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LE CONCEPT D'ALIÉNATION EN PSYCHANALYSE

Maria Cristina Poli

ERES | « Figures de la psychanalyse »

2005/2 no 12 | pages 45 à 68
ISSN 1623-3883
ISBN 2-7492-0413-5
Article disponible en ligne à l'adresse :
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https://www.cairn.info/revue-figures-de-la-psy-2005-2-page-45.htm
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Le concept d’aliénation en psychanalyse
• Maria Cristina Poli •

L’aliénation dans l’enseignement de Lacan

L’influence de l’œuvre de Hegel sur la constitution du corpus conceptuel laca-


nien est assez connue, en particulier au travers de l’analyse de Kojève. Dans la lit-
térature analytique, quelques travaux – mais peu – se sont penchés sur la ques-
tion de cette interface. De même, peu de courageux se sont aventurés à analyser
le dialogue de Lacan avec Marx. Si nous centrons notre recherche sur l’accueil
particulier du concept d’« aliénation » dans la psychanalyse, c’est parce qu’il
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s’agit, à notre connaissance, d’un travail qui doit encore être fait.

Nous pensons que la difficulté de travailler sur ce concept en psychanalyse


peut être attribuée aux facteurs internes et externes de notre discipline. Les fac-
teurs externes sont suffisamment évidents : la mort de Lacan et l’incorporation
de son héritage coïncident de près avec le déclin de la gauche révolutionnaire,
avec la chute du communisme réel. Le deuil de l’utopie marxiste dans la culture
en est encore, pensons-nous, à ses débuts. Avec lui, toute la terminologie inté-
grée par le sens commun et qui conserve une forte influence du corpus hégé-
liano-marxiste – comme l’idéologie, l’infra et la superstructure, le prolétariat,
l’aliénation, etc. – ont été, sinon refoulés, du moins fortement « réprimés », c’est-
à-dire privés de sujet.

La psychanalyse n’est pas insensible à de tels processus. S’ajoute à cela le fait


que Lacan, avec le développement de ses constructions théoriques, a été amené
à s’éloigner de l’influence de Hegel. Dans la phase finale de son œuvre, le psy-
chanalyste ne fait plus référence au terme « aliénation », alors qu’auparavant il
était très présent dans ses textes et séminaires. À titre d’essai, nous pourrions
tenter de schématiser ainsi la référence de Lacan au terme « aliénation ».

1 – Dans les premiers textes des Écrits et pendant les premières années des
Séminaires, le terme « aliénation » est utilisé pour rendre compte du rapport spé-
culaire du sujet à l’image – que ce soit celle du « moi idéal » ou celle du
46 • FIGURES DE LA PSYCHANALYSE 12 •

double/rival. Mais Lacan dit également, dès le départ, que le sujet est aliéné au
signifiant. L’autre auquel le sujet s’aliène n’est pas seulement celui de l’image, il
est l’Autre du symbolique. On a clairement affaire chez Lacan à un processus
« psychogénétique » où la constitution du sujet est pensée selon une tempora-
lité à forte inspiration hégélienne.

2 – À partir du Séminaire « Les quatre concepts fondamentaux de la psycha-


nalyse », il nous semble que Lacan définit une conception proprement psychana-
lytique du terme « aliénation », en le faisant apparaître comme un processus
conjoint avec ce qu’il désigne comme « séparation ». Le développement de cette
conception s’achève dans le séminaire « La logique du fantasme ». Là, le dialogue
de Lacan est plus proche de la logique. Il formalise aliénation/séparation en
termes logiques en en ajoutant un troisième, l’exclusion.

3 – Après 1969 (Séminaire XVI), Lacan n’utilise plus le terme « aliénation » dans
ses Séminaires. Nous pensons que le changement porte sur l’objectif de sa théo-
risation, dès lors plus centré sur la jouissance et les discours. Dans ce contexte,
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l’emploi des termes « séparation » et « exclusion » deviennent plus habituels, en
particulier lorsque s’établit le dialogue avec Marx.

Notre intention n’est pas, dans ce travail, de retracer tout le parcours his-
torique du concept d’« aliénation » chez Lacan, même si la tâche nous semble
légitime et reste encore à faire. Notre dessein est de parcourir – même si cela
n’est pas fait comme il se devrait réellement, à savoir de manière exhaustive –
les principales lignes de force du développement de l’« aliénation » chez
Lacan.

Aliénation spéculaire : La psychogenèse du sujet

Dans la littérature psychanalytique en général, le mot « aliénation » est fré-


quemment utilisé pour parler du rapport du sujet au registre de l’imaginaire.
Dans le Séminaire sur les psychoses, Lacan l’énonce de façon très directe : « l’alié-
nation, c’est l’imaginaire en tant que tel » (Lacan, 1955-56/1981, p. 166). Le psy-
chanalyste, dans ses premiers Séminaires, prend surtout en compte l’imaginaire
dans le contexte de ses critiques sur la psychologie et la notion de personnalité.
Le « moi » est alors plusieurs fois évoqué en tant que lieu du leurre, de l’illusion,
qui dissimule le rapport du sujet à la vérité, au désir ; le « moi » est, signale Lacan
dans le Séminaire « Les écrits techniques de Freud », le siège de l’aliénation
(Lacan, 1953-54/1975).
LE CONCEPT D’ALIÉNATION EN PSYCHANALYSE 47

Mais pourquoi Lacan utilise-t-il le terme « aliénation » pour exprimer cette


idée ? À plus forte raison, la vigueur de la critique lacanienne face à tout déve-
loppement anglo-saxon de la psychanalyse, et en particulier à l’égard d’Anna
Freud qui s’est approprié et a modifié la notion freudienne du « moi » en rédui-
sant la psychanalyse à une psychologie, est connue. Pour Lacan, critiquer la psy-
chologie du moi signifie, dans un contexte de guerre froide, critiquer l’idéologie
de l’american way of life. De même qu’ayant été l’un des premiers à indiquer les
bases historiques de la pensée freudienne – la proposition selon laquelle le com-
plexe d’Œdipe fut élaboré dans un cadre particulier d’anomie sociale (Lacan,
1938/2001) –, Lacan ne pouvait pas ne pas nommer les fondements culturels iden-
tifiés comme résistance au freudisme. De cette façon, utiliser le terme « aliéna-
tion » signifie à la fois la reprise du sujet freudien de la psychologie et sa mise en
rapport avec la philosophie et la psychiatrie, c’est-à-dire avec une référence cul-
turelle plus vaste. En utilisant le terme « aliénation », Lacan construit donc le res-
pect de la lettre freudienne et un concept propre de « sujet », différent du moi
psychologique.
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Dans ce double rapport à la philosophie et à la psychiatrie, nous pouvons
d’emblée observer deux des caractéristiques principales du « moi » en tant que
« sujet aliéné » chez Lacan :

– Il n’est pas une donnée biologique. Il est l’effet du rapport à autrui, progressi-
vement : miroir (moi idéal), semblable (autre) et culture (Autre), comme dans la
progression de la phénoménologie hégélienne ;

– Il n’est pas un effet de l’adaptation de l’organisme à la réalité. Au contraire, son


rapport à la réalité – dans sa consistance matérielle (par rapport à l’objet) ou sym-
bolique (par rapport au signifiant) – est structurellement paranoïaque, au sens
psychiatrique du terme.

Nous observons que, même si parfois Lacan réduit l’« aliénation » à une sorte
de fausseté imaginaire du sujet, aucun de ces termes – aliénation, imaginaire et
moi – n’est envisagé uniquement de manière négative dans sa doctrine méta-
psychologique. La forme dérisoire qu’il utilise par rapport à son vocabulaire peut
être considérée comme faisant partie de son travail critique. Cependant, il est
nécessaire de récupérer aussi la potentialité interprétative de l’« aliénation » en
démontrant son extension conceptuelle.

Dans la lecture faite par Erik Porge (2000) du texte « Le stade du miroir
comme fondateur de la fonction du Je », l’on retrouve l’indication que, à partir
des différentes versions connues du texte, il faut différencier deux moments
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logiques distincts : 1) Le sujet s’aliène à sa propre image dans le miroir ; 2) Le sujet


s’aliène au double/rival.

