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LES RAPPORTS DU GRIP

LES ARMES
NON LÉTALES
_____________________________________________________________________________

UNE NOUVELLE COURSE AUX ARMEMENTS

Luc Mampaey

GROUPE DE RECHERCHE
ET D’INFORMATION
99/1
SUR LA PAIX ET LA SECURITE
2 RAPPORT DU GRIP 2000/1

© Groupe de recherche et d'information


sur la paix et la sécurité (GRIP)
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B-1030 Bruxelles
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LES ARMES NON LÉTALES 1

nouvelles missions militaires, les armes non léta-


Résumé les peuvent simultanément renforcer l’arsenal ré-
pressif interne et placer à terme la société sous un
La fin de la guerre froide et les progrès réalisés contrôle permanent.
dans la technologie des armements ont conduit à Deuxièmement, une banalisation de la force
une révision fondamentale des concepts stratégi- non létale, perçue comme exempte de risques,
ques, opérationnels et organisationnels. On parle pourrait conduire à un appauvrissement du débat
aujourd’hui d’une « révolution dans les affaires politique sur l’opportunité et la légitimité des
militaires » d’où semble se dégager un large interventions. En levant certains obstacles propres
consensus, surtout aux États-Unis, pour affirmer à l’usage d’armements conventionnels, les armes
que les formidables progrès de la science pourront non létales peuvent abaisser considérablement le
résoudre la plupart des futurs problèmes de sécu- seuil « politiquement acceptable » pour une inter-
rité. Le concept de non-létalité se profile donc, aux vention dans un pays tiers et devenir ainsi un
yeux d’une majorité d’autorités militaires et poli- instrument d’ingérence permanente.
tiques, comme une réponse logique et appropriée Troisièmement, les armes non létales ouvrent
au nouvel environnement sécuritaire. une large brèche dans les Traités et Conventions
Les armes non létales sont des armes discrimi- sur le contrôle des armements, en particulier dans
nantes explicitement conçues et utilisées pour le champ des armes chimiques et biologiques, des
frapper d’incapacité le personnel et le matériel, modifications environnementales ou des armes
tout en minimisant le risque mortel, les lésions dites « inhumaines ».
permanentes, et les dommages indésirables et irré- Enfin, la culture du secret est toujours prédomi-
versibles aux biens et à l’environnement. L’argu- nante dans le développement de ces nouvelles
ment le plus séduisant en leur faveur est qu’elles générations d’armements, avec comme corollaire
peuvent combler l’espace d’indécision entre le l’accroissement du coût des programmes et l’ab-
moment où la diplomatie échoue et celui où se sence de contrôle et d’évaluation par les organes
prend la décision de recourir à la force convention- démocratiques.
nelle létale. Le concept de non-létalité peut donc Le concept de non-létalité apporte-t-il un pro-
affranchir les décideurs du choix obligatoire et grès dans la résolution des conflits ou n’est-il
exclusif entre diplomatie et action militaire en finalement qu’une perversion de l’esprit ? L’évo-
élargissant le nombre d’options. Cependant, l’ana- lution conjointe de l’environnement sécuritaire et
lyse est souvent partiale et partielle. L’essentiel de des technologies de l’armement nécessite une éva-
la réflexion politico-militaire ne porte que sur luation approfondie du caractère acceptable et
l’impact technologique, politique et opérationnel désirable des innovations militaires. Cette évalua-
du concept de non-létalité et ignore nombre de tion ne peut se produire qu’à travers un débat
questions fondamentales. ouvert et pluridisciplinaire. Elle doit pour cela
Premièrement, en offrant une capacité bénéficier d’une information complète et rigou-
« rhéostatique », le non-létal permet d’envisager reuse et se fonder sur le principe de précaution dans
le maintien de l’ordre et les opérations militaires tous les cas où l’impact environnemental et hu-
comme un continuum – local, national, internatio- main reste incertain. Dans ce débat, le monde
nal – dans lequel ennemis extérieurs et ennemis militaire doit certes être un participant essentiel,
intérieurs tendent à se confondre. Adaptées aux mais certainement pas le seul.
2 RAPPORT DU GRIP 99/1
LES ARMES NON LÉTALES 3

Sommaire

Résumé 1
Liste des abréviations 4
Introduction 5
1. L’irrésistible attrait du non létal 6
1.1. Le leadership américain 6
1.2. Définitions 8
1.3. Répondre à l’évolution
de l’environnement sécuritaire 10
1.4. Les arguments politico-militaires 12
2. Aspects technologiques des armes non létales 14
2.1. Classification par objectifs 14
2.2. Classification par fonctions 15
2.3. Classification par technologies 16
3. Les revers d’une analyse partiale et partielle 24
3.1. La dimension éthique 25
3.2. Vers une société sous contrôle permanent 25
3.3. Hausse des budgets
et course aux armements 26
3.4. Du « politiquement acceptable »
à l’ingérence permanente 27
3.5. De la bonne affectation des ressources 27
3.6. Les armes non létales
et le contrôle des armements 28
4. Conclusions 33
Bibliographie 35
Annexe : Directive DoD 3000.3 :
« Policy for Non-Lethal Weapons » 38

Liste des figures et encadrés

Figure 1. Organisation
du « Joint Non-Lethal Weapons Program » 8
Figure 2. La révolution dans les affaires militaires 12
Figure 3. La force militaire : un continuum basé
sur l’intensité et la réversibilité 13
Figure 4. Dépenses militaires, recherche militaire
et aide au développement 29
Encadré. Les ANL sur Internet :
quelques sites incontournables 33
4 RAPPORT DU GRIP 99/1

Liste des abréviations

ANL Arme non létale


ANL-AM Arme non létale antimatériel
ANL-AP Arme non létale antipersonnel
ARDEC Armament Research Development and Engineering
Centre
ARPA Advanced Research Projects Agency
BMD Ballistic Missile Defense
CAT Combustion Alteration Technology
CBPRD Crédits Budgétaires Publiques pour la Recherche et
le Développement
CIA Counter Intelligence Agency
CN gaz lacrymogène (chloroacetophenone)
CS gaz lacrymogène (2-chlorobenzylidenemalononitrile)
DoD Department of Defence
EMP Electromagnetic Pulse
HAARP High Frequency Active Auroral Research Program
LME Liquid Metal Embrittlement
MRC Major Regional Conflict
OCDE Organisation de Coopération et de Développement
Economiques
ONU Organisation des Nations Unies
OOTW Operation Other Than War
OSCE Organisation pour la Sécurité et la Coopération en
Europe
OTAN Organisation du Traité de l’Atlantique Nord
PGM Precision Guided Munition
PIB Produit Intérieur Brut
PNB Produit National Brut
PNUD Programme des Nations Unies pour le Développe-
ment
RMA Revolution in Military Affairs
WCMD Wind Corrected Munitions Dipenser
LES ARMES NON LÉTALES 5

La guerre est en principe l’option ultime pour


Introduction résoudre un conflit. Son coût est toujours élevé,
tant en vie humaines que pour l’économie. Une
Les bouleversements de l’environnement stra- opération militaire n’est donc généralement envi-
tégique contemporain ont ramené à l’avant-plan sagée que si elle apparaît comme le dernier moyen
des questions militaires un concept plus que mil- pour atteindre des objectifs considérés comme
lénaire. Il y a quelque 2.500 ans, le stratège chinois primordiaux pour les intérêts de l’Etat. Subor-
Sun Tzu esquissait déjà dans « L’Art de la Guerre », donné à ces objectifs politiques vient en principe
l’un des plus vieux traités militaires connus, les aussi le souci de préserver autant que possible ses
premiers principes d’une doctrine de non-létalité: propres troupes. Cette combinaison d’objectifs a,
- généralement, dans une guerre, la meilleure au cours de l’histoire, conduit au développement
politique est de conserver un pays intact; le des stratégies, des tactiques et à la sophistication
ruiner est inférieur à ce principe; des armements.
- capturer une armée ennemie est préférable à sa Toujours à la recherche de techniques donnant
destruction; ... l’avantage sur l’adversaire, les hommes ont, par
- remporter 100 victoires sur 100 batailles n’est leurs innovations militaires au fil des siècles,
pas la règle de l’art; soumettre un ennemi sans évolué de l’ère du gourdin, qui pouvait tuer un
combattre est la règle de l’art. homme à condition de frapper suffisamment fort,
à celle de la bombe nucléaire capable d’en tuer
En quelques années, l’effondrement de la logi-
plusieurs millions en quelques secondes.
que des blocs et les formidables progrès réalisés
dans la technologie des armements ont conduit à Parallèlement à ce développement spectacu-
une révision fondamentale des concepts stratégi- laire des techniques de destruction massive se sont
ques, opérationnels et organisationnels qui ont cependant aussi développés des moyens destinés à
dominé les affaires militaires pendant les cin- exercer une pression sur l’ennemi en minimisant
quante années de Guerre froide. Il est aujourd’hui les pertes humaines [Schneider, 1997].
convenu de reconnaître l’existence d’une « révo- L’organisation de manœuvres, en tant que dé-
lution dans les affaires militaires » (RMA, monstrations de force dissuasives, constitue sans
Revolution in Military Affairs), définie par Andrew doute l’une des formes les plus anciennes et les
Marshall, directeur de l’office des évaluations au plus élémentaires de ces techniques « non létales »
département de la Défense américain, comme un de domination de l’ennemi.
changement de fond dans la nature de la guerre Les conflits les plus récents, et en particulier la
causé par l’application innovatrice de nouvelles guerre du Golfe, ont aussi révélé l’importance des
technologies qui, combinée à des changements en progrès technologiques dans la précision des frap-
profondeur de la doctrine militaire et des concepts pes. Les bombes guidées par laser et les missiles de
opérationnels et organisationnels, altère radica- croisières Tomahawk ont démontré la capacité de
lement le caractère et la conduite des opérations détruire des objectifs vitaux pour l’ennemi tout en
militaires 1. limitant considérablement les dommages collaté-
Inspiré par cette RMA, un consensus de plus en raux. Ces munitions à guidage de précision (PGM,
plus large semble actuellement se dessiner, surtout Precision Guided Munition), bien que n’étant pas
aux États-Unis, pour affirmer que les formidables à considérer comme des armes non létales (ANL),
progrès de la science pourront résoudre la plupart n’en sont pas moins des systèmes d’armes capa-
des problèmes de sécurité auxquels devront faire bles de circonscrire la frappe à une cible stratégi-
face les pays occidentaux au siècle prochain. Le que précise en limitant les pertes humaines, civiles
concept de non-létalité, et le développement des a fortiori.
nouvelles générations d’armes non létales (ANL)
que nécessite son application, se profile donc, aux
yeux d’une majorité d’autorités militaires et poli- 1. Cité dans M. Lothar Ibrügger, « La révolution dans les
affaires militaires », in Commission des Sciences et des Techno-
tiques, comme une réponse logique et appropriée logies, Assemblée de l'Atlantique Nord, novembre 1998, AR
au nouvel environnement sécuritaire. 299, p.1.
6 RAPPORT DU GRIP 99/1

Des techniques plus classiques destinées à pren- somme toute assez ancien, de l’arme « non lé-
dre l’avantage sur l’ennemi sans affrontements tale ». Ce Rapport du GRIP est basé sur l’analyse
meurtriers sont connues du public depuis long- d’une collection représentative de rapports non
temps. L’impact psychologique des médias, l’ef- confidentiels publiés entre 1992 et 1999, essentiel-
fet CNN, est sans aucun doute l’une des plus effi- lement par des organisations internationales ou
caces: l’image du soldat américain tué en Somalie, des institutions et laboratoires de recherche liés
et traîné comme un trophée dans les rues de Moga- aux forces armées et au département américain de
discio par les rebelles somaliens, est encore dans la Défense (DoD).
toutes les mémoires et a pesé très lourd dans l’opi- La première partie définit le concept de« non-
nion américaine partisane du retrait des troupes. létalité » et examine dans quelle mesure celui-ci
Dans un tout autre contexte, les forces de police influence les doctrines militaires et les concepts
aussi disposent de toute une panoplie de méthodes opérationnel et organisationnel. Elle discutera les
« non létales » pour soumettre un adversaire. De- arguments qui lui sont favorables et le type d’opé-
puis les gaz lacrymogènes et les balles en caout- rations auquel il peut s’appliquer.
chouc jusqu’aux moyens plus sophistiqués tels La seconde partie propose une classification
que les Tasers et pistolets ou matraques à déchar- aussi précise et complète que possible, sans pré-
ges électriques, ces moyens ont prouvé leur effica- tendre à une parfaite exhaustivité, de ces nouvelles
cité pour le maintien de l’ordre et continuent à être catégories d’armes. Une brève description des
perfectionnés, notamment dans la perspective de technologies et de leur degré de maturité ainsi que
les utiliser davantage dans des opérations militai- quelques exemples concrets d’applications ou de
res. projets sont aussi proposés.
Cet intérêt croissant, politique et militaire, La troisième partie s’intéressera davantage aux
pour le développement de ces catégories d’arme- questions nouvelles posées par les armes non
ments – les ANL – peut se justifier de plusieurs létales. Certaines de ces armes peuvent contreve-
manières. nir aux Traités et Conventions limitant ou interdi-
D’une part, les nouvelles missions assignées sant diverses catégories d’armement et préfigurent
aux forces armées, essentiellement des opérations une nouvelle forme de course aux armements;
d’interposition, de maintien ou de rétablissement d’autres soulèvent des interrogations graves quant
de la paix, ont fait apparaître la nécessité de à la protection de l’environnement et de la santé
disposer de systèmes d’armes permettant un re- publique. La plupart d’entre elles posent de nou-
cours plus graduel à la force. velles questions fondamentales sur le plan de
D’autre part, l’exploitation médiatique de cha- l’éthique ou de la sécurité.
que détail microscopique d’un conflit pousse les Enfin, la conclusion est suivie de nombreuses
militaires à développer des armements épargnant références bibliographiques, ainsi que d’une copie
au public les spectacles trop cruels. Les récentes et in extenso de la directive 3000.3 du département
nombreuses opérations américaines ont générale- américain de la Défense fixant sa politique en
ment bénéficié du soutien de l’opinion publique, matière d’ANL – un document de référence en la
mais les dirigeants savent pertinemment bien qu’un matière.
pilote allié abattu, ou l’image d’un enfant mutilé
par une bombe américaine, suffirait à retourner
rapidement la situation.
1. L’irrésistible attrait
Il n’est dès lors pas étonnant que ce soit aux
Etats-Unis que se développe l’essentiel des nou- du non létal
velles technologies destinées aux armes dites « non
létales ». Les croisés des temps modernes ne veu-
1.1. Le leadership américain
lent plus défendre leurs valeurs que dans des
guerre courtes, précises et « propres ». Dès la fin de la Guerre froide, le U.S. Global
Il était donc intéressant d’examiner d’un peu Strategy Council, un groupe de réflexion conser-
plus près ce que recouvre aujourd’hui ce concept, vateur présidé par Ray S. Cline, ancien directeur-
LES ARMES NON LÉTALES 7

adjoint de la CIA, s’est lancé dans un intense La Directive 3000.3 établit les responsabilités
travail de lobbying en faveur du concept de non- et les lignes de conduite à suivre pour le dévelop-
létalité. Les pressions de Cline ont finalement pement et le déploiement des armes non létales. Il
amené Dick Cheney, alors secrétaire à la Défense, désigne en outre le Commandant du Corps des
à établir un groupe de travail « Non-Lethal Warfare Marines comme « agent exécutif » pour la direc-
Study Group » en mars 1991. Sous l’autorité du tion du programme du département de la Défense
sous-secrétaire d’Etat pour la politique de défense pour les armes non létales, avec la responsabilité
Paul D. Wolfowitz et dirigé par son adjoint le Dr. de fournir des recommandations pour ce pro-
Zalmay Khalilzad, ce groupe de travail était con- gramme et de stimuler et coordonner les normes
vaincu du potentiel révolutionnaire du concept de pour les armes non létales.
non-létalité et a soutenu plusieurs programmes et Le programme pour les armes non létales a été
initiatives favorables au développement des armes formellement institué le 21 janvier 1997 par l’adop-
non létales. Pour le Pentagone, il semble cepen- tion du « Memorandum of Agreement (MOA) for
dant que c’était là trop de changement en trop peu the DoD Non-Lethal Weapons Program ». Il fonc-
de temps [Lovelace et Metz, 1998]. Conforté par la tionne sous la supervision d’un comité directeur
position de William Yockey, sous-secrétaire à la (Joint Non-Lethal Weapons Directorate) installé
défense pour les acquisitions, qui affirmait que les sur la base du Corps des Marines à Quantico, en
programmes traditionnels planifiés suffisaient pour Virginie. A partir de ce moment, le concept va
répondre adéquatement à la question de la non rapidement s’étendre aux autres composantes des
létalité, le Pentagone minimisa les recommanda- forces armées américaines. Le 5 janvier 1998, le
tions du groupe de travail et les armes non létales comité directeur publie un nouveau document
restèrent une préoccupation secondaire jusqu’au fixant un triple objectif :
début de l’administration Clinton. 1. servir de fondation pour les décisions affectant
Une conjonction d’événements, liés à la politi- le développement de capacités communes (à
que étrangère mais aussi à des affaires intérieures, toutes les forces) ;
allaient cependant rapidement permettre de rou- 2. être un point de départ pour l’expérimentation
vrir le débat. Les leçons des engagements militai-
et le développement ;
res américains en Bosnie, en Somalie et en Haïti,
3. fournir un cadre de référence commun pour le
ainsi que le désastre par lequel se solda le siège de
développement de doctrines appropriées, y com-
la secte des Davidiens à Waco au Texas, furent
pris les tactiques, les techniques et les procédu-
certainement les impulsions qui ranimèrent la
res.
réflexion sur l’opportunité de disposer d’une force
non-létale spécifique. L’approche fut cependant Ce document, intitulé « Joint Concept for Non-
différente : la parole n’était plus aux théoriciens, Lethal Weapons », dérive directement de l’étude
mais l’initiative venait cette fois des militaires Joint Vision 2010 publiée en juillet 1995 sous le
eux-mêmes, enrichis de leur expérience sur le titre « America’s Military Preparing for Tomor-
terrain. Le lieutenant général Anthony Zinni, qui row ». Il apporte une première réponse au concept
commanda le Corps des Marines chargé de proté- opérationnel de « full dimensional protection »
ger le retrait des forces des Nations unies de prôné par Joint Vision 2010 en identifiant les
Somalie, se profila comme le principal avocat en capacités opérationnelles requises pour permet-
faveur des armes non létales. L’influence du géné- tre l’accomplissement des missions assignées tout
ral Zinni a été déterminante; les commissions, en réduisant simultanément les effets adverses des
conférences et groupes de travail se multiplièrent, opérations militaires, particulièrement les dom-
jusqu’à permettre à l’administration chargée des mages collatéraux.
opérations spéciales et des conflits de faible inten- L’intégration de la notion de non-létalité dans
sité au sein du département de la Défense de les concepts opérationnel et stratégique améri-
publier, le 9 juillet 1996, un document considéré cains est donc relativement récente. Mais la prise
comme fondateur pour le concept de non-létalité : de conscience tardive du potentiel du non létal a été
Departement of Defense Directive (DODD) 3000.3, largement compensée par l’extraordinaire rapidité
« Policy for Non-Lethal Weapons » (Annexe 1). de décision de ces trois dernières années, tant en ce
8 RAPPORT DU GRIP 99/1

