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A Abondamment présents sur le marché, les traitements destinés à assainir les maçonneries chargées en sels ne

semblent pas toujours apporter de solution efficace, certains parce qu’ils ne conviennent pas aux maçonneries appa-
rentes, d’autres parce qu’ils sont disqualifiés pour un usage sur des édifices historiques. Dans bien des cas, des limites
techniques peuvent causer des problèmes.

CT Gros œuvre
Traitement des maçonneries chargées
en sels : nouvelles techniques ?
✍✍ Y. Vanhellemont, ir., chef adjoint du laboratoire ‘Rénovation’, CSTC
S. Herinckx, ir., chercheur, laboratoire ‘Rénovation’, CSTC

1 INTRODUCTION une maçonnerie. Les sels solubles se com-


posent d’ions positifs ou négatifs doués d’une
Les désordres liés à la présence de sels, certaine mobilité et susceptibles d’être éjectés
lorsqu’ils ne peuvent être résolus, peuvent du matériau sous l’effet d’un champ électrique.
également s’opposer à certaines interventions. Variante de la technique des compresses rela-
Il est, par exemple, déconseillé, dans de telles tée dans CSTC-Contact [5], l’électrophorèse
conditions, de traiter la façade au moyen de offre l’avantage potentiel d’en accélérer sen-
produits hydrofuges ou antigraffiti. On peut par Fig. 2 Dispositif d’essai mis en place pour l’élec-
siblement le processus, tout en nécessitant
trophorèse. Le courant diffusé au travers des
contre envisager l’application d’un système de moins de main-d’œuvre. éprouvettes est mesuré en continu au cours de
peinture perméable à la vapeur, à condition de l’essai.
s’accommoder d’un résultat peu esthétique et Des procédés similaires sont proposés sur le
de se plier à des entretiens très fréquents. marché, mais ne sont utilisés que dans le but
d’assécher les maçonneries et non d’en extir- 2.2 Humidité du substrat
Les photos reproduites aux figures 5 à 10 per les sels. L’assèchement des murs par le
(p. 3 et 4) donnent un aperçu des différents biais de champs électriques est une méthode Le substrat doit être humide car la migration
types de désordres que peuvent occasionner qui n’a pas prouvé son efficacité à ce jour. des ions ne peut avoir lieu qu’en présence
les sels, que ce soit dans une maçonnerie ou d’eau. Le traitement est donc particulièrement
sur des éléments métalliques. Par contre, l’électrophorèse, très prometteuse indiqué pour éliminer des sels après une injec-
sur le papier, s’est révélée efficace en labo- tion contre l’humidité ascensionnelle. Cette
Quatre traitements susceptibles de suppléer ratoire également. Les essais font apparaître, exigence est cependant à relativiser : le pro-
les techniques déjà évoquées dans CSTC- selon le substrat et la nature des sels, une cédé s’avère en effet tout aussi efficace sur
Contact 2011/2 [5] ont été testés en labora- capacité d’extraction de plus de 60 % de la des substrats présentant un taux d’humidité
toire dans le cadre d’une recherche collective quantité de sels initiale dans un délai d’à peine de 3 % en masse, considéré comme inoffensif
subsidiée par la Région flamande et menée en une semaine. La technique connaît cependant dans la pratique. Il est à noter que le recours à
collaboration avec l’IRPA (Institut royal du d’importantes limites que nous commentons cette technique ne se justifie pleinement qu’à
patrimoine artistique) et le département ‘Phy- ci-après. condition d’avoir pris des mesures préalables
sique du bâtiment’ de la KULeuven (Univer- pour empêcher tout apport ultérieur d’humi-
sité catholique de Leuven), à savoir : dité et de sels.
• l’électrophorèse (§ 2)
• la fluatation (§ 3, p. 2)
• le recours aux inhibiteurs de cristallisation 10 V
sac plastique scellé
2.3 Dispositif d’essai
(§ 4, p. 3)
électrode
• la transformation des sels en substances Les éprouvettes testées avaient une épaisseur
moins pathologiques (§ 5, p. 4). ouate humidifiée de 4 cm et le champ induit était homogène
éprouvette (deux électrodes plates de mêmes dimensions
Nous attirons l’attention du lecteur sur le fait que l’éprouvette, appliquées sur deux côtés
que le présent article se fait l’écho d’une cam- opposés). Or, ce dispositif ne reflète pas les
pagne d’essais menée en laboratoire et que les conditions réelles, puisque les maçonneries
techniques évoquées ne sont pas directement sont beaucoup plus épaisses. Il est possible de
applicables sur chantier. compenser cette différence en n’intervenant
que d’un seul côté du mur et en utilisant alter-
nativement des conducteurs à électrodes posi-
2 L’ÉLECTROPHORÈSE A tives ou négatives. Dans ce cas, le traitement
ne s’avérera sans doute efficace que sur une
2.1 Principe d’action Fig. 1 Principe de l’électrophorèse : une tension de profondeur équivalant à la largeur d’une élec-
10 volts est appliquée pendant une semaine sur
trode, ce qui peut suffire amplement.
une éprouvette humide de 15 x 15 x 4 cm3 dans
Cette technique se propose d’utiliser un champ laquelle on incorpore au préalable une quantité
électrique afin d’extraire les sels présents dans précise de sels (NaCl ou Na2SO4) et d’eau. En effet, dans une maçonnerie sèche, les sels