L’influence de la dialectique hégélienne, et en particulier de la figure du


maître et de l’esclave, est manifeste. Porge observe que ces deux temps de l’alié-
nation composent l’émergence de cette figure dans la Phénoménologie de
l’Esprit. Dans le texte hégélien (Hegel, 1807/1993), se trouve le premier dédouble-
ment réflexif de la conscience mu par la pulsion épistémophilique. C’est le
moment fichtéen de la Phénoménologie de l’Esprit, temps de rencontre avec la
certitude « moi = moi ». Le doute émerge ensuite, avec la différenciation entre les
« mois ». S’établit alors la rivalité propre à la « lutte pour la reconnaissance » et
sa dissymétrie conséquente, représentées dans la figure du maître et de l’esclave.

Dans « Le mythe individuel du névrosé », Lacan (1979) développe cette idée


de l’aliénation concernant la duplication. L’auteur y souligne que le sujet se
duplique, se fait autre, et ce afin de fuir l’objet de son désir. Il « s’aliène à lui-
même » en créant un personnage substitutif qui est celui qui sera représenté
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comme ayant accès à l’objet. Lorsqu’il pense cette question, Lacan s’appuie sur-
tout sur les Confessions de Saint Augustin et le récit de l’Amaro Aspectu (Saint-
Augustin, 1964), l’enfant qui observe son frère en train de téter le sein de la
mère. Dans le texte « Les complexes familiaux », Lacan (1938/2001) va appeler ce
moment de la constitution du sujet le « complexe d’intrusion ». L’idée qu’il ne
s’agit pas d’une « intrusion » mais d’un processus d’« aliénation » semble prendre
forme dans la mesure où est mis en évidence l’aspect fantasmatique dudit « com-
plexe », où le sujet assume une fonction active dans la duplication, avec son
implication dans la jouissance produite.

« Le mythe individuel du névrosé » est un texte qui se consacre fondamenta-


lement à l’analyse de la formulation fantasmatique dans la névrose obsession-
nelle. Dans ce contexte, l’« aliénation » est conçue comme une espèce de voile
qui dissimule et en même temps recoupe l’objet du désir. Elle est le signifiant
d’une diplopie essentielle au désir, à laquelle il est impossible d’échapper : Dans
la dialectique de la demande et du désir, le sujet prend toujours l’ombre pour le
vrai. Processus qui implique aussi bien la falsification du sujet que de l’objet du
désir en question. L’essentiel de la fonction du désir, comme Lacan l’énonce avec
Hegel, est que le sujet désire être désiré, c’est-à-dire que l’« objet » de son désir
est le soi-même en tant que désiré par l’Autre. La duplication fantasmatique rem-
place le manque constitutif du désir de l’Autre par la construction d’un objet fic-
tionnel qui satisfasse ce désir : le moi. Pour le sujet, cependant, le moi est aussi
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étranger que n’importe quel autre, car il est effectivement la médiation d’un
autre qui lui fournit la base identificatoire nécessaire à l’établissement, à travers
l’aliénation, d’une image du moi.

La psychogenèse du « moi » dans le processus d’aliénation situe d’emblée le


sujet dans un champ de médiations sociales. Le sujet « s’aliène à lui-même » dans
la construction d’une image fictionnelle : le moi ; il s’agit d’une espèce d’« hypo-
thèque » du sujet, découlant de la rencontre avec le désir de l’Autre. Cependant,
cette image lui est projetée dans le contexte de la rivalité et de l’envie, dans le
rapport à un autre, sujet supposé au désir.

Il est intéressant d’observer comment Lacan reprend et reformule, dans ce


schéma métapsychologique, l’idée freudienne situant la première identification
du « moi » comme corrélative de l’inscription de l’objet en tant que perdu.
Néanmoins, si pour Freud le modèle psychopathologique de cette fondation ini-
tiale du sujet est la mélancolie, pour Lacan il s’agit d’une structure paranoïaque.
D’après Freud, l’accès au champ des représentations, par lequel le sujet s’institue
comme « moi-plaisir », se fait dans l’inscription psychique du trait mnésique de la
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première expérience de satisfaction. La position mélancolique propre à cette ins-
cription correspond à une articulation particulière entre le registre de la perte de
l’objet et le masochisme érogène primaire.

Qu’y a-t-il de différent dans la proposition lacanienne ? Ce qu’il nous semble


important de souligner en particulier, c’est que, chez Lacan, la position para-
noïaque du « moi » introduit la dimension du semblable dans l’origine de la « fonc-
tion du moi ». Pour Freud, le semblable, le frère, ne devient important que lors de
l’introduction à la phase phallique, dans la rivalité introduite par la différence des
sexes. Dans les phénomènes sociaux, Freud introduit aussi, dans l’analyse du troi-
sième type d’identification, l’identification hystérique. Lacan considère par contre
que cette dernière est là dès le début et qu’elle se pose en fondatrice de la dimen-
sion imaginaire de l’aliénation. À notre avis, il s’agit d’une contribution considé-
rable du psychanalyste français et qui explique, du moins en partie, la substitution
aux termes « identification hystérique » de celui d’« aliénation ».

Dans le texte « La psychiatrie anglaise et la guerre », Lacan formule directe-


ment cette critique à la pensée freudienne. Il critique Freud pour avoir négligé,
dans son travail à propos de la psychologie des foules, le processus d’identifica-
tion horizontale au profit de la verticale, l’identification au chef.

Dans le Séminaire « Les écrits techniques de Freud », Lacan (1943-54/1975)


donne suite à l’élaboration du « stade du miroir » étudiée quelques années aupa-
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ravant et développe une psychogenèse du moi qui se soutient du processus


d’« aliénation ». La temporalité en cause pourrait être représentée ainsi :

1 – Aliénation primordiale : aliénation du sujet à Urbild, à l’image spéculaire


où le désir est complètement aliéné – au sens classique, c’est-à-dire de cession –
à l’autre. À ce temps, antérieur à l’apparition du langage, correspondrait une
agressivité radicale, un « désir » de disparition de l’autre. C’est la primauté d’un
monde purement régi par le « spéculaire ».

2 – Première aliénation du désir : « Le sujet se saisit d’abord comme moi


chez le rival. » L’inscription du désir est médiée par de la lutte pour la reconnais-
sance, découlant du recours au symbolique. Tout comme la peur de la mort dans
la dialectique hégélienne fait cesser la rivalité, le signifiant – la « mort » – sub-
sume (Aufhebung) le désir d’anéantissement de l’autre par le désir d’être à sa
place. L’objet désiré – être objet du désir de l’Autre – se précipite en étant médié
par la rivalité, le rapport imaginaire ; il est donc « objet envié ».

3 – « Le désir du sujet est le désir de l’Autre » : Dans ce troisième temps de


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l’aliénation, le sujet est intégré sous la forme d’un « moi ». Il se constitue par le
désir de l’autre/Autre. À partir de là, il y a médiation du langage qui permet la
reconnaissance réciproque, imaginaire (moi-autre). Selon Lacan, « l’inconscient »,
dans ce troisième temps, « est une aliénation induite par le système symbolique
dans le sujet » (Ibid., p. 220).

Alors que la pertinence du premier temps de l’aliénation dans la doctrine


lacanienne reste à préciser – peu de temps après, il affirme qu’il n’est pas possible
de se référer à un moment antérieur au langage –, les deux autres restent, du
moins dans cette première phase d’élaboration, un modèle respectif de genèse
de l’imaginaire et du symbolique. Dans le Séminaire sur « Les psychoses », Lacan
reprend cette proposition dans le « schéma L » – appelé aussi « schéma de la dia-
lectique intersubjective » –, qui lui permet de baser sur l’opération d’« aliéna-
tion » le processus simultané de constitution et de clivage des instances moïques
(moi/je) et du registre de l’altérité (autre/Autre).

