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« é c o l o g i e e t s u r v i e »

collection dirigée par Alain Saury

FORET ET SANTE
DANS LA MÊME COLLECTION

Alain Saury : Le Manuel de la vie sauvage, ou revivre par la nature.


Comprendre et prévoir le temps, marcher et s'orienter, se chauffer,
boire et trouver l'eau, cueillir, replanter, apprivoiser ou chasser et
pêcher, cuisiner, conserver, se loger, se vêtir, fabriquer, soigner et
sauver, se nourrir subtilement.
Yona Friedman : Alternatives énergétiques, ou la civilisation paysanne
modernisée.
Pour une réelle économie des ressources : comment désindustriali-
ser l'énergie.
Jacques La Maya : La Médecine de l'habitat.
Comment détecter et neutraliser les ondes nocives pour retrouver
mieux-être et vitalité.
Robert Frédérick : Les Ressources énergétiques de notre planète.
Aujourd'hui et demain : charbon, gaz, pétrole, énergies douces
(hydraulique, éolienne, solaire, biomasse, géothermie), énergies
marines, nucléaire, etc.
Pierre Pellerin : Sauvons la nature, source de notre vie.
Nombreux exemples d'actions individuelles et collectives pour sau-
ver le monde animal, végétal et minéral... la vie et notre vie !
Georges Plaisance : Forêt et santé.
Guide pratique de sylvothérapie. Découvrez les effets bienfaisants
de la forêt sur le corps et l'esprit.
F o r ê t
et s a n t é
AUTRES OUVRAGES DU MÊME AUTEUR

Dictionnaire des sols (La Maison rustique, épuisé).


Guide des forêts de France, 1963 (La Nef de Paris, épuisé).
Dictionnaire des forêts, 1975 (épuisé).
Demain la forêt, 1964 (S.E.D.E.S., épuisé).
Les Formations végétales et paysages ruraux, 1959 (Gauthier-
Villars).
Vingt-deux Forêts de France (Solar, épuisé).
La Forêt française, 1979 (Denoël).
La Forêt (en collaboration), 1968 (Elsevier).
Grand Livre de la montagne et de la forêt (en collaboration), 1979
(Éditions académiques de Bâle).
Georges Plaisance
Ingénieur des Eaux et Forêts - Docteur-Ingénieur

F o r ê t
e t s a n t é

Guide pratique de sylvothérapie

Découvrez les effets b i e n f a i s a n t s d e l a f o r ê t


s u r le c o r p s e t l ' e s p r i t

É d i t i o n s DANGLES
18, rue Lavoisier
4 5 8 0 0 ST-JEAN-DE-BRAYE
ISBN : 2-7033-0278-9
ISSN : 0754-2526
@ Éditions Dangles - Saint-Jean-de-Braye - 1985
Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation
réservés pour tous pays.
L'AUTEUR :
Né en 1910 à Vesoul, Georges Plaisance
n'est pas un inconnu pour ceux qui s'occu-
pent de l'effet des forêts sur la santé.
Ancien élève de l'Institut national agrono-
mique (Paris), de l'École nationale des
Eaux et Forêts (Nancy), docteur-ingénieur
en écologie (Faculté des sciences de Dijon)
il a, au cours de sa carrière d'Ingénieur des
Eaux et Forêts, patiemment observé et lon-
guement médité sur la vie des arbres forestiers, ainsi que sur leurs
effets bénéfiques sur la physiologie et la psychologie de ceux qui
fréquentent les forêts.
Sa carrière et ses voyages l'ont conduit sous des climats divers et
dans des forêts bien différentes. En tant qu'expert touristique et
d'écologie, il a rassemblé d'innombrables mesures et observations
sur la sylvothérapie, provenant d'horizons très différents : fores-
tiers, écologistes, médecins, psychologues (français, allemands,
américains, anglais, italiens, russes...).
C'est une synthèse provisoire qu'il nous présente ici ; nul doute
qu'elle sera le point de départ de recherches nouvelles dont la forêt
sortira valorisée et les santés améliorées.
Il est, par ailleurs, l'auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire
forestière, l'écologie forestière, la toponymie, la sylviculture, la
protection de la nature et le tourisme.
PRINCIPALES ABRÉVIATIONS
UTILISÉES DANS CE LIVRE

 : angstrôm (1/10 de millionième de millimètre, 1/10 de nanomètre).


A.S.F. : Annales des sciences-forestières.
cal : calorie.
cf. : voyez.
dB : décibel.
D / H : r a p p o r t entre diamètre (D) et hauteur (H).
D . M . A . : dose m a x i m u m admissible.
Er : éclairement relatif (par rapport à celui du découvert = 100 %).
F.C. : forêt communale.
F.D. : forêt domaniale.
F. P. : forêt particulière (privée).
G.R. : grande randonnée.
Hz : hertz.
1/h : litre par heure.
m : mètre.
mg/1 : milligramme par litre.
m m / H g : millimètre de mercure.
mg : milligramme.
m V : millivolt.
m fi : millimicron.
fi : micron.
fim : micromètre.
n m : nanomètre.
Nx Oy : oxydes d'azote divers (N02, NO3...).
O . M . S . : Organisation mondiale de la santé.
ppb : partie par billion.
p p m : partie par million (1 p p m = 1 000 ppb).
p.n.c. : partie d o n n a n t naissance à une colonie (lors d ' u n e mesure
expérimentale sur la pollution de l'air).
U.V. : ultraviolet.
V / m : volt par mètre.
Introduction

« Forêts et prairies sont, pour la région, santé et


richesse. »
(Olivier de Serres)

Qu'est-ce que la forêt ? Une usine à bois, un repaire de bêtes


sauvages, un décor reposant pour nos yeux, un lieu de promenade
et de « récréation » comme disent les aménageurs espérant ainsi
nous rajeunir et nous faire mieux entrer dans leurs plans, un
espace affecté à la protection actuelle des sols, une réserve de
terrains bons à défricher plus tard ?... Tout cela peut-être...
Mais ne serait-ce pas aussi un lieu de santé, une fontaine de
Jouvence répondant à des besoins qui ne font que croître au fur et
à mesure q u ' u n e civilisation tentaculaire nous absorbe, nous
déforme, nous intoxique ?
La forêt nous offre ses paysages infiniment variés, son air très
pur, ses microclimats atténués ; au corps et à l'esprit, elle offre des
possibilités de détente, de désintoxication, de recharge... C'est là
ce que nous allons essayer de démontrer tout au long de ce livre,
en ne célant nulle difficulté, nulle ambivalence et nulle ignorance
puisque, en fait, le sujet est neuf ; il n ' a , en effet, guère intéressé
les chercheurs, plus préoccupés de technique, de production et de
rendement.

Nous étudierons d ' a b o r d les divers facteurs physiques, puis


l'action psychique ; un chapitre esquisse la phytothérapie, un
autre tente une synthèse ; d'autres envisagent les modalités d ' u n e
cure et les forêts propices, la création de parcs de cure ; viennent
ensuite des annexes donnant des précisions pratiques.
On essaiera de quantifier, mais ce ne sera pas toujours possi-
ble car les mesures manquent et le volet psychologique ou psycho-
somatique s'y prête mal. Au long de ces pages, il ne faudra pas
oublier qu'il n'y a pas U N climat forestier mais seulement des
modifications, par la forêt, des climats régionaux ou du climat
étroitement local ; ces corrections sont le plus souvent favorables
à la santé, mais elles ne peuvent supprimer complètement tous les
défauts du climat.
C'est la faiblesse de toute climatothérapie que de subir un
ensemble de conditions dont certaines sont d'effets contradictoi-
res et où tout n'est pas parfait.
La santé humaine par la forêt, est-ce une gageure ? Le lecteur
en jugera ; en tout cas, il saura que l'on peut conserver et amélio-
rer les forêts en vue de sauvegarder la santé humaine... et peut-être
tel ou tel lecteur pourra-t-il en bénéficier ?
« E t tu ris aux rameaux qui te brisent la f a c e car la sainte
N a t u r e a rénové ton cœur. » (Retté)
CHAPITRE 1

Action de la forêt
sur le vent
« Le vent qui souffle à travers la montagne me
rend fou. »
(Victor Hugo)

1. Le vent est-il funeste ou bienfaisant ?

Impossible de répondre : il y a vent et vent, ouragans et


zéphyrs... Résumons :

a) Au passif
Surtout pour les organismes affaiblis et surtout pour les vents
violents et froids, ou très chauds et secs ; tel vent est réputé « gla-
cial » et tel autre « brûlant ». On note :
— Le refroidissement excessif et trop rapide du corps, sur-
tout si on expose la peau nue ; un vent de force moyenne (3 m/s)
abaisse la température de 6°, d'où perte de calories et épuisement
des réserves.
— Le dessèchement excessif de la peau et des muqueuses, la
déshydratation générale (même derrière un brise-vent, l'évapora-
tion est réduite de 40 % à 15 m).
— Le souffle coupé.
— Le bruit énervant.
— L'apport de poussières, sables, nuisible en particulier aux
yeux.
— L'apport de polluants chimiques, spores, bactéries...
Tous ces éléments sont nuisibles par eux-mêmes et par la réduction
d'insolation.
— L'apport d'ions positifs (au moins pour certains vents, tel
l'autan).
— L'augmentation du champ électrique.
D'où, suivant les prédispositions individuelles : conjonctivi-
tes, trachéites, coryzas, toux, difficultés d'expectoration, conges-
tions, hémoptysies, irritabilités, céphalées, insomnies et, égale-
ment — en conséquence du « coup de froid » — des maladies
infectieuses (peut-être dues à une précipitation des colloïdes).

