Vous êtes sur la page 1sur 12

11) CE, 28 février 1996, Fauqueux

Considérant qu'aux termes de l'article D. 171 du code de procédure pénale : "La mise à l'isolement
(d'un détenu) ne constitue pas une mesure disciplinaire. Les détenus qui en font l'objet sont soumis
au régime ordinaire de détention" ; qu'une telle mesure, qui n'a pas pour effet d'aggraver les
conditions de détention, n'est pas, par nature, susceptible d'exercer une influence sur la situation
juridique de la personne qui en est l'objet ; qu'elle constitue, ainsi, une mesure d'ordre intérieur qui
n'est pas susceptible d'être déférée au juge administratif par la voie du recours pour excès de
pouvoir ; que, dès lors, M. Fauqueux n'est pas fondé à soutenir que c'est tort que le tribunal
administratif de Châlons-sur-Marne a déclaré irrecevables les conclusions de sa demande dirigées
contre la décision du directeur du centre pénitentiaire de Clairvaux qui l'avait placé à l'isolement le
22 octobre 1985 ; que, pour le même motif et, en tout état de cause, les conclusions tendant à
l'annulation de la décision de prolonger cet isolement, prise par le directeur régional de
l'administration pénitentiaire de Dijon, doivent également être écartées [...].

12) CE, 30 juillet 2003, Garde des Sceaux c. Remli

Vu le recours, enregistré le 26 décembre 2002 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat,


présenté par le garde des Sceaux, ministre de la Justice; le garde des Sceaux, ministre de la Justice,
demande au Conseil d'Etat d'annuler l'arrêt du 5 novembre 2002 par lequel la cour administrative
d'appel de Paris a annulé, d'une part, le jugement du 15 décembre 2000 par lequel le tribunal
administratif de Versailles a rejeté la requête de M. Saïd Remli tendant à l'annulation de la décision
du 18 juin 1998 du directeur de la maison d'arrêt de Bois-d'Arcy plaçant l'intéressé à l'isolement,
d'autre part, la décision en question ;

[...]

Considérant qu'aux termes de l'article. D. 283-1 du code de procédure pénale, dans sa rédaction
applicable à l'espèce : « Tout détenu se trouvant dans un établissement ou quartier en commun peut
soit sur sa demande, soit par mesure de précaution ou de sécurité, être placé à l'isolement./ La mise
à l'isolement est ordonnée par le chef de l'établissement qui rend compte à bref délai au directeur
régional et au juge de l'application des peines. Le chef de l'établissement fait en outre rapport à la
commission de l'application des peines dès la première réunion suivant la mise à l'isolement ou le
refus opposé à la demande d'isolement du détenu./ Le détenu peut faire parvenir au juge de
l'application des peines soit directement, soit par l'intermédiaire de son conseil, toutes observations
utiles en ce qui concerne la décision prise à son égard./ Les détenus placés à l'isolement sont
signalés au médecin qui les visite dans les conditions prévues à l'article D. 375. Le médecin émet,
chaque fois qu'il l'estime utile, un avis sur l'opportunité de prolonger l'isolement ou d'y mettre fin./
La durée de l'isolement ne peut être prolongée au-delà de trois mois sans qu'un nouveau rapport ait
été fait devant la commission de l'application des peines et sans une décision du directeur régional,
prononcée après avis du médecin » ;

Considérant qu'il ressort des dispositions ci-dessus et des pièces du dossier soumises au juge du
fond que la mise à l'isolement, par sa nature même, prive la personne qui en fait l'objet de l'accès à
celles des activités sportives, culturelles, d'enseignement, de formation et de travail rémunéré qui
sont proposées de façon collective aux autres détenus; qu'une telle mesure peut être prononcée pour
une durée qui peut atteindre trois mois et être prolongée; que, dans ces conditions, et alors même
que l'article D. 283-2 du code de procédure pénale dispose que « la mise à l'isolement ne constitue
pas une mesure disciplinaire./ Les détenus qui en font l'objet sont soumis au régime ordinaire de
détention », le placement à l'isolement d'un détenu contre son gré constitue, eu égard à l'importance
de ses effets sur les conditions de détention, une décision susceptible de faire l'objet d'un recours
pour excès de pouvoir; que dès lors, le garde des Sceaux, ministre de la Justice n'est pas fondé à
soutenir que la cour administrative d'appel aurait commis une erreur de droit en jugeant que M.
Remli était recevable à déférer au juge administratif, par la voie de l'excès de pouvoir, la décision
par laquelle le directeur de la maison d'arrêt de Bois-d'Arcy a décidé qu'il serait mis à l'isolement ;

Considérant que la cour n'a pas commis d'erreur de droit en jugeant que la mise à l'isolement est au
nombre des décisions qui doivent être motivées en application de l'article 1er de la loi du 11 juillet
1979 ; qu'en estimant que la décision attaquée n'était pas suffisamment motivée, la cour
administrative d'appel de Paris s'est livrée à une appréciation souveraine qui, en l'absence de
dénaturation, ne peut être contestée devant le juge de cassation ;

Considérant qu'il résulte de ce qui précède que le garde des Sceaux, ministre de la Justice n'est pas
fondé à demander l'annulation de l'arrêt attaqué ; [...].

13) CE, ass. 14 décembre 2007, M. Payet

Vu la requête, enregistrée le 11 juin 2007 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentée


par M. Pascal PAYET, demandant au Conseil d'Etat :

1°) d'annuler l'ordonnance du 25 mai 2007 par laquelle le juge des référés du tribunal administratif
de Paris a rejeté sa demande tendant à la suspension de la décision par laquelle le garde des sceaux,
ministre de la justice a décidé d'appliquer à l'intéressé un régime de rotation de sécurité en
application de la circulaire du 20 octobre 2003 se traduisant depuis sa réincarcération en 2003 par
des transferts à un rythme bimestriel d’une maison d'arrêt à l’autre ;[...]