De la même manière, c’est le recours à ce processus d’« aliénation » qui


permet à Lacan de construire une théorie conjointe du narcissisme et du maso-
chisme primaire. Dans une tentative de dépassement des impasses héritées de
Freud, il propose de recourir au stade du miroir afin d’élucider la fonction de
l’agressivité dans le contexte de la constitution narcissique du moi. Et ce parce
que le stade du miroir montre qu’en se constituant, le moi est « d’ores et déjà par
lui-même un autre » (Lacan, 1955-56/1981, p. 107). Il y a une dualité interne au
LE CONCEPT D’ALIÉNATION EN PSYCHANALYSE 51

sujet qui établit, depuis l’origine, la fonction de domination et de soumission –


observons ici l’influence hégélienne – au cœur de lui-même. Le moi, écrit Lacan,
« est ce maître que le sujet trouve dans un autre » (Ibid., p. 107). C’est pour cette
raison que les relations établies par le sujet présentent toujours cette exclusion
imaginaire – ou lui ou moi – fondée par la structure originaire du moi.

Encore dans ce Séminaire à propos des psychoses, Lacan reprend ses élabora-
tions sur la structure paranoïaque du moi, de l’aliénation imaginaire fondatrice
du sujet, et ce afin de se questionner sur ce qui se passe de différent dans l’« alié-
nation psychotique ». Autrement dit, si selon le modèle de la psychogenèse – sus-
mentionné –, la paranoïa est une aliénation constitutive, pourquoi devient-elle
pour certains une expression propre du sujet ? Les arguments avancés par l’au-
teur vont dans le sens de penser le rapport entre la forclusion du signifiant du
Nom-du-père et les altérations découlant des supports imaginaires et symbo-
liques du sujet, c’est-à-dire dans le rapport du sujet à l’autre/Autre. Le problème
de la psychose apparaît alors comme une difficulté interne au parcours de l’alié-
nation dans la constitution du sujet. En l’absence du signifiant du Nom-du-père
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– que Lacan fait équivaloir au signifiant « mort » de la dialectique hégélienne –,
c’est tout le support imaginaire et symbolique du sujet qui s’effondre.

La propriété de ce signifiant est précisément d’établir entre le moi et l’autre


un rapport de réciprocité. Que ce soit dans la lutte ou dans l’amour – dans
l’exercice de l’agressivité et/ou du narcissisme –, la prise en compte de l’autre
en tant que semblable, c’est-à-dire comme potentiellement – et fantasmati-
quement – « double », est une condition nécessaire au sujet. Cependant, la
construction d’une identité entre « le moi et le tu » n’est possible qu’à partir
d’un principe d’équivalence. Dans le cas du sujet de l’inconscient, l’équivalence
qu’il faut considérer, celle qui le constitue comme sujet du désir, est une équi-
valence de signification. Pour ce faire, il faut recourir à un signifiant qui soit
exclu de ce principe d’équivalence et qui, en tant que tel, serve de « garant »
aux autres signifiants.

Dans la philosophie hégélienne, la « mort » assume ce rôle ; elle sert de point


de capiton dans la « lutte pour la reconnaissance ». En psychanalyse, l’accent est
mis sur l’effet rétroactif de ce signifiant qui, en distinguant le maître de l’esclave,
le moi de l’autre/Autre, les rapproche, en constituant un paramètre d’identité.
Telle est, donc, la condition de l’aliénation dans le registre du miroir : La récipro-
cité mutuellement excluante entre moi et autre basée sur le principe de l’exclu-
sion d’un signifiant de la chaîne de signification généralisée.
52 • FIGURES DE LA PSYCHANALYSE 12 •

Ainsi, nous pouvons lire chez Lacan le mode suivant d’indication de la pro-
blématique propre à la psychose dans ce contexte :

« Pour que la psychose se déclenche, il faut que le Nom-du-Père, verworfen,


forclos, c’est-à-dire jamais venu à la place de l’Autre, y soit appelé en opposition
symbolique au sujet. » (Lacan, 1955-56/1966, p. 577)

La forclusion du signifiant Nom-du-père laisse le sujet face à un choc direct


avec l’Autre, sans médiation. Donc, forclusion n’est pas synonyme de l’exclusion
mutuelle « ou moi ou lui » ; ici, on a affaire à une aliénation à travers le vel
sémantique du « ou… ou… », expression de la rivalité fantasmatique entre le
sujet et l’autre. Concernant la forclusion, Lacan parle d’une « “aliénation radi-
cale”, où il y a une véritable dépossession primitive du signifiant » (Lacan,
1955-56/1981, p. 231). Il la différencie de la relation de rivalité avec le père dans
la névrose. Cette dernière peut avoir un sens anéantissant pour le sujet, mais il
est nécessaire de la distinguer de l’anéantissement du signifiant, telle qu’il se pro-
duit dans la psychose.
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Cette dépossession, mentionnée par l’auteur, désigne, dans les termes du par-
cours psychogénétique, une rétroaction au premier temps de l’« aliénation » où,
sans médiation signifiante, le sujet s’appréhende directement dans le miroir de
l’Autre, aliéné à une image de complétude narcissique. Dans ce registre, signale
Lacan, l’agressivité est radicale : elle vise la destruction de l’autre. Il n’y a pas, à
proprement parler, de registre de désir, lequel est aliéné ; en effet, on le trouve
comme potentialité dans l’Autre, mais sans effectivité parce qu’en dehors de la
médiation signifiante.

Ainsi, il y a dans cette période des élaborations de Lacan deux approches qua-
siment antagoniques de l’aliénation : celle dite « radicale », où le signifiant appa-
raît forclos, et celle médiée par le signifiant, constitutive du moi et du désir. À
titre de précision, nous pourrions ici recourir à la distinction entre Entäusserung
et Entfremdung, effectuée par Jarczyk et Labarrière (1986 ; 1996) dans la traduc-
tion de l’œuvre d’Hegel. Le second terme serait le plus approprié dans le cas de
la psychose, où ce qui est aliéné ne revient pas réflexivement au sujet – ne fait
pas dialectique, selon la conception hégélienne –, se perd comme non-moi. Alors
que, dans la névrose, il s’agirait du processus de Entäusserung, où le non-moi
revient comme autre du sujet, base imaginaire du moi dont le désir est aliéné à
l’image de satisfaction du semblable.

Cette seconde conception de l’aliénation correspond donc au processus de


subjectivation, c’est-à-dire de construction et d’attribution d’un sujet au désir et
LE CONCEPT D’ALIÉNATION EN PSYCHANALYSE 53

à la pulsion. L’aliénation médiée signifie simplement l’introduction de l’être


humain dans l’univers des significations, l’inscription de la pulsionnalité « abs-
traite » dans le registre du désir. Elle présuppose un temps mythique, nécessaire-
ment présupposé (Zizek, 1988) : celui de l’« aliénation radicale », où le sujet est
« acéphale », c’est-à-dire forclos de l’univers des représentations.
Dans ce premier temps de ses élaborations, Lacan établit un net rapprochement
entre la « machine symbolique », privée de sujet, et l’exercice de la pulsion de mort.
Chez Freud aussi, nous rencontrons un présupposé d’autonomie de la pulsion,
notamment perçu à partir d’une certaine expression de la résistance à l’analyse –
appelée réaction thérapeutique négative – qui appuie son travail sur la répétition
automatique dans le registre de la pulsion de mort. Dans ce sens, il y a un rappro-
chement forcé entre la psychose et l’acéphalie de la pulsion : la psychose serait une
expression phénoménale de la condition structurelle de cette « aliénation radi-
cale » qui concerne le plus propre au fonctionnement pulsionnel.
Le dépassement de cette condition se fait par l’inscription fantasmatique,
c’est-à-dire par la médiation d’« Un » signifiant qui place le semblable en condi-
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tion de double du lieu du sujet. Le fantasme montre ici son rôle dans la consti-
tution du sujet. La construction d’une représentation inscrivant un sujet à la pul-
sion est nécessairement médiée par l’autre/Autre. C’est cette fonction qui échoue
dans la psychose.
Si le signifiant divise le sujet, le rendant perdu pour toujours dans l’aliénation
au désir de l’autre/Autre, l’alternative de la psychose ne lui offre pas de meilleure
issue. Dans la névrose, le « choix » se fera entre s’aliéner à un désir insatisfait ou
à un désir impossible, selon les figurations respectives de l’Autre dans l’hystérie
et dans l’obsession.
Lacan nomme également ce « sujet aliéné » « sujet divisé ». Il est en même
temps le « moi », image fictionnelle du sujet, et le « je », sujet de l’inconscient.
Pour le dire brièvement, le « moi » et le « je » sont une façon d’appeler les deux
côtés du sujet, divisé dans son rapport à l’Autre. Ils représentent la structure
propre au langage : le premier « sujet de l’énoncé », le second « sujet de l’énon-
ciation ». Dans ce sens, Lacan affirme que le sujet est aliéné par l’image et par le
signifiant. Ce qui signifie qu’il sera toujours « aliéné », dans la mesure où il faut
qu’il se fasse représenter dans la langue et par la langue.
54 • FIGURES DE LA PSYCHANALYSE 12 •