qui concerne les choix technologiques que pour la quiéter des risques spécifiques de certains program-
définition des nouveaux concepts et doctrines. mes américains – à très juste raison d’ailleurs – que
Et en dehors des Etats-Unis ? Nous retien- pour aborder le fond du problème 2.
drons naturellement le séminaire sur le thème des
armes non létales organisé en 1996 par le Groupe
1.2. Définitions
sur la recherche pour la défense (GRD) de l’OTAN.
Ce séminaire, qui a pourtant réuni 12 pays de Il ne fait aucun doute que les progrès scientifi-
l’OTAN (Allemagne, Belgique, Canada, Dane- ques permettent actuellement le développement
mark, Etats-Unis, France, Grèce, Italie, Norvège, d’armes non létales qui élargiront à l’avenir quali-
Pays-Bas, Royaume-Uni et Turquie) et deux pays tativement la gamme des options qui s’offrent aux
non OTAN (Suède et Suisse) n’a semble-t-il, forces de police et aux forces armées avant le
malheureusement, débouché sur aucune publica- recours à des armements classiques, mortels par
tion ou initiative significative. essence. En dépit du fait que la nécessité de recourir
Nous pourrions aussi mentionner quelques à la force, fût-elle non létale, traduit toujours un
ébauches de programmes nationaux, la Suède échec des voies diplomatiques de résolutions des
notamment [Larsson et Wigbrant, 1998], de même conflits, les armes non létales peuvent néanmoins
qu’une récente déclaration d’autorités militaires constituer, dans certains scénarios, un pas vers
françaises réclamant des armes non létales [Isnard, moins de violence.
1999], mais à part cela, c’est le calme plat. Ce rapport ne contestera donc pas a priori leur
A vrai dire, il est bien difficile de savoir développement. Il se veut une analyse objective,
aujourd’hui si les pays de l’Union européenne identifiant les aspects positifs tout en apportant
comptent emboîter le pas aux Américains ou plusieurs réserves et mises en garde, dont certaines
envisagent d’élaborer leur propre vision des cho- sont d’ailleurs partagées par de nombreux analys-
ses. La seule étude européenne complète et perti- tes, y compris militaires. Ce travail nécessite impé-
nente sur la question est l’œuvre de l’université de
Bradford [Lewer et Schofield, 1997]. Plus récem- 2. Rapport sur l'environnement, la sécurité et la politique
étrangère, Commission des affaires étrangères, de la sécurité et
ment, la question a aussi été abordée par le de la politique de défense du Parlement européen (rapporteur:
Parlement européen, mais davantage pour s’in- Mme Maj britt Theorin), A4-0005/99, 4 janvier 1999.

Figure 1. Organisation du « Joint Non-Lethal Weapons Program »

Under Secretary of Defense Acqui-


tion and Technology
(USD) for (A&T)

Dod Non-Lethal Weapons


Executive Agent (EA)
Commandant of the Marine Corps

Non-Lethal Weapons
Integrated Product Team (IPT)
Joint Non-Lethal
Weapons Directorate
Quantico, Virginia
Joint Coordination and
Integration Group (JCIG)

Source : DoD.
LES ARMES NON LÉTALES 9

rativement, au préalable, une définition précise de pas spécifiquement été développés dans une opti-
la notion de non-létalité, encore confuse dans bien que non létale n’entrent pas dans le champ de la
des esprits. définition.
Les armes non létales sont généralement défi- D’autres auteurs préfèrent insister davantage
nies comme des armes conçues pour mettre hors sur les caractéristiques opérationnelles et stratégi-
d’état de servir le personnel, les armements, l’ap- ques des armes non létales :
provisionnement ou les équipements, de telle fa- Les armes non létales sont celles dont l’inten-
çon que la mort ou la mise hors d’état grave ou tion est de vaincre une force ennemie létale par
permanente sont improbables. [Cook, Fiely et une méthode non létale, en détruisant la capacité
McGowan, 1995] offensive de son armement et en neutralisant tem-
La définition la plus complète est certainement porairement ses troupes armées. [Morris, Morris
celle figurant dans la Directive 3000.3 « Policy for et Baines]
Non-Lethal Weapons » publiée le 9 juillet 1996 Les concepts de défense non létale forment un
par le DoD: ensemble bien au-delà d’un simple rôle de complé-
Les armes non létales sont des armes discrimi- ment ou auxiliaire des capacités de combats ac-
nantes qui sont explicitement conçues et prin- tuelles. La défense non létale a des applications à
cipalement utilisées pour frapper d’incapacité travers tout le continuum des conflits, jusque et y
le personnel et le matériel, tout en minimisant compris la paralysie stratégique d’un adversaire.
le risque mortel, les lésions permanentes au [Alexander]
personnel, et les dommages indésirables aux Les querelles quant au contenu sémantique des
biens et à l’environnement. mots désignant ces nouveaux instruments de guerre
1. Contrairement aux armes létales convention- ne sont pas près de s’estomper.
nelles qui détruisent leurs cibles par explosion, Le terme « non létal » semble s’être définitive-
pénétration ou fragmentation, les armes non ment imposé dans la littérature, ceci en dépit des
létales utilisent des moyens autres que la des- nombreuses autres suggestions évoquées dans la
truction physique totale pour empêcher une littérature anglo-saxonne. Les termes pré-létal,
cible de continuer à fonctionner ; sous-létal, moins-que-létal, voire même pire-que-
létal – certains auteurs estimant que les traumatis-
2. Les armes non létales sont destinées à avoir au
mes, psychologiques notamment, provoqués par
moins une des caractéristiques suivantes :
certaines armes seraient plus cruels que la mort –
a. elles ont des effets relativement réversibles
ont été proposés et se rencontrent encore réguliè-
sur le personnel et le matériel ;
rement pour certains types d’armements, mais
b. elles affectent les objets différemment dans sans parvenir à s’imposer.
leur zone d’influence. Toutes ces définitions confirment en tout cas
Christopher Lamb, directeur « Policy and Plan- une évidence: le caractère non létal de ces armes
ning » du « Office of the Assistant Secretary of n’est évidemment pas garanti dans tous les scéna-
Defense for Special Operations », complète ce rio d’emplois possibles. Des agents chimiques ou
dernier point en précisant qu’elles sont capables biologiques qui détruisent les cultures sans affec-
d’établir la discrimination entre objectifs et non- ter les populations seront considérés comme lé-
objectifs dans la zone d’impact de l’arme. taux s’il résulte de leur usage une grande famine.
Cette définition officielle insiste surtout sur le Un agent chimique utilisé pour altérer les proprié-
caractère temporaire, réversible et discriminatoire tés des carburants, et donc immobiliser les véhicu-
des armes non létales. Précisons cependant que le les ennemis, sera par contre une arme non létale.
document « Joint Concept for Non-Lethal Wea- La nuance est curieuse ; en poussant le raisonne-
pons » du 5 janvier 1998, donc postérieur à la ment plus loin, on pourrait en effet arguer que cette
définition ci-dessus, limite la notion de réversibi- immobilisation peut aussi entraîner des ruptures
lité aux seules armes non létales anti-personnel. En d’approvisionnement ou tout simplement, en in-
outre, il précise que, dans l’optique américaine, les terdisant les mouvements rapides, exposer davan-
dispositifs concernant la guerre de l’information, tage les troupes à des frappes conventionnelles
la guerre électronique ou les systèmes qui n’ont ultérieures.
10 RAPPORT DU GRIP 99/1

De même, selon certains auteurs militaires Bunker et Moore vont jusqu’à estimer que les
[Cook, Fiely et McGowan, 1995], une arme mi- capacités non létales continueront à se développer
cro-onde qui mettrait hors d’état les systèmes de jusqu’à surpasser les moyens traditionnels de con-
pilotage d’un véhicule terrestre est considérée duire les guerres avec des techniques létales [Bu-
comme non létale, même si, privé de contrôle, le nker et Moore, 1996]. Une telle éventualité n’est
véhicule verse ensuite dans le ravin en tuant son certainement pas pour demain, mais le concept de
chauffeur. Inversement, la même arme utilisée non-létalité gagne incontestablement chaque jour
contre un hélicoptère sera considérée comme lé- de nouveaux adeptes et pose d’ores et déjà autant
tale, car dans ce cas de figure l’issue fatale ne fait de questions nouvelles qu’il n’en résout d’ancien-
aucun doute. nes.
C’est donc moins les caractéristiques intrinsè-
ques d’une arme que le contexte de son utilisation
1.3. Répondre à l’évolution
qui définit son caractère létal ou non. de l’environnement sécuritaire
Mais « non létal » reste donc un terme ambigu,
et pernicieux à plus d’un titre. Il n’élimine pas le Soutenue par des technologies adéquates et par
risque mortel, mais reflète simplement l’intention de nouvelles doctrines et règles d’engagement,
de ne pas tuer ou provoquer un handicap perma- une force non létale pourrait, selon une majorité
nent. Mais il porte en lui une connotation rassu- d’auteurs militaires, contribuer à combler le vide
rante, habilement exploitée par ceux qui s’en font qui persiste actuellement dans l’éventail des op-
les défenseurs, conscients que l’opinion publique tions disponibles entre la diplomatie d’une part, et
n’accepte plus les horreurs des guerres. le recours à une force létale conventionnelle d’autre
Les autorités civiles et militaires semblent ce- part.
pendant unanimes pour estimer, indépendamment Le scénario est évidemment séduisant.
de la valeur opérationnelle potentielle de ces nou- D’abord pour les autorités militaires qui sont
velles armes, qu’il y a suffisamment de bonnes confrontées de plus en plus régulièrement à des
raisons pour continuer le développement des tech- missions très différentes de ce qu’elle étaient dans
nologies auxquelles elles recourent, ne serait-ce le contexte des relations bipolaires de la Guerre
que pour pouvoir développer les politiques et les froide. Les missions internationales de maintien et
contre-mesures adéquates. de rétablissement de la paix requièrent de nouvel-
On perçoit, à travers les quelques énoncés ci- les stratégies, et vraisemblablement aussi de nou-
dessus, deux catégories de définition. veaux armements mieux adaptés et permettant un
La première insiste sur les caractéristiques et recours plus graduel à la force.
les propriétés physiques des armes non létales, Il en est de même pour les autorités civiles,
conçues dans l’intention de ne pas tuer, de ne pas constamment à la recherche de méthodes plus
causer de handicap permanent. efficaces pour gérer les désordres publics, les
La seconde met en exergue les caractéristiques émeutes, contrôler les manifestations, mais aussi
opérationnelles des armes non létales, permettant les situations plus aiguës telles que des prises
une rupture radicale, mais à ce jour très spéculative d’otages, les attentats terroristes ou la lutte contre
pour la majorité des experts, avec les méthodes et les narcotrafiquants.
armements conventionnels. Enfin, il ne fait également aucun doute que le
Selon le colonel John A. Warden III, de l’U.S. développement des armes non létales intéresse
Air Force, les technologies non létales ne se aussi les laboratoires de recherche et les industries
présentent pas simplement comme des instruments de défense. Dans plusieurs secteurs, confrontés à
tactiques d’une utilité limitée; elles apparaissent un ralentissement des activités et des réductions de
plutôt comme des technologies de niveau stratégi- capacité depuis la fin des années 80, le « non
que et opérationnel qui donnent de puissants et létal » offre de nouvelles opportunités de recher-
nouveaux concepts d’opération permettant d’ac- che et de production.
complir des objectifs politiques et militaires par Certains auteurs [Bunker et Moore, 1996] n’hé-
des moyens jusqu’à présent impossibles. sitent pas à affirmer que la valeur politico-militaire
LES ARMES NON LÉTALES 11

de cette capacité non létale émergente sera rapide- nière utilisation qui devrait dominer. Les tech-
ment perçue comme supérieure aux armements nologies non létales dont l’effet est de courte
conventionnels pour la réalisation des objectifs durée sont particulièrement adaptées dans les
nationaux de sécurité, et ceci pour trois raisons scénarios de maintien et de rétablissement de
fondamentales : l’ordre, et lors des émeutes.
1. l’utilisation de la force non létale rencontrera 2. les armes non létales qui, tout en satisfaisant
moins d’opposition politique. Il faut voir dans toujours aux critères généraux énoncés dans à
cette hypothèse des autorités militaires et poli- la définition du non létal, entraînent des effets
tiques une réponse à ce qu’il est convenu d’ap- pouvant se prolonger pendant plusieurs jours
peler « l’effet CNN » depuis la guerre du golfe voire plusieurs semaines ou mois. Ces types
Persique. La couverture médiatique des opéra- d’armes non létales seraient mieux adaptées
tions militaires en temps quasi réel exacerbe la aux deux catégories principales d’opérations
sensibilité de l’opinion publique, de moins en militaires contemporaines [IFPA, 1996]:
moins disposée à accepter les conséquences a) les conflits régionaux majeurs (MRC, Ma-
dramatiques des opérations militaires, a for- jor Regional Conflicts)
tiori lorsqu’elles impliquent des risques pour b) les opérations non guerrières (OOTW,
leurs concitoyens. L’adhésion nécessaire de Operations Other Than War), qui compren-
l’opinion publique est donc perçue comme une nent les opérations de maintien ou rétablis-
nouvelle contrainte opérationnelle qui contri- sement de la paix, l’assistance humanitaire
buera très certainement à renforcer les budgets ou militaire, et l’évacuation de populations
pour le développement de systèmes d’armes non combattantes principalement.
qui répondent à certains critères de non létalité: Ces deux filières non létales coexisteront ce-
une faible probabilité d’entraîner la mort, des pendant, vraisemblablement pour longtemps en-
invalidités permanentes, ou des dommages in- core, avec les armements classiques létaux, qui
désirables aux biens et à l’environnement. continueront eux aussi à être perfectionnés et
2. la seconde raison part du principe séculaire innovés. Mais ces combinaisons nouvelles per-
qu’il est plus efficace d’affaiblir un Etat ou un mettent de multiplier les niveaux d’options politico-
groupe d’opposants par des méthodes non léta- militaires de recours à la force pouvant s’appliquer
les, en l’affectant sur le plan économique, aussi bien aux équipements qu’aux facultés physi-
social, politique ou psychologique par exem- ques, et mentales des individus.
ple, que de tuer purement et simplement une Par ailleurs, il apparaît de plus en plus claire-
partie de ses membres. ment que cette « RMA » repose sur deux exigen-
3. la troisième raison est que les armes non létales ces essentielles, et aujourd’hui possibles à satis-
apportent des réponses nouvelles à un très faire grâce aux progrès technologiques: la rapidité
grand nombre de scénarios conflictuels, qu’ils et la précision, dans laquelle le concept de non-
concernent les affaires intérieures ou la politi- létalité tient un rôle particulier [Lovelace et Metz,
que étrangère. 1998].
Dès lors, on peut supposer que, pour répondre La rapidité implique d’une part une capacité à
aux exigences spécifiques mais différentes des réunir et évaluer rapidement les informations et à
forces de police (pour le maintien de l’ordre in- prendre les décisions dans un délai très court, et
terne) et des forces armées (objectif de politiques d’autre part une rapidité de mouvements et de feu.
étrangères), les armes non létales pourraient se La précision implique de limiter les effets non
développer selon deux axes, divergents mais inté- désirés, soit grâce à la précision des armes, soit
grés : grâce à des armes spécifiquement développées
1. les armes non létales dont l’effet est de provo- pour éviter ses effets indésirables.
quer des incapacités de courte durée. Celles-ci En outre, alors que jusqu’à présent l’attention a
ont des applications possibles dans des opéra- surtout porté sur l’accroissement du degré de
tions militaires hors frontières comme dans des précision des armements modernes, le concept de
opérations internes. C’est néanmoins cette der- non-létalité laisse aussi entrevoir la possibilité de
12 RAPPORT DU GRIP 99/1

limiter les effets indésirables et donne la possibi- population, ce qui rend extrêmement difficile d’éta-
lité aux forces armées d’atteindre un niveau de blir la discrimination entre les groupes armés et les
précision psychologique en complément à la pré- non-combattants.
cision physique. Cette difficulté d’intervenir de façon propor-
La recherche d’un degré de précision psycholo- tionnée et discriminante dans des situations com-
gique traduit bien les défis posés par le nouvel plexes exige une évaluation méticuleuse de l’im-
environnement sécuritaire. La faible probabilité pact des armes non létales. Dans le contexte opé-
d’encore connaître un conflit majeur opposant les rationnel et stratégique actuel, il est préférable de
superpuissances révèle simultanément toute la parler d’un concept de non-létalité, qui va profon-
complexité des innombrables conflits de faible dément influencer les concepts opérationnels du
intensité ou des opérations non guerrières un peu 21ème siècle, plutôt que d’établir une distinction
partout dans le monde. Ces poches de violence et technique rigide entre armes létales et non létales.
d’instabilité se caractérisent souvent, en particu- Les possibilités d’intervention militaire doivent
lier dans les régions à forte urbanisation, par une dorénavant être examinées comme un continuum
grande confusion : la différenciation entre victi- basé sur les caractéristiques d’intensité et de réver-
mes et agresseur est souvent difficile, leurs rela- sibilité des armements et impliquent que les choix
tions parfois ambiguës. Dans ces contextes, toutes soient basés sur une analyse multicritères des
les procédures classiques de résolution des conflits impacts potentiels des armes non létales, selon les
en vigueur dans les organisations de sécurité telles scénarios, les cultures, les facteurs religieux, l’en-
que l’OTAN ou les Nations Unies, fondées sur le vironnement [Lovelace et Metz, 1998].
concept de l’agression et l’identification claire des
protagonistes et de leur responsabilité, apparais-
1.4. Les arguments politico- militaires
sent rapidement obsolètes. Les conflits de faible
intensité actuels – le Congo, le Kosovo, le Sierra L’argument le plus pertinent en faveur du con-
Leone par exemple – montrent des groupes rebel- cept de non-létalité est qu’il peut combler l’espace
les, des troupes nationalistes ou des mouvements qui persiste entre l’échec de la diplomatie et la
indépendantistes armés habilement fondus dans la décision de recourir à force. Il rompt dès lors avec

