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CHAPITRE 1 : constitution de sociétés commerciales

La société commerciale est une convention qui obéit à des conditions de


fond et de forme.

La Constitution est une phase essentielle de l’existence d’une société en ce


sens qu’elle constitue l’acte de naissance de celle-ci. A la base, il y a une
convention qui obéit à des conditions de fond et de forme.

Section 1 : Les éléments du fond

Comme tout contrat, le contrat de société est soumis aux conditions de


droit commun des contrats art.47COCC.

En sus de ces conditions, le contrat de société se particularise à travers


trois conditions à savoir : la volonté de s’associer, la volonté de partager
les bénéfices et l’apport.

Concernant notre étude, nous mettrons en exergue la volonté de


s’associer et la volonté de partager les bénéfices conformément aux
décisions obtenues.

Paragraphe 1 : La volonté de s’associer

La volonté de s’associer encore appelée affectio societatis désigne le lien


de confiance et d’affaire liant les parties au contrat de société. Autrement
dit, c’est l’intention de collaborer activement et de façon égalitaire.

Ce critère est une condition essentielle qui a fait l’objet de plusieurs


décisions. Cf. annexes.

C’est ainsi que dans l’affaire Léopold Faye contre Abdou Niang (annexe 1
N°735), ils étaient convenus aux fins de créer un magasin d’alimentation
générale. Par la suite, Niang créa le magasin à son nom. C’est ce que M.
Faye a contesté en saisissant le Tribunal. Le juge devait résoudre la
question de la détermination de l’affectio societatis.

Dès lors, le juge s’est référé à l’article 864 « Il y a société de fait lorsque
deux ou plusieurs personnes physiques ou morales se comportent comme des

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associés sans avoir consttué entre elles l’une des sociétés reconnues par le
présent Acte Uniforme » pour en déduire l’absence de la volonté.

C’est dans cette logique que le juge s’est prononcé dans l’affaire Mamadou
Ndiaye / Ousseynou Touré (N°2337 du 10/12.2008). En l’espèce,
Mamadou Ndiaye soutenait être associé de Ousseynou Touré dans la
réalisation de la société en ce sens qu’il avait apporté des apports en
numéraire et des apports en industrie. Mais cette qualité lui avait été
refusée par Ousseynou Touré le considérant comme un employé.

Ainsi, le juge était donc appelé à résoudre la question de savoir s’ils sont
associés ?

A cette question, le juge par application de l’article 864 AUSCGIE qui


dispose qu’il existe une société de fait lorsque deux ou plusieurs
personnes physiques ou morales se comportent comme des associés sans
avoir constitué entre elles l’une des sociétés prévue par l’AU. En effet,
pour le tribunal, l’existence de la qualité d’associé est subordonnée à trois
conditions parmi lesquelles, l’intention nette des parties de s’associer en
vue d’une opération commerciale. Ce critère faisant défaut, le juge a
débouté Mamadou Ndiaye de sa demande.

En plus de la volonté de s’associer, le contrat de société se


caractérise aussi par la volonté de partager les bénéfices.

Paragraphe 2 : La volonté de partager les bénéfices

C’est l’intention de partager les Bénéfices. Il est utile de signaler que le


contrat de société est caractérisé par la recherche de profits qui doivent
être partagés entre les parties au contrat. En effet, l’intention de partager
les Bénéfices a l’objet de plusieurs décisions.

Ainsi dans l’affaire (n°775 du 15-04-2008 annexe) opposant CFAO


Sénégal à Samba Codou détenteur de dix actions dans la société
Africauto qui devient CFAO Sénégal. Le Directeur Général de la CFAO
adressant une correspondance à Samba, l’informa de ce que ses actions
sont réduites à deux sans aucune motivation. Voulant en savoir plus, il
s’est heurté au mépris de la CFAO qui a refusé de lui rétribuer ses
dividendes.

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Un associé peut-il se voir refuser ses droits aux dividendes? Telle est la
question qui se posait.

Le juge par application de l’article 53, disposant que ces titres sociaux
confèrent à l’associé un droit sur les bénéfices réalisés par la société. Il
conclut dès lors que Samba. C. SY est bien fondé à réclamer les
dividendes.

Le juge s’est également prononcé sur cette volonté de partager les


bénéfices et de reporter les pertes dans l’affaire N°23-37 précitée.

Il va de soi que le droit au bénéfice a pour corollaire de supporter les


pertes.

A côté de ces éléments de fond, y’a l’élément formel à savoir


l’immatriculation.

Section 2 : Les éléments de forme

L’immatriculation est l’acte qui confère à la société sa personnalité


juridique. C’est ce qui ressort de l’article 98 qui dispose « toute société
jouit de la personnalité à compter de son immatriculation au RCCM, à
moins que ce présent AU en dispose autrement ».

Ainsi, le statut de société (P1) diffère selon qu’elles soient immatriculées


(P2) ou non immatriculées (P3).

Paragraphe 1 : Le statut de sociétés

Les statuts sont prévus à l’article 10 SC-GIE selon lequel « les


statuts sont établis par acte notarié ou tout autre acte offrant des
garanties d’authenticité dans l’état du siège de la société ». C’est un acte
par lequel les futurs associés scellent leur engagement. On peut donc
relever qu’en signant les statuts, chaque associé manifeste son accord à la
création de la société et s’engage également à respecter leur contenu.

Ainsi tout acte pris en violation des statuts en violation des statuts
encourt l’annulation.

C’est dans ce sens que le juge s’est prononcé dans l’affaire Eric
Bidet contre SOGESTEL (CA Dakar 4 février 2005 annexe).

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Il résulte des faits de cet arrêt, qu’à la suite d’une convention de
compte courant conclu entre les parties Bidet, créancier de la société l’a
assignée devant le tribunal régional et obtenu sa condamnation au
paiement.

C’est ainsi que la SOGESTEL non content du jugement, saisi la Cour


d’Appel au motif qu’il y a violation des statuts de la société.

Le sieur Bidet par contre soutient que, c’est en vertu d’une


convention conclue avec un autre associé qu’il a sollicité à la SOGESTEL
qu’elle lui rembourse conformément les sommes dues.

Le juge avait dès lors à répondre à la question relative aux statuts.


Autrement dit, la convention ainsi invoquée est-elle conforme aux
statuts ?

A une telle question, le juge répond par l’affirmative. En effet, la


Cour d’Appel a décidé que le jugement entrepris a condamné la SOGESTEL
à rembourser la somme due à Eric Bidet suivant les modalités fixées par
les statuts. Par conséquent, cette condamnation ne comporte aucune
violation des dispositions statutaires.

Paragraphe 2: Le statut des sociétés immatriculées

L’immatriculation confère la personnalité juridique qui confère des


attributs, notamment la capacité, le patrimoine, le nom, la rationalité, le
siège social.

S’agissant de la capacité, nous ferons référence à la capacité de


jouissance (droit d’agir) et la capacité d’exercice (intérêt à agir ou qualité
à agir).

Ainsi, dans l’arrêt N°209 du 22-04-2004(annexe) dont les faits viennent


comme suit : la Société Foncière Côte d’Afrique avait loué en 1965, une
villa à un Hedant avec une clause portant priorité d’achat. Au
renouvellement, un autre contrat de bail fut reconduit sans reconduction
de la clause d’achat.

A la vente du Titre Foncier à la Société Keur Aldiana, Hedant contestera


cette vente et à la suite du prononcé de l’arrêt, le considérant comme
simple locataire, il refusa de payer. Il contesta également la qualité pour
agir de la société parce que l’immeuble loué est actuellement inscrit à la
conservation Foncière Côte d’Afrique au nom de la Société Keur Aldiana.

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Pour le juge, c’est le droit civil qui doit s’appliquer puisqu’il s’agit d’un
contrat de bail. Et relativement à la qualité pour agir, le juge précise que
la société avait cette prérogative car la société a conclu un contrat de bail
et elle devait se défendre.

Le jugement N°1997 du 20/06/2006(annexe ) en est une suite logique.


En l’espèce, un contrat de prestation de services avait été conclu entre le
conseil de la société Polyconsult – Ingénieurie et Wagui Diop es nom

Se posa alors la question de savoir si la société pouvait justifier d’une


qualité à agir en justice ?

Le juge statuant précise que pour faire valoir ses droits, la société doit
justifier d’un intérêt direct et personnel. En l’espèce, ni les deux
correspondances visées, ni aucune autre pièce de la procédure ne permet
de justifier l’intervention de la société Afric Architecture Conseil pour
réclamer ou élever une quelconque prétention.

