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PADRE PIO, HOMME DE LA MESSE

C'était le modèle, pourrait-on dire, de chaque Prêtre… On ne pouvait pas " assister " à sa Messe, on
devenait, presque malgré soi, " participant " de ce drame qui se jouait chaque matin sur l'autel. Crucifié
avec le Crucifié, le Père revivait la Passion de Jésus avec une douleur dont j'ai été le témoin ému et
bouleversé. J'étais le privilégié, car je lui servais la Messe. Le Père nous apprenait par là que notre salut ne
pourrait s'obtenir que si, d'abord, la Croix était plantée dans notre vie. Il disait " Je crois que la très Sainte
Eucharistie est le grand moyen pour aspirer à la sainte Perfection, mais il faut la recevoir avec le désir et
l'engagement d'ôter de son coeur tout ce qui déplaît à Celui que nous voulons avoir en nous. " (27 Juillet
1917) Il m'avait expliqué, peu après mon Ordination Sacerdotale, qu'il fallait, en célébrant l'Eucharistie,
mettre en parallèle la chronologie de la Messe et celle de la Passion de Jésus. Il s'agissait de comprendre
et de réaliser, tout d'abord, que le Prêtre à l'autel EST Jésus Christ, et qu'il ne Le représente pas
seulement. Dès lors, Jésus, en son Prêtre, revit indéfiniment la même Passion :

Du signe de la croix initial jusqu'à l'Offertoire, il faut rejoindre Jésus à Gethsémani, il faut le suivre dans son
agonie, souffrant devant cet océan de péché, cette " marée noire " de refus de Dieu. Il faut le rejoindre
dans sa douleur de voir que la Parole du Père, qu'il était venu nous apporter, ne serait pas reçue, ou si
mal, par les hommes. Et c'est dans cette optique qu'il faut écouter les Lectures de la Messe comme si elles
nous étaient personnellement adressées.
L'Offertoire, c'est l'arrestation. L'Heure est venue…
La Préface, c'est le chant de louange et de remerciement que Jésus adresse au Père car Il lui a permis de
parvenir enfin à cette Heure.
Depuis le début de la Prière Eucharistique jusqu'à la Consécration, on rejoint ( rapidement !…) Jésus dans
son emprisonnement, dans son atroce flagellation, son couronnement d'épines et son chemin de croix
dans les ruelles de Jérusalem, regardant, au " Memento ", tous ceux qui sont là et pour lesquels nous
prions spécialement.
La Consécration nous donne le Corps livré… maintenant, le Sang versé… maintenant. C'est -
mystiquement - le moment de la crucifixion du Seigneur dans la méditation que nous faisons à mesure que
la liturgie se déroule. A ce moment de la Messe, Padre Pio souffrait atrocement… il ressentait à ce
moment, les clous qui fixaient Jésus à la Croix .
On rejoignait ensuite Jésus en croix et offrant, en cet instant, au Père, son Sacrifice rédempteur. C'est le
sens de la prière liturgique qui suit immédiatement la Consécration. Le " Par Lui, avec Lui et en Lui "
correspond au cri de Jésus : " Père, je remets mon âme entre Tes mains ! " Dès lors, le Sacrifice est
consommé et accepté par le Père.
Les hommes, désormais, ne sont plus séparés de Dieu et ils se retrouvent unis. C'est la raison pour
laquelle, à cet instant, on récite la prière de tous les enfants de Dieu, le " Notre Père… ".
La fraction de l'hostie marque la mort de Jésus…
L'intinction, le moment où le Prêtre laisse tomber une parcelle du Corps du Christ dans le calice du
Précieux Sang, marque le moment de la résurrection, car le Corps et le Sang sont à nouveau réunis et
c'est au Christ vivant que nous allons communier.
La bénédiction du Prêtre marque les fidèles de la croix comme d'un signe distinctif et comme un bouclier
protecteur contre les assauts du Malin…
On comprendra qu'après avoir entendu de la bouche même du cher Père une telle explication, sachant
bien que, lui, vivait douloureusement cela, il m'ait demandé de le suivre sur ce chemin… ce que je fais
chaque jour… et avec quelle joie ! Et lorsque que le Lundi 23 Septembre 1968, à deux heures du matin, il
se trouvait sur le fauteuil de sa cellule, revêtu de son habit de capucin, serrant entre ses doigts son
chapelet et qu'il expira doucement en murmurant les noms de Jésus et de Marie, il pouvait ajouter, comme
on le dit en Italie : " La Messa è finita, andate in pace !… " La Messe est finie, allez dans la paix ! " C'était la
Messe de l'homme de Dieu qui s'offrait lui-même comme victime. Padre Pio nous invite à mettre vraiment
la Messe au centre de notre vie, nous unissant nous-mêmes à la divine Victime par la foi et l'amour,
réalisant le plus parfaitement possible cette fusion par la communion.

d'après le père Jean Derobert

http://apotres.amour.free.fr/page4/padrepio.htm
LA MESSE DE PADRE PIO
- Padre, qu’est-ce que votre Messe ?
Une fusion sacrée dans la Passion du Christ

- Que faut-il que je voie dans votre Sainte Messe ?


Le Calvaire tout entier.

- Dites-moi tout ce que vous souffrez durant votre Sainte Messe ?


Tout ce que Jésus a souffert dans sa Passion, je le souffre aussi, mais inadéquatement, autant
qu’un être humain le puisse. Et tout cela, non parce que je le mérite, mais parce que Dieu, dans sa
bonté, le veut ainsi.

- Padre, prenez-vous nos péchés sur vous durant le Divin Sacrifice ?


Je ne peux rien faire d’autre car cela fait partie du Divin Sacrifice.

- Le Seigneur vous considère alors comme un pécheur ?


Je ne sais pas, mais je crains que oui.

- Je vous ai vu trembler en montant les marches de l’autel. Pourquoi ? Est-ce à cause de ce que vous étiez
sur le point de souffrir ?
Pas de ce que j’allais souffrir, mais de ce que j’allais offrir.

- À quel moment du Divin Sacrifice souffrez-vous le plus ?


De la Consécration à la Communion.

- Père, ce matin, à la Messe, quand vous lisiez le récit d’Ésaü qui a vendu son droit d’aînesse, vos yeux
étaient remplis de larmes.
Et pensez-vous que rejeter les dons de Dieu, ce n’est rien ?

