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Industrie 4.

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L’usine connectée
Le Gimélec fédère 200 entreprises qui fournissent des solutions électriques et d’automatismes sur les
marchés de l’énergie, du bâtiment, de l’industrie et des infrastructures.

Les entreprises du Gimélec emploient 70 000 personnes en France où elles génèrent un chiffre d’affaires
de 12,7 milliards d’euros à partir de la France, dont plus de 58 % à l’export.

Tirant profit de la convergence des technologies électriques et numériques, les entreprises du Gimélec
proposent des solutions de gestion intelligente et connectée des énergies et de leurs usages dans tous
les secteurs de l’économie – industries, bâtiments, infrastructures, transports – dans une dynamique
d’innovation et de progrès partagé par tous :
• une gestion active des bâtiments neufs et existants,
• des réseaux sécurisés et intelligents (smart grid) facilitant la maîtrise de la production et de la demande
d’énergie ainsi que la diffusion de nouveaux usages,
• un pilotage sécurisé, connecté et énergétiquement efficace des procédés de fabrication industriels,
• l’intégration dans le système électrique de nouvelles sources d’énergie décarbonée et de moyens de
stockage décentralisés,
• le déploiement du véhicule électrique, etc.

C’est ainsi qu’elles contribuent à la transition énergétique et se positionnent au cœur des enjeux
énergétiques, économiques et écologiques en France et à travers le Monde.
Edito rial
Industrie 4.0
L'usine connectée

L’ensemble du secteur industriel est entré dans une phase de profonde mutation
qui voit les technologies numériques s’intégrer au cœur des processus industriels.
Cette quatrième révolution industrielle donne naissance à une nouvelle génération
d’usine. Qu’on l’appelle « Cyber-usine », « Usine digitale », « Integrated Industry »,
« Innovative Factory » ou « Industrie 4.0 », cette rupture technologique majeure
offre un extraordinaire champ d’innovation, de progrès et de croissance. Caracté-
risée par la fusion du monde virtuel de l’internet délocalisé et du monde réel des
installations industrielles, l’industrie 4.0 devient la référence incontournable pour
la production industrielle.

Le Gimélec, à travers ses adhérents, s’engage auprès de l’ensemble du sec-


teur industriel français pour accompagner ce formidable mouvement d’innovation.
Cette période de transition vers ce nouveau modèle industriel est cruciale pour
relancer la dynamique économique. C’est dans ce but que nous avons créé ce do-
cument dans lequel vous trouverez de nombreuses explications sur les concepts
liés à l’Industrie 4.0, sur les opportunités de marché qui en découlent, ainsi que de
nombreux témoignages d’experts et de personnalités du secteur.

Bonne lecture

Frédéric Abbal
Président du Gimélec

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #1


Sommaire

Une fantastique 4# Industrie 4.0 : Allons-y... rapidement


opportunité Interview de Vincent Jauneau, Président du Comité de Marché Industrie au Gimelec.

6# Smart-Industries, la renaissance de l'Europe


Par Antonio Tajani, Vice-Président de la commission européenne, en charge de
l'industrie.

Le concept 9# L'usine numérique : introduction

10# Révolutions industrielles 3+1

12# Une évolution technologique, une révolution productive

18# Quand les technologies accompagnent l'homme


Par Julien Roitman, Président des Ingénieurs et Scientifiques de France.

Les technologies  20# Capteurs : les sentinelles


concernées
22# Un contrôle/commande communiquant
Automate : le garant discipliné de la production 4.0
Réseaux et protocoles dans les ateliers : la base de l’édifice

28# Commande numérique et Robots prêts pour l’Industrie 4.0


La commande numérique a un pied dans l’Industrie 4.0
La télémaintenance : premiers pas des robots dans l'Industrie 4.0

31# Logiciels : la bibliothèque de l'usine numérique


Vers la convergence des logiciels
La supervision dans le sens de l’histoire de l'Industrie 4.0
La smart-industrie génère des opportunités inenvisageables il y a peu
Interview d'Andrew Wertkin, CTO de PTC

37# Les nouveaux outils de l’entreprise étendue :


Cloud Computing, Big Data, réseaux sociaux et impression 3D

40# L’Internet des objets : le web 3.0 au service de l'Industrie 4.0

42# La logistique : un poste clef

2#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Les conséquences 44# La cybersécurité et l'usine numérique
Pas d’industrie 4.0 sans sécurité informatique

47# L’enjeu énergétique : sécuriser les approvisionnements


et en abaisser le coût

49# Nous entrons dans une nouvelle révolution industrielle


Par Jeremy Rifkin, économiste, prospectiviste et essayiste américain.

51# Les industriels doivent se rapprocher des établissements


d'enseignement supérieur pour exprimer leurs besoins
Interview de Philippe Véron, Professeur des Universités à Arts et Métiers ParisTech
et chercheur au sein du LSIS.

53# Le client n’achète pas des produits mais un service


Interview de Jean-Pierre Dal Pont, auteur du « Génie des procédés et l’entreprise ».

55# Passons à l’Innovation Humaniste


Par Navi Radjou, Co-auteur de l’innovation Jugaad.

La vision des autres pays 57# Allemagne : les huit recommandations de la plateforme
Industrie 4.0

60# Les États-Unis se préparent à la « smart » industrie

Les avantages et 61# Les bénéfices de l'Industrie 4.0 à portée de main


les bénéfices

Le rôle de l'Etat 63# Le numérique, enjeu majeur pour la compétitivité


Par Pascal Faure, Directeur Général de la Compétitivité, de l’Industrie et des Ser-
vices (DGCIS).

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #3


Une fantastique opportunité

Industrie 4.0 :
Allons-y… rapidement
Interview de Vincent Jauneau, Président du Comité de Marché Industrie du Gimelec.

Smart-Industries : Avant de parler de données générés sur l’ensemble du faire collaborer des équipes qui jusqu’ici
la quatrième révolution, faites-nous cycle de vie des produits. travaillaient chacune de leur côté, les in-
un rapide rappel des précédentes ? formaticiens, les automaticiens, la pro-
Industrie 4.0 répond à cette demande, duction, les installateurs… il faudra une
Vincent Jauneau  : La première c’est la c’est le challenge. Ce challenge, nous collaboration forte.
production mécanique avec la vapeur, devons le relever en France et en
l’hydraulique. La deuxième c’est la Europe. Ces solutions concernent l’ensemble
production de masse avec l’arrivée de des intervenants dans la chaîne indus-
l’électricité. La troisième c’est la pro- Smart-Industries  : Dans leur rapport, trielle. L’industriel demandera à ses
duction automatisée avec les automates les Allemands parlent de CPS (Cyber OEM’s d’avoir des machines compatibles
et les robots. Et maintenant c’est la qua- Physical Systems), des ilots qui vont avec CPS et Industrie 4.0 pour pouvoir
trième révolution. communiquer, qui seront aptes à dé- les intégrer sur sa chaine de fabrication.
cider localement. C’est pour quelle Il demandera également aux installa-
Smart-Industries  : Elle est de même échéance ? teurs de maîtriser ces technologies.
ampleur  ? C’est une Révolution ou
une Evolution ? Vincent Jauneau  : C’est un concept qui En Allemagne, le gouvernement a mis
fonctionne déjà, et évoluera dans le en place un groupe de travail concer-
Vincent Jauneau : C’est une véritable révo- temps. CPS comprend les systèmes nant Industrie 4.0 qui doit tracer l’avenir
lution, nous sommes dans une approche mécatroniques, les systèmes de stoc- de cette technologie, sa mise en œuvre,
où la manière de travailler va fondamen- kage et les outils de production qui ont les nouvelles normes et l’exploitation de
talement changer. été développés sous forme numérique l’ensemble des avantages pour rendre
et intégrés dans la chaîne de valeur du l’industrie allemande encore plus com-
En revanche cela ne remet pas en cause client. A savoir la réception des matières pétitive.
les investissements des industriels. Les premières, la production, le marketing et
parties CAO, ERP, PLM… mais aussi au- la logistique. Globalement, tous les com- Smart-Industries : Faut-il prévoir une
tomatismes, drives, robotique… restent posants cités participent à l’intégration conduite sociale de ces change-
en place. de CPS. ments. Et quid de la formation ?

Mais nous allons vers une convergence, Mais soyons clair, ce n’est pas l’ilot Vincent Jauneau : Il existe des BTS auto-
une fusion, entre le monde virtuel et le qui décidera. L’homme reste essentiel matismes, avec pour certains des expé-
monde réel. Nous sommes en pleine dans la créativité, le contrôle et la prise riences d’Industrie 4.0. Il y a des étu-
accélération, c’est cette accélération qui de décision en concevant le produit et diants prêts à intégrer l’industrie avec la
entraine la Révolution. en déterminant les règles, ainsi que compétence 4.0.
les paramètres de production. Le CPS
Smart-Industries  : Quel est le chemi- simulera et comparera des options de Industrie 4.0 doit également renforcer
nement qui a mené à cette révolu- production sur la base d’instructions l’attractivité de l’industrie auprès des
tion ? La fin du produit universel ? fournies. Il proposera alors la solution jeunes en amenant cette part forte dans
optimale. les logiciels de haute technologie, dont
Vincent Jauneau  : Certes, nous devons les Geeks sont friands.
répondre aux besoins de l’industrie qui Qui va implémenter ces solutions  ?
sont des cycles de développement des L’avenir est aux ingénieristes ? Smart-Industries  : L’usine numérique
produits qui deviennent de plus en plus vue des éditeurs de PLM semble bien
courts, la gestion de la complexité des Vincent Jauneau  : C’est un changement maîtrisé, mais qu’en est-il de cette
produits et, avec elle, les volumes de majeur, les industriels seront obligés de usine numérique dans laquelle les

4#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


informations doivent descendre dans sera plus facile, en particulier l’auto- Allemagne, où la chancelière Angela Mer-
les CN, les automates, les robots…. ? mobile qui a des facteurs de production kel a prononcé un discours à la foire de
existants. Hanovre « Securing the future of German
Vincent Jauneau  : La génération de code
est une nécessité pour boucler la boucle. Smart-Industries : L’usine numérique,
La réalité technique dépendra des fabri- c’est un peu l’usine qui confie son
cants et de leur capacité à intégrer le avenir à Internet. C’est raisonnable ?
virtuel avec le réel. Avec quelles armes se battre face à
cette nouvelle guerre qu’est la cy-
La convergence se fait. Il y a des bercriminalité ?
«  briques  » qui fonctionnent comme la
génération de code à partir des logiciels Vincent Jauneau  : C’est un risque sup-
de simulation d’un atelier de production plémentaire, c’est un challenge majeur
vers les automatismes. à prendre en considération. Aujourd’hui
tout industriel doit prendre en compte
Pour mettre cet ensemble en place, il va ces critères de cybersécurité. Cela le
falloir sensibiliser, former… et cela pren- sera d’autant plus qu’Industrie 4.0 et
dra du temps. CPS reposent sur des infrastructures
Internet à haut débit.
Smart-Industries  : Il y a 10 ans, les
fournisseurs faisaient du soft ou du Un livre blanc vient d’être publié à la
hard. Comment votre métier évolue ? demande de François Hollande, qui sou-
Qui va prendre le leadership, les an- ligne la vulnérabilité des installations
ciens acteurs des automatismes ou industrielles et en particulier pour les
les fabricants de soft ? domaines d’importance vitale. Ce livre
blanc préconise la mise en place d’une
Vincent Jauneau : Dans ce domaine, ceux réglementation dans ce domaine.
qui ne pourront pas se différencier par la
technologie seront en difficulté, les ac- De même, il est important pour un OEM
teurs qui prendront le leadership auront de savoir protéger son savoir-faire, et de
un avantage concurrentiel fort. Mais que se protéger contre les copies.
le fournisseur vienne du Soft ou du Hard, Vincent Jauneau
il lui faudra aller vers les deux techno- Smart-Industries  : Vous avez parlé
 Président du Comité
logies. d’Allemagne. Quelle est la position de
de Marché Industrie du
la France dans cette 4ème révolution ?
Smart-Industries  : Que faut-il pré- Gimelec, Vice-Président
coniser aux clients  ? Se lancer à Vincent Jauneau  : Non seulement nous de Siemens France,
corps perdu, faire du pas par pas, avons une place à prendre, mais c’est en charge du secteur
attendre ? également un enjeu majeur. L’industrie Industrie.
a décru dans le PIB français, ce n’est
Vincent Jauneau  : Aujourd’hui pour pas une fatalité  ; nous avons des atouts
l’Industrie 4.0, des solutions existent. incontestables. En revanche notre com- Manufacturing Industry » décrivant Indus-
Pour y aller les industriels doivent pétitivité, notre capacité à exporter nos trie 4.0 comme l’élément majeur des pro-
faire collaborer les équipes IT, les BE machines, notre capacité à stopper les chaines années. Les USA ont également
et les équipes de production et les délocalisations et relocaliser nos pro- lancé le plan « Advance manufacturing ».
fédérer autour d’un projet. C’est le cri- ductions en France dépendront de notre
tère de réussite pour la mise en place capacité à basculer rapidement dans ces L’an dernier a été lancé l’action Produc-
d’Industrie 4.0 dans une entreprise. nouvelles technologies et à prendre un tivez, destinée à aider les industriels à
C’est toute la chaîne qui doit être prise avantage concurrentiel. s’automatiser, c’était une première belle
en compte. étape.
La question c’est comment y aller. L’indus-
Smart-Industries : Existe-t-il des sec- triel ne peut pas y aller tout seul, il en est C’est pour cela que le Gimelec et le
teurs industriels pour lesquels ce de même des fournisseurs. Ces acteurs Symop se sont associés pour lancer la
sera plus facile ou difficile ? doivent être soutenus par une démarche deuxième étape du plan Productivez
du Gimelec, du Symop, du Gouvernement. avec, nous l’espérons, un soutien fort
Vincent Jauneau : L’ensemble de l’indus- de l’Etat. C’est cette deuxième étape de
trie est concernée par Industrie 4.0. En Cela nécessite une mobilisation forte Productivez qui permettra la mise en
revanche il existe des secteurs où cela de tous, comme nous pouvons le voir en place d’Industrie 4.0. 

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #5


Une fantastique opportunité

Une renaissance
industrielle pour stimuler
la croissance en Europe
par Antonio Tajani, Vice-Président de la Commission Européenne,
Commissaire en charge de l’Industrie et l’Entreprenariat

L
a crise a accéléré la chute de la ropéens en Amérique latine, aux États- Nous avons besoin de démontrer que
compétitivité et du déclin indus- Unis, la Russie et l’Afrique du Nord. l’Europe n’est pas un ennemi pour
triel. Telles sont les principales l’entreprise. Moins de règles, moins de
causes du chômage, qui est déjà supé- Le commerce est aussi vital pour notre procédures et diminution des coûts ai-
rieur à 12 %. Mais la compétitivité indus- économie. Je suis contre le protection- deraient les entreprises  ; les bilans de
trielle joue un rôle clé dans la relance de nisme mais nos accords internationaux qualité et des examens de l’incidence
la croissance et de l’emploi et les États doivent être équilibrées, en évitant les sur la compétitivité devraient être nos
membres ayant une base industrielle effets négatifs sur les secteurs. Ainsi, priorités.
forte ont beaucoup réussi. Chaque em- nous renforçons nos capacités d’ana-
ploi dans l’industrie génère entre 1 et 2 lyse, en tenant compte de l’effet cumu- Advanced Manufacturing, Smart-In-
emplois dans le secteur des services. latif des différents accords sur des sec- dustries («  production intelligente  ») et
Malheureusement, pendant la crise, le teurs spécifiques. Nous devons aussi l’Industrie 4.0 sont des développements
PIB pour la production est passé du 20 % utiliser notre instrument de protection qui vont donner un nouvel élan à l’indus-
à 15,2  %, et devrait revenir à 20  % en commerciale efficace, comme le font trialisation de l’Europe. Nous allons at-
2020. Comment pouvons-nous atteindre nos homologues. Je suis très satisfait teindre nos objectifs seulement si nous
cet objectif  ? Nous pensons que des de l’ouverture des négociations avec les investissons nos moyens financiers dans
formes d’industries, comme l’Advanced États-Unis. des projets qui amènent à une relance
Manufacturing, Smart-Industries (« pro-
duction intelligente  ») et l’Industrie 4.0
aideront à franchir le cap. Advanced Manufacturing, Smart-Industries,
Production Intelligente et l’Industrie 4.0 sont
La politique industrielle doit jouer un
rôle clé dans les discussions ouvertes des développements qui vont donner un nouvel
sur la nouvelle gouvernance économique élan à l’industrialisation de l’Europe.
européenne. Plusieurs politiques de l’UE
influent directement sur la compétitivité
de l’industrie : Les restrictions et les disparités dans les et à une modernisation de la production
conditions d’accès au financement sont industrielle en Europe.
70 % de la croissance à partir de main- les principaux obstacles pour résoudre
tenant jusqu’en 2020 sera dans les la crise. Cela est particulièrement vrai La Commission européenne a déjà pris
pays émergents. Il est donc essentiel pour l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la plusieurs initiatives pour contribuer à
d’élaborer une politique de plus grande Grèce qui ont le plus grand nombre de relancer l’industrie en Europe et nous
ouverture des marchés mondiaux, avec PME, les plus touchées par la crise du allons encore intensifier nos efforts.
un accès effectif et équitable pour nos crédit. Dans ce contexte, la Commission Nous avons proposé aux États Membres
entreprises. Mais seulement 13  % de et la Banque européenne d’investisse- d’augmenter le budget pour la recherche
nos PME réussissent à exporter vers les ment doivent s’engager à un effort extra- et le développement de plus de 30  %
pays tiers. Dans le cadre de notre stra- ordinaire, en synergie avec le budget de dans la période 2014 à 2020. Nous allons
tégie d’internationalisation, nous devons l’UE, afin de renforcer le capital-risque utiliser une partie de ce budget de l’Hori-
promouvoir les «  clusters  » afin d’amé- et les instruments d’assurance-cré- zon 2020 pour promouvoir l’innovation  :
liorer l’accès aux marchés. En outre, j’ai dit. Une éventuelle collaboration avec nous allons cofinancer plus de projets
parrainé des missions pour la croissance la Banque centrale européenne devrait qui sont proches du marché et donc
avec les délégations d’entrepreneurs eu- également être explorée. plus rapidement prêts pour la commer-

6#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


cialisation pour créer de la croissance a par exemple proposé de lancer une notre compétitivité dans des réseaux de
et d’emplois. La coopération avec les «  Knowledge and Innovation Commu- production globale qui demandent une
entreprises, les centres de recherche et nity » (KIC) sur ce sujet à partir de 2018. modernisation et une réorganisation
les États Membres est essentielle pour complète et concerne les technologies,
arriver à des solutions efficaces et unir Toutes ces initiatives sont importantes, les process de production, des produits
nos moyens pour arriver à des solutions parce que l’industrie se trouve aujourd’hui et services et l’organisation des entre-
utiles pour la société. Nous avons donc dans un procès de modernisation inté- prises. Cette transformation va créer une
l’intention de lancer plus de coopérations
public-privé.

La Commission a aussi proposé aux


États Membres et au Parlement euro-
péen d’investir €6.6 milliards dans les
technologies clés génériques (key ena-
bling technologies, KETs) dans le cadre
financier pluriannuel 2014-2020. Le
groupe à haut niveau «  KETs  » est en
train de développer des propositions
concrètes pour la Commission, les
États Membres et l’industrie qui seront
présentées bientôt et vont assurer que
l’Europe reste à la pointe dans le déve-
loppement et dans l’application de ces
technologies clés  : le micro- et nanoé-
lectronique, les matériaux avancés, la
biotechnologie industrielle, la photo- Antonio Tajani
nique, la nanotechnologie et les sys-
tèmes avancés de fabrication qui vont  Né à Rome en août 1953, il a vécu à Paris, Bologne
changer le process de production pour et Rome.
établir des Smart-Industries.  Il est élu député européen en 1994, après avoir occupé
le poste de porte-parole de Silvio Berlusconi.
Un autre exemple qui montre comment
 Depuis février 2010, il est l’un des cinq Vice-présidents
la production des biens peut être trans-
de la Commission Européenne, et commissaire en charge
formée est l’impression 3D. Elle per-
met une production en quantités bien
de l’Industrie et de l’entrepreneuriat.
moindres que ce qui est aujourd’hui éco-
nomiquement faisable, ce qui permet de grant les nouvelles technologies dans les industrie plus durable qui consommera
fabriquer de nouveaux produits de niche process de production. « L’industrie intel- moins d’énergie et moins de matières
à faible coût et de manière personnali- ligente  » entraîne plus d’automatisation premières et qui va recréer les relations
sée et d’offrir de nouveaux débouchés et plus de flexibilité dans les usines. La entre l’être humain et les machines.
commerciaux aux PME innovantes. production sera capable de réagir rapide-
ment à l’évolution du marché. Si nous jouons un match au niveau de
Nous avons lancé la Task Force Ad- l’UE, la politique industrielle doit jouer un
vanced Manufacturing début 2013 pour L’Industrie 4.0 est toujours au début rôle clé dans les discussions ouvertes sur
identifier les synergies de toutes les ini- de son développement  : l’Industrie 4.0, la nouvelle gouvernance économique eu-
tiatives de la Commission qui peuvent, c’est l’usine ultra-connectée du futur ropéenne. La gravité de la crise actuelle
dans un bref délai, apporter un sou- qui s’annonce comme la prochaine exige des mesures ciblées. La stratégie
tien fort a la production en Europe, par « révolution industrielle ». Le concept de de l’Union européenne sur les Advanced
exemple, les partenariats public-privé connecter les machines d’une usine ou Manufacturing, Smart-Industries et
«  Usines du Futur  », la normalisation, de plusieurs usines par un intranet pos- l’Industrie 4.0 fournit une approche inté-
nos instruments financiers pour soute- sède un grand potentiel pour l’optimisa- grée et holistique afin de rationaliser les
nir la modernisation de la production, tion des process manufacturiers, pour la politiques existantes et à venir de l’Union
la formation des employés (life-long réduction des matériaux utilisés et pour européenne. La capacité de l’Union eu-
learning), l’intérêt des étudiants pour une plus grande flexibilité à réagir aux ropéenne à développer et déployer ses
les sciences de production et le rôle qui besoins individuels de chaque client. technologies déterminera dans une large
pourrait jouer le European Institute of mesure son avenir  ! La Commission est
Technology dans la domaine de « Added La transformation de notre industrie en déterminée à mener à bien cette straté-
Value Manufacturing  ». La Commission Europe est essentielle pour préserver gie et à aller résolument de l’avant. 

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #7


Vers l'usine numérique
« Il y a l’usine numérique telle que la conçoivent les éditeurs de
PLM et puis il y a l’usine numérique où des informations des-
cendent jusqu’à la commande numérique d’où remontent d’autres
informations qui permettent aux exploitants de sites industriels
de prendre les bonnes décisions.

Pour la partie relative à la conception, beaucoup de travail a été


accompli et elle est relativement bien maîtrisée par les exploi-
tants et par les éditeurs de logiciels. En revanche, quand nous
descendons dans l’atelier, beaucoup de progrès restent à faire car
la chaîne numérique est encore sectorisée, voire limitée. Nous
rencontrons des situations où l’on doit réinventer ou réécrire des
choses déjà conçues. Cela progresse mais l’industrie doit conti-
nuer à travailler » à une meilleure circulation de l’information.

Laurent Lalliard, ingénieur Études et prestations au Cetim

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #9


Le concept

Les révolutions industrielles

Une révolution industrielle a toujours été précédée de progrès scien- téléphone) et le succès du transport col-
tifiques, techniques et organisationnels. C’est encore le cas, aujourd’hui, lectif grâce au développement des che-
avec l’adoption de la numérisation par des pans entiers de l’économie. mins de fer ou des bateaux à vapeur. Les
Informatique et télécommunications associées portent ce phénomène qui moyens de communication et de transport
annonce la 4e révolution industrielle. Petit rappel historique. favorisent les échanges internationaux.

On sait produire l’électricité depuis relati-


vement longtemps, mais à l’aide de piles.
L’invention du Belge Zénobe Gramme, la
magnéto Gramme, présentée le 17 juillet
La 1re révolution industrielle tées en 1705 par Thomas Newcomen, à 1871 à l’Académie des sciences de Paris,
la machine à vapeur et l’extension de son
La première révolution industrielle repose utilisation à l’industrie  ; la première uti-
sur le charbon, la métallurgie, le textile lisation du coke à la place du bois pour
et la machine à vapeur. Elle démarre en fondre le minerai de fer (Abraham Darby
Grande-Bretagne à la fin du XVIIIe siècle, en 1709) ; la mise au point de la navette
puis se propage en France au début du volante qui augmente la vitesse du tissage
XIXe siècle avant de s’étendre en Alle- (John Kay en 1733) ; la première machine
magne, aux États-Unis, au Japon et à à tisser mécanique avec moteur hydrau-
la Russie. Ce phénomène mondial est lique (Richard Arkwright en 1769) ; encore
associé à d’autres bouleversements  : l’amélioration de la machine à vapeur
(James Watt en 1769)  ; le premier essai
d’une locomotive à vapeur (1804)… est majeure car la production de l’élec-
tricité devient mécanique. C’est une ma-
La 2e révolution industrielle chine rotative mue par une manivelle. Ses
perfectionnements ultérieurs ont en font
La deuxième, démarrée à la fin du XVIIIe une dynamo industrielle (1873) générant
siècle, trouve ses fondements dans du courant continu et « sa réversibilité en
l’électricité, la mécanique, le pétrole et moteur à courant continu, puis de l’alter-
la chimie. On peut ajouter l’apparition de nateur générateur de courants alternatifs
moyens de communication (télégraphe et polyphasés au moteur à induction biphasé

Ce que la 1re révolution industrielle doit à Denis Papin


On attribue rarement la découverte de la
machine à vapeur à Denis Papin. Il a pour-
tant publié, en 1690, un article intitulé « Nou-
velle manière de produire à peu de frais des
démographique (très forte augmentation forces mouvantes extrêmement grandes  ».
de la population), social (migrations et Les inventions du cylindre pneumatique (qui
progression de la pauvreté), économique met en évidence la puissance mécanique que
(progression importante de la richesse l'on peut tirer de la transformation de l'eau),
globale produite), politique (luttes pour la de l'invention, dix ans plus tôt, du digesteur
démocratie) et idéologique (triomphe du (vapeur sous pression qui donna l’autoclave)
et du sous-marin font de Papin le premier
libéralisme). Mais l’industrie – au sens de
qui a posé toutes les bases de la machine à
production de masse avec des produits fi- vapeur. En 1698, Thomas Savery dépose un
nis à faible coût – n’aurait jamais vu le jour brevet sur une telle machine servant à pom-
sans progrès scientifiques et techniques. per l’eau. En 1705, en collaboration avec Tho-
mas Newcomen, il étend le champ d’applica-
Les événements marquants de cette tion de la machine à vapeur à l’industrie. Beaucoup plus tard, en 1769, l’Écossais
période sont  : les améliorations appor- James Watt améliora considérablement cette technique.

