bien en dessous de 4% et ne sera donc pas abordé.

3.2 Type de publications

Le graphique (fig. 2) montre, à première vue, l’importance écrasante des publications


non-indépendantes (« articles ») avec 361 ouvrages (soit 96,2%), et celle de l’anglais


   

comme principale langue de publication (216 travaux, soit 57,1%). Ce n’est qu’en
Espagne que l’espagnol arrive en première place avec une part de 71%. Cependant, les
langues dites nationales arrivent en deuxième position dans tous les pays – sauf pour la
92 Martin Will

Suisse Romande, où l’allemand devance le français et cela, en l’absence totale de


l’italien.
Dix-huit travaux ont été publiés sous forme de monographie, dont cinq consti-
tuent des thèses de doctorat. Ces publications sont réparties sur trois pays, mais c’est
en Italie que le nombre de monographies est le plus important (8, soit 44,4%).

Fig. 2 : Types de publications par pays et par langue 2000–2013


3.3 Activité de publication au niveau des auteurs et des instituts


de formation et de recherche

Le graphique ci-dessous (fig. 3) permet de visualiser la productivité de 47 auteurs


individuels issus de la collecte des données et représentés chacun par une colonne
indiquant le nombre de publications. Le résultat est très hétérogène : le meilleur

score – et de très loin – est de 64 publications ; ce résultat impressionnant (équivalent


à cinq publications en moyenne par an) revient à Daniel Gile (ESIT-Paris).


Par rapport à Gile, l’activité de publication de Russo (26) et Mack (18) à Forlì, de
Sandrelli (23) à Rome, de Kellet (23), Riccardi (22), Falbo (18) et Viezzi (14) à Trieste, de
Moser-Mercer (17) à Genève, et de Martín (13) à Grenade est nettement inférieure, mais
toujours importante (en moyenne au moins une publication par an).
Toutefois, le nombre d’auteurs n’ayant publié qu’une seule fois est élevé (13 au
total).
Les théories de l’interprétation dans les principaux pays de langue romane 93

Fig. 3 : Nombre de publications par auteur, institution et pays 2000 à 2013


4 Discussion
En ce qui concerne le contenu des publications (tab. 1, tab. 2, fig. 1), la prédominance

des domaines « classiques » (interprétation de conférence, interprétation simultanée,


   

interprétation générale) est évidente. Elle se reflète dans la littérature de tous les pays
et régions de langue romane tout particulièrement en relation avec les sujets de
formation et didactique et pratique et aspects professionnels. Ce même constat avait
déjà été dressé dans l’étude de Pöchhacker (1995 ; 2000).  

Cette situation pourrait s’expliquer par le fait qu’il s’agit là de contenus et


compétences clés en matière de formation des interprètes et donc en principe plus
attrayantes pour beaucoup d’auteurs (qui sont par ailleurs souvent des interprètes
actifs). Curieusement, cet argument ne vaut pas pour l’interprétation consécutive qui,
certes, jouit aussi d’une grande importance dans l’enseignement de l’interprétation,
mais dont le nombre de publications est particulièrement faible. Cependant, l’impor-
tance réelle de l’interprétation consécutive a diminué de façon spectaculaire au cours

de la dernière décennie ; elle ne constitue plus qu’une petite partie du marché


professionnel, ce qui expliquerait le faible taux de publication de 2,4% sur la période


observée qui s’élevait encore à 7,1% chez Pöchhacker (1995 ; 2000).6  

La tendance inverse, par contre, est à noter pour le domaine de l’interprétation de


liaison. Alors que cette catégorie représentait seulement 4,5% des publications chez
Pöchhacker (1995 ; 2000), ce taux est maintenant de 8,2%. Or, la grande majorité de

ces travaux (24 sur 31, soit 77,5%) est liée aux aspects sociaux et éthiques de la
migration et donc relative à l’interprétation communautaire. Qui plus est, cette littéra-
ture est presque exclusivement issue d’Espagne et d’Italie (tous instituts confondus) et

6 Notons que le sort de la traduction à vue est encore plus drastique : alors que ce domaine d’inter-

prétation existait encore chez Pöchhacker (1995 ; 2000), il a tout simplement disparu dans la présente

étude faute de publications afférentes.


94 Martin Will

a trait fondamentalement à deux sujets : formation et didactique et pratique et aspects


professionnels. On peut en déduire que cette évolution est liée à la situation particu-
lière de ces pays, très sollicités par les flux de migration.
Un taux de publication plus élevé est aussi à noter pour le domaine de l’interpré-
tation pour les médias. Avec 6,3%, ce taux est sensiblement plus élevé que dans
l’étude de Pöchhacker (2,29%). Or, le développement du paysage audiovisuel au cours
des dernières décennies, avec une gamme toujours plus large de chaînes et de
formats, a aussi contribué au développement du marché de l’interprétation (cf. Will
2013). Il est donc tout à fait logique que cette évolution se soit traduite par un nombre
croissant de publications. Il est aussi intéressant de constater que seules la Suisse et
surtout l’Italie ont contribué de manière significative à cette tendance. D’ailleurs tous
les instituts italiens y sont représentés, de sorte qu’on peut considérer que la compo-
sante nationale joue un rôle prédominant en raison du paysage médiatique extrême-
ment complexe en Italie.
Quant aux sujets étudiés, il a déjà été question de l’importance absolue de la
didactique et de la pratique de la profession : en effet, 58,1% des ouvrages saisis en font

partie, avec une distribution locale et nationale relativement homogène. Comme cette
thématique représente, pour ainsi dire, le travail quotidien en matière de formation, et
comme tous les centres de recherche sont en même temps des instituts universitaires
d’enseignement, ce résultat semble tout à fait logique. Cependant, on ne peut que
spéculer sur les raisons expliquant la répartition des trois autres sujets de l’étude.
Face à ces phénomènes plutôt complexes, un effort de recherche plus important
que pour les autres sujets « empiriques » semble être nécessaire, impliquant aussi un
   

savoir approfondi dans d’autres disciplines comme la psychologie, la recherche sur le


cerveau ou en matière de méthodologie scientifique.
L’intérêt personnel des chercheurs en question pourrait être un autre facteur
expliquant cet état de fait. Ainsi, la thématique des aspects méthodologiques et
scientifiques est présente dans presque 20% des ouvrages saisis, mais l’activité de
publication se concentre sur deux pays seulement : la France et l’Italie. Or, 40 des 41

travaux français sur cette thématique proviennent d’un seul auteur – Daniel Gile (ce
qui correspond aux 2/3 de son activité totale de publication). En Italie par contre, une
telle concentration n’existe pas. On observe une situation comparable avec Cynthia
Kellett Bidoli (SSLMIT Trieste), qui fournit 18 des 23 publications traitant de l’interpré-
tation en langue des signes – tous auteurs confondus. En même temps, ces 18
ouvrages constituent environ 80% de sa production totale saisie.
En ce qui concerne le type de publications (fig. 2), la forte proportion de travaux

en langue anglaise (57,1%) reste dans les limites de Pöchhacker (1995 ; 2000) (55,7%).

Il en est de même pour l’importance quantitative des publications en langue française


(12,4% contre 14,5% chez Pöchhacker). Une baisse sensible est par contre à noter pour
ce qui est des ouvrages en allemand : alors que chez Pöchhacker (1995 ; 2000), ils
   

atteignaient encore un taux de 11,5%, ils ne sont plus que de 5% à présent. En


revanche, l’espagnol atteint 9,5% en étant représenté dans trois pays ; l’italien obtient

Les théories de l’interprétation dans les principaux pays de langue romane 95

même 13,7%, mais uniquement en raison de la forte production nationale qui repose,
rappelons-le, sur trois instituts dans l’enquête.
Alors que la proportion des monographies (livres sans les thèses de doctorat) se
trouve avec 3,4% bien en dessous des résultats de Pöchhacker (1995 ; 2000) (7%), une

relative stabilité est à constater pour les thèses (1,3% dans cette étude con-
tre 1,7% chez Pöchhacker). Dans la réalité, ce pourcentage correspond à cinq doctorats
et signifie que cinq auteurs (issus, en l’occurrence, de quatre institutions dans trois
pays) ont rejoint les rangs des chercheurs confirmés dans leurs instituts respectifs.
Si l’on considère que seules trois autres thèses relatives aux sciences de l’inter-
prétation ont été achevées pendant la période observée (tous instituts universitaires
confondus), il est permis de se demander, si cette évolution correspond vraiment aux
attentes de la conférence de Turku citées plus en amont.
Cette question se pose aussi au vu de la grande disparité dans l’activité de
publication individuelle (fig. 3) : alors que 13 auteurs sur 47 (27%) n’ont présenté
   

qu’une seule publication au cours de la période d’enquête (7,1% de la production


totale), les dix auteurs les plus actifs (21,2% de l’ensemble) ont publié 250 des 379
ouvrages saisis (66% de la production totale). Ce sont eux finalement qui contribuent
à l’importance d’un centre de recherche et à son influence dans le monde des sciences
de l’interprétation (tout en sachant que ce n’est naturellement pas seulement la
quantité mais aussi la qualité des publications qu’il faut prendre en compte).
Avec 98 publications et 13 auteurs (dont quatre avec plus de 13 travaux) la SSLMIT
de Trieste occupe la première place. Elle est suivie par l’ESIT de Paris avec 69
ouvrages. Cependant, elle n’est représentée que par trois chercheurs, dont un seul –
Daniel Gile – s’adjuge avec 64 publications 93,5% de la production totale. Daniel Gile
a certainement influencé les sciences de l’interprétation comme aucun autre cher-
cheur. Au vu de ces chiffres, il est actuellement le seul chercheur d’importance à
représenter son institut dans le paysage scientifique.
Ainsi, seules la SSLTI de Forlì (59 publications, cinq auteurs, dont deux avec plus
de 13 publications) et la FTI de Genève (42 ouvrages, également cinq auteurs dont
deux présentant plus de 13 publications) peuvent être considérées, après Trieste,
comme des centres de recherche d’envergure.

5 Conclusions
Les principaux résultats de cette étude limitée aux pays et régions de langue romane
semblent indiquer une certaine continuité par rapport à la situation observée par
Pöchhacker (1995 ; 2000) lors de la « naissance » des sciences de l’interprétation. On
       

note en particulier que :


– Les domaines « classiques » de l’interprétation autour de l’interprétation de conférence


   

restent dominants.
96 Martin Will

– La didactique et la pratique professionnelle constituent les principaux sujets abordés dans


les publications.
– L’anglais est de loin la première langue de publication.
– La promotion et l’intégration de jeunes scientifiques dans les centres de recherche et de
formation ainsi que le développement d’une productivité de publication soutenue et homo-
gène sont encore insuffisants.
– L’Italie – avec en particulier la SSLMIT de Trieste – constitue le principal centre de recherche
en matière de sciences de l’interprétation dans les pays observés.

Par ailleurs, on observe aussi un certain nombre de spécificités nationales et locales :  

en Italie, l’importance de l’interprétation de liaison/communautaire et tout particuliè-


rement l’importance de l’interprétation pour les médias ; en Espagne, l’importance de

l’interprétation communautaire ainsi que l’espagnol comme langue principale de


publication.
Cependant, ces résultats ne devraient pas être considérés comme des réalités
certaines, mais plutôt comme des lignes de tendance, à approfondir ultérieurement.
Et cela pour plusieurs raisons :  

D’une part, parce que la présente étude ne porte que sur une partie des pays et
régions de langue romane et ne concerne que les instituts membres actuels de la
CIUTI. Par conséquent, les résultats décrits ci-dessus représentent dans un premier
temps la situation au sein de ces instituts et ce n’est que dans un deuxième temps
qu’ils peuvent (ou pourraient) s’appliquer au niveau national, voire international.
Certes, les institutions examinées sont reconnues comme établissements d’impor-
tance, voire de premier rang ; elles ne constituent toutefois qu’une partie du paysage

de la recherche dans les sciences de l’interprétation. Soulignons, qu’une saisie


complète de tous les instituts universitaires dans les pays concernés aurait dépassé le
cadre de cet article.
D’autre part, il ne faut pas oublier que la présente étude est un travail scientomé-
trique. Certes, ce genre d’enquêtes (d’ailleurs souvent utilisé dans le domaine des
sciences de l’interprétation7) est reconnu comme instrument valide pour mesurer un
effort scientifique dans une discipline donné à l’aide de publications concrètes (cf.
Umstätter (2004, 237). Néanmoins, il s’agit d’une approche essentiellement quantita-
tive, qui ne laisse pas ou très peu de place aux aspects qualitatifs. En raison de la
faible quantité de données – situation assez typique dans les sciences de l’interpréta-
tion – des valeurs extrêmes peuvent facilement conduire à des distorsions importan-
tes, comme le souligne Gile (2000). Cela a d’ailleurs été mis en évidence par la
présente étude, qui, ne l’oublions pas, ne comprend que 379 publications.
La troisième et dernière raison concerne l’objet même de l’enquête, les sites web
des institutions analysées, qui présentaient des différences qualitatives considéra-
bles.

7 Cf. Ahrens (2012), qui cite un grand nombre d’exemples.


Les théories de l’interprétation dans les principaux pays de langue romane 97

Ainsi, certains sites d’instituts ne contenaient aucune information sur leur per-
sonnel ni sur les ouvrages publiés. Il était par conséquent impossible de les inclure
dans l’enquête, à moins de trouver ces informations ailleurs. Pour les instituts de
Mons (EII) et de Madrid (DTI), quelques informations partielles ont ainsi été rassem-
blées en passant par d’autres sites universitaires, voire extra-universitaires. Le même
problème s’est posé pour ce qui est de la présence web de l’ESIT, où, faute de pages
dédiées au personnel et à ses publications, il a fallu chercher les informations
nécessaires sur la base d’un simple organigramme. Pour les instituts de Grenade et de
Genève, c’est l’autre extrême qui a posé problème : les informations étaient réparties

sur plusieurs URL, ce qui a rendu l’analyse particulièrement complexe.


Il était donc utopique de présenter ici une collecte des données complète et
précise, même s’il existe des sites web « modèle » à la fois complets et conviviaux,
   

comme celui de l’institut de Trieste.8 Ce qui semble confirmer une fois de plus que les
sciences de l’interprétation se trouvent assurément sur la bonne voie, même s’il y a
encore du chemin à parcourir.

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Christopher Taylor (edd.), Conference Interpreting : Current Trends in Research. Proceedings of


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25–27, 1994), Amsterdam/Philadelphia, Benjamins, 1–7.


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Target 12/2, 297–321. Version utilisée trouvée sur internet, http://www.cirinandgile.com/


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Pöchhacker, Franz (2010), Entwicklungslinien der Dolmetschwissenschaft, in : Nadja Grbić et al.,
   

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(edd.), The interpreting studies reader, London/New York, Routledge, 1–12.

8 http://www.sslmit.units.it/DOC (date de consultation : 11.12.2013).



98 Martin Will

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Will, Martin (2013), Mediendolmetschen als eigenständiges Berufsbild : Spezifische Kriterien und ihre

Berücksichtigung in der Praxis, Scientific Bulletin of the Politechnical University of Timişoara ;


Transaction on modern languages 12/1–2, 43–60.


Yvon Keromnes*
5 La comparaison de traductions et de « textes  

parallèles » comme méthode heuristique en


traductologie

Abstract : Après avoir évoqué l’évolution de la réflexion traductologique qui a conduit


   

à s’intéresser à des traductions effectivement publiées, nous nous interrogeons ici sur
les enjeux et méthodes de comparaison entre texte original et traduction(s). L’examen
de phénomènes linguistiques particuliers dans différentes traductions d’un même
texte, ou dans la traduction de différents textes, s’avèrent fructueux aussi bien pour la
compréhension de ce qui distingue ou réunit deux systèmes linguistiques que pour
celle des opérations de traduction. Cette compréhension peut éventuellement permet-
tre une approche évaluative des traductions. Mais l’extension des études de traduc-
tion sur corpus informatisés ainsi que l’usage de logiciels spécialisés (alignement,
analyse lexicale etc.) changent considérablement les méthodes et objectifs de la
traductologie, il s’agit alors souvent d’étudier l’existence de « normes » de traduction,
   

ou changements systématiques observables chez différents traducteurs vers une


même langue. Il semble cependant que ces outils modernes ne fassent pas nécessaire-
ment disparaître l’intérêt d’études très fines sur corpus de taille réduite.

Keywords : approche descriptive, approche évaluative, corpus, informatique, « nor-


     

mes » de traduction

0 Introduction
Que peut-on découvrir en comparant des expressions linguistiques dans une langue
et leur(s) traduction(s) dans une ou plusieurs autres langues ? Dans quelles condi-

tions ? Par quelles méthodes ? Quels objectifs peut-on se fixer, quelles sont les
   

erreurs à éviter, ou les limites des différentes démarches envisageables ? C’est à cet

ensemble de questions que nous allons nous efforcer de répondre dans les pages qui
suivent. Précisons tout d’abord qu’il sera essentiellement question de traduction
littéraire, ce qui nécessite quelques explications. En effet, outre la traduction des
textes sacrés, la théorie de la traduction depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, depuis
Cicéron, Horace et Saint Jérôme jusqu’à Schleiermacher et Benjamin, s’est principa-
lement intéressée à celle de la littérature. Cet intérêt découle assurément de la valeur
culturelle accordée à la littérature. En revanche, comme le note Holmes (1988, 81) et

* Yvon Keromnes est membre de l’ATILF / CNRS & Université de Lorraine (UMR 7118).
100 Yvon Keromnes

malgré le développement de la littérature comparée, la relation entre un texte


littéraire et sa ou ses traductions a été jusqu’à présent extrêmement peu – et mal –
étudiée ;1 récemment, ce sont particulièrement des linguistes qui se sont penchés sur

ces relations, mais ceux-ci n’échappent pas non plus aux critiques de l’auteur, qui
leur reproche une démarche souvent « simpliste et naïve ».2 Nous verrons que ces
   

reproches ne sont pas nécessairement justifiés.

1 De la traduction unique à la traduction plurielle


Même si, de façon générale, la qualité d’une traduction littéraire semble aujourd’hui
encore souvent jugée exclusivement sur le texte traduit, et ceci, même lorsque le
travail du traducteur n’est pas, comme c’est souvent le cas, tout simplement passé
sous silence,3 un recours à la comparaison est indispensable dès lors qu’il s’agit de
considérer la traduction comme un objet d’étude ou d’enseignement.
Une traduction met en vis-à-vis deux textes, un texte source (TS) et un texte cible
(TC), et avec eux, deux systèmes linguistiques, une langue source (LS) et une langue
cible (LC). Donc, si l’on admet que cette dimension certes non unique, mais malgré
tout fondamentale de l’opération de traduction est de nature linguistique, on
comprend aisément que la linguistique contrastive ait pu jouer un rôle majeur dans le
développement de la traductologie. De ce point de vue, dans le domaine francophone,
les travaux publiés sous le nom de « stylistique comparée » par Vinay/Darbelnet
   

(1958) pour la paire de langues anglais-français, et par Malblanc (1968) pour la paire
allemand-français constituent une référence incontournable.4 Fondée sur une linguis-
tique structuraliste inspirée en particulier par les travaux de Bally et son idée d’une
stylistique de la langue (1909), la stylistique comparée propose une série de procédés

1 « For all their prime importance in the history of European literature, translations have by and large

been ignored as bastard brats beneath the recognition (let alone concern) of truly serious scholars ». 

2 « Yet the result of their thinking, too, would seem to be in large part simplistic and naïve, at least

when applied to highly complex entities of the kind that ‹ literary texts › tend to be ». Notons cependant
     

que la référence la plus récente à la linguistique dans cet ouvrage de Holmes est un article de Nida
datant de 1969, presque vingt ans plus tôt.
3 Un exemple tout à fait significatif à ce propos : le 18 novembre 2013, l’actrice Carole Bouquet est sur

France-Culture à l’émission La Grande Table pour parler avec Caroline Broué d’une lecture publique
qu’elle donne des poèmes de M. Tsvetaeva. Pendant les vingt minutes que dure l’entretien, pas une

seule fois il ne sera question de traduction. Des extraits sont pourtant lus, et on parle des particularités
de « la langue hachée de Tsvetaeva » (dans laquelle l’auditeur connaissant un peu de russe aura
   

surtout reconnu les caractéristiques de la langue source, en particulier l’absence de déterminants, et


donc un choix de traduction conférant au texte cible un certain exotisme) exactement comme si la
poétesse russe avait écrit directement en français.
4 La spécificité des phénomènes observés à chaque paire de langue étudiée est une caractéristique
essentielle de la stylistique comparée.
La comparaison de traductions et de « textes parallèles »
    101

de traduction classés à la fois par ordre de difficulté et par l’ampleur de l’écart


introduit entre les éléments linguistiques dans la langue de départ et leur traduction
dans la langue d’arrivée. À un extrême, et comme une sorte de degré zéro de la
traduction, le procédé le plus aisé et le plus « fidèle » consiste à avoir recours à un
   

emprunt, c’est-à-dire en fait à ne pas traduire ; à l’autre extrême, l’adaptation fait


correspondre la dénotation d’un concept équivalent par des moyens linguistiques


différents. Ainsi, l’exclamation la vache ! pour qualifier une personne en français peut

être traduite en allemand par das Schwein ! (Malblanc 1968, 35) et inversement. Parmi

les qualités de cette approche, on peut noter l’attention portée à une langue authen-
tique et idiomatique : ancrés dans la réalité du bilinguisme canadien, Vinay/Darbel-

net partent de l’observation des divergences manifestées sur les panneaux routiers en
français et en anglais, men at work correspondant par exemple à attention travaux,
divergences qui indiquent des habitudes linguistiques différentes. Ils comparent les
expressions en LS et LC en ayant recours à la fois à des exemples fabriqués et à des
traductions publiées, et Malblanc fait quant à lui particulièrement appel, dans des
exemples attrayants, à des traductions publiées d’œuvres littéraires connues (par ex.
Hesse, Hoffmann, Th. Mann pour l’allemand, Camus, Daudet, Flaubert pour le fran-

çais). Selon les termes de Stolze (62011, 70), la stylistique comparée constitue la
première tentative de décrire et catégoriser de façon exhaustive le comportement du
traducteur.
Mais cette démarche présente aussi un certain nombre de points critiquables, les
deux principaux concernant les choix méthodologiques : le premier est que l’on ne

fait jamais correspondre à une expression dans la langue de départ qu’une unique
expression dans la langue d’arrivée, et le second qu’il s’agit à chaque fois d’exemples
très brefs, mots ou syntagmes pour l’essentiel, et ne dépassant guère la longueur
d’une phrase. Du premier point, faut-il déduire qu’il n’existe qu’une « bonne » façon    

de traduire d’une langue source dans une langue cible ? À ce propos, dans la préface

de leur ouvrage, Vinay/Darbelnet (1958, 24) sont parfaitement explicites :  

« Il est permis de supposer que si nous connaissions mieux les méthodes qui gouvernent le

passage d’une langue à l’autre, nous arriverions dans un nombre toujours plus grand de cas à des
solutions uniques ».

Cette notion de traduction unique sera sévèrement critiquée par Lortholary dans son
introduction à un manuel de traduction (Demet/Lortholary 1975), qui lui oppose une
conception paraphrastique,5 tant pour ce qui concerne le TS que le TC ; c’est en  

concevant le TS comme une suite de choix par rapport à un ensemble de possibilités


dans la LS que le traducteur peut ajuster au mieux ses propres choix parmi les

5 Cette conception paraphrastique rappelle celle de la traduction proposée par Jakobson (11959), qui
regroupait sous cette notion la traduction intralinguistique (reformulation), la traduction interlinguis-
tique (traduction stricto sensu) et la traduction intersémiotique.
102 Yvon Keromnes

possibilités offertes par la LC. Le fait qu’il existe souvent pour un TS une pluralité de
traductions parfaitement recevables est aujourd’hui une idée largement acceptée.
La brièveté des exemples a pour inconvénient d’empêcher toute analyse du rôle
joué par le contexte6 dans les choix lexicaux et grammaticaux (marques de temps ou
aspect, constructions syntaxiques, etc.). Il en résulte dans de nombreux cas une
impossibilité d’estimer la pertinence véritable de l’équivalence proposée comparée à
d’autres solutions possibles.
D’un point de vue théorique, on peut aussi se demander aujourd’hui ce qu’il reste
des procédés décrits par la stylistique comparée ; au terme d’une analyse critique,

Chuquet/Paillard (1989, 9s.) n’en conservent que deux :  

« Si la notion de procédé de traduction est effectivement d’une grande utilité lorsque l’on aborde

les problèmes de traduction, il convient néanmoins d’en restreindre la portée, pour deux
raisons :  

– un grand nombre de ces procédés renvoient à une problématique grammaticale ou lexicale


beaucoup plus générale ;  

– la classification même des procédés de traduction présente une certaine hétérogénéité : l’em-
   

prunt et le calque sont rarement des procédés de traduction à proprement parler, mais se trouvent
généralement intégrés au lexique ; l’équivalence n’est pas autre chose qu’une modulation lexica-
lisée, bien illustrée notamment dans la correspondance entre les proverbes d’une langue à l’autre ;  

quant à l’adaptation, il paraît difficile de l’isoler en tant que procédé de traduction, dans la mesure
où elle fait entrer en jeu des facteurs socio-culturels et subjectifs autant que linguistiques.
Nous réserverons donc le terme de procédés de traduction aux deux procédés décrits par Vinay et
Darbelnet qui occupent une position centrale dans toute démarche de traduction : la transposi-

tion (changement de catégorie syntaxique) et la modulation (changement de point de vue) ».  

En ce qui concerne la transposition, le cas prototypique est sans doute ce que les
auteurs appellent « chassé-croisé » : dans l’exemple bien connu to swim across a
     

river / traverser une rivière à la nage, de l’anglais au français, le verbe devient un


   

groupe adverbial, circonstant de manière, alors que la préposition devient verbe, et


inversement du français à l’anglais, le procédé étant directionnel.7 Quant à la modula-
tion, elle concerne essentiellement le lexique, comme on le voit dans le passage entre
Lebensgefahr en allemand et danger de mort en français, ou entre shallow en anglais

6 Nous employons ici le terme de contexte dans son double sens de contexte linguistique (parfois
appelé co-texte) et de contexte situationnel (↗25 Contexte et situation : les « entours » du texte écrit).
       

Dans un texte de fiction, le second découle du premier, ce qui ne veut pas dire que la représentation
mentale d’une situation ne joue pas un rôle spécifique dans les choix lexicaux et grammaticaux
relevant de sa représentation linguistique.
7 C’est à partir de l’analyse de ce type de phénomènes que Talmy (2000) établit une opposition
typologique entre les langues exprimant les propriétés sémantiques fondamentales, principalement
aspecto-temporelles, d’un événement par un verbe, et les langues exprimant ces mêmes propriétés par
des moyens annexes (par ex. préfixes et particules verbales). Le premier type de langue, nommé
« verb-framed », comprend les langues romanes, le second, nommé « satellite-framed », comprend la
       

plupart des autres langues indo-européennes, mais aussi les langues finno-ougriennes et le mandarin.
La comparaison de traductions et de « textes parallèles »
    103

et peu profond en français, mais le terme de procédé nous semble malgré tout
approprié, puisque le réflexe de passer par l’antonyme permettra régulièrement au
traducteur de trouver une solution.
Malgré les limites évoquées, la stylistique comparée reste une référence pour les
travaux de linguistique contrastive centrés sur la traduction, ainsi que pour la didac-
tique de la traduction, où elle s’avère particulièrement utile dans les micro-analyses.
Mais il est rapidement apparu nécessaire d’étendre les comparaisons source-cible,
sinon à des textes entiers, au moins à des passages étendus.