Considérant que l’observatoire international des prisons a intérêt à l’annulation de l’ordonnance


attaquée ; qu’ainsi, son intervention est recevable ;

Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer :

Considérant que si M. PAYET s’est évadé de la maison d’arrêt de Grasse le 14 juillet 2007, soit
postérieurement à l’introduction du présent pourvoi, avant d’être repris le 21 septembre 2007,
l’application à l’intéressé du régime de « rotation de sécurité », en l’absence de retrait par
l’administration, conserve ses effets ; que par suite, contrairement à ce que soutient le garde des
sceaux, ministre de la justice, il y a lieu de statuer sur la requête ; Sur l’ordonnance attaquée :

Considérant qu'aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une
décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le
juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette
décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen
propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision » ;

Considérant que M. PAYET demande l’annulation de l’ordonnance du 25 mai 2007 par laquelle le
juge des référés du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à la suspension de la
décision le soumettant à un régime de « rotations de sécurité », au motif qu’il n’y avait pas une
décision unique le soumettant à ce régime, mais seulement une succession de décisions de
changement d’affectation résultant d’un examen au cas par cas ; Considérant que, s’il n’existe pas
une décision formalisée de soumettre M. PAYET à des « rotations de sécurité », il ressort des pièces
du dossier soumis au juge du fond qu’une note du 20 octobre 2003 du garde des sceaux, ministre de
la justice relative à la gestion des détenus les plus dangereux incarcérés dans les maisons d’arrêt
prévoit l’existence de « rotations de sécurité », consistant notamment en des changements
d’affectation fréquents des intéressés vers d’autres établissements en dehors d’une même direction
régionale sur décision des services de l’administration centrale, afin « de perturber les auteurs des
tentatives d’évasions et leurs complices dans la préparation et la réalisation de leurs projets » ;
qu’une note du ministère en date du 4 février 2006 adressée au procureur de Montpellier fait état du
transfert de M. PAYET « dans le cadre des rotations de sécurité » ; qu’il est constant que M. PAYET
a fait l’objet de vingt-trois changements d’affectation, entre des maisons d’arrêt réparties sur
l’ensemble du territoire national, depuis sa réincarcération le 9 mai 2003 ; que, par suite, l’ensemble
de ces éléments révèle qu’une décision soumettant M. PAYET à des rotations de sécurité a bien été
prise ; qu’une telle décision, qui institue un régime de détention spécifique, ne constitue pas une
mesure d’ordre intérieur mais une décision administrative susceptible de recours pour excès de
pouvoir ; qu’il en résulte qu’en jugeant que la demande n’était dirigée contre aucune décision, le
juge des référés a entaché son ordonnance d’une dénaturation des faits ; que M. PAYET est, dès
lors, fondé à en demander l’annulation ; [...].

13 bis) CE, Ass. 14 décembre 2007, GARDE DES SCEAUX, MINISTRE DE LA JUSTICE c/
M. Boussouar

Vu le recours et le mémoire complémentaire, enregistrés les 27 février 2006 et 27 juin 2006 au


secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentés pour le GARDE DES SCEAUX, MINISTRE
DE LA JUSTICE ; le GARDE DES SCEAUX, MINISTRE DE LA JUSTICE demande au Conseil
d'Etat :

1°) d'annuler l'arrêt du 19 décembre 2005 par lequel la cour administrative d'appel de Paris, faisant
droit à l'appel de M. Miloud Boussouar, a annulé, d'une part, l'ordonnance du 20 décembre 2004 du
président de la 7ème section du tribunal administratif de Paris, d'autre part, sa décision du 26
novembre 2003 procédant au changement d'affectation de l'intéressé et ordonnant son transfert de la
maison centrale de Saint-Maur à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis ;

2°) de rejeter les conclusions de M. Boussouar présentées en appel ;

[...],

Considérant que M. Boussouar a été condamné le 30 janvier 1997 par la cour d’assises du Rhône à
une peine de 20 ans de réclusion criminelle ; que par une décision du 26 novembre 2003, le
GARDE DES SCEAUX, MINISTRE DE LA JUSTICE a décidé de transférer M. Boussouar de la
maison centrale de Saint-Maur, établissement pour peines, à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis ;
que le GARDE DES SCEAUX, MINISTRE DE LA JUSTICE se pourvoit contre l’arrêt du 19
décembre 2005 par lequel la cour administrative d’appel de Paris, faisant droit à la requête
présentée par M. Boussouar, a, d’une part, censuré l’ordonnance du président de la 7ème section du
tribunal administratif de Paris du 20 décembre 2004 qui avait rejeté comme irrecevable la demande
d’annulation formée par l’intéressé contre la décision du 26 novembre 2003 et, d’autre part, annulé
cette décision ;

[...]