10#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


puis triphasé qui a pris place dans toutes des Bell Labs en 1948. Il est à l’origine Unimate, le premier robot industriel fut
les usines  » (cf. Wikipédia). Associée à du microprocesseur, pièce maîtresse installé en 1959 dans l’usine de General
la distribution du courant, l’invention de de tous les produits électroniques dits Motors de Trenton, dans le New Jersey.
Zénobe Gramme fait de l’industrie au- intelligents, notamment les ordinateurs
jourd’hui une commodité incontournable. (Eniac, premier ordinateur tout électro- La miniaturisation des instruments de
nique inventé en 1946 par Presper Eckert mesure et de production, associée à l’in-
En 1878, Thomas Edison met au point la et John William Mauchly ; premier micro- formatique (et parfois au nucléaire) ont
lampe à incandescence. Fini les lampes ordinateur inventé en 1972 par le Français permis le développement des biotechno-
à arc électrique, lampes à pétrole et gaz Henri Lilen de société R2E, société créée logies. De leur côté, les sciences du vivant
pour l’éclairage public. En 1881, un des ont également beaucoup progressé.
ingénieurs de l’Edison Company, Lewis
Howard Latimer, améliore le procédé en En termes d’organisation, signalons le
brevetant la première ampoule à incan- Toyota Product System (TPS) qui a vu le
descence avec filament de carbone. jour au lendemain de la Seconde guerre
mondiale, au Japon. C’est la recherche
À propos du moteur à explosion  : Jean- de la performance (productivité, qualité,
Joseph Lenoir invente un nouveau type de délais, coûts) par l'amélioration continue
moteur qu’il construit en 1859. Le brevet, et l'élimination des gaspillages. Cette
déposé en 1860, porte sur un système méthode a fait des petits : Lean Manufac-
de moteur à air dilaté par la combustion turing, Lean Management…
de gaz enflammé par l'électricité. Pierre
Hugon fait breveter un moteur du même La 4e révolution industrielle
type, mais fonctionnant au gaz. L'Alle-
mand Nicholaus Otto réalise en 1876 le La dernière révolution industrielle est en
premier moteur à combustion interne. Ce train de prendre forme sous nos yeux, à
sera le départ des moteurs véritablement l’aube de ce XXIe siècle. Elle sera mûre
automobiles. au plus tôt vers 2020. Toutes les briques
technologiques sur lesquelles elle est
Parallèlement, l’ingénieur Frederick bâtie sont là. On peut la résumer par la
Winslow Taylor invente, en 1911, le tay- numérisation poussée à l’extrême des
lorisme, une organisation scientifique du par André Truong, lui aussi français). Les échanges économiques et productifs.
travail qui permet d’augmenter la produc- télécommunications, de leur côté, firent
tivité des salariés, et Henry Ford instaure de grands bonds avec l’autocommutation,
le montage à la chaîne qui réduit le temps le passage de la commutation de circuits
de construction de son modèle Ford T de 6 à la commutation de paquets (à l’origine
heures à 1 heure 30. L'ouvrier devient sta- de Télétel et Internet) et de la mobilité.
tique et assemble les pièces qui défilent L’informatique en général et la commu-
devant lui. tation de paquets en particulier n’existe-
rait pas sans l’invention du datagramme
La 3e révolution industrielle – bloc de données élémentaires – par le
Français Louis Pouzin.
Une troisième révolution se produit au
milieu du XXe siècle, dont la dynamique Deux produits ont particulièrement im-
vient de l’électronique, des télécommuni- pacté la production industrielle  : l’auto-
cations, de l’informatique, de l’audiovisuel mate et le robot. Inventé en 1968 par
et du nucléaire. Ils rendent possibles la l’Américain Richard Morley, l’automate
production de matériels miniaturisés, de programmable industriel (API), destiné L’Industrie 4.0 suppose une intégration
robots et l'automatisation poussée de la au contrôle-commande d’une machine horizontale. On réalise tout de A à Z en
production, le développement des techno- ou d’un processus, s’est imposé dans interaction entre les produits et les ma-
logies spatiales et celui des biotechnolo- toutes les industries, puis au fil du temps chines, et les machines entre elles. Nous
gies. Partie des États-Unis, puis du Japon aux transports, à la gestion technique des sommes dans un système global inter-
et de l'Union européenne, la troisième ré- bâtiments, etc. connecté. Le produit fini, qui sera person-
volution industrielle a vu naître également nalisé, pourra aussi communiquer avec
Internet, au crépuscule du XXe siècle. Le robot industriel, sorti de l’imagination les machines dans sa phase de réalisa-
de Georges Devol et le visionnaire Joseph tion. On parle alors de « Smart Product ».
Le véritable démarrage de l’électronique Engelberger, fut d’abord destiné aux opé-
miniature date de l’arrivée du transis- rations de manutention, puis aux tâches Expliquer tout cela, c’est l’objet de ce pre-
tor (et des circuits intégrés). Il est sorti de production : soudage, assemblage, etc. mier numéro de Smart-Industries. 

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #11


Le concept

Industrie 4.0 :
une évolution technologique,
une révolution productive

Cela implique un système de communica-


C’est la revanche du «  mortar  » qui s’approprie les outils du
tion efficace entre les différents modules,
«  click  ». Qu’elle soit «  smart  » ou «  4.0  », l’industrie du futur se des-
de la prise de commande à la livraison ».
sine sous nos yeux. On sent la même excitation qui s’est emparée de la
nouvelle économie à la veille de ce millénaire. Et ce n’est pas un simple
L’Industrie 4.0 suppose une intégration
maquillage de marketeurs. La preuve : les principales briques technolo-
horizontale. On réalise tout de A à Z,
giques sont déjà là…
sans intervention humaine, en interac-
tion entre les produits et les machines, et
les machines entre elles. Nous sommes
dans un système global interconnecté.
En comparaison, l’Industrie 3.0 a été la
phase de l’intégration verticale, avec

L
es initiatives estampillées «  usine Le cycle de production, quel qu’il soit, sera l’automatisation systématique des pro-
numérique  » ou «  industrie intel- préalablement scénarisé, depuis l’intro- cessus. Dans le monde 3.0, les machines
ligente  » se multiplient depuis duction de la matière à usiner – embou- automatisées ne communiquent pas en-
quelques années à travers le monde, tir, mouler, fondre, découper, usiner…  – core entre elles. Dans le monde 4.0, elles
dans le désordre. Parmi les éléments jusqu’à son emballage et son stockage. se « parleront ».
fondateurs qui vont catalyser ces mouve- Le scénario pilotera, en quelque sorte, la
ments sans liens apparents, annonçant fabrication en fonction du client destina- Aussi surprenant que cela puisse pa-
la 4e révolution industrielle  ; on trouve taire et sera capable de personnaliser le raître, les principales briques technolo-
la publication du rapport allemand « Re- produit – taille, couleur, type d’emballage, giques qui assureront la transformation
commandations pour la mise en œuvre
de l'initiative stratégique d’Industrie 4.0 »
(lire l’encadré «  Les trois points forts du Luiz Bautzer, directeur du développement de PTC France
rapport allemand », page 58), ainsi que le «  L’Industrie 4.0, ou la Smart Industry, trouve son
manifeste du Gimelec. origine dans les avancées technologiques liées
à l’automatisation de la connexion entre objets,
Mais, au fait, comment se présentera la connu aussi sous le nom d’Internet des objets.
L’élément déclencheur est l’apparition de cap-
4e révolution industrielle  ? Selon Jean-
teurs associés à des algorithmes qui permettent
Claude Reverdell, directeur commer-
de prédire le comportement du produit et influen-
cial de SEW Usocome France, «  c’est cer son usage courant. Ainsi, les objets de la vie
un centre de production industriel muni quotidienne deviennent des produits intelligents et
d’unités flexibles, entièrement automati- connectés qui fourniront des informations à leurs
sées et totalement interconnectées. Les concepteurs et fabricants. »
composants de ces unités communiquent
à travers un bus terrain ou d’autre sys- etc. La chaîne logistique pourra égale- de l’industrie 3.0 en Industrie 4.0, telle
tème de communication. Cette communi- ment être prise en compte, en amont et que présentée ci-dessus, existent déjà  :
cation, c’est le point central de l’Industrie en aval, du cycle de production. capteurs, automates, CFAO, PLM, GMAO,
4.0. Le produit fini, qui sera personnalisé, ERP, Big Data, Internet des objets, Cloud
pourra aussi communiquer avec les ma- Enfin, ce n’est pas la vocation première Computing… Les révolution ne sera pas
chines dans sa phase de réalisation. On d’Industrie 4.0 mais le produit pourra, technologique mais le mode de produc-
parle alors de « Smart Product ». plus tard, être tracé. tion qui en résultera sera en totale rup-

12#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Philippe Charles, chef produit
dans la division «  Discrete
Automation & Motion »
d’ABB France
« Quand le robot est connecté à Ether-
net, il peut remonter des informa-
tions de toutes natures à un serveur
central  : archivage des programmes
quand le volume de données ou la

diversité de pièces sont très impor-


tants, dans l'aéronautique notam-
ment ; suivi des aléas de production ;
etc. Cela se développera si les indus-
triels investissent dans le déploie-
ment d'un réseau Ethernet dans leurs
ateliers. C'est souvent l'absence de
réseau Ethernet qui limite les possibi-
lités des robots existants.. »

ture avec l’existant. Là se trouve la vraie


révolution (lire les articles de la page 20
à la page 45).

Les trois conditions pour Dans l'usine digitale, la place de la supervision sera prépondérante, ici la salle de
réussir le passage de gestion du métro de New-York.
l’industrie 3.0 à l’Industrie 4.0
une seule ligne de production, l’investisse- Hadrien Szigeti, analyste stratégique
Pour Pascal Pradine, directeur commer- ment qui mène au 4.0 n’est pas pertinent Delmia chez Dassault Systèmes, va
cial Systèmes de Yokogawa France, l’inves- car très lourd. En revanche, si une entre- plus loin  : «  À mon avis, l’Industrie 4.0
tissement dans les outils de l’Industrie 4.0 prise possède six lignes de production, là ne doit pas être une fin en soi. Pour un
ne sera pas évident pour toutes les entre- oui, l’investissement devient intéressant exploitant de site de production, faire le
prises : « si une entreprise possède une et pour optimiser le site industriel ». choix de l’Industrie 4.0, c’est un moyen
de mettre en œuvre SA stratégie indus-
trielle différenciatrice, de pouvoir se
Urs Endress, président Endress+Hauser réinventer plus rapidement que ses
France concurrents, sans être ralenti par la
« L’Industrie 4.0 est une chance pour réindustria- rigidité de son système de production
liser l’Europe. En comparaison avec l’Asie, nous actuel ».
avons des coûts de production plus élevés. Pour
gagner en efficacité, il faut une automatisation Quoi qu’il en soit, trois conditions
plus importante qu’aujourd’hui. Ceci engage les devront préalablement être rem-
pays européens à repenser leurs compétences plies pour atteindre le but. Elles sont
donc leur système de formation afin d’être plus
d’ordre culturel, technologique et or-
performants que les pays émergents. »
ganisationnel.

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #13


pose que les barrières tombent, ce qui
Les trois points forts du rapport allemand renvoie à la condition culturelle. L’élimi-
sur l’Industrie 4.0 nation des silos imposera un travail colla-
 L’usine devient numérique et flexible : elle se caractérise par une communi- boratif entre automaticiens et profession-
cation continue et instantanée entre les différents outils et postes de travail nels des technologies de l’information.
intégrés dans les chaînes de production et d’approvisionnement. L’utilisa- Ces deux-là doivent faire converger leurs
tion de capteurs communicants apporte à l’outil de production une capacité produits, leurs outils et leurs métiers. Les
d’autodiagnostic et permet ainsi son contrôle à distance. équipes de mécaniciens, d’automaticiens,
La flexibilité de la production est accrue grâce aux systèmes de communica- d’informaticiens… devront collaborer
tion plus performants. Elle permet la personnalisation des produits (modi- entre elles en étant organisées par « pro-
fication de ses caractéristiques) en fonction des demandes des clients, par jet ». Ce sera une clef importante.
exemple.
 Des outils de simulation et de traitement de données puissants : le recueil Pour Matthieu Lassalle, directeur géné-
des données produites par les différents éléments de la chaîne de production ral de Rockwell Automation France, qui
permet également de produire une réplique virtuelle de tout ou partie de
a décrit les conditions ci-dessus, cela ne
cette chaîne afin de générer des simulations de procédés ou de tests, mais
aussi de permettre aux futurs ouvriers et techniciens de se familiariser avec suffit pas car il faudra savoir traiter des
des outils de travail et des procédures complexes ou encore de faciliter les quantités infinies de données  : «  Pour
réparations et la maintenance pour des non-spécialistes. piloter finement les ateliers, voire les
usines 4.0, il faudra donner du sens à un
 Une usine économe en énergie et en matières premières : l’Industrie 4.0 sera
économe en énergie et en ressources grâce à un réseau de communication grand nombre d’informations présentes
et d’échange instantané et permanent avec une coordination des besoins et dans les machines et les différents sys-
disponibilités. tèmes de productions et d’exploitation. Si
l’on n’est pas vigilant, on pourra très vite
La condition culturelle : certains acteurs,
voire certains pays, ne sont pas assez
ouverts. Pour réussir, il faut une ambition
de tous les industriels et de tous les poli-
tiques. Ces derniers ont un rôle important
à jouer dans la formation initiale et conti-
nue (voir plus bas).

La condition technologique : les technolo-


gies indispensables au passage de la 3.0
à la 4.0 sont déjà là. Ce qui importe doré-
navant, c’est la capacité des industriels
de métiers différents (automaticiens et
informaticiens, par exemple) à faire com-
muniquer leurs outils de façon intelligible
et simple. La standardisation jouera donc
un rôle important.

La condition organisationnelle  : l’organi-


Les industries de process sont autant concernées par l'Industrie 4.0 que
sation en silo devra laisser place à une
les industries plus manufacturières. Vision d'une usine chimique.
organisation interdisciplinaire. Cela sup-
se noyer sous cette masse de données. La
solution passe d’abord par la contextuali-
Matthieu Lassalle, directeur général de Rockwell Automation France
sation de ces informations. Cette contex-
«  Pour piloter finement les ateliers, voire les usines tualisation ne peut se faire sans la simu-
4.0, il faudra donner du sens à un grand nombre lation de différents scénarios potentiels
d’informations présentes dans les machines et les qui peuvent se produire sur une ligne de
différents systèmes de productions et d’exploitations.
production ou une machine ».
Si l’on n’est pas vigilant, on pourra très vite se noyer
sous cette masse de données. La solution passe
d’abord par la contextualisation de ces informations. Produits et services deviennent
[…] Cette contextualisation de l’information ne peut se indissociables
faire sans la simulation de différents scénarios poten-
tiels qui peuvent se produire sur une ligne de produc- Prenons l’exemple d’un spécialiste de la
tion ou une machine. » gestion de l'énergie. Son organisation et
ses processus évolueront  : par exemple,

14#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


au lieu de vendre un composant pour la «  Pour ce faire, les techniciens doivent
Hadrien Szigeti, analyste stratégique
protection contre les interruptions d'ali- améliorer leur capacité à suivre les
Delmia chez Dassault Systèmes
mentation électrique, ses équipes pro- flux d’informations entre les phases de
poseront une solution complète pour la conception du composant, sa fabrica- « Aujourd’hui, nous assistons non pas
gestion de l’énergie d’une installation, tion, et son utilisation finale. Ils doivent à une mais a deux révolutions indus-
trielles, poussées à la fois par l’émer-
c’est-à-dire un contrat de gestion du notamment améliorer leurs capacités à
gence de l’informatique dans tous les
composant associé à un service qui com- procéder à des diagnostics à distance et métiers industriels (manufacturing
prend le maintien en condition opération- intégrer les données qui remontent quo- 3.0) et par la nouvelle connectivité de
nelle des installations. La composante tidiennement du terrain  », déclare Luiz tous les équipements de production
« service » devient une composante indis- Bautzer, directeur du développement de (manufacturing 4.0). […] La question
pensable. Selon l’« Oxford report », l'utili- PTC France. D’où l’importance d’outils qui se pose est de savoir où placer
sation de contrats de services basés sur de gestion de l’information d’après-vente l’intelligence de production, celle qui
la performance fera, en 2015, un bond de étroitement liées aux outils de conception constitue la propriété intellectuelle
65 % et le diagnostic à distance un bond et de fabrication. Ayant la bonne réfé- d’une société industrielle. Lorsqu’on
a répondu à cette question, on peut
de 56 %. rence, au bon endroit, le technicien pour-
orienter sa stratégie industrielle 4.0. »
ra partir chez le client, avec la certitude
d’avoir la bonne pièce de rechange.
cycle de vie des services ». Servigistics est
Pascal Pradine, directeur
Luiz Bautzer poursuit  : «  Cela implique spécialisé dans la gestion de divers pro-
commercial Systèmes
l’utilisation d’outils de gestion de la traça- cessus d’après-vente : la production de la
de Yokogawa France
bilité des produits, de la conception à la fin documentation technique et les catalogues
«  Le risque comme toujours sera de de vie. D’où justement l’acquisition par PTC, de pièces de rechange, l’optimisation de
vouloir aller trop loin dans les fonction- en octobre 2012, la société Servigistics, un la gestion et du prix des pièces, la gestion
nalités. La mise en œuvre devrait af-
éditeur d'une suite logicielle de gestion du de la garantie et l’optimisation des stocks.
fronter principalement des problèmes
d’interface et d’interopérabilité. Il
faudra donc tirer des enseignements
des précédentes normalisations et se

rappeler des expériences ratées et de


celles plus diffusées comme les pro-
tocoles de communication FieldBbus
Fondation ou ProfiBus DP. En d’autres
termes, il faudra qu’un organisme im-
Ligne d'assemblage de pièces électriques, avec la mise en place de puces RFID
partial garantisse les compatibilités. »
sur les palettes afin de suivre la production de bout en bout.

L’objectif est d’aider les clients à gérer les


Jean-Claude Reverdell, directeur commercial de SEW Usocome France données qui remontent de l’expérience des
« L’Industrie 4.0 suppose une intégration horizontale. consommateurs finaux et mieux maîtriser
On réalise tout de A à Z, sans intervention humaine, en la gestion de l’après-vente des produits
interaction entre les produits et les machines, et les intelligents et connectés.
machines entre elles. Nous sommes vraiment dans
un système global interconnecté. En comparaison, « Les entreprises comme John Deere ou
l’Industrie 3.0 a été la phase de l’intégration verticale, Caterpillar passent ainsi d’un modèle de
avec l’automatisation systématique des processus.
la vente d’un produit à la gestion dans
Dans le monde 3.0, les machines automatisées ne
communiquent pas encore entre elles. Dans le monde la durée, d’une solution personnalisée
4.0, elles se « parleront ». » fondée sur la fidélisation des clients  »,
conclut Luiz Bautzer.

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #15


maintenance, leur surveillance restera
donc un enjeu capital. Le personnel de
Dr Karsten Koenigstein, directeur des Ventes EMEA de Bosch Software
pilotage et d’intervention prédictive sera
Innovations
une des pierres angulaires de l’usine 4.0.
« L’enjeu de la maintenance prédictive consiste à anti- Dominique Forveille rappelle que «  les
ciper un défaut machine avant qu’il ne survienne. Avec questions importantes relatives au per-
Industrie 4.0, les machines étant interconnectées, les
sonnel déjà en place est une question que
données issues des systèmes de surveillance sont
analysées afin de déterminer tout facteur indiquant se posent déjà certains industriels alle-
une probabilité de défaut. Les pannes deviennent pré- mands : Ai-je les bonnes compétences ?
visibles permettant ainsi de planifier l'entretien des Puis-je les former ? Où trouver les nou-
machines avant qu'elles ne se cassent, et éviter les veaux profils à recruter ? ». Il est probable
coûts d’un arrêt de la production. La durée de vie des que de nouvelles spécialisations et de
machines est optimisée, la production sécurisée et nouveaux métiers naissent. Il faudra, par
les coûts de maintenance maîtrisés. » exemple, des compétences transversales
car tout fonctionnera en réseau. Beau-
coup de paradigmes changeront. Les
savoirs et les expériences vont s’élargir.

Quoiqu’il arrive, l’État devra s’investir


dans cette problématique et préparer les
formations de demain, de préférence en
concertation avec les industriels, car il y
va de l’avenir du pays.

Une chance pour l’Europe


et la France
L’Industrie 4.0, c’est aussi une chance pour
réindustrialiser l’Europe. En comparaison
avec l’Asie, les coûts de production y sont
plus élevés. L’Industrie 4.0 permettra à la
fois de gagner en efficacité grâce à une
automatisation plus poussée et au rappro-
chement de la production de son marché.

«  La France a toujours été un marché


innovant, comme elle l’a montré, par
exemple, avec le Minitel, largement utilisé
La vision de l'Industrie 4.0 par Siemens, de la conception de la pièce à l'usi-
nage sur machine-outil. dix ans avant que les autres pays n’uti-
lisent Internet. L’Allemagne, qui a pris de

À nouvelles compétences,
nouvelles formations Jean-Pascal Tricoire, Président-Directeur général de Schneider Electric
« Dans la continuité de l’Internet of people, nous
Parce que la conception et la conduite de assistons au développement de l’Internet of
l’usine 4.0 seront différentes de celles de things : une maille entre éléments matériels, une
l’usine 3.0, « il faudra donc adapter l’en- sorte de « réseau social » pour objets. Au cœur
treprise et le personnel. Il y aura certai- de la convergence des technologies de l’informa-
nement moins de salariés dans une usine tion et des techniques de production, cette com-
4.0 qu’il n’y en a aujourd’hui. Ils seront munication entre objets contribue aujourd’hui
cependant plus qualifiés et bénéficieront à la naissance de l’industrie intelligente  : celle
où les outils de production sont interconnectés,
d’une formation privilégiant le pilotage
« conscients » et actifs.
opérationnel et la maintenance prédic- La diffusion à large échelle de ce principe présup-
tive », affirme Dominique Forveille, direc- pose la création d’interconnexions au sein d’un
teur général de Weidmüller France. écosystème hétéroclite et hiérarchisé. Les défis auxquels l’industrie intelligente doit
faire face pour se développer sont nombreux : augmentation nécessaire des capaci-
Bien que ces machines soient équipées tés de calcul et de stockage, cybersécurité, standardisation des échanges. »
de moyens de télédiagnostics et de télé-

16#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Dominique Forveille, directeur
général de Weidmüller France
«  Les équipements industriels, qui
s’échangeront des données, seront
plus intelligents. Le traitement de
l’information leur permettra de
s’autoadapter aux événements qui se
produiront. Les réseaux Ethernet IP et
Internet seront les vecteurs privilégiés

La simulation des pièces avant et pendant la conception reste une clé essen-
tielle de l'Industrie 4.0.

l’avance sur la France avec l’initiative 4.0,


a d’ores et déjà lancé de multiples pro- Siegfried Russwurm, président
du secteur industrie de Siemens
grammes, menés en concertation par des
syndicats professionnels, de grandes en- «  Pour ma part, je compare l’Indus-
de ces échanges. Quel que soit l’évé- trie 4.0 à un ordinateur qui joue aux
treprises, comme Siemens, et le gouver-
nement – une nouvelle commande, échecs, qui ne fait que comparer des
nement », affirme Urs Endress, président
une panne de composants, un manque possibilités afin de trouver la bonne
d’approvisionnement en matières pre- d’Endress+Hauser France. Pour continuer
stratégie. Notre échiquier de produc-
mières… – il faut que la machine en- à compter parmi les leaders industriels,
tion est un peu plus compliqué  : il y
voie l’information et prenne la décision l’Hexagone doit aussi se lancer dans la a plus de chiffres, plus d’options et
à la place de l’homme. » révolution qui démarre. Sans attendre. des règles plus complexes. Il ne s’agit
de faire gagner le roi mais trouver le
moyen le moins cher, le plus perfor-
mant ou le plus efficace […]. L’Indus-
trie 4.0 permet de comparer différents

scenarii à partir de modèles virtuels


et de choisir les meilleures solutions.
Voilà ce que l’association des mondes
virtuel et réel est capable de faire.  »
(lire interview complète dans Jauto-
matise n°88 de mai-juin 2013)

Alors, comment aborder concrètement


cette Industrie 4.0  ? Plusieurs choix
s’offraient à nous, par grandes problé-
matiques, vu du côté client, par techno-
logies…  ? C’est cette dernière méthode
que nous avons privilégié, simple à com-
prendre, elle représente un cheminement
Pas d'Industrie 4.0 sans hommes.
plus aisé pour les futurs acheteurs. 

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #17


Le concept

Quand les technologies


accompagnent l’homme
par Julien Roitman, Président des Ingénieurs et Scientifiques de France

N
otre civilisation est largement Les technologies accompagnent l’homme de progrès techniques, tout comme les
fondée sur les technologies. Ve- depuis ses premiers pas : au taillage de la technologies ont entraîné nombre de dé-
nant du grec techné (artisanat, pierre ont succédé la conquête du feu, la couvertes scientifiques. Vouloir mécon-
art, compétence), ce terme de savoir- maîtrise progressive de la construction, naître les unes reviendrait à sacrifier les
faire englobe aussi bien la conception du tissage et de la métallurgie, qui d’étape autres.
et la fabrication de nos outils tech- en étape nous ont amenés là où nous en
niques que leur usage. Les objets que sommes aujourd’hui. Ce perpétuel deve- La science connait parfois des révolu-
nous manipulons dans chacun de nos nir est une des caractéristiques qui dif- tions, certains faits nouveaux venant
gestes quotidiens mettent à contribution férencient les technologies, toujours en remettre en cause des théories bien
établies. Les révolutions technologiques
éclosent plutôt quand le contexte éco-
L’innovation ne procède pas de la seule technique, nomique et social s’y prête : l’innovation
ne procède pas de la seule technique,
il lui faut rencontrer un marché, des clients, une il lui faut rencontrer un marché, des
attente, faute de quoi elle ira rejoindre le cimetière clients, une attente, faute de quoi elle ira
rejoindre le cimetière des inventions « en
des inventions « en avance sur leur temps ». avance sur leur temps »…

On retrouve d’ailleurs cette logique dans


des prodiges d’inventivité, dont l’usage recherche d’amélioration d’efficacité, de l’évolution de l’industrie. Après le foi-
répété nous a fait oublier combien de qualité, de performance, des sciences qui sonnement anarchique de ses débuts,
connaissances et d’intelligence il a fallu cherchent à connaître, à comprendre et elle s’est attachée à optimiser en per-
pour les concevoir. à modéliser un monde dont les lois sont manence l’affectation des ressources
par définition immuables. rares  : pour utiliser au mieux les ma-
Dans les régions émergentes on est chines qui représentaient des investis-
encore frappé aujourd’hui par l’admira- Bien que de nature différente, sciences sements hors de prix, elle a conçu les
tion des gens pour les réalisations tech- et technologies sont toutefois indissolu- 3x8 et le système Taylor. Et c’est lorsque
niques, qu’il s’agisse de l’électricité ou blement liées, recherche fondamentale le coût de la main-d’œuvre est devenu
d’une ligne de chemin de fer. Alors que et recherche appliquée étant les deux prohibitif par rapport aux attentes de
dans notre monde développé, le moindre faces d’une seule et même médaille  : qualité et de délai qu’elle s’est tournée
bambin jongle avec des télécommandes les sciences sont à l’origine de quantité vers l’automatisation.
dont le fonctionnement lui est aussi na-
turel que de voir le soleil se lever : nous
avons perdu notre capacité d’émerveil- Avec son concept d’usine intelligente, flexible,
lement devant ce que l’homme a été l’industrie « 4.0 » imaginée par le gouvernement
capable de développer pour nous faire
vivre dans de meilleures conditions. Ce
allemand est au confluent de toutes ces évolutions.
paradoxe explique d’ailleurs pour une Fondée sur le numérique, elle suppose une
bonne part la baisse continue des effec-
communication totale, aussi bien entre ses différents
tifs d’étudiants en sciences et la rela-
tive méfiance du public pour les progrès composants internes qu’avec l’extérieur.
scientifiques et techniques dans les pays
occidentaux.

18#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


En prenant conscience depuis de pouvoir saisir en permanence,
quelques années que la na- stocker, gérer, communiquer, res-
ture ne pouvait pas se réparer tituer. D’où la place prépondérante
à l’infini et que les ressources prise par le numérique sous toutes
de notre planète n’étaient pas ses formes (informatique, télé-
illimitées, l’industrie comme com, robotique…), qu’il s’agisse
l’ensemble de la société ont d’infrastructures, de production,
franchi une nouvelle étape  : les de vie de tous les jours ou de loi-
ressources rares sont mainte- sirs. Internet et les smartphones
nant les matières premières, sont devenus les instruments de
l’énergie, voire l’air et l’eau. Et notre quotidien comme le journal
plus qu’un altruisme généreux ou le téléphone l’étaient pour nos
ou une législation tatillonne, ce grands-parents.
sont les conséquences et le coût
des dégâts possibles qui nous Avec son concept d’usine intelli-
amènent à nous préoccuper gente, flexible, l’industrie «  4.0  »
d’environnement et de l’usage imaginée par le gouvernement al-
le mieux adapté. Nous sommes lemand est au confluent de toutes
en train de passer d’une culture ces évolutions. Fondée sur le nu-
de gaspillage à une culture de mérique, elle suppose une com-
recyclage. munication totale, aussi bien entre
ses différents composants internes
Cette mutation ouvre de nou- qu’avec l’extérieur, qu’il s’agisse
velles perspectives à l’industrie, de fournisseurs ou de clients.
qui ne pourra pas faire l’impasse Julien Roitman Elle connait donc à tout moment
sur une durée de vie nécessairement pro- ce qu’on attend d’elle et peut optimi-
longée de ce qu’elle aura produit  : plus  Ingénieur diplômé de Supé- ser en permanence ses ressources
grande standardisation des pièces entre lec, titulaire d’une Maîtrise en machines, en énergie, en matières
modèles, entre séries, entre produits, voire de Physique de l’UPMC premières, et bien sûr en temps des
entre constructeurs ; systèmes complexes Paris, et ancien Auditeur hommes qui la pilotent. Elle devrait
intégrant des technologies de natures puis Conseiller du CHEAR. ainsi permettre des séries limitées,
complètement différentes ; composants et voire des productions personnalisées
 Il préside depuis juin 2010
matériaux limitant la consommation éner- à l’unité en fonction de la commande
gétique  ; produits intelligents connectés
le Conseil National des Ingé- d’un client (l’impression de livres « à la
pour alerter en cas d’incident ; systèmes nieurs et Scientifiques de demande  » en est aujourd’hui un bon
prédictifs pour la gestion du risque et de France (IESF), après avoir exemple).
l’incertain, etc  : autant de technologies conduit pendant trois ans
limitées aujourd’hui à des produits évo- l’Association des Supélec. Cette numérisation intégrale pourrait
lués coûteux comme l’automobile, mais  Entré en 1970 dans le aussi ouvrir la porte à de nouvelles pos-
qui vont descendre en gamme. groupe IBM, il y a effectué sibilités de simulation immatérielle (à
l’instar du Falcon 7X de Dassault entiè-
la totalité de sa carrière,
De même un volet de services commence rement développé sur ordinateur).
occupant en France et à
à émerger, qui ira bien au-delà du tradi-
l’international différents
tionnel service après-vente  : accompa- On ne saurait conclure sans rappeler
postes de responsabilité,
gnement, conseil, installation, mais aussi que le progrès scientifique et technique
gestion voire opération des produits et
ce qui l’amène à entrer au n’a de sens que s’il améliore la condi-
systèmes vendus. À titre d’exemple, ima- Conseil d’Administration tion de l’homme. C’est le rôle des ingé-
ginons la différence pour un construc- de l’IDATE et au Comité nieurs, des chercheurs que de mesurer
teur entre un immeuble standard qu’il de Direction d’IBM France les conséquences de leurs découvertes
vend pour s’en désintéresser ensuite, et avant d’en être nommé en et de leurs inventions, d’en prévoir dès
un autre dont il sait qu’il va devoir gérer 2001 Directeur Général des le départ la nécessité de maîtrise, d’y
le fonctionnement pendant quelques di- Opérations, fonction qu’il concevoir des complémentarités entre
zaines d’années : ce ne sera sans doute exercera jusqu’à son départ homme et machine, d’en faire la péda-
pas la même conception, ni les mêmes fin 2005. gogie auprès du grand public pour le
matériaux, ni les mêmes installations. compte duquel ils sont censés œuvrer et
On commencera à parler de bâtiment Aucune de ces évolutions ne serait en- qui a son mot à dire. La technologie est
basse consommation, d’immeuble intel- visageable sans une complète maîtrise un bon serviteur mais ce serait un bien
ligent, etc. de l’information, qu’il est indispensable mauvais maître. 