- Pourquoi avez-vous pleuré durant la lecture de l’Évangile en arrivant à ces mots :


« Celui qui mange ma chair et boit mon sang… » ?
Pleurez tendrement avec moi…

- Pourquoi êtes-vous toujours sur le point de pleurer en lisant l’Évangile pendant la Sainte Messe ?
Et cela vous semble-t-il de peu d’importance que Dieu parle à ses créatures et soit continuellement
contredit et blessé par leur ingratitude et leur incroyance ?

- Père, votre Messe est-elle un sacrifice sanglant ?


Hérétique !

- Non, je veux dire que le sacrifice de Jésus est non sanglant, mais que votre participation durant toute la
Messe est sanglante. Est-ce que je me trompe ?
Eh bien, cette fois vous n’avez pas tort. Je crois personnellement que vous avez raison.

- Qui essuie votre sang à la Messe ?


Personne.

- Pourquoi pleurez-vous à l’Offertoire ?


Vous voulez m’arracher mon secret. Soit. C’est le moment où l’âme est séparée du profane.
[Le moment où Padre Pio entre dans une sorte d’extase, à la Messe]

- L’assistance est un peu bruyante à votre Messe, Père.


Si vous aviez été là au Calvaire, vous auriez entendu les gens crier, jurer, pleurer et menacer ! Il y
avait un vacarme terrible.

- Êtes-vous dérangé par le bruit à l’église ?


Pas du tout.

- Père, pourquoi souffrez-vous durant la Consécration ?


Vous êtes trop cruel…

- Mon Père, dites-moi pourquoi vous pleurez à l’autel et ce que signifient les paroles que vous dites durant
la Consécration. Je ne vous le demande pas par curiosité mais parce que je désire les répéter après vous.
Les secrets du Roi des rois ne peuvent être répétés sans être profanés. Vous me demandez
pourquoi je pleure ? Je préférerais ne pas verser quelques pleurs mais des torrents de larmes. Ne
vous arrive-t-il jamais de réfléchir à cet immense mystère ?

- Goûtez-vous à l’amertume du fiel durant la Messe ?


Oui, très souvent.

- Comment arrivez-vous à tenir debout à l’autel ?


Comme Jésus l’a fait sur la Croix.

- Êtes-vous cloué sur la Croix à l’autel comme Jésus au Calvaire ?


Devez-vous me poser cette question ?

- Comment arrivez-vous à rester là ?


Comme l’a fait Jésus sur la croix.

- Les bourreaux ont-ils retourné la croix de Jésus pour rabattre les clous ?
Bien sûr.

- Est-ce qu’ils vous transpercent aussi avec les clous ?


Oui.

- Est-ce qu’ils vous retournent aussi sur la Croix ?


Oui, mais n’ayez pas peur.

- Père, est-ce que vous prononcez les Sept Paroles que Jésus a dites sur la Croix durant la Messe ?
Oui.

- Et à qui dites-vous : « Femme, voici ton fils » ?


Je lui dis : « Voici les enfants de ton Fils. »

- Souffrez-vous comme Jésus de la même soif et du même sentiment d’être abandonné ?


Oui.

- À quel moment souffrez-vous de la soif et de la solitude ?


Après la Consécration.

- Jusqu’à quel moment souffrez-vous de cette soif et de cet abandon ?


Normalement, jusqu’à la Communion.

- Vous m’avez dit que vous aviez honte de dire : « J’ai cherché en vain quelqu’un pour me consoler. »
Pourquoi ?
Parce qu’en comparaison avec ce que Jésus a souffert, notre souffrance n’est rien, puisque nous
sommes réellement coupables.

- Qui vous donne ce sentiment de honte ?


Dieu et ma conscience.

- Est-ce que les anges du Seigneur ne vous réconfortent pas à l’autel où vous vous sacrifiez ?
Peut-être… mais je ne le ressens pas.

- Notre présence est inutile si la consolation n’envahit pas votre esprit durant le Divin Sacrifice et si, comme
Jésus, vous vous sentez totalement abandonné.
Votre présence est utile ; autrement nous devrions dire que la présence de Notre-Dame des
Douleurs, de Jean et des Saintes Femmes aux pieds de Jésus mourant était inutile.

- Qu’est-ce que la Sainte Communion ?


C’est tout ensemble la révélation de la miséricorde intérieure et extérieure. Une étreinte complète.
Priez aussi Jésus qu’Il fasse sentir Sa présence.

- Jésus ne pénètre-t-il que dans l’âme lorsqu’il vient ?


Il entre dans l’être tout entier.

- Que fait Jésus dans la Communion ?


Il prend ses délices dans Sa créature.

- Lorsque vous vous joignez à Jésus dans la Sainte Communion, que devrions-nous demander pour vous
au Seigneur ?
Que je puisse être un autre Jésus, tout Jésus, toujours Jésus.

- Souffrez-vous aussi durant la Communion ?


C’est le point culminant.

- Votre souffrance continue-t-elle après la Communion ?


Oui, mais amoureusement.

- Est-ce que Jésus vous console dans cette union ?


Oui, mais je suis toujours sur la Croix !

- Vers qui Jésus a-t-il tourné Son regard en expirant ?


Vers Sa mère.

- Et vers qui regardez-vous ?


Vers mes frères en exil.

- Est-ce que vous mourez aussi durant la Sainte Messe ?


Mystiquement, durant la Sainte Communion.

- Subissez-vous la mort à cause de l’intensité de l’amour et de la douleur ?


Des deux, mais plus à cause de l’amour.

- Si vous subissez la mort durant la Communion, vous n’êtes donc plus présent à l’autel ?
Pourquoi pas ? Jésus mort était aussi au Calvaire.

- Vous dites, Père, que la victime meurt dans la Communion. Est-ce qu’ils vous déposent dans les bras de
Notre-Dame ?
De saint François.

- Jésus détache-t-Il ses bras de la Croix pour Se reposer en vous ?


C’est moi qui me repose en Lui.

- Jusqu’à quel point aimez-vous Jésus ?


Mon désir est infini, mais en fait, hélas, ce n’est rien et j’en ai honte.

- Père, pourquoi pleurez-vous en lisant le dernier verset de l’Évangile de Jean ? « Et nous avons vu Sa
gloire, la gloire du Fils unique de Dieu, plein de grâce et de vérité » ?
Cela ne veut-il rien dire pour vous ? Si les Apôtres, avec leurs yeux de chair, ont vu tant de gloire,
quelle gloire ne verrons-nous pas dans le Fils de Dieu, en Jésus, lorsqu’Il se montrera à nous dans
le Ciel ?