Figure 2. La révolution dans les affaires militaires

R é v o lu tio n d a n s
le s a ffa ire s m ilita ire s

P ro g rè s te c h n o lo g iq u e s

R a p id ité P r é c is io n

D é c is io n M ouvem ent P ré c is io n N o n -lé ta lité


e t r é a c tio n d e s fra p p e s P récision :
c o n v e n tio n n e lle s • p h y s iq u e
• p s y c h o lo g iq u e

Source : traduit de Lovelace et Metz, 1998.


LES ARMES NON LÉTALES 13

Figure 3. La force militaire : un continuum basé sur l’intensité et la réversibilité

Arme nucléaire
Mort certaine
Force létale
Quelques morts
Force « moins-que-létale »
Importance
du Désagréments
dommage sévères
Force « non létale »

Nuissance
minimale
Diplomatie, sanctions économiques, opérations psychologiques

Très courte durée Réversible Permanent

Durée de l'effet
Source : traduit de Lovelace et Metz, 1998.

l’approche traditionnelle établissant une distinc- En effet, sur le terrain, des unités équipées uni-
tion rigide entre la situation de paix, où la force quement d’armements conventionnels se trouvent
n’est en aucun cas appropriée, et la situation de elles aussi confrontées à deux options extrêmes,
guerre où la force est la règle. sans intermédiaires: soit maintenir une présence et
Le non létal peut affranchir les décideurs du menacer de recourir à la force, soit effectivement
choix obligatoire et exclusif entre la diplomatie et utiliser cette force létale. La réticence ou les hési-
l’action militaire en élargissant le nombre d’alter- tations à passer d’une option à l’autre entraînent
natives. Les décideurs politiques trouveront dans une période critique de vulnérabilité qui peut être
les armes non létales la possibilité d’intervenir perçue et exploitée par l’adversaire. Les armes non
plus tôt dans une crise, avec l’espoir d’aboutir à létales peuvent donc apporter au commandement
une solution avant qu’elle ne dégénère. Cette un continuum plus large d’options et ajouter une
modulation beaucoup plus fine du niveau de force plus grande flexibilité dans la manière de mener
en fonction des enjeux pour les intérêts nationaux les opérations. Elles n’ont pas la vocation de
permettra de réduire les dommages collatéraux et remplacer les armes conventionnelles, mais elles
les victimes non combattantes et de réduire les en sont le complément qui peut accroître leur
critiques. efficacité.
Le non-létal permet donc de s’engager plus Lovelace et Metz observent que la non létalité
rapidement dans des opérations de type militaire peut être une réplique efficace aux stratégies asy-
tout en convainquant plus facilement la population métriques que pourraient poursuivre les ennemis
et la communauté internationale du caractère pro- des États-Unis dans des conflits ambigus. En effet,
portionnel et légitime de l’intervention. les États-Unis devront à l’avenir faire face à des
D’un point de vue tactique, les options non léta- opposants dont les leaders ont été le plus souvent
les donnent au commandement une « capacité formés dans des établissements américains. Le
rhéostatique » permettant d’ajuster plus finement développement des médias électroniques permet à
la quantité de force nécessaire pour accomplir les la plupart d’avoir au moins un aperçu rudimentaire
opérations de séparation physique des combat- du mode de vie et de pensée américaine. Basés sur
tants ou d’aide humanitaire. Il devient dès lors plus cette connaissance, des opposants chercheront à
difficile pour les opposants de couper la chaîne de frapper les troupes américaines et à se dissimuler
décisions politico-militaires de l’adhésion popu- parmi les non combattants, surtout en zone ur-
laire. baine, en poussant les troupes américaines à réagir,
14 RAPPORT DU GRIP 99/1

cherchant ainsi délibérément l’incident, le déra- années : balles en caoutchouc, gaz lacrymogènes,
page, impliquant si possible des victimes civiles etc. Ils ont l’avantage de la simplicité, mais sont
[Lovelace et Metz, 1998]. limités à quelques scénarios précis d’utilisation.
Enfin, la non-létalité peut aussi épauler les L’exploitation militaire des avancées technologi-
efforts visant à neutraliser les armes de destruction ques dans le domaine de l’électronique, de l’acous-
massive – en évitant les contaminations qui résul- tique, de la biologie, de la climatologie ou des
teraient inévitablement d’une attaque convention- nanotechnologies – la liste de ces disciplines n’étant
nelle –, les sites de production de narcotiques, leur pas exhaustive – ouvre par contre la voie à de
stockage et leurs moyens de transport, ainsi que les nombreuses nouvelles applications.
forces préparant des attaques conventionnelles Par ailleurs, il est utile de signaler que la
transfrontalières (Irak – Koweït par exemple), ou terminologie des armes non létales n’a rien d’arbi-
les infrastructures abritant des mouvements terro- traire, mais à tendance à se référer à une termino-
ristes. Actuellement les obligations de respect de logie de plus en plus précise [Bunker, 1996].
la souveraineté des Etats limitent les conditions Ainsi, la plupart des auteurs considèrent actuelle-
dans lesquelles il est possible lancer des frappes ment que les techniques de guerre de l’information
préventives contre de tels objectifs. – Information Warfare – bien qu’étant stricto
D’une manière générale, les armes non létales sensu des techniques non létales non destructrices
permettent une destruction effective des matériels pour le matériel ou le personnel, ne sont pas des
et des installations en limitant les dommages col- armes des armes non létales mais demeurent un
latéraux et les victimes. domaine particulier en raison des méthodes spéci-
Les interventions préventives deviennent ainsi fiques auxquelles elles recourent. [Siniscalchi,
« politiquement acceptables », selon une formule 1998].
dorénavant consacrée dans tous les documents de C’est aussi la position officielle du DoD qui,
référence américains ou atlantistes. rappelons-le (cfr p.9), exclut explicitement les
Pourtant, nous estimons qu’il est indispensa- dispositifs relatifs à la guerre électronique et de
ble, après une brève revue des aspects technologi- l’information du champs des ANL [Department of
ques des ANL, d’élargir la réflexion hors du the Navy, 1998].
contexte étroit et simpliste de la seule argumenta- Plusieurs technologies non létales sont déjà
tion politico-militaire. C’est l’objectif des deux disponibles, d’autres sont en cours de développe-
chapitres suivants. ment ou seulement en phase de recherche. Nom-
breuses sont aussi celles qui reposent encore sur
d’importantes spéculations quant aux capacités
technologiques qu’elles nécessitent d’acquérir d’ici
2. Aspects technologiques 20 ou 30 ans. Enfin, la plupart de ces technologies
des armes non létales n’ont pas encore pu être testées en situation réelle,
guerre ou OOTW.
Le concept de non-létalité n’est pas nouveau. Les ANL peuvent se classer de différentes
Ce qui a changé, c’est le rôle croissant joué par les manières, chacune ayant ses avantages et ses lacu-
technologies les plus avancées pour développer ce nes. Nous en retiendrons trois, qui se complètent,
concept. L’accélération des progrès scientifiques et permettent de balayer le spectre de ces nouvelles
de cette fin de siècle a produit un effet de levier générations d’armements selon des critères ayant
considérable pour le développement des armes trait à leur fonction, leur type de cible et les
non létales qui couvrent un spectre extrêmement technologies mises en œuvre.
large de technologies différentes. On peut envisa-
ger sérieusement aujourd’hui des systèmes qui
n’étaient que des rêves de science-fiction il y a 2.1. Classification par objectifs
seulement dix ans. Une première classification des familles d’ar-
Dans la partie inférieure du spectre des capaci- mes non létales peut s’opérer en fonction de la
tés militaires non létales, nous retrouvons des cible qu’elles doivent atteindre : le personnel ou le
équipements qui ont fait leurs preuves depuis des matériel [Department of the Navy, 1998] :
LES ARMES NON LÉTALES 15

2.1.1. Dispositifs antipersonnel 2. les ANL-AM destinées à mettre hors d’état ou


Les armes non létales anti-personnel (ANL- à neutraliser certains types d’équipements,
AP) permettent l’accomplissement d’une mission d’installations, de produits ou de matières. Une
militaire en veillant à limiter les risques pour les très large gamme de techniques peuvent envi-
populations non combattantes, voire aussi pour les sagées dans ce cas, depuis les produits chimi-
troupes ennemies. Elles peuvent être divisées en 4 ques fragilisant les matériaux ou modifiant la
catégories : structure des carburants, jusqu’aux systèmes
1. les ANL-AP destinées au contrôle des masses : générant des interférences électromagnétiques
elles doivent permettre d’influencer le compor- fatales pour les équipements électroniques.
tement d’une foule potentiellement hostile ou
de contenir une émeute ; 2.2. Classification par fonctions
2. les ANL-AP destinées à frapper d’incapacité
un individu isolé, sans affecter ceux qui l’en- Le groupe de travail sur les armes non létales
tourent. Cet objectif peut être atteint par une mis en place par la Commission des Sciences et
incapacité physique (dispositif de rétention ou des Technologies de l’OTAN a opté pour une
d’enchevêtrement), ou par des moyens affec- classification des armes non létales en dix groupes
tant les facultés mentales. fonctionnels [Lyell, 1997] :
3. les ANL-AP destinées à interdire l’accès du 1. les dispositifs de rétention ou d’enchevêtre-
personnel à une zone (terrestre, aérienne ou ment capables d’immo-biliser ou de gêner con-
maritime), soit par des dispositifs provoquant sidérablement les mouvements ;
un inconfort suffisamment dissuasif (odeurs 2. les dispositifs aveuglants, qui aveuglent ou
nauséabondes notamment), soit par des barriè- désorientent temporairement à l’aide de lam-
res physiques. Ce type d’ANL suscite beau- pes puissantes, de lasers ou de stroboscopes ;
coup d’intérêt dans les milieux militaires dans 3. les marqueurs permettant d’identifier des per-
la mesure où elles pourraient devenir une alter- sonnes ;
native efficace aux mines antipersonnel. 4. les agents antitraction qui empêchent le dépla-
4. Les ANL-AP pour forcer l’évacuation du cement des véhicules et des personnes ;
personnel d’une installation ou d’une zone. Ces 5. les projectiles non pénétrants, comme les « sacs
ANL pourraient notamment faciliter le déroule- à fèves » qui risquent moins de blesser que les
ment des opérations en zones urbaines (MOUT, munitions-bâtons (aussi appelées balles en
Military Operation in Urban Terrain). caoutchouc) ;
6. une déstabilisation des sols qui complique la
2.1.2. Dispositifs antimatériel traversée d’un terrain ;
Les armes non létales antimatériel (ANL-AM) 7. les revêtements optiques qui opacifient les
permettent de réduire ou d’anéantir l’efficacité des systèmes à détecteur optique ;
équipements ennemis tout en limitant les dégâts 8. les super-adhésifs et liants capables d’immobi-
matériels collatéraux et les risques pour le person- liser des véhicules ;
nel et les populations. Deux cas de figures sont 9. les modificateurs de combustion qui rendraient
définis : le carburant automobile inutilisable ;
1. les ANL-AM destinées à interdire l’accès d’une 10.les odeurs difficiles voire impossibles à sup-
zone à des véhicules, par des barrières physi- porter.
ques, des procédés chimiques ou électroniques. Ces dix groupes, définis en termes très approxi-
Applicables actuellement aux véhicules terres- matifs, donnent cependant une vision fort incom-
tres, des systèmes similaires d’interdiction d’ac- plète des divers domaines d’applications des ANL.
cès peuvent être envisagés également pour A titre d’exemple, toutes les applications basées
l’espace maritime et aérien, par exemple par la sur une altération des facultés mentales ou les
maîtrise de techniques permettant la dégrada- modifications environnementales, pourtant claire-
tion des conditions météorologiques au-dessus ment évoquées dans la littérature américaine, sont
d’une zone déterminée. totalement passées sous silence.
16 RAPPORT DU GRIP 99/1

2.3. Classification par technologies 2.3.2. Dispositifs chimiques


Une troisième classification des ANL peut Les agents chimiques utilisés en tant qu’armes
non létales peuvent avoir des applications
s’effectuer en fonction de leur domaine scientifi-
antimatériel ou antipersonnel.
que: biologie, chimie, acoustique, climatologie,
psychologie, mécanique, etc. Les super-caustiques (super-corrosif)
Certains documents font état d’acides qui pour-
2.3.1. Dispositifs biologiques raient être des millions de fois plus caustiques que
l’acide hydrofluorique. Certaines combinaisons,
Dégradation des matériaux
par exemple un mélange d’acide hydrochlorique
Il semble que des agents biologiques ne soient (HCl) et d’acide nitrique (HNO3) auraient la capa-
aujourd’hui développés que dans un but anti- cité de dissoudre des métaux et des composés
matériel, notamment grâce à des micro-organis- organiques tels que plastiques, caoutchouc, poly-
mes pouvant dégrader certains composants dans mères ou verres. Bien que ces composés chimi-
les systèmes d’armes. L’application la plus citée ques existent en laboratoire, leur déploiement dans
consiste à utiliser des bactéries afin d’altérer les des opérations militaires ou de police pose actuel-
propriétés des explosifs ou des combustibles par lement plusieurs questions :
une modification de la viscosité du carburant ou - au moyen de quels vecteurs les déployer?
des caractéristiques de combustion par exemple
- comment garantir la précision de leur disper-
(CAT, Combustion Alteration Technology). sion ?
Génétique - comment moduler la vitesse d’action de l’ar-
Constatant les avancées spectaculaires de la gent ?
génétique, notamment le fait que l’on approche à Les partisans de ces procédés soutiennent qu’il
grand pas du décryptage complet du génome hu- serait possible de les déployer sous une forme
main, un récent rapport de la British Medical binaire, les deux composants de l’agent super-
Association (BMA), la plus haute instance du caustique étant conservés dans des compartiments
corps médical anglais, attire l’attention sur une distincts afin de pouvoir les manipuler sans dan-
danger peut-être imminent. A partir des recherches ger. Après avoir été largués comme une bombe, ou
pour l’identification du code génétique de l’homme, tirés par un obus d’artillerie ou par un missile, les
il n’y aurait en effet qu’un pas pour élaborer composants se combineront pour former un com-
ensuite des armes sélectives qui anéantiraient un posé extrêmement caustique sous la forme d’un
groupe ethnique à l’aide de vecteurs viraux ou de liquide, d’un gel ou d’une poudre. De tels compo-
micro-organismes capables d’affecter une partie sés pourraient être utilisés pour aveugler des sys-
de son patrimoine génétique [Flament, 1999]. tèmes optiques, décomposer l’asphalte des routes,
Selon le Dr Vivienne Nathanson du BMA, s’il
détériorer les câbles des lignes électriques et de
existe des séquences d’ADN distinctes entre des
communication, attaquer les pneus des véhicules,
groupes d’individus et qu’elles peuvent être ci-
ou corroder les métaux des systèmes d’armes, des
blées à des fins destructrices, alors l’arme généti-
que est possible. avions, des véhicules, des ponts ou des bâtiments
[Cook, Fiely et McGowan, 1995].
Il est en effet peu probable que la recherche
militaire reste au balcon à observer. Ces découver- On imagine cependant les conséquences horri-
tes seront tôt ou tard exploitées par les laboratoires bles qu’auraient de telles armes si elles atteignent
militaires, certainement dans les régimes totalitai- des troupes ou des populations civiles. La préci-
res et nationalistes, mais également par les grandes sion de l’impact est donc essentielle, ce que les
nations démocratiques arguant de la nécessité de technologies actuelles permettent, mais avec des
disposer de contre-mesures adéquates. Il est donc munitions particulièrement coûteuses. Dès lors,
urgent de renforcer la Convention de 1972 sur les dans la mesure où les super-caustiques détruiraient
armes biologiques, et d’adopter sans tarder des dans la plupart des cas définitivement les équipe-
mesures préventives pour éviter la prolifération de ments visés, on perçoit mal leur avantage sur les
telles armes. charges explosives classiques.
LES ARMES NON LÉTALES 17

