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lancée le 31 décembre 2018, a obtenu un bon écho


médiatique. Mais elle a échoué à l’épreuve la plus
Elizabeth Warren, possible arbitre de la
importante, celle des urnes.
primaire démocrate
PAR MATHIEU MAGNAUDEIX Coincée entre les centristes, désormais réunis derrière
ARTICLE PUBLIÉ LE VENDREDI 6 MARS 2020
l’ancien vice-président Joe Biden, et Bernie Sanders,
Warren n’a pas remporté un seuls des 18 États qui
ont voté depuis début février. À chaque fois, elle a été
largement distancée.

Elizabeth Warren, ce 5 janvier, à Cambridge (Massachusetts). © Reuters


Après des résultats décevants lors du Super Tuesday,
la sénatrice du Massachusetts s’est retirée de
la primaire démocrate. Va-t-elle soutenir Biden, Elizabeth Warren, le 10 janvier, dans le New Hampshire. © Reuters
Sanders… ou personne ? L’élue progressiste entretient Avec cet abandon, le dernier d’une série de retraits
le suspense. « Bernie » lui fait des appels du pied. (cinq candidats ont abandonné la course au cours
New York (États-Unis), de notre correspondant.– des six derniers jours), la primaire démocrate va
Mardi, lors du Super Tuesday, Clara Varner, une ressembler à l’un de ces épisodes du Muppet Show où
Californienne rencontrée dans la ville de Fresno, a deux messieurs âgés, Slatler et Waldorf, s’écharpent
voté Elizabeth Warren. Cette responsable locale des dans une loge de théâtre.
jeunes démocrates apprécie Sanders. Elle est même Bernie Sanders, 78 ans, est élu depuis 1981 (il fut
proche des idées du sénateur socialiste. Mais elle pense maire, élu à la Chambre des représentants ; il est
que les États-Unis ne sont pas prêts pour un si grand aujourd’hui sénateur). Joe Biden, 77 ans, a siégé au
changement. « Pas encore… » Sénat de 1973 à 2008, lorsqu’il est devenu vice-
Surtout, dit-elle, « il est temps que nous ayons une président de Barack Obama.
femme présidente ». Ces deux hommes nés pendant la Seconde Guerre
Cette phrase, les soutiens d’Elizabeth Warren l’ont mondiale ont fini par s’imposer face à une brochette
souvent prononcée. Dans l’Amérique de Trump, la d’autres hommes blancs, mais aussi cinq femmes –
défaite d’Hillary Clinton, première femme arrivée en dont une Jamaïco-Indienne –, deux Noirs, un
finale d’une présidentielle, est restée un traumatisme. hispanique et un gay. C’est l’un des deux qui
Les femmes, radicales ou libérales, ont battu le pavé affrontera Donald Trump, 73 ans, le 3 novembre
depuis trois ans, constituant les forces vives du réveil prochain – aux cotés du duo Biden-Sanders, Tulsi
militant et de la base démocrate. Gabbard, élue d’Hawaï, reste en lice, mais elle n’a
aucune chance.
Elizabeth Warren, 70 ans, ne sera pourtant pas la
première femme présidente des États-Unis. Jeudi 5 L’annonce du retrait de Warren n’a pas surpris. Après
février, après une série de mauvais résultats, en de premiers résultats décevants dans l’Iowa et le New
particulier lors du Super Tuesday, la sénatrice du Hampshire, premiers États à voter, Elizabeth Warren
Massachusetts a annoncé son retrait de la course avait reformaté sa candidature en se définissant
démocrate à la Maison Blanche. Sa candidature, comme la candidate de l’« unité » future du parti : un
nom sur lequel les uns et les autres auraient pu in fine
se mettre d’accord.