Lacan entre Hegel et Freud :


L’aliénation comme opératrice structurelle
de la psychogenèse au pas-tout du discours

C’est dans le Séminaire XI que Lacan (1964/1973) va développer les fonde-


ments d’une nouvelle conception de l’aliénation, une conception proprement
psychanalytique, différente de celle héritée de Hegel. Elle devient l’élément fon-
damental pour situer les rapports entre sujet et Autre, le point d’articulation
entre la clinique du sujet individuel et l’analyse du lien social. D’autre part, cette
notion d’« aliénation/séparation » nous permet un accès plus direct à une inter-
prétation lacanienne de l’acte de Freud : les effets de subversion que sa produc-
tion a entraînés dans la culture avec la nomination du « sujet de l’inconscient ».
D’autant plus que dans les Séminaires suivants – en particulier dans celui, encore
inédit, de « La logique du fantasme » –, Lacan (1966-67/Inédit) va se prévaloir de
ce concept pour baser la thèse, énoncée dans le Séminaire XI, selon laquelle le
sujet de la psychanalyse est le sujet de la science, qui possède comme événement
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fondateur les « Méditations cartésiennes ».

Dans le Séminaire XI, Lacan appelle « aliénation » le mouvement de « coupure »,


de dédoublement par lequel un sujet advient au champ de l’Autre. Sur ce point, il y
a la conclusion d’un mouvement de dépassement de l’approche antérieure qui sup-
posait la référence à l’« intersubjectivité » dans la constitution du sujet.
Abandonnant la voie évolutive mise en avant par le « stade du miroir », qui pré-
supposait une certaine hiérarchie dialectique des registres – réel, imaginaire et sym-
bolique –, Lacan rompt avec la conception psychogénétique proposée auparavant.

L’axe propulseur de cette rupture se situe autour de la thématique de la signi-


fication. Alors que, dans le Séminaire des psychoses, par exemple, le manque
d’un signifiant assurant la signification du sujet dans le champ de l’Autre se
réfère à la condition d’une structure psychotique, dans le Séminaire XI, l’auteur
part du supposé selon lequel le champ de l’Autre est pas-tout. Autrement dit, il
n’y a pas de signifiant qui garantisse la signification, il manque au champ de
l’Autre. Lacan appelle la représentation subjective de ce manque structurel S(A)
– signifiant du manque de l’Autre, ou de la castration de l’Autre –, le fantasme
étant la réponse formulée par le parlêtre à l’interpellation que provoque la cas-
tration de l’Autre.

Les développements sur la « castration de l’Autre » seront l’un des axes


principaux d’élaboration théorique du « dernier Lacan ». Les versions du
LE CONCEPT D’ALIÉNATION EN PSYCHANALYSE 55

Séminaire XX, « La femme n’existe pas » et « Il n’y a pas de rapport sexuel », sont
les plus connues. Ainsi que les considérations du psychanalyste sur « Science et
vérité » par exemple, qui en découlent. Ce qui nous intéresse ici est de mettre
l’accent sur un éloignement par rapport à l’influence hégélienne, décisif dans la
production de Lacan. Dans un travail portant sur le dialogue entre Lacan et
Hegel, Zizek (1988) souligne que l’introduction de l’Autre barré en psychanalyse
remet la référence au texte hégélien au second plan. Selon l’auteur, l’Autre barré
est « un Autre anti-hégélien par excellence » (p. 97). Et ce parce qu’il inscrit l’im-
possibilité constitutive d’une réalisation symbolique consommée, d’une significa-
tion conclue. Cela implique, en termes de dialectique hégélienne, l’impossibilité
du savoir absolu par l’interposition d’un réel-impossible – le manque d’au moins
un signifiant – qui bloque la dialectisation symbolique.

Nous aimerions à présent souligner la différence entre cette formulation de


Lacan et celle jusqu’alors développée. Dès ses premiers travaux, la dialectique
hégélienne avait permis à Lacan d’élaborer sa critique sur la psychiatrie organi-
ciste d’Henri Ey ; puis elle lui a servi dans l’attaque face à la psychologie du moi.
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Suivant cette voie critique, Lacan reformule le vocabulaire psychanalytique : Il
préfère sujet à moi et aliénation à défense ou à identification hystérique.
Pourtant, il ne s’agit pas d’une simple substitution terminologique. L’influence de
la pensée dialectique, hégélienne et marxienne, est très présente chez Lacan et
fondamentale dans la lecture qu’il fait de Freud.

Nous l’avons déjà signalé auparavant, l’enseignement de Kojève a fourni à


Lacan le fondement méthodologique à la relecture de Freud. Et le dialogue avec
Hyppolite lui a fourni les bases conceptuelles où la structure de la pensée de
Hegel et de Freud s’entrecroisent. Dans les premiers Séminaires, la lecture de
Hegel survient dans le travail de Lacan, traversée par l’influence de Kojève,
Hyppolite et Wallon. De chacun de ces auteurs, le psychanalyste met respective-
ment en évidence pour ses élaborations les notions de désir, négation et psycho-
genèse à travers des médiations dialectiques.

Dans ses Séminaires sur Hegel, Kojève (1947) reprend la figure du maître et
de l’esclave comme élément interprétatif de tout le processus en cause dans la
Phénoménologie de l’Esprit. La question principale se situe dans l’émergence du
champ « intersubjectif » et dans la dépendance et la rivalité mutuelles dans le
rapport de désir. Si Lacan et Kojève ont tous deux entrepris de travailler sur Hegel
et Freud, c’est parce qu’il y avait – suppose-t-on – quelque chose de cette struc-
ture du désir chez Hegel que Lacan identifiait comme étant très proche des éla-
56 • FIGURES DE LA PSYCHANALYSE 12 •

borations freudiennes. À travers le travail du psychanalyste effectué tout au long


des Séminaires, avec l’appropriation qu’il fait de la théorie hégélienne pour la
psychanalyse, nous savons qu’il s’agit des élaborations autour de la maxime « le
désir de l’homme est le désir de l’Autre ». En effet, une telle formulation permet
d’emblée un rapprochement entre la structure du rapport maître-esclave et la
« dialectique » qui régit les rapports entre Moi et inconscient, selon Freud.

Dans « Fonction et champ de la parole et du langage » (1953a/1966), aussi


bien que dans « Variantes de la cure-type » (1953b/1966) ou encore dans
« Intervention sur le transfert » (1951/1966), on peut voir que Lacan commente
le texte freudien en se prévalant à la fois de la terminologie hégélienne et de la
structure de la pensée dialectique. Dans tous ces textes – ainsi que dans plusieurs
autres –, la notion de désir chez Freud est reprise à partir d’une lecture hégé-
lienne du désir. Dans le premier des textes cités précédemment, par exemple, l’in-
terprétation de Lacan sur l’approche freudienne du « rêve trompeur » – le rêve
de la patiente de Freud qui cherche à contredire la thèse selon laquelle le rêve
est la réalisation d’un désir – cherche à démontrer que la clé interprétative utili-
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sée par Freud est que le désir de l’homme trouve son sens dans le désir de l’autre.
Ainsi, d’après Lacan, si le « rêve trompeur » ne dément pas la thèse du rêve
comme réalisation de désirs, c’est justement parce que pour Freud le premier
objet du désir « est d’être reconnu par l’autre » (Lacan, 1953a/1966, p. 268).