Le seul avantage serait de minimiser les dégâts quer que les LME ont agi correctement, ce qui
collatéraux dus au souffle d’une explosion con- peut prendre un certain temps. Enfin, dans la
ventionnelle. mesure où il semble qu’il n’existe aucun anti-
D’autre part, le temps d’action de l’agent chi- dote pour ramener la structure moléculaire à
mique peut-être assez long. Il est donc essentiel son état initial, le matériel devra être considéré
qu’il produise ses effets sans laisser à l’adversaire comme définitivement hors d’usage. Les effets
le temps de le neutraliser. Enfin, la contamination de la frappe ne sont donc pas réversibles, et les
de l’environnement et des rivières est un risque à coûts de reconstruction seront tout aussi élevés
ne pas négliger. que dans le cas d’une destruction par une arme
conventionnelle.
Fragilisation des métaux
Il s’agit d’agents chimiques, qui peuvent alté- Agents immobilisants
rer la structure moléculaire des métaux et des On trouve dans cette catégorie des variétés de
alliages afin de diminuer leur résistance et d’ac- substances super-adhésives ou gluantes capables
croître le risque de fracture. Souvent évoqués sous de gêner la progression ou d’immobiliser le per-
l’abréviation « LME » (Liquid Metal Embrittle- sonnel et les véhicules. Ces agents existent sous
ment), ils sont utilisés sous une forme liquide et deux formes :
incolore, particulièrement discrète. La formule - un polymère condensé, projeté au moyen d’une
des LME diffère selon le type de métal ou alliage arme individuelle, dont la forme évoque les
visé ainsi que la vitesse de réaction souhaitée. Les gros fusil à eau des enfants, et qui formera au
LME sont actuellement disponibles et maîtrisés contact de l’air une épaisse mousse gluante qui
dans les laboratoires. peut envelopper un individu et le figer sur
Les LME pourraient être utilisés dans des place.
situation semblables à celles envisagées pour les - une substance super-adhésive liquide qui peut-
super-caustiques, mais avec l’avantage qu’ils ne être pulvérisée par voie aérienne dans le but
présentent pas de danger collatéral immédiat pour d’encrasser ou d’obstruer les admissions d’air
le personnel. Ils ont par contre l’inconvénient des moteurs, les systèmes de refroidissement,
d’avoir une efficacité beaucoup plus sensible aux ou de bloquer les parties mobiles des arme-
variations des conditions météorologiques, parti- ments.
culièrement aux grands gradients de température, Ces technologies ont été développées et dé-
et demandent donc une capacité logistique pour montrées par les laboratoires Sandia qui ont pro-
pouvoir adapter facilement leur formulation en duit une mousse polymère qui peut-être projetée
fonction des circonstances. Mode de déploiement jusqu’à une dizaine de mètres. Les laboratoires
et précision de la frappe se posent dans les mêmes Sandia ont également démontré l’efficacité de ces
termes que pour les super-caustiques, avec toute- techniques sur les trains d’atterrissage des avions.
fois deux dilemmes supplémentaires [Schneider, Les Marines chargés de couvrir le retrait des
1997]: troupes de l’UNOSOM II de Somalie disposaient
- les LME étant relativement invisibles, faut-il de ce type de matériel [Schneider, 1997].
informer l’ennemi que ses équipements (ponts, Les mousses polymères peuvent être utilisées
véhicule, etc.) ont été atteints par des agents dans les opérations non guerrières comme dans les
LME ? Dans la négative, des pertes humaines guerres de théâtre à plus grande échelle. Dans ce
significatives pourraient résulter de la tentative deuxième scénario, cependant, les pulvérisations
d’utilisation des équipements contaminés, mi- de super-glue par voie aérienne seront mieux adap-
nant ainsi les avantages de l’approche non tées pour viser des objectifs éloignés et étendus.
létale. La prétendue non-toxicité de ces mousses et
- la deuxième difficulté concerne l’évaluation glues est cependant une aberration. Les risques
des dommages. Seul l’échec d’une tentative d’inhalation et d’obstruction des bronches sont
d’utilisation de la cible, ou l’écroulement de importants. De plus, ces mousses sont particuliè-
celle-ci sous son propre poids, pourront indi- rement tenaces, d’autant plus qu’on tarde à les
18 RAPPORT DU GRIP 99/1

nettoyer, et les recherches n’ont pas encore permis ZARC, Cameron Logman, indiquait, en février
la mise au point d’un solvant efficace et inoffensif 1998, que son produit avait été utilisé au Rwanda,
pour l’individu. Ces mousses constituent donc un en Haïti et en Somalie par les troupes américaines
danger mortel lorsqu’elles ont ingérées, par la [Logman, 1998].
bouche, le nez, et s’accumulent dans l’arbre bron-
chique. Enfin, la situation du personnel qui se Marqueurs
trouverait piégé dans un brouillard de super-glue Les marqueurs sont des colorants invisibles à
larguée par voie aérienne serait plus dramatique l’œil nu dont la trace n’est détectable que sous
encore. L’inhalation, le contact avec les yeux et la l’exposition d’une lumière particulière. Ils peu-
peau, de super-glue en aérosol sol aurait vraisem- vent être pulvérisés sur des individus, éventuelle-
blablement des conséquences létales inévitables. ment à leur insu ou sous une forme indélébile, afin
de permettre leur identification.
Agents anti-traction
Les technologies anti-traction dérivent des re- 2.3.3. Dispositifs acoustiques
cherches effectuées dans le domaine des super- L’utilisation d’une énergie acoustique pour
lubrifiants tels que le Teflon. repousser un adversaire ou endommagé du maté-
Ces agents pourraient être dispersés sous forme riel est envisagée depuis les années 60 [Schneider,
d’aérosol (par avion, tirs d’artillerie, missiles, 1998]. L’oreille humaine répond à une gamme de
voire par du personnel au sol). Ils sont peu persis- fréquences comprises entre 20 et 20.000 Hertz
tants mais leur efficacité dépend des conditions environ. Les recherches sur les armes acoustiques
météorologiques. s’intéressent aux fréquences inférieures au seuil
d’audibilité de l’être humain. Les chercheurs esti-
Agents tranquillisants ou incommodants ment que des vibrations acoustiques de très basse
Ces agents chimiques sont particulièrement fréquence, un infrason de l’ordre de 16 Hertz mais
adaptés et utilisés pour les opérations non guerriè- d’une grande intensité, peut-être la cause de nau-
res (OOTW) dans des buts antipersonnel. Parmi sées, d’une désorientation, de troubles de la vision,
les tranquillisants, on peut citer la dispersion par voire de lésions internes, dont l’effet peut varier de
voie aérosol de puissants sédatifs véhiculés par du l’inconfort temporaire jusqu’à la mort dans les cas
diméthylsulphoxyde (DMSO) pour permettre un extrêmes.
franchissement rapide de la barrière cutanée. Il faut noter cependant que de tels dispositifs se
On retrouve aussi dans cette catégorie des sont longtemps heurtés à des problèmes techni-
aérosols dégageant une odeur difficile voire im- ques difficiles à résoudre. La taille d’un haut-
possible à supporter, de l’hydrogène sulfureux parleur est proportionnelle à l’intensité du son
(H2S par exemple) ainsi que tous les agents tradi- qu’on souhaite lui faire produire, et inversement
tionnellement utilisés dans les opérations de main- proportionnel à la fréquence de ce son. Les effets
tien de l’ordre : les gaz lacrymogènes, les gaz recherchés dans le domaine des armes non létales,
poivrés et les agents CS, et CN. au moyen d’un infrason intense, demandaient donc
Les gaz poivrés, en particulier les agents à base des haut-parleurs gigantesques dont l’alimenta-
d’oléorésines capsicum développés par la firme tion nécessitait une grande quantité énergie.
américaine ZARC International Inc. et commer- Ce problème a été récemment contourné par la
cialisés sous la marque “ CAP-STUN ”, sont lar- firme américaine American Technology Corp. de
gement répandus et utilisés par les forces de l’ordre San Diego qui vient de développer, dans le cadre
et l’armée américaine. Ces agents provoquent une d’une coopération de R&D avec la Naval Post
forte et immédiate irritation des muqueuses, en- Graduate School de Monterey en Californie, une
traînant un réflexe de fermeture des yeux et une technique de génération de sons, baptisée
toux violente. ZARC affirme que les effets se Hypersonic Sound, utilisant l’air plutôt qu’un haut-
dissipent après environ 45 minutes et que des tests parleur à membrane [Mulholland, 1998].
toxicologiques approfondis n’ont révélé aucun Le procédé consiste à générer deux ultrasons de
effet secondaire sur le plan allergique, cardiaque, fréquences légèrement différentes (200.000 Hz et
respiratoire ou neurologique. Le directeur de 200.150 Hz par exemple). Ces deux signaux,
LES ARMES NON LÉTALES 19

inaudibles pour l’oreille humaine, se combinent primé qui dégagera en explosant un éclair extrê-
pour créer deux signaux additionnels, l’un avec mement puissant et lumineux pour éblouir ou
une fréquence égale à la somme des fréquences des aveugler temporairement l’adversaire ou endom-
deux signaux originaux, l’autre avec une fréquence mager ses capteurs optiques. Ses munitions opti-
égale à la différence de ces fréquences (soit, dans ques peuvent se présenter sous la forme de grena-
notre exemple, 400.150 Hz et 150 Hz). des, de bombes ou d’obus d’artillerie. Des systè-
Alors que le signal sonore haute fréquence se mes similaires utilisent des radiateurs unidirec-
dissipera rapidement dans l’atmosphère, le signal tionnels ou des lampes stroboscopiques.
basse fréquence persiste et peut être dirigé avec
précision vers un groupe d’individus. Hologrammes
Un deuxième avantage de ce système est son Certaines recherches visent à exploiter les tech-
rendement. Alors que les haut-parleurs tradition- niques de l’holographie pour provoquer des illu-
nels ne convertissent en moyenne que 1,5 à 3% de sions visuelles par l’interférence de sources lumi-
l’énergie du signal électrique en signal sonore, le neuses. Ces illusions peuvent être déstabilisantes,
générateur d’ultrasons de American Technology voire psychologiquement insupportables, si elles
Corp. a un rendement proche de 70%, une amélio- exploitent les sensibilités culturelles ou religieu-
ration notable, même si une partie seulement du ses de l’adversaire.
signal devient un son basse fréquence utile pour le
Les lasers
système d’arme.
Les lasers (Light Amplification by Stimulated
Le revers de ces systèmes est que les ondes
Emission of Radiation) sont des sources de lu-
sonores basse fréquence, a fortiori avec les inten-
sités évoquées, se propagent facilement et profon- mière monochromatique très concentrées (con-
trairement à la lumière ordinaire qui émet dans
dément. En conséquence, des armements basés sur
toutes les directions à plusieurs longueurs d’on-
ce principe pourraient être considérés comme non
des) dont l’intensité est très variable selon les
discriminants (donc interdits par la Convention de
1981 sur les « armes inhumaines ») et pourraient applications: de quelques centièmes à plusieurs
millions de Watts.
également avoir un impact significatif sur la stabi-
lité de certains matériaux (fatigue des métaux, Dans le domaine militaire, les lasers sont es-
délaminage des matériaux composites, bris de sentiellement développés dans des systèmes
vitres) et sur l’environnement, en provoquant lo- antimatériel, mais avec un impact non négligeable
calement de petites secousses sismiques. pour le personnel dans certains cas.
De très puissants lasers chimiques peuvent être
2.3.4. Dispositifs optiques utilisés pour détruire des équipements. L’U.S. Air
Force poursuit actuellement son programme
Munitions optiques « Airborne Laser » d’un coût total estimé à 6,1
Ces dispositifs sont pour la plupart basés sur milliards de dollars (dont 292,2 millions de dollars
« l’effet Bucha » qui met en évidence que des en 1999), pour le développement d’un puissant
lampes stroboscopiques de forte intensité fonc- laser, installé sur un Boeing 747, et capable de
tionnant à des fréquences de l’ordre de 1 à 20 Hertz détruire un missile balistique dans sa phase de
seulement, c’est-à-dire des fréquences intervenant lancement.
dans les fonctions cérébrales, peuvent provoquer Des lasers de plus faible puissance sont depuis
des symptômes tels que des vertiges, des nausées, longtemps intégrés dans des systèmes d’armes
des désorientations. Qu’ils y soient soumis par un conventionnelles. Les chars sont depuis une ving-
stimulus visuel ou audio, il semble donc assez bien taine d’années équipés de systèmes de conduite de
établi que les êtres humains sont particulièrement tir dotés de télémètre à laser et, depuis la guerre du
sensibles aux fréquences extrêmement basses, sen- Golfe, les États-Unis ont démontré l’efficacité des
sibilité que la recherche militaire compte bien bombes guidées par laser.
exploiter. Dans le domaine des armes non létales, les
Les radiateurs isotropes (ODR, Omni Direc- systèmes envisagés concernent principalement des
tionnal Radiator) font appel à un gaz inerte com- lasers de faible puissance, utilisés dans le but de
20 RAPPORT DU GRIP 99/1

détruire les systèmes optiques de l’adversaire (sys- Bien qu’aucune application antipersonnel ne
tème de visée, lunettes de vision nocturne, inten- soit perceptible à l’heure actuelle, certains auteurs
sificateur de lumière,...) : lorsque le faisceau laser suggèrent de longue date que les rayonnements
qui balaye les équipements de l’ennemi rencontre électromagnétiques non ionisants peuvent avoir
un dispositif optique, une fraction du rayon laser sur les individus des effets dont les caractéristi-
est réfléchi. À ce moment, le système se verrouille ques pourraient être exploitées dans des conflits de
sur la cible et augmente la puissance d’émission faible intensité [Tyler, 1986]. Rappelons pour
afin de détruire ou d’endommager les parties opti- mémoire les expériences soviétiques contre l’am-
ques de l’équipement adverse. bassade américaine à Moscou dans les années 70.
Durant la guerre du Golfe, les États-Unis ont Cependant, cette matière nécessiterait d’aborder la
déployé deux prototypes d’un système semblable question controversée concernant l’impact des
baptisé Stingray et monté sur véhicule. Ces équi- rayonnements électromagnétiques non ionisants
pements n’auraient cependant pas été utilisés, sur l’organisme. Cet aspect, et ses éventuelles
faute d’entraînement et d’intégration tactique suf- applications militaires, nécessiterait un rapport à
fisante. Des systèmes similaires mais portatifs, des lui seul.
« lasers rifles » de la taille d’une arme indivi- Les armes EMP peuvent produire une impul-
duelle, ont également été emportés en Somalie en sion électromagnétique UHF, d’une énergie pro-
1994. Une fois encore, le commandement a décidé che de celle libérée par une explosion nucléaire,
de ne pas les expérimenter en raison des risques grâce à la conversion en rayonnement électroma-
humains insuffisamment maîtrisés [Schneider, gnétique de l’énergie produite par une source
1997]. électrique ou dégagée par un explosif convention-
En effet, il faut avoir conscience que derrière nel, afin d’endommager les composants des systè-
les systèmes optiques que les lasers sont censés mes électroniques (informatique, télécommunica-
détruire, se trouve le plus souvent un opérateur, un tions, radars, etc.). Elles offrent quelques avanta-
canonnier ou un observateur. Or, si l’œil de cet ges par rapport aux armes à lasers dans la mesure
opérateur focalise le faisceau laser en un point de où elles sont beaucoup moins tributaires des con-
la rétine, la brillance de ce rayonnement peut-être ditions météorologiques et des obstacles physi-
amplifiée par un facteur 100.000. Même les lasers ques que les ondes optiques.
de faible puissance des télémètres peuvent être la Les recherches relatives à l’impact des impul-
cause d’un accident. Les lasers plus puissants sions électromagnétiques sur les équipements élec-
destinés à détruire des systèmes optiques pour- troniques dérivent directement des phénomènes
raient donc entraîner de sérieuses lésions oculaires observés à l’époque des tests nucléaires atmosphé-
et probablement même une cécité permanente. riques ou constatés fortuitement lors d’accidents
Les lasers aveuglants sont interdits depuis 1995 spatiaux [Mampaey, 1998(2)].
par le 4ème Protocole additionnel à la Convention Le premier fait marquant remonte aux mois
de 1981 sur les armes inhumaines. Les États-Unis d’août et septembre 1958, lorsque l’U.S. Navy a
ont ratifié celle-ci et il semble qu’ils aient depuis procédé, clandestinement, à l’explosion de trois
annulé les programmes et les contrats concernés bombes nucléaires dans l’atmosphère, au-dessus
[Schneider, 1997]. de l’océan Atlantique Sud.
Cette série de tests, réalisée dans le plus grand
2.3.5. Dispositifs à impulsions secret, a été baptisée Operation ARGUS. Les trois
électromagnétiques charges nucléaires (ARGUS I le 27/08/58, AR-
Les armes à impulsions électromagnétiques GUS II le 30/08/58 et ARGUS III le 06/09/58),
(EMP Weapons) travaillent dans le domaine des entre 1 et 2 Kt, ont explosé à environ 480 km
micro-ondes, à des longueurs d’ondes, beaucoup d’altitude, dans la ceinture de radiation interne de
plus grandes que les lasers, comprises entre les Van Allen.
ondes radio utilisées en télécommunications et L’opération avait pour objectif de fournir des
l’infrarouge (longueur d’onde de l’ordre du centi- informations sur les particules chargées piégées
mètre, c’est-à-dire aux alentours de 1010 Hertz). dans les lignes de force du champ magnétique
LES ARMES NON LÉTALES 21

terrestre afin d’évaluer l’impact de l’impulsion ventionnelle en une impulsion électromagnétique