Selon le médecin antique Celsus, « l'aquilon excite la toux,


dessèche le gosier, resserre le ventre, supprime l'urine, occasionne
des frissons, des pleurésies et des fluxions de poitrine. Il raffermit
néanmoins un corps sain. Le tissu des fibres est rendu plus alerte,
plus agile.
Le vent du Midi affaiblit l'ouïe, émousse les sens, excite les
maux de tête, ramollit et affaiblit le tissu des fibres ».

b) A l'actif

Surtout pour les vents faibles, on note :


— Un refroidissement utile par temps trop chaud et sec ; il
permet de supporter une température de 3 à 4° plus élevée sans
avoir l'impression d'un air « lourd ».
— Une stimulation favorable des nerfs par le frottement,
équivalent à un léger massage, et une augmentation de la circula-
tion cutanée.
— Un éloignement de polluants produits vers un lieu voisin.
— Une électrisation négative par frottement du vent contre
les aiguilles des conifères.
— Un murmure agréable (brises dans les feuilles).
L'absence de tout vent n'est d'ailleurs pas souhaitable, car
l'organisme n'aime pas l'uniformité ni la stagnation ; pour bien
vivre, nous avons besoin de petites stimulations alternantes.
Un vent de 1 à 3 m/s est en général favorable, de 3 à 15 m/s
bon pour les organismes robustes et, au-dessus de 15 m/s, devient
nocif, voire dangereux surtout pour les cardiaques, hémo-
ptysiques, gens sujets aux angines de poitrine, tuberculeux, conva-
lescents, fragilisés, débilités...

2. Les effets de la forêt

Dans le cas général (forêt de densité normale), la grille des


troncs et les chicanes des feuilles arrêtent la moitié des vents et,
par conséquent, préviennent tous les accidents signalés (note 6).
C'est même, disons-le, un des effets majeurs et les moins discuta-
bles de la forêt.
Les essences « d'ombre », au feuillage dense, agissent plus
que celles « de lumière », à feuillage clairsemé, les conifères à
feuillage compact plus que ceux à feuillage ajouré.
Parfois, la forêt dévie les vents, ce qui peut s'avérer utile pour
protéger certains lieux situés à l'aval ; en revanche, elle ne sup-
prime par certains phénomènes météorologiques connexes (dépla-
cements de dépressions barométriques, de champs électriques...).
La trajectoire du vent est redressée avant de buter sur la
lisière, et passe au-dessus. L'effet est donc seulement intérieur à la
forêt. Dès l'entrée en forêt (et à peu de distance), il ne reste que les
8 ou 9/10 du vent, surtout près du sol et dans le houppier ; quel-
ques turbulences se produisent. L'action se poursuit sur la lisière
opposée jusqu'à 10 à 20 fois la hauteur des arbres (note 5).
Dans une clairière, si le diamètre est inférieur à 12 fois la hau-
teur des arbres, il y a encore forte réduction. La rugosité de la
forêt est 300 fois celle d'une pelouse, 60 fois celle d'une prairie et
10 fois celle d'un champ cultivé. Ce sont donc des conditions
d'ambiance totalement différentes de celles du découvert qu'offre
l'abri de la forêt.
Une simple haie d'aubépines, charmes, hêtres, ifs, peu-
pliers... a une action notable, surtout si elle est semi-perméable et
avec un sous-étage (notes 6 et 7) ; c'est ce qui est réalisé dans le
paysage des bocages traditionnels ; ces bocages méritent d'être
conservés sous forme de bocages à grandes mailles.
Les notes 1 à 4 donnent des indications sur les vents de France
et sur leurs forces, ce qui permet de préciser les cas d'efficacité des
forêts ou rideaux boisés. On ne peut guère dresser de cartes des
vents, car les obstacles naturels — surtout le relief — font varier
considérablement ce facteur suivant l'altitude et l'orientation.
Les régions où les forêts sont le plus utile pour agir sur le
facteur vent sont :
— Le littoral atlantique et celui de la Manche.
— Les vallées orientées dans le sens du vent dominant (basse
vallée du Rhône...), les nombreuses petites vallées encaissées, les
sommets chauves des montagnes, les cols où le vent s'engouffre et
se concentre.
On observe également une action de la forêt sur ses alen-
tours : pendant le jour, l'air — plus froid au-dessus de la forêt —
est plus lourd, et il se produit une brise allant de la forêt vers
l'extérieur, jusqu'à quelques dizaines de mètres dans toutes les
directions ; cette brise est jugée agréable, même si elle a peu de
conséquences médicales.

« Du Zéphir,
Séjour du frais, véritable patrie. »
(Jean de La Fontaine)
Note 1 : La force des vents

On a donné les chiffres suivants pour l'énergie récupérable à 15 m


du sol (en kWh/mois) :
Mont Ventoux (Vaucluse) . 6 000 Cap Ferret 1 550
Ouessant (Bretagne) 4 400 Tournon (Ardèche) 1 400
Mont Aigoual 4 000 Château-Chinon (Yonne) . 1 200
Grand Ballon (Vosges) . . . 3 800 Soulac (Gironde) 1 000
Gatteville (Manche) 3 720 Plateau de Millevaches . . . 900
Cap Fréhel Bagnols (Gard) 650
(Côtes-du-Nord) 2 800 La Mure (Isère) 600
Ile d'Yeu (Atlantique) . . . . 2 500 Mont Afrique (Côte-d'Or) 550
Mont Saint-Vincent Crêt du Vourbey (Doubs) . 500
(S.-et-L.) . . . . . . . . . . . . . 1 550

Note 2 : Géographie des vents


Les vents de France sont très divers. Donnons quelques exemples en
précisant leur orientation afin que l'on sache de quel côté chercher, der-
rière la forêt, un abri contre le vent lui-même ou contre les pollutions
situées en amont.
— Du Nord vient la bise froide et sèche, plutôt saine, mais pas tou-
jours agréable ; les forêts en protègent, en particulier dans le Nord-Est.
— Le mistral froid et sec dans la basse vallée du Rhône, souffle à
une vitesse atteignant 100 à 110 km/h ; d'abord orienté N.-S., il devient
N.-O./S.-E. puis O.-E. à partir de Toulon où il diminue d'intensité, sur-
tout derrière les collines formant abri. Il dure plusieurs jours de suite (3,
6 ou 9). Il est considéré comme assainissant, mais il excite les nerfs et
provoque des fatigues cardiaques. Dans la basse vallée du Rhône, il y
a des haies de cyprès et de peupliers, mais ailleurs, forêts ou bandes
boisées sont (ou devraient être) très utiles.
— La galerne, dans l'Ouest, est un vent froid et humide.
Beaucoup de vents viennent de l'Ouest ou du Sud-Ouest et appor-
tent la pluie, tels :
— Le suroît ou vent (S.-O.), assez doux.
— Le noroît (N.-O.), vent humide qui est souvent, à force égale,
moins nocif qu'un vent sec.
— La traverse (O. ou N.-O.), de modéré à assez fort, par rafales,
sévit dans l'Est ; il a été rendu responsable de surdités précoces.
ZONES DE VENTS TRÈS FORTS

Les régions les plus ventées sont surtout les zones


littorales, les sommets de montagnes et les pla-
teaux (dessin Yannick Mouré).

