Vous êtes sur la page 1sur 2

SÉANCE D'ACTUALITÉS EN DROIT DU MARCHÉ DE L'ART

Institut Art & Droit - 6 février 2020

Le 6 février dernier, la promotion du M2 Droit du marché et du patrimoine artistiques


(Université Paris 2 Panthéon-Assas) assistait au premier séminaire d’actualités juridiques
organisé à l’Institut national d’histoire de l’art par l’Institut Art & Droit, qui regroupe les
principaux professionnels et enseignants du droit du marché de l’art et du patrimoine
culturel. Des étudiants volontaires se proposent pour vous de revenir sur une sélection des
interventions qui les ont marqués lors de cette journée, et d’en livrer une synthèse.

La diffusion de ces comptes-rendus est libre sous réserve d’en mentionner l’auteur
et de n’y apporter aucune modification.

« La loi Aillagon à l’épreuve du feu : la conservation et la restauration de la cathédrale Notre-Dame


de Paris et la souscription nationale » - Anne-Sophie Nardon
Par Adrien Béat

En clôture de la journée, c’est Me Nardon qui reprend la parole, pour traiter de l’actualité du mécénat et
ses réformes par les dernières lois de finances, puis plus spécifiquement du traitement particulier de
Notre-Dame de Paris par le législateur.

A l’automne 2018 la Cour des comptes avait fait naître de vives inquiétudes au sujet de ce dernier, avec
la publication d’un rapport mitigé sur son bien-fondé, assorti de préconisations de réformes et
d’évaluation qui faisaient douter de son maintien. Bercy souhaite en effet de longue date « raboter » ce
qu’il considère comme une lourde dépense (« niche ») fiscale bénéficiant surtout à des acteurs qui n’en
auraient pas véritablement l’utilité, passée de 90 millions d’euros en 2004 à dix fois ce montant en 2017 ;
et l’on a craint que la Cour des comptes ait entendu lui donner blanc-seing à cette fin.

Quelques semaines après, dès la loi de finances 2019 (art. 148 de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre
2018), ont en tout cas été adoptés des ajustements au célèbre dispositif « Aillagon », régi par l’art. 238
bis du Code général des impôts. Un « plafond alternatif » a été introduit par la loi pour les TPE et PME,
qui peuvent désormais donner jusqu’à 10 000 € en valeur absolue, quand le seul plafonnement existant
jusqu’à lors de 5 pour mille du chiffre d’affaires contraignait fortement leur philanthropie. Le même article
a renforcé les obligations déclaratives pour toutes les entreprises effectuant au cours d’un exercice plus
de 10 000 € de dons et versements au titre du mécénat.

Cette année, la loi de finances va plus loin en relevant le nouveau plafond pour les « petits » donateurs
à 20 000 €, tout en réduisant de 60 à 40 % la réduction octroyée aux entreprises excédant le seuil de
deux millions d’euros de dons. Elle plafonne par ailleurs l’assiette de défiscalisation pour le mécénat
impliquant le personnel de ces mécènes, dit mécénat « de compétences », dont la trop faible
mobilisation est pourtant régulièrement déplorée. Notre intervenante mentionne de nouveau, à la suite
des explications de Me Fingerhut, l’abrogation du dispositif d’achat de trésors nationaux par des
entreprises à titre de propriétaires.
La cathédrale Notre-Dame de Paris sans sa célèbre flèche, quelques jours après l’incendie d’avril 2019.

Deuxième sujet de cette intervention, l’adoption en juillet dernier d’une loi de circonstance dédiée à la
restauration de la cathédrale, la loi n° 2019-803 du 29 juillet 2019 composée de dix articles. Elle instaure
une souscription nationale spécifique (art. 1) et retient trois fondations pour la collecte des dons et
versements, effectués par « les personnes physiques ou morales dont la résidence ou le siège se situe
en France » aussi bien qu’à l’étranger : la Fondation de France, la Fondation du patrimoine et la
Fondation Notre Dame. A ces trois fondations reconnues d’utilité publique, s’ajoutent le Trésor public et
le Centre des monuments nationaux.

L’autre spécificité notable de cette loi est de porter le taux de la réduction d'impôt pour les contribuables
à 75 % (au lieu de 66 % prévus en principe par l’art. 200 du CGI) dans la limite de 1 000 € de dons et
versements. Le produit de ces dons était reversé à l'Etat jusqu’à l’entrée en fonctions, le 1er décembre
dernier, de l'Etablissement public chargé de la conservation et la restauration de la cathédrale (prévu
par l’art. 9 de la loi, appliqué par le décret n° 2019-1250 du 28 novembre 2019). Le gouvernement est
tenu enfin (art. 6) de remettre au Parlement avant fin septembre 2020 un rapport d’évaluation de cette
souscription nationale.