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #19


Les technologies concernées

Capteurs : les sentinelles


de l'Industrie 4.0
En devenant de plus en plus intelligents, les capteurs gagnent en «  Grâce au protocole IO-Link, l’informa-
pertinence (la bonne mesure), en précision (la finesse de la mesure) et tion délivrée par les capteurs passe de
en autonomie décisionnelle (l’ordre d’agir peut partir du capteur). Leur quantitative à qualitative. Exemple d’un
rôle de sentinelle de la maintenance préventive ira grandissant. De fait, ils capteur de niveau placé dans une citerne
sont un élément clef de l’usine numérique, voire de l’Industrie 4.0. contenant du chocolat  : le capteur est
capable de dire si la citerne ne se vide pas
ou si le capteur est lui-même obturé par
le chocolat. Ici, on obtient la bonne infor-
mation grâce à l’analyse de la fréquence

À
l’origine, un capteur est un organe de diagnostiquer la moindre information de vibration de la tige du capteur  », dé-
qui récupère une mesure (niveau qu’ils viennent de collecter. clare David Ecobichon, responsable Pro-
de cuve, température de four…) duits chez Sick France.
ou un état (ouvert-fermé, marche-arrêt). Exemple d’un capteur optique positionné
Le capteur lit une information, numé- sur une ligne de production. Il analyse la Le capteur devient autonome. Avant l’avè-
rique ou analogique. Dans ce dernier cas, lumière réfléchie par le produit qui passe nement des automates, les opérateurs
il la numérise en la traduisant en bits devant lui. Il peut identifier le produit et manipulaient eux-mêmes les actionneurs.
(0011100011). Il est relié à l’objet à mesu- détecter d’éventuels défauts, grâce à un Cette fonction a ensuite été confiée aux
rer et par un autre lien (filaire ou hertzien) référentiel contenu dans une base de systèmes centralisés de supervision qui
à un équipement, souvent un automate ou données. reçoivent des informations des capteurs
un module d’entrées, auquel il transmet
l’information recueillie. À charge pour
l’automate de donner les instructions à
l’actionneur en fonction des informations
qu’il a reçues.

Les informations émises par plusieurs


capteurs peuvent être envoyées à un
concentrateur qui les renvoie, à son tour,
à l’automate. Ce réseau de terrain, par
exemple de type HART pour les capteurs
d’instrumentation, permet d’optimiser le
câblage.

Évolution actuelle  : le capteur envoie


directement l’information sur le réseau
Ethernet, filaire ou hertzien (lire l’article
Schéma représentant un réseau d’objets communicants via le protocole IO
«  Les réseaux et les protocoles  », page
Link (Photo Sick).
25). L’information qui y circule est récu-
pérée par l’équipement auquel elle est La question du paramétrage régulier avant de lancer un ordre aux actionneurs.
destinée. des capteurs se pose aussi car de bons Aujourd’hui, la décision d’agir peut se
paramètres influent sur la qualité de prendre au niveau du capteur parce qu’il
Le capteur : plus précis et plus la mesure, et donc sur la qualité de la embarque de plus en plus d’intelligence.
fabrication. Mais comment procéder aux
autonome
ajustements sans interrompre la produc- On pourrait alors évoquer la décentra-
Les capteurs sont de plus en plus sophis- tion ? Les produits de certains fabricants lisation de l’intelligence. Initialement
tiqués, à l’image des capteurs de vision peuvent être automatiquement paramé- confinée dans l’automate, elle se diffuse
industrielle. Même basique, on les rend trés, en continu, en s’appuyant sur un sys- au fil des ans, au travers des composants
intelligents en leur donnant la capacité tème d’autorégulation via les automates. d’automatisme, dont les capteurs.

20#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Machine de John Deere équipée de capteurs communicants via un satellite avec le centre de maintenance du fabricant
(Photo PTC).

Le capteur : un rouage essen- prédictive pourra être lancé pour éviter est maîtrisé, la qualité de la production
tiel de la maintenance préven- une panne potentielle au vu des don- n’est pas sujette à fluctuation, etc. », af-
tive conditionnelle nées recueillies et traitées. firme Jean-Michel Ruscica, responsable
commercial des Produits «  contrôle-
Les capteurs participent également au «  Aujourd’hui, les algorithmes en ques- commande » chez ABB France.
passage de la maintenance préventive tion ne sont pas véritablement embar-
à la maintenance préventive condition- qués dans les capteurs. Mais la tendance À terme, les capteurs-actionneurs gagne-
nelle. La logique de la première est calen- du marché nous y mène car cette décen- ront encore en intelligence. Il sera alors
daire, indépendamment du temps réel de tralisation des commandes doit éviter en possible d’obtenir un diagnostic sur l’état
fonctionnement de l’objet surveillé. Par premier lieu la maintenance corrective, de santé d’un équipement grâce une suite
exemple, tous les six mois, ordre est don- améliorant du coup le fonctionnement statistique capable de formuler la pré-
né de vérifier tel ou tel équipement. d’un site industriel. Pour quel avantage ? dictibilité des comportements d’une ma-
L’arrêt d’un équipement ou d’un atelier chine, voire d’un atelier. Tout à fait le sens
La maintenance préventive condition- est planifié et non subi, le coût de l’arrêt de l’Industrie 4.0. 
nelle consiste, quant à elle, à ordonner
une révision d’un équipement en fonc-
tion des conditions réelles d’utilisation.
L’industrie prend la clef des champs avec John Deere
Ce type de maintenance nécessite l’ins-
Voilà une application exemplaire de l’Industrie 4.0 hors des murs de l’usine. Les
trumentation de l’équipement à surveil- moissonneuses-batteuses de John Deere sont aujourd’hui plus intelligentes
ler, et donc l’utilisation d’un plus grand grâce à leur connexion (via un réseau satellitaire) à un logiciel de maintenance
nombre de capteurs. ABB, par exemple, prédictive. « Ce logiciel – qui reçoit les données fournies par les organes critiques
emploie la maintenance préventive pour des moissonneuses-batteuses, à partir d’un boîtier auxquels les capteurs sont
la révision de ses moteurs en tenant reliés – est capable de prédire une rupture ou une panne, informe en continu
compte du temps de fonctionnement l’agriculteur et peut lancer le changement préventif de la pièce qui a montré des
signes de fatigue avancée. L’objectif est d’éviter une panne de la machine pendant
réel constaté.
les moissons, car son arrêt aura un impact négatif sur la marge de l’exploitant
agricole », déclare Luiz Bautzer, directeur du Développement de PTC France.
Exemple de l’échangeur thermique  :
La maintenance préventive permettra de mieux cibler la révision annuelle qui
il est muni de plusieurs capteurs qui
précède la campagne de récolte, et permettra de programmer une maintenance
servent au contrôle de différents para-
préventive expresse, la nuit, entre deux missions au champ. En effet, lorsque la
mètres, tels la baisse et montée de campagne démarre, les machines ne s’arrêtent quasiment pas (sauf lorsqu’il
température, pression, débit… Les pleut).
informations recueillies – quand elles
Exemple de données collectées : température de l’huile et des pièces mécaniques
sont comparées aux caractéristiques critiques, enregistrement de l’amplitude des vibrations des courroies de trans-
fournies par le constructeur de l’échan- mission, etc. Les données relevées peuvent être élargies à l’environnement de la
geur – permettent aussi d’en vérifier le machine (hygrométrie du sol, température ambiante, etc.). Ces indications enri-
rendement réel. Grâce à un algorithme chiront l’analyse pertinemment.
spécifique, un ordre de maintenance

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #21


Les technologies concernées

Un contrôle/commande
communicant

Automate : le garant discipliné


de la production 4.0
L’automate – en tant que composant d’automatisme ou sous forme L’automate : un outil
de logiciel dans un ordinateur industriel – est capable de piloter une fabri- en constante évolution
cation et d’informer, si besoin en temps réel, le technicien chargé d’en
suivre le bon déroulement. Sa position, au plus près du processus produc- L’automate (qui pourra prendre la forme
tif, entre capteurs et superviseur, en fait le garant efficace et discipliné de physique d’un Automate Programmable
l’usine numérique. Grâce à son intelligence, il progresse en autonomie Industriel traditionnel –  API  –, d’un PC
décisionnelle. industriel, voire d’un PAC) est programmé
pour piloter une fabrication. Il envoie des
ordres aux actionneurs, qui les exécutent,
en fonction de la concordance du scéna-
rio à exécuter et des données de produc-
tion issues des capteurs et traitées par

L
ors de la Foire de Hanovre (8-12 du réacteur industriel : la production. Son le logiciel de supervision. L'automate qui
avril 2013), la démonstration de potentiel grandira à l’avenir car il n’a pas a le double avantage d’un déploiement
l’usine miniature du DFKI, centre fini de gagner en intelligence et en capa- évolutif et modulaire – assure le contrôle-
de recherche allemand sur l’intelligence cités de communication. commande d’applications toujours plus
artificielle, a impressionné bien des visi-
teurs. En effet, ils ont pu voir un badge en
plastique en cours de fabrication, équipé
d’une puce RFID, envoyer les instructions
nécessaires à sa réalisation directement
aux quatre machines chargées de le fa-
çonner  : couleur, texte à graver, etc. Le
tout sans même passer par l’automate.
Ce scénario, où les ordres partent de l’ob-
jet même à usiner, peut être interprété
comme l’annonce de la fin de l’automate,
équipement sur lequel repose aujourd’hui
en grande partie la production. Mais cet
avenir n’est pas si sûr…

Si, dans l’usine du futur, les machines


communiqueront intensément entre elles
et garantiront leur propre surveillance, on
peut affirmer sans conteste que l’auto-
mate continuera d’être un acteur de cet
écosystème. En effet, il assure déjà, à
Interface utilisateur de l’automate S7-1500 de Siemens.
minima, le contrôle-commande du cœur

22#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


diverses  : programme d’usinage d’une actionneurs grâce à l’arrivée de concen-
machine-outil, de pilotage de robots, trateurs et d’autocommutateurs. L’évolu-
d’îlots entiers de production, d’un pro- tion du réseau d’échange de données, à
cessus de transformation chimique (il a l’accent Ethernet toujours plus prononcé,
aujourd’hui les capacités d’un tradition- prend la forme d’une architecture décen-
nel système DCS), de la consommation tralisée avec des automates plus petits.
d’énergie de machines ou d’un bâtiment,
du système d’alarme… Il accroît la pro- Pour faciliter la programmation de l’auto-
ductivité de cellules de fabrication en mate, les fabricants de ces équipements
améliorant, entre autres, leur flexibilité ! tentent d’insérer les paramètres de leurs
Son rôle – difficilement remplaçable – l’est équipements de manière simple, à l’aide
encore plus si l’on fait jouer la variable de bibliothèques de programmes prêtes
«  coût  ». Équiper chaque objet à usiner, à l’emploi. La programmation s’appa-
à manipuler et à déplacer d’un capteur- rente alors à du «  plug & play  ». Ainsi,
actionneur «  intelligent  », comme dans l’exploitant du site de production peut
l’exemple cité en introduction, sera autre- disposer d’un boîte-à-outils logicielle

Interface homme-machine imagi-


née par Bosch-Rexroth.

grâce à laquelle il peut, dans le cas idéal,


programmer tout à la fois son automate,
définir ses interfaces homme-machine,
configurer ses variateurs de fréquences,
piloter ses commandes d’axes… De tels
outils apparaissent sur le marché depuis
Automates et PC industriels peuvent être déportés au plus près de l'application, quelques années (lire l’encadré « La boîte
même dans un environnement difficile. CompactLogix de Rockwell Automation.
à outils « Open Core Engineering » »).

ment plus coûteux… sans bénéficier d’une


gamme de services aussi importante que
La boîte à outils « Open Core Engineering »
celle d’une poignée d’automates. Bosch-Rexroth, comme plusieurs des ses confrères, souhaite faire tomber la
barrière entre la programmation de tâches dans un menu fermé (automate)
L’automate peut gérer aussi indifférem- et la création d’applications sur mesure (du type commande numérique, par
exemple). Avec la suite logicielle « Open Core Engineering », un usineur pourra
ment les commodités d’un bâtiment
programmer ses automates et développer, par exemple, une application de ges-
(éclairage, chauffage, climatisation…) que tion d’axes d’une machine-outil.
les lignes de production. Il s’adapte, de
surcroît, aux environnements hostiles  : « Comparé à un automate d’ancienne génération annonçant une erreur sur tel
ou tel produit, l’Open Core Engineering est aussi potentiellement capable de
humidité élevée, poussière envahissante,
dire quelle erreur est survenue, sur quel produit, accompagnée d’un message
vaste amplitude de températures, vibra- d’autodiagnostic avec un mode d’emploi pour réparer  », assure Vincent Cau-
tions assassines, parasites électroma- let, responsable Factory Automation de Bosch-Rexroth France. La personne
gnétiques… chargée de développer les applications pourra s’appuyer sur des langages de
programmation pérennes (C/C++, Visual Basic, LabView, Java…) et intégrer des
Dans les années 1980-1990, l’architec- smartphones et tablettes, compatibles iOS et Android, au processus d’automa-
ture de l’automate devient centrale. Il tisation pour assister les opérateurs de machines.
peut commander plusieurs machines « Notre solution permet aussi aux machines et à certains composants de ma-
à la fois et ses capacités de traitement chines de s’échanger des informations et de savoir, à tout moment, ce qui va se
grossissent avec la multiplication des passer sur la ligne de production. Le client pourra accéder de multiples façons
entrées/sorties. Dans les années 2000, on et de n’importe où à ces informations à l’aide de terminaux mobiles », conclut
Géraldine Daumas, responsable marketing de Bosch-Rexroth France. À l’évi-
l’allège des entrées/sorties intégrées, que
dence, l’industriel allemand a déjà pris le chemin de l’Industrie 4.0.
l’on déporte au plus près des capteurs et

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #23


ploitation propriétaire. Les virus connus
L’ordinateur industriel a acquis ses lettres de noblesse ont attaqué les logiciels de supervision,
Entre les années 1980 et aujourd’hui, l’ordinateur industriel a progressé de d’un niveau (de la couche OSI) plus élevé.
manière spectaculaire. Qui se souvient encore de la version « rackable », souf- Cependant, en affectant le superviseur,
freteuse aux moindres dépôts de poussières crasses ? Aujourd’hui, l’ordinateur l’incidence sur l’API peut avoir des consé-
s’est endurci, résistant aux chocs, aux ambiances humides, etc. Adieu le ven- quences graves (lire article « Pas d’usine
tilateur et bonjour le double disque dur qui sécurise les données enregistrées numérique sans sécurité informatique »,
(version Raid), voire le disque dur statique. Le PC industriel a même diminué page XX). La sécurité d’une installation
en taille, gagnant ainsi en facilité d’intégration dans l’armoire, au plus près des
ne se résume pas à un bouclier contre
machines. Sa puissance de calcul s’est accrue. Il n’est pas rare de rencontrer
des bêtes de courses avec un microprocesseur de dernière génération, Core i7, ver, virus et chevaux de Troie. Elle doit
avec 16 Go de mémoire RAM. garantir aussi la fiabilité du transfert de
données intègres entre différents équi-
«  Mais l’actuel ordinateur tout terrain - que l’on appelle PC Fanless - reste un
pements. Ce point est particulièrement
système ouvert et non propriétaire. Il a gardé inchangé sa capacité d’interopéra-
bilité avec les équipements – produits et logiciels – des autres équipementiers : sensible à l’heure de l’accès par Inter-
liaison avec des automates ou entrées sorties déportés de n’importe quel construc- net au système d’information de l’usine.
teur, hébergeant de puissantes supervisions ou des simples logiciels d’interface L’approche «  sécurité  » doit aussi gérer
homme-machine. Il permet également, grâce à ses extensions, l’installation de les accès locaux en fonction de la mission
cartes vidéo, d’entrées/sorties, réseaux de communication… Enfin, sa pérennité de chaque opérateur.
est assurée avec un cycle de vie de plus de 7 ans car on peut conserver le même PC
industriel en cas de migration du système d’exploitation », souligne Vincent Binet,
Pour le fabricant d’une machine, l’accès
responsable commercial du département « Hardware » de Factory Systèmes. Au-
jourd’hui, nombre de machines-outils à commande numérique sont pilotées par un à distance permanent permet de détec-
PC industriel. Cela témoigne du niveau de confiance accordé par les constructeurs ! ter les arrêts machines ou de pré-dia-
gnostiquer les pannes. Mais si l’on ac-

Tendances observées également  : la


décentralisation de l’intelligence avec un
mouvement d’intégration de l’automate
programmable dans un moteur électrique
ou encore dans un variateur de vitesse (In-
Drive Mi de Bosch-Rexroth). L’intégration,
dans un même processeur, du traitement
des données des fonctions de communi-
cation et de l’applicatif intègre un peu plus
encore la mission de l’automate au cœur
de la production (voir encadré ci-dessus).

Sécurité et accès distant :


deux interrogations légitimes
L’accès à distance et la sécurité sont sé-
rieusement pris en main. L’API est rela-
Plateforme d'automatisme Schneider Electric.
tivement protégé par son système d’ex-

Un micro-processeur concentre les fonctions de communication


Schneider Electric a dévoilé, avant son lancement officiel programmé pour la fin de l’année, le Modicon M580 ePAC. L’objec-
tif de cet automate ? Être le premier e-automate à offrir une communication transparente à tous les niveaux des procédés
industriels de l'IT au bus de terrain. Son microprocesseur double cœur – un pour l’applicatif, l’autre pour la communi-
cation – tourne à 600 MHz et affiche une capacité de traitement deux fois plus importante que celle d’un Quantum, autre
automate de Schneider Electric.
« Nous avons intégré dans le microprocesseur le traitement de la couche physique du réseau Ethernet et celle de la couche
protocole de communication, en l’occurrence le Common Industrial Protocol d’Ethernet IP », déclare Serge Catherineau,
responsable marketing France de Schneider Electric. Il précise : « Le bus fond de panier de ce nouvel ePAC est désormais
Ethernet standard et se prolonge librement en bus de terrain Ethernet. Il garantit ainsi le même niveau de performance
pour les modules d'entrées/sorties In Rack et ceux connectés en bus de terrain Ethernet. Sur cette nouvelle architecture
se connecte implicitement les équipements de distribution électrique avec des fonctions de management d'énergie pour
obtenir un système ouvert et complet. La transparence implicite des données via Ethernet et Internet permet de relier
simplement les différents mondes de l'entreprise : de l'atelier à l'IT pour répondre simultanément aux nouveaux défis de
flexibilité et d'optimisation de la production ainsi que de gestion de l'efficacité énergétique. »

24#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


cède aux informations sur la machine,
le contrôle-commande, lui, devrait
rester une fonction locale. On ne peut
pas envisager de déporter le contrôle-
commande, sauf, peut-être, des tâches
rudimentaires, à cause des technologies
web auxquelles on a recours (les outils
de la télémaintenance et de détection de
pannes passent, en effet, majoritaire-
ment par des serveurs web). Ces tech-
nologies n’autorisent pas un temps de
réaction capable de garantir des actions
en quasi temps réel, essentielles en
contrôle-commande. À n’en pas douter,
la taille des tuyaux et la garantie de dé-
Plateforme sous forme de PAC de chez National Instruments, avec sa program-
bits minimum participeront au succès de
mation graphique.
l’Industrie 4.0. 

Réseaux et protocoles dans les ateliers :


la base de l'édifice de l'Industrie 4.0

C
ommuniquer, c’est bien. Se com-
Homogénéiser le format des échanges de données et décupler les
prendre entre équipements, c’est
capacités de communication, tel est le vaste chantier actuellement en
mieux. Tel se présente l’enjeu qui
cours dans l’industrie. Si l’interopérabilité totale entre équipements de
anime les débats autour des protocoles et
différentes provenances n’est pas encore une réalité, le concept d’Indus-
des réseaux d’automatismes industriels
trie 4.0 trouve toutefois un allié de circonstance avec le protocole Ethernet
depuis plusieurs décennies. Cette com-
industriel. Explications.
munication doit aujourd’hui prendre un
format vraiment universel et s’étendre à
la fois au cœur de la machine et vers les
couches supérieures (de la supervision
jusqu’au concept élargi d’Industrie 4.0). Un bus de capteurs-actionneur, tel AS-i/ qui déclarent adapter leurs produits à
Les bus de communication (protocoles), As-i Safe, conserve une légitimité pour un ou plusieurs des standards Ethernet.
via leurs différents supports physiques nombre de projets  ! Idem pour des bus Parmi ces standards, on peut citer Profi-
(réseaux) doivent donc s’harmoniser. spécialisés, comme Profibus-PA dans Net (géré par l’association ProfiBus Inter-
le monde des atmosphères explosibles national), DeviceNet, CIP et Ethernet IP
Face à un parc de bus de terrain et de (Atex). Nous ne sommes donc encore qu’à (gérés par l’association ODVA), EtherCat
réseaux de capteurs-actionneurs his- l’an I de l’Ethernet dans l’industrie. (Forum ETG), Sercos (Association Sercos
toriques solidement installé (ProfiBus, International)… En revanche, point de
ModBus, As-i…), les promoteurs de Vers un langage commun… salut en matière de communication entre
l’Ethernet industriel poussent à la roue. ces différentes grandes chapelles.
Cependant, dans la phase actuelle, il En réponse à l’enjeu d’une communica-
ne faut pas oublier les petites machines tion « universelle », Ethernet prend place L’Ethernet TCP/IP standard constitue une
autonomes (ou parties de machines) et sur le front des automatismes. Mais leur couche physique basse pouvant véhicu-
les applications simples pour lesquelles langage est-il vraiment commun  ? Oui ler des protocoles tels qu’Ethernet IP ou
un bus de terrain d’ancienne génération dans le sens où émergent de grands stan- ModBus TCP dans le cadre d’une auto-
suffit à répondre au cahier des charges. dards, plus ou moins suivis des fabricants matisation séquentielle classique. Cette

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #25


stratégie emploie des composants égale- un choix élargi de réseaux (pour un proto- un courant d’alimentation (Power over
ment standards (tel que les autocommu- cole donné), c’est-à-dire du support phy- Ethernet, PoE) au bénéfice de capteurs
tateurs ou switchs) bien qu’adaptés aux sique par lequel transitent les signaux. ou de petits actionneurs. À ce titre, l’au-
environnements sévères. En revanche, Trois types de supports physiques sont tocommutateur d’injection du courant,
l’utilisation de fonctionnalités réclamant aujourd’hui assez couramment employés certes spécifique et plus coûteux, évite
un déterminisme à toutes épreuves, pour Ethernet mais aussi pour les autres tout câblage d’énergie parallèle.
c’est-à-dire un temps de réponse très bus, même chez les industriels réputées
court et maîtrisé, tel que l’exige le les plus septiques (automobile, aéronau- Dans la balance « Ethernet ou bus clas-
contrôle de mouvement ou la sécurité tique, métallurgie…). Le réseau cuivre, sique  », il convient aussi de prendre
machine, nécessite un Ethernet amélio- constitué pour Ethernet de paires tor- conscience qu’Ethernet introduit de nou-
ré. Les protocoles (par exemple ProfiNet sadées, demeure le plus utilisé. La fibre velles perspectives à même de remettre
IRT ou Sercos  III) doivent être véhiculés optique, via des convertisseurs, permet en cause la façon de concevoir, d’exploiter
par un Ethernet modifié et… propriétaire. quant à elle de transmettre le protocole ou de maintenir les machines. D’où l’in-
Interviennent alors des switch spécifiques par signaux optiques sur longue distance térêt de peser la pertinence d’Ethernet,
capables de distinguer les trames priori- (plusieurs centaines de mètres, voire plu- projet par projet, face aux solutions plus
taires pour en assurer le déterminisme. sieurs kilomètres) ou encore d’assurer traditionnelles.
la déconnexion galvanique du réseau. Il
La tendance de l’Ethernet industriel s’ins- s’agit là d’empêcher le passage de toute La remise en cause est vraiment profonde
crit tel un mouvement de fond, ouvrant de perturbation électrique (surtensions, pa- et quasiment structurelle. Les premières
sérieuses perspectives aux concepteurs rasitages). Enfin, la transmission radio, expériences Ethernet sont d’ailleurs

de machines ainsi qu’aux exploitants. aujourd’hui éprouvée et bien acceptée, assez souvent déterminantes pour les
Sur ce point, les offreurs sont unanimes. apporte une grande flexibilité à la ma- concepteurs et bureaux d’études. Elles
Cependant, il faut bien rester conscient chine pour ses parties mobiles ou encore correspondent généralement à une nou-
que l’Ethernet reste en proie à plusieurs en permettant à un opérateur de se mou- velle façon d’aborder la machine et ses
grandes chapelles auxquelles s’associent voir avec une interface vraiment mobile. interfaces. Après, reste à savoir « vendre »
les différents constructeurs. Malgré tout, la valeur ajoutée à son client. Cela reste
l’interopérabilité totale au niveau de la En matière d’Ethernet industriel, les un autre exercice…
machine, sans bidouille et sans passe- connectiques de la première heure ont,
relles, n’est pas encore pour tout de suite. depuis une bonne dizaine d’années, fait Pour le fournisseur, l’Ethernet industriel
place à des solutions endurcies contre ouvre la voie à des architectures plus
Ethernet IP ou bus classiques ? les chocs et étanches à l’eau comme aux souples et évolutives. Cette souplesse
pollutions ambiantes. Les câbles à paires permet d’ajouter des équipements ou des
Outre le fait d’opter pour un bus (proto- torsadées, spécifiques pour certains of- modules d’entrées/sorties déportés, en
cole) Ethernet industriel, la nouvelle façon freurs (et à ce titre d’un coût relativement théorie aussi simplement qu’une impri-
de concevoir une machine passe aussi par élevé  !) permettent aussi de faire passer mante sur un réseau informatique.

26#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Une base solide pour aborder
l’Industrie 4.0 Le débat n’est pas seulement technologique
Si l’inconscient collectif garde en mémoire une échelle de prix dissuasive pour
En descendant jusqu’à un niveau très le point de connexion Ethernet, l’approche financière a cependant évolué. Les
proche du terrain, voir en relation avec coûts sont à la baisse, notamment pour les concepts sur Ethernet dit standard.
les capteurs et actionneurs, Ethernet Cependant, malgré un coût du point de connexion Ethernet plutôt à la baisse,
une architecture Ethernet complexe et redondante peut vite alourdir la facture,
permet de tisser un lien direct avec un
du fait d’équipements actifs tels que les autocommutateurs (aiguillages indis-
Scada, un superviseur ou un MES, pour pensables), parfois très spécifiques au protocole constructeur. Mais le jeu en
extraire à la source les données utiles à vaut peut-être la chandelle au regard des services apportés ? Là se place un
une analyse et à une prise de décision. Et débat de fond qui n’est plus seulement technologique.
cela de façon tout à fait transparente pour
Il faut considérer les nouvelles franges de valeur ajoutée et les services même
les composants d’automatisme intermé- offerts par la machine. Le contrôle de mouvement, poussé éventuellement
diaires, restant quant à eux focalisés sur jusqu’à la robotique, par exemple au service du packaging, trouve ici un niveau
le contrôle de la machine. C’est le cas par d’intégration quasi total grâce à des plates-formes d’automatismes multifonc-
exemple pour l’analyse de la performance tionnelles. La gestion de la sécurité machine sur un bus unique (et non plus
industrielle de la machine ou la mesure câblé en fil à fil ou sur un bus dédié), renforce cette idée d’optimisation.
de consommation d’énergie via du sous- Autre objet de réflexion, l’Ethernet, via un principe d’intégration horizontale
comptage. permet de réduire le nombre de composants comparativement à l’imbrication
de différentes technologies de contrôle. Maîtrisée, l’ingénierie logicielle tend
Les bus spécialisés du monde de l’ins- pour sa part à (théoriquement) réduire les coûts de conception. Coté exploita-
trumentation tels que FF, Profibus-PA ou tion, l’intégration verticale avec le système d’information donne des pistes pour
réduire les coûts de possession.
Hart cèdent en partie leur place à l’Ether-
net. La volonté qu’avaient les fournisseurs
à rester sur leurs positions historiques, l’univers transparent, élargi et partagé de tés de diagnostic à distance (maintenance
tombe à présent. Conséquences  : l’inté- l’Industrie 4.0. Parmi les réticences expri- préventive et curative) et la faculté à éta-
gration de pages web dans les instru- mées, on peut à juste titre considérer le blir un lien permanent avec les couches
ments et les mécanismes simplifiés de problème de la cyber-sécurité. Ce thème, de supervision définissent bien les enjeux
diagnostic-paramétrage via le bus Ether- pris très au sérieux par les majors de des protocoles d’automatisme. Si la di-
net unique de la machine. l’automation industrielle, fait aujourd’hui versité des standards semble immuable,
l’objet de solides développements. marketing oblige, elle ne doit pas cacher
La tendance au déploiement d’Ethernet les grandes avancées jusqu’alors effec-
dans l’usine, à minima au niveau des En conclusion, on peut affirmer que la tuées en matière d’harmonisation des
interfaces avec le monde de la gestion, fluidité des échanges entre composants langages. La guerre des bus n’aura pas
prépare en silence le basculement dans d’automatisme décentralisés, les capaci- fait que des victimes. 