2 Vers une comparaison extensive des traductions


Si l’angliciste Michel Ballard fait partie des personnes ayant le plus contribué au
développement de la réflexion traductologique sur des bases linguistiques en France,
engageant en particulier un dialogue critique avec les travaux de Vinay/Darbelnet, il
n’a pas lui-même exploité la comparaison systématique de textes sources et de textes
cibles, alors que l’absence de prise en compte d’un contexte élargi constituait pour-
tant déjà l’une des limites principales de la stylistique comparée. En revanche, le
domaine angliciste a vu paraître de nombreux travaux dans cette approche, en
particulier parmi les disciples de la Théorie des Opérations Énonciatives (TOE) d’An-
toine Culioli.8 En premier lieu, il faut citer l’immense travail de Jacqueline Guillemin-
Flescher (1981) comparant la grammaire de l’anglais et du français, plus précisément
les questions d’agencement et d’actualisation des procès, de détermination aspec-
tuelle, d’agencement syntaxique, de détermination et de modalité. Dès l’avant-
propos, l’auteur se réfère à Vinay/Darbelnet, pour indiquer un certain nombre de
recoupements, mais aussi pour s’en distinguer. Les différences concernent à la fois les
positions et le degré de technicité théoriques, mais aussi le fait qu’il s’agisse d’un
véritable travail de corpus : ce travail, dans lequel l’auteur allie un très grand sens de

la langue à la maîtrise d’un appareil théorique très sophistiqué, est en effet élaboré à
partir d’un corpus principal constitué du roman de Flaubert Madame Bovary et, pour
l’essentiel, de deux des cinq traductions en anglais de ce roman dépouillées par
l’auteur. Dans la pratique, Guillemin-Flescher reconnaît (ibid., ix) que « l’usage  

systématique de cinq traductions constituait un appareil trop lourd ». L’auteur justifie


le choix d’un roman (ibid., viii) par le fait que son travail concerne essentiellement
l’écrit, et par sa volonté de travailler de façon extensive :  

8 Cf. Fuchs/Le Goffic (1992) pour une présentation synthétique de cette théorie linguistique mettant au
centre de son étude l’activité du sujet parlant (énonciateur) appréhendée à travers les traces que
révèlent les marqueurs structurant ses énoncés. L’inspiration majeure de cette théorie est la distinction
faite par Benveniste (1966, 237–250) entre un plan du discours dans lequel la présence de l’énonciateur
est sensible, et un plan du récit dans lequel « les événements semblent se raconter eux-mêmes ». Le
   

concept principal de la TOE est celui de repérage.


104 Yvon Keromnes

« Il me semblait intéressant de travailler sur un texte d’une certaine longueur qui a sa propre
   

cohérence, ceci afin tout d’abord de déceler les phénomènes récurrents, de les situer dans un
réseau contextuel élargi, et d’en appréhender toutes les variations ».

Guillemin-Flescher écarte donc toute considération sur la spécificité de la traduction


littéraire, remarquant (1981, viii) que « la langue littéraire est simplement une moda-

lité particulière de [l’activité langagière] ». Les conclusions de cette recherche sont


donc censées s’appliquer à l’anglais et au français en général.


Du point de vue méthodologique, la démarche a d’abord été empirique (Guille-
min-Flescher 1981, x), l’auteur a « procédé à un relevé très minutieux des différences

linguistiques qui apparaissent entre notre texte et les traductions, presque sans a
priori théorique ».9 Les divergences constatées ont été soumises au jugement de

locuteurs de langue maternelle, ce qui a permis d’élaborer des hypothèses, ensuite


testées sur de nouveaux exemples. Pour donner plus de poids à la démonstration, le
corpus est complété par des exemples tirés d’autres œuvres ainsi que de textes non-
littéraires et de leur traduction, du français vers l’anglais et de l’anglais vers le
français, même si la grande majorité des exemples va dans le sens français-anglais.
Le résultat de ce travail est un ouvrage extrêmement technique de 550 pages, d’un
abord quelque peu difficile malgré un glossaire de plus de cent pages, mais dont le
grand nombre de micro-analyses extrêmement fines, et portant parfois sur des para-
graphes entiers, en font un ouvrage du plus grand intérêt auquel nous n’avons pas la
place ici de rendre justice. Cent quinze pages de tableaux récapitulatifs facilitent le
survol des principaux points théoriques.
En début d’ouvrage (Guillemin-Flescher 1981, 13), deux schémas contrastifs sont
proposés pour une première évaluation des différences entre l’anglais et le français :  

« Voyons tout d’abord, comment se présente la configuration générale d’un enchaînement de


procès dans les deux langues. Il suffit de prendre un paragraphe dans notre corpus, avec la
traduction en regard, pour en faire ressortir les traits saillants ».

Le premier paragraphe comparé, extrait de Madame Bovary, fait apparaître dix


imparfaits en français pour dix-huit prétérits en anglais, avec soit des ajouts de formes
verbales sans correspondant dans le texte source, soit des transformations de formes
non verbales ou de formes participiales en formes verbales finies. L’auteur en déduit
une tendance à une plus grande actualisation de l’anglais par rapport au français. Un
deuxième paragraphe est présenté pour vérification. Il s’agit d’un extrait de La Peste
de Camus et de sa traduction, et la comparaison du texte français et de sa traduction

9 Malgré cette ouverture revendiquée, il est possible que les options théoriques de départ aient malgré
tout influé sur le choix du corpus principal : la linguistique énonciative étant particulièrement apte à

décrire les phénomènes liés au point de vue, un roman de Flaubert, avec en particulier son grand usage
du style indirect libre, constitue dans ce cadre théorique un objet d’étude particulièrement intéressant.
La comparaison de traductions et de « textes parallèles »
    105

en anglais fait apparaître les mêmes caractéristiques. Ces premières observations


préfigurent en partie la conclusion générale de l’ouvrage, qui oppose deux « attitudes  

énonciatives » de l’anglais et du français, celle de « constat », correspondant à des


     

termes repères en relation de non-repérage par rapport au plan de l’énonciation, et


celle de « commentaire », opération secondaire qui présuppose une première opéra-
   

tion de détermination, et dont les éléments de reprise sont au contraire repérés par
rapport au plan de l’énonciation. Et cette attitude énonciative des deux langues
s’inverse entre le récit et le discours (Guillemin-Flescher 1981, 294) :  

« Il semblerait donc qu’en français on commente dans le récit des situations posées antérieure-

ment ou non-déterminées pour le co-énonciateur alors que dans le discours on définit des
situations qui sont déjà déterminées situationnellement. Inversement, en anglais, dans le récit,
on détermine pour le co-énonciateur tous les éléments qui jouent un rôle dans le domaine
référentiel, dans le discours seuls les éléments qui ne sont pas définis situationnellement ou les
situations qui peuvent être assertées sans recours à un co-énonciateur ».  

L’ensemble de la méthode et les objectifs visés par ce travail pionnier des comparai-
sons linguistiques de traductions nécessitent cependant quelques remarques. En
premier lieu, si on comprend fort bien que le désir de rapporter le texte littéraire au
langage en général et de ne tenir compte que des phénomènes linguistiques générali-
sables correspondent à une volonté de scientificité, il nous semble qu’il aurait malgré
tout fallu s’interroger sur ce qui constitue la spécificité d’un texte littéraire narratif et
de sa traduction, surtout dans la mesure où il s’agit d’observer des phénomènes
linguistiques récurrents. Il est relativement évident, par exemple, que le choix des
formes verbales répond à des normes particulières dans ce type de texte, qui font que
l’extension des observations au système tout entier ne va pas de soi. Plus précisément,
la nature des passages observés doit être prise en compte : les deux paragraphes

choisis pour les premiers schémas contrastifs sont des passages descriptifs, sans que
cette caractéristique soit prise en considération dans son effet sur l’emploi de formes
verbales ou les équivalences possibles entre formes verbales et formes non verbales ;  

l’enchaînement des procès mentionné est donc uniquement linguistique, et non


temporel. Fonctionnellement, la description s’oppose sur ce point à la narration, et
constitue dans un texte narratif un arrière-plan, ce qui n’est pas sans incidence dans
le choix des formes verbales du TS ni du TC. Ensuite, même si l’on met de côté ces
spécificités fonctionnelles des formes verbales, dès lors qu’il s’agit de mettre en
évidence des tendances, la dimension quantitative ne peut être écartée ; il aurait sans  

doute fallu au minimum comparer deux corpus principaux de taille équivalente, l’un
du français à l’anglais, et l’autre de l’anglais au français. Or, les traductions du
français vers l’anglais constituent dans cet ouvrage la plus grande part des exemples.
Et finalement, on ne peut pas simplement poser comme allant de soi le fait que des
tendances observées dans des textes traduits soient les tendances de la langue à
laquelle ils appartiennent : certains théoriciens de la traduction vont en effet jusqu’à

dénier aux textes traduits toute représentativité pour la LC, et cette méfiance est
106 Yvon Keromnes

partagée par des linguistes.10 Il serait donc nécessaire de compléter une telle étude en
ayant recours à un corpus comparable à celui des TC en anglais et constitué de textes
originaux en anglais.
Constatant un manque d’idiomaticité dans une traduction produite par un étu-
diant (Guillemin-Flescher 1981, vii) en dépit d’un respect de la grammaire tradition-
nelle de l’anglais, et cherchant une réponse linguistique à ce qui lui apparaît comme
un problème, Guillemin-Flescher poursuit deux objectifs à la fois, qui ne sont sans
doute pas entièrement compatibles : celui d’expliciter la démarche du traducteur

travaillant sur un texte particulier, et celui de caractériser les deux langues mises en
relation par la traduction dans ce cas. D’un point de vue méthodologique, il faut sans
doute choisir entre ces tendances, particularisante et généralisante.

3 Linguistique, traduction et corpus


Travaillant dans la lignée de Guillemin-Flescher, Chuquet (1994) étudie les emplois
du présent dans des textes narratifs réels ou de fiction, en anglais et en français. Son
sujet d’étude est donc bien plus restreint que le précédent, et cependant, elle note en
conclusion (1994, 229) que « la forme verbale du présent est loin de nous avoir livré

tous ses secrets ». Les questions de temps et d’aspect, il est vrai, sont souvent

épineuses, et elles le sont particulièrement en ce qui concerne le présent ; la perspec-  

tive contrastive et traductologique ne fait que renforcer ces difficultés. D’où son
interrogation à partir d’un constat paradoxal (Chuquet 1994, 2) :  

« En effet, dans deux langues aussi proches l’une de l’autre que le français et l’anglais, on pouvait

penser que deux formes aussi apparentées que le présent français et le présent simple anglais
donneraient lieu à des emplois relativement similaires : on verra, d’ailleurs, que les descriptions

sommaires du présent historique proposées dans les grammaires de l’une et l’autre langue ne
permettent guère de les différencier. Mais comment concilier cette apparente similarité avec
l’affirmation, maintes fois rencontrée chez les linguistes, selon laquelle le présent historique
s’emploie beaucoup moins souvent en anglais qu’en français,11 ou avec le point de vue adopté

10 Cf. par exemple l’hypothèse du « troisième code » proposée par Frawley (1984), qui soutient
   

qu’entre la LS (qu’il nomme Matrix code) et la LC (Target code), la traduction constitue un troisième
système linguistique qui participe des deux premiers. Du côté linguistique, Baker (1993, 234) note que
dans le projet Network of European Reference Corpora, financé par l’Union Européenne, de nombreux
linguistes excluent explicitement les traductions de leur corpus. L’auteur de la présente contribution
s’est lui-même vu reprocher par les éditeurs d’un ouvrage de linguistique auquel il collaborait de ne
pas employer des exemples d’anglais « authentique » parce qu’il s’agissait de textes traduits. Il nous
   

semble curieux de considérer a priori des textes produits par des anglophones comme « non authen-

tiques » du seul fait qu’il s’agit de traductions.


11 Curieusement, Chuquet, qui cite à l’appui de son propos Comrie et Fleischman, spécialistes des
formes verbales, mentionne aussi Bellos, qu’elle semble considérer comme un linguiste, et qui est en
La comparaison de traductions et de « textes parallèles »
    107

par de nombreux enseignants ou manuels de traduction, qui conseillent, de façon plus ou moins
impérative, de traduire un présent historique français par un prétérit anglais ? ».
   

Pour répondre à cette question, Chuquet constitue un corpus de textes narratifs,


pratiquement tous contemporains, associés à leurs traductions, et relevant de deux
catégories distinctes, celle du récit de faits réels (reportages, textes historiques, bio-
graphies) et celle du récit de fiction (l’hypothèse de départ pour l’auteur est qu’il s’agit
là de l’opposition pertinente pour rendre compte des différences d’emploi de ce temps
en français et en anglais). Comme chez Guillemin-Flescher, la majorité des traductions
vont dans le sens français-anglais, ce que l’auteur justifie (Chuquet 1994, 6) :
   

« en raison d’une part de la plus grande fréquence globale du présent historique en français, si

l’on prend en compte les deux types de récits (véridique et de fiction), d’autre part du caractère
plus problématique de la traduction [du présent] vers l’anglais ».

Outre ces associations TS-TC, le corpus comprend également des passages de narra-
tion au présent comparables en anglais et en français, mais non traduits, ceci pour
permettre d’étudier les conditions d’emploi de cette forme indépendamment de la
question de la traduction. Enfin, comme Guillemin-Flescher, elle soumet différents
énoncés originaux, traductions et traductions modifiées à des locuteurs anglophones
pour vérifier ses hypothèses.
Conformément à la démarche culiolienne qui postule pour chaque marqueur une
même valeur sémantique abstraite sous-jacente à la variété de ses emplois (et parfois
à travers différentes catégories grammaticales), Chuquet (1994, 8) rejette les étiquettes
de présent « dramatique », « de reportage », « scénique », « synoptique », etc. avec
                 

lesquelles on sous-catégorise le présent de narration, pour s’efforcer de décrire le


fonctionnement global de ce qu’elle appelle un présent « aoristique », c’est-à-dire en
   

décrochage par rapport à la situation d’énonciation et appréhendé globalement.


Le constat, attesté par des exemples multiples et variés, est que l’emploi de ce
présent aoristique est plus aisé en français qu’en anglais, et en particulier dans le récit
d’événements attestés. Une partie des explications sur ces différences de fonctionne-
ment est à chercher dans les systèmes verbaux respectifs : le français marque princi-

palement des oppositions temporelles là où l’anglais marque des oppositions aspec-


tuelles. Ainsi l’anglais possède-t-il deux formes de présent, l’une simple et l’autre
aspectuellement marquée (aspect ouvert). De cette différence découle peut-être une
prédilection du repérage par déixis en français et du repérage par anaphore en
anglais. C’est en tout cas un constat déjà fait par Guillemin-Flescher (1981), et cette
idée reprise par Chuquet constitue une hypothèse centrale dans son ouvrage : le  

présent sera donc construit par défaut comme déictique en français (renvoyant à

fait spécialiste de littérature, et avant tout le traducteur en anglais de Perec (et également de Gary,
Kadare et Vargas).
108 Yvon Keromnes

l’« actuel ») alors qu’en anglais, le présent non marqué (présent simple) sera construit
   

par défaut comme anaphorique. Mais comment expliquer les contraintes particulières
pesant sur le récit de faits attestés en anglais ? Pourquoi l’exemple suivant, une

phrase extraite du journal Le Monde (1991), est-il impossible en anglais ?  

« Franck Capra naît en Sicile, le 18 mai 1897, au village de Bisaquino ».


   

Dans cet exemple, en effet, on aurait obligatoirement en anglais le prétérit « was  

born ». L’explication proposée par Chuquet est que le décrochage aoristique par

rapport à la situation d’énonciation peut se faire sélectivement sur la personne


(décrochage subjectif : « picture a scene… », « imaginez une scène… ») ou sur le temps
         

(décrochage temporel) ou sur les deux à la fois, et que dans le cas de l’anglais, un
premier décrochage subjectif permettra le décrochage temporel dans un second temps
ou bien, dans le cas d’un récit se donnant comme historique à la troisième personne,
une absence de décrochage subjectif pourra être palliée par la présence d’une chrono-
logie révolue préconstruite (décrochage temporel « imposé »). Le récit à la première
   

personne du présent de narration fait l’objet d’une attention particulière à cause de sa


position charnière entre récit présenté comme avéré et récit de fiction. Et sur ce point,
Chuquet s’oppose à Hamburger (1957) pour qui ce type de récit est hors de la fiction :  

pour Chuquet en effet (1994, 82), cette combinaison de la première personne et du


présent « tend à fictionnaliser le récit » par une dissociation entre la première per-
   

sonne sujet et l’énonciateur (décrochage subjectif) et par l’absence d’ancrage tempo-


rel objectif dans le passé (décrochage temporel).
Le français pour sa part ne semble pas avoir besoin de ce décrochage global pour
l’utilisation du présent de narration, ce qui lui permet une alternance des formes de
passé et de présent dans le récit tout à fait caractéristique, et qui « apparaît de la façon

la plus frappante dans les récits d’événements attestés dans la presse » (Chuquet  

1994, 209) :  

« L’année dernière, alors que la Grèce s’engluait dans la boue des scandales politico-financiers

qui conduiront à la chute des socialistes, M. Caramanlis compare son pays à un ‹ immense asile
   

de fous ›» (Le Monde 1990).


Ici encore, avec un décrochage purement temporel, non subjectif, dans un récit avéré,
le présent de narration n’est pas possible en anglais, et le futur pas davantage. Ces
analyses d’exemples attestés systématiquement rassemblés, qui portent également
sur la syntaxe, contribuent assurément à une meilleure compréhension des divergen-
ces d’emploi entre l’anglais et le français de formes par ailleurs très comparables.
L’intérêt de l’étude d’un phénomène linguistique particulier grâce à l’exploitation
d’un corpus parallèle relativement étendu et varié (et complété, rappelons-le, par des
fragments de textes comparables et le recours à des informateurs) est ici parfaitement
illustré.
La comparaison de traductions et de « textes parallèles »
    109

4 La critique de traduction
Si les démarches précédentes, sans exclure les jugements, correspondent à une
approche essentiellement descriptive, restreignant leur objet d’étude à des phénomè-
nes purement linguistiques, l’autre grande approche dans les études de traductions
est évaluative. Certes, cette deuxième approche est fondamentale dans la traduction
professionnelle non littéraire (médias, publicité, sciences et techniques), où l’on se
préoccupe d’évaluer la « qualité du produit »,12 mais elle existe également pour la
   

traduction littéraire, où elle prend le plus souvent une forme négative : on y constate  

tout simplement que la traduction n’est pas le texte source, et qu’il y a donc perte et
trahison. Berman (1991) s’est élevé contre cette vision entropique de la traduction,
avant de se livrer lui-même à une critique sévère de traductions de John Donne
(Berman 1995). Hewson (2011), qui indique que son but n’est pas d’abord de juger des
traductions, propose également une approche évaluative ; celle-ci entend comparer le

potentiel interprétatif du texte cible à celui (supposé) du texte source. Avec cette
dimension interprétative, qui comporte une part de subjectivité assumée,13 il s’agit
d’estimer dans quelle mesure le lecteur du texte cible peut ou non faire une interpréta-
tion de ce texte comparable à celle du lecteur du texte source. Cette approche est
illustrée par l’étude comparative de traductions de deux romans du XIXe siècle, l’un
écrit en anglais (Emma, de Jane Austen), l’autre en français (Madame Bovary, de
Gustave Flaubert). L’aboutissement de ce travail est le classement de chaque traduc-
tion étudiée dans l’une des quatre catégories suivantes, selon le degré de divergence
de son potentiel interprétatif comparé au texte source : similarité divergente (traduc-

tion optimale14), divergence relative, divergence radicale et adaptation. Suivant une


procédure en six étapes (ibid., 24), depuis la collecte de données préliminaires (par
ex. des informations sur le traducteur, des ouvrages critiques sur le texte source),
travail préparatoire important qui permet de choisir des passages représentatifs,15 en
passant par l’analyse des passages ciblés (microanalyses, au niveau d’expressions, et
mésoanalyses, au niveau des passages entiers) mettant en évidence des effets de

12 Des modèles de ce type d’évaluation sont présentés par exemple chez Reiß (1971) et House (1977) ;  

ces modèles, qui présupposent en particulier une distinction fond/forme, semblent difficilement
applicables à des textes littéraires, dans lesquels ces deux notions sont généralement liées.
13 Notons que cette subjectivité ne mène absolument pas au relativisme, puisque les éléments
constitutifs du cadre critique sont explicites, que Hewson intègre dans cette approche les études
critiques de référence sur les textes sources, et que l’interprétation y est à la fois fondée, argumentée et
ouverte.
14 Que la traduction soit optimale n’exclut pas la divergence : puisque la traduction est un travail de

réécriture, le texte cible est nécessairement différent.


15 Par cette démarche « top-down » qui part d’une prise en compte globale de l’œuvre pour poser des
   

critères explicites d’évaluation de passages choisis, Hewson se distingue de la plupart des études
critiques de traductions, qui partent souvent de microanalyses sans critères prédéfinis pour proposer
une évaluation globale (généralement négative) de la traduction.
110 Yvon Keromnes

traduction, jusqu’à une caractérisation provisoire de la nature de la traduction


(niveau de macroanalyse), testée sur de nouveaux passages. Parmi les traductions les
plus éloignées du texte source, Hewson distingue ce qu’il appelle les traductions
ontologiques (traductions caractérisées par ex. par un embellissement du texte, et
dans lesquelles le traducteur entend montrer qu’il existe en tant qu’écrivain) et les
traductions idéologiques (dans lesquelles le traducteur, sans doute persuadé de possé-
der la bonne interprétation du texte, fait des choix qui orientent le lecteur vers celle-
ci, à l’exclusion d’autres interprétations possibles).
Parmi les caractéristiques principales de Madame Bovary, Hewson mentionne en
particulier l’absence de voix narrative perceptible et la façon dont les dialogues
caractérisent les personnages…
Pour le roman de Jane Austen, parmi les caractéristiques retenues figurent les
voix distinctes des personnages et les glissements de perspective au cours de la
narration, ainsi que l’usage du style indirect libre (SIL), en particulier lorsqu’il
correspond au point de vue d’Emma, dont certains indices conduisent le lecteur
attentif à remarquer qu’elle se trompe régulièrement en analysant ses propres motiva-
tions comme celles des autres. Les passages à analyser sont choisis en fonction de ces
caractéristiques.
C’est au niveau des microanalyses et mésoanalyses que les outils linguistiques
sont mis à profit. Les effets de traduction constatés au premier niveau d’analyse
portent sur la syntaxe, les choix lexicaux, grammaticaux, et stylistiques. Pour Hewson
(2011, 59), contrairement à l’opinion exprimée en particulier par Vinay/Darbelnet, le
calque syntaxique, lorsqu’il est possible, n’est pas nécessairement le meilleur choix.
Ainsi, dans le passage suivant du roman de Flaubert et sa traduction :  

« Souvent, lorsque Charles était sorti, elle allait prendre dans l’armoire, entre les plis du linge où

elle l’avait laissé, le porte-cigares en soie verte ».


« Often, while Charles was away, she used to go to the cupboard and take out, from between the

folded linen where she had left it, the green silk cigar-case ».

Hewson estime que la position de l’objet direct the green silk cigar-case ailleurs qu’à
sa place canonique immédiatement après le verbe take out en fait un choix syntaxique
plus marqué que celui du texte source. Les choix grammaticaux concernant essentiel-
lement les marques de temps, d’aspect et de modalité contribuent de façon impor-
tante à l’établissement d’un point de vue. Parmi les caractéristiques stylistiques,16
systématiquement étudiées dans chaque passage, Hewson retient par exemple la
répétition et le cliché. De la première, il note (2011, 76) qu’elle est systématiquement
évitée en traduction, et tout spécialement en français, ce qu’il illustre d’un extrait

16 Propriétés définies (ibid., 75) avec Boase-Beier comme les aspects linguistiques considérés par
l’auditeur, le lecteur, le traducteur et le locuteur comme résultant d’un choix, et étudiés par Hewson,
dans les textes cibles, en termes d’impact comparé au choix dans le texte source et à d’autres choix
possibles dans la langue cible.
La comparaison de traductions et de « textes parallèles »
    111

d’Emma et d’une traduction française, dans laquelle la répétition du mot little dis-
paraît totalement :  

« She had a little beauty and a little accomplishment, but so little judgment that she thought

herself coming with superior knowledge of the world … ».  

« Plutôt jolie, elle était aussi relativement experte dans tous les arts d’agrément mais n’avait point

le moindre bon sens … ».


Dans ce passage au SIL, Hewson montre comment la répétition dans le texte source,
commençant par une tournure concessive accordant à la personne jugée quelques
qualités, ne fait que préparer avec ironie la sévérité du jugement final ; et comment  

cette ironie a disparu de la traduction. Le cliché est particulièrement important chez


Flaubert, qui l’utilise dans les dialogues pour ridiculiser ses personnages (2011, 77).
C’est la réplique de Rodolphe à Emma « Ah ! la belle nuit ! », rendue par un traducteur
       

avec « What a lovely night ! », platitude tout à fait comparable, mais par un autre
     

traducteur par « How beautiful the night is », version qui, comme le remarque Hew-
   

son, est authentiquement poétique, et de ce fait inappropriée.


Combinés à l’échelle d’un passage entier, ces effets de traduction sont observés
par Hewson dans deux domaines, celui de la voix et celui de l’interprétation. Les
effets au niveau des mésoanalyses sont, dans le premier domaine, l’accrétion (ajouts
rendant le narrateur ou un personnage plus bavard, par ex.), la réduction et la
déformation (en particulier par des changements d’aspect ou de modalité) ; dans le  

second domaine, ce sont la contraction (du potentiel interprétatif, par la résolution


d’ambiguïté, la disparition d’indices…), l’expansion ou la transformation. Comparés à
l’échelle d’une trentaine de passages, ces effets au niveau intermédiaire laissent
apparaître des récurrences et une cohérence des pratiques de traduction qui permet-
tent de postuler une catégorisation globale pour chacune d’elle.
Reconnaissant les limites de son approche évaluative, l’auteur (2011, 257) défend
l’idée que la critique de traductions constitue le seul moyen possible de mesurer et de
comprendre l’impact de choix de traduction. C’est par exemple l’absence d’une telle
critique qui fait qu’une traduction du roman de Jane Austen par P. et E. de Saint  

Second, publiée chez Plon en 1933 puis chez Christian Bourgois en 1979, agrémentée
d’une préface et de notes de Jacques Roubaud et d’une introduction d’une spécialiste
de l’auteur, est très largement achetée par les bibliothèques universitaires pour les
étudiants de littérature comparée, alors qu’il s’agit au mieux d’une adaptation, dans
laquelle les 160.000 mots du texte source sont réduits à 90.00017 dans le texte cible !  

Ceci explique peut-être en partie pourquoi Jane Austen reste aussi méconnue et
mésestimée en France.