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présents dans la masse sont immobilisés, car à 70
l’abri des fluctuations de l’humidité ambiante. NaCl
60

% moyen de sels éliminés pour un


En choisissant des conducteurs plus larges,
Na2SO4

taux d’humidité initial de 3 %


l’assainissement pourrait s’opérer plus en pro-
50
fondeur, mais il sera aussi plus lent. Avec des
conducteurs minces, le processus sera superfi-
40
ciel et plus rapide. Il nous paraît utile de souli-
gner que cette configuration n’a pas été testée 30
et que nos conclusions en la matière sont pure-
ment qualitatives. 20

10
2.4 Dissolution des sels
0

Savonnières
Massangis

Silicate de
L’électrophorèse produit une dissolution des

Brique
Euville

calcium
sels : les ions sont disloqués, chassés du maté-
riau, puis transformés en un autre composé.
Le processus transforme simultanément une
certaine quantité d’eau, générant un cocktail Fig. 3 Pourcentage de sels éliminés par électrophorèse en fonction du substrat et
agressif de substances chimiques au droit des de la nature des sels.
électrodes, à l’extérieur de la maçonnerie. Ain-
si, lors de l’élimination du chlorure de sodium,
par exemple, il se forme, à l’électrode positive,
de l’oxygène ainsi que du gaz chloré dont une efficace sur les ions de chlorure, plus mobiles, 3 LA FLUATATION
partie s’échappe dans l’atmosphère et l’autre que sur les ions de sulfate. Les performances
reste en solution. Les ions d’hydrogène de- médiocres sur l’échantillon de silicate de cal- Ce procédé consiste à utiliser des fluosilicates
meurent, eux aussi, en solution, mais s’allient cium s’expliquent probablement par la struc- provenant d’ions métalliques divers (fluosi-
aux ions de chlore encore présents pour for- ture poreuse du matériau (présence de pores de licates de zinc, par exemple) pour améliorer
mer de l’acide chlorhydrique (esprit-de-sel). moins de 0,1 µm). le comportement hygroscopique de certains
Ce milieu oxydant altère fortement les maté- nitrates et réduire leur mobilité. Le principe
riaux constitutifs du substrat (s’il est composé Sur le diagramme de la figure 4, qui représente d’action repose sur une sorte d’encapsulation
de calcaire), mais aussi ceux de l’installation le taux d’élimination des sels dans des substrats des sels visant à limiter leur contact avec l’air
même (électrodes). en brique et en silicate de calcium présentant et donc à freiner leur tendance à se mettre en
des taux d’humidité différents, on remarque équilibre hygroscopique avec l’humidité am-
A l’électrode négative se produit le proces- que la technique est plus performante sur les biante. Selon le substrat, il en résulte une ré-
sus exactement inverse : libération d’hydro- éléments très humides. Toutefois, l’efficacité duction de l’absorption d’humidité hygrosco-
gène et mise en solution d’ions d’hydroxyde sur briques se révèle déjà excellente pour un pique de près de 70 %, bien que l’on observe
conduisant à la formation d’une solution taux d’humidité de 3 % en masse (surtout dans des valeurs très atypiques tant vers le haut
d’hydroxydes métalliques en milieu très alca- le cas du NaCl), une valeur considérée en pra- que vers le bas. Le procédé appelle un certain
lin. Si cette réaction n’est pas préjudiciable à tique comme proche de l’état sec. nombre de remarques, formulées ci-après.
la brique, elle n’est pas sans risque pour des
matériaux organiques tels que des couches pic-
turales présentant une valeur historique (pein-
tures à l’huile, par exemple).