- Que sera notre union avec Jésus dans le Ciel ?


Eh bien… l’Eucharistie peut vous en donner une idée.

- La Très Sainte Vierge Marie est-elle présente à votre Messe ?


Pourquoi ? Pensez-vous qu’une mère ne s’intéresse pas à son fils ?

- Et les anges aussi ?


Des armées.
- Que font-ils ?
Ils adorent et ils aiment.

- Père, qui est le plus proche de vous à l’autel ?


Le Paradis tout entier.

- Aimeriez-vous célébrer plus d’une Messe par jour ?


Si cela dépendait de moi, je ne quitterais jamais l’autel.

- Vous m’avez dit que vous portiez l’autel en vous.


Oui, au sens où le disait l’Apôtre :

« Portant en moi la mortification du Christ »


« Je suis cloué à la Croix »
« Je traite durement mon corps et le tiens assujetti »

- J’ai donc raison de dire que Jésus crucifié est présent parmi nous ?
(Pas de réponse.)

- Vous souvenez-vous de moi, Père, pendant la Sainte Messe ?


Du commencement à la fin, la Sainte Messe n’est qu’un long souvenir de vous.

Tiré du livre « Padre Pio Teaches Us », par Don Nello Castello


Messe de Padre Pio

Préparation
Quand, finalement, Padre Pio n'était pas arrêté (par sa santé, par un frère bienveillant pour Padre Pio, et fatigué pour lui-même), il commençait une longue
préparation à la célébration de la messe. On pourrait ici reprendre la remarque du Curé d'Ars, répondant à quelqu'un qui s'étonnait de l'heure qu'il passsait
en prière devant le Saint-Sacrement avant de célébrer : « Je vais toucher le Bon Dieu et je vais lui commander, et vous ne voulez pas que je me prépare ! »
Voilà qui nous interroge sur notre propre faim du Corps du Christ, sur notre soif de son Sang, sur ces autres réalités que nous désirons plus que le Seigneur.

Rites de pénitence
Un autre texte de Padre Pio peut être lu ici. Padre Pio rapporte ici des paroles de Jésus qui lui est apparu dans un vision mentale :
« Ils me laissent seul de jour comme de nuit dans les églises. Ils ne se soucient plus du sacrement de l’autel ; on ne parle plus de ce sacrement d’amour ; et
même ceux qui en parlent, hélas, avec quelle indifférence, avec quelle froideur ils le font !
Mon Cœur est oublié. Personne n’a plus souci de mon amour. Je suis toujours dans la tristesse. Pour beaucoup, ma maison est devenue un théâtre ; il en
est ainsi de mes ministres eux-mêmes, que j’ai toujours regardé avec prédilection, que j’ai aimés comme la pupille de l’œil. Eux, ils devraient réconforter mon
cœur plein d’amertume, ils devraient m’aider à sauver des âmes. Or, qui le croirait, je reçois de leur part beaucoup d’ingratitude. Je vois, mon fils, beaucoup
de ceux-là qui… (ici, il se tut, la gorge serrée, et il pleura en silence) me trahissent avec des airs hypocrites par des communions sacrilèges, foulant aux
pieds les lumières et les forces que je ne cesse de leur donner. »
(Lettre au Père Agostino, 12 mars 1913)

Ce texte nous interroge sur ces petits détours que nous ne faisons pas pour passer, ne serait-ce qu'un moment dans l'église devant laquelle on passe. N'est-
ce pas là une préparation lointaine à la messe ? N'est-ce pas là un indice de notre faim (ou non-faim) de l'Eucharistie, et un moyen de la raviver, de
l'entretenir ?
Ce texte nous renvoie aussi à une désinvolture que l'on rencontre parfois au début de certaines célébrations, où le bruit et les distractions font que nous
n’attendons pas Jésus en vérité et dans le recueillement : bruits dans l’assemblée, distractions de notre esprit.

Les rites de pénitence du début de la messe, comme ceux qui précèdent la communion (Agneau de Dieu… Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir…),
sont spécialement dédiés à cette conscience que nous avons besoin de la communion tout en en étant indignes ; puis à une prière demandant la vraie
humilité.
Selon Padre Pio, il ne faut jamais oublier deux dimensions fondamentales de la messe : la première est que c’est le Seigneur qui nous invite, et non pas nous
qui décidons ceci ou cela ; la seconde est la dimension sacrificielle de l’Eucharistie : pendant la messe, en la personne du prêtre, le Christ accomplit l’œuvre
de salut et de miséricorde qui nous libère de nos péchés. La communion au Corps du Christ est pardon des péchés, selon la parole de saint Jean : « Le
sang de Jésus nous purifie de tout péché ».
Cela, bien évidemment, toujours selon Padre Pio, doit être accompagné de la réception régulière du pardon dans la confession.

Lectures
Padre Pio était souvent ému jusqu’aux larmes en entendant ou en proclamant l’Ecriture Sainte au cours de la messe. Un jour qu’on lui en demandait la
raison, il déclara : « Les dons de Dieu n’ont donc pas de valeur pour toi ! Cela est-il de peu d’intérêt que Dieu dialogue avec ses créatures ? »

Dans la lecture et la méditation de l’Ecriture, il y a un dialogue réel entre Dieu et l’homme. Entendre la voix du Seigneur : quelle grâce, quelle émotion !
Cette émotion, comme celle qui est vécue dans l’expérience de la miséricorde, n’est pas un sentiment occasionnel, un échauffement des sens, forcément
ambigu. Elle est un mouvement profond de l’âme qui naît d’une familiarité avec la Parole de Dieu, en premier lieu l’Evangile. Cette familiarité se construit et
se vit dans la prière.
Dans ses lettres d’accompagnement spirituel, Padre Pio insiste beaucoup sur cet aspect : la méditation de la vie de Jésus prime sur toute autre méditation.
Ainsi écrit-il à l’une de ses filles spirituelles, Annita Rodote : « Je désire de votre part une chose plus que toute autre : que votre méditation ordinaire se porte
autant que possible sur la vie, la passion et la mort, sans oublier la résurrection et l’ascension de notre Seigneur Jésus Christ. » (8 mars 1915)
Il va jusqu’à se faire le directeur de son directeur spirituel, le Père Agostino, afin que ce point soit clair dans l’esprit de ce dernier : « Ayez toujours le ferme
propos, mon bon Père, de répondre généreusement à Jésus et de vous rendre digne de lui, c’est-à-dire semblable à lui et orné des adorables perfections
révélées par l’Ecriture et l’Evangile. Mais pour que cette imitation soit possible, il y faut une réflexion quotidienne sur la vie de celui qui se propose comme
modèle. De cette réflexion naît l’estime de ses actes, et de cette estime le désir et le réconfort de l’imitation. » (27 février 1918)

On pourrait presque dire que pour quelqu’un de familier avec l’Ecriture (et quel chrétien ne devrait pas l’être), l’oraison doit se concentrer en priorité sur les
mystères de Jésus, c’est-à-dire les événements de sa vie qui révèlent une dimension fondamentale de sa personne. Les "mystères de Jésus" sont comme
des points de concentration de la personne de Jésus, de son existence.