Hyppolite (1966), quant à lui, suit plus directement la lettre hégélienne, en s’oc-
cupant surtout, dans le dialogue avec Lacan, de la structure du processus dialec-
tique. Son intervention la plus connue dans le Séminaire du psychanalyste porte
justement sur la relecture du texte de Freud « La négation » (Freud, 1925/1998).
Dans son commentaire, Hyppolite met l’accent sur le mot dialectique de Hegel uti-
lisé par Freud : Aufhebung. En citant Freud, Hyppolite affirme que « la dénégation
est une Aufhebung du refoulement » (p. 881), c’est-à-dire une négation, une sup-
pression, mais aussi une conservation. En un mot, une suspension.

Ainsi que nous venons de le voir, Hyppolite aide Lacan à lire Freud avec Hegel
à partir de l’analyse de cet opérateur du langage présent chez les deux auteurs
allemands : la négation. Si, pour Freud, elle est une figure privilégiée du langage
pour rendre compte des médiations entre conscient et inconscient, pour Hegel,
elle est le point où langue et structure se rencontrent, l’un et l’autre se trans-
mettant mouvement et tension.

Pour sa part, Wallon donne corps à la dialectique hégélienne en incluant l’élé-


ment psychologique essentiel qui permet au psychanalyste de s’approprier les
LE CONCEPT D’ALIÉNATION EN PSYCHANALYSE 57

concepts de la philosophie pour la pratique de la psychanalyse. La référence à la


psychogenèse de Wallon est double : D’un côté, elle permet à Lacan de se pré-
valoir de la dialectique hégélienne pour la critique de la psychologie du moi et
la formulation de sa propre conception du moi-sujet (moi/je) ; de l’autre, le psy-
chanalyste s’oppose aussi à la conception de Wallon sur le moi en tant que
« fonction synthétique ». Dans « Variantes de la cure-type » (Lacan, 1953/1966),
il énonce l’ambiguïté de son rapport avec Wallon, dans le contexte de la critique
à la psychologie du moi. Sans nommer la cible de sa critique, Lacan mentionne
l’ingénuité des psychologues qui appellent « fonction synthétique du moi » cette
formation imaginaire « qui l’ouvre à la dialectique aliénante du Maître et de
l’Esclave » (p. 345).

Quoi qu’il en soit, l’influence de l’hégélianisme de Wallon dans sa formula-


tion du « stade du miroir » est très importante. Dans ce texte, en effet, Lacan se
sert du travail de Wallon – sans le citer – afin de démontrer la construction du
« moi » comme effet de médiations dialectiques.

Lorsqu’elle évoque l’influence du psychologue dans les propositions de Lacan,


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Roudinesco (1986) souligne l’originalité des contributions de Wallon. Au
contraire de la tradition française, il introduit dans la psychologie le modèle
hégélien de la formation de la conscience. L’historienne ajoute que nous rencon-
trons aussi chez lui « l’épreuve du miroir [qui] spécifie le passage dialectique du
spéculaire à l’imaginaire, puis de l’imaginaire au symbolique » (p. 157).

Dans cette première appropriation psychogénétique de la dialectique, Lacan


élabore le processus de constitution du sujet orienté par la dialectique intersub-
jective. Elle se soutient d’une théorie de la signification qui part de la supposition
de complétude de l’univers discursif. En d’autres termes – tels que formulés dans
le Séminaire III –, Lacan identifie dans le Nom-du-père, puis plus tard dans le signi-
fiant phallique, un représentant, constitué au moyen de la métaphore, qui serait
suffisant pour donner un support à la signification du sujet.

À ce moment du travail de Lacan, l’analyse correspondrait, conformément au


modèle freudien, à une traversée du fantasme, qu’il faut comprendre comme
une réduction du complexe signifiant qu’il condense. Le chemin de cette traver-
sée viserait le vidage imaginaire du fantasme à son unité minimum signifiante.
Dans ce processus, le signifiant atteint est celui du manque de l’Autre, c’est-à-dire
le signifiant qui, refoulé, signifierait au sujet son être dans le monde – déterminé
par le manque à être de l’Autre –, conditionnant ainsi sa jouissance dans le symp-
tôme. Ce signifiant, appelé par Lacan phallique, représente et signifie le désir de
58 • FIGURES DE LA PSYCHANALYSE 12 •

l’Autre – le couple parental – auquel le sujet – l’enfant – est aliéné. À ce moment


des élaborations de Lacan, il s’agit de supposer dans le fantasme la réponse
« aliénée » élaborée par le sujet face à la question mise en place par le désir de
l’Autre, cette réponse étant un effet de construction de la psychogenèse.

Dans la construction de cette idée, la référence hégélienne nous paraît suffi-


samment évidente. Le « phallus » serait dans ce contexte le signifiant opérateur
de la Aufhebung dans la dialectique intersubjective de la demande et du désir. Il
est l’opérateur d’une Aufhebung particulière : celle qui soutient la signification
du sujet à partir de l’intervention du « Nom-du-père » comme celui interdisant le
désir de la mère. Opération également désignée par Lacan en tant que « méta-
phore paternelle ».

Dans le texte fondamental « La signification du phallus », Lacan (1958/1966)


exprime l’idée selon laquelle « le phallus est le signifiant destiné à designer dans
leur ensemble les effets de signifié, en tant que le signifiant les conditionne par
sa présence de signifiant » (p. 696-697). L’introduction du signifiant phallique est
donc le support nécessaire pour assurer au sujet une signification. La structure de
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la proposition de Lacan est homologue – pensons-nous – à celle de la dialectique
de la reconnaissance chez Hegel. Il s’agit de supposer l’émergence d’un signifiant
qui garantisse au sujet la sortie du choc imaginaire, c’est-à-dire d’un signifiant
qui produit un effet de Aufhebung, au sens de la double négation comportant
l’aliénation et le retour à soi. Pour Lacan, le signifiant phallique est à comprendre
comme homologue de l’Entausserung de la conscience de soi : C’est lui qui garan-
tit à l’extériorisation (l’Ausstossung freudienne) du sujet vers l’Autre – vers le
champ du discours – de revenir comme un gain en termes de signification.

De fait, même si, sur ce point, Lacan ne va pas directement dans le sens de
l’ontologie hégélienne, qu’il critique dès le départ, tout comme Heidegger, il la
transforme en une théorie de la signification. Le texte « La signification du phal-
lus » nous paraît à ce titre exemplaire. Sa définition du « signifiant phallique »
suit directement la lettre hégélienne :

« Le phallus est le signifiant privilégié de cette marque où la part du logos se


conjoint à l’avènement du désir… Le phallus est le signifiant de cette Aufhebung
elle-même qu’il inaugure (initie) par sa disparition. » (Ibid., p. 692)

Dans le Séminaire XI, il y a une différence importante dans l’approche de


cette question. Pour mieux comprendre ce passage, nous allons nous référer à
une lecture du texte « Subversion du sujet et dialectique du désir » comme révé-
latrice de la transformation de l’approche lacanienne de l’« aliénation ». Car,
LE CONCEPT D’ALIÉNATION EN PSYCHANALYSE 59

dans ce texte, Lacan reprend le travail et l’élaboration de l’influence que la phi-


losophie hégélienne a eue sur sa lecture de Freud. Il précise que le recours à
Hegel lui a permis d’établir le chemin par où introduire la rigueur logique dans
l’approche de l’inconscient freudien. La dissonance entre la psychanalyse et la
philosophie hégélienne est cependant énoncée dès le début du texte : il n’y a
pas, selon le psychanalyste, de rencontre possible entre vérité et savoir comme le
propose l’utopie hégélienne du savoir absolu. C’est la différence essentielle entre
la « conscience malheureuse » et le « malaise dans la culture ». Alors que la pre-
mière est une figure de contradiction surmontable grâce à l’exercice de la ratio-
nalité, le « malaise dans la culture » démontre les avatars d’une disjonction struc-
turelle, effet des incidences du sexe sur le sujet.