— Le cers du bas Languedoc (O. et S.-O.), très violent.


— La tramontane (N.-O.), dans le bas Languedoc et le Roussillon,
froide et très sèche ; si elle est toujours salubre et considérée comme
tonique pour les organismes forts, elle est dangereuse pour les poumons
délicats.
Les vents de mer sont humides, tièdes, et sont souvent favorables ;
mais, lorsqu'ils deviennent violents (plus de 12 m/s), ils excitent trop
l'organisme et irritent le système nerveux. On les a accusés de transpor-
ter, parfois en excès, de l'iode et du sel marin, au moins à faible dis-
tance. En Angleterre, on les a même accusés de favoriser la tuberculose.
Les vents chauds, vents du Midi, ne sont pas non plus sans inconvé-
nients. Mouriquand a étudié à Lyon le « vent du Midi » qui provoque
des perturbations et même des décès chez les bébés, des crises d'asthme
et de rhumatisme, des insomnies, cela même à l'intérieur des pièces car il
s'accompagne de phénomènes électriques, de transports d'ions et
d'abaissement brusque de l'humidité de l'air. Sous l'effet de ce même
vent, le docteur Lacassagne a signalé pour les adultes l'irritabilité, les
névralgies et l'exagération des prurits. Ce vent est en effet lié à une
élévation thermique et à une baisse hygrométrique.
— Du Sud-Est vient l'autan blanc dans la moyenne Garonne, le
Quercy, le Rouergue ; il est très desséchant et funeste aux nerveux et
rhumatisants.
— Du Sud-Est ou Nord-Est, dans les Alpes, vient la lombarde,
vent ressemblant au foehn de la Suisse, très desséchant, très énervant.
— Le marin, en Roussillon et bas Languedoc, est un vent du
S.-E. assez fort, humide et doux ; il fatigue les malades en rendant leur
respiration difficile, il est déprimant et malsain.

Note 3 : Direction dominante des vents dans les diverses zones

L'abri est à rechercher du côté opposé. Voir carte des zones


(P. 337).
Note 4 : Intensité des vents en France

La fréquence des vents forts (supérieurs à 15 m/s) qui n'est que de


40/00 à Lille ou à Clermont-Ferrand, atteint 340/00 en mars, 730/00 en
février à Perpignan et 450/00 en février à Toulon.
Les forts vents se produisent le plus souvent en hiver (sauf dans
le Sud-Est), ce qui justifie l'emploi d'arbres à feuilles persistantes
(résineux) comme brise-vent pour la protection de la santé humaine.

Note 5 : Effets de la forêt sur la vitesse du vent

Selon Fons, 1940 :

Autres mesures, selon Geiger :


Réduction par des chênes feuillés 80 %
Réduction par des chênes défeuillés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 50 %
Mesure sous des Douglas clairs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36 %
Forêt mélangée :
— Dans les couronnes 47 vo
— A 2 mètres de hauteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52 %
Forêt méditerranéenne :
— Chênaie 10 %
— Pineraie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40 %
A l'aval de la forêt, la réduction est sensible jusqu'à 15 fois la
hauteur.
Note 6 : Effet d'une haie brise-vent (de hauteur H)

EFFET D'UNE HAIE BRISE-VENT


SUR LA VITESSE DU VENT

Note 7 : Autres mesures de l'effet d'une haie brise-vent


Hauteur de la haie = H - Distance de la haie = D
Devant la haie : D = —10 H Vent = 100 070
D= H Vent = 61 %
Derrière la haie : D= + 2 H Vent = 23 %
D= + 4 H Vent = 36 %
D= + 10 H Vent= 60 %
D= + 20 H Vent = 90 %
Note 8 : Le vent dans les ouvertures de forêt

Dans les trouées se produisent des tourbillons qui modifient la


direction du vent à l'endroit considéré. Dans les bandes orientées
N.-N.-O./S.-S.-E. en forêt d'Épinal (vents dominants S.-O.), Aussenac
a observé de nettes réductions : vitesse ramenée à 15,2 % pour une
bande étroite et à 49,7 070 pour une bande large.
Cette réduction diminue évidemment l'évaporation des plantes par
rapport au découvert et augmente le degré hygrométrique.

Note 9 : Le pouvoir réfrigérant

Une donnée de climatologie médicale est le pouvoir réfrigérant


(quantité de chaleur gagnée ou perdue en une unité de temps). Il aug-
mente avec le vent et diminue avec la température.
On l'a calculé par la formule de Siple, où V est la vitesse du vent en
m/s et t° la température en degrés Celsius. Il est égal à K (en kilocalo-
ries) par m2 de surface corporelle :
K = (10 V v + 10,45 - V) (33 - t°)
Par exemple, si K dépasse 200, on constate un accroissement des
accidents cardiaques.
Si la température (t°) est de 15° et la réduction du vent par la forêt
de 9 m/s à 2 m/s, elle provoque un abaissement du pouvoir de refroidis-
sement de 471 à 231, c'est-à-dire de moitié. Cela suffit pour éviter des
accidents graves chez des êtres sensibles.
CHAPITRE II

Action de la forêt
sur les radiations

1. Radiations lumineuses ; lumière totale

Si l'on considère l'aspect quantitatif, ce qui « saute aux


yeux » (si l'on peut dire), c'est la diminution de l'éclairement lors-
que l'on pénètre dans une forêt.
Pour simplifier, on parle d'éclairement en pourcentage de
celui qui règne à l'extérieur de la forêt. En fait, ce facteur en cache
plusieurs : la lumière, la chaleur, l'effet photochimique ; il est
plus grand pour les petites longueurs d'ondes et a même, selon
Griveau, un effet sur la sensibilité (accrue pour les courtes
longueurs d'ondes) et la motricité (diminuée).
Les éclairements relatifs (Er) sont donnés par des luxmètres,
photomètres (souvent à piles), comprenant un filtre qui rend la
sensibilité de la cellule comparable à celle de l'œil humain ; celui
du découvert hors bois étant de 100 %.
Les valeurs s'échelonnent de 1 à 100 % de l'éclairement en
terrain découvert ; ainsi, pour une futaie feuillue, on a 20 % en
été et 60 % en hiver ; sous une pineraie, 20 070 en été et en hiver ;
sous une sapinière, 2 % en été et en hiver (note 1).
Pour une même densité de peuplement, il y a des différences
suivant les essences ; par exemple, sous hêtre, l'éclairement est la
moitié de ce qu'il est sous chêne ou sous bouleau (note 1). Les
feuilles de feuillus étant d'un vert plus clair, elles reflètent davan-
tage de lumière ; ces arbres en laissent passer davantage sous eux.
En France, on admet que le rayonnement total est d'environ
100 000 cal/cm2 par an pour une station en plein découvert.
Certes, la différence due au couvert végétal forestier n'est pas
la même par temps ensoleillé sans nuages, temps ensoleillé avec
nuages ou temps couvert. L'effet d'écran de la forêt est relative-
ment moindre par temps couvert (note 4), mais même dans ce cas,
il est important.
L'éclairement total comprend l'éclairement direct au Soleil
(la moitié du total) et l'éclairement diffusé par le ciel et ses
réflexions.
Sous bois, l'éclairement que nous recevons résulte des innom-
brables petits trous du couvert ainsi que des réflexions de feuilles à
feuilles, en ricochets ; c'est donc un ensemble, une masse lumi-
neuse qui caractérise la forêt, masse très différente de celle d'une
surface de prairie, d'une terre labourée ou d'un mur.
L'éclairement en découvert dépend de la hauteur du Soleil, de
la transparence de l'atmosphère (turbidité et vapeur d'eau), de
l'ennuagement (100 % pour un ciel serein et 20 % pour un ciel
couvert), des brumes, de la réflexion par le sol, etc. Sous forêt,
l'éclairement relatif dépend de la saison (houppiers feuillés ou
défeuillés), de la densité des arbres (note 2), du régime sylvicole et
du stade de peuplement dans la « révolution » forestière (note 1).
On notera, en passant, que l'œil humain apprécie assez mal
les différences d'éclairement. « Rien ne trompe plus que nos
yeux » avait déjà dit Lévêque.

2. Lumière et santé
La diminution d'éclairement affectant l'éclairement relatif
est de mesure commode mais n'est peut-être pas le facteur le plus
actif dans l'effet de la forêt. Le rayonnement qui communique
Taches de lumière et d'ombre sous la futaie claire de chênes
pédonculés dans l'Adour (cliché Pierre Toulgouat).