De la même manière, l’action de la société -mère a été rejetée par le juge


de la Cour d’Appel dans la mesure où la filiale qui a contracté avec la
Société Nouvelle SNCDS pour la perfection de la vente du 22 Juillet 1999
avait sa propre personnalité juridique. Par conséquent, la société n’avait
pas droit d’agir, ni la qualité d’agir (arrêt N°635 du 23 -06- 2005) , 174
Woréseck Tribunal Regional de Thies du 5-TR Qualité.

Le juge s’est en outre prononcé sur la conséquence de la


personnalité juridique dans l’affaire (n°174 Woréseck Tribunal Régional de
Thiès) en conférant la qualité à agir à la société Woréseck en se reférant
sur l’article 98 AU.

Il résulte des faits de l’espèce Liotaud et Irène Mauraux avaient contesté


la qualité à agir de la société en ce sens qu’elle était dépourvue de
personnalité juridique.

La question de droit posée au juge est relative à la conséquence de la


personnalité juridique de la société. Autrement dit, la société a-t-elle la
qualité d’agir en justice ?

Pour le juge, la Société Woreseck a été immatriculée au RCCM sous le


numéro 2001B, 1238, elle a donc par conséquent la personnalité juridique
au regard des dispositions de l’article 98 (AUSC-GIE précité).

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Par ailleurs, le juge s’est prononcé sur le patrimoine qui est aussi un
attribut de la personnalité juridique dans l’affaire N°318 SGBS. En effet, la
SGBS a procédé a la saisie de biens qu’elle estime appartenir à la SARL Al
Afifa – alors que les dits biens appartiennent à SAIM, Orion et qu’elle est
nullement débitrice à l’égard de la SGBS qu’elle a racheté toutes les parts
sociales de Moradinir Bourgi dans la SARL, est devenue propriétaire
exclusif de tous les biens saisis à tord par la SGBS.

SAIM assignera la SGBS en distraction d’objets saisis. Ainsi, le juge a


considéré que la société a une personnalité juridique propre que son
patrimoine est par conséquent distinct des patrimoines de ses associés.

En outre, le siège social constitue un élément d’identification de la société.


En effet, toute société délocalisée dans un lieu appelé siège social. Cette
localisation comporte des conséquences, notamment en ce qui concerne la
compétence territoriale. En principe, c’est le siège social qui détermine la
Nationalité de la société.

Ainsi, le juge s’est prononcé dans l’affaire SHYB. SAU contre STE Unitech
Motors SA.

En effet, la société hydraulique de bâtiment et de travaux public SAU, a


assigné la société Unitech motors SA en s’opposant contre l’ordonnance
d’injonction de payer. Pour elle, le juge du Tribunal de Dakar est
incompétent pour rendre une injonction de payer en ce qu’elle a son siège
à Mbour dans le ressort du Tribunal de Thiès et qu’il ne figure pas dans le
Certificat d’Inscription au RCCM.

Pour la société Unitech motors, cette localité est inexistante voir fictif
comme siège.

Il se pose la question de la compétence territoriale du tribunal. Le juge


par application des dispositions des articles 23 à 27 AU qui régissent le
siège social, se déclare incompétent en ce sens que la dite adresse de la
SHIB située à Mbour est du ressort de Thiès. Donc, c’est le Tribunal de
Thiès qui est compétent pour trancher le litige.

Dans cette même ordre d’idée la Cour d’Appel s’est prononcée dans
l’affaire de MantaKraf contre Société de Construction Métallique Africaine
(CMA), les Industries Chimiques du Sénégal (ICS) et le Greffier en Chef du
Tribunal de Thiès.

En l’espèce, la société MantaKraf a assigné les constructeurs Métalliques


Africaines de la CMA en apporter l’autre ordonnance d’injonction de payer
du président de la Juridiction de Thiès.

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La requérante montre que la notification faite sur le site de Mbao entre les
mains d’un de ses techniciens en mission de contrôle des travaux, n’est ni
conforme aux dispositions de l’art 39 allant du code des procédures civiles
à celle de l’article 10 de l’AU / PSR. Elle a en effet soutenu avoir son siège
à Leipzig et par conséquent, la signification devait être faite à ce lieu.

Il se pose la question de savoir, si on peut assigner une société par le biais


de son représentant légal ?

A cette question, le juge répond que par l’affirmative en application de


l’article 39 CPC qui dispose que « les sociétés peuvent être assignées en
leur maison sociale ou au lieu de leur principal établissement et s’il y en a
pas la personne ou au domicile de leurs représentants légaux, en l’espèce
la signification de l’ordonnance d’injonction de payer a été faite entre les
mains du représentant de la société MantaKraf en ses bureaux sis à Darou
Khoudoss et qu’il n’est pas contesté que le contrat liant les parties a été
exécuté au Sénégal, par conséquent, il ne peut être reproché au CMA
d’avoir signifié l’ordonnance à l’un des représentants légaux de la société
MANTAKRAF conformément aux dispositions du texte de la loi susvisée.

Après avoir élaboré le statut des sociétés immatriculées, place sera faite à
l’étude des statuts de sociétés non immatriculées.

PARAGRAPHE 2 : Statut des sociétés non immatriculées

Elles sont au nombre de deux. Il s’agit de la société en participation et de


la société de fait. En effet, il s’agit de société qui ne sont pas allées
jusqu’à terme et auxquelles, manque un attribut essentiel : la personnalité
morale.

Cependant, seule la société de fait sera étudiée ici selon l’article 864
AUSCGIE « il y a société de fait lorsque deux ou plusieurs personnes
physiques ou morales se comportent comme des associés sans avoir
constitué entre elles l’une des sociétés reconnues par l’Acte Uniforme.

Il n’y a donc pas constitution de société. La société se déduit du


comportement de deux ou plusieurs personnes physiques ou morales. On
décèle l’existence d’une certaine affectio societatis.

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Le juge s’est prononcé sur l’existence de cette société de fait dans l’affaire
Antoine Ndiaye contre Joséphine Dioh – Héléne Françoise et dix autres
(Tribunal Régional de Thiès N°125 / 2008 annexe).

Il résulte des faits de cette décision que Antoine Ndiaye a assigné les
sieurs Joséphine Dioh et autres afin de désigner un administrateur
provisoire de la société de fait « le finio » qu’en stipulant, qu’il avait crée
avec Feu Jacques Désiré Diène (leur père) une société de fait dénommée
« le finio ».

Au décès de ce dernier, les héritiers ont continué la gestion de la société et


l’ont écarté en prétextant que « le finio » appartient à leur père.

Suite à cette assignation, les ayants causes soutiennent mal fondées les
prétentions du requérant du fait qu’il n’a excipé aucun document attestant
qu’il était l’associé de leur père.

La question qui se pose est donc relative à la preuve de la qualité


d’associé dans une société de fait.

Il résulte des conclusions du juge que la preuve de l’existence de la qualité


d’associé peut-être prouvée par tous moyens. Etant donné que Antoine
Ndiaye n’a pas suffisamment établi sa qualité d’associé et la lettre dont il
a excipé et dans laquelle feu Jacques Désiré Diène reconnaît sa qualité
d’associé ne précise pas le nom de la personne qui serait l’associé du
défunt. Et donc, il y a lieu de débouter Antoine Ndiaye de ses demandes.

Le juge s’est également prononcé dans ce sens dans l’affaire Alioune


Mbengue contre Bassirou Mbaye, gérant COFREL, Idrissa Mbaye et la
société.

Selon les faits de l’espèce, Alioune Mbengue a assigné solidairement


Bassirou et Idrissa Mbaye et COFREL en paiement.

Alioune Mbengue argumente qu’il société de fait et que les consorts Mbaye
et COFREL sont solidairement et infiniment responsables des dettes de
COFREL.

Et les défendeurs rétorquent que le gérant d’une SARL n’est pas


personnellement responsable des dettes de la SARL.

Le juge répond par l’affirmative en soutenant que les bons de commande


ont été faits par COFREL –SARL jouissant d’une personnalité juridique
propre et distinct de celle des consorts Mbaye; seule la responsabilité de
la société pourra être poursuivie.

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Par ailleurs le juge a écarté l’article 865 AU SC GIE qui dispose que
conformément au régime de la responsabilité applicable aux sociétés en
nom collectif, les associés doivent solidairement et indéfiniment répondre
des dettes de la société de fait et applique le régime des SARL.

