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25 juillet 2015 Aurelio Peccei, premier résistant...

Montreux, l'autre rivage de Nabokov

5|12 Ces hôtels qui ont changé le monde Le père de " Lolita " resta fidèle pendant seize ans au
palace suisse, où il écrivit cinq de ses plus grands romans. " Dépaysé partout et pour toujours ",
fuyant le tumulte du monde, le génie de la littérature russe y avait trouvé son " chez-soi idéal "

L
a plupart du temps, la suite Nabokov, au sixième étage du Montreux
Palace, est occupée par des clients qui la réclament spécialement.
Chaque année, le même admirateur, un Suisse allemand érudit, la
loue une quinzaine de jours, juste pour avoir le plaisir de s'asseoir au
bureau de l'écrivain dont le tiroir de gauche a gardé la petite tache d'encre
qu'y fit son stylo. Jour de chance, en ce mois de juin, la suite est libre, avec
sa vue plongeante sur le lac Léman. C'est l'intelligence des grands hôtels
orgueilleux de leur histoire que de préserver le souvenir de leur clientèle la
plus prestigieuse, comme une étoile supplémentaire à leur fronton.

Dans cette chambre et son salon, où l'auteur de Lolita et son épouse, Véra,
habitèrent pendant seize ans, tout est resté fidèle à cette période glorieuse,
malgré les rénovations. Les lits jumeaux du couple, le fameux bureau où fut
écrit Ada ou l'Ardeur (1969), et le lampadaire d'autrefois, auquel il manque
l'abat-jour peint de papillons par Nabokov lui-même, emporté après sa
mort par son fils, Dmitri. Aux murs, des photos montrent Vladimir et Véra
en promenade dans les montagnes voisines, lui chassant les papillons avec
son filet, elle tendant son beau visage auréolé d'une chevelure blanche et
épaisse au premier soleil du printemps.

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Les voici sur un banc, dans les jardins de l'hôtel. Puis, à contre-jour, jouant
aux échecs sur le balcon de leur chambre surplombant l'eau du Léman,
turquoise les matins d'été, grise les soirs d'orage. Les photos sont les
ultimes témoins de cette vie de palace, si rare aujourd'hui. A Paris,
pourtant, dans leur appartement donnant sur les quais de la Seine, Ivan et
Claude Nabokov, cousins de l'écrivain, nous ont raconté leurs visites à ce
couple fusionnel qui recevait " dans les salons Art nouveau, au rez-de-
chaussée du palace, comme s'il était chez lui, ce qui, au fil des années,
avait fini par être le cas ".

" Vladimir aimait l'artifice "

Bernard Pivot, qui vint en 1975, deux ans avant la mort de Nabokov, convaincre l'écrivain d'être son invité
sur le plateau d'" Apostrophes ", revoit son tête-à-tête avec ce génie de la littérature dans ce décor
spectaculaire. " Nous nous étions d'abord installés dans le vaste lobby où virevoltait un loufiat en habit.
Nous fûmes bientôt chassés par les gammes de l'accordeur du piano à queue. A peine nous étions-nous
réfugiés dans un salon que patatras ! les gammes recommencent ! Il y avait un deuxième piano à accorder.
" Il avait fallu accéder à toutes ses exigences, et notamment la plus étonnante : l'écrivain voulait bien venir
jusqu'à Paris, mais il faudrait lui envoyer à l'avance les questions, afin qu'il rédige ses réponses qu'il lirait
devant les caméras, ses notes cachées derrière un paravent de livres.