Automate Sysmac d'Omron.

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #27


Les technologies concernées

Commandes numériques et
robots prêts pour l’Industrie 4.0

La commande numérique a un pied


dans l’Industrie 4.0

vision va dans le sens de l’Industrie 4.0.


Utilisée quasi exclusivement pour la programmation et la conduite
«  Les informations collectées par le su-
des machines-outils, la commande numérique (CN) a connu une amé-
perviseur – états de la machine-outil : en
lioration constante de ses performances – rapidité, précision, souplesse
cycle, arrêt, panne… – sont précieuses au
d’utilisation – permettant de réaliser des pièces toujours plus complexes.
service de la maintenance et au respon-
Elle a d’ores et déjà un pied dans l’Industrie 4.0.
sable de la production.

L’information collectée par la CN sur


chaque pièce usinée peut également
être enregistrée sur une puce – RFID ou
autre  – ou sur un serveur et servir pour

À
l’origine, la CN était utilisée à la automate qui gère différentes fonctions la traçabilité, notamment dans l’aéro-
programmation de « 3 axes » d’une de la machine-outil, comme l’arrosage, nautique et l’automobile. Avec ce type
machine-outil. Les dernières gé- l’ouverture-fermeture des portes, etc., et d’information, on pourra connaître le lieu
nérations de CN, par exemple celles de un programme spécifique qui commande de fabrication, les conditions d’usinage…
Fanuc, peuvent contrôler 40 axes, gérer 10 les axes de la machine-outil, des fonc- Enfin, les informations collectées par la
programmes indépendamment et inter- tions d’interpolations complexes qui ne CN peuvent être envoyées à un MES, lui-
poler 24 axes. « La commande numérique peuvent pas être réalisées par un simple même rattaché à un ERP  », témoigne
intègre un programme équivalent à un automate  », déclare Marc Gaufreteau, Marc Gaufreteau.
responsable commercial «  Commande
numérique » chez Fanuc France. La maintenance prédictive
déjà à l’œuvre
La CN « parle »
Nous n’en sommes encore qu’au dé-
à ses périphériques
but. La CN est capable d’analyser, par
On peut dire que l’échange d’informations exemple, différents paramètres issus des
entre la CN et les éléments périphériques moteurs électriques. Les données col-
de la machine-outil, typiquement un robot lectées donnent des informations claires
de chargement, et l’équipement de super- sur l’état de dégradation des dits-mo-

Télédiagnostic et télécontrôle disponibles


La question de la sécurité, au sens d’attaques virales et/ou de piratage, de la
commande numérique est pertinente, même si elles ne sont pas encore concer-
nées à ce jour. Il existe une fonction dans certaines CN qui permet de diagnosti-
quer et de contrôler à distance une commande numérique. « La majorité de nos
Commande numérique modèle iB clients la refuse car l’échange de données doit passer par Internet », explique
de Fanuc. Marc Gaufreteau.

28#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


teurs. Le responsable du site industriel sures de résistance. Dans les faits, il est
peut ainsi planifier le changement du employé comme un capteur. Ainsi, la CN
(ou des) moteur(s) prochainement hors est capable de définir elle-même un plan
d’usage. De quoi éviter ainsi la panne et de maintenance grâce au contrôle direct
son lot d’actions curatives, toujours plus des faiblesses de certaines pièces car on
coûteuses car imprévisibles. En effet, elle lui a intégré les phénomènes physiques
peut se produire au cours d’un cycle d’usi- qui usent ces pièces ».
nage. La maintenance prédictive améliore
la productivité des machines, et donc les En effet, la CN fait corps avec l’entraîne-
marges financières. ment. Cette notion d’entraînement prend
en compte la chaîne complète de trans-
Comment la CN collecte les données de mission, à la fois mécanique (les axes,
la machine-outil  ? Selon Marc Gaufre- les arbres, les courroies…), électriques
teau, « son moteur est, par exemple, relié (les moteurs) et électroniques (variateurs
Boîtier et logiciels de program-
à un variateur de fréquences. Celui-ci de vitesse et servomoteurs). C’est déjà
mation pour CN et robots Fanuc.
peut être utilisé pour réaliser des me- demain. 

La télémaintenance : premiers pas


des robots dans l’Industrie 4.0

Gimélec  : Quelles seront les pro- En 40-50 ans, l’évolution des robots industriels a fait des bonds
chaines grandes évolutions techno- spectaculaires. Plusieurs avancées techniques – remplacement des mo-
logiques des robots ? teurs hydrauliques par des moteurs électriques, pilotage par commande
numérique, augmentation des performances des bras polyarticulés, fonc-
Philippe Charles : Je perçois sept grandes tionnement multitâches, communication via les réseaux Ethernet, inter-
tendances. Dans le désordre, il y aura : face homme-machine sur mesure, fiabilité très élevée (taux de disponi-
– la réduction de la taille de la baie bilité supérieur à 99,96 %), programmation CFAO hors-ligne… – et cette
de commande grâce à la réduction du évolution n’est pas encore terminée. L’Industrie 4.0 promet de nouveaux
nombre de composants, de la taille de développements que nous dévoile Philippe Charles, chef produit dans la
l'électronique de puissance, de la généra- division « Discrete Automation & Motion » d’ABB France.
lisation du media Ethernet et de l'intégra-
tion, toujours plus poussée, du matériel
informatique,
– l’augmentation des performances, no- – l’intégration de plus en plus poussée voire des changements issus de ruptures
tamment la capacité de charge moyenne des fonctions de sécurité avec les fonc- technologiques, typiquement dans le do-
des robots, tions de mouvement du robot, maine des moteurs, des variateurs et des
– la diversification des gammes et des – l’intégration de plus en plus poussée réducteurs.
architectures mécaniques de robots, en de capteurs (au sens large  : vision, cap-
particulier vers des robots spécialisés, teur d'efforts, etc.), Un autre axe de développement spéci-
– l’accroissement de la précision des ro- – la collaboration homme-robot va se dé- fique à court-moyen terme concerne la
bots en position et trajectoire. À l'inverse, velopper. On parle de « robot collaboratif ». facilité d'utilisation des robots  : c'est
la répétabilité des robots ne va pas beau- une évolution importante pour accroître
coup s'améliorer  : les robots sont déjà En parallèle, d'autres évolutions pos- l'utilisation des robots dans toutes les
plus répétables que ne le demandent les sibles concernent les composants mis branches industrielles et en particulier
applications industrielles, en œuvre dans la conception des robots, dans les PME. Cela concerne aussi bien

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #29


l'installation, que la programmation et la
maintenance du robot. Rappel synthétique des grands progrès des robots
Nicolas Couche, responsable Produits à la division Robots de Fanuc France,
Gimélec  : Dans un avenir à moyen nous décrit les étapes clés des robots, des machines de plus en plus « intelli-
terme, pensez-vous que les robots gentes » :
industriels pourront se passer des
D’hier à aujourd’hui :
instructions de la commande numé-
rique, de l’automate, des logiciels de  Utilisés à la manutention.
FAO, de MES ?  Intégrés dans les processus de fabrication : peindre, cisailler, etc.
 Associés au contrôle de pièces (notamment en fin de fabrication) et à l’ins-
pection de colis (check-list), par exemple.
Philippe Charles  : On ne peut pas faire  Mobilité des robots placés sur AGV ou rails.
de généralisation pour toutes les indus-  Réalisation de tâches de plus en plus complexes grâce à l’ajout d’un second
tries : par exemple, la logique de gestion bras, par exemple un bras est utilisé à la manutention pendant que l’autre
des automatismes et de l’informatique assure une tâche de fabrication.
d’une ligne de production automobile est  Analyse fine des dérives, surveillance de l’état de santé des robots et aler-
complétement différente de celle d’un ter des équipes de maintenance avant la panne. Grâce à la maintenance
proactive, on planifie le changement des pièces « affaiblies », optimisant
atelier de PME. Dès qu'il y a plusieurs
ainsi la production, donc les marges.
robots et machines sur un îlot de produc-
tion, il y a nécessairement un automate Demain :
qui synchronise l'ensemble et ce n'est  Programmabilité des robots plus faciles.
pas près de changer. Par contre, le point  Adaptabilité : les robots pourront effectuer différentes tâches selon l’objet
commun est à la réduction des coûts à traiter grâce à un système de vision plus évolué. Ils pourront faire la dif-
des installations industrielles, y compris férence entre des milliers de pièces différentes et lancer l’opération qui
des automatismes. On peut prendre en convient. Cette équation permet d’abaisser le niveau de retour sur inves-
tissement en étant plus flexible sur les petites séries.
exemple l'intégration accrue des réseaux
de terrain sur la base d'un media Ether-
net où peuvent circuler des données de souvent l'absence de réseau Ethernet qui des robots de la génération précédente,
limite les possibilités des robots existants. – d'une manière générale, tous les ro-
bots installés d'un même type ne sont
Gimélec  : Comment s’inscriront les pas «  égaux  » entre eux car l'usure de
robots dans un environnement de leurs organes internes dépendra de la
type Industrie 4.0 ? façon dont ils seront utilisés et des cycles
induits par leur programmation : débatte-
Philippe Charles  : La baie de commande ments, vitesses, couples, etc. C'est là que
IRC5 de nos robots possède plusieurs le suivi individualisé du robot prend toute
fonctions qui vont dans ce sens. Ont été son importance dans le cadre de la main-
développées, par exemple, des méthodes tenance prédictive.
d'analyse des données de la baie à des
fins de télémaintenance et de mainte- Dans la même veine, ABB a également
nance prédictive. C’est pour nous claire- mené des réalisations dans le domaine
Collaboration entre plusieurs ro- ment une application privilégiée dans le du service :
bots ABB pour effectuer une tâche. concept « Industrie 4.0 » : – le « Remote Service » est un boîtier qui
– beaucoup d'industriels sont confrontés collecte les informations pertinentes pour
tous types : protocoles de communication à la nécessité d'augmenter leur produc- la maintenance et l'exploitation du robot
divers et variés, informations relatives tivité ; ils doivent entre autres réduire les avant de les envoyer vers un serveur. La
au contrôle-commande, informations de arrêts de production au strict minimum connexion peut se faire par réseau Ether-
sécurité, etc. et réduire les coûts de maintenance. Il y net ou par GPRS. Ces données servent
a d’ailleurs un paradoxe : les robots sont entre autres à générer des alertes et des
Quand le robot est connecté à Ethernet, il tellement fiables, que les utilisateurs ont rapports automatiques en cas d'ano-
peut remonter des informations de toutes tendance à oublier le robot et peuvent malies, au support technique, ainsi qu'à
natures à un serveur central  : archivage alors se faire surprendre par l’usure nor- l'analyse prédictive,
des programmes quand le volume de male de certains composants – l’analyse prédictive pour évaluer
données ou la diversité de pièces sont – pour ABB, le métier de service tend l'usure de composants sensibles comme
très importants, dans l'aéronautique no- de plus en plus à être proactif. Cette ap- les faisceaux de câbles et les réducteurs
tamment ; suivi des aléas de production ; proche est basée sur des développements du robot,
etc. Cela se développera si les industriels réalisés en interne, par ABB, grâce à son – l’« Easy-to-Maintain », une tablette PC
investissent dans le déploiement d'un expertise et par l’utilisation au mieux les de vidéo guidage pour faciliter les opéra-
réseau Ethernet dans leurs ateliers. C'est technologies disponibles, y compris sur tions de maintenance mécanique. 

30#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Les technologies concernées

Logiciels : la bibliothèque
de l’usine numérique

Vers la convergence des logiciels

L
’Industrie 4.0 trouve sa fortune dans Il y a trente ou quarante ans, les initiatives jaillissaient dans le dé-
l’expansion continue de la numérisa- sordre : naissance de l’ancêtre des progiciels de gestion intégrée (ERP),
tion de l’économie. Cette numérisation de la CAO, des logiciels de maintenance… Depuis quelques années, un
n’aurait pas été possible sans l’existence de mouvement perceptible se dessine  : les fonctions de ces logiciels, tou-
logiciels toujours plus performants : CFAO, jours complémentaires, convergent de plus en plus. Jusqu’à n’en faire
PLM, MES, GMAO, ERP… Présentation des plus qu’un ?
outils phares au service de l’usine numé-
rique et de son environnement.

Conception et fabrication
assistées par ordinateur
La FAO va décrire précisément, via la com- tement. Les délais d’assemblage et
Le passage du plan dessiné à la main au mande numérique, les mouvements que d’aménagement ont été, de fait, considé-
plan numérique réalisé à l’aide d’un ordi- doit exécuter la machine-outil pour réali- rablement réduits.
nateur a fait chuter d’environ 30 % le taux ser la pièce demandée. Certains logiciels
d’erreurs des cotations, répétées autant de FAO sont capables de lire directement Les logiciels de Product Lifecycle Mana-
de fois qu’il y avait de plans à reproduire. les fichiers des grands éditeurs de CAO. gement (gestion du cycle de vie du pro-
Inutile d’être ingénieur pour comprendre Dans d'autres cas, CAO et FAO sont inté- duit) sont utilisés pour créer et gérer les
l’intérêt de la conception assistée par grées et ne nécessitent pas de transfert. produits tout au long de leur vie. De fait,
ordinateur. le PLM met l'accent sur la définition des
Tout sera-t-il possible  ? C’est oui pour produits qui seront régulièrement modi-
En fait, le potentiel de la CAO est plus Bernard Charlès, P-DG de Dassault Sys- fiés au cours de leur vie, de la conception
grand encore. On peut, en effet, conce- tèmes  : «  Numériser le monde, numéri- initiale jusqu'à la mise à la retraite (dé-
voir des produits en trois dimensions, les ser la conception, la simulation, la fabri- mantèlement ou recyclage).
outils pour les fabriquer et étudier leur cation, la présentation des produits dans
comportement à travers des simulations les rayons d’un supermarché, mais aussi Le PLM est composé de plusieurs outils
numériques. Si les premiers logiciels l’utilisation qu’en aura le client avant la informatiques  : la CAO, la gestion de
proposaient un historique figé (pas de décision de les développer. » (cad-maga- la maquette numérique (au moyen de
retouche possible), les versions suivantes zine n°171, page14, jan.-fév. 2013). modèles 3D), la simulation numérique,
ont facilité, grâce à la conception para- la gestion électronique des données et
métrique, les modifications des pièces Gestion du cycle de vie documents techniques (GEDT), la gestion
étudiées. Et cela à différents niveaux  : de configuration, la gestion des modi-
des produits (plm)
calcul, représentation graphique, dessin fications, la gestion des connaissances
de plan, manipulation d’objets 3D, gestion La meilleure façon d’illustrer les béné- métier et la gestion des projets (pour de
de grands assemblages. fices d’un Product Liecycle Manage- futurs développements).
ment (PLM), c’est de rappeler l’exemple
La fabrication assistée par ordinateur emblématique du Falcon 7X. Dassault Parallèlement, plusieurs services sont
(FAO), quant à elle, permet de traduire le Aviation a réussi l’assemblage physique sollicités par le PLM  : le marketing, le
fichier CAO en un fichier contenant le pro- de l’avion d’affaires sans passer par un bureau d’étude, l’atelier de fabrication, le
gramme de pilotage d'une machine-outil. prototype physique ni le moindre ajus- financement, des approvisionnements, du

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #31


stockage, de l’après-vente, etc. Cela sup- vail, 55% le temps de travail perdu, 36% les d’entrepôts et systèmes de production. Ils
pose une collaboration étroite entre les temps de saisie, 35% les temps de cycle de pourront s’échanger des informations de
différents services. fabrication, 32% les en-cours et 22% les manière autonome sur leurs propres acti-
délais. Tout cela grâce à l’optimisation des vités et se contrôler les uns les autres ».
In fine, le PLM apporte plusieurs béné- flux de production, à l’augmentation de la
fices : il réduit le temps entre la concep- réactivité et à une traçabilité sans faille. « Ce type de progiciels permet de gérer
tion et la mise sur le marché des produits, de nombreuses fonctions de l'entre-
le coût des prototypes, les déchets et, Parmi les principales fonctions d’un Manu- prise  : gestion commerciale, logistique,
théoriquement, améliore de la qualité. facturing Execution System (MES), gravées ressources humaines, comptabilité,
dans le marbre par l’organisme de nor-
Les secteurs aéronautique et automobile malisation ISA, citons l’ordonnancement
ont été les premiers à adopter le PLM. Il (gestion des ordres de fabrication), le che-
est employé aujourd’hui partout : embal- minement des produits-des lots et le suivi
lage, textile, jouets… des opérations en temps réel, la collecte
et l’acquisition de données, la traçabilité.
Enfin, le PLM a tendance à devenir un
logiciel de Service Lifecycle Management In fine, un MES délivre aux automates
(SLM) car le service sera associé encore (contrôle-commande) les données néces-
plus fortement au produit. Selon Marc saires à l’exécution de l’ordre de fabrica-
Diouane, vice-président exécutif Glo- tion. Il recueille aussi les données issues
bal Services de PTC, «  la demande des de la production pour en rendre compte à
clients évolue. Ils souhaitent fournir plus la planification. « On dit que le MES est le
qu’un produit, un service complet. Une vecteur de l’efficience, mais c’est aussi un
démarche présente dans le domaine aé- vecteur d’amélioration de la rentabilité.
ronautique et qui arrive désormais dans Quand on gère une unité de production,
les secteurs automobile et high-tech on fabrique des produits qui ont un prix
notamment. Cela bouleverse le proces- de revient, prix qu’on cherche à optimiser.
sus amont de conception en intégrant Avant le MES, on calculait le coût standard
par exemple des spécialistes support dès sans prendre en compte la variance entre
le départ. Notre rôle est de fournir des le standard et le coût réel. Avec le MES, on
solutions techniques intégrées, d’aider a un bras armé pour cela. Il faut travailler
les industriels à optimiser leurs proces- sur un axe descendant de l’ERP vers le
sus et de couvrir le cycle de vie du produit, MES, mais le MES est aussi contributeur Simulation ergonomique lors de
depuis la première esquisse jusqu’aux d’informations utiles à l’ERP pour boucler la conception du Falcon 7X en
services qui l’accompagnent  ». (cf. cad- le closing  ». (cf. Jautomatise n°89, page utilisant un logiciel Dassault
magazine n°171, page 16, jan.-fév. 2013). 67, juil.-août 2013). Système.

Système d’ordonnancement On le voit, le MES se situe entre l’ERP en contrôle de gestion… Grâce à l’ERP, le
amont et le contrôle-commande en aval. personnel de différents départements de
de la production (mes)
Il a été créé pour suppléer l’absence de l’entreprise travaille dans un environne-
Une enquête de Manufacturing Enterprise communication entre le système d’auto- ment homogénéisé. Parce qu’il repose
Solutions Association (Mesa) auprès des matisme et le système de planification. Il sur une base de données unique, l’ERP
utilisateurs de logiciels MES a révélé que sert aussi à faire exécuter la production. en assure l’intégrité, la non-redondance
67% des entreprises, ayant répondu à son C’était une façon de faire de l’Industrie 4.0 de l'information, ainsi que la réduc-
enquête, ont réduit les documents de tra- avant l’heure. tion des temps de traitement », déclare
Arnaud Martin, P-DG de l’éditeur d’ERP
Progiciel de gestion integré Clip Industrie.
(erp) et gestion de la produc-
L’«  ERP industriel  » trouve son origine
tion assistée par ordinateur
dans le besoin de planifier la production
SAP, numéro un ou deux mondial de (il peut aussi être interfacé avec des logi-
l’ERP, a publié le 23 mai dernier un com- ciels de gestion d’entrepôts, de la relation
muniqué dans lequel il laisse entendre client, de la maintenance, etc.).
qu’il s’impliquera dans l’Industrie 4.0 car
ce concept couvre une grande partie de Le module industriel s’apparente à la
ses compétences  : «  L'Industrie 4.0 se gestion de la production assistée par
Logiciel Delmia pour la simulation
traduira par des connexions entre ma- ordinateur (GPAO). En fait, ce logiciel est
virtuelle d'une ligne robotisée.
chines intelligentes, systèmes de gestion couramment intégré aux ERP depuis la fin

32#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


des années 1970-début des années 1980. Gestion de la maintenance
Ses principales fonctions sont : la gestion assistée par ordinateur
des stocks et des achats, la gestion de
commandes, la gestion des produits en- La gestion de la maintenance assistée par
gendrés par ces commandes, la gestion ordinateur (GMAO) est destinée aux ser-
des articles entrant dans la fabrication de vices de la maintenance. Le véritable en-
ces produits et de leurs nomenclatures- jeu d’un tel outil, c’est prévenir la casse.
gammes, la gestion de l’emploi du temps Mieux vaut être maître du calendrier des
du personnel de la production, la création réparations car cela coûte toujours moins
cher que la réparation d’une ligne de fa-
brication tombée en panne en plein cycle
de production. La GMAO fournit justement
des indicateurs qui facilitent les prises de
décisions, par exemple le maintien d’un
équipement dans un état de marche ou
son rétablissement. Principales fonctions
qui font un logiciel de maintenance sont :
la gestion des équipements (inventaire
des équipements et localisation des équi-
pements), la gestion de la maintenance
(ce module comporte souvent des fonc-
tionnalités ouvertes à des utilisateurs De la conception du véhicule au
extérieurs au service de maintenance), la véhicule final.
gestion de la mise en sécurité des instal-
lations pour les travaux de maintenance Et les autres
(consignation, centralisation, autorisation
de sécurité, déconsignation…), la gestion Il existe d’autres logiciels utiles à l’Indus-
des stocks, la gestion des achats, la ges- trie 4.0 – gestion des entrepôts (WMS), des
tion du personnel, la gestion des coûts et laboratoires (LIMS), de la relation client
les indicateurs clés de performance. (GRC), de la chaîne d’approvisionnement
ou logistique (SCM)… La présentation,
La GMAO a été enrichie de nouvelles fonc- succincte, des logiciels nécessaires à
tions, comme les réglementations tech- la production montre en filigrane que
et gestion du calendrier de fabrication, les niques ou la gestion des plans des bâti- les frontières entre les uns et les autres
expéditions des produits et la facturation. ments, etc. Ces extensions font évoluer s’estompent. Les briques logicielles qui
son appellation en logiciel de gestion des participent à la construction de l’Industrie
Comme dans les logiciels présentés plus actifs ou Enterprise Asset Management 4.0 ne feront peut-être plus qu’une suite
haut, une donnée nouvellement saisie (EAM). à l’avenir. 
dans le système d'information, est aussi-
tôt récupérée par les autres modules du
système, selon une programmation pré-
définie. Cette fonction est assurée par le
un moteur de gestion des flux (workflow).

«  L’ERP facilite également la traçabilité.


C’est très important pour les secteurs de
l’aéronautique et de l’industrie du médi-
cament », ajoute Arnaud Martin. Pour lui,
« les deux grandes tendances de l’ERP sont
la mobilité et la simplification d’usage ».

Enfin, un ERP est également capable de


communiquer avec les fournisseurs pour
les commandes de matières premières
ou avec les transporteurs, le partage du
même système d’information facilitant
la communication interne et externe à
Modélisation avec logiciel Créo de PTC d'un engin de travaux publics.
l’entreprise.

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #33


Les technologies concernées

La supervision dans le sens


de l’histoire de l’Industrie 4.0

Les logiciels de supervision forment un poste d’observation sans «  Autrefois, l’opérateur consultait un
égal : ils affichent le moindre incident en temps réel, puis l’archivent. Au- pupitre de contrôle par machine  ; au-
delà de l’appui au contrôle-commande, la collecte de millions de données jourd’hui, il peut consulter les indicateurs
relatives à la production peut servir à d’autres applications, ceux de la clefs de plusieurs équipements sur sa ta-
maintenance par exemple… Il « suffit » de les interfacer. C’est l’un des blette, qu’il soit dans les allées de l’usine
enjeux de l’Industrie 4.0. ou qu’il soit hors de l’usine  », déclare
Grégory Guiheneuf, directeur du marke-
ting de Factory Systemes et Wonderware
France. À terme, ajoute-t-il, «  la réalité
augmentée devrait permettre à l’opéra-
teur de visualiser les ordres de fabrication
en cours, les données qualité… jusqu’à

D
es années lumières se sont écou- leurs permettant de prendre des déci- l’information sur une pièce en particulier
lées entre la supervision d’hier et sions pour assurer la bonne conduite simplement en dirigeant sa tablette vers
d’aujourd’hui  : fini les immenses d’une fabrication (lire encadré ci-contre). les équipements ».
panneaux de contrôle figés avec vumètres,
voyants lumineux, alarmes sonores… Superviser à distance plusieurs ateliers Un outil de contrôle centralisé
L’ordinateur qui s’est imposé, a progres- ou usines n’est plus de la science-fiction.
puissant
sivement pris le contrôle de l'ensemble de Certains offreurs appellent «  hypervi-
l'usine, évoluant du pupitre opérateur au sion » ce progrès. Il a été possible grâce Parallèlement, nous sommes passés de
pied de la machine à une salle de contrôle à l’évolution de l’informatique qui est pas- l’utilisation de petites bases de données
d’où l’on peut surveiller plusieurs équipe- sée de l’architecture « monoposte » à une d'historiques sur chaque ordinateur à un
ments, ateliers ou sites de production à architecture « client-serveur » (renforcée serveur unique hébergeant l'ensemble
la fois. ici par les progrès de la virtualisation qui des données «  process  » d'une ou plu-
rend indépendante la couche physique de sieurs usines, servies par des capacités de
La supervision, système informatique la couche applicative) et à l’évolution des calcul phénoménales. «  La base de don-
interactif qui se situe entre les automates réseaux de (télé)communications, de plus nées de Wonderware par exemple, peut
d’atelier et la gestion de la production, en plus interopérables (lire article sur traiter jusqu’à 2 millions de points de me-
fournit aux opérateurs les informations « Les réseaux et les protocoles », page 25). sure en temps réel sur un seul serveur, à
une cadence d'enregistrement de 300 000
Ce que fait un logiciel de supervision changements d’état par seconde. Le Big
Data dans l'usine est bel et bien une réa-
Le superviseur fait exécuter, par les automates, un ensemble d’opérations de lité », témoigne Grégory Guiheneuf.
commande au système productif (marche-arrêt, envoi de consignes…). L’ordre
peut avoir pour origine une opération de fabrication, de correction, de sécurité,
de test, etc. Selon Grégory Guiheneuf, « l’évolution des
logiciels de supervision sera horizontale
Les acquisitions de données sont obtenues via l’automate. Une interface et verticale. Horizontale, car le marché
homme-machine, qui permet de représenter graphiquement le mode opéra-
a évolué vers des plateformes de super-
toire, permet aussi de programmer les alarmes, la gestion des droits de chaque
utilisateur, l’évolution des indicateurs clefs… vision distribuées sur plusieurs serveurs
capables de traiter au sein d'une seule
L’archivage des données dans une base favorise la traçabilité des opérations application de plus en plus de données.
de fabrication. Les bases de données sont aussi partagées de plus en plus, en
Verticale, car ces plateformes offrent
temps réel, avec les automates.
également une interface d'échange de
Enfin, différentes applications peuvent être surveillées  : la gestion technique données idéale entre le monde de l'auto-
centralisée des bâtiments (éclairage, chauffage…), la télégestion d’infrastruc- mation et les logiciels du système d'infor-
ture de type eau ou gaz (Scada), les industries de procédés et/ou batch (pétro-
chimie, industrie du médicament) et les industries manufacturières (production
mation de l'entreprise – GMAO, SIG, ERG,
par îlot). PLM, etc. En effet, la supervision n'est
plus déconnectée du reste des applica-

34#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Package de logiciels B&R de supervision.

tions de l'entreprise, mais au contraire Un opérateur verra toutes les données Aussi pour faire face à l'augmentation du
en lien très étroit avec les logiciels de «  process  » de la machine, incluant des volume de données, les éditeurs travaillent
maintenance, de systèmes d’information données provenant du MES. Un technicien sur la contextualisation des données.
géographique, de gestion intégrée, les fa- de maintenance verra quant à lui le même «  Être capable pour un utilisateur novice
meux ERP, etc. ». Cela va justement dans équipement avec la liste des dernières de rapidement savoir si son process est
le sens de l’Industrie 4.0. interventions, l'historique des données sous contrôle ou en cours de dérive néces-
process sur le dernier mois, la documen- site de contextualiser la donnée affichée
On trouve d’ores et déjà des superviseurs tation technique des équipements, etc. Un sur le superviseur. Les nouvelles généra-
connectés à des logiciels de gestion de la responsable de production pourra voir le tions de produits offrent ces capacités de
maintenance. La remontée d’un défaut du nombre de pièces produites par rapport traitement en natif pour que l'utilisateur
superviseur vers la GMAO peut déclen- à la cadence théorique, le niveau de qua- ait toutes les données qui lui permettront
cher un ordre de maintenance. De ce fait, lité des derniers échantillons prélevés, de prendre la bonne décision, même si il
la maintenance est faite au bon moment, etc. C'est en ce sens que la supervision n'a pas une connaissance parfaite du pro-
ni trop tôt, ni trop tard ! devient un outil collaboratif. cess », explique Grégory Guiheneuf. 