Sur le bien-fondé de l’arrêt attaqué :

Considérant qu'aux termes de l'article 717 du code de procédure pénale : « Les condamnés purgent
leur peine dans un établissement pour peines./ Les condamnés à l'emprisonnement d'une durée
inférieure ou égale à un an peuvent, cependant, à titre exceptionnel, être maintenus en maison
d'arrêt et incarcérés, dans ce cas, dans un quartier distinct, lorsque des conditions tenant à la
préparation de leur libération, leur situation familiale ou leur personnalité le justifient. Peuvent
également, dans les mêmes conditions, être affectés, à titre exceptionnel, en maison d'arrêt, les
condamnés auxquels il reste à subir une peine d'une durée inférieure à un an » ; qu’aux termes de
l’article D. 70 du même code : « Les établissements pour peines, dans lesquels sont reçus les
condamnés définitifs, sont les maisons centrales, les centres de détention, les centres de semi-liberté
et les centres pour peines aménagées (...) » ; qu’aux termes de l’article D. 80 du code : « Le ministre
de la justice dispose d’une compétence d’affectation des condamnés dans toutes les catégories
d’établissement. Sa compétence est exclusive pour les affectations dans les maisons centrales (...)
» ; qu’aux termes de l’article D. 82 du code : « L’affectation peut être modifiée soit à la demande du
condamné, soit à la demande du chef de l’établissement dans lequel il exécute sa peine. (...)/
L’affectation ne peut être modifiée que s’il survient un fait ou un élément d’appréciation nouveau » ;
qu’aux termes de l’article D. 82-1 du code : « Que la demande émane du condamné ou du chef
d’établissement, ce dernier constitue un dossier qui comprend les éléments permettant d’établir la
motivation de la demande. (...)./ La décision de changement d’affectation est prise, sauf urgence,
après avis du juge de l’application des peines et du procureur de la République du lieu de détention.
» ; Considérant que, pour déterminer si une décision relative à un changement d’affectation d’un
détenu d’un établissement pénitentiaire à un autre constitue un acte administratif susceptible de
recours pour excès de pouvoir, il y a lieu d’apprécier sa nature et l’importance de ses effets sur la
situation des détenus ; qu’en se fondant exclusivement sur l’existence et le contenu des dispositions
législatives et réglementaires précitées relatives aux changements d’affectation des détenus, pour en
déduire, sans s’attacher à en apprécier la nature et les effets, qu’une telle mesure peut être contestée
par la voie du recours pour excès de pouvoir, la cour administrative d’appel de Paris a entaché son
arrêt d’une erreur de droit ;

Considérant, toutefois, qu’aux termes de l’article 719 du code de procédure pénale, dans sa
rédaction alors applicable : « Les condamnés sont soumis dans les maisons d’arrêt à
l’emprisonnement individuel de jour et de nuit, et dans les établissements pour peines, à l’isolement
de nuit seulement, après avoir subi éventuellement une période d’observation en cellule./ Il ne peut
être dérogé à ce principe qu’en raison de la distribution intérieure des locaux de détention ou de leur
encombrement temporaire ou des nécessités d’organisation du travail. » ; qu’en vertu de l’article
720 du même code dans sa rédaction alors applicable : « Les activités de travail et de formation
professionnelle sont prises en compte pour l’appréciation des gages de réinsertion et de bonne
conduite des condamnés (...) » ; qu’aux termes de l’article D. 83 du même code : « Le régime
appliqué dans les maisons d’arrêt est celui de l’emprisonnement individuel de jour et de nuit (...)/
Cette règle ne fait pas obstacle, toutefois, à ce que soient organisées des activités collectives ou des
activités dirigées (...) » ; qu’aux termes de l’article D. 95 du même code : « Le régime des maisons
centrales et des centres de détention comporte l’isolement de nuit (...)/ Pendant la journée, les
condamnés sont réunis pour le travail et les activités physiques et sportives. Ils peuvent l’être aussi
pour les besoins de l’enseignement ou de la formation, de même que pour des activités culturelles
ou de loisirs./ Le contenu de l’emploi du temps, et notamment la part faite à ces diverses activités,
doit permettre aux condamnés de conserver ou de développer leurs aptitudes intellectuelles,
psychologiques et physiques pour préparer leur réinsertion ultérieure » ; qu’aux termes de l’article
D. 95-1 du même code : « Sans préjudice de l’application des dispositions de l’article D. 95
prévoyant la mise en œuvre d’activités pendant toute la durée de l’exécution de la peine, les
condamnés bénéficient, au cours de la dernière période de l’incarcération, d’une préparation active à
leur élargissement conditionnel ou définitif, en particulier sur le plan socio- professionnel. Cette
préparation comprend, le cas échéant, un placement à l’extérieur ou au régime de semi- liberté. Elle
est effectuée soit sur place, soit après transfèrement sur un centre ou un quartier spécialisé » ;
Considérant qu’il résulte de l’ensemble des dispositions législatives et réglementaires précitées que
le régime de la détention en établissement pour peines, qui constitue normalement le mode de
détention des condamnés, se caractérise, par rapport aux maisons d’arrêt, par des modalités
d’incarcération différentes et, notamment, par l’organisation d’activités orientées vers la réinsertion
ultérieure des personnes concernées et la préparation de leur élargissement ; qu’ainsi, eu égard à sa
nature et à l’importance de ses effets sur la situation des détenus, une décision de changement
d’affectation d’une maison centrale, établissement pour peines, à une maison d’arrêt constitue un
acte administratif susceptible de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir et non une mesure
d’ordre intérieur ; qu’il en va autrement des décisions d’affectation consécutives à une
condamnation, des décisions de changement d’affectation d’une maison d’arrêt à un établissement
pour peines ainsi que des décisions de changement d’affectation entre établissements de même
nature, sous réserve que ne soient pas en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus ;
que ce motif, qui répond à un moyen invoqué devant le juge du fond et ne comporte aucune
appréciation de fait nouvelle en cassation, doit être substitué au motif erroné en droit retenu par
l’arrêt attaqué de la cour administrative d’appel de Paris dont il justifie légalement le dispositif ;