" Vladimir aimait l'artifice et se méfiait du spontané, confirme Ivan Nabokov. Il refusait de paraître à l'oral
au-dessous de son niveau d'écriture. " Recevoir ses visiteurs à Montreux, dans ce décor néobaroque, c'était
maintenir le niveau, aux yeux de celui que Jean-Paul Sartre avait décrit comme " un prestidigitateur dans un
miroir ". Mais qui sait vraiment comment vécut et travailla ce duo qui avait fini par annexer les trois
chambres voisines de la suite, afin de composer un véritable appartement ? L'écrivain, passionné
d'entomologie, y entreposait ses manuscrits, leurs traductions dans le monde entier, et des dizaines de boîtes
de papillons…

Personne n'aurait été mieux fait pour vivre à l'hôtel que les Nabokov. C'est ce qu'a compris tout de suite Peter
Ustinov, en les voyant arriver en Suisse en cette année 1960, sur les conseils… d'un fiscaliste. L'acteur
britannique n'en est aucunement choqué. Lui-même vient de jouer dans Spartacus ce rôle de marchand
d'esclaves qui lui vaudra un Oscar, et il n'a absolument pas l'intention de revenir vivre à Londres " où les
impôts vous saignent à blanc ". Il s'est installé à côté de Montreux, tout près de la maison de Charlie Chaplin,
à Corsier-sur-Vevey (canton de Vaud), et ne cesse de voir débarquer acteurs, producteurs, musiciens.

Les Nabokov vivaient jusque-là sans ostentation aux Etats-Unis, où ils s'étaient installés en 1940. Mais, en
1958, le chef-d'œuvre de Vladimir, Lolita, son scandale et son immense succès, leur a apporté la fortune. Le
livre, d'abord publié en 1955 en France par Gallimard pour cause de censure américaine, est resté 180 jours
dans la liste des meilleures ventes aux Etats-Unis. Désormais, l'éditeur américain McGraw-Hill verse 17,5 %
de droits à son auteur dès le premier exemplaire vendu quand les autres doivent se contenter de 8 % à 10 %.
Stanley Kubrick est en train de tourner l'adaptation du best-seller qui sortira sur les écrans en 1962. Bref, ils
sont devenus riches.

Ustinov a pourtant compris en les voyant errer de villas en chalets que leur cas est un peu plus complexe que
celui de simples exilés fiscaux. " En attendant de dénicher ce chez-soi idéal qui peut-être n'existe pas, venez
vous installer au palace de Montreux ! ", a-t-il lancé à Vladimir et Véra, en décrivant avec sa verve comique
l'hôtel et " sa monstruosité édouardienne ".

Ustinov connaît ce syndrome de l'éternel déracinement des Russes blancs qui ont traversé tous les
bouleversements du début du XXe siècle. Nabokov, dans les cours de littérature russe qu'il a longtemps
donnés à l'université Cornell, dans l'Etat de New York, demandait à ses étudiants de " dresser l'inventaire du

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contenu du sac à main d'Anna Karénine ", afin de mesurer s'ils avaient bien compris le caractère de l'héroïne
de Tolstoï.

S'il fallait livrer le contenu de son propre sac, il est à peu près sûr que l'on n'y retrouverait pas la clé d'un
foyer. Depuis que leurs familles respectives ont fui la Russie, au lendemain de la révolution d'octobre 1917,
l'écrivain et sa femme n'en ont connu aucun. " Je suis dépaysé partout et toujours ", explique Nabokov dans
les rares interviews qu'il donne. Dans l'entre-deux-guerres, le couple a passé plusieurs hivers à Nice, des étés
à Biarritz, quelques années à Cambridge ou à Berlin, dans toutes ces villes d'Europe où se retrouvent les
milliers d'exilés russes, élevés, comme eux, avec les manières raffinées d'une aristocratie polyglotte et
cherchant, comme eux, de quoi subsister. " Quand je me reporte en arrière, à ces années d'exil, je me vois,
moi, et des milliers d'autres Russes, menant une existence bizarre, mais nullement désagréable, dans
l'indigence matérielle et le luxe intellectuel, parmi des étrangers parfaitement insignifiants, Allemands et
Français fantomatiques, dans les villes plus ou moins illusoires… ", écrit Nabokov dans Autres rivages
(1951), ses souvenirs d'enfance et de déracinement.