« L a s a n t é vient aussi p a r les yeux. »


(Louis Landouzy)
l'énergie aux êtres vivants est très diminué dès la partie supérieure
des c o u r o n n e s ; e n q u e l q u e s d é c i m è t r e s , il p a s s e d e 1 à 0,2 cal/cm2
par minute, c'est-à-dire baisse des 4/5 de sa valeur.
En tout cas, on comprend aisément qu'une réduction de
50 % (parfois de 90 %) de la lumière reçue a des conséquences
physiologiques de ralentissement des fonctions vitales.
« Dans ce parc un vallon secret
Tout voilé de ramages sombres
Où le Soleil est si discret
Qu'il n'y forme jamais d'ombre. » (Théophile)

Les effets nocifs des excès de lumière (variables suivant les


tempéraments) sont bien connus : attritions tissulaires (coups de
lumière, radioleucites, élévation thermique cutanée), phénomènes
de photodynamisme (mélanose, pellagre), exaltation des virus
latents (herpès, érythèmes...), anaphylaxies (antigènes favorisés),
urticaires, eczémas, dermites, accidents secondaires, cancers cuta-
nés, fatigues ou accidents oculaires (conjonctivites, kératites),
congestions utérines, hypertension, insomnies, crises d'asthme,
hémoptysies, poussées épileptiques...
Les malades du myocarde risquent des complications par
forte insolation ; les hépatiques, personnes atteintes de dermato-
ses étendues, tuberculeux pulmonaires avancés, fébricitants... ont
intérêt à prendre l'air, mais à ne pas trop s'exposer au soleil.
La photo sensibilisation est plus grande chez les êtres très jeu-
nes ou très âgés ; elle est, il est vrai, diminuée par l'accoutumance
et par la pigmentation du bronzage.

D'aucuns penseront que la diminution de l'éclairement par


la forêt n'est guère un avantage ; l'héliothérapie est à la mode. Il
est prouvé que l'insolation favorise la production de vitamine D
(fixation du calcium et bon développement des os), augmente le
cholestérol, réduit la glycémie, fait guérir les plaies, augmente la
sympathicotonie ; elle est favorable dans le cas de tuberculoses
ostéo-articulaires et cutanées, adénite tuberculeuse, rhumatismes,
fractures, plaies atones, acné, furonculose, anémie, rachitisme,
lymphatisme (chapitre XIII).
Lumière et ombre en forêt.
Pourtant, là comme en toute chose, il faut de la mesure ; il
existe indiscutablement des cas où il y a excès d'insolation. Des
médecins chauds partisans de l'héliothérapie (tel autrefois le doc-
teur Wasserfallen de Leysin) estimaient que quelques jours à
l'ombre étaient utiles lorsque la cure de soleil déclenchait des
pertes d'appétit, insomnies, nervosité.
Le séjour sous bois, au moins temporaire, devient bénéfique
car il évite les inconvénients signalés ci-dessus de l'insolation
excessive.
L'utilité de cette réduction lumineuse concerne surtout des
organismes fragiles ou convalescents. Dans ces cas, il est indiqué
de réduire le nombre d'heures journalières d'insolation de façon à
pouvoir maintenir le nombre d'heures de cure d'air indiscutable-
ment utile. Plutôt que de s'enfermer dans un café, à l'hôtel ou en
appartement, mieux vaut une promenade en forêt.
On peut utilement alterner les expositions au soleil (et à l'air
marin de la plage) et le séjour sous les arbres, par exemple une
heure au soleil, puis une heure à l'ombre.
La protection contre le soleil en juillet semble être surtout
utile à l'est d'une ligne Tarbes-Nevers-Belfort et sur le littoral ven-
déen, régions où il y a plus de 250 heures d'insolation en juillet
(note 4).
« Les rayons du jour égarés
Parmi les ombres incertaines
Éparpillent leurs feux dorés
Dessus l'azur de ces fontaines. » (Théophile)
Distincte de l'action de la lumière, il y a celle de la chaleur
excessive : coup de chaleur, hyperhydrose, dyshydrose, conges-
tion hépatique, céphalée, photophobie, fièvre, prostration,
convulsions...
Dans la mesure où le couvert forestier diminue la lumière et la
température de l'air, un séjour sous bois peut atténuer quelque
peu le danger de tels méfaits.
3. Composition des radiations lumineuses
C'est l'aspect qualitatif. Il y a filtration différentielle : les
feuilles des arbres feuillus absorbent surtout les ultraviolets
(90 %) en laissant passer les jaunes et les verts (0,5 à 0,6 micron =
500 à 600 nanomètres) et les infrarouges (0,72 à 0,74 micron =
720 à 740 nanomètres). Sous résineux, il y a peu de différence.
Sous pineraie, l'énergie se répartit ainsi : U.V. = 10 % ;
bleu = 25 % ; vert = 25 070 ; rouge = 23 % ; I.R. = 17 070.
Bien entendu, la quantité de radiations dépend aussi de celle
qui parvient à la forêt.
Cette répartition (avant traversée du couvert forestier) est peu
différente par jour clair ou jour couvert. Elle varie quelque peu
avec les heures : à l'aurore et au crépuscule le rayonnement est
plus riche en rouge et en infrarouge, et l'on sait que ces couleurs
sont moins absorbées par les feuilles.
On sait que les rayons U.V. sont huit fois plus intenses en juin
qu'en décembre et qu'une atmosphère plus humide absorbe
davantage d'U.V. Cette relative richesse (sous feuillus) en radia-
tions vertes a des conséquences physiologiques.
Certes, les rayons U.V. produisent une dilatation des artério-
les cutanées, une accélération du passage du sang, une dilatation
des capillaires, une élévation de la pression sanguine dans ces
capillaires, une augmentation des échanges entre capillaires et tis-
sus, une circulation plus active du plasma dans les tissus. Ils sont
donc souvent utiles dans les cas de rachitisme, spasmophilie,
plaies... Mais ils sont cause d'érythèmes, cancer, cataractes... Il
convient donc pour certains organismes, au moins temporaire-
ment, de réduire la dose d'U.V. pour éviter des élévations thermi-
ques du corps, le ralentissement du pouls, des érythèmes et des
précipitations calciques excessives ; c'est ce que réalise le couvert
forestier en été.
Des conséquences plus ou moins directes sur le psychisme
seront étudiées au chapitre IX.
Quant à l'effet des rayons rouges et infrarouges, on peut sup-
poser qu'ils sont plutôt légèrement dilatateurs ; on a dit que, sous
bouleau, ils étaient particulièrement abondants.
On sait que notre œil est plus sensible aux radiations ayant
environ 500 à 600 micromètres, c'est-à-dire, en simplifiant, les
radiations vertes.
Ce rayonnement solaire reçu par la forêt varie avec les lieux :
il augmente avec l'altitude, en particulier la fraction des U.V.
(pour 100 m de dénivelée : 3 à 10 % en été et 10 à 20 % en hiver
par réverbération sur la neige) ce qui peut facilement devenir
nocif. Il y a lieu d'en tenir compte dans l'appréciation de l'utilité
du couvert forestier pour des organismes souffrant de l'excès de
radiations ; en altitude, à la limite de la végétation forestière, le
pin cembro, le pin à crochets ou le mélèze peuvent momentané-
ment leur être bienfaisants ; entre 1 800 et 2 300 m, les pré-bois
offrent d'utiles possibilités d'ombragement intermittent.
Certains ne devraient pas exposer le corps nu plus de deux
heures par jour ; mieux vaut pour eux le séjour en forêt qu'en
chambre.
De même, au bord de la mer, la lumière diffusée par réflexion
est énorme, surtout par temps ensoleillé où la proportion d'U.V.
est plus grande (souvent deux fois plus qu'en arrière de la côte).
L'action de la forêt y est d'autant plus utile.
« La lumière des bois est un matin perpétuel. » (Emerson)
« Et nulle chesnaie, nulle hêtraie, je dirai mieux nulle société
féminine, ne passe en douceur et en perfection de goût ces lisières
où il y a toutes les variétés de l'or automnal avec des courbes de
branches infiniment émouvantes. » (Maurice Barrès)