17 Ceci alors que l’association française des traducteurs littéraires ATLF (www.atlf.org) estime normal
un coefficient de foisonnement de 10% de l’anglais au français.
112 Yvon Keromnes

5 Les corpus informatisés : de la linguistique à la 

traductologie

L’utilisation de corpus informatisés a considérablement changé certains aspects de la


linguistique, au point que Leech (1992, 106) a pu par exemple parler d’une « nouvelle  

façon de réfléchir au langage ». Il s’agit donc bien d’un changement radical des

pratiques, rendu possible par une technologie capable de traiter rapidement et


systématiquement un très grand nombre d’informations.18 Ces possibilités apportent
deux garanties importantes de scientificité, la reproductibilité des observations et la
possibilité de falsifier des hypothèses. En effet, si l’on ne peut guère être surpris que
des exemples choisis par un linguiste aillent dans le sens de sa théorie, un travail sur
corpus permet à tout chercheur y ayant accès de chercher d’éventuels contre-
exemples. Et si on peut faire remonter la linguistique de corpus au moins aux
premiers travaux des structuralistes américains Bloomfield, puis Harris, qui établis-
sent les bases méthodologiques (nécessité d’assurer l’homogénéité, la synchronie et
la représentativité d’un corpus), c’est aujourd’hui plutôt Sinclair19 (1991 ; 1996) que  

l’on cite comme figure fondatrice,20 le fait qu’un corpus soit informatisé semblant
aller de soi.21 Pour ce qui est de la traductologie, et en particulier dans le domaine
francophone, l’évolution est beaucoup plus lente. Il est par exemple symptomatique
que dans un ouvrage récent consacré aux corpus en linguistique et traductologie
(Ballard/Pineira-Tresmontant 2007), la réflexion sur la spécificité des corpus informa-
tisés ne soit pas majoritaire.22 Les raisons de ce retard sont complexes. On peut
mentionner, du côté de la linguistique de corpus, un relatif désintérêt pour la traduc-
tion. Comme le note Olohan (2004, 13), passant en revue plusieurs ouvrages consacrés

18 De ce point de vue, on distinguera utilement entre une approche dite « corpus-driven », dans
   

laquelle le dispositif informatique joue lui-même un rôle heuristique, et l’approche « corpus-based »,


   

dans laquelle ce dispositif ne sert qu’à fournir plus aisément des exemples (Biber/Conrad/Reppen
1998 ; Biber 2009).

19 C’est à Sinclair que l’on doit l’élaboration du corpus COBUILD (Bank of English), dont est issue une
série de dictionnaires de l’anglais.
20 Il est vrai qu’il s’agit, avec la linguistique de corpus des années 80, d’un retour de l’empirisme, en
opposition catégorique à l’un des principes essentiels de la linguistique chomskyenne, selon laquelle
l’introspection du linguiste constituerait la seule base appropriée à une analyse du langage (Aston/
Burnard 1998, 13). Élève de Harris, Chomsky avait en élaborant sa propre théorie explicitement posé
l’inutilité des corpus.
21 Ainsi Kruger/Wallmach/Munday (2011, 1) définissent-ils la notion de corpus comme « un ensemble

de textes sous forme électronique permettant des requêtes rapides grâce à des logiciels conçus spécifi-
quement pour l’analyse de traits linguistiques ou autres ». (C’est nous qui soulignons).

22 Par exemple Gallagher (2007, 200), qui travaille sur les deux types de corpus, ne semble pas
vraiment faire de différence quand il s’efforce de « démontrer que les études sur corpus – sans ou avec

ordinateur – sont susceptibles de faciliter le déroulement du processus traductif ainsi que l’enseigne-
ment de la traduction et la critique des traductions littéraires ».

La comparaison de traductions et de « textes parallèles »
    113

à cette discipline, la traduction y est vraiment le parent pauvre ; et lorsqu’elle est


mentionnée par des linguistes de corpus, c’est parfois dans des termes qui traduisent
une profonde ignorance.23 Olohan (2004, 22) mentionne aussi comme explication la
nécessité de prendre en compte le contexte dans les études de traduction, ce qui rend
insuffisante une approche strictement quantitative. Enfin, la linguistique de corpus
est une méthode, et non une théorie : les résultats d’une étude de corpus peuvent être

analysés dans différents cadres théoriques. C’est donc à la traductologie qu’il revient
d’en développer un pour ses propres besoins.
Du côté de la traductologie justement, on peut considérer que c’est avec Baker
(1993) que la réflexion a été amorcée. Observant le développement de la linguistique
de corpus, l’auteur s’interroge sur l’implication de ce développement pour sa propre
discipline. Son point de départ théorique est une approche descriptive inspirée de
Toury (1978 ; 1980) et de son idée de normes, c’est-à-dire d’un comportement tendan-

ciel des traducteurs dont les effets seraient statistiquement observables dans les
textes traduits.24 Une conséquence directe de cette conception est que l’étude de
traductions ne peut porter sur des textes particuliers, mais nécessairement sur un
ensemble de textes. Et cet ensemble, idéalement, doit être de très grande taille. Baker
(1993, 241) remarque par exemple à propos de l’étude de Vanderauwera (1985) portant
sur une cinquantaine de romans traduits du néerlandais vers l’anglais que « c’est un  

très petit corpus ». Pour l’auteur, le but de telles études sur des corpus de grande taille

doit être de montrer l’existence d’universaux traductionnels (ibid., 243), sous la forme
des normes déjà évoquées. Dans Baker (1995), elle développe plus avant sa méthodo-
logie, définissant un certain nombre de notions désormais centrales dans les études
de traduction sur corpus électroniques ; en particulier, elle distingue les corpus

parallèles, multilingues et comparables. Les premiers, qui comprennent des TS en


langue A et leur(s) traduction(s) en langue B, demandent un système d’alignement
performant pour être utiles.25 Pour l’auteur, de tels corpus sont appelés à devenir un
outil indispensable à la formation des traducteurs. Les corpus multilingues compren-
nent des ensembles monolingues d’au moins deux langues, construits selon des
critères similaires (langue générale / langue de spécialité, oral / écrit, genre de
       

texte…), et permettent d’étudier des phénomènes linguistiques « dans leur environne-


ment naturel », éliminant ainsi d’éventuelles interférences dues à la traduction, et


23 Oakes/McEnery (2000, 1) définissent par exemple un corpus parallèle bilingue en tant que corpus
« comprenant les mêmes échantillons de textes dans chacune des deux langues, chaque échantillon de

texte [dans une langue] étant la traduction de l’autre ».  

24 Toury (1995, 259–279) présente ces normes sous forme de lois (probabilistes), la « loi de standardi-

sation » (les textes traduits ont tendance à être linguistiquement plus conservateurs et moins créatifs

que les TS), et la « loi d’interférence » (les textes traduits importent inévitablement un certain nombre
   

de caractéristiques linguistiques des TS et LS, la LC y résistant plus ou moins).


25 Pour des explications techniques sur les méthodes d’alignement automatique, cf. Habert/Nazaren-
ko/Salem (1997, 138ss.).
114 Yvon Keromnes

permettent par exemple aussi, au niveau lexical, de dégager des équivalences contex-
tuelles pour des lexèmes polysémiques. Enfin, les corpus comparables constituent
une sorte de croisement entre les deux types de corpus précédents : ils comprennent  

deux sous-ensembles dans la même langue, élaborés selon des critères similaires,
l’un des ensembles comprenant des textes originaux, l’autre des textes qui sont la
traduction de textes d’une autre langue. Pour l’auteur, qui est à l’origine de ce type
d’études,26 les corpus comparables permettent de déplacer le champ de la recherche
traductologique pour ne plus comparer LS et LC ni TS et TC, mais dans une même
langue, les productions linguistiques originales et les traductions. Le but est de mettre
en évidence les universaux de la traduction, dont l’ensemble constitue le « troisième  

code » évoqué précédemment. Cette idée est encore développée dans Baker (1998) et

illustrée par deux exemples de l’emploi du mot « pes »27 dans la traduction d’un    

roman équatorien en anglais : « Dόnde estáis, pes ? » traduit par « Where are you,
         

pes ? » et « Dos o tres veces he sido capataz, pes » par « Pes, I have been a foreman a
         

few times ». L’auteur nous dit que dans le premier cas, la traduction respecte la

syntaxe de l’équatorien, et dans le second celle de l’anglais, mais que ce compromis


lexico-syntaxique qui participe des deux langues LS et LC fait que « [d]ans les deux  

cas, nous sommes en présence du ‹ troisième code › dont parlait Frawley ». On


     

remarquera pourtant que la syntaxe du premier exemple est aussi celle de l’anglais
(les mots du discours ne sont pas nécessairement assignés à une place fixe, et « pes »    

se rend aussi bien par « then » que par « well ») : « Where are you, then ? ». Tout ce
               

que l’on constate, c’est un modeste emprunt lexical, procédé bien connu, destiné ici à
donner au texte traduit un certain pittoresque. Il n’a aucun caractère contraignant et
ne sera pas observé dans toutes les traductions. Le qualificatif de « troisième code »    

est donc en l’occurrence assurément excessif.


D’un point de vue général, on remarquera d’une part que cette approche traducto-
logique par corpus annonce dès le début ce qu’elle va trouver dans ces études (les
universaux de la traduction), ce qui n’est peut-être pas la meilleure attitude dans une
démarche heuristique, mais que d’autre part elle semble rester longtemps essentielle-
ment programmatique :  

« En plus de corroborer l’hypothèse du ‹ troisième code ›, cette méthodologie servira à compren-


     

dre les contraintes, les pressions et les motivations qui influencent spécifiquement l’acte traduc-
tionnel et sous-tendent cette forme unique de communication » (Baker 1998, 480).  

26 Baker a mis en place le TEC (Translational English Corpus), hébergé par l’Université de Manchester,
et destiné à l’étude des spécificités de l’anglais traduit. Sa terminologie s’est imposée (cf. McEnery
2003, 450), même si une certaine confusion terminologique perdure : certains chercheurs parlent de  

corpus parallèles au sens où Baker parle de corpus comparables (Wang/Qin 2010), et d’autres parlent
de corpus comparables au sens où elle parle de corpus multilingues (Munday 2011).
27 Mot du discours, variante de l’espagnol pues, que l’on peut traduire en français par eh bien ou
alors.
La comparaison de traductions et de « textes parallèles »
    115

C’est encore ce qu’écrit l’auteur dans son article de 1998. La réalité des fameux
universaux n’est donc peut-être pas si facile à mettre en évidence. Certaines études
poursuivies dans ce sens apportent même plutôt des éléments contradictoires28
(Wang/Qin 2010).
Évidemment, ceci ne remet pas en cause l’utilité des corpus électroniques, qui est
manifestement appelée à se développer. Parmi les objets de recherche qui paraissent
les plus prometteurs, on trouve tous les phénomènes liés à l’idiomaticité des langues,
par exemple les associations lexicales (collocations), grammaticales (colligations), ou
encore leur association éventuelle en combinaison avec des connotations positives ou
négatives (certains linguistes parlent de « prosodie sémantique »29) ; en effet, de tels
     

phénomènes, qui sont déterminants pour l’effet produit par la traduction, étaient
naguère jugés de l’ordre de l’ineffable. On pouvait alors penser que la traduction,
pratique purement intuitive liée à un « sens de la langue » plus ou moins inné, ne
   

pouvait véritablement s’enseigner. Aujourd’hui, il est tout à fait possible d’appréhen-


der ces phénomènes grâce à des logiciels tels que AntConc ou WordSmith par
exemple. La taille des corpus d’étude est cependant cruciale lorsque l’on étudie des
phénomènes censés être représentatifs à l’échelle de la langue. Et l’élaboration de
grands corpus demande beaucoup de temps et d’énergie,30 elle ne se justifie que dans
le cadre de grands projets de recherche collectifs. En revanche, nous avons vu l’intérêt
traductologique d’études portant sur des textes spécifiques, c’est pourquoi nous
pensons comme Malmkjær (1998, 539) et Johansson (1991, 305s.), qu’elle cite, que les
corpus informatisés de petite taille, particulièrement lorsqu’ils permettent de compa-
rer plusieurs traductions, ont encore leur place dans la recherche : ils se prêtent en
   

effet à des études qualitatives31 qui complémentent utilement les analyses quantita-
tives sur grands corpus ; le format électronique permet alors de repérer systématique-

ment les convergences ou divergences intéressantes entre les traductions. Quoi qu’il
en soit, ce domaine est en pleine expansion, et aussi bien pour ce qui concerne ses
méthodes, ses objets de recherche et sa théorie, on peut s’attendre à le voir considéra-
blement évoluer.

28 Alors que la plupart des études sur les universaux traductionnels portent sur l’anglais, dans une
étude du chinois traduit de l’anglais, Wang/Qin montrent que contrairement aux hypothèses sur ces
universaux, le chinois de traduction présente une plus grande richesse lexicale (type/token ratio) et
des phrases plus longues que le chinois d’origine dans un corpus comparable.
29 Cf. Munday (2011) pour une étude comparative de la prosodie sémantique de termes équivalents en
anglais et en espagnol.
30 En particulier, si on souhaite enrichir le corpus d’annotations pour pouvoir faire des requêtes
complexes. Sur les détails techniques d’une annotation de corpus par balises XML, cf. Zanettin (2011).
31 Pour la présentation d’une analyse de la traduction des formes verbales dans une nouvelle de
Kafka dans différentes traductions publiées en français et en anglais, cf. Keromnes (2007).
116 Yvon Keromnes

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Isabelle Lux
6 Les instruments de travail du traducteur et
de l’interprète dans le domaine des langues
romanes

Abstract : La présente contribution est consacrée aux outils de la traduction. On


   

donnera d’abord une rapide vue d’ensemble sur les outils traditionnels tels que les
dictionnaires ou les encyclopédies tout en esquissant une définition de la notion de
dictionnaire de traduction. Les outils informatiques modernes feront l’objet d’une
présentation plus précise : outre les aspects généraux, on évoquera la gestion termi-

nologique informatisée, les systèmes à mémoire de traduction et la traduction assistée


par ordinateur (T.A.O.) dans ses rapports avec la traduction automatique. On n’ou-
bliera pas, pour finir, le travail sur corpus, qui, relevant de la linguistique du texte,
prend une importance de plus en plus grande tant dans la réflexion théorique que
dans les pratiques traductologiques.

Keywords : dictionnaires, gestion de la terminologie, mémoire de traduction, traduc-


   

tion automatique, corpus

0 Introduction
L’objet de la présente contribution est de donner un aperçu des divers outils qu’utilise
le traducteur au cours de son travail. Vu la multitude d’outils disponibles aujourd’hui,
l’aperçu se limitera aux types d’outils, de façon que le lecteur intéressé puisse, le cas
échéant, disposer des mots-clés nécessaires à la recherche d’un outil précis dans une
catégorie donnée. Dans le cadre de cette vue d’ensemble, il ne sera pas possible de
mentionner des outils particuliers, on indiquera cependant où trouver les informa-
tions relatives aux outils d’un groupe déterminé.
Les traducteurs ont besoin d’outils pour tirer le meilleur profit des aides à la
traduction que sont les glossaires terminologiques, les textes parallèles et les traduc-
tions déjà réalisées. Pour les problèmes terminologiques, ils disposent par exemple de
bases de données terminologiques, de dictionnaires, de glossaires etc. Les textes paral-
lèles peuvent désormais être archivés sur support électronique et sont parfois disponi-
bles sous forme de corpus alignés. Il existe de même des possibilités d’archivage, à des
fins de réutilisation, de textes déjà traduits (cf. Commission Européenne 2009, 2s.).
Les interprètes utilisent les mêmes instruments que les traducteurs. Les moyens
électroniques mobiles ont pour eux une importance croissante dans la mesure où ils
permettent le recours à des bases de données, des logiciels ou l’internet au cours
même de leurs interventions. Pour la traduction simultanée, les équipes d’interprètes
Les instruments de travail du traducteur et de l’interprète 119

ont en outre besoin de cabines techniquement très performantes. On trouvera sur le


site de l’Association internationale des interprètes de conférences (AIIC) des informa-
tions importantes sur les normes ISO applicables aux cabines d’interprétation fixes et
mobiles et à leur équipement optimal (cf. Sources Internet 1 et 2). Précisons à cet égard
que les moniteurs équipant certaines cabines sont d’une utilité plus douteuse lors-
qu’ils sont installés non pour compléter mais pour remplacer la perception directe de
l’orateur par le traducteur. Il n’est guère possible, dans de telles conditions, de
produire une traduction simultanée satisfaisante (cf. Sources Internet 3 et 4).
Outre les trois types d’aides à la traduction cités plus haut, les outils de médiation
linguistique peuvent également être regroupés selon le support sur lequel ils sont
disponibles : support papier traditionnel ou support électronique moderne, simple

ordinateur ou Internet. C’est la raison pour laquelle on parle de traduction assistée par
ordinateur. Il convient cependant de ne pas la confondre avec la traduction auto-
matique, qui ne relève pas de la présente contribution. On trouvera dans Castrillón
Cardona/Patiño García/Plested Álvarez (2005, 345ss.) un bref résumé de l’évolution
conjointe de la traduction assistée par ordinateur et de la traduction automatique.
Les outils traditionnels d’aide à la traduction sont principalement cantonnés à la
terminologie. Les moyens électroniques ont permis de mettre au service de la traduc-
tion les acquis de la linguistique textuelle. Si l’on fait abstraction des dictionnaires de
traduction, les outils traditionnels ne sont pas des instruments spécifiques de la
traduction mais des moyens généraux destinés à permettre le bon usage de la langue
et (dans une moindre mesure) la production de textes dans la langue maternelle et la
langue étrangère (cf. Albrecht 22013, 64).

1 Les outils traditionnels


Font partie de cette catégorie les différents types de dictionnaires « papier », dont
   

beaucoup existent désormais aussi sous forme électronique sur CD-Rom ou DVD ou
« en ligne » sur Internet.
   

Il convient ici de distinguer d’abord les dictionnaires bi- ou multilingues des


dictionnaires unilingues (aussi appelés monolingues). Les premiers sont des diction-
naires d’équivalences. Comme ils ne comportent ni définitions, ni explications, ni
contextualisations, les indications qu’ils fournissent doivent se comprendre comme
des propositions de traduction qui demandent à être validées par exemple par une
vérification dans le sens inverse – de l’équivalent proposé vers le mot à l’origine de la
recherche – ou la consultation d’un dictionnaire unilingue. Il existe un type de
dictionnaires particulièrement utiles pour la traduction, c’est celui qui traite des
difficultés lexicales spécifiques de deux langues, l’une par rapport à l’autre, par
exemple des « faux-amis » (cf. Albrecht 22013, 60s.).
   

Parmi les seconds, les unilingues, on peut distinguer ceux qui se signalent par un
grand nombre d’entrées – ils servent principalement à la compréhension des textes –
120 Isabelle Lux

et ceux qui comportent un grand nombre d’exemples et sont, eux, plutôt destinés à la
production de textes. Sont particulièrement utiles à la traduction les trois types de
dictionnaires suivants : (a) les dictionnaires diachroniques, qui renseignent sur les
   

états de langue du passé et les néologismes, (b) les dictionnaires traitant des dialec-

tes, régionalismes, sociolectes ou registres de langue, et (c) les dictionnaires syntag-


matiques qui informent sur la construction des mots et leurs collocations dans la
phrase et le texte (cf. Albrecht 22013, 62ss.).
Ces dictionnaires sont généralement sémasiologiques, c’est-à-dire qu’ils partent
des formes des mots, présentés dans l’ordre alphabétique, pour conduire à leur sens.
Mais il en existe aussi de type onomasiologique, qui regroupent le vocabulaire selon
des « centres d’intérêt » extralinguistiques ou selon des champs notionnels. Pour des
   

raisons de commodité d’utilisation, ces regroupements sont accompagnés d’un index


alphabétique qui facilite la consultation. On peut ranger dans cette catégorie les
dictionnaires de synonymes, car le mot vedette y indique le sens ou le concept de base
autour duquel les synonymes sont regroupés. Les dictionnaires onomasiologiques
aident le traducteur dans sa recherche du mot juste dans la phase de production de la
traduction (cf. Albrecht 22013, 68s.).
Mais d’autres dictionnaires sont, eux aussi, utiles au traducteur : (a) les diction-

naires en images (all. Bildwörterbücher), dans lesquels des objets du monde extérieur
ou des mécanismes et appareillages plus ou moins complexes sont représentés à
l’aide de dessins et de schémas (cf. Albrecht 22013, 67s.) ; (b) les dictionnaires de

locutions, d’idiomatismes, de proverbes et de citations, qui apportent une aide


précieuse dans le vaste domaine des expressions figées et du « discours répété » (cf.
   

Albrecht 22013, 70ss.) ; (c) les dictionnaires et les glossaires spécialisés, indispensa-

bles à la maîtrise des problèmes posés par les vocabulaires techniques, même s’ils
doivent parfois être complétés par la consultation de la littérature spécialisée corres-
pondante dans la langue cible (cf. Albrecht 22013, 72s.). C’est dans ce domaine surtout
que le traducteur profite aujourd’hui des acquis de l’internet, qui permet une recher-
che plus rapide et à meilleur coût de textes parallèles dans une discipline donnée. À
noter toutefois que les diverses disciplines et les différents domaines techniques y
sont très inégalement représentés, ce qui fait que la consultation des ouvrages
« papier » est loin d’être devenue inutile.
   

Tout aussi utile, du reste, est le recours aux encyclopédies de toutes sortes, ainsi
qu’à des ouvrages tels que (a) les biographies nationales et générales, qui donnent
sur certaines personnalités des informations d’arrière-plan qui ont une certaine
importance dans un contexte donné sans être toutefois connues de tous, (b) les
bibliographies relatives aux traductions, qui permettent de rechercher les traduc-
tions existantes d’un même texte, ainsi que (c) les dictionnaires d’abréviations (cf.
Albrecht 22013, 74s.).
Il ne faut pas oublier, non plus, les ouvrages de référence du domaine grammati-
cal et stylistique. Relèvent de cette catégorie non seulement les nombreuses grammai-
res, monolingues ou contrastives, destinées aux natifs ou aux apprenants de langue
Les instruments de travail du traducteur et de l’interprète 121

étrangère, mais aussi les dictionnaires grammaticaux, les dictionnaires stylistiques ou


les dictionnaires des difficultés de la langue (nombreuses références dans Albrecht
22013, 66s.). Les grammaires spécifiquement centrées sur la pratique de la traduction

n’existent qu’à l’état embryonnaire, même si les fondements théoriques pour de tels
ouvrages ont fait l’objet de quelques réflexions (cf. Lux 2014).
Il convient, enfin, pour clore ce chapitre, d’évoquer la problématique d’élabora-
tion des dictionnaires spécialisés de traduction, dont on trouvera une présentation
plus détaillée dans Morini (2007, 150s.) et Cahuzac (1989, 133ss.). Le principe théo-
rique de ces dictionnaires repose sur le fait que les signifiés de deux langues ne sont
généralement pas dans une relation bi-univoque. Tandis que dans une langue un
lexème donné peut s’employer dans plusieurs contextes, les mêmes contextes obli-
gent, dans l’autre langue, à recourir à des lexèmes différents. Et vice-versa. Ou bien il
existe dans une langue des mots/lexèmes qui, désignant des réalités culturelles
spécifiques à cette langue, n’ont pas de correspondants dans l’autre langue (cf.
Cahuzac 1989, 135s.). Les dictionnaires bilingues proposent certes pour un lexème de
la langue source plusieurs correspondants dans la langue cible, mais ils ne sont le
plus souvent pas véritablement synonymes. Le choix de l’équivalent adéquat parmi la
liste proposée suppose la prise en compte du contexte dans lequel il doit être inséré.
Le traducteur a donc besoin d’informations sur l’emploi du lexème en contexte. La
conception de dictionnaires spécialisés intégrant ces informations a suscité un certain
nombre de réflexions théoriques, par exemple chez Morini (2007, 151), qui renvoie à
l’approche de Mary Snell-Hornby (1996) ainsi qu’à son propre article (Morini 2006), ou
chez Cahuzac (1989, 137ss.), qui expose sa propre solution au problème. Dans la
pratique, cependant, il n’existe que très peu d’ouvrages que l’on puisse réellement
qualifier de dictionnaires de traduction. Ainsi Albrecht (22013, 64) ne cite-t-il que
trois dictionnaires de collocations spécialement conçus pour les besoins de la traduc-
tion.

2 Les outils électroniques


La plupart des outils traditionnels de la traduction sont aujourd’hui disponibles sur
support électronique ou sur Internet. Le recours à la version électronique de ces
ouvrages, grâce à laquelle la recherche peut se faire « en quelques clics » et avec un
   

minimum d’informations préalables, entraîne un gain de temps considérable, le


traducteur n’ayant plus à feuilleter de façon plus ou moins aléatoire dans des
ouvrages « papier » qu’il lui faut d’abord prendre sur les rayons de sa bibliothèque ! À
     

cela s’ajoute que les options de recherche sont bien plus diverses et variées avec les
supports électroniques, du fait notamment qu’il est généralement possible de faire
des recherches « plein texte » (cf. Morini 2007, 133ss. ; on y trouvera aussi un aperçu
     

des principaux chemins d’accès sur Internet ainsi que des informations sur les
principales instructions relatives aux moteurs de recherche en ligne).
122 Isabelle Lux

Une liste d’outils électroniques importants pour les langues romanes est proposée
dans l’annexe de Castrillón Cardona/Patiño García/Plested Álvarez (2005). L’article
lui-même examine de plus près divers dictionnaires en ligne, banques de données et
thésaurus (cf. ibid., 351ss.).
Une sélection d’outils avec de nombreux liens est également proposée sur le site
de l’Université de Sorbonne Nouvelle – Paris 3 (cf. Source Internet 5). On y donne en
outre des informations et des conseils aux étudiants pour une navigation adéquate et
efficace. Il ne faut pas oublier, en effet, que si Internet constitue de fait une gigan-
tesque archive, cette archive est parfaitement anarchique et les informations qu’on y
trouve sont parfois difficiles à vérifier (cf. Morini 2007, 138).
On trouvera par ailleurs une brève description des ressources électroniques
utilisées à la Direction Générale de la Traduction de la Commission Européenne dans
la brochure Outils d’aide à la traduction et cycle de travail éditée en 2009 par le Bureau
Communication et Information de la C.E. Elle peut être commandée en ligne à la

Librairie de l’U.E. (EU-Bookshop) ou téléchargée gratuitement au format PDF en


anglais, en français et en allemand. La brochure présente de façon plus détaillée le
projet Euramis, qui court depuis 1995 et dont l’élément central est un système à
mémoire de traductions alimenté par tous les traducteurs qui y sont connectés et
auquel sont reliés tous les outils électroniques utilisés à la Direction Générale de la
Traduction. Les unités engrangées par ce système sont des segments de phrase. On en
compte actuellement plus de 205 millions dans toutes les langues de travail de l’Union
(cf. Commission Européenne 2009, 10).
Parmi les ressources disponibles sur support électronique, quelques-unes n’ont
pas de correspondant sous la forme « papier » traditionnelle. Leurs principes de
   

fonctionnement ne seront décrits que succinctement.