James Mason en voisin

La suggestion d'Ustinov est séduisante. Vivre dans un palace, c'est retrouver le goût d'un faste disparu,
lorsque la famille de Vladimir habitait un bel hôtel particulier en granit rose au 47 de la rue Bolchaïa
Morskaïa, à Saint-Pétersbourg, et passait ses vacances à la campagne, dans la vaste demeure familiale que les
paysans ont brûlée en 1917. " Je ne suis pas assez riche pour rejouer mon enfance ", a lancé à Bernard Pivot,
comme une coquetterie, ce grand bourgeois sophistiqué. La vérité est qu'il a pourtant effacé avec cette
nouvelle adresse à Montreux, qu'il adore lire sur son innombrable courrier, ce déclassement qui minait sa
famille. Chaque jour, lorsqu'il rentre de ses promenades, ce citoyen américain d'adoption – il a été naturalisé
en 1945 –, qui écrit en anglais depuis le début des années 1940 et clame farouchement son anticommunisme,
a le sentiment de faire un pied de nez à cette Union soviétique qu'il hait.

Et puis, la sœur de Nabokov vit à Genève, son fils unique, Dmitri, peut faire l'aller-retour en Porsche – son
dada – depuis Milan, où il s'essaie au chant lyrique. Nabokov a déjà anticipé qu'il pourra se rendre facilement
à Londres, lorsque Stanley Kubrick sera enfin en mesure de présenter Lolita, sans savoir à quel point le
cinéaste s'en est déjà affranchi.Ces montagnes, ces vignobles, sont aussi hantés par de bons fantômes. Jean-
Jacques Rousseau y a écrit La Nouvelle Héloïse, Lord Byron de multiples poèmes. L'impératrice Sissi y faisait
de grandes promenades. Tolstoï et Tchekhov, surtout, y sont passés, et Gogol y a commencé la rédaction des
Ames mortes.

De fait, Montreux est, à l'époque, comme aujourd'hui, un endroit de prédilection de la diaspora russe. " Bien
avant Nabokov, beaucoup de princes et d'aristocrates venaient dans des trains spéciaux depuis Saint-
Pétersbourg pour séjourner au Montreux Palace ou dans les pensions environnantes durant les mois
d'hiver ", souligne le conservateur du Musée de Montreux, Urs Buff, en montrant de vieilles photos où des
dames emmitouflées jouent au curling. Tchaïkovski y a séjourné et surtout Igor Stravinsky, qui voyageait
avec ses meubles et passait chaque année, depuis 1913, quelques semaines à faire du ski.

Jusqu'à la fin de la première guerre mondiale, un Journal des étrangers, sorte d'hebdomadaire mondain,
recensera ainsi l'arrivée d'un baron de Petrograd, d'une comtesse de Moscou, et jusqu'à celle de Lénine qui
résidait encore à Montreux lorsque éclata la révolution de février 1917… Vladimir Nabokov n'est pas croyant,
mais il a vite noté la présence d'une église orthodoxe russe, dans la commune voisine, à Vevey. Il a aussi
trouvé dans cette petite ville douce le calme auquel il aspire. Au cœur de toutes leurs pérégrinations, de tous
leurs déménagements, il y a toujours eu chez les Nabokov la volonté de fuir le bruit, le tumulte, qui
viendraient détourner l'écrivain de son œuvre.

" Depuis quatre mois que nous sommes ici, note Véra, il a pu terminer une partie de son nouveau livre qui
lui aurait demandé le double de temps ailleurs. " Même lorsque en 1967 Claude Nobs a lancé le Festival de

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jazz, dont le succès grandissant transforme chaque année, au début du mois de juillet, le bourg en grosse ville
de 230 000 habitants, Vladimir peut sans mal s'isoler. Au Montreux Palace, Ella Fitzgerald, Miles Davis, puis
Freddie Mercury, Carlos Santana ou Quincy Jones logent dans des suites situées dans l'autre aile de l'hôtel.
Savent-ils seulement que l'écrivain est leur voisin ?

