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FILIERE

Finance ET CONTRÔLE DE GESTION :

DROIT DES SOCIETES

LA LETTRE DE CHANGE :

Préparé par : - Ghoummid Saad

Année universitaire 2019-2020


I- Généralités

1-Définition :

La lettre de change (ou traite), est un écrit par lequel une personne (tireur) donne l'ordre
à l'un de ses débiteurs (tiré) de payer une certaine somme à une date donnée à une troisième
personne (bénéficiaire) ou preneur ou à l’ordre de celle-ci.
Ainsi, trois personnes au moins sont parties au rapport triangulaire de droit résultant de la
création d’une lettre de change. Dans le langage courant on l’appelle une traite.

Le tireur : celui qui, en sa qualité de créancier, émet la lettre de change.


Le tiré : celui qui, en sa qualité de débiteur du tireur reçoit l’ordre de payer. Le bénéficiaire
ou tiers porteur : celui qui reçoit la lettre de change.

Exemple de souscription et de circulation d’une lettre de change :

A la suite d’un contrat de vente à crédit, le vendeur (ou tireur) va tirer sur son acheteur (ou
tiré) une lettre de change qu’il remettra en paiement à une tierce personne ou bénéficiaire, ou
qu’il fera escompter par une banque. Mais entre la date de son émission et celle de son
échéance (90 jours), la lettre de change va pouvoir circuler par le mécanisme d’une cession
particulière qu’on appelle l’endossement, et qui va servir chaque fois d’instrument de crédit.

On a coutume de distinguer la première phase de l’opération, celle de la création du titre qui


repose essentiellement sur le contrat de vente, et les opérations postérieures, qui entrent dans
la deuxième phase de la circulation et qui ont leur vie propre et leurs règles particulières.
-La phase contractuelle

C’est l’opération originaire ; dans l’exemple choisi, celle du contrat de vente d’une machine ;
elle met en rapport deux parties : le vendeur –tireur et l’acheteur-tiré. La phase est dite
contractuelle.
Dans cette phase le rapport entre le tireur et le tiré reste vivace, le tiré peut opposer au tireur
toutes les exceptions qui naissent de ce rapport.

-La phase cambiaire

Elle comprend les opérations postérieures portant uniquement sur le titre créé en représentant
du prix de vente de la machine ; elle met en rapport des tiers étrangers au contrat de vente
initial : le bénéficiaire ou les endossataires.
Dans cette deuxième phase qu’on appelle cambiaire, le titre a sa vie propre avec ses lois
particulières de création, de circulation, de garantie et d’extinction ; ces règles sont différentes
de celles qui régissent le contrat de vente originaire et la créance née de ce contrat.

2-Fonctions :
A l'origine, la lettre de change était un moyen de change, c'est-à-dire un instrument de
transport d'argent dans le commerce international. Elle devient ensuite un instrument de
paiement par lequel les débiteurs payaient leurs créanciers.

Mais elle n'est pas une monnaie car elle n'est libératoire que si elle est effectivement payée.
Actuellement, la lettre de change est devenue un instrument de crédit car le tireur peut
l'escompter, c'est-à-dire la céder à un banquier sous déduction d'une commission et des
intérêts.

Contrairement au chèque et au billet à ordre, la lettre de change est un acte de commerce par
la forme, c'est-à-dire qu'elle est commerciale quelles que soient les personnes qui l'utilisent
(commerçants ou non) et quel que soit l'objet de la créance pour laquelle elle a été émise
(civile ou commerciale).

II-Les conditions d'émission de la lettre de change

1-La capacité

Tout signataire de la lettre de change doit avoir la capacité de faire le commerce car, en vertu
de l'article 9 du code de commerce, la lettre de change est toujours un acte de commerce.
L'article 164 du code de commerce prévoit que «la lettre de change souscrite par un mineur
non commerçant est nulle à son égard, sauf les droits des parties conformément au droit
commun », c'est-à-dire le droit de le poursuivre civilement.

Mais la signature du mineur sur une lettre de change ne porte pas atteinte à la validité des
autres signatures en raison du principe de l'indépendance des signatures.

2-Les mentions obligatoires

La lettre de change n'est valable que si elle contient un certain nombre de mentions
obligatoires :
2-1-La dénomination « lettre de change » insérée dans le texte ;

La dénomination « lettre de change » insérée dans le texte même du titre et exprimée dans la
langue employée pour la rédaction de ce titre, ce qui est un indice évident de formalisme ;

2-2-Le mandat pur et simple de payer une somme d'argent : « Payez » ;

Le mandat dont –il s’agit ici est un ordre de payer qui peut être exprimée en termes
quelconques dès lors qu’il est dépourvu d’obscurité et d’ambiguïté. Les termes « payez » ou «
veuillez payer »sont les plus usuels.