électromagnétique d’une explosion nucléaire à RF d’une puissance comparable à celle provoquée
très haute altitude sur les systèmes de communica- par une explosion nucléaire, et suffisante pour
tion et les performances des missiles balistiques. détruire les composants de la plupart des équipe-
L’expérience eut pour conséquence la création ments électroniques (très peu résisteraient en effet
d’une ceinture de radiation temporaire envelop- à une interférence électromagnétique d’une telle
pant pratiquement le globe entier et la création intensité).
d’importantes aurores artificielles lorsque les par- Les militaires restent très discrets sur l’évalua-
ticules précipitèrent dans l’atmosphère près des tion de cette première expérience, mais il est
pôles. L’injection d’électrons et de particules éner- néanmoins confirmé que le Los Alamos National
gétiques dans l’ionosphère fut suffisante pour Laboratory ainsi que le Air Force’s Phillips
provoquer des effets sur les télécommunications à Laboratory ont joué un rôle essentiel dans le
l’échelle planétaire pendant d’assez longues pério- développement de ces armes. L’U.S. Army mène-
des. rait des recherches similaires au Harrys Diamond
En 1975, un mauvais fonctionnement entraîna Laboratory à Adelphi.
la destruction de la fusée Saturne V à environ 500 Selon William BAKER, directeur du pro-
km d’altitude. Cet accident permit à la NASA gramme des armes à énergie dirigée du Phillips
d’observer des phénomènes assez inattendus, dont Laboratory, l’U.S. Air Force a l’intention d’inten-
une extraordinaire luminescence et un grand «trou» sifier ses efforts pour l’amélioration de cette classe
dans l’ionosphère caractérisé par une réduction du d’armes. Et notamment pour résoudre un pro-
nombre d’électrons de l’ordre de 60%. Consé- blème majeur: actuellement, l’explosion de la
quence: toutes les télécommunications s’avérèrent charge a évidemment l’inconvénient de détruire le
impossibles, pendant plusieurs heures, dans un système dans son ensemble. L’objectif est donc le
rayon d’environ 1.000 km au-dessus de l’océan développement d’une arme à impulsion électro-
Atlantique. Entre 1975 et 1981, la NASA et les magnétique qui soit réutilisable, ce qui impose
militaires tentèrent plusieurs procédés pour repro- d’abandonner le principe de l’explosion chimique
duire délibérément ces phénomènes dans l’ionos- conventionnelle. Ces informations sont implicite-
phère. ment confirmées par d’autres documents plus ré-
Plus récemment, la guerre dans le golfe Persi- cents [Schneider, 1997] qui évoquent des disposi-
que a permis de révéler au public l’existence de tifs de même nature.
black programs dans le domaine des armes EMP,
en leur servant en quelque sorte de banc d’essais en 2.3.6. Dispositifs mécaniques ou électriques
situation réelle. Nous reprendrons tout d’abord sous ce titre
En avril 1992, la revue spécialisée Defense quelques dispositifs classiques destinés à immobi-
News [Holzer et Munro, 1992] a fait état de sources liser le personnel, freiner ou stopper sa progres-
officielles indiquant que les Etats-Unis avaient, sion. Parmi les plus courants, citons les projectiles
dès les premiers jours de la guerre en 1991, fait non pénétrants, les filets de rétention ou d’enche-
usage pour la première fois d’armes non nucléaires vêtrement (« rets »), ou encore les systèmes à
à impulsion électromagnétique pour la destruction électrochocs.
du matériel électronique irakien. Selon les décla- Certaines armes balistiques non létales, dont la
rations d’un officiel du DoD, ces armes étaient célèbre balle en caoutchouc, ont été développées
développées depuis plusieurs années dans le cadre depuis longtemps et maintes fois utilisées. La
de plusieurs black programs. grenade à bille de caoutchouc est une variante
Ces armes étaient dans le cas présent consti- [Lyell, 1997].
tuées d’une tête montée sur des missiles Toma- D’autres dispositifs provoquent des étourdis-
hawk tirés depuis des sous-marins ou navires. Ces sements suite à une décharge électrique, tel le
têtes tactiques, appelées High Power Microwave Taser, un pistolet qui projette vers la personne à
Warheads, contiennent une charge capable de immobiliser un fil conducteur muni d’un crochet
convertir l’énergie d’une explosion chimique con- pour envoyer une décharge électrique [Brosselin,
22 RAPPORT DU GRIP 99/1

1998]. L’usage de canon à eau électrifiée est Le jargon militaire américain parle dans ce do-
également évoqué. maine de « Biological Process Control », de « Mind
Par ailleurs, l’armée américaine développe de- Control » ou d’opérations « PsyOps ».
puis plusieurs années des munitions destinées à Un article publié récemment dans le périodique
paralyser les équipements électriques sans les dé- «Parameters» édité par le U.S. Army War College
truire définitivement. En explosant à proximité du est particulièrement révélateur dans ce domaine
sol, ces munitions libèrent des milliers de fibres de des manipulations comportementales [Thomas,
carbones microscopiques qui s’infiltrent dans tous 1998]. Evoquant les théories de la guerre de l’in-
les systèmes électriques – des centrales électriques formation et leurs lacunes, l’auteur observe que
et transformateurs haute tension jusqu’au matériel celles-ci négligent en fait un système de traitement
de télécommunication, les systèmes informati- de données essentiel: l’être humain. Il poursuit en
ques ou même les appareils électroménagers – afin affirmant que « …le corps humain peut être trompé,
d’y créer de gigantesques courts-circuits. Ces ar- manipulé, ou désinformé, mais aussi anéanti ou
mes ont été utilisées pour la première fois contre détruit exactement comme n’importe quel autre
l’Irak en 1991. système de traitement de données. Les données
Les Etats-Unis ont, depuis, perfectionné leur que le corps reçoit de sources externes – sources
technique, notamment en recourant à des muni- électromagnétiques, vortex, ou ondes acoustiques
tions de type Wind Corrected Munitions Dispen- puissantes – ou crée à travers ses propres stimuli
ser (WCMD) largables avec une très grande préci- électriques ou chimiques, peuvent être manipulées
sion depuis une altitude de 12.000 mètres [Lewer ou modifiées de la même façon que les données de
et Schofield, 1997]. n’importe quel système matériel ».
Les munitions au graphite, utilisées par l’U.S. Dans le même registre, un document publié en
Air Force dans la région de Belgrade durant les 1996 par le Scientific Advisory Committee de
premiers jours du mois de mai 1999, sont vraisem- l’U.S. Air Force envisage la possibilité de déve-
blablement une version améliorée de ces disposi- lopper des “ sources d’énergie électromagnéti-
tifs. Ces munitions provoquent courts-circuits et ques (…) qui pourront être couplées avec le corps
encrassements en pulvérisant un nuage de graphite humain d’une manière qui permettra d’empêcher
très conducteur sur les installations électriques les mouvements musculaires volontaires, de con-
[AFP, 1999]. trôler les émotions, d’endormir, de transmettre
Ces armements ne détruisent pas les installa- des suggestions, d’interférer avec la mémoire de
tions ; un nettoyage soigneux et quelques répara- court comme de long terme, de produire l’acqui-
tions mineures – fusibles et disjoncteurs – suffi- sition d’expériences, ou d’effacer des expériences
sent, semble-t-il, à les remettre en état. Ces métho- acquises. (...) Il apparaîtrait aussi possible de
des relèvent donc principalement de l’arme psy- créer un discours de haute fidélité dans le corps
chologique, mais ont peut néanmoins s’interroger humain, potentialisant une suggestion ou une di-
sur les conséquences à plus long terme de l’inha- rection psychologique. Lorsqu’une impulsion mi-
lation de ce graphite pulvérulent par les popula- cro-onde haute puissance, de l’ordre du giga-
tions situées à proximité des installations. hertz, atteint le corps humain, une très petite
élévation de température apparaît. Celle-ci est
2.3.7. Dispositifs affectant le comportement associée à une soudaine expansion des tissus
L’objectif de ces systèmes d’armes est d’inter- légèrement échauffés. Cette expansion est suffi-
férer avec les processus biologiques et/ou psycho- samment rapide pour provoquer une onde acous-
logiques de l’organisme humain, en le soumettant tique. Si un courant pulsé est utilisé, il devrait être
à des stimuli physiques, chimiques, électroma- possible de créer un champ acoustique interne
gnétiques ou des techniques de morphing, sans dans la gamme des 5 à 15 kilohertz, qui est
intention de donner la mort, mais dans le but audible. Donc, il peut être possible de «parler» à
d’induire un comportement déterminé, d’altérer des adversaires choisis… ” [U.S. Department of
les facultés mentales ou d’influencer la mémoire. Commerce, 1996].
LES ARMES NON LÉTALES 23

2.3.8. Dispositifs environnementaux Au début des années 70, les militaires améri-
Plus précisément, ces systèmes d’armes ont cains se sont aussi intéressés à des méthodes de
pour objectif d’affecter, à des fins militaires ou de dispersion des brouillards, principalement pour
maintien de l’ordre, une composante de la biocé- améliorer l’opérationalité des bases aériennes. Le
nose ou du biotope d’un écosystème. Les recher- Project COLD WAND équipa quatre bases de sys-
ches ont, dans le passé, surtout porté sur les tèmes expérimentaux. Seul celui de la base de
systèmes susceptibles de perturber les climatopes. Fairchild AFB, à Spokane dans le Washington, est
Les techniques destinées à modifier ou influen- encore en service actuellement. Le dispositif en-
cer les conditions météorologiques, « Weather toure la base de 23 propulseurs de propane liquide,
Modification » ou « Weather Control », sont en injecté à -43°F 3 dans le brouillard lorsque les
effet un vieux rêve, et pas seulement pour les conditions l’exigent. Le propane a pour effet de
militaires. geler les gouttelettes d’eau contenues dans le
Ont admet généralement que les premières ex- brouillard, qui précipitent alors sous forme de
périences de techniques de modification de l’envi- cristaux de glace.
ronnement, préludes au concept de Environ-men- Cependant, des procédés bien plus élaborés
tal Warfare, sont nées vers la fin des années 40 sont envisagés depuis quelques années. Depuis
avec le Project CIRRUS. Ce projet de l’U.S. Army 1994, la mise en œuvre du programme HAARP
Signal Corps était le premier effort scientifique (High Frequency Active Auroral Research
important pour provoquer des précipitations par Program) par les Etats-Unis en Alaska a ranimé un
un ensemencement des nuages et il a été très rapi- débat très controversé sur la possibilité d’influen-
dement renforcé par des équipes de recherche de cer des processus naturels par des rayonnements
l’U.S. Air Force et du Office of Naval Research. électromagnétiques HF.
En 1948, le Dr Irving LANGMUIR enregistre les Très sommairement, HAARP a pour objectif
premiers succès de précipitations dues à un ense- de faire réagir les particules chargés de l’ionos-
mencement de nuages. Peu d’éléments nouveaux phère avec un champ électrique externe et artifi-
sont cependant survenus au cours des années 50 et ciel. L’élément central de HAARP est un émetteur
60. HF qui envoie un signal de grande puissance vers
C’est en fait le début de la guerre du Vietnam une région de l’ionosphère afin de l’échauffer
qui ramena les conditions favorables à ce type de localement, d’étudier les processus physiques com-
recherches. En 1966, les Etats-Unis se lancèrent plexes qui s’y produisent, d’observer les consé-
dans un programme connu sous le nom de Project quences de leur perturbation volontaire, et de
POPEYE. Son objectif: prolonger la saison des tenter de reproduire certains phénomènes artifi-
moussons de façon à inonder la piste Ho Chi Minh ciellement [Mampaey, 1998(2)].
et ainsi ralentir les mouvements de l’ennemi. Des Plus récemment cependant, Bernard Eastlund,
avions WC-130, F4 et A-1E ont alors dispersé de un physicien auteur de plusieurs brevets liés au
grandes quantités d’iodure d’argent au-dessus des programme HAARP estimait au cours d’un
nuages, le long de la piste qui serpentait depuis le Workshop de l’Agence spatiale européenne en
Vietnam du Nord, à travers le Cambodge et le octobre 1998 à Cagliari qu’il était envisageable de
Laos, jusqu’au coeur du Vietnam du Sud. L’ac- dévier des perturbations météorologiques sévères
croissement des précipitations qui en résulta fut (tempête, ouragan) par l’échauffement, non de
jugé satisfaisant, bien que certains scientifiques l’ionosphère, mais de la troposphère (c’est-à-dire
contestent toujours cette corrélation, et l’opération là ou se forme les phénomènes météorologiques
fut poursuivie de 1967 à 1972. Toujours au Viet- qui nous concernent, jusqu’à environ 15 km) au
nam, les Etats-Unis ont introduit des substances moyen d’un puissant rayonnement électromagné-
non spécifiées dans la troposphère dans l’espoir de tique HF émis à partir du sol ou d’un satellite
rendre inefficaces les radars ennemis; les résultats [Eastlund, 1998].
de cette expérience n’ont jamais été rendus publics
[Westing, 1997]. 3. 1°F=(1°Cx9/5) +32
24 RAPPORT DU GRIP 99/1

Le Dr Eastlund est un personnage controversé


aux Etats-Unis. L’Agence spatiale européenne 3. Les revers d’une analyse
semble cependant lui reconnaître une crédibilité partiale et partielle
suffisante, non seulement pour l’avoir invité en
tant qu’orateur au Workshop de Cagliari, mais
Le premier risque est certainement d’ordre
également pour avoir partiellement financé les
politique. Une banalisation de la force létale, per-
travaux qu’il y a présenté (Contrat n° 13131/98/
NL/MV). çue comme exempte de risque, peut conduire la
chaîne de décision politique à opter pour une
Enfin, il est également très révélateur de noter
intervention sans qu’il y ait des intérêts tangibles
ce passage relatif au système Weather C3 dans le
pour la justifier.
rapport SPACECAST 2020, une vaste étude com-
mandée en mai 1993 par le chef d’état-major de À défaut d’une identification correcte des coûts,
des risques, et des effets collatéraux potentiels des
l’U.S. Air Force, le général Merrill A. McPEAK,
opérations non létales, c’est tout le débat politique
afin d’identifier et développer les concepts techno-
et le contrôle parlementaire qui s’en trouveront
logiques et les systèmes dont l’U.S. Force aurait
besoin pour garantir la sécurité des Etats-Unis et appauvris, voire inexistants.
assurer sa supériorité dans l’air et dans l’espace au Le risque d’escalades sur le terrain n’est pas
21ème siècle. négligeable. Face à des troupes d’intervention
parfaitement protégées par des armes non létales,
Weather C3 System l’adversaire pourrait fort bien choisir de changer
A counterforce weather control system for de cible, et de s’en prendre à des groupes plus
military applications. The system consists of a faibles, les ressortissants étrangers par exemple.
global, on-demand weather observation system; Le caractère dissuasif des armes non létales
a weather modeling capability; a space-based, pourrait également s’éroder dans le temps, à me-
directed energy weather modifier; and a sure que se développe une forme de tolérance,
command center with the necessary communi- d’adaptation aux effets.
cation capabilities to observe, detect, and act Instruments efficaces à court terme, les armes
on weather modification requirements. non létales peuvent en outre susciter des impasses
Que faut-il entendre par un « directed energy stratégiques à plus long terme. Les effets limités et
weather modifier » basé dans l’espace, ou par réversibles des armes non létales peuvent amener
« act on weather modification »? Nous ne le sau- un adversaire à juger « acceptable » le coût de son
rons pas. Ce système est traité dans la partie opposition. De plus, pour maintenir l’effet dissua-
Counterforce Weather Control du Volume II, sif à long terme, les frappes non létales devront être
l’une des cinq parties « classified » du rapport répétées et pourraient dès lors s’avérer plus chères
SPACE CAST 2020. qu’une frappe conventionnelle assurant une des-
Ces éléments d’informations doivent cepen- truction définitive.
dant être lus avec circonspection : nous sommes, Du point de vue tactique, les armes non létales
bien entendu, très loin des scénarios imaginés par risquent aussi de conduire le commandement à
Edgar P. Jacobs dans « S.O.S. Météores » avec distinguer avec moins de discernement les objec-
Blake et Mortimer. Toutes ces techniques évo- tifs justifiés par la nécessité militaire des autres
quées dans les études militaires prospectives repo- objectifs, au risque d’en arriver à une mentalité du
sent encore sur d’importantes spéculations scien- style « dans le doute, tirez » [Lovelace et Metz,
tifiques. 1998]. Inversement, lorsqu’une situation se com-
Mais il faut être conscient que ces recherches plique sur le terrain, une confiance excessive dans
existent, progressent, et font partie d’un des volets les armes non létales pourrait retarder inutilement
les plus discrets des technologies non létales. le moment où doit se prendre la décision de
LES ARMES NON LÉTALES 25

