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102981

LA VIE
DE

MONSIEUR
D ES-CJXRTE S
EREMIERE PARTIE,
—- '— .— — _-—,

A PARIS,
Chez DANIEL HORTHEMELS , rùë ſaint jacques,
au hdécénaa

M. DC. XCI.
_AVEC PRIVILEGE D-v R01.
"P".
r

\p ï
MONSEIGNEUR
LE
CHANCELIER
ONSEIGNEUR.

[fanion que Dtèuſi a établie entre la Juſtice CFP/a Vé


riteſſ , me donne [a Iozzrdiçffle de Pre' enter mon ouvrage à
'ſi ä ij VôTR E
EPITRE.
V ô T R E G R A N D E u R. .Qu-loue égalité que cette
unionſêmlzle mettre entre elles, l’ordre de la Sageſſe éternelle
a "Um/n que la Veriteftîtſhus la Protection de Iaffuſtice;
U* que l'une Étant naturellement toute nue' (9 ſims armes ,
lautreſi' trouwât totîjours armée Peurſh deífinſſſe.
Ceſtpeut-être dans cette rvue', M O N S E1 G N E 'U R,
Pſ. 84. que Dieu nous a fait reprcſtnter la Veſiriteſiirtant de la terre,
V' ”' C9* laffuſtice Placée au deſſus des tempêtes Pour lut' tendre la
main. Le ſort de la Vérité ſemble dépendre tellement de la
m… S9. Preſence de laffuſtice, que Pourpeu que celle ci s'éloigne , celle
V- I 4- laſt' trouveſourvent en Prcye àſes ennemis.
Mau les intérêts de l'uneſimt tellement attacljez à ceux de
l'autre ( Pour ne pas dire que ceſimt les mêmes , ) u'il neſerait
Paspoffilóle à laffuſtice d'abandonner la Vérité/ZM ſt detrui
re. Ce n'eſt Point faire desllonneur à la juſtice de croire
Bflruch_ 4_ qu'elle ne pfutſhbſlſtfr que par la Vérité; C9* de dire aPreſis
V- r3- un Prop/tete, qu'on ne Peut a-voir d'aſſez aupres d'elle quepar
jerem 4' le moien de celle-ci. Dieu même dont la Wie, au langage de
v. 2.. l’Ecriture , n'eſt que Veritë C7* queffuſtice , a 'voulu que l'une
fût toujoursqui
inſtparalzle
s'imaginedeenl'autre
être le dans touó' ſis ,ouvrages.
L'Homme cltejfſi-dkzuvre ne peut
Ecdi. 34, entretenir aucun commerce avec ſon Createur, que Par la
V* ²-²- 'voie de Ia Verite C7* de la Juſtice , qui n'ont qu'un même
clientin Pour le _faire 'venir à noue , C9* .pour noue conduire à
z. Reg. c. lui. Ilſtmble qu'il ne rcfircue ſh miſéricorde que Pour ceux
z-v- 6- quiſiiiæiront l'une CF' l'autre egalement. En un mot , ce n'eſt
que dans l'union étroite de la Veritê C9* de la ffu/Zice que
Zachar_ 3. noue ſommes a lui en qualité de ſim Peuple , comme il "veut
v- 8., bien Êtreà nous en qualité de nôtre Dieu avec les mêmes con
dittſions.

Par l'une C7* Par l'autre qu'il a fuouluPrincipalement


ſi'

Il
EPITRE.
ſe rendre vifihle à nou/s dans la Perſiwnne du Roy , que nous
regardons comme l'image vivante de la Diviniteſſ. Mais ſi le
lePlus <grand honneur de LOUIS L E G R A N D efl
d'avoir été choiſi de Dieu Pour faire regner laffuſtice Z9* la
Veſſriteſhr la terre :Ùy-a-t-il , \I4 O NSEIG N EUR,
quelque autre honneur dans le monde apres celui- là , qui ſhit
plus (grand (F Plus ſolide que celui d'avoir Ete' choiſipar un
ſi Puiſſant Monarque Pour être le Chef de la juſtice dans
ſim Royaume , C9* le Protecteur de la Vérité ſous ſis or
dres?
Mais ſi nous reſſvërons dans vôtre Perflmne le Premier
Miniſtre de la _Juſtice que le Roy a reſtîë de Dieu pour
?tre diſirihuëe aux Peuples: jeſi-roie Preſque aſſez hardipour
regarder M. Deſcartes comme l'un des Principaux Miniſtres
de la Vérité que Dieu n'a Point révélée , U* dont il a bien
voulu abandonner la recherche Ü* la di cuſſion aux Hommes.
Si 4M. Deſcartes avoit été a/ſeË heureux Pour reſitahlir la
vraje Plóiloſizphie Par les ſoins qu'il a Pris toute ſh vie de
découvrir la Vérité dans le fonds de la Nature, ceſêroit un
avantage dont le genre humain ſiroit encore redevable au
recgne de LOUIS LE GRANDUDuiſâueSaMaje/?é
l’a honoré de ſa Protection particulière deſon vivant; qu'elle
l'a(gratifië de Penſions , Pourfaciliter l'execution de fisgrands
deſſeins z C9* qu'elle l'a comblé de toutes les honte( avec
leſquelles elle a coutume de reconnaitre le vrai merite.
M. .Deſcartes ne Pouvoir mieux répondre aux honteËdu
Roy , u’en ſacrifiant toutes es facultez à cette Veritê que
Dieu emhle avoir cachée dans tout ce qu'il a créé, C9* dont
Ia decouvertePourroit Produire lafélicite' temporelle des hom
mes. 1l avoit recu" de Dieu un amour violent Pour cette
Veriteſi. Cet amourſi? trouvant accompagné de toute la droi
a iij ture
E P I T R E.
ture du ſens ('9' de toute la ſincérité du cœur que l'on Piîtſou
haiter, lui avoitfait Pou-ſitivre cette Veſirite par tout …z il
ſ

s'etait doute qu'il Pourrait la decouvrir. Et .Tilficlloit juger


duſhcccz de ſes travaux par l'excellence des talen; qu'il): a
enzloloiez , nous aurions dequoi raiſhnnahlement pré/umer que
cette Veſiriteſt ſ-roit enfin Prcſſentíe à lui _ſans altigtxttſi'~
ment.
\Mais [expérience de ſi: Propre faibleſſe [ui aiant Perſita
dê, que Dieu , qui donne gratuitement la connaiſſance des Ví
riter( ſiirnaturelles Par la rëveſilation , ne s'engage Pas toujours
à récompenſer de la même maniere les travaux que l'on
eſſuie dans la recherche des Vëritez naturelles: il a cru ſatis
faire au moins de ſi; fidélité ('9' deſa Perſevérarlce. 'Une
Maîtreſſe telle que la Veſiritë ne Pouvoir être mieux ſirvie
qu'avec ces deux qualit-Ez ,ſur tout lorſque l'on conſidere que
M. Deſcartes jotgnoit les ſentimens du cœur avec les rai
ſimnemens de [Yſhrit pour Ia reconnaitre.
Ceſhnt là , 11/1 ONSEIG NET/R, les motifs de
la confiance avec laquelle j'a) effet-ë que Votes voudriez
bien honorer de vôtre Protection Phi/Zaire d'un homme qui
a Procureſſ à la France la <gloire d'avoir Produit le chef de
la Philoſhphie nouvel/e , ou le reſtaurateur de celle que les
Anciens cultivoient, avant que les Grecs leu/ſent emlóarrtſ
ſËe de la diverſité de leurs opinions. me flater que
V ô T R E G R A N D E u R ne le 'trouvera pas entiérement
indigne d'elle ,ſoit Par [a vue' des (grandes relations de laffufl
tice avec la Vëritë ‘, ſoit même Par la conſideration de la
famille de ce célébre Philoſhphe, dont les Parens-“ont été de
puis plus d'un ſiecle [ornement de l'un des Principaux Par
Iemens du Royaume. C'eſt à la connoiſîance que vous avez
eue' de [eur application à leurs devoirs , qu'ils ſhnt redeva
bles
EPITRE.
bles de cette bienveillance Particuliére , avec laquelle vous les
avez toujours diſtinguez, depuis que voue êtes entré la pre
miére fin); dans leur Province , aux Etats de laquelle vou-S
avezſiiuvent *ë aſſiſte pourſh Majeſté. ' * dix ſois.
Mau , M ONSEIGNEUR , toute immenſt que
vôtre bonté aParu juſqu'ici aux Peuples de cettegrande Manar
cbie , il ne nous eſt Pointpermte de douter que vôtre Puiſſance
n'ait une étenduequi luy eſt Proportionnée, Puiſiqtffelle n’aP0int
d'autres bornes que celle du Roy. Cette autoritéſidpérieure que
vous avezſhr toute [affuſtice qui eſt l'ame des Em ire: , Ü*
qui eſt capable de rendre la Monarchie immorte le Parſhn
incorruptibilité, eſt à la vérité l'ouvrage du PIMPZFi/Ïant des
Princes de [a terre , mais en même téms du PIM ſage de
tou/s les Rois. De flirte que le jugement que ce (grand Mo
narque a fait de vôtre Perſimne en vous élevant au comble
des dignitez de ſim Royaume , vous ç/l encore infiniment
PIM' glorieux que toute la puiſſance qu'il vous a communi
quée. Aprés lui avoir donné durant une longue ſuite d'an
nées des Preuves continuellec de vôtre intégrité , de vôtre
ſitffiſhnce , C9' de vôtre vertu , vou; auriez peut- étre été con
tent qu'il en fiît demeuré au jugement qu'il faiſait de vôtre
ntérite; Parce qu’encore que ſi; Puiſſance ſhit capable d'élever
de Petites choſes ,ſhn jugement n'en peut eſtimer que de
(grandes. Mau enfin il fallait avoir égard à la <gloire deſim
Royaume: C9* il a voulu joindre en "U-OM ſia Puiſſance à
ſim eſtime, par l'intérêt qu'il avoit de rendre ſes ſitjets beu
reux.
La Part que j'a) à cette fi-'licité (générale , Ü* les juſtes
reſſentiment des bontez Particuliéres dont il vous a Plû' de
nfhonorer , m'ont fait embraffi-r avec empreyſement lbcca-ñ
ſion d'en témoigner ma reconnoiſîance au Public , qui doit
etre
' E P I T R E.
être Perfimdé que 'vôtre illuſtre Mdiſim n'eſt pas moins I'd-e
ſyle de la Vêrite' que le temple de a ïuſtzce. Se' je dai;
regarder la mener-ation que j'a); Pour lune (F Pour l'autre
comme la régle de celle que je dois a-voir Pour celui qui y
Prífide ~, je Put): aſſurer a-'uec même' C9* a-vec juſtice qu'il
n'y a Point de re/ÿecîl Plus Profimd m' Plus ſincere que celui
avec lequel je ,

MONSEIGNEUR,

De Vôtre Grandeur,

Le rres- humble , -86 tres-obéiſſant


ſerviteur , A.~ B.
'PRF-FACE
DE?E233
a1-; Orſqu’on eſt venu me propoſer
G
ŸËEÏE
B3933#
d’e'crirc la Vie de Monſieur Deſcar
_ R_ tes , j’étois dans tout Péloigncment
é:
que pouvoir m’en donner Fopinion
que j’avois d'être le dernier des Ecrivains qu’on
eût dû choiſir pour cet effet. Le mérite de ceux
qui ſe ſont addreſſez à moy pour me charger de
cette commiſſion , ne m’a pas empêché de com
batre long-tems contre eux. Tant qu'ils ne m’ont
attaqué qu’avec des raiſons, je n’ay pas manqué
de forces pour leur réſiſter z mais je n'en ay point:
(cu aſſez pour me défendre contre leur autorité.
La honte d’avoir ſuccombé m’auroit fait ap#
préhender que M. Deſcartes n‘eût à ſouffrir de
ma foibleſſe, ſi je n’avois conſidere que ce grand
homme n’a pas beſoin des forces d’autruy pour
ſe ſoûtenir , ni d'aucun artifice pour paroître ce
guïl eſt. gomme il n'eſt pas de ceux dont laré
- ë Putaüon
du
ij PREFACE.
putation dépend de l'habileté d'un Panégyriſte; ‘~
j'ay crû 'que les obligations de mon engagement
ne conſiſtoient qu'à dire ſimplement ce qu'à été
ce Philoſophe; 8c à expoſer ce qu'il a penſé, ce
qu'il a dit, ô( ce qu'il a fait, de la même maniere
que nous ſouhaiterions de voir des penſées , des
paroles , ôc des actions toutes nues.
S'il ſe trouvoit quelqu'un à qui cette ſi-mplici- '
té ne fût point également ſenſible par tout, j'eſ
pérerois au moins que ma propre inſuffiſance 6c
ma ſincérité ſeroient de fort bonsritres contre
ceux qui me ſoupçonner-Diem d'avoir voulu pré
venir ou ſurprendre un LecteurJe me ſuis force
ment perſuadé qu'on ne ſeroit point endroit
d'exiger autre choſe de moi que la véritédes faits,
avec un peu d'ordre ou de méthode. L'e'xactiru—
de ô( la fidélité avec laquelle j'ay “tâché de repré
ſenter cette vérité par tout , pourroit ſuffir pour*
faire diſtinguer mon ouvrage d'avec un Roman :
mais on ne l'auroit peut-ètre pas diſtingué d'une
fauſſe Hiſtoire , ſi aprés avoinvèrifié les faits ,
je ne m’étois particulièrement étudié à leur don—
ner l'ordre qu'ils ont tenu dans la vie de nôtre
.PhÎIOſOPhC- Nous éprouvons tousleS jours que
des véritez dérangées dégénérenc en fauffetez:
6c
’ P R E FÂ C E. ii
ôc l’on peut aſſurer qu’ily a peu d’Hiſtoires où
les faits ayent autant beſoin d’ètre remis en leur
place que dans celle de M. Deſcartes.
La beauté qui réſulte de cet arrangement natu
rel eſt à mon avis ce qui doit plaire :l un Lecteur
bien ſenſé, plûtôt que l'art d’embellir ou de dé
guiſer les faits qu'on rapporte : 8e_ je ne puis nier
quhpréslbbligation étroite Où je me ſuis mis de
ne dire que des choſes vrayes , le ſecond de mes
ſoins n’ait été de ſuivre toutes les proportions
qui pouvoienr faire la juſteſſe de cet ouvrage.
Si mes efforts n'ont pas ſuffiſamment répondu
à mes devoirs ou à l'importance demon ſujet,
on ne doit point Sïmaginer que jſaye- voulu' me
vange-r de ceux qui m'ont chargé malgré moy
.d’une exécution ſi difficile. Çauroit été mal
-reconnoître l'honneur qui ſemble être attaché à;
cette commiſſion. Afin dïe faire voir au contraire
que je n’ay rien ômis de ce qu-i dépendoit dc
moy qui pût contribuer à- la juſtification de
leur choix, j’ay tâche de mettre dans un grand
jour tout ce qui peut ſervir à diſtinguer Mon
ſieur Deſcartes d’avec le reſte des hommes , ſans
rien cacher néanmoins _de ce qui luy a été com
mun avec eux: p u

ç 1] Amginä
EK

i, ' P R E FA C E.
A moins que l'on n’écrive la vie d’un homme
tellement privé qu'il n’ait été d’aucune profeſ—
fion ôc d’aucun état , l'on trouve toujours deux
perſonnages à dépeindre dans celuy dont on
fait Phiſtoire. Welques-uns ont crû que cette
double peinture n'était deue qu’~aux Perſonnes
publiques. Mais les grands ſuccez qu’ont eu
pluſieurs vies de Particuliers qu'on a vû paroi
tre principalement dans nôtre ſiècle, nous ont
ſuffiſamment convaincus que pour avoir deux
viſages il n’eſt pas toûjours néceſſaire d’êtrc ſur
1e timon d’un Etat, ou au milieu des Armées, ou
à la teſte des Compagnies ſouveraines , ou enfin
ſur un ſiège de Prélaturell ſuffit pour cela d'avoir
cu de la relation avec d'autres hommes, eût—on
paru enſeveli toute ſa Vie dans une cellule ou
dans un cabinet.
La condition d’unc Perſonne privée que M.
Deſcartes avoit choiſie ne l’avoit pas entiére
ment exclus du commerce avec le genre humain.
1l a donc fallu repréſenter en luy non ſeulement
Phomme intérieur dans ſes moeurs, ſes ſenti
mens, &ſa conduite particulière; mais encore
l'homme de déhors , je veux dire le Philoſophe
15C le Mathématicíen _dans ce qu’il a Produit au
, - 5 public
P R E FA C E. _ V
public. Ceſt ce qui m’a conduit indiſpenſable
ment à Phiſtoire de la Philoſophie 6e des Ma
thématiques qu’il a cultivées avec les plus' grands
hommes de ſon têms. Par cet endroit, ſa vie a
des raports 8c des liaiſons trés étroites avec
?hiſtoire générale des Sciences, comme la vie
d’un Pape ou d’un Roy en pourroit avoir avec
Phiſtoire Eccléfiaſtique ou Civile. ' Cette conſi—
dération m’a engagé à parler de tous les Sea
_vans qui ont eu commerce avec luy , ôc à faire
connoître les endroits de leur Vie qui peuvent
ſervir àla connoiſſance de la ſienne. Par la même
raiſon, ſay crû devoir expoſer l'état des affaires
publiques auſquelles il avoit eu quelque part,
avant que de ſe renfermer danslîa ſolitude pour
ne plus vacquer qu'à la Philoſophie. De ſorte
que je n’ay pas crû pouvoir me diſpenſer de
donner un abrégé également exact ô( ſuccint de
ce qui s’eſt paſſé ſous ſes yeux juſqu'à la fin de
l'an 1 62.8 âPariS , en Hollande , en Allemagne ,
en Hongrie, en Italie , 8c à la Rochelle.
Mais j’aurois mal profité de Yavantage que
les vies particulières ont au deſſus deso hiſtoires
générales, ſ1 je ne m’étois étroitement aſſujetti
Ëtdéeouvrir l'intérieur de M. Deſcartes. Cétoit
p-u... —
. ï iii, .Un
vj P R E FA C E.
un tréſor cache juſqu’icy à la plus-parc du mon—.
de.Les préventions que des gens mal informez ou
mal intentionnez y avoient oppoſées ſembloient
l’avoir rendu inacceſſible: 8c les proteſtations
de ceux qui ſe vantoient d'y avoir été admis,
n’étoicnr que de foibles ſollicitations pour
nous exciter à en demander la participation.
N’ayant pû reçevoir moy-même cet avantage
qu’aux conditions de le communiquer aux au;
tres , ſay crû devoir acquitter mes conditions
de telle ſorte que perſonne ne fût privé d'aucun
des fruits qu'on en peut recueillir pour régler
ſa conduite , ſoit dans les moeurs, ſoit dans les
ſentimens.
Ceſt ce qui m'a fait entrer dans tout le détail
des ſingularitez deſquelles on doit attendre ces
bons effets, Et ſans m'arrêter au mauvais goût
de ceux qui_ nïaiment_ que des hiſtoires ſuper
ficielles , je ſuis deſcendu juſquà des choſes
que ces délicats pourroient traiter minutie;
ſi nous nlavions_ à, leur oppoſer Paÿſuthorité des
plus excellens Maîtres dans_ ce genre d'écrire , 8c
les exemples de ceux qui dans l'antiquité 6c par~
mi les modernes n'ont Icüffi âcconmpoſer des
_vies que par la fidélité, ô( ( ſii on Poſe dire)
par
P R E FA C E. vij
par la plus ſcrupuleuſe exactitude que l’on puiſ
ſe apporter dans l’éxamen des moindres choſes
qui peuvent être de quelque inſtruction.
Ce n’eſ’t point dans la vie d’un Philoſophe
retiré du grand monde que l’on doit chercher
une variété divertiſſante d’événemens éclatans,
qui ſemblent n’être repréſentez que pour jetter
dans la ſurpriſe , ôc pour attirer l’admira—
tion. Mais on y trouve la ſageſſe ô( la vertu ,
dans-un état plus naturel 8c plus proportionné
à la portée de tout le monde. La vie d’un Philo
ſophe conſiſte moins en actions 8c en exploits
extérieurs, qu’cn ſentimens &en penſées: mais
parceque le Philoſophe eſt inſéparablement atta
ché à l’Homme , il s’agit principalement de ſça
voir comme la philoſophie aura gouverné la
condition humaine dans les actions même les
plus baſſes ôc les plus privées. Ceſt dans les
mêmes Vuës que j’ay tâché d'exprimer ſans dé
guiſement les défauts de nôtre Philoſophe:
perſuadé non ſeulement qu’il Y a preſque toû
jours des marques de force ô( de grandeur dans
les foibleſſes des grands génies; mais que ces
foibleſſes même renferment des enſeignemens ſa—
lutaircspout les autres, 6c qu'elles-ſervent panñ
uculieremenc
'viij P R E FA C E.
ticuliérement à caractériſer la perſonne qu'on'
veut connoître.
Comme M. Deſcartes a toûjours cu grand
ſoin d'éviter les extrémitez pour ſe garantir
plus aiſément de tout ce qui peut être outré 8c
exceffif dans la conduite de la vie , on le trous
vera preſque toûjours fort proche du juſte mi~
lieu où doit être nôtre ſituation. Ainſi l'on au
ra toûjours beaucoup plus à ſuivre qu'à éviter
dans ſes actions 8c ſes ſentimens. Il ſera d'au
tant plus facile à tout le monde de l'imiter , que
ſa vie Privée ne nous produit point de ces faits
inimitables, qui ſe liſent dans les Romans des
Héros ,où même dans les hiſtoires des Solitaires
de la Thébaïde. Son deſſein ayant toujours été
d'entretenir la correſpondance que Dieu a éta
blie entre l'ame 6c le corps, jamais il ne put
s'imaginer qu'il fût néceſſaire de détruire l'un
ſous prétexte de fortifier l'autre. Il eroyoit ſeule
ment que l'un 8e l'autre avoient beſoin d'un
frein pour être retenus dans leurs bornes , 6c
pour faire leurs fonctions ſelon l’ordre que
Dieu leur a preſcrit. C'eſt pourquoy à l'égard
des choſes qui ne ſont point du reſſort de la nañ'
_ture 6c de la raiſon_ humaine, il tâçhoir de ré:
. _duirç
' P R E FA c E. ix
duirc ſon eſprit dans une eſpéce de ſervitude
pour le tenir toujours parfaitement ſoûmis à
la ſoy de). C. 8c à l'autorité de ſon Egliſe 2 5c
pour ſon corps il laſſujetiſſoit à l'eſprit par le
.rétranchement de tout ce qu’il croyoit capable
de nuire à ſon ame.
S'il avoit été queſtion d'en faire un Saint ,’
il ne m’auroit peut-étre pas été difficile de pren
dre parti avec' ceux qui ont crû que fa Francine
étoit un fruit plus légitime que n’étoit le frere
aiſné de Salomon ôe Adéodat , enſans de deux
Saintsz ou de prendre droit ſur ce qu'il ſe ſeroit
relevé plus promptement que n’avoient fait ces
deux célébres Pénitens d'un engagement où il
ſemble que, ſelon cette ſuppoſition, il auroit pû
.demeurer avec moins de danger qu'eux. Mais
parla liberté que j’ay priſe' de regarder ſon ma
riage ſecret comme une choſe douteuſe 8c
comme une tache véritable de ſon célibat, on
_ doit juger de la diſpoſition où ſaurois été de ne
le pas épargner ſur les licences qu'il auroit don
nées à ſon eſprit touchant la Religion, ſi j'en
avois pû remarquer aucune. Toutesfois pour
montrer que je ne prétens pas avoir été le plus
pénétrant des hommes en ce point, ſay porîé
l a
x. P R E FA C E.
la ſincérité juſqu’à ne rien diſſimuler de ce que
les plus clair-voyans de ſes Envieux ont crû
y avoir découvert. En quov je ne me ſuis pas
réſervé d'autre liberté que celle de diſcerner le
vray d’avec le faux , 6c de dcſarmer la calom
nie le plus civilement qu'il m'a été poſſible.
(Teſt un bon office que la mémoire de M.
Deſcartes auroit dû juſtement attendre d’un plus
habile homme que je ne ſuis , 8c qu’elle auroit
pû exiger de quelque-un de ces hommes illu
Peres, qui avoient connu le fonds de ſon coeur
durant ſa vie, 8c qui ont ſait glorieuſement
revivre ſon eſprit aprés ſa mort. je ne doute
preſque pas que ce ne ſoit un ſemblable raiſon—
nement qui aura fait deviner au ſçavant
Polyhm. lib. Morhofius que M. Chanut Ambaſſadeur de Fran
l. cap. zepag.
5l7
ce en Suede a écrit la vie de 7M. Deſcartes. A
dire vray, il n’auroit pas été poflible de jetter les
yeux ſur une perſonne plus capable. M. Cha
nut éroit un grand maître dans l’art de pen
ſer ôc d’écrire. ll connoiſſoit ſon amy par tous
les endroits qui peuvent introduireà une con
noiſſance parfaite , ê( il ne tenoit pas à luy que
ce qu’il connoiſſoit de M. Deſcartes ne fût re
connu de toute la terre. Il avoit une conſcience
à
P R E FA C E. xj
à Pépreuve dc toute corruption , ôc il n’auroit
accordé à Pamitié que ce qu’il n’eùt pû luy ôter
ſans injuſtice. Avec ces diſpoſitions ô( toutes
les excellentes qualitez dont il étoit doué ,i il
n’auroit pas pû ne pas réüſſir admirablement
dans la compoſition d'une telle vie. Il nous au
roit donné ſur tout une peinture achevée de ſon
cœur 8c de ſon eſprit , ô( il nous auroit fait ſen
.tir beaucoup mieux que perſonne ce caractére
de probité 8c de religion qu’il avoit découvert
dans ſon amy. Il ſeroit donc à ſouhaiter pour
l'utilité publique que M. Chanut eût écrit la
vie de M. Deſcartes. Mais il n'a pû ſe procurer
luy-mème cette ſatisfaction aprés avoir conſa
.cré tout ſon têms ôc tous ſes ſoins au ſervice du
Roy 8c de l'Etat.
Aprés M. Chanut , perſonne n’é_toit capable
_de rendre ce bon office au public plus avanta
geuſement que M. Clerſtlier. 1l joüiſſoit d'un'
grand loiſir par le choix qu’il avoit fait d’une
vie privée. Il connoiſſoit M. Deſcartes auſſl in
térieurement que M. Chanut. 1l poſſedoit preſ
que tous ſes écrits , 6c étoit aſſez abondamment
fourni des mémoires néceſſaires pourperfectionñ'
ner un ouvrage de cette nature. Il étoit luy-mê
~ 1 l] me
xij P R E F 4 CE
me autant hommede probité 8c de conſcience'
que M. Chanut 8c M. Deſcartes , 5c il n’étoitpas
moins jaloux de la Vérité qu’eux. Les belles Pré~
faces qu’il a miſes à la teſte de tous les volumes
qu’il a publiez des oeuvres poſtumes de M. Deſñ
cartes peuvent nous répondre de ce qu’il auroic
été capable de faire. Ceux qui n’approuveron—t
pas les raiſons qu’il a eu de ne pas entreprendre
par luy même un ouvrage de cette importance
doivent l’excuſer au moins en conſidération
des ſoins'qu’il a pris pour recueillir 8c conſer
ver les piéces originales qui devoient ſervir de
fondement à cette hiſtoire.
La Reine de Suéde s’intéreſſant à la mémoire
de nôtre Philoſophe qu'elle honoroit toûjours
comme ſon Maître, 8c voyant qu’il n’y avoit ,
plus lieu d’eîſpérer ce ſervice de M. Cha-nut ni
de M. Clerſeliet avoit voulu engager le R. P,
j Nic. J. Poiſfon Prêtre de l’Oratoire à ce travail. Ceux qui
ont vû le commentaire que ce Pére a donné ſur
la Méthode de M. Deſcartes , où il ſe trouve
quelques traits de ſon hiſtoire, ôc qui ſçavent:
qu’outre ce qu’il a fait ſur ſa Muſique , il avoit'
Prff- dïskc- entrepris de faire encore un ample commentai
marques ſur
la Method!
rc ſur_ toutes les_ Oeuvres de 'ce Philoſophe , peu—
" Yen;
P R E FA C E. xiij
vent juger de l'avantage que le Public auroit re
cueilli d’une juſte hiſtoire compoſée par un Au~
teur dont il reconnoît la doctrine 6c la piété. M.
Clerſelier perſuadé que perſonne n’étoit plus ca—
pable ni mieux intentionné que ce Pére pour M. Md_
Deſcartes , ôc qu'on ne pouvoir avoir plus dczêle
qu’il en témoignoit tant pour la perſonne que Lem. Mſ. de
pour les ſentimens de ce Philoſophe, l'avoir ſolſi- iii' zJ-Îſicliſſvſſiil
licité de vouloir ſe charger d'en écrire la vie; 6c il l…

luy avoit offert les mémoires 8c les autres ſecours


qui dépendroient de luy. Mais quelques obſta
cles ſurvenus avec le prétexte plauſible de s'occu
per de choſes moins 'éloignées de la ſainteté at
tachée à ſa profeſſion ont fait tomber toutes nos
eſpérances.
Au défaut d'une vie parfaite, il s’eſt trouvé
des Auteurs qui ont au moins tenté d'en don
ner des Abrégez ou des Fragmens. Celuy qui
ſemble y avoir le moins mal réüſii eſt le ſieur
Daniel Lipſtorpius de Lubeck Profeſſeur dans l'Uni
verſité de ſon pays. Cet Auteur n'ayant pas
voulu laiſſer perdre les particularitez de la vie
de M. Deſcartes qu’il avoit appriſes en Hol
lande tant deM. Schooten l'ancien que de M ñ de v_ SPMÛM_
Raey Docteur en Médecine , nous a donné en :jfjſlgzzgſz-i
i iij deux '
xiv P R E FA C E.
deux feüilles d'impreffion plus que l'on n'au‘—‘
roit dû attendre d'un Etranger qui n'a travail-f
lé que ſur des relations ſurreptices. (Moy/que
ce ſoit trés peu de choſe par raport à la Vie de
M. Deſcartes, on doit luy ſçavoir gré de ceſiqu'il
a dit , ſans luy reprocher ſes omiſſions ou ſes
négligences. (hi/elque grand que ſoit le nom
bre de ſes ſautes, il eſt loüable de n'en avoir
pas fait encore d'avantage. C'eſt à- M. de Raey
qu'il étoit particulierement redevable de tout
ce qu'il a dit de meilleur; mais parcequ'il a
oublié de le reconnoître au moins publique?
ment, je me crois obligé de ſuppléer à ce de#
faut, ô: de rendre à M. de Raey lajuſtice qui
luy étoit due par M. Lipſtorpius. Il eſt bon
Leur. de M. que l'on ſçache que ç'a été à Finſçû de M. de
Van Lim
boreh du i5 de Raey 8c ſans ſa participation que M. Lipſtor
Avril i690.
pius a publié ce qu'il en avoit appris touchant
la vie de M. Deſcartes. M. de Raey avoit un
diſciple nommé M. Van-Berlzel jeune homme dc
beaucoup d'eſprit ôc de grande capacité, à qui
il avoit donné divers petits mémoires curieux.
M. Lipſtorpius~ ayant reçû de M. Van-Rethel
quelquesuns de ces mémoires qui régardoiene
M. Deſcartes ,lesavoiñt donnez de bonne fov au
' ~ Public
PREFACE. xv
PublicJ ſans examiner s'il avoit beſoin du con—
fentement de M. de Raey , ou s'il devoitles au
toriſer de ſon nom. ñ
Ce fragment de la vie de M. Deſcartes fut im
primé à Leyde l'an I6 53 parmi les eſſais de D.
Lipſtorpius touchant la Philoſophie Carteſien
\

ne- Mais ſurla fin dela même année l'on vid pa


roître à Caſtres en Languedoc une eſpece d'A bréñ Avec les Cena;
tut. de ſes
-gé de la même vie compoſée par le Sieur Pierre Hill'. 8e Ob
lcrv. Médico
Borel Médecin du Roy, ôc dédié à M. Péliſſon. Phyſi