Considérant qu’en jugeant, pour en déduire qu’elle doit être motivée en application de l’article 1er
de la loi du 11 juillet 1979 relative à la motivation des actes administratifs, qu’une mesure de
transfert d’un détenu d’un établissement pour peines à une maison d’arrêt est, par nature, au nombre
des décisions qui « restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale,
constituent une mesure de police », la cour administrative d’appel de Paris a commis une erreur de
droit ; que, toutefois, une telle mesure constitue une décision qui impose des sujétions et doit être
motivée en vertu de cette même disposition ; que ce motif, qui répond à un moyen invoqué devant
le juge du fond et ne comporte aucune appréciation de fait nouvelle en cassation, doit être substitué
au motif erroné en droit retenu par l’arrêt attaqué de la cour administrative d’appel de Paris dont il
justifie légalement le dispositif ;

Considérant qu’aux termes de l’article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens
dans leurs relations avec l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une
demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application des articles 1er et 2 de
la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 (...) n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise
à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations
orales (...)/ Les dispositions de l'alinéa précédent ne sont pas applicables :/ 1° En cas d'urgence ou
de circonstances exceptionnelles ;/ 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre
l'ordre public ou la conduite des relations internationales ;/ 3° Aux décisions pour lesquelles des
dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière » ; qu’en jugeant que
la décision contestée, qui ne résulte pas d’une demande de M. Boussouar et qui ne relève d’aucun
des trois cas d’exception énoncés ci-dessus, ne pouvait être prise sans que l’intéressé ait été mis à
même de présenter des observations, la cour administrative d’appel de Paris a fait une exacte
application de ces dispositions législatives ;

Considérant que, pour juger que l’article 717 du code de procédure pénale qui prévoit l’affectation
des personnes condamnées dans des établissements pour peines avait été méconnu, la cour
administrative d’appel de Paris a retenu, d’une part, que ni le motif relatif au comportement de M.
Boussouar avancé par l’administration ni la durée de sa détention à la maison d’arrêt de Fleury-
Mérogis ne pouvaient faire regarder la décision litigieuse comme ayant été prise à titre provisoire et,
d’autre part, que l’intéressé devait, eu égard à la nature de la peine à laquelle il avait été condamné
et à sa situation administrative au moment de la décision attaquée, être détenu dans un établissement
pour peines ; qu’ainsi, la cour, qui n’avait pas à interpréter la disposition législative en cause en
fonction des conditions pratiques de sa mise en œuvre, en a fait une exacte application ;

Considérant qu’il résulte de ce qui précède que le GARDE DES SCEAUX, MINISTRE DE LA
JUSTICE n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêt du 19 décembre 2005 de la cour
administrative d'appel de Paris ; qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la
charge de l’Etat le versement à M. Boussouar de la somme de 3 000 euros qu’il demande en
application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ; DECIDE :

Article 1er : Le recours du GARDE DES SCEAUX, MINISTRE DE LA JUSTICE est rejeté. [...]

13 ter) CE, Ass. 14 décembre 2007, M. PLANCHENAULT

Vu la requête et le mémoire complémentaire, enregistrés les 20 février et 20 juin 2006 au secrétariat


du contentieux du Conseil d'Etat, présentés pour M. Franck PLANCHENAULT, demandant au
Conseil d'Etat :

1°) d’annuler l'arrêt en date du 29 juin 2005 de la cour administrative d'appel de Nantes par lequel
celle-ci a rejeté sa requête tendant à l’annulation du jugement du tribunal administratif de Nantes en
date du 4 août 2004 par lequel celui-ci a rejeté sa demande tendant à l’annulation de la décision de
la directrice de la maison d’arrêt de Nantes du 12 juillet 2001 le déclassant de son emploi
d’auxiliaire de cuisine dans cet établissement pénitentiaire ainsi que de la décision du 15 octobre
2001 du directeur régional des services pénitentiaires rejetant son recours hiérarchique ;
2°) statuant au fond, au titre de l’article L. 821-2 du code de justice administrative, d’annuler le
jugement du tribunal administratif de Nantes du 4 août 2004 et d’annuler la décision de la directrice
de la maison d’arrêt de Nantes du 12 juillet 2001 le déclassant de son emploi d’auxiliaire de cuisine
au centre de détention ainsi que la décision du 15 octobre 2001 du directeur régional des services
pénitentiaires rejetant son recours hiérarchique et d’enjoindre au directeur régional de
l’administration pénitentiaire de réexaminer ses droits à rémunération et à remises de peines
spéciales et de communiquer la décision à venir au magistrat chargé de l’application des peines,
sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

Considérant qu’ainsi, eu égard à sa nature et à l’importance de ses effets sur la situation des
détenus, une décision de déclassement d’emploi constitue un acte administratif susceptible de faire
l’objet d’un recours pour excès de pouvoir ; qu’il en va autrement des refus opposés à une demande
d’emploi ainsi que des décisions de classement, sous réserve que ne soient pas en cause des libertés
et des droits fondamentaux des détenus ; qu’en jugeant que le déclassement de M.
PLANCHENAULT, du fait des circonstances particulières dans lesquelles il était intervenu et
notamment du délai dans lequel l’intéressé avait été reclassé, constituait une mesure d’ordre
intérieur, la cour a entaché son arrêt d’une erreur de droit ; que, par suite, M. PLANCHENAULT est
fondé à demander l’annulation de cet arrêt ;

Considérant qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de régler l’affaire au fond, en
application des dispositions de l’article L. 821-2 du code de justice administrative ;

Considérant qu’il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la mesure de déclassement d’emploi
contestée est de nature à faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir ; que, par suite, M.
PLANCHENAULT est fondé à demander l’annulation du jugement par lequel le tribunal
administratif de Nantes a rejeté sa demande comme irrecevable ;

Considérant qu’il y a lieu d’évoquer et de statuer immédiatement sur la demande présentée par M.
PLANCHENAULT devant le tribunal administratif de Nantes ;

Considérant qu’il ressort des pièces du dossier que la décision de déclassement de M.
PLANCHENAULT, précédée par un entretien au cours duquel l’intéressé a présenté ses
observations écrites, mentionne l’ensemble des circonstances qui la justifient ; qu’ainsi, les moyens
tirés de son insuffisante motivation et de ce que le requérant n’a pas été mis à même de présenter
préalablement ses observations doivent être écartés ; qu’il ressort des pièces du dossier que les
décisions attaquées n’ont pas été signées par des autorités incompétentes ;

Considérant qu’il ressort également des pièces du dossier que le comportement de M.