Le logiciel de supervision,
une plate-forme collaborative
La supervision n'est plus isolée et sim-
plement connectée à sa machine ou à son
usine. Connectée au reste du système
d'information de l'entreprise, elle permet
dorénavant d'augmenter la collaboration
entre les équipes sur le terrain et la direc-
tion de l'entreprise. L'interface de super-
vision peut fournir aux utilisateurs une vi-
sion 360° de leurs « process », en fonction
de leur rôle mais aussi de leur localisation
dans l'entreprise. Un même équipement
pourra donc être vu de manière très diffé- Logiciel de gestion de l'énergie Sinergyplatform de Wonderware.
rente en fonction de la mission de chacun.

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #35


Les technologies concernées

La Smart-Industrie génère
des opportunités inenvisageables il y a peu

Les technologies « intelligentes » et la connectivité étendue sont Chaque phase du cycle de vie peut être
aujourd’hui deux points clés dont doivent tenir compte les éditeurs de optimisée à la fois en termes de coût
logiciels de gestion du cycle de vie des produits (PLM). S’ils introduisent pour le fabricant, de valeur ajoutée pour
de la complexité, ces éléments augmentent aussi le champ des possibles. le client et d’impact sur l’environnement,
Dixit Andrew Wertkin, directeur technologique de l’éditeur américain PTC. grâce à des architectures innovantes plus
flexibles, permettant de répondre tant aux
multiples exigences des clients qu’aux
impératifs parfois plus locaux et de per-
fectionner ainsi les configurations, en
Gimélec : Quelle sera la place d’un logi- amenés à s’orienter vers des systèmes proposant plusieurs variantes physiques.
ciel de PLM dans la chaîne de valeur qu’ils ne contrôlent pas nécessairement Cela nécessite de faire évoluer les proces-
qui va de la création d’un produit à la de A à Z. L’optimisation des produits, tant sus PLM pour y inclure des composantes
fin de vie de ce produit ? au niveau de leur fabrication que de leur d’ingénierie système et d’ingénierie logi-
utilisation, dépend de la connectivité asso- cielle. Les comportements et les inter-
Andrew Wertkin  : La Smart-Industrie gé- ciée, des machines qui les fabriquent et de faces doivent être modélisés, les équipes
nère des opportunités en matière de ges- l’environnement qui les entoure. L’ingé- dispersées doivent rester connectées sans
tion du cycle de vie des produits (PLM), interruption en temps réel pour échanger
des opportunités tout bonnement inen- des données autrefois transmises de ma-
visageables il n’y a pas si longtemps. La nière formelle. Il s’agit en outre de mettre
définition même de « produit » dans l’acro- La Smart-Industrie en place un ensemble de fonctionnalités
nyme PLM évolue. Se limitant auparavant génère des opportunités clés pendant l’utilisation des produits pour
générer de la valeur sur le long terme et
à un livrable issu de différents processus
de la conception à la fabrication, sa notion
en matière de gestion du ainsi apporter une valeur ajoutée au client.
s’est élargie  : les fabricants interagissent cycle de vie des produits Nous sommes en train d’adopter une ap-
désormais avec leurs produits tout au long (PLM), des opportunités proche ciblée sur les besoins actuels des
des étapes de la fabrication, l’utilisation fabricants présents sur le marché de la
puis le recyclage. Plus important encore, tout bonnement Smart industrie tant dans notre stratégie
inenvisageables il n’y a produits que d’acquisitions.
pas si longtemps. Gimélec : Quelles sont les grands choix
structurants de la R&D de PTC en ma-
tière de Smart-Industries ?
nierie des systèmes devient une fonction-
nalité PLM essentielle pour appréhen- Andrew Wertkin  : Nos investissements
der toute la complexité introduite par les en matière de R&D portent essentielle-
technologies intelligentes. La connectivité ment sur la planification des produits et
doit être maintenue tout au long des dif- services intelligents (Smart Products &
férentes phases du cycle de vie du produit Services), leur conception, leur fabrica-
pour permettre aux fabricants d’innover, tion et les services d’assistance connexes.
de gagner en performance et par là même À l’instar des besoins de nos clients, les
Andrew Wertkin, CTO de PTC
de se démarquer. technologies intelligentes ne sont pas le
Monde.
fruit d’un seul fournisseur ou d’une seule
les clients en retirent une valeur ajoutée, Gimélec : Comment positionner les logi- solution. Via ces produits « intelligents »
car ces produits reposent sur des tech- ciels de PLM dans la Smart-Industrie ? ou Smart Products, nous tirons parti de
nologies intelligentes, à la fois en termes partenariats, établissons des normes et
de fabrication et d’utilisation. Les fonc- Andrew Wertkin : La vision de PTC aborde garantissons une interopérabilité  ; nous
tionnalités des produits sont créées par la la Smart-Industrie à toutes les étapes  : élaborons des solutions plus perfor-
connectivité à d’autres produits et infras- idée, conception, fabrication, utilisation, mantes que ne serait la simple addition
tructures. Les fabricants vont donc être maintenance et mise au rebut finale. de technologies différentes. 

36#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Les technologies concernées

Les nouveaux outils


de l’entreprise étendue :
Cloud Computing, Big Data,
réseaux sociaux et Impression 3D

L
L’extension des liens de l’usine numérique hors des murs est l’un
’Industrie 4.0 et, a priori, l’usine
des fondements du concept Industrie 4.0. Cloud Computing, Big Data, ré-
numérique seront confrontées à
seaux sociaux et imprimantes 3D seront, s’ils ne le sont déjà, les outils
une inflation de données, émises et
emblématiques de cette extension.
reçues. Il faudra les exploiter mais pour
quelles finalités  ? Le Cloud Computing
peut faciliter la gestion de son informa-
tique, le Big Data aider à voir clair dans
les millions de données à analyser, les
réseaux sociaux à tisser un lien fort (voire
émotionnel) avec les clients et l’impri-
mante 3D rapprocher les lieux de pro-
duction des consommateurs. Rappel de
quelques fondamentaux.

Le Cloud Computing ou le
système d’information facile
Distinguons d’abord le Software as a ser-
vice (Saas) du Cloud Computing. Le pre-
mier est une suite logicielle accessible
sous forme de service en ligne, payable
selon l’usage (forfait ou réel). Le second
fournit un ensemble de services via Inter-
net. Son offre comprend un accès avec
de la bande passante, du stockage, des
applications et des services (gestion de
Le cloud - centre nerveux des informations.
la sécurité, par exemple). L’offre de Cloud
Computing se distingue d’une ferme de
serveurs par le niveau de la prestation. Le
data center arrête son offre à la location a)Les avantages du Cloud Computing priori, de machines et de mises à jour lo-
de serveurs, à une capacité de stockage • le coût : le même service étant amorti gicielles récentes. Seul le navigateur par
et à de la bande passante. sur un grand nombre d’utilisateurs, les lequel le client accède à ses applications
coûts de fonctionnement sont proportion- nécessitera quelques ajustements.
Les fournisseurs de Cloud Computing nellement plus bas que ceux d’une instal- • la réactivité  : face à l’évolution des
jouent sur la mutualisation des res- lation individuelle dans une entreprise, besoins du client, la réactivité est un
sources, offrant des capacités, en théorie • la délégation de service : plus de ges- point fort, du moins tant qu’existera un
illimitées, avec des possibilités de pro- tion de parc de machines ni de mises à niveau de concurrence suffisant entre
gression quasi instantanées. jour logicielle. En effet, le client dispose, a prestataires,

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #37


• In fine, l’entreprise recentre ses res-
sources sur son cœur de métier. Et ce
n’est pas le moindre des avantages.

b) Les inconvénients du Cloud


Computing

• la confidentialité et la sécurité des


données  : les données étant hébergées
en dehors de l’entreprise, c’est donc un
risque potentiel de voir ses données pira-
tées ou corrompues. Il faut donc s’assu-
rer que le fournisseur possède une sécu-
rité et une politique de confidentialité à
la hauteur des enjeux. Comme il existe
des réseaux privés virtuels, pourquoi ne
pas opter pour un Cloud Computing privé
virtuel ? Enfin, le choix de l’opérateur est Réseaux sociaux et Industrie 4.0 devront interagir.
très important (lire l’article « Pas d’usine
numérique sans sécurité informatique »,
page XX), qui fonctionne avec de puissants algo- telligence. Alors qu'il y a à peine quelques
• la dépendance : si l’entreprise souhaite rithmes, est déjà largement utilisé par les mois, le rafraîchissement des tableaux de
des fonctionnalités spécifiques, le four- moteurs de recherche, le marketing, les bord d'aide à la décision se limitait à J+1
nisseur peut se montrer hésitant, voire laboratoires de R&D… et les services de (contre mois+1 il n'y a même pas 5 ans !),
immobile. À moins de payer le prix fort, renseignement. aujourd'hui les entreprises veulent au
très fort… L’idéal pour les industriels se- minimum un rafraîchissement plusieurs
rait la création de leur propre prestataire Stocker des données et en tirer une syn- fois par jour, voire plusieurs fois par heure,
de Cloud Computing, sous forme de GIE thèse sur le passé de l'entreprise n’est notamment pour les e-commerçants ».
ou de coopérative, plus suffisant. Grâce au Big Data, ces
• la propriété des données : puisque les données peuvent indiquer une direction Les réseaux sociaux ou
données de l’entreprise sont stockées à suivre, certes avec des probabilités
l’entreprise 2.0
chez le prestataire, à qui appartiennent- de réalisation. Ainsi, l’entreprise peut
elles  ? La réponse n’est pas si évidente construire des modèles prédictifs. Les Initier un dialogue, échanger, parta-
que cela. Attention donc à la rédaction des suivre ou non est une autre question. ger, écouter, entrer en relation… C’est le
contrats, propre des réseaux sociaux, quels qu’ils
• la réglementation et les lois  : dans le La capacité du Big Data de pouvoir rafraî- soient : Twitter, Facebook, Viadeo, Linke-
cas d’un hébergement hors de France, chir un tableau de bord plusieurs fois par din, Youtube, Dailymotion… Formidables
quelle réglementation et quelles lois s’ap- jour lui donne un avantage clé, en parti- vecteurs d’images, positives ou négatives,
pliquent en cas de conflit avec son presta- culier face aux outils traditionnels d’intel- leur utilisation diffère s’il s’agit d’un ré-
taire ? La localisation des données est un ligence économique. Romain Chaumais, seau social public ou privé.
enjeu capital (cf. l’affaire PRISM). cofondateur et directeur des opérations
d’Ysance, s’est exprimé sur ce sujet au a) Les réseaux sociaux publics
Le Big Data ou la recherche Cercle des Échos (17 janvier 2013)  : «  À
de sens la différence des solutions décisionnelles Facebook, Twitter, Viadeo, etc. offrent
traditionnelles, le Big Data apporte une des fonctionnalités de partage propices
Quelle définition donner au Big Data  ? Il donnée chaude traitée à l'instant T avec à la viralité. L'internaute a la possibilité
a la capacité de donner rapidement un un niveau de détail tel qu'il permet d'iso- d’échanger à tout instant n'importe quel
sens à un très grand nombre de données ler et d'analyser, au cas par cas, chaque contenu. La diffusion de l'information ne
non structurées, grâce à leur traitement transaction et événement. L'analyse au coûte rien. Au-delà de la viralité, les ré-
à grande vitesse. Sa finalité est d’aider fil de l'eau des grands flux d'information seaux sociaux donnent l'opportunité à l'in-
son utilisateur à prendre des décisions à sur les produits et services, les ache- ternaute de jouer un rôle actif en relayant
partir des résultats de requêtes. Investir teurs ou les fournisseurs, ou encore les certaines informations via un blog, un wiki,
dans le Big Data n’est pas une obligation préférences des consommateurs apporte un commentaire, un avis, un vote…
mais il est vivement recommandé de le à l'entreprise un avantage concurrentiel
faire devant l’explosion des données qui non négligeable. Il existe de nombreuses réussites de
s’échangent (et qui continueront à pro- campagnes virales orchestrées par des
gresser avec la généralisation des cap- Une réalité du Big Data que l'on cherche de entreprises BtoC. C’est notamment le cas
teurs). Bien qu’émergent, le Big Data, plus en plus à transposer à la Business In- de Porsche. Pour célébrer ses cinq mil-

38#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


et discutent sur les projets. Les salariés tion par agglomération de poudre métal-
Des télécommunications se sentent valorisés en accédant aux lique ou plastique a prouvé son avantage
sans faille au service mêmes informations, en temps réel, dans économique pour les pièces uniques.
de l’Industrie 4.0 une organisation peu hiérarchisée. Ce La technique ayant fait ses preuves, son
type de travail collaboratif, qui développe emploi a été étendu à la fabrication rapide
La réussite de l’Industrie 4.0 repo-
sera en partie sur une infrastruc- les interactions, renforce aussi l’esprit de petites séries, en général complexes à
ture de télécommunications irré- d’entreprise. Sans compter qu’il restera usiner.
prochable. Les opérateurs, qui en des traces des informations échangées,
sont les exploitants, devront être autant d’éléments qui aideront à consti- La baisse des coûts de ces machines a vu
capables de fournir : tuer une base de données très utile. leur nombre progresser, jusqu’à favori-
 du très haut débit, ser l’apparition des Fab Lab, ces espèces
 une disponibilité des réseaux supé-
Des précautions doivent cependant être d’atelier avec une machine pouvant fabri-
rieure ou égale à 99,999 %, même
s’ils combinent différentes techno- prises, à la fois techniques et managé- quer à la demande des biens de nature
logies : fibre, cuivre, hertzien, riales. L’outil informatique ne doit pas être variée à l’unité. Un préalable à cela  :
 une sécurité physique et logique un moyen de contrôle et une règle du jeu obtenir le fichier CAO qui permet cette
sans faille, doit être établie pour éviter des dérives fabrication.
 une accessibilité dans toutes les potentielles. L’entreprise entre ici dans
zones du monde où l’entreprise à l’ère 2.0. Ce mouvement a fait l’effet d’un «  gad-
une activité,
get » jusqu’au moment où les industriels
 un système de contrôle simple,
sécurisé et efficace (temps de Imprimante 3D ou fabrication de poids et les logisticiens s’y sont inté-
réponse entre une commande et ressés. Ford, par exemple, regarde de très
additive
sa réalisation de quelques milli- près le potentiel de la fabrication additive,
secondes, indifféremment de la Les industriels sous-traitent, pour cer- notamment pour fournir aux garagistes
distance qui sépare le lieu de com- tains d’entre eux, la fabrication de proto- (ou directement aux clients) des pièces
mandement du lieu d’exécution), type à des prestataires spécialisés en fa- détachées disparues du catalogue, car
 un réseau privé concentrique
brication rapide, appelée de plus en plus trop anciennes, via un réseau d’ateliers
(lieu de production au cœur, les
partenaires à la périphérie) avec impression 3D. Et cela depuis une dizaine partenaires. Et des logisticiens, comme
des autorisations différenciées… d’années. En effet, le système de fabrica- UPS, qui lance une expérience de ce type,
se voient bien dans le rôle de l’atelier par-
lions de fans sur Facebook, le construc- tenaire.
teur a en effet mis au point le modèle 911
Carrera 4S d’après les souhaits exprimés En fait, la fabrication additive pourrait
par les internautes. Le capital sympathie impacter la chaîne d’approvisionnement
n’en est que plus renforcé. de manière profonde, du moins pour cer-
tains produits, forcément en métal ou en
Autre lien inattendu mais efficace  : le plastique.
fabricant de boules Obut a créé une ap-
plication pour smartphone destinée aux À côté de ce mouvement, signalons l’ac-
joueurs. À la fin d’une partie, on prend en tion de PTC, éditeur de logiciels PLM : il
photo les boules autour du cochonnet et travaille aussi avec les fabricants d’impri-
l’application révèle la boule la plus proche. mantes 3D sur les protocoles de commu-
Finis génuflexions, bouts de bois et ficelle. nication.
Les personnes âgées apprécient…
Les Français ne sont pas en reste puisque
Enfin, les réseaux sont de véritables ther- Phidias Technologies a mis au point une
momètres qu’il faut savoir utiliser. Leur technologie d’agglomération à partir de
surveillance permet de savoir à tout ins- lumières ultraviolettes émises par des
tant ce qui se dit sur l’entreprise, qui peut diodes électroluminescentes. La lumière
alors adapter aussitôt une stratégie de produite polymérise de la résine, en plu-
communication. sieurs points simultanément, avec préci-
sion et rapidité d’exécution. Cette tech-
b) Les réseaux sociaux privés nologie, grâce aux gains de productivité
et à l’amélioration de la qualité, ont vite
Les réseaux sociaux d’entreprise pré- attiré des industriels de la partie. Mise en
sentent bien des avantages. Les salariés, Un développement en pleine vente, plusieurs acquéreurs potentiels se
dont la participation à ces forums est expansion pour les imprimantes sont présentés. Au final, c’est le groupe
3D, ici l'un des derniers modèles français Gorgé qui l’a emporté. Affaire à
basée sur le bénévolat, partagent leur
Objet 260 de Stratasys.
réflexion. Ils s’échangent les bons tuyaux suivre. 

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #39


Les technologies concernées

L’Internet des objets : le web 3.0


au service de l’Industrie 4.0
L’Internet des objets, prolongement du machine-to-machine, est
une brique essentielle du 4.0. Associé à chaque objet, le capteur mesure
les valeurs pour lesquelles il a été programmé et les envoie, à intervalles
réguliers, à une base de données où ils sont analysés. Mais la véritable
explosion, plusieurs milliards d’envois, est aujourd’hui freinée par deux
obstacles majeurs : le coût et la disponibilité d’adresses IP.

L
udovic Le Moan, P-DG de Sigfox, verture mondiale mis à part les réseaux
(créée à Toulouse en 2009, Sigfox cellulaires. Il existe néanmoins beaucoup
est une entreprise spécialisée dans d’initiatives pour faire décoller l’Internet
les communications de machine-à-ma- des objets ».
chine ou l’Internet des objets) déclarait
récemment qu’« aujourd’hui, ce sont plus Parallèlement, ce que disait Philippe
de 150 milliards d’objets qui ont besoin Gautier, cofondateur de Business2Any, il
d’être connectés à travers le monde, y a trois ans environ reste encore vrai  :
des véhicules aux capteurs médicaux en «  L’Internet des objets […] nécessite
passant par les centrales d’alarmes ou d’une autonomie locale en matière de
encore les capteurs urbains et ruraux. perception, d’analyse, de savoir-faire et
Mais force est de constater qu’il n’y a de décision. […). Il faut donc doter [les ob-
que 80 millions d’objets connectés par jets] d’une intelligence adaptée aux rôles
des réseaux cellulaires. Plusieurs rai- qu’on souhaite leur faire jouer […]. » (cf.
sons expliquent cette différence entre les L'actualité du web et du numérique). La Suivi de production, de diagnostic
prévisions et la réalité, parmi elles le fait mise en œuvre de plusieurs technologies en cas de panne sur mobile avec
la gamme B&R.
qu’il n’existe pas de technologie à cou- est donc nécessaire au fonctionnement

Nanolike prépare les capteurs de demain


Quelle que soit l’application M2M ou Internet des objets imaginée, une solution de connexion
Internet sans fil est nécessaire avec trois obligations : compacte et ultra-simple à intégrer même dans des objets de faible
taille, assurant un coût de communication annuel ne dépassant pas quelques euros et garantissant un service de longue
durée, même alimentée par une simple pile-bouton.
La technologie mise au point par la société Nanolike participera à rendre ce pari réalisable à court terme : des nanoparti-
cules synthétisées par voie chimique sont déposées goutte à goutte de manière contrôlée sur un support souple ou rigide.
Reliés électriquement, les assemblages de nanoparticules constituent le cœur des capteurs et s’applique à un grand
nombre de surfaces. Leurs avantages :
• miniaturisation : 100 fois plus petits que les modèles électroniques,
• ultra basse consommation : 1 000 fois moins,
• très forte sensibilité : 50 fois plus sensibles,
• réalisation de capteurs multi-paramètres : 3 en 1,
• très forte intégration avec réduction des coûts d’installation : capteurs numériques maillés, collage de 100 capteurs en
1 seule fois…

40#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


du web 3.0, l’autre appellation de l’Inter-
net des objets : la mesure par le capteur,
le stockage, le traitement de données,
l’émission-réception de ces données en
mode sans fil, l’énergie… Malgré les diffi-
cultés techniques qu’on devine, l’objet en
question n’a cessé de gagner en agilité
grâce, notamment, à l’intelligence artifi-
cielle et au développement d’une infras-
tructure dédiée (lire l’article sur Sigfox).

Logiciel Wonderware disponible sur multi-support.

L’élaboration de la version 6, sous la hou- pourra être assurée grâce à un chiffre-


lette de l’Internet Engineering Task Force, ment du datagramme. La migration de
instance internationale de normalisation l’IPv4 vers l’IPv6 a commencé mais elle
d’Internet, apporte des améliorations : le est plus ou moins poussive selon les pays.
format des adresses passe de 4 octets à Aujourd’hui, les opérateurs arrivent à
16 dans la version 6, ce qui multiplie leur fournir plus d’adresses IP qu’il n’est pos-
nombre quasiment à l’infini. L’IPv6 per- sible grâce à leur allocation dynamique.
mettra aussi de réduire le temps de tran- Les abonnés à Internet ne le savent pas
sit d’un e-mail ou d’augmenter l’efficacité forcément mais ils ne disposent pas
de la navigation web. Parmi d’autres pos- d’adresse fixe. Elle change à chaque
sibilités, citons l’autoconfiguration des connexion. Enfin, ce qui est possible avec
équipements, pas anodin pour l’Internet les abonnés sera impossible avec les mil-
des objets. De même, la confidentialité liards d’objets du web 3.0. 

Mais plus l’objet contiendra d’intelligence,


plus il sera cher. Voilà un premier obstacle
qui ralentit son déploiement, le réservant
aux objets à forte valeur ajoutée. Quand les
capteurs nanométriques (lire encadré ci-
contre) se généraliseront, l’Internet des ob-
jets pourra vraiment « exploser »… à condi-
tion de disposer de suffisamment d’adresses
IP, obligatoirement associée à chaque objet.

Pas d’Internet des objets à très


grande échelle sans IPv6
La version IPv4 peut théoriquement géné-
rer 4,2 milliards d’adresses mais, parce
qu’elles ont été attribuées de façon anar-
chique, les problèmes sont apparus de-
puis plusieurs années. De plus, elles sont
inégalement réparties entre les différents La mobilité au service de l'instrumentation avec une application
continents. L’Asie, le plus peuplé, est celui développée par National Instruments
qui en a le moins.

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #41


Les technologies concernées

La logistique : un poste clef


de l’Industrie 4.0
La logistique est le lien indispensable entre fournisseurs, clients Côté distributeurs, il faut pouvoir exploi-
et sites de production. Il ne saurait y avoir d’Industrie 4.0 sans chaîne ter des entrepôts multicanaux, capables
d’approvisionnement fiable. Pour cela, elle est servie par des outils infor- de tout faire. Et côté industriels, il faut
matiques de plus en plus précis et de plus en plus communicants. L’inter- pouvoir traiter la volatilité de la demande.
pénétration entre outils de logistiques et de gestion de l’entreprise est Dans le commerce électronique, par
déjà une réalité. exemple, le magasin n’est plus le bout
de la chaîne mais devient un hub qui
peut servir de point de retrait et de point
d’expédition. Multicanal et e-commerce
poussent à l’intégration de solutions in-
formatiques couvrant plusieurs aspects

L
a chaîne logistique doit tenir compte En d’autres termes, la gestion de la opérationnels.
des structures anciennes du com- chaîne d’approvisionnement (supply
merce (fournisseurs de matières chain management [SCM] en anglais) Depuis plusieurs années déjà, les logis-
premières-fabricant-distributeurs- prend en charge les ressources hu- ticiens accroissent régulièrement leur
clients-service après-vente) et de l’ex- maines, le stockage-entreposage des productivité à l’aide d’outils informatiques
plosion du commerce en ligne, accentué produits, le transport, les transitaires, d’une grande richesse : Material Require-
par Internet et la vente à distance sur les les équipements (camion, chariot-élé- ment Planning [MRP] et Just in Time [JIT]
réseaux téléphoniques mobiles (m-com- vateur…), les fournitures (emballage, pour la planification, Warehouse Mana-
merce). Dans les deux cas, s’imposent la carburants…), la planification et les sys- gement System [WMS] pour le stockage-
prise en compte de trois types de flux : tèmes d'information et de contrôle de entreposage, Transport Management
– les flux physiques qui vont du produc- gestion. System [TMS] pour le transport, Supplier
teur au client et vice-versa (gestion des Relationship Management [SRM] pour la
retours), Les nouvelles frontières gestion de la relation fournisseurs, Total
– les flux financiers quasiment électro-
de la chaîne Quality Management [TQM] pour la ges-
niques à 100 %, tion de la qualité, etc.
d’approvisionnement
– les flux d'information suivent les flux
physiques. Les informations qui remon- Le client roi pousse à concevoir un sys- Quasiment tous ces outils peuvent être
tent des consommateurs nécessitent tème garantissant la supervision de bout interfacés avec le progiciel de gestion
des systèmes de support appropriés qui en bout capable de traiter les fonctions de intégré (ERP) de l’industriel, qui fait le
relèvent de la gestion de la relation clients transitaire, de transporteur, d’entrepo- lien entre production et logistique. Inté-
(GRC ou CRM). sage, d’approvisionnement, etc. ressons-nous à deux logiciels aujourd’hui
vitaux à la chaîne d’approvisionnement  :
Les indicateurs du tableau de bord du logisticien le système de gestion d’entreposage-
stockage (WMS) et le système de gestion
Les indicateurs permettent de mesurer la performance d’une organisation et de du transport (TMS).
piloter son activité :
• Indicateurs de stocks : évolution de la valeur des stocks, évolution de l'obso-
lescence du stock (périmés, déclassés, « rossignols »)… Le stockage-entreposage
• Indicateurs de l’approvisionnement  : fiabilité de la planification, délai de li- pour réguler les flux
vraison, taux de disponibilité… À l’origine, le WMS a été conçu pour gé-
• Indicateurs sur l’entrepôt : évolution des volumes traités, suivi de l'utilisation rer palettes et colis, puis il a été enrichi
des capacités, productivité de chaque processus, suivi de l'absentéisme…
de la mécanisation des préparations de
• Indicateurs du transport : suivi de l'utilisation des capacités, suivi du coût par commandes. Il s’est ensuite verticalisé,
unité de transport, par ligne de transport, taux de service, taux de démarque.
c’est-à-dire qu’il s’est spécialisé par
• Indicateur des retours : taux de service ; taux de retour, coût du flux des re- métier (pharmacie, distribution alimen-
tours par rapport au flux global produit, suivi des flux et du niveau de stock en
taire, etc.). Enfin, il tend à élargir son
retour (source : Wikipédia).
champ d’action en amont et en aval de

42#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


l’entreposage-stockage, tout en gardant
le consommateur comme point central.

Aujourd’hui, l’objet premier du WMS n'est


pas de prendre les commandes mais de
les prendre en compte et d'en optimiser
la préparation. L'outil s'arrête générale-
ment à l'entrepôt : réception, entreposage
avec optimisation des emplacements,
préparation, gestion de stock, expédition
et inventaire. Ont été ajoutés l’allotisse-
ment, l’inventaire tournant, la traçabilité,
etc.