4. Les variations d'éclairement et leur rythme

A côté du tamisage global et de la coloration inégale, il fau-


drait aussi considérer l'aspect dynamique. Par temps ensoleillé,
entre les trouées du feuillage se glissent des rayons directs, d'où
une mosaïque de taches de lumière et d'ombre. Au cours d'une
promenade en forêt, le corps, surtout s'il est nu, est ainsi exposé
successivement à des éclairements différents (couramment de
4 à 80 % d'éclairement relatif). Il en résulte des phases d'excita-
Du ciel, les aiguilles des pins ne nous laissent voir que des fragments.

tions inégales suivant certains rythmes (qui pourraient être assez


facilement déterminés avec un luxmètre portatif et qui influent
probablement sur le psychisme).
D'ailleurs, lorsque le vent change, les directions des feuilles
changent, ou quand le soleil tourne, il y a un déplacement des
taches de ce kaléidoscope ; ces variations sont probablement
égayantes et favorables.
On sait qu'aucun facteur vital n'est constant. Tout méca-
nisme vital est constitué par des variations d'intensité, générale-
ment rythmées (constructions et destructions de substances dans le
corps) ; il y a en surface captation d'énergie, qui pénètre dans les
organes profonds, effectue des corrections humorales, des rénova-
tions cellulaires...
Peut-être pourrait-on démontrer qu'un rythme de forts éclai-
rements alternant avec des phases d'ombre de 4 secondes (respira-
tion) ou un rythme de 1 seconde (pouls) sont utiles à l'organisme ;
il y a là tout un champ de recherches qui reste à explorer.
C'est donc une sorte de douche écossaise salutaire de lumière
que réalise la promenade en forêt, surtout si le peuplement est
varié et les trouées nombreuses.

5. Taches solaires

On a accusé les taches solaires, qui se multiplient à intervalles


réguliers (tous les 11 ans ?) d'influer défavorablement sur la santé
(Faure, Sardou, Tchijewsky...) : épidémies, choléra, peste, diph-
térie, méningite, troubles psychiques, mortalité... Assurément,
des vérifications restent à faire.
Mais, si elles aboutissaient à une confirmation, le couvert
forestier constituerait un écran protecteur qui pourrait être davan-
tage utilisé par des séjours prolongés sous bois pendant les années
de fortes taches solaires.
« De longs rais de soleil traversaient la futaie, coulaient sur
les troncs pâles verdis de lichens froids, allumaient en rasant, aux
bosses soulevées par les racines, des plaques de mousses velouteu-
ses. » (Maurice Genevoix)
« Oui l'Arbre souverain faisait la nuit sous soi. » (Paul
Valéry)

6. Radiations atomiques et autres


L'Allemand Herbst a effectué des mesures sous couvert met-
tant en évidence une réduction notable de ces radiations, évaluée
de 25 à 32 %. Les feuilles des arbres situés sous le vent avaient 2 à
4 fois plus de radioactivité ; des herbes hors forêt 5 fois plus.
Nous sommes soumis à des chutes de particules longtemps
après les explosions et en des lieux très éloignés, puisque certaines
ont fait auparavant plusieurs fois le tour de la Terre en altitude ; le
séjour en forêt dense permet donc de leur échapper partiellement.
En cas de nuage atomique annoncé, on a donc conseillé
d'abriter hommes et troupeaux sous forêt... faute de mieux. Plus
le feuillage est épais, plus il s'avère efficace.
Brouillard s o u s la sapinière jurassienne. Douces à l'œil s o n t les
formes e s t o m p é e s .
O n sait n é a n m o i n s q u e les p e u p l e m e n t s n e s ' e n s o r t e n t p a s
i n d e m n e s : a u x f o r t e s d o s e s , des d é p é r i s s e m e n t s o n t été enregis-
trés, ainsi q u e cela a été réalisé à C a d a r a c h e . D ' a i l l e u r s , c e r t a i n e s
m u t a t i o n s v é g é t a l e s s o n t p e u t - ê t r e d u e s à de telles r a d i a t i o n s . O n
sait q u ' i l est p r u d e n t de n e p a s d é p a s s e r u n e i r r a d i a t i o n de plus d e
100 m . r a d p a r a n n é e ( n o t e 6), soit le d o u b l e de l ' i r r a d i a t i o n
naturelle.

Existe-t-il u n e i n f l u e n c e d u s o u s - b o i s sur les r a d i a t i o n s émises


p a r le sol ? O n sait q u e la r a d i o a c t i v i t é d u sol est 2 000 fois p l u s
g r a n d e q u e celle d e l ' a i r ; elle v a r i e a v e c la n a t u r e d u sol. P o u r le
r a d i u m : 2 , 9 x 10-12 e n sol siliceux, et s e u l e m e n t 0 , 9 x 10-12 e n
sol c a l c a i r e ; p o u r le t h o r i u m : 2 , 9 x 10-5 c o n t r e 0,1 x 10-12.
P a r c e t t e p r o t e c t i o n , la f o r ê t j o u e le r ô l e de b o u c l i e r ; il n ' e s t
p a s i m p o s s i b l e q u ' e l l e s ' e x e r c e s u r d ' a u t r e s r a d i a t i o n s extérieures
à la T e r r e a c t u e l l e m e n t i n c o n n u e s ; les a m a t e u r s de science-fiction
p e u v e n t se d i s t r a i r e a v e c d e telles h y p o t h è s e s . . . et se m e t t r e à l ' a b r i
s o u s b o i s des r a d i a t i o n s e n n e m i e s éventuelles !

L a d i m i n u t i o n des r a d i a t i o n s et ses a s p e c t s p s y c h o l o g i q u e s
seront étudiés a u chapitre X.
N o t e 1 : Quelques éclairements relatifs

Mesures (effectuées à 2 m de hauteur) par r a p p o r t au découvert


voisin considéré à 100 070.

Taillis après la coupe (été ou hiver) 100 %


Taillis à 30 ans :
— Hiver 20 %
— Été 5 à 10 %
Taillis sous futaie après la coupe :
— Hiver 80 %
— Été 50 %
Taillis sous futaie à 30 ans :
— Hiver 35 %
— Été 5 à 15 %
Futaie régulière chêne rouvre ou pédonculé hors
période de régénération :
— Hiver 30 %
— Été 20 %
Futaie régulière chêne rouvre ou pédonculé après les coupes
de régénération (hiver o u été) 100 %
Futaie régulière chêne rouvre ou pédonculé pendant les coupes
secondaires (avant régénération) :
— Hiver 70 %
— Été 50 01o
Futaie de hêtres :
— Hiver 30 %
— Été 5 %
Futaie de pins sylvestres (hiver ou été) 15 %
Futaie de sapins ou épicéas (hiver ou été) 2 %
Futaie de mélèzes :
— Hiver 50 %
— Été 30 %
Peuplement clair méditerranéen ou autre malvenant
(hiver ou été) 30 à 80 %
Futaie de chênes verts (hiver ou été) 12 %
Pré-bois (hiver ou été) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40 à 100 %

P o u r des densités égales de peuplement, on a d o n n é les chiffres


d'éclairement relatif suivants :
Robinier, bouleau 26 % Chêne rouvre . . . . . . . . . . . 15 %
Tremble 20 % Hêtre 8 %
Frêne, chêne pédonculé, Sapin . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 %
pin sylvestre . . . . . . . . . . . . 18 %
N o t e 2 : I n f l u e n c e d e la d e n s i t é d u p e u p l e m e n t

Roussel a d o n n é la formule suivante (pour des peuplements


denses) :
P o u r sapin et épicéa : K = 20
N = n o m b r e de tiges par hectare

D.-H. Miller a comparé l'éclairement E (en %) au sol à la somme S


des diamètres des arbres à l'hectare (pour des pins américains) :

V.-A. Alexeyev a comparé la lumière transmise (L.T.) sous des pins


en U.R.S.S. avec la surface terrière (S.T.) relative par rapport à
l'optimum :

Note 3 : Ouvertures dans la forêt _____


a) Trouées
De grandes différences sont enregistrées suivant la position de
l'observateur. Ainsi, pour une trouée où D = diamètre et H = hauteur
des arbres :
D = H D = 4H

Lisière nord 16 % 72 %
Lisière sud 8% 28 %
Lisière est-ouest 8% 50 %
1Centre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 13 % 1 100 %

Éclairement relatif (Er) dans une trouée circulaire de rayon R


entourée d'un peuplement de hauteur : H. Roussel donne la formule
suivante (en lumière diffuse) :

ÉCLAIREMENTS RELATIFS
b) Bandes
Dans des bandes d'axe est-ouest, de largeur L (par exemple des
bandes de reboisement résineux en forêt feuillue) :

L = H/2 L = 2H

Lisière sud 6 % 25 %

1Lisière nord . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 15 % 1 68 % 1

La même répartition des éclairements existe dans les allées forestiè-


res et routes forestières.
Dans les trouées et clairières il n'y a pas seulement augmentation de
la quantité de lumière, mais il y a modification qualitative : davantage
de radiations vertes et relativement moins de radiations rouges et
infrarouges.