PLANCHENAULT, affecté aux cuisines de la maison d’arrêt de Nantes, se caractérisait, deux mois
après son arrivée dans ce service, par une mauvaise volonté à accomplir les tâches qui lui étaient
dévolues, en particulier s’agissant de l’aide aux autres détenus, ainsi que par le climat conflictuel
qu’il entretenait par ses gestes et commentaires ; qu’en décidant, pour ces raisons, dans l’intérêt du
service et non pour des motifs disciplinaires, le déclassement de l’intéressé sur le fondement de
l’article D. 99 précité, la directrice de la maison d’arrêt de Nantes n’a pas commis d’erreur
manifeste d’appréciation ; que, par suite, M. PLANCHENAULT n’est pas fondé à demander
l’annulation des décisions attaquées ; que ses conclusions aux fins d’injonction et ses conclusions
tendant à ce qu’il soit fait application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice
administrative ne peuvent, par voie de conséquence, qu’être également rejetées ; [...].

14) CE, 9 avr. 2008, M. André Rogier

Vu la requête, enregistrée le 3 août 2007 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, présentée


pour M. André A, demeurant centre pénitentiaire de Caen ...; M. A demande au Conseil d’Etat :

1°) d’annuler l’ordonnance du 19 juillet 2007 par laquelle le juge des référés du tribunal
administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à ce que soit ordonnée la suspension de la
décision exécutée le 11 juin 2007 par laquelle le ministre de la justice l’a affecté au centre
pénitentiaire de Caen, jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

[...]

Vu les autres pièces du dossier ; Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme
et des libertés fondamentales ; Vu le code de procédure pénale ; Vu le code de justice administrative
; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de M. Edouard Geffray, Auditeur, - les
observations de Me Spinosi, avocat de M. André A, - les conclusions de Mme Claire Landais,
Commissaire du gouvernement ;

Considérant qu’aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice


administrative : «Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en
annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la
suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie
et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la
légalité de la décision» ;

Considérant que M. A demande l’annulation de l’ordonnance du 19 juillet 2007 par laquelle le juge
des référés du tribunal administratif de Paris a rejeté sa demande tendant à la suspension de la
décision le transférant de la maison d’arrêt de Fresnes au centre de détention de Caen, au motif
qu’une telle décision présentait le caractère d’une mesure d’ordre intérieur et n’était, par suite, pas
susceptible d’être déférée au juge de l’excès de pouvoir ; Considérant qu’aux termes de l’article 717
du code de procédure pénale : « Les condamnés purgent leur peine dans un établissement pour
peines. / Les condamnés à l’emprisonnement d’une durée inférieure ou égale à un an peuvent,
cependant, à titre exceptionnel, être maintenus en maison d’arrêt et incarcérés, dans ce cas, dans un
quartier distinct, lorsque des conditions tenant à la préparation de leur libération, leur situation
familiale ou leur personnalité le justifient. Peuvent également, dans les mêmes conditions, être
affectés, à titre exceptionnel, en maison d’arrêt, les condamnés auxquels il reste à subir une peine
d’une durée inférieure à un an » ; qu’aux termes de l’article D. 70 du même code : « Les
établissements pour peines, dans lesquels sont reçus les condamnés définitifs, sont les maisons
centrales, les centres de détention, les établissements pénitentiaires spécialisés pour mineurs, les
centres de semi-liberté et les centres pour peines aménagées (...) » ; qu’aux termes de l’article D. 80
du code : « Le ministre de la justice dispose d’une compétence d’affectation des condamnés dans
toutes les catégories d’établissement. Sa compétence est exclusive pour les affectations dans les
maisons centrales (...) » ; qu’aux termes de l’article D. 82 du code : « L’affectation peut être
modifiée soit à la demande du condamné, soit à la demande du chef de l’établissement dans lequel il
exécute sa peine. (...) / L’affectation ne peut être modifiée que s’il survient un fait ou un élément
d’appréciation nouveau » ; qu’aux termes de l’article D. 82-1 du code : « Que la demande émane du
condamné ou du chef d’établissement, ce dernier constitue un dossier qui comprend les éléments
permettant d’établir la motivation de la demande. (...). / La décision de changement d’affectation est
prise, sauf urgence, après avis du juge de l’application des peines et du procureur de la République
du lieu de détention. » ;

Considérant que, pour déterminer si une décision relative à un changement d’affectation d’un
détenu d’un établissement pénitentiaire à un autre constitue un acte administratif susceptible de
recours pour excès de pouvoir, il y a lieu d’apprécier sa nature et l’importance de ses effets sur la
situation des détenus ;