2.1 La gestion électronique de la terminologie

La gestion de la terminologie consiste à constituer et tenir à jour des glossaires relatifs à


des problématiques et des thématiques complexes. Ces glossaires peuvent être mono-
ou multilingues (cf. Morini 2007, 147). Ils sont une manière de structurer les informa-
tions relatives à un domaine donné (cf. Castrillón Cardona/Patiño García/Plested
Álvarez 2005, 348). À la différence des glossaires « papier » traditionnels, dont la forme
   

de listing ne peut être modifiée, la gestion électronique de la terminologie permet une


grande flexibilité dans la structuration des contenus et facilite par là-même la recherche
de l’information. Divers programmes de gestion terminologique existent, mais il est
possible aussi, dès lors que l’on a un peu l’habitude du maniement des bases de
données, de s’en fabriquer en fonction de ses besoins personnels (cf. Albrecht 22013, 75).
On trouvera dans Castrillón Cardona/Patiño García/Plested Álvarez (2005, 348 et
l’annexe) une liste de ressources en ligne et notamment de glossaires spécifiques
relatifs à la gestion de la terminologie.
Les instruments de travail du traducteur et de l’interprète 123

2.2 Les mémoires de traduction

Les systèmes à mémoire de traduction (angl. Translation Memory System) ou mémoires


de traduction sont, eux aussi, fondamentalement des bases de données. Mais ce qu’ils
rassemblent, ce ne sont pas des termes isolés accompagnés de leurs correspondants
en langue cible ou de définitions et d’explications, ce sont des segments de phrases et
des extraits de textes issus de traductions déjà réalisées et accompagnés des segments
originaux correspondants. On y trouve aussi des segments extraits de textes parallè-
les. Ces systèmes sont des outils particulièrement efficaces pour le traitement de
textes fortement standardisés (cf. Albrecht 22013, 76). Les programmes travaillent en
interaction et sont en mesure de reconnaître dans un texte les éléments et les
segments déposés dans le système sous une forme identique ou analogue et d’en
proposer plusieurs équivalents en langue cible, parmi lesquels le traducteur choisit
en adaptant le cas échéant la traduction obtenue. Le processus de traduction peut
alors se dérouler selon le schéma « recherche – proposition – choix – (et éventuelle-

ment) adaptation » répété pour chaque segment. De nombreux systèmes sont cepen-

dant dotés d’une fonction qui assure le remplacement automatique de tous les
segments en un seul balayage, total ou partiel, dans la mémoire, ce qui permet au
traducteur de procéder aux adaptations sur l’ébauche de traduction prise dans son
ensemble. L’utilisation du programme entraîne ainsi un gain de temps supplémen-
taire. À l’inverse, l’alimentation du système en données en coûte. Mais ici aussi, il
existe souvent, à côté de la procédure manuelle, où le traducteur choisit lui-même les
segments à déposer, une procédure automatique, que le traducteur doit cependant
contrôler pour éviter le dépôt dans la base de segments inutilisables (cf. Morini 2007,
148s.).
On trouvera une vue d’ensemble des systèmes à mémoire de traduction les plus
courants ainsi que des informations sur leur utilisation dans un article en ligne de
Barbara Cordova sur La Mémoire de Traduction : un Outil de Traduction Assistée par

Ordinateur dans les archives du site Translationdirectory.1


Nombre de systèmes à mémoire de traduction parmi les plus anciens se voient
reprocher d’une part que leur approche phrastique ne permet pas la prise en compte
du contexte dans lequel les segments sont appelés à être insérés, et d’autre part que le
système entraîne un recyclage permanent des segments archivés – l’une et l’autre
caractéristiques ne pouvant que nuire à la qualité de la traduction. C’est notamment
la cohérence stylistique sur l’ensemble du texte qui peut être atteinte, mais la cohé-
rence terminologique peut en souffrir aussi. Les systèmes de dernière génération
tentent de répondre à ces problèmes en offrant au traducteur l’accès à des textes
entiers et à des informations contextuelles dans les deux langues concernées (cf.
Frérot 2010, 3).

1 http://www.translationdirectory.com/article313.htm (12.12.2013).
124 Isabelle Lux

2.3 La traduction automatique

La traduction automatique comprise comme système totalement automatique de


traduction sans intervention humaine en est toujours au berceau et la qualité des
traductions obtenues par les systèmes actuels reste douteuse (↗37 La traduction
automatique et assistée par ordinateur dans les pays de langue romane). Des résultats
réellement acceptables ne sont atteints qu’avec des textes très fortement standardisés
comme les modes d’emploi ou les bulletins météorologiques. Le principe de fonction-
nement repose, comme pour les systèmes à mémoire de traduction, sur la recherche
dans une banque de données d’un équivalent pour chacun des segments du texte
source préalablement intégré au système sous forme électronique. Les systèmes de
traduction automatique opèrent cependant avec des unités plus petites que les
mémoires de traduction, le plus souvent au niveau du lexème. C’est ce qui explique
leur manque de fiabilité, à quoi s’ajoute l’inaptitude des systèmes à prendre en
compte les aspects co- et contextuels.
Cela étant, les systèmes de traduction automatique peuvent rendre des services
dans la mesure où on les utilise comme systèmes de traduction assistée et que l’on fait
réviser les traductions ainsi produites par un traducteur humain (cf. Morini 2007,
149s.). L’output des systèmes de traduction automatique peut par ailleurs être amé-
lioré par l’élargissement de la mémoire propre aux systèmes (cf. Castrillón Cardona/
Patiño García/Plested Álvarez 2005, 349 ; l’ouvrage comporte une vue d’ensemble des

systèmes de traductions disponibles en lignes).

2.4 Les corpus

Une évolution relativement récente a permis à la traductologie théorique et pratique


de tirer profit des procédures développées par la linguistique des corpus (cf. aussi
Keromnes ↗5 La comparaison de traductions et de « textes parallèles » comme mé-
   

thode heuristique en traductologie). L’élaboration de vastes corpus de textes relatifs à


un domaine donné permet l’accès à des informations co- et contextuelles indispensa-
bles à une traduction adéquate. Le recours aux corpus reste cependant assez peu
répandu parmi les praticiens de la traduction, ce qui tient sans doute au caractère
chronophage de leur élaboration – collecte et traitement préalable des textes pour les
rendre utilisables – en comparaison des systèmes de gestion terminologique et des
mémoires de traduction (cf. Frérot 2010, 4s.). Il faut convertir et annoter les textes et
rassembler toutes les métadonnées les concernant (cf. Disanto 2009, 66s.). C’est la
condition sine qua non pour les rendre utilisables et permettre par exemple l’établis-
sement de « concordances » à l’aide de programmes spécialisés précisément appelés
   

« concordanciers ». Ces programmes sont capables d’établir pour l’ensemble d’un


   

corpus la liste de tous les co-textes où apparaît un lexème donné (cf. Frérot 2010, 6 ; 

on y trouvera aussi les références de quelques concordanciers disponibles sur Internet


Les instruments de travail du traducteur et de l’interprète 125

et téléchargeables ou utilisables en ligne.). Mais on manque encore de systèmes


d’annotations et de programmes spécialement conçus pour les besoins scientifiques
et pratiques de la traduction (cf. Disanto 2009, 69s., 89). Au moins les systèmes à
mémoire de traduction les plus récents opèrent-ils déjà sur la base de corpus (cf.
Frérot 2010, 9s.), ce qui devrait contribuer à mettre les avantages des corpus plus
largement à disposition des praticiens de la traduction.

3 Remarques finales
Cette vue d’ensemble sur les différents types d’outils à disposition du traducteur ne
visait pas à l’exhaustivité. Les outils électroniques, notamment, évoluent si rapidement
que la description de tel ou tel d’entre eux serait rapidement dépassée. Les sites des
associations professionnelles de traducteurs et d’interprètes offrent une information
plus stable dans le temps et la plupart d’entre eux renseignent le visiteur aussi bien sur
les outils traditionnels qui ont fait leur preuve que sur les outils les plus modernes.
Une stabilité analogue dans le temps peut sans doute être reconnue à la banque
de données terminologique de l’Union Européenne IATE. Elle est accessible gratuite-
ment sous l’url http://iate.europa.eu.
D’une façon plus générale, on peut compter parmi les outils d’aide à la traduction
les nombreux forums de traducteurs existant sur Internet. On peut non seulement en
consulter les archives à la recherche de solutions à des problèmes particuliers, mais
aussi faire appel à l’aide des participants et participer soi-même aux discussions. En
lieu et place de la multitude des possibilités offertes par Internet, on ne nommera ici
que les deux adresses url suivantes : http://www.proz.com/forum/ et http://forum.

wordreference.com/.
On trouvera par ailleurs une liste très détaillée d’outils en tous genres sous
l’adresse url http://www.profession-traducteur.net et des listes spécifiques de diction-
naires et de glossaires en ligne (avec des liens vers d’autres sites) sous http://www.lai.
com/glossaries.html, sous http://lipas.uwasa.fi/comm/termino/collect/index.html et
sous http://www.onelook.com (cf. Morini 2007, 135).

Traduction René Métrich

4 Références bibliographiques
4.1 Imprimées

Albrecht, Jörn (22013), Übersetzung und Linguistik, Tübingen, Narr.


Cahuzac, Philippe (1989), Traduction et Lexicographie. Problèmes théoriques et pratiques des diction-
naires de traduction, in : Jean Canavaggio/Bernard Darbord (edd.), La Traduction. Actes du

126 Isabelle Lux

XXIIIe Congrès de la Société des Hispanistes français (Caen, 13–15 mars 1987), Caen, Centre de

Recherches en Langues, Littératures et Civilisations du Monde Ibérique et de l’Italie, 133–146.


Castrillón Cardona, Elvira Rosa/Patiño García, Pedro/Plested Álvarez, María Cecilia (2005), La Infor-
mática al servicio de la Traducción, Revista Lenguaje 33, 343–358 (téléchargement en PDF :  

http://bibliotecadigital.univalle.edu.co/xmlui/handle/10893/2756).
Commission Européenne (Direction générale de la traduction, Unité « Communication et informa-

tion ») (2009), Outils d’aide à la traduction et cycle de travail, Bruxelles (téléchargement en PDF :
   

http://bookshop.europa.eu/fr/outils-d-aide-la-traduction-et-cycle-de-travail-pbHC8108467/)
(Brochure PDF également disponible en allemand et en anglais).
Disanto, Giulia A. (2009), Korpusbasierte Translationswissenschaft. Eine Untersuchung am Beispiel
des JRC-Acquis Parallelkorpus Deutsch-Italienisch, trans-kom 2/1, 63–91.
Frérot, Cécile (2010), Outils d’aide à la traduction : pour une intégration des corpus et des outils

d’analyse de corpus dans l’enseignement de la traduction et la formation des traducteurs, in :  

Les Cahiers du GEPE 2, Outils de traduction – outils du traducteur ? (téléchargement en PDF :


   

http://www.cahiersdugepe.fr./index1164.php).
Lux, Isabelle (2014), Grundlegung einer Übersetzungsgrammatik. Theoretische und methodische
Konzeption mit einer praktischen Erprobung anhand der Analyse von Packungsbeilagen aus
Deutschland, Spanien, Großbritannien und Russland, Heidelberg, Univ., Diss.
Morini, Massimiliano (2006), Il dizionario del traduttore. Un sogno che si realizza ?, in : Félix San
   

Vicente (ed.), Lessicografia bilingue e traduzione. Metodi, strumenti, approcci attuali, Monza,
Polimetrica, 165–179.
Morini, Massimiliano (2007), La Traduzione. Teorie. Strumenti. Pratiche, Milano, Sironi.
Snell-Hornby, Mary (1996), The Translator’s Dictionary – An Academic Dream ?, in : Mary Snell-Hornby
   

(ed.), Translation und Text, Wien, WUV, 90–96.

4.2 En ligne

Source 1 : http://aiic.net/node/54/equipment-systems-standards/lang/1 (10.12.2013).


Source 2 : http://aiic.net/node/55/iso-standards-for-booths/lang/1 (10.12.2013).


Source 3 : http://aiic.net/node/57/technical-guides/lang/1 (10.12.2013).


Source 4 : http://aiic.net/node/58/designing-conference-facilities/lang/1 (10.12.2013).


Source 5 : http://www.univ-paris3.fr/outils-d-aide-a-la-traduction-tract-59867.kjsp (11.12.2013).


Source 6 : http://www.translationdirectory.com/article313.htm (12.12.2013).



Linguistique et procédés de traduction
Nelson Cartagena †
7 Linguistique contrastive et traduction dans
les pays de langue romane

Abstract : La présente contribution se fixe un double objectif : d’un point de vue


     

général, elle vise, tout en restant concise, à brosser un tableau aussi complet que
possible des principaux problèmes de la linguistique contrastive dans ses divers
aspects, morphologiques, syntaxiques, lexicaux ou même phonétiques/phonologi-
ques ; d’un point de vue plus particulier, elle souhaite rendre compte, de façon sinon

exhaustive, du moins assez détaillée, de la multitude d’études publiées dans ce


domaine dans les différents pays de langue romane.

Keywords : linguistique contrastive, stylistique comparée, comparaison de traduc-


   

tions, équivalence traductologique, équivalence statistique

1 Introduction
Sur le développement de la linguistique contrastive (désormais LC), son objet, ses
buts, ses fondements théoriques et ses méthodes, on consultera Cartagena (2001). La
présente contribution se limitera à l’exposé des notions fondamentales de la LC, avec
un double objectif : a) donner un aperçu des principaux thèmes développés par

l’analyse contrastive, et b) justifier la sélection bibliographique relative aux différents


pays de la Romania.
La LC consiste en une comparaison de langues en synchronie, sa tâche est de
décrire les concordances et les discordances existant entre des langues particulières.
La description des faits de langue à comparer précédant logiquement leur confronta-
tion, la LC prend nécessairement appui sur les résultats de la linguistique descriptive.
À cet égard, on peut affirmer que la LC ne possède aucune valeur méthodologique
propre, les méthodes de description et d’interprétation des faits de langue devant être
fixées avant la mise en contraste. Les structures étudiées doivent donc être d’abord
identifiées pour chacune des langues en jeu et être dégagées selon les mêmes procédés.
La nature de l’appareil descriptif utilisé est en soi indifférente ; toutes les approches

sont par principe possibles – l’approche traditionnelle comme l’approche structurelle-


fonctionnelle, l’approche générative-transformationnelle ou les approches pragmati-
ques ou textuelles plus récentes – pourvu qu’elles soient adoptées pour chacune des
langues à comparer. Mais les résultats dépendent bien sûr considérablement du choix
du modèle de description, de sorte que l’on peut affirmer d’un point de vue théorique et
méthodologique que la structure même d’une langue ou du moins certaines de ses
sous-structures se laissent mieux appréhender par tel ou tel modèle de description.
130 Nelson Cartagena

La LC et la linguistique comparée du XIXe siècle se distinguent par leur objet


d’étude autant que par la perspective adoptée. En LC, le chercheur confronte des
langues quelconques selon ses intérêts et ses objectifs. La linguistique comparée
traditionnelle n’examine, quant à elle, que des langues apparentées. La première
reste une discipline synchronique, tandis que la seconde remonte le cours de l’évolu-
tion historique des langues retenues pour tenter de reconstruire leur base commune,
autrement dit la langue primitive dont elles sont issues. Cette perspective diachro-
nique-génétique entraîne une focalisation sur les concordances, tandis que le carac-
tère synchronique et l’histoire interne de la LC ont conduit cette dernière à privilégier
les discordances. À mesure même que les disciplines issues du comparatisme, comme
la romanistique, la germanistique ou la slavistique, abandonnent la perspective
génétique-diachronique au profit d’une approche descriptive et systémique, elles
fusionnent avec les domaines correspondants de la LC.
La LC et la linguistique typologique étudiant l’une comme l’autre les concordan-
ces et les discordances entre les langues, elles visent toutes deux à établir le degré de
parenté formelle entre ces langues. Il ne faut cependant pas perdre de vue que la prise
en compte du type linguistique dans l’analyse contrastive est conditionnée par la
perspective synchronique, alors que la typologie traditionnelle se veut plutôt « a-  

chronique », dans la mesure où elle a pour objectif d’établir et de caractériser des


« classes de langues » comme par ex. les langues isolantes, agglutinantes ou flexion-
   

nelles.
La stylistique comparée est définie par Vinay/Darbelnet (21969, 32) comme une
caractérisation de langues particulières par le moyen d’une comparaison : « [La    

stylistique comparative externe ou stylistique comparée] s’attache à reconnaître les


démarches de deux langues en les opposant l’une à l’autre ». Mario Wandruszka, le

principal représentant de ce courant, souligne ici le rôle de la traduction : « Toute    

comparaison de langues repose sur la traduction. Tout dictionnaire bilingue n’est rien
d’autre qu’un condensé, un précipité de traduction ; toute grammaire contrastive n’est

que de la traduction concentrée et systématisée »1 et propose pour cette discipline le


nom de « Interlinguistik ».
   

L’émergence et l’importance grandissante d’une traductologie indépendante ces


dernières décennies rendent indispensable sa délimitation d’avec la LC. À la diffé-
rence de cette dernière, la traductologie est une science de la parole, en ce qu’elle
porte d’abord sur les sens en discours. Mais les traductions échappent par ailleurs à la
seule emprise de la LC, en ce qu’elles peuvent être étudiées comme partie intégrante
de la culture cible. On trouvera des exemples, des précisions et des réflexions

1 « Auf Übersetzung beruht jeder Sprachvergleich. Jedes zweisprachige Wörterbuch ist ja nichts

anderes als kristallisierte, kondensierte Übersetzung, jede zweisprachige Grammatik ist konzentrierte,
systematisierte Übersetzung » (Wandruszka 1971, 10).

La linguistique contrastive et traduction dans les pays de langue romane 131

complémentaires sur les deux disciplines dans Cartagena (2001, 688s.), Schmitt
(1991b) et Albrecht (2009).

2 Domaines linguistiques et « tertium  

comparationis » (TC) en analyse contrastive (AC)


Si la LC a son origine dans la grammaire contrastive, le recours à la méthode


contrastive a rapidement montré qu’une limitation à la dimension grammaticale de la
langue ne se justifiait aucunement. La comparaison entre deux ou plusieurs langues
peut parfaitement être conduite à tous les niveaux, phonétique, lexical, grammatical
et textuel, comme le suggère fortement le fait que les correspondances entre langues
s’établissent fréquemment entre unités appartenant à différents niveaux. Ainsi en est-
il par exemple des particules modales de l’allemand, dont les fonctions et les effets
sont volontiers rendus dans les langues romanes, notamment à l’oral, par des moyens
prosodiques ou lexicaux.
La comparaison interlinguale suppose la définition d’un tertium comparationis
(TC), c’est-à-dire d’un système de référence qui permette la comparaison d’un même
point de vue et en garantisse ainsi la cohérence. Il n’est, à l’évidence, pas possible de
recourir à un système de référence unique pour toutes les dimensions de la langue,
phonétique, syntaxique, lexicale, textuelle ou pragmatique. Il est donc non seulement
utile mais indispensable de définir un TC spécifique à chacun de ces domaines. C’est
ce TC que l’on appelle communément l’équivalence. Les TC les plus fréquemment
proposés par les contrastivistes pour l’analyse contrastive sont :  

Dans le domaine phonétique : les correspondances dans le domaine de la sub-


stance phonique. La phonétique articulatoire utilise pour ce faire l’alphabet phoné-


tique international (API), la phonétique acoustique la théorie des traits distinctifs (ou
mérisme, cf. Benveniste), qui opère sur la base de douze oppositions (Jakobson/
Halle 1962, 484ss.) : vocalique/non vocalique, consonantique/non consonantique,

compact/diffus, tendu/lâche, voisé/non voisé, nasal/oral, discontinu/continu, stri-


dent/mat, bloqué/non bloqué, grave/aigu, bémolisé/non bémolisé, diésé/non diésé.2
Dans le domaine lexical, le TC n’est autre que la réalité extralinguistique structu-
rée par la langue. L’analyse componentielle est parvenue dans une large mesure à
définir les unités lexicales comme des faisceaux de traits distinctifs minimaux, comme
par ex. ‘animé’, ‘humain’, ‘liquide’ etc. On sait qu’un petit nombre de traits (dix-sept)
suffit pour décrire 100.000 unités d’une langue particulière et que chaque langue ne

2 Original en anglais : vocalic/non vocalic, consonatal/non consonantal, compact/diffuse, tense/lax,


voiced/voiceless, nasalized/non nasalized, discontinuous/continuous, strident/mellow, checked/un-


checked, grave/acute, flat/non flat, sharp/non sharp.
132 Nelson Cartagena

possède qu’une partie de l’ensemble fini de ces traits. C’est sur cette base que la
théorie des champs lexicaux conduit son analyse contrastive. La sémantique du
prototype postule en revanche que les sens correspondent plutôt à des opérations de
catégorisation naturelle hiérarchisée. À cet égard, Kleiber (1993, 83ss.) pose trois
niveaux de profondeur différente : le niveau de base, celui des désignations courantes

des objets et états de choses correspondant au prototype (par ex. arbre, chien), un
niveau superordonné, qui est celui des concepts génériques (par ex. plante, animal) et
un niveau subordonné, où l’on trouve les genres correspondant aux lexèmes de
base (chêne, peuplier, tilleul ; dogue, épagneul, caniche nain).3
   

Dans le domaine de la grammaire, le TC repose sur des critères à la fois formels et


sémantiques.
Prendre la ressemblance formelle des structures de surface, par ex. l’ordre des
mots, les paradigmes flexionnels ou les schémas de composition des lexèmes, comme
point de référence suppose évidemment l’existence de catégories analogues dans les
langues mises en contraste. Les postuler par erreur peut conduire à des résultats
trompeurs.
Quand le TC est d’ordre sémantique, ce sont des structures de surface formelle-
ment différentes qui sont présumées avoir le même sens. La structure complexe,
multidimensionnelle du sens linguistique et les diverses conceptions que l’on s’en fait
conduisent à des différences de formulation telles que équivalence sémantico-synta-
xique, équivalence de structure profonde, équivalence de désignation (Cartagena 2001,
694–696), qui ne concernent toutefois que le sens référentiel, ce que Bühler appelait
la Darstellungsfunktion, la fonction de représentation [du monde].
Au niveau du texte, le TC concerne d’autres dimensions du sens et touche
également aux aspects quantitatifs de l’acte d’énonciation.
Ce qu’on appelle « équivalence sémantique » renvoie (selon le cas) à l’équiva-
   

lence pragmatique, l’équivalence contextuelle ou l’équivalence traductologique.


En linguistique contrastive du texte, les mécanismes créateurs de cohérence, la
typologie des textes, les connecteurs et les marqueurs discursifs constituent des objets
d’étude particulièrement riches. La pragmatique contrastive se concentre, elle, sur
l’analyse comparée des conversations et celle des comportements communicatifs des
locuteurs.
Quand existe entre des textes de langues différentes, quelles que soient leurs
différences au plan de la structure superficielle, une équivalence à la fois référentielle,
pragmatique et textuelle, on dit qu’ils sont traductologiquement équivalents. Ce
critère est souvent donné comme le TC de la LC, comme le montrent les citations
suivantes : 

3 La question de savoir si « genre », « espèce » et « sous-espèce » sont pris au sens scientifique n’a
           

aucune importance ici.


La linguistique contrastive et traduction dans les pays de langue romane 133

« One way of presenting the syntactic differences between languages is what may be called a

‹translation‑paradigm›. A grammatical category from language A is listed opposite all the


categories in language B by which it may be translated. Whenever possible, the grammatical and
contextual criteria governing the choice of one translation rather than another are listed in notes
to the paradigm » (Levenston 1965, 221).

« To etablish that [these systems of deictics] are comparable we first need to show their contex-

tual equivalence ; this can be done most simply by reference to translation » (Halliday/McIntosh/
   

Strevens 1964, 115).

Selon l’objectif visé par la LC, le TC doit être évalué différemment. Si l’analyse contras-
tive se situe au plan grammatical, la comparaison de traduction ne peut qu’avoir une
valeur heuristique. Les correspondances établies à ce niveau doivent être validées sur
la base du critère d’équivalence semantico-syntaxique déjà évoqué. Il est en outre
indispensable de procéder à des mises en contraste complémentaires par exemple par
recours à des tests de commutation à l’intérieur de chaque langue, dans la mesure où
les corpus de textes traduits ne garantissent pas la description exhaustive des similitu-
des et des différences interlinguales. Mais si l’analyse contrastive n’est conduite qu’aux
plans pragmatique et textuel, l’équivalence traductologique se révèle être un paramè-
tre d’une grande utilité, même s’il ne faut pas se dissimuler que son application reste
limitée au plan de la parole et qu’elle ne saurait permettre à elle seule le dénombrement
de toutes les possibilités de correspondance entre deux langues.
L’analyse contrastive des langues comme systèmes permet de dégager des simili-
tudes et des différences structurelles et fonctionnelles. Mais la comparaison des
systèmes doit être complétée par une analyse contrastive quantitative au plan du
discours, dans la mesure où les mêmes structures peuvent se différencier parfois
considérablement par leur fréquence d’emploi (cf. la voix passive en français et en
allemand). Krzeszowski (1984, 306, 310) va jusqu’à proposer un TC spécifique, l’équi-
valence statistique (« statistical equivalence ») :
     

« […] the relation of statistical equivalence, i.e. a relation based on the assumption, that the […]

[compared] texts contain certain similar elements which can be counted and that the results of
these computations are comparable », « Systematic CAs [contrastive anylysis] alone cannot yield
   

practically useful results but must be amplified by quantitative CAs which investigate relative
frequencies of equivalent phenomena ».  

Ainsi, la reprise anaphorique d’un nom déjà mentionné par un pronom personnel en
fonction sujet est un procédé grammatical et textuel, qui existe aussi bien en alle-
mand que dans les langues ibéroromanes. Mais les propriétés morphosyntaxiques et
sémantiques particulières de l’actant sujet dans ces langues font que la fréquence de
la pronominalisation y est extrêmement différente. L’allemand y recourt très réguliè-
rement, tandis que les langues ibéroromanes en font un usage beaucoup plus res-
treint, et variable selon les propriétés sémantiques ([± animé]) du substituande. Voir
par ex. « Ich will dir meine Uhr schenken, siehe da…, sie ist aus Silber und das Werk ist

134 Nelson Cartagena

gut » (H. Hesse, Demian, Frankfurt am Main, Suhrkamp, 1982, 23) / « Toma, te regalo
     

mi reloj… es de plata y la maquinaria es buena » (trad. esp., Demian, Madrid, Alianza,


1986, 23) / « Olhe só, eu lhe dou êste relógio … é de prata e a máquina está boa » (trad.
   

port. Demian, Rio de Janeiro, Civilização Brasileira, 1965, 16). L’équivalence globale
entre texte source et texte cible ne peut être posée que si la différence de fréquence
observée dans la langue au plan du discours est conservée au niveau des textes.
Pour terminer, il faut noter que si l’essor considérable de la LC a conduit cette
dernière à élargir considérablement l’éventail de ses objectifs, elle n’en a pas pour
autant perdu ses fonctions premières d’aide à la traduction et d’outil de prévision,
d’analyse et de correction des fautes dans l’enseignement des langues étrangères.