recourir à la force létale, avec pour conséquence Les systèmes d’armes non létales qui interfè-
d’exposer inutilement les troupes. rent faire avec les facultés mentales, la mémoire,
Cette argumentation, critique ou favorable aux de même que les recherches dans le domaine des
armes non létales, démontre incontestablement modifications environnementales préfigurent pour-
que, une fois passé le premier engouement pour les tant des défis majeurs pour les générations futures.
armes non létales, la réflexion en profondeur s’ins- Mais revenons encore quelques instants sur le
talle et progresse. Toutefois, les critiques ne por- terme « non létal ». Une arme est par définition
tent actuellement que sur l’impact politique et destinée à provoquer des blessures et « non létal »
opérationnel du concept de non létalité. Or il existe suppose qu’il n’y aura pas de morts, même si l’on
d’autres aspects du concept de non-létalité qui, sait pertinemment bien qu’il s’agit là d’un objectif
bien que régulièrement évoqués par les organes irréaliste. Cette terminologie implique en outre
politiques et militaires, restent encore en marge de que les armes conventionnelles sont donc « léta-
cette réflexion. les ». Or les chirurgiens de guerre nous appren-
dront que les blessures « conventionnelles » par
balles ou éclats ne sont mortelles que dans 20 à
3.1. La dimension éthique
25% des cas, ou encore que les 30 grammes
Il peut paraître surréaliste de vouloir discuter d’explosifs d’une mine antipersonnel mutilent mais
du caractère « humain » d’une arme. C’est cepen- tuent rarement si les soins sont prodigués dans un
dant en tentant d’établir une hiérarchie entre les délai raisonnable [Coupland, 1997].
armes considérées comme « humainement accep- Les concepts de la guerre du futur, « non-
tables » et celles « exagérément cruelles » que létalité » et « zéro mort », sont donc des euphémis-
certaines ont été finalement interdites ou régle- mes, politiquement et médiatiquement corrects,
mentées par le Droit international. séduisants pour le public. Mais « arme non létale »
Tout le monde s’accorde, semble-t-il, à recon- est un terme pernicieux : conçues pour ne pas tuer,
naître qu’une arme peut être considérée comme les ANL n’en sont pas moins souvent un cynique
inhumaine, sans être pour autant nécessairement exercice supplémentaire de raffinement de la souf-
mortelle. Les mines anti-personnel, qui mutilent france par la technologie. La terminologie ne fait
plus qu’elles ne tuent, en sont le parfait exemple : qu’illustrer une nouvelle fois les précautions sé-
les ravages qu’elles provoquent auprès des popu- mantiques dont s’entourent ceux qui n’osent appe-
lations civiles, les enfants en particulier, et leur ler « un chat, un chat ». Il y a belle lurette, il est
impact désastreux sur l’environnement et sur le vrai, que les ministères de la Défense ont remplacé
développement socio-économique, ont finalement ceux de la Guerre…
justifié leur mise hors la loi par le Traité d’Ottawa
en 1997.
3.2. Vers une société
Plusieurs armes non létales posent des problè- sous contrôle permanent
mes de même nature, en produisant des effets qui,
bien que non létaux, ont des conséquences drama- Dans la doctrine américaine, le maintien de
tiques sur le plan médical, psychologique ou l’ordre est désormais un continuum: local, natio-
environnemental. Parmi ces armes non létales nal, international. Les ennemis extérieurs et les
problématiques, les armes aveuglantes à laser ont ennemis intérieurs tendent à se confondre.
déjà été interdites par l’adoption en 1995 du 4ème Aux Etats-Unis, depuis la signature d’un ac-
protocole additionnel à la Convention sur les cord de coopération en 1994, les programmes pour
armes inhumaines de 1981. Il faut cependant bien les ANL intéressent autant le département de la
admettre que les innovations technologiques mili- Défense que celui de la Justice [Lewer et Schofield,
taires sont bien plus rapides que la capacité de la 1997]. La rencontre d’un drame de société, tel que
communauté internationale de réagir, en récla- la drogue ou les sectes, avec les nouvelles possibi-
mant le renforcement ou l’adoption de nouveaux lités technologiques, peut rapidement conduire les
traités d’interdiction ou de contrôle. autorités à justifier une escalade dans les moyens
26 RAPPORT DU GRIP 99/1

de lutte, et conduire progressivement les forces de nent que certains aspects politiques, la définition
police à une militarisation croissante, adoptant des des doctrines, ou des informations techniques de
tactiques et des équipements de plus en plus so- base, tandis que l’essentiel des programmes rela-
phistiqués. tifs aux armes non létales reste en réalité toujours
Ce renforcement de l’arsenal répressif, même couvert par le secret des « black programs » béné-
devenu soft et non létal, présente un risque non ficiant d’importantes enveloppes budgétaires qui
négligeable pour les démocraties et fragilise fina- échappent à tout contrôle.
lement les libertés fondamentales de l’ensemble On peut concevoir que certains aspects de la
de la population. Au nom de l’ordre et de la sécurité d’un Etat requièrent la confidentialité.
sécurité, la technologie permet de placer la société Cependant, le département américain de la dé-
sous un contrôle permanent. fense, mais sans doute aussi ses équivalents dans
Ce risque est renforcé par un autre constat: les les moyennes puissances européennes, reste en-
armes non létales les moins sophistiquées pénè- fermé dans une culture du secret hérité de, et
trent déjà le marché civil de la sécurité et sont en inchangé depuis la Guerre froide. Cette conception
vente libre dans certains pays. Une étude de 1996 absurde du secret agit aujourd’hui, pour reprendre
de l’Observatoire des transferts d’armements de l’expression de Steven Aftergood dans un article
Lyon indique que des équipements directement du Bulletin of the Atomic Scientist, comme un
issus des technologies des armes non létales, tels « véritable cancer » pour nos sociétés [Aftergood,
que des Tasers, matraques à électrochocs ou gaz 1994]. En dissimulant l’utilisation de budgets
incapacitants sont accessibles aux particuliers et colossaux, en masquant ou en maquillant des
aux sociétés privées de gardiennage et de sécurité, données politiques, environnementales, ou de santé
y compris via des catalogues de vente par correspon- publique, ces pratiques privent les organes démo-
dance [Elomari et Barillot, 1997]. Ce laxisme cratiques de leurs prérogatives normales de con-
favorise l’idéologie de l’autodéfense et risque, vu trôle, d’évaluation, contre-proposition et finale-
l’absence de législation appropriée et harmonisée, ment d’une prise de décision qui soit garante de
de s’étendre rapidement à du matériel plus sophis- l’intérêt commun.
tiqué. Les tromperies et les couvertures utilisés par le
Par ailleurs, certaines ANL, les moins sophis- département de la défense et ses contractants pour
tiqués et les plus petites, rejoignent, et peuvent à dissimuler la nature véritable de certains program-
l’avenir accentuer la problématique des armes mes ont pris une telle ampleur qu’elles échappent
légères, envers la prolifération desquelles la com- parfois au contrôle des autorités militaires elles-
munauté internationale a pourtant démontré sa mêmes. En mars 1994, une commission chargée
préoccupation en adoptant « l’Appel à l’Action de par le secrétaire à la Défense de dénoncer les excès
Bruxelles » le 13 octobre 1998. a conclu que « l’usage d’une couverture pour
dissimuler l’existence d’une installation du gou-
vernement, ou dissimuler la réalité de l’intérêt du
3.3. Hausse des budgets et course gouvernement pour la recherche et développe-
aux armements ment dans une technologie particulière est plus
Les ANL révèlent aussi un paradoxe. Il est étendue que nécessaire et augmente signi-
surprenant de constater l’importante publicité, on ficativement les coûts ».
pourrait même parler de stratégie élaborée de Le corollaire de cette manie du secret est donc
marketing, dont font l’objet les armes non létales. un accroissement considérable des coûts des pro-
L’abondance des publications disponibles, des grammes. En 1994, les autorités du département
articles dans la presse spécialisée, des sites Internet de la justice chargées de contrôler certains pro-
maintenus par les diverses institutions du départe- grammes ANL bénéficiant de « black budgets »
ment de la défense, pourraient donner l’illusion ont constaté que la même technologie était déve-
que la transparence est parfaite, que l’information loppée dans six programmes indépendants les uns
est complète et objective. des autres. David Boyd, du National Institute of
Or, il n’en est rien. Les informations non Justice, s’est déclaré effrayé du nombre de cas où
classifiées restent très superficielles et ne concer- ce genre de duplication était constatée.
LES ARMES NON LÉTALES 27

3.4. Du « politiquement acceptable » dans le monde, d’une manière toutefois « accepta-


à l’ingérence permanente ble » au regard de son opinion publique et de la
communauté internationale.
Le fait de disposer d’armes non létales risque
Dans ce scénario, les armes non létales peuvent
aussi d’éluder une évidence: une intervention est
effectivement devenir un instrument au service de
toujours une violation de souveraineté. Or, en
l’ingérence permanente, et finalement un nouvel
accroissant le rôle du non-létal dans des opérations
outil de domination des pays riches sur le reste du
préventives – destruction d’armes de destruction
monde, en contribuant à abaisser considérable-
de masse, lutte contre les narcotrafiquants, anti-
ment le seuil acceptable pour une intervention
terrorisme – cette évidence pourrait être minimi-
dans un pays tiers souverain.
sée et conduire à abaisser considérablement le
seuil à partir duquel cette forme d’ingérence de-
vient acceptable. 3.5. De la bonne affectation
D’où une question fondamentale : jusqu’où des ressources
peut mener la notion d’opérations devenues, grâce Après dix années de diminution ininterrompue
aux armes non létales, « politiquement accepta- des dépenses militaires des pays industrialisés, il
bles », alors qu’elles ne l’étaient pas jadis, en semble bien que cette courbe décroissante a
raison du risque excessif pour les forces engagées, aujourd’hui atteint son point d’inflexion. Le 7 mai
en raison des obstacles politiques, ou en raison de 1997, Monsieur José Cutillero, secrétaire général
la réticence à violer la souveraineté de l’adversaire de l’Union de l’Europe occidentale, tentait de
avec des moyens conventionnels ? convaincre les parlementaires belges de la com-
Les autorités politiques et militaires favorables mission de la défense nationale que « le monde
aux armes non létales n’ignorent pas ce risque. reste dangereux et qu’il était temps d’augmenter
Mais elles se contentent de le constater. Or, poser les budgets de la défense ». L’anecdote est révéla-
la question appelle une réflexion plus profonde trice de la tendance actuelle.
pour y répondre: c’est toute la problématique de Si l’on constate aujourd’hui une multiplication
l’hégémonie américaine, et plus largement des des pressions pour en accroissement des budgets
relations entre le monde industrialisé et les pays de défense et l’adoption de nouveaux programmes
pauvres ou instables. d’armement, elles sont cependant loin d’être tou-
Réelles, exagérées ou imaginaires, de nouvel- tes uniquement motivées par le souci légitime
les menaces pour le monde occidental ont été d’assurer une sécurité optimale à la nation. Les
démarches pressantes des entreprises de défense et
identifiées depuis le début des années 90, et rédui-
des laboratoires de recherche militaire répondent
sent finalement à peu de chose l’optimisme et
évidemment aussi à une logique industrielle: les
l’espoir d’un dividende de la paix nés à la fin de la
armes non létales sont une opportunité nouvelle
Guerre froide.
pour maintenir les capacités de recherche, de déve-
Au regard de ces nouveaux dangers, les pays loppement, de production et d’emploi de la base
industrialisés et démocratiques apparaissent comme industrielle et technologique de défense, mais
des îlots de paix au milieu de zones de tension, aussi, simultanément, pour renforcer le pouvoir du
pauvres, en proie aux guerres civiles, aux fonda- complexe militaro-industriel sensiblement érodé
mentalismes religieux, à la famine, ou dans la depuis la fin de la Guerre froide. La production de
sphère d’influence de quelques États renégats nouveaux armements correspond donc aussi à une
surarmés. « nécessité » économique qu’il ne faut pas sous-
Selon cette conception de la nouvelle donne estimer.
géostratégique, le monde occidental devrait être en Ceci nous amène naturellement à poser la ques-
mesure d’assurer sa sécurité et celle de ses alliés, tion du bien-fondé de certains choix budgétaires.
de défendre ses valeurs, de protéger ses intérêts et, Parallèlement à la trajectoire des budgets affectés
pour cela, en complément aux instruments politi- aux dépenses militaires, on pourrait ainsi suivre
que, diplomatique et économique, doit disposer avec intérêt l’évolution d’autres variables écono-
d’une capacité militaire apte à intervenir partout miques : l’aide au développement, les crédits de la
28 RAPPORT DU GRIP 99/1

recherche et développement, les moyens de la leur affecter les moyens suffisants crée au con-
diplomatie. traire les conditions propices à l’émergence de
Nous observons que les crédits budgétaires nouvelles menaces qui à leur tour confortent les
publics pour la recherche et développement mili- arguments favorables au développement de nou-
taire représentaient encore, en 1995 dans l’Union velles générations d’armements, grevant davan-
européenne, quelque 17% (Eurostat) des crédits tage encore les ressources disponibles.
budgétaires publics totaux de recherche et déve- C’est un cercle vicieux dont il faut sortir, afin
loppement, et cette proportion atteint respective- de rétablir progressivement un meilleur équilibre
ment 29 et 36% pour la France et le Royaume-Uni. entre l’instrument militaire, nécessaire mais hy-
Aux Etats-Unis en 1996, la recherche et dévelop- pertrophié, et l’instrument diplomatique, actuelle-
pement militaire constituait 55% (OCDE) du total ment malingre.
des dépenses publiques de recherche et développe-
ment. En 1996, les dépenses militaires mobili-
3.6. Les ANL et le contrôle des armements
saient encore 2,7% (PNUD) du PIB des pays
industrialisés; les pays en développement consa- L’histoire est parsemée d’exemples d’armes
craient encore 3,7% de leur PIB à des dépenses condamnées, par les Etats ou les Eglises, en raison
militaires, qui, ne l’oublions pas, expliquent une de leur extrême cruauté.
bonne partie du chiffre d’affaires de nos industries Il fallut cependant attendre l’intervention de la
de défense. Sévèrement réduites aux cours des dix Russie devant une commission militaire interna-
dernières années, ces valeurs n’en restent pas tionale, pour que soit adopté le 11 décembre 1868
moins démesurées par rapport à d’autres budgets. à Saint-Pétersbourg le premier traité international
La même année, en 1996, l’aide des pays de imposant des restrictions à la conduite de la guerre.
l’Union européenne au tiers monde ne dépassait La déclaration de Saint-Pétersbourg est d’une très
pas 0,37% de notre PIB, c’est-à-dire moins qu’en grande importance : elle fixe « les limites techni-
1986 (0,45%); l’aide des Etats-Unis ne dépassait ques où les nécessités de la guerre doivent s’arrê-
pas 0,12% de son PIB, beaucoup moins qu’en ter devant les exigences de l’humanité » et affirme
1986 (0,23%). Nous sommes très loin de l’objectif que « le seul but que les belligérants doivent
de la Conférence de Rio en 1992, qui proposait que poursuivre est l’affaiblissement des forces militai-
les pays industrialisés contribuent au développe- res de l’ennemi. Ce but serait dépassé par l’emploi
ment du Sud à raison de 0,7% de leur PIB. Et nous d’armes qui aggraveraient inutilement les souf-
continuons de nous en éloigner. frances des hommes mis hors de combat ou ren-
D’autre part, dans la plupart des pays occiden- draient leur mort inévitable; que l’emploi de pa-
taux, les budgets affectés à la diplomatie représen- reilles armes serait dès lors contraire aux lois de
tent 10% de ceux alloués aux moyens militaires. l’humanité ». Par cette déclaration, les parties
A titre d’exemple, l’OSCE, Organisation pour contractantes renoncent à l’emploi en cas de guerre
la sécurité et la coopération en Europe, dont la de « tout projectile d’un poids inférieur à 400 g qui
principale mission est la prévention des conflits, a serait explosible ou chargé de matière fulminante
un budget annuel de 126 millions d’euros, tandis ou inflammable » [Lavieille, 1997]. Les Etats po-
que celui de l’OTAN se chiffre à 1,44 milliards sent ainsi pour la première fois la question de la
d’euros. légalité des armes en considérant comme contrai-
Une diminution de 10 % des budgets militaires res aux lois du l’humanité les armes qui aggravent
permettrait donc de doubler les moyens des diplo- inutilement les souffrances.
maties occidentales et ceux de l’OSCE 4. Evénement génésiaque du droit international
Ce déséquilibre dans l’affectation des ressour- des conflits armés, la déclaration de Saint-
ces témoigne d’un manque de clairvoyance regret- Pétersbourg sera suivie jusqu’à nos jours par de
table de la communauté internationale. L’aide au nombreux traités et conventions interdisant ou
développement et la diplomatie préventive sont limitant l’usage de certaines catégories d’armes.
des conditions minimales pour le maintien de la
paix et de la sécurité dans le monde. Le refus de 4. B. Adam, Les Nouvelles du GRIP, 1/99.
LES ARMES NON LÉTALES 29

Figure 4. Dépenses militaires, recherche militaire et aide au développement

1986 1996

Dépenses militaires
(en % du PIB)
Pays en voie de développement 7,1% 3,7%
Pays industrialisés 4,2% 2,7%

Aide publique nette pour le développement


(en % du PNB)
Etats-Unis 0,23% 0,12%
Union européenne 0,45% 0,37%

Crédits budgétaires pour la recherche et développement militaire


(en % des CBPRD totaux)
Etats-Unis 69% 55%
Union européenne 22% 17%

Source : Human Development Report 1998, United Nations Development Programme, New-York, Tables 37-38.

