Vous êtes sur la page 1sur 2

Culture, religion et société Responsable : Pierre Lucier

Problématique générale de l’axe

La problématique de la transcendance constitue un des filons les plus structurants de la


pensée et de la culture occidentales. Elle traverse l’ensemble de la réflexion critique sur
la science, l’art, l’éthique, le lien social et la culture elle-même, entendue dans sa
globalité anthropologique et sociétale.

Le concept de «transcendance» renvoie à trois registres sémantiques majeurs et découpe


dès lors des champs d’investigation à la fois distincts et reliés.

Le premier registre est d’ordre épistémologique et concerne la dynamique immanence-


transcendance de la connaissance, indissociablement acte du sujet connaissant et
connaissance d’un objet. À travers les méandres des discussions historiques tiraillées
entre les diverses formes de réalisme et d’idéalisme, il renvoie à l’explicitation de la
nature du savoir scientifique, notamment à celle des sciences humaines et sociales où,
plus nettement qu’ailleurs, on est confronté aux paradoxes du cercle herméneutique. Au-
delà des tenants et aboutissants de la «révolution copernicienne» kantienne, c’est la
possibilité et la portée du savoir qui sont ici en cause, et jusqu’aux derniers
retranchements de la croyance et de l’action, y compris leur éclatement postmoderne.

Dans le prolongement du premier, le deuxième registre concerne la transcendance comme


horizon dernier de l’acte de connaître et du discours scientifique et culturel et leurs
conditions ultimes de possibilité. Il renvoie au fond de référence postulé par l’analyse du
sujet connaissant et agissant: l’épistémologie devient ainsi anthropologie, herméneutique
et praxéologie. Ce renvoi vers un au-delà de l’immédiatement saisi se décline selon des
voies diverses mais convergentes, notamment celles de l’expérience du savoir, des
valeurs, de l’amour, de l’action, de l’art et de la culture elle-même. Cette «transcendance
sans nom» est celle des «raisons communes», du bien commun, de la société de droit, des
fondements du lien social et de l’éthique publique aussi bien que des dynamiques
identitaires. C’est le «lieu de l’homme» dont parlait Fernand Dumont, là où se joue
ultimement le «sort de la culture».

Le troisième registre rejoint les deux premiers par les voies du religieux : c’est celui de
la transcendance comme objet d’«expérience» individuelle et collective, cette
transcendance pouvant y prendre tantôt les traits d’un sacré ou d’un divin diffus, tantôt
ceux d’un dieu personnel. Dans le cadre des religions instituées ou dans le terreau de
nouveaux lieux du religieux et de la quête de sens, un nom y est dès lors donné à la
«transcendance sans nom». Cette expérience s’inscrit dans des signes culturels dont le
déchiffrage constitue un chemin obligé de la compréhension de la culture occidentale et
des sociétés, dont la nôtre, qui y évoluent. Même largement sécularisées et post-
religieuses, voire «désenchantées», les sociétés occidentales demeurent fortement
structurées par un héritage de référents, d’institutions et de signes culturels
sémantiquement toujours opérants qui doivent être analysés et décodés.
Tout en s’assurant d’un ancrage philosophique et historique dans les deux premiers
registres, la Chaire privilégie le contenu et les perspectives de ce troisième registre. Elle
s’y intéresse essentiellement aux signes culturels et aux institutions, à leur évolution, à
leur dynamique actuelle, à la structuration matricielle qu’y opèrent toujours l’affirmation
religieuse et, plus globalement, l’affirmation d’un rapport anthropologique à la
transcendance, celle-ci fût-elle «sans nom».
Cette référence à la transcendance, en effet, s’est traduite dans des signes culturels,
matériels et immatériels, qui, principalement dans leurs figures chrétiennes, ont façonné
la culture occidentale et, par-delà le désenchantement du monde et la proclamation de la
mort de Dieu, sont toujours présents, voire opérants. Le déchiffrage de ces signes est dès
lors un des chemins obligés de la compréhension de notre culture et des sociétés, dont la
nôtre, qui y évoluent. Se découpe ainsi une tâche essentielle pour la recherche sur la
culture.
Portées et promues par des institutions aux fortes assises historiques –les églises,
l’université, l’école–, ces affirmations fondatrices continuent aussi, par-delà tous les
constats d’effacement du religieux et de sortie de la religion, de s’inscrire dans la
dynamique sociale à la manière de vestiges sédimentés, voire de forces de référence. Leur
analyse constitue dès lors une exigence pour la compréhension de sociétés comme la
nôtre. Se découpe ainsi une autre tâche essentielle pour la recherche sur la culture.

Dans cet axe Culture, religion et société, la Chaire s’intéresse concrètement :


1. …à l’analyse de la problématique de la transcendance qui traverse la réflexion critique
occidentale et à l’archéologie de sa présence matricielle dans la culture actuelle;
2. …au repérage et au déchiffrage des signes qui en sont l’inscription culturelle,
principalement dans le champ du patrimoine, notamment du patrimoine religieux;
3. …au repérage et à l’analyse de l’action structurante du religieux dans l’histoire et dans
les dynamiques actuelles de la société québécoise;
4. …à l’évolution de l’institution scolaire québécoise face au fait religieux, notamment
autour du nouveau programme d’Éthique et culture religieuse.