Considérant que le régime de la détention en établissement pour peines, qui constitue normalement
le mode de détention des condamnés, se caractérise, par rapport aux maisons d’arrêt, par des
modalités d’incarcération différentes et, notamment, par l’organisation d’activités orientées vers la
réinsertion ultérieure des personnes concernées et la préparation de leur élargissement ; qu’ainsi, eu
égard à sa nature et à l’importance de ses effets sur la situation des détenus, une décision de
changement d’affectation d’une maison centrale, établissement pour peines, à une maison d’arrêt
constitue un acte administratif susceptible de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir et non
une mesure d’ordre intérieur ; que toutefois, il en va autrement des décisions d’affectation
consécutives à une condamnation, des décisions de changement d’affectation d’une maison d’arrêt à
un établissement pour peines ainsi que des décisions de changement d’affectation entre
établissements de même nature, sous réserve que ne soient pas en cause des libertés et des droits
fondamentaux des détenus ;

Considérant que M. A, qui a fait l’objet d’un changement d’affectation d’une maison d’arrêt à un
établissement pour peines, soutient que le lieu de détention qui lui est imposé n’est pas adapté à son
état de santé et que cette détention constitue un traitement inhumain et dégradant au sens de l’article
3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
que, toutefois, il n’est pas contesté que la pathologie dont souffre M. A est, depuis deux ans, en
phase de rémission ; qu’en outre, il n’établit pas que le changement d’affectation dont il a fait
l’objet aurait pour effet de le priver de l’accès aux soins nécessités par son état de santé, dès lors
notamment qu’il est constant que le centre hospitalier universitaire de Caen, au sein duquel sera
assuré son suivi médical, dispose d’un service adapté à sa pathologie et d’une unité hospitalière de
sécurité interrégionale ; que par suite, en l’absence de mise en cause des droits fondamentaux de
l’intéressé, le juge des référés du tribunal administratif de Paris n’a pas commis d’erreur de droit en
jugeant que la décision de réaffecter M. A, alors incarcéré en maison d’arrêt, dans un établissement
pour peines, qui avait pour effet de soumettre l’intéressé à un régime de détention correspondant à
sa situation pénale, constituait une mesure d’ordre intérieur insusceptible de recours ; que, dès lors,
M. A n’est pas fondé à demander l’annulation de l’ordonnance attaquée ;

15) CE, 30 juin 2009, M. Miloud B.

Vu, 1°, sous le n° 310100, le pourvoi et le mémoire complémentaire, enregistrés les 17 novembre
2007 et 18 janvier 2008 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, présentés pour M. Miloud
B. [...] ; M. B. demande au Conseil d'Etat :

1°) d'annuler l'arrêt du 2 août 2007 par lequel la cour administrative d'appel de Nancy, d'une part, a
annulé sur le recours du garde des sceaux, ministre de la justice, le jugement du 27 juillet 2006 par
lequel le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a annulé la décision du 15 octobre 2004
portant nouvelle affectation à la maison centrale de Clairvaux pour l'exécution de la peine
d'emprisonnement à laquelle il a été condamné et a enjoint de le réintégrer dans un délai d'un mois
au centre de détention de Varennes-Le-Grand, d'autre part, a rejeté sa demande devant le tribunal
administratif de Châlons-en-Champagne, ainsi que ses conclusions d'appel incident ;

2°) réglant l'affaire au fond, de faire droit à sa demande devant le tribunal administratif de Châlons-
en- Champagne et à ses conclusions d'appel incident devant la cour administrative d'appel de Nancy
; ...]

Vu les autres pièces du dossier ;



Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Vu le code de procédure pénale ;

Vu le code de justice administrative ;

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de M. Richard Senghor, Maître des Requêtes,

- les observations de Me Spinosi et de la SCP Nicolaï, de Lanouvelle, Hannotin, avocats de M. B., -
les conclusions de M. Mattias Guyomar, rapporteur public ;

Considérant que M. B. a été condamné le 30 janvier 1997 par la cour d'assises du Rhône à une peine
de 20 ans de réclusion criminelle ; que par une décision du 15 octobre 2004, le directeur régional
des services pénitentiaires de Dijon a ordonné son transfert du centre de détention de Varennes-le-
Grand vers un autre établissement pour peines, la maison centrale de Clairvaux ; que le requérant se
pourvoit contre l'arrêt du 2 août 2007 par lequel la cour administrative d'appel de Nancy, faisant
droit au recours présenté par le garde des sceaux, ministre de la justice, a infirmé le jugement du
tribunal administratif de Châlons-en-Champagne qui, d'une part, avait jugé recevable la demande
présentée par M. B. tendant à l'annulation de la décision du 15 octobre 2004 et, d'autre part, avait
annulé cette décision ;

Considérant, en premier lieu, d'une part, qu'il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond
que la requête d'appel du garde des sceaux, ministre de la justice n'était pas tardive ; que, d'autre
part, les moyens tirés de l'irrégularité de l'arrêt attaqué ne sont pas assortis des précisions permettant
d'en apprécier le bien-fondé ;