3 La LC dans le domaine du français


La première grammaire contrastive approfondie et détaillée a été réalisée dans le
département de linguistique contrastive de l’Institut de la langue allemande (Institut
für deutsche Sprache) de Mannheim dans le cadre d’un projet porté par la section
culturelle du ministère allemand des Affaires étrangères. Elle concernait l’allemand
et le français (Zemb et al. 1984, 11978). On trouvera dans Albrecht (2011) une analyse

pénétrante de cette grammaire comparée et de la conception zembienne de la contras-


tivité. D’autres études comparées de portée générale méritent d’être citées : les  

Éléments de grammaire contrastive. Domaine franҫais-roumain de Cristea (1977), la


grammaire contrastive franco-polonaise de Gniadek (1979) ou le Sprachvergleich
Deutsch-Französisch de Blumenthal (21997), dans lequel l’auteur, en s’appuyant sur
des exemples de traduction, compare les deux langues tant au point de vue gramma-
tical et lexical que pragmatique et textuel.
Hormis ces quelques études générales, on ne trouve que des études particulières
de dimensions variables. Elles font l’objet ci-après d’un classement thématique et
d’une courte présentation. Les domaines retenus sont la phonologie, la morphosyn-
taxe, la sémantique lexicale, la pragmatique et le niveau du texte. Il ne sera évidem-
ment pas procédé, dans chacun de ces domaines, à une caractérisation génétique ou
typologique du français au sein de la Romania. On trouvera un excellent résumé de
ces questions dans Neumann-Holzschuh (1998, 807ss.).
S’il est vrai que la LC traditionnelle s’est intéressée dès ses débuts à la dimension
phonologique des langues, force est d’admettre que cette dimension ne joue en
traduction qu’un rôle relativement secondaire (rimes, onomatopées etc.). Les travaux
de phonétique et phonologie contrastive ne seront donc pris en compte que dans
quelques cas spécifiques où ils présentent un rapport manifeste avec des problèmes
de traduction.
Dans le domaine morphosyntaxique, il faut mentionner en premier lieu des
travaux à caractère général contrastant le français avec d’autres langues romanes :  

Giurescu (1975) sur la composition des mots et Wandruszka (1966b) sur les suffixes de
La linguistique contrastive et traduction dans les pays de langue romane 135

quantification. D’autres travaux portent sur des couples de langues : Gauger (1971) et  

Staib (1988) respectivement sur la formation des mots et les composés génériques en
français et en espagnol ; Bossong (1981) et Wolf (1990) sur la composition nominale en

langue de spécialité allemand-français, Schmitt (1993b) sur les affixes collectifs ;  

Unterhuber (1988) sur la composition nominale par opposition à la suffixation en


français et en anglais ; Kaiser (1992) sur les pronoms personnels clitiques en français

et en portugais, examinés d’un point de vue partiellement synchronique ; enfin Heger  

(1963 ; 1966) sur la terminologie des systèmes de conjugaison et la conjugaison


objective en français et en espagnol. Parmi les études contrastives consacrées à trois


langues, on doit mentionner Schmitt (1997) sur la formation des diminutifs en espa-
gnol et en allemand, d’une part, en espagnol et en français de l’autre ; Barth (1961) sur  

la fréquence et valeur des partis orationes en français, en anglais et en espagnol ;  

Klöden (1993) sur les prépositions en français, en italien et en espagnol et Windisch  

(1995) sur la composition nominale en allemand, en français et en espagnol.


La syntaxe du verbe n’a pas été en reste. Celle (1978) compare celle du verbe
français et du verbe portugais ; Albrecht (1993) traite de la voix, la réflexivité, la

médialité et l’ergativité en anglais, français, italien et espagnol ; Chevalier (1978) se


limite à la voix en français et en espagnol, tandis que Karasch (1982) et Polzin (1996)
se concentrent sur le passif. Confais (1990) compare l’aspect, le mode et le temps en
allemand et en français, Dubsky (1961) et Sacker (1983) étudient les différences
d’aspect en allemand et en français pour le premier ; en français, italien, russe et

allemand pour le second. La catégorie du temps est examinée selon divers points de
vue : Wandruszka (1966a) et Eggs (1993) traitent des temps du passé respectivement

en français comparé à d’autres langues romanes et dans le couple espagnol-français ;  

Barrera Vidal (1971) examine la traduction en français du « pretérito indefinido » et du


   

« pretérito perfecto » de l’espagnol ; Schiller (1993) confronte l’imparfait du français à


     

l’imperfetto de l’italien ; Schifko (1967) compare l’usage du subjonctif en français et en


espagnol ; Chevalier (1969) s’intéresse à l’emploi de l’infinitif en français et en espa-


gnol, Pfister (1987) aux phrases impersonnelles en français, en anglais, en allemand


et en espagnol, Bausch (1964) traite la transposition des periphrases verbales en
français, anglais, allemand et espagnol, tandis que Schmitt-Jensen (1989) décrit la
position relative du sujet et de l’objet en français et en italien ; Marinescu (1973a)

étudie les particules pré- et postverbales en français et en roumain et Drăghicescu


(1973) les formes verbales en ‑ant et ‑ind dans respectivement les mêmes langues.
Dans le domaine non verbal il convient de mentionner les analyses contrastives
suivantes : Lamíquiz (1967) sur l’emploi du démonstratif en espagnol et en français,

Hoffmann (1967) sur l’emploi de l’article en espagnol, français, allemand et anglais,


J. Lüdtke (1978) sur la nominalisation prédicative en français, catalan et espagnol,

Cristea (1973 ; 1974 ; 1977 ; 1990) respectivement sur les « verbes symétriques », l’em-
         

ploi du datif possessif, les relations entre cas, possession et instrument, l’ellipse et la
négation en français et en roumain ; sur le même couple de langues, Cuniţă (1973a ;
   

1973b ; 1973c) sur les adverbes de temps, Cuniţă (1990) sur les augmentatifs et

136 Nelson Cartagena

Marinescu (1973b ; 1977) sur les pronoms personnels. À quoi il faut ajouter : Delbecque
   

(1990) sur la place de l’adjectif en français et en espagnol ; Price (1990) sur la syntaxe

des constructions comparatives et Kamm (1993) sur les déterminants du substantif en


français et en allemand ; Krenn (1993) sur les correspondants allemands du français

en et de l’italien ne ; Schiller (1995) sur la syntaxe des présentatifs et Blumenthal


(1983) sur la syntaxe des textes ordinaires et spécialisés en allemand et en français.


Pour une bonne introduction à l’analyse contrastive du lexique, on consultera
l’article de Langenbacher-Liebgott (1995) sur la définition du mot dans la lexicogra-
phie française et espagnole.
La plupart des études dans ce domaine sont consacrées à la comparaison de
lexèmes et de champs lexicaux particuliers. On y trouve par exemple les travaux de
Rösner (1993) sur kommen et gehen (venir et aller), de Hammer (1993) sur les expres-
sions binaires figées, de Schepping (1982) sur les verbes de vision, de Dupuy-Engel-
hardt (1993) sur la désignation des sons, de Henschelmann (1993) sur les mots
abstraits du français, de Schmitt (1995a) sur la nomenclature des concepts fondamen-
taux de la construction et de Reinart (1993) sur le lexique spécialisé en français et en
allemand, tandis que les études de Koch (1993) et Schmidt-Radefeldt (1997) sont
consacrées respectivement à la traduction de fr. aller et venir en espagnol, aux

équivalents de l’allemand haben (‘avoir’) et sein (‘être’) en français, italien et espagnol


et à ceux de l’allemand schon, noch et erst en espagnol, portugais et français.
Pour ce qui concerne la sémantique structurale, il faut signaler les travaux de
Geckeler (1971 ; 1993) sur le champ lexical ‘jung’ / ‘alt’ / ‘neu’ (‘jeune’ / ‘vieux’ /

‘nouveau’) en allemand, espagnol et français ainsi que sur diverses structures lexica-
les en espagnol, italien et français. L’ouvrage de Schwarze (1985) informe abondam-
ment sur son projet de dictionnaire contrastif allemand-français des champs lexicaux
qui devait constituer le couronnement de la sémantique structurale.
Dans le domaine de l’analyse contrastive des textes et de la pragmatique compa-
rative, on trouve toute une série d’études consacrées à deux ou plusieurs langues, par
ex. :

– français-espagnol : Hajdú (1969) sur l’expression de la direction ; Dabrowska (1973) sur la


   

question directe ; Lamiroy (1983) sur l’emploi de l’infinitif des verbes de mouvement ;
   

Ocampo (1993) sur l’introduction de nouveaux narrateurs ;  

– français-allemand : Weydt (1969) sur les équivalents des particules modales de l’allemand,

pour une première approche, et surtout Métrich/Faucher (2009), véritable outil d’aide à la
traduction des particules discursives de cette langue ; Schmitt (1990) sur la traduction d’ex-

pressions figées tirées de la Bible et Schreiber (1999) sur les proformes dans la langue parlée ;

– français-italien : Boer (1987) sur l’ordre des mots ; Fourment-Berni Canani (1989) sur la
   

« fonction dramatique » du datif clitique et Werner (1992) sur les possessifs dans la langue
   

parlée ;

– français-anglais : Cornish (1986) sur les relations anaphoriques dans les deux langues dans

une perspective discursive ;  

– français-catalan : Verdaguer (1976) sur la comparaison de 133 textes relevant de la littérature


de divertissement ;  
La linguistique contrastive et traduction dans les pays de langue romane 137

– allemand-français-portugais : Schemann (1982) sur les équivalents fonctionnels des particu-


les modales de l’allemand ;  

– allemand-français-espagnol : Schmitt (1993a) sur l’analyse de traductions d’un point de vue


didactique allemand-français et allemand-espagnol ; Zimmermann (1993) sur les variétés de


la langue des jeunes et Schmitt (1995b) sur distance et proximité dans la comparaison de
traductions ;  

– français-italien-espagnol : Koch/Oesterreicher (1990) sur la langue parlée dans la Romania


et Koch (1995) sur la métataxe actancielle dans le lexique verbal ;


– français-espagnol-portugais : Blanche-Benveniste (1990) sur l’emploi normatif et non nor-


matif des pronoms relatifs ;  

– espagnol-italien-français : Carlsson (1969) sur les constructions du type « C’est le meilleur


   

livre qu’il ait jamais écrit » ;


   

– espagnol-catalan-français : Camprubi (1988a) sur les syntagmes prépositionnels à référence


temporelle ;

– français-italien-espagnol-roumain : Thun (1986) sur l’emploi des pronoms personnels réfé-


rant à des choses et Stein (1993) sur le discours rapporté indirect ;


– catalan-espagnol-français-allemand : Knauer (1993) sur divers aspects de la langue parlée


informelle ;

– allemand-anglais-français-italien-espagnol : Kalverkämper (1992) sur la spécialisation dans


l’agir et le parler ;  

– allemand-espagnol-français-italien-portugais : Gil (1997) sur la métataxe dans l’expression


du mouvement.

Le caractère contrastif de la grammaire comparée de Zemb et al. (1984, 11978) ayant


parfois été mis en doute – au point que Neumann-Holzschuh (1998, 833) va jusqu’à
affirmer que l’analyse véritablement contrastive fait défaut –, une nouvelle tentative
dans cette direction paraît souhaitable, qui serait fondée sur le plus grand nombre
possible d’études particulières, qu’elles soient d’orientation contrastive (centrées sur
la langue) ou traductologiques (centrées sur les textes et les techniques de traduction
appropriées).

4 La LC dans le domaine de l’espagnol


Une deuxième grammaire contrastive d’envergure a été réalisée dans le même cadre
que celle de Zemb et al. (1984, 11978). Elle concerne le couple de langues allemand-

espagnol (Cartagena/Gauger 1989). Elle a fait l’objet de discussions dans Hernández


Sacristán (1990), Rall (1990), et de comptes rendus dans Schmitt (1991a), De Bruyne
(1990), López García (1991) et Marcos Marín (1993).
Il existe par ailleurs des études ponctuelles de dimensions variables concernant
le système phonologique, la morphosyntaxe, la sémantique lexicale, ainsi que le
niveau du texte et la pragmatique.
Le travail de Criado de Val (1954) constitue, quant à lui, une excellente contribu-
tion à la typologie des langues, mais ne correspond pas aux normes de la linguistique
contrastive au sens étroit.
138 Nelson Cartagena

Aucun des nombreux travaux de phonétique et de phonologie contrastives dont


nous avons connaissance ne présente un rapport avec la traduction. Nous les passe-
rons donc sous silence.
Dans le domaine de la morphosyntaxe, une nette préférence est accordée aux
questions de syntaxe au détriment des thématiques plus morphologiques. On y trouve
cependant une série de travaux, par ex. de Saporta (1956) sur les systèmes morphéma-
tiques de l’anglais et de l’espagnol, de Zimmer (1992) sur la morphologie verbale en
espagnol, italien et français, de Gauger (1971) sur la formation des mots en français et
en espagnol, de Staib (1988) sur les composés génériques du français et de l’espagnol,
de Monjour (1995) sur la formation des mots en espagnol et en portugais, de Ettinger
(1987a) sur la formation des diminutifs et des augmentatifs en italien, portugais,
espagnol et roumain, de Schmitt (1997) sur la formation des diminutifs dans les
couples de langues espagnol/allemand et espagnol/français et de Giurescu (1975) sur
la formation des mots dans la Romania. On peut assimiler à cette catégorie de travaux
ceux de Heger (1963 ; 1966) sur la terminologie du système de conjugaison et la

conjugaison objective en français et en espagnol, de même que Barth (1961) sur la


fréquence et la valeur des « parties du discours » en français, anglais et espagnol.
     

Dans le domaine proprement syntaxique, ce sont les études consacrées aux


catégories verbales qui dominent. Parmi les études traitant de deux langues, on
trouve :  

– le couple français/espagnol dans le travail de Eggs (1993) sur les temps du passé, de Barrera
Vidal (1971) sur la traduction du « pretérito indefinido » et du « pretérito perfecto », de
       

Chevalier (1969 ; 1978) sur l’infinitif et la catégorie de la voix, de Dubsky (1961) sur l’aspect

et de Schifko (1967) sur le subjonctif ;


– les couples espagnol/allemand et espagnol/anglais respectivement dans l’étude de Cartage-


na (1984 ; 1992a) sur l’imparfait et les formes du futur et celles de Bolinger (1970) sur les

types de modalité et de Mansilla-García (1973) sur le subjonctif ;


– et pour finir, le couple espagnol/roumain dans les contributions de Sădeanu (1972 ; 1976) 

sur le prétérit et le parfait d’une part, sur temps et concordance d’autre part, et de Dumi-
trescu (1970 ; 1971) sur l’infinitif et les périphrases verbales.

Il existe par ailleurs des études mettant en jeu trois langues ou plus :  

– l’anglais, l’italien et l’espagnol dans celle de Marchand (1955) sur l’aspect ; 

– l’allemand, le portugais et l’espagnol dans celle de Gärtner (1993) sur le passif ; 

– le français, l’anglais, l’allemand et l’espagnol dans celle de Bausch (1964) sur les périphra-
ses verbales ;

– l’allemand, l’anglais, le français, l’italien et l’espagnol dans celle d’Albrecht (1993) sur la
voix pronominale au sens large ; 

– les langues romanes dans celle de Dauses (1981) sur l’opposition imparfait/parfait.

Relèvent également de cette section l’étude contrastive de Goldin (1972) sur les objets
indirects en espagnol et en anglais, celle de Meier (1954/1955) sur l’infinitif conjugué
du portugais et l’infinitif personnel de l’espagnol ainsi que celles de Cartagena (1983 ;  
La linguistique contrastive et traduction dans les pays de langue romane 139

1984 ; 1988 ; 1994 ; 1997) sur la flexion et la position des pronoms personnels dans la
     

phrase, la base sémantique et pragmatique des correspondances de l’imparfait espa-


gnol en allemand, le rôle du trait [± animé] dans la pronominalisation, et la forme et la
fonction du nucleus verbal dans les textes spécialisés de l’espagnol et de l’allemand.
Sur d’autres points relevant de la syntaxe, les études contrastives mettent en jeu
deux ou trois langues. On mentionnera :  

– pour le couple espagnol/français : Lamíquiz (1967) sur le pronom déictique ; Price (1990) sur
   

les propositions comparatives ; et Delbecque (1990) sur la position de l’adjectif ;


   

– pour le couple espagnol/italien : Preiss (1996) sur les connecteurs de conséquence ;


   

– pour le couple espagnol/roumain : Sădeanu (1973) sur les pronoms relatifs ; Copceag/
   

Escudero (1966) sur la différence entre ser et estar (le même sujet est traité par H. Lüdtke  

1997 pour le couple espagnol/portugais) ; ainsi que Dumitrescu (1974 ; 1975) sur la négation
   

des adjectifs et les difficultés de traduction de certains éléments des subordonnées dans le
couple roumain/espagnol.

Pour les études portant sur trois langues, on citera :  

– pour la triade français/espagnol/portugais : Blanche-Benveniste (1990) sur l’emploi norma-


tif et non normatif des pronoms relatifs ;  

– pour la triade français/catalan/espagnol : Lüdtke (1978) sur la nominalisation prédicative


par suffixation et Camprubi (1988a) sur les syntagmes prépositionnels à désigné temporel ;  

– pour la triade français/italien/espagnol : Klöden (1993) sur les prépositions ;


   

– pour la triade allemand/espagnol/anglais : Laca (1993) sur l’opposition article défini/article


indéfini/article zéro ;

– pour la triade allemand/français/espagnol : Windisch (1995) sur les difficultés de traduction


de certains composés nominaux allemands ;  

– à quoi on peut ajouter l’étude contrastive de Hoffmann (1967) sur l’emploi de l’article et
portant, elle, sur quatre langues : l’espagnol, le français, l’allemand et l’anglais.

Pour ce qui est du lexique, étudié dans la perspective de la sémantique structurale


pour lui-même ou dans le cadre du texte, il faut citer Geckeler (1971 ; 1993) respective-    

ment sur le champ lexical ‘jung-alt-neu’ (‘jeune-vieux-nouveau’) en allemand, espa-


gnol et français et sur une sélection de structures lexicales en espagnol, italien et
français. Parmi les études qui mettent en jeu trois langues ou plus, on mentionnera
aussi Nagel (1972) sur la traduction de all. dumm et verrückt dans les langues ibéroro-
manes, Endruschat (2002) sur les italianismes en portugais et en espagnol, Schmidt-
Radefeldt (1997) sur la traduction de all. schon, noch, erst en espagnol, portugais et
français, et Koch (1993) sur les correspondances de all. haben et sein en français,
italien et espagnol. D’autres études particulières, relatives, elles, au couple allemand/
espagnol sont à mentionner : Carazo-Ziegler (1996) et Ide (1996) sur les équivalents de

l’allemand bloß et vielleicht ; Wotjak (1997) sur les verbes de mouvement ; Cartagena
   

(1992b) et Schweickard (1993) sur les noms propres ; Schlösser (1996) sur les hispanis-  

mes en allemand, Klöden (1996) sur gallicismes en espagnol, Gil (2002a) sur l’opposi-
tion port. é que/esp. es que emphatiques.
140 Nelson Cartagena

On lira par ailleurs avec grand profit le travail fondamental de Langenbacher-


Liebgott (1995) sur la définition du mot en français et en espagnol.

Les langues de spécialités ont elles aussi fait l’objet d’études contrastives. Il convient
de citer ici l’étude de Elwert (1989) sur les différences dans la terminologie des

technologies modernes en allemand et en espagnol, celle de Schnitzer (1996) sur les


anglicismes dans la langue de l’économie en espagnol et en catalan ainsi que celle de
Cartagena (2000) sur l’élaboration du vocabulaire de base de l’art dramatique en
allemand et en espagnol.
Pour ce qui est de la lexicographie bilingue, la grande accessibilité des nombreux
dictionnaires généraux ou spécialisés dispense de les énumérer ici. On évoquera
néanmoins un type particulier de dictionnaires spécialisés, celui directement issu de
traductions d’ouvrages originaux. On pense ici à la série Grijalbo-Referencia de
Barcelone, dont les Diccionarios de Química, Biología, Economía, etc. ont été élaborés
de cette façon. Le Diccionario de Valencias Verbales Alemán-Español, ouvrage pion-
nier de Rall/Rall/Zorrilla (1980), peut être rattaché à ce groupe.

Au niveau textuel et pragmatique, on trouve une série d’études contrastives particu-


lières traitant aussi de deux ou de plusieurs langues :  

– l’allemand et l’espagnol dans Beerbom (1992) sur les particules modales comme problème
de traduction, Emsel (1993) sur les structures et modèles de la formation des mots et Piñel
(1993) sur la caractérisation linguistique de la femme dans les proverbes ;  

– l’anglais et l’espagnol dans Bolinger (1954) sur l’emphase prosodique et l’ordre des mots,
Delattre (1962) sur l’intonation dans la phrase assertive et Teskey (1976) sur thème et rhème ;  

– le français et l’espagnol dans Dabrowska (1973) sur l’interrogative directe, Hajdú (1969) sur
l’expression de la direction dans la langue contemporaine, Lamiroy (1983) sur l’infinitif des
verbes de mouvement, et Ocampo (1993) sur l’introduction de nouveaux énonciateurs ;  

– l’espagnol, le catalan et le portugais dans Gil (2002b) sur les phrases factives dans les
langues ibéro-romanes ;  

– l’allemand, le français et l’espagnol dans Schmitt (1993a ; 1995b) respectivement sur la


comparaison de traductions comme instrument didactique et sur la langue formelle et la


langue informelle dans la comparaison de traductions ; et dans Zimmermann (1993) sur la

comparaison de la langue parlée de la jeunesse ;  

– le portugais, l’espagnol et l’allemand dans Schmidt-Radefeldt (1993) sur les marqueurs


discursifs et interactifs ;

– le portugais, le français et l’espagnol dans Blanche-Benveniste (1990) sur usages normatifs


et non normatifs des relatives.
– le français, l’italien et l’espagnol dans Koch/Oesterreicher (1990) sur la langue parlée et
Koch (1995) sur des problèmes de métataxe dans le lexique verbal ;  

– le français, l’espagnol, l’italien et le roumain dans Stein (1993) sur le discours rapporté indirect
et dans Thun (1986) sur l’emploi des pronoms personnels pour la désignation de choses ;  

– l’anglais, l’allemand, l’espagnol et le portugais dans Rudolph (1996) sur les relations
causatives et adversatives ; 

– le catalan, l’espagnol, le français et l’allemand dans Knauer (1993) sur des aspects de la
langue informelle ; 
La linguistique contrastive et traduction dans les pays de langue romane 141

– l’allemand, l’espagnol, le français, l’italien et le portugais dans Gil (1997) sur la métataxe
dans l’expression du mouvement ;  

– l’allemand, l’anglais, le français, l’italien et l’espagnol dans Kalverkämper (1992) sur la


spécialisation du vocabulaire dans la langue parlée.

L’énumération des études particulières à laquelle il vient d’être procédé montre que
les analyses contrastives ne prennent en compte que l’espagnol de la péninsule
ibérique, ce qui correspond à l’attitude habituelle de la LC, qui tend à laisser de côté
les variations dialectales et diatopiques d’une langue-système donnée.

5 La LC dans le domaine du roumain


Le centre le plus important d’études contrastives relatives au roumain est l’Institut de la
langue allemande de Mannheim. C’est là qu’ont été élaborés les ouvrages pionniers que
sont le dictionnaire valenciel allemand-roumain (Valenzlexikon deutsch-rumänisch) de
Engel/Savin (1983) et la grammaire de dépendance contrastive allemand-roumain
(Kontrastive Grammatik deutsch-rumänisch de Engel et al., 1993). La perspective adop-

tée dans les deux ouvrages, qui privilégie le sens allemand → roumain, s’explique par la
préexistence de nombreuses descriptions dépendentielles de l’allemand.
Les articles du dictionnaire valenciel contiennent pour chaque verbe allemand les
principales informations relatives à sa conjugaison et sa structure actancielle (SA)
(Satzbauplan). On y trouve : les actants, par ex. O (= actant nominatif), 1

(= actant accusatif), 4 (= actant prépositionnel), 5 (= actant locatif), 6 (= actant


directionnel), les restrictions sémantiques (RS) auxquelles ils sont soumis, par ex.
HUM (= humain), OBJ (= objet matériel, dénombrable), INST (= institution humaine),
INTELL (objet intellectuel, idée), ZOOL (= animé, non humain), AKT (= procès), STAT

(= propriété, état), LOK (= spatial) ainsi qu’un exemple explicitateur. La traduction du


verbe allemand en roumain est proposée avec la même description dépendantielle.
Quant à la grammaire contrastive mentionnée plus haut, elle se présente comme
un manuel pour les enseignants et les apprenants. Aucune place n’est accordée à la
phonétique-phonologie, les auteurs se contentant d’un simple renvoi (op. cit. 9) au
travail de Gregor-Chiriţă (1991) censé compenser le manque. Les différents chapitres
traitent de la phrase, du verbe, du domaine nominal, des particules, des constructions
facultatives (négation, coordination, apposition) ainsi que des domaines soumis à
une normalisation sévère. La dimension textuelle est également présente avec des
chapitres consacrés aux actes de langage, aux connexions dans le texte, à la structure
du texte et à la typologie des textes. Le tertium comparationis utilisé est toujours
l’équivalence traductionnelle, l’équivalence exigée par la traduction.
La plupart des études contrastives relatives au roumain le compare à l’anglais, au
français, au russe, à l’espagnol et à l’allemand. On les trouvera ci-après classées par
domaine.
142 Nelson Cartagena

Dans celui de la phonétique et de la phonologie, on trouve surtout des études de


phonétique corrective qui n’ont aucun rapport avec les problèmes de la traduction et
n’ont donc pas lieu d’être mentionnées ici.
L’anglais reste la principale langue de comparaison dans le domaine morphosyn-
taxique. Belchiţă (1972) traite des différences dans la structure des règles morphopho-
némiques des deux langues, tandis que Funeriu/Pepelea (1976) en établissent l’in-
fluence sur la prosodie. Chiţoran (1982) compare la fonction grammaticale des traits
prosodiques dans les deux langues. Giurescu (1975), en revanche, ne se réfère pas à
l’anglais mais compare la formation des mots dans la Romania.
Dans une perspective générative, on trouve les études de Petrovanu (1971) et Vântu
(1972), Zdrenghea (1975), Poenaru (1974) et Petrovanu (1972) consacrées respectivement
aux différences dans les règles régissant le recours à la nominalisation, à la complé-
mentation, à l’adjectif en position post-verbale et à certaines formes du possessif.
Le couple roumain-anglais domine également dans l’étude contrastive du système
verbal, où il convient de citer les études de Vişan-Neumann (1972) et de Tamaş/Tamaş
(1976) sur les constructions réfléchies, de Mihăilă (1976) sur I’impératif, de Duţescu
(1972) sur le passif, de Zdrenghea (1972 ; 1976), Petrovanu (1974), Preda/Spǎriosu (1972)

et Bârǎ (1974b) sur les temps verbaux, de Bârǎ (1972 ; 1974a ; 1976) sur les verbes
   

modaux, de Panǎ/Petrovanu 1972) sur les verbes à deux objets non prépositionnels, de
Tomoşoiu (1974) sur les particules post-verbales, de Peculea (1976) sur les relations
entre le verbe et ses déterminants et de Trofin (1972) sur les subordonnées introduites
par les pronoms relatifs cine et care en roumain et who et which en anglais.
Vasiliu (1974 ; 1976) se consacre aux morphèmes interrogatifs dans les deux

langues, tandis que Lupaş/Roceric (1974) et Vasiliu (1976) traitent de la négation,


Duţescu/Spăriosu (1974) de l’adverbialisation et Leviţchi (1971) de l’article.
La morphosyntaxe fait également l’objet d’études contrastives avec d’autres
langues, notamment avec le français, l’espagnol, le russe, l’allemand et l’italien.
Le français est choisi comme langue cible par Drăghicescu (1973 ; 1976), Vlăduţ-

Cuniţă (1974) informe sur certains aspects du domaine verbal. Marinescu (1973a ;  

1973b ; 1977) et Vişan (1974) étudient le pronom, Cristea (1974) l’emploi du datif

possessif et Cuniţă (1973b) ainsi que Vlăduţ-Cuniţă (1973) les fonctions des adverbes
de temps. Dans Cristea (1977), ce sont les formes et relations casuelles ainsi que les
relations spatiales, temporelles, possessives et instrumentales qui font l’objet des
analyses et dans Cristea (1973 ; 1990) respectivement les « verbes symétriques » et la
     

négation et l’ellipse. Cuniţă (1990) compare, pour sa part, les augmentatifs dans les
deux langues.
Sădeanu (1973) compare les pronoms relatifs roumains cine, care avec l’espagnol
quien sur la base de son propre modèle de LC. Dumitrescu (1974) s’intéresse à la

négation des adjectifs dans les deux langues. Sǎdeanu (1972 ; 1976) et Dumitrescu

(1971 ; 1975) décrivent certaines différences dans les systèmes verbaux.