Ces mystères sont toujours envisagés dans la prière. A partir d’ici, on pourrait développer la prière du rosaire chez Padre Pio : prière évangélique (les mots
viennent de l’Evangile) ; méditation sur les mystères de la vie de Jésus et de Marie, qui nous renvoient au mystère fondamental qu’est Jésus ; prière qui
permet de parcourir, dans le silence du cœur et le temps de la prière, l’ensemble du chemin que nous avons à parcourir peu à peu dans notre existence à la
suite de Jésus.
Le temps de la prière revêt alors une dimension salutaire, quasi sacramentelle, ainsi que Jean-Paul II l’écrit dans sa lettre apostolique sur le rosaire, en
établissant un parallèle entre le rosaire et l’Eucharistie : « Si la liturgie, action du Christ et de l'Église, est l'action salvifique par excellence, le Rosaire, en tant
que méditation sur le Christ avec Marie, est une contemplation salutaire. Nous plonger en effet, de mystère en mystère, dans la vie du Rédempteur, fait en
sorte que ce que le Christ a réalisé et ce que la liturgie actualise soient profondément assimilés et modèlent notre existence. » (Lettre apostolique sur le
Rosaire, 16 octobre 2002, n°13)

La Parole de Dieu (dans la messe, la Liturgie de la Parole) est le pont entre rosaire et Eucharistie. L’Eucharistie et le rosaire étant si importants, si
fondamentaux dans la vie et l’expérience de Padre Pio, comment la Parole de Dieu ne le serait-elle pas également ?

Offertoire
L’offertoire était l’un des moments les plus marquants de la ‘‘messe de Padre Pio’’. Padre Pio restait immobile de longues minutes, parfois jusqu’à une demi-
heure, l’hostie puis le calice levés devant ses yeux où, souvent, des larmes venaient. C’est comme s’il était pris par une force mystérieuse. On lui demanda
un jour : « Pourquoi pleurez-vous pendant l’offertoire ? » Padre Pio répondit : « C’est parce qu’à ce moment, l’âme est séparée du profane. »

Plus qu’auparavant encore, le Seigneur séparait son serviteur de toute réalité secondaire, le rendait parfaitement indifférent à ce qui se passait autour de lui.
Si Padre Pio vivait l'ensemble de la Messe comme le sacrifice et la passion de Jésus, et le moment de la consécration comme la crucifixion de Jésus (il
s’accordait en cela avec l’enseignement de l’Eglise, réaffirmé récemment dans l’encyclique de Jean-Paul II « L’Eglise vit de l’Eucharistie »), on peut
considérer que l’offertoire le renvoyait au temps précédent cette crucifixion. Un passage de sa correspondance fait un parallèle entre le dépouillement que
Jésus subit avant la crucifixion et la séparation des choses profanes, que nous venons d’évoquer pour l’offertoire :
« Sur le mont Calvaire, habitent les cœurs que l’Epoux céleste favorise de son amour divin… Mais fais attention à ce que je vais dire : Les habitants de cette
colline doivent être dépouillés de toutes habitudes et affections terrestres, de même que leur roi fut dépouillé des vêtements qu’il avait lorsqu’il y arriva.
Remarque, ma bonne petite fille, les vêtements de Jésus étaient saints, n’ayant pas été profanés quand ses bourreaux les lui enlevèrent chez Pilate. Il était
cependant juste que notre divin maître s’en dépouille pour nous montrer que rien de profane ne doit être porté sur cette colline.
Prends donc garde, ma bonne petite fille, d’entrer au festin de la Croix, qui est mille fois plus délicieux que les noces mondaines, sans le vêtement blanc,
nettoyé de toute autre intention que de celle de plaire au Divin Agneau. » (Lettre à Ermina Gargani, 28 décembre 1917)

Séparé de toutes choses profanes, Padre Pio n’en restait pas moins uni aux hommes : son union intime et totale avec Dieu, par cette séparation du profane,
le rendait dans le même temps plus capable d’être surnaturellement attentif à chacun, particulièrement ceux qui étaient autour de l’autel, à ceux qui s’étaient
confiés à ses prières. Ainsi, pendant ces longues minutes de l’offertoire, les présentait-il au Seigneur, avec le pain et le vin.
De plus, il se présentait lui-même, s’offrant pour être associé au Sacrifice du Christ. Acte de charité qui le poussait à vouloir prendre sur lui les souffrances
des autres pour qu’ils en soient soulagés, ainsi qu’il l’écrit un jour à son père spirituel :
« Si j’apprends que quelqu’un est affligé dans son corps ou dans son âme, que ne ferais-je pas auprès du Seigneur pour le voir délivré de ses malheurs ?
C’est bien volontiers que je prendrais sur moi tous ses tourments pour le voir sauvé, en rétrocédant en sa faveur les fruits de ces souffrances, si le Seigneur
m’y autorisait. » (Lettre au Père Benedetto, 26 mars 1914)
Ce qui était son attitude ordinaire atteignait dans la messe (« source et sommet » de la vie chrétienne) son point culminant.

Peut-être, en ce moment de l’offertoire, Padre Pio se répétait-il la prière qu’il avait composée pour son ordination sacerdotale :
« Jésus, mon souffle et ma vie,
aujourd'hui, en tremblant,
je vous élève dans un mystère d'amour.
Qu'avec vous, je sois, pour le monde,
Voie, Vérité et Vie
et par vous (pour vous)
prêtre saint, victime parfaite. »

Consécration
Le texte qui suit, est le compte-rendu que le père Hamel, sulpicien français, professeur de séminaire, fit après avoir assisté à la messe de Padre Pio, quand il
se rendit à San Giovanni Rotondo en 1950. Par la sobriété des mots et la justesse de son regard, ce texte nous aide à ‘‘entrer’’ dans la célébration de Padre
Pio.

