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LE CARAVAGE (1571-1610)

1)Biographie :
Michelangelo MERISI dit « Caravage » est un peintre italien qui est l’initiateur
du clair-obscur et donne ainsi son nom au courant artistique « le
caravagisme ». Il est né en 1571 à Caravaggio, son père était « magistrer »
c’est-à-dire architecte décorateur du duc de Milan mais Michelangelo se
retrouva très vite orphelin et fut recueilli par une famille aisée auprès de
laquelle il grandit. Il entre en 1584 dans l’atelier du peintre Simone Peterzano à
Milan et passe du temps dans d’autres ateliers où il s’intéresse à une nouvelle
façon de traiter la lumière notamment avec Giovanni Girolamo Savoldo qui lui
apporte la révélation du clair-obscur. Il part à Rome en 1592 où le maniérisme
domine et rejoint l’atelier du peintre maniériste Cavalier d’Arpino où il est
chargé de peindre des natures mortes de fruits et de fleurs. Il rencontre aussi
Monseigneur Pandolfo Pucci (riche prélat, bénéficiaire de Saint Pierre).
Caravage se sert de lui-même comme modèle car il n’a pas les moyens de payer
quelqu’un pour poser. Il est ensuite frappé par une maladie ce qui le conduit à
faire un séjour de six mois à l’hôpital (il y peint son autoportrait le petit Bacchus
malade). Il est recueilli à sa sortie par le Cavalier d’Arpin et rencontre alors les
plus riches amateurs romains, des cardinaux, des ambassadeurs et des artistes
réputés (dont Valentin). Caravage retourne ensuite dans la rue où il peint sur
des places, des berges mais Valentin lui conseille de peindre des scènes
religieuses car la demande en est grande. C’est là qu’il peint un épisode peu
connu et rarement illustré : Saint François en extase recevant les stigmates.
Cette peinture lui ouvre les portes des grandes collections romaines. Le
cardinal Francesco Del Monte propose au peintre gîte et couvert, ce dernier
accepte et rencontre alors la célébrité. Il peint La corbeille de fruits (1598) qui
est une nature morte jamais rencontrée (déséquilibrée, feuilles fanées, fruits
pourris qui dépassent). Le Caravage avait plutôt mauvaise réputation (frasques,
scandales) mais il était sous la protection du cardinal Del Monte. Le cycle de la
vie de Saint Matthieu (1598-1602) marque un tournant dans son art car la
lumière éblouissante saisit le moment clé de l’existence du personnage, elle
donne de l’éclairage. A partir de 1600 il peint ses plus grands chefs-d’œuvre et
commence à connaître la célébrité. En 1606, à la suite d’un meurtre, il doit fuir
Rome pour se rendre à Naples où il peint Les Sept Œuvres de miséricorde
(1607). Il meurt en 1610 assassiné, alors qu’il n’avait que 39 ans.
Le Caravage est un peintre « rebelle » qui traduit du génie artistique par sa
forte personnalité, son talent original, sa vie instable, ses dettes, son
emprisonnement...

2) Style :
Le caravagisme relate d’un profond renouveau réaliste, une façon inédite de
voir, de sentir, d’inventer et de représenter. Il forge un naturalisme d’un type
nouveau où les objets de la vie quotidienne sont traités pour eux-mêmes. En
effet on distingue un goût marqué pour une transcription fidèle de la nature,
pour des choses simples et quotidiennes, une exploration visuelle de
l’apparence du monde sous la lumière. Il révolutionne la peinture européenne
en transposant les sujets religieux dans un cadre trivial, en usant le clair-obscur
brutal et une gamme de tonalités brunes de façon très personnelle.
On distingue dans ses débuts un réalisme issu d’une observation directe,
imprégné de luminisme vénitien (par exemple La Diseuse de bonne aventure,
1588). Ensuite on remarque des oppositions énergiquement tranchées entre
les parties éclairées et les parties sombres qui désarticulent la composition
qu’elles découpent avec un éclairage latéral en zones de choc aux volumes
puissants agissant fortement sur le regard et l’esprit, la toile donne une
impression physique tout à fait étrangère à la tradition de la peinture italienne
(par exemple La Conversion de Saint Paul, 1600). On trouve ensuite une audace
et une singularité de la scène avec la monumentalité des attitudes et des
expressions qui se retrouve dans toutes les œuvres postérieures de Caravage
(par exemple La Décollation de Saint Jean-Baptiste). Et puis enfin apparaît une
profondeur spirituelle, une intériorité impressionnante de force dans sa vérité
qui répond aux intentions de la contre-réforme (c’est-à-dire de toucher les
fidèles par les sens, les inciter à la méditation par la puissance de conviction
des images).