Ettinger (1987a) compare la formation des diminutifs et augmentatifs avec celle


de l’italien, du portugais et de l’espagnol.
La linguistique contrastive et traduction dans les pays de langue romane 143

Chelemen (1953), Zacrodonet (1956) et Fodor (1974) montrent, exemples à l’appui,


les avantages didactiques d’une analyse contrastive du roumain et du russe. Georghiu
(1965) décrit les difficultés de traduction du parfait roumain en russe et Frai (1974) le
quantificateur collectif dans les deux langues.
Colbert/Savin (1964) dressent un état des similitudes et différences entre le
participe présent allemand et le gérondif roumain. Thun (1984) décrit la fonction et la
fréquence des Existimatoren (= particules modales et/ou interactives) de l’allemand et
du roumain.
Bărbulescu/Maneca (1973) élaborent une représentation du prétérit en roumain
et en italien, tandis que Haase (1995) propose une analyse contrastive de l’infinitif
fléchi en portugais et en roumain en y incluant les dialectes de l’Italie méridio-
nale.
Dans le domaine du lexique, les langues de comparaison dominantes sont l’an-
glais et le français. Les études visent le plus souvent à établir des correspondances
entre le roumain et une série d’autres langues dans la perspective de la réalisation de
dictionnaires bilingues. On trouvera dans Belchiţă Hartular (1978, 515–518) un excel-
lent résumé d’études lexicologiques pour les couples de langues roumain-anglais et
roumain-français. Engel et al. (1993, 125) contient une énumération détaillée d’études

ponctuelles allemand-roumain menées dans le département de linguistique contras-


tive de l’Institut de la langue allemande de Mannheim, dont la plupart ont été
intégrées à la grammaire contrastive et au dictionnaire valenciel mentionnés plus
haut.
Dans le domaine de la linguistique du texte, le roumain est mis en contraste avec
le français, l’espagnol et l’italien dans Thun (1986), consacré à l’emploi des pronoms
personnels pour la désignation d’objets et dans Stein (1993), traitant du discours
rapporté indirect.

6 La LC dans le domaine de l’italien


Les contributions déjà anciennes de Agard/Di Pietro (1965a ; 1965b) sur les structures

phonologiques et grammaticales comparées de l’anglais et de l’italien restent l’étude


contrastive la plus complète de l’italien par rapport à une autre langue. Dans la
mesure où d’après Albrecht (1998, 790) il n’existe à ce jour pour l’italien aucune
description contrastive d’ensemble comme celle de Zemb et al. (1984, 11978) pour le

couple allemand-français ou celle de Cartagena/Gauger (1989) pour le couple alle-


mand-espagnol, on ne peut se départir du sentiment, toujours selon Albrecht (1998,
791), que l’époque n’est décidément pas favorable aux études contrastives d’enver-

gure reposant sur des bases théoriques solides et prenant en compte l’ensemble du
système linguistique. Il est un fait que la LC produit actuellement surtout des études
ponctuelles plus ou moins exhaustives. Les principales seront évoquées et classées ci-
après selon les structures ou fonctions étudiées.
144 Nelson Cartagena

Au plan des signifiants, les études comparatives se sont concentrées sur la


phonologie et l’orthographe. Comme elles concernent plutôt la didactique des lan-
gues que la traductologie, elles ne seront pas mentionnées ici.
Albrecht (1998, 794ss.) propose sur la base de matériaux relevant de la grammaire
traditionnelle une vue d’ensemble extrêmement utile des principales caractéristiques
morphosyntaxiques de l’italien par rapport aux autres langues européennes. On
trouvera par ailleurs dans les travaux de typologie contrastive de Bechert/Bernini/
Buridant (1990) et de linguistique romane comparée de Guillet/La Fauci (1984), de
Arcaini et al. (1989) et de Koch/Krefeld (1991) de précieuses contributions relatives à

la syntaxe de l’italien.
La grammaire de dépendance ne s’est guère intéressée à l’italien d’un point de
vue contrastif, si l’on excepte le précieux ouvrage de Blumenthal/Rovere (1993) sur la
valence dans les langues de spécialité, en allemand et en italien, particulièrement
destiné à l’usage des traducteurs.
Dans les années 80, dominées par la grammaire générative, une importante
polémique voit le jour en Italie sur une question théorique. Rizzi (1982) attire l’atten-
tion sur une entorse caractérisée de l’italien au principe chomskyien de « sous-  

jacence », entorse discutée également par Cinque (1987) et Fanselow/Felix (1987, 132–

139). La question est celle de la validité universelle du principe de mobilité réduite des
syntagmes à l’intérieur de la phrase, dont Rizzi affirme qu’il vaut certes pour l’anglais
et l’allemand mais nullement pour l’italien. Il s’ensuivrait la possibilité, en italien, de
faire des relatives l’objet d’une question indirecte, ce qui ne serait possible ni en
anglais ni en allemand : It. Tuo fratello a cui mi domando che storie abbiano raccontate

era molto preoccupato / Dt. *Dein Bruder, von dem ich mich frage, welche Geschichte
man ihm erzählt hatte, war sehr besorgt / Eng. * Your brother, whom I ask me what story
was told to him, was very worried.
Les travaux contrastifs purement descriptifs sont relativement peu nombreux
dans le domaine syntaxique. On en mentionnera quelques-uns, opposant d’abord
l’italien à une seule autre langue :  

– l’allemand, dans le travail de Blumenthal (1982) sur les modèles de phrase (Satzmuster),
celui de Milan (1985) sur le passif (les constructions participiales avec essere/venire et
werden/sein), celui de Gislimberti (1989) sur une sélection de problèmes de syntaxe et de
sémantique, celui de Soffritti (1990) sur la compacité de la structure prédicative de l’alle-
mand comme problème de traduction en italien ou encore de Lieber (1995), qui illustre les
fondements théoriques de l’analyse contrastive en prenant appui sur le futuro nel passato, le
subjonctif et les verbes modaux ;  

– le français dans les travaux de Schmitt-Jensen (1989) sur la répartition (position respective)
dans la phrase du sujet et du prédicat, de Fourment-Berni Canani (1989) sur la fonction
pragmatique des datifs clitiques, de Schiller (1993) sur les différences de fonction entre
imparfait et imperfetto et de Schiller (1995) sur les différences syntaxiques entre les présenta-
tifs du type de il y a, c’è etc. ;

– l’espagnol dans l’étude de Preiss (1996) sur les connecteurs de conséquence ;  


La linguistique contrastive et traduction dans les pays de langue romane 145

– l’anglais dans le travail de Ceriana (1982) sur la subordination dans le groupe nominal et
Bressan (1987) sur les moyens grammaticaux dont dispose l’italien pour rendre l’accent de
phrase anglais.

À quoi on peut ajouter des travaux où l’italien est confronté à deux voire trois autres
langues :  

– le français et l’allemand dans Pfister (1987) sur les constructions impersonnelles ;  

– le portugais et l’espagnol dans Zimmer (1992) sur la morphologie verbale ;  

– le français et l’espagnol dans Arcaini/Favretti (1982) sur un projet contrastif relatif à ces trois
langues, dans Lamiroy (1984) sur le comportement syntaxique des constructions infinitives
et des subordonnées objet, et enfin dans Klöden (1993) sur la comparaison en synchronie
des prépositions ; 

– le portugais et le roumain dans Haase (1995) sur l’infinitif fléchi ;  

– le français et l’anglais dans Pfister (1987) sur la catégorie de l’impersonnel et dans Bernini/
Ramat (1992) sur la négation dans les langues d’Europe ;  

– le français, l’anglais et l’espagnol dans l’étude de Galetto (1991) sur « essere » en emploi
   

absolu et dans la diathèse verbale ;  

– le français, le russe et l’allemand dans Sacker (1983) sur l’expression verbale de l’aspect et
du résultatif ;

– le français, l’espagnol et l’allemand dans Körner (1988) sur le redoublement pronominal du


type a me mi (piace) et la rigidité de l’ordre SVO, ainsi que dans Koch (1993) sur la traduction
dans les langues romanes de haben et sein et dans Krenn (1993) sur les correspondants
allemands du fr. en et de l’it. ne ;
   

– le français, l’espagnol, l’anglais et l’allemand dans Albrecht (1993) sur la réflexivité, la


médialité et l’ergativité ;

– les langues romanes en général dans Dauses (1981) sur l’opposition imparfait/parfait ;  

– les langues romanes (principalement le français et l’espagnol) et les langues germaniques


(principalement l’allemand) dans Buridant (1990) sur l’infinitif et Manzelli (1990) sur les
déterminants possessifs du nom.

Dans le domaine de la formation des mots, les études comparatives sont principale-
ment diachroniques. Il existe cependant quelques précieuses études synchroniques.
Celle de Giurescu (1975) porte sur la formation des mots dans la Romania, celle
d’Ettinger (1987a) est consacrée aux diminutifs et aux augmentatifs en italien, portu-
gais, espagnol et roumain, tandis que Doleschal (1990) compare les noms féminins
dérivés par suffixe de l’allemand et de l’italien ; Vogel (1990), enfin, attire l’attention

sur l’adaptation aux règles de composition de l’italien des composés empruntés à


l’anglais.
Coseriu (42007, 26ss.) explique à juste titre que le « discours substitué » fonc-
   

tionne de façon différente selon les langues. Exemples :  

A : Das solltest du unbedingt tun ! B. Habe ich schon !


       

La reprise par l’auxiliaire en allemand est également possible en portugais :  

A. Tens visto ? (Hast du gesehen ?) B. Tenho ! (Hab ich)


     

En italien et en roumain, une telle reprise n’est pas possible, la reprise se faisant à
l’aide du participe du verbe principal :  
146 Nelson Cartagena

A. Dovresti fare questo e quello. (Du solltest dieses und jenes tun.)
B. Già fatto. (Schon getan, bzw. Habe ich schon.)
Les « phrasillons » (Tesnière) ou « mots-phrases » comme ja, nein, doch (oui, non,
       

si) constituent un cas particulier, qui d’un côté reprennent des phrases entières, mais
impliquent de l’autre une prise de position par rapport au contenu repris :  

A. Hast du das getan ? (Tu l’as fait ?) B. Ja ! (au lieu de Ich habe das getan) (Oui ! =
       

Je l’ai fait).
On sait que le paradigme des mots-phrases n’est pas le même en allemand et en
français et dans les autres langues romanes. En français, on a affaire à une structura-
tion tripartite analogue à celle de l’allemand, alors que les autres langues romanes
ont une structuration bipartite. Mais si l’on prenait en compte les formes concurrentes
telles que genau !/keineswegs en allemand, tout à fait ! / pas du tout ! en français ou
     

assolutamente ! / per niente ! en italien, absolutamente / de ningún modo en espagnol,


   

le tableau serait loin d’être aussi net.


La perspective contrastive est malheureusement rarement adoptée en linguis-
tique du texte, surtout dans l’acception spécifique de grammaire du texte, où l’on a
plutôt tendance à travailler sur une seule langue et à un niveau général. On compte
cependant quelques heureuses exceptions : Carlsson (1969), qui compare un type de

subjonctif en espagnol, en français et en italien ; Thun (1986), qui analyse le problème


de l’emploi du pronom personnel pour des choses en français, italien, espagnol et


roumain ; Boer (1987), qui compare l’ordre des mots en français et en italien ; ou
   

Gislimberti (1988), qui, examinant les relations entre cohérence et cohésion textuelles
en allemand et en italien dans les commentaires de presse, arrive à la conclusion que
les coesori sont davantage employés en italien qu’en allemand (alors qu’une certaine
tradition française – cf. Malblanc (21968, 253) – considère leur emploi comme « typi-  

quement allemand »). Notons par ailleurs Koch/Oesterreicher (1990), qui mettent en

lumière les différences dans la langue parlée en français, italien et espagnol ; Werner 

(1992), qui étudie les possessifs dans le discours en français et en italien ; Stein (1993),

qui examine le discours rapporté indirect dans les langues romanes (français, espa-
gnol, italien, roumain) et en allemand. Denschlag (1995) analyse pour sa part diverses
formes d’interview dans des quotidiens portugais et italiens, tandis que Gil (1997)
compare la traduction en italien, espagnol, français et portugais d’expressions alle-
mandes exprimant la direction, traduction dont « l’équivalence sémantique » im-
   

plique le recours à des structures différentes. De même Koch (1995) examine-t-il des
problèmes de traduction liés à la métataxe actancielle en français, en italien et en
espagnol.
On terminera ce chapitre par un aperçu sur les études contrastives en sémantique
lexicale. Bien qu’en principe intéressée par les relations généalogiques, la sémantique
lexicale romane diachronique touche inévitablement à la linguistique contrastive
synchronique, puisqu’il lui faut décrire aussi, comme elle, la situation actuelle, à
laquelle ont abouti les évolutions antérieures. Aussi trouve-t-on d’intéressantes ana-
lyses contrastives de l’italien dans Renzi (1985) et Stefenelli (1992).
La linguistique contrastive et traduction dans les pays de langue romane 147

Du fait de son caractère monolingue et de son orientation systémique, la séman-


tique structurale n’a guère de résultats à faire valoir dans le domaine contrastif.
Geckeler (1971) constitue cependant une exception précieuse avec son analyse du
champ lexical ‘alt-jung-neu’ (‘vieux-jeune-nouveau’) en espagnol, italien et français.
Koch (1993) compare les verbes ‘haben’ et ‘sein’ en allemand, français, italien et
espagnol.
La description des italianismes en espagnol et en portugais dans Endruschat
(2002) concerne non seulement le lexique mais également des faits de morphosyn-
taxe.
L’analyse statistique du vocabulaire au plan du discours réalisée par Maneca
(1972) a produit des résultats remarquables pour l’étude contrastive de l’italien et du
roumain. Les résultats de Ernst (1979) confirment par ailleurs le grand intérêt que
peuvent présenter les dictionnaires de fréquence pour la comparaison des langues,
par exemple pour l’étude comparée de la fréquence de certains éléments syntaxiques
et la signification du ratio type/token en italien et en français.
Elwert (1989) décrit des divergences entre l’espagnol et l’italien dans la terminolo-
gie des techniques et technologies modernes, tandis que Kalverkämper (1992) exa-
mine dans le travail déjà mentionné (supra, 3) le degré de technicité / de spécialisa-
tion dans le discours et l’action en allemand, anglais, français, italien et espagnol.
La lexicographie bi- ou multilingue est particulièrement productive dans ce
domaine. Pour l’italien, il faut mentionner ici les dictionnaires allemand-italien de
Storni (1975), italien-allemand de Milan/Sünkel (1990) et italien-français de Boch
(1988) ainsi que la présentation critique des dictionnaires italien-allemand dans
Marello (1987) et les propositions pour un nouveau type de dictionnaire de traduction
allemand-italien dans Pöhl (1990).

7 La LC dans le domaine du portugais


L’analyse contrastive du portugais avec d’autres langues n’a produit que des études
ponctuelles, rassemblées ci-après selon les domaines dont elles relèvent.
Dans celui de la phonologie, on ne tiendra compte que des études de Almeida/da
Silva (1977) et Schmidt-Radefeldt (1998) dont les observations strictement phonologi-
ques sont intégrées dans une comparaison plus globale.
Dans le domaine de la morphosyntaxe, on ne citera que quelques études, à titre
d’exemples. Giurescu (1975) analyse la formation des mots dans l’ensemble des
langues de la Romania. Monjour (1995) décrit les points communs et les différences de
la formation des mots dans le couple espagnol-portugais. Azevedo do Campo/
Schmidt-Radefeldt (1995a, b) propose une comparaison de la composition nominale
et de la structure du syntagme nominal en portugais et en allemand. Silva-Brummel
(1987) examine les difficultés de traduction du préfixe allemand Ur-/ur- en portugais.
Wandruszka (1966b) traite, lui, des suffixes quantificateurs-qualifiants dans les lan-
148 Nelson Cartagena

gues romanes et germaniques. Ettinger (1987a) étudie la formation des diminutifs et


augmentatifs dans quatre langues romanes : l’italien, le portugais, l’espagnol et le

roumain. Harden (1997) se limite, sur le même sujet, au portugais et à l’allemand. Le


même couple de langues est choisi par Sousa-Möckel (1997) pour l’étude des contruc-
tions possessives, par Thun (1997) pour l’analyse de la distribution des pronoms
personnels et réfléchis (Il travaille pour lui/Il ne faut pas penser qu’à soi/Il la pressait
contre lui/soi) et par Kaiser (1992) pour l’analyse synchronique et diachronique des
pronoms personnels clitiques.
Les travaux contrastifs purement descriptifs dans le domaine verbal ne confron-
tent généralement le portugais qu’à une seule autre langue. Il s’agit :  

– de l’allemand pour les études suivantes : Rodrigues (1981) sur le passif ; Azevedo do Campo
   

(1982 ; 1987), sur les relations dialectiques entre temps, aspect et mode ; Koller (1982), sur le
   

pronom sujet ; Cartagena (1990 ; 1992c), sur la traduction du pronom impersonnel sujet man
   

et la pronominalisation du sujet dans une perspective morphosyntaxique, textuelle et


traductologique ; Johnen (1992), sur la sémantique et la syntaxe des verbes modaux ; Matias
   

(1997), sur les équivalents de l’imperfeito et du perfeito ; Woll (1976), sur les combinaisons et

la traduction des préfixes verbaux allemands ; enfin Ettinger (1997), sur le même sujet ;
   

– de l’espagnol dans le cas de H. Lüdtke (1997) sur l’opposition ser/estar ; de l’anglais dans
   

celui de Azevedo (1942) sur les phrases passives ; du roumain dans celui de Crişan (1979) sur

la catégorie des verbes causatifs et inchoatifs et enfin du français dans l’étude de Celle
(1978) sur le système verbal. L’étude de Dauses (1981) sur l’opposition parfait/imparfait
prenant en compte, elle, l’ensemble des langues romanes.

Quant aux études mettant en jeu trois langues, elles se répartissent en deux groupes
ne contenant qu’un représentant :  

a) L’italien, l’espagnol et le portugais avec l’étude de Zimmer (1992) sur la morphologie verbale.

b) L’allemand, l’espagnol et le portugais avec celle de Gärtner (1993) sur le passif.


Dans le domaine de la sémantique lexicale, on distinguera le point de vue lexicolo-


gique et le point de vue lexicographique. Sous le premier méritent d’être cités : les  

travaux de Nagel (1972) sur la relation entre dumm (‘bête’) et verrückt (‘fou’) en
allemand et leurs correspondants en espagnol, catalan et portugais ; ceux de Koller  

(1989 ; 1997) respectivement sur l’opposition all. nicht / port. não et sur l’emploi des

noms propres dans les deux langues et celui de Hammermüller (1997) sur les termes

d’adresse employés dans les deux langues à l’égard d’une femme indépendamment
de son état civil (célibataire ou mariée). On peut y ajouter les études de Vilela
(1997) et Hundt (1997) respectivement sur les verbes de perception et sur la phraséo-
logie en portugais et en allemand ; celle de Schmidt-Radefeldt (1997) sur l’all. schon,

noch, erst et leurs correspondants en espagnol, portugais et français ; celle de  

Endruschat (2002) sur les italianismes en espagnol et en portugais et, pour finir,
celle de Schmidt-Radefeldt (1980) sur les expressions idiomatiques en allemand et
portugais.
La linguistique contrastive et traduction dans les pays de langue romane 149

Pour ce qui est du second, on citera d’abord, en raison de leur portée théorique
générale, les remarques critiques de Ettinger (1987b) sur les dictionnaires bilingues
portugais-allemand et son analyse (Ettinger 1991) des dictionnaires bilingues portu-
gais. On ajoutera l’ouvrage pionnier de Schemann et al. (2002) sur les phraséologis-

mes dans le couple portugais-allemand. À Leiste/Döll/Domingos (1988) on doit un


dictionnaire des faux-amis allemand-portugais/ portugais-allemand, que l’on peut
utilement compléter par l’essai de Hundertmark-Santos Martins (1995) sur les faux-
amis (« Die falschen Freunde. Os falsos amigos »). Dans le domaine des dictionnaires
   

spécialisés, il convient de citer le dictionnaire de médecine vétérinaire allemand-


portugais/portugais-allemand de Platzer (1996) ainsi que les études de Metzeltin
(1994) sur le vocabulaire de la botanique et le glossaire allemand-portugais sur la
pollution de l’environnement à l’échelle mondiale de Schieferdecker (1981).

Dans le domaine du texte, il faut rappeler d’abord les développements de Coseriu


(42007, 26ss.) sur les différences existant entre les langues dans leur traitement du
niveau transphrastique. Il est regrettable que les travaux en grammaire du texte
n’adoptent que rarement la perspective contrastive. On trouve cependant quelques
études confrontant deux ou plusieurs langues, par ex. :  

– le portugais et l’allemand dans l’étude de Franco (1997) sur quelques aspects de la langue
parlée ou celle de Johnen (1995) sur la pragmatique du port. ‑inho ; 

– le portugais et l’espagnol dans les travaux de Gil (2002a) sur la grammaticalisation et la


focalisation par é que en portugais et par es que et ser emphatique en espagnol ou du même
(2002b) sur la grammaire et la pragmatique des phrases factives ;

– le portugais et l’italien dans Denschlag (1995) sur les interviews dans la presse ;

– le portugais, l’espagnol et l’allemand dans Schmidt-Radefeldt (1993) sur les particules


discursives et interactives ;

– le français, l’espagnol et le portugais dans Blanche-Benveniste (1990) sur l’emploi normatif


et non normatif des pronoms relatifs ;

– l’anglais, l’allemand, l’espagnol et le portugais dans Rudolph (1996) sur les relations
adversatives et concessives dans le discours ;

– et enfin l’allemand, l’espagnol, le français, l’italien et le portugais dans Gil (1997) sur la
problématique de la traduction de l’expression du mouvement.

Schmidt-Radefeldt (1998, 869) considère que les études contrastives ponctuelles


existantes constituent une bonne base pour élaborer, à l’instar d’autres langues mises
en contraste avec l’allemand (l’espagnol, le français, le japonais), une monographie
comparée d’envergure de l’allemand et du portugais. Avec son texte sur la conception
d’une grammaire comparée allemand-portugais fondée sur la notion de communica-
tion (Schmidt-Radefeldt 2003), il a d’ailleurs lui-même déjà fait un pas important dans
cette direction.
150 Nelson Cartagena

8 La LC dans le domaine du catalan


Pour la bonne compréhension de l’évolution historique originale du catalan et de la
problématique de ses contacts permanents avec l’espagnol, on consultera l’excellent
ouvrage de Colón (1989). Malgré sa perspective principalement historique et sociolin-
guistique, cet ouvrage comporte un très précieux chapitre contrastif (Colón 1989, 59–
205) sur le lexique de chacune des deux langues. Badia Margarit (1965) et Jordana
(31980) ne sont pas en soi des grammaires contrastives mais pointent dans cette
direction. De nombreuses observations contrastives sur le catalan et l’espagnol figu-
rent aussi dans Badia Margarit (1962).
Des études ponctuelles véritablement contrastives impliquant le catalan ne se
trouvent qu’à partir des années 70 et en nombre plus réduit que pour les autres
langues romanes. On les mentionnera ci-après en les classant selon les domaines dont
elles relèvent : phonétique-phonologie, morphosyntaxe, lexique et texte.

Dans le domaine phonétique, il n’existe aucun travail qui pourrait intéresser les
traductologues.
Dans le domaine de la morphologie contrastive traditionnelle, il convient de citer
López García (1979 ; 1981) respectivement sur les périphrases participiales grammati-

calisées et sur la flexion des pronoms personnels en espagnol, catalan et portugais,


ainsi que Alsina/Bel (1986) sur les pronoms personnels de l’espagnol et du catalan.
Pour ce qui est de la syntaxe, on mentionnera les études suivantes :  

– Lüdtke (1978) sur la nominalisation prédicative avec suffixe en français, espagnol et cata-
lan ;

– Falk (1979) sur l’emploi de ser et estar dans les phrases attributives avec adjectif en espagnol
et catalan ;  

– Blasco Ferrer (1983), dont l’approche est génétique et typologique, mais qui rassemble de
précieux matériaux contrastifs en français, espagnol et catalan ; 

– Tió Casacuberta (1983) sur le système temporel dans le couple catalan-allemand ;  

– Camprubi (1988b) sur la construction prépositionnelle des verbes et adjectifs en catalan et


en allemand ;  

– enfin Farràs/García (1993) sur la morphosyntaxe comparée du catalan et de l’espagnol.

Dans le domaine lexical, on citera :  

– Nagel (1972) sur les correspondants de l’all. dumm et verrückt en espagnol, catalan et
portugais ;  

– Navarro (1986) sur la paronymie interlinguale dans le couple allemand-catalan ;  

– et Schnitzer (1996) sur les anglicismes dans la langue économique en espagnol et en


catalan.

Au niveau textuel et pragmatique, on trouve les travaux suivants :  

– Verdaguer (1976) comparant des textes à fonction de divertissement en catalan et en


français ;  
La linguistique contrastive et traduction dans les pays de langue romane 151

– Payrató (1985) sur des interférences entre le catalan et l’espagnol ;


– Camprubi (1988a) sur les syntagmes prépositionnels à référent temporel en espagnol,


catalan et français ;

– Knauer (1993) sur des aspects de la langue informelle en catalan, espagnol, français et
allemand, et pour finir
– Gil (2002b) sur la grammaire et la pragmatique des phrases factives en espagnol, catalan et
portugais.