Décrire cette messe est difficile, pour la raison très simple qu’elle n’offre rien de spectaculaire et que vous êtes pris dans l’action liturgique. Cet homme a le
don de faire prier. Dans ces conditions, observer est quasi impossible. Il reste qu’après coup, vous pouvez revivre la scène et en décrire la particularité.
À voir les choses du dehors, le premier détail qui frappe est évidemment la durée, mais une fois encore après coup seulement. Car pendant la cérémonie,
vous ne sentez pas le temps. La messe du Padre Pio dure une heure et quart…
De l’offertoire, nous n’avons retenu qu’une chose, le geste soutenu de l’oblation, près de cinq minutes. Les paroles sont dites lentement, une à une, séparées
; les yeux ne quittent pas la croix ; le corps immobile ; une oraison muette prolonge l’offrande. Relisez cette offrande, vous devineriez tout ce que le Padre
peut y mettre.
Toute la portion qui jusqu’à la Consécration et qui durera vingt minutes est en effet marquée par une détresse physique et morale, singulièrement
émouvante.
On a l’impression que le Padre essaye de retarder le plus possible le dénouement du sacrifice, comme si, à mesure qu’approche la consécration, une
panique se développait en lui.
Tout son comportement l’indique : ses plaies peut-être s’ouvrent, ou du moins le font souffrir, si l’on en juge par les crispations des mains, la sueur, le
déplacement incessant des pieds, sur lesquels il n’ose s’appuyer, le masque parfois convulsé des traits du visage. On ne peut s’empêcher d’évoquer
l’Agonie…
On est en effet obligé de reconnaître que son comportement extérieur exprime des sentiments très différents selon les moments de la messe. Sur la toile de
fond de la Passion, il est facile de voir que le Padre Pio suit le parcours de Notre Seigneur, du Cénacle au Calvaire…
L’anxiété atteint son paroxysme avec la Consécration où le Padre semble vivre la mise en Croix. Les paroles sont hachées, dans une sorte de hoquet.
C’est la Croix plus que la Cène : ce n’est pas le « Prenez et mangez » qui passe au premier plan, mais « mon corps livré pour vous… mon sang répandu
pour vous et pour la multitude, en rédemption des péchés ».
La vision est bouleversante comme une véritable agonie. Vous avez vraiment devant les yeux un homme qui se débat contre la mort.
En disant le pro vobis, « pour vous », de la consécration du calice, le prêtre semble être penché vers la foule, des deux côtés de l’autel.
Adoration profonde de l’hostie. Nous sommes au sommet du sacrifice ; il est cinq heures quarante-cinq. À partir de ce moment, le Père semble évoquer
devant nous la sérénité du Calvaire… Cette étape de la présence au pied de la Croix n’est pas exempte de souffrances. De temps à autre, le Padre Pio
secoue nerveusement ses mains, d’un geste crispé et brusque; les traits se figent tout d’un coup pour retenir un cri de douleur.
La manière dont le Padre communie évoque irrésistiblement la descente de croix. Il semble prendre respectueusement le corps du Sauveur, appliquer ses
lèvres sur les plaies, sur la fontaine d’eau vive jaillissant en vie éternelle. Il reste penché sur l’autel pendant quelques minutes. Puis il se relève. Son visage
n’exprime plus la souffrance. Il semble hors du temps, absent du monde, perdu dans la contemplation.
Nous ne pensons pas avoir forcé la note dans cette description. Ceux qui ont assisté à la messe du Padre penseront plutôt que nous sommes restés en-deçà
de la réalité. Ce que nous avons dit laisse deviner le fruit d’une telle expérience chez ceux qui en sont les témoins. Il ne s’agit pas de sensiblerie. C’est
vraiment un témoignage.

Père Hamel (1950)

Communion
L’Eucharistie est une force qui ouvre au don et à l’accueil, ainsi qu’à l’unité qui en découle. Cette unité, cette cohésion dépasse les limites du temps et de
l’espace, car elle est la « force » même de la communion trinitaire : elle est l’amour. Padre Pio l’exprime bien quand il affirme : « L’Eucharistie est un don
nouveau et absolument unique de l’amour immense de Jésus pour nous. Parce qu’en se donnant en nourriture et en boisson pour l’homme, il s’unit à lui de
la manière la plus parfaite qui puisse exister entre le Créateur et la créature. » (Lettre à Giusseppina Morgera, 5 mai 1916)
Dans son Encyclique sur l’Eucharistie, Mystici Corporis, le pape Pie XII écrivait dans le même sens : « Le divin Rédempteur s’est uni très étroitement, non
pas seulement avec l’Eglise, son épouse aimée, mais aussi, en Elle, avec l’âme de chaque fidèle, avec lequel il désire ardemment s’entretenir dans des
colloques intimes, spécialement après qu’il s’est approché de la table eucharistique. » (n°88)

L’expérience d’union de Padre Pio

Cette expérience mystique, Padre Pio l’a vécue d’une manière particulière, ce qu'il raconte au Père Agostino, le 18 avril 1912 :
« C’est à peine si j’ai pu me rendre auprès du divin Prisonnier pour célébrer la messe. Une fois celle-ci finie, je suis resté avec Jésus pour faire mon action
de grâce. Oh, comme elle fut suave, la conversation que j’eus avec le paradis ce matin-là, à tel point que, même si je le voulais, il me serait impossible de
tout vous dire. Il y a des choses que l’on ne peut traduire dans un langage humain sans qu’elles perdent leur profond sens céleste. Si vous me passez
l’expression, mon cœur et celui de Jésus ont fusionné. Il n’y avait plus deux cœurs qui battaient, mais un seul. Le mien avait disparu comme une goutte
d’eau dans la mer. Jésus était son paradis, son roi. La joie était en moi si intense, si profonde, que je n’ai pu me contenir : mon visage était inondé des
larmes les plus délicieuses. »
Cette communion des cœurs, que Padre Pio décrit comme une fusion, est l’une des premières manifestations de son union avec Jésus Crucifié. Assez
rapidement, la dimension de la croix apparaîtra dans ce phénomène, sous la forme d’une blessure ; ainsi, le 26 août de cette même année, il écrit, toujours
au Père Agostino :
« Ecoutez ce qui m’est arrivé vendredi dernier. J’étais à l’église en train de faire mon action de grâce après la messe, quand je me sentis tout à coup le cœur
transpercé par un javelot de feu si vif et si ardent que je crus en mourir. Les mots me manquent pour vous faire comprendre l’intensité de cette flamme : il
m’est réellement impossible de le décrire. Me croirez-vous ? L’âme victime de ces consolations devient muette. J’avais l’impression qu’une force invisible me
plongeait tout entier dans le feu… Mon Dieu, quel feu ! Quelle douceur ! »
Le 5 août 1918, ce sera la transverbération du cœur, et le 20 septembre Padre Pio recevra les stigmates.

http://saint.padre.pio.free.fr/messe.htm

La même chose s’applique pour l’assistance au saint Sacrifice de la Messe : il est plus important de faire des
actes (de contrition, de foi, d’amour...) que des réflexions ou des considérations intellectuelles.