Il fût réímprime' à Paris trois ans aprés; puis


à Francford 8c à Leipſick en 1670 ô( en I676.
ô( enfin inſéré parmi les mémoires du ſieur Tom. r. Me
mor. Phil. p.
Henning Vitre imprimez à Francford l'an "°'
1677. Il paroît que l'Auteur de ce petit abrégé
n'a écrit que ſur ce qu'il pouvoir avoir appris
de ſon amy M. de Ville-Breſſieux qui avoit
demeuré pendant quelque-tems avec :VL Deſ
cartes. De ſorte que ſi on en excepte quelques
faits généraux , comme ſont ordinairement
ceux qu'on ne retient qu'en gros pour les cho
ſes paſſées dont on ne tient point de re
giſtre, il ſemble qu'il n'y ait poi-nt de ſûreté
dans tout le _reſte. L'Auteur ne s'eſt pas fort em
baraſſé des circonſtances particulieres qui pou
yoient'
xvj . PREFA CE.
‘ voient ſervir à vérifier ſes faits.Il ne s’eſt aſſujetti
à aucun ordre 'ni pour lestêms ni pour les eſpé
ces. Il n'a donnéà ſon -écrit ni ſtile ni formez
8c la manière dont il a confondu toutes cho
ſes peut nous faire juger qu'il n’y a rien dans
ſon abrégé qui ſoit plus remarquable que l'in
duſtrie avec laquelle il a ſçû entaſſer tant de
fautes dans un ſi petit eſpace.
M. Borel s’eſt fait la juſtice de ne regarder
ſon écrit que comme une ébauche imparfaite
Borel. Vit.
Calteſ. com
8c comme un ſimple prélude d’unejuſte hiſtoi
pend. init.
re qu'il ſembloit promettre , au cas qu'il ſe trou
vât ſuffiſamment pourvù de facultez, ôc des
ſecours néceſſaires à un ouvrage de cette natu
"re, Et-M. Lipſtorpius a eu la modeſtie de Sfcx
.cuſer d’unc ſemblable entrepriſe ſur les diffi-~
Pag. 73. ſpte.
du Rtg. mot. cultez qu'il y trouvoit tant de ſon côté que
de celuy de M. Deſcartes. Mais vingt ans aprés
i] s’eſt rencontré un autre Allemand plus cou
rageux, qui ſans sépouvanter des obſtacles qui
rebutôient les autres, a voulu enfin donner au
Public le grand ouvrage qu’on attendoit de:
puis tant de tems. Il le fit paroître à Nurem
Quid mm di berg l'an 1674 ſous le titre magnifique de M;
gntlm fer” hic
promiſſor hian ffohannis Tape-Iii Hiſtoria_ Philoſiiphiaſîartefiana. C'eſt
ru? Hot-z
un
PREFACE. UU
un ouvrage de quatre petites feuilles d'impreſ—
fion, diviſé enſſfix Chapitres, dont il n'y a que le
prémier qui regarde préciſément la vie de M.
Deſcartes. Il ſeroit peut-être plus utile s’il étoit
moins ſuperficiel , ou s'il avoit pû ſe garantir des
fautes de ceux qu’il a copiez. Mais on ne peut
diſconvenir que le ſieur Gérard de Vries n’ait rnczod. Hte.
eu tres-grande raiſon de Feſtimer tres-peu, ôc adufllſicctrt.
de regarder ce petit écrit comme une piéce
tout-à-fait indigne de ſon grand titre. M. T'e
pélius a crû peut-ètre en rehauſſer l’éclat par
une pompeûſe dédicace, dont le ſeul titre occu
pe ſix pages pour étaler les noms 6e qualitez
de cinq Officiers de juſtice à la teſte de ſon
Epître. Ce qui nous fait regarder tout le corps
de Fouvrage comme un petit monſtre plus
capable de nous faire rire que de nous effrayer.
M. de Vries Profeſſeur en Philoſophie à
Utrecht a donné de ſon côté une Introduction hiſto
rique à la Philoſhpltie de M. Deſcartes cn forme dc
théſes qu'il a fait ſoûtenir par deux de ſes éco
liers .en 1683. Mais ſon deſſein a été de nous
repréſenter les âges differens ou du moins
quelques avantures de la Philoſophie en génée
ral juſqu’à M. Deſcartes , plûtôt que d’entrer
ô dans
xviij P R E FAC E. -
dans un détail particulier de ce qui le regarde;
ſi l’on en excepte la troiſieme partie de ſon ln
troduction oit il employe la valeur d’une feuille
dïmpreflion pour quelques faits qui concernent
la perſonne ou la doctrine de nôtre Philoſophe.
(Feſt dommage que M. de Vries n’ait rien en
trepris de plus ſur les actions de M. Deſcartes.
On n’auroit pû récuſer ſon témoignage pour
le bien qu’il en autoit pû dire , puiſque l’aver—
ſion qu’il fait éclater contre la perſonne de ce
Philoſophe 6c contre tous ceux qui ſemblent
faire profeſſion du Carteſianiſme l’auroit mis
à couvert des ſoupçons de la flateric.
ſſfigfïï' ſu' On vient de publier un autre ouvrage qui
paroît beaucoup plus important, 8c que nous
aurions pû conter parmi les eſſais hiſtoriques
de la vie de M. Deſcartes, ſi nous avions le
conſentement de ſon Auteur. Le livre eſt anoñ
nyme , 8c il a pour titre Vqyage du Monde de Deſ-_
carres. On ne peut refuſer à l'Auteur la gloire
d’avoir bien exécuté le deſſein qu’il a eu de
faire un roman: -ôc l’on doit au moins luy
en ſçavoir autant de gré que l’on en ſçavoit à M.
Deſcartes, lorſque pour plaiſanter avec ſes amis 5
il appelloit ſa Philoſophie roman de la Nature
Rien
P R E FA C E. xix
Rien ne paroît plus propre que cet ouvrage
pour nous faire tomber des mains tant de fa'
des Romans dans leſquels on a tâché d°enve.
lopper la Philoſophie. On peut Oublier main
tenant le Songe de Këpler, lc Mundi” alter (F
idem de Joſeph Hall; le Vcydge des Princes for
tunez du ſieur de Verville, la Solitude de Cléo
méde, la Macarzſe du ſieur Hédelin, la Cité du
ſoleil de Campanelle, le Monde dans la lune;
les Etats C9* Empires du ſoleil de Bergerac, ê:
d'autres fictions qui n’étoient peut-être pas
moins plaiſamment imaginées que le Voiage
du Monde de Deſcartes, mais qui ne laiſſeront
pas d'en être effacées, les unes pour être trop
myſtérieuſes , les autres pour étre trop libres ou
trop enjoiiées, 8c d'autres enfin pour n'être pas
ſoutenues avec autant d’e'rudition qu’il en Pa
roît dans ce Voyage. Woyquîl ne ſoit queſtion
~ ni de Chevalerie ni de Bergerie dans ce nou
veau roman , l’Autheur n'a point laiſſé d'y
porter ſes idées au delà du vrayñſemblable. On
peut préſumer que l'indépendance où il s'eſt
mis à l'égard des loix établies pour le gen
re- héroïque ou pour le comique, luy a donné
ledroit de ſe rendre le maître de ſa forme, com
ô i] me
xx P R E FA C E.
me il l'a été de ſa matière; de sypreſcrire tel4
les régles qu'il luy a plu 5 6c de bâtir même des
véritez hiſtoriques ſur un fondement fabuleux.
Mais puiſqu'il a jugé à propos de dépouiller
ces véritez de la plûpart des circonſtances qui
pourroient les ſaire reconnoître , nous n'oſe:
rions les regarder comme des véritez , de peur
de ne pas bien entrer dans l'eſprit de cet ingée
nieux Auteur, dontl'intention a été de donner
ſimplement un air de 'vérité à ſon hiſtoire.
j'eſtime cet Auteur fort heureux de pouvoir
répondre à ſes ccnſeurs , qu'ils ſe tromperoient
s'ils régardoient ſon ouvrage comme une vie
de M.. Deſcartes ou une hiſtoire du Cartéſia
niſme ,— ôc qu'ils auroient tort de vouloir juger
de ſon Votſiagc dans cette préoccupation. Pour
moy j'avoue l'intention que ſay eue de faire tout
ſérieuſement la- vie de M. Deſcartes , ôc même
l'hiſtoire du Cartéſianiſme juſqu'à la mort de
ſon Auteur : 5e je comprens aiſément que j'au
rois mauvaiſe raiſon de vouloir décliner le juñ
gement de ceux qui voudront éxaminer mon ou—j
vrage ſur toutes les régles-d'une vraye hiſtoire.
Afin de leur faciliter les voyes , je crois de
voir leur montrer du doit les ſources où j"ay
puiſe
P R E FA C E. xxj
puiſé, 8e leur indiquer les Perſonnes qui pour
ront garantir ce qui m'eſt venu par leur canal.
Je déclare d'abord que je n’ay donné l'excluſion
à aucun livre imprimé tel qu'il pût être; ô(
que je me ſuis ſervi auſſi utilement des 'ecrits
compoſez par les ennemis ô( les adverſaires de
M. Deſcartes , que des ouvrages faits par ſes amis
8C ſes (ectateurs. Mais on me permettra de dire
que rien n'e s'eſt trouvé plus à mon uſage que
les oeuvres mêmes de nôtre Philoſophe; ô( que
parmi ces oeuvres il n'y en a point eu de plus
propres à mon deſſein que les trois volumes de
ſes Lettres avec ſon diſcours de la Méthode.
ſay retiré auſſi de grands avantages des Manuſ
crits qu'il avoitlaiſſez en mourant entre les mains
de l'Ambaſſadeur de France en Suédez 8c de
pluſieurs autres papiers qui ſe ſont heureuſement
conſervez chez quelques-uns de ſes amis. ]’ay
tâché de mettre en oeuvre les témoignages de
tous ceux qui ont eu quelques relations avec M
’ Deſcartes, 5c ſur tout des Perſonnes de probité,
qui aiant vû 6c connû nôtre Philoſophe à Pa
ris, en Hollande , ô( en Suéde, ſont encore au
monde pour pouvoir. prêter leur miniſtère àla
Vérité.
Xxij P R E FA( C E.
La plupart de ces ſecours me ſont venus par
Jean Baptiſte le moyen de Monſieur Legrand, dont le mérite
ſe ſera beaucoup mieux connoître par la belle
édition qu’il nóédite de toutes les oeuvres de
MonſieurDeſcartes,que par tout ce que j'en pour
rois dire ici. ll ne s'eſt pas contenté de me mettre
entre -les mains les Manuſcrits de nôtre Philo
ſophe ôc les Mémoires de M. Clerſelier: il s’eſt
encore chargé de Voir dans Paris toutes les per
ſonnes de qui il y avoit lieu de recevoir quel
ques lumieres. Il a pris la peine d'écrire en Ere
tagne, en Touraine , en Languedoc 7 en Hol
lande , en Suéde,ôc en Allemagne , pour inté
reſſer les parens, lesalliez , &les amis du Philo
ſophe dans ce deſſein. Il a recouvre' non ſeule
ment les lettres manuſcrites de M. Regius Profeſ
ſeur d’Ucrecht à M. Deſcartesz mais encore la
plûpart de celles de M. Deſcartes à M. l’Abbé Pi
cot , à M. Clerfilier, au ſieur Tohie d'André, ô( à d’au—
tres; celles de M. le Chevalier de Terlon Am
baſſadeur de France en Suéde; quelquesunes de
celles de la Princeſſe Palatine Elizabeth de Bohême,
de M . Chuuut Ambaſſadeur de France en Suéde,
ô( de divers Particuliers. Ce n’eſt pas encore tout
le ſervice que j’ay reçû de Monſieur Legrand.
Il
PREFACE. xxiij
Il a bien voulu me communiquer auſſi ſes lumiéñ
res pour le déchiffrement que j'ay été obligé de
faire des lettres imprimées de M. Deſcartes, dont
l'édition a cauſe' tant de peines à M. Clerſelicr.
Si l'on ajoute à toutes ces conſidérations que
M. Legrand a été le plus ardent 8e le plus in
fléxible de ceux qui m'ont engagé à ce travail ,
ñ on ne trouvera point étrange que je le regarde
comme celuy à qui le Public en aura l'obliga
tion, 6c comme un 'homme qui feroit hon
neur à mon ouvrage , s'il vouloir le gratifier de
ſon adoption.
Aprés Monſieur Legrand, il eſt juſte que
le Public ſçache quelles ſont les autres Perſon—
nes qu’il aura à remercier de ce qu'il pourra
trouver d’utile dans cet ouvrage. M. Deſcartes
ſieur de Kerleau , ô( M. de Cbavagnes Conſeillers
au Parlement de Bretagne 8c neveux de nôtre
Philoſophe avec l'illuſtre Mademoiſelle Deſiar
tes ſa niéce ont eu la bonté de communiquer
les titres de leur Maiſon qui pouvoient ſervira
la généalogie de leur oncle, 6c à la connoiſ—
ſance de ſes affaires domeſtiques. M. de [4 B47
re Préſident au bureau des finances de Tours
ancien amy du Philoſophe, ‘ 8c M. Carreaudccin
l
xxiv P R E FA c E.
decin de la ville_ de Tours,de qui le Public at
suqoutà tend l'hiſtoire de cette ville, ont pris la pei
?Ïîſzſhiîïÿc ne de faire rechercher en Poitou 8c en Tou
” Twin” raine ce qui pouvoir contribuer à l’éclairciſſe~
ment de ce qui s'eſt paſſé dans ces provinces
au ſujet de M. Deſcartes. M. l’Abbé Cham”
fils de Fſhnbaffadcur , ô( M. Clerſëlier des Ntyers
fils de l’illuſtre amy dc nôtre Philoſophe, ont
bien voulu faire part de ce qu’il leur étoit reſté de
Meſſieurs leurs pères qui pouvoir avoir raport
à nôtre hiſtoire. M. le Vaſſeur Conſeiller à la
Grand-Chambre fils du Seigneur d’Etioles qui
étoit le parent, l'ami, ôc l’hôte de M. Deſ
cartes à Paris avant ſa retraite en Hollande, n'a
rien refuſé de ce qu’il ſçavoit par lay-même ou
par M. ſon pere touchant ce ſujet. M. Pique:
Conſeiller en la Cour des Aydes , ô( M. Belin
Tréſorier de France , qui ont vecu avec M.
Deſcartes en Suede chez M. l'Ambaſſadeur,
ont eu la même bonté pour les choſes dont ils
ont eu connoiſſance. M. Porlier Directeur des
hôpitaux en a uſé de même en ce qui concer
ne le commerce philoſophique qu’il a entrete
nu avec M. Deſcartes. On a auſſi reçû qu-el
ques lumieres decM. Macquets Chapelain du Con~
ſeil
PREFA C~E. ſixxv.
fell ſouverain d'Artois , qui a 'vûſi 'nôtre Phi—
loſop-he à Doüay 8c à Paris: ôc l’on n'a point
négligé de conſulter M. l'Abbé Mjdorge Cha
noine du Saint Sépulcre à Paris fils de l'amy,
de M. Deſcartes ,ſur tout pour ſiles choſes qui
regardent M. ſon pére, chez qui il avû ſouvent
nôtre Philoſophe durant les voyages qu’il fit à
Paris en 1644 &en 164.7. M. Hardy Conſeiller En la x..
Chambre des
Requêtes.
au Parlement a eu pareillement la bonté de
donner des éclairciſſemens ſur ce qui pouvoir
regarder M. l'Abbé Picot ſon Oncle maternel,
M. Hardy conſeiller au Châtelet, ô( M. Hardy
ſon pére *ë Maître des Comptes qui n'a été * Couſin du
Conſeiller au
Chatelet.
guéres moins ami de M. Deſcartes que ces deux
* C'eſt luy
Meſſieurs , ê( qui a voulu être auſſi ſon hôte qui par ordre
du ſeu Roy de
pendant quelque téms comme l'Abbé Picot. Suédcaccom~
pagua lc Prin.
ce Adolphe
C'eſt de M. dela Salle * Chambellan ordinaire du frére de ce
Roy 8c Oncle
feu Roy de Suéde que l'on tient~ la plûpart des de celuy qui
regue aujour
choſes !qui regardent la perſonne de l'illuſtre d’l1uy , dans
ſes voyages
Princeſſe diſciple de nôtre Philoſophe. C'eſt d'Allemagne
8c d'Italie, a
de M. le Chevalier de Ter/on, de M. Clerſilier, vcc la quaîiré
&Envoyé cx.
traordinaire :
de M. d'Albert, des Chanoines Réguliers de 8c qui a eu de
puis de trés
l'Abbaye de S. Génwiéve , 8c de quelques autres grandcs' habi
tudes dans
témoins oculaires que l'on a emprunté ce qui toute la Mai
ſon Palatine
concerne le tranſport du corps de M. Deſcar de la branche
de Wcldensz
u tes
xxvj P R E F A C E.
tes de Stockholm à Paris. Les RR. PP. Minimes
de la Place royale ont bien voulu permettre de
leur côté que l'on conſultât les lettres manuſ
crites de divers Sçavans de l'Europe au Pére
Merſenne , qui ſe gardent en pluſieurs Volumes
dans leur Bibliotheque , ôe que l'on en recueil
lit tout ce qu'on pourroit raporter à M. Deſ
cartes. Je dois auſſi au R. P. Poiſſon de l'Oratoire
quelques particularitez qu'il avoit appriſes tant
de la bouche de la Reine de Suéde étant à Ro
me en 1677, que d'une lettre que le P. Vioguí
Aumônier de l'Ambaſſadeur en Suéde luy
avoit écrite touchant la conduite particulière
8C l'eſprit de M. Deſcartes. '
C'eſt par les mêmes ſentimcns de reconnoiſ
ſance que je nomme M. l'Abbé Nicaiſt- Parmi
mes bienſaiteursll a pris la peine d'écrire à Roñ
me, d'où M. Auzoutqui a vû M. Deſcartes à Paris,
* Lc S. Guil ôc M. Leilmitz * qui a eu communication des oſi
laume Leib
nitz Mathé ginaux chez M. Clerſelier, ont envoyé ce que
maiieicn d'Al
“mffsm- “ï- la mémoire a pû leur ſuggérer ſur ce ſujet. Il
en a uſé de même auprés de M. Greſſ-vius à Utrecht,
deM. le Clerc à Amſterdam,de M. de \Vitre à Dort,
de NI. Boyle à Rotterdam 3 ô( de M. de Beauæialà la
Haye: ôc ces Meſſieurs ont donné toutes les mar
ques
t, PREFACE. xxvij
ques poſſibles de leur bien-veillance par les bons
offices ôc par les ſoins qu'ils ont pris de rechercher
par toute la Hollande ce qui pourroit contri
buerà l'hiſtoire de M. Deſcartes. A dire vray,
il ſemble que c'étoit principalement de la Hol
lande qu'on devoir attendre les plus grands ſe
cours pour ce deſſein. Vingt 8e un ans de ſé—.
jour y avoient fait la partie la plus importan
te dela vie de M. Deſcartes , ôc il contoit preſ
que pour rien tout le tèms qu'il avoit paſſé
' ailleurs. Cette conſidération avoit fait recher
cher ce qui pouvoir reſter d'amis ou de diſci
ples de M. Deſcartes dans ces Provinces : 8C
l'on n'a point crû pouvoir mieux s'addreſſer
qu'au ſçavant M. de Rae) qui vit encore main
tenant à Amſterdam, &qui fait toujours beau
coup d'honneur à ſon païs ôc à ſa profeſſion.
L'attachement qu'il a toujours fait paroître
pour la doctrine de M. Deſcartes, ô( les habi
tudes particulières qu'il avoit eües avec luy 8c
avec la plûpart de ſes amis de Hollande ſem
bloient nous promettre toutes choſes de ſon
honnêteté. Il s'étoit trouvé préſent à l'inven
taire qui S'étOit fait à Leyde trois ſemaines
-’ aprés la mort de M. Deſcartesdun coffre ’ Le 4 Mali
1‘5 0.:
ſ1 i1" qu'il
xxviij P R E F A CE
qu’il avoit laiſſe chez M. de Hooghelande, avec'
:Louis- 'M. dela Voyette ² Gentil-homme François , M..
Ëlfigffjéë de Sureck Seigneur de Berghe 3, ôc M. de Schoo—'
iemnçois, ten le pére 4 tous amis de nôtre Philoſophe.
M. de Raey reſte aujourd’h’uy le ſeul de ceux
qui auroient pû» dire des nouvelles d’un paquet
de papiers. 8c de lettres qui ſe trouvèrent dans
ce coffre.. On l'avoir donc fait prier tres-reſ
pectueuſement de vouloir donner ſur cela ôc
ſur ce qu’il' pouvoir ſçavoir d'ailleurs des éclair
ciffemens pour Phiſtoire de M. Deſcartes. M,
Lfflr- mſ- &ï Van-.Limhorch ô( M. Le Clerc donc le mérite ô( laë
M. Van-Lim
*Egg* 3201E- réputation devoient tenir lieu de la meilleure
recommandation que l’on pût avoir , Pen
avoient ſollicité pourxſamour du Public. M..
de Raey a eu* la bonté de répondre ſur. le
premier chef que les papiers qui s’étoient trou-
vez-dans_ le coffre étoient en tres petit nombre <9*
de Peu' d'importance: C9* que M. Deſcartes avoit enzporteî'
L . ſi . . z I \
JÏſÎ-…TLHËÎ les principaux en Suede. Cela eſt tres-conforme a.
l) -h d , j , . - \
AÏÃLMËQ.” ce que M. Deſcartes CCrlVlt a M. de Hooghe
lande, lorſqu’il mit le coffre en dépôt chez luy.
Lem. mſ. .w Ie' ne ſçache poin-t, dit-il , qu’il y ait rien de ſe
de
au…Meſc. ²° cret dans aucune deces lettres que j., ay laiſſeesñ
. ,
Rough:
znde: Î dans le coffre. Mais .néanmoins de peur. qu’il
ne.
P R E F A C E. xxix
ne,s'y trouve quelques choſes que ceux qui les c: duzodAoût
16 49.
ont écrites ne voudroient pas être lues de tout u

le monde, je crois que le plus ſûr eſt de les (G

brûler toutes, excepté celles de Voetius au Pé (ï.

re Merſenne que vous trouvérez inſérées dans “_


le couvercle du coffre, 8e que je deſire être «î
gardées pour ſervir de préſervatif contre ſes tt

calomnies. Vous pourrez auſſi lire toutes les


autres , ou les laiſſerlire par quelques amis diſ
crets avant que de les brûler : Ze même ne brû
ler que celles que vous voudrez , car je remets
entiérement cela à vôtre diſcrétion. M. de
Raey pourroit bien avoir été cet ami diſcret a
qui M. de Hooghelande auroitfait lire ces let
tres avant que de les brûler: 8c ſi elles n'ont
pas été brûlées , il n'y a peut-étre eu que la Lettr. cle M.
crainte de les rendre utiles au Public qui luy Van Limb. du
15 Avi-die”.
en a fait faireunmyſtére à M. vanñLimborch. mſ.
Mais pour le ſecond chef, qui regarde la prié
re qu'on a. faire à M. de Raey de vouloir con
tribuer par ſes conſeils ê( ſes lumiéres à l'hiſtoi
re de la vie de M. Deſcartes ſelon la connoiſ
ſance qu’il en 'pourroit avoir, il eſt bon que
l'on ſçache que ce zélé Cartéſicn amis la cho
ſe en délibération, Il a conſulté M, leBOurg~
i1 iij maiſtre
XXX PREFACE.
maiſtre Huëlde autre Cartéſien de grande diſtin;
ction, ô: aprés avoir mùrement conſidéré ce
qu'on étoit capable de faire en France , ils ont
été d'avis de ne ſi mêler en aucune mítniere dans cette
deſcription de la 'vie de M. Deſcartes , G" de n'y contribuer
aucune clwſiï. M. de Raey a dit en particulier à M.
Van- Limboſch VITA CARTESII RES EST SIM—
5M, PLICISSIMA; ET GALLI EAM CORRUM
PERENT. C'eſt ce qu’ila encore répété depuis
:i M. le Clerc , de peut que M. Van—Limborch
n'eut pas bien compris la méchante opinion
qu’il avoit de la bonne foy des François. ]e
ſouhaitte pour tout reſſenti-ment que Dieu be
niſſe M. de Raey , ôc j'oſe eſpérer de toute la
Nation qu'il a outragée ,qu'il n'y trouvera per
ſonne qui daigne ſe vanger de luy.
Sa conduite nous paroîtroit peut-être plus
extraordinaire , ſi elle étoit unique en ce qui re
garde M. Deſcartes, mais il a obligation à M_
de Roberval de n'être pas le prémier â qui
nous aurions ſouhaité l'humeur un peu plus
officieuſe pour la mémoire de nôtre Philoſophe.
Le refus que M. de Roberval fit autrefois de
communiquer à M. Clerſelier les lettres origi
nales de M. Deſcartes écrites au P. Merſenne ,'
pour l
P R E FA C E. xxxj
pour rendre ſon édition plus exacte, n’étoit pas
ſans doute fort obligeant. Mais enfin laiſſant à
part l'intérêt du Public , M. de Roberval ne de—
voit rien à M. Deſcartes 5 8c à raiſonner en bon
payen , il avoit quelque ſujet de ne pas contri
buer à la publication de pluſieurs lettres oil il
n’étoit_ point favorablement traité. M. de Raey
ne pouvoit avoiraucun prétexte ſemblable. Ou
je me trompe, ou jamais il ne deſavoiiera ce
qu'il doit à M. Deſcartes pour l'affection 8c
l'eſtime dont il en a été honoré juſqu'à ſa mort.
Et tant qu’il n'alléguera que la crainte de trou—
ver des corrupteurs pour perſiſter dans ſon re
fus, ſa timidité ne le mettra point à couvert
des reproches de ceux qui ſçauront que la ſin
cerité avec laquelle on luy promettoit de n'en
uſer que ſelon ſa volonté, étoit la même que
celle qu'on verra regner dans tout mon ouvra
ges. Ce qu'on peut dire de plusfavorable à la
cauſe de M. de Raey, eſt que la perte qu'il
fait ſouffrir au Public n'eſt nullement-conſidé
table , s'il a dit vray, lorſqu'il a proteſté qu'il
ne luy reſtoit qu'une ſeule lettre de tous les
Lem'. de M
papiers de Monſieur Deſcartes , ô( que cette let Van Lim-.
boſch Bec.
_tre même ſe trouve imprimée * dans le recueil * ceſt la x17,
du a.. com,
que
xxxij P R E FA c E.
que nous' en avons. -
Le tort que faiſoit M. de Roberval à M;
Clerſelier ſernbloit être d'une conſéquence
beaucoup plus fâcheuſe. De toute cette multi
tude de lettres que M. Deſcartes avoit écrites
au P. Merſenne , il en étoit tombé une portionv
aſſez conſidérable aprés la mort de ce Pére end
tre les mains de M- de Roberval, qui avoit la'
réputation d'être le principal des adverſaires de.
nôtre Philoſophe. M. Clerſelier aiant entrepris*
de publier un Recueil de toutes ſes lettres ſe
ſeroít paſſé plus aiſément du ſecours de M. de
Roberval, s'il avoit reçu de Suéde toutes les
minutes de ces lettres dans le même état que
M. Chanut les luy avoit envoyées. Mais le
naufrage qu'elles firent ſur la Seine prés du
Louvre 9 la néceſſité deles confier à des ſervan
tes pour les mettre ſécher ſur des cordes aprés
trois jours de ſépulture au fonds de l'eau, 8c
la difficulté de raſſembler enſuite tant de mor
ceauX épars dont quelques uns ſe trouvoient
pourris ou effacez, l'avoient contraint de recou
rir à la bienveillance de M. de Roberval. .Les
ſoumiſſions inutiles qu'il fit pour obtenir de
luy la permiſſion de collationner ces minutes
ſur
P R E EA C E. xxxiij
ſur ce qu'il avoit dbriginaux, l’avoient abſous
devant le Public: mais elles avoienr tellement
.chargé M. de Roberval, qu'dn ne put le dé
clarer excuſable que ſur ſon peu de politeſſe 8e
6c ſur la bizarrerie de ſon humeur. Comme il
avoit d'ailleurs( je veux dire du côté du génie
8c de Pérudition ) tout le mérite que l'on
pourroit conçevoir dans un Mathématicien du
premier ordre, ees defauts ne furent point un
obſtacle à l'honneur qu'on lui fit de l'incorpo
rer dans l'Academie royale des Sciences. On
peut juger par ſes belles inventions ôc par ſes ex
cellens écrits s'il des-honora cette célébre Com
pagnie. Mais avec toute la ſubtilité de ſon eſ
prit, il ne put venir à bout de ſe polir ſur les
exemples ô: les inſtructions de Meſſieurs ſes
confrères en ce qui regarde les uſages de la
ſociété civile. Aprés ſa mort, le paquet des
îlettres de M. Deſcartes s'eſt trouvé par un re
tour de bonne fortune entre les mains de M.
de la Hire Profeſſeur royal des Mathématiques, ‘
qui a crû devoir en faire un préſenta l'Acadé
mie, dont il eſt luy-méme l'un dos membres les
plus conſidérables. La Compagnie loin de Vou
loir retenir un bien qui luy étoit devenu
"
pro .
PFC-z
xxxiv P R E FA C E.
pre, ſongeoit à faire part de cette' Ãcquifition
au Public , 8c elle avoit convié M. de la Hire
de prendre tous les ſoins que demandoit cette
généreuſe réſolution. C’étoit confier la réputa
tion de M. Deſcartes ôe de M. de Roberval à
l’homme du monde le plus capable de la con
ſerver à l'un ôc à Pautre: 6c cette réputation
n’auroit pû qu’augmenter encore entre de ſi
excellentes mains , lorſqu’on conſidère que cet
habile Mathèmaticien en a acquis une fi belle
pour luy même. Mais l'Académie ayant été aver
tie du beſoin que l'on auroit eu de ces lettres
pour rendre la vie de M. Deſcartes plus accom
plie , ellea eu Ia bonté d'en ordonner aufii-tôt
la communication à l’Auteur de cette vie, eût-il
été queſtion de ſacrifier au Public tous les intè
reſts de la Compagnie ôc ceux même de feu M..
de Roberval , qui luy tenoient particulièrement
',
au coeur. La joye que jëay eue d’avoir retrouvé
enfin dans cette illuſtre Academie les Peireſc.
' M; (le ſi les Du P19', les d’Herouval ſous d'autres noms* a
Chapelle.
M. Declanr été comblée par les bontez particulières de M. de.
la Hire qui a eu la patience de vou-loir li-re ces
lettres avec nous , de nous faire remarquer leurs
différences d’av_ec celles qui' ſont imprimées ,
ô(
P R E FA C E. &XXV
8c de nous communiquer celles qui n'avoient
pas encore vû le jour*. Le bien qui en pourra
* Il s'en eſt
revenir au Public ne ſe terminera point à~l’uti— trouvé prés
de zo qui
lité que j'en ay retirée pour la vie de M. Deſ— n'avoient pas
encore été im
primées.
cartes. L'Académie informée du deſſein que
l'on a de procurer une édition générale de tous
les écrits de ce Philoſophe , a donné toutes ſes
voix pour y joindre ces lettres,au lieu de con—
tinuer dans le deſſein de les publier à part. ~
Un homme plus prudent que moy auroit
“peut-étre diſſimulé tous ces grands ſecours pour
en paroître plus original aux yeux de ſes le—
cteurs. Mais j'eſpére que la juſtice que j'ay tâ
ché de rendre à tout le monde poura ſervir de
,modéle pour celle que j'attens réciproquement
de tout le monde. Comme la prémiére conſiſte
à faire attribuer ce qu'on poura trouver de bon
,dans mon ouurage aux perſonnes que je viens
de nommer, 8c a'. ceux que je cite encore dans
tout le cours de cette hiſtoire: la ſeconde con
ſiſte auſſi à ne me point imputer de fautes
.que celles où ma propre ignorance 8c
ma propre foibleſſe m’auront fait tomber.
Et je déclare dés à préſent que s'il prenoit
_envie à quelqu'un d'accuſer ma ſincérité, ou
* 1j de
xxxvi PREFÂC E.
de vouloir rendre ma fidélité ſuſpecte, je ne
prétends point me faire jamais juſtice moy - mèñ'
me , mais ſeulement la demander à -celuy
qui connoît le fonds de nos cœurs, 8c qui
parmi toutes les graces dont il m'a prévenu,
a voulu que _l'amour qu’il m'a donné pour la
[Vérité, fût accompagné d'une indifférence
aſſez grande pour tous les jugemens où il n'y
I point d'équité.

TABLE
Xxxvi
:ËÊMMMËŸÏBŒMŒNŸLËŸÆŸÎŒMÊŒŒMËŒ
rsäîäaæésäîäîäsäèää-.Væîä - ztéääïîïéîäîié USM.; ïäîäîäèäïîâſiîättfit è.ï ËIË-"Ëälä
:WÆMÊWAÊÃÊWÆWÆWWÊEWÆKÊWÜÛŒWMÛÊArrête

TABLE.
DES CHAPITRES.
LIVRE PREMIER.
Contenant ce qui s'eſt paſſé au ſujet de M. Deſcartes depuis
ſa naiſſance, juſqu'à ce qu'il ſe fut défait de ſes prejugcz. .
CHAP. I. O 'U l'on parle de ceux à qui Monſieur Deſcartes det/oit la
vie; de ſes Ancêtres les plus Proches de ſon ſiècle 5 é' de
l'état ou étoit f: famille, lorſqu'il Wim' au monde. Page 1
CHAP. lI. Nûiſzflflſfl de M. Deſcartes. Du lieu é' du tcctms de
cette naiſſance. En” de ce Mamie , é' puniculíärement de I4 République
Je: Lettres au téms de ſa naiſſance. 7
CHAP, III, Batëmc de M. Deſcartes. Son nom, ſon ſurnom. Mort
de ſe Mire. Etat de ſu ſante' dans ſe: Prémiéres années. Son Pére ſe
rem-trie. Enfans de ce ſecond lit. I 2.
CHAP. I V. Diſpoſitions de M. Deſcartes pour l'étude. Etabli cment
du collégc de la Fleche. Son pére 1'] met en penſion ſous les eſuites.
Progrcz qu'il fait dans les Humanitez; 16
CHAP. V. Des Amis que M. Deſcartes fit au college. De M. Chuu
ïvedu. Du P. Merſenne. Tranſport du cœur du Roy Hem)- IV. au colle'ge
ele lu Fleche ou M. Deſcartes aſfî/Ze. Il fait ſon cours de Philoſhphiq.
Fruits de ſés études de Logique é" de Morale. zo
CHAP. VI. De quelle maniére il niché-ue ſon cours dc Philofizphie. Il
apprend les Mathématiques. Ses progrez dans ces ſciences, Son appli.
cation particulière à l'Analyſe des Anciens , é* à ſ/ílgébrc des Modernes.
1l n'a point lû Viéte tant qu’il a c'te' en France. 26 ~
CHAP. V Il. Il quite le Collégc , pour lequel il conſerve de Feſtin”, .
S4 recannozſſuncc pour ſes Maitres. Il n'a point étudie' nu Col/âge cle Cler
mont. Maniére d'enſeigner des Ïéſhites. Jugement de celle des Hollandais.
M. Deſcartes renonce à l'étude é" aux livres', Ô' Pourquoi? zl
CHAP. VIII. M. Deſcartes 'vient à Paris , oï il perd lx prémiérc
année dans Foiſíveté. Il fait amitie' avec M. Mydvrge a Ô' il I4 rim"
'uelle avec le P. Merſcnnc. Il ſe retire de: compagnies, Ü' ſc renferme Zn
V(
xxxviij T A B L E
dant deux ans pourfe remettre a l'étude de la Philoſophie , d' des Ma;
thématiques. ll e/Z décote-vert par un amifêcheux , qui le fait rentrer dans
le monde. 3S
CHAP. IX. M. Deſcartes quite la France , d* -va aux PAP-JM,
ſèroirflius le Prince Maurice. Par quel motif il ſi: rej/àud à porter les
armes. Il fait connaiſſance avec Beeckman qui devient ſon ami é' ſon cor.
re/Iiondant. _ . 39
CHAP. X, Il demeure en garni/on durant les mou-ſiemens que les Ar.
miniens donnérent au Prince Maurice. Il employe ſon loiſir a compoſer ſh”
traité de Muſique, Hiſtoire de cet ouvrage. En quel ſens il n'eſZ pa; lg
prémier de ceux qu'il avoit compoſez. 44
CHAP. X I, M. Deſcartes continue' de réa-creer a divers ouvrages,
pendant que les Etats des Provinces-_Unies C-'J' le Prince d'Orange ſont oc
cupez' du Synode de Dordrecht, U' du procés de Barne-Ueld. Epoque
de ſon ſentiment ſur PAme des Bêtes. 1l quite le ſer-vice de: Hollandais'.

