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REIMS ARDENNES

Numéro 1315
Janvier 2011

LES RELIGIOSITE POPULAIRES

Les vendredi 3 et samedi 4 décembre, s’est tenue à la Maison Saint Sixte une session
consacrée aux « religiosités populaires ». L’invitation avait été lancée par la Pastorale en
milieu populaire. Soixante personnes, venues aussi bien de la région rémoise que des
Ardennes, ont participé à cette rencontre, soit en totalité soit en partie. On notait en
particulier la présence de représentants du Service des pèlerinages, de l’aumônerie des
hôpitaux, de la pastorale des obsèques, de laïques en mission ecclésiale et de diacres.
CHRISTIAN PIAN , diacre à Nanterre et enseignant à l’Institut catholique de Paris animait
cette session. Il a répondu à nos questions.

RA. On note aujourd’hui un intérêt nouveau pour ce qu’on appelle la « religiosité


populaire » : est-ce une mode ?
CP. Cela part d’une constatation : les personnes engagées dans la pastorale rencontrent ce
phénomène de gens pour lesquels la religion passe par des gestes plutôt que par des mots :
images, démarches comme les pèlerinages, vénération des saints etc…

RA Pourquoi « populaire » ?
CP. Cet adjectif veut souligner plusieurs caractéristiques :
Tout d’abord il renvoie à une culture qui s’oppose à une certaine façon officielle de considérer
la religion et qui est représentée par les pratiques et la doctrine des Eglises. En second lieu
cette culture religieuse, dite populaire, a ses traits propres. Elle se laisse conduire par le
sentiment plutôt que par les idées. Elle est faite de spontanéité plus que de raisonnement ou
d’idées.

RA. L’Eglise s’intéresse à cette forme de religion : est-ce pour la contre ,voire pour
l’éliminer ?
CP. Il ne faut pas réfléchir à cette question sur le mode de la concurrence. En effet on constate
que ces phénomènes renvoient à un fond religieux spontané qui se manifeste en particulier
lorsque la vie d’une personne est menacée, lorsqu’elle a besoin de retrouver un sens en
présence de difficultés majeures.

RA. Commet ce besoin de religieux se manifeste-t-il ?


CP. On constate que les hommes expriment ce besoin par un recours aux rites. Prenons par
exemple ce qu’on appelle « les rites de passage » qui sont universellement répandus dans les
sociétés humaines pour accompagner les changements biologiques et sociaux des individus.
On peut voir dans les pèlerinages l’une de ces formes de « rite de passage ».

RA. Pensez-vous que l’homme du XXI° siècle, dans notre société occidentale, soit encore
influencé par ce type de comportement religieux ?
CP. Plusieurs éléments peuvent être observés :
Tout d’abord nous sommes dans une société très rationalisée et technicisée qui ne fait pas de
place au sentiment ou à la recherche du sens. Ensuite la société dans laquelle nous sommes
privilégie l’individu plutôt que la communauté. Dans le même sens, on peut noter
l’affaiblissement de l’influence sociale des Eglises et le refus, plus ou moins conscient, de
beaucoup de nos contemporains d’un modèle hiérarchique dans leur rapport au Transcendant.
Chacun estime pouvoir vivre ce rapport dans une démarche personnelle.

RA. Cela fait un ensemble de questions fort complexes. Comment donc l’Eglise peut-elle en
tenir compte ?
CP. De fait cela interroge l’Eglise. C’est d’ailleurs pour cela que j’apprécie dans cette session
la présence de personnes très diversement engagées dans la pastorale. Je vous répondrai
brièvement que l’attention de l’Eglise sur ce sujet passe par des attitudes de fond de la part
des chrétiens.
A commencer par l’accueil : accueillir les personnes telles qu’elles sont, telles qu’elles
réagissent, y compris dans leurs recherches religieuses qui sont parfois très éloignées de nos
propres pratiques.
Ensuite l’ouverture : permettre à ces démarches très individuelles de s’ouvrir à des
manifestations plus collectives. Par exemple inviter une personne qui souffre à vivre le
sacrement des malades en communauté.
Cela signifie que les personnes qui se présentent sont prises au sérieux dans leur demande et
qu’elles sont invitées à se sentir reliées à d’autres. C’et la démarche de Jésus dans l’Evangile.
C’est une démarche qui « fait grandir en humanité ».

RA. Justement, comment l’Eglise peut-elle aider à permettre une véritable rencontre du
Christ et de Dieu Père, Fils, Esprit ?
CP. Vous pouvez noter que l’Eglise présente souvent Dieu à travers un « savoir » alors que
les gens dont nous parlons « ressentent » Dieu. Pourtant la liturgie n’est-elle pas fondée sur
des gestes, des images, des ressentis qui « parlent » du mystère de Dieu ? Les deux
démarches sont nécessaires mais aujourd’hui les « acteurs pastoraux » doivent progresser
dans le respect et l’attention au « ressenti » pour pouvoir le faire entrer en harmonie avec le
mystère de Dieu tel que le présente l’Evangile.