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ENSEIGNER LE VOCABULAIRE

Avant de commencer ces activités avec vos élèves, il faut tout d’abord leur présenter
les mots qui y seront travaillés et expliquer leur sens. Pour l’enseignement du sens des
mots, Beck, McKeown et Kucan (2013) suggèrent de ne pas utiliser une définition tirée d’un
dictionnaire, mais plutôt de présenter aux élèves une définition qui leur est le plus accessible
possible, en donnant d’abord la catégorie générale du mot pour ensuite préciser ce qui le
caractérise. Par exemple, une définition accessible du mot lunette serait « c’est un
instrument qui permet de voir plus clair, de mieux distinguer de près ou de loin ». Enfin, on
devrait accompagner cette définition de quelques exemples en contexte de phrases pour
assurer une meilleure compréhension du sens du mot travaillé de la part des élèves. Par la
suite, les activités permettant de travailler la forme, le sens et l’utilisation des mots enseignés
peuvent être réalisées.

Travailler la forme des mots

Comme nous l’avons précisé dans notre premier billet, un mot est formé de constituants, par
exemple des graphèmes ou des morphèmes, qui doivent être enseignés de manière
explicite. Nous proposons deux activités pour travailler la forme des mots. La première
activité porte sur les bases morphologiques. Pour expliquer aux élèves ce qu’est une
base, on peut utiliser l’exemple suivant : Cet animalier travaille dans une animalerie où l’on
prend soin des animaux. Animal est un mot généralement connu des élèves, donc ceux-ci
pourront vous dire qu’une animalerie est un endroit qui contient des animaux. En leur
demandant quelle partie du mot animalerie peut les aider à comprendre ceci, on fait identifier
aux élèves la base animal qui se retrouve à la fois dans animalerie et animaux. Lorsque les
élèves comprennent bien la notion de « base », on peut leur demander d’encercler la base
de plusieurs mots qui sont à l’étude. La tâche peut se complexifier lorsque la base d’un mot
a subi des changements, comme conduire dans conducteur et musique dans musicien. C’est
aussi une belle occasion de découvrir l’origine des mots en cherchant dans le dictionnaire
pour voir comment a été formé musicien, par exemple (musique + –ien).

La deuxième activité permet de s’intéresser à la multigraphémie. Plusieurs phonèmes


(ou sons) peuvent s’écrire de différentes façons. En conséquence, il importe d’enseigner aux
élèves à se questionner et à visualiser les mots contenant un phonème multigraphémique de
manière à ce qu’ils se créent une représentation mentale de ces mots. Pour les mots
contenant le phonème [an], par exemple, qui peut s’écrire de plusieurs façons (an, en, em,
etc.), on peut demander aux élèves de visualiser le mot dans leur tête, de se questionner sur
les lettres utilisées pour écrire le son, puis d’écrire le mot au tableau avec la bonne graphie.
Cette activité permet aussi de travailler les consonnes doubles, les différentes graphies du
son [o] ainsi que les règles de position (comme le s intervocalique,
le n devenant m devant p et b). Bien que les élèves de 2e et 3e cycle connaissent
généralement ces règles, nous avons remarqué qu’ils ne les appliquent pas toujours. Leur
demander de s’arrêter et de se questionner avant d’écrire un mot leur permet de mettre en
application leurs connaissances.

Travailler le sens des mots

Nous suggérons trois activités pour travailler le sens des mots: la recherche de
synonymes, le vocabulaire en questions et la composition d’indices.

La recherche de synonymes se fait en contexte de phrases. Une phrase contenant un


des mots à l’étude est présentée à l’élève, et il doit trouver un synonyme qui pourrait
remplacer ce mot dans la phrase sans en changer le sens. Par exemple, dans la
phrase c’était un cauchemar terrible, on pourrait remplacer terrible par les synonymes
suivants : effrayant, horrible, épouvantable, apeurant. C’est une activité intéressante à faire
en équipe : le défi peut être de trouver le meilleur synonyme, ou alors de trouver le plus de
synonymes possible.

La deuxième activité, le vocabulaire en questions, consiste à poser aux élèves des


questions auxquelles ils peuvent répondre par oui ou par non. En groupe classe, on
demande aux élèves de voter pour la bonne réponse et d’expliquer leur réponse. Les
questions doivent être formulées pour préciser le sens des mots ou éliminer de possibles
confusions. Par exemple, pour le mot fricasser (mijoter dans une sauce), on peut penser à la
question suivante : est-ce que je peux fricasser un verre? À un élève qui dirait oui, on
pourrait alors demander ce qui arrive au verre si on le fricasse, pour lui faire réaliser la
distinction avec fracasser. À un élève qui répond non, on pourrait lui demander ce qu’on
pourrait fricasser afin de pousser sa réflexion plus loin.