En Suisse, on ne vient le voir qu'après avoir pris longuement rendez-vous. Ustinov est un habitué, mais aussi
James Mason, le Humbert Humbert du Lolita version Stanley Kubrick, qui s'est, lui aussi, installé tout près, à
Vevey. Dans les vastes salons du rez-de-chaussée, vient aussi dîner une fois par an, en compagnie du couple,
un petit homme excentrique affublé d'énormes lunettes et " totalement inculte ", s'amuse Nabokov. C'est
l'agent de l'écrivain, amusant et efficace, dont le portefeuille de clients compte aussi Hemingway, Truman
Capote, Humphrey Bogart, Lauren Bacall ou Gene Kelly, et qui vend les droits de ses romans au cinéma pour
des sommes faramineuses.

Mais pour le reste, la vie est assez studieuse. " Je me lève entre 6 et 7 heures, assure Nabokov, j'écris debout
à mon lutrin jusqu'à 9 heures. Puis balade sur les quais fleuris. Ensuite, sieste et de nouveau travail. " Le
directeur du Montreux Palace, enchanté de compter ce client si célèbre, a mis le couple en contact avec
Jacqueline Callier, une secrétaire trilingue, enjouée, d'une cinquantaine d'années, qui retranscrit les romans
à partir des fiches de Nabokov. Véra peut ainsi se consacrer à la volumineuse correspondance de son mari.
Belle femme au caractère tranchant, elle est sa partenaire, son garde-chiourme et son tuteur. " Epouse, muse
et agent ", résumera le New York Times à sa mort, en 1991.

Chasse aux lépidoptères

Lorsqu'ils dînent au restaurant du Palace, il n'est pas rare de voir Vladimir lire attentivement le menu avant
de le reposer et de demander à Véra : " Que prend-on ce soir ? " Le personnel la voit si souvent travailler dans
sa chambre pendant que lui flâne dans le jardin que le bruit court bientôt que c'est elle qui écrit les chefs-
d'œuvre…

A Montreux, personne n'ose importuner ce grand escogriffe qui profite de la douceur du climat pour jouer au
tennis au milieu des palmiers et commande du caviar russe lors des anniversaires. L'hiver, on va skier à
Zermatt, la très chic station au pied du Cervin, ou à Davos, dans les Grisons.

Chaque année, les Nabokov effectuent un long voyage, jusqu'en Amérique du Sud souvent, dont l'unique but
est la chasse aux lépidoptères sur lesquels Vladimir publiera ensuite des articles savants. De fait, une demi-
douzaine de papillons portent aujourd'hui son nom. Véra conduit la voiture, on passe les douanes avec de
grandes boîtes où sont épinglés les fragiles insectes colorés. " Je conçois très bien une autre vie, dans laquelle
je ne serais pas romancier, locataire heureux d'une tour de Babel en ivoire, assure-t-il sur le plateau d'"
Apostrophes " en 1975, mais quelqu'un de tout aussi heureux, d'une autre manière : un obscur
entomologiste qui passe l'été à chasser les papillons dans des contrées fabuleuses et qui passe l'hiver à
classifier ses découvertes dans un laboratoire. "

A sa table de travail, ce connaisseur punaise les mots comme les papillons. Et gare aux erreurs des
traducteurs. Le grand amateur de langues parle un français plein d'inventions et un anglais sophistiqué, avec
des trouvailles étonnantes. " Je l'entends encore incendier au téléphone l'un de ses malheureux traducteurs,
se remémore Bernard Pivot, il criait “mais enfin, c'est dans l'Emile !” " Il parlait d'Emile Littré, comme si
l'auteur du fameux dictionnaire lui était aussi familier qu'un voisin à Montreux… Il a lu tous les livres, avec le
regard acéré du professeur de littérature et l'esprit aiguisé de celui qui voit dans les autres écrivains des
rivaux. Faulkner ? " De la littérature régionale ! ", cingle-t-il. Balzac ? " Un romancier de troisième ordre. "
Aux très rares journalistes qui parviennent à obtenir un entretien, il demande benoîtement : " A votre
connaissance, Stendhal a-t-il jamais écrit une phrase convenable ? " ou bien : " Reste-t-il encore un auteur
digne d'être lu en France pour croire que ce Dostoïevski est un écrivain ? " Ivan Nabokov se souvient l'avoir
entendu fustiger " les personnages en carton du Docteur Jivago " et lâcher tranquillement " Guerre et Paix,