A quelqu’un lui demandant s’il était nécéssaire de suivre la messe dans un missel, Padre Pio répondit que
seul le prêtre a besoin d’un missel.

Selon lui, la meilleure façon d’assister au saint Sacrifice est de s’unir à la Vierge des Douleurs au pied de la
croix, avec compassion et amour.

Ce n’est qu’en paradis, assure-t-il à son interlocuteur, que nous apprendrons tous les bienfaits que nous
recevons en assistant à la sainte Messe.
La CÉLÉBRATION de la SAINTE MESSE par Padre Pio
II – Liturgie eucharistique et rite de conclusion
vec tous ses fils dans le cœur, le Père s'étend avec Jésus sur la Croix pour le sacrifice divin. L'amour
avec lequel il se donne en victime, transparaît entièrement du visage tremblant du Père Pio.
Le Stigmatisé du Gargano, entre des sanglots et des larmes, dans un spasme indescriptible, actualise
la divine tragédie du Calvaire, tellement sur le vif, également en lui-même, durant la consécration, qu'elle
faisait apparaître dans sa chair transpercée le martyre sanglant de Jésus crucifié.
- Pourquoi souffrez-vous tant, Père, pendant la consécration ?
- Tu es trop méchante !
En trois mots, le Père Pio élude d'abord la réponse. On pouvait prévoir un retour à l'attaque.
- Dites-moi pourquoi vous souffrez tant pendant la consécration ?
- Parce que c'est véritablement là qu'advient une nouvelle et admirable destruction et création.
En une phrase courte et succincte, le Père Pio, cette fois, dit quelque chose de plus. Le singulier miracle de
la conversion eucharistique est affirmé avec une clarté absolue. Cependant rien n'est dit de l'intensité de sa
souffrance à l'autel au moment de la transsubstantiation : le Père dans la « nouvelle et admirable destruction
et création » en la dissimulant, son intime et secrète participation.
La réponse si elle laissait comprendre plus d'une chose, ne contentait pas. C'était seulement une brèche. On
épiait une occasion propice pour avancer une autre demande dans le but de lui arracher une réponse plus
détaillée.
- Pourquoi souffrez-vous autant pendant la consécration ?
- Les secrets du très grand roi ne se révèlent pas sans les profaner. Tu me demandes pourquoi je
souffre ? Je voudrais verser non pas des larmes mais des torrents de larmes Tu ne réfléchis pas au
terrible mystère ? Un Dieu victime de nos péchés !... Et puis nous, nous sommes ses bourreaux.
Le terrible mystère de la consécration comprend les dernières heures passées par le Christ en croix : le
Crucifié du Gargano revit, maintenant, à l'autel l'un après l'autre les derniers moments du Crucifié du
Golgotha. Il suffit maintenant d'avoir devant les yeux ce qu'en raconte l'Evangile de Jésus.
Avant toute chose, le prologue de la crucifixion.
- L'amertume du fiel, Père, en souffrez vous ?
- Oui et très souvent
Après avoir goûté le fiel, le patient fils de François nous confie comment il est crucifié à l' autel.
- Mon père, comment vous tenez-vous debout à l'autel ?
- Comme se tenait Jésus sur la croix
- Sur l'autel vous êtes suspendu à la croix, comme Jésus au Calvaire ?
- Et tu le demandes ?
- Comment faites-vous pour vous tenir ?
- Comme se tenait Jésus sur le Calvaire ?
Pour la crucifixion on lui demande :
- Les bourreaux renversèrent la croix de Jésus pour enfoncer les clous ?
- Cela se comprend.
- A vous aussi ils enfoncent les clous ?
- Et comment !
- A vous aussi ils renversent la croix ?
- Oui, mais n'ayez pas peur.
Le divin maître, assis en souverain sur la chaire divine de la Croix, avait prononcé ses dernières paroles pour
faire solennellement, devant le ciel et la terre, le testament de son amour miséricordieux pour nous.
- Mon Père, vous aussi vous récitez pendant la messe les sept paroles que Jésus prononça sur la croix ?
- Oui, indignement, je les récite moi aussi.
- Et à qui dites-vous : « Femme, voici ton fils » ?
- Je le dis à Elle : « Voici les fils de ton Fils »
- Vous souffrez la soif et l'abandon de Jésus ?
- Oui.
- A quel moment souffrez-vous la soif et l'abandon ?
- Après la consécration.
- Jusqu'à quel moment souffrez-vous l'abandon et la soif?
- Ordinairement jusqu'à la Communion.
- Jésus-Christ avait les entrailles consumées ?
- Dites plutôt brûlées.
- De quoi Jésus crucifié avait-il soif?
- Du règne de Dieu.
La même soif incendiait l'âme du père. C'étaient des heures extrêmement arides, celles-là .Pas même une
goutte de réconfort ne tombait dans le cœur brûlé du Père Pio
- Vous m'avez dit que vous aviez honte de dire : « Je cherchai en vain que quelqu'un me consolât ».
Pourquoi ?
- Parce que devant la souffrance de Jésus, pâlit notre souffrance à nous, qui sommes les vrais coupables
- Devant qui avez-vous honte ?
- Devant Dieu et ma conscience.
- Les anges du Seigneur ne vous réconfortent pas sur l’autel où vous vous immolez ?
- Mais... je ne les entends pas.
- Si le réconfort ne descend pas dans votre esprit durant le divin sacrifice, et si vous souffrez comme Jésus
un abandon total, notre présence est inutile.
- L'utilité est-de votre côté. Si votre présence était inutile nous devrions alors appeler inutile la présence de
la Vierge, de Jean et des pieuses femmes aux pieds de Jésus mourant.
Le cœur aimant, déchiré par le spectacle d'un si cruel abandon il n'aurait pas voulu rester inerte, il souhaitait
participer à l'âpre douleur.
- Mon Père, pourquoi ne cédez-vous pas à nous aussi un peu de votre passion ?
- On ne peut offrir à personne les joyaux de l'époux.
- Dites-moi ce que je pourrais faire pour alléger votre calvaire.
- L'alléger ?... Dites plutôt pour l'appesantir. Il est nécessaire de souffrir
- Il est douloureux d'assister à votre martyre sans pouvoir vous aider.
- L'Addolorata aussi a dû y assister. Pour Jésus certes il était plus réconfortant d'avoir une Mère souffrante
qu'une mère indifférente.
- Que faisait la Vierge aux pieds de Jésus crucifié ?
- Elle souffrait en voyant souffrir son Fils. Elle offrait ses peines et les douleurs de Jésus au Père céleste
pour notre salut.
Il n'est pas étrange que la souffrance dans un tel martyre, tout en prenant possession entièrement de sa
victime, s'arrête volontiers dans deux centres hautement significatifs de la personne du Père Pio pour y jouir
davantage.
- Ce n'est pas par curiosité, mais je vous demande quelle est la plaie qui vous fait souffrir le plus ?
- La tête et le cœur.
La communion était la partie culminante de la Messe du père : le moment suprême de la Passion de Jésus.
Courbé sur la table avec les mains serrant le calice, avec le Seigneur dans le cœur, le saint moine, les sens
bloqués intérieurement et extérieurement, sans épargner son temps, restait longtemps avec Jésus.
On demanda au Père :
- Qu'est ce que la Sainte Communion ?
- C'est toute une miséricorde interne et externe. Toute une étreinte. Priez aussi Jésus qu'il se fasse sentir
sensiblement.
- Quand vient Jésus, il visite seulement l'âme ?
- L'être tout entier.
- Que fait Jésus dans la communion ?
- Il prend ses délices dans sa créature La communion est une incorporation ? C'est une fusion. Comme deux
cierges se fondent ensemble et ne se distinguent plus.
- Quand vous vous unissez à Jésus dans la Sainte communion que devons-nous demander pour vous au