Des interfaçages rendent possible


l’échange de données avec un ERP, per-
mettant la réplication de données de
l’ERP vers le WMS et vice-versa. D’autres
outils d'acquisition de données permet-
tant de dialoguer avec des terminaux
Ligne de convoyage dans la zone d'expédition de commande.
mobiles via des liaisons radio grâce aux
étiquettes RFID ou par simple lecture de
codes-barres. Enfin, on note l'apparition données avec d’autres outils du sys- un suivi opérationnel précis. Ces infor-
de techniques de pilotage vocal, appelées tème d’information  : ERP, WMS, infor- mations sont autant d’indicateurs de la
voice picking (lire encadré «  Préparation matique embarquée et avec les clients qualité de service, parmi lesquels la véri-
des commandes par pilotage vocal »). et fournisseurs. Il permet d’obtenir des fication du respect des délais.
informations en quasi temps réel, et indi-
La préparation des commandes a beau- rectement sur la qualité de service (lire Autre défi de la « supply chain » : travailler
coup évolué ces dernières années. Cette encadré « Les indicateurs du tableau de en connexion permanente avec l’amont et
opération consiste à prélever et rassem- bord du logisticien »). l’aval. La création de liens entre le TMS, la
bler les articles dans la quantité spécifiée géolocalisation et le web favorise l’ouver-
par la commande avant son expédition. Les commandes issues de l’ERP passent ture du TMS au grand public. L’objectif est
Auparavant, le préparateur allait chercher d’abord par le WMS, puis sont regrou- de les informer, par exemple, sur l’état de
les articles dans les travées de l’entre- pées par le TMS qui prend en compte livraison d’une commande. En amont de
pôt ; aujourd’hui, la mécanisation permet les contraintes liées au transport. Une la production, l’interfaçage du TMS avec
les outils des fournisseurs de matières
Préparation des commandes par pilotage vocal premières ou des sous-traitants donne au
chargeur une vision de ses approvisionne-
La technique de pilotage vocal, appelée voice picking, facilite le travail du prépa-
ments en temps réel.
rateur de commandes. Il est équipé d'un petit boîtier relié par radio qui lui dicte
dans son casque audio où aller, quel article prélever et en quelle quantité. Un
microphone permet à l'opérateur de confirmer les ordres. Avec ce moyen, l'opé- Enfin, le couplage de la remontée, en
rateur a les yeux et les deux mains libres. Les ordres viennent du logiciel WMS. temps réel, d’informations de géolocali-
sation avec le moteur cartographique du
d’amener le bon article jusqu’au prépa- fois cette opération effectuée, le TMS en TMS ouvre d’intéressantes perspectives :
rateur de la commande. Mais attention informe le WMS qui lance aussitôt les pré- déclenchement des alertes, vérification
aux erreurs car elle entraîne des erreurs parations. L’influence du TMS peut aller du respecte d’un itinéraire, etc.
de livraisons et des écarts dans le stock. jusqu’à l’ordonnancement de la fabrica-
Pour les éviter, on utilise des moyens de tion, donc jusqu’au MES d’un site de pro- Autre problématique des éditeurs de
contrôle tels que scanner, RFID… duction, via l’ERP évidemment. TMS  : l’absence de normes d’échange
de données qui les oblige de s’adapter à
Le transport Le TMS peut également tirer parti des chaque solution d’informatique embar-
échanges de données, en aval, avec un quée.
Les priorités d’un TMS restent la ratio- système d’informatique embarquée, via
nalisation et la réduction des coûts de un serveur centralisé : les missions défi- Des progrès doivent encore être accom-
transport. Aujourd’hui, cet outil tend à nies dans le TMS peuvent être envoyées plis pour faciliter la transition vers l’In-
devenir un système plus global de pilo- sur le terminal installé à bord du camion dustrie 4.0 mais la communication entre
tage de la chaîne d’approvisionnement. et à l’inverse, la remontée des données les outils de logistique et les outils de
En effet, il échange de plus en plus de de livraison permettent au TMS d’avoir l’usine sont déjà avérés. 

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #43


Les conséquences

La cybersécurité
et l'usine numérique
par Stéphane Meynet, Chef de projet sécurité des systèmes industriels

L
es technologies de l'information de falsifier les résultats et de masquer précis ou non. Ces attaques répondent
et de la communication (TIC) ont des produits non conformes. Comment généralement à trois grands types d'ob-
depuis longtemps imprégné nos in- dans ce cas détecter qu'une pièce est dé- jectifs  : l'espionnage, la déstabilisation
dustries, qu’elles contribuent au système faillante, qu'un produit alimentaire n'est ou le sabotage. Si l'espionnage industriel
de gestion ou au pilotage de la produc- pas consommable ou qu'un capteur ne n'est pas un phénomène nouveau, le sa-
tion. La « numérisation » s'est accélérée donne pas la bonne mesure ? botage (numérique) l’est.
depuis quelques années, notamment
avec la convergence vers le protocole IP. Des systèmes banalisés mais Du «  petit malin  » cherchant des défis
L'usine se virtualise, devient plus intel- auxquels se mesurer, aux entités gou-
pas toujours maîtrisés
ligente et plus communicante. L'objectif vernementales spécialisées dans la
de cet article est de sensibiliser les lec- Les systèmes industriels ont également guerre cybernétique en passant par un
teurs aux risques et enjeux du cette évo- évolué, délaissant les systèmes proprié- concurrent indélicat, la population des
lution dans le contexte industriel. taires au profit de systèmes construits cyber-attaquants est vaste et les moti-
avec des composants pris «  sur éta- vations multiples : défi technique, finan-
Une forte dépendance aux TIC gère  ». Provenant du monde de l'infor- cier, vengeance, différends idéologiques,
matique classique, ils embarquent avec recherche concurrentielle, etc. La presse
Rares sont les industries qui aujourd'hui eux toutes les vulnérabilités de ce der- regorge d'exemples en tous genres.
fonctionnent sans faire appel aux tech- nier. Ces technologies ont envahi les
nologies de l'information et de la com- industries alors qu'elles n'avaient pas En août 2012, le géant pétrolier « Saudi
munication au point que s'est créée une Aramco  » a subi une attaque informa-
réelle dépendance de la vie de l'entre- tique touchant trente mille postes bu-
prise (relations avec les fournisseurs et reautiques. Bien que n'ayant pas atteint
les clients, gestion et production). Les les systèmes industriels, cette attaque
dangers de cette dépendance aux TIC ne a très lourdement affecté l'entreprise.
se limitent pas aux seuls problèmes de L'objectif était clairement de lui nuire et
disponibilité. La compromission (l'altéra- d'affecter sa production.
tion volontaire et maîtrisée) de quelques
données peut produire des effets bien Après Stuxnet en 2010, l'exemple
plus dévastateurs qu'une simple panne. d'Aramco démontre la puissance de
l'arme informatique dans un environne-
Les modes dégradés deviennent eux spécifiquement été conçues pour ce do- ment industriel de plus en plus numérisé.
aussi numériques. La sécurité fonction- maine. Les utilisateurs ignorent le plus
nelle, autrefois remplie par des moyens souvent presque tout de ces technologies Le monde numérique facilite grandement
électromécaniques, est maintenant et des risques qui leur sont associés. le travail des attaquants. Difficile à détec-
assurée par des automates program- ter, une seule personne est alors en me-
mables (et donc reprogrammables). Une menace difficile à évaluer sure d'exécuter des attaques simultanées
Les contrôles qualité sont eux-mêmes et répétées sur des systèmes différents,
informatisés. Il devient de ce fait possible Tous les secteurs d'activité sont touchés provoquant potentiellement des dégâts
pour un individu mal intentionné (un « at- par des attaques informatiques, qu'elles majeurs. Le tout parfois à distance et
taquant  » dans la terminologie défense soient spécifiquement dirigées contre pour un effort moindre : quelques lignes
et sécurité des systèmes d'information) une entreprise ou un secteur d'activité de code et un peu de génie !

44#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Enfin, des attaques non ciblées peuvent com. L'incident d'Orange l'été dernier a
également survenir. Le virus confciker, montré que les opérateurs n'étaient pas
apparu en 2009 et toujours actif, reste exempts de faiblesses. Quels seront les
à ce jour un exemple par le nombre impacts de pannes plus importantes,
de machines contaminées. Quelles plus fréquentes, dans le contexte de
seraient les conséquences d'un confic- l'Industrie 4.0 ?
ker « plus offensif » dans le contexte de
l'Industrie 4.0 ? Les offres s'appuyant sur le cloud com-
puting explosent également, y compris
Des attaques des plus en plus pour les systèmes industriels. Des solu-
tions de télémaintenance utilisent par
sophistiquées ?
exemple le cloud. Quel est le niveau de
Le niveau des attaquants progresse sécurité de ces solutions ? Qui peut ré-
au fur et à mesure de l'évolution des pondre et s'engager sur la sécurité?
solutions de protection. La plupart des Stéphane Meynet
grandes organisations subissent des Est-il réellement possible
attaques plus ou moins sophistiquées,  Stéphane Meynet, 37 ans, de maîtriser la sécurité ?
comme les attaques persistantes avan- ingénieur de l'Ecole des
cées (APT), dont on notera cependant Mines d'Alès, a démarré sa Maîtriser les nouvelles technologies s’avère
qu'elles débutent souvent par l'exploita- carrière dans l'industrie de complexe, les sécuriser l'est plus encore.
tion de failles élémentaires ou les mau- la micro-électronique.
vais comportements d'utilisateurs. L'intégration forte soulève de nom-
 Après avoir été en charge breuses questions, comme par exemple
Cependant, ces techniques avancées, et pendant 10 ans de sys- la maîtrise de la sécurité du proces-
les moyens associés, ne sont potentiel- tèmes automatisés de sus de « bout en bout ». Qui assure par
lement pas indispensables pour porter contrôle de procédés indus- exemple l'intégrité des données du cap-
atteinte aux installations industrielles. triels dans un contexte teur jusqu'à l'ERP ?
La cybersécurité n'ayant pas été jusqu'à très opérationnel, il est
ces dernières années une préoccupa- aujourd'hui chef de projet Le risque «  cyber  » est dans bien des
tion majeure, certaines installations sécurité des systèmes cas sous-estimé. Essentiellement car la
présentent de nombreuses vulnérabili- industriels à l'Agence profession ignore simplement le niveau
tés, que ce soit en matière de produits nationale de la sécurité du risque porté par une menace crois-
ou d'architecture. des systèmes d'information sante et un nombre d'attaquants tou-
(ANSSI) pour traiter les as- jours plus élevé.
Ainsi par exemple, tandis qu'en matière pects de cybersécurité des
de sécurité la norme consiste à fermer infrastructures critiques. Faire face au risque cybernétique de-
les portes par défaut pour ne les ouvrir mande des compétences avancées
que lorsque cela est nécessaire et uni- qui ne sont pas le cœur de métier des
quement aux personnes qui en ont be- Pas uniquement. Il existe de vrais besoins, industriels. Faut-il externaliser  ? Mais
soin, dans le monde industriel, comme comme ceux liés à la connectivité. Les pro- auprès de qui  ? À qui faire confiance  ?
dans l'informatique traditionnelle il y grès réalisés autour des technologies sans Faut-il avoir recours à des prestataires
a quelques décennies, les portes sont fil (WiFi, GSM) et la baisse des coûts ap- labellisés ? Par qui ? Dans tous les cas,
grandes ouvertes. portent des perspectives. Néanmoins, ces l'externalisation ne supprime pas les
technologies restent souvent mal maîtri- responsabilités.
La course aux nouvelles sées. Il est indispensable de configurer des
mécanismes de chiffrement robustes afin Si le niveau de technicité des attaquants
technologies
d'assurer l'intégrité (et éventuellement la augmente, il n’en demeure pas moins
Les TIC remplissent les catalogues des confidentialité) des données, mais aussi qu'une part importante des vulnérabili-
fournisseurs. Pour preuve, les équipe- d'admettre qu'il n'existe aucune garantie tés informatiques exploitées relève d'un
ments industriels (automates, variateurs de disponibilité. Quelques dizaines d'euros manque d'application de règles d'hygiène
de vitesse, etc.) intègrent désormais des suffisent pour acquérir des kits permet- informatique élémentaires. Souvent peu
serveurs Web, ce qui paraît être une aber- tant de brouiller ces communications. coûteuses et simples à mettre en place,
ration dans un environnement industriel ces bonnes pratiques (cf. les guides de
lorsque l'on connaît le nombre de vulné- L'explosion du Machine To Machine l'ANSSI*) améliorent significativement le
rabilités détectées dans ce type de com- (M2M) crée une dépendance supplé- niveau de sécurité des installations. La
posants. Est-ce un phénomène de mode ? mentaire face aux opérateurs de télé- cybersécurité commence par là !

*http://www.ssi.gouv.fr/bonnes-pratiques/ et http://www.ssi.gouv.fr/systemesindustriels

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #45


Désigner un « Monsieur cybersécurité » établissant des procédures opération- rité est un facteur d'efficacité et de com-
qui coordonnera le projet d'amélioration nelles, en désignant et en exerçant des pétitivité. La négliger peut être la cause
de la sécurité et sera l'interface entre équipes, reste un axe de développement d'échecs majeurs aux conséquences
les différents intervenants, y compris les majeur. Enfin, pour que la communauté graves pour l'entreprise, pouvant aller
fournisseurs dont le rôle est primordial, progresse, il est important de déclarer jusqu'à sa disparition.
devient nécessaire. aux autorités compétentes les incidents
subis (la confidentialité des informations Tous les acteurs du monde industriel
Les fournisseurs, quant à eux, doivent est préservée) et de partager les retours sont concernés.
proposer des solutions adaptées aux be- d'expériences.
soins de leurs clients et dont le niveau de Un nouveau métier est né, celui du « cy-
sécurité est conforme aux règles de l'art. Conclusion berexpert » qui aura la charge de mener
à bien le projet de sécurité. Il ne faut pas
Se préparer à gérer l'incident L'évolution du monde industriel et l'avè- se voiler la face, le sujet est complexe.
nement de l'Industrie 4.0, doivent impé- Mais, comme le souligne Victor Hugo
Les incidents de sécurité informatique rativement s'accompagner d'un chan- dans L'homme qui rit  : «  Savoir ce que
seront de plus en plus nombreux, c'est gement dans les organisations afin d’y l'on affronte est alarmant, mais l'ignorer
une certitude. Se préparer à les gérer, en intégrer la cybersécurité. La cybersécu- est terrible. » 

Stuxnet, le détonateur
L’explosion du volume d’informations échangé et la multiplication des DuQu, qui a de fortes similitudes avec
équipements communicants au sein de l’entreprise industrielle participent Stuxnet, a été trouvé sur des sites euro-
à l’amplification des risques informatiques. Avec le virus Stuxnet, on a dé- péens, notamment en France.
couvert que les systèmes de contrôle-commande sont aussi vulnérables.
«  Avec l’affaire Stuxnet et ses consé-
quences, les industriels du monde
entier ont pris conscience que le pira-

I
l y a un avant et un après Stuxnet. Ce 49e version à ce jour. Parallèlement, les tage informatique ne se limitait plus
ver, développé par les Défenses amé- cyber-attaques contre les sites industriels aux seuls ordinateurs et serveurs de
ricaine et israélienne, ciblait pour la critiques américains ont quintuplé entre bureaux », déclare Laurent Raillier, res-
première fois de l’histoire les systèmes de 2010 et 2011. Fait aggravant : les experts ponsable marketing Solutions sécurité
contrôle-commande de sites nucléaires de la sécurité informatique ont identifiés chez Schneider Electric France. «  En
iraniens. Il a modifié à l'insu des opé-
rateurs les paramètres de vitesses des
interfaces applicatives pilotant la rotation
Usine et bureaux ne subissent pas les mêmes contraintes
des centrifugeuses entraînant la dégra- Contextes différents Priorités différentes
dation de celles-ci. Lancée en 2010, l’at- IT Automation IT Automation
taque aurait touché un tiers du parc des Pas de risque de perte humaine Sécurité ! Confidentialité Disponibilité
centrifugeuses utilisées pour l’enrichis- Transactions des infos « lentes » Faibles temps de réponse Intégrité Intégrité
sement de l’uranium et les auraient dé- Durée de vie courte Durée de vie longue Disponibilité Confidentialité
truites, retardant le programme nucléaire Maintenance à la volée Maintenance périodique Source : Schneider Electric

iranien de un à deux ans. Jargon informatique Jargon industrie


Normes domaine IT (ISO 27000...) Normes industrie
Source : Schneider Electric
Échappant à tout contrôle, le ver s’est
propagé sur Internet, si bien que plus de
30 000 machines ont été infectées en Iran. d’autres logiciels malveillants ciblant les connectant les réseaux informatiques
En 2011, aux États-Unis, des experts en sites industriels : PoisonIvy, Night Dragon, industriels aux réseaux d’entreprise, on
cyber-sécurité ont identifié et éliminé des DuQu, Flame. Et il y a les menaces non ouvre totalement l’usine à l’extérieur  »,
occurrences de Stuxnet, qui en est à sa encore détectées… Le logiciel malveillant poursuit Laurent Railler. 

46#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Les conséquences

L’enjeu énergétique : sécuriser


les approvisionnements
et en abaisser le coût

F
ace à crise énergétique et au chan-
L’Industrie 4.0 fait de l’énergie un enjeu majeur. Dans les objectifs
gement climatique, Jeremy Rifkin,
du rapport allemand, on relève la sobriété énergétique des usines, un
consultant pour de riches clients,
approvisionnement sans faille et un coût aussi bas que possible.
promeut le basculement de l’économie
mondiale dans la troisième révolution in-
dustrielle, titre d’un de ses livres. Celle-ci
ne serait plus fondée sur une production
d'énergie centralisée mais distribuée, les
humains générant leur propre éner-
Un enjeu vital (pour une bonne partie d’origine fossile
gie verte. Elle circulerait dans le réseau Parce que l’énergie est considérée comme vers les renouvelables  : éolien, solaire,
de manière intelligente, un peu comme une matière première précieuse, il appar- biomasse…) et d’en assurer le transport
l'information circule dans Internet. Peu tient aux États, au niveau national, voire à travers une infrastructure fiable et
importe que Jeremy Rifkin ait oublié la continental, de faciliter les réponses aux «  intelligente  ». Plusieurs acteurs euro-
vraie 3e révolution industrielle fondée grands défis de la transition énergétique péens se sont déjà positionnés sur cette
l’automatisme et l’informatique. Les
constats de sa théorie, relatifs à l’éner-
gie, sont à peu près les mêmes que ceux
France : l’industrie consomme un cinquième
de l’énergie totale
de la 4e révolution industrielle : coûts de
l’énergie en hausse continue, sécurité des La consommation finale énergétique de la France a augmenté de 20,8 % entre
approvisionnements incertaine, multipli- 1973 et 2008 tandis que celle de l’industrie a diminué de 21,7 % sur cette même
période. Entre 2008 et 2009, cette consommation a encore baissé de 12,9 % pour
cation des sites de production inhérente
l’industrie et de 3,7 % au total, baisse due en partie à la crise économique de
aux énergies renouvelables (jusque chez cette époque (source : ministère de l’Écologie, du Développement durable et de
l’habitant avec ses panneaux solaires) et l’Énergie).
souci du développement durable. ▪ Agriculture : 3 % ▪ Industrie : 21 % ▪ Transport : 32 % ▪ Résidentiel : 44 %

L’automate au cœur des économies d’énergie activité  : Siemens, Schneider Electric,


Alstom, ABB… L’un des enjeux fondamen-
Sachant que les moteurs électriques des machines industrielles, par exemple, taux du « smart grid » sera la gestion fine
consomment en moyenne 11 % de l’énergie nécessaire à l’usine, la stratégie de la distribution de l’énergie issue de
Ethernet des fabricants d’automates les conduit à proposer plusieurs niveaux
sites éclatés et nombreux. Quelle source
de service (sécurité machine, gestion d’axe et gestion énergétique), par addition
de couches, dans le cadre d’un même protocole. Par exemple, ProfiBus Inter- d’énergie prioriser  ? La source centra-
national propose ProfiEnergy (sur base sur protocole Ethernet industriel Profi- lisée ou la distribuée  ? Quand et com-
Net) pour optimiser en parallèle l’alimentation d’actionneurs (mise en veille et ment  ? Et comme l’énergie renouvelable
remise sous tension automatisée) eux-mêmes compatibles avec ledit protocole. est intermittente, cela complique le pro-
L’association professionnelle ODVA a fait évoluer, pour sa part, le protocole blème. Les grands modèles de prédiction
Ethernet industriel CIP pour lui permettre d’apporter une valeur ajoutée dans de production énergétique bâties sur les
les applications énergétiques. Des fonctions avancées intrinsèques à CIP per- caprices météorologiques au plus près
mettent de remonter des informations sur les consommations énergétiques du terrain (vents, ensoleillement…), ne
et d’optimiser les consommations. Des automates nouveaux permettent aussi suffiront pas à résoudre l’équation. L’une
bien la gestion de l’énergie des ateliers que des bâtis. Capteurs et automatisme
des solutions qui éviterait les gaspillages
bien utilisés permettrait de réduire de 10 % à 20 % la consommation d’énergie
d’un site industriel. – combien d’énergie verte a été produite
en Allemagne et jamais consommée  ?

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #47


ment, les industriels, électro-intensifs ou
pas, auront besoin d’un approvisionnement
continu et d’un coût relativement faible. Il
en va de leur compétitivité. En effet, l’éner-
gie est fondamentale aux machines qui
produisent des biens, aux bâtis qui les
accueillent et aux systèmes d’information
qui participent à leur bon fonctionnement.

Pascal Mioche, président de l’intégra-


teur Automatique et Industrie, se le dit
tous les jours : « La question de l’énergie
est complétement intégrée dans notre
réflexion car elle a un impact sur le fonc-
tionnement du bâtiment, des machines
et des réseaux d’information. Deux points
clefs de l’usine en général et de l’usine
numérique en particulier sont fonda-
Le Hive, siège social de Schneider Electric à Rueil-Malmaison, premier bâtiment mentaux  : la sécurisation de cette com-
certifié ISO 50001 en France. modité, notamment en termes de dis-

– passera par l’innovation. De grands


programmes de recherche en Europe
Allemagne : projet d’usine frugale
planchent sur une solution de stockage En mai 2013 en Allemagne, des travaux scientifiques et techniques, coordonnés
de l’énergie économiquement acceptable. par l'université de Darmstadt, ont démarré pour une « usine efficace énergé-
tiquement pour une recherche appliquée et technologique interdisciplinaire »
(l'usine « eta »). Objectif : développer une usine pilote à haute efficacité énergé-
Un enjeu industriel tique, en privilégiant une approche interdisciplinaire basée sur une optimisation
continue de l'usine en tant que système global. Grâce à l'interaction des diffé-
Il faut savoir qu’en moyenne, la chaleur rents domaines, considérés auparavant indépendamment les uns des autres,
produite dans les usines est à l’origine de les entreprises industrielles devraient être en mesure d'économiser environ 40
60 % de leur consommation énergétique % d'énergie supplémentaires. Ce sera possible grâce à l'utilisation d'équipe-
(fours et sécheurs : 39 %, chaudières : 29 ments à haut rendement énergétique en combinaison avec une utilisation maxi-
male de l'énergie produite au cours du processus de fabrication. Ce projet est
%). Le reste est réparti entre les moteurs,
financé par le ministère fédéral de l'Économie et de la Technologie à hauteur de
le traitement des matières premières, le 7,9 millions d'euros (source : Adit).
froid et l’air comprimé. Plus prosaïque-
ponibilité, et son coût, d’où l’importance
des économies d’énergie. Les nouvelles
technologies amènent de la performance
énergétique mais sont aussi de nouvelles
sources de consommation d’énergie qu’il
ne faut pas oublier de maîtriser ».

Siemens et Schneider Electric, notam-


ment, proposent des logiciels d’aides à la
gestion de l’énergie (norme ISO 50001).
Ils permettent aux industriels de «  com-
prendre  » leur consommation d’énergie,
d’identifier les gains potentiels, de calculer
le retour sur investissement, etc. «  Nous
observons déjà sur le terrain un change-
ment de mentalité : les fournisseurs pro-
duisent, par exemple, des équipements
moins énergétivores, et les exploitants
d’usine changent de comportement par
rapport aux économies d’énergie », conclut
Pascal Mioche. En cela, les industriels
accentuent la chasse au gaspi démarrée
après le premier choc pétrolier. 

48#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Les conséquences

Nous entrons dans une nouvelle


révolution industrielle
par Jeremy Rifkin, économiste, prospectiviste et essayiste américain.

N
ous sommes au cœur d’une crise L’Industrie 4.0 fait de l’énergie un enjeu majeur. Dans les objectifs
économique très profonde. Elle du rapport allemand, on relève la sobriété énergétique des usines, un
a été en gestation pendant deux approvisionnement sans faille et un coût aussi bas que possible.
siècles et, aujourd’hui, cette crise éco-
nomique a donné naissance à une crise
humaine beaucoup plus profonde et notre
espèce est en danger pour la première
fois de son histoire.
ceutiques, nos fibres synthétiques, notre simplement disparaître si nous n’agis-
L’économie primaire de notre petite pla- énergie, nos transports… tout est basé sur sons pas très vite.
nète est la photo synthèse. Et nous, les les combustibles fossiles. Ensuite, l’arrêt
êtres humains, nous représentons moins de l’activité industrielle dans le monde a Nous jouons notre survie sur terre. Nous
de la moitié d’un pourcent de la biomasse provoqué la chute du court du Brent. Mais avons besoin d’une nouvelle vision écono-
présente sur terre. Pourtant, nous uti- dès que la reprise est apparue, le prix du mique pour le monde maintenant. C’est
lisons actuellement un tiers de toute la baril est de nouveau remonté dangereu- une priorité. Et surtout, il faut oublier le
production de photosynthèse de la pla- sement. La demande est trop forte pour carbone, mettre une croix dessus pour les
nète ! Ce n’est pas durable. le pétrole que nous avons en réserve. Cela trente années qui viennent si nous voulons
crée des cycles de 4 à 5 ans de croissance, avoir un espoir de renverser la vapeur.
Ces dernières années, nous avons vécu puis d’effondrement. Nous ne pouvons
deux évènements qui nous montrent que pas nous en sortir. Et nous avons d’autres Toutes les révolutions industrielles sont
nous sommes au début d’un jeu très dan- sources d’énergies fossiles sur la planète, intervenues avec l’apparition de change-
gereux. Souvenez-vous, en juillet 2008, le mais elles coûtent plus chers… ments énergétiques et dans les moyens
prix du baril de pétrole a atteint le niveau de communication. Au XIXe siècle, la
Nous avons établi et construit notre civi- convergence du charbon et de l’imprime-
lisation en partant du carbone et, désor- rie a ainsi provoqué une révolution aussi
Toutes les révolutions mais, nous avons passé le «  pic de pro- importante qu’Internet, qui a apporté la
industrielles sont duction  » du pétrole, ce qui signifie que connaissance à un grand nombre d’indi-
l’on produit plus que la moitié de nos vidus qui ont ensuite mis leurs connais-
intervenues avec réserves. Autrement dit, la quantité de sances et leurs compétences au service
l’apparition de pétrole par personne sur terre est désor- de cette révolution. Au XXe siècle, la ré-
mais limitée, et se réduit avec l’augmen- volution suivante est née de l’arrivée du
changements tation de la population. pétrole et des réseaux électriques cen-
énergétiques et tralisés, créant de nouveaux moyens de
dans les moyens de Le deuxième événement important, c’est communication : le téléphone, la radio, la
le sommet de Copenhague en 2009 sur télévision. Et là encore, le téléphone a été
communication. l’énergie, qui nous a démontré que nous pratiquement aussi important que l’inter-
ne pouvons pas non plus échapper à la net en son temps. Le point particulier de
deuxième loi de la thermodynamique cette révolution est qu’elle reposait sur
(c’est-à-dire l’irréversibilité des phéno- des systèmes complètement verticaux
record de 170 dollars. Aussitôt, tous les mènes physiques et thermiques). Nous et centralisés. Actuellement, les techno-
prix des autres produits qui dépendent di- payons pour les révolutions industrielles logies vieillissent et ces infrastructures
rectement du pétrole ont alors atteint des des XIXe et XXe siècles. Nous avons émis sont en train de mourir lentement.
sommets. Et de fait, nos fertilisants, nos des quantités énormes de CO2 et de pol-
pesticides, nos matériaux de construction luants et le climat change de façon dan- Aujourd’hui en Europe, nous sommes
et la majorité de nos produits pharma- gereuse pour l’humanité, qui pourrait tout à l’aube d’une nouvelle convergence de

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #49


communication commence seulement à qui constitue une des bases de l’Internet
fusionner avec un nouveau mode de dif- des objets et qui consiste à fabriquer des
fusion énergétique  : l’énergie distribuée. objets par accumulation de couches suc-
Nous passons de l’ère de la centralisation cessives à partir d’une définition numé-
à celle de l’horizontalité, de la décentra- rique de la pièce pouvant circuler facile-
lisation, du partage, du fonctionnement ment sur le net, présente l’intérêt d’être
collaboratif… C’est la nouvelle révolution très économique puisqu’elle ne génère
industrielle qui démarre. aucune perte, contrairement aux moyens
de production classiques comme l’usi-
Et cela commence en Europe car l’Union nage. Avec ce type d’installation, les en-
Européenne s’est engagée officiellement treprises européennes seront aussi com-
à lancer cette nouvelle révolution sur la pétitives que la Chine, d’autant qu’elles
base de 5 piliers, pour changer le monde. possèderont leur propre source d’éner-
gie  ! Dans ce nouvel environnement, les
Le premier de ces piliers est l’emploi des PME deviendront plus puissantes sur des
énergies renouvelables  : solaire, éolien, marchés plus locaux. Certaines grandes
hydraulique, biomasse, géothermie, éner- entreprises devront sans doute dispa-
gie marémotrice… toutes ces énergies raître, d’autres deviendront des fournis-
sont disponibles et gratuites. Le deuxième seurs primaires des PME.
pilier est la mise en œuvre de moyens
de production énergétiques dans les 190
millions de bâtiments individuels et pro-
fessionnels présents en Europe. L’idée est L’Europe, et en
que chaque maison, chaque immeuble particulier la France
Jeremy Rifkin devienne une «  mini centrale électrique
et l’Allemagne, sont
verte  ». Cette notion de bâtiment positif
 Né le 26 janvier 1945 à est un élément clé de la nouvelle révo- à l’origine de ce
Denver dans le Colorado. lution industrielle, sachant qu’à terme,
l’énergie sera pratiquement gratuite. Le
changement radical.
 Essayiste américain, troisième pilier, c’est le stockage de cette
spécialiste de prospective énergie produite, via des batteries, des
(économique et scienti- capacités… L’hydrogène sera au cœur de
fique), il a aussi conseillé ce dispositif. D’ailleurs, l’Europe a décidé La clé de cette révolution est dans l’éner-
diverses personnalités de mettre 8 milliards d’euros dans une gie  : générer son énergie à partir de la
politiques. installation de production d’hydrogène. Le nature et la transformer, tout au long de
quatrième pilier est le recours à l’Internet la chaîne, sans en perte et en étant plus
 Il est fondateur et pré-
et à des logiciels spécifiques capables de productif. C’est du bon sens et on peut le
sident de la Fondation
réguler les flux d’échanges énergétiques faire dès demain.
pour les tendances éco-
entre producteurs et consommateurs,
nomiques (Foundation on
dans le cadre de «  smart-grids  », ou ré- Dans les 25 prochaines années, il va falloir
Economic Trends ou FOET) seaux intelligents. réussir à intégrer ces nouveaux modèles.
basée à Washington. Enfin, la dernière étape de cette nouvelle
 Son travail porte sur l'explo- La généralisation du véhicule électrique. révolution industrielle est ce que j’appelle
ration des potentialités Enfin, le cinquième pilier est le mode de la continentalisation, c’est-à-dire la gé-
scientifiques et techniques transport de cette énergie  : le véhicule néralisation de ce modèle par le raccor-
nouvelles, sur leurs impacts électrique, pouvant se brancher de nœud dement des nœuds successifs de ville en
en nœud, de réseau en réseau, via des ville, de nation en nation, de continent
en termes sociétaux, envi-
bornes de recharge. en continent, afin d’optimiser l’usage de
ronnementaux et socio-éco-
cette énergie. L’Europe, et en particulier
nomiques.
Cette troisième révolution industrielle, la France et l’Allemagne, sont à l’origine
marquée par son caractère horizon- de ce changement radical.
la communication et de l’énergie. Nous tal et collaboratif, créera énormément
avons connu une évolution fantastique d’emplois pour construire et exploiter Le défi est important et je suis inquiet, mais
des moyens de communication dans les ces infrastructures, et nous permettra j’espère que toutes les autres grandes
20 dernières années  : le PC, internet et de trouver un nouveau modèle commer- nations se rallieront à ce mouvement. La
l’internet mobile, qui permet à un tiers de cial pour tous types d’acteurs et d’utili- survie de notre espèce en dépend. 
la population mondiale d’être connecté ser des moyens de production nouveaux
en permanence… Et ce nouveau mode de comme l’impression 3D. Cette technique, Propos recueillis lors du Word Forum de Lille.