Le mandat doit être pur et simple. Un ordre de payer conditionnel ne serait pas acceptable car
il rendait aléatoire le paiement de la lettre à l’échéance et, de ce fait, il entraverait la
circulation du titre.

L’ordre a nécessairement pour objet le paiement d’une somme déterminée. La formule


interdit qu’une lettre de change ait pour objet une prestation non monétaire. Elle impose la
mention sur le titre de la somme à remettre au bénéficiaire à l’échéance. Il s’agit encore, de
faciliter la circulation de l’effet en dispensant de celui qui le reçoit de tout calcul.

2-3-L'indication de la date et du lieu où la lettre est créée ;


L’indication de la date, est utile à plusieurs égards, et permet de :
-calculer le délai de prescription de l’effet, ainsi celui des intérêts dûs ;
-connaître la date pour déterminer l’échéance quand la lettre est à un certain délai de date ;
- connaitre le délai de paiement si la traite est payable à vue.
L’indication du lieu de création est très importante en matière de commerce internationale,

car elle permet de connaître la loi nationale qui s’appliquera.

2-4-La signature du tireur ;


La signature du tireur est indispensable à la fois parce que l’émission de la lettre de change est

source d’obligation pour lui. Il garantit le paiement de l’effet.

2-5-Le nom de celui qui doit payer (tiré) ;

La désignation du tiré est indispensable puisque c’est à lui que le porteur à l’échéance devra
présenter l’effet pour recueillir le paiement.

2-6-L’indication de l’échéance ;

La mention de l’échéance est évidemment nécessaire pour que le porteur sache à quelle date il
peut et doit demander le paiement.
La date du paiement doit impérativement être fixé selon l’un des quatre procédés prévus par
l’article 181 du code de commerce. Une lettre de change peut être tirée à vue, à un certain
délai de vue, à un certain délai de date ou à jour fixe. Les lettres de change à d’autres
échéances ou à échéances successives ne sont pas valables.

-a) lettre à vue : elle est payable à tout moment, pendant un an à compter de sa création, sur
simple présentation ;
-b) lettre à un certain délai de vue (« à un mois de vue, veuillez payer... ») ; est une autre
modalité de fixation de l’échéance de la lettre de change, court du jour de la présentation de
l’effet au tiré à l’acceptation, ou en cas de refus d’acceptation, de la date du protêt (article 182
3éme alinéa).

-c) lettre à certain délai de date (« à trois mois de date... ») ; le point de départ est le jour de la
création de la lettre ;
-d) lettre à jour fixe (« au 30 du mois de mars... ») ; C’est le cas le plus général ;
généralement, on indique le 15 ou le 30 pour faciliter les paiements par compensation entre
banquiers (usances).Si aucune échéance n’est indiquée dans la traite, la loi présume que celle-
ci est à vue ;

2-7- le nom de celui auquel ou à l’ordre duquel le paiement doit être fait c’est à dire du
bénéficiaire.
La lettre de change doit mentionner le nom du bénéficiaire ou preneur. Le tireur peut désigner
une personne de son choix, en fait il indique son créancier. Mais le tireur peut se désigner lui-
même comme bénéficiaire.
2-8-L’indication du lieu de paiement

Dans la pratique, les traites sont toujours domiciliées chez le banquier du tiré.

Il est à noter que la domiciliation n'est qu'une mention facultative qui rend la traite payable au
domicile d'un tiers et qui permet de faire effectuer le paiement par la banque. Mais elle est
devenue obligatoire dans la pratique.

A défaut de contenir les mentions obligatoires, le titre est nul. Le porteur de bonne foi perd
donc toutes ses garanties cambiaires de paiement.

3- Les mentions facultatives

En dehors des mentions imposées par la loi, d’autres mentions facultatives peuvent être
apposées sur la lettre. Il peut y avoir une stipulation d’intérêts, une domiciliation, une clause
non endossable. La clause « non acceptable » ou la clause de retour sans frais ou « sans protêt
» peuvent également figurer.

III- L’acceptation

Tant que la lettre de change n’est pas acceptée, le tiré n’est pas engagé cambiairement de
sorte que pour le porteur, le tireur est son débiteur principal.