Seigneur ?
- Que je sois moi aussi un autre Jésus, tout entier Jésus, toujours Jésus...
- Vous m'avez fait comprendre que les Saintes Espèces ne se consumaient pas en vous ; que dans vos veines
coule le sang de Jésus ! Vous êtes donc un ostensoir vivant.
- Vous le dites.
Jésus, visitant tout entier l'être du Père Pio, le confondant merveilleusement à Lui, faisait goûter avec plaisir
au Crucifié du Gargano, le mystère de la mort, de la même façon que lui-même au Calvaire s'était réjoui de
sceller son sacrifice au Père.
Entre les accents d'amour tendre et les moments de suave douleur le Père Pio consume lui aussi en Jésus son
sacrifice.
- Pourquoi pleurez-vous, Père, quand vous faites la communion ?
- Si l'Eglise émet un cri : « Tu n'as pas dédaigné le sein de la Vierge », en parlant de l'Incarnation, que dire
de nous misérables ? !...
- A la communion aussi vous souffrez?
- C'est le point culminant
- Après la communion vos souffrances continuent-elles ?
- Oui, mais souffrances d'amour.
- Dans cette union, Jésus ne vous console pas ?
- Si, mais on ne cesse pas d'être sur la croix !
Pendant ce suprême instant il lance un dernier regard :
- Où Jésus mourant pose-t-il le dernier regard ?
- Sur sa Mère.
- Et vous où le posez-vous ?
- Sur mes frères d'exil
Et ayant incliné la tête il rendit l'esprit, écrit saint Jean à la mort de Jésus. Il ne pouvait pas en être autrement
à l'autel pour le Crucifié du Gargano.
- Pendant la Sainte Messe, vous mourez-vous aussi ?
- Mystiquement dans la Sainte Communion.
- C'est par véhémence d'amour ou de douleur que vous subissez la mort ?
- Par l'une et l'autre : mais plus par amour.
- Dans la Communion vous subissez la mort : alors vous n'êtes plus sur l'autel ?
- Pourquoi ? Jésus mort était aussi sur le Calvaire.
- Vous avez dit, Père, que dans la communion la victime meurt. Ils vous déposent dans les bras de la Vierge ?
- De saint François, répond le Père Pio.
La pitié d'un cœur, en se leurrant, avait pensé que le doux Seigneur avait trouvé finalement parmi les
hommes une âme où il pouvait se reposer à son aise. L'humble fils du Poverello n'était pas du même avis.
- Jésus détache ses bras de la croix pour se reposer en vous, Père ?
- C'est moi qui me repose en Lui !
- Combien aimez-vous Jésus?
- Le désir est infini, mais en pratique hélas ! je dirais presque qu'il est zéro, et j'en ai honte.
A la fin de la Sainte Messe, le Père Pio récitait le prologue de saint Jean avec une émotion profonde et le
visage en flammes.
- Pourquoi pleurez-vous chaque fois en lisant le dernier Evangile de la Messe ?
- Et il vous semble peu de chose qu'un Dieu parle avec les hommes.
Le saint moine du Gargano ne manquait même pas la vision eschatologique de l'Eucharistie.
- Pourquoi pleurez-vous – sanglots et larmes étaient abondants – quand vous prononcez la dernière phrase de
l'Evangile de saint Jean. : « Et nous avons vu sa gloire, gloire comme du Fils unique du Père, plein de grâce
et de vérité » ?
- Et cela vous paraît peu ? Si les Apôtres avec leurs yeux de chair ont vu une si grande gloire, quelle ne sera
pas la gloire que nous verrons dans le Fils de Dieu, en Jésus, quand il se manifestera à nous au Paradis?
- Quelle union aurons-nous au ciel avec Jésus ?
- Eh ! L'Eucharistie nous en donne une idée.
La Messe du Père Pio était cela. Et il n'y avait pas seulement que les hommes à y assister :
- La Sainte Vierge assiste à votre Messe ?
- Et vous croyez que la Mère ne s'intéresse pas au Fils ?
- Les anges assistent-ils à votre Messe ?
- Par troupes.
- Que font-ils?
- Ils adorent et ils aiment.
- Qui est plus près de votre autel ?
- Tout le Paradis.
La Messe se terminait, mais il demeurait dans le cœur du Stigmatisé du Gargano le désir de rester crucifié à
l'autel. Vous désirez célébrer plus d'une Messe par jour ?
- Si c'était en mon pouvoir, je ne descendrais jamais de l'autel.
Ne pouvant rester toujours cloué sur l'autel, l'exceptionnel liturgiste se transformait lui-même en autel pour
rendre visible à chaque instant la Passion du Christ.
- Vous m'avez dit que l'autel, vous le portez avec vous ?
- Oui, car elles se vérifient ces paroles de l'Apôtre : « portant en moi la mortification de Jésus » ; « je suis
cloué à la croix »; « je châtie mon corps et je le réduis en servitude »
- Alors j'ai raison de dire qu'au milieu de nous marche Jésus crucifié ! Vous la souffrez toute et toujours la
Passion de Jésus !
- Oui... par sa bonté et sa condescendance, pour autant qu'il soit possible à une créature humaine.
- Et comment pouvez-vous travailler avec tant de douleurs ?
- Je trouve mon repos sur la croix.
Rendez-moi autel pour votre croix, avait demandé le Père au Seigneur. La prière fut exaucée pleinement,
parce que jamais peut-être dans le passé elle n'avait été faite avec tant de sincérité de cœur.
L'autel que l'Artiste divin en fit sortir était vraiment beau, tellement beau : en deux millénaires de
christianisme on n'en avait pas vu d'une facture semblable. Il était de façon absolue le meilleur.
Jésus resta frappé, parce qu'il était le premier qui reproduisait à merveille le sien.
Dans son transport, le Stigmatisé du Calvaire ne voulut pas sur cet autel hisser sa propre croix, il y cloua à sa
ressemblance, avec complaisance, le Père Pio crucifié.
Un mot pour nous maintenant.
Une Messe ! Demandez à un ange, affirme le Père Pio, ce qu'est une messe et il vous répondra avec vérité :
je comprends ce qu'elle est, et pourquoi elle se fait. Mais je ne comprends pas quelle valeur elle a. Un ange,
mille anges, tous les saints du ciel, savent cela et pensent ainsi. Et vous, vous à qui est donné le bénéfice,
vous ne voulez pas réfléchir sur elle ?
En assistant à la Sainte Messe – c'est encore le Père qui parle – concentre-toi tout entier sur le mystère qui se
déroule sous tes yeux : « La rédemption de ton âme et la réconciliation avec Dieu ».
- Le Seigneur aime le sacrifice, mon Père ?
- Oui parce qu'avec lui il a régénéré le monde.
- Combien de gloire donne à Dieu la Sainte Messe ?
- Une gloire infinie.
- Que devons-nous faire durant la Sainte Messe ?
- Compatir et aimer.
- Comment devons-nous entendre la Sainte Messe ?
- Comme y assistaient la Sainte Vierge et les Saintes femmes. Comme saint Jean assista au sacrifice
eucharistique et à celui sanglant de la croix.
- Quels bénéfices recevrons-nous en l'entendant ?
- On ne peut les énumérer. Vous les verrez en Paradis.
Conclusion
Dans le ciel nouveau et la terre nouvelle, que saint Jean annonce à la fin des temps, nouvelle aussi est la cité
Sainte, Jérusalem, qui descend du ciel, parée comme une épouse pour son époux. C'est le nouveau tabernacle
de Dieu parmi les hommes : Dieu habitera au milieu de son peuple.
La nouvelle Jérusalem – dit en outre le ravi de Patmos – n'a pas besoin du soleil ni de la lune parce que la
gloire de Dieu l'illumine : les élus qui marcheront dans cette lumière y évolueront avec le nom de l'Agneau
sculpté sur le front.
- Au Paradis, Père, vous contemplerons-nous crucifié ?
- Pour votre plus grande gloire.
Le saint moine de Pietrelcina, au ciel, sera contemplé en Jésus, par ses fils, crucifié lui aussi éternellement à
la gloire du Père.