La troisième activité est la composition d’indices. En équipe de deux, les élèves sont
amenés à composer des indices qui doivent permettre aux autres élèves de trouver le
mot auquel ils font référence. Les indices doivent porter seulement sur le sens des mots;
un élève ne pourrait donc pas dire que c’est un mot qui commence par la lettre p, par
exemple. Pour le mot pomme, on pourrait utiliser les indices suivants :

 C’est un fruit;

 On le cueille à l’automne;

 On peut en faire des tartes.

Ensuite, les élèves présentent leurs indices à une autre équipe, ou à toute la classe, pour
faire deviner le mot. Les élèves présentent un indice à la fois et poursuivent si les autres
n’arrivent pas à trouver le mot. Un défi supplémentaire pourrait être de leur faire deviner un
mot avec le moins d’indices possible!

Travailler l’utilisation des mots

Les activités d’utilisation demandent aux élèves d’utiliser les mots en contexte de
phrases, ce qui permet de mieux comprendre les relations entre les mots et de
travailler les cooccurrences. Nous proposons trois activités : les mots partenaires, les
phrases élastiques et le sketch.

Pour les mots partenaires, il faut d’abord expliquer ce qu’est un mot partenaire. La
signification du mot partenaire est un bon point de départ : on peut dire aux élèves qu’un
partenaire est une personne avec laquelle on travaille. Des mots partenaires sont donc des
mots qui « travaillent » bien ensemble et qu’on peut utiliser dans une même phrase. Pour
cette activité, les élèves doivent choisir deux mots parmi quatre suggérés qui seraient de
bons mots partenaires du mot ciblé. Pour justifier leur choix, ils doivent les utiliser ensemble
dans une phrase. Par exemple, pour le mot direction, il faudrait choisir deux mots partenaires
dans les choix suivants : bonne, manger, indiquer et gentille. Les bons mots partenaires
seraient bonne (aller dans la bonne direction) et indiquer (indiquer la direction à quelqu’un).

L’activité des phrases élastiques est également très appréciée des élèves. L’objectif
de cette activité est de partir d’une phrase de base simple et courte et d’y ajouter les
mots à l’étude pour l’allonger, l’étirer comme un élastique. Avec la phrase de base le
garçon court et les mots habitude, plutôt, secours et couper, par exemple, on peut créer une
longue phrase élastique : Plutôt que de marcher comme à l’habitude, le garçon court en
appelant au secours parce qu’il s’est coupé le doigt. On peut varier l’activité en proposant
plusieurs phrases de base auxquelles les élèves doivent ajouter au moins deux mots parmi
les mots à l’étude, ou alors lancer un défi aux élèves en leur demandant d’ajouter à une
phrase le plus de mots possible parmi ceux qui sont à l’étude.

Enfin, l’une des activités les plus populaires pour travailler l’utilisation des mots est le
sketch. Dans cette activité, un mot est attribué à chaque équipe de trois ou quatre
élèves. Les élèves créent un court sketch (30 secondes environ) dans lequel ils doivent
utiliser le mot et donner sa définition. Quand les équipes sont prêtes, elles présentent leur
sketch devant le reste de la classe qui doit ensuite juger si le mot a été bien utilisé dans le
sketch présenté. Si ce n’est pas le cas, on peut demander des suggestions aux élèves
spectateurs. Une histoire de pirates qui essaient d’apercevoir une ile au trésor avec
leur lunette ou un examen de mathématiques bien trop simple sont des exemples sketchs
pendant lesquels l’imagination des élèves peut être surprenante!

Pour conclure, connaitre un mot n’est pas que connaitre sa définition. Les activités que nous
vous avons présentées permettent de travailler le vocabulaire en fonction de ses trois
aspects : la forme, le sens et l’utilisation. Ce faisant, on favorise une compréhension
approfondie des mots à l’étude auprès des élèves, en plus de contribuer au développement
de leurs habiletés de lecture et d’écriture.

Références

Beck, I. L., McKeown, M. G. et Kucan, L. (2013). Bringing Words to Life: Robust Vocabulary
Instruction. (2e éd.). New York, NY: The Guilford Press.