Le juge s’est aussi prononcé sur le défaut d’immatriculation dans l’affaire


Elf Oil Sé négal devenu Total Fina Elf Sénégal contre la Société Solutions
Plus (arrêt n°24 CCA Dakar, le 15 Janvier 2004 (Société Elf Oil Sénégal
contre Solutions Plus annexe).

C’est à la suite du jugement rendu le 21 Novembre 2000 par le Tribunal


Hors Classe de Dakar condamnant Elf Oïl Sénégal à payer à la société
Solution Plus la somme de 5 288 000.

La requérante interjette appel et soulève l’irrecevabilité de l’action de la


société Solutions Plus au motif que cette dernière n’a pas de personnalité
juridique parce que non immatriculée, que c’est Moustapha Maurice Bèye
qui est inscrit sous les N°89A6251 et Solutions Plus n’est qu’une enseigne.

Le juge d’appel a infirmé le jugement du Tribunal en se fondant sur les


dispositions de l’article 98 de l’AUSCGIE. Et c’est à l’appui des articles 5
309 et 385 AUSC-GIE que la Cour d’Appel a considéré que la société
unipersonnelle ne peut-être constituée qu’en une SARL ou une SA par acte
écrit.

Il en résulte que Solutions n’a pas de personnalité juridique et par


conséquent ne peut intenter une action en justice.

Le juge s’est en outre prononcé sur le défaut de l’immatriculation de la


société et de ses efforts juridiques.

Dans l’affaire Makha Racine Sy contre Société (Géodis Sénégal Tribunal


Hors classe de Dakar du 25 Juin 2008 N°1379 annexe).

Il résulte des faits de cette décision que la réquérante Makha Racine Sy


Transport a assignée la société Géodis Sénégal en paiement. La requise a
soulevé la nullité de l’assignation et conséquemment l’irrécevabilité de
l’action, car pour elle, l’appellation (Makha Racine SY Transport) désigne
une entreprise individuelle et non une société. Et par conséquent, l’action
ne pourrait être introduite que par la personne physique sous le nom
duquel a été enregistrée la dénomination sociale.

La question qui se pose est relative à la qualité d’agir de société


commerciale.

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Pour le juge, la personnalité juridique confère à la société, un droit d’agir,
voire une qualité pour agir. Et cette personnalité juridique s’acquière par
l’immatriculation.

En l’espèce, faute d’immatriculation de la société Makha Racine Sy


Transport au RCCM ; elle ne dispose pas de personnalité et de ce fait, ne
peut ester en justice. Le juge a par ailleurs déclaré son action irrecevable.

Il en est ainsi également dans l’affaire opposant la société


SIEMENS AG, contre le Directeur Général des Impôts et Domaines.

En l’espèce, il s’agit de la société Siemens AG qui pour les besoins d’un


important marché qu’elle a obtenu auprès de la Sonatel, avait crée une
succursale à Dakar et y a envoyé un personnel pour réaliser les
prestations.

Par la suite, aux fins de calculer de l’impôt sur la société Siemens SA,
l’Etat a considéré que la succursale avait une personnalité destinée de la
société, ce que Siemens a contesté.

Dès lors, il s’est posé la question de savoir si la succursale avait une


personnalité morale distincte de celle de la société mère.

Ainsi, le juge a motivé sa décision en se basant sur l’article 117AUSC-GIE,


qui dispose que la succursale n’a pas de personnalité juridique distincte de
celle de la société ou celle de la personne physique propriétaire.

Et donc, le juge a donné gain de cause à la société Siemens en estimant


que la succursale n’a pas de personnalité morale autonome.

CHAPITRE 2 : les relations entre sociétés commerciales

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De tout temps, les sociétés collaborent entre elles pour la bonne marche
de l’économie. Ainsi les sociétés peuvent se regrouper pour coordonner
leurs activités ou confier à un organe commun le pouvoir de décision
concernant l’activité de chacun des sociétés faisant partie du groupe.

De même, il peut arriver que les sociétés se réunissent pour ne constituer


qu’une seule société (fusion) ou alors que le patrimoine d’une société soit
partagé entre plusieurs sociétés existantes ou nouvelles (scission) voire
qu’une société fasse apport d’une branche autonome d’activité à une
société préexistante ou à créer (apport partiel d’actifs).

Conformément aux arrêts que nous disposons, nous mettrons l’accent


seulement sur les groupes de sociétés (section1) et les apportes partiels
d’actifs (section2).

Section 1 : Les groupes de sociétés

Aux termes de l’art. 173 AUSCGIE, un groupe de société est un ensemble


formé par des sociétés unies entre elles par des liens divers qui
permettent à l’une d’elles de contrôler les autres.

Concernant la notion de contrôle, elle est mise en exergue par les articles
174 et 175 AU qui prévoient la détention effective du pouvoir de décision
au sein de cette société.

Autrement dit, une personne physique ou morale détient le contrôle d’une


société lorsqu’elle détient directement ou indirectement ou par personne
interposée plus de la moitié des droits de vote d’une société ou lorsqu’elle
dispose de plus de la moitié des droits de vote d’une société en vertu d’un
accord conclu avec d’autres associés de cette société.

Les groupes de sociétés ont fait l’objet d’appréciation devant le juge. C’est
notamment l’affaire SNR contre Sonam (Arrêt N°28 du 11 Janvier 2005
annexe).

Il résulte des faits de l’espèce que la Société Nationale de Recouvrement


SNR prétendant être créancier à Sonam VIE avait par avis par tiers
détenteur en date du 31 -03-1993 bloqué les comptes bancaires de la
Sonam IART auprès de plusieurs banques de la place. C’est ainsi que cette
dernière a saisi le juge pour obtenir la condamnation de la SNR en lui
reprochant de ne pas avoir prouvé l’existence du contrat de groupe liant la
Sonam Vie et la Sonam IART.
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Ainsi, la SNR a interjeté appel.

La SNR en effet, pour établir l’existence d’un contrat de groupe invoque


d’abord le PV de l’AG constitutive de la Société Nationale d’Assemblée
Mutuelle Vie en abrégé : Sonam Vie.

Ensuite, les propos du président qui font état d’une complémentarité.

En outre sur l’utilisation des sigles, « Sonam-Vie » et « Sonam IART ».


Enfin, il soutient que le contrat de groupe n’est soumis à aucun
formalisme particulier que lorsque les sociétés participant souscrivent un
contrat de groupe destiné à substituer l’intérêt du groupe à celui de
chacune des sociétés participantes et que c’est dans cette hypothèse
seulement qu’il est exigé un projet de contrat de groupe qui doit être
homologué par le Tribunal régional compétent.

La Sonam par contre soulève que la SNR n’avait toujours pas rapporté la
preuve de l’existence d’un groupe, rajoutant que cette dernière confondait
le contrat de groupes et les ententes entre sociétés.

La question posée au juge était donc relative à la preuve de l’existence


d’un contrat de groupe.

Pour le juge d’appel, en se référant à l’article 174 AUSCGIE qui


dispose : « un groupe de sociétés est l’ensemble formé par les sociétés
unies entre elles par des liens divers qui permettent à l’une d’elles de
contrôler les autres ».

Ce contrôle, au sens l’article 175, code des sociétés, signifie la détention


effective du pouvoir de décision au sein de cette société. Et pour cela, la
détention de plus de la moitié des parts sociales ou des droits de vote de
cette société.

Autrement dit, pour prouver l’existence d’un contrat de société, il faut


prouver que l’une d’elles, contrôle les autres. En qu’en l’espèce, la SNR n’a
pas produit aux débats, l’acte constitutif de contrat de groupe entre la
Sonam et la Sonam-Vie, ni prouvé que l’une de ces deux entités contrôle
l’autre.

Pour conclure, étant donné que le contrat de groupe ne se présume pas, le


juge a confirmé le jugement rendu au motif que la SNR n’a pas prouvé
l’existence d’un contrat de groupe entre la Sonam et la Sonam-Vie.

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Ainsi, après avoir analysé les groupes de sociétés, nous mettrons l’accent
sur l’apport partiel d’actifs pour une vue d’ensemble sur les relations entre
sociétés.

Section 2 : Apport Partiel d’Actifs

Il ressort des termes de l’article 195 AUSC que l’apport partiel d’actifs est
l’opération par laquelle, une société fait apport d’une branche autonome
d’activités à une société préexistante ou à créer. En effet, la société
apporteuse ne disparaît pas du fait de cet apport.