3) Postérité :
La révolution du caravagisme sur le plan formel et iconographique a eu des
conséquences considérables. Ce mouvement a permis à l’art de prendre une
direction nouvelle grâce à son langage pictural nouveau qui servira de base à la
peinture baroque et influencera celle des siècles à venir où le but sera
d’interpréter la vérité telle qu’on la voit. Le caravagisme se répandit à Rome où
toute une école cosmopolite adopta ses effets du clair-obscur et son
naturalisme populaire (le toscan Gentileseni, le vénitien Saraceni, l’allemand
Elsheimer, le français Valentin, le romain Bongianni, le mantouan Manfredi, les
hollandais Honthorst et Ter Brugghen qui firent connaître le caravagisme dans
toute l’Italie et à l’étranger). Rubens qui travailla à Rome fut également
influencé. Le caravagisme s’est répandu également à Naples où il aida les
peintres locaux à abandonner leur provincialisme et suscita les tenebrosi dont
l’espagnol Ribera rapporta dans son pays les accents dramatiques aux
contrastes nocturnes profonds. En Hollande le caravagisme se répandit grâce à
Honthorst et Ter Brugghen ainsi que l’école d’Utrecht. On le retrouve aussi à
Flandres à travers Rubens et en France dans plusieurs foyers provinciaux.
À la suite du caravagisme va suivre l’éclectisme et l’humanisme des Carrache
(les deux frères Annibal et Augustin et leur cousin Louis) pour réagir contre la
décadence de l’art en Italie avec l’ambition de restaurer les vraies valeurs de la
peinture, ce courant ne tarde pas à s’opposer au caravagisme.

4) Commentaire d’un tableau :

Repos pendant la fuite en Egypte, CARAVAGE (1896-1897)


1)Historique :
Ce tableau se réfère à un épisode de l’évangile selon Saint Matthieu racontée
dans le nouveau testament, quelques temps après la naissance de Jésus en
Judée où la région était sous l’autorité d’Hérode (roi impopulaire et brutal), des
sages venus d’Orient sont venus annoncer la naissance du « roi des juifs ».
Hérode le recherche et ordonne la mise à mort de tous les enfants de la ville
âgés de moins de deux ans. Joseph (le père de Jésus) est averti par un ange et
s’en va en Egypte avec la mère et l’enfant pour échapper au massacre. Cette
peinture a été commandée par la Cardinal Aldobrandini qui était un grand
amateur d’art et de musique.
Ce tableau s’intitule Repos pendant la fuite en Egypte et a été peint vers 1596-
97. C’est une peinture appartenant au mouvement du caravagisme.
C’est une huile sur toile de dimensions 133.5 x 166.5.
Sur ce tableau sont représentés la Sainte famille (Joseph, Marie et leur
nouveau-né Jésus) ainsi qu’un ange et un âne. Marie est endormie d’un
sommeil écrasant avec sa joue appuyée sur la tête de son enfant et sa main
pendante. Cette symbolique de Marie exténuée, endormie, faible est
complétement nouvelle et opposée à celle que l’on rencontrait depuis des
siècles (gracieuse, tendre, douce, qui nourrit son enfant). L’enfant a les yeux
fermés et est confortablement enfoncé dans la courbe du bras de sa mère.
C’est le premier enfant à paraitre endormi dans la peinture. L’ange est un jeune
garçon drapé dans une large tunique et jouant du violon à l’aide de sa partition
(quelques vers extrait du motet en l’honneur de la Vierge composé par le
musicien franco-flamand Noël Bauldewijh). Joseph regarde l’ange dans les yeux
en lui tenant sa partition, les pieds nus l’un sur l’autre comme pour le soulager
de la fatigue du voyage. L’âne se trouvant derrière Joseph écoute le violon avec
de grandes oreilles en tentant de s’approcher pour pouvoir mieux écouter le
concert.
Le motif central de cette peinture est l’ange vu de dos au premier plan, qui
nous ébloui à travers son drapé blanc mélangé aux lignes ondulantes de son
corps et laisse apparaître son corps nu. Cela permet une incursion étudiée des
notions maniérisme de grâce, de beauté et d’artifice. Du côté droit de l’ange
apparaissent la vierge et l’enfant sur un second plan assoupis et s’opposent
donc au côté gauche de l’ange avec Joseph au second plan et l’âne au troisième
plan qui écoutent attentivement l’ange jouer du violon. Caravage ajoute une
touche humoristique désinvolte mais bienveillante, il juxtapose la tête de
Joseph et celle de l’âne. On peut distinguer en arrière-plan une campagne
romaine avec des chênes, des peupliers, des pierres, des plantes en parenté
avec la nature lombardo-vénitienne. Cette peinture peut être vue avec une
impression de confusion, une certaine complexité par l’articulation spatiale et
l’agencement des plans mais apparaît au-delà une unité obtenue par la
douceur des teintes dorées du crépuscule automnal avec les feuilles dorées du
chêne, la tunique dorée de Joseph, celle de la Vierge rouge, celle de l’ange
blanche. La couleur des cheveux dans les teintes dorées. Cette présence de
teintes brunes. Cette peinture est représentative de la délicatesse et de la
profonde sensibilité lyrique avec lesquelles le Caravage pouvait aborder ce
sujet.
Cette œuvre est le dernier tableau heureux de Caravage avant l’entrée en
scène de l’ombre. Il est actuellement conservé à la galerie Doria-Pamphilj de
Rome.

PERNET Eléonore TTMD 22 novembre 2019