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ce roman pour les femmes de chambre… "

Entièrement déchargé des soucis matériels par la vie d'hôtel, secondé et protégé par Véra, Vladimir peut
poursuivre son travail. Cinq romans sont bientôt écrits dans la suite du Montreux Palace. Feu pâle, Ada ou
l'Ardeur, La Transparence des choses, Regarde, regarde les arlequins et L'Original de Laura, roman
inachevé que Dmitri mettra trente ans à publier. Pendant quelques années, Véra continue à chercher
mollement des maisons en Suisse, sur la Côte d'Azur et même en Corse. Jamais elle ne trouve cette villa
idéale. " Nous avons pensé à une villa en France, mais le spectre des grèves postales est apparu dans toute
son horreur. Un courrier régulier comme en Suisse soulage l'auteur. La vue du balcon sur le lac Léman vaut
tout l'argent liquide auquel il ressemble. C'est une mauvaise métaphore… ", plaisante Nabokov sur le plateau
d'" Apostrophes ". Pourquoi irait-il s'encombrer d'une maison ?

En 1975, un autre géant de la littérature russe s'est installé à Zurich. Alexandre Soljenitsyne, récemment
passé à l'Ouest, est un admirateur de Nabokov. Deux ans après avoir décroché le prix Nobel, en 1970, le
célèbre dissident plaide la cause de son ancien compatriote pour que le jury le distingue à son tour, bien qu'il
admette mal que Nabokov ait renoncé au russe pour écrire en anglais. De Zurich à Montreux, la route est
rapide. Le grand éditeur allemand Heinrich Ledig-Rowohlt a organisé la rencontre au Montreux Palace. Les
Soljenitsyne, pourtant, hésitent en arrivant devant l'hôtel. Les Nabokov n'ont rien confirmé, et le luxe de
l'édifice les impressionne. Les Soljenitsyne, racontera Rowohlt au New York Times, attendent près d'une
heure dans la rue. Vladimir et Véra, dans la salle à manger, ne se doutent de rien. Finalement, l'ancien zek du
goulag remonte dans sa voiture avec sa femme et repart à Zurich. Ils ne se rencontreront jamais.

Vladimir vieillit, cependant. Au printemps 1977, il fête ses 78 ans fiévreux et affaibli. Il est si mal que le
Palace organise son transfert à l'hôpital de Lausanne, où Dmitri emmène sa mère, dans sa Ferrari bleue,
chaque jour. L'écrivain meurt le 2 juillet. Veuve, Véra ne veut pas quitter sa suite avec vue sur le lac. A
chacun de ses anniversaires, le 5 janvier, le directeur du Montreux Palace lui fait livrer des orchidées. Mais
elle s'affaiblit. La direction de l'hôtel, qui a entrepris de rénover entièrement l'" aile du Cygne ", a arrêté les
travaux presque à sa porte. En 1990, elle doit déménager et ne survivra pas très longtemps à ce nouvel " exil
". Le 7 avril 1991, Véra s'éteint à son tour.

Du Montreux Palace, il faut aujourd'hui grimper sur la colline de Montreux et marcher une petite demi-
heure, jusqu'au cimetière de Clarens. Là, au pied des vignes, juste au-dessus du lac, la tombe de Vladimir,
Véra et Dmitri Nabokov se dresse à l'ombre d'un séquoia.

Raphaëlle Bacqué

© Le Monde

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