CHAP. X I l. M. Deſcartes paſſe en Allemagne , (ff s'arrête à Frage?


j-Îord pour affiſier au couronnement de l'Empereur. .Etat des affaires d'Al_
lemagne , lorſqu'il y arriva. 1l ſe met dans les troupes du Duc de Ba-Uiérc
qui' étaient deſtinées contre celles de [fle-fleur Palatin _ne Ro) de Bohé..
me.
CHAT'- XI I I. Abre' e' des commence-mens de la guerre de Bohérii:
Election de Frédéric V. alatin à la Couronne de Bohérne au préjudice
de l'Empereur Ferdinand I I. .Quelle Part M. Deſcartes eut à cette guerre,
Du traite' que les Ambaſſadeurs de France firent conclure a 'Ulm entre les
Chef) des armées Catholique d* Proteſtante. 59
CH Ap_ X 1 V, M_ Deſcartes demeure a Dim pendant quelque tems ,
é* fait connaiſſance avec quelques Mathématiciens du Fais, 1l pix-crc;
avec Faulhaher ſur des queflions de Mathématiques. Il -va en Autriche
Voir la Cour de l'Empereur. 1l retourne au camp du Duc de Barriere; é?
il ſe trou-zic a la bataille de Prague , dont il parait n'avoir c'te' que le
ſpectateur. S'il a pu *voir les machines de Tyco- \Brahéz 57

LIVRE SECOND.
Contenant ce qui s'eſtpaſſé depuis qu'il ſe fiit défait des pré.. ~
jugez de l'Ecole, ju qu'à ſon établiſſement en Hollande.
CHAP. I. O 'U l'on reprend ſim hiſtoire à la fin de l'an i619, [Iſa
trouve dan! une eſhéce de ſolitude , qui [u] fait naître di.
nei-ſes penſées _contre ce qui avoit c'te' penſe' aqantluj. Il ſe hazard: aſí:
dépouiller de täutes les opinions qu'il avoit reçues juſqu'alors. Récit d;
quelque:
DES CHAPITRES. xxxix
quelques ſonges qu'il eut , avec leur explication. 1l commence ſîin traite'
des Olympiques , qu’il n'a point achevé depuis. 77
CHAP. I I. M. Deſcartes entend parler des Roſé-croix, ou Confrérts
dela Roſe-croix. On lu) fait croire que leur ſociété n'a pour [rut que la
recherche de la vérité dans les choſe: naturelles , c5" la vraye ſcience. Il
ſouhaite de les connaitre é* de conférer avec eux. Sn curioſité d' ſes ſàins
devenus inutiles par l'impoſſibilité oie il fut d'en trouver aucun de cetteſècte,
Il ſe met en devoir de ſe paſſer du ſecours dätutru) pour l'altération d;
ſes defleins. 87
CHAP. I I l. M. Deſcartes paſſe dans les troupes du Comte de Buc
quoy pour aller en Hongrie. Etat de ce pais depuis la révolte des Hon
grois ſous la conduite de Betlen Gabor. Aprés la mort du Connie de Buc.
quo), il quite entiérement l'armée. S'il efl pra) qu'il ait ſervi contre le
Turc. > 9 z,
CHAP. I V. M. Deſcartes renonce à la profeſſion des artnet , ou plutôt
il continue ſes voyages ſans s-'aſſujettir à ſuivre les armées. Il va en Po
méranie , é* dans pluſieurs endroits de la baſſe Allemagne, 1l court riſ~
que de la vie ſur les cites de Friſe. 98
CHAP-V. M. Deſcartes paſſe en Hollande, é' delà en Flandr ,
Il revient enſuite en France , é' voit quelques-uns de ſes amis à Paris,
ou il apprend ce qu'on y drſbít des Roſe-croix. Il détrompe ſes amis ſur"
le bruit qu'on avoit fait courir de [u] à leur ſujet. Ecrits du Pire Mer
ſenne, de M. Gaſſendi, d” autres contre R. Fludd defenſêur des Roſé-croix.
.Eloge de M. Gaſſèndi. 104-.
CHAP. VI_ M. Deſcartes rentre dans ſes priiniéres inquiitudes ſur
le choix d'un genre de vie. Il abandonne les \Ilathérnatiques , é' la Ph]
ſique pour ne plus étudier que la Morale. lnutilite' des Mathématiques ,
ſelon lui. Etude d'une Mathématique univerfille. Utilité de la Phyſi
que pour l'étude de la Morale. Il n’u jamais ſérieuſement renoncé à la
Phjſique. Il va en provirtce , d" il vendſa terre du Perron. 1x1
CHAP. VlI. M. Deſi-'artes entreprend le voyage d'Italie, dontil
avoit conçu le deſſein prés de quatre ans auparavant. Il paſſe par les
Suiſſes, é' fait diverſes obſervations ſur les chemins. Il voit une partie
des rnouvemens de la Valteline. Delà il paſſe au Tyrol, puis a Veniſe, à
Lorette, é' ii Rome , oit il ſe trouve durant leffuhileſſ. r i7
CHAP. VIII. Retour de M. Deſcartes en France. Il paſſè par la
Toſcane: mais il n) voit pas Galilée , qu'il n'a jamais connu parfaite
ment. Il ſe trouve au ſiége de Gavi , 0"' à quelques autres expéditions
contre les Gínoit Ô" [cs Eiÿaguols. 1l va en Piémont. Il fait quelques alt
ſenſations ſur les Alpes vers le pas de Suſê. 1 2. 2.
CHAP. IX. M. Deſcartes va en Poitou, é* fiinge a acheter la charge
de Lieutenant général de Chiîtelleraut 3 mais en vain. Il vient' à Paris,
oit il ſo réſoud de demeurer juſqu’à ce qu'il ſe fût procure' un établiſſement
fixe. 11/? preſcrit; des _ina-times pour ſe régler dans ſa conduiseparticulii
d_
x1 TABLE
Sa vie douce é' innocente pendant l'eſpace de trois ans qu'il emploie à me'
,diter ſur la Philoſophie Ô' la Mathématique univerfllle. 1 19
CHAP. X. M. Deſcartes va à la Cour, puis en province voir fis
gpu-rem. Il revient il Paris oii il contracte diverſes habitudes avec des ſpa.
vans, Ô' particulierement avec ceux qu’il croioit avoir les mêmes incli
nations que lu). Il fait amitie' avec M. Hard) , M. de Beaune , M.
Morin , le Pérv Gihieuf, Ô' M. de Balzac, dont il prend la defenſe con
tre ſes en-Uieux. z35
CHA P. X l. Autres amis que M. Deſcartes fit en France pendant les
_années 162.5 , x 62.6, l 61.7 , 162.8. M. des Argues , M. de Beaugrand,
M. Silhan , M. Seriſa) , M. Sarrazin, M. de BOËſſ-n, M. Frinicle,
,M. de Sainte Croix , M. de Mar-aude' , M. Picot. M. Deſcartes ap
prend la mort du Chancelier Bacon , qui avoit entreprit de rétablir la
vraje Philoſophie. .Eloge de Bacon. 1 43
CHAP. X I l. M. Mjdorge fait préparer des -Uerres de di érente façon
pour des lunettes é' des miroirs i; l'uſage de M. Deſcartes. Eloge du
ſieur Ferrier excellent ouvrier pour des inſtrumens de Mathématiques. M,
Deſcartes ſe _ſert de [u] , O' [u] apprend à ſe perfectionner dans ſon
art. Il quite la maiſon de M. le Vaſſeur pour éviter les viſites Ô' le
rand monde. Il eſi découvert dans ſa retraite. 1 49
CHAP. X I I I. M. Deſcartes 'u au pays d’Aunis voir leſiege del
Rochelle. Etat de cette ville d* de l'armée lors qu’il y arriva. 1l voip
les travaux de la ligne é* de la digue. Il ſe preſente au ſervice en qua
lite' de volontaire. Il revient ic Paris incontinent aprés l'entree du Ro] dan:
la Rochelle. _ l55
CHAP. XI V. Aſſemblée de Spa-dans chez. M. le Nonce , oit M.
Deſcartes cf? convie' iſſu/liſter. Conference ſur la Philoſophie , oit le ſieur
de Chandon): Philoſophe é' Chjmíſie dehite des ſentimens nouveaux, é'
parle contre la Scholaſtique. M. Deſcartes eſt prie' d'en dire ſon ſentiment.
Le Cardinal de Berulle Pengage par principe de conſcience à travailler
tout de lion Àſu Philoſophie. llſonge uſe retirerpourtoûjours. 1 60

LIVRE TROÎSIFME.
»Contenant ce qui s’eſt paſſé depuis qu’il e-ûc quite' la France
pour ſe retirer en Hollande , juſqu'a ce qu’il ſe ſur
détermine' à publier les ouvrages.
CHAP. l. MR. Deſcartes dit adieu à ſes parer-s d' à ſes amis. liſe
retire en un lieu inconnu de la campagne , dans le deſſein
d) paſſer le reſie de rhyver , afin de faccoûtumer au _froid é' à la ſui_
tudï
DES CHAPITRES. xlj
rude. Il 'ZM s'établir en Hollande. Raiſins qui' lu)- ont fait 17,573… c,
puis a l'Italie Ü' à la France même. ,67
CHAP. II. Etat de la Hollande au téms que M. Deſcartes j arriva_
.Détail des ſtations diverfis du ſéjour qu'il y fit pendant vingt ans. Il
paſſè- en Friſe ou il travaille diſes Méditations. Vo] rapport ſa Philoſh
phie peut avoir avec lu Théologie? .Quelles queſtions Métaphyſique; peu
vent entrer dans ſa Phyſique .P 175
CHAP. Il I. M. Deſcartes propoſe au ſieur Ferrier ouvrier d'in/Eru
mcns de Mathématiques de venir aemeurer avec [Il], Avantages qu’il lu)
fait , mais ſans effet. Inſtructions qu'il lu)- donne Pourſepcrfiflignncr da”,
la taille des verres. Il tache de diſſiper les ſujets de chagrin qu'il croyait
avoir reſt/if de M. Mydorge. [l [u] reléve le courage dans fic mauvaiſe flir
tunc, [l s'emploie auſſi pour [u] procurer quelque po/Ze commode. 1 8;,
CHAP. I V. M. Deſcartes reçoit avis d'une obſervation faite à Rome
p” des parhélies , d* il y fait des réfléxions. Il contracte amitie' avec
quelques Hollandais, Ü' ſur tout avec Rénéri 1e prémier des diſciples,
qu’il fit hors de France. Voyage de M. Gaſſendi en Hollande , ou il écrit
auſſi ſa Diſſertation ſur les parhélies de Rome. Occaſion du traite' que
M. Deſcartes fit depuisfitr les Météores. l S8
CHAP. V. Mort du Cardinal de Berulle, Ü' de quelques Spa-vans,
dont les études avaient du rapport avec celles de AI. Deſcartes. 1l s'ap
plique particuliérement à l'An-norme , é* au reſle de la Médecine. Uti
lité de cette étude pour ſés deſſZ-ins. Il n'aime point à compoſer, main
_ſeulement à finſlrtiire. Rénéri ell propo c' our ſitcceder it Burgersdicl( dans
1a chaire publique de Philofliphie a Le): e; mails il lui prefere un précepte
rat particulier. 193
CHAP. VI. Voyage du P. Mer/enne- aux Pays-Iran , oie il void M.
Deſcartes. Mauvaiſe conduite du ſieur Beechman à l'égard de M. Deſ
cartes , qui luifait de fortes réprimandes pour lui apprendre à vivre. Il re
prend ſes premiers _ſentiment d'amitié pour Beeckman , aprés l'avoir fait
rentrer en lui-méme. 1.02.
CHAP. V I I. Retour du P. Merſenne en France. Miſére du ſieur Fer
rier, qui ſe trouve abandonne' de M. Deſcartes. Deſſiin d'un vojage de
M. Deſcartes en Angleterre. Ferrier emplo): la recommandation des amis
de M. Deſcartes pour recouvrer ſa bienveillance. Il la lui accorde comme
auparavant aprés avoir néanmoins juſtifié ſa conduite a l'égard dc cét
homme. 2. I r.
CHAP. V l I I. Hiſtoire d'un livre que le P. Gibieuffit im rimer, Ü'
lejugemcnt qu'en fit M. Deſcartes. Il ſe laſſe de nouveau des opérations
de Mathématiques. Mort du Mathématicien Ke-'pleru On propoſe le voya
ge dc Conſtantinople à M. Deſcartes , qui' le refuſé. Eloge de M. de
Chaſteuil. M. Deſcartes fait le voyage d'Angleterre. Son obſervation ſur
Pzíjman. 2. z i.
QUAI'. IX. Mort fuite/le du ſieur de Chandoux. Dcſſein d; M. de Bal:
'
*
-ñ-_mq .

Xlij TABLE
Zac d'aller demeurer en Hollande avîc M. Deſcartet. M. de Ville-Breſſi
ſioux 1c va trouver, é' demeure avec lui. Mort det Rois de Suéde Ô' de
Bohéme , pére; de Princeſſe: Carteſîennet. 11:'. Réuéri eſí fait Profiſſèur
en Philoſophie à Déventer. M. Deſcartes va demeurer en cette ville. Il ſe
remet a l'étude de l'Aſtronomie. Il fait un plan pour l'hiſtoire de: apparen
cer céle/les. zzo
CHAP. X. M. Deſcartes achéveſon traite' du Monde, qu’il n'a j'a
maùflzit imprimer. Ce que contenait cét otre-rage. C'était un abrégé def:
Phyfique , ou plutôt de tout ce qu’il croyait ſpa-voir par ſa propre cape
rtence touchant la Nature. 2. 56
CHAP. X l. Galilée eſl 7m15 dant le: priſon; de Plnquiſítion, Üfltn
fintiment du mouvement de la terre condamne' ſhérif/ie. Trouble que cette
nouvelle cauſa parmi let Philoſophe: é* le: Mathérnnticienr. M. Deſcar
tet_ renonce à la publication de ſèrn traité du \Monde , é' il fait voir
le peu d'apparence qu’il y a de s'expoſer 6*' de s'attirer de: affaires. 2.41
CHA P. X I l. Nouvelles ínqttiétudc: de M. Deſcartes touchant l'affaire
de Galilée. Témoignage: divers deſa _ſoumiſſion au S. Siége , é' mémeà
Plnqtriſition Romaine par le reſpect é” la conſidération du S. Siége. Ce qu’il
penſe de la condamnation de Galilée. Ilſe réſoud ale-ſupprimer ſon traité
du Monde. jugement qtffilfizit du livre de Galilée. Différence de ſon ſen
tir/tent d'avec celu] de Galilée ſur le mouvement dela terre. Ce qu’il fait
pour ne paint s'expoſer' dans la ſuite le la cenſure de Rome. 248
CHAP. XI I I. M. Deſcartes retourne à Amſterdam pour rendre-ſon
commerce de lettre.: plu: ſur é' plu; commode. Il femplojc à diverſes exñ
péricnce: de Perſpective avec M. de Ville--Bre/ſieux. [lt font enſemble le
voyage de Danemarc , d'ou M. de Ville-Breffieux' ne revint qu'apres M.
Deſcartes. Eloge é' dénombrement de diverſe: invention: é' découverte:
de' M. de Ville-Breſſieux. 15 s.
CHAP. XI V. M. Deſcartes fait un eſſdy deſon traite' de l'Homme
Ü de l’Aníntal. .Erection de l'Univerſité dTJH-echt. M. Rénérí y ell
fait Profeſſeur en Philoſophie , Ü il l'enſeigne ſuivant la méthode de
M. Deſmrtet. Autre: Profeſſeur: de cette Univerſité. M. Deſcartes
refait le livre de M. Morin fitr le: Longitude: , é” il l'en remercie ſans.
lut' en dire flm ſentiment. Conduite bizarre de cét homme en-Uerr ſe: 4min.
Obſervation de M. Deſcartetfitr la nége àſix pointes. Il retourne à .Dé
venter , C9" delà en Friſe. Il fait _ſon petit traite' de Méchanique. Eloge
de M_ de Zuytlichem. Obſervation de M.Deſcurterſur le: cercles colore-z.
qui ſe forment autour des chandelles. Son traité des Lunettes. Mort de
;Bree/Wan , de quelques autres Mathématicitnt, 2.62.

WAY:
È
DES CHAPITRES. xliij

LIVRE (LUATRIE-ME.
Contenant ce qui s’eſt paſſé au ſujet de M. Deſcartes depuis la.
publication des Eſſais de ſa Philoſophie, juſqtfaux affaires
,qu'on lui ſuſclra dans l'Univerſité, d’Ucrecht.
CHAP. I. M R Deſcartes/è réſoud); faire imprimer le: Eſſaie ele ſa
Philoſophie, qui conſiſtent en quatre traite?) Singularitez.
avantageuſe: d'un privilege du Ro] pour l'impreſſion de ce: traitez. E7”
barra: que lui cauſe ce privilege , é** le Zſ-"le exceſſif du Pere Merfenne
pour le ſer-vir. 273
CHAP. II. Le: Eſſaie dela Philoſophie de M. Deſcartes ſortent de
la preſſe avec un autre titre que cela) qu’il leur avoit deſtiné d'abord.
Hiſtoire du premier de: quatre traíteæintitule' dc la Méthode. Deſſein de
cet ouï/rage , avec le: jugemen: qu'en ont fait le: Sgaz/ans. Ce que c'eſt
que la Logique de M. Deſcarte: , é** ſa Morale_ 1S0
CHAP. III. Hiſtoire de: Eſſai] dcſa Méthode , ou de: traitez. qui ſui~
-Dentſon dzſcour: dela Methode. 1. de ſa Dioptrique. z, de ſe: Météores.
z. de ſa Géométrie. Manièreſubite é” précipitëe dont il travailla a ce der
nier aziz/rage. Pourquoi il n'en a pa; 'voulu faire un traite' accompli de Géo
métrie. Oóſcurite' affiliée de cét ouvrage , qui eſt intelligihle à tres--peu de
perſonn”. …Qui ſont ceux qu’il juge capable: de l'entendre , Ô' ceux qu'il
rfenjuge peint capable” Que/Zion de Pappu: difficile a reſoudre , dont il
ne facilite la ſolution qu'à demi. 2 85
CHAP. IV. Jugement que faiſait M. Deſcartes ele: Eſſai: deſa Phi~
loſophie. Liaiſtm Ürapport de ce: quatre traitez. Manière dont il: fltnt
écrits. Pourquoi en langue 'vulgaire ;pourquoi ſan: nom d'Auteur? Diff-ri
bution de: exemplaire: pour le Ro] é” le Cardinal de Richelieu par PAM..
baſſaeleur de France , qui eſt tuè auſiége de Breda ; pour le Prince d'0
range par M. de Zuytlichem; pour le: Cardinaux' Barherin C5” de Bai<gne',
non par M. de Peireſc dont on fait l'éloge , mai: par le Nonce du Pape;
pour lesffefiiite: ,ſon ancien Maitre en Philoſophie , celui de fin neveu.
M. de Roberval eſt oublie' dan: ce: diſtributiom. Cauſe é" origine de:
animoſite( de A1. de Roberval contre M. Deſcartes. 2. 9J;
CHAP. V. S'il eſt croyahle que M. Deſcartes ſeſoit trou-ve' au ſiege e
ſiBreda ê Il fait un voyage en Flandre , ou onſitppoſe qu’il a connu M. de
la Baſſecourt é' le Docteur Silvia-c. Il "U4 demeurera .Egmond en Nord
Hollande. Deſcription de ce lieu. Ilfait amitie' avec Fromond , qui 1m' m
woje de: objection: ſurſon livre , é" qui en reâcoit la réponſe. Plernpiusfait
ſe: objection:ſur le mou-vement du cœur. Le P. Cierman: enfaitau/fi ſur le:
couleur:
r de ÎArc-en-ciel. Qui~ étaient Plempíu:'ſid
é* le uP. Ciermans.
**jj .Effimc
que'
—-ññq

xliv T A B L E
que ce Pérefaiſait de M. Deſcartes : d” l'eſtime que M. Deſcartes fai
ſoit des jéſuites. 307
CHAP. VI. M. Deſcartes envoye ſon Petit écrit de Méchanique a M.
de Zitytliehem. Imperfecti” de cet écrit, quoique prefer-able aux gros
volumes des autres. \Mort de Madame de Zuytlichem Üfim éloge. M.
Deſcartes conſole-ſon mar] , Ô' excuſe M. de Balæac d'avoir manque' a
ce devoir. Mort de M. de Reael. Dtffiírence de ſentimens entre M. M]
olorge é' M. Deſcartes/ur la viſion. Il refuſe d'envoyer ſa vieille Algé
bre a M. \Ilydorge , é' pourquoi? Zéle de M. des Argues pourſervir
M. Deſcartes , qui s'oppoſe au deſſein du Cardinal de Richelieu touchant
la taille des verres d' lafabrique des lunettes qu'on voulaitfaire ſur les re'.
'gles deja Dioptriqite. 3 16
CHAP. VII. M. de Fermat reqcoit un Exemplaire de la Dioptrique de
M. Deſcartes avant Ia diſtribution des autres exemplaires. Eloge de M.
de Fermat. Il fait des objections contre cét ouvrage , é' le P. Merſenne le;
envoye a M. Deſcartes. M. de Fermatfait envoyer auſſi a M. Deſcartes
fin traité géométriquedc Maximis ô: Minimis pour ſéxaminer. Origine
de lafameuſe querelle entre M. Deſcartes C5” M. de Fermat. M. Petit
fait auſſi des objections contre la Dioptrique de M. Deſcartes. Eloge de
ſil. Petit. M. de Fermat recherche ſa connaiſſance U" ſon amitie'. 3zz
CHAP-VIII. Réponſe de M. Deſcartes aux objections de M. de
Fermat ſur la Dioptrique. Ecrit de M. de Fermat dc locis planis 8c ſo
lidis. jugement que fait M. Deſcartes de l'écrit de M. de Fermat
de Maximis 8e Minimis, é' de l'eſprit deſon Auteur. Sa réponſe à
cét écrit. Ilſàuloaite que pluſieurs la voyent , é" pourquoi .P Le Pére
Merſenne la fait voir a Meſſieurs Paſcal é' de Roberval , qui répliquent
Pour M. de Fermat. Réponſe de M. Deſcartes à ces deux Ale/ſieurs.
'Eloge du Préſident Paſcal é" deſon filLjuge/nent quefait M. Deſcartes
de la Réplique de M. de Fermatſitrfa Dioptrique. zzg
CHAP. IX. Procédures du différent fier-venu entre M, Deſcartes Ü M.
de Fermat. Bureau ou leur cauſe doit Etre examinée par M. Mydor e é'
M.Hard)' du côte' de 1M. Deſcartegäpar M, Paſcal é' M.de Robger-val

du côte' de 1M. Fermat_ Neutralité du P. Merſenne du conſentement des


parties. Dénombrement des piéces ſervant a l'inſtruction de ce procez.
M. Paſcal s’e'loigne de la ville. M. de Roberval ſb/ítientſeul la cauſe
de M. de Fermat avec un zéle qui convient peu a la dignité é' au nom
des Parties, ~ 3 3 4_
CHAP. X. M. de .Fermat cherche àfaire ſa paix avec M. Deſcartes,
dont il demande l'amitié. M. Deſcartes la [u] accorde avec joje, U" à
M. Paſcal. Il Poffre tnéſimea M. de Roberval. Il s'excuſe ſur quelque;
termes qui avaient paru aigres a M. de Fermat , rend raiſon de ſa con
duite , porte ſon jugement ſur la régle de M, Fermat : Ô ils s’e'crivent
pour ?aſſurer mutuellement de leur amitié. M. de Fermat ne laiſſe pas
defaire revivre ſécrétement quelques reſtes de leur diſpute. M. Deſcar
tes en témoigne de Fétonneÿent i é" fait unſbrége' hiſtorique de la que
ſim!
d DES CHAPITRES. xlv
ſtion pour juſtifier ſa conduite. M. de Fermat témoigne n'avoir jamai:
c'te' pleinement ſatisfait de M. Deſcarte: , même apré: ſa mort. Mai:
M. Rohault Ô' M. Clerſelier fltppléérent depui: a ce defaut. 54x
CHAP. XI. Diſpute de M. Petit lntendant de: Fortification: avec
M. Deſcarte: ſur que’que: point: de ſa Dioptrique. M. Petit eſt con
vaincu par ſe: effloériencet, qui ſe rapportent a la doctrine de M. Deſ
cartes. Ilfait quelque: autre: objection: ſur l'exiſtence de Dieu é' l'im
mortalité de FAme, mm vaine: é' frivolet. Diſpute de 111. Morin
Proflſſeur Royal avec M. Deſcarte: ſur la lumiere, avec le: réponſe: Ô"
le: réplique: de l'un); l'autre. 1M. Morinſe plaint de la Fortune .- M.
Deſcarte: ſe moeque d'elle. z SZ
CHAP. X I I. M. Deſcartes reçoit le livre de M. de Beaugrandſur
Ia Géoſtatique. jugement qu'il fait de ce livre avant que de l'avoir vii,
mais' qui ne laiſſe PM d'être conforme a la Vérité. Sujet: de méconten
tement qtſſeut M. Deſcarte: de cét homme. Refutation de ce livre par
M. de la Broſſe , blamée d'abord , pui: approuvée par M. Defeat-te: ,
quiſe trouve de l’avi: de M, de Fermat , tant ſur M. de Beaugrand
quefiir M. de la Broſſe. JM. Deſcarte: aiant iii la Géoſtatique de M. de
.Beaugrand en envoje ſon ſentiment par écrit à Al. de: Argue: é' au P,
Merſenne. Il leur envoye enſuite fin écrit de la queſtion Géoſtatique, qu'il
appt/lait , tantôt Statique , tantôt écrit dc Méchaniquc .~ mai: il ne veut
pa: qu'on Pimprime. 358
CHAP. XIII. Æeſtionfitmeufi de la ligne appellée la Roulette. Hi
ſtoire de cette ligne découverte par le P. Merſenne Ô* etepliquézpar M.
de Roberval, Perſonne d'entre le: Géomètre: du ſiécle n'en peut onner la
démonſtration que M. de Fermat é' M. Deſcartes apré: M. de Rober
val. Examen du récit hiſtorique qu'en afait M. Paſcal le jeune. M.
Deſcarte: donne l'explication deſa démonſtration. Il envoye auſſi au Père
jI/[erſenne la _ſolution de diverſe: choſe: concernant la Roulette que \I/I. de
Roberval avoit témoigne' ne pa: ſlcavoir. 36 7
CHAP. XIV. Suite de l'hiſtoire de la Roulette. S'il eſt vra] que M.
de Roberval en ait trou-ue' le: tangent”. M. Deſcartes de-'fend 11/1. de
.Fermat contre M. de Roberval, qui attaque enſuite la démonſtration de
M. Deſcarte: , ſan: effet. ll veut perfieader qu'il a trouve' le: tangente:
é' ce qui en dependoitſan: le ſecour: de M. Deſcartes é* de M. de Fer
mat. La queſtion de la Roulerteſe communique aux Italiemſau: le nom de
Cycloïdc par le moyen de M. de Beaugrand, qui envoie a Galilée le:
copie: de ce qui :’en étoit écrit en France. M. Deſcarte: renonce a la
Part qu'il avoit à cette invention , Pour en laiſſer toute la gloire ù M.
de Roberval. 37;
CHAP. XV. Continuation de l'hiſtoire de la Roulette depui: que M.
Deſcarte: l'ait abandonnée , juſqu'à la mort de M. Paſcal le jeune.
Torricelli ?attribue touchant la Roulette ce qui étoit du à M. de Rober
q/al. M. Deſcartes eſt du nombre de ceux qu'il perfleade. Torricelli
fait reſtitution à M. de Roberval avant que de taourir; M. Paſcal
z* 11j
.. ,li
xlvj TABLE.
le jeune pour prí-Uenir favorablement le: eſprit: touchant ſon ouvrage!
de la Religion, propoſe des prix par tome l'Europe à ceux qui rrouñ
!ſeraient ce qui reſtait à connaître de la Roulette. Perfinne ne 'gagne
ce: prix. Ce qui fait connaitre M. Paſcal pour le plu; grand Mat/aimez.
ticien de ſon tâme. Le ſieur Dati def-end Torricelli contre [ny, 379
CHAP. XVI. M. de: Argue: n'a/I pae content que M. Deſcartes re
nome à la Géométrie. M. Deſcartes en ſa conſidération fexpligueſar
ce renoncement. Il la] fait envoyer l'introduction qu’il” Gentil-homme
Hollandais deſc: ami: avoit compoſée Pour faciliter Fintelligence deſc
Géométrie. Bartoli” enfait nn autre. M. de Beaune tra-vaille a ſe: notes
ſur la míme Géométrie. Eſtime ſingulière qifcn fait M. Deſcartes, Se;
exercices EFAriÎ/Jmétiqae avec' M. ele Sainte Croix U" M. Frenicle. Eloge
de Gil/ot qui avoit c'te' domeſtique de M. Deſcartes. _Il ceſſe de répondre
aux queſtion: de Géométrie C9' ÆAr/'t/ymétique. 333

Yoyez le reſte de cette Table pour les quatre derniers livres


à 1a tête de la ſeco-nde Partie de cét Ouvrage.

:TABLE
*A1 auäau
Amal.] op
ÆÆ TABLE
].Chnſi. C H R o N

1 l;
D E t L; | Z

’ MR DESÇART
Où \ès Principales actions ſe cróuó
vent rangees ſelon l'ordre' des armées
SC des mois; &c indiquées aux en
droits de ſon Hiſtoire où il en eſt
I596, Parle. - —
z! Mars. Aiſſance dc René Deſcartes 5. la Haye
en Touraine.
Voíezle Livre x . Chapitre 2.. Page 8.
z Avril. Son baptême dans l'Egliſe paroi 'ale de
ſaint Georges. ñ
8 L. l.tb.3-P.Il
l5 1 6 o 4.. Il cfl: mîs cn penſion au collège dela Fléï_
à Pâqun, che ſous les Jéſuites.
L. 1. ch. 4.17. 18.
r6
u 1 6 lO. .
Ê" 2' Affni”. Il afſiſte àla cérémonie du cranſ orc du
r- P
ç ê cœur. du Roy Henry IV.
Z F: L. L. cb. 5. P. 2.3.14,
é* 1 EF
2. I 6 l 1.. Il (br-c du collège.
3 Aaût- L. x. cb. 7. p, 31.'
3 16l3 Il renonce aux livres 8c 3. Pétudç.
Ïfflvier- L. x. ch. 7. p. 54.
4 Avril' Il eſt cnvoié à. Paris pour voir le grand
monde.
—-—— ~—~— 14.!- Gb-S-P-zs. ’ _
4' l 614 Ilſc retire des compagnies pour ccudlcr.
S ſi !Lobo 8,.f.57.zS.
ï * \iv Il v:
'x- L
TABLE CHRONOLOGIQUE '
‘ Ans vulñ ‘ ’
gaires de
j. Chriſt. . ~ r
\ f

' Il va Porter Ies armes en Hollande?


L." I. cſ7. 40. Üſíiív.
Il demeure en garniſon dans Brcdz.
C12. 9, é' ro.
' ſ11 achève [bn traité de Muſique.
î L-Lcb. x0-P.45.d'ſní-v.
Il commence d'autres ouvra es ui ſont de-j
j'm-y. Fév, mcurez imparfaírs. g. q
L. r. cb. 114.50.51.
ſiſi/let. Il quite Breda , 8c va en Allemagne..
L. r. cb. rzſp. 54'.
Sepzzmërb _ Il prend parti dans les troupes ,dflu Ducdé
Bavière. ‘ —
Là même. p. 58. 59. 62- ~
Novembre. r Il ſc défait des préjugez de [on éducation 8c
de ceux dc l'Ecole. .
L.[.e*b.r3.’p.6 5. Item l. 5_.e'Æ…r.1v.79.8c;,.8rT
. r r MU. Il tombe dans l'enthouſiaſme.
Là' même. 81. 85, 86.
Décembre. b Il commence ſes Olympiques.
Là mectme-p. 86.
Ilpaſſe IËtéſſà Ulm en Soüzbe.
_I 6 3.0
fui”, Üc. _ LJ. ch. x4.—p.-67. óſhí-v. Ü' I. 2- ch.
z-P. 91.
Il va cn Autriche 6c delà en Bóhémc rez
joindre les-troupes du Duc de Bavière.
' L; r. ch. ]4~.P- 70.
*Il !èrrouve à la bataille de Prague;
P. 72.. 75.1): mime.
I] vadporrcr _les armes en- Hongrie ſóus 1c'
Avril, _Comte 'c Bucquoy. “
. L. z. cb. 3.1D. 92.". Ûſhiv. 95. d'a'
Îuillet , . .Ill renonce à la profeſſion des armes , 8c Eric.
:Anh, CW _divers voipgcs en Allemagne.
~ ~' L'.1.ë*b.4.}7.1Ol.Ü“fllí‘v;
. I] vient crrctHſidllande. ‘ ~
La.. 517. 5.1V. 104.
ſl' paſſe en Flandre 8c revient en France. IP
. "la en Bretagne.
- ,L-LÜLjvLP-loj- x06. L
ï Il víenp
DE. LA 7.x_ *ñ-'AVI' UBOÇARTES
ï Taueôjaq vliv
nufiuſ
ap Ans vul
:HA
3p aircs de
'IIIX
5.1.1101 . Chriſt.
e

Î l 3 1 6 2.5 Il vient à Paris.,


3, 8 Février. la même, p.- 106.
[4 ſi Ma). P ll retourne en Bretagne, 8c va enſuite en
oitou
v L.1.ch.6.'p. 116.117.
8 juillet. Il vend ſa terre du Perron.
1;: même. p. r 17.
Septembre_ Il va cn Italic par lcs Suiſſes 6c Ia Valcclíxlc,
—— __ L. 2..c‘h.~7.P.' ſ18. '
2.8 I4 [6 2. 4_ Il vient à Rome pour le ]ubilé.
2.9 1 5 Novembre L. z. ch. 7.17. 12.1. ‘

19 15 16 2.5 Il' va en Toſcane,


3° Avril L. z. ch. 8.p. 12;. m4.
Il ſe trouve au ſiége de Gavi.
[à même. p. x 2.6.
I6 M4)- Il fait desv Obſervations ſur les Alpes
juin_ Il va en'laPoitou.
taime. pao.
Ô x27.
L. z.- ch. 9. p.119.
jui/z,, Il vien: à Paris où il dcmcurc trois ans
la mât/ze. P. 131, Üfliiívantes'.
zo : 16 1 6z6 Il va en Poitou avec M. lc Vaſſeur.
3'! [7 L. z.ch.1o-]7. 136.
J1 18 I 6 2. Il- va voir lc ſiège de la- Rochclle oû’il ſert:
ñ encore cnL.z_.ch.1'z.p.155.r56.éfi4iv.
qualité dc Volontaire. ‘
33 \9’ AM' _
NÛWÜVÜL' Il revient à Paris , 8c il ſe trouve à uncæéléflſi
'orc aſiemblée CLICZ lc Nonce. l ÿ?
L.z.c.x4.P.16O.1G1. '
Dtfflmbïe- Il quitte lc grandmondc 6c la ville de Paris;
b L). 3.ch.1.p.!68.
3* [-5 l 6 :--9 . Il quitte la France 8c ſe retire en Hollande
34 ' Mm.: :pour lc reſte dc ſes jours.
a ' la même; p. 1-69. 170.
lO Ma). Il paſſe dans la Friſe Occidentale.
L. 3.6l). LP. x75.
Il travaille à ſa Métaphyſique..
²;--‘.~;. e P'.178, x79. x80. _
'ï ~ ' ‘ ‘ 4 ' Fee-i zx
.,
TABLE CHRULNUHVUIKLUE

ïlA9P 'IIIX auflou


SUV' op
gaites de
J. Chriſt.
Octobre. II vient s'établir I Amfierdam , oû il'- s'ap
plique particulièrement à [Anatomie 8c à la
Chymic.
_____ L. z. cb. 541.195- Üfuiv.
1 63o Il eſt viſité en Hollande par lc P. Merſenne;
L. z.cb. G-p. 102.. elo. 7.11. 2.12..
Il ceſſe d'envoi” aux autres des Problemes 8c
des queſtions de Mathématiques à réſoudre
our ſe défaire peu à peu des opérations Ãétiï,
lzes d'Arithm. d’Alg. 8c de Ciêom-:sttx
__ L. z. ch.8.p. 12.5.
16 5 l Ilfaitun voiage en Angleterre.
L. z'. ch. 8.P- 2 2.9.130
Il reçoit chez lui M. de Ville-Breffieux pouf
être ſon domeſtique ou plûtôt ſon compagnon
Études.
L.z.ch.9.P. 2.32.. '
163 z . Il va demeurer à Dcventer en Over-UM.
L. z.cb.9.p. :zz, 254.
Il s'applique particulierement à l'Aſtrono-:
mie , mais ſans beaucoup eſpérer d'y réüflîr.
lit-même , p. 1.35. 2.36.
Il compoſe , puis il ſupprime ſon Traité du
Monde à la nouvelle de l'empriſonnement de
Galilée.
L. z. ch. io. é' ch. 11.11. 2.56. é' 2.45.'
é' ſuiv. ~
I6 3 4 - Il retourne demeurer à Amſterdam , 8c va.
voir M. de Charnaſſé Ambaſſadeur de France
à la Haye.
L- z-ch-\z-P- 155-256
Il fait le voiage de Danematc avec M. de
Ville-Brefficux.
L. ;Jf-h x z.p- 2S9. 1.60.
Il ébauche ſon traité de l'Homme 8c de l'A-l
nimal. *
L. 5nde. x44'. 2.6:.. 26;.
,,5 [6 'Il fait ſes obſervations ſur la neige à \ix
Février. 0M”
. 40 _ L. z. ch. 144. 2.66. 2.67-- t
. l' Ilcetourng
«DE LA vu: DEM-DESCARTES. :,
E' Ans vul
g Ë-“UË gain-es de
ä a. ?j Chriſt.