Traduction et adaptation Jörn Albrecht et René Métrich

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of Chicago Press.
Agard, Frederick B./Di Pietro, Robert J. (1965b), The Grammatical Structures of English and Italian,
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Sandra Lhafi
8 Phonétique, phonologie et traduction ou :  

Quand le signifiant devient signifié

Abstract : Si les traductologues et les linguistes ont souvent débattu du problème de


   

la notion d’« équivalence » en traduction en se focalisant essentiellement sur des


   

aspects sémantiques, ils s’accordent sur la difficulté particulière que soulèvent les
textes qui érigent les signifiants et leur agencement en principe absolu. Dans ces
derniers, ce sont en premier lieu les signifiants qui créent de la signifiance, ce qui
assigne à la fonction référentielle du langage (Jakobson) un statut souvent inférieur à
celui de la fonction poétique. Lorsque les correspondances entre les sonorités du
texte (assonances, allitérations, rimes…) établissent un sémantisme supplémentaire
apte même à « désémantiser » parfois les signifiés, lorsque les interjections, les
   

onomatopées mais aussi les jeux de mots tels que les paronymies deviennent consti-
tutives de « l’image acoustique » (Nord 2009) d’un texte, la traduction devient d’au-
   

tant plus difficile qu’elle devra également prendre en compte les critères de fré-
quence et d’idiomaticité des différents phénomènes au sein des systèmes langagiers
concernés. Les difficultés liées à la matérialité du langage se retrouvent dans de
nombreux domaines tels que dans l’audiovisuel, par exemple, où la synchronisation
du son et de l’image doit intégrer des questions phonétiques. Le présent article offre
un aperçu général des problèmes liés à la traduction de textes dans lesquels les
signifiants acquièrent un statut primordial, tout en esquissant certaines solutions
linguistiques.

Keywords : sémantisation du signifiant, désémantisation du signifié, onomatopées,


   

synchronisation et doublage, paronymies et traduction

1 Remarques préliminaires
« […] la traduction implique deux messages équivalents dans deux codes différents.

L’équivalence dans la différence est le problème cardinal du langage et le principal objet de la


linguistique » (Jakobson 1971, 80).

Les approches linguistiques de la traduction telles que celle proposée par Jakobson
dans son célèbre article cité ci-dessus dans sa traduction française évoquent les pro-
blèmes d’équivalence tout en proposant des solutions linguistiques pour montrer la
traduisibilité des contenus (cf. supra : « messages » ou aussi Leonard Bloomfield, cité
     

dans Mounin 1963, 213 : « […] pour ce qui est de la dénotation, quoi que ce soit qui peut
   

être dit dans une langue donnée peut sans aucun doute être dit dans une autre ») d’une  
Phonétique, phonologie et traduction ou : Quand le signifiant devient signifié
  169

langue à l’autre (cf. aussi Mounin 1955). Quant à la traduisibilité des textes poétiques,
les linguistes capitulent et parlent plus généralement de « transposition » :
     

« En poésie, les équations verbales sont promues au rang de principe constructif du texte. […] les

phonèmes et leurs composants (les traits distinctifs) […] sont confrontés, juxtaposés, mis en
relation de contiguïté selon le principe de similarité et de contraste, et véhiculent ainsi une
signification propre. La similitude phonologique est sentie comme une parenté sémantique. […]
la poésie, par définition, est intraduisible » (Jakobson 1971, 86).

Le problème fondamental des textes poétiques est l’élargissement de la signifiance à


l’axe syntagmatique et aux enchaînements phonétiques : au sein des « textes expres-
   

sifs » (Katharina Reiß, cité dans : Lombez 2003, 226), « où l’expressif prend le pas sur le
     

descriptif et où ‹ l’exigence cardinale est l’obtention du même effet esthétique ›» (ibid.),


   

les signifiants et leur agencement sont érigés en principe absolu de la construction


textuelle. Or, cette exception concédée aux textes fortement poétiques peut être élargie
à tout type de traduction où les signifiants créent eux-mêmes de la signifiance. Là où les
dimensions phonétique et phonologique acquièrent une importance majeure, il ne
s’agit plus de traduire des messages d’une langue à l’autre, mais de prendre en compte
tous les aspects phonologiques et phonétiques jouant un rôle dans la constitution du
texte source et devant être transportés dans le texte cible. Le problème s’étend ainsi à
tout type de texte (parlé ou écrit) qui octroie à la fonction poétique du langage un statut
équivalent sinon supérieur à la fonction référentielle (dans la terminologie de Jakob-
son) – ce qui englobe des domaines aussi divers que les œuvres littéraires jouant
(partiellement) sur les sonorités, ou que la synchronisation des films, où la difficulté
principale réside dans la nécessité de créer une traduction simulant l’authenticité entre
l’image et le son, ce qui implique une réflexion particulièrement minutieuse sur les
aspects phonologiques et phonétiques concernés.
Les approches linguistiques de la traduction, se concentrant essentiellement sur
les types de textes à fonction référentielle prédominante, n’évoquent que marginale-
ment le rôle de la phonologie et de la phonétique en traduction, les textes centrés sur
la fonction poétique étant relégués aux sciences littéraires (cf. à ce propos Mounin
1963, 13s., qui cite le traducteur Edmond Cary : « La traduction littéraire n’est pas […]
   

une opération linguistique, c’est une opération littéraire […]. Pour traduire les poètes,
il faut savoir se montrer poète »). Cependant, malgré la marginalité apparente, criti-

quée entre autres par Albrecht (2013, 97), les problèmes posés par les phénomènes
suprasegmentaux ne cessent d’attirer les linguistes et les traductologues (cf. par ex.
ibid., 91). Christiane Nord (cf. 2009) intègre dans son schéma circulaire les éléments
« suprasegmentaux », tout en soulignant la difficulté de saisir la sonorité d’un texte,
   

celle-ci étant toujours liée à sa réception. L’originalité de sa description est l’assigna-


tion d’une sonorité propre à tout type de texte (cf. ibid., 135). Elle parle d’« image  

acoustique » inhérente au texte, qui fera l’objet d’interprétations différentes car varia-

bles selon les récepteurs respectifs (ibid., 138s.). La difficulté pour la traduction réside
dans le fait que l’image acoustique varie en fonction des communautés linguistiques
170 Sandra Lhafi

et exige du traducteur une interprétation adéquate du texte source ainsi qu’une


traduction équivalente au sein de la langue cible (ibid., 140). Koller (2011, 255ss.)
évoque les éléments suprasegmentaux au sein des problèmes d’« équivalence esthéti-  

co-formelle » (« formal-ästhetische Äquivalenz » ; ibid., 219).


       

2 Les textes littéraires


2.1 L’originalité des textes littéraires et les problèmes de
traduction qui en découlent

Koller (2011, 45) évoque la difficulté particulière que présente la traduction de textes
hautement littéraires, lesquels, de par leur hétérogénéité constitutive, permettent,
selon Eugenio Coseriu, l’actualisation simultanée des différentes fonctions langa-
gières décrites par Jakobson en jouant particulièrement sur la forme et son potentiel
esthétique : « Alle formal-ästhetischen, oft spezifisch einzelsprachlichen Möglichkei-
   

ten können ausgenutzt werden : Reim, Alliteration, Sprachspiel, metrische Formen,


Rhythmus », ibid. (‘ Tous les moyens esthétiques d’ordre formel, souvent spécifiques
   

d’une langue particulière, peuvent être utilisés : la rime, l’allitération, le jeu de mots,

le schéma métrique, le rythme ’). Lorsque la fonction poétique s’allie à la fonction


référentielle, sans répartition égale des forces, lorsque les équivalences esthético-
formelles passent au premier plan (cf. ibid., 255s.), le traducteur se voit confronté à
des problèmes de traduction majeurs.

2.2 Quand l’arbitraire du signe se voit réduit : la sémantisation des  

signifiants
Quand l’enchaînement phonétique n’est plus simple « porteur » de sens, il se produit
   

une « sémantisation des signifiants » qui, à leur tour, créent du sens et s’allient à la
   

fonction conventionnelle du signe linguistique (fonction référentielle) pour engendrer


un sémantisme supplémentaire (cf. Albrecht 2013, 94 : « [wenn es] um eine Kombination
   

der konventionellen Zeichenfunktion mit der ikastischen [geht] »), la traduction deve-

nant d’autant plus difficile que, contrairement aux concepts, l’inventaire phonématique
de chaque langue est par essence unique et non reproductible. Poussée à l’extrême,
cette pratique peut même mener à ce qu’Albrecht (ibid., 95) nomme la « désémantisation  

du signifié » : « Wenn die Ausdrucksebene die Aussage des Textes nicht mehr unter-
     

streicht, sondern sie statt dessen in den Hintergrund drängt, da die semantisierte
Signifikantenebene übertrieben massiv eingesetzt wurde, spricht man von einer De-
semantisierung der Inhaltsebene » (‘ On parle de désémantisation du signifié quand le
   

sens du texte n’est plus souligné au plan de l’expression mais au contraire repoussé à
l’arrière-plan en raison d’une sémantisation excessive du plan du signifiant ’).  
Phonétique, phonologie et traduction ou : Quand le signifiant devient signifié
  171

3 Assonances, allitérations, rimes et symbolisme


phonétique

Les parentés phonétiques permettent de rapprocher des domaines sémantiques a


priori éloignés : l’« utilisation consciente de correspondances sonores » (cf. « bewußte
       

Verwendung von Lautkorrespondenzen », Albrecht 2013, 95), telles que les assonan-

ces, les allitérations et les rimes, permettent de créer des relations sémantiques
originales, qui poseront des problèmes en traduction. En guise d’exemple, nous
commenterons les vers suivants extraits de l’exercice de style « Alexandrins », de    

Raymond Queneau et de ses traductions allemande et espagnole :  

« […]

Comme je retournais direction rive gauche


De nouveau j’aperçus ce personnage moche
[…] » (Queneau 2012a, 70).

« Doch kaum zurückgekehrt zur Rive gauche,


schon
erblickte ich von neu’m die häßliche Person,
[…] » (Queneau 2007, 51).

« […]

Al cabo de dos horas y en la misma jornada


Me lo vuelvo a encontrar, del azar por jugada.
[…] » (Queneau 2012b, 84).

Compte tenu de l’individualité des systèmes langagiers respectifs, la traduction des


rimes s’avère particulièrement difficile : le maintien des traits phonétiques mis en

présence au niveau de la rime, des associations qu’ils évoquent en soi mais aussi des
rapprochements sémantiques qu’ils incitent (gauche-moche) représente un véritable
défi pour le traducteur.

4 Les interjections
On distingue habituellement (cf. par ex. Cuenca 2006) les interjections primaires des
interjections secondaires : « Primary interjections are simple vocal units, sometimes
   

very close to nonverbal devices », « Secondary interjections are words or phrases


   

which have undergone a semantic change by pragmaticization of meaning and


syntactic reanalysis, in other words, they are grammaticalized elements » (ibid., 21) ;    

les interjections secondaires sont donc le fruit d’un processus de grammaticalisation


(par ex. Flûte !), alors que les primaires sont des enchaînements phonétiques sans

signifié identifiable. Seules ces dernières, appelées également « representative inter-



172 Sandra Lhafi

jections » (Cuenca 2006) ou, en partie, « onomatopoetic interjections » (Matamala


     

2009, 488) seront retenues ici.


S’ajoute à cela un problème d’ordre pragmatique : les interjections, de langue à  

langue, sont utilisées différemment, et ce, tout aussi bien sur le plan contextuel que
sur le plan fréquentiel (« […] the main problem for translation is the existence of  

identical or similar forms cross-linguistically whose conditions of use and frequency


may not coincide », Cuenca 2006, 21 ; cf. aussi Albrecht 2013, 93). Il s’ensuit qu’il ne
   

semble pas toujours judicieux de traduire toute « interjection source » par une « inter-      

jection cible » : « Needless to say, an interjection is not always adequately rendered by


     

another interjection in the target language, since each language has its own mecha-
nisms » (Matamala 2009, 495).

Nous illustrerons le problème de la (non) traduisibilité des interjections à l’aide


des trois extraits des Exercices de Style suivants, présentant la triple difficulté de
contenir à la fois des interjections primaires et secondaires, tout en reposant entière-
ment sur l’accumulation d’interjections, ce qui rend leur traduction incontournable
(c’est nous qui soulignons) :  

(1) Psst ! heu ! ah ! oh ! hum ! ah ! ouf ! eh ! tiens ! oh ! peuh ! pouah ! ouïe ! hou !
                           

aïe ! eh ! hein ! heu ! pfuitt !


         

Tiens ! eh ! peuh ! oh ! heu ! bon ! (Queneau 2012a, 157)


           

(2) ¡Pst ! ¡eh ! ¡ah ! ¡oh ! ¡hum ! ¡ajá ! ¡uf ! ¡anda ! ¡caramba ! ¡córcholis ! ¡pchs !
                     

¡puaf ! ¡ay ! ¡au ! ¡uy ! ¡eh ! ¡ojo ! ¡epa ! ¡zas !


               

¡Mira ! ¡eh ! ¡bah ! ¡oh ! ¡ah ! ¡bueno ! (Queneau 2012b, 158)


           

(3) Pst ! he ! ah ! oh ! hm ! ah ! uff ! eh ! nanu ! oh ! bah ! puh ! hui ! uh ! ei ! na ! he !


                                 

pah !  

Nanu ! eh ! bah ! oh ! eh ! naja ! (Queneau 2007, 152)


           

La confrontation du texte source français et de ses traductions espagnole et alle-


mande est particulièrement révélatrice des problèmes de traduction suscités par
l’utilisation « massive » d’interjections : d’une part, les interjections sont respective-
     

ment porteuses d’un certain symbolisme au sein du système langagier dont elles sont
issues (cf. par ex. « oh ! » pour signifier la surprise) ; d’autre part, leur concaténation
       

suggère de nouvelles correspondances qui, de par la nature de l’interjection, passent


par les associations phonétiques. Il semble quasiment impossible de traduire chaque
interjection avec toutes les connotations qu’elle transporte en tant que forme symbo-
lique de la langue dont elle est issue, tout en reproduisant l’enchaînement phoné-
tique constitutif du texte original. Ainsi, eh : anda n’ont plus aucune parenté phoné-  

tique (cf. voyelles [a] vs [e], mais aussi monosyllabisme vs bisyllabisme), ce que
viennent encore souligner les deux interjections suivantes (tiens : caramba et oh :    

córcholis) : au monosyllabisme français est substitué un trisyllabisme espagnol,


córcholis reproduisant néanmoins la voyelle [o] du texte-source. En allemand, le nanu


Phonétique, phonologie et traduction ou : Quand le signifiant devient signifié
  173

(pour tiens) n’a plus aucune parenté phonétique avec l’original, alors que les autres
interjections sont beaucoup plus proches du français. Ce petit exemple illustre bien
l’impossibilité de traduire une interjection utilisée « en puissance » : comment repro-
     

duire le phonétisme de l’interjection tout en maintenant un degré d’intégration et un


effet pragmatique similaires ?  

5 Les onomatopées et leur traduction


Selon Grevisse/Goosse (2011, 222, §200), « [l]es onomatopées sont des mots censés

reproduire des bruits », reproduction « approximative », comme en témoignent les


     

réalisations dans les différentes langues. « Ainsi le cri du canard […] est rendu en

français par couin couin1 (couan couan, cancan), […] en allemand par gack gack (gick
gack, pack pack, quack quack), en roumain par mac mac, en italien par qua qua, […]
en catalan par mech mech » (ibid.). Compte tenu de l’hétérogénéité des exemples cités

en guise d’illustration, il convient de souligner l’acception large privilégiée par


Grevisse/Goosse : en effet, alors que coin coin ou cocorico, imitant le cri des animaux

respectifs, représentent des onomatopées au sens strict, cancan n’imite plus mais
désigne le cri du canard, tout en reléguant le caractère onomatopéique à la genèse du
mot. Cette origine onomatopéique demeure cependant latente, ce qui peut être ex-
ploité à des fins littéraires : dans un tel cas, où le signifiant reprendrait le dessus sur le

signifié, le défi de traduction serait de taille.


Dans les onomatopées proprement dites, l’arbitraire du signe se voit certes
réduit : de par sa nature iconique, l’onomatopée ne peut postuler entièrement au

statut de signe linguistique dans la terminologie de Saussure (quel serait le signifié ?).  

Il s’agit bien plus d’une reproduction imitative d’un son extralinguistique ; (cf. Bier-  

bach 2007, 357). Une onomatopée peut cependant passer d’un statut iconique à un
statut symbolique si son interprétation acquiert un degré de stabilisation relativement
élevé (cf. ibid., 361). La traduction des onomatopées « établies » pose un moindre
   

problème que celle des onomatopées à forte valeur iconique, ces dernières nécessitant
une interprétation au cas par cas.
Cependant, « [l]es sons d’objet, qui imitent les bruits de la nature, ne sont pas des

données sensorielles qui se sonorisent spontanément ; on a affaire en fait à une


création linguistique qui imite la réalité en se soumettant aux règles de la langue


commune » (Sierra Soriano 1999, 585) ; il s’agit donc de « […] productions imitatives
     

[…] fortement conventionalisées et reconstituées à travers le filtre phonologique


propre à chaque langue » (Riegel/Pellat/Rioul 2009, 922). En d’autres termes : « les
     

1 La 15e édition du Bon Usage (Grevisse/Goosse 2011) maintient cette onomatopée quelque peu
originale aux dépens de coin-coin, largement plus répandue et plus « idiomatique » au sein du français
   

hexagonal (cf. par ex. larousse.fr sous coin-coin).


174 Sandra Lhafi

images vocales n’ont de signification que dans la mesure où on est initié. » (Sauva-  

geot, cité dans Sierra Soriano 1999, 585).


Quels en sont les enjeux pour le champ de la traduction ? La réponse sera  

différente selon le type de texte à traduire, selon la fonction langagière prédominante


au sein du texte à traduire, et selon le type d’onomatopée (iconique/imitative ou
symbolique). La traduction des onomatopées implique tout d’abord une (re)connais-
sance de leur statut au sein d’un système langagier donné, i. e. « […] il faut connaître
   

par suite de quelle convention telle séquence de son a tel ou tel sens plus ou moins
déterminé » (Sauvageot 1964, 180, cité dans Sierra Soriano 1999, 594). La reconnais-

sance du degré d’assimilation d’une onomatopée implique une maîtrise profonde des
langues source et cible (cf. Lombez 2003, 227) : l’on distinguera les « onomatopées
   

mimétiques » des « onomatopées symboliques », ces dernières jouant sur les associa-
     

tions sonores (cf. ibid., 229). Un autre aspect influençant la (non)traduction d’une
onomatopée est l’existence d’une onomatopée équivalente dans la langue cible.
L’intégration des onomatopées dans les langues concernées joue également un rôle
important. Ainsi, il serait peu judicieux de traduire une onomatopée extrêmement
courante dans la langue source par une onomatopée extrêmement originale dans la
langue cible. L’absence d’une onomatopée comparable dans les deux langues peut
justifier l’emprunt (cf. Ylä-Outinen 2009, 17–21).
En soi, une onomatopée n’est pas intraduisible. Les choses se compliquent
cependant lorsque les onomatopées sont à la fois originales et constitutives d’un texte
donné comme dans l’exemple suivant extrait des Exercices de Style de Raymond
Queneau (c’est nous qui soulignons) :  

« Sur la plate-forme, pla pla pla, d’un autobus, teuff teuff teuff, de la ligne S (pour qui sont ces

serpents qui sifflent sur), il était environ midi, ding din don, […] » (Queneau 2012a, 58).

« En la plataforma, plas, plas, plas, de un autobús, tuf, tuf, tuf, de la línea S (en el silencio sólo

se escuchaba un susurro de abejas que sonaba), […] a eso del medio ding-dong-ding día, […] »  

(Queneau, 2012b, 74).

« Es war um die Mittagszeit, bimbambum, bimbambum, auf der Plattform, pla pla pla,

eines Autobusses, töff töff töff, der Linie S (der sicher seine Serpentinen sucht) » (Queneau

2007, 39).

Nous avons alors affaire à une difficulté plurielle : d’une part, l’arbitraire du signe

étant réduit (cf. 2.2), le traducteur doit comprendre la relation évoquée entre un son
langagier et son pendant « naturel », mais aussi tenir compte du contexte phonolo-
   

gique qui « sursémantise » les signifiants en créant des connotations supplémentaires


   

par l’intermédiaire de la dimension phonétique (par ex. plate-forme vs pla pla pla ;  

S → ces serpents sifflent sur ; midi ding din don, …). La traduction espagnole (cf.

abejas !) souligne la difficulté majeure à maintenir une équivalence sur tous les plans

à la fois. La traduction allemande sacrifie les correspondances sonores au profit d’une


imitation du sens (cf. bim bam bum qui ne correspond plus aussi directement avec
Phonétique, phonologie et traduction ou : Quand le signifiant devient signifié
  175

Mittagszeit – seules les allitérations en [i] et [a] évoquent vaguement la correspon-


dance sonore de l’original).
Les exemples ci-dessus témoignent également de l’assimilation phonologique
qu’impliquent les onomatopées (cf. supra) : tuf tuf tuf est le fruit d’une assimilation au

système phonologique espagnol ; alors que l’onomatopée ding dong ding (au lieu de

din don) est à mettre sur le compte d’une influence étrangère, les syllabes choisies
n’étant pas conformes au système phonologique espagnol (cf. aussi à ce propos Sierra
Soriano 1999, 586).
Une autre difficulté survient lorsque les correspondances phonétiques créées par
l’agencement de plusieurs onomatopées évoquent d’autres signes linguistiques pour-
vus de signifiés – phénomène que l’on retrouve par exemple au sein des bandes
dessinées. Dans ces cas-là, la traduction dépasse la traduction de l’onomatopée et
bascule vers la transposition ou la recréation de l’effet comique :  

« Onomatopoeien werden häufig mit dem Hinweis unübersetzt gelassen, sie seien aufgrund ihres

lautnachahmenden Charakters ohnehin international verständlich […] und müssten daher nicht
übersetzt werden. […] [Jedoch] können [Onomatopoien] auch über ihre Geräuschfunktion hinaus
Informationen transportieren, die in entsprechenden Zusammenhängen als komisch empfunden
werden » (Kaindl 2008, 134).

‘ Il est fréquent que les onomatopées ne soient pas traduites au motif qu’elles seraient universel-

lement compréhensibles du fait de leur caractère imitatif de bruits naturels […] et que leur
traduction serait donc inutile. Il arrive [cependant] que [les onomatopées], par-delà leur fonction
d’imitation de bruits, véhiculent des informations perçues comme comiques dans les contextes
correspondants. ’  

L’exemple donné par l’auteur est le suivant : dans Astérix et Latraviata : « tchac !
       

tchic ! tchraac ! » (évoquant Jacques Chirac) a été traduit par « Josch Kahh » (évoquant
         

Joschka Fischer) (ibid., 134s.). Le traducteur a opté pour une reproduction de l’effet
comique, tout en acceptant la perte de l’équivalence de l’intégration des onomatopées
au sein des systèmes respectifs (Josch et Kahh n’étant point des onomatopées typiques
de l’allemand).

6 La synchronisation
La synchronisation est décrite par certains comme un exercice de « traduction totale »
   

(cf. Mounin 1967, 144).


6.1 Le mouvement des lèvres

Les dimensions phonétiques et phonologiques ne sont d’utilité qu’au sein de ce que


Fodor (1976) et ses successeurs (par ex. Herbst 1994, 38–50) appellent la « synchroni-  

sation qualitative ». En effet, selon les plans cinématographiques, l’articulation des



176 Sandra Lhafi

sons (cf. aussi Albrecht 2013, 96) posera des problèmes plus ou moins grands au
traducteur : ainsi, une articulation particulièrement marquée (par ex., sur scène, en

gros plan, avec maquillage fort de la bouche « féminine ») d’une voyelle extrêmement
   

ouverte ou fermée peut poser de sérieux problèmes quand les langues source et cible
présentent des structures phonologiques sensiblement divergentes, par exemple pour
un appart vs un piso vs eine Wohnung. Dans de tels cas, le traducteur devra choisir
entre authenticité et sémantisme.
Selon Herbst (1994, 40ss.), la synchronisation doit tenir compte des sons poten-
tiellement problématiques tout en considérant leur contexte d’emploi et leur réalisa-
tion concrète : en effet, une description « abstraite » des traits phonologiques ne
     

correspondrait pas à la réalité des textes (oraux ou écrits). Ainsi, une voyelle qualita-
tivement ouverte telle que le /a/ peut être soumise à une prononciation plus ou moins
marquée, selon différents critères qui entrent en ligne de compte : une phrase susur-

rée ou criée, associée à un débit lent ou rapide et à un allongement ou non des sons
concernés mènera à un résultat sensiblement différent. Il semble donc peu convain-
cant d’assigner des critères de difficultés systématiques à tel ou tel phonème ; bien au  

contraire, il s’agit de prendre en compte la dimension phonétique au niveau de la


parole, en analysant au cas par cas les allophones produits au sein du complexe
textuel, incluant toutes les autres dimensions linguistiques et paralinguistiques exi-
stantes. Selon Herbst (ibid., 41), seules les articulations « extrêmes » (i. e. particulière-
     

ment marquées), souvent renforcées par un allongement des sons produits posent
réellement problème dans le domaine de la synchronisation (cf. [apa : : : : : : :rt] vs              

[apart], [pi : : : : : : :so] vs. [piso]).


             

Au niveau consonantique, ce sont les bilabiales et les labiodentales qui sont


sources de problèmes potentiels (cf. Herbst 1994, 43). Là encore, les problèmes ne sont
ni absolus ni systématiques mais relatifs au marquage de l’articulation, à la position
de la caméra, etc. Herbst (ibid., 49) souligne, par ailleurs, qu’en matière de synchroni-
sation une équivalence approximative suffit souvent à masquer le processus de
traduction. En effet, la synchronisation qualitative semble permettre un certain jeu.
Les facteurs décisifs seront plutôt le degré d’ouverture de la bouche lors de la
prononciation des sons concernés ainsi que l’accentuation des syllabes au sein
desquelles ces derniers apparaissent. Un degré d’ouverture élevé associé à une posi-
tion en syllabe accentuée mène à un accroissement de la difficulté pour le traducteur
(ibid.).
À cette difficulté s’ajoute encore le problème de la synchronisation des gestes et
des paroles prononcées, qui est davantage un problème d’ordre culturel : en effet, une  

mimique et une gestuelle particulièrement austères paraîtront peu naturelles dans


une traduction vers l’italien par exemple – phénomène auquel fait allusion, entre
autres, Balázs (cité dans Fodor 1976, 15) :  

« The public to-day understands not only the meaning of the spoken word but also the sound-

gesture that goes whith it […] and can hear in it the parallel to gesture and facial expression. A
Phonétique, phonologie et traduction ou : Quand le signifiant devient signifié
  177

thus sophisticated public immediately feels the contradiction between […] French facial expres-
sion and an English voice subsequently dubbed on to it ». 

Une fois de plus, il n’existe pas de solution « passe-partout » ; bien au contraire, le


     

traducteur décidera au cas par cas du statut respectif des différentes dimensions.

6.2 Les associations entraînées par la dimension phonologique

Dans l’audiovisuel, un autre aspect pourra poser problème : la dimension phonétique,


qui peut toutefois servir de guide à l’interprétation. Comme le souligne Oittinen


(2008, 85),

« [a] sound […] may contradict with the verbal and visual information or corroborate the story.

For example, if a giant speaks in a loud booming voice, s/he is believable and creates a
frightening atmosphere ; if the same giant speaks in a high-pitched or squeaking voice, s/he

becomes comical and less frightening ».  

L’interaction des aspects visuels et phonétiques peut produire des effets divergents
(cf. comique, ironie, …) ou convergents (confirmation des attentes du spectateur),
dont il faudra tenir compte en traduction.