1-Caractère facultatif de l’acceptation :


–Le tireur n’est pas obligé de demander l’acceptation ; généralement il le fait, notamment s’il
a l’intention de faire escompter la traite par un établissement de crédit.

-En principe le tiré n’a pas l’obligation d’accepter sauf :


– s’il s’agit d’une vente de marchandises entre commerçants ;
– si le tireur a satisfait aux obligations du contrat
– si le tiré a reçu les marchandises et a eu un délai normal pour les vérifier.

Le refus d’acceptation entraîne de plein droit la déchéance du terme pour le tiré (C. com. art.
174-al.10). Si le tiré refuse de donner son acceptation, le porteur peut faire dresser un protêt
faute d’acceptation, sauf si la lettre de change comporte une clause de « retour sans frais ».
2-Caractère obligatoire de l’acceptation :

L’obligation de présentation résulte tantôt de la loi, et tantôt d’une clause inscrite sur la traite
par le tireur ou un endosseur.
-La loi exige que les traites à un certain délai de vue soient présentées à l’acceptation dans un
délai d’un an à partir de leur date (art 174, al.6). C’est en effet la présentation à l’acceptation
qui fait courir normalement le délai de vue. Le tireur peut abréger le délai d’un an ou en
stipuler un plus long ; les endosseurs peuvent seulement l’abréger (art 174, al.7 et 8).

-D’autre part, le tireur peut stipuler que la lettre devra être présentée à l’acceptation, avec ou
sans fixation de délai (art 174, al.2).

IV- les garanties de paiement de la lettre de change

1-La solidarité
Tous ceux qui ont tiré, accepté, endossé ou avalisé une lettre de change sont tenus
solidairement envers le porteur.

En cas de non-paiement, le porteur peut donc agir contre tous les signataires, individuellement
ou collectivement. Il peut agir, comme en matière de dette solidaire, contre un seul d’entre
eux. Le signataire qui a payé peut se retourner contre ceux qui ont signé avant lui.

2– L’aval (garantie supplémentaire)

Le donneur d’aval emploie la formule « Bon pour aval » et signe ; il peut aussi simplement
signer au recto ; Il doit indiquer pour qui il donne son aval ; s’il ne le précise pas, il sera
réputé l’avoir fait pour le tireur ; Le donneur d’aval s’engage comme débiteur cambiaire et en
tant que caution solidaire. Le donneur d’aval qui a payé pour l’avalisé défaillant, dispose des
recours cambiaires non seulement contre lui, mais contre tout autre signataire de la lettre.

V- la circulation de la lettre de change

En tant que titre à ordre, la lettre de change est un effet destiné à circuler en permettant la
circulation de capitaux sans risque. Cette circulation s’opère par la technique de
l’endossement, c’est-à-dire par une mention écrite portée au dos du titre et la signature.

Il existe trois types d’endossements :

A- L’endossement translatif de propriété

L’endossement translatif de propriété a pour effet de transférer la propriété de la lettre de


change de l’endosseur à l’endossataire (créancier de l’endosseur). Il se fait par simple
signature au dos. L’endossement peut être :

-Nominatif : il porte la mention « payer à l’ordre de X », le nom du bénéficiaire est alors


précisé ;

-Ou en blanc : il résulte de la simple signature au dos du titre, sans indication du bénéficiaire
et permet le transfert par tradition manuelle, c’est-à-dire par simple remise matérielle du titre ;

-Ou au porteur : il vaut comme un endossement en blanc. Rappelons que s’il est possible
d’endosser une lettre de change au porteur, il est interdit de l’émettre au porteur.

Cependant, il convient de préciser que le tireur a la possibilité d’exprimer sa volonté de ne pas


transmettre la lettre ; il lui suffit d’insérer dans la traite les mots « non à ordre » ou « non
endossable ».

B- L’endossement par procuration

L’endossement par procuration est celui par lequel le porteur confie le soin d’encaisser la
lettre pour son compte à un mandataire, qui est le plus souvent un banquier.

L’endossement de procuration résulte de la mention « valeur en recouvrement », « pour


encaissement », « par procuration » ou toute autre mention impliquant un simple mandat
(Art.172 C.com).
C- L’endossement pignoratif
L’endossement pignoratif est celui par lequel le porteur d’une lettre de change remet celle-ci
en

gage à son créancier.