1.6 Ma). Il retourne à Deventer pour y demeurer en_


core quelque têms.
la même. p. 167.
Octobre. 1l paſſe en Friſe 8c le retire âLiewarden.
_____ la même.
40 26 Il ſait un petit Traité de Méchanique pour
Piwi”. M. de Zuytlichem.
41 L.3.ch.t4.p. 1.68.
Mars. Il revient à Amſterdam , 8c ſait ſon obſerva
~ tion des couronnes d'auteur des chandelles ſur
le Zuyderzéc.
— —.._ u; mime. "
*î l 657 Il publie les Eſſais de ſa Philoſophie en qua
42- 8 juin. tte Ttaitez.
L. 4x11. 2.P- 280. Ûfiliv.
Item ch. i-P. 2.73. Üſieiv.
Item ch. z. 4. Üc. entiere.
Septembre. Il fait un voiagc en Flandre, 8c confère avec
ï le Docteur Silvius à Doiiay.
L.4. ch. 5. p. 307.”.
Novembre. Il va demeurer à Egmond * en Note-Hollande. 'ï' EgtnM/í d'Ab
d” ou de Blunt”.
____ I... 4.. ch. 5. p.309.
4'- » 2. 8 1 63 8 Il entre dans diverſes diſputes avec M. de
4_ 3 ~ pendant tou- Fermat , M. de Roberval, M. Petit , M. M0
l'annee. rin , M. de Beaugtand , 8e autres Philoſophes
8C Marhématieiens.
L. 4. ch.7. 8. 9510. r r. I z. (fc. depuis'
la p. 32.1.. juſqu'a la fin du livre.
7-9 M4)- Il s'applique , puis il renonce à la fameuſe
5017167715"- queſtion dela RZuletteC-à”
L. .e-r. l.. I. 8
l 4,05057? Il envoieîiu P. laſetſenrîe Se: Zdbſärziatíons
ſur un livre de Galilée touchant la Mechani
ue 8c le mouvement local. Il s'exerce avec M.
e ſainte Croix 8c M. Frenicle ſur les Nomñ.
Nov. d'0. bres. I] renouvelle ſes amitiez avec M. Des-z
Argues 6c M. de Beaune.
' L. 4, cb. i6. entier.
Aoûtnçefſz, Ilacquiert de nouveaux Diſciples à Utrecht
Oct. N01.'. ' oû Regius enſeigne publiquement ſa Päliiloſo
d'0: 1 phie aprés Réneri'z
e” j, 13,5-'
l q"'soueojaq — TABLE C-HRONQLOGIVIE
3H Ans vul
3P
3i]\ 0 L)
9U
3P
gaires de
5.1.1101
'IlIX J. Chriſt. L. 5.eh. 1, 2.. z. p, [Juſqu'a I4 15.'

Sept. Oct. Il ceſſe de ré ondre aux Problèmes 8c aux


ÜC. queſtions qu'on lui propoſoit ſur l’Arithméri
que, l’Aîlgébre 5c la Géométrie , afin dc nc
plus ſonger qu'au ſolide dela Philoſophie qu’il
_ avoit à cultiver.
__ ___ _____ L. 4. ch. 16.p.z95.z96. ~ ‘
4; ?.9 1 6_3 9' Il eſt attaqué par les Miniſtres 8c Théoiod'
44 ſum. giens Protcflans. Voetius commence ſes hoſtië
3 ° Îitez contre lui.
L- 5. ch. 4.1D. ;z.
Octobre. Ildonne diverſes inſtructions à Régius tou
chant la Phyſique 8c la Médecine.
L. 5m12. 5. p.35, 36. d'a'.
Novembre. I1 quitte Egmond dc Binncn Pour aller de
meurer à Hardclwiclc.
1:4 même th. 7. p. 47.
Decembre. Il ſe remet à ſes Méditations Métaphyſiqucs
f i Pour les mettre en état dc voir Ic jour.
.....—_
L_ lamâmep.58.z9. c125.
44 30 1 6 4o l] va demeurer à Leydc.
4 5 janvier. L. 5. cl), 7. P. 51.
Ma), Il corrige les Ecrits dc Régius pour le mettre
3l
' à couvert dc la cenſure de ſes Collégues.
L. 5. ch. 8.17.59. 62.6%'.
30 juin I] ſe broüílle avec les Jcſuítcs au ſujet des'
iffniller. thèſes du P. Bourdin , ſoûtenuës lc dernier de
Juin 8c le Premier de Juillet.
L. 5.212. 10.12. 72.. 7;- Üfiiivanter.
2, zfuillet. I] leur fait une déclaration de guerre honnête
8c reſpectueuſe.
làme~me.p. 7g. 76. 77. 80.81.83.84.85,
7 Septemb. I1 Perd ſa fille Francine.
L. 5. th. I2.. p. 90.'
10510577, Il quitte l: ſéjour d'Amersfort Pour retour-g
' ner demeurer à Leyde.
la même. p. 9 I.
i7 Octobre Il perd ſon pére.
la mectme. P. 93.
Decembre. Il eſt' appellé à la Cour Par lc Roy Louis
ſſ XIII.
DE LA VIE DE M. DESCARTES. 11.-,
U l E,, Ans 'vul
:-îoâ gaires de

î”ä â- l??
ä Ã_
——Chriſt- X III. mais il demeure dans ſa ſolitude.
L-.s-fh-'²-’P-97-?8~ . . .
45 j .3 1 1 5 4_ 1 Il ſe retire a .Eyndegeeſt a une dcmi-lieue de
46 l ' Mars. Lcyde*
32. L. 6. th. 7.p. 149.ó"_ch. 941.167.
é* ſhit/antes.
28 Août. Il Public ſes Méditations Métapbyſiques à
Paris avec les Réponſes aux objections des
Sçavans.
L.6.th. 1. z- z. 4. Ô' 5. depuis la p.
‘ — 99.juſqu'à [4 13S.
Octobre. Il ſc trouve engagé dans les troubles de l'U
Aîovembre-.nivcrſité dUrtecht ar les theſcs de Régius ,
Decor/ihre. !qui attirent la tempete ſiir lui.
L. 6. th. 6. p. x42.. 145. 146. Üſuív.
_a . Item.,~ cb. 7, juſqu'à [4 Page i58.
45 i 3 z x 6 4 z_ - Ilpublie ſes Méditations en Hollande corri
47 i gécs 8c_ augmentécs des ſeptiémes objections
35 Faites par l'unique Advetſaire qu'il eût parmi
les Jéſuites , ſç. le P. Bourdin , avec lequel il ſe
reconcilie venſuite-pat les ſoins du P. Diner.
L. .6.ch. 6.12. x65. 166.
47 l 3 3 l 6 45 Il défend la Confrérie du Roſaire ou dc N.
48 D. de Boſlcduc contre le Miniſtre Voetius.
L16. cb. to.p. 185.186.
Avril, Il reFute le livre de Schoockius ou plûtôt de
Voetius ſous le n'on] de Sieooekius , fait con
tre ſh Philoſophie 8c. ſa perſonne.
L. 6,. ch. 1 I. P. I788.
n- zd Il ſcbroiiille avec M. Gaſſendi par les prati
= :UE ques de M. Sorbiéte 8c de quelques autres
3 D: brouillons. >
L. 6m17. 134x205. 205-107»
F _à Il quitte le voiſinage de Leyde, 'BC va demeu
l r,, M4). rer pour un an dans le village d Egmond du
Hoef cn NordñHollande. ~ l
L.6.ch. ti.p. 19x.
:LÏHÙL Il eſt appellé en jugement devant les Magiſ
ójïuillet traits d’Uttccht. Mais au lieu de-comparoître,
' vil répond par ecrit à la Publication de ces Ju
ges: 8: les recuſe.
l làmëmnp. 190. ſ91'. l’)..I94.
7' &PL l Il eſt condamné contre toutes formes de juſi
..l j ïäekijj '

-ſifl
ï-o

v TABLE CHRONOLOGIQÜE
P Fo? Ans vul- .
E??? g? ÊFÊ aires de
Ëä- ?gg .Chriſt,
rice par des juges qui n'avaient aucun droit
ſur lui. i
P. 192- 193.194.
2.3 Sept. Il efl cité de nouveau ou proclamé publi;
Ëzsrzr quement Par l'officier de juſtice comme cria,
z 0 emincl.
l) Ultime.
OZLNM/.z Il fait arrêter ces procedures par le Prince
d'Orange 6c les Etats dc la Province d‘Utrccht.
P. 195. du même livre : Ô- livre 7. ch.
A _4.p. 2.50. 2.57. 158. zGKr. 167,.
MV. D”. Il ſoutient un autre procez a Groningue
contre Schoocxius.
L. 6. clæèrjfií. 197. Ô' l. 7. cb. 4.17.
.__——— -ñ-ñ- 249. uw. l
' 43 I 1 6 4,4_ Il fait un voyage en France1] part &Egmond
4
9 M,,j " du _
Hoef
x
le r de
\
Ma y , 8c s'arrête
\
quelques
3- 33,45,, , ‘ jours a Leyde , a Amſterdam , a la Haye. ll an
uilLAoâz_ rive i Paris ſur la fin dc Juin. ll va. en Tou-j
ſaine , en Bretagne &c en Poitou.
L. 6. Ela. r5. p. 2.1 1.6l). r4. p. 2.15.
_ 217. ~
1° 7m11"- Il publie les Principes de ſa Philoſophie.
L.6.ch.1.]7. 2.7.1. 12.2.. 2.25- &ſhi
Tamer.
0305N. Il revient à Paris au mois d'Octobre , 8c re
N tlgurne Zn Hollande ,où il arrive au milieu de
ls W- ovem re.
l L. 7. ché 3. p. 2.59. 1.46. 1.47. ch. 4.
P- 14 -249
DIÛWIIÜÏÏ- Il travaille aux expériences néceſſaires Pour
acquérir une connoiſſance parfaite des Ani
maux , des Plantes , 6L des Minéraux.
__. L. 7. ch. 4.p. 14,4. _
49 2- I 645. Il gagne ſon procez de Groningue contre
50 ro Avril. Scoocxiuszôc il fait finirlcs troubles cxcitez
3 2.6 May. dans 1’Univcrſitéd’Utrecht à ſon ſujet.
r 1 fai”. L~ 7. $31.44). 251. Üfuiv. Item :55
256. 2.58. Üfuivantet.
z z juillet. Il deſavouë Régius 8( ſa doctrine , quoique
celui-ci
ſ Paſsât Pour le Premier Diſciplc , pour
lœpôtte
(
DE LA VIE DE M. DESÇARTES. iv.
E? n, DE? Ans vul
S.» &F; Jſcñrdt'
' l'Apôtrc 8c le Premier min-y. N \
me. Schiſmc 6c révolte dc M. Régius cfflr~
ſon maître.
L. 7. ch. 6. p. 2.68. 2.69. 2.70. ch. 8.
P. 2.9i. itemch. rz.p. 336. 557,
Août. Il montre ſa Bibliothèque aux curieux , c'eſt
à dire, une gallerie où étoicnt des Animaux
prêts à être diſſequcz.
L. 7, ch. 7.1D. 27;.
6 Octobre. Entrevue' de M. Deſcartes &e de M. Cha.
nut à Amſterdam , lorſque celui-ci Pafloit Pour
la. Suéde.
._.. L. 7 ch. 7.11. 2.77.179.
5° 3 l 64.6 Il fait ſa Réponſe aux Inſtances de M. Gaſ- .
fan-vier. ſendi 5 8c ſon Traité des Paffions de l'Aide.
Février. L. 7. ch. 7.p. 179-180.
_ lee-Uri",- Il s'exerce ſur les Vibrations avec Mylord
5L M4" Candiſche 6c M. de Roberval. Sur la Morale
Avril', avec la Princeſſe Elizabeth. Sut la Phyſique
ñ avec M. le Comte 8c M. Porlier.
4 Üflufl' L. 7. ch. 8.P- 286. 1.87. 2.89. 290.170”
juillet. ch. 9. p.501. 502.. item ch. 7. p. 2.79.
Août. Il tombe dans des dégoûts pour la qualité
Octobre. d'Auteur , qui lui ſont perdre route envie de
Novembre, jamais rien faire imprimer. Mais les compli
mens 8c les honnêretcz que lui 'ſont les jeſui.
tes approbatcurs de ſa Philoſophie, lui relèvent
un peu le courage contre la multitude dc ceux
qui mépriſoientzu qui condamnoicnt ſcsEcrits,
L. 7. c . 7. p. 2.8i. 182.. 2.83. Item.
___ ______ __ ch. 8. . L84. 2.8 .
51 4 1 647. ll eſt attaqué gar les Thêologiens de Lcyde;
jauge,- ôc ſur tout par Révius 6c Triglandius qui lui
5c ſuſcitent une perſécution dans leur Univerſité
Février. comme avoit fait Voetius dans cellcd'Utrecht.
L. 7.ch. r r. .zi . Üfiei-Uanter.
l Février., Il fait une Dtſſcrtatiän ſur4l'Amour pour la
5 2- l 1 Ma). "Rcincdc Suéde , qui ſongcà étudier ſa Philo
5 6 juin, ſophie, 8c qui lui fait quelques objections par
avance, auſquellcs il répond.
L. 7. ch. 10.17. 309.310- zr i. ch. 7-7
P. 2.33.3 Frich- lçup. 512.. ziz.
z< 015-? Ans vul
g F1' E! EFË genres de
:-î o- Ë-"T Ï Ma).
r" ‘^
n ſi 5 Il prévient les entrepriſes des Claſſes , Sy.
Ïuin. nodes , Conſiſtoircs ou autres Aſſemblées Pro
teſiantes de Lcyde; 8c ſe délivre des intrigues
de ſes deux calomniateurs Révius 8C Triglan
dius , par l'autorité du Prince d'Orange chef"
de leur Univerſité.
L, 7. clo- u.p. 318. 319.510. -
juin. Il fait ſon ſecond voyage en France, 8c arrive'
Ïnillct- à Paris vers la S. Jean. Il va en' Bretagne , en'
Août. Poitou , en Touraine avec l'Abbé Picot, ô( rc—
Septembre" vvient à Paris- au commencement dc Septembre.
L. 7. cb. ÏLP- 32.5. zu,, Üflti-U.
6 Sfflſlîflflb- Il reçoit penſion du Roy par un Brevet du'
6 de Septembre: 8C il retourne cn Hollande
accompagné de l'Abbé Picot.
L.7. ch. n. p.327. Ho. zzr. z;9.-cb. l;
zo Nov. Il envoie à* la Reine de Suéde ſon Traité des
Paffions, 8c ce qu'il avoit écrit. du ſouverain
Bien.
là méme. p. 351.331.
Decembre. Il s'occupe aux expériences qu'on Èppclloit du'
Vuide, cſſcſt à dire touchant la ma e 8c la pe
ſanteur dc l'Air; 8c il les trouve de plus en plus
conformes à ſes Principes.
___—— F" 3 7 3- l , .
5:. 5 l ó 43. l ’ Il abandonne ſon Traite dePEruduiOn pour
janvier. S appliquer à celui de~l'Animal 8e de l'Homme.
L.7. cb. 15.117. 357. 338.
l Février_ Il cenſure pat écrit les opinions de Rêgius
ſur l'eſprit humain ou l'ame raiſonnable: afin
quc lcscrreurs de ce premier ſchiſmat-iqueñde'
la Secte ne lui fuſſent pas imputées par ceux
qui sbbfiineroient à le regarder comme ſon
. diſciple. 4
5-5 ' 'L*7-‘]9-1~;-P-Z34'33N335-337- ,
M4” Il reçoit le brevctd’une ſeconde penſiumavec
ila propoſition-d'une charge honorable dela par:
du Roi pour Pattachet 8c Fémblir en France...
L. 7. oh. 1347.3384”.
6 Mayr Il fait ſon dernier voyage en France,
~ ’ la méme. p. 340. 541. &ſuivantes
î . juillet. l Il ſe rcconcilie ſolcmncllcmdht avdc MJ
_Gſiſſcndi
E LA VIE DE M, DESCARTES; lvíj'
(t
'saueojo
:EA
op

Gaſſendi par l'entremiſe de M. le Cardinal


d’Eſttées.
P- 342-_343- ' _
17 Août_ Il part de Paris le lendemain des barricades
l Szpzml,, pour retourner en Hollande, arrive à Boulo
5 sgpjgmb. gne le x de Septembre, 5. Amſterdam le 6 du
9 szpnmó, même mois, 6c trois jours aprés dans ſa ſoli
tude &Egmond; aiant perdu ſon bon ami le
Pere Merſenne mort dés le premier jour du
même mois.
L. 7. ch. 14.P. 350.351. 552.. Üc.
ii Decemb. Il entre dans un nouveau commerce Philoſo
phique avec Henry Motus , qui fait patbître
dans les commencement une paſtion démeſuÎ
ſutée pour toute ſa doctrine.
_ L.7.ch.:5.p.z59.56o.z6r.
I649 Il délibére ſur le choix d'un nouveau lieu
ziFévrier. pour y établir une demeure fixe juſqu'à la fin
de ſes jours.
L. 7. ch. 1647. 368. 388. ch. 18.
z 7 Février. Il eſt convié parla. Reine de Suéde de l'aller
6 Mart. voir à Stockholm. _
la même, d' pp. ſieivantet.
Avril. Il eſt viſité dans ſa ſolitude d'Egmond par
M. Chanut nouvellement nommé Ambaſſadeur
rdinaire de France en Suéde; qui acheve de le*
7 réſoudre au voyage de Suéde.
. P' 37"' .
- n juin. Il accepte la correſpondance de M. Carcavi
qui avoit demandé d'etre ſubrogê au P. Mer
ſenne pour le commerce de la litterature. Mais
il n'y trouve pas ſi bien ſon compte.
L. 7. ch. 17. P. 377. Ôſiïiv. 38 z.
zo Août. Il regle toutes ſes affaires par le pré-ſentid
ment qu'il a de ſa deſtinée le xxx Août.
l Sept. Il quitte ſa chére ſolitude d’Egmond le 1 de
Septembre.
LSepe. Il ?embarque à Amſterdam pour ſon voyañ
ge de Suéde le v° du même mois.
Octobre. Il arrive à Stockholm au commencement d \ï
mois ſuivant. h
L. .c.t8. . 86. 8.
.-…7 ..f3 ſ17!! ‘ n
'Saut-ay'ïa
zz' TABLE CHRONOLDGIME?
ſi?~
srno-l Z5 Ans vul
or
aP 'pueig
ÛÏA “â aires de
f; .Chriſt
' , ami-bre, Il entre \dans le Conſeil ſecret de la Reine;
qui le conſulte ſur les affaires de l'Etat. Cette
4 Deumb_ confiance luy attire la jalouſie de quelques Sci-z
~ gneurs de la Cout. —
L. 7.011. r8. p. 391. 392.. 1re”. ch;
zo. p. 409
3 Dzœmb. Il emploie une partie du loiſir que lui laiſ
d- ſui-v_ vſoit la Reine en l'abſence de l'Ambaſſadeur , 5.
faire des expériences 8c des obſervations à
Stocxholm our être rapportées 8c confron
tées avec ce les que M. Petier 8c M. Paſcal
faiſaient en France,
V. le Tr. de Plïquil. de: liq. p. 102.;
Ûfniv.
z 5 Dec. Il publie 8L fait diſtribuer ſon Traité des
'Paffions de l’Ame , ſorti de la preſſe &Elles
vier dés la fin de Novembre.
L.7. cb. .r 9. 17.393.394. u ‘
-—-—-__——~'
1 6 50. Il met ſes Ecrits en ordre pour obéir a la
F4
janvier Reine de Suéde , 5c il ſait la rcvüe dc tous les
papiers qu'il avoit apportez de Hollande.
th. 1 9. é' zo.p. 597. Üſuiv. juſqu'à
zo Ï-"ËV- Il dreſſe 409. item CIF.
les ſtatuts ou 2.]- - 415. d'une Aca-ſi
rég emens
r Fé-urur- démie que la Reine vouloir établira Stock
holm, dont elle prétendait le faire Directeur:
&dont il ſi: donna l'excluſion comme à tous
les autres Etrangers.
. L. 7.01a. zap. 411.411.415.
a Février. Il tombe malade le jour de I: Purification
de la ſainte Vierge d'un mal tout ſemblable à
celui dont l'Ambaſſadeur de France ſon hôte
commençoit à relever le même jour.
L.7. eh. 2.x. p. 414. Üſíiiîl.
u Février. Il meurt le neuvième jour de ſa maladie ,‘
aprés avoir vécu cinquante-quatre ans moins
ſept ſemaines.
/’ L. 7.çb.ar.p.4zz,

…z ADDmON
de M. Deſcartes.

ſ tzFeÏz/ríçr…. .S,°_$_.ſ‘!n°.l'².i1l°3‘-
L- 7. cb. 2.2.. … p. 41.6.
3 F51M”. 7 ^Inventaire faiqenrsuédezr *x
r; .. . t. P0417... … . . -..

_ 4 M4". Inventaire fait en Hollande.


P. 41-8.- - v
M47. Monument' dreſſé' par M. ?Ambäſſſadeur
- Chanutràstockholmd '
v 'c 4L9**

.Ïm'a”, M Médaiſie
.r fra PP ée en Hollande à ſa mé J
ſav'. moi e. _
_
—‘——-—— P- 431** ,
1 6 5 4.' Converſion de la Reine de Suéde, qui en
faim. attribue' l» gloire à MdkDeſcart-es 8c à M”. j
Chanut apres Diem . . . \
___ ' L'. 7'. cb. zz. 431;. 443M <
I, 6 6 6 M. le Chevalier deTerlotrAmbaſiadeut de
_ l M4). France en Suéde , accom agné de M. de
’ ’ Pompone ſon ſucceſſeur Exit lever le corps
de M. Deſcartes_ pour être tranſporté en
France. ‘ ‘
~ L. 7.013) zz. 11x436. . - _ .
jui”. On embarque le corps à stockîiolrnpóut
‘_ Coppenhague , où-le Chevalier de Tcrlon de
voir paſſer Pour ſa nouvelle _Ambaſſade dv
Dannemarie. “
là míme 437.
2. Octobre. Le corps parti de Coppenhague le 2. d'Oc
tobre , arrive 5. Paris trois mois aprés.
là mÊme 438. 439.
I667 Il eſt ſolemnellement enterré à ſainte Gé
fan-vier. neviéve le jour de la naiſſance de S - Jean-Bap
Mffní”, tiſte à 9 heures du ſoir.
P- 440-441-442

f* z -ï jj AVEN
AVERTISSEMENT.
COMME je me ſii: contente' ſouvent de citer le! page: des
Livrer imprimegde M. Deſtarte: ſan! mïezſſàjettir à marquer
fédition oa la forme de: 'volumes , je ſitio bien-aiſe dar/mir ia:
ceux qui voudront 'vérifier me; citations, que '
ceſſe[édition
de Hollande
de lafiaite en 1637
Méthode .à Eſſai-
Ô- der Lóyde the( Y. Maire.
dontje me ſité! ſhow'

L'édition de! Lettre; eſt telle de Par-ir 5 mai: le premier tome


de laz édition
troſiéme en l’an
tome de I667; le ſeeondtome de la 2_- édition e71 I666;
I667.

Pour le! Méditation: j’ai cité tantôt l'original Latin de l'é,


dition de Park, ou de Pédition d'Amſterdam ebegElze-Uier , tanñ'
tôt la traduction Françoiſe de l'édition 1 on z de Pari: 5 mala)
fai' ea ſoin de le marquer aux endroits. .
~ Pour les Principerfai rité ordinairement ?édition Latine IAM-j
ſterdam tbeæElzg-vier I644.. Cel/e de l’an 1643 in donde de petit
livre Latin qu’il a fait contre Voetiar. ~ ~
Il n)- a point dwmlarraæ à craindre 170;” le; #tations de; aug'
tre: oit-orages de M. Deſcartes, ~

‘ i ÏWB
l l i _ 4 I .

\ .

!nen du la Préface.
v d 'À 'l f I]

Page. Lip”. Fm” ſ-'ïmêiou- Page. Lak”. !dure canadian;


i' 7 eu eue xv-i_ o” »wp MMM( bien
rx p ſa ſa xxui r. 5 cffeeez Médecin
Md. ro n’étoit n’étoient xxvij r les leur:
:iv z ſurrepcice] ſubrepzic” xxyili u MIS( M. cſc. M. Deſe.
FV_ n dedie' dédiée :aux 5 trouvérel crouvercz

Emu” de la premiére Partie du Livre.


en Huge originaires originales Mil. u. I.; prendré prendre
:7 .de onze d'un” |rr n. ancienne anciennes
e] tou: toute Uí f effacez. avec
a7 de Eſcrime dflîſcríme rp. j, fhazardé- ſe huard(
17 faire fait faire rene renr
Ir reconnaitre connaître r; 4 u. 'des de
:5 celles celle x77 6 c'était c'étaient
, Poëflf da” I8 r 8 Diviniré Divinlré
gs ſous e au [I, J9
l. ſuivait ſuivit u" v_ Beccxmam Beeckman
z] rolnére tonnerre uc n Peurèrre peut être
zg . ï _ul 37 daígnez daigniez
zo ne n'eſt ce n'eſt 1.41, lz éron ſur depuis
I4 Lieutenant d'une ſimple 14;' en marge Carole Carlo
ajninz compagnie ;I4 r4 avoir avoir _
en Mix' 1,1.) 1 6 zz 36° ï riſuraripo réputation

Brute de la ſeconde PAM'.


5 Caſuîre Caſuifle 18x :7 vint vinſt ou vſnl
3x reçuë re û n” l, -Roberîæaïl Roberval;
zz Péripazicicns P riparéri- ;il 3 -ſçavorenc jugement
cienr. zx; — z, irréprocheblc irréprochable
,o donné donnée zzo 3c vivanr . vivant
ze foin: fa: même ;(49 n ' c. dela vrl- Rogue: dn ~
zz a îa - leneuve Crévie
:ï poſſédait connoilſoir íbíd.- [ï d'écrire a écrire
zr , u .Je , ie zsï r; Herbronn Berber”
n. m.” hfiuflefl” Irſuírefler zu ' 34 arr-re Nm”
lo l'Abbé Pie” M de le Vil- 57:. :ë Rei- Reine
~ [nnuw z” n .Voir , voir aſſez;
H Alcrnaïr Ali-meer 4°! l, dja-arr: e” ron. r. de]
.4 ouvrsées ouvrages _ purger ier”. ſ48.
” our par _ 4” '4 pied” pied
z, e Roy Régina 4” 7 .rendu rendu: ~
,3 ſolliciríons ſollicitation! 41; r; encore encore mien'
5 Vanleew vamlcew 4:! 7 lez :faire: des affaires
.3 Sréſenroir préſentaient 44 f rz mn_ mv”
lo rrníe demi- 4” z; jul qu'il
z, dézour goût 41R a; 'Oxenſiern Oxenfiíern
r, 'der raiſon; e ſes raiſons 47C a) cxerçolens exercent
z imprirpé imyrimées r” [z de] de

S'il ſe trouve quelque] Subjonctif: imprrfairr qui ſemblent fermer le ſens dePAorifiec-ornme
, flop”, dir, vint , conti” , &CC ar le rerranchemenr de la' 1eme s a( Pomíffion deläc- \
ſem cijconflexe A qu'on devoir) ſub imc: ,ilſere _airé-_u Lecteur d'y ſuppléer [ar ſon _allençiozh

r PRIVILEGE
11;- -
PRÏV-'ILEGE D---U ROY:
ours PAR LA GRACE DE DIEU ROY DE FRANCE
l re- D E N A-v n R al; A nos amez &au conſeillerai” Gens tenansnos
Cours de Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires dc nôtre Hôtel, Inten
dans ue nos Provinces, Ptevôt de Paris , Ballliſs , Sénéchaux , leurs Lieutenans ci
vilS,8c â tous autres nos; Officiers 8c juſticiers qu'il appartiendraJal-ut. Nôtte cher 8c
bienamé AD n 1 n” B A 1- un m1' Norma fait remontrer qtſil a compoſe' l. ^ V r I
D U~ s-x !UPR D1 9c A-RT I s ,î 8Ce. qu-il deſirero-'tt de donner au publie: A C E3
C A U S E S, voulant favorablement* trainer Pexgoſant ;Nous luy avons permis 6c
Permettons par ces preſentes de ſaire imprimer ,~ vendre 8c débiter par tout nôtre
Royaume , Païs; Terres 85 Soigneunes de nôtre obéiſſarrce ledit. ouvrage , pas'
tel Libraire 6c Imprimeur qu'il' voudra choiſir, en telle forme, volume , marges
8c_ caracteres-que bon luy ſemblera , 8c autant de ſois quÎil le_ voudra , pendant le
temps 6,: eſpace de, huit années conſécutives , à' compter' du jour que ledit Livre
ſera achevé d'imprimer pour la premiere foiïzhpendannlcqucl temps Nous faiſons
trés-exproſſcs inlrtbitions 8c dellïenſes à tous lmprimeurs , Libraires 8( autres perd
ſonnes de quelque qualité 8c condition qwelles (biche &imprimer ou faire impri
mer , vendre ou debit” ledit Livre ſous prétexte de changement, correction 8c
augmentation , enñquelqne ſorte &c maniere que ce ſoit , ſanslapnrmiſliosr expreſſe
l 6c par écrit dudit Expoſant on de ceux qui auront droit de luy ;à peine de c0n~
fiſcarion des exemplaires contrefaits ,ſ 6c_ des caracteres , preſſes R uſtencilles qui
auront ſervi È les imprimer ,je de tſſqus dépens , dommages. 8c interéts au profit
dudit' Bxpaſanti. dndinceux qui auront droit dcxluy , 8c de trois: mille livres d'a
mande, applicable un tiers a‘ Nous ,, un tiers i_ l'Hôpital General de Paris , 8c l'an_
tte tiers audit Expoſant , à la charge de mettre deux Exemplaires dudit Livre
dans nôtre-Bibliothequepubliqpe ,un autre en ,nôtre Cabinct- des. Livres ,de nôtre
Château du Louvre ,' a un eoîcelle de nôtre trés-cher 8c ſeal le- sieur Bouchet.”
. Chevalier Chancelier de France , de faire imprimer ledit Livret ſur de bon pu.
Piée- ït-en. beaux caractères ſuivant les( Reglemens de l'Imprimerie 8c Librairie des
armées l6]8,_8c 4m85, qpe l’imËreffion}s'en ſera dans nôtre Royaume 8c non ailleurs,
Gfidçſaire enregiflrccoes preſentes ſurlc Regiſtre de la Communaute' des March-m ds
Libraires Gt Imprimeurs de Paris', le tout à peinecle nullité des preſentes , du CORICKII
deſquelles vous maudons 6c enjpignonsde ſaire joüir Plïxpoſaitt 8c ceux qui auront
droit de luy pleinement-Gt pailtblement , ceſſent 6c. Faiſant ceſſer tous troubles 8c emñ,
péçhnmenszau contraire” voulons en outre n'en mettant au commencement ou à la
fin dudit-Livre lîfxtraitdes preſentes , &ne; Oient réunies pour óïtcmcnt ſignſiées, &ï
?u-'aux copâſes collationqées par l'un de noslamez &ſéaixx Conſeillers Secretziires, ſo):
oit ajptît pour
l ,nn-Faire comms-à l original:
l'execution M A NLD
des preſentes O N ,sſiauzpreniiertncître
itunes' ſignification” deffenſesHuiſſier ou Serñ
, ſaiſies ,:66
autres actes requis 8l neceſſaires: de ce faire luy dtÎnnons pouvoirfans demander au;
tre permiſſion. Nonobſtant clameut de *Haro , Chante Normande, 6c Lettres à ce
contraires.- C tut: relief), nôtre :plaiſir: Donné à Paris lc premierxjour du- mois de
Mars-t l'an de ;grace 1C9]- Bc 'de nôtñr rcgne-le quaranteulinitieme. Signé, Patrie
Roy en ſon Conſeil. D: S. HY.). A 1 RS4. ~ - ’ \~ L' "ſi

,RÊZÜM furie-Livre lancement-out( ÂŒWUIM-ins-óvç Imprimeurs de Paris le z;


Ma” 169i. sigue' P.,A-U ago U x N- syndie. ,
l
a
Ledit ſieur B A 1 t j. e 'r a cede ſon droit du preſent Privilege :iD/min HCR"
TBBMELS Marchand Libraire à Paris , pour en jouir ſuivant ?accord ſait :ntr'eux.
Ache-ve' d'imprimer pour la premiere fois le 6. de Juillet 159k.

LA VIE
D E
MR DESCARTES
Säïsënszíëäiäztósäsäëzsuëäëäeëâeëzëëzeizäïzësäëäëäsänëäutänëäzänïä
LIVRE PREMIER.
Contenant ce qui S’eſt paſſé à ſon ſujet depuis ſa
naiſſance juſqu’à ce qu’il ſe fût défait
de ſes Prejugcz.

CHAPITRE PREMIER.
Oz) l’on parle de ceux a qui Monſieur Deſcartes devait la vie î
de ſes Ancêtres les plus proche: de ſon Siecle; (F3 de l'état
ou étoit ſa famille, lotſqtfil vint au monde.

A vie eſt un preſent de la Nature aſſez con.