Ici s'achève la conférence du Père Tarcisio, fils spirituel du Padre Pio, dont la messe, peut-on dira, le
fascinait. Cette conférence qui est le fruit du travail patient qui organisa la collecte des confidences est
aussi le fruit de la méditation attentive qu'en fit le P. Tarcisio. Les auditeurs de cette conférence,
donnée à Udine (Italie) en 1972, lors d'un congrès consacré à la mémoire du Père Pio, avaient exprimé
le désir d'en avoir le texte. A défaut de brochure, nos lecteurs disposeront de deux numéros de Fidélité
Catholique » pour, méditer la passion que le Père Pio endure pendant se Messe,
F.C.
Feu et Lumière

Le Padre Pio célébrait la Messe en revivant la Passion du Christ.

1.Du signe de croix initial jusqu’à l’Offertoire :

Rejoindre Jésus dans son agonie à Gethsémani, le rejoindre dans sa douleur de voir que la Parole du Père, qu’il est venu
nous apporter, ne serait pas reçue, ou si mal. Écouter les lectures de la Messe comme si elles nous étaient
personnellement adressées.

2. L’Offertoire :

C’est l’arrestation de Jésus : l’« heure » est venue…

3. La Préface :

C’est le chant de louange et de remerciement que Jésus adresse au Père qui lui a permis de parvenir enfin à cette « heure
».

4. De la Prière eucharistique jusqu’à la Consécration :

Rejoindre Jésus dans son emprisonnement, sa flagellation, son couronnement d’épines et son chemin de croix ; lui
confier, au Mémento, tous ceux pour qui nous prions spécialement.

5. La Consécration :

C’est, mystiquement, la crucifixion du Seigneur. Rejoindre Jésus en croix et offrir au Père ce sacrifice rédempteur.

6. Le « Par Lui, avec Lui et en Lui » :

Il correspond à la parole de Jésus en croix : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » C’est l’acceptation, par le
Père, du sacrifice de Jésus. Les hommes ne sont plus séparés, mais unis. C’est pourquoi on récite le Notre Père.

7. La fraction de l’hostie :

C’est le moment de la mort de Jésus.

8. L’intinction :

Le prêtre laisse tomber dans le calice un petit morceau d’hostie. C’est le moment de la Résurrection : le Corps et le Sang
de Jésus sont à nouveau réunis. Nous communions au Christ vivant.

9. La bénédiction du prêtre :

Elle marque les fidèles, par la croix, comme un signe distinctif en même temps que comme un bouclier contre les assauts
du mal.