Note 4 : Radiations lumineuses (voir note 11)

Les radiations visibles s'échelonnent de 0,3 à 0,7 micron (= 300 à


700 nanomètres). Les vertes occupent l'intervalle de 486 à 570 (cf. chapi-
tre IX) ; elles comprennent la lumière directe du soleil, et la lumière dif-
fuse du ciel et des nuages.
La lumière est surtout diffusée par les particules dont la dimension
est deux fois moindre que la longueur d'onde de la lumière (0,2 à
0,4 micron) ; elle l'est aussi par l'humidité.

Les infrarouges et ultraviolets entrent pour moitié dans la radiation


globale ; celle-ci se mesure avec divers appareils : héliographe, solari-
graphe (durée de l'insolation), actinomètre (quantité de chaleur reçue),
pyranomètre à thermocouples...
La photographie verticale ascendante avec objectif hémisphérique
permet d'avoir une idée du couvert réel. On peut supposer (correspon-
dances approximatives) :
COUVERT ÉCLAIREMENT RELATIF

10/10 2%
5/10 30 %
1 2/10 1 80 % "1

La végétation des plantes basses renseigne souvent sur la diminu-


tion d'éclairement ; elle disparaît quasi complètement si l'ombre est très
forte (sous les sapins ou les hêtres) (note 8).
Fraction de l'intensité lumineuse reçue par le feuillage d'une chê-
naie (Grubois, 1968) :

Réflexion : Résineux : 10 % - Feuillus : 15 % - Prairie : 25 %.


Valeurs de l'éclairement (mesuré en lux) :
— Plein soleil à midi en terrain plat (été) 100 000 lux (maxi.)
— Temps ensoleillé 40 000 lux
— Temps nuageux 15 000 lux
— Intérieur de maison 70 lux
— Pleine lune 0,2 lux
— Ciel nocturne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 0,003 lux
Sous forêt, multiplier les 3 premiers chiffres par le pourcentage
d'éclairement (par exemple 15 070 pour une pineraie).
Radiations nettes suivant la hauteur :
— Au sommet de l'arbre 100 %
— Aux 8/10 de la hauteur 60 %
— Aux 2/10 de la hauteur . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 %

Note 5 : Nombre d'heures d'insolation par an


Saint-Quentin . . . . . . . . . . . 1 514 Rennes 1 632
Lille 1 574 Alençon 1 676
Rouen . . . . . . . . . . . . . . . . . 1 608 Strasbourg . . . . . . . . . . . . . 1 700
Brest 1 729 Toulouse 2 080
Paris 1 840 Le Puy 2 100
Nantes 1 822 Montélimar 2 594
Angers 1 909 Embrun 2 600
Besançon 1 940 Perpignan 2 644
Carnac 2016 Nice 2 778
Bordeaux 2 050 Ajaccio 2 790
Dijon . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2 040 Saint-Raphaël ****'****'** 2 959
N.B. : pour les stations en altitude (au-dessus de 1 000 m), il faut
augmenter les chiffres des stations officielles voisines, car elles sont
assez souvent au-dessus de la couche des nuages. Ainsi, en se basant sur
les calories (mesurées par Roussel), on trouve 2 289 heures aux Fourgs
(altitude 1 100 m) contre 1 903 à Besançon (altitude 250 m).
Pour le mois le plus ensoleillé (généralement juillet), les nombres
d'heures s'échelonnent ainsi :
Lille 205 Toulon 380
Grenoble, Lyon . . . . . . . . . . . 293 Saint-Raphaël . . . . . . . . . . . . 395
Embrun . . . . . . . . . . . . . . . . . 324

Nombre de jours d'insolation nulle dans l'année :


Le Mans 10 Nevers 13
Le Puy 9 Orléans . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
Lille 17 Pau 16
Montpellier 6 Toulon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
Nancy . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
Nombre de jours d'insolation continue dans l'année :
Bordeaux 30 Marignan 76
Brest 23 Montpellier 81
Château-Chinon 33 Nevers 31
Grenoble 35 Nîmes 60
Lille . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20 Rouen 18
Toulon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 91

Note 6 : Irradiations nocives

Dans sa thèse de 1971, M. Fabries a décrit les effets de l'irradiation


chronique pendant 900 heures par rayons gamma de parcelles de forêt
méditerranéenne à Cadarache (Bouches-du-Rhône), près de la centrale
atomique : dépigmentation, épaississement des limbes, arrêt de crois-
sance (au-dessus de 1 rad/h : érable, orme), nécrose, hypertrophie des
feuilles (chêne pubescent), apparition de rejets (chêne pubescent), mort
(une partie des chênes verts). Ces constatations concordent avec celles
faites aux U.S.A.
Les bourgeons n'ont pu se former, même sous faible dose
(0,5 rad/h).
Il a constaté l'effet des écrans naturels constitués par d'autres végé-
taux ; l'ensemble est profondément dégradé, envahi par les parasites.
Après 15 000 heures, on peut considérer comme fortement radiosensi-
bles : chêne pubescent, cornouiller ; les espèces herbacées (surtout
méditerranéennes) résistent mieux.
La sécheresse accroît les dégâts et l'humidité la diminue. Les végé-
taux résistent mieux que les animaux.
La fonction protectrice de la forêt ne s'exerce donc que si l'irradia-
tion n'est ni trop longue, ni trop forte. C'est la même conclusion que
pour la pollution chimique.

Note 7 : Exigences en lumière pour la régénération forestière (à


son début)

ESPÈCES ARBRES ARBRISSEAUX


(dès le jeune âge)

Très exigeantes Chêne pédonculé Ajonc


Er = 60 % Mélèze Callune
Pin d'Alep Genêt à balai
Pin parasol Rhododendron
Pin maritime
Pin Laricio

Exigeantes Aunes Chêne kermès


Er = 30 à 60 % Chêne rouvre Cornouiller
Chênes sanguin
vert et liège Coudrier
Frêne Épicéa
Orme Framboisier
Cyprès Prunellier
Pin noir Sureau rouge
ESPÈCES ARBRES ARBRISSEAUX
(dès le jeune âge)

Peu exigeantes Châtaigner, Tilleul Aubépine


Er = 10 à 30 % Charme Camerisier
Grands érables Chèvrefeuille
Épicéa Cornouiller mâle
Myrtille

Très peu exigeantes Hêtre Buis


Er = 2 à 10 % Sapin Houx
If Lierre
Sureau noir

Note 8 : Besoins en lumière des plantes basses indicatrices


Très exigeantes en lumière :
A s p e r monspessulanum, Betonica officinalis, Brachypodium pin-
natum, B r o m u s erectus, Cotinus coggyria, Digitalis purpurea, Euphor-
bia cyparissias, Festuca ovina, Origanum vulgare, R u b i a peregrina, Tri-
f o l i u m medium, Vincetoxinum officinale.

Assez exigeantes en lumière :


A n t h o x a c u m odoratum, Buxus sempervirens, Calluna vulgaris,
Cornus mas, Cornus sanguinea, Dactylis glomerata, Endynion nutans
(printemps), Erica scoporia, Erica tetralix, Evonymus europaeus, f o u -
geres, Geranium sanguinea, Holcus lanatus, Holcus mollis, Juniperus
communis, Molinia caerulea, R h a m n u s frangula, R u b i a fructicosa,
Scilla bifolia, Solidago virgo aurea.

Peu exigeantes en lumière :


A i r a flexuosa, A n e m o n e nemorosa, Asperula odorata, Corylus
avellana, Convallaria maialis, D a p h n e laureola, Deschampsia cespitosa,
Festuca heterophylla, F r a g a r i a vesca, Galeobodolon luteum, Goodyera
repens, H e d e r a helix, Hypericum pulchrum, Ilex aquifolium, Ligustrum
vulgare, Lonicera periclymenum, Luzula forsteri, Luzula nemorosa,
Melica uniflora, Mespilus germanica, Millium effusum, Mercurialis
perennis, Oxalis acetosella, P h y t e u m a spicatum, Polygonatum offici-
nale, P r e n a n t h e s p u r p u r e a , P r i m u l a elatior, Pteridium aquilinum, Rus-
cus aculeatus, Sambucus racemosa, Vaccinium myrtillus, Teucrium sco-
rodonia, Vincetoxicum officinale, Viola sylvestris.