ſiderable pour ne pas negliger de ſçavoir à
qui l’on en eſt redevable: 8c j’aylieu d'eſpa
rer que ceux à qui celle de M . Deſcartes
ne ſera point entierement indifſerente , me
————-— ſçauront gré de leur avoir fait cannoître Ies
Perſonnes dont la Providence a voulu employer le miniſtere
pour la production de ce Philoſophe.
A Je
2 LA VIE DE M.DESCARTES.
Je ſçai qu’il en eſt preſque des Philoſophes comme des ~
Saints de l'Egliſe de Dieu: 8c que les uns non plus ue les
autres n'ont ſouvent rien à emprunter de leur ſami] e. On
peut dire même que les Perſonnes du ſiecle qui reçoivent
quelque luſtre de leur naiſſance , n'ont qu'un merite aſſez
mediocre, lorſqu'elles ſont obligées de recourir à celu de
leurs Parens &c de leurs Ancêtres , pour en tirer que que
avantage.
j'avoue ue ce n’eſt as traiter M. Deſcartes en Philoſo he
ue de pañer de la no leſſe de ſon ſang , 8c de Pantiquite de
E; race : ô( que ceux qui ſont proſeflîon de mépriſer ces con
ſiderations trouveront peut-être que ſa naiſſance pour être
un peu trop illuſtre l'a éloigne' de la Philoſophie d’un degré
plus qu’elle iſauroit fait , ſi elle avoit eu la mediocrite' de
celle de M. Gaffëndi , ou les défauts de celle du celebre
Galilée. p p v _ l 1 _ _
Ce n'eſt donc pas pour rien ajoûter au merite, ouà la re_
putation de M. Deſcartes que ke veux parler de ſon extra
ction , puiſ n'a toute rigueuri n'en a oint reçu plus que
M. Gaſſen i, ou Galilée en auroient pu recevoir de la leur.
Mais c'eſt_ pour faire, voir que la gloire que ſes Ancêtres
ampli meritcr dans les Armées, E( ciansles Cours ſouverai
nes nïempêche; pas quÎilS n'en aiontreçtpune tome_ nouvelle
de nôtre Philoſophe par un effet du retour que la retroaction
eſt capable de produire.
Monſieur Deſcartes étoit ſorti d’unc Maiſon ui avoir été
conſiderée juſ LÛIIQÏS comme l’une des plus nob(les , des plus
anciennes &t des mieux ap uyées dela Touraine. Elle s’é_
toit même beaucoup éten uë dans la province de Poictouz_
&t elle avoir pouſſé ſes branches 'juſqu'en Berry, en Anjou
8c en Bretagne par le moien des belles alliances qu’elle y a_
voit contractées.
IL éroit fils deMeflîre jonc/iii” Deſcartes qui eut pour pere
Pierre Deſcartes , 8c pour mere Claude Ferrand ſœur d'An
toine Ferrand premier Lieutenant particulier au Châtelet
de Paris , 8c de Michel Ferrand qui ſur te de Monſieur Fer.
.rend Doyen du Parlement: de Paris. ierre Deſcartes n’euc
Poiptdautre_ enfant que_ joaçhim. (Tétoiñt un Gentilhomme
aiſe qui S’etoit retiré e bonne heure du ſervice 8e des em
plois pour goûter plus long-temps les fruits du repos qu’il
Sîctoit
Livni! I. CHAPITRE. I. 3
s’c'toit procure'.Mais il Ïheſitajamais de Plutot-rompre, lors
qu’il fut queſtion de ſervir ſon Prince 8c ſa Patrie. Il ſe ſignalav
même depuis en diverſespccaſions 5 ô( s'étant jette dans la
ville de Poictiers l'an 1569. avec- le Comte du Lude pour en
ſoûtenir le ſiege contre les Huguenots, il contribua beau_
coup à affermir le arti du Roy , à faire lever le ſiege , 8e à
maintenir le peup e , 8c les troupes dans Pobeïſſince du
Prince legitime.
Ce Pierre étoit fils de j'm” Deſcartes , 8c de Jeanne du
Puy qui étoit fille 8c heritiere d’un cadet de la Maiſon de
Vatan en Berry. Cette biſayeule de nôtre Philoſophe mou
rut aſſez jeune : &ſon mary paſſa zi de ſecondes nopces ſans
avoir pû neanmoins augmenter ſa Famille par ce nouveau
mariage. jean avoit eu pour Pere Gilles ou Gillet Deſcartes,
«Sc pour mere Marie Magdelaine Definons qui étoit d'une
famille cresñnoble , 8c des plus anciennes du haut Poictou.
Gilles étoit fils d’un autre Pierre Deſcartes , ê( de Made_
laine Taveau de la Maiſon de Mortemer. Il avoit eu un frere
nomme' à l’Archevêché de Tours. Ce Prelat pOrUoit le
nom de Pierre comme ſon Pere. Si le ſieur Robert 8c Meſ
ſieurs de Sainte-Marthe n’en ont pointſait mention dans leur
liſte des Archevêques de Tours , on peut attribuer cette
omiſſion au peu de durée qu’eûtce Pontificat, 8c à la mort
precipitée du nouvel Archevêque. On a lieu même de dou
ter qu’il eût eu le loiſir de ſe faire ſacrer, &de prendre poſ
ſeſlion de ſon Siege dans toutes les formes. .
' Pierre Deſcartes pere de Gilles , &cde l’Archevêque Pierre
étoit fils d'un autre Gilles &de Marthe Gillier qui étoit de la
Maiſon de Puy—Garreau. Ce Gilles n’étoit que le puîné de la
Maiſon: mais il en devint en ſuite Ie Chef, parceque ſon ai_
ne' Pierre Deſcartes Seigneur de Mauny en Touraine rés
de Li ueil n'eut qu'une fille qui porta ſon bien hors la
famil e , 8C qui par ſon mariage paſſa dans la Maiſon de Lil—
lette en Touraine , laquelle s'eſt trouvée depuis fondue' dans
celle de Maillé.
Ceux qui voudront recourir aux titres de la Maiſon de
Deſcartes quiſe gardent chez M. de Kerleau, &t M. de Cha.
vagnes qui ſont maintenantles premiers de cette Maiſon en
Bretagne, 8c neveux de nôtre Philoſophe, pourront encore
faire remonter ſa genéalogie plus haut. Maisquelque avan
a A ij tage
4_ LA ViE DE M. DESCARTES.
tage qu'on en voulût tirer pour la recputation de la famille , on
peut dire que ſi ce n’étoit le merite es Vivans qui la ſoûtien_
nent avec honneur , il n’y auroit plus gueres aujourd’huy que
la conſideration de nôtre Philoſophe qui fût en état de faire
revivre ces Anciens dans la Poſterité , ê( de rendre leur nom
immortel. ll ſuffit de dire pour en faire remarquer la no_
bleilè , ?ue l’on n' a jamais apperçu de mail-alliance; 8c_
pour en aire ſentir 'antiquité , que. l’on ne l'a point encore
pû fixer par aucune datte d’annobliſſement qui en ait mon_
tré la ſource.
Il y avoit encore en Touraine une autre branche de ſan
cienne Maiſon de Deſcartes ou Der Martel, qui ſe trouva
transformée par les alliances dans des familles étrangeres
du temps de Henry Second. Cette branche S’étoit diviſée
ſous le regne de Charles VII.en Aînez qui ſçurentſe main_
tenir noblement juſqu'a la fin , lóantant le: Ban óArriere
Regiſtre cle óan Ëznr avoir jamais derogé à leur état 3 8c en Puiſitez qui
la Cour des tom erent dans la pauvreté , 8c qui furent obligez d'entrer
Aydes du 4.
Septembre dans le negoce pour ſubſiſter. De ces derniers étoit venu un
i547. avec les Medecin de Chatelleraut en Poictou nommé Pierre Dei:
pieces origi
naires du pro
cartes , qui du tems de liFrançois I~. ſoûtint un procez à la
:CZ Cour des Aydes de Pariscontre les E-lûs de cette Ville , qui
prétendoient le mettre à la taille. Il fut rétabli par la Cour
V. les Regi
dans tous les droits de ſa Nobleſſe , aprés avoir fidlellement
ſtres comme reprefènté ſa geuéalogie par generations non interrompuës
ey -deſſus . juſqu'au Roy Charles Cinquieme. Mais la branche des uns
8c des autres s'étant ſeparée de celle de M. Deſcartes le
Philoſophe dés le tems de Philippes de Valois , je lesa iu_
gez trop éloignez de luy, 8c trop indifferens à nôtre ujet,
pour en rapporter icy les noms 8c les qualitez.
Voions maintenant l'état où étoit la Famille de M. Deſ—
cartes au temps de (à naiſſance. Son Pere joacliim fils uni.
que de Pierre ſe trouvant au bout de ſes études, n'avoir
point témoigné vouloir ſe déterminer à la proſeffion des ar—'
mes, ſoit qu'on luy eût fait ſentir que la Nobleſſe Françoiſe
étoit fatiguée , épuiſée, 8c à' demi ruinée par les guerres
civiles 8c étrantgeres , ſoit que Pexemple de ſon Pere luy fit
connoître que a tranquillité de la vie étoit le moyen le plus
(eur pour conſerver ſon bien. Mais Faverſion qu’il avoit:
pour 'oiſivetc' jointe à. Pobligation de ſe determiner à un
genre
LXVEELCHAPXTREIÏ. 5
genre de vie qui fiit honorable le fit ſonger à prendre parti
,dans Ia Robe. Iltourna ſes vûës vers le Parlement de Breta
gne , 8c il ſe fit pourvoir d'une charge de Conſeiller en cette
Cour, le XIV. jour de Fevrier de l'an i586. par la -reſigna
tion d’Emcry Regnault. Comme les Offices de ce Parle
ment ne ſont que ſemeſtres pour le ſervice 8c la reſidence ,
il ne ſe ſoucia point d'établir ſa demeure ordinaire à Ren_
nes , mais il ſe concenta d’y aller paſſer ſon ſemeſtre. Peu
de temps aprés par Contract du xv. de Janvier de l'an 1F89_
il épouſa jeanne Brqhard fillc du Lieutenant Gencra de
Poictiers , 8c de jeanne Sain ou Scign , qui lui donna trois Elle ſurvéquiï
enfans durant le peu d'années qu’cl c eut à vivre avec lui. à ſa fille.
. 'aîné appellé Pierre Deſcartes Seigneur de la Bretaillicrc
_de Kerleau , de Tremondée , de Kerbourdin Sec. eſt mort
Conſeiller au Parlement de Bretagne où il avoit eſté reçeu
.le x. d’Avril,1618. par les ſoins de ſon Pere, qui étoit venu
enfin s'établir dans la Province. M. de la Brctaillicrc s’é_
toit allié dans la Nobleſſe de Bretagne , 8c il avoit épouſé
_ ar Contract du XVll. de Septembre en 162.4. Dame
CR/largueritc
_fils 8c quatreChohan de Cocxancer
filles. L'un des garçons, dont il avoit Deſcar
étoitſiPicrre eu deux

v_tes Seigneur de Montdidier qui avoit été marié à une veu_


_ve dc qualité 8c fort riche dans la Province , 8c qui mourut
ſans cnſans 8c ſans emploi. L’autre eſt Meflircffozzchim Deſ
cartes Seigneur de Kerlcau Sec. qui eſt algourdſſiui regar_ Kerleau eſt
une Terre 8c
dé comme le chef du nom 8c des armes c toute la mai… Seigneurie de
ſon, dont il ſoutient le rang , 8c la dignité avec beaucoup la paroiſſe de
d'honneur 8c de reputation. Il ſut reçeu Conſeiller au Par_ Luain ou
Luyan , au
lement de Bretagne le xxx. jour de May de l'an 1648. 8c Dioceſſe de
par Contract ſigné lc premierjour de l'année r656.il épou_ Vannes.D'du—
tres écrivent
ſa Dame Marie Porree du Parcq fille de Mcſiîrc Nicolas Eluen.
Portée du Parcq Conſeiller au même Parlement , 8c de
Dame ulienne du Gucſclin , de' la Famille du fameux Ber—
trand onnétable de France. De ce mariage ſont venus
deux garçons 8( trois filles. L’aîné qui a beaucoup dc me
rite ſe nomme Fran ois joachin; il vient &l'être pourvû d'a_ En i630.
ne charge de Conſgiller au Parlement , où il doit répon_
dre avantageuſement à ce qu’on attend dc lvi. Le ſecond
ſe nomme René comme ſon Grand—Oncle , 8c il eſt entré*
depuis un an au Noviciat des jeſuitcs ëlPariS. Ses Supe
’ rieurs
6 L A V12 DE M. DESCARTES.
rieurs en ont tres-bonne opinion, 8c ils font eſperer qu’il n:
ſe rendra pas indigne de porter le nom du grand Philoſo..
plie. L’a^inée
~Marie, avoit des fillesMcſſire
épouíë de M. Charles
Deſcartes de de
Bidé Kerleau ap 116e
la Grandîeville
Conſeiller au Parlement fils d’un Preſident au Mortier, 6c
petit—filsd’un Maître des Requêtes: mais elle perdit ſon ma.
ry en 1689. 8c elle eſt demeurée avec quatre petits enfans.
Les deux autres filles ne ſont pas encore pourvues. Desquañ
tre filles de M. de la Breuillicre fi-ere aîné de nôtre Philo
ſophe , les deux aînées embraſſerent lgprofeflion Rcligieu
ſe , la premiere nommée Anne Deſcartesaux Carmelites de
Vannes, la ſeconde nommée Françoiſe aux Urſulines de
Ploermel dans le Diocèſe de S. Malo z toutes deux filles de
beaucoup d'eſprit, &de grande piece. La troiſième appellée
Marie Madelaine Deſcartes a epouſe Meffire François du
Pereno Sei neur de Penvern , 8c de Perſequen Gentilhom
metres-qua ifié dans la Province. Ils ont eu pluſieurs enfans
dont les filles ſont ou Religieuſes, ou encore ſans établiſſe
ment. Des garçons , l'aime appellé Joachim eſt Capitaine
dans le Regiment de jarzé, e lecond -eſt au College. La
quatrième eſt Mademoiſelle Catherine Deſcartes qui n’a
pointju é à propos de s’eng er dans les liens du mariage:
8c s'il et? vrai d’un côté qu’el e ſoutient dignement la meñ
moire de ſon oncle ar ſon eſprit 8: ſon ſçavoir , on peut
dire de l'autre qu’e e ſert de modele aux perſonnes de ſon
ſexe par ſa vertu. Ceſt .à ſa gloire que quelques-uns ont
publié que l'Eſprit d” grand RME' étoit tamàé en qucnauille.
Le ſecond des enſans de joachim Deſcartes Pere de nôa
tre Philoſophe, fut une fille nommée jeanne, qui ſut mariée
Paroiſſe de à Meſſire Pierre Rogier , Chevalier Seigneur du Crevis ,
PlocrmclDio 8c qui mourut ſort peu de temps a rés ſon Pere. Leur mañ
ccſc de $.Ma
10. riage ſut ſuivi de la naiſſance de eux enſans , d’un fils 8C
d'une fille. Le fils appellé Meſiire François Rogier, eſt mort
Conſeiller au Parlement de la Province , 8c a laiflë un fils
de ſon nom , qui eſt Monſieur le Comte de Villeneuve. La
fille nommée Suſanne a épouſé un Gen-tilhomme de Breta
gne qui eſt M. de Lambely Baron de Ker eois.
Le troiſieme des enſans dejoachim, 8c e dernier dece ux
que luy donna Jeanne Brochard ſa premiere femme , ſut
REN E’ DE S C A RTE S nôtre Philoſophe , *qui s’eſt vû p
obligé
LIVRE I. CHAPITRE. II. 7
Nous verront
obligé de porter la ualité de Seigneur du Perron malgré ce que c'eſt
la fermeté avec laque le il a toûjours refuſé toutes ſortes de ue le Perron
titres. C'eſt ſur l'exactitude de ce détail que l'on pourra re— dans la ſuite.

dreſſer l'O inion de ceux qui en ont écrit autrement, &qui Lmr. à Fr.
sthooten de
ont publie qu'il étoit Punique enfant du ſecond lit. l'an 1 6 4. 9.
Borel vit.
comp. init.

CHAPITRE II.

Naiſſance de M. Deſcartes. Du lieu Ô du temps de cette naiſſance.


' Etat de ce monde Ô particulierement de la .Republique
des Lettres au temps de ſa natſance'.

I ]’on avoit differé plus long-temps à recueillir exacte


ment les circonſtances de la vie de M. Deſcartes , il en
lèroit inſailliblemenr arrivé de luy au ſujet du lieu' de* ſa
naiſſance ce que l’on a publie' âPegard ETHOmerC', dont la
naiſſance a c'te reclaméc par ſept Villes diffenentesſinr une
incertitude cauſée par la ncgligence qu~’on avoit apportée à .
écrire ſa. vic. On auroic vu dans la ſuttedcs temps diverſes
villes de lçTouraine , du Poitou, 8( de la. Bretagne :Bactri
buçr la gloire… devoir vû naître nôtre Philoſophe dans leur
cnceintQDéja le ſieur Borel avoit écrit qu’il étoit ne' dans
lei~ ville de Châtelleraut en Poitou. Le Sieur Craſſo avoit de'
ja avance' que C'était dans le château du Perron, qu'il ap
pelle Perri, &t qu'il place mal àgçropos ſin' les limites dela
Bretagne 8c du Poitou : Et plu iurs ſuivant une opinion
- aflèz communement répandue dans le monde, lsecroycm
natif de Rennes en Bretagne.
Mais il eſt conſtant que M. Deſcartes n’a point eu d'au.
tre Patrie que hHaye en Touraine. Cell; une petite Ville .
fituée entre la Touraine &le Poitou ſur la riv-iere de C reu_
ſe , dans une diſtance Preſque égale d’envir0n dix liedrës en
tre la ville de Tours 8c celle de Poitiers , auMidy de celle_
là , 8L à POrient d'été ou Nord-Eſt de celle-CY. Il n’y a
point cle contrée en France que l'on puiſſe preferer à cette
partie meridionale de la. Touraine ſhit pour la temperature
delais; 6C lañdouceur du clirme, ſoit pour la bontédu œr
rain êc des eaux, 8c pour les agréuwn qufy produirle tué.
. lange
!l LA VIE DE M. DESCARTES.
iange des commoditez de la vie. Cepeniant on aura lieu de
douter ſi ces avantages ont pû ſe faire remarquer ſi ſenſi
blement dans laperſonne de M. Deſcartes tant pourle-corps
que pour l'eſprit. Ils n'ont certainement pas contribué
beaucoup à ſa ſante' qui n'a jamais été bien aff-:rmie que
quan :l il quitta le pays pour porter les armes 8C pour voya
ger: -Et ſi l'on s'en rapporte à ibn ſentiment, on ne leur at;
tribuera point ce u'il peut avoir reçeu de vivacité 8c de
gentilleſſe d'eſprit u côté de la Nature. Quoi qu’il ait fait
valoir en quelques rencontres les charmes de ſon païs natal,
Lmre 41:. en l'a pe lant lerjdrdinr de la Touraine par oppoſition aux
11m²; ‘~ P-ïs- païs u Nord , il a &Lit aſſez connoître qu'il ne croyoit pas
" î es hommes en ce point ſemblables aux arbres. Il ſeroit bon
pour les conſequences qu'on voudroittirer du climat où l'on
re oit l'être, que le lieu de la conception ſut le même que
ceÏuy de la naiſſance. C'eſt ce qui ne s’eſt pas rencontré au
ſujet de M. Deſcartes qui avoit été conçu en Bretagne du.:
rant le ſemeſtre de ſon Pere au Parlement. ‘
1 59 6. Il vint aumonde le dernier jour de Mars^ I’an.1596. C'eſt
une circonſtance que nous n'aurions peut-etre jamais ſçuë,
s'il avoit été ſuivi dans la delicateſſe où il atoûjours été our
ce point. Il n'a pas tenu à lui que l'on n'ait laiflë en eveli
dans l'oubli cet endroit des R? iſtres baptiltcres de là Pa:
roiſſe, &c des Archives genea ogiques de ſa Maiſon. ‘Au
moins a—t'il fait paroître cette diſpoſition d'eſprit à l'occa
ſion d’un portrait que l'un de ſes amis avoit fiit graver en
Hollande, où cet ami avoit fait mar uer le jour 8c Fannée
de \a naiſſance. Nous avons encore (la lettre qu’il en écri
vit à cet homme pour le prier de ne point laiſſer paroître
ce Portrait; ou s'il ne pouvoit obtenir de lui cette ſaveur ,,
d'en faire ôter. au moins ces mots , Nam! die ultima Martti
Tom. 3. Lat'. . r . _ ,
1,7, m. 517. 1596. par”, *dit-ll , qu 1l avoit cz-veſſon pam' [cr fazfmry d'ho
rqſcape , à l'erreur de quel; on ſemble contribuer quand on publie le
jour dela Miffiznce e quelqu'un. C'eſt moins une raiſon , qu'un
pretexte qu’il alleguoit pour tacher d'éviter la confuſion ou
a gloire de ſevoir produit au Public , même en peinture.
Il nous ſeroit aſſez peu utile de ſçavoir le temps de la
naiſſance de M. Deſcartes , ſi nous ne ſçavions en même
temps à quoi en étoit le Genre humain , 8c ce qu'on faiſoit
dans le monde lorſqu'il y vint.
Cétoit
LſſſVRE-I.» CHAPITRBII. 9
C’étOit la ſétiéme année du re ne de Henry IV. qui ne I 59 6.
devoir finir que le ſecond jour d' oût. Ce bon Prince qui —-—-
venoit d’être réconcilié ſolennellement avec l'Egliſe Romai
ne, par Pabſolution que le Pape luy avoit donnee le Diman
che 17. de Septembre de l'année précedente , pouvoir con
ter celle de la naiſſance de Deſcartes au nombre de ſes plus
heureuſes , independemment de ce que pourroit être un
jour ce Sujet nouveau né. Ce fiit en T596. qu’il reçut les ſoil.
miſſions des Ducs de Ma enne , de Nemours , 8c deJoyeuſe;
qu’il recouvra la ville e Marſeille ſur les Eſpagnols par le'
moyen du Duc de Guiſe; qu’il reprit la ville de la Fere en
Picardie 5 8c qu’il reçut le Legat qui étoit le Cardinal de
Medicis , envoyé par le Pape pour faire valoir pluſque jamais
l'ancienne union du S. Siege avec la France, 8c pour orter
le R03l à ſaire avec l'Eſpagne la paix qui fut concluë a Ver'
vrns eux ans aprés. ’
Le Pape Clement VIILCOmmCnçOlt la cinquiéme année de
ſon Pontificat. L’Empereur .Rodolphe II. achevoit la ving
tiéme de ſon Empire: 8c Philippes Il. Roy d'Eſpagne con
toit la quarante-uniéme de ſon regne depuis la demiſſion de
l’Empereur ſon Pere. Il n'y avoit qu'un an que Mahomet:
III. etoit monté ſur le trône des Othomans, &il portoita
ctuellement ſes armes en Hongrie , dont le ſuccez fut ſuivi'
de la priſe d’Agria ſur les Allemans.
La Pologneôc la Suede étoient alors ſous Pobéïſſance de
Sigiſinond III. Il y avoit dix ans qu’il étoit parvenu à la pré
miere Couronne parla voye de l'élection, &il n'y' enavoit
guéres plus de trois qu’il avoit recueilli la ſecondepar ſon
droit hereditai-re, Le Danemarc contoit en paix la neuviéme
année du regne de Chriſtiern IV. quoiqu’on’ eût attendu à
le couronner juſqu'en: cette même année â.- cauſe de ſon bas
âwe' '
0Ce fiit auflîen cette année que les Pays-bas Catholiques
re urent leur nouveau Gouverneur l’Archiduc &c Cardi
na Albert qui' en devint le maître 8c le roprietaire par le
moyen de Plnſante Iſabelle-Claire Eugénie , qu’il é ouſa
deux ans aprés. Enfin ce fiut cette année que la I-Iol ande
ê( l’Angleterre renouvellerent par un nouveau Traité leur'
alliance avec la France pour ſe fortifier contre leurs enne
î B. mis
ſſt-o LA VIE DE M. DEscAa-rrsgï

1 5 9 6. mis 5 8c que l'Angleterre perdit ſon Amiral Dracic au tnilieu


m des proſpéritez dont elle joüiſſoit ſous la Reine Eliſabeth qui
étoit à la trente-neuviéme année de ſon rogne.
L'ETAT dela Ré ublique des Lettres n’étoit ni trop flo..
riſſane, ni trop déclin au temps de la naiſſance de M. DEL
cartes. -
La Grammaire, 8e les Humanities; étaient encore traitées
avec beaucoup d'honneur par Sanctius en Eſpagne , par
Sylburge en Allemagne , qui mourut cette annee , 8c par
Paſſerat en France. On peut Y ajoûter Scioppius , qui tout
'eune qu’il étoit , brilloit déja parm1 les Grannmairiens 8c
les Humaniſtes du prémier ordre.
La _Poeſie avoit reçu un grand échec à la mort du Taſſe ,
quiétoit arrivée l'année précédente, 8c ne ſe ſoutenant plus
qiſaflèz ibiblement en Italie dans la perſonne du Guarini,
&de quelquesjeunes Poëtes , elle ſe poliſſoit peu â. peu en
France par les ſoins de Malherbe.
La Critique, 8e la Podologie étoienr dignement exercées par
Lipſe , ar joſ. Scaliger, par Caſaubon, par Nic. le Fevre ,
ê; par e Pere Sirmond, qui commençoit déja à ſe diffin
guer.
Pour ce qui regarde Pfiloqyente , on eut dire qu’elle avoit
eu beaucoup de peine à revivre aprés a mort de Perpignan,
de Muret, &de Benci , qui rſécoir mort que depuis deux
ans. On n'en voyait plus que l'ombre dans le Barreau, la
Chaires( l'Ecole: mais ?Avocat General Marion , 8c du Vair
le Garde des Sceaux la mainrenoient en France avec autant
de force &de majeſté que leur ſiecle en pouvoir ſouffrir.
La Philoſophie ancienne , 8c particulierement telle dîAri_
ſtore ſe trouvoit alors rudemenc acta uée par François Patri
eius qui ne ſurvêquit que d'un an à anaiſſance de M. Dell.
cartes : 8c le Chancelier Baconjettoit déja les fondemens de
~ la nouvelle Philoſophie. ~
Les Mathemaeiqaer ſe trouvoient en aſſez bon état entre
les mains de ceux qui travailloient alors à les perfectionner.
La Geomctrie étoit aſſez heureuſement cultivée par Clavius
à Rome , mais mieux encore par Monſieur Viéte en
France. DA/Zronomie par TychoñBrahé 8c ſon Diſciple
Kepler, par le Landgrave de Heſſe Guillaume , 8c ceuit
qui
Lrvnn I. CHAPITRE II. n
qui travailloient ſous luy , 8c par Galilée qui commençoit I596.
à paroître. La Chronologie par Scaliger. La Geographic
par Ortelius ,. 8c Mcrula aprés Mercator qui n’étoit mort
que depuis deux ans: 8c la Mec/uznique avec ſes eſpeces par
Steuin. Mais nous n'en pouvons pas dire autant de unique,
&de la Muſique , dont il ſemble que l'heure ne fût pas encore
venuë. '
Les ro rez de la veritable Médecine n’étoient pas ſiconſi_
dérab es a la naiſſance de M. Deſcartes que ceux des Ma
thématiques. Ceux qui la profeſſoient, ou qui en écrivoient
alors , n’avoient pas encore les lumieres que l’on a reçuës de.
puis pour pouvoir avancer dans la connoiſſance d'une ſcien
ce ſi neceſſaire.
La juriſprudence avoit été floriſſante pendant l'eſpace preſ
que entier de ce ſiecle , 8c articuliércment en France:
mais elle paroiſſoit un eu déc uë depuis la mort de Cujas ,
&de HotmamElle ſe oíitenoit encore neanmoins ſur la ca
pacite' des deux Pitliou, donc l'aîné mourut cette même an.
née , ſur celle de Du Faut de Saintlgory, de Barclay le pere,~
8c des principaux Magiſtrats du arlement de Paris , qui
pour lors étaient Gens de Lettres pour la plûpart.
Enfin la Tbeol ie regnoit alors 'parmi les autres ſciences,
par le miniſtere 'un Bellarmin , d un Effius , d'un Du Per
ron , 8c par celuy des Facultez de Paris 8c de Louvain. Elle
étoit encore ſous la vexation de Béze 8c de Hunnius parmi
les Proteſtans de Pune 8c l'autre Secte.
Voilà quel étoit à peu prés l'état des-Lettres au temps dela
naiſſance de M. Deſcartes, Mais on peut dire qu'elles ſouffri
rent une grande diminution par la mort qui arriva cette
même année à diverſes erſonnes de mar ue qui en faiſoient'
profeffiomLe nombre e ceux que Dieu t naître en même
temps pour remplir ce vuide , aurait été trop petit pour re'
parer laflperte de tant dîexcellens hommes, ſi. M. Deſcartes
n’eât ſa ſeul pour pluſieurs.


Ê
B CHAP..
n. LA VIE DE M. DESCARTES.

CHAPITRE III.
Barème de M Dcj/cſſurteí. S072 nom , ſôn ſhmom. Mart de ſot
ll/ſcre. Etat de ſêtſdnte' dam ſhspremiere: années. S0”
Pere ſh rcmarie. .Enfants de ce ſecond L”.

RDeſcartes reçeut le Batême le z. jour d'Avril,


159 6. qui étoit le quatrième de ſa vie , ,Sc il fut tenu ſur
.
ves fonds par ſon oncle maternel _Rene Brochard ſieur
des Fontaines juge-Magiſtrat à Poitiers , conjointement
avec Michel Ferrand Lieutenant General à Châtelleraut.
Mais il n'eut qu'une marraine qui étoit Madame Sain , pa
rente de ſa maiſon , dont le nom étoit jeanne Prouſt , 8c
qui étoit femme du Controlleur des Tailles, pour le Roy,
à Châtelleraut. Il conſidéra toujours la grace de cette ré
e’ne’ration avec un reſpect inviolable z 8c aprés \à mort on
fui trouva ſon Extrait batiſtaire qu'il avoit religieuſement
conſerve' , &porté avec lui}uſqu'en Suede , comme un cer
tificat de ſon Chriſtianiſme. L'on a ſçeu par cet Extrait que
la cérémonie de ſon Batême s'était faite dans l'Egliſe pa
roiffiale de ſaint George de la Haye , par le miniſtere ,du
,Curé du lieu nommé Griſont.
Il fut nommé René par ſon premier Parrain , 8c il fut
arrête' dans la famille qu'il porter-oit le ſurnom du Perron ,
qui étoit une petite Seigneurie appartenante a ſes parens ,
8C ſituée dans le Poitou. Ce ne fut pas un titre vain pour
lui, La terre du Perron lui fut donnée dans la ſuitte des
temps pour ſon partage, lorſqu'il fut en état de la poſſéder.
~_Il_en retint le nom juſqu'à la n de ſes jours , nonobſtant la
vente qu'il fit de cette Terre , peu d'années aprés l'avoir
reçeuë en propre.
Mais il paroît que ce ſurnom n'a été d'uſage que pour
les perſonnes de ſa famille où il étoit queſtion de le diſtin
guer de ſon aîné. Il n'a preſque jamais ſervi à le faire con
noître hors de ſa parenté 8c' hors du collecte. Il reprit le
ſurnom de Deſcartes lors u’il quitta la mailän de ſon Pére:
ôc les Etrangers parmi le quels il ſc trouva engagé (Ïhäbi
tu es,
LIVRE I. CHAPITRE III. r3
rudes , ne tardérent pas à le tourner en Carteſſur. Cette ma_ i596.
niere de changer les noms en Latin, tant par le retranche
ment de l'article des Languesvulgaires , que par la termi
naiſon éloignée dcs manicrcs de les prononcer, étoit aſſez
ordinaire parmi les Gens de Lettres pour em êchcr que
‘ perſonne en ſut ſurpris. Il ſut peut-être le ſeu qui \Youlut
y trouver :l redire , jugeant qu’il étoit du devoir d’un En
ſant de famille de ne pas lailler altérer ou corrompre un
nom qui lui auroit été ſcrupuleuſement conſervé par les An
Tom. r. de
cêtres. Cdmzſiuſ , ſelon lui, étoit un nom ſeint , plus propre ſes. lcttr. p.
à le faire méconnoître des perſonnes de ſa connoiſſance 8C 387. tom. Û-L'
à le faire déſavouër de ſes parens , qu'à le ſaire connoître p. 1.65. item
pag. 1.14.
àla Pofiérité. Uévénemtnt fit voir qu'il avoit encore au_ Scngucrdius
tre choſe à craindre de cette licence de latinizer ſon nom , npud Regium
puiſque quelques-uns de les ennemis cherchant à lui dire E iſſu.. MS.
a Cart.
des injures, s’aviſérent de Pappeller Carmen” Philo/óſtbw. Philoſophe de
Mais il ſalut céder à l’im étuoſité de l’uſa e qui l'emporte. carter
ſur ſes raiſonnemens : &ci a reconnu lui meme dans la ſuite
du temps ,que Canrëfſiufa quelque choſe de plus doux que
Deſtdrtt: , dans les Ecrits Latins. Ce qui ſe trouve aujour
d'hui confirmé par ſes Sectateurs , qui s'appellent même en
notre Langie Carrez/l'en: plus volontiers que Dqſcartzſlcr , mal
gré l'épreuve que M. Rohaut 8c M. Clerſelier avoient ſai Clcrſcl. lcttr.
à M de Ftrm.
te de ce dernier nom. Au reſte la raiſon que M. Deſcartes tom. z. des
avoit de rejetter le nom Latin de Cam- m: paroîtra encore lclt. P. 1-75
plus évidente 8c lus ſolide lors qu'on çaura que l'ancien
ne Ortitozraphe u nom de la Famille étoit Des @murs 8c
dans les titres Latins du quatorzième ſiecle , DE Warm'. —
Les couches de Madame Deſcartes qui avoient été aſſez
heureuſes pour l'enfant , furent ſuivies d’une maladie qui
_Pempêcha de relever. Elle avoit été travaillée dés le temps
de ſ1 groſſeſſe d'un mal de poûmon qui lui avoit été cauſé
par quelques déplaiſirs qu'on ne nous a point expliquez.
Son ls qui nous ap ren cette 'particularité,' s'eſt contenñ Tonx.i.p.73.
té de nous dire qu’c le mourutqpeu de jours aprés 1E1 naiſ
ſance. ~
Les ſoins du Pére purent bien garantir l'Enfant des incon
veniens que l’on devoir craindre de la privation des ſecours
de laſMére : mais ils ne purent le ſauver des infirmitez qui
B iij acccom
14 LAVIP. DE M.DESCARTES.
1596. accompagner-ent la mauvaiſe ſanté qu’il avoit apportée en
venant au monde. Il avoit hérite' de ſa Mére une toux ſé.
che , 8c une couleur pâle qu’il a gardée 'uſqu’à l'âge de plus
de vin t ans , &c tous les Médecins qui le voioient avant ce
tempsŸà , le condamnoient à mourir jeune. Mais parmi ces
premières diſgraces il reçeut un avantage dont il s'eſt ſou
venu toute ſa vie: c'eſt celui d'avoir été confié à une Nour
riſſe qui n’oublia rien de ce que ſes devoirs pouvaient exí.
ger d'elle. Il en. eut toute la reconnoiſſance imaginable: 8c
jamais N ourriflon ne fut plus genereux que lui , puis qu'il'
pourvut à ſa ſubſiſtance ar une penſion viagère qu’il lui
créa ſur ſon bien , 8c qu" lui fit payer exactement' juſqu'à
la mort. ï
Son Pére avoit ménagé juſqu'alors les ſtations diverſes de
ſa demeure de telle ſorte, que les ſix mois de Fannéequi lui
,reſtoient libre de l'exercice de la Charge , étoient deſtinez
pour la Ville de Poitiers où il ſe retiroit volontiers auprés
de ſon Beau-Pere ,ſur tout dans les premieres années de ſon
mariage; Neanmoins il ne S"e'toit pas tellement aſiîijetti à.
cette coutume, qu'il ne ſe donnât la hberté d'aller jouir des
laiſirs de lacampagne , tantôt à ſii terre du Perron , tantôt
a la Haye en Touraine , dont la Seigneurie étoit alors parts:
ée entre Ia maiſon de filinte Maune 8c celle de Deſcartes,
Ë/lais la mort de ſa. femme contribua beaucoup à le détacher
des habitudes qu'il avoit en Poitou, 8c des inclinations qu'il
ſentoit pour la Touraine. Elle le fit ſonger à de nouveaux é»
tabliſſemens qu'il ſe rocura quelque temps aprés dans la
Bretagne , où il fixa lereſte de ſa vie par un nouveau ma_
riage Ëuîl y contracta.
La emme u'il e'. ouſa en- ſecondes nopces étoit fille du'
premier Préſi ent (ſe la Chambre des Comptes dela Provin.»
ce , 8c elle ÿappelloit Anne Morin. I-l en eut encore deux
enfans, un garçon 8c une fille qui ſont parvenus à une mam-
rité d'âge, 8c qui ont contribué à la multi lication de la fa—
5T1] futreçcu mille. Le garçon qui étoit l'aîné , ortoit fenom du Pére. Il
Conſeiller le
m. Juillet
fut Seigneur de Chavagnes Paroi e de Sucé au Diocèſe de
161.7. Nantes ,tôt Conſeiller au Parlement de Bretagne , de même
que l'aîné du remier lit. Il eut pluſieurs enſans de Margue
rite du Pont e de M…du Pont Preſident de laChambre des_
Comptes
LIVRE I. CHAPITRE III. r5
Comptes de Bretagne. Lainé de ces enfans qui eſt Meſlire r 5 9 8.
Joachim Deſcartes de Chavagnes encore vivant a épouſé l 5_ 9 9.
Mademoiſelle Sanguin, nommée Prudence,fille de M. San_ "'-'-~
guin Tréſorier des Etats de Bretagne. De ce mariage ſont
venuës trois filles, Prudence , Céleſte , 8c Suſanne , qu’il a
mariées avantageuſement dans les meilleures Maiſons de
Brera ne; Prudence 8c Suſimne dans celle de Roſnévinen',
8c Céleſte dans celle de la Mouſſaye.
M . de Chavagnes ayant perdu ſafemme en 1677. 8c voyant
ſa famille auſſi heureuſement établie qu’il ouvoit le ſouhai
ter , ne trouva lus d’obſtacle au deſir qu’i avoit d’embraſí
ſer l’Etat Eccléſiaſtique. Il y eſt entre' par tous les degrcz de
Pordination juſqu'à la Prêtriſe , 8( il éxerce au'ourcl’huy (à
Charge de Conſeiller Clerc au Parlement avec eaucoup de
dgnité &c d'approbation.
Il a pluſieurs fréres , entre autres Meſiire François Defeat_
tes qui a épouſé Dame N. de Laleu,dont il aeu un garçon
8c une fille; &le R. Pere Philippes Deſcartes Jeſuite qui fit
Profeffionau mois de Septembre l'an 1656. Ce Pere qui s'eſt
retiréà Rennes eſt regardé dans la Compagnie comme une
perſonne quis’eſt fait un grand mérite de ſon eſprit 8c cle ſa
pieté. ila-enſeigné les Mathematiques avec beaucoup d’ap
probation,ôcilaété jugé capable des plus grands emplois
de ſa Compagnie. Mais il s'en eſt toûjours excuſé , 8c l’on n'a
pû refuſer
voulu a la foibleſſe
accorder d’ailleursdeàſa
ſa modeſtie.
ſanté ce que l'on n’auroit pas ct
Lafille que le Pére de nôtre Philoſophe eut de ſon ſecond
lit , S’appelloit Anne comme ſa Mére. Elle ſut mariée à Mel:
ſire Loüis d’Avaugour Chevalier, Sei neur du Bois de Car
grois, ou Kergrais qui eſt une terre e la paroiſſe de Chiar
quefou au Diocéſe de Nantes. Il étoit frere de M. d’Avau—
gour qui fut long-tems employé dans les Ambaſſades 8c au_
tres négcciations pour le Roy en Suéde , en Pologne , en Al
lemagne, 8c qui mourutaLubecx le VI. jour de Septembre
l'an- 1657. ~

CHAP.
'i6 LA ViE DE M.DEscAn'rEs.'