L’article 195 précise également que l’apport partiel d’actifs est soumis au
même régime que la scission.

L’apport partiel d’actifs en effet a suscité un débat au sein de la


Jurisprudence Sénégalaise. L’affaire Société Sénégal Auto contre Guy
Accrombessy (Jugement N°297 du 13 Février 2007 annexe) en est une
illustration.

En effet, la société, via Sénégal Voyage à la suite d’un procès verbal


d’Assemblée Générale extraordinaire du 30 décembre 2002, sur
proposition de son conseil d’administration, fait apport d’une partie de son
actif à la société Sénégal Auto.

C’est ainsi que cette dernière a assigné le sieur Guy Accombessy devant le
Tribunal Hors Classe de Dakar pour le paiement d’une créancière que ce
dernier devait à la société Via Sénégal Auto.

Non satisfait de la décision dudit Tribunal qui a déclaré son action


irrecevable pour défaut à agir, la société Sénégal Auto interjette appel.

Elle prétend être créancière de Guy Accrombessy de la somme de 66400


francs représentant le solde du billet d’avion déjà utilisé. Elle sollicite
l’infirmation du juge en arguant du fait qu’il s’est agi en l’espèce d’une
créance cédée par la société via Sénégal Voyage à Sénégal Auto.

Et aux termes de l’article 190 AUSCGIE, l’apport partiel d’actifs est soumis
au régime de la cession qui entraîne transmission à titre universel du
patrimoine de la société cédante.

Guy Accrombessy, quant à lui sollicite la confirmation du jugement en


soutenant que l’apport partiel d’actifs n’entraîne pas la disparition de la

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société apporteuse, l’opération n’ayant de conséquence qu’au niveau de la
configuration de l’actionnariat. Que l’appelant ne pouvait se prévaloir que
de la cession organisée par l’article 241 du Code des Obligations Civiles et
Commerciales (COCC) qui doit être constatée par écrit et signifié au
débiteur cédé pour lui en être opposable.

Il revenait donc au juge de répondre à la question de savoir si l’apport


partiel d’actifs entraine la subrogation du cessionnaire dans les droits du
cédant.

Le juge par application de l’article 190 AU suscité, conclut à la


confirmation du jugement entrepris. En effet, pour lui, il ne résulte ni du
procès verbal d’Assemblée, ni de l’autorisation d’apport partiel que la
créance sur Guy Accrombessy était cédée à Sénégal Auto. La preuve
n’étant pas établie, la société n’a ni la qualité, ni l’intérêt à agir.

CHAPITRE 3 : Le Fonctionnement des so ciétés


commerciales

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Le fonctionnement est l’une des phases les plus cardinales de la vie d’une
société commerciale. Il se matérialise par la mise en œuvre d’organes qui
chacun joue un rôle particulier nonobstant une certaine coordination.

Ces organes détenant des pouvoirs propres et opposés ont un but


commun, c'est-à-dire l’essor de la société. En effet, chaque pouvoir
octroyé à l’un de ces organes est considéré comme un contre-pouvoir
capable de contrôler voire s’opposer aux décisions prises par l’autre.

Il est dès lors important d’examiner la gestion de la société en temps


normal et en temps de crise de part et d’autre.

Relativement à la première, c'est-à-dire en temps normal, on retrouve les


organes de direction, la collectivité des associés et l’associé pris
individuellement.

Par contre, en temps de crise, on note l’immixtion d’autres organes


appelés pour seconder, pour suppléer les organes précités.

Notons toutefois que la gestion d’une société commerciale diffère selon les
types de sociétés.

Malgré la diversité des sociétés commerciales, il est possible de dégager


un certain nombre de règles communes et des sanctions sont encourues
en cas de non respect de ces règles de fonctionnement.

Nous étudierons dans cette partie, la situation de la société commerciale


en temps normal avant d’examiner celle de la société en temps de crise.

SECTION 1 : la situation des sociétés commerciales


en temps normal
Pour mieux appréhender la situation de la société commerciale en temps
normal, nous verrons d’abord la situation des dirigeants avant d’en arriver
à la situation des associés.

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PARAGRAPHE 1 : la situation des dirigeants

Place sera faite ici à l’étude des pouvoirs des dirigeants sociaux (A) et de
leur responsabilité (B).

A / Les pouvoirs des dirigeants sociaux

Les pouvoirs des dirigeants sociaux sont prévus aux articles 121 à 123
AUSC GIE. Notons au passage que dans les sociétés de personnes (SAS,
ONG), les actes dépassant l’objet social n’engage pas la société
commerciale alors que dans les sociétés de capitaux (SA – SARL), les
actes dépassent social engage ces dernières du moins si le tiers est de
bonne foi.

Sur cette dernière hypothèse, le juge statue en ce sens.

Le juge s’est prononcé sur l’étendu des pouvoirs des dirigeants dans
l’affaire opposant la SARL Modou Coty distributeur à la société STS
Sénégalaises des Services (TRDkar, du 12 – 08 – 08 N°17 – 04). En
l’espèce, le sieur Lucien Fini ex. agent de la STS avait vendu à la société
Coty 4 véhicules pour la somme de 20 000 000 attestés par la facture
comportant le cachet de la société. La STS constatant la qualité du gérant
du vendeur a refusé de livrer les véhicules à la SARL Modou Coty l’a
assigné devant le Tribunal Régional pour entendre ordonner la livraison
des véhicules.

Dans ses prétentions, le défendeur a soutenu que la vente dont se prévaut


la société Modou Koty a été passée par le sieur Fini qui n’avait plus la
qualité de gérant de la société. Elle estime en plus que la vente a été faite
en fraude des droits des associés.

De son côté, la SARL Modou Coty explique en ce que la révocation de Fini


est intervenue qu’après la conclusion de vente faite par celui-ci au nom de
la société dont il est le gérant. Pour elle, la faute commise par les gérants
des sociétés ne saurait être opposée aux tiers de bonne foi qui contractent
avec celle-ci.

La question est de savoir si les actes accomplis par un dirigeant même


révoqué est opposable aux tiers de bonne foi.

16
Le juge en se reférant à l’article 121 AU a répondu positivement à cette
question. D’après lui, « l’égard des tiers, les gérants ou dirigeants des
sociétés ont dans les limites fixées par le présent acte uniforme tout pour
engager la société sans avoir à se justifier d’un mandat spécial et toute
l’imitation de leurs pouvoirs légaux par les statuts est inopposable aux
tiers ».

Par conséquent, la société peut être engagée lorsque les dirigeants


accomplissent des actes n’entrant pas dans l’objet social.

Dans les rapports avec les tiers, la souveraineté sociale externe est totale
sauf si le tiers est de bonne foi. Mieux, même si les statuts contiennent
des clauses restrictives. Les pouvoirs des dirigeants, celles-ci ne sont pas
nuls mais simplement inopposables aux tiers car on peut comprendre que
les dirigeants ne peuvent méconnaître les pouvoirs que la loi leur attribut.

Le juge constatant que Jean Fini a cédé à la société Modou Coty 4


véhicules au moment où il était gérant de la société STS et que la bonne
foi de la SARL est établie, fait application de la disposition de l’article 121
et ordonne à la STS de procéder à la livraison.

Le juge a statué sur les pouvoirs des dirigeants dans une autre affaire
(christine guiseppe / Imprimerie Saint Paul) Tr. De Dakar du 28 février
2003 N°320 et annexes.

Dans cette affaire, l’imprimerie Saint Paule avait conclu un contrat avec la
Dame Guiriye directrice de publication du magazine le casle et gérants
associé du magazine messagerie. A l’échéance, l’imprimerie a acheminé
les facture à Mme Ouirige es nom.

C’est ainsi que cette dernière a intenté une action en opposition.

Elle soutient que c’est la SARL le Câble qui est redevable envers
l’imprimerie qu’elle n’était que gérante associée. Par conséquent, au
regard des dispositions des articles 329 Aliéna1 et 327 de l’AU, elle ne
pouvait être personnellement engagée car la SARL a une personnalité
propre.

La société Saint Paule rétorque que le câble n’est qu’une enseigne de la


dame car toutes les factures ont toujours été à cette adresse.

Le juge devait répondre à la question de savoir si on peut s’engager sur


un dirigeant pour les actes accomplis au nom de la société.