Très peu exigeantes en lumière :


Asperula odorata, Deschampsia flexuosa, D i c r a n u m scoparium,
Filipendula ulmaria, L a m i u m galeobodolon, mousses ( H y p n u m
boreum), Neottia, Oxalis acetosella, P a r i s quadrifolia, P o l y g o n a t u m
multiflorum, P r e n a n t h e s p u r p u r e a , Scilla lilio-hyacynthus, Valeriana
officinalis, Veronica montana.

Note 9 : Classement des forêts suivant le couvert

— Très fort couvert : sapinière de plus de 400 m3/ha, pessière.


— Fort couvert : hêtraie complète, chênaie complète.
— Couvert moyennement fort : pessière claire de haute montagne,
pineraie de pins maritimes (Pignada).
— Couvert plutôt faible : mélèzin, pineraie claire de pins
sylvestres.
— Couvert moyen très faible : forêt méditerranéenne de chênes-
lièges.

Note 10 : Zone méditerranéenne

Selon Wagner (H.), les mesures sous chêne vert ont donné des éclai-
rements à midi de 2 300 à 9 000 lux ; sous pin pignon : 10 000 lux, sui-
vant l'heure ; sous laurier : la moitié ; sous jeune chêne pubescent
défeuillé : 14 000 lux (25 % du total) ; sous vieux chêne pubescent
(100 ans) : 2 700 lux.
Le minimum nécessaire (y compris pour la régénération) était de :
lierre 1/750 ; petit houx fragon 1/500 ; buis 1/300 ; chêne vert 1/150 ;
pin pignon 1/150 ; chêne kermès 1/75 ; lavande 1/50 ; thym 1/25 ; gré-
mil 1/16.

Note 11 : Longueurs d'ondes des rayonnements (en micromètres,


(microns) ou angstrôms).

Ultraviolet C moins de 2 800 angstrôms


Ultraviolet B 2 800 à 3 150 angstrôms
Ultraviolet A 3 150 à 3 900 angstrôms
Violet 0,390 micromètre
Bleu 0,434 micromètre
Vert 0,486 micromètre
Jaune 0,589 micromètre
Rouge 0,656 micromètre
. Rouge sombre 0,768 micromètre
. Infrarouge . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 0,768 à 300 micromètres
CHAPITRE III

Action de la forêt
sur la température

« Son calme, sa fraîcheur se répand dans mes


veines. »
(J.-F. Ducis)

« Près d'un bocage la frescheur toujours


dure. »
(G. du Bellay)

L'action de la forêt sur la température résulte de plusieurs


phénomènes : action d'interception des radiations lumineuses par
le couvert (chapitre II), absorption de chaleur par la masse végé-
tale (troncs formant volant calorifique), absorption par les feuilles
de chaleur utilisée pour la fonction chlorophyllienne, absorption
de chaleur par la vaporisation de l'eau condensée sur les feuilles
sous forme de rosée ou déposée sur elle par la pluie (l'évaporation
d ' u n gramme d'eau nécessite 596 calories), diminution du rayon-
nement nocturne qui refroidit l'air grâce à l'écran horizontal cons-
titué par le houppier.
Federer a évalué q u ' u n arbre équivalait à 5 climatiseurs de
25 000 kcal/h. Considérons deux cas :
1. Cas des forêts tempérées

(Région franchement méditerranéenne exceptée, soit la


majeure partie de la France).

De nombreuses mesures, tant en France qu'à l'étranger, ont


montré que la forêt, en saison de végétation et de jour, abaisse les
maximums (1 à 4°), élève les minimums (0,5 à 3,6°), réduit les
écarts horaires, journaliers, mensuels, annuels (de 3,6° et plus),
abaisse en été les moyennes (0,5 à 2,6°) et réduit les vitesses d'élé-
vation ou d'abaissement de la température. L'amortissement des
variations peut atteindre 40 ou 50 %. Cette action est évidemment
plus forte dans les peuplements serrés, à fort couvert et volume sur
pied élevé, que dans les forêts claires ; elle diminue si l'on pratique
des éclaircies (note 1).
La nuit, la forêt forme écran au rayonnement du sol et la
température est un peu plus élevée sous bois.
Le fort abaissement concerne seulement la saison de végéta-
tion car, en hiver, il fait plus chaud en forêt qu'à l'extérieur.
Notons d'ailleurs qu'il ne s'agit pas d'une action constante : pour
les maximums, d'après des mesures belges, elle se produit par
exemple 5 jours sur 6 pour des arbres feuillés et seulement 1 jour
sur 4 pour des arbres défeuillés. La forêt résineuse, en été, agit
plus en général (sous le même climat) que la forêt feuillue. De cette
action-tampon sur les extrêmes, résulte une diminution des gelées,
en particulier des gelées tardives, intéressante aussi bien pour les
malades que pour les plantules de régénération forestière. Cette
protection concerne toute la France continentale (Nord-Est, Est,
montagnes diverses) (note 2).
L'effet de régulation thermique est évidemment plus faible en
hiver pour une forêt défeuillée, mais il n'est pas négligeable car les
troncs, les branches et les racines stockent de la chaleur qu'ils ren-
dent quand la température de l'air a tendance à se rafraîchir. Ces
effets varient d'une station de forêt à une autre, en fonction de
l'altitude, la pente, l'exposition, les vents locaux, le degré de cou-
vert, les essences...
ZONES DE FORTS GELS

Les régions connaissant les plus forts gels sont


essentiellement les zones montagneuses et le
Nord-Est (dessin Yannick Mouré).

Dans une trouée où D / H = 1,82, la température est plus éle-


vée de 6° que dans le découvert du fait de la suppression de la ven-
tilation. Dans une grande trouée ou une clairière, la température à
16 heures sur la lisière Nord est supérieure de 3,4° à celle de la
forêt et de 0,7° à celle de la lisière Sud de la clairière ; la lisière Est
est plus chaude que la lisière Ouest ; la nuit, la température est
plus basse de 2° que celle du sous-bois et le gel est plus fréquent ;
sous bois, il y a en effet, freinage de moitié de la radiation du sol
par l'écran que constitue la masse du feuillage. Derrière une haie,
ZONES DE FORTES TEMPÉRATURES
EN ÉTÉ

Les régions les plus chaudes en été sont essentiel-


lement le Sud-Ouest et le Sud-Est (dessin Yannick
Mouré).
la température est plus forte d'au moins 1°. Parfois, la forêt fait
barrière pour les influences méridionales (vent ou vague de cha-
leur) sur la zone située au nord d'elle-même ou, pour les influences
septentrionales refroidissantes, sur la zone située au sud de la
forêt.
Les forêts situées en haut de pente ont été parfois accusées
d'engendrer un air plus froid qui, plus lourd, coule le long de la
pente ; c'est ce dont se plaignent les viticulteurs du Jura, tant il est
vrai qu'on ne peut contenter tout le monde !
CLIMATS À CONTRASTES THERMIQUES
(climat continental)

(Dessin Yannick Mouré.)