Résultant de la mention « valeur en garantie », « valeur en gage », ou toute autre mention


impliquant un nantissement (Art.172 al4 du C.Com), il permet au porteur d’exercer tous les
droits dérivant de la lettre de change. Il a à l’égard des signataires de la lettre, les mêmes
droits qu’un porteur légitime et de bonne foi.

VI – Le paiement de la lettre de change

La présentation au paiement doit être effectuée au jour de l’échéance ou l’un des 05 jours
ouvrables qui suivent, au lieu désigné (domicile du tiré ou domiciliation). La mention de
domiciliation, devenue obligatoire en pratique, permet de fixer le lieu de paiement à un
endroit convenu, autre que celui du tiré. Dans la pratique, il s’agit du domicile de la banque,
celle-ci n’acceptant la remise par encaissement ou pour escompte que lorsque le titre est
domicilié.

A- Les obstacles au paiement de la lettre de change

1-L’opposition au paiement

La loi interdit l’opposition au paiement de la lettre de change, sauf dans trois cas : perte ou
vol de la traite et la situation de règlement judiciaire du porteur. Il appartient au porteur ayant
perdu le titre de faire opposition auprès du tiré afin d’empêcher le paiement du titre à tout
porteur illégitime : celui qui aura trouvé le titre. En cas de perte ou de vol, le paiement à qui
de droit ne pourra alors se faire que sur autorisation du président du tribunal, après avoir fait
opposition aux mains du tiré, donné caution, et justifié de sa propriété de la lettre de change.
Dans le deuxième cas, le syndic du porteur en règlement judiciaire pourra faire opposition au
tiré et se faire payer à lui-même pour intégrer la créance dans l’actif de la procédure
collective.

2- Le refus de paiement

En cas de refus de paiement du tiré, le porteur doit faire dresser un protêt « faute de paiement
». C’est un acte authentique dressé par un agent du greffe du tribunal qui constate
officiellement le refus de paiement et les motifs de refus. Cependant, si la lettre porte le
protêt.

B- Les recours cambiaires

Les recours cambiaires s’exercent toujours de manière ascendant en suivant l’ordre de la


chaîne des endossements sans jamais pouvoir la descendre de telle sorte que les signatures
qui auraient exécutés en lieu et place du tiré défaillant peuvent bénéficier du recours.

Le porteur peut exercer ses recours contre les endosseurs et le tireur :

-A l’échéance, si le paiement n’a pas eu lieu ;


-Avant l’échéance, s’il y a eu refus, total ou partiel d’acceptation ou bien un redressement
judiciaire du tiré, accepteur ou non, ou celui du tireur d’une lettre non acceptable. Le refus
d’acceptation ou de paiement doit être constaté par un protêt.

Le protêt faute d’acceptation doit être fait dans les délais fixés pour la présentation à
l’acceptation.

Le protêt faute de paiement d’une lettre de change payable à jour fixe ou à un certain délai de
date ou de vue doit être fait dans les cinq jours ouvrables qui suivent le jour où la lettre de
change est payable. Si la présentation a eu lieu le dernier jour du délai, le protêt peut encore
être dressé le lendemain.

Tous ceux qui ont tiré, accepté endossé une lettre de change sont tenus solidairement envers le
porteur. Le porteur ou tout signature de la lettre de change peut agir contre ces personnes,
individuellement ou collectivement sans être astreint à observer l’ordre dans lequel elles sont
obligées.

Après l’expiration des délais fixés pour la présentation d’une lettre de change à vue à un
certain délai de vue, pour la confection du protêt faute d’acceptation ou de paiement, le
porteur est déchu de ses droits contre les endosseurs, contre le tireur, et contre les autres
obligés à l’exception de l’accepteur. Certains recours subsistent :

• - Du tiré accepteur sur le fondement de l’acceptation et sur les recours de droit


commun basé sur la provision.
• - Du tireur s’il n’a pas fourni de provision à l’échéance (le tiré n’est pas son débiteur)

C- Les prescriptions des recours

Ce sont des délais très brefs fixés par le législateur en dehors desquels aucune action
cambiaire ne peut plus être exercée, on dit qu’elle est prescrite.

En matière de lettre de change :


- L’action cambiaire contre le tiré accepteur se prescrit par 03 ans à compter de

l’échéance ;

• Les actions du porteur contre les endosseurs et contre le tireur se prescrivent par un
ans à partir de la date du protêt dressé en temps utile ;
• - Enfin les actions des endosseurs entre eux et contre le tireur se prescrivent par 06
mois à dater du jour du paiement de la lettre.

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