17
Le juge a donné gain de cause à la Dame par application des dispositions
des articles 329 qui donne au gérant de SARL les pouvoirs les plus
étendus pour agir en toute circonstance au nom de la société sous réserve
des pouvoirs expressément attribués aux associés. En effet, pour le juge,
le « câble » est une publication de la messagerie. Dans ces conditions, les
factures libellées au nom « le câble » ne peuvent être dues que par la
société et non par la dame, même si elle est directrice de publication de
« le câble ».

Toujours relativement aux pouvoirs des dirigeants dans les SARL, il résulte
de l’article 329 AUSCGIE que dans les rapports avec les tiers, le gérant est
investi des pouvoirs les plus étendus pour agir.

Il s’y ajoute qu’en cas de cogérance, que l’opposition formée par un


gérant aux actes d’un autre gérant est sans effet lié aux égards des tiers
(article 328, alinéa 3 AU).

Le juge a statué en ce sens dans l’affaire société MGM ICE Creams contre
la SARL ILE Gelato – Artisan glacé.

En effet, le cogérant M. Canionco demandait qu’il lui soit donné acte de


s’opposer à la décision de Babacar Cissé autre gérant de SARL.

Le juge était appelé à résoudre la question relative à l’opposition formulée


par un cogérant.

Contrairement aux dispositions de l’article 838 alinéa 3. Il est établi qu’en


cas de pluralité des gérants, ceux-ci détiennent séparément les pouvoirs
prévus aux présents articles, sauf le droit pour chacun de s’opposer à
toute opération avant qu’elle ne soit conclue.

C’est ainsi qu’il donne acte à Monsieur Canionco cogérant de s’opposer


formellement à la décision du cogérant Babacar Cissé de prendre un
cabinet d’avocat.

Concernant, la limitation des pouvoirs des dirigeants, nous pouvons noter


que ces derniers ne peuvent pas engager une action en justice en leur
nom pour le compte de la société.

Ce principe a fait l’objet d’une décision rendue par le Tribunal Régional


Hors Classe de Dakar (Affaire Achille Zoglo Andela contre société Frais-
Surgelés Glacés N°220 du 01 février 2009 et annexes).

A la suite d’un protocole d’accord, le sieur Kotigan et sa société Frais


Surgelés Glacés se sont engagés à céder au Sieur Andela Directeur de la

18
Société SENECRUS 30% des actions du capital de la FSG contre le
paiement de la somme de 30 000 000 FCFA. La FSG n’ayant pas respecté
le protocole Andela l’a assigné en paiement.

Dans ses prétentions, la FSG soulève l’irrecevabilité de l’action du sieur


Andela pour défaut de qualité à agir en ce sens qui s’était engagé en
qualité de directeur de la SENECRUS.

Il se posait alors la question du sort de l’action de ce dirigeant agissant en


son nom.

Le juge conclut à l’irrecevabilité d’une telle action. En effet, pour lui, il


résulte du protocole que les parties se sont engagées en tant que
Directeur Général de la SENECRUS et PDG de la FSG.

C’est ainsi qu’il a considéré que Andela agissant es nom pour le paiement
d’une somme d’argent due à la société n’a pas qualité à agir.

Dans les sociétés anonymes (SA), la direction est bicephale. En effet, la


SA est dirigée soit par un Présiden Directeur Général (PDG), soit par un
Président du Conseil d’Administration (PCA) et un Directeur Général (DG).
Le PCA est chargé de veiller à ce que le Conseil d’Administration assume le
contrôle de la gestion confiée au DG.

Ces attributions sont fixées par les articles 480 et suivants, mais elles ne
sont pas sans limite.

Sur ce point, le juge d’appel s’est prononcé dans l’affaire de la société


SOSAR Al Amane SA contre le Cabinet Thiaw et associés SARL (CA Dakar
18 Janvier 2007 N°46).

En l’espèce, le PCA agissant au nom et pour le compte de l’Assemblée


Générale ordinaire en révocation du commissaire aux comptes, a vu son
action rejetée pour défaut de qualité.

C’est ainsi qu’il interjette appel. En effet, les actionnaires du Conseil


d’Administration du Président de l’AGO soutiennent que c’est à tord que le
juge des référés a refusé la requête de l’AG en tant qu’initiée par les
Président en ce sens que ce dernier n’a pas besoin d’un mandat spécial
pour agir au nom de l’AGO. En effet, le juge des référés avait soutenu que
le Président du Conseil d’Administration ne pouvait pas, faute d’un mandat
spécial exercer l’action en révocation au nom de l’Assemblée.

19
Il se posait la question de savoir si le Président du Conseil d’Administration
est habilité à agir en justice pour le compte de l’Assemblée Générale.

A cette question, le juge répondait par la négative confirmant le jugement


de référé sur le fondement que le Président ne figure pas sur la liste
énumérée par l’article 731 AUSCGIE.

Paragraphe 1 : la situation des associés

La qualité d’associé confère à leurs titulaires des titres sociaux en vertu


desquels un ensemble de droits leur est reconnu dans leur société. Cela
montre bien l’importance de l’associé dans la société. La société est avant
tout un contrat, les parties contractantes y jouent un rôle essentiel et en
tant qu’organes de celle-ci, ils ont diverses obligations et prérogatives. Par
prérogative, on entend les droits extrapatrimoniaux et patrimoniaux que
nous examinerons successivement.

A – Les droits extrapatrimoniaux

On les appelle aussi, droits extrapécuniaires ou droits politiques, car non


évaluable en argent.

Les droits d’associés déroulent de l’affection societatis. Ce sont des droits


propres ou individuels qui leur permettent d’exercer une influence sur la
société.

En résumé, les associés ont le droit de participer à la vie sociale, de


participer à la prise de décision collective au moyen d’un vote et un droit
d’information très poussé.

En ce qui concerne le droit à la participation, à la vie sociale, on peut dire


qu’il exprime à travers les AG et permet aux associés de contrôler les
organes de gestion et de participer à la prise de décisions importantes
relatives à l’orientation de la vie sociale ou à la modification relatives à
l’orientation de la vie sociale ou à la modification des statuts.

Par ailleurs, l’article 125 de l’AG en fait une obligation. D’après le texte,
tout associé à le droit de participer aux décisions collectives sauf si la loi

20
en dispose autrement. Les décisions collectives posent deux problèmes
majeurs, celui de leur convocation et de la prise de décision dans les AG.

Relativement à la convocation, beaucoup de décisions ont été prises en ce


sens. Dans l’affaire Société Fishing contre SARL MACZEN. La requérante,
la société Fishing a interjeté appel contre l’ordonnance du reféré du
Tribunal Régional de Dakar qui a désigné à la requête de la SARL MACSEN
un mandataire de justice aux fins de convocations à l’AG de la Société
Fishing. La SARL MACZEN forte de 88% des parts de la société a voulu
convoquer une AG pour faire les comptes de la société afin de nommer un
nouveau gérant. La Société Fishing par le biais du gérant Samba Fall a
exposé que MACZEN n’avait aucune qualité à convoquer une AG et qu’il ne
détenait aucune part dans la société. Dès lors, le juge d’Appel devait
répondre à la question de savoir si son associé majoritaire peut demander
la désignation d’un mandataire de justice pour convoquer une AG. A cette
question, le juge a tranché en mettant l’accent sur la preuve de ses parts
sociales.

En principe, un associé détenant la majorité des parts sociales peut


demander en justice un mandataire de justice pour convoquer une
Assemblée Générale. Mais en l’espèce, le juge a considéré que les statuts
de la SARL Fishing ne fait nullement état d’une quelconque part détenue
par MACZEN.

Par conséquent, il refuse à la société MACZEN la qualité pour obtenir


désignation d’un mandataire de justice.

Toujours concernant la demande de désignation d’un mandataire de


justice par un associé, la Cour d’Appel l’a refusé pour motif non fondé.

Dans l’affaire opposant la SNR à M. Daby Diagne, CA Dakar 20 Mai 2008,


arrêt 430 et annexes.

En effet, la SNR avait assigné Moussa Daby Diagne pris es qualité de PCA
de la société Tourisme du Fleuve (STF) pour entendre désigner un
mandataire de justice aux fins de convocations d’une nouvelle AG mixte
dans le but de statuer sur les points de l’ordre du jour fixé le 28/11/2002,
à l’exception du point relatif à l’approbation des comptes des exercices
1985 à 2001.