CHAPITRE IV.

Diſſzſhion; de M Deſire-rte: pour l’e’tade. Etabliſſement du College


de la Flèche_ Son Pére l'y met en ſtenſionſhar lerfeſ/ieiter.
Progrez_ qzfilfizit dan; les Humaniteæ.

Joachim Deſcartes n’éçoic pas tellement occupé des fon


ctions de E1 Charge , 8c des établiſſemens de ſa nouvelle
famille en Bretagne, qu’il ne ſe donnât auili le loiſir de ſon
ger à ſon fils, qu’il avoit coûtume &appeller-ſon Pfziloſhlo/Jz-,à
cauſe de la curioſité inſatiable avec laquelle il luy deman
doit les cauſes 8c les effets de tout ce qui luy paſſoit par les
ſens.
La foibleſie de ſa complexion , 8c Pinconſtance de ſa ſanté
Pobligérent de le laiſſerlong-telnps ſous la conduite des fem
mes. Mais dans le temps qu’on ne travailloit qu'à luy former
le corps, 8c à luy acquerir de Pembonñpoint, ?Enfant don
noit des marques preſque continuelles de la beauté de ſon
génie. Il fit paroître au milieu de ſes inſirmitez des diſpoſi
tions ſi heureuſes pour l'étude, que ſon Pére pour commen
cer à cultiver ce fonds d'eſprit -,, ne pût s'empêcher de luy
procurer les éxercices convenables à ce deſſein , malgré la
'réſolution qu’il avoit priſe de S'aſſurer de la ſanté corporelle
de ſon fils , avant que de rien entreprendre ſur ſon eſprit.
On s’y conduiſit avec tant de précaution , qu’on' ne gâta
rienuAuili ouvoit-On dire que ces rémieres études n’étoient
que des e ais légers ,, 8c des ébauc es aſſez ſuperficielles de
celles qu’on avoit intention de luy faire faire dansun âge
plus avancé. .
i604..
Le Pére voyant ſon fils ſur la fin: dela huitième année de
ſon âge, ſongeoit ſérieuſement aux moyens qui pourroient
être les plus avantageuxpourformer.ſon eſprit 8c ſon coeur
ar une excellente éducation , lorſqu'il entendit parler' de
lîétabliſſement d'un nouveau Collége qui ſe préparoit à l'
Flèche en \äveur des éſuites.. “ .
Le Roy Henry I .ayant rétabli la Compagnie de ces
Pères en France par un Edit vérifié au Parlement le 2.. joär
e
LIVREI. CHAPITRE IV. 17
de janvier 1604.- ne termina point ſes bontez pour eux a lïa y
ſimple reſtitution de ce qu’ils avoient perdu par leur retrait. r 6° 4-
te. Leur préſence fit réveiller en lui le deſſein qu’il avoit --~
conçeu depuis ſa converſion , de ſonder un College dans
lequel la Nobleſſe Françoiſe pût être élevée dans les bon
nes Lettres 8c dans les maximes de la véritable Religion. Ce
Prince jetta les yeux ſur eux pour l'accompliſſement de ce
grand deſſein , 8c ils furent ſervis tres-efficacement dans une
conjoncture ſi favorable par Ie ſieur de la Varenne , qui e'- Guillaume
toit le plus zélé de leurs amis , 8c l'un/des plus avancez à F°"q"°"
la Cour dans la faveur du Roy- Cét homme, qui s'é
toit élevé par divers degrez juſques à la Charge de Cons
trolleur Général des Poſtes , s’ét~oit piqué dés au aravant
de rendre riche 8c célébre la petite Ville de la Pêche en
Anjou, parce que c’eÎtoit le lieu de ſa naiſſance ,- 8c _que le Roy
lui en avoit donné le Gouvernement. Il venoit d'y faire étaJ
blir un Préſidial , une Election , 8c un Grenier àſèl ,- le tout
de nouvelle création , lorſqu’on lui préſenta cette occaſion
de faire réuſſir les deſirs qu’il avoit témoignez d'y voir un'
Collège de jéſuites. La choſe ne fut pas~plûtôt propoſée au
Roy qu’elleſfi1t accordée. Ce bon Prince ayant' choiſi ce
lieu , qui étoit celui de ſa conception , 8c l'héritage de ſes
.Arcêtres , pour être' le glorieux Monument de la tendreſſe'
?uïl avoit pour ces Pères, leur donna ſon Palais pour eni
aire un Collège ,— avec de grandes ſommes d’ar ent pour y
rendre les bâtimens commodes 8c magnifiques. Il dota trés'
richement par un revenu aſſuré de onze mille écus d’or ,
avec aflîgnation de gages pour un Médecin,- un A poticaire,
8C un Chirurgien , qui devoient ſervir le Collège gratuite
ment. Afin que les Ecoliers ne fuſſent pas obligez d'aller étu
dier ailleurs les ſciences qui ne ÿenſeignent pas' ordinaire—
ment chez les jéſuites , il y établit encore quatre Profeſe
ſeurs ublics de Juriſprudence , quatre' de Médecine , &
deux dîAnatornie ou de Chirurgiqavec de gros apointemens
_ dans lei-dépendance des Peres duCollége. kllaſiiſla auſli des fonds
pour entretenir' de toutes choſes vingt-quatre pauvres Etu
dians z 8c pour marier tous les ans douze pauvres filles qu’on
devoit élevér dans la piété. Enfin il avoit reſolu d'y ſonder
Pentretien de cent Gentilshonmies pour les dreſſer dans
i C tous
18 LA VIE DEM. DESCARTES.
tous leséxercices convenables a la Nobleſſe. Mais n’aiant
'I6O4.. pas aſſez vécu pour Féxécution de ce deſſein , cette belle
maiſon eſt demeurée ſur le pied des colléges ordinaires.,
dont on peut dire qu'elle a poſſédé longtemps le premier
rang en France , pour Faffluence des Ecoliers de qualité:
6c qu'elle le poſſéde encore aujourdhui pour la ma/gnificence
des bâtimens. l?
Les jéſuites furent inſtallez dans cette maiſon royale dés le
mois dejanvier de l'an mil ſix cent quatre 8c M. Deſc.ne diffe.
ra d'y envoier ſon fils, que pour le garantir des rigueurs de
la ſaiſon , auſquelles il craignoit de Pexpoſer dans un âge ſi
tendre , 8c dans un lieu ſi éloigné des douceurs de la maiz
ſon paternelle. L'hyver &t-le Carême écoulez , il l’envoia
pour commencer le ſemeſtre de Pâques , 8c le recomman
da particulièrement aux ſoins du Pére Charlet qui étoit
parent de la maiſon. Ce Pére , qui fut long—tems Recteur_
de la maiſon de la Fléche avant que de paſſer aux autres
emplois de la Compagnie conpeut une affection ſr tendre
pour le jeune Deſcartes , qu'i voulut ſe charger de tous
les ſoins qui regardoient le corps auſſi bien que l'eſprit,
8c il luy tint lieu de Pére &de Gouverneur pendant huit ans
8c plus , qu'il demeura dans le College. Le jeune Ecolier ne
ne fut point inſenſible a tant de bontez , 8c il en eut toute
Tom- 3. Lctt' ſa vie une reconnoiſſance dont ila laiſſé des mar ues publi_
xx”. 8c xxiv'
ques dans ſes Lettres. Le Pére Charlet, de ſon coté ne tar
da point de joindre l'eſtime a l'affection: 8c aprés avoir été
ſon Directeur pour ſes études 8c la conduite_ e ſes mœurs ,
il s'en fit un ami qu'il conſerva juſqu'à la mort , 8c qu’ilen—.
tretint par un commerce mutuel ſde
dations. i lettres 8c de recomman
Le jeune Deſcartes avoit apporté en venant au College
une paffion plus qu'ordinaire pour îpprendre les ſciences , 8C
cette paffion ſe trouvant appuiée 'un eſprit ſolide , mais
I604.. vif 8C déja tout ouvert , il répondit touours avantageuſe_
I605. ment aux intentions de ſon Pere 8c aux (dins de ſes Maîtres.
Dans tout le cours de ſes Humanitez qui fut de cinq ans 8c
demi, on n’ap erçut en lui aucune affectation -de ſingulariñ
Tcpcl. té , ſinon cel e que pouvoir produire Pémulation avec la.
Lipſtorp.
quelle il ſe picquoit de laiſſer derrière lui ceux de ſes canäa-æ
ra CS
LIVRELCHAPITRLIV. t9
rades qui paſſoient les autres. Aiant un bon naturel 8c une I604.
humeur facile 8c accommodante , il ne fut jamais gêné dans I605.:
la ſoumiſſion parfaite qu'il avoit pour la volonté de ſes Ré
gens 8c de ſes Préfets : 8c Paſſiduité ſcrupuleuſe qu'il appor
toità ſes devoirs de claſſe 8C de chambre ne luy coûtoit rien.
Avec ces heureuſes diſpoſitions ,il fit de grands progrez'
dans la connoiſſance des deuxlangues: 8c il a témoigne en avoir
compris de bonne heure l'importance 8c la néceſiité pour
l'intelligence des livres anciens. Il aimoit les vers beaucou
plus que.nc pourroient ſe Pimaginer ceux qui ne le conſide
rent que comme un Philoſophe qui auroit renoncé à la bañ
gatelle. Il avoit même du talent pour la Poëſie , aux dou
ceurs de laquelle il adéclaré qu'il n’étoit pas inſenſible ', 8c ~
dont il a fait voir qu'il nïgnoroit as les délicateſſes. Il n'y
renonça pas même au ſortir du Co lége , 8c l’on ſera ſurpris
d'apprendre qu'il finit les compoſitions de ſa vie par des vers
Francois qu’i fit a la Cour de Suéde , peu de tems avant ſa
mort.
Il avoit trouvé auſiï beaucoup de plaiſir a la connoiſſance
des Fables de l'Antiquité, non pas tantà cauſe des myſtères
de Phyſique ou de Morale qu’el es peuvent renfermer, que Diſc. de l'a
parcqlqſqſelles contribuoient à luy réveiller l'eſprit par leur Mcth.

g enti e e. pas moins d'eſtime pour l’Eloquence ,. que d'a.


Il n'avoir
mour pour la Poëſie: mais nous ne voyons pas qu'il ait don
né aux éxercices dela Rhétorique d’autre tems que celuy
de la claſſe, Il S’étoit mis en téte dés lors , que l’Eloquence
comme la Poëſie étoit un don de l'eſprit plutôt ue le fruit
de l'étude. n Ceux, dit-il, qui ont le raiſonnement e plus fort, ÛÃBIIII
8c qui digérent le mieux leurs penſées afin de les rendre clai
res 8c intelliſgibles, peuvent toûjours le mieux ,perſuader ce
qu'ils propo ent ,encore qu’ils ne parlaflent que bas—Breton,
&qu’i S n’euſſent ljamais appris de Rhétorique.. Et ceux qui
ont les inventions es plus agréables, 8c qui les ſçavent expri_
mer avec le plus d'ornement 8c de douceur, ne laiſſeroient pas
d'être les meilleurs Poëtes , encore que l'art Poétique leur 3

fut inconnu.
Il avoit pour l'Hiſtoire toute Pinclination que peut don;
ner la curioſité naturelle que l'on a de connoître l'état de
' C ij ſes
\

zo . LA ViE DE M. DESCARTES.
l_ 5 O 4. ſes ſemblables. llſentdit des ce bas-âge que les faits remain.
1 -6 O ç. quables, 8c principalement les évenemens extraordinaires des
"*—-~—- hiſtoires rclevent l'eſ rit: ê( qu'elles aident à former le ju
gement, lorſqu'elles Ëmt luës avec diſcretion.
.Pour récompenſe de la fidélité 8c de l'exactitude avec la,
quelle il s’acquittoit de ſes devoirs , il obtint* de ſes Maîtres
la liberte de ne s'en pas tenir aux lectires , &aux compoſi..
tions qui luy étoient communes avec les autres. Il voulut em
ployer cette liberte àſatisſaire la paſſion qu’il ſentoit croître
en luy avec ſon âge &c le progrez de ſes études , four ac_
querir la connoiſſance claire 8c aſſurée de tout c qu,i eſt
utile à la vie, qu'on luy avoit fait eſperer par le moyen des
Diſc. dc 1a belles Lettres. C'eſt ſur ſa parole qu'il ſaut croire que non
Màlwd- " content de ce qui s’enſeignoit dans le College, il avoit ar.
" couru tous les livres qui traitent des-ſciences u'on e ime
ï* les plus curieuſes, 8c les plus rares. Ce qui ne doit s’enten
dre que de ce qui put alors luy tomber entre les gmail-is. j'a…
joûterayi, pour deſabuſer ceux qui l'ont ſoupçonne dans la
ſuite de ſa vie, d'avoir peu dïnclination ou d'eſtime pour les
livres, que nous trouvons peu de ſentimens plus avantafgeux
que ceux qu’il en, avoit des ce temsdà, Il s’etoit per uade
ï* que la lecture de tous ,les bons livres eſt comme une con_
*ï verſation avec les plus honnêtes Gens des ſiecles paſſez qui
,, en ont ete' les_Auteurs , mais une converſation étudiée , en
_ laquelle ils ne nous découvrent que les meilleures de leurs
penſe-es.

CHAPITRE V,

e! Anti; que M. Deſcartes ſi; du Collégo. Do M. Chauveau.


.Du P. Mcrſcrme. Tnmſho” du cœur du 1E0] Hamy 1V. au
College de la Flic/ze ou' M De/Zózrtes afflſtc. 1lfaitſo” cour: d;
Philoſophie. Fruit: diſh: étude: de Logique Ô de Morale.
N met parmi les avantages du ſejour des Colleges, les
occaſions qui s'y préſentent de ſe lier les uns aux autres
par des connoi ances 8c des habitudes que l'on contracte
avec ceux qui ſont en ſociete de vieôc d'etudes dans un mê
nie
LHÏRELCHAPXTREV, zr
me lieu.
des C'eſt
amitiez dans ſortes
les plus les Colléoes' que durables.
8c locs plus l'on jetteSouvent
les ſemences
mê I604..
l 605.
me les animoſltez, les jalouſies ,Sc les inimitiez des Enfans
ſe tournent en bien-veillance 8c en amitié, lorſ ue la raiſon
ê( la longueur des annnées ont corrige' ce qu’il y auroit eu
de défectueux dans le ſouvenir d'avoir vécu enſemble. Le
nombre des amis que M. ‘Deſcartes avoit Faits à la Flèche
peut avoir été ſort grand 5 mais il n'en eſt reſté que deux
ou trois , dont la connoiſſance ſoit venuë juſqu'à nous. Le
prémier étoit un nommé M . Chauveau, dont il paroîc avoir
f. Tom. z.
~ noréluyñmême les avantures. jîly connu autrefois, dit-il, . a ?$5.19 l. ï

Ïans une lettre écrite en 164.1. un . Chauveau à la Flèche


qui étoit de Melun. Je ſerois bien—aiſe de ſçavoirſi ce ne ſe_
roit point celuy—lë‘1 ui enſeigne les Mathématiques à Paris.
Maisl:je croy qu'ila la ſe rendrejéſuite, 8c nous écionsluy 8c a.

moy .Ort grands amis. (Moy qu’il en ſoit du Pere Chauveau


jéſuite dont nous n'avons point de connoiſſance , on peutre
marquer que M. Deſcartes a été lié d'amitié avec M. Cliau_
veau le Mathématicien depuis l'édition de les premiers ou_
vrages juſqu'à ſa mort z 8c il en parloir encore en i649.
comme d'un homme u’il avoit entretenu étant à Paris
ſi” diverſes ,choſes qu’i Napprouvoit pas dans M. de Ro
berva-I. '
L'autre ami de Collège étoitle fameux Pére Marin MErſi-Îzne
Minime , que le Pére Rapin n'a point fait difficulté d’ap el.
ler le-Réſidcntrlë M Déſigne: à Paris. Merſenne étoit de e t Réflex. ſur la
ans 8( demi djelusl'anâgé1588.
Septembre quedans
luy la
, étant
petitene'bourgade
lehuitiéme jour aue
d’Oyſé Phyſique.

Maine. Il avoit beaucoup avancé le cours de ſes humanitez


dans le Collège de la ville du Ma-ns , lorſ ue la nouvelle de
l'établiſſement du Collège dela Fleche le t rappeller par ſes
parens qui n’en étoient q d'à trois lieuës. Il y vint etudier
preſqu’en même tems que M . Deſcartes , 8c y apprit la Rhé_
torlque, la Philoſophie, 8c les Mathématiques. La différence
de l'age 8c deséxercices ne leur permit pas ſans doute de fai;
ce d’ét‘roites habitudes enſemble dans ce Collège :8: il eſt
probable que Merſenne ayant quitté ce lieu pour venir en
Sorbonne , ils furent aſſez long-tems ſans entendre parler
. l'un _de l'autre. ,Mais Famicié qu'ils onc entretenue decpuis
ans
îzi LA ViE DE MſiDrscanrrs'.
I608. dans une correſpondance qui n'a re u dïnterruption que par
1609. la mort de l'un des deux , avoit ſes fondemens dans leur an
ññïñïññ
cienne connoiſſance du Collége.
On pourroit mettre auſſi parmi les perſonnes que M. Deſñ
cartes avoit connuës à la Fleche , René le Clerc qui fut de'—
puis Evêque de Glandéves, 8c qui avoit été comme luy des
prémiers Ecoliers du nouveau Collége. Mais il y étoit venu
déja fort avancé auſſi-bien que le P. Merſenne , 8c nous ne
voyons pas que dans la ſuite des tems M. Deſcartes ait eu
des habitudes parriculiéres avec ce Prélat.
I"
i610. M . Deſcartes étoit dans la premiére année de ſon cours de
' Philoſophie , lorſque la nouvelle de la mort du Roy fit ceſ
ſer les exercices du Collége. Ce bon Prince en donnant ſa.
ſi maiſon de la deFléche
cœur, celuy aux, Jeſuites
la Reine 8C de tous, ſes
avoit ſouhaité yque
Succeſſeurs ſon
fuſſent.
portez aprés leur mort, 8c conſervez dans leur Egliſe. De'
orte -que le tems qui s'écoule. depuis cette funeſte nouvelle
juſqu'au tranſport du cœur du Roy , 8c qui fut d'environ
quinze jours , fut employé à des priéres publiques , à des
compoſitions funébres de Vers &L de Proſe ,Sc aux prépara
tifs dela réception de ce précieux dé ôt.
Le Same-dy xv. jour de May qui etoit le lendemain de la
mort du Roy , le Sieur de la Varenne fit avertir le Pere Cod'
ton de venir au Louvre où l’on em baumoit le corps , afin de'
prendre le cœur ,que le PereJaquinot Su érieur de la Mai
ſon de S.Loüis reçut des mains du Prince e Cont . Le cœur*
Cerem. MS. l demeura dans la Chapelle domeſtique des jéſuites de Paris les
troisjours ſuivans : 8c le lendemain qui étoit la veille de l'All
M. Franc.
fol. 466. 8c cenſion , il fut expoſé à la vûë du Peuple dans leur Egliſe oit
ſuiv. tom. i. on le laiſſa juſqu'au Lundy lendemain de la Pentecôte. Ce
jour quiétoit le dernier de May, ledJîére Armand Provincial,
accompagné de vingt Jéſuites 8c e pluſieurs Seigneurs de
la Cour, tranſporta le cœur à la Fléc e, où il' s’e’toitfait un
rand concours de toutes ſortes de perſonnes des Pays d'a
Ÿentour pour ſa réception. Selon les meſures qui avoient été'
riſes dans le Collége pour le cérémonial de la pompe funé
re, le Prevôt avec ſes Archers ſortit le prémier pour aller'
au devant du cœur. On fit marcher enſuite douze cens Eco
liers du _Collége, puis les Péres Récollets, 8c r9. Paroiſſes
venues
Livni; Iſſ. CHAN-ri”. V'.‘ :23
'venuës de dehors , 8c ſuivies de celle de la Ville. Lesjéſuſtes 161-0:
l A '
Êläräÿèäîäljerlêrêlyjilkzevlfääl: Îlee fſurpliä clliacun le cierge à la main
ron de Sainte Suſanne ſon fil leur ' e a Varenne allee le Ba_
Penſionnaires étudians au (Êsdlllí vmgdt-quatre Genuſhomfnes
M.Deſcartes A rés on ' elge, u npmbre deſqueis etoitct
les Bourgeois Pgrtant cËÎZſſÏc es Clik/lers dela Juſhœ 78C
Toute cette proceſſion marchacliS rode les blanches auumecs.
le Cœur dans un ſand ſ ors e a Villqôcallarecevoir
\ g l pre. Les jcſuites de Paris ſe joigni
rent a ceux de la Fleche , 8c le P. Armand prit dans ſes mains
le 'cœur' qui avqit cte 'poſe' juſqu'alors ſur un carreau. Il e'
ËOËËÛÈÏÎÔÈÏCËÀÎÊÈËIÏÔPËCIËUÊ d'armes , accompagne' de deux
iſtolxt à, la main ofltrgudzeeuîllchcrs des gar “es tenant le
bras du P.Armand,le uelét ~ ſ 1'Opdmes q… ſollteqolent les
qu’on fut arrivé dänsqrE H&Pitduizri e tousles ſeculiers. Lors
vice 8c le Pere Coton ?ol e e Thomas, ?n fitle Ser
quo): le Duc de Montbazîn noires-ï raiſon funebre. Aprés
Armand le orta- ſ , prit le cœur de la main duPére
. , ' p . _ ju qu au College des Jéſuites où l’on a.
voit
haut dreſſe au milieu
&de 2.6. de laL'ouverture
delarge. grande courétoit
un arc
lar de,dz7d'plc~ cl'S d e
8C haute de di -ñh ~ ~ ge ‘e lxplcdss
ſale tenduë de xvelours
uit. Onquiy paſſoit
a ſervi dpour
Ch allerll a la g'rand e
tems-là. Le conë e étbitt ^ e ?Le e dcpuſſ ce
œ de laviue 8C l,1g ſiſe de ſqutcreliſleltu de deuil comme la por
voit de particulier goutre les llliltr Ymaâ' Mas œ qulll y a.
morts les larmes ’ 8( les fleurs ed, le edîuſſons, le; Fetes de
enÎblêmeS les déviſes &l ' ' e ls argeſin ctoſieſit les
, , es epigrammes, a. la com oſition
deſquelles on ne pourra pas croire que M. Deſcaîtes n'a
Päätr, Îpÿſqu onÂongära au talent 8c, a Pinclination
deux Colonpesc ers. , ux eux coins de l’Autel étoient
leurs cha iteampuvlertes dl or bruni, 8( un arc qui montoit de
verſé dhrîe corniêlieqlîiîiumälliqebräs clle la flale" &qui étoit tra
doré avec ſes b h, u e aque le ſortoit un fleuron
l !ranc es , pour
Heraut monte ſur Pechaffaut le ſupporter
re d lc cœur
~ duRo y. Le
Montbazon l’éleva ou l f ' ?ME es mafns du Duc de
aprés le cry ,répété Par tîolîs ?le Ylnlr a t:Oſuœ l aſſemblée , .BC
y demeurer juſqu,àpœ , ois^,i e po aſurle fleuron pour
, 'qu on eut achevc l urne dans laquelle
il
24 LA VIE DE M. DESCARTES.
1 6 I o_ il devoir être mis devant le maître autel de l’Eoliſe.'Cette cé;
—__ rémonie ſe fit le 4, de juin , 8c il fut arrêté dans l'Hôtel de
Ville dela Flèche, qu'à pareil 'ſourilſeferoit tous les ans une
Procelſion ſolennelle depuis l'Egliſe* de S.. Thomas juſ u’aux
Jéſuites 5 qu'au retour l’on feroit' un Service auſſi ſo ennelî
pour l'ame du Roy g 8c que ce jour ſeroit chaumé d’oreſiia—~
vant comme les Fetes , en fermant les audiences de la plai
doirie , les claſſes du Collège, &t les boutiques-de la' Ville.
Le Lundi ſuivant qui étoit le 7.. dejuin ,. on ouvrit les claſ—
ſes pour reprendre les éxercices ordinaires du Collége : 8c M ,.
Deſcartes continua l'étude de la Philoſophie Morale , que
ſon Profeſſeur avoit commen e' de dicter vers le mois d'Avril.,
La Logique, u’il avoit étudiée pendant tout l'hiver pré-
cédent , étoit e toutes les parties dela Philoſophie celle à*
_ laquelle il a témoigné depuis avoir donné le plus d'applica
flzſfl; &ï 11;_ tion dans le Collège. Il faut- avoir acquis autant d'autorité'
'P' 'il en a maintenant dans le monde , pour avoir.pû rendre'
probable lerécit qu'il-a faitîde ſes progrez en Logique.] Il~
n'avoir pas encore quatorze ans- achevez* ,. qu'il rap ortoitñ
déja tout ce qu'il étudioit à la fin qu'il s’étoit propo 'e ,.de‘
connoître tout ce qui pouvoir être utile a~la_vie.-Dés ce tems
ma. png. 19. la il ſapperçurv que les SyllOÏlſinCS 8c la plûpartv des autres
Inſtructions- de~ a Logique~ eñ L'Ecole ſervent moins' a ap-ñ
prendre les choſes que l’on veut ſçavoir , qu'à expliquer aux
autres celles que l'on ſçait , ou même,à parler ſans juge..
ment de celles qu'on ignore, qui eſt l'effet que Ponattribuë
à l'art de Raimond Lulle.- Il reconnoiſſoit pourtant dans la.
Bïd. Logique , beaucoup de préceptes qui ſont tresñvrais 8c tres
b‘ons 5 mais il lestrouvoit mêlez parmi beaucoup- d'autres
qu'il _jugeoit nuiſibles ou ſuperfius , ZZ ilavoit autant- de pei
ne à- les ſéparer , qu"un Statuaire en peut avoir a' tirer une
. Diane ou une Minerve d'un bloc de marbre qui n'eſt pointv
encore ébauchc'.. De tout -ce grand nombre de préceptes
qu'il a reçeus de ſes Maîtres dans la Logique ,. il n'a retenu
ans la ſuite que les quatre Régles quiont ſervi de fonde
:ÊZILÛIMÏLÏCL ment à ſa nouvelle Philoſophie. La premiére de ne rien re
' cevoir pour vrai qu'il ne connût être tel evidemment. La'
ſeconde , de diviſer les choſes le plus qu'il ſeroit poſlible
Pour lesmieux
i réſoudre. La troiſième, de conduire ſes pen-
ſées
LIVRE I. CHAPITRE V.- 2.5
ſées par ordre , en commençant par les objets les plus ſimples I610.
8c les plus aiſez a connoître, pour monter par dégrez juſ.
qu'à la connoiſſance_ des plus compoſez. La quatrieme , de
ne rien omettre dans le dénombrement des choſes dont il
devoir éxaminer les parties.
La Morale u’il étudia dans le Collège ne lui fut pas enñ
tiérement inuti e dans la ſuite de (a vie. C'eſt eut-être aux
effets de cette étude qu'on pourroit rap ortér es deſirs qu'il
a eus dans le têms de ſes irréſolutions , e conſacrer toute ſa
vie à la ſcience de bien vivre avec Dieu 8c avec ſ0n~Pro—
chain , en renoncant à toute autreconnoiſſance. Au moins
avoit—il appris dans cette Morale à conſidérer les Ecrits des
anciens Payens comme des palais ſuperbes 8c magnifiques Pag. 9. Diſc.]
de la Méth
qui ne ſont bâtis que ſur du ſable 8c ſur dela boue, Il remar
ua dés-lors que ces Anciens dans leur Morale élévent
Ëzrt haut les vertus , 8c les font paroître eſtimables au del:
ſus de tout ce qu’i] y a dans le monde :mais qu’ils nîenſei
nent pas aſſez a les connoitre 58C que ce qu’ils appellent
Ïhn ſi beau nom n'eſt ſouvent qu'une inſen ibilité , un or—
gueil , un déſeſpoir , un parricide. Mais nous ne ſçavons pas
ſi c'eſt à la Morale Scholaſtique de ſes Maîtres_ qu'il étoit
redevable des quatre Maximes dans laquelle il a fait conſi
ſter tout la ſienne. La prémiére 'de ces Maximes étoit d'o Pag. S4.
_béir aux Loix 8c aux Coutûmes de ſon Pays , retenant con
ſtamment la Religion dans laquelle' Dieu l'avoir fait naître
La ſeconde , d'être ferme 8c réſolu dans ſes actions , 8c de
ſuivre auſii conſtamment les opinions les plus douteuſes lors
qu'il s'y ſeroit une fois déterminé ,. que ſi elles étoient tres_
vaſſurées. Latroiſiéme, de travailler a‘ ſe vaincre ſoi-même
plutôt que la fortune , à changer ſes déſirs plûtôt que l'or
dre du Monde , &c à ſe perſuader que rien n’eſt entiérement
en nôtre ouvoir que nos enſées. La quatrième , de faire
choix ,. s’i le'
ſſfont agir lespouvoit
hommes, de
en acette
meilleure
vie: 8Cesde
occupations qui
iègdéterminer
ſansblâmer les autres , à celle de cultiver ſa raiſon , &d'a
vancer dans la connoiſſance de la vérité autant qu'il lui ſe
.roit poſiiblei I

D, CHAP.
26 LA ViE DE M. DESCARTES.

CHAPITRE VI.
De quelle maniere il uc/iéveſàn cours de Philoſophie. Il apprend lei'
Mathematiques. Sc: progrez-ç d'un; ce; ſciences. Son application
particulier? Il ſſAndb/ſè des Ancien; , ä a' l’Aéſ>éóre de: Moder
nes. 1l n'a point lu We're run: qu’il a c'te' en France.
I 6 l r. R Deſcartes fut encore moins ſatisfait de la Phyſique,
I 6 1 z_ 8c dela Métaphiſique u'on luy enſeri na l'année ſiii.
vante , qu'il ne l'avoir ete de a Logique 8c e la Morale. Il
etoit fort éloigné d'en accuſer ſes Maîtres , luy qui ſe vantoiſſt
P, _ a de h d'être alors dans l'une desplui celebre: Ecole: de l'Europe, ou il
M d,, ſe devait trouver de ſcie-wins hommes, s'il] en avoit en aucun
endroit de la terre: 8c où les _jéſuites avoient probablement
ramaſſé ce qu'ils avoient de meilleur dans leur Compagnie,
pour mettre le nouveau College dans la reputation où il eſt
parvenu. Il ne ouvoit auſſi s'en prendre à luy-même ,
n'ayant rien a de irer de plus que ce qu’il apportoit a-cette
étude, ſoit pour l'application , ſoit pour l'ouverture d’eſprit ,
Stud_ bon_ ſoit enfin pour l’inclination. Car il aimoit la Philoſophie avec
mcntis MS. encore p us de affion qu'il n'avoir fait les I-Iumanitez, 8c
il eſtimoit tous es exercices qui s'en' faiſoient en articulier
8C en public dans:le College , quoyqu'il ſe trouvat dés—lors
1.3574… embaraſſé de doutes 8c d'erreurs qui Penvironnoient , au
lieu de cette connoiſſance claire 8c aſſurée de tout cequi eſt
utile àla vie, qu'on luy avoit fait eſpérer de ſes études.
Plus il avançoit, plus- il découvroit ſon ignorance. Ilvoyoit
par la lecture de ſes livres , 8c par les leçons de ſes Maîtres,
que la Philoſophie avoit toujours été cultivée par les
plus excellens Eſlprits qui euſſent paru dans le monde ; 8c
que cependant i ne s'y trouvoit encore aucune choſe dont
on ne diſputât , 8c qui par conſéquent ne fut douteuſe.
L'eſtime qu'il avoit pour ſes Maîtres , ne luy donnoit point
la préſomption d'eſpérer qu’il pût rencontrer mieux que les
l,, 0 6_ m. autres. Conſidérant la diverſité des opinions ſoûtenuës par
de a Mich. des Perſonnes doctes touchant une même matiere, ſans qu’il
y en puiſſe avoir jamais plus d'une qui ſoit vraye, il s'accoû—
tumoit
LIVRE I. CHAPITRE VI. 27
tumoit déjaàréputer preſque pour faux tout ce qui n’étoit I611.
que vrayñſemblable. S'il n'avoir eu qu'un ſeul Maître , ou S'il I612.
n'avoir pointſ u ces différentes o inions qui ſont parmi les
Philoſophes, proteſte qu'il ne ïuy ſeroit jamais arrivé de Pag. 1 7. i8.
ſe retirer dunombre de ceux, ui doivent ſe contenter de ibid.
ſuivre les opinions des autres, pîutôt que d'en chercher eux_
mêmes de meilleures. Il auroit eu plus de docilité pour ſi:
ranger parmi ceux , à qui la raiſon* ou la modeſtie fait juger
u'ils ſont moins capables de diſtinguer le vray d'avec le
Eux , que leurs Maîtres ,.ou' d'autres Perſonnes dont ils peu-
vent être inſtruits. Mais 'ayant appris dés- le Collé e ( ce*
ſont ſes termes) qu'on ne ſçauroit rien imaginer de Ëétran-ñ
ge , ê( de ſiñ peu croyable , qu'il n'ait été avancé' par queLñ
qu'un
opinionsdesluPhiloſo hes,préſéra
aruſſeſint il n'a ûleschoiſir un desv
à celles Guide ,dont
autres. les
C'eſt
ce qui l'a O igé dans la ſuite des têms de ſe frayer un che-
min nouveau , 8c d'entreprendre de ſe conduire luy-même..
Malgré les obſtacles qui arrêtoient' ſon eſprit pendant tout'
le cours de ſa Philoſophie ,il fallut finir cette Carriére en
même têms que le reſte de ſes compagnons qui n'avoient'
trouvé ni doutesà former, ni difficultez à lever dans les ca-ñ
hiers du Maître. On le fit paſſer enſuite à l'étude des Mathéñ
matiques, auſ uelles il donna la derniére année de ſon ſé_
j-.oilr a la Fléc e :Sc il ſemble que cette étude devoit être
pour luy la récompenſe de celles qu'il avoit ſaites- juſqu'alors..
Le laiſir qu’il y prit le paya avec uſure dcs-peines-que la
Phi oſophie ſcholaſtique luy avoit données ñ, 8c les pro rez"
qu’il .y fit ont été ſi extraordinaires ,, que le Collége e lai
Pléche s'eſt acquis par ſon moyen la gloire d'avoir pro-
duit le plus' grand Matheïmaticien~ que Dieu eût encore mis
.au jour. Ce qui le charmoit particulierement dans les Ma
thématiques, 8c ſur tout dans l'Arithmétique 8c la Géomé
trie, étoit la certitude 8c l'évidence de leurs raiſons.- Mais Pig; 9;' diſe;
il n’en comprenoitpas encore le vray uſage :'80 dans lapen- de lt-métha
ſée qu'elles ne ſervoient. u'aux arts Mechaniques , i s'é
tonnoit de ce que leurs fondemensétant ſi ſermesôt ſiſolides,,
on n'avoir rien bâti deſſus de plus relevé.. Entre les parties
des Mathématiques, il choiſit l'Analyſe* des Géométres , 8c Pag. [î, ibidí
lïzílgéére pour en fairele ſujet de ſon application particulie
Dîij re:.
ï~
28 LA ViE DE M. DESCARTES.
i617.. re: 8c la diſpenſe qu’il avoit obtenue' du Pére Principal du
Collére Pour n’être pas oblige' à toutes les pratiques de la
diſcipline ſcholaſtique , luy fournit les moïrens néceſſaires pour
s'enfoncer dans cette étude auſſi proſon( ement qu’il pouvoit
iípſtorp. de le ſouhaiter. Le Pere Charlet Recteur de la Maiſon qui étoit
Rcg. mot. ſon Directeur peäpetuel , luy avoit prati ue' entre autres pri—
Pag. 75. init.
vilé es celuy de emeurerlong-têms au it les matins ,tanta
cau e de ſa ſanté infirme,que par.ce qu’il remarquoit en luy
un eſprit porté naturellement à la medication. Deſcartes qui
à ſon réveil trouvoit toutes les forces deſon eſprit recueïllies,
&c tous ſes ſens raflis parle repos de la nuit , profitoit de ees
favorables conjonctures pour méditer. Cette pratique lu)r
tournatellement en habitude, qu’il s'en fit une maniere d’é-.
tudier pour toute ſa vie: &l’on peut dire que dell aux ma
tinées de ſon lit, ue nous ſommes redevables de ce que ſon
eſprit a produit e\ plus important dans la Philoſophie , 8c
dans les Mathématiques. ll s’ap liqua des le College à puri.,
fier 8c à erſectionner l’Analy e des Anciens, 8c PAIgÉbre
des Modgrnes. juſqu'alors ces deux connoiſlîances ne Fo',
toient étendues qu'à des matières extrèmement abſtraites,
8C qui ne paroiflent être d'aucun uſage. La premiére avoit
toujours été tellement aſtreinte à la conſideration des figu.
res, qu’ellene pouvoir éxercer Pentendement, ſans fatiguer
beaucoup Pimagination, L’on S"étoit tellement aſihjetti dans
la derniere à de certaines régles , 8c à de certains chiffres,
qu’on en avoit fait un 'art confus &c obſcur, capable ſeuleñ
ment d’cmbaraſſer l’Eſ rit, au lieu d’une ſcience propre à le
cultiver. Il commença és-lors a découvrir en quoy ces deux
ſciences étoicnt utiles , en quoy elles étoient défectueuſes.
Pag. u. 8c
Son deſſein n’étoit pas d'apprendre toutes les ſciences
2.7.. Diſc. de particulières qui portent le nom commun de Mathéma,
la Méthode. tiques z mais d'examiner en général les divers rapports
ou proportions qui ſe trouvent dans leurs ob'ets , ſans les
ſuppoſer que dans les ſugets qui pourroient ervir à luy en
rendre la connoiſſance p us aiſée. Il remarqua que pour les
connoître, il auroit beſoin, tantôt de les conſidérer chacune
en particulier 5 8c tantôt de les retenir ſeulement , ou de les
comprendre pluſieurs enſemble. _Pour les mieux conſiderer
en Particulier, ilcrutquîl devoir les ſuppoſer dans des 1i
gnes,
LIVRE I. CHA~PiTiiE~VLſi 29
-gnes , parce qu’il ne trouvoit rien de plus ſimple , ni de plus i612..
aſes ſensà-: être
ropre c'eſt en quoy conſiſtoit
diſtinctement tout l'uſage
repréſente a ſonqu’il prétendoit
imagination