Confronté au cadre normatif imposé au fil du raison de leur responsabilité de minimiser les
temps par le Droit international du désarmement et dommages collatéraux à des personnes (en parti-
de la maîtrise des armements, le développement culier les populations civiles) et des installations
d’une nouvelle arme soulève, en principe, deux protégées (les hôpitaux par exemple), que les
questions : autorités justifient le développement des armes
1. l’arme est-elle légale? non létales.
2. si oui, l’utilisation proposée pour cette arme est Cependant, il existe parmi les armes non létales
t-elle légale? proposées actuellement des systèmes qui sont
Et trois grands principes concourent à la recher- incontestablement illégaux au regard des règles du
che d’une juste réponse [Cook, Fiely et McGowan, droit international qui réglementent l’usage de
1995] : certaines catégories d’armements. D’autres sont
1. le principe de la nécessité militaire: dans le dans une zone grise et exigent une rapide clarifica-
respect des règles du droit international, les tion.
belligérants sont en droit d’engager les moyens L’ensemble du droit international sur le désar-
suffisants pour atteindre leurs objectifs militai- mement et le contrôle des armements est concerné
res. Cependant la fin ne peut justifier les moyens. par les technologies non létales. Ces aspects juri-
2. le principe d’humanité: il est un appel à la diques nécessiteraient un rapport à eux seuls, nous
limitation des souffrances infligées et con- nous limiterons donc à épingler quatre conven-
damne l’exposition à des souffrances super- tions fondamentales qui sont incontestablement
flues ainsi que l’usage des armes frappant sans battues en brèche par certaines catégories d’armes
discrimination. non létales.
3. le principe de proportionnalité: il consiste à
faire la balance entre la nécessité militaire et le 3.6.1. Armes biologiques
principe d’humanité. En d’autres termes, la loi L’idée d’affaiblir un ennemi par la maladie
de la guerre admet qu’une opération militaire n’est pas neuve. Des auteurs rapportent qu’au 14ème
implique des pertes humaines et matérielles siècle, à la fin des croisades, les troupes tatares ont
mais considère l’action illégale si cette perte catapulté les corps de victimes de la peste par-
excède l’avantage militaire. dessus les murs d’une place forte occupée par les
C’est généralement au nom de cette nécessaire croisés afin de répandre la contagion [Cook, Fiely
proportionnalité entre pertes et avantages, et en et McGowan, 1995].
30 RAPPORT DU GRIP 99/1

Les agents biologiques sont des micro-organis- de bioremédiant nécessaires pour nettoyer les pol-
mes vivants – bactéries, virus, champignons, pro- lutions importantes par les hydrocarbures. Mais
tozoaires, etc. – ou les toxines qui en sont dérivées. comment garantir que ces agents, une fois pro-
Ces micro-organismes peuvent être dirigés contre duits, ne changeront pas de finalité ? Or, des
des êtres humains, des animaux, des végétaux ou documents militaires évoquent clairement la pos-
des équipements et produisent leurs effets par leur sibilité d’utiliser des agents de même type pour
multiplication. Leur développement après dissé- rendre inutilisables les réserves ennemies de car-
mination est difficile à prévoir et encore plus à burant.
contrôler. Les épidémies qu’ils peuvent provoquer Les ANL recourant à des agents biologiques
toucheront sans discrimination les combattants et ouvrent donc une brèche inquiétante dans cette
les populations civiles, voire même les troupes qui Convention qui est par ailleurs d’un mutisme total
les ont utilisés. La guerre biologique, en s’atta- sur les développements les plus récents de la
quant aux populations, aux animaux et aux cultu- biotechnologie, notamment les armes qui pour-
res, deviendra donc rapidement une arme incon- raient émerger des connaissances acquises ces
trôlable. Les moyens de s’en défendre seraient dernières années sur l’ingénierie génétique et le
quasiment inexistants et ses effets pourraient se génome humain.
prolonger bien au-delà de la fin du conflit, notam-
ment en s’attaquant aux espèces cultivables. 3.6.2. Armes chimiques
Ces conséquences incalculables ont paru suffi- Les armes chimiques utilisent des agents chi-
samment préoccupantes pour que la communauté miques toxiques qui, par leur action sur l’orga-
internationale adopte en 1925 le Protocole de nisme, peuvent causer la mort, une incapacité
Genève qui interdit l’emploi à la guerre de gaz temporaire ou un handicap permanent.
asphyxiants, toxiques ou similaires et de moyens Des armes chimiques utilisant le chlore, le
de guerre bactériologique. phosgène (combiné de chlore et d’oxyde de car-
Depuis 1972, la Convention sur l’interdiction bone COCl2) ou les gaz moutarde ont été utilisés
de la mise au point, de la fabrication et du abondamment pendant la Première Guerre mon-
stockage des armes bactériologiques (et biologi- diale. L’horreur de ces armes a également contri-
ques) ou à toxines et sur leur destruction interdit bué à l’adoption du Protocole de 1925 concernant
de développer, de produire, de stocker ou d’acqué- la prohibition d’emploi à la guerre de gaz as-
rir des agents biologiques ou des toxines de type et phyxiants, toxiques ou similaires et de moyens
en quantité qui ne sont pas destinés à des fins bactériologiques.
prophylactiques, pour la protection ou à d’autres Peu contraignant, dépourvu de procédures de
applications pacifiques. contrôle, ce Protocole a régulièrement été bafoué
L’interdiction d’utiliser des agents biologiques par la suite : par l’Italie en Abyssinie, par les
à des fins militaires est donc totale, indépendam- Japonais en Mandchourie, par la Grande-Bretagne
ment des effets : peu importe qu’ils ne provoquent contre les nationalistes en Malaisie, par les So-
que de légers malaises ou ne détruisent que partiel- viétiques en Afghanistan ou encore par l’Irak
lement quelques cultures. Les critères ne portent contre l’Iran et le Kurdistan irakien. En 1989 à
pas sur les conséquences, létales ou non, de ces Paris, les Etats participants à la « Conférence sur
agents, mais bien strictement sur leur usage, hos- les armes chimiques » se déclarent « profondé-
tile ou pacifique. ment préoccupés par les violations récentes » et
Cependant, l’apparition des nouvelles possibi- soulignent la nécessité de conclure une nouvelle
lités offertes par certaines technologies non létales convention interdisant les armes chimiques
commence à susciter certains points de vue mili- [Lavieille, 1997].
taires plus nuancés. C’est chose faite à Paris le 13 janvier 1993, date
Le développement et le stockage de grandes à laquelle s’ouvre à la signature la Convention sur
quantités de certains agents biologiques peuvent l’interdiction de la mise au point, de la fabrica-
être parfaitement légaux au regard de la Conven- tion, du stockage et de l’emploi des armes chimi-
tion. C’est notamment le cas des grandes quantités ques et sur leur destruction.
LES ARMES NON LÉTALES 31

Deux insuffisances de la Convention pour- dans le corps humain ; le 2ème Protocole interdit
raient constituer une échappatoire facilement ex- ou limite l’emploi des mines ; le 3ème Protocole
ploitable par les partisans des technologies non interdit ou limite l’usage des armes incendiaires ;
létales : enfin, le 4ème Protocole, adopté en 1995, est le
- la Convention autorise les agents chimiques de premier qui concerne une arme qui avait été déve-
lutte anti-émeutes pour le maintien de l’ordre loppée dans une perspective non létale et concerne
mais, alors que ces agents sont interdits à des les armes aveuglantes à laser.
fins militaires, ne pose pas suffisamment clai- L’un des objectifs des ANL est précisément de
rement la question de l’emploi de ceux-ci dans frapper avec discrimination, ce qui abonde effec-
le cadre d’opérations internationales [Lavieille, tivement dans le sens de la Convention. Par contre,
1997]. Cette lacune donne des arguments aux la Convention interdit aussi les armes qui produi-
partisans d’une libéralisation de la Convention, sent des « effets traumatiques excessifs ».
estimant que les missions de maintien de la Mais comment apprécier, sur le fond, ce qui est
paix confiées aux forces armées s’apparentent « excessif » dans les souffrances infligées ? Cer-
davantage à des opérations de police qu’à des taines ANL évoquées dans ce document laissent
missions militaires. augurer des débats passionnés sur cette apprécia-
- D’autre part, la Convention définit l’agent chi- tion.
mique comme « tout produit chimique qui …
peut provoquer chez les êtres humains ou les 3.6.4. Modifications de l’environnement
animaux la mort, une incapacité temporaire ou L’instrument légal directement applicable aux
des dommages permanents ». Ne sont donc manipulations de l’environnement par les militai-
cités ni les plantes, ni les matériels, autrement res est la Convention sur l’interdiction d’utiliser
dit, les dispositifs « non létaux » spécifique- des techniques de modification de l’environne-
ment développés comme des ANL anti-maté- ment à des fins militaires ou toutes autres fins
riel, tels que les super-caustiques, la fragilisa- hostiles adoptée en 1977 et mieux connue sous
tion des métaux (LME), ou l’altération des l’intitulé Convention ENMOD. Elle est générale-
carburants (CAT), ne sont pas clairement inter- ment perçue comme une réponse de la commu-
dits pas la Convention. nauté internationale aux tentatives américaines de
Il apparaît ainsi que la Convention de 1993, qui modifier les conditions climatiques et l’environ-
marquait pourtant des avancées considérables pour nement durant les opérations menées au Vietnam
la maîtrise des armes chimiques, est dès à présent et en Indochine.
largement dépassée par les fruits de l’imagination L’initiative en revient surtout à l’ex-URSS,
retorse des chercheurs de l’ARDEC5, des labora- qui, dans le prolongement de la Conférence des
toires de Los Alamos ou d’ailleurs. Nations Unies sur l’Environnement de 1972 à
Stockholm, a proposé que cette question soit ins-
3.6.3. Armes classiques crite à la 29ème session de l’Assemblée générale
La Convention sur l’interdiction ou la limita- (AG). Le 9 décembre 1974, l’AG a adopté une
tion de l’emploi de certaines armes classiques qui résolution qui souligne les dangers de ces techni-
peuvent être considérées comme produisant des ques et la nécessité d’élaborer une convention. Le
effets traumatiques excessifs ou comme frappant 29 août 1975, la Conférence du comité du désar-
sans discrimination, ouverte à la signature le 10 mement est saisie d’un projet de convention rédigé
avril 1981 et communément appelée Convention par les Etats-Unis et l’Union soviétique. Suite aux
sur les armes inhumaines. débats de la Conférence du comité du désarme-
Cette Convention fixe un cadre général auquel
se rattachent des Protocoles annexes relatifs à la
protection contre certaines armes classiques. 5. L'ARDEC, Armament Research Development and Engi-
neering Centre, est l'un des plus importants organismes de
Ces Protocoles sont actuellement au nombre de
recherche en armements aux Etats-Unis. En 1993, il occupait
quatre. Le 1er Protocole interdit toute arme dont plus de 8.000 personnes réparties dans ses laboratoires du New
les éclats ne sont pas localisables par rayons X Jersey et du Maryland.
32 RAPPORT DU GRIP 99/1

ment, l’AG réunie à New York adopte la Conven- Il est difficile à l’heure actuelle d’identifier
tion par la résolution 31-72. La Convention est avec précision des programmes militaires portant
ouverte à la signature le 18 mai 1997. Les Etats- sur les modifications de l’environnement, hormis
Unis l’ont ratifiée le 13 décembre 1979. peut-être certains aspects du programme HAARP
[Mampaey, 1998(2)].
En ratifiant cette Convention, les parties s’en-
Néanmoins, les textes sont explicites quant aux
gagent, dans l’article 1er, à ne pas utiliser à des intentions. « Owning the Weather in 2025 » titrait
fins militaires ou toutes autres fins hostiles des en 1996 le Colonel Tamzy J. House pour une étude
techniques de modification de l’environnement réalisée à la U.S. Air University en Alabama
ayant des effets étendus, durables ou graves, en [House, 1996] : voilà qui résume bien l’ambition,
tant que moyens de causer des destructions ou des confirmée d’ailleurs par la définition du « Weather
préjudices à tout autre Etat partie. C3 System » dans l’étude SPACECAST 2020 [Air
L’expression techniques de modification de University, 1994].
l’environnement définie à l’article 2, désigne toute En dépit de la Convention de 1997, qui de toute
manière n’interdit ni la recherche, ni la production,
technique ayant pour objet de modifier - grâce à
ni même la menace de l’emploi d’armes basées sur
une manipulation délibérée de processus naturels ces techniques, il y a peu de doute aujourd’hui sur
- la dynamique, la composition de la Terre, y le fait que des travaux sur les modifications
compris ses biotopes, sa lithosphère, son hydros- environnementales à des fins militaires existent,
phère et son atmosphère, ou l’espace extra-atmos- probablement sous diverses couvertures, et se
phérique. développeront à l’avenir.
LES ARMES NON LÉTALES 33

Les ANL sur Internet : quelques sites incontournables

- AIR UNIVERSITY : Accès à de nombreux documents, notamment les rapports Air Force 2025 et Spacecast 2020, ainsi que
liens vers d’autres institutions militaires américaines.
http://www.au.af.mil/au.html
- DARPA – Defense Advanced Research Projects Agency : le site de la principale organisation de recherche et de
développement pour les programmes d’armement aux Etats-Unis.
http://www.darpa.mil/
- DefenseLINK : le site officiel du département américain de la Défense.
http://www.defenselink.mil/
- DTIC - Defense Technical Information Center : une mine d’informations techniques et scientifiques sur les programmes de
défense.
http://www.dtic.mil/
- DoD Joint Non-Lethal Weapons Program : le site officiel du programme ANL avec, depuis peu, une Newsletter disponible
en ligne.
http://www.marcorsyscom.usmc.mil/nlw.nsf
- PARAMETERS – U.S. Army War College Quarterly : une revue trimestrielle sur l’évolution des questions de sécurité,
disponible en ligne.
http://carlisle-www.army.mil/usawc/parameters/parahome.htm
- SSI – Strategic Studies Institute, United States Army War College.
http://carlisle-www.army.mil/usassi/welcome.htm
- UNIVERSITY OF BRADFORD, Department of Peace Studies, Centre for Conflict Resolution : un projet universitaire
indépendant sur les armes non létales.
http://www.brad.ac.uk/acad/nlw/

ventionnels, tant pour les biens et l’environne-


Conclusions ment que pour l’intégrité physique et mentale
des personnes exposées. De plus, les ANL
Les armes non létales: un sage progrès ou une peuvent aussi n’être qu’un moyen supplémen-
perversion de l’esprit? La question résume bien le taire pour affaiblir l’adversaire afin de faciliter
dilemme posé par l’avènement de ces nouvelles ensuite des frappes conventionnelles.
générations d’armement. - Les ANL démontrent, notamment par des coo-
En participant à la fusion de ce qui apparaissait pérations entre ministères de la Défense et de la
auparavant comme des formes de guerre distinctes Justice aux Etats-Unis, la convergence des
(guerre biologique, guerre chimique, guerre moyens et méthodes des opérations de police
environnementale, etc.) et des technologies les pour le maintien de l’ordre interne et des inter-
plus avancées, le concept du non-létal contribue à ventions militaires pour les opérations non
mieux comprendre ce que pourraient être les guer- guerrières (OOTW). Cette confusion des rôles,
res du futur. combinée au raffinement technologique des
Certes, il faut leur reconnaître un certain nom- techniques de contrôle politique, inquiète et
bre de qualités sur le plan opérationnel : capacité fragilise les fondements de la démocratie. Le
rhéostatique, souplesse, flexibilité, chaînon man- Parlement européen, préoccupé par cette déri-
quant entre diplomatie et recours à la force létale. ve, a soutenu plusieurs travaux sur l’évaluation
Mais elles soulèvent à l’évidence aussi un grand de ce risque [STOA, 1998]. Il faut poursuivre
nombre de nouvelles questions – scientifiques, dans cette voie et encourager une réflexion
politiques, juridiques et éthiques – dont il faut rapide au sein de la communauté scientifique et
veiller à ne pas sous-estimer l’importance : de l’ensemble de la classe politique démocrati-
- « Non létal » est un euphémisme, politique- que.
ment et médiatiquement correct, séduisant, mais - Les budgets affectés aux ANL n’atteignent pas
qui ne changera rien aux atrocités de la guerre. encore, pour autant qu’on sache, les sommes
Le pouvoir destructeur des ANL peut s’avérer exorbitantes d’une programme tel que le BMD,
aussi redoutable que celui des armements con- mais ils ne feront que croître à l’avenir. De plus,
34 RAPPORT DU GRIP 99/1