La production de gaz combustible (hydrogène)


80
et toxique (gaz chloré) au cours de l’électro-
phorèse exige par ailleurs une bonne ventila-
70
tion des locaux.
% moyen de sels éliminés pour un
taux d’humidité initial de 3 % et de 8 %

NaCl
60
Na2SO4
2.5 Résultats d’essai
50

Bien que le procédé ne permette pas d’éliminer


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40
complètement les sels du substrat, on constate
néanmoins une amélioration sensible de la
30
situation. La présence de sels n’est en effet pa-
thologique qu’à partir d’une certaine concen-
20
tration. Si l’on arrive à descendre sous ce seuil
après la réalisation du traitement, la source des
10
problèmes sera en principe enrayée.
0
Le diagramme de la figure 3 montre le pour- Brique 3 % Brique 8 % Silicate de calcium Silicate de calcium
centage de sels éliminés après traitement de 3% 8%
différents substrats pierreux. On constate que Fig. 4 Pourcentage de sels éliminés par électrophorèse dans la brique et le silicate de
l’électrophorèse est systématiquement plus calcium en fonction du taux d’humidité initial.

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Fig. 5 Dégâts causés par des efflorescences tom- Fig. 6 Humidité hygroscopique dans un mur par ailleurs parfaitement sec.
bées sur une armature en aluminium.