La SNR prétend qu’à l’issue de cette Assemblée Générale, un Procès


Verbal n’a jamais été signé, faute d’accord entre les parties et que le
Procès Verbal établi ne reflétait pas la réalité. Elle (SNR) observait
également que l’article 516 – 2 prévoyant la désignation d’un mandataire

21
ne s’appliquait qu’en cas de défaut de convocation par le Conseil
d’Administration ou le commissaire au compte ou l’administrateur, un tel
article pouvait s’appliquer en cas de désaccord des parties également
aboutissant au défaut de signature de PV. En revanche, monsieur Daby
estime que la contestation du PV de l’Assemblée Générale, ne saurait
justifier la désignation d’un mandataire de justice.

Le défaut de signature d’un PV pour désaccord peut-il entraîner la


désignation d’un mandataire pour convoquer une nouvelle Assemblée
Générale.

A cette interrogation, le juge a répondu par la négative en se référant à


l’article 516 – 1 et 2. L’article 516-1 dispose que l’Assemblée Générale est
convoquée par le Conseil d’Administration et l’administrateur général.
L’article 516-2 précise qu’à défaut elle peut être convoquée par un
mandataire de justice désigné par le président de la juridiction
compétente à la demande de tout intéressé soit d’un ou plusieurs
actionnaires représentant au moins 1/10ème du Capital Social.

Le juge après avoir rappelé les dispositions susvisées a considéré que ces
dernières ne sauraient être invoquées en l’espèce puisque l’Assemblée
Générale a été régulièrement convoquée et tenue même si les Procès
Verbal relatant ces travaux est contesté.

Dès lors, il a débouté la SNR.

La demande de désignation d’un mandataire de justice par un associé a


encore suscité une réponse du juge. Il en est ainsi dans l’affaire opposant
Mme Corinne Picard à Monsieur Alfred Dacosta N°59-06 du 16 Mars 2006.

Tribunal Régional Thiès annexe.

En l’espèce, Mme Corinne Pica avait crée une SARL dénommée


« Résidence Vacances Internationales » au Capital de 1 000 000 et ayant
son siège social à Mbour Saly Portudal, Immeuble Karaok avec Mme
Mireille Buresi et M. Alain Alfred Dacosta. Ce dernier a été désigné comme
gérant statutaire. Mais suite à d’importantes fautes de gestion relative à la
non-convocation et la non tenue du bilan, Dacosta a été assigné ou
condamné par le Tribunal Correctionnel de Thiès. Ayant pris la fuite en
quittant le territoire, la société se retrouve sans gérant.

C’est ainsi que Mme Corinne Picard associé dans la société à solliciter par
application des articles 326 Alinéa et 337 Alinéa de l’AU/SC la révocation
audit gérant et la désignation d’un mandataire de justice afin de
convoquer une assemblée générale avec comme ordre du jour la

22
nomination d’un nouveau gérant et questions diverses. La question qui
s’est posée est de savoir est ce qu’une telle situation est de nature à
justifier la désignation d’un mandataire de justice pour convoquer
l’Assemblée Générale.

Pour le juge, la société « Résidences Voyages Internationales » étant sans


gérant au Sénégal, lieu de son siège, il y a un motif juste et légitime
justifiant au regard des articles 346 et 337 de l’AU/SC, la révocation de
Alain Dacosta en qualité de gérant et la désignation de Ndèye Lissa Barry
comme mandataire afin de procéder à la convocation de l’Assemblée
Générale de la dite société.

L’organisation des décisions collectives pose le problème de la convocation


des Actionnaires et de la délibération des Assemblées qui font l’objet de
procès verbaux.

A propos de la convocation des actionnaires, celle-ci est faite sur première


convocation 15 jours au moins et 6 jours pour les convocations suivantes,
convocation avant la réunion de l’Assemblée par avis inséré dans un
journal habilité à recevoir des annonces légales.

Cependant, l’irrégularité de la convocation est sanctionnée par la nullité de


l’Assemblée Générale à moins que tous les actionnaires aient participé à
l’Assemblée ou s’y soient faits représentés : article 519 – 4 AUSCGIE.

Corolairement, l’annulation d’une Assemblée Générale entraîne


directement l’annulation d’un Procès Verbal.

Le juge s’est prononcé sur ce dernier dans l’affaire Ermes Loschi contre
SARL OMNIUM ING International Immobilière du Sénégal N°51/2005 du
29.06.2006 Annexe… Tribunal Régional de Thiès.

Par Assemblée Générale Ordinaire du 06 Décembre 2004, M. Ermès Loschi


est démis de ses fonctions de la société OMN / UN SARL. C’est ainsi qu’il
saisit le juge aux fins d’annulation des PV de la dite Assemblée.

Ermès Loschi prétend que les PV étaient nuls pour avoir violé les textes
légaux statutaires et pour abus de majorité qu’il n’a jamais démissionné,
qu’il est révoqué sans juste motif et sa révocation n’était pas à l’ordre du
jour.

Dans la réplique, les défendeurs soutiennent que Loschi n’a pas


démissionné mais révoqué par Assemblée Générale et que la révocation
d’un gérant sans juste motif n’est pas une cause d’annulation d’un Procès
Verbal d’Assemblée Générale.

23
En outre, le gérant qui n’a pas convoqué une Assemblée Générale pendant
5 ans a commis une faute de gestion et donc ne peut soutenir qu’il a été
révoqué sans juste motif. Et l’annulation des PV ne peut être faite que sur
des causes prévues par la loi.

La question est relative aux causes d’annulation d’un procès verbal d’une
Assemblée Général.

Le juge conclut à la validité du procès verbal de l’Assemblée Générale en


déboutant Loschi de sa demande. Pour lui en effet, l’abus de majorité
prévu à l’article 130 de l’Acte uniforme impose une décision prise dans
l’unique volonté des majoritaires et contrairement à l’intérêt social et que
cet abus doit être prouvé.

En outre, s’agissant de l’argument relatif à l’absence de justification de la


révocation, le juge dit que le gérant n’est pas révocable adnutum, sa
révocation doit être causée et donc l’absence de juste motif n’est pas une
cause d’annulation d’une Assemblée Générale.

24
CHAPITRE 4 : La Dissolution

La dissolution de la société est l’acte de décès de la société commerciale.


Autrement dit, elle prononce et constate la disparition de lettre sociale.
Par ailleurs, elle n’est pas sans conséquence.

Nous examinerons d’une part les causes de dissolution et ses effets


d’autre part.

Section 1 : Les causes de dissolution

Elles sont nombreuses. Cependant, on peut les classer en trois catégories :


les causes de dissolution de plein droit, des causes de dissolution de juste
motif et la réunion de toutes les parties sociales en une seule main.

L’article 60 AU à propos de cette dernière cause de dissolution dispose : «


la réunion de toutes les parts sociales en une seule main, n’entraîne pas la
dissolution de plein droit de la société. [Mais] tout intéressé peut
demander cette dissolution si la situation n’a pas été régularisée dans le
délai maximal d’un an… »

Cependant, cette cause de dissolution ne sera pas examinée.

Paragraphe 1 : La dissolution de plein droit

Les statuts peuvent prévoir la dissolution de la société mais aussi les


associés peuvent en décider ainsi.

Concernant les statuts, ceux-ci peuvent prévoir des causes de dissolution


(art 200-7 AUSCGIE).

Il en est ainsi dans l’affaire Diaraf Keindé contre Société TubeTech S.A
(N°1580 du 08 Juillet 2008 annexe). La société Tubetec dont l’objet social
est la production de tuyaux, la réhabilitation de la canalisation, les
bâtiments et les travaux publics a été crée le 10 mars 2000. En 2004, elle
rencontre des difficultés de fonctionnement lié à la rareté des marchés.
L’absence de ressources des bénéfices et les pertes contractées dans les

25
états financiers de synthèse n’ont pas permis à la société de faire face à
ses engagements.

Mais, cette situation qui a amené Diaraf Keindé principal actionnaire de


ladite société à solliciter sa dissolution conformément aux dispositions de
l’article 200 et suivants de l’AUSCGIE et l’art.55 des statuts.

Dès lors, le problème de droit était relatif aux causes de dissolution


prévues par les statuts.

Le Tribunal s’est fondé sur l’art 200-7 AUSCGIE aux termes duquel, la
société peut prendre fin par toute cause prévue dans les statuts. Lesquels
statuts de la société Tubetech SA, en son article 55, prévoient que si du
fait des pertes constatées dans les états financiers de synthèse, l’actif net
de la Société devient inférieur à la moitié du capital social, tout intéressé
peut demander au Tribunal la dissolution de la société.