50#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Les conséquences

« Les industriels doivent se rapprocher


des établissements d’enseignement
supérieur pour exprimer leurs besoins »
par Philippe Véron

Gimélec : L’usine numérique et, plus Comment les organismes de formation abordent-ils les effets col-
largement, l’Industrie 4.0 auront- latéraux de l’Industrie 4.0 sur leurs contenus pédagogiques ? Nous avons
elles un impact sur l’organisation du posé la question à Philippe Véron, enseignant-chercheur au Laboratoire
travail ? Si oui, comment cela se tra- des sciences de l'information et des systèmes (LSIS) et responsable pour
duira-t-il sur le terrain ? Arts et Métiers ParisTech du département Conception, industrialisation,
risques et décision et du mastère spécialisé IngéNUM.
Philippe Véron : Oui, il est évident que les
nouvelles technologies de l’information
et de la communication ont et auront
un impact sur l’organisation du travail.
Un des enjeux majeur de ces nouveaux
outils numériques consiste à favoriser en plus sophistiqués, comme les Product facturing Executive System (MES), Cus-
et optimiser la collaboration des acteurs Life Cycle Management (PLM), Enter- tomer Requirement Management (CRM),
et les échanges d’information au sein de prise Ressource Planning (ERP), Manu- Supply Chain Management (SCM)…
l’usine. Cela impose de nouveaux modes
d’organisation et également des infras-
tructures adaptées (les technologies nu-
mériques déployées au sein même des
sites de production par exemple).

Gimélec : Selon vous, quelles seront


les compétences professionnelles
qui disparaîtront et celles qui émer-
geront ?

Philippe Véron : Je ne sais pas si on peut


parler de disparition de compétences,
mais à minima d’évolution et d’adapta-
tion des compétences nécessaires. De
solides compétences techniques mé-
tiers sont et resteront indispensables
pour permettre le développement des
systèmes intelligents, robots communi-
cants et collaboratifs, systèmes méca-
troniques et pour assurer leur mise en
œuvre industrielle. Les compétences en
matière de management, d’organisation
et de gestion industrielle sont directe-
ment impactées par les NTIC et néces-
sitent des capacités nouvelles à travail-
ler à distance et en interaction avec des
systèmes d’informations métiers de plus

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #51


gnements liés à la conception assistée Philippe Véron : Il existe des réflexions
par ordinateur (Computer-Aides Design, dans ce domaine notamment via l’Agence
CAD), au PLM, à la simulation numé- nationale de la recherche avec l’atelier
rique du comportement des pièces et de réflexion prospective « FUTURPROD
des structures (Computer-Aided Engi- » dont le rapport final est disponible en
neering, CAE), à la simulation des pro- ligne.
cédés de fabrication (Computer-Aides
Manufacturing, CAM), à la gestion indus- Gimélec : Pensez-vous que les indus-
trielle, ERP… triels ont un rôle à jouer dans la for-
mation ? Si oui, comment envisagez-
Des spécialisations de dernière année vous une telle collaboration avec les
sont également mises en place autour centres de formation ?
de l’ingénierie de systèmes complexes,
prototypage virtuel et réalité virtuelle, Philippe Véron : J’en suis convaincu,
mécatronique et robotique, systèmes il faut impliquer davantage encore les
d’informations… Des formations spé- industriels dans nos formations. C’est
cifiques de type mastères spéciali- déjà le cas dans la plupart de nos cur-
sés (post-bac + 5) sont aussi ouvertes sus, nous avons de nombreux interve-

Philippe Véron
 Professeur des universités
à Arts et Métiers Paris-
Tech, chercheur au sein du
Laboratoire des sciences
de l’information et des
systèmes (LSIS), unité
mixte de recherche CNRS
n° 7296, en ingénierie comme le MS IngéNUM autour du déve- nants industriels surtout dans le cadre
numérique des systèmes loppement numérique de produits et du de nos formations par apprentissage et
mécaniques. PLM, le MS Espaces Virtuels Avancés et dans nos mastères spécialisés. Le MS
le MS Lean Production et Logistique. IngéNUM, par exemple, qui ouvre cette
 Responsable pour Arts
année a été construit à la demande et en
et Métiers ParisTech du
Gimélec : Est-ce que le ministère étroite concertation avec un ensemble
département Conception, de l’Enseignement supérieur et de de partenaires industriels pour répondre
industrialisation, risques la Recherche, votre administration efficacement à leurs besoins en termes
et décision et du mastère de tutelle, a pris la mesure de ce de compétences. Il faut aussi que les in-
spécialisé Ingénierie numé- qui se passe dans l’évolution des dustriels n’hésitent pas à se rapprocher
rique et PLM (IngéNUM). technologies, en particulier dans des établissements d’enseignement su-
l’industrie ? périeur pour exprimer leurs besoins. 

Gimélec : Cela aura forcément un


impact sur les formations initiales et « Il faut impliquer davantage encore les industriels
continues. Est-ce que l’ENSAM s’y pré-
pare ? Si oui, comment ? dans nos formations. C’est déjà le cas dans
la plupart de nos cursus, nous avons de
Philippe Véron : Bien sûr, nous adaptons
en permanence nos cursus de forma-
nombreux intervenants industriels surtout
tion et leurs contenus. Pour la forma- dans le cadre de nos formations par apprentissage
tion initiale de nos élèves-ingénieurs, et dans nos mastères spécialisés
le numérique est déjà présent dans de
nombreuses disciplines avec les ensei-

52#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Les conséquences

« Le client n’achète pas


des produits mais un service »
par Jean-Pierre Dal Pont

Gimélec  : L’environnement écono- La perception de l’entreprise industrielle par Jean-Pierre Dal Pont,
mique est bouleversé sur plusieurs président de la Société française génie des procédés, est d’autant plus
fronts. Quels sont les nouveaux pos- intéressante qu’il a été tour à tour responsable de recherche chez Rhône-
tulats que l’entreprise industrielle Poulenc, puis maître d’ouvrage pour la création de plusieurs usines aux
doit prendre en compte ? quatre coins du monde. Il rappelle ici quelques fondamentaux tirés de son
actuelle réflexion sur l’usine du futur.
Jean-Pierre Dal Pont  : Autrefois, il suf-
fisait «  presque  » de produire pour
vendre. Aujourd’hui, le client est roi. Il a
l’embarras du choix pour les produits de
grande consommation. Il veut être servi La technologie devient une arme dans au cycle de vie du produit. Par exemple,
mieux, plus vite. Cela impose à l’entre- la mesure où elle seule va permettre un produit, à sa naissance, pourra être
prise, dans un contexte de globalisation, d’obtenir  : des produits de qualité au fabriqué en discontinu. Puis, si succès
une flexibilité accrue, des produits de meilleur coût et des produits qui se dif- il y a, il pourra passer à une production
meilleure qualité, donc de repenser son férencient de ceux de la concurrence par en continu. La technologie du procédé et
mode de fonctionnement. leur valeur d’usage. les modes de fabrication demanderont
à être revu. Cela n’est évidemment pas
L’idée est de vendre de la valeur ajoutée. La définition de la technologie peut être vrai pour une raffinerie.
Le client n’achète pas de produits mais élargie à un ensemble constitué par les
un service. Il s’agit d’une véritable ap- moyens de recherche, pure ou appli- Gimélec  : L’atelier est-il construit
proche qualité puisque la satisfaction du quée, l’ingénierie, le procédé de fabrica- pour durer 2 ans, 10 ans, 50 ans  ?
client est considérée comme la finalité tion et sa mise en œuvre, l’outil indus- Doit-il être spécifique (un seul pro-
de l’entreprise. La vocation de l’entre- triel, les méthodes d’approvisionnement duit aux spécifications immuables),
prise ne se limite donc plus au produit et de distribution. polyvalent, flexible, re-convertis-
lui-même mais inclut le service après-
vente au sens large, que ce soit pour le
dépannage, la mise en œuvre, la forma- Le sous-traitant entre dans le système
tion des utilisateurs… Et un produit a
un cycle de vie. Comme un être vivant,
qualité du donneur d’ordres,
il naît, croît, atteint sa maturité, décroît c’est de plus en plus un partenaire.
et meurt.

L’informatique, associée aux nouveaux


moyens de communication, joue un Le concept de «  supply chain  » va au- sable ou à matériel récupérable  ?
rôle important dans cette approche delà de l’intendance. Il s’agit de piloter Est-on sûr que les spécifications,
puisqu’elle est indispensable pour sai- des flux – matières, monétaire et infor- le cahier des charges du produit ne
sir les données nécessaires à la gestion mation – pour améliorer la performance varieront jamais ?
des commandes, des stocks et de l’outil de l’entreprise industrielle.
industriel, dans toutes les phases de Jean-Pierre Dal Pont  : L’atelier doit être
production. Gimélec  : Y a-t-il une (ou des) polyvalent, reconvertible pour d’autres
stratégie(s) industrielle(s) à privilé- fabrications, facilement extensibles. La
Cela implique à l’évidence que les gier ? chimie fine sait maintenant résoudre ces
moyens de production soient perfor- problèmes en installant des cascades de
mants (conception et réalisation) et bien Jean-Pierre Dal Pont : Le système de pro- réacteurs de différents types disconti-
gérés (gestion au quotidien). duction doit souvent évoluer et s’adapter nus servis par des stockages en amont

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #53


et aval polyvalents. La polyvalence dans pour faire face à la pénurie de certaines
ce cas fait partie du cahier des charges matières premières a introduit la notion
du projet. de fonctionnalité Elle est encore large-
ment utilisée dans ce but pour améliorer
Enfin, se posera aussi la question de des produits et des services existants.
«  Faire ou faire faire  ?  » L’entreprise Elle a cependant évolué ces dernières
doit se focaliser sur ses métiers. Encore décennies. Elle est notamment utilisée
faut-il les connaître  ! La sous-traitance pour établir le CdCF des produits nou-

Dans de nombreux cas, l’industriel ne peut


pas par lui-même évaluer l’intérêt
de son produit pour l’utilisateur final.

est complexe. Elle acquiert de plus en veaux qui consiste à analyser le service
plus de lettres de noblesse dans la me- rendu, l’état des marchés afin d’en tirer
sure où sous-traiter ne consiste pas à des prévisions des ventes (volume, prix),
se débarrasser de tâches ingrates. Le de cibler les clients, de définir les canaux
sous-traitant entre dans le système qua- de distribution. Le CdFC servira au bu-
lité du donneur d’ordres, c’est de plus en reau d’études pour rechercher les meil-
plus un partenaire. leures solutions au cours du processus
d’industrialisation.
Le meilleur compromis entre faire soi-
Jean-Pierre même et sous-traiter peut être trouvé en
pondérant les critères comme la confi-
Le développement d’un produit nouveau
ou l’amélioration d’un produit existant
Dal Pont
 Auteur du « Génie
des procédés et
l’entreprise », publié
chez Hermès-Lavoisier.
 Diplômé de l’École
nationale supérieure
des industries chimiques
(ENSIC Nancy) et d’un
MBA de l’Institut de
contrôle de gestion.
 Il a passé toute sa dentialité, les capitaux investis, le temps nécessite bien entendu d’appréhender la
carrière dans l’industrie de mise en œuvre, les coûts globaux de réponse du marché. Dans de nombreux
chimique, d’abord dans fabrication, sans oublier l’éthique indus- cas, l’industriel ne peut pas par lui-
un centre de R&D, puis trielle que toute entreprise se doit d’avoir. même évaluer l’intérêt de son produit
pour l’utilisateur final. Citons le cas du
à la production chez
Gimélec : Comment mesurer a priori chimiste qui développe un produit pour
Rhône-Poulenc. Il a
l’intérêt d’un produit en développe- les cosmétiques. Le chimiste saura syn-
gravi tous les échelons
ment ? thétiser, fabriquer les matières actives
jusqu’à en devenir
principales, par exemple d’un sham-
directeur industriel. Jean-Pierre Dal Pont  : L’analyse de la poing, mais il ne peut pas évaluer par
 Il est l’un des artisans valeur et le cahier des charges fonction- lui-même l’intérêt du produit formulé
de l’implantation indus- nel (CdCF) sont des notions communes à par son client. Il faut dans ce cas déve-
trielle de Rhône-Poulenc pratiquement toutes les industries. lopper un partenariat concepteur-utili-
et Rhodia aux États-Unis sateur. Et grâce aux réseaux sociaux, cet
et en Asie. L’analyse de la valeur, née aux États-Unis utilisateur peut être pluriel. Un potentiel
au début de la Seconde guerre mondiale encore sous-exploité aujourd’hui. 

54#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Les conséquences

Passons à l’Innovation
Humaniste
par Navi Radjou, Consultant en innovation et leadership basé dans la Silicon Valley.

L
es mille premières entreprises
dans le monde qui investissent le
plus dans l’innovation, pour l’es-
sentiel des entreprises occidentales, ont
dépensé pas moins de 603 milliards de
dollars pour leur R&D rien qu’en 2011.
Mais qu’ont-elles obtenu en retour  ?
Pas grand-chose, selon les recherches
effectuées par le cabinet de conseil Booz
& Company. Les consultants de Booz ont
identifié une très faible corrélation entre guerre – gros budgets R&D, hiérarchies, Une telle approche d’innovation humaine
investissements en R&D et les perfor- etc.  – ne sont plus adaptés au monde et humaniste existe déjà. Elle est prati-
mances en termes de développement d’affaires du XXIe siècle, caractérisé par quée par des millions d’entrepreneurs
et de commercialisation de produits une complexité accrue et une rareté de dans les marchés émergents comme
qui génèrent des profits. Pour dire les ressources. l’Inde, la Chine, l’Afrique et le Brésil qui
choses plus crûment  : l’argent ne peut
pas acheter l’innovation !

Ce qui explique les frustrations des diri- En adoptant le jugaad – cet état d’esprit
geants occidentaux qui font face d’une frugal, agile, et inclusif – les entreprises
part à d’énormes contraintes financières
dans un contexte de crise économique
françaises pourraient apprendre
prolongée et d’autre part à d’immenses à « faire mieux avec moins »
pressions des actionnaires pour générer
de la croissance.
Il faut donc remettre à plat l’approche puisent dans leur ingéniosité et rési-
Remontons l’histoire d’innovation actuelle en Occident qui est lience pour improviser des solutions très
devenue trop « industrialisée » et adop- efficaces qui offrent plus de valeur à leur
Au début du XXe siècle, les entreprises ter une nouvelle approche qui est à la fois communauté tout en minimisant l’utili-
occidentales ont commencé à institu- plus « humaine » et plus « humaniste ». sation des ressources très rares.
tionnaliser leurs systèmes d’innovation, « Humaine » car elle valorise et s’appuie
en créant des centres de R&D et nor- sur l’ingéniosité des êtres humains Un état d'esprit
malisant les processus opérationnels (employés, clients, fournisseurs) –  car
pour élaborer des produits commer- n’oublions pas que ce sont les hommes C’est le cas par exemple de Mansukh
cialisables. Cette «  industrialisation  » qui innovent ! Mais aussi « humaniste » Prajapati, un potier indien, qui a conçu
du processus de création de produits et car cette nouvelle approche vise à amé- MittiCool, un réfrigérateur fabriqué en-
services a abouti aujourd’hui à une ap- liorer les conditions de vie des conci- tièrement en argile qui fonctionne sans
proche structurée de l’innovation qui est toyens tout en minimisant l’utilisation électricité, est 100  % biodégradable,
trop couteuse en capital et ressources des ressources naturelles. L’objectif est et conserve fruits, légumes et lait frais
naturelles, manque de souplesse, et donc d’arrêter de faire «  toujours plus pendant plusieurs jours – un vrai don du
demeure élitiste et insulaire. Ces struc- avec plus  » et tenter de «  faire mieux ciel pour les 800 millions d’indiens qui
tures et processus industriels de l’après- avec moins ». vivent dans des villages reculés dépour-

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #55


vus d’électricité et d’approvisionnement Ces partenariats trans-sectoriels sou- de développer (avec son partenaire Nis-
régulier en denrées alimentaires. Ou tiennent l’expansion commerciale de san) la plateforme CMF-A qui servira
des entrepreneurs kenyans qui ont in- Danone dans les pays émergents tout en de base pour la conception de voitures
venté un dispositif de recharge des télé- contribuant au développement durable ultra-low-cost qui seront lancées en
phones portables activé par les coups de
pédale des cyclistes. Quant à Jane Chen,
une MBA de Stanford, elle a cofondé
Embrace, un startup qui commercialise
en Inde, Afrique, et Chine une couveuse
pour bébés prématurés. Ce produit, à la
fois portable et écolo, ne coute que 200
dollars —  soit 1  % du prix des incuba-
teurs vendus en occident qui coutent
20 000 dollars.

Tous ces entrepreneurs partagent un


unique état d’esprit agile et frugal qui
s’appelle jugaad : ce mot hindi populaire
recouvre un concept que l’on pourrait
traduire en français par «  débrouillar-
dise », soit la capacité à improviser des
solutions ingénieuses dans des condi-
tions adverses (voire hostiles). Cet état
d’esprit résilient et créatif cherche à
Navi Radjou
trouver des solutions « à taille humaine »  Navi Radjou, Français d’origine indienne, est consultant
aux problèmes pressants qu’affrontent en innovation et leadership basé dans la Silicon Valley.
les communautés locales.  Diplômé d’Ecole Centrale Paris, il est membre du World
Economic Forum et coauteur de « l'Innovation Jugaad :
La place de l'Europe Redevenons Ingénieux ! » (Diateino, 2013) et « From
Smart To Wise » (Jossey-Bass, 2013).
La bonne nouvelle est que des entre-
prises européennes –  et surtout fran-
çaises  – comme Siemens, Danone, des communautés locales. Quant à Sie- Inde et d’autres marchés émergents.
et Renault-Nissan ont déjà opté pour mens, le géant industriel allemand, il a CMF-A conjugue l’état d’esprit jugaad
cette démarche d’innovation jugaad et lancé une nouvelle gamme de produits des jeunes ingénieurs indiens avec la
développé des solutions ingénieuses SMART, tous abordables et écologiques compétence en gestion de projets des
et génératrices de forte croissance. – comme ce moniteur cardiaque doté de équipes R&D françaises et l’expertise
Par exemple, Danone a mis en place micros bon marché au lieu d’un système technique des ingénieurs japonais.
danone.communities qui soutient un onéreux à ultrasons.
En adoptant le jugaad – cet état d’esprit
frugal, agile, et inclusif  – les entre-
prises françaises pourraient apprendre
Comme nous entrons dans l’Ere de à « faire mieux avec moins » et créer de
la Modération, ce sont les qualités humaines la valeur durable pour toutes les par-
ties prenantes de la société. L’Age des
comme l’ingéniosité, la résilience, Excès (XXe siècle) était dominé par les
et l’empathie qui vont alimenter la croissance machines et les processus industriels.
Mais comme nous entrons dans l’Ere
économique durable et équitable de demain. de la Modération, ce sont les qualités
humaines comme l’ingéniosité, la rési-
lience, et l’empathie qui vont alimenter
la croissance économique durable et
réseau mondial d’entrepreneurs sociaux Finalement, Renault qui a connu un équitable de demain. 
qui aident à construire les «  chaînes grand succès avec le lancement en 2004
de valeurs hybrides » –  c’est-à-dire qui de sa Logan à 5 000 euros suivie de toute
intègrent les compétences et actifs du une palette de véhicules bon marché et Cet article est en partie adapté du livre
secteur privé et l’expertise et réseaux durables sous la marque Dacia (95  % « l’Innovation Jugaad ». Pour plus d’infos
des acteurs sociaux. des pièces sont recyclables) est en train sur Navi Radjou, visitez NaviRadjou.com

56#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


La vision des autres pays

Allemagne : les huit


recommandations de
la plateforme Industrie 4.0

L
’Industrie 4.0, qui signifie l'entrée Le rapport « Recommandations pour la mise en œuvre de l'initiative
dans la 4e révolution industrielle, stratégique d’Industrie 4.0 » est sorti à l’occasion de la Foire de Hanovre
est une initiative des fédérations d’avril 2013. Écrit à l’initiative d’industriels allemands, le document porte
professionnelles allemandes Bitkom un sous-titre révélateur : « Assurer l'avenir de l'industrie manufacturière
(technologies de l’information), VDMA allemande ». Voici résumées les principales recommandations.
(machine-outil) et ZVEI (électro-in-
dustrie). Leur rapport recense les huit
priorités indispensables à la réussite de
cette transition. Une plateforme Indus-
trie 4.0 (www.plattform-i40.de), issue
du concept de système cyber-physique Sur les sujets globaux : la mise en place Bien qu’ils ne soient pas explicitement
(CPS), a même été créée pour l’expéri- de projets phares est également recom- nommés, on comprend en creux que les
mentation en conditions réelles de pro- mandée pour démontrer leur validité à protocoles de communication doivent
duits et services 4.0 avant leur adoption travers des architectures de référence. trouver un langage commun, pour ne pas
définitive. Le gouvernement accom- Les architectures de référence pour- dire universel.
pagnera ce passage en soutenant des raient inclure l'ingénierie de bout en
expérimentations à hauteur de 200 mil- bout des produits, de leurs systèmes de 2. Pas de systèmes complexes
lions d'euros environ. production, des réseaux de communi-
sans virtualisation
cation pour la gestion et le contrôle de
1. Pas d’échanges efficaces procédés technologiques de fabrication Les produits et les systèmes de produc-
en temps réel. tion sont de plus en plus complexes. C’est
sans normalisation
le résultat de fonctionnalités croissantes,
Comment rassembler des sociétés aux Sur les détails, la normalisation touche de la personnalisation plus fréquente
modèles d'affaires et aux organisations quasiment tous les sujets  : acquisition des produits, de l'évolution plurielle des
différentes en une approche unique et de données par les capteurs, contrôle coopérations entre les différentes entre-
commune ? Il faudra que les partenaires séquentiel, contrôle continu, données prises… La modélisation – aussi bien
s'entendent aussi bien sur des sujets glo- opérationnelles, données machine, don- de la planification des tâches que de la
baux (principes structurels, terminologie) nées de procédés, archivage, fonctions simulation des produits et systèmes pro-
que sur les détails. de planification et d'optimisation, etc. ductifs – facilite la gestion de processus
à la complexité croissante. Le recours au
Sécurité et sûreté : quelle différence ? virtuel constituera donc un point capital
de l’Industrie 4.0, d’autant plus que son
Il est utile de rappeler les différences entre sécurité et sûreté. La sécurité approche sera holistique.
désigne l'ensemble des moyens humains, organisationnels et techniques
destinés à faire face aux risques (sans but lucratif) pouvant nuire aux per- Les questions de la formation et du par-
sonnes et aux biens. Ils ont généralement une origine interne. La sûreté est
tage des meilleures pratiques doivent être
l'ensemble des moyens humains, organisationnels et techniques destinés à
faire face aux atteintes et aux nuisances mues par un besoin de profit (leur promues, notamment auprès des PME.
origine est souvent externe, ndlr). Si la sécurité est réglementée par de Le groupe de travail recommande égale-
nombreux textes et normes, ce n’est pas vraiment le cas de la sûreté. On ment la mise en place de projets phares
peut aussi parler de cyber-sécurité dès lors que l’on touche aux systèmes pour déployer et tester des méthodes et
d’informations étendus. des outils de modélisation existants afin
de montrer l’intérêt de la modélisation

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #57


dans différentes situations  : ingénierie Le groupe de travail juge nécessaire la trie 4.0 induira des niveaux d’exigences
(en amont) et exploitation (en aval), pro- réalisation d’études concrètes afin d'éta- beaucoup plus élevés car le volume des
duction de masse et production de petits blir les débits exacts et les temps réels données critiques échangées entre les
volumes (voire de produits individualisés), nécessaires aux industriels. composants du système productif aug-
industrie manufacturière et industrie de mentera grandement et, dans le même
procédés, internalisation et externalisa- 4. Pas de confiance sans temps, le nombre d'acteurs impliqués
tion, production et logistique, etc. dans la chaîne de valeur sera plus grand
sécurité ni sûreté renforcées
et plus varié.
3. Pas de garantie de service Sécurité et sûreté sont essentielles aux
installations industrielles. Elles le sont La question de la sécurité et de la sûreté
sans très haut débit
pour les données numériques qui doivent se pose aussi bien à l’intérieur de l’usine
Si le système cyber-physique (CPS), tel être protégées des abus et des accès qu’à l’extérieur. En effet, un réseau
que le nomme les Allemands, est mis en non autorisés. L'avènement de l'Indus- étendu la reliera à ses fournisseurs, à
œuvre à grande échelle, une infrastruc-
ture permettant l’échange de très gros
volumes de données et garantissant leur
intégrité, devient un prérequis indispen-
sable. L'amélioration des réseaux de télé-
communications existants doit assurer
une bande passante suffisante et dispo-
nible partout, une fiabilité à toute épreuve,
des temps de latence garantis et une qua-
lité de service des exploitants de réseaux
irréprochable. L’échange de données
entre un centre de contrôle-commande
distant et des capteurs, par exemple, ne
peut supporter la moindre faille. Cette in-
frastructure idéale (évidemment présente
en Allemagne) doit être accessible aux in-
dustriels du pays. Elle doit également être
simple, évolutive, sûre (contre le piratage), Architecture CPS plateforme.
disponible et abordable économiquement. des ressources informatiques dépor-
tées, etc. Ce réseau étendu soulève de
nouveaux problèmes à résoudre à cause
Sécurité-sûreté : les 8 commandements des risques potentiels plus forts. Il ne
1. La stratégie de sécurité et de sûreté doit évoluer au cours du temps, sera pas possible de mettre en œuvre
l’Industrie 4.0 sans que les industriels ne
2. Les échanges d'informations doivent être protégés au niveau du processus prennent en compte l’approche globale
de fabrication, des composants, de l’échange des données inter-sites, etc.,
de la problématique sécurité-sûreté. Et il
3. La stratégie consistera d’abord à améliorer la sécurité des installations faudra considérer l'impact des mesures
actuelles, susceptibles de rester en service pendant un temps considérable de sûreté sur la sécurité et vice-versa.
encore avant de basculer en 4.0,
4. Il est impératif de développer des solutions conviviales adaptées aux be- 5. Pas d’Industrie 4.0
soins des utilisateurs afin d’en faciliter l’adoption par le plus grand nombre,
sans nouvelle conception
5. Le rapport coût-efficacité des mesures de sécurité et de sûreté doit être et organisation du travail
étudié en comparaison du coût de l’arrêt brutal d’une unité de production en
prenant en compte les coûts directs (pertes d’exploitation) et les coûts indi- Quel sera l'impact de l’Industrie 4.0 sur
rects (manque à gagner, indemnisation de clients, etc.), le nouvel environnement du travail  ?
6. La lutte contre le piratage est évidente, d’autant plus que des « assaillants » Quelles seront les responsabilités des
pourront accéder aux savoir-faire de l’entreprise puisque des pans entiers des entreprises ? Comment le monde du tra-
connaissances seront numérisés, vail devra répondre à des changements
7. Tous les salariés devront être impliqués aux problèmes de sécurité-sûre- profonds  ? Dans un avenir caractérisé
té : les opérateurs de machines comme les informaticiens, les ingénieurs, etc., par l'automatisation croissante et des
systèmes de contrôle renforcés, com-
8. Des informations sur la santé des salariés seront disponibles dans le cadre
d’Industrie 4.0, notamment via les systèmes de protection du personnel. Ce ment pourrons-nous assurer des emplois
sujet, particulièrement sensible, nécessitera un renforcement de la protection sûrs et équitables  ? Des réponses à ces
des données individuelles. questions dépendra la mobilisation des
talents.