En effet, si le sujet hégélien est aliéné au désir de l’Autre, il faut s’interroger


sur le sexuel impliqué dans ce désir. La radicalisation de la fonction sexuelle,
découverte par Freud, situe le désir dans une dialectique autre que celle de la
logique de la rationalité – le logos auquel le signifiant phallique est référé –,
impliquant un clivage du sujet impossible à subsumer (Aufhebung). « La psycha-
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nalyse, dit Lacan, implique le réel du corps et de l’imaginaire de son schéma
mental » (Ibid., p. 804). En conséquence, si l’altérité en cause dans la prise en
compte du désir inconscient doit être pensée à partir des termes de la logique
signifiante élaborée par Hegel, elle doit être articulée dans la référence au sexe
et à la mort, c’est-à-dire au mouvement pulsionnel.

L’un des mérites de la dialectique se trouve dans la prise en considération de


la différence et de la contradiction dans sa logique. C’est en ce sens qu’elle fait
métaphore du sexuel, de même que la référence signifiante au phallus. Mais
nous pouvons nous demander jusqu’à quel point le pulsionnel est ici pris en
compte. Nous sommes d’accord avec Jean Allouch (2001, pp. 136-137) quand il dit
que les avancées dans le travail de Lacan coïncident avec ses élaborations autour
de l’objet a comme « objet pulsionnel », ainsi qu’il le formulera dans le
Séminaire XI. C’est l’invention de l’objet petit a, écrit Allouch, qui conduit Lacan
à prendre ses distances de l’hégélianisme, de son modèle dialectique et des effets
normatifs de son importation dans la psychanalyse.

Il s’agira pour Lacan, dans le texte « Subversion du sujet et dialectique du


désir » (1960/1966) et dans le Séminaire XI (1964/1973), d’articuler la référence à
deux logiques ne se subsumant pas l’une à l’autre : celle du discours et celle de
la pulsion. Du côté du discours, le psychanalyste reconnaît en Hegel le recours lui
ayant permis de souligner chez Freud la surdétermination du sujet à la structure
60 • FIGURES DE LA PSYCHANALYSE 12 •

du langage. Dans la dialectique du maître et de l’esclave notamment, nous ren-


controns l’illustration basique de ce que Lacan désignera comme structure du
« discours du maître » (Lacan, 1969-70/1991). C’est sur la base de ce discours qu’il
formule la maxime « Un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant » ;
le sujet est donc « esclave » de la chaîne signifiante, car – ainsi que nous le ver-
rons plus loin – il aliène son Être en échange de sens.
Cependant, lorsqu’on observe cette proposition du point de vue de l’organi-
sation pulsionnelle, la question qui s’impose est celle des effets de jouissance
qu’une telle « servitude » comporte. Sur ce point, Lacan abandonne Hegel et se
rapproche de Marx. Il corrige la dialectique du maître et de l’esclave, en propo-
sant, au contraire de ce que pense Hegel, que l’esclave ne renonce pas à la jouis-
sance pour préserver la vie. D’après Marx, le choix de la soumission le place pré-
cisément dans le rapport à une jouissance Autre : la « plus-value ». Dans la
terminologie psychanalytique, Lacan appelle la « plus-value » « plus-de-jouir »,
c’est-à-dire cette jouissance « en plus » que le renoncement à l’objet exigé com-
porte pour l’accès à la logique phallique (Allouch, 2001, p. 49).
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Comme Lacan – et au contraire d’Hegel –, nous pouvons ainsi en conclure qu’il
n’y a pas de composition stricte entre la dialectique phallique et la logique pul-
sionnelle : L’Aufhebung promue par le phallus n’est pas complète 1 Au contraire :
L’exercice de la logique phallique, en tant que principe absolu de base, comporte
une jouissance propre qui asservit le sujet à la condition d’objet du désir de
l’Autre. Fait qui, disons-le au passage, a déjà été souligné par Freud avec son ana-
lyse des principes moraux de la culture. L’indignation de Freud à l’égard des énon-
cés moraux, de la condition de soumission qu’ils entraînent chez l’homme, le
conduit au rapprochement de ces énoncés avec la construction provoquée par
l’universalité du langage dans l’énonciation des désirs. Ainsi, Freud indiquait déjà
que la construction fantasmatique exprime la conjonction d’une logique discur-
sive universaliste et d’une organisation pulsionnelle résistant à se laisser énoncer.
Mais avant d’aller plus loin dans ce sens, revenons-en à Lacan. Si, comme
Hegel, il affirme que « le désir de l’homme est le désir de l’Autre », c’est bien
parce que l’« homme » gagne sa signification en tant que tel de l’aliénation au
« trésor des signifiants », lieu logique de l’Autre. L’aliénation, ici, signifie cet effet
de représentation, de production du sujet que la scansion de l’Autre produit dans

1. Dans Le Séminaire XX – Encore, Lacan (1972-73/1975) énonce de manière ironique :


« L´Aufhebung est un de ces jolis rêves de philosophie » (p. 108).
LE CONCEPT D’ALIÉNATION EN PSYCHANALYSE 61

l’enchaînement métonymique de signifiants. Le véritable « maître » est le signi-


fiant ; pas un signifiant quelconque, mais celui qui représente le désir de l’Autre :
le phallus. Dans la dialectique hégélienne apparaît la fonction signifiante de la
« mort ». Chez Lacan, la « mort » représente la perte nécessaire de l’objet, que le
signifiant phallique subsume comme effet de signification. Autrement dit, le
renoncement de l’objet maternel est métaphorisé par le signifiant du Nom-du-
père, produisant, en retour, l’inclusion du sujet dans la signification phallique.

Jusqu’à ce point la dialectique phallique fonctionne. Cependant, ajoute Lacan


dans « Subversion du sujet et dialectique du désir » (1960/1966), le sujet qui inté-
resse la psychanalyse est celui qui se soustrait à la chaîne signifiante, en la décom-
plétant. En tant que pur sujet du signifiant, c’est-à-dire aliéné au lieu de l’Autre,
nous sommes en présence du sujet du savoir absolu, du sujet idéal de la connais-
sance, mais pas du sujet « en chair et en os » de l’expérience analytique. La dis-
jonction entre savoir et vérité promulguée par la psychanalyse s’inscrit également
comme clivage entre Symbolique et Réel, qui fait que le sujet ne rencontre jamais
dans le discours de l’Autre, dans Son désir, la signification ultime de son être.
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« Il n’y a pas d’Autre de l’Autre », affirme Lacan (Ibid., p. 818). À travers cet
énoncé, est pris en considération le champ du discours comme « pas-tout », voué
au glissement métonymique infini de la signification. Le « point de capiton »,
« Nom-du-père » dans le discours, consiste en une sorte de « ruse du névrosé »,
fruit des déterminations singulières proportionnées par l’incarnation de l’Autre
dans sa vie. C’est de cette incarnation que se déduit d’une part, l’effectivité de la
coupure pulsionnelle du corps – son érogénéité –, par laquelle le plaisir limite l’in-
finité de la jouissance de l’Autre ; d’autre part, le calcul signifiant par lequel le
trait du sujet de l’énonciation (I) – résultat de la disjonction entre le lieu de la
parole et son adresse – se matérialise comme condition de l’impossible (objet a)
satisfaction de cette même jouissance.