faire de l’Analyſe Géométrique. Pour les retenir , ou les


pomprendre pluſieurs enſemble, il jugea u’il ſalloitles ex'
,pliquer par des chiffres les plus courtsëc es plusclairs qu il
;ſeijoit poſſible: qui eſt le ſecours qu’il pouvoit attendre de
.l’Algébre, Par ce moyen il ſe. promettoit de rendre tout
,ce qu’ily a de meilleur dans l'Analyſe 8c dans ’Algébre, 8c Poiſſ. Rem.
ſur la Méth.
de corriger tous les defauts de l'une par l'autre. Son travail p. 38. k 1.085
_luya-ſi heureuſement réüſli 1,' qu’il a. trouvé ,dans la ſilice le
moyen efemployer l'Analyſe par 'un' uſa/tre continuel non ſeu_
_lement dans la Géométrie , mais dans les-matieres même les
plus communes , où l’on îpperqoit par tout cette maniere
de raiſonner avec la juſte( e d’eſprit ue cette méthode lu
,avoit acquiſe, 8c qu’il ~a ſeu faire de 'Algèbre la clef' de ſi
Géométrie, qu’il n'a point voulu .laiſſer a 'la portée des eſ
«Prits vulgaires. Il ſem le .que ce ſoit là ce qui auroit porté
_quelques erſonnes â croire que la Géométrie dontM. Deſ
,cartes SUE ſervi depuis pour _réſoudre une infinité de que
ſtions , neſeroit autre choſe que lïdnaly/è des Anciens. Mais
_ces perſonnes mêmes reconnoiſſant qu’il ne reſtoit plus dans
,le monde aucune trace de cette Analyſe depuis les Anciens,
ſemblent donner à M. Deſcartes la gloire de l'invention dans
cette ſorte de ſcience , pour avoir déterre' une iiïéthode qui
.étoit demeurée enſevelie 8( preſque inconnuë aux Géomé.
tres depuis tant de têms. Ce n’eſt pas au moins ce qu’il y a
,employé d’Alge’bre qui a dû luy faire ~perdre la grace de la
nouveauté : autrement les inventions les plus nouvelles &c
,les plus inoüies n²auront plus rien de nouveau ni rien d’i..
noüi , dés qu’on ſe ſervira des lettres de l’Alphabet pour les
_exprimer, 8c les Faire entendre aux autres.
. Ceux qui ſont M. Deſcartes Auteur de cette eſpèce d'Algé
bre , qu’ils appellent lacleſ de tous les Arts li eraux 8c de
toutes les ſciences , 8c qu"ils eſtiment être la meilleure me'
thode ui ait
_faux ,Gluy ,en jamais paru pour diſcerner
attribuentPinvention dés le leCollége,dans
vray d'avec le

têms ue ſon Maître expliquoiten claſſe ?Analyſe vulgaire,


qui , elon toutes les apparences , n’étoit autre choſe quePAl
gébre.
.zo LA VrE DE M. DESCARTIË…
1'612.
gébreLe Sieur Li ſtorpius- prétend qu'il laiſſa tous les com;
-pagnons fort loin ce luy dans cegenre d'étude , 8c qu'il alla.
infiniment au delà de ce que ſon Maître en pouvoir attenñ
Specim. Phil.
.Ca-mſi p.475. dre. Mais il ajoûte a ce' ſujet une hiſtoire dont la vérité ſiem
ble dépendre d'une circonſtance qui eſtabſolument fauſſe..
Il dit que ſon Maîtrerne pouvant plus luy propoſer de que-
ſtions auſquelles il ne donnât des olutions ſur le champ , 8c,
ſe trouvant embaraſſéluyanême à… réſoudre celles qu'il per-
méttoit' à ſon' Ecolier de' luy faire , il luy avoüa nettement'
qu'il luy étoit inutile dorénavant, &qu'il n’étoit plus en éñ
.tat de luy rien apprend-re de PAIgébre ui luy fût inconnu.,
,Un jour qu'il luy avoit propoſé la lus ' 'fficile des queſtions
u’il eût pû trouver ,. il arut ſi (iirpris- de la nouveauté 8c.
de la ſubtilité avec laque eDeſcartes en avoit donné-la ſ0-
lution parle moyen de ſa nouvelle méthode ,. qu'il ne pût'
revenir de ſon étonnement, qu'en- diſant' qu'il eroyoit que
_Viéte avoit écrit quelque choſi: ſur ce ſujet. Deſcartes ravi
,d'apprendre qu'il le fût' rencontre' avec quelqu'un qui l’eût
prcwenu- dans.. cette invention ,., pria in animent ſon Mai…
tre de luy' procurer les moyens d'avoir un Viéte. Lipſtor—
ius _ajoûteñ ue Deſcartes ayant trouvé quelque choſe d'ab
ärus ôtdi-fficiſon
ctueuſement e aMaître
déchiffrer dans cet
de vouloir Auteur , preſſa
le ſecourir, reſpe
que lſie-Maîî
'tre s'en excuſa ſur la difficulté de l'endroit, diſant qu'il ne
connoiſiôit qu’un homme capable de comprendre l'Analyſe:
de Viéte 5, mais qu'après toutes les recherches poflibles, cét'
homme ſi ſouhaitté ne s'étoit point trouvé ñ, que ce fut ce qui'
porta Deſcartes à s'en tenir à. ce qu'il avoit inventé luyñmê-ñ
me ſur PAnalyſeindé endalnment de l'invention de Viéte,,
&c à ſe contenter de ſgh propre génie dans ce qu'il pourroit*
inventer ou découvrir. dorénavant.. Mais il eſta craindre que
tout ce récit n'ait été le fruit de llimaginatioi] de Lipſtor.
pius , plûtôt que la rélation d'un faitvéritable. Pour en fai
re voir le peu. de vray -ſemblance , il ſuffit de produire le
témoignage de M. Deſcartes, qui a marqué dans une lettre'
écrite de Hollande au Pére Merſenne en 1639 , qu'il ne ſe
Toma.; de ſes ſizavenoitpar même Ædvoirjózmrzir wé ſhulement Le couverture de
Lctnp. 454.
Viéte pendant qu'il avoit été en France. C"eſt ce quïl diſoit*
pour convaincre. de fauſſeté un Géomètre qu'il ne. Conngſi
lt,
LIVRE I. CHAPITRE VII. , zi'
'ſoit pas , mais qui ſe vantoit d'avoir étudie' Viéte avec lui z 5 z z,
.à Paris. Il étoit encore plus éloigné d'avoir vû la perſonne
de Viéte que ſes Ecrits, puiſque ce grand Mathématícien ,
ui etoit natifde Fontenaiñle-Comte en Poitou , &qui poſ Thuin. hiſt.
’doit une Charge de Maître des Requêtes à Paris, étoit ad ann. i603.
mort des l'an 160-3.

CHAPITRE VII.
;Il quitte le Collège, pour lequel il [anſi-rue de l'eſtime'. Sa re
connaiſſance- pour ſh; Maitres. Il n'a point étudie' aa Colle' e
de Clermont. Manière a"enſêigner derfeſhiter? ement de œ le
de: Hollandais. M Deſcartes renom' à l'Etude ë aux Livres;
x Ô pourquoi .?

R Deſcartes 'aiant fini le cours de ſes études au mois


7 ' d'Août de l'an. i612 ,quitta le Collége de la Fléche Tou…. dub
aprés huit ans 8c demi de ſejour , 6c s'en retourna chez ſon Lcttr. p. 105.
Pére , comblé des bénédictions de ſes Maîtres. (Ëirielques Tepd_ hifi_
Auteurs ont écrit que dés au aravant il avoit pa é de la Phíl- Cm.
Flécheà-Paris our achever liés Etudes dans le Collége de P' 3'
Clermont. Cell, ce qu’ils ne pourront perſuader qu'à ceux
'qui ignorent l'état Où étoit le Collége des Jéſuites à Paris
pendant ces tems -là, Lors qu'il fiît queſtion du rétabliſſe-ñ
ment depascesétéPéres
vn'avoir en France
compris -. le Collé
parmi ceux' e deétoit
qu'il * eur Clermont
permis c.

d'ouvrir. Le P. d'Orléans jéſuite dit que Henry I V. n’a— viedu P. co.


voit pas voulu qu'on l'ouvrir , pour ne-point nuire à celui de f" P' '5"
.la Fléche , qu'il prenoit a tâche de rendre célébre par tou- "'
tes fortes de moiens. Aprés la mort de ce Prince , lesjéſuites
_firent une tentative pour obtenir permiſſion de l'ouvrir: 8c
"le Roy Louis XIII. leur avoit accordé des Lettres aten
-tes, dattées du 2.0. d'Août I610. pour pouvoir eníëigner Tbm- z. du
publiquement. Mais l'oppoſition de l'Univerſité ſit un 0b- R'
ſtacle a Pente iſtrement de ces Lettres au* Parlement , qui
par un Arrêt u zz. Décembre i6”, remit les choſes au point
ou Henry 1V. les avoit fixées. De ſorte que l'ouverture de Alcgamb_ zz
ce College ne ſefit qu'en i6i8, c’eſt'a.dire-, ſix- ansaprés ?env-elf Bibl
que 0C. jc .
zz LA VIE n! M. DEſiSOARTES.

i612.. que M. ,Deſcartes avoit quitte le porte-feuille. '


Il eſt donc-conſtant qu'il n'a point fait ſes claſſes ailleurs
qu'à la Fleche. Mais l'eſtime qu’il pouvoit avoir conçue'r
pour les manieres d'étudier dans les Ecoles' publiques , ne
_s’eſt point bornée à l'unique College de cette Ville. Ila renñ
du hautement témoignage à l'excellence .des exercices éta..
blis dans tous les Colléges , &c il a reconnu l'utilité de l'é..
mulation que euvent produire les études faites en commun'
lors qu'elles ont bien entendues.. Il avoit coutume d'éle
ver celui de la Fleche au deſſus de tous les autres , parce
?Wil en avoit_
a propre acquis une
expérience , ô( connoiſſance plusſommes
parce que nous particuliére
toujours

portez à loüer le lieu de notre education comme celui de


nôtre naiſſance , &c à vanter nos Maîtres comme nos Parens.,
Mais il y avoit autant de juſtice que dïnclination dans les
maniéres obligeantes dont il parloit du College de la Flé
che ,Gr c'eſt ſans aveuglement qu’il en fit les élogesïà ui!
de ſes amis qui l’avoit conſulte ur l'éducation: de ſon' Fils..
Cet ami s'étoit propoſe' d’envoier ſon fils faire la Philoſophie
en Hollandie ,_ non ſeulement' a cauſe de l'avantage de pou
voir être auprés de M. Deſcartes qui y demeuroit , mais
encore a cauſe ,de la réputation que plu-ſieurs Sçavans- eta
blis à Leyde- avoient attirée ſur la Hollande' (pour les Let-
tres. Voicy les, termes auſquels M.. Deſcartes etrompe cet'
Tom. i.. de ami. w Le deſir que j'aurois , dit-i] , de_ pouvoir vous rendre
ſes Lettres .r quelque ſervice en la erſonne de M. vôtre Fils ,. m'empê
P 589- S90- ,, cheroit de vous diſſua ei: de Penvoier en ces quartiers , ſ1 je
ï. penſois que le deſſein que vous avez touchant ſesétudes s'y
l
ï,
pût accomplir. Mais la Philoſophie ne sîenſeignïe ici ue trés
mal, Les Profeſſeurs n'y font que' diſcourir une. heure jour,
ï) environ la moitié de l'année ,ſans dicter jamais aucuns- ecrits,
ni. achever le cours en aucun têms- déterminé. De ſorte que
l, ceux qui en veulent tant ſoit peu ſçavoir ,i ſont contraints
de ſe faire inſtruire en particulier par quelques Maîtres,
lïïlaä comme on fait en France pour le Droit , lors qu'on veut'
entrer en Office. Or encore que mon opinion ne ſoit pas
que toutes ces choſes qu'on enſeigne en Philoſophie ſoient
auſſi vrayes que l'Evangile , toutesfois à cauſe qu’elle eſt
la clef des autres ſçiences, je crois qu'il eſt tres-utile d'en
avoir
LIVREI. CHAPITRE VII. 33'
avoir étudié le Cours entier de la maniére qu'on l'enſei 161L
gne! dans les Ecoles des Jéſuites , avant qu'on entre ren
ne d'élever ſon eſprit audeſſus de la pédanterie, pour e fai ïï

re ſçavant de la bonne ſorte. 7c dois rendre tél honneur à mes (ï

Maitres, de dire qu'il n'y a lieu du monde 012 je juge qu'elle fenñ
ſèigne mieux qu'à la Flítbe. Outre que c'eſt ce me ſemble un (ï

grand changement pour la prémiére ſortie de la maiſon pa— ïï

ternelle, que de pa er tout d'un coup dans un' pays différent


de langue , de façons de vivre, &de Religion : au lieu que
l'air de la Fléche eſt voiſin du vôtre. Comme il y va quan ll

tite' de jeunes Gens de tous les quartiers de la France , ils y


ſont un certain mélange d'humeurs -par la converſation les
uns des autres , qui leur apprend quaſi lamême choſe que
s'ils voiageoient. Enfin l'égalité que lesJéſuites mettent en_ (ï

tre—eux , en ne traittant guéres d'autre façon les plus releñ


-vez que les moindres' ,ſe-ſt une invention 'extrémement bon;
ne, pour leur ôter la 'tendreſſe 8c les autres défautsq-uïls c
peuvent avoir acquis 'par la coûtume d'être chéris dans les
maiſons de leurs parens. _ — ‘ 3

Le cas que M. Deſcartes a toujours fait du Collége de la


Flèche n'étoit qu'un effet de l'eſtime qu’il avoit conçûë
.pour ſes Maîtres, 8C qu’il a eu ſoin d'accompa ner d'une
Tom. t. de
reconnoiſſance perpétuelle pour l'obligation qu’i leur avoit ſes lettres g.
de ſes études. Ses ettres ſont remplies des marques de ſon 57. item p.
ſouvenir, &t du reſpect qu’il a toujours conſervé pourfles jé. 10;. item p.
x08. 109. k
ſuites qui lui avoient donné leurs ſoinsen particulier , &gé
néralement pour toute leur Compagnie. Il n'a pointfait de
Livres',dont il n'ait eu ſoin :de leur_ réſenter des éxemplai_
res en grand nombre. Il n'a point ait de voyage en France
aprés en avoir quitté le ſejour, qu'il ne leur _ait rendu ſes
'devoirs par de fréquentes viſites , &e qu'il' ne ſe ſoit détour
né du grand chemin dellïennes, pour 'retournera la Flèche
faire honneur à ſon éducation ,ôerecuëillir ſes anciennes
connoiſſances. Enfin, il n'a jamais rougi de ſe faire paſſer
pour le diſciple des _jéſuites , même dans les derniéres an* $4 lettre a'
nées de ſavie -, 8c de leur' offrir de ſe corriger ſilr leurs avis P. Dina: qui
avec la même docilitéî qu'il -avoit _autrefois euë pour leurs eſt à la fin dc
ſes Medine.
inſtructions. ‘ ÿ " _ ‘ ’ ' ~
- ~ Mais s'il étoit ſatisfait'
~ ſi de ſes' Maîtres au ſortir
’ Edu Collège;il
34 LA VIE DE M. DESCARTES.
I612. il ne l'était nullement de lui même. Il ſembloit n'avoir rem
porté de ſes études qu'une connoiſſance plus grande de ſon
ignorance. Tous les avantages qu’il avoit eus aux yeux de
tout le monde, 8c qu’on pu lioit comme des prodiges, ne ſe
réduiſoient ſelon lui, qu'à des doutes, à des embarras, &à des
peines d'eſprit. Les lauriers dont ſes Maîtres l'avaient cou..
ronné pour le diſtinguer du reſte de ſes compagnons , ne
lui parurent que des épines. Pour ne pas démentir le juge
ment des connoiſſeurs de ces têms-là , il ſaut convenir qu'il
Lípſtorp. de avoit mérité, tout jeune qu’il étoit , le rang que tout le mon_
Rcg. mot.
de lui donnoit parmi les habiles Gens de ſon têms. Mais ja
Saldcn. dc lib. mais il ne fut lus dangereux de prodiguer la qualité de
Stud. bon. sfdîldlflt. Car i ne ſe contenta pas de rejetter cette qualité
Mcnt. num.
i- !WL~
qu’on lui avoit donnée : mais voulant juger des autres par
lui même, peu s'en fallut qu'il ne prît pour de faux Sçavans
ceux quiportoient la même qualité , 8c qu’il ne fit éclater
a ſon mépris pour tout ce que les hommes appellent ſciences,
Le déplaiſir de ſe voir déſabuſé par lui-même de l'erreur
dans laquelle il s'étoit flaté de pouvoir acquerir par ſes c'
tudes une connoiſſance claire 8c aſſurée de tout ce qui eſt
utile à la vie,
que ſon ſiécIlÈenſa
étoitle jetter dans le deſèſpoir.
auſii floriſſant qu'aucunVoiant d'ailleurs
des récédens,
8c sïmaginant que tous les bons eſprits dont ce ſiecle étoit
aſſez fertile , étoient
s'en apperïeuſſent dans le tous
peut-être même cas ue ,lui,
commeclii il futſans qu'ils
tenté de

croire qu’i n'y avoit aucune ſcience dans le monde qui fût
telle qu’on lui avoit fait eſperer.
Pag. u. du Le réſultat de toutes ſes ſâcheuſes délibérations ſut, qu'il
Diſc. dela M.
renonqa aux livres dés l'an [613, 8c qu’il ſe défit entiérement
ltcm. ſtud.
Bon. ment.
de l'étude des Lettres. Par cette eſpece d'abandon , il ſem.
bloit imiter la plûpart des 'eunes Gens de qualite', qui n'ont
pas beſoin d'étude pour ſu ſiſter,ou pour s'avancer dans le
monde. Mais il y- a cette différence,que ceux-cy en diſant
adieu aux livres ne ſongent qu'à ſecouër un joug que le Col.
lége leur avoit rendu inſupportable : au lieu que M. Deſ—
cartes n'a congédié leslivres pour leſquels il étoit trés.
paſſionné d'ailleurs, quedparce qu'il n'y trouvoit pas ce qu'il
y cherchoit ſur la !fo e ceux qui Pavoient engage' à l'éd
tude. Quoi qu’il ſe entît trés — obligé aux ſoins de ſes
~ Maî
LIVRE V. CHAPITRE VII. 35
Maitres ui n’avoient
our le clàtisfaire rienſe omis
, il ne de ce
croioit qui dépendoit
pourtant d'eux
pas redeva- W_
i6”.

le :i ſes études
recherche de la 'de ce (clans
vérité u'i] les
a fait
Artsdans
8c lesla Sciences.
ſuite pour la Rclat.
Il ne de M.
Bclin- M5

faiſoit pas difficulté d’avouër à ſes amis,.que quand ſon Pere


ne l’auroit pas fait étudier , il n’auroit pas laiſſé d'écrire en
François les mêmes choſes qu’il a écritesen Latin. Il-té
moignoit ſouvent que s'il avoit été de condition à ſe faire
Artiſan , 8c que ſi on lui eût fait apíprendre un mêtier étant
jeune, il y auroit parfaitement réü 1 , parce qu’il avoit tou_
jours eu une forte inclination pour les Arts, De ſorte que
ne s'étant jamais ſoucié de retenir ce qu'il avoit appris au
College, c'eſt merveille qu’il n'ait pas tout oublié , &t qu'il
ſe ſoit ſouvent trompé lui-même dans ce qu’il croioit avoir
oublie'.

C HAPITRE VIII.
M. De/Zttrtes vient à Paris , oz) il perd la prémiére année
danslozſivete'. 1l fait amitie' avec M Mydorge , Ô il la re
nom/elle avec le P. Merſhmie. Ilſh retire de: compagnie: d'- ſê
rertfZ-rmo_pendant doux dm pour ſi* remettre à l'étude de la Phi
loſophie , d» de: Mathématiques. Il oſi découvert par rm ami
;Gt/max , qui le fait rentrer dans le monde.
I MR Deſcartes aſſa l'hiver de la fin de 1612. 8c du com

mencement e i613. dans la Ville de Rennes , à re


voir ſa famille , a monter à cheval ,a faire des armes , 8c
aux autres éxereices convenables a ſa condition. On peut'
juger par ſon petitTraité de Eſcrime , s'il y perdit entié
rement ſon têms. Son Pére ,. qui avoit déja fait prendre le
parti de la Robe à ſon aîné,ſembloit le deſtiner au- ſervice
du Roy &t de l'Etat dans les armées. Mais ſon peu d'âge 8c
la foibleſſe de ſa complexion ne lui permettoient pas de l'ex
poſer ſi—tôtaux travaux de la guerre. Il crut qu'il ſeroit bon
de lui faire voi-r le grand monde auparavant.. C'eſt ce qui le
fit réſoudre a l’envoier a Paris vers le* rintems. Mais il ſit*
peut-être une faute de lÎabandonner a apropre conduite ,
E ij ſims.
36 LA VlE DE M. DESCARTES.
ſans lui donner d'autre Gouverneur qu’un Valet de cham_
1613.
bre , ni d'autres Inſpecteurs ue des Laquais. Il ſe repoſoit
avec trop de ſécurité ſur la ageſſe d'un jeune homme de
dix-ſept ans , qui n'avoit encore acquis aucune expérience
dans le monde ñ, 8c qui avoit trop peu de ſecours , n'aiant
udp… que ſes propres forces pour réſiſter aux occaſions de ſe per
dre. '~ -
j ll en eut aſſez pour ſe garantir des grandes débauches ,
8c pour ne pas tomberdans- les déſordres de Pintempéran..
ce z mais il ne ſe trouva point à l'épreuve des compagnies
qui Pentrainérent aux promenades , au jeu, Cx' aux autres di
vertiſſemens qui paſſent dans le monde pour indifférens, &c
qui font l'occupation des Perſonnes de qualité 8C des hon..
nêtes gens du ſiécle. Ce qui contribuaà le rendre plus par
ticuliérement attaché au jeu , fut le ſuccés avec lequel il y
réüffiſſoit , ſur tout dans ceux qui dépendoient plûtôt de Pin
duſtrie- queffldu hazard, *~ - ~~ -
Mais ce qu'il fit de moins-inutile pendant tout ce têms
d’oiſiveté fut la connoiſſancequïl renouvella avec pluſieurs
Perſonnes qu-'il avoit vuës à la Fléche ,Sc l'amitié u-'il conñ
tracta avec quelques gens de mérite qui ſzrvirent a le faire
un peurevenir de ce' grandv éloignement ou il étoit de l'é.
rude ê( des livres, - z ñç_ W - l —
Le plus important de ces-nouveaux amis , étoit le _célébre
M. Mydorge , qui avoitſuccédé à M. Viéte dans la réputañ
tion d'être le préùnier Mathématicien de France en ſon
têms. Ilsappelloit Claude , 8c il étoit fils de jean Mydorge
Seigneur de la Maillarde Conſeiller-au Parlement, l'un des
meilleursjuges de la Grand-Chambre , &t de Madelaine de
Lamoignon , ſoeur de Chrêtien de Lamoignon Préſident au
Mortier R' tante de M. de Bullion Surintendant des Finan—
ces. Il étoit plus âgé que M. Deſcartes de prés d'onze ans,
étant né l'an 1585. Il ſe maria dans le têms que M. Deſcar-~
tes commençoità le connoîrre , 8c il épouſa Mademoiſelle
dela Haye , fille d'un Auditeur des Com tes , ſoeur de
M. ladeHaye
de la Hajyéſuite.
e Ambaſſadeura Conſtantino
Il fut d'abord Conſeil ere au
, 8cChâtelet:
du Pére

mais au lieu de paſſer au Parlement, ou de ſe faire Maître


des Requêtes comme les autres , il chercha un état qui pût
luy
LIVRELCHAPITRE. VIII. 37 '
luy laiſſer le têms_ de vacquer à ſon aiſe
, ſ aux. Mathématiques.
ſ _ I 6 i4..
Etil ſe fit Tréſorier de France en la Gcneralite d'Amiens , ſeu- l 6 l 5-.
lement our avoir un titre , ayant du bien d'ailleurs trés-con- ___————
ſidérab ement. M. Deſcartes trouva dans ce nouvel ami je
ne ſçai uoi , qui luy revenoit extrémement , ſoit pour l'hu_
meur , (ſoit our le caractére d'eſprit. Ce qui les unit ſiétroi_
tement en emble , qu'il n'y eut que la mort de M . Mydorge.
qui pût interrompre le commerce de leur amitié. -
_ Ce fut auffi vers ce même tems qu'il retrouva à Paris Ma
rin Merſenne, mais dans un extérieur fort différent de Celuy
ſous le uel il l'avoir connu à la Fléche. Merſenne au ſortir
des écdles de Sorbonne étoit entré chez les Minimes, dont il
avoit reçu l'habit le dix-ſeptième dejuillet de l'an 16H. dans
le Couvent de Nigeon prés de Paris , 8c avoit fait profeſ
ſion un an aprés dans un Couvent de Brie prés de Meaux.
De la il étoit venu demeurer à Paris , où il fut ordonné Prê
tre ſix ,mois aprés que M. D-eſcartes fiit arrivé en cette Vil
le. Le renouvellement de cette connoiſſance fut d'autant
plus agréable au Pére Merſenne, que M . Deſcartesſe trou
voit moins éloigné de ſa portée , que quand il l'avoir vû petit
garçon dans le Collége. D'un autre côté la rencontre fut
utile 8c avantageuſe à M. Deſcartes , puiſqu'elle ne contri_
bua pas peu à le détacher des habitudes qu'il avoit au jeu
8c aux autres paſſe-tems inutiles, par les viſites mutuelles qu’ils
ſe rendirent,
_Ils commençoient â goûter les douceurs de leurs innocen..
tes habitudes , 8c à Neutre-ſoulager dans la recherche de la
vérité , lorſqu'il vintau P. Merſenne vers la Touſſaints ou la
Saint-Martin de l'an,.1.6i4.. une obédience de la part de ſon
Provincial, pour aller demeurer à Nevers. C'étoit pour y
enſeigner la Philoſophie aux jeunes Religieux de ſon Ordre,
8c il fallut partir vers l'Avent , afin de -ſe trouver e_n état de
commençer les leçons en i615.
,Cette _ſéparation toucha M. Deſcartes aſſez vivement.
Mais au lieu de luy donner la penſée de retourner à ſes di
vertiſſcmens 8C à ſon oiſivcté , elle le fit encore mieux ren
trer en luy-même, que la préſence de ſon vertueux ami, 8c
luy inſpira la réſolution de ſe retirer du grand monde, &de
,renoncer même _à ſes compagnies ordi-naires, pour ſe remet,
\ſe
38 LA VIB DE M. DESCARTES.
1614-. tre à l'étude u’il avoit abandonnée. Il choiſit le lieu de ſa'
retraite dans e fauxbourg Saint-Germain , où il loüa une
mai-ſon écartée du bruit, 8c s'y renferma avec un ou deux
Relax. MS.
dc M. Porlier. domeſtiques ſeulement , ſans en avertir ſes amis, ni ſes pa
ICÏIS. -
On commençoit alors ~la tenue' des Etats du Royaume aſí
ſemblez a Pari-s , dontfouverture s’étoit faite ſurla ſin d'0..
ctobre i614. par ,un jeûne public de trois jours, 8c par une
proceſſion générale depuis l'Egliſe des Auguſtins juſqu'à
N ôtre—Dame, où le Ro 8c la Reine-mére aſiiſterent avec
toute la Cour. Maisfeclat de cette auguſte Aſſemblée qui
attiroit tous les curieux , 8c qui les ſàiſoit venir des Provin
ces les plus reculées , ne fit point ſortir nôtre nouveau Re_
clus de ſa retraite. Il y demeura le reſte de cette année ,Sc
i615. les deux ſuivantes i615. 8c i616.. preſque entiéres_ ſans ſortir
i616. pour la. promenade, ſans voir même im ami, a l'exception
peut-être de M . Mydorge ,, 8c de -uelque autre Mathémati
cien. Etant ainſi rentré dans le gout de l'etude, il s'~enfonça
dans celle des Mathematiq-uegauſ uelles il voulut donner
tout ce grand loiſir qu’il venoit de ?e procurer, 8( i-l cultiva
particulierement la Géométrie &l'Analyſe des Anciens qu’il
avoit deja recherchée des le College..
Ceux de ſes amis qui ne ſervoient qu'aux paſſe-tems 8C
aux parties de divertiſſement , scnnuyerent bien-tôt de ne
le plus revoir. I-ls le crurent d'abord retourné en Bretagne
chez ſon Pere, 8c ſe contenterent de blâmer Pincivilite qu”.
ils luy imputoient de n'avoir pas pris congé d'eux ,4 8c de leur*
avoir fait un ſecret de ce qu’il devoir leur communiquer.
Mais ayant a ris u’il n'etoit point en Bretagne ,et vo ant
qu'il ne paroigbit a aucun bal ni à aucune aſſemblée:- is l'e
crurent entiérement erdu- pour eux ,_ apres la vaine eſpe
rance qu'ils avoient eue' au moins ,, de le retrouver à laCour,
ou_ au voyage de Guienne , au tems des mariages du- Roy
Loülſis XIII. avec lîlnfante d'Eſpagne ,Sc de Madame de
France ſoeur du Roy avec Philippes IV. fils du Roy d'Eſpa
gne. .
M. Deſcartes. avoit eula prudence au commençemient'di'.r
ſa retraite, de ſe precautionner contre les hazards de laren
contre , pour ne pas tomber entre. les mains de ces Amilî 'fâ
c eux
LIVRBI. CHAi-!TRÉ VIII. 39
cheux qu’il vouloir éviter toutes les fois qu’il étoit oblige' de 1616.
ſortir pour ſes beſoins. La choſe ne luy réüffit point mal pen ~

dant l’eſpace de deux années. Mais il ſe repoſiz dans la ſui


te avec un peu trop d'aſſurance ſur le bonheur de ſa ſolitu
de, ZC ne veillant p us ſurfa route 8c ſes détours avec la mê Rél. de Poil.
me précaution qu'auparavant , lorſqu'il alloit dans les ruës , Re.
il fut rencontré par un de ſes anciens amis qui ne voulut
pas le quitter qu'il ne luy eût découvert ſa demeure. Il en
coûta la liberté , pour ne rien dire de plus, à M. Deſcartes.
L'ami fit ſi bien par ſes viſites réïtérées, 8c ar les imp0rtu—
nitez , qu'il vint à bout de troubler prémierement ſa retrai
te 8è ſon repos , 8c de le déterrer en ſuite tout de bon de
ſa chére ſolitude pour lc remener dans le monde, 8e le re
plonger dans les occaſions de divertiſſement comme aupara
vant.
Mais il s’apperçut bientôt qu’il avoit changé de goût pour
les plaiſirs. Les jeux 8c les promenades “n'avoient plus pour
luy les mêmes attraits qu'auparavant: 8c les enchantemens
des voluptez ne purent a ir en luy que trés-foiblement
contre les charmes de la P iloſophie 8c des Mathématiques,
dont ces amis de_ joie ne purent le délivrer. Ils luy firent paſ I617.
ſer les fêtes de Noël, 8c le commencement de l'année ſui
vante 'uſqtſaux jours gras, le moins triſtement qu'il leur fiit
poffib e. Mais ils ne(purent luy faire ſentir d'autres douceurs
que celles dela Mu ique, aux concerts de laquelle il ne pou_
voit être inſenſible avec la connoiſſance qu’i avoit des Ma,
thématiques.