3.1 Modification de la porosité 3.4 Mirabilite tés entre les différents substrats. Par comparai-
son aux échantillons non traités, les premiers
Etant donné que le produit agit en partie Au cours des essais, des dégâts ont été consta- dégâts apparaissent en effet cinq à huit fois
comme un bouche-pores, la structure poreuse tés sur les échantillons de Savonnières et de plus tard sur les échantillons de Savonnières
du substrat s’en trouve modifiée dans une silicate de calcium. Ces dégâts sont proba- et trois fois plus tard sur les éléments silicocal-
mesure parfois considérable. Soulignons éga- blement dus à une sursaturation de mirabilite caires, que ceux-ci soient chargés en chlorures
lement que le caractère bouche-pores du traite- durant le traitement aux fluosilicates. de sodium (NaCl) ou en sulfates de sodium
ment ne suffit pas à neutraliser toute migration (Na2SO4). Les échantillons d’Euville contami-
d’humidité au sein du matériau. nés au Na2SO4 et traités avec un des inhibiteurs
4 LES INHIBITEURS DE CRISTALLISA- n’ont pas laissé apparaître le moindre désordre
TION après presque une année, alors que les échan-
3.2 Durée de l’action tillons non traités étaient déjà endommagés
Le recours aux inhibiteurs de cristallisation au bout de 17 semaines. Les deux inhibiteurs
Le traitement ne s’applique qu’une seule fois fait l’objet d’un vaste champ d’investigation. ont également eu un effet favorable sur les
et n’agit que sur les sels présents au moment Nous nous sommes limités, dans notre étude, à briques contaminées au Na2SO4, les premiers
de l’intervention. Il n’aura dès lors plus aucune deux types de produits mis au point pour l’ex- dégâts s’étant manifestés au plus tôt dans un
action en cas d’apport ultérieur d’humidité et ploitation pétrolière et gazière en mer. Le pre- délai sept fois plus long qu’en l’absence de
de sels. Le recours à ce procédé n’est donc pas mier inhibiteur que nous avons testé est destiné traitement. Seule la pierre de Massangis n’a
recommandé lorsque la maçonnerie est sujette au blocage des sulfates, le second au blocage pas montré d’amélioration sensible à la suite
à des problèmes d’humidité. des chlorures. Le pompage de gaz et de pé- du traitement.
trole en mer entraîne avec lui l’acheminement
de grandes quantités d’eau salée. Lorsque les Pour tester les inhibiteurs, les éprouvettes ont
3.3 Hygroscopicité pressions et les températures retombent, il peut
arriver que les canalisations soient obstruées
Même si la fluatation améliore l’hygroscopi- par la cristallisation des sels.
cité du substrat, une neutralisation totale de
l’absorption hygroscopique n’est pas indis- L’injection d’inhibiteurs conduit à une sursa-
pensable. Chaque type de sel et chaque type turation accrue (concentration dans laquelle
de substrat sont en effet caractérisés par une les sels commencent à cristalliser) qui donne
limite d’activité des sels. En dessous de ce lieu à une nouvelle forme cristalline (dendri-
seuil, on ne parle plus de désordres, ceux-ci tique ou en aiguilles) simultanément à la baisse
n’étant plus perceptibles même s’il subsiste des pressions de cristallisation. Cette méthode
une activité hygroscopique. On peut donc pourrait être appliquée aux matériaux de
tolérer une certaine hygroscopicité, puisque construction chargés en sels.
celle-ci ne donne pas lieu à des dégâts appa-
rents. Une efficacité ‘restreinte’ du traitement
de fluatation peut dès lors suffire à remédier 4.1 Recherche
aux désordres.
Pour mesurer la cristallisation, nous avons
Il convient par ailleurs de préciser que l’hy- comparé le comportement d’échantillons
groscopicité est un phénomène dynamique traités et non traités immergés dans un bain
qui intervient en réaction aux fluctuations contenant une solution saturée en sels. Selon
de l’humidité relative de l’air. Comme cette le fabricant des inhibiteurs, les produits n’ont
réaction n’est pas instantanée, mais légè- jamais été testés auparavant pour une utilisa-
rement différée, une réduction modérée de tion en maçonnerie.
l’hygroscopicité permet d’obtenir un résultat Fig. 7 Cristallisation de sels entre une couche de
satisfaisant. Les résultats d’essai montrent de fortes dispari- peinture et une maçonnerie.

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éprouvettes contaminées avec des sels pour les- sés de plusieurs sels susceptibles d’agir diffé-
quels le produit n’a pas été conçu à l’origine. remment de chacun des sels séparément. La
cristallisation produit en effet, en fonction de
différents paramètres (concentration, humidité
4.2 Pierre de Massangis relative de l’air, etc.), des formes salines inter-
médiaires, potentiellement moins nuisibles
Les résultats moins concluants ont surtout que les formes pures. Paradoxalement, il serait
été enregistrés sur des matériaux peu ou pas donc possible, grâce à l’adjonction de sels
concernés par des désordres liés à la présence dans une maçonnerie, d’atténuer des dégâts
de sels. La raison pour laquelle nous avons liés à la présence de sels.
intégré la pierre de Massangis au programme
d’essai tenait à la volonté de tester une gamme Cette technique prometteuse sur le papier a
de substrats aussi large que possible. Or, dans donné des résultats plutôt mitigés lors des es-
la pratique, cette pierre n’est quasiment pas en- sais, principalement du fait que l’humidité de
dommagée par les sels. La brique et le mortier, l’air n’est jamais constante dans un bâtiment.
souvent très sensibles à une cristallisation des De plus, les proportions des deux sels sont pri-
sels, ont par contre témoigné d’un excellent mordiales. Or, on observe dans la pratique que
comportement lors des essais. les concentrations peuvent varier considéra-
blement au sein d’un même bâtiment. L’appli-
Fig. 8 Cristallisation de sels entre un revêtement cabilité de la technique peut dès lors être mise
d’étanchéité et un mur de cave.
4.3 Durabilité en doute entre autres pour cette raison.