Dans d'autres cas, on a constaté, au contraire, qu'un rideau


boisé pouvait empêcher l'air glacé de provoquer un gel dans la
dépression voisine : c'est, disons-le, un cas où le peuplement
forestier n'agit pas seulement à l'intérieur du périmètre, mais à
l'extérieur, sur la périphérie ou une partie de celle-ci.
En résumé, en zone dite tempérée (la plus grande partie de la
France), à un instant déterminé, la température est plus froide
sous bois de jour et plus chaude la nuit ; les maximums journaliers
sont nettement plus bas ; les minimums sont légèrement plus éle-
vés ; les écarts sont plus forts sous couvert clair que sous couvert
dense ; en hiver, les différences sont plus fortes pour les résineux
que pour les feuillus (défeuillés). La forêt joue un rôle d'amortis-
seur d'amplitude et de vitesse de variations. En découvert ou dans
une coupe rase, l'écart minimum ou maximum est plus fort : ce
climat y est donc plus rigoureux.
Cette action thermorégulatrice a-t-elle une influence sur la
santé ? On ne peut le prouver absolument car d'autres facteurs
conjoints entrent en jeu, et l'on sait, d'autre part, les remarqua-
bles aptitudes de l'organisme à une bonne thermorégulation (vaso-
constriction augmentant le rayonnement de la peau, évaporation
cutanée), régulation chimique, rôle du foie, réflexe respiratoire.
On peut penser qu'elle est faible, mais aussi qu'elle est favorable
en particulier pour les organismes fragiles (bébés, vieillards, sujets
à l'infarctus du myocarde...), ou temporairement fragilisés
(convalescents, déprimés...) : le tamponnement des oscillations
facilite les réactions des organismes paresseux.
Parmi les trois influences (abaissement de la moyenne, dimi-
nution des écarts entre extrêmes, ralentissement des variations
horaires), ce dernier est le plus important dans le cas d'organismes
fragiles ou convalescents, car les vasoconstrictions et dilatations
fatiguent l'organisme. Les sautes de température sont particulière-
ment redoutées des cardiaques et des rhumatisants.
Le coup de froid constitué par une vasodilatation atteint sur-
tout les sujets âgés ou déficients ; en forêt, le risque est un peu
moindre. Cette action modératrice concerne toute la France, mais
elle a plus d'intérêt en climat continental (est de la France) où les
températures atteignent en été des valeurs élevées (notes 3, 4, 5).
Elle a plus d'utilité en montagne où l'écart journalier en juillet
dépasse 12° (tandis qu'il est de moins de 6° en Bretagne) (note 4).
Le séjour sous forêt peut éviter le coup de chaleur (chapitre II). Si
l'on envisageait le séjour dans les cimes, il faudrait savoir que la
température y est, de jour, un peu plus élevée qu'à 1,50 m (note 1
et note 2 du chapitre XV), et qu'il y a des turbulences dues
à réchauffement des surfaces végétales, d'où des variations en
quelques secondes ; de nuit, elle est un peu plus faible.
En définitive, il semble bien que l'action favorable de la forêt
soit due, plus qu'au refroidissement, à l'amortissement des
variations brusques de température.
On pourrait supposer que la température des feuilles de la
forêt varie peu. En réalité, elle varie incessamment de 1° et plus,
simplement sous l'effet de passage des nuages, des brises... ; les
feuilles sont plus sensibles que nous. Que de choses nous échap-
pent dans la nature ! Nous passons tels des éléphants sourds,
aveugles et brutaux sur un monde lilliputien dont nous ne sentons
pas les petites variations, dont nous ignorons les mécanismes
profonds.

2. Cas des forêts méditerranéennes (note 6)

L'effet peut être différent, voire opposé sous une forêt sclé-
rophylle (à feuilles vernissées et persistantes) : par suite de la for-
mation des stomates aux heures chaudes, la transpiration y est fai-
ble surtout si la forêt est claire ; d'ailleurs les forêts sont souvent
claires et le volume végétal plus faible. D'autre part, l'air y est
immobile : selon Pavari, en Italie, l'air sous bois de chênes verts
peut être plus chaud de 1 à 3,6° ; l'atmosphère peut y devenir
étouffante, le pin pignon se comportant comme les forêts tempé-
rées : abaissement de température de 0,4° ou 1,1° et réduction de
l'évaporation de 53 % à 60 % de sa valeur.
Il faut remarquer toutefois que, dans cette même région, sub-
sistent quelques forêts reliques de type tempéré, fraîches, en parti-
culier des hêtraies ; dans ces forêts, le refroidissement de l'air sous
bois se produit comme en zone tempérée avec ses effets bénéfi-
ques : c'est le cas des forêts de basses montagnes méditerranéen-
nes sur versant Nord, non dégradées, trop rares ; c'est le cas de
lambeaux de galeries forestières sur sol frais, constituées par des
chênes pubescents et des ormes, ou artificielles (plantations de
platanes). Leur surface totale est malheureusement faible.
On pourrait, il est vrai, sans difficulté, créer des « forêts de
santé » réalisant cette fraîcheur si désirable.
« Et dormez seurement sous les frais des ormeaux. »
(Ronsard)
Note 1 : Effets sur la température, sous forêt, au niveau de
l'homme debout

Fautrat (1878) - Diminution sous pin sylvestre, à Ermenonville :


février 9 % ; mars 10 % ; avril 7 % ; mai 8 % ; juin 8 % ; juillet
12 % ; août 11
Mathieu (1878) - Sous haut perchis :
— Abaissement des maximums : 0,98°.
— Élévation des minimums : 1,89°.
— Abaissement des moyennes : 0,46°.
Müttrich (1890) - Différence des écarts journaliers de température
entre forêt et découvert en :

TEMPÉRATURE EN DÉCOUVERT

1 : é p i c é a - 2 : pin - 3 : hêtre (schéma Yannick Mouré).


Ney (1896)
Abaissement de la température maximale :
— Sous hêtre : Été 2,66° - Hiver 0,48°.
— Sous épicéa : Été 2,10° - Hiver 0,91°.
— Sous pin sylvestre : Été 1,91° - Hiver 0,47°.
Relèvement de la température minimum :
— Sous hêtre : Été 1° - Hiver 0,38°.
— Sous épicéa : Été 1,62° - Hiver : 1,30°.
— Sous pin sylvestre : Été 0,17° - Hiver 0,20°.
Schreiber (1899) - Amplitude des variations diurnes maxima/
minima :

Schubert (1900) - Abaissement sous pin : 2° ; sous hêtre : 5°.


Cuif (1909) - Abaissement sous chêne : 1,1° ; sous hêtre : 1,5° ;
sous sapin : 2°.
Cuif (1913), Rambervillers (Vosges) - La forêt résineuse abaisse
davantage la température que la forêt feuillue.
Burger (Suisse ; 1931) - Écarts des maxima/minima.
— Janvier : Écart des maximums : - 1,3° - Écart des minimums :
+ 0,20.
— Juillet : Écart des maximums : - 2 , 8 ° - Écart des minimums :
+ 0,50.
Geiger (1924) - Sous des pins la différence (avec le découvert) de
température maximum, qui est de 8°, se produit à 8 heures et 18 heures.
Hagène (1931, Côte-d'Or) - Différence instantanée :
— Chêne pubescent : de 1 à 3°.
— Pin sylvestre : de 2,8 à 3,5°.
— Bois frais : de 1 à 8°.
Seltzer (1955) - Pendant la nuit, il y a une faible inversion entre les
couronnes et le sol. Les maximums ne se produisent pas au même
moment aux différents niveaux (plus tard à la cime) ; le minimum de
variabilité se produit au lever du Soleil, le maximum au début de l'après-
midi. S'il y a arrivée d'air chaud venant de l'extérieur, les couronnes
(même dépourvues de feuilles) l'arrêtent. Au contraire, l'arrivée d'air
froid se fait sentir même si les couronnes sont feuillées.
De jour, le bois des branches est plus chaud que l'air ; la nuit, le
bois mort est plus froid que le bois vert, lui-même plus froid que l'air.
Aussenac - Comparaison pour un taillis (1 300 tiges à l'hectare),
une trouée de 26 m de diamètre et le découvert :
— Températures moyennes le 3 mai : découvert 10,8° ; taillis
9,5° ; trouée 11,5°.
— Températures minimum le 3 mai : découvert - 0 , 5 ° ; taillis
+ 0,2° ; trouée 0°.
Le taillis est plus froid que le découvert, mais la trouée est plus
chaude que le découvert, par suite probablement de la moindre ventila-
tion. Le minimum est plus élevé dans la trouée que dans le découvert, et
bien plus dans le taillis.
Aussenac - Températures dans les bandes rectangulaires ouvertes
dans les feuillus (Vosges) : les températures minimums des bandes sont
inférieures à celles de la coupe rase (écart pouvant aller jusqu'à 1,7°) ;
les maximums sont supérieurs (sauf sur la lisière Ouest). L'orientation
des bandes intervient beaucoup.
Aussenac (1966) - Pin sylvestre, Amance, à 2 m de hauteur :

Aussenac - Pineraie ; température moyenne (T) sous hauteur (H)


en m :
H = 14,60 T = 9,4° H = 2,00 T - 9,2°
H = 8,60 T = 9,3° H = 0,40 T = 8,9°
Découvert : 9,7° - Différence en moins : 0,5°.
Aussenac (1971) - Futaie feuillue de hauteur 25 m, 21 m ou 9 m :

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