Considérant, en second lieu, qu'aux termes de l'article 717 du code de procédure pénale : « Les
condamnés purgent leur peine dans un établissement pour peines./ Les condamnés à
l'emprisonnement d'une durée inférieure ou égale à un an peuvent, cependant, à titre exceptionnel,
être maintenus en maison d'arrêt et incarcérés, dans ce cas, dans un quartier distinct, lorsque des
conditions tenant à la préparation de leur libération, leur situation familiale ou leur personnalité le
justifient. Peuvent également, dans les mêmes conditions, être affectés, à titre exceptionnel, en
maison d'arrêt, les condamnés auxquels il reste à subir une peine d'une durée inférieure à un an » ;
qu'aux termes de l'article D. 70 du même code : « Les établissements pour peines, dans lesquels sont
reçus les condamnés définitifs, sont les maisons centrales, les centres de détention, les centres de
semi-liberté et les centres pour peines aménagées ( ...) » ; qu'aux termes de l'article D. 82 du même
code : « L'affectation peut être modifiée soit à la demande du condamné, soit à la demande du chef
de l'établissement dans lequel il exécute sa peine. / (...) L'affectation ne peut être modifiée que s'il
survient un fait ou un élément d'appréciation nouveau. » ; qu'aux termes de l'article D. 82-2 du
même code, lorsque la décision incombe au directeur régional, elle peut donner lieu « à la
délivrance d'un ordre de transfèrement du condamné à destination d'un centre de détention ou d'un
centre pour peines aménagées ou d'un centre de semi- liberté ou d'une maison d'arrêt ou d'un
quartier d'un centre pénitentiaire appartenant à l'une de ces catégories d'établissements
pénitentiaires, de sa circonscription » ; qu'aux termes de l'article D. 97 du même code, les détenus
affectés dans un centre de détention « dont le comportement se révèle incompatible avec
l'application de ce régime font l'objet d'une procédure de changement d'affectation. » ;

Considérant que les décisions de changement d'affectation entre établissements de même nature ne
constituent pas des mesures susceptibles de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir, sous
réserve que ne soient pas en cause des libertés et des droits fondamentaux des détenus ; que si
certaines dispositions du code de procédure pénale s'appliquent distinctement au régime de
détention des centres de détention et des maisons centrales, ces établissements pour peine doivent
être regardés comme étant de même nature ;

Considérant qu'il ne ressort pas des pièces du dossier soumis aux juges du fond des circonstances
particulières et personnelles qui soient de nature à mettre en cause les libertés et droits
fondamentaux de M. B. ; que si ce dernier soutient, dans son pourvoi, que l'administration
pénitentiaire, en le transférant à la maison centrale de Clairvaux a méconnu l'article 2 de la
convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux
termes duquel le droit à la vie de toute personne doit être protégé, un tel moyen est nouveau en
cassation et, n'étant pas d'ordre public, ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté ;

Considérant qu'il résulte de ce qui précède que, dès lors, la cour administrative d'appel de Nancy n'a
pas commis d'erreur de qualification juridique des faits en jugeant que la décision attaquée
constituait une mesure d'ordre intérieur insusceptible de recours ;
16) CE, 28 mars 2011, Garde des Sceaux et Ministre de la Justice c. Bennay

SCEAUX, MINISTRE DE LA JUSTICE se pourvoit en cassation contre cet arrêt ;

Considérant que par une décision du 26 septembre 2006, le directeur du centre de détention de
Nantes a décidé

de soumettre M.B..., qui y était incarcéré depuis le 31 mars 2005, à un " régime différencié " de
détention selon des modalités dénommées, par le règlement intérieur de l'établissement, " portes
fermées " ; que la cour administrative d'appel de Nantes a rejeté l'appel formé par le GARDE DES
SCEAUX, MINISTRE DE LA JUSTICE contre le jugement par lequel le tribunal administratif de
Nantes a annulé cette décision ; que le GARDE DES

Considérant qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche technique n° 8 incluse dans
le règlement intérieur du centre de détention de Nantes, que les personnes détenues dans cet
établissement sont placées, après un court séjour dans un secteur dit " arrivants ", soit en secteur dit
" portes ouvertes ", soit en secteur dit " portes fermées "; que les détenus sont affectés en secteur "
portes fermées " en raison de leur comportement, pour une durée d'un mois renouvelable et y font
l'objet d'une surveillance renforcée ; qu'à la différence des autres détenus, ils ne disposent pas des
clés de leur cellule, dans laquelle ils doivent prendre leurs repas et où ils sont en principe enfermés
seuls ; que les activités culturelles et d'enseignement sont accomplies au sein même de l'unité de vie
et qu'ils ne peuvent accéder à la bibliothèque que sur un créneau horaire réservé ; qu'ainsi, par sa
nature et par ses effets sur ses conditions de détention, notamment au regard de l'objectif de
réinsertion sociale, la décision par laquelle un détenu est placé en " régime différencié " pour être
affecté à un secteur dit " portes fermées ", alors même qu'elle n'affecte pas ses droits d'accès à une
formation professionnelle, à un travail rémunéré, aux activités physiques et sportives et à la
promenade, constitue une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;
qu'en jugeant que la décision par laquelle le directeur du centre de détention de Nantes avait affecté
M. B...en secteur " portes fermées " pour une durée d'un mois était susceptible de faire l'objet d'un
recours pour excès de pouvoir, la cour administrative d'appel de Nantes n'a pas commis d'erreur de
droit ; n'entre dans aucune des catégories de décisions qui doivent être motivées en application de
l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 ; que, par suite, le GARDE DES SCEAUX, MINISTRE DE
LA JUSTICE est fondé à soutenir qu'en annulant la décision du directeur du centre de détention de
Nantes affectant M. B...en secteur " portes fermées " au motif qu'elle méconnaissait les dispositions
précitées de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, la cour administrative d'appel de Nantes a
méconnu le champ d'application de ces dispositions ;

Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de régler l'affaire au fond, en
application des dispositions de l'article L. 821-2 du code de justice administrative ; détention dit "
portes fermées " ; décidant de l'affecter en secteur de détention " portes fermées " ;

17) CE, 9 nov. 2015, Dos Santos Pedro

Vu la procédure suivante :