Nous ne disposons à l’heure actuelle d’aucune Par ailleurs, il est à craindre qu’un tel traite-
été soumises à un essai de cristallisation, leur information au sujet de la pérennité du trai- ment, loin d’apporter une solution, n’aggrave
face supérieure étant préalablement hydro- tement aux inhibiteurs. Nous ne pouvons pas au contraire les désordres. En effet, les essais
fugée afin de rendre les dégâts plus visibles. davantage formuler d’appréciation quant à réalisés sur des maçonneries ‘traitées’ avec un
Ceux-ci ont ainsi pu se manifester par un écla- l’action exacte des produits (effet catalytique composé de sulfates de sodium (Na2SO4) et de
tement de la couche superficielle (cf. figure 10) ou dissociation) et à leur stabilité (dégradation nitrates de sodium (NaNO3), dans un bâtiment
plutôt que par une pulvérulence de la pierre, des molécules à plus ou moins long terme). dont l’ambiance était soumise à des variations
plus difficilement observable. Il n’est donc pas possible en l’état actuel des normales d’humidité relative, ont révélé que
choses de se prononcer sur la durabilité du les dégâts étaient plus importants que dans un
Il convient de noter que les inhibiteurs agissent traitement et sur ses possibilités d’application bâtiment n’ayant pas fait l’objet d’adjonction
également sur les efflorescences (cristalli- dans des maçonneries sujettes à une humidifi- de sels.
sation des sels à la surface du matériau pier- cation et soumises par conséquent à un apport
reux), celles-ci ayant considérablement dimi- constant d’eau et de sels.
nué, voire complètement disparu sur plusieurs 6 CONCLUSION
substrats.
5 LA TRANSFORMATION DES SELS Un remède universel aux désordres liés à la
La recherche a également mis en évidence le présence de sels n’est pas envisageable. Ce
rôle parfois bénéfique des inhibiteurs sur des Cette technique consiste à former des compo- fait s’explique par la grande diversité des sels
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Fig. 9 Crypto-efflorescences dans un enduit. Fig. 10 Eclatement de la couche hydrofugée sous


l’effet de la cristallisation du sulfate de sodium
dans un échantillon de Massangis non traité aux
inhibiteurs.

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susc­eptibles d’être hébergés dans une maçon- exemple, à un traitement contre l’humidité. de la situation, suffisante pour remédier aux
nerie : toutes les combinaisons entre chlorures, Dans bien des cas, toutefois, les méthodes pré- désordres.
sulfates, nitrates et carbonates, d’une part, et conisées ne suffisent pas. La recherche évo-
sodium, potassium, calcium et magnésium, quée dans cet article visait précisément à com- La recherche aura en tout cas permis d’enrichir
d’autre part, sont en principe possibles. La se- bler le manque de connaissance ou, du moins, la gamme des traitements potentiels. Précisons