Le juge s’est également proposé dans le même sens dans l’affaire société
Apostrophe Sénégal SA. contre le groupe d’imprimerie Sénégalaise GIS et
Moussa Diokhané, es qualité de liquidateur de la société GIS.

Les faits sont les suivants : la GIS a fait l’objet d’une dissolution anticipée.
Cette décision a été prise par l’Assemblée Générale. Et Moussa Diokhané
était désigné liquidateur.

Quant à la Société Apostrophe Sénégal SA est créancière de la société de


la GIS. Et c’est en ce titre elle intente une action en recouvrement
solidaire contre la société et le liquidateur en paiement. Et s’en tenant à
son assignation, la société Apostrophe a fait valoir que Moussa Diokhané a
été nommé liquidateur de la société alors qu’à ce jour, il n’a proposé
aucun plan de redressement ; et créancière de la GIS liquidée en dehors
de toute procédure légale.

Se posait alors la question de savoir si la dissolution par l’Assemblée


générale est valable.

A cette question, le juge a répondu par l’affirmative en s’appuyant sur


l’article 200-4 qui dispose que : « la société prend fin… par décision des
associés aux conditions prévues pour modifier les statuts ». En l’espèce, il
s’agit de l’Assemblée Générale extraordinaire.

Le juge a en effet précisé que même la dissolution n’est pas judiciaire, elle
est conforme aux règles de dissolution pour les sociétés par l’art.200.

26
La société peut aussi être dissoute lorsque l’objet social est devenu sans
impossible ou illicite. Autrement dit, en cas d’extinction de l’objet social, le
juge a admis cette cause de dissolution dans l’affaire Ange Billong gérant
de la Bill Bad International BBI SARL (tribunal Hors Classe de Dakar du
06 juin 2008 n°1210/08 annexe)

Il résulte des faits de l’espèce que Ange Billong est gérant de ladite
société avait par le biais de l’Assemblée Générale décidée de la dissolution
de la société après avoir constaté l’extinction de l’objet social.Une telle
décision avait été prise à la suite des pertes de capitaux très importantes
causées par la cessation d’activité.

A la suite des faits de l’espèce, il en résulte que le problème est relatif à la


dissolution de plein droit. Autrement dit, l’extinction de l’objet social peut-
elle entrainer la dissolution anticipée de la société ?

Le juge a tranché le litige en admettant la dissolution anticipée.

Après avoir analysé les causes de dissolution de plein droit, il s’avère utile
de mettre l’accent sur les causes de dissolution pour juste motif.

Paragraphe 2 : La dissolution pour juste motif

L’art 200-5 dispose que : « [la société prend fin par :] la dissolution
anticipée prononcée par la juridiction compétente à la demande d’un
associé pour juste motif, notamment en cas d’inexécution de ses
obligations par un associé ou de mésentente entre sociétés empêchant le
fonctionnement normal de la société ».

La mésentente quant à elle, conduit à une disparition de l’affectio


societatis. Mais il faut que la mésentente paralyse le fonctionnement de la
société.

La mésentente en effet, a fait l’objet d’une analyse profonde de la part du


juge.

Dans l’affaire la société – Promotion SenGabel SA, Pascal Louis Valentin –


Luc Francine Constant – Celerier, Mme Ines Antoine Armand M. G. Smets
– Martine Adolphe – Rosalie Danheux contre Messieurs Mballa Sèye,
Mamadou Moustapha Kane, est une illustration : (arrêt N°631 du 21 Juillet
2007 annexe).

27
La société SenGabel SA, créée par acte notarié le 29 novembre 2001,
avait comme objet entre autres, la réhabilitation sur la petite côte d’un
projet de construction de 179 villas et duplex. Son capital était réparti
entre Ives Antoine Armand M.G. Smest, Luc Francine Constant Celerier,
Pascal Pierre Louis Valentin, Martin Adolphine Danheur et Mballo Sèye.
Tous cinq, disposant de 200 actions chacun.

Dès le début de fonctionnement, certaines difficultés se sont posées


amenant Mballo Sèye et Moustapha Kane, qui a reçu de Pascal Pierre,
Louis Valentino et Luc Francine, Constant Celerier 250 actions, à saisir le
juge d’instance le 5 juin 2003 en dissolution de la société et ont obtenu
gain de cause.

C’est ainsi que Pascal Louis Valentin et d’autres ont interjeté appel. Ils
soutiennent qu’aucune mésentente de nature à justifier la dissolution de la
société n’existe.

Mais les intimés soutiennent le contraire en indiquant en outre le retrait


des mandats à Mballo Sèye, l’accès au chantier qui leur avait été interdit
et la non tenue de l’Assemblée générale depuis 2003.

Et le juge se devait de répondre à la question relative à l’existence de la


mésentente.

A cette interrogation, la Cour répond par l’affirmative pour confirmer le


jugement rendu. En effet, c’est au regard de l’article 200 AU que le juge
constate une mésentente qui entraine un disfonctionnement de
l’entreprise et par conséquent ordonne la dissolution de la dite société.

Cette solution constitue la confirmation de la décision rendue par le


Tribunal Régional de Thiès (n°155 du 12 mai 2005 Mamadou Mballo Sèye
contre SenGabel annexe) en ce sens que le juge avait constaté une
mésentente notoire installée au sein de la société.

En outre, la mésentente à également fait l’objet d’une décision dans


l’affaire opposant Guissepp Guarisco, Marco Guarisco, Laurent Dubois
contre la société Style Italia SARL (N°221 du 01 février 2004 annexe)
dont les faits se présentent comme suit :

Les parties avaient crée les statuts d’une SARL dénommée Style Italia,
dirigée par deux cogérants, notamment Boubacar Ndiaye et Laurent
Dubois.

28
Du fait de l’éloignement géographique de ce dernier, Boubacar Ndiaye
gérait la société en en faisant des libéralités sur les marchandises sans en
informer Dubois, entraînant ainsi la léthargie au sein de la société.

Les demandeurs détenant la majorité du Capital souhaitent la dissolution


anticipée de la société sur la base des articles 206 et 284 AU.

La question porté devant le juge était la suivante : le juste motif ou la


mésentente peut-elle entraîner la dissolution anticipée d’une société ?

Et donc, par application de l’article 200-5 AU, le Tribunal a répondu


positivement. En effet, aux termes de ces dispositions, la société prend fin
par la dissolution anticipée prononcée par la juridiction compétente à la
demande d’un associé ou de mésentente entre associés, empêchant le
fonctionnement normal de la société.

Ainsi, la mésentente conduit à la disparition de la volonté de s’associer.


Mais, il faut que la mésentente paralyse le fonctionnement de la société.

Il a par ailleurs sur ce fondement, prononcé la dissolution de la société


Style Italia.

Dans ce même sillage, le juge a appliqué l’article 200-5 dans l’affaire


opposant Nick Begué Jeandat à la société Soprocer (N°672 du 16 avril
2002) du Tribunal de Dakar, puisqu’il s’agissait de mésentente entre
associés.

Toutefois, le juge avant de prononcer la mésentente doit à priori


examiné l’existence d’un juste motif.

La preuve de cette mésentente fait souvent défaut. Tel en est le cas dans
le litige opposant M. Mengouchi à Karim Daniel Lecardonnel (N°162 du 23-
01-08-TR Dakar annexe).

Il résulte des faits de l’espèce que le sieur Mengouchi a soutenu avoir créé
avec le requis Lecardonnel , une SARL dénommée « Institut de formation
Personnel Navigant Cabine – Afrique » (IFNPA Afrique) et avoir détenu les
70% des parts.

Il a ensuite été désigné comme gérant statutaire de ladite société. Il


soutient par ailleurs pour son associé unique installé au Maroc ne répondit
plus aux convocations et ne se mèle guère aux activités sociales. Il
soulève devant le Tribunal le dysfonctionnement de la SARL entrainée par
la mésentente existant entre lui et son associé unique conséquemment la

29
dissolution anticipée de la société sur le fondement de l’article 200-5
AUSCGIE.

La q u es tio n é tait re lative à la p reu ve d e l’e xis ten ce d e l a


mésentente.Autrement dit, est-ce la mésentente invoquée par un associé
peut-elle entraîner directement la dissolution anticipée de la société
commerciale.