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Sa contre-performance lors du Super Tuesday a fait épousé depuis trente ans par les démocrates, a proposé
sauter cet argument, Warren n’étant plus en mesure de la première une taxe sur les milliardaires, et porte un
gagner assez de délégués pour peser réellement au cas agenda social ambitieux.
où aucun des candidats ne se serait imposé clairement. Celle qui a configuré sous Obama un bureau de
Dans un moment dramatique, alors que Joe Biden a protection des consommateurs, contre la volonté de
ressuscité sa campagne après être passé en quelques certains ténors de l’administration, est entrée en
jours du statut d’outsider à celui de favori, et que politique en s’attaquant à l’industrie de la finance, dont
Bernie Sanders doit échafauder une stratégie nouvelle Joe Biden, longtemps sénateur du Delaware, un des
pour élargir sa coalition électorale, Elizabeth Warren a principaux paradis fiscaux des États-Unis, relaya les
décidé de laisser planer un peu le suspense. Elle refuse intérêts.
à ce stade de dire qui elle va soutenir. Ou même si elle « Nommer quelqu’un qui cherche à restaurer le monde
compte soutenir un des deux candidats. « Je veux me d’avant Trump, alors que le statu quo a laissé de plus
laisser un peu de temps pour y réfléchir », a-t-elle dit. en plus de gens derrière pendant des décennies, est
Warren sait que sa décision peut définitivement un risque, pour notre pays et notre parti », disait-elle
changer la face de la primaire. Un soutien à Joe Biden encore lundi 2 mars.
aurait le potentiel de tuer la candidature de Bernie Son soutien à Sanders n’est pourtant pas évident,
Sanders. pour d’autres raisons. La première est l’unité du parti
À l’inverse, en raison des scores qu’elle a obtenus démocrate, à laquelle Warren tient beaucoup. Or Biden
jusqu’ici (entre 5 % et 21 % des voix, et souvent est en train d’engranger depuis quelques jours les
autour de 10 ou 15 %), une alliance avec Sanders soutiens de personnalités du parti.
serait en mesure de relancer le suspense : 38 États, La seconde est personnelle. Warren, ses collaborateurs
districts et territoires doivent encore voter jusqu’au 6 et ses supporters ont été heurtés par les attaques
juin. Et même s’il a gagné 10 des 14 États lors du répétées des soutiens du sénateur du Vermont, souvent
Super Tuesday, Joe Biden ne possède à ce stade qu’une à caractère sexiste. Certains ne lui ont pas pardonné
avance modeste en nombre de délégués amenés à voter de ne pas avoir soutenu Bernie Sanders face à Hillary
à la convention démocrate de Milwaukee (Wisconsin), Clinton lors de la primaire de 2016 et l’ont décrite
où sera désigné l’adversaire de Donald Trump en comme un « serpent » (en utilisant même l’émoji
juillet. correspondant sur les réseaux sociaux).
Un soutien à Joe Biden, partisan de la guerre en Irak, D’autres lui reprochent d’être restée trop longtemps
incarnation du démocrate mainstream, coauteur de dans la course malgré de maigres scores, et jugent
la loi sur le crime de 1994 qui a été responsable de qu’elle largement grignoté le potentiel électoral de
l’incarcération massive des Noirs, serait sans doute Sanders face à l’« establishment démocrate ».
difficile à expliquer à une partie de ses soutiens, ainsi
Warren, dont la campagne s’est efforcée de rappeler
qu’aux activistes de sa campagne.
la mémoire de femmes ouvrières dans ses meetings,
Idéologiquement, la sénatrice, une ancienne et a intégré une lecture intersectionnelle dans son
professeure à Harvard qui a souligné après la crise programme (réfléchissant ensemble aux injustices
financière de 2008 la responsabilité des banques dans liées à la classe, à la race et au genre), a accusé Sanders
la mise en banqueroute de centaines de milliers de de lui avoir dit en 2018 qu’une femme ne pourrait
foyers, est plus proche de Sanders. Elle défend un jamais être présidente. Il a démenti ; elle lui a demandé
capitalisme régulé (quand Sanders se définit comme en direct à la télévision s’il la qualifiait de « menteuse
« socialiste »), remet en cause l’agenda néolibéral ».

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Récemment, alors qu’elle tentait de sauver sa apparus. De nombreux activistes des deux campagnes
candidature, Elizabeth Warren a reproché à Sanders de ont tweeté des messages appelant au respect et à
« hurler » et d’afficher un maigre bilan au bout de l’unité.
quatre décennies de carrière politique.
Si leurs bases électorales sont sur le papier
complémentaires – l’électorat de Warren est moins
populaire, davantage suburbain –, certains électeurs
de Warren peuvent être rebutés par la radicalité
de Sanders. Il est difficile de savoir dans quelle
proportion les pourcentages de Warren se reporteront Pour Sanders, dont le discours est assez répétitif, avoir
sur Sanders. Warren à ses côtés pour rappeler le bilan de Joe Biden
« Nous vous ouvrons les portes », a lancé ce jeudi serait un atout.
Bernie Sanders aux soutiens de Warren, affirmant En quelques minutes, lors d’un débat mi-février, la
vouloir laisser à Warren « le temps et l’espace pour sénatrice a littéralement atomisé l’ancien maire de
se décider ». « Ensemble, nous pouvons défaire le New York et multimilliardaire Michael Bloomberg,
président le plus dangereux, a-t-il ajouté. Son agenda, en rappelant ses propos sexistes et lesbophobes envers
ce pour quoi elle a combattu dans la campagne, est ses collaboratrices, ainsi que les procédures pour
plus proche de mes combats. »Biden a salué la « la plus harcèlement à son encontre. Bloomberg ne s’en est pas
acharnée des combattants pour les classes moyennes remis.
».
Pour Warren, il existe une autre alternative : ne
« Il est totalement évident pour moi que Warren est une soutenir personne avant de longs mois. Alors que
progressiste et travaillera à faire en sorte que nous Sanders fait désormais face à un front commun de pans
ayons un candidat progressiste », explique sur The entiers du parti démocrate contre sa candidature, cette
Intercept un porte-parole du Working Families Party, décision serait forcément interprétée par les soutiens
une organisation qui a soutenu Warren contre Sanders. du sénateur du Vermont comme une trahison. L’émoji
Sur les réseaux sociaux, les mots-dièses « serpent » ne manquerait pas de ressortir..
#BernieWarren et #WarrenToSanders, souvent
accompagnés d’un logo mêlant leurs deux noms, sont

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