la culture du secret reste dominante ; les Etats- Les recherches en génétique, dans les
Unis n’ont jamais entrepris autant de « black nanotechnologies ou sur les changements climati-
programs » que depuis la fin de la Guerre ques portent en elles l’espoir de nouvelles décou-
froide. Les ANL posent donc une fois de plus vertes merveilleuses pour les générations futures.
la question de l’évaluation correcte des coûts et L’histoire nous enseigne cependant qu’il n’y aucune
des conséquences de leur développement et, raison de croire que la recherche militaires n’en
plus largement, de l’équilibre à réaliser entre bénéficiera pas elle aussi. Mais dans quels buts ?
instrument militaire et instrument diplomati- La science doit pouvoir progresser, mais il est
que pour assurer la sécurité. urgent d’anticiper les conséquences de son appro-
- L’affirmation politico-militaire selon laquelle priation par la recherche militaire.
les ANL rendront « politiquement acceptables » Or, aujourd’hui, l’essentiel des efforts pour le
des interventions qui ne l’auraient pas été avec désarmement et la maîtrise des armements portent
des armements conventionnels ouvre la voie sur les armes accumulées pendant la Guerre froide.
aux abus d’ingérence. Une intervention est C’est un terrain que les gouvernements et les
toujours une violation de souveraineté. Elle organisations non gouvernementales ne peuvent
peut être nécessaire et légitime dans certains évidemment pas abandonner : les mines anti-per-
cas, mais les ANL risquent aussi de contribuer sonnel, la prolifération des armes légères, la des-
à abaisser le seuil à partir duquel une interven- truction ou le démantèlement des armes chimiques
tion devient « acceptable » pour l’opinion pu- et nucléaires ou la réduction des forces conven-
blique et la communauté internationale, et de- tionnelles restent à ce jour des questions prioritai-
viendraient ainsi un instrument d’ingérence res. Mais elles ne devraient toutefois pas occulter
permanente. une autre réalité, dissimulée par les gouverne-
- Enfin, le plus urgent consiste à apprécier cor- ments et sous-estimée par les organisations non
rectement les ANL au regard du droit interna- gouvernementales : dans la discrétion des labora-
tional du désarmement et de la maîtrise des toires, la recherche militaire continue et progresse,
armements. Certaines ANL envisagées se révè- souvent dans des directions qui laissent présager
lent d’ores et déjà contraires aux traités et con- pour les générations futures des défis autrement
ventions. D’autres sont dans une zone grise. plus complexes que ceux posés par les armements
Plusieurs partisans des ANL estiment que la actuels.
plupart des ANL incriminées ne tombent pas Dans une publication de 1994 les professeurs
dans le champ des traités et conventions actuel- Metz et Kievit, du U.S. Army War College, recon-
lement en vigueur. Quoi qu’il en soit, les ANL naissaient que c’est probablement l’analyse de la
ouvrent une brèche dans un droit qui peine à dimension éthique de la Révolution dans les affai-
suivre l’évolution fulgurante des technoscien- res militaires qui est la plus importante. La Révo-
ces. lution dans les affaires militaires, poursuivent-ils,
La course aux armements n’est pas terminée. nécessite une nouvelle évaluation: nous devons
Elle a seulement changé de visage. Du « toujours décider si les capacités militaires innovatrices
plus » au temps de la Guerre froide, lorsque les sont, en fait, acceptables et désirables. Ceci peut
superpuissances comparaient la croissance de leurs seulement se produire à travers un débat ouvert.
arsenaux respectifs, nous sommes arrivés au « tou- Le processus politique ne peut en effet se
jours mieux », qu’il n’y a plus lieu de comparer, laisser distancer par la progression fulgurante de la
car, dans le domaine militaire, nul ne peut plus science, singulièrement dans le domaine militaire.
rivaliser avec la puissance technologique et finan- L’évaluation doit pouvoir s’exercer dès la phase
cière des Etats-Unis. Dans cette nouvelle forme de initiale de la recherche. Une commission, indépen-
course aux armements, basée sur la conviction que dante et pluridisciplinaire, devrait être habilitée à
la supériorité technologique est la clé de la supé- évaluer les armes non létales envisagées sur un
riorité militaire, les Etats-Unis seront seuls pour le nombre suffisant de critères: absence d’effets col-
sprint final : encore quelques foulées et leur supré- latéraux et d’incidence durable sur l’environne-
matie militaire sera parfaite. ment et la santé, dimension éthique, utilité mili-
LES ARMES NON LÉTALES 35

taire, etc.. Elle doit pour cela bénéficier d’une dont l’impact sur l’environnement ou l’organisme
information complète et rigoureuse. Comme dans est incertain.
la politique communautaire progressivement mise Dans ce débat, le monde militaire doit être un
en place dans le domaine de l’environnement, participant incontournable et essentiel, mais il ne
c’est également le principe de précaution qui doit peut pas être le seul.
prévaloir pour le développement des armements

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38 RAPPORT DU GRIP 99/1

specifically for the purpose of minimizing fatalities,


Annexe permanent injury to personnel, and undesired damage to
property and the environment, even though they may
have these effects to some extent. However, for those
matters involving information warfare, refer to reference
(b).

C. DEFINITION
Non-Lethal Weapons that are explicitly designed and
primarily employed so as to incapacitate personnel or
material, while minimizing fatalities, permanent injury to
personnel, and undesired damage to property and the
environment.
1. Unlike conventional lethal weapons that destroy their
targets principally through blast, penetration and frag-
mentation, non- lethal weapons employ means other
than gross physical destruction to prevent the target
from functioning.
2. Non-lethal weapons are intended to have one, or both, of
the following characteristics:
a. They have relatively reversible effects on personnel
or material.
Department of Defense
b. They affect objects differently within their area of
DIRECTIVE
influence.
July 9, 1996
NUMBER 3000.3
D. POLICY
signed by
John P. White It is DoD policy that:
Deputy Secretary of Defense 1. Non-lethal weapons, doctrine, and concepts of operation
shall be designed to reinforce deterrence and expand the
range of options available to commanders.
SUBJECT: Policy for Non-Lethal Weapons 2. Non-lethal weapons should enhance the capability of
U.S. forces to accomplish the following objectives:
a. Discourage, delay, or prevent hostile actions.
Reference:
b. Limit escalation.
(a) Title 10, United States Code
c. Take military action in situations where use of lethal
(b) DoD Directive TS-3600.1, «Information Warfare (U),»
force is not the preferred option.
December 21, 1992
d. Better protect our forces.
e. Temporarily disable equipment, facilities, and per-
A. PURPOSE
sonnel.
This Directive under reference (a):
3. Non-lethal weapons should also be designed to help
1. Establishes DoD policies and assigns responsibilities decrease the post-conflict costs of reconstruction.
for the development and employment of non-lethal
4. The availability of non-lethal weapons shall not limit a
weapons.
commander’s inherent authority and obligation to use
2. Designates the Commandant of the Marine Corps as all necessary means available and to take all appropriate
Executive Agent (EA) for the DoD Non- Lethal Weapons action in self- defense.
Program.
5. Neither the presence nor the potential effect of non-
lethal weapons shall constitute an obligation for their
B. APPLICABILITY AND SCOPE employment or a higher standard for employment of
This Directive: force than provided for by applicable law. In all cases,
1. Applies to the Office of the Secretary of Defense, the the United States retains the option for immediate use of
Military Departments (including the Coast Guard, when lethal weapons, when appropriate, consistent with inter-
it is operating as a Military Service in the Navy), the national law.
Defense Agencies, and DoD Field Activities. 6. Non-lethal weapons shall not be required to have a zero
2. Applies to all non-lethal weapon development and ac- probability of producing fatalities or permanent inju-
quisition programs and the employment of fielded non- ries. However, while complete avoidance of these effects
lethal weapons. is not guaranteed or expected, when properly employed,
3. In general, does not apply to command and control non-lethal weapons should significantly reduce them as
warfare or any other military capability not designed compared with physically destroying the same target.
LES ARMES NON LÉTALES 39

7. Non-lethal weapons may be used in conjunction with ensure consistency with the obligations assumed by
lethal weapon systems to enhance the latter’s effective- the U.S. Government under all applicable treaties,
ness and efficiency in military operations. This shall with customary international law, and, in particular,
apply across the range of military operations to include the laws of war.
those situations where overwhelming force is employed. c. Ensure that only those non-lethal weapon
development programs that satisfy the general
E. RESPONSIBILITIES requirements of technical feasibility, operational
1. The Assistant Secretary of Defense for Special Operations utility, and policy acceptability are considered for
and Low-Intensity Conflict, under the Under Secretary support.
of Defense for Policy, shall have policy oversight for the d. Consistent with existing guidelines on management
development and employment of non-lethal weapons. of acquisition program, establish guidelines to
2. The Assistant Secretary of Defense for Strategy and emphasize that non-lethal weapons must:
Requirements, under the Under Secretary of Defense for (1) Achieve an appropriate balance between the
Policy, shall have policy oversight for the review of competing goals of having a low probability of
crisis action and deliberate plans, and shall ensure that causing death, permanent injury, and collateral
the availability of non-lethal weapons is considered in material damage, and a high probability of having
their development. the desired anti-personnel or anti-material
3. The Under Secretary of Defense for Acquisition and effects.
Technology shall have principal oversight responsibility (2) Not be easily defeated by enemy countermeasures
for the DoD Non-Lethal Weapons Program, including once known; or if they could, the benefits of a
joint Service program coordination to help highlight and single opportunity to use the weapon in a given
prevent duplication of development in both classified context would be so great as to outweigh that
and unclassified program. disadvantage.
4. The Chairman of the Joint Chiefs of Staff shall: (3) Achieve an effect that is worth the difficulty of
a. Advise the Secretary of Defense on development providing the intelligence support required for
and employment of non-lethal weapons. mission planning and damage assessment.
b. Assess military requirements for non-lethal weapons e. Consistent with applicable security guidelines,
acquisition programs. provide program visibility to the Chairman of the
c. Monitor the development of Service non- lethal Joint Chiefs of Staff and the Unified Combatant
weapons programs. Commanders.
d. Develop and promulgate joint doctrine, as 7. The Secretary of the Navy shall ensure that the Com-
appropriate, to incorporate emerging capabilities of mandant of the Marine Corps serves as the EA for the
non-lethal weapons. DoD Non-Lethal Weapons Program. The EA shall be
responsible for program recommendations and for
5. The Commanders of the Unified Combatant Commands
stimulating and coordinating non-lethal weapons
shall:
requirements.
a. Ensure that procedures exist for the integration of
8. The Assistant Secretary of Defense for Command,
non-lethal weapons into operational mission plan-
Control, Communications and Intelligence shall:
ning.
a. Establish policy and provide direction for
b. Identify the warfighting requirements of the Unified
development of the necessary DoD informational
Combatant Commands.
and intelligence capabilities to enable effective use
6. The Secretaries of the Military Departments and the of non-lethal weapons.
Commander in Chief of the United States Special
b. Provide policy and guidance when non-lethal
Operations Command shall:
weapons matters involve DoD information warfare
a. Ensure the development and implementation of under DoD Directive TS-3600.1 (reference (b)).
employment concepts, doctrine, tactics, training,
9. The Assistant Secretary of Defense for Public Affairs
security procedures, and logistics support for fielded
shall coordinate and approve guidance on public affairs
non-lethal weapons systems in accordance with
matters concerning non- lethal weapons and their use.
policies defined in this Directive.
b. Ensure that a legal review of the acquisition of all
non-lethal weapons is conducted. The review should F. EFFECTIVE DATE
This Directive is effective immediately.
40 RAPPORT DU GRIP 99/1
LES ARMES NON LÉTALES LES PUBLICATIONS DU GRIP 41

Depuis sa fondation, le GRIP est surtout connu par son travail d’édition. Au fil
du temps, les publications ont changé, tant au niveau du contenu, de la présen-
GROUPE DE RECHERCHE tation que de la périodicité. Depuis l’automne 1997, elles se présentent sous
ET D'INFORMATION trois formes :
SUR LA PAIX ET LA
SÉCURITÉ 1. Les Nouvelles du GRIP
Une lettre d’information trimestrielle de 8 pages : regard sur les grands dos-
Fondé en 1979 à Bruxelles, siers du moment, nouvelles insolites, aperçu des activités du centre, etc.
le GRIP est un institut de
recherche indépendant qui étu-
Cette lettre est envoyée d’office à tous les membres du GRIP en règle de cotisa-
die les questions de défense, de tion de même qu’aux abonnés aux « Livres du GRIP ».
sécurité et de désarmement.
Par ses travaux, le GRIP veut 2. Les Livres du GRIP
contribuer à une meilleure Chaque année, le GRIP publie 5 ouvrages en collaboration avec les éditions
compréhension de ces problé- Complexe, abordant les questions internationales dans les domaines de la géo-
matiques dans la perspective stratégie, de la défense et de la sécurité internationale.
d'une amélioration de la sécuri-
té internationale en Europe
Ces 5 ouvrages font partie de l’abonnement aux « Livres du GRIP » ; ils sont
et dans le monde. également disponibles en librairie et au GRIP.

Adresse : rue Van Hoorde, 33 3. Les Rapports du GRIP


B -1030 Bruxelles
TEL: (32.2) 241.84.20
Cette nouvelle collection (format A4, sans périodicité) valorise des travaux de
FAX: (32.2) 245.19.33 recherche réalisés pour la plupart au GRIP.
E.Mail: admi@grip.org Ces rapports sont envoyés d’office à tous ceux qui souscrivent un abonnement
Website: http://www.grip.org de soutien ; ils peuvent aussi être commandés au GRIP.
(bureaux ouverts du lundi
au vendredi de 8h30 à 13h et
de 13h30 à 17h)
Tarifs 1999
Directeur : Bernard Adam
Belgique France Autres Autres
Recherche : Bernard Adam, Europe Monde
Goerges Berghezan, André 1. Cotisation1
Dumoulin, Luc Mampaey, Marc Abonnement aux 600 FB 100 FF 700 FB 750 FB
Schmitz «Nouvelles du GRIP» 14,87 euros 15,24 euros 17,35 euros 18,59 euros

Secrétariat et administration : 2. Les Livres du GRIP


Edith Grosse, Caroline Pailhe, Abonnement annuel 3.000 FB 550 FF 3.300 FB 3.500 FB
Chantal Schamp, Mehri aux 5 livres 2 et 74,37 euros 83,85 euros 81,80 euros 86,76 euros
Zymberaj, Sevdi Zymberaj aux «Nouvelles du GRIP»

Centre de documentation : 3. Abonnement complet 3


Alain Reisenfeld Abonnement à toutes les 5.000 FB 900 FF 5.500 FB 6.000 FB
Edition, relations publiques : publications (Rapports inclus) 123,95 euros 137,20 euros 136,34 euros 148,74 euros

Sabine Fievet, Muriel Lescure,


Sophie Nolet, Marc Schmitz
4. Abonnement de soutien 10.000 FB 1.700 FF 10.000 FB 10.000 FB
247,89 euros 259,16 euros 247,89 euros 247,89 euros
Informatique : Luc Mampaey
1. La cotisation donne en outre droit à une réduction de 20% sur l'achat de tous les livres et rapports du
Membres de l'Assemblée GRIP.
générale : 2. Ces 5 livres sont numérotés : deux n° simples (prix moyen 395 FB / 69 FF) ; deux n° doubles (prix moyen
Bernard Adam* 595 FB / 99 FF), l'annuaire du GRIP étant un n° quadruple (1.195 FB / 195 FF). L'abonnement couvre 5 livres
(administrateur délégué), (équivalant à 10 numéros), plus le trimestriel «Les Nouvelles du GRIP».
André Bastien, Claude Bougard, 3. L'abonnement annuel complet inclut la collection des Rapports (non périodiques), avec en moyenne six
Rik Coolsaet*, Laurent parutions par année.
Dumont*, Etienne Godin,
Denis Grimberghs, Marc Vous souhaitez vous abonner ?
Installe, Gérard Lambert*
Vous pouvez le faire par téléphone (02/241.84.20), par fax (02/245.19.33), par Email
(président), Yvan Mayeur, René (admi@grip.org) ou en nous envoyant votre demande d'abonnement, accom-pagnée de
Marchandise*, Jean-Paul votre payement, au GRIP, rue Van Hoorde 33 B -1030 Bruxelles.
Marthoz, Jacques Michel,
Marcel Renaux, Michel Taverne, Modes de paiement : Belgique (virement au compte 001-1711459-67du GRIP à Bruxelles; virement
Carl Vandoorne, Michel au CCP 000-1591282-94 du GRIP à Bruxelles; bulletin de virement; chèque barré) / France (chèque
Wautelet*. barré; mandat postal international) / Luxembourg (soit verser au CCP 86464-37 du GRIP à
* administrateurs Luxembourg; soit envoi d'un chèque au GRIP, libellé en FL) / Autres pays (virement au CCP 000-
1591282-94 du GRIP à Bruxelles; mandat postal international / Autre moyen de paiement (carte
de crédit - VISA, Eurocard, Mastercard - Précisez votre n° de carte et la date d'expiration.)
42 RAPPORT DU GRIP 99/1
LES ARMES NON LÉTALES 43

Les Rapports du GRIP

1/97 Ex-Yougoslavie - L’embargo sur les armes et le


réarmement actuel, Georges Berghezan, 32p.,
300FB - 55FF.
2/97 FN Herstal : Quel avenir pour la tradition armurière?,
Luc Mampaey, 20p., 200FB - 35FF.
3/97 Burundi : trafics d’armes et aides militaires, Human
Rights Watch, 60p., 450FB - 80FF.
1/98 L’industrie belge de défense - Adaptation, consolida-
tion et mythe de la reconversion, Luc Mampaey,
84p., 500FB - 90FF.
2/98 Kosovo : poudrière des Balkans, Sevdi Zymberaj et
Bernard Adam, 30p., 300FB - 55FF.
3/98 Concepts et potentiels nucléaires 1999-2000, André
Dumoulin, 35p., 300FB - 55FF.
4/98 La Belgique et les satellites de renseignement, André
Dumoulin, 23p., 200FB - 35FF.
5/98 Le programme HAARP : science ou désastre ?, Luc
Mampaey, 84p., 450FB - 80FF.
1/99 Les armes non-létales, Luc Mampaey, 40p., 350FB -
60FF.

Les « Rapports du GRIP » ne sont pas diffusés en librai-


rie. Uniquement disponibles au GRIP.

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