6.3 Les accents : traduction vs non-traduction


La décision de traduire ou non un accent donné dépendra de la fonction de celui-ci au


sein du texte source (cf. Zimmer 1981, 24) et de la longueur du passage concerné (cf.
ibid., 21) : si, au sein d’un texte, l’accent est utilisé systématiquement pour caractéri-

ser des personnages ou s’il est lui-même thématisé en tant que tel, il ne s’agit plus
d’un détail négligeable dont la non-prise en compte entraînerait une légère modifica-
tion de l’« ambiance » mais d’une réelle difficulté, étant donné que le trait phonétique
   

est sémantisé et que sa non-traduction entraîne une perte d’une partie essentielle du
texte source, alors qu’une mauvaise traduction va de pair avec une déformation du
contenu originel (cf. par ex. Reinart 2004, 100, qui parle de la « Relevanz der Merk-

male », i. e. de l’importance des traits concernés).


   

Dans l’audiovisuel, un problème supplémentaire vient s’adjoindre aux aspects


évoqués ci-dessus : le timbre de la voix est souvent intimement lié aux personnages et

à leur caractérisation. Le choix d’un timbre inadéquat dans la traduction peut contri-
buer à un affaiblissement supplémentaire de l’œuvre traduite, voire à sa déformation
(cf. Reinart 2004, 100). S’ajoute à cela l’aspect culturel, en ce sens que les associations
liées à un timbre donné seront différentes d’une culture à l’autre.
Il est important de souligner que, comme pour toute traduction, il n’est guère
possible de remplir toutes les exigences phonétiques et phonologiques tout en repro-
178 Sandra Lhafi

duisant de façon aussi fidèle les autres aspects (linguistiques et paralinguistiques tels
que les mimiques et les gestes). Encore une fois, il s’agira de hiérarchiser les différents
niveaux d’invariance.
Comme pour toute traduction, une équivalence totale qui équivaudrait à une
invariance totale de toutes les dimensions concernées, n’est guère réalisable. Il
conviendra donc de mesurer l’importance des traits phonétiques et phonologiques
par rapport aux autres aspects présents.

7 Les jeux de mots – paronomases / paronymies


« La paronymie peut être définie comme une homonymie incomplète entre deux mots qui ne se

distinguent que par une partie minime de leur signifiant : collusion/collision, conjoncture/conjec-

ture […]. Elle est à l’origine de confusions, de lapsus, mais aussi de jeux de mots : Qui se ressemble

s’assemble – À mesure que le temps s’enfuit, le souvenir s’enfouit » (Riegel/Pellat/Rioul 2009, 925).

La paronymie, qui à travers des parentés phonétiques insinue des parentés séman-
tiques, fait partie des jeux de mots particulièrement intéressants en matière de traduc-
tion. La traduction des jeux de mots est délicate car ces derniers reposent sur une
manipulation des signifiants, eux-mêmes porteurs de signifiés (cf. Koller 2011, 261).
Comme le souligne Mejri (2010, 35ss.), dans de tels cas, le traducteur n’a pas d’autre
choix que la transposition, qui sera plus ou moins libre selon les langues confron-
tées : 

« […] – C’est pas votre sœur ? – C’est son nom Sasseur, Marlène Sasseur. – J’pouvais pas savoir
   

moi, elle me dit : ‹ C’est Marlène, sa sœur. ›» vs « […] – ¿ Y no es su hermana ? – No, se llama
           

Sermana, Marlène Sermana. – Ouh, y ¿cómo quería que lo supiera ? Me ha dicho ‹ soy Marlène su
   

hermana ›, ¡ es muy fácil confundirse ! » (cf. Mogorrón Huerta 2010, 82s.).


       

Dans cet exemple, la version espagnole diffère de l’original, en ce sens que l’homony-
mie n’est plus entièrement donnée mais ne s’obtient que par le biais de l’imagination
d’une prononciation particulièrement « relâchée » de Su hermana ([sermana]).
   

Selon le type de jeu de mots, le traducteur devra opter pour telle ou telle stratégie :  

ainsi, la transformation de « Plus on est de fous, plus on rit » en « Plus on a des poux,
     

plus on cuit » (cf. Mejri 2010, 33) est difficilement traduisible vers l’espagnol si l’on

essaie de maintenir le jeu au niveau des signifiants et des signifiés qui provoquent
l’effet comique (comp. la traduction littérale « Cuantos más locos haya, más se reirá »
   

vs « Cuantos más piojos se tenga, más se cocerá » où la paronomase disparaît ;


     

« cuanto más, mejor » – l’équivalent idiomatique reproduisant le signifié du proverbe


   

originel – ne permet pas de déformation maintenant l’écho du texte-source. Le


traducteur n’a que la possibilité de recréer un jeu de mots (par ex. « cuanto más,  

peor », qui produirait un effet comique sans se fixer sur le signifié, ‘poux’).

Un cas extrême est illustré par les jeux de mots autonomisant de telle sorte les
signifiants que le jeu de mots ne passe plus que par les signifiants et a pour consé-
Phonétique, phonologie et traduction ou : Quand le signifiant devient signifié
  179

quence la création de nouveaux signifiants, inexistants dans la langue concernée et


donc sans signifiés préétablis (cf. Mejri 2010, 33 : « […] c’est la manipulation du
   

signifiant qui substitue à l’arbitraire du signe linguistique un autre arbitraire, celui


qui est créé à partir de ce qu’on pourrait considérer comme le degré zéro de l’écriture,
une nouvelle considération qui sollicite l’interprétant pour qu’il découvre la logique
de l’auteur »). Mejri (ibid.) cite à ce propos R. Queneau et l’exercice « Contrepèterie »,
       

dont nous ne reprendrons que les premiers mots, en y ajoutant les traductions
allemande et espagnole dont nous disposons :  

« Un mour vers jidi, […] » (Queneau 2012a, 141).


   

« Una mañano de verana, […] » (Queneau 2012b, 146).


   

« Eines Mages tegen Gittag […] » (Queneau 2007, 134).


   

Aucune des deux traductions n’a reproduit le jeu de mots de l’original (cf. Étienne,
cité dans Zimmer 1981, 44 : « Une contrepèterie est une phrase d’apparence anodine
     

qu’un lapsus convenablement choisi peut rendre agréablement déplacée ») : la tra-    

duction espagnole reporte le jeu de mots sur les voyelles créant une dissonance
grammaticale inexistante dans le texte source (comp. « Una vañana de merano »).
   

Dans le texte allemand, la préposition gegen a subi également une modification, ce


qui n’est pas conforme au principe de l’original, dans lequel les prépositions, les
articles, etc. restent « intactes » (comp. « Eines Mages gegen Tittag »).
       

Soulignons encore une fois avec Koller (2011, 265s.) que le jeu de mots sera
d’autant plus difficile à traduire qu’il occupera une fonction importante au sein du
type de texte concerné (par ex. dans un texte littéraire mais aussi dans le domaine de
la publicité).

8 Conclusion
Ainsi, la linguistique permet de décrire plus amplement les problèmes de traduction
causés par les dimensions phonétiques et phonologiques et à argumenter en faveur
d’une traduction ou d’une autre. Cependant, la plus grande difficulté à laquelle se
heurtera le traducteur sera la mise en présence de différentes valeurs dont il convien-
dra de juger l’importance respective, tel que le souligne par exemple Koller (2011,
269). La hiérarchisation des aspects à traduire aura l’avantage de permettre une
justification solide des choix opérés par le traducteur. Qu’il s’agisse de jeux de mots,
de rimes, d’onomatopées ou autres, il n’existera pas de traduction « parfaite » en ce   

sens que tout choix ira de pair avec le privilège d’un ou plusieurs aspects au détriment
d’un autre. L’équivalence parfaite est d’autant plus irréalisable qu’elle ne concerne
pas un élément isolé mais un élément parmi d’autres au sein d’un texte à la constitu-
tion duquel chaque élément participe. Il reste à souhaiter – dans le sillage de Albrecht
(2013, 88) – que se multiplient les études contrastives détaillées pour permettre, par le
biais de la confrontation des procédés de traduction choisis dans les différents cas
180 Sandra Lhafi

esquissés ci-dessus, d’affiner la description tout en fournissant de précieux outils


pour la pratique de la traduction, car :  

« Aucune théorie n’a jamais rien gagné à nier les faits qui la gênent, au contraire. Si une théorie

de la traduction doit s’avérer possible, ce ne sera qu’en comprenant, qu’en analysant, et si


possible en intégrant ces faits qui semblent lui barrer la route […] » (Mounin 1963, 272s.).

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Melanie Scheid
9 La prosodie : un facteur négligé en

linguistique comme en traductologie

Abstract : La présente contribution a pour objet de présenter la situation actuelle de


   

la recherche en prosodie, en l’examinant du point de vue linguistique d’une part,


traductologique de l’autre. Cette situation étant loin d’être satisfaisante, l’accent
sera mis sur les principaux desiderata que présente encore la recherche dans ce
domaine. La classification des paramètres prosodiques du français, de l’italien et de
l’allemand mettra d’abord en lumière le foisonnement terminologique qui y règne.
Une attention particulière sera ensuite accordée à la notion d’ambiguïté, qui sera
discutée sous un angle nouveau dans la deuxième partie. Dans la troisième partie,
on donnera, sur la base des recherches linguistiques menées en prosodie, un aperçu
des problèmes que celle-ci pose à la traduction, que ce soit dans la phase de
décodage (compréhension) ou dans celle de l’encodage (reformulation). On regrette-
ra pour finir que la prosodie soit si peu prise en compte dans la recherche en
traductologie malgré le rôle crucial qu’elle joue dans l’opération de traduction, orale
comme écrite.

Keywords : Prosodie, paramètres prosodiques, ambiguïté et graphie, prosodie et tra-


   

ductologie

0 Introduction
L’étude de la prosodie a longtemps été négligée, tant dans l’espace roman que
dans les espaces germanique et anglo-saxon ; elle n’a commencé à véritablement

prendre son essor qu’à la fin des années 80 voire 90 lorsqu’apparurent de nouvel-
les techniques d’enregistrement et d’analyse. Aujourd’hui encore la prosodie n’est
pas considérée comme une discipline à part entière mais plutôt comme une bran-
che de la phonétique/phonologie. C’est principalement dans les instituts de phoné-
tique, où en sont réunies les conditions matérielles et techniques, qu’a lieu la
recherche sur les phénomènes d’ordre prosodique. Élément-clé de la recherche en
L2 (acquisition d’une langue étrangère), située à l’interface de la syntaxe, de la
sémantique et de la structure informationnelle, paramètre incontournable de la
psycholinguistique ainsi que de la linguistique cognitive ou informatique, la pro-
sodie se voit aujourd’hui reconnue une importance bien plus considérable qu’il y a
seulement 20 ans. De nombreuses approches nouvelles, de multiples conférences et
workshops témoignent de sa montée en puissance, du moins dans le domaine de la
La prosodie : un facteur négligé en linguistique comme en traductologie
  185

linguistique.1 L’examen des faits prosodiques demeure néanmoins problématique :  

outre qu’ils relèvent d’une interdisciplinarité complexe, les insuffisances persistantes


des procédés d’enregistrement et d’analyse conduisent (entre autres) aux difficultés
terminologiques bien connues, qui font elles-mêmes obstacle à la scientificité des
débats. Il ne sera pas possible, dans cette contribution, de démêler l’écheveau
complexe de la recherche en prosodie. Mais le but serait atteint si la contribution
pouvait apporter quelques lumières sur le sujet en donnant un bref aperçu de la
recherche passée et en faisant état des problèmes et des difficultés qui demeurent.
On commencera par définir la prosodie telle qu’elle est comprise aujourd’hui, en
précisant les fonctions qu’elle exerce et les caractéristiques qui lui sont attribuées.
Pour ce faire, il sera nécessaire d’évoquer ses liens avec les disciplines voisines
relevant de la linguistique. À ce jour et malgré l’existence d’un certain nombre de
points communs entre les langues, la recherche en prosodie ne permet pas de
conclure à l’existence d’une « prosodie universelle ». On prendra donc plus particu-
   

lièrement en compte les caractéristiques et particularités du français et de l’italien


ainsi que, par contraste avec ces deux langues romanes, celles de l’allemand. Ce
faisant, on accordera une attention particulière aux aspects dont le traitement est
incontournable au regard des disciplines voisines. On évoquera également la notion
d’ambiguïté, d’usage courant dans la recherche, mais néanmoins problématique. La
première partie de cette contribution servira à la fois d’introduction générale à la
recherche en prosodie et d’état des lieux de la recherche actuelle ; elle constituera en

outre la base indispensable à la discussion, dans la deuxième partie, de la question


de l’ambiguïté comme de celle, dans la troisième partie, de savoir dans quelle
mesure la prosodie est un facteur négligé par la recherche en traductologie. Pour une
bonne compréhension, les exemples seront tirés des trois langues ici examinées et
présentés de façon contrastive. Plutôt qu’un véritable bilan, la conclusion ouvrira
quelques perspectives tout en faisant quelques suggestions pour de nouvelles recher-
ches.

1 Qu’est-ce que la prosodie ?  

Malgré les progrès accomplis ces dernières années, il n’est guère possible de donner
ici une réponse claire et simple à cette question. La diversité terminologique (prosodie
vs. faits suprasegmentaux vs. intonation au sens large ou étroit), la circularité des
définitions, la difficulté à hiérarchiser les caractéristiques prosodiques ainsi que le

1 Les sites web des instituts de phonétique (p.ex. Laboratoire de Linguistique Formelle UMR 7110 CNRS
et Université Paris-Diderot, Phonetik Köln de l’Université de Cologne, Institut für Maschinelle Sprachver-
arbeitung à Stuttgart, Institute of Cognitive Sciences and Technologies à Padoue, le Max Planck Institute
for Psycholinguistics à Nijgemen, etc.) sont à cet égard révélateurs.
186 Melanie Scheid

caractère universel de l’intonation en tant que telle (toutes les langues sont concer-
nées), mais particulier des intonations concrètes (chaque langue a la/les sienne[s])
font obstacle à l’élaboration d’une définition à valeur universelle. (cf. Peters 2014, 4 ;  

Scheid 2008, 34–39 ; Günther 1999, 2). On s’abstiendra ici de se livrer à une discussion

terminologique pour se focaliser sur la définition, les caractéristiques et les fonctions


de la prosodie dans ce qu’elles ont de pertinent pour la présente contribution.2

1.1 Les fondements théoriques actuels

Depuis le début des recherches en la matière, la prosodie s’est vue attribuer de


nombreuses caractéristiques ou particularités. Aujourd’hui, on range généralement
sous la notion de prosodie héritée des Grecs (cf. προσοδία ‘le chant qui accompagne’)
tous les traits [sonores] d’une langue qui dépassent le niveau du phonème ou du son
(cf. Selting 1995, 1 ; Rabanus 2001, 5 ; Bergmann 2013, 77). Il n’est cependant pas
   

possible d’en donner une définition valable pour toutes les langues. L’une des plus
larges est celle que propose Bußmann (42008, s.v. Prosodie) :  

« Prosodie. Ensemble des traits phoniques d’une langue tels que → l’Accentuation, → l’Intona-
   

tion, → la Quantité, → la Pause. La p. concerne généralement des unités supérieures au → Pho-


     

nème. On y range également l’étude du → Débit et du → Rythme de la parole »3 (trad. légèrement


modifiée par R.M.).

L’hétérogénéité des pratiques terminologiques a conduit de nombreux auteurs à


opérer des regroupements selon le point de vue adopté (cf. Selting 1995 ; Rabanus  

2001 ; Ahrens 2004) : les termes de durée, intensité et fréquence fondamentale relèvent
   

ainsi de la phonétique acoustique ; les corrélats du point de vue auditif-perceptif en


sont la longueur, le volume sonore et la hauteur, eux-mêmes marqués par les traits
prosodiques que sont l’accent, le rythme, la pause (joncture), l’intonation et la quantité
(cf. Institut für Deutsche Sprache ; Rabanus 2001, 6).4

2 La question terminologique est discutée en détail dans Scheid (2008) ; pour d’autres références

bibliographiques, voir Avanzi (2011, 19).


3 Outre les traits purement linguistiques, on range aussi dans le domaine de la prosodie des phéno-
mènes para- ou extralinguistiques qui renseignent sur les émotions du locuteur ou ses données
personnelles telles que l’âge ou le sexe. Ces éléments ne seront ici pris en compte que dans la mesure
où ils jouent un rôle sémantique important.
4 Cf. le site web de l’Institut für Deutsche Sprache à Mannheim (http://www1.ids-mannheim.de)
(29.01.2015).
La prosodie : un facteur négligé en linguistique comme en traductologie
  187

Tab. 1 : Aperçu des caractéristiques prosodiques


Paramètres acoustiques Durée (s) Intensité (dB) Fréquence fondamen-


tale (Hz)
Corrélats auditifs-perceptifs Longueur Volume Hauteur
Traits prosodiques Rythme Accent Intonation
Quantité
Pause (Joncture)

Contrairement à ce que suggère ce tableau, des traits tels que l’accent ou l’intonation
ne coïncident pas exactement avec tel ou tel paramètre physique ou corrélat auditif.
L’intonation n’est pas réalisée par la seule modulation de hauteur. Accentuation et
pause jouent un rôle décisif dans la formation des groupes intonatoires. L’accentua-
tion est, quant à elle, produite selon les langues par un allongement de la voyelle
(accent de longueur), une augmentation de l’intensité (accent tonique ou d’intensité)
ou une modulation particulière de la hauteur (Rabanus 2001 ; Pustka 2011, 130–144 ;
   

Bergmann 2013, 78–82).


Dans la mesure où l’on veut analyser leurs fonctions aux plans grammatical,
sémantique, pragmatique etc., les traits prosodiques ne peuvent être étudiés en les
séparant strictement les uns des autres. Même les jonctures (pauses dans la suite
sonore) ne peuvent être correctement interprétées sans tenir compte de l’intonation.
Le sens de certaines unités intonatoires peut à son tour varier selon l’accentuation de
certaines syllabes. Selon Bergmann (2013, 81), l’accentuation est en effet « une fonc-    

tion abstraite qui demande à être réalisée au plan phonique ». La question de savoir si

cette réalisation phonique débouche sur une mise en relief susceptible d’influer sur le
sémantisme, la structure informationnelle ou la syntaxe de la proposition dépend
pour partie de l’ensemble des moyens dont une langue dispose pour marquer la mise
en relief (cf. Bergmann 2013, 82). À cela s’ajoute que la question n’est toujours pas
tranchée de savoir si l’un des trois niveaux linguistiques, prosodie, syntaxe et structure
informationnelle détermine les deux autres – et lequel – ou si l’on a affaire à un
système complexe d’interactions dans lequel une modification à un niveau donné
entraîne automatiquement des modifications dans les deux autres. Pour ce qui est des
rapports entre syntaxe et intonation, trois approches ont été distinguées, selon que
« […] intonation is associated to the syntactic structure in a (i) strict, (ii) independent,

or (iii) conditional way » (Rossi 2000, 21).


La première approche, qui postule l’homomorphisme des deux niveaux, n’a plus
de partisans aujourd’hui. La seconde pose en principe que les prosodèmes (ou
morphèmes prosodiques) ont une valeur exclusivement pragmatique. La troisième,
pour laquelle plaide Rossi, défend l’idée d’une interaction des différents facteurs
(d’ordre par ex. pragmatique, syntaxique ou phonotaxique) (cf. Rossi 2000, 21ss.).
Quoi qu’il en soit de ces approches, une chose est certaine : la prosodie a jusqu’ici

toujours été considérée comme un domaine périphérique, comme un « module sup-  


188 Melanie Scheid

plémentaire » s’ajoutant aux modules morphosyntaxiques – et par ailleurs comme


une sous-discipline de la phonétique/phonologie (cf. Albrecht/Scheid 2013, 188).


Nonobstant la complexité des interactions et l’impossibilité de dissocier stricte-
ment les choses, on distinguera ici trois traits pour en donner un aperçu en tenant
compte de leurs corrélations avec d’autres traits ainsi que de leurs fonctions, le tout
étant illustré par des exemples tirés du français, de l’italien et de l’allemand.

1.1.1 L’accent

L’accent (cf. latin ad-cantus), au sens phonétique du mot, sert à la mise en relief
sonore ou accentuation d’une unité langagière, notamment de la syllabe, par rapport
à une autre. Il est donc toujours relatif à son entourage et sa réalisation phonique
varie d’une langue à l’autre.5
Les travaux sur l’accent présentent deux caractéristiques essentielles. La première
est de postuler une classification des accents selon des critères de portée d’une part
(accent de mot, de groupe, de phrase etc.), fonctionnels de l’autre (accents phonologi-
ques, d’insistance ou d’intensité). La seconde est de distinguer les accents selon leur
mode de réalisation phonique, par exemple le pitch accent ou accent tonal, obtenu
par modulation de la hauteur, ou le stress accent ou accent tonique, qui résulte d’une
combinaison des trois paramètres prosodiques que sont la longueur, l’intensité et la
hauteur. Aucune délimitation précise selon l’accent et la langue n’a été entreprise à ce
jour. En français, on postule que les accents sont obtenus par la combinaison d’une
modulation de hauteur avec un allongement de la syllabe ou de la voyelle. La
romaniste Pustka (2011, 131) part du principe qu’en allemand, c’est l’intensité qui
« joue un rôle considérable », alors que des chercheurs en germanistique considèrent
   

que dans cette langue aussi, il existe de purs accents de hauteur ainsi que des accents
plus complexes issus d’une combinaison de la modulation de hauteur avec l’allonge-
ment vocalique et l’augmentation de l’intensité (cf. Peters 2014, 6).
La pluralité des accents et les possibles corrélations entre quantité, intensité et
hauteur dans les langues ici prises en compte montrent à elles seules que les diverses
conceptions de l’accent ne peuvent s’appliquer universellement à l’ensemble des
langues (cf. Bergmann 2013, 82). Il existe néanmoins une base commune pour l’étude
de l’accentuation : c’est la syllabe. Elle est considérée comme le domaine de prédilec-

tion de la prosodie et son existence dans les langues ici examinées ne sera pas
discutée. C’est à partir de la syllabe (accentuée) et des syllabes attenantes que les
changements prosodiques liés à l’entourage (qui sont exactement ce que l’on appelle

5 L’accentuation des langues à tons, comme le mandarin ou celle de langues à accent mélodique,
comme le lituanien ou le croate, voire certaines variétés d’allemand, ne sont pas prises en compte ici,
la contribution se limitant exclusivement aux versions standard du français, de l’allemand et de
l’italien.
La prosodie : un facteur négligé en linguistique comme en traductologie
  189

l’accentuation) peuvent être le plus aisément détectés. Sur ce point non plus, les
éléments constitutifs de la complexité prosodique n’ont, à ce jour, pas été clairement
identifiés et catégorisés. La forme prosodique d’une syllabe et des syllabes attenantes
(cf. supra) – ainsi que de leur structure syllabique – peut varier selon la langue à
laquelle elle appartient, selon sa topologie, sa portée et sa fonction. D’un point de vue
contrastif, on observe principalement les particularités suivantes : la structure sylla-

bique des syllabes accentuées passe pour plus complexe et plus longue en allemand
qu’elle ne l’est en italien pour les syllabes de quelque type que ce soit, celles-ci étant
généralement de longueur égale. À cela s’ajoute qu’il n’y a pas, en italien, de réduc-
tion vocalique, toutes les syllabes étant pourvues de voyelles pleines, alors que
l’amuïssement (passage de la voyelle au schwa) des syllabes non accentuées est
caractéristique de l’allemand (Moroni 2013, 84). En français, dans un énoncé neutre,
l’accent tombe sur la dernière syllabe dotée d’une voyelle pleine, syllabe qui se trouve
alors nettement allongée par rapport aux autres. Cet accent final sert principalement à
marquer la fin des syntagmes, il s’agit donc d’un accent démarcatif (Pustka 2011,
130–134).6
Tandis qu’en français l’accent ne sert donc pratiquement qu’à la démarcation et
n’est que rarement le signe d’une mise en valeur sémantique, l’allemand et l’italien
présentent une particularité jusqu’ici négligée par la traductologie bien qu’elle puisse
être source de notables difficultés de traduction : la focalisation par l’accentuation. À

côté des accents topologiques fixes, il existe dans ces deux langues la possibilité de
placer des accents à des fins de marquage prosodique et de modification sémantique.
Pour l’italien, cela vaut principalement au niveau lexical, en ce sens que l’on n’a pas
affaire au même morphème selon la place de l’accent, ce qui fait que ce dernier y
assume une fonction à la fois lexicale et grammaticale (cf. Sorianello 2006, 21, qui ne
parle cependant que de fonction grammaticale).

GRAvita vs. graviTÀ7

1ère pers. sing. prés. ind. de gravitare vs. ‘gravité’

PERdono vs. perDOno vs. perdoNÓ8

3ème pers. plur. prés. ind. de perdere (perdre) vs. ‘[le] pardon’ vs. 3e pers. Sing. passato remoto
(passé simple) de perdonare (pardonner)

6 À titre anecdotique, on peut citer le cas de la journaliste de France 2 Martine Laroche-Joubert, dont
les allongements de syllabe/voyelle sous accent de fin de syntagme ou de phrase sont presque
caricaturaux.
7 La syllabe accentuée est écrite en majuscules.
8 Ex. cf. Sorianello (2006, 21).
190 Melanie Scheid

En allemand, l’accentuation sert entre autres à distinguer le focus de l’arrière-plan.


L’accent focal, comme on l’appelle, peut ainsi produire un effet contrastif ou marquer
une rectification :  

(Marie hat eine Katze.) [(Marie a un chat.)


Nein, Marie hat ein KaNINchen. Non, Marie a un lapin.9]

La lecture intérieure ou à voix haute de cet exemple montre que l’accent n’est pas le
seul responsable de la focalisation. À l’accent de mot qui frappe la syllabe -nin-
s’ajoute, de même qu’aux syllabes environnantes, une modulation de hauteur diffé-
rente de celle qui accompagne la réalisation d’une proposition neutre. Ce que le native
speaker appréhende de manière intuitive, pose problème à l’apprenant de langue
étrangère, notamment lorsque les variantes accentuée et non accentuée de la phrase
sont structurellement identiques, comme dans l’exemple suivant :  

Marie hat nur EIN Kaninchen. vs. Marie hat nur ein KaNINchen.
Marie n’a qu’UN lapin / qu’un SEUL lapin. vs. Marie n’a qu’un lapin.
(et non pas plusieurs) (et pas d’autres animaux domestiques)

Le point crucial est ici que des différences d’accentuation ou d’intonation vont de pair
(cf. infra) avec des différences de sens ou de lecture. Nous verrons dans la deuxième
partie de cette contribution dans quelle mesure ce phénomène pose, tant à la traduc-
tion et à l’interprétation qu’à la recherche en linguistique, des problèmes qui ne sont
pas toujours identifiés comme de nature prosodique.
Le tableau suivant donne un aperçu de la diversité des accentuations possibles et
de leurs réalisations, même s’il ne peut en aucun cas prétendre à l’exhaustivité :  

Tab. 2 : Les différents accents du français, de l’italien et de l’allemand


Français Italien Allemand


Critères de portée Accent de groupe Accent contrastif Accent de mot
Critères fonctionnels Accent de phrase Accento lessicale Accent de phrase
Accent contrastif/
Accent focal
Accent emphatique
Position Fixe (oxyton) Fixe ou libre Fixe (niveau du mot)
Peut ‘remonter’ Libre (niveau du
dans de rares cas syntagme)

9 Notons que dans ce cas la première syllabe de « lapin » reçoit une accentuation au moins égale sinon
   

plus forte que la seconde et le mot est produit avec une intonation particulière, difficile à décrire
intuitivement mais en tout cas différente de celle