En effet, si la dissolution de la société est prononcée à la demande d’un


associé pour juste notamment en cas d’inexécution de ses obligations par
un associé ou mésentente entre associé empêchant le fonctionnement
normal de la société (art.200-5 AUSCGIE), l’actionnaire demandeur doit
établir la preuve de la mésentente.

Ainsi, sur le fondement de l’absence de preuve, le juge déclare mal fondé


la demande de dissolution anticipée introduite par Mengouchi.

Il s’est en outre référé à l’article 338 AU relative aux modalités de


convocation, notamment aux conditions de la loi (15 jours au moins avant
l’Assemblée Générale) et de forme (lettre au porteur ou lettre
recommandée).

Par ailleurs, le demandeur qui invoque la mésentente doit être de bonne


foi. C'est-à-dire qu’il ne doit pas être l’auteur de la mésentente. En effet,
un associé ne peut pas se prévaloir de la cause de dissolution qu’il a lui-
même crée.

D’ailleurs, en cas de mésentente, il est aujourd’hui possible d’exclure


l’associé qui est à l’origine lorsque les fondateurs ont prévu une clause
prévoyant l’exclusion mais si et seulement si les causes d’exclusion sont
réunies.

Vu l’importance de la société du point de vue économique et


sociale du point de vue économique et sociale, la preuve de la mésentente
pouvant amener à la dissolution doit être établie.

C’est dans ce sens que le juge s’est prononcé dans l’affaire N°1149 du 26
Juin, Sieur Nabi Younoussa Touré, Mamadou Dia et autres contre la SARL
ICOTRAX. En effet, dans la gestion de ladite société, il a été constaté des
détournements et de nombreuses fautes de gestion de la part du gérant,
que ses manquements ont été constatés et relevés par les administrateurs
lors de l’Assemblée Générale.

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Eu égard à ceci, plaintes et action en justice, croisées entre le gérant et le
PCA et interdiction d’accès des locaux par le gérant, installent un climat de
tension au sein de l’entreprise.

C’est à la suite que les demandeurs intentent une action aux fins d’obtenir
la dissolution pour mésentente.

Au service de leurs arguments, ils allèguent la mésentente qui conduit à


un dysfonctionnement. Tandis que la société leur oppose d’une part que
seules les demandeurs prétendent à la dissolution de la société qui
fonctionne normalement. D’autre part, que ce sont eux qui sont placés
sous mandat de dépôt.

Se posa alors la question de savoir si la mésentente est-elle avérée ou


justifiée.

Le juge a répondu par la négative en écartant l’application de l’article 200-


5 AU en se fondant sur une contradiction manifeste qui laisse entrevoir
que les arguments des demandeurs ne sont nullement établis.

En conclusion, il est à noter que la dissolution d’une société en raison de


l’enjeu revêt un caractère grave et doit par conséquent être
rigoureusement assises sur des éléments objectifs de nature à perturber
effectivement le bon fonctionnement de la société.

Après avoir mis l’accent sur les causes de dissolution, il s’avère utile
de s’appesantir sur les conséquences de la dissolution.

Section2 : Effet de la dissolution : la liquidation

La conséquence directe de la dissolution demeure la liquidation. En effet,


un liquidateur doit être nommé afin d’effectuer les opérations de
liquidation.

Concernant le liquidateur, l’art.206 AUSCGIE et suivants dispose :


« lorsque la liquidation est décidée par les associés, un ou plusieurs
liquidations sont nommés ».

La nomination varie selon les types de sociétés. Dans les SNC, il est
nommé à l’unanimité des associés. Dans les SCS, à l’unanimité des
commandités et à la majorité en capital des commanditaires.
Dans les SARL, à la majorité en capital des associés.

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Dans les SA, enfin, aux conditions de quorum et de majorité prévues pour
les Assemblées Générales Extraordinaires (AGE).

Il est à noter qu’aussi qu’il est révoqué selon les mêmes formes.

De même, l’article 208 AUSCGIE dispose que : « si les associés n’ont pu


nommer un liquidateur, celui-ci est désigné par la décision de justice à la
demande de tout associé… »

Sa durée ne peut excéder trois ans, mais avec une possibilité de


renouvellement sous contrôle judiciaire art.297 AUSCGIE.

Relativement, à notre étude, il convient de relever que pour tous


les arrêts ayant fait l’objet d’une dissolution, un liquidateur a été nommé
(lister les différents arrêts).

Toutefois, il s’avère judicieux de s’appesantir sur les décisions


statuant spécifiquement sur la liquidation.

Dans l’affaire Ange Billong gérant de Bill Bad International (BBI) SARL, en
est une suite logique. En l’espèce, la BBI SARL a connu des pertes très
importantes de capitaux propres devenus de plus de la moitié du capital
social comme en attestent les états financiers de l’année 2003.

Ainsi, Ange Billong en sa qualité de gérant de la société BBI SARL a saisi


le Tribunal Hors Classe de Dakar aux fins d’obtenir la liquidation de ladite
société et la désignation des organes de procédure.

Ange Billong soutenait avoir décidé en sa qualité d’associé unique et de


gérant de la dissolution de la société BBI SARL par procès verbal de
l’Assemblée Générale Extraordinaire en date du 15 Juin 2003 après
constatation de l’extinction de l’objet social de ladite société.

Mais, il s’avère que le Cabinet Conex Afrique chargé des formalités légales
de liquidations a omis de procéder à la publicité requise par l’article 266
AUSCGIE.

Dès lors, se posait la question de savoir si la liquidation et la désignation


des organes de la procédure pouvait être prononcée nonobsantant le
défaut des formalités légales de publicité.

A cette question, le juge a répondu par l’affirmative en application de


l’article 223 AUSCGIE. Le Tribunal a ordonné la liquidation de la société et
a désigné M. Ibrahima Touré pour effectuer les opérations dans un délai
de trois ans maximum. Mais aussi, la Cour a précisé que ladite décision

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devra être publiée dans un journal d’annonces légales dans un délai d’un
mois, à compter de son prononcé.

Dans le même sens, le juge s’est prononcé sur l’opposabilité de la décision


de nomination du liquidateur dans l’arrêt N°198 du 08 mars
2007(annexe) : la société TCI Africa contre le liquidateur de la société
Dakar Marine du Port Autonome Dakar– Armement Hurtwood Maritime –
la société Atlantic Shipping, capitaine du Navire – Kano – la société
Senousiap, devenue Géodis.

En l’espèce, au cours de son accostage au poste 13 et 14 février 1998, le


navire Kano consigné par la société SENOUSIAP devenue GEODIS
Overseas a heurté le navire Leona 1 amarré aux quais Selmer de Dakar
Marine qui a immédiatement commencé à couler.

Par ailleurs, le 26 Mars 1998, le Port Autonome de Dakar PAD a mis en


demeure la société Atlantic Shipping, consignataire du Léona 1 de
procéder au relèvement de l’épave et à son remontage au banc de la
résolue pour son immersion. C’est ainsi qu’un certain nombre de
demandes ont été introduites entre autres celles du liquidateur.

A propos du liquidateur, l’opposabilité de la décision de sa nomination et la


durée de ses opérations de liquidation ont été soulevées.

Ainsi, la TCI Africa demanderesse a soutenu que le liquidateur n’avait pas


qualité à agir car la décision de sa nomination n’a pas fait l’objet d’une
publication dans un Journal d’Annonces Légales (JAL) afin d’être
opposables aux tiers.

En outre, selon la demanderesse, le liquidateur a violé l’obligation légale


de clôturer ses opérations de liquidation dans un délai de trois ans à
compter de la dissolution de la société Dakar Marine.

Quant au liquidateur de cette dernière, il sollicite la confirmation du


jugement sur la responsabilité de la TCI Africa en soutenant que tous les
documents légaux ont été produits pour justifier la qualité à agir du
liquidateur. Aussi, il précise que la requérante ne s’est jamais opposée à la
nomination du liquidateur.

La question était : le non respect de la durée des opérations de liquidation


et le défaut de publication de la décision de nomination peuvent – ils
entrainer l’irrecevabilité de l’action de ce dernier ?

Le juge a répondu négativement. Pour lui, dès lors que la société TCI
Africa n’avait pas contesté la qualité du liquidateur, ni la violation de

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l’obligation de publier l’acte de nomination du liquidateur dans un Journal
d’Annonces Légales (JAL) et de l’obligation de clôturer la liquidation dans
un délai de trois ans à compter de la dissolution prévue par les articles
212 et 216 AUSCGIE, ne saurait être prononcée.

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