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conde raison tient aux différents mécanismes à y remédier en partie. cependant que ces appréciations favorables
de dégradation induits par les sels : la nature et n’ont pu être formulées qu’à partir d’une
l’intensité des dégâts dépendent fortement des La grande variété des sels et des problèmes qui campagne d’essais relativement modeste. Le
sels eux-mêmes et du climat régnant à l’inté- en résultent nous ont amenés à étudier quatre passage à la pratique est une étape indispen-
rieur et à l’extérieur du bâtiment. techniques présentant chacune un champ d’ap- sable qui reste à franchir. La suite éventuelle
plication particulier. Si aucune n’apporte de de cette étude – recherche à grande échelle ou
Nombre d’interventions ont heureusement remède miracle, l’électrophorèse, la fluatation à l’échelle d’un seul bâtiment – devrait per-
donné des résultats satisfaisants, mais leur et les inhibiteurs ont néanmoins conduit dans mettre de mettre en évidence des solutions
application doit souvent être associée, par de nombreux cas à une amélioration sensible transposables sur chantier. n

Substrats retenus dans le cadre de la recherche


Cinq substrats ont été utilisés pour évaluer l’action des traitements sur des matériaux de structure poreuse différente. Les résultats devaient
également être le plus représentatif possible des matériaux rencontrés dans nos édifices historiques. A cet égard, il convient de tenir
compte du fait que les matériaux anciens – briques, mortiers, pierres naturelles – présentent des caractéristiques particulièrement hétéro-
gènes. Le choix des substrats dépendait donc également de la possibilité de disposer d’un matériau suffisamment homogène.

La brique s’est forcément imposée comme une évidence. La gamme des produits disponibles sur le marché est infiniment variée, tout
comme le sont les briques constituant les maçonneries des édifices historiques. Cette hétérogénéité tient aussi bien à la composition des
éléments qu’à leur mode de cuisson, ce qui explique les différences importantes qui caractérisent parfois un même type de briques. Le
choix s’est finalement porté sur un type ‘rouge espagnol’ d’une porosité de 32 % en volume.

Le recours à un substrat silicocalcaire se justifiait par le souhait de disposer d’un matériau représentatif des mortiers ‘historiques’. Les mor-
tiers se distinguent, eux aussi, par une infinie variété de types et de compositions. Les éléments silicocalcaires sont des produits industriels
dont la composition est constante et dont la structure poreuse possède une caractéristique typique des mortiers : un rayon de 0,01 à 0,1
µm pour quelque 50 % des pores et de 1 à 10 µm pour l’autre moitié.

La sélection des pierres naturelles fut un véritable dilemme. Les pierres indigènes (Diegem, Balegem, Gobertange, etc.) sont encore dis-
ponibles en quantités limitées, mais leur qualité est extrêmement variable, ce qui constitue un facteur non contrôlable dans le cadre d’une
recherche. Nous avons dès lors opté pour trois pierres calcaires non indigènes, mais néanmoins représentatives des monuments locaux,
puisqu’elles sont importées depuis le xixe siècle tant pour effectuer des travaux de restauration que pour ériger des constructions neuves.
Nous nous sommes attachés à choisir des pierres de structure poreuse différente : la pierre d’Euville pour sa porosité très ouverte, la pierre
de Massangis typique des matériaux à porosité fine et la pierre de Savonnières de porosité moyenne.

Bibliographie
1. Centre scientifique et technique de la construction
Guide pour la restauration des maçonneries. 2e partie : sels et humidité ascensionnelle. Bruxelles, CSTC, Monographie, n° 20.2, 2003.
2. Centre scientifique et technique de la construction
Hydrofugation de surface. Bruxelles, CSTC, Note d’information technique, n° 224, 2002.
3. Centre scientifique et technique de la construction
L’humidité dans les constructions : particularités de l’humidité ascensionnelle. Bruxelles, CSTC, Note d’information technique, n° 210,
1998.
4. Pien A. et Thijs L.
Rénovation des caves. Bruxelles, Centre scientifique et technique de la construction, Les Dossiers du CSTC, n° 2, Cahier n° 18, 2009.
5. Vanhellemont Y. et Herinckx S.
Traitement des maçonneries chargées en sels : nouvelles techniques ? Bruxelles, Centre scientifique et technique de la construction,
CSTC-Contact, n° 30, 2e trimestre 2011.

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