58#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


En effet, les efforts d'innovation ne l'organisation du travail et la modélisa- breux marchés émergents, l'utilisation,
peuvent pas être concentrés exclusive- tion de l'interaction entre les mondes réel la vente, l'importation et l'exportation de
ment sur s les défis technologiques. La et numérique (descriptions formelles et produits de chiffrement ne sont pas auto-
mission de l'innovation doit prendre aussi méthodologiques). risés. L'expédition des technologies de
en compte une organisation intelligente cryptage est autorisée en Europe mais
du travail et les compétences des salariés 7. Pas d’Industrie 4.0 elles peuvent être à double usage, et donc
car ils joueront un rôle clé dans la mise sous le coup de restrictions. Les solutions
sans évolution réglementaire
en œuvre des innovations technologiques. seront donc réglementaires, techniques
Comme toute innovation technologique et politiques.
Il est probable que leur rôle va changer de rupture, les nouveaux procédés de
considérablement en raison de l'aug- fabrication se trouveront confrontés à un 8. Pas d’efficacité
mentation des plates-formes ouvertes, cadre réglementaire existant inadapté, au
sans optimisation
du travail virtuel et au développent moins en partie.
des ressources
des interactions homme-machine et
homme-système. Il y aura forcément La protection des données de l'entreprise L'industrie manufacturière consomme
des répercussions sur la réglementa- sera impactée : les données seront géné- des matières premières et de l'énergie
tion du travail et la vie privée des gens. rées et transmises de manière autonome dont les coûts s’élèvent de façon expo-
L’impact se fera sentir également hors par des machines intelligentes et ces nentielle. Des risques sur l'environne-
de l’entreprise.

Il est donc recommandé de vérifier l'im-


pact sur le travail, de fournir des lignes
directrices, de promouvoir des approches
de l'organisation du travail novatrices
(participatif  ?) et généraliser l’apprentis-
sage continu (dialogue régulier entre les
partenaires sociaux) tout en partageant
les connaissances entre les parties pre-
nantes, à l'intérieur et à l'extérieur, des
entreprises, aux niveaux national et inter-
national.

6. Pas d’Industrie 4.0


sans renouvellement
des formations
L’Industrie 4.0 impactera le contenu des
formations initiales et continues car elle
touchera significativement différents
métiers pour deux raisons. Tout d'abord,
les procédés de fabrication traditionnels
caractérisés par une division très claire
du travail seront désormais intégrés
dans une nouvelle structure organisa- Maillage horizontal de communication inter-entreprise.
tionnelle et opérationnelle où les prises
de décision et de coordination seront données traverseront inévitablement les ment existent aussi. L’Industrie 4.0 devra
décentralisées. frontières de l'entreprise. faire sienne la sécurisation de l’approvi-
sionnement en matières premières et
Ensuite, il sera nécessaire d'organiser et Des conséquences sont à prévoir sur la en énergie. Cela passera d’abord par la
de coordonner les interactions entre les manipulation des données personnelles : la baisse de leur consommation globale.
machines virtuelles et réelles, les sys- législation impose des restrictions, en par- Les ressources humaines et financières
tèmes de contrôle de la centrale et des ticulier dans les échanges avec les pays où doivent être prises en compte aussi. Les
systèmes de gestion de production. les normes de protection des données sont changements à mener dans les pro-
inférieures à celles observées en Europe. cessus de fabrication, de conception et
Parmi les recommandations du groupe de Des contraintes nouvelles sont à prévoir. d’installation s’appuieront sur les indi-
travail Industrie 4.0, on note la création cateurs clés de performance afin d’en
d’un corpus des meilleures pratiques, la Enfin, des restrictions commerciales ap- évaluer l'efficacité, la productivité et le
promotion d’approches transversales de paraîtront inévitablement. Dans de nom- respect de l'environnement. 

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #59


La vision des autres pays

Les États-Unis se préparent


à la « smart » industrie

L’industrie américaine est en mouvement avec un pied dans la 4e Le haut niveau de compétences des uni-
révolution industrielle. Capacité de rebondir et maîtrise des technologies versités, parmi les meilleures du monde,
de l’information sont les atouts maîtres de ce pays, qui reste encore la fournit un nombre important de person-
première puissance économique mondiale. nel très qualifié, et ce personnel a plutôt
tendance à rester sur le territoire améri-
cain par patriotisme (ou protectionnisme).
De plus, ils possèdent un état d’esprit

L
es États-Unis forment la première l’industrie pour accélérer l’innovation et conquérant, novateur et, surtout, une très
puissance industrielle mondiale préparer la migration vers la 4e révolution grande réactivité face à la concurrence
depuis la fin du XIXe siècle avec en industrielle, afin d’adapter la production à mondiale. Enfin l’industrie américaine,
valeur 1 545,4 milliards de dollars (chiffre la demande spécifique du client et revenir tout comme le pays tout entier, possède
d’affaires cumulé de l’industrie). Cepen- au tout premier plan mondial d’exporta- un avantage sur d’autres nations  : une
dant, les parts de marchés de son indus- teur de produits manufacturés. Même si inébranlable confiance en soi. Et il y a de
trie ont tendance à reculer et ils ne sont l’industrie a régressé à un niveau de 12 % quoi.
plus que le troisième exportateur de pro- du PIB et que le nombre d’emplois suppri-
duits manufacturés derrière l’Allemagne més avoisine 7 millions sur les dernières Maîtrise des technologies de
et la Chine (selon COE-Rexecode). années, la stratégie américaine est claire
l’information : un atout majeur
pour une modernisation et une reconver-
Deux grandes régions composent l’indus- sion des industries. La maitrise des nouvelles technologies
trie américaine. La Rust Belt dans les (avec des entreprises qui, dans leur la
États du Nord-Est où se sont développées majorité, sont des leaders mondiaux
les industries de la première révolution tels que Cisco, Microsoft, IBM, Apple,
industrielle (sidérurgie, textile, transports), Oracle…) va leur permettre de prendre de
puis de la deuxième (automobile, pétrochi- l’avance dans les infrastructures de ré-
mie). Elle a été frappée par la désindus- seaux et la gestion des informations qui
trialisation dans les années 1970 mais sont les postes clés de la Smart-Indus-
garde toujours une place prépondérante, trie. Aujourd’hui, quelques industriels
notamment dans l’automobile, une indus- s’inscrivent parfaitement dans cette dé-
trie en reconversion. L’aubaine des gaz non marche d’innovation technologique qui
conventionnels attire d’importants inves- relie la production à l’ensemble de l’en-
tissements dans les industries chimiques treprise. Leurs innovations permettent
et pétrochimiques, dont le raffinage. aux clients de bénéficier des premiers
avantages de la Smart-Industrie et leur
Matthieu Lassalle, directeur général
La Sun Belt au Sud et à l'Ouest, plus ré- de Rockwell Automation France. donnent un avantage certain sur leurs
cente, est fondée en grande partie sur les concurrents.
nouvelles technologies et les industries Pour cela, les entreprises vont rapide-
de pointe. Aujourd’hui, l’accent est mis ment migrer vers la Smart-Industrie. En conclusion, l’industrie américaine est
sur les industries vertes. Cela leur permettra d’être plus flexibles, en mouvement, prête à plonger dans la
plus agiles, plus efficaces, plus sûres et quatrième révolution industrielle. Cer-
La modernisation industrielle surtout moins polluantes afin de mieux tains ont déjà franchi le pas, grâce notam-
répondre aux demandes des clients et ment à une politique d’investissements
est en marche
s’adapter rapidement à leurs besoins. financiers importants avec des capitaux
Les États-Unis tirent leur puissance dans publics et privés, des compétences issues
leur capacité à rebondir et à innover. Ils Les États-Unis sont armés pour entamer des meilleures universités, et des techno-
seraient prêts à investir près de 2 mil- cette révolution qui a déjà démarré chez logies fournies par des constructeurs lea-
liards de dollars dans la modernisation de certains. der mondiaux dans leur domaine. 

60#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Les avantages et les bénéfices

Les bénéfices de l’Industrie


4.0 à portée de main

L
e constat est posé  : les briques L’Industrie 4.0 apportera des bénéfices à la fois défensifs et offen-
technologies existent déjà pour sifs. Les premiers consistent à adapter son outil productif à des tendances
faire la 4e révolution industrielle structurelles lourdes, comme le vieillissement de la population active.
et la direction à suivre pour y parvenir Les seconds à construire des unités de production les plus compétitives
est connue. L’Allemagne, qui s’y prépare qui soient.
depuis 2011, a pris le départ officiel de fa-
çon ordonnée cette année, les États-Unis
aussi mais sans véritable ligne directrice.
Et les acteurs français, prendront-ils ren-
dez-vous avec le XXIe siècle industriel  ? 67 ans, poussent également à la trans- La réponse aux futures pénuries et aug-
Y aller permet de répondre à deux défis formation radicale des processus pro- mentations de prix passe par l’utilisation
structurels majeurs – vieillissement de la ductifs en Allemagne. Mais ce que vit parcimonieuse et intelligente des diffé-
population et augmentation continue du ce pays, d’autres le vivront aussi, à plus rentes ressources nécessaires à l’indus-
prix des ressources  – et de prendre un ou moins longue échéance. Y compris la trie  : minerai, énergie, sable (on ne le
avantage concurrentiel en adaptant les France… sait pas mais les réserves connues de
produits aux besoins réels des consom- cette matière diminuent à très grande
mateurs et en produisant agilement. Optimiser la consommation vitesse), etc.
d’énergie et de matières
Adapter l’outil productif Aux concepteurs de produits revient
premières
donc une grande responsabilité : conce-
au vieillissement
Faire des économies. C’est un leitmo- voir des produits plus économes en
de la population active
tiv ancien dans l’industrie. Il prend plus matière et moins gourmands en énergie
La quasi-totalité des pays européens ont d’ampleur aujourd’hui. La raison  ? Les
fini leur transition démographique  : 3 ressources, les matières premières en
personnes sur 10 auront 65 ans et plus particulier, ne sont pas infinies. À cela
en 2050. Et parmi eux, l’Allemagne est en s’ajoute la montée du niveau de vie
pointe (si l’on peut dire). Face au vieillis- moyen des habitants de pays comme
sement de la population active outre-Rhin la Chine, le Brésil, la Russie, l’Inde, le
– dont l’âge moyen va bientôt dépasser la Nigéria… Et leurs habitudes de consom-
cinquantaine d’années  – il lui fallait agir mation se calent sur celles des Occiden-
pour ne pas perdre des pans entiers de taux. Tendanciellement donc, la balance
son capital industriel. Chez nos voisins, offre-demande sera de plus en plus
c’est un point déterminant de la démarche déséquilibrée avec une conséquence
Industrie 4.0. évidente : le prix des ressources croîtra
continûment.
Pour que les quinquagénaires restent
compétitifs, on va leur faciliter le travail Ce phénomène s’observe sur le terrain : la
en automatisant le maximum de tâches, volatilité des prix s’est accentuée depuis
en multipliant les robots de manutention 2005-2006. Elle a d’abord touché l’énergie
et de fabrication, au cœur du processus (pétrole, gaz…) et s’est rapidement propa-
productif et à sa périphérie (manipulation gée aux métaux et surtout aux produits
des matières premières et des produits agricoles. Après un effondrement brutal
finis en bout de chaîne)… en 2009, les prix des matières premières
ont fortement augmenté pendant hiver
Les lois Hartz, qui instaurent progressi- 2011, puis ont connu une nouvelle hausse
vement le départ de l’âge de la retraite à durant l’été 2012.

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #61


(une innovation de l’intégrateur Phoe- phone. Demain, le capteur communicant mandes. Le produit personnalisé pourra
nix Contact permet d’économiser 15  % sera capable de restituer, aux concep- aussi communiquer avec les machines
d’énergie rien qu’en optimisant la ges- teurs des chaussures, des informations dans sa phase de réalisation et d’embal-
tion de la mise en veille de robots de sur leur fréquence d’utilisation, les par- lage. De son côté, la chaîne logistique
production). L’industrie atteindra ainsi ties usées le plus rapidement, etc. Et ce prendra en compte les cycles de pro-
une consommation efficiente. L’utilisa- qui est possible dans le B-to-C, l’est for- duction, en amont et en aval. Le tout est
tion intensive de l’ERP, interconnecté cément dans le B-to-B (lire article sur les fondé sur un réseau de communication
directement aux bourses des matières moissonneuses-batteuses, page 20). où machines et composants de machines
premières, aura aussi un rôle à jouer s’échangent des données en direct. Enfin,
pour acheter malin. Produire avec agilité le produit fini pourra être tracé.

Tisser un lien fort La production agile va plus loin que le Quand l’usine numérique sera définitive-
concept du juste-à-temps, conçu pour ment opérationnelle, l’industriel résoudra
avec les clients
optimiser les stocks. Dans l’Industrie 4.0, plus facilement l’équation à laquelle il est
Parce qu’il permet de limiter les investis- le cycle de production sera scénarisé, de- confronté chaque jour, se demandant com-
sements informatiques des entreprises, puis l’introduction de la matière à trans- bien de matières premières utiliser, com-
le Cloud Computing les «  autorise  » à
dédier une plus grande partie de ce bud- La Commission européenne soutient l’usine numérique
get aux applications numériques. Paral-
Comment diminuer les risques techniques et manufacturiers dans l’industrie
lèlement, grâce à la puissance des outils
aéronautique alors que la tendance de fond pousse à l’accélération de l’inno-
informatiques et aux réseaux de com- vation, qui nécessite au contraire le temps de la maturation ? Le projet Arum,
munication protéiformes, les entreprises chargé d’apporter des réponses à cette question, associe 14 industriels et aca-
peuvent inverser la démarche actuelle du démiciens européens. Il a pour mission d’améliorer les systèmes de planifica-
pilotage des applications par le marketing tion et de contrôle pour la fabrication de produits complexes en petites séries,
interne par un pilotage plus direct avec les aménagements intérieurs des avions notamment. L’approche envisagée pri-
les consommateurs, notamment à l’aide vilégie la production adaptative, un système d’information de nouvelle généra-
tion associant « architecture de services » et gestion des connaissances et de
des réseaux sociaux.
multiples capteurs en lien avec le SI, dont l’une des fonctions servira de système
d’alarme avancée pour aider les industriels à réduire les risques tout en accé-
Certaines entreprises sont déjà dans lérant les cadences.
cette démarche  : Nike et New Balance,
par exemple, permettent aux consom-
mateurs de personnaliser leur com-
mande par Internet, en choisissant un
modèle à partir de plusieurs dizaines
d’éléments  : semelles, tiges, maintiens
latéraux, décorations, couleurs, etc. Nike
donne la possibilité d’y accoler aussi ses
initiales.

Grâce à ce service, les clients ont des pro-


duits personnalisés. De leur côté, Nike et
New Balance obtiennent leurs coordon-
nées, connaissent mieux leurs goûts et Airbus Allemagne est chef de file de ce projet. Parmi les 14 associés, seule une
grossissent leur marge. En effet, ce type entreprise est localisée en France, la toulousaine P3 Ingénierie, une filiale du
groupe allemand du même nom.
de chaussures est vendu en moyenne
25  % plus cher que les modèles équiva- Débuté en septembre 2012, ce projet – intégré à la thématique « usine numé-
lents. Cerise sur le gâteau  : ils les fidé- rique  » du 7e Programme cadre de recherche et développement européen  –
lisent par la suite grâce à la création d’un s’éteindra en octobre 2015. Il est soutenu par la Commission à hauteur de 8,5
millions d’euros sur un budget global de 11,5 millions.
lien virtuel, qui peut se transformer en
lien affectif.
former jusqu’à l’emballage et le stockage ment produire (pour tirer profit, au mieux,
Restons encore dans le secteur de la du produit fini. En effet, la production agile des fluctuations tarifaires des différentes
chaussure de loisir et de sport. Nike est fondée sur des unités flexibles, entiè- énergies) et quelles ressources humaines
teste des capteurs dans ses chaussures. rement automatisées et totalement inter- mobiliser. Au final, même si le montant
Aujourd’hui, il s’agit d’un simple outil de connectées, permettant de passer rapi- des investissements sera important, la
mesure de la performance personnelle dement de la fabrication d’un produit à compétitivité sera quasi assurée dans un
(distance parcourue, mesure de la ten- un autre et de moduler, en temps réel, les scénario idéal, en tout cas suffisamment
sion…) quand on le relie à son smart- quantités produites en fonction des com- pour satisfaire les industriels. 

62#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Le rôle de l'Etat

Le numérique, enjeu majeur


pour la compétitivité
Par Pascal Faure, Directeur Général de la Compétitivité, de l’Industrie et des Services (DGCIS)

L
’importance du numérique est cru- pas dans le secteur technologique. suivant une forme moins hiérarchique
ciale pour la compétitivité des en- Qu’elles seront hyper-connectées aux et moins centralisée, sous l’effet des
treprises de demain, et leur organi- données externes et s’ouvriront pour multiples «  intelligences connectées  »
sation, leur système de production, leurs innover dans une optique de co-créa- et des exigences de coopération des
marchés, leur capacité d’innovation, tion de valeur avec les acteurs de leur nouvelles générations. Ces modifica-
seront dans presque tous les métiers écosystème. Qu’elles seront organisées tions sont à l’œuvre dès maintenant.
largement impactés par le numérique,
directement ou indirectement. Lors des
assises de l’entrepreneuriat organisées
par le président de la République les
entreprises et experts ont convergé sur
ces constats.

Le numérique structure
les entreprises de demain
L’environnement dans lequel les entre-
prises vont évoluer à l’horizon 2020-
2030 sera influencé par plusieurs fac-
teurs qui forgent le cadre de ce qu’on
s’accorde à nommer industries et ser-
vices intelligents. Parmi ces facteurs,
figurent la diffusion des nouvelles tech-
nologies, en particulier numériques, au
sein de la société, le travail coopératif,
la montée en puissance de productions
micro-industrielles, à la demande et
décentralisées, rendue possible par les
systèmes de production avancés. Cela
implique que les entreprises de demain
seront polymorphes, transgressant les Pascal Faure
frontières classiques entre services et
industries, valeur ajoutée matérielle et  Né le 1er février 1963 à Nice. Ingénieur général des Mines.
immatérielle, entreprise technologique
 Diplômé de l’École polytechnique et de l’École nationale
et non-technologique. Qu’elles seront
supérieure des télécommunications de Paris.
collaboratives et travailleront en réseau
avec l’ensemble de leur écosystème  Débute sa carrière dans la R&D aux Laboratoires Bell,
(autres entreprises, acteurs institu- chez Apple Computer puis au Centre national d’études
tionnels et sociaux, clients, salariés, des télécommunications (France Télécom/CNET). Travaille
citoyens) pour concevoir, produire et dans divers ministères de 1992 à 1995. De 2007 à 2012,
distribuer leurs produits/services  - et successivement nommé Vice-président du Conseil Général
dans certains cas leur propre éner- des Technologies de l’Information (CGTI), Vice-président du
gie. Qu’elles utiliseront les nouvelles Conseil général de l’industrie, de l’énergie et des technolo-
technologies, notamment numérique, gies (CGIET) et Vice-président du Conseil Général de l’Econo-
comme levier de création de valeur, mie, de l’Industrie, de l’Energie et des Technologies (CGEIET).
même lorsque l’entreprise n’évolue

Septembre 2013 Gimélec - Industrie 4.0 #63


L’impératif de productivité, Agir à tous les niveaux, qui leur faciliteront le développement de
l’accès aux marchés extérieurs individuel, entreprises, produits et de services, et plus généra-
filières, sphère publique lement leur développement tant national
L’emploi, première priorité des Français et qu’international (et sur ce dernier point
du gouvernement, dépend de la croissance Le numérique permet à fois des gains de mieux déployer les réseaux mondiaux
qui, elle-même, dépend ultimement de la de productivité au niveau des individus : publics d’intelligence économique au
compétitivité des entreprises et de leur outils de conception accès aux grandes profit des entreprises françaises).
productivité. Celle-ci doit donc être renfor- bases de données («  big data  »), gains
cée, tant dans l’industrie que dans les ser- de coût grâce au cloud computing en Il s’agit aussi de favoriser l’innovation
vices, ces derniers étant de plus en plus prenant garde à sa sécurisation. Il les dans le logiciel, ce à quoi servent et le
entrecroisés avec l’industrie, et, par leur permet au niveau des ateliers, des ser- programme d’investissement d’avenir,
poids dans l’économie, majeurs, alors que vices opérationnels des entreprises, de et les pôles de compétitivité dédiés à cet
les efforts de productivité et d’efficacité y leur R&D. Il les permet aussi entre en- effet. De développer les fablabs. De dé-
ont été en moyenne plus faibles en France treprises : il s’agit également de déma- velopper les usages des TIC et la roboti-
que dans l’industrie jusqu’à une période térialiser les échanges, au niveau de la sation dans les PME, en s’appuyant sur
récente. Simultanément, dans un monde conception ou de la chaîne d’approvision- les structures professionnelles.
qui continue à croître  -  mais où la crois- nement, entre les différents maillons de
sance est en moyenne plus forte que sur le la chaîne de valeur d'une filière, ce qui Il s’agit d’avoir de plus en plus recours,
territoire national  -, il importe d’orienter permet d'importants gains de compétiti- dans le domaine de l’enseignement et de
les outils numériques en faveur d’innova- vité de l'ensemble de la filière, et requiert l’enseignement supérieur, aux progrès
tions, de produits, qui s’adaptent aux mar- de ne pas agir isolément mais selon la que permet le numérique. Les cours
chés à croissance rapide et forte valeur logique de filières et de grands projets massivement en ligne (MOOCs), sont à
ajoutée, où qu’ils soient dans le monde. que l’Etat, pour sa part en liaison étroite cet égard un enjeu considérable pour
Cela passe, pour les grandes structures, avec les entreprises et les fédérations l’avenir : la compétitivité des entreprises
par des réorganisations de chaînes de va- professionnelles, a mis en œuvre. dépend ultimement de la qualité des
leur, qui conservent dans toute la mesure femmes et des hommes qui les com-
du possible au territoire national une part A titre d’exemple, des projets ambitieux posent, de leurs formations initiales et
importante de valeur ajoutée et d’emplois. portés par les acteurs importants d’une tout au long de la vie.
Les études convergent pour laisser espé- filière, à l'image de la plateforme Boost-
rer des gains de productivité significatifs Aéro pour l'aéronautique, ont fait la Il s’agit également d’avoir de meilleurs
en l’espèce. preuve de leur efficacité économique et de accès aux capitaux nécessaires. A cet
la facilité de mise en œuvre par les PME. égard on voit par exemple se développer
Cette recherche de productivité et de Les filières économiques portées par des formes de notation des PME fondées
performance dans l’industrie manu- quelques grands donneurs d'ordre avec sur des flux de données plus importants
facturière et les services liés ou à forte plusieurs niveaux de sous-traitance sont que ce dont disposent d’ordinaire les
valeur ajoutée, passe par l’intégration particulièrement adaptées pour répéter banques, et qui sont de nature à amélio-
et l’exploitation des technologies du cette démarche d’utilisation d’outils par- rer la nécessaire confiance. Mais aussi,
logiciel et du numérique dans les pro- tagés tout au long de la chaîne de valeur. des opérations comme le financement
cessus de production (capteurs, logi- de masse (crowdfunding).
ciels de pilotage, simulation, robotique, De telles démarches sont aussi à l’œuvre
objets connectés...). A titre d'exemple, pour la sphère publique, et sont néces- Il s’agit enfin de développer la culture
afin d’engendrer des gains de producti- saires pour la rendre plus réactive, allé- scientifique et technique, cruciale pour
vité significatifs, l’informatique dans les ger les coûts administratifs pour les en- disposer, sur le très long terme, d’une
usines doit gagner en agilité, en intégra- treprises, et réduire plus globalement le population bien au fait de l’état de l’art
tion, en automatisation et en intelligence coût de la sphère publique, à qualité de dans les diverses disciplines, d’en me-
entre les multiples fonctions qui la com- service au moins égale. Une mutation en surer les possibilités et d’en réduire les
posent. Pour ce faire, beaucoup de solu- profondeur de l’environnement adminis- risques, et capable ainsi de répondre au
tions développées pour l’informatique de tratif et réglementaire des entreprises est mieux aux attentes et besoins futurs.
gestion peuvent être adaptées à l’infor- nécessaire pour se préparer à demain.
matique de production (PLM, CAO...). Il Cet enjeu nous concerne tous. La dé-
s’agit donc de développer et adapter les Il s’agit de permettre l’accès à un espace marche est engagé e par le ministre
technologies numériques aux besoins numérique unifié, de simplifier l’envi- du redressement productif, au travers
industriels, ainsi que des projets de ronnement et les procédures adminis- du soutien à un plan industriel relatif à
démonstrateurs pilotes. Cela concerne tratives et les rendre plus interactives, l’usine du futur. Il doit mobiliser chacun
également la logistique, le marketing, la d’auditer les délais de réponse des comme l’une des voies majeures pour
promotion des marques, la gestion intel- administrations, de mettre à disposition aider le pays à sortir de la crise, et ren-
ligente et conquérante de la propriété des entreprises, via les «  open data  » forcer la confiance qu’il doit avoir en son
intellectuelle. les informations et données publiques avenir. 

64#  Gimélec - Industrie 4.0 Septembre 2013


Les adhérents du Gimélec prêts à vous accompagner
pour construire « L’usine connectée » :

A PUISSANCE 3 LEGRAND
ABB LENZE
ALSTOM POWER LEUZE ELECTRONIC
BALLUFF MAFELEC
BAUMER MECALECTRO
BECKHOFF AUTOMATION MOTEURS JM SAS
BIHL + WIEDEMANN MOTEURS LEROY-SOMER
BOSCH REXROTH NIDEC ASI
CONNECTION PROTECTION OMRON ELECTRONICS
CONTRINEX FRANCE PARKER HANNIFIN FRANCE
CROUZET AUTOMATISMES PEPPERL+FUCHS
DANFOSS PHOENIX CONTACT
DATALOGIC AUTOMATION PILZ FRANCE ELECTRONIC
di-soric ROCKWELL AUTOMATION
DURAG France SCHMERSAL
EATON SCHNEIDER ELECTRIC
ECOFIT SETNAG
EFD Induction SEW-USOCOME
EMERSON PROCESS MANAGEMENT SAS SICK
ENDRESS+HAUSER SIEMENS
ENERDIS SIREM
FESTO SOCOMEC
FUJI ELECTRIC EUROPE SOURIAU
FUJI ELECTRIC FRANCE SPIE
GE Energy Power Conversion France TDK-LAMBDA FRANCE
GEFRAN France TECUMSEH EUROPE
HACH LANGE FRANCE TRANSRAIL BV
IFM ELECTRONIC TURCK-BANNER
INEO ENGINEERING & SYSTEMS VEGA Technique
INVENSYS SYSTEMS FRANCE S.A.S. VINCI Energies
ITEIS WAGO CONTACT
JEUMONT Electric WEG FRANCE
KEB WEIDMULLER
Kraus & Naimer WIELAND ELECTRIC
KROHNE YOKOGAWA FRANCE S.A.S.
LANGLADE & PICARD
©Gimélec – Tous droits réservés – Edition 09/2013 – Document réalisé en partenariat avec Smart-Industries.

Groupement des industries de l’équipement électrique, du contrôle-commande et des services associés


11 -17 rue de l’Amiral Hamelin - 75783 Paris cedex 16 - France - Tél. : +33 (0)1 45 05 71 36
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