1. Considérant qu'il ressort des pièces du dossier soumis aux juges du fond que M. B..., incarcéré au
centre pénitentiaire de Caen, a demandé au tribunal administratif de Rennes l'annulation, pour excès
de pouvoir, de la décision du 11 juin 2010 par laquelle le directeur interrégional des services
pénitentiaires de Rennes a refusé de faire droit à sa demande tendant à ce qu'il soit autorisé à
acquérir un autre système d'exploitation pour son ordinateur ; que M. B... se pourvoit en cassation
contre l'arrêt du 27 mars 2014 par lequel la cour administrative d'appel de Nantes a rejeté l'appel
qu'il a formé contre le jugement du 11 mai 2012, par lequel le tribunal administratif de Rennes a
rejeté sa demande comme dirigée contre une mesure insusceptible de faire l'objet d'un recours pour
excès de pouvoir ;

Considérant qu'aux termes de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens
dans leurs relations avec l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une
demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application des articles 1er et 2 de
la loi n° 79-587 du 11 juillet 1979 (...) n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise
à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations
orales (...) "

Considérant qu'eu égard à sa nature et à ses effets, la décision par laquelle le directeur du centre de
détention affecte temporairement un détenu du régime différencié dans un secteur de détention dit "
portes fermées "

Considérant d'une part qu'ainsi qu'il a été dit l'administration pénitentiaire n'était pas tenue de mettre
M. B...à même de présenter des observations écrites ou orales préalablement à la décision de
l'affecter en secteur de

Considérant, d'autre part, qu'il ressort des pièces du dossier et qu'il n'est pas contesté que le
comportement de M. B...perturbait le bon fonctionnement du secteur de détention " portes ouvertes
" où il était affecté et avait donné lieu à plusieurs rappels à l'ordre de la part des surveillants, dont il
n'avait pas tenu compte ; que, dans ces circonstances, le directeur du centre de détention de Nantes
n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en
M. A...B...a demandé au tribunal administratif de Rennes d'annuler pour excès de pouvoir la
décision du 11 juin 2010 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Rennes refusant de
l'autoriser à acquérir un autre système d'exploitation pour son ordinateur. Par un jugement n°
10-5255 du 11 mai 2012, le tribunal administratif de Rennes a rejeté la demande présentée par
M.B....

Par un arrêt n° 12NT03157 du 27 mars 2014, la cour administrative d'appel de Nantes a rejeté
l'appel formé par M. B...contre ce jugement.

2. Considérant qu'aux termes de l'article D. 449-1 du code de procédure pénale, dans sa rédaction
alors en vigueur : " Les détenus peuvent acquérir par l'intermédiaire de l'administration et selon les
modalités qu'elle détermine des équipements informatiques. / Une instruction générale détermine
les caractéristiques auxquelles doivent répondre ces équipements, ainsi que les conditions de leur
utilisation. En aucun cas, les détenus ne sont autorisés à conserver des documents, autres que ceux
liés à des activités socioculturelles ou d'enseignement ou de formation ou professionnelles, sur un
support informatique. / Ces équipements ainsi que les données qu'ils contiennent sont soumis au
contrôle de l'administration. Sans préjudice d'une éventuelle saisie par l'autorité judiciaire, tout
équipement informatique appartenant à un détenu peut, au surplus, être retenu, pour ne lui être
restitué qu'au moment de sa libération, dans les cas suivants : / 1° Pour des raisons d'ordre et de
sécurité ; / 2° En cas d'impossibilité d'accéder aux données informatiques, du fait volontaire du
détenu " ; 3. Considérant, en premier lieu, qu'eu égard à leur nature et à leurs effets sur la situation
des détenus, les décisions de l'administration pénitentiaire refusant aux détenus la possibilité
d'acquérir un système d'exploitation pour leur ordinateur, dès lors qu'elles ne privent pas la personne
détenue de la possibilité effective d'utiliser cet équipement dans les limites définies par les
dispositions précitées, ne constituent pas des actes administratifs susceptibles de faire l'objet d'un
recours pour excès de pouvoir, sous réserve que ne soient pas en cause des libertés et des droits
fondamentaux des détenus ; que, par suite, contrairement à ce que soutient le requérant, la cour
administrative d'appel de Nantes n'a entaché son arrêt ni d'erreur de droit ni d'inexacte qualification
juridique des faits en jugeant que le refus opposé, par le directeur interrégional des services
pénitentiaires de Rennes, à sa demande d'acquisition d'un autre système d'exploitation que celui
qu'il utilisait pour son ordinateur constituait une mesure en principe insusceptible de recours pour
excès de pouvoir ;

4. Considérant, en second lieu, que doivent être regardées comme mettant en cause des libertés et
des droits fondamentaux des détenus les décisions qui portent à ces droits et libertés une atteinte qui
excède les contraintes inhérentes à leur détention ; qu'en jugeant, après avoir souverainement
constaté que, d'une part, la mesure litigieuse n'aggravait pas les conditions de détention du requérant
dans la mesure où ce dernier ne disposait pas, jusqu'alors, du système d'exploitation dont il
souhaitait faire l'acquisition et que, d'autre part, le système d'exploitation déjà installé sur
l'ordinateur du requérant, tout en permettant un meilleur contrôle des données par l'administration
pénitentiaire, lui offrait des possibilités d'utilisation équivalentes ou relativement proches, que le
rejet de sa demande tendant à l'autoriser à acquérir un autre système d'exploitation ne mettait pas en
cause ses libertés et droits fondamentaux, la cour administrative d'appel de Nantes n'a entaché son
arrêt ni d'insuffisance de motivation ni de dénaturation des faits de l'espèce ; que, par suite, en
jugeant que la décision attaquée n'était pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de
pouvoir, la cour, qui n'avait dès lors

pas à examiner les moyens articulés à l'encontre du refus attaqué, n'a pas entaché son arrêt d'erreur
de droit ;