Dans ce sens, réduire la direction d’une analyse à la conclusion de la dialec-


tique phallique est conforme à la sortie névrotique, le choix de la jouissance de
l’esclave ; c’est se heurter au « rocher de la castration ». En tant que réponse
névrotique à la supposée demande de l’Autre, le fantasme tire ses effets de la
superposition entre le trait supportant la position du sujet de l’énonciation et
l’objet comme gardien de lieu de l’impossible. Cette « superposition », nous la
devons précisément au signifiant phallique, lequel, en se posant comme méta-
phore de la jouissance, produit de la signification, confondant l’impossible de la
satisfaction pulsionnelle avec le trait qui soutient le sujet de l’énonciation.
62 • FIGURES DE LA PSYCHANALYSE 12 •

De cette manière, Lacan interprète la doctrine freudienne lorsqu’il se réfère à


l’impasse du « père mort » comme gardien de lieu du sujet névrotique. Prisonnier
de la signification octroyée par l’acte meurtrier – acte par lequel il est amené
symboliquement à la condition d’héritier –, le sujet renonce à la jouissance au
prix de se compter à jamais comme esclave du Père mort. Sujet castré, dans le
sens d’être à la fois sujet du désir et objet de la demande de l’Autre.

Lacan conclut « Subversion du sujet et dialectique du désir » en indiquant la


voie commune de dépassement de la logique hégélienne et des impasses freu-
diennes. « Ce que le névrosé ne veut pas, et ce qu’il refuse avec acharnement jus-
qu’à la fin de l’analyse, écrit Lacan en s’aventurant au-delà du roc de la castra-
tion, c’est de sacrifier sa castration à la jouissance de l’Autre, en l’y laissant
servir. » Le fait que l’Autre n’existe pas n’empêche pas le névrosé, selon Lacan, de
refuser d’offrir la castration comme réponse à une demande supposée ». Car, « si
par hasard il existait, il en jouirait » (Ibid., p. 826).

Aliénation/séparation : le discours et la pulsion


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L’approche de la question de l’aliénation dans le Séminaire XI (Lacan,
1964/1973) résulte de ce travail, que nous avons évoqué auparavant, sur la ren-
contre de deux logiques : celle du discours et celle de la pulsion. La définition de
l’inconscient en tant que discours de l’Autre, discours structuré comme un lan-
gage, le situe comme une espèce d’a priori de l’expérience humaine, définition
d’un champ où un sujet peut ou non advenir. Pour l’émergence d’un sujet – d’une
fonction de représentation entre signifiants –, il faut payer avec le corps lui-
même. En d’autres termes, pour que la parole accède à son statut, il faut renon-
cer à la jouissance de l’objet et pouvoir le perdre. En conséquence, l’inclusion
dans le discours symbolique implique, du côté de la pulsion, de considérer l’objet
comme perdu.

Lacan représente cette rencontre entre inconscient et pulsion dans la formule


du fantasme S ◊ a, le premier terme étant – S, S barré – le chiffre de la maxime
« Un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant » et le second terme
– objet petit a –, le représentant de la condition pulsionnelle, de la coupure de
l’objet en tant que perte de jouissance.

Dans cette formule du fantasme, l’opérateur (◊), la ponction, est appelé « vel
de l’aliénation ». Lacan souligne que l’aliénation en psychanalyse – à la différence
de son usage courant, sur lequel il ironise – est la propriété du langage par lequel
LE CONCEPT D’ALIÉNATION EN PSYCHANALYSE 63

Être et Sens s’interpénètrent, l’un ne pouvant se concevoir sans l’autre. L’auteur


exemplifie cette propriété en ayant recours à l’utilisation de l’opérateur « ou » dans
le cas d’un « choix forcé » : « La bourse ou la vie ». En choisissant la bourse on perd
la vie, c’est-à-dire qu’on perd les deux. En choisissant la vie, celle-ci est amputée de
la bourse. Il n’y a donc pas véritablement de choix ; il est prédéterminé par la struc-
ture, laquelle implique qu’il y a toujours quelque chose qui se perd.

Tel est le rapport entre « S » et « a » : « Il n’y a pas de sujet barré, clivé par le
discours, sans objet a ». Si l’on choisit de rester avec l’objet, de ne pas le perdre,
c’est la condition même de sujet qui est perdue, et avec elle toute possibilité d’ac-
cès à la dimension de jouissance, d’accès à une satisfaction pulsionnelle possible.
Le choix de la perte de l’objet, et donc du clivage opéré par le désir, rend le par-
lêtre orphelin d’une satisfaction mythiquement projetée. L’« objet a », dans la
formule du fantasme, représente donc le chiffre de la jouissance perdue, décou-
lant de l’inscription du sujet dans le discours et dans la signification phallique
qu’une telle inscription comporte. Il indique le sens, la direction vers laquelle le
sujet se dirige à la recherche de la satisfaction et qui garantit un « sens », une
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« raison d’être » à son « être » de sujet. Ainsi, Lacan signale combien la formula-
tion fantasmatique répond à une condition structurelle, l’« aliénation » – c’est-à-
dire que ce choix forcé où « il n’y a pas de désir sans perte de jouissance » est
homologue à « il n’y a pas d’être sans sens » – étant l’opérateur qui l’organise.

À partir de cette structure logique, le seul choix possible, d’après Lacan, est
celui de la réunion. Se valant de la théorie des ensembles, l’auteur la situe comme
option pour ces éléments qui appartiennent simultanément aux deux
« ensembles » – de l’Être et du Sens ; autrement dit, le choix pour les éléments
réalisant en soi la forme logique de l’aliénation. Toutefois, cette rencontre n´est
possible que par la médiation de la négation. Et ce parce que ce qui les lie entre
eux est le partage de leurs manques, de l’inscription de ce qui, pour chaque
ensemble, apparaît comme négativité. En qualité d’Être et Sens, ces éléments cor-
respondent précisément au « non-sens ». Dans le langage, la figure du non-sens
est le lieu où Être et Sens se réalisent de manière négative, par un effet de ren-
contre entre eux. En d’autres termes, le non-être du sens et le manque de sens
de l’être se cristallisent simultanément sur la même figure : le non-sens. Cette
figure présentifie Être et Sens, $ et a, sujet et Autre, par l’incidence mutuelle de
la négation que promeut l’effet de la réunion, de la superposition.

Par conséquent, si la réunion est la forme logique du vel aliénant, fruit de la


rencontre du discours de l’Autre (l’inconscient) avec la pulsion, elle comporte la
64 • FIGURES DE LA PSYCHANALYSE 12 •

dimension de la séparation. Car l’aliénation comporte un choix dont la solution se


formule à travers un « ni l’un, ni l’autre ». En effet, la rencontre n’est possible que
dans la mesure où le manque au discours, c’est-à-dire un signifiant qui garantit
toute signification, est rempli, dans la diachronie, par l’inscription pulsionnelle du
corps. Ce qui revient de l’Autre comme manque de signifiant est avant tout repré-
senté par le parlêtre, par le manque d’objet pour la satisfaction de la pulsion.
Lorsqu’ils sont confrontés, par exemple, à des difficultés dans la signification
de leur être – l’insistance de la question « Qu’est-ce que l’Autre attend de
moi ? » –, l’hystérique et l’obsessionnel vont respectivement se plaindre d’un
désir insatisfait et d’un désir impossible. De cette manière, le névrosé représente
dans le discours – comme absence d’un objet imaginaire (– f) qui serait censé le
satisfaire –, ce que la pulsion comporte d’impossibilité de jouissance (objet a).
Avec ce recours à l’imaginaire, il se défend de l’angoisse de se voir lui-même avalé
comme objet pour remplir la manque de l’Autre. Mais surtout, il se défend de la
constatation selon laquelle l’Autre n’existe pas et donc qu’il n’y a aucun désir à
satisfaire. Dans ce cas, la pulsion se présenterait alors de manière directe, l’objet
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retournant dans la positivité comme Réel.
En dernière analyse, c’est contre cette vérité que le fantasme névrotique se
défend. Il inscrit la pulsion dans la logique phallique, dans la dialectique de la
signification, en payant le prix de l’aliénation du sujet. Ici, aliénation signifie
cette superposition produite par la métaphore phallique entre objet a et – f ;
superposition par laquelle le manque structurel du discours – le signifiant de la
signification – et de la pulsion – l’objet de jouissance – se recouvrent. Les énon-
cés lacaniens « Le symbolique est caractérisé par son incomplétude », « Tout ne
peut se dire », « Il n’y a pas d’Autre de l’Autre » sont indiqués par Millot (1988)
comme des formes d’expression de cette structure « trouée » de l’inconscient.
Cependant, pour l’auteur, l’énoncé « Il n’y a pas de rapport sexuel » (Lacan,
1972-73/1975) est celui qui se rapproche le plus de ce que peut dire Lacan sur
cette aliénation structurale. L’impossibilité d’écrire la relation entre les sexes situe
le réel dans le champ même du discours inconscient. Selon Millot, en psychana-
lyse, le réel est la façon dont est désignée la limite interne à tout système sym-
bolique ; s’agissant de l’inconscient, ce discours renvoie au réel du sexe, à l’im-
possibilité d’inclusion du corps sexuel dans le discours, de la production d’une
signification sexuelle qui soit « toute » (p. 115).
On observe ici la dimension de la séparation inhérente au recouvrement des
deux manques. Étant donné qu’il s’agit de l’inclusion de l’impossible dans la prise
en considération de l’inconscient, le colmatage entre discours et pulsion laisse un
LE CONCEPT D’ALIÉNATION EN PSYCHANALYSE 65

reste qui ne peut être subsumé sous la réunion ; reste un « plus-de-jouir », exclu
de l’univers de la représentation et auquel le symptôme tente de suppléer. De là
la proposition freudienne affirmant que « les symptômes sont la vie sexuelle des
névrotiques ». Car c’est effectivement dans ce lieu, dans le lieu où manque le rap-
port entre les sexes que le symptôme s’écrit (Lacan, 1972-73/1975).

La séparation consiste justement dans l’inclusion du sujet dans ce reste déchu.


Lacan en donne l’exemple, dans le Séminaire XI, avec le fantasme infantile de sa
propre mort. « Est-ce qu’il peut me perdre ? » est la question de l’enfant face à
l’énigme qui lui arrive de l’Autre. De même, les fantasmes d’« auto-engendre-
ment » se tissent dans cet interstice par lequel le sujet se fait Autre de l’Autre.
Fantasmes essentiels qui incluent le sujet dans la béance ouverte par la rencontre
manquée entre pulsion et discours.

Lacan (1964/1973) étend l’application de ce processus d’« aliénation/sépara-


tion » en le rapprochant des considérations freudiennes sur « La négation »
(Freud, 1925/1998). Il traduit sa proposition en termes freudiens en recourant aux
cercles d’Euler. C’est dans le Séminaire qu’il s’efforce de représenter graphi-
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XI

quement ces processus.

Dans cette explication de la lecture de Freud, Lacan indique que l’« objet
extérieur » composant le champ du plaisir (Lust) empêche, réprime dans le Moi
(Ich) sa tendance à l’homéostase, à la mort (p. 218). C’est dans le réfléchissement
du moi dans l’objet, fruit de la réflexivité dans la grammaire pulsionnelle, que
Lacan situe le narcissisme comme défense contre la jouissance mortifère. Par le
support du miroir, l’objet a est chiffré – f, objet imaginaire. La solution du nar-
cissisme implique par conséquent l’inclusion de l’objet externe dans le champ du
sujet, de sorte que le Moi équivalle au – f, objet imaginaire de l’Autre.

Si nous recourons aux propositions freudiennes développées dans le « Malaise


dans la culture », nous rappelerons la manière dont Freud (1930/1995) reprend
le travail de la « négation » dans l’analyse du « sentiment océanique ». Le fon-
dement freudien de ce travail de Lacan autour de l’aliénation est la proposition
du « jugement d’attribution », où l’univers des représentations se base sur l’ex-
clusion du déplaisir comme non-moi, mauvais objet. Selon Lacan, dans la
séquence des arguments antérieurs l’Unlust, « au contraire, est ce qui reste inad-
missible, irréductible, au principe de plaisir ». Il est la genèse du non-moi, du
mauvais objet. Lacan désigne ici la fonction de l’objet a, inassimilable à la logique
phallique. « C’est en ce terme nouveau, ajoute l’auteur en faisant référence aux
objets a – les seins, les fèces, le regard, la voix : “objets qui ne peuvent servir à
66 • FIGURES DE LA PSYCHANALYSE 12 •

rien” – que gît le point qui introduit la dialectique du sujet en tant que sujet de
l’inconscient » (Lacan 1964/1973, p. 228-229).

Par conséquent, le psychanalyste propose que la distinction d’un Lust-Ich,


c’est-à-dire la représentation de l’objet de plaisir dans le registre narcissique,
implique la chute de l’Unlust. Il reste inscrit dans l’appareil psychique, mais ne se
réalise pas sans que, dans cette réalisation, le Lust-Ich soit impliqué. De fait, chez
Freud le « jugement d’existence » est d’une certaine façon soumis au « jugement
d’attribution ». Dans ce sens, le plaisir n’est perçu que comme des représenta-
tions, dans le narcissisme originaire. Il a, en quelque sorte, besoin d’être subjec-
tivé et c’est son inclusion dans le fantasme, par la production de la métaphore
phallique, qui permet cela.

D’après Lacan, la fin d’une analyse serait marquée par le décollage entre
objet a et – f. Dans un certain sens, cela implique le démontage de la métaphore
phallique, processus que l’auteur désigne comme étant celui de la « destitution
subjective ». Donc, si la référence au phallus permet, par l’effet d’aliénation, une
représentation du réel dans le discours, il introduit conjointement la dimension
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surmoïque, c’est-à-dire d’un père idéal fétichisé qu’il faut payer avec le symp-
tôme, avec une jouissance en-plus. Le décollage de l’objet a de la représentation
imaginaire du manque implique de situer le trait de l’objet perdu dans la posi-
tion de cause de désir, autrement dit d’indiquer l’impossible comme direction,
comme vectorisation d’un sens toujours à produire et non fixé dans la significa-
tion mythique – fantasmatique – d’un manque archaïque.

Une telle conception de fin d’analyse implique aussi que nous puissions
imaginer le dépassement du registre de l’Unlust comme effet de la soumission
de l’objet a au principe du plaisir. Cela revient à dire que le démontage de la
métaphore phallique n’implique pas un retour au narcissisme originaire. Il
s’agit d’abord d’un processus de désubjectivation de la pulsion, par lequel le
registre du manque dans le discours est rendu indépendant de la production
de la jouissance.

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FREUD, S. 1925. « La négation », dans Résultats, idées, problèmes II, Paris, PUF, 1998.
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ZIZEK, S. 1988. Les plus sublimes des hystériques – Hegel passe, Paris, Point Hors Ligne.

RÉSUMÉ
Cet article parcourt les principales lignes de force du développement du concept d’« alié-
nation » chez Lacan. Dans la littérature psychanalytique en général, le mot « aliénation »
est fréquemment utilisé pour parler du rapport du sujet au registre de l’imaginaire. En uti-
lisant ce terme, Lacan construit un concept propre de « sujet », différent du moi psycholo-
68 • FIGURES DE LA PSYCHANALYSE 12 •

gique, en respect à la lettre freudienne. Mais, c’est seulement dans le Séminaire XI qu’il va
développer les fondements d’une nouvelle conception de l’aliénation, une conception pro-
prement psychanalytique, différente de celle héritée de Hegel. Elle devient l’élément fon-
damental pour situer les rapports entre sujet et Autre, le point d’articulation entre la cli-
nique et l’analyse du lien social.
MOTS-CLÉS
Aliénation, Lacan, Hegel, histoire de la psychanalyse, constitution du sujet.
SUMMARY
This article traverses the principal lines of the development of the concept of «alienation»
in Lacan. In the psychoanalytical literature in general, the word «alienation» is frequently
used to speak about the report of the subject to the imaginary register. By using this term,
Lacan built a concept of «subject», different from ego psychological, in respect with the
freudian letter. But, it is only in Seminar XI that will be developed the bases of a new design
of alienation, a properly psychoanalytical design, different from Hegel’s inheritance. It
becomes the fundamental element to locate the relationship between the subject and the
Other, the joint between the private clinic and the analysis of the social bond.
KEY-WORDS
Alienation, Lacan, Hegel, history of the psychoanalysis, constitution of the subject.
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