CHAPITRE IX.
M Dieſe-erre; quitte la France, Ô- 'v4 aux Paſs-barſéwirſhas
le Prime Àſdüriæ. Par quel motifilſh reſolu à porter le: 4rd
mer. Il fait connai/hace avec Béezkma” qui det/tem' ſon ami o*
ſon carre/ſeem”.

l E Royaume étoit alors diviſé par les partis formel en_


tre les Princes , 8c quelques Seigneurs, d'une part: &t
ceux qui avoient l'adminiſtration des affaires, de l'autre: 8c
~ -lc
4c LA VxEDE M. DESCARTES. i _

1617. le repos public étoit troublé par une guerre civile qui paf'.
..—__ ſoit pour la troiſiéme de cette eſpéce depuis la mort du Roy
Henry IV. M. Deſcartes qui ſe voyoitâ é de 2.1. ans,
crut qu’il étoit tems de ſonger à ſe mettre ans le ſervice'.
Les im ortuns de ſon ^ e 8c. de ſa qualité Pavoientmis hors
d'état e rentrer dans a retraite, ou d'en pouvoir profiter;
C'eſt cequi le fit réſoudre a ſortir de la Ville , aprés en avoir
eu la permiſſion de ſon Pére. Son devoir joint à ſon inclina.;
tion le portoit à vouloir prendre parti dans les troupes du
Roy-. maisil fallut rendre quelques meſures pour ne point
paroître partiſan u Maréchal' d’Ancre , dont la domina_
tion étoit devenuë odieuſe aux meilleurs ſerviteurs du Roy,
Le prétexte de cette domination inſupportable tenoit le Duc
de Nevers , le Duc de Vendôme , le D-uc de Mayenne, le
Maréchal de Boüillon éloignez de la Cour, 8c dans une elÎ~
-péce de rebellion contre l' tat. D~e ſorte qu'iln'étoit ni 0-,
rieux, ni honnête de ſervir dans leurs armées. F] ſongeoit onc
à ſe mettre dans les armées du Roy ſous- le Duc de Guiſe,
-ou- le Comte d'Auvergne ,. lorſque l'envie de voir les Pays
étrangers luy inſ ira le' deſſein d'aller ſervi-r parmi des Peu_
ples qui fiiſſent a liez du RoyſEn quoi il &propoſa-l'exemple
de pluſieurs jeunes Gentils-hommes de la Nobleſſe Fran oi_
ſe , qui allaient alors apprendre le métier' de la-Guerre ſous
le Prince Maurice de Naſſau en Hollande: '
Il préparoit ſon équipage ., lorſqu'il apprit la mort du Ma-ññ_
récital d’Ancre qui fin: tue au Louvre le Lundy 2.4.'. d'A',
vril par les Gens de M- de Vitry Ca itaine des Gardes du
Corps., Cét accident ſuivi du rap* e des Mécontens âñ la
Cour ,changea la face des affaires ans_ l'Etat z mais il ne ſit'
point changer de* réſolution à M. Deſcartes. Il partit' pour'
es País-bas vers le commençement du mois de May ,Sc il,
alla droit au Brabant HoHandois ſe mettre dans les troupes*
du Prince Maurice en qualite' de Volontaire, -
Il eſt vray que lesProvinces unies joüiiſoient' alors du re
pos que leur avoit procuré la tréve concluë le neuvième d'A-
vril de l'an 1609. avec les Eſpagnols pour l'eſpace de douze.
ans. Mais on' ne -slapperçevoit preſque pas de l'a ſuſpenſion
&larmes parmi les troupes l-Iollandoiiesÿ que le-Prince Mau.;
rice_ avoitſoin, de tenitten haleine par des exercices conti
tinuels.
LrvnE I.- CHAPITRE IX. ñ~4r
tinuëls. L’armée étoit répanduë dans les places frontières, 8c I617.
particuliérement dans le territoire 8c la ville de Bréda, qui
étoit conſidérée comme un bien Propre à la Maiſon de N aſ
ſau , quoi qu’elle fût incorporée à la République des Provin
ces. Le Prince Maurice âge pour lors de cinquante ans étoit
reconnu par toute l'Europe pour un grand Capitaine. Il é'.
toit prudent , vaillant, 8c infatigable au travail. On ne luy
donnoit point d'égal dans Parc d’allie'ger, ou de ſecourir une
Place; de fortifier un camp; de ſurprendre l'ennemi ;d’ob_
ſerver la diſcipline parmi les troupes. Mais ſur touril Poſſe'
doit bien les Mathématiquesz aimoit les Mathématiciensôc
les Ingénieurs 3 entendoit parfaitement les Fortificationsz 8c
avoit déja inventé pluſieurs machines , pour paſſer les rivié
res 8c aíſiéger les villes.
Il le peut faire que ces derniéres Lialitez aient attiré par..
ticuliérement M.Deſcartes auprés ece Prince. Mais il faut
avoüer queſon deſſein n’étoit pas de devenir grand Guer
rier àſon école , quoy qu’il eût cherché cette occaſion pour
apprendre le métier de la guerre tous luy. En ſe déterminant
a porter les armes, il prit la réſolution de ne ſe rencontrer
nulle part comme acteur ,mais de ſe trouver par tout comme
ſ ectateur des rôles ui ſe joüent dans toutes ſortes d'Etats
\lit le grand theatre e ce monde. Il ne s‘étoit fait ſoldat que
pour etudier les mœurs différentes des hommes plus au na Lipſiorp;
turel: 8c pour tâcher de ſe mettre à Fépreuve de tous les ac_ Tépcl.
cidens de la vie. Afin de n’être gêné par aucune force ſupé
rieure,il renonça d'abord à toute charge , 8c s’entretint toûñ .
jours à ſes dépens. Mais pour garder la forme , il fallut rece— .
voir au moins une fois la paye : comme nous voyons ue les
Pélerins aiſez 8c accommodez d’ailleurs ſe croyent o ligez
en partant pour leur pélerinage, de demander au moins une
fois Paumône , pour ne pas laiſſer périr la vcoûtume qui veut
Borel. comp.
que l’on prenne la poſture de ſuppliant 8c de mendiant. Il eut vit. Cart.
la curioſité de conſerver cette ſolde pendant toute ſa vie
comme un témoignage de ſa milice. _ ’î
' Iltémoigne qu’il aimoit véritablement la guerre à cét âge: Tom. I.. de
mais il prétend que cette inclination n’étoit que Péffet d'une ſes Le”. p.
chaleur de foye, qui s'étant appaiſée dans la. ſuite des tems , 43j. Let. 96.
aſait tomberauſſi cette inclinaçion. .Commeelle n’étoit que
F de
4:. LAVIE DE NLDESCARTES.
16,17. de tempérament , 8c d'un tempérament un peu déréglé,
elle ne s'eſt pas tournée en eſtime pour la profeſſion des
armes , lorſqu'il avoit occaſion de s'expliquer ſur ce qu'il en
penſoit. C'eſt ce qu'il a fait connoître à l'un de ſes amis en
Pag. S60. ,, ces termes. .. Bienque la coutume , ditñll, 8c l'exemple faſ.
Ltttr. U8.
tom. 1.. " ſent eſtimer le métier de la guerre comme le lus noble de
Il
tous : pour moy , qui le conſidéré en Philoſbphegc ne l'é..
ï)
ſtime qu’autant qu'il vaut ., 8c même j'ay bien de la peine à
luy donner place entre les Profeſiions honorables .-, voyant
que Poiſivete ê( le libertinage ſont les deux principaux_ mo..
l!! tifs quiy portent aujourd'huy la plûpart des hommes.
Il parloir de la forte ſur l'expérience qu'il avoit des autres,
Car pour luy il ſe montra toûjoursſgranrl adverſaire de l'oi
Borel. comp.
ſiveté 8c du libertinage , ſoit dans es occupations militaires
vit. Cart. auſ uelles il apportoit toute Paſiiduité du plus ardent des
Solcats , ſoit dans le loiſir que luy laiſſojent ſes fonctions,
ê( qu'il emploioit à l'étude , lorſque les autres le donnoient
â la débauche. Sur les reuves qu'il a données en quelques
rencontres imprévu-ès e ſon courage 8c de ſa conduite, on
croira ſims ine les Auteurs qui prétendent que ſon épée
Liz-a acquis aré _ -jdeBrave, quoy qu'il lfaſglrâtſëll
ment
11cl, qui acectee ont.M. ais
avancegque on ne croira
Deſcartes jamais par
s'eſt trouve' e deux
leur fois
o.
Ibid. png. 4.
initio.. au ſiege de Bréda, lorſqu'on ſçaura qu'il n'a été que deux
ans en Hollande pour cette fois , 8c que la ville de Bréda n'a
ſimffert aucun ſiégé pendant cét intervalle Où l'on jouïſſoit
encone cle la tréve. Depuis l'an i590. que cette Ville avoit
été priſe par le Prince Maurice , elle demeura ſous la puiſſan..
ce des Etats juſqu'en L615. que le Marquis de Spinola Iaremit
!bus la domination Eſpagnole aprés un ſiégé de prés de dix
mois : 8c elle ne fut repriſe par es Hollandois que l'an 1637.
Cette ville étoit donc dans un repos entier ſous le gou
vernement du Prince Maurice pendant les deux années que
M. Deſcartes porta les armes en Hollande, &cette tranquil.
lité donnoit lieu aux curieux d'y venir vpour voir la Cour du
Prince , &c les ouvrages des Mathématiciens 8c des Ingé_
nieurs qui travailloient ſous luy. Ce fut aide ſemblables ren
contres que M. Deſcartes ſe trouva redevable de la cOnnoiſI
ſance 8c de l'amitié du Sieur Iſaac Récré/nn”. ce: homme verſé
dans
LivnE I. CHAPXTREIX. 43
dans la Philoſophie 8c .les Mathématiques , étoit Recteur ou 1.6 IV'.
Principal du Collége dela ville de Dort , 8c profitant du voi
ſinage de Bréda qui n'en eſt qu'à cinq lieuës , il ſe trouvoit
aſſezſouventa la Cour du Prince Maurice , 8c venoit voir
particuliéremcnt M. Aleaume ſon Mathématicien , &les au
tres Ingénieurs. j C'eſt jacques
Aleaumc ui
Béecxman étoit actuellement dans laville de Bréda, lorſqu' a tant pro ré
un Inconnu ſit afficher par les ruës unProbléme de Mathé des ouvrages
matique pour le propoſer aux Sçavans , &c en demander la ſo~ de Viétc 6c
qui mourut
lution. Le Probléme étoit conçeu en Flamand, de ſorte que cu 162.8.
M. Deſcartes , qui étant nouvellement venu de France Lipſtorp. de
n'entendoit pas encore la langue du Pays , ſe' oontentoit Reg. mot.
d'abord d'apprendre que C'étoit un Probléme propoſé ar un P33' 7‘* 77-'.
Mathémacicien qu'on ne nommoit pas , mais qui ſe attoit
de ſe faire connoître glorieuſement par céc endroit. Voyant
le concours des Paſſans qui s’arrêtoient devant l'affiche, il
pria le premier qui ſe trouva auprés de luy de vouloir luy
dire en Latin ou en François la ſubſtance de ce qu'elle con
tenoit. Uhommeâ qui le hazard le fit adreſſer voulut bien
luy donner cette ſatisfaction en Latin: mais ce fut à condi
tion qu'il s’obli eroit àluy donner de ſon côté la ſolution du
Probléme qu’i jugeoit en luy-même trés—difficile. M. Deſ
cartes accepta la condition d'un air ſiréiolu , que cét homme
qui n’attendoit rien de ſemblable d'un jeune cadet de l'ar
mée , luy donna ſon nom par écrit aveclelieu de ſademeu re,
afin qu'il pût luy porter la ſolution du Probléme, quand il
l'auroit trouvée. M. Deſcartes connut par ſon billet qu'il
s’appelloitBéeci<man: 8c il ne fut pas lûtôt retourné chez
luv, que s'étant mis a examiner le Pro léme ſurles régles de
ſa Methode comme avec une pierre de touche ,il en trou
va la ſolution avec autant de facilite' 8c de promptituie que
Viéte en avoit apporté autrefois pour reſoudre en moins de
trois heures le fameux Probléme qu'Adrien Romain avoit
propoſé a tous les Mathématiciens de la Terre. Deſcartes Thuan. Hifi.
in Viét. ad
pour ne point manquer a ſa parole alla dés le lendemain ann. iïoz.
chez Béexcman , luy porm la ſolution du Probléme, 8c s'offrir Lipſtorp. u(
ſupra p. 77.
même de luy en _donner la conſtruction s'il le ſouhaitoit.
Béecxman parut fort ſurpris: mais ſon étonnement augmenta
tout autrement, lorſqubyant ouvert une longue converſa
c — F ij tion
44. LA ViE DB'M.DE$CA1LTE$.
I617. tion pour ſonder l'eſprit 8c la capacite' du jeune homme , il
le trouva plus habile que luy dans des ſciences dont il faiſoit
(on étude depuis' pluſieurs années. Son entretien luy fit ſen..
tir qu’il étoit encore toute autre choſe que ce que la ſolu—‘
tion du Probléme de Plnconnu luy avoit fait paroître. Il
luy demanda ſon amitié , luy offrit la ſienne , &le pria de con
ſentir qu'ils entretinſſent un commerce mutuel d’e’tude ê(
de lettres pour le reſte de leur vie. M . Deſcartes répondit
â ces honnêtetez par tous les effets d'une amitie' ſincere : 8C
pour luy donner des marques de la confiance qu’il avoit en_
luy ,il conſentit avec plaiſir qu’il fût ſon correſpondant pour'
la Hollande, comme i l'avoir ſouhaité. Leurs relations du-—,
Tom. z. dc rérentjuſqwen i636. ou 1637. deſt-â-dire juſqu’à la mortde
\ès LcLpJsï-ñ Izléecxman. Il eſt vray que leur amitié ſouffrit une lé ére
39;
Tom. I.. p. i7.
interruption uel ues années aprés que M . Deſcartes e fût
il. 8c ſcqq. 6c établi
de peu en Ho lan, 8ce leenSieur
de durée qualité de Philoſophe:
Béecicman mais
qui l’avoit elle par
cauſée ſut l
png. ſ30. &c
un défaut de conduite , eut ſoin de la réparer. M. Deſcartes
Parnaſſ. Car. pratiqua encore des connoiſſances avec d’autres Mathéma- ’
ttfii MS.
ticiens des Provinces-Unies , 8c ſur tout avec un Iſaac de
Middelbourg qui luy ropoſa diverſes queſtions de Mathé
matiques ê( de Phy ique pendant ſon premier ſéjour en
Hollande. ~ ‘

CHAPITRE X.
.Il demeure en garni/bn durant lc: mozwcmen; que [c5 Arminiens
donnèrent
ſh” Traitédude Prince Maurice.
Muſique. Hi/ZoireIldeemplayc ſon loiſir
[et ouvſirtzgc. à compo/Er
È” que! ſêns il
#eſt pas le premier de ceux qu’il avait compoſez:
Omme M. Deſcartes étoit armi des troupes qui ſèm
- bloient ne devoir être em ïoyées que contre les Eſpa
gnols, il n’euc pas beaucoup e part aux mouvemens qui
le firent dans Ie fonds de la Hollande pendant ce temps
là , au ſujet des controverſes de Religion ſurvenuës entre les
Arminiens 8c les Gomariſtes. Les Arminiens S’ap avoient
des Etats des Provinces particulières de Hollande, deWeſh-
ſ '
Fri e,
LIVRELCHAPITREX. 45
Friſe , d'Utrecht , 8c d’Over—iſſel z de pluſieurs Ma iſtrats, 16r7.ſi
8e ſur tout de l'Avocat General Barneveldt , perſênnage
d'un mérite éclatant , qu'ils prétendoient faire paſſer pour
leur Chef 8c leur Protecteur. Les Gomariſtes avoient pour
eux , les _Etats Généraux , 'le Prince Maurice , la Nobleſſe,
les Gens de Guerre , 8c le petit Peu le. Trois mois avant
que M. Deſcartes fût arrive' en Ho] ande , il S'étoit élevé Le Dimanche
contre les Arminiens une émotion populaire, dont ñla fureur 19. de Févr.
1617.
les avoit obligez à prendre leurs ſuretez pendant tout le
cours de cette année. Par une délibération du quatrième
jour d'Août , ils levérent des ſoldats en pluſieurs endroits
des Provinces. Ces ſoldats furent appellez Ateenddm .- 8c pour
faire connoître les intentions de ceux qui vouloient s'en ſerñ'
_ vir ,ils ne portoient ni les livrées du Prince d'Orange ſur
leurs habits , ni ſes armes ſur leurs enſeignes. Cette entrepri
a obligea le Prince Maurice , qui étoit devenu Prince d’O_Y
range , par la mort de ſon frére , arrivée le 2.0. de Février
de 'an 1618. d'aller avec des troupes , de ville en ville,
dans les Provinces, pour remédier àces déſordres. 1618.
M. Deſcartes n'était pas tellement aſſujetti au ſéjour de
Breda, qu’il ne pût en ualité de Volontaire ſuivre ce Prin—
ce dans toutes ces cour es. Mais il aima mieux reſter avec
la garniſon , ſoit qu’il conſidérât ces troubles comme une.
guerre civile , incapable de lui faire honneur: ſoit qu’il ne
crût pas que ce fût une choſe honnête pour lui de ſe méler
dans la paflîon de ce Prince contre. Barneveldt, ſur tout lors
qu'il ne s’agiſſoit que des différens d'une Religion , aux par
tis de laquelle il n’avoit point d'interêt. Il n'abuſa point de
ſon loiſir , lnais il l'emploie. à compoſer divers Ecrits pen_
dant l'abſence du Prince d'Orange. Le plus connu de ces
Ecrits
ſſar le ,moien
8c le ſeul
de ladepreſſe
ces têms-la
, eſt ſon, qui ſoit venu
Traitté de 1.1 juſqu'a nous
Muſique. Il
Ïefit en Latin ſuivant l'habitude qu'il avoit de concevoir 8c
d'écrire en cette langue , ce qui lui venoit dans la penſée;
Il n'y travailla pourtant qu'aux inſtances ſollicitations de
l'un de ſes amis qui ſe trouvoit alors à Breda. Il ne nous a
point fait connoitre cét ami, mais nous ſçavons Cque pour
donner au ſieur Béecxman , Principal du Collége e Dort,
des preuves de l'amitié qu'il avoit contractée avec lui l'an
F née
46 LA Viis DE M. DESCARTES.
i 61-8. née précédente , il voulut bien lui communiquer ce petit
Traitté , d'autant plus volontiers, que Béecxman témoignoit
Lipſtorp. de avoir une inclination particulière pour la Muſique. Il ne le
Regal. Mot. lui confia néanmoins qu'à condition qu'il ne le feroit voir à
erſonne , dans la crainte u’il ne devinſt public , ou par
lîimpreſſion , ou par la mu tiplication des copies. Dieu ne
permit pas qu’il eût cette ſatisfaction. [Ses ennemis en aiant
je ne ſçai comment recouvré une copie aſſez défectueuſe
pluſieurs années aprés, 8c ſçachant quelle étoit ſon in uié..
rude 8c ſa délicateſſe ſur ce point , voulurent lui cauſer le
déplaiſir de le faire imprimer tel qu'ils l'avoient , afin de ſe
vanger de lui, de la maniere du monde la plus mortifiante
que l'on puiſſe imaginer pour un Auteur. Mais loin de trou-
ver matiere de triomphe dans une conduite ſi lâche 8c ſi ins.
digne , ils s'en firent un nouveau ſujet de mortification pour
eux, 8c travaillérentcontre leur intention à la gloire de leur
Adverſaire, 8c a leur propre confuſion, Car il eſt arrivé'
ue la publication de ce Traitté, qu'ils n'oſérent expoſer de
?on vivant , loin de déshonner ſa- mémoire parmi les Mathé
maticiens, lui attira l'admiration de tous ceux qui ont ſçeu'
ue cîétoit l'ouvrage d'un jeune homme. A dire vray ,A cette*
derniére conſidération à. beaucoup ſervi à rehauſſer encore'
le prix de l'ouvrage , puis qu'il n'avoir alors que xx”. ans,
Item tom. a.. comme il -aroît ar a datte du dernier jour de l'an i618
des Lem. p. qu'il a miſé à la En de ſon original Latin , que nous avons'
;zz ecrit de ſa main. Quelques Auteurs ont écrit qu'il n'avoir pour'
Borel. Bic. lors que xx. ans : mais c'eſt faute d'avoir ſçeu cette circon
ſtance ñ, ou s’ils l'ont ſçeuë , ils ont crû que le nombre rond
favoriſoit encore plus le deſſein u’ils ont eu de nous faire
admirer cette merveille. Un Mat ématicien ,déja ſur l'âge
&conſommé dans ces ſortes d'études , sïmaginant que M.
Deſcartes avoit renoncé a cét ouvrage, 'uſqu’a laiſſer périr
ſon Original , voulut profiter de ſon ab ence , pour s'en fii—
re honneur. Pendant que l'Auteur étoit en voiages ou à Pa.
Tom. 1.. des ris, cét honnête Plagiaire montroit en Hollande une co..
LCR”. 397. pie du Traitté écrite de ſa main ,pour inſinuer a tout le mon
de qu’il en étoit l'Auteur : 8c i en écrivoit par tout avec
oſtentation , comme ſi deût été un bien qui lui fut propre.
Le Plagiaire iſaiant pas eu aſſez d'adreſſe pour periuadeſr
a
LIVRE l. CHAPITRE IX. '47
ſa ſuppoſition au Public, prit le parti de recormoître en i618.
ſuite que l'ouvrage étoit du jeune Deſcartes , mais il tâcha
de ſaire croire qu'il avoit à ce Traitté la part qu'un Maître
peut avoir à l'ouvrage d'un Ecolier qui travaille ſous ſa di
ſection. M. Deſcartes ſe crût oblige' de rabattre ſa vanité , de
lui faire ſentir le tort qu'il avoit eu de ramaſſer à ſon profit
un ouvrage qu’il avoit bien voulu laiſſer tomber , 8c de lui Tom. z. des
apprendre combien il étoit peu honnête de vouloir ac ué Lem'. p. 56.
8c png. 60.
rir de 'la réputation au préjudice de la vérité. Mais il e Fâñ
cheux pour la mémoire du ſieur Béecxman que nous ne puiſ
lions pas ſoupçonner un autre que lui , d’un fait ſi odieux.
Il Faloit être déſintéreſſé EC généreux comme M. Deſcartes
pourÏaſièr ce trait däingratituæle â un homme qui avoit ap
pris e lui ce qu’il S’e'toit vanté de lui avoir enſeigné , 8c
.pour lui rendre ſon amitié comme auparavant.
Tant ue M. Deſcartes à vécu , il n'a jamais pû conſen
tir au dé ir de ceux qui demandoient la publication du pe ll en avoit rc
tit Traitté. Il ne le regardoit que comme un morceau bru ïiré l'original
,des mains de
ce , ô( comme le plus imparfait de tous les Abrégez de la Béccxman
Muſique. Mais on n’eut pas plûtôt apris les .nouvelles de ſur la lin de
.l'an 162.9.
ſa mort , qu'on le fit mettre ſous la preſſe à Utrecht , 8c mais BÉOCK
quelques années aprés à Amſterdam. On le traduiſic mè man en avoit
me en Anglois , 8c on Pimprima à Londres , trois ans aprés déjalaiflépiê
rlrcdcs topics.
ſa mort. Les Etrangers n'ont pas été les ſeuls qui aient fait
paroître de la curioſité pour cét Ouvrage. 'Le Pére Poiſſon
de POratOire , a jugé à propos de l_e communiquer à ceux
de nôtre Païs. Ceſt dans cette vuë qu’il l'a traduit en nô
tre Langue , 8c qu’il l’a fait imprimer à Paris , l'année d' -
:prés la tranſlation des os de M. Deſcartes en France. Cet
re édition eſt accompagnée de quel ues éclairciſſemens
Phyſiques , que le meme Pére avoit its en Latin , pour
.ſervir à l'original de l'Auteur.
Si c'eſt le bénéfice de ?Imprimer-ic qui acquiert la quali
lité d’Auteur à un Ecrivain , ce n'eſt pas au Traitté de la
Muſique que M. Deſiartes eſt redevable de cette qualité.
Malgré l'excellence de cét ouvra e .; 8c la grande jeuneflè
de ſon Auteur l, on peut ſans conÿéquenœ avouer qu’il n’eſt
parmi ſes Ecrits , ni le premier en mérite , ni le premier en
rang, ſoit pour le têms de Pimpreflion, ſoit pour celui de
la
4.8 LA VIE DE M. DEscARTES.
i618. 'la com oſition. Dans cette ſuppoſition l’on a prétendu nous
perſuaç er qu’il avoit déja compoſé d'autres' piéces plus ache_
vézs , 8c plus ropres encore a nous ſaire ju er de la gran_
vdeur de ſon elgrit 8c de ſon ſçavoir dans un age ſi peu avan
ce'. Mais jſapprehende que cette opinion n'ait pas d'autre
fondement que Pautorite du Traducteur François du trait_
té de la Muſique , ui ſait parler M. Deſcartes, comme S’il
eût voulût ſaire paäer ce Traitté pour un tronc infirme , au_
prés de quelques autres piéce; plu: achevée!, u’il auroit com_
poſées auparavant. Sans bleſſer le reſpect û au mérite du
Traducteur , on peut douter s’il a exprimé préciſément
la penſée de ſon Auteur. Les termes auſquels M. Deſcartes
s'en eſt explique' ſur la fin du Traitté , ſemblent devoir nous
perſuader que ces piéce: prétenduës ne ſont autre choſe que
ce qui ſe peut trouver de bon dans le Traitté de la Muſique
par rapportà ce qu’il y voioit de déſectieux. *je ſouffre vo_
Ontiers, dit-il à l’ami qui lui avoit faire cét ouvrage , que
cette production imparſaite de mon eſprit aille juſqua
vous , pour vous faire ſouvenir de nôtre amitié , 8C pour
étre un gage aſſuré de Paffection ſincere que jîti pour vous,
Ceſt à condition, s'il vous plaît, que vous le tien-tirez enſe
veli dans le finds de vôtre cabinet , afin de ne le point expo
ſer aux jugemens des autres , qui our trouver matière a la
cenſure, pourroient bien ne s’arrcter que ſur le: endroit; dé
l' fèëïactæx de la piéce , /àní vouloir jets” le yeux ſi” ceux où fd”
rai; peut être-gravé de; trait: plus vzfi de mon cÏſpriLje ſuis per_
ſuadé que vous n’en ufèrez pas de la ſorte vous qui ſçavez
BI!! ue cét ouvra e n'eſt que pour vous , 8c que c'eſt vôtre con_
ideration ſeuFe qui me l'a fait brocher tu .nultuziirement
dans un cor S de arde, où règnent l'ignorance 8c la ſainéan
tiſe , 8c où lyon et? toujours diſtrait ar d'autres penſées , 8c
d’autres occupations que celles de a plume.
* Pâtior hunc ingenii mei partum ita inſormem 8c quaſi Urſæ fæium nuper edi
tum ad te cxi-.e, ut ſit familiatitatis noſiræ Mnemoſynon. Ge certiſlimum mei in
. le amoris monimenmm: luc tamen, ſi placer, conditionc ut perpetuó in ſcrinioxum
vel muſœi tui umbraculis deliteſccns aliorum judicia non pcrferanqui ſicut tc factu
tum milii polliceorſtb hujus uuncis partibus benevolos oculos non diverrcrent ad
illas in quibus nonnulla cettê ingenii mci lineamenta ad vivum expreſſe. non infi
cior, nec ſcirent hic inter ignorantiam milirarem ab liominc deſidioſo 8L libero
pcnituſquc divcrſa cogiuntc 6c agcmc tumultuoſé cui ſolius gratià eſſe compofitum …
Almgrapb. Ms de Muſic” mi fi”.
Ce
LIVRE I. CHAPITRE X.‘ 4.9
Ce témoignage n’empêchera peut-être pas les admira- I 6 I8.
teurs de la jeuneſſe de M . Deſcartes , de perſiſter dans *la —-—
créance qu'il avoit compoſé d'autres ouvrages avant ſon
Traitté de Muſique :mais au moins ſera-t-il ſuffiſant pour
leur ôter l'envie de plus alléguer M. Deſcartes pour leur
garant. On peut comprendre ſans admiration , qu'il aura
ſait beaucoup de ces ouvrages 'que l'on qualifie du nom de
cahiers ou de mémoires tels que chacun s'en dreſſe pour ſon
uſage particulier: mais il paroit que M. Deſcartes ne les a
jugez ni plus achevez , ni plus excellens lque celui de la
Muſique: puis que ni lui, ni ſes amis, ni es ennemis ne ſe
ſont pas ſouciez de les rendre publics.

CHAPITRE XI.
ctM. Deſcartes continue ſie s'exercer-î divers petits ouvrages ,pen
dant que les Etats des Provinces-Whites Ô le Prince d'orange
ſhut 'oreupeædu S node de Dardree/Ît , Ô du procés de Barne
veld: Epoque ag /än ſentimentfier l'Ame- des Bites. 11 quitte
le fi-rviee des Hollandais.
Endant que M. Deſcartes partageoit ſon têins entre ſes
éxercices militaires 8c ceux de la Philoſophie dans Bre
ua , le Prince d'Orange emploioit tout le ſien ,, aux mouve
mens que lui donnoient les Arminiens dans pluſieurs vil
les des Provinces—Unies. Il caſſa leurs ſoldats Atteudans z
chaſſa leurs Miniſtres 3 dépoſſéda les Ma iſtrats qui les fa_
voriſoient; 8c fit arrêter priſonniers a a Haye , l'Avo
cat_ Général Barneveld , Hoogerbets Penſionnaire de
Leyde , 8c Grotius Penſionnaire de Roterdam. Pour
pacifier les différens de Religion", 8c pour tâcher{de re
mettre Puniſormité dans la créance , l’on avoit convo
qué un Synode à Dort ou Dordrecht , dont l'ouverturer ſe
fit le Mardy i3. de Novembre I618. 8( la clôture le 9. de
May i619. Qioi qu'il pût être appellé Général ,. pour toute
la Religion Réformée , parce qu’ony fit venir les Députez
de tous les endroits où il y avoit des Calviniſtes (, hormis
de la~Francc , dont les Miniſtres n’eurent pas la liberté de
ſortir) ,les Etats Généraux ordonner-ent qu'il ne
G ſeroit . ,
;o LA ViE DE M. DESCARTES.
1 6 r 8. lifié que National, comme s'il eût été ropre 8c particu_
'.1 61 9-. liér aux ſeules Provinces-Unies. Les omariſtes , aſſiſtez
.————— de l'épée du Prince d'Orange y furent les plus ſorts , &c
déclarérent les Arminiens herétiques. Trois jours aprés l'on
fit le procés à M. de Barneveldt: 8c il eut la tête coupée ,
Le u. May.
âge' de 76. ans , malgré la haute interceffion du RoyTres
Chrétien en' ſaveur de ce grand homme , dont tout le cri
me étoit-d’avoir maintenu les loix du Païs , de n'avoir pas
M. du M…- voulu ſe rendre eſclave de l'ambition du Prince. d'Orange ,
:ier Mcm- de 8c d’avoir traverſé les projets que ce Prince avoit faits pour
n°1" ſe ſaiſir de la ſouveraineté.
Béecicman &î Deſcartes sïntéreffiérent ſi peu à toutes ces
actionsLepubliques
ſi teurs. prémier,, quoi
qu'ilsque
n'en ſurenttpas
Recteur même les
u Collége de ſpecta
la Vil_
le où ſe tenoit le Concile National , n’eût aucune part â.
cette aſſemblée, ſoit pour n’avoir pas été député, ſoit pour
n'être pas Théologien de proſeſiîon. Il ne fit rien de mieux
pendant cét intervalle que de cultiver ſes nouvelles habitu~
des avec ſon ami, en lui ro oſant des ueſtions de Mathé
matiques à réſoudre. M. e cartes n'en demeurer pas aux ré—
ponſes qu’il lui fit. Il compoſa encore divers petits ouvra
vra es qui auroient été d’excellens garants du bon emploi
de Fon têms , S'il leur avoit laiſſé voir le jour.
M. Chanut Ambaſſadeur de France en Suéde , 8c le Ba…
ron de Kroneberg commis par la Reine Chriſtine , pour
affiſter a l'Inventaire de ce u’il avoit laiſſéà ſa mort, trou
vérent parmi les Ecrits de acompoſition , un Re iſtre re
lié ô( couvert de Parchemin , contenant divers Ëragmens
de Piéces différentes auſquelles il paroît qu’il travailla pen
dant ce têms-là. C’étoit r. #riques conſidération:ſi” les Scien
ce; en général : 2. Qrelque c oſe de ffAlgébre: 3. (Huelques
enſées écrites ſous le titre Democratic: :4.. un recuëi d'Ob
ervations ſous le titre Experimental : 5. Un Traitté commen
é ſous celui de Pnczzmbula : Initium ſizpicntizc timor Domini :
n autre en forme de diſcours , intulé Oÿtmpica , qui n'é
toit que de douze pages , 8( qui contenoit à la marge , d'une
ancre plus récente , mais toujours de la même main de l’Au~
teur , une remarque qui donne encore aujourdhui de l'é
xercice aux curieux. Les termes auſquels cette remarque
droit
Lrvnn I. CHAPITRE XI. 51
étoit conçûë portoient , xr. Nwemlm 1620. ezepí írztelli e lſſI&
re ſundamentam .Irrventi mirabilis, dont M. Clerſelier ni es 161%
autres Cartéſiens n'ont encore pû nous donner l'explication.
Cette remarque ſe trouve vis a vis d'un texte qui ſemble nous
perſuader que cét Ecrit eſt poſtérieur aux autres qui ſont
dans le Regiſtre , 8c qu'il n'a été commençé qu'au mois de
Novembre de l'an i619. Ce texte porte ces termes Latins,
x. Nwemóri; 1619. cum 1716m!!fàrem Emboaſidſmo, Ô- mirabilis
ſiierztizefidndamema reperlrem du'.
Mais le principal de ces Fragmens , 8c le prémier de
ceux qui ſe trouvoient dans le Regiſtre étoit un Re
cueil de Conſidérations Mathématiques, ſous le titre delà” Poſt eomê
pend. vit.
mffiu , dont il ne reſtoit que trente ſix a es. Le ſieur Cartel'. png.
Borel a crû que c'étoit un livre compoſé 'an [U9, ſur 17.
une datte du prémier jour de )anvier,que M. Deſcartes avoit lly eſt parlé
de Pierre Ro
miſe à la tête du Regiſtre. Mais il ſe peut faire que la datte tcn, que M.
n’ait été que pour le Regiſtre en blanc, 8c qu'elle n'ait vou Deſcartes n**
lu dire autre choſe , ſinon que M . Deſcartes aura commen connu ue
l'année ui
gc' à uſer de ce Re iſtre le prémier de Janvier 1619, pour vante en Al
continuer de s'en ervir dans la ſuite des_ têms ſelon ſes vuës lemagne ,
mais dcſtpeul
8c ſa volonté. L'opinion du ſieur Borel n'en eſt pourtant étre une addi
pas moins probable , puiſque M. Chanut a remarqué dans tion poſtérieu
'Inventaire de M. Deſc. que tous les Ecrits renfermez dans re.
ï Cotté C
ce Regiſtre , a paroiſſent avoir été compoſez en ſa jeuneſſe. de Plnv.
Suppoſer que ces ouvrages de M. Deſcartes ſont de
l'an 1619, c'eſt donner à ſon ſentiment De l'Ame de: Ben-s
plus de vingt ans d'ancienneté au dela de l’Epoque , à la
quelle ſes Âdverſaires 8c quel ues Sçavans avec eux avoient
tâché de le fixer. (hand on çaura que c'eſt dans ces ou
vrages de ſa jeuneſſe que l'on a trouvé ce ſentiment, on
ceſſera peut-être de dire qu'il commença 8c finit ſes Mediter a
tiam ſans ſonger a l'Ame des Bêtes , 8c ſans avoir aban (C
donné l'opinion qu'il en avoit euë dés ſon enfance On ne ïc
croira plus que ce ne fut qu'en conſidérant les ſuites de ſon CC
principe touchant la diſtinction de la Subſtance qui penſe , (ï
8c de a Subſtance étenduë qu'il s'ap erçut que la connoiſ S(
ſance des Animaux renver oit toute œconomie de ſon ſy
ſtéme. On ne ſe- perſuadera plus que l'obligation de répon
-dre aux objections qu'on luy .a formées ſur (qe ſujet, luyfîît
ij 't
'-5'
-sz LA ViE DE M. DESCARTES.
1618. fait naître une penſée dont il n'a été redevable qu'à la 11L'
I6i9. berté de ſon eſprit. Illn'étoit encore dans aucune néceſlité
de ſoûtenir que les 'Bêtes n'ont point de ſentiment , puiſ
qu'il n'avoit pas le don de prévoir ce qui pourroit lui arriver'
v. la lcttr.
Ms. dſſläac vingt ans aprés. Il n'avoir pas-alors de rincipes à ſauver,
Bécckman au n'en aiant encore établi aucun pour la P iiloſophie nouvel..
P. Merſen le :au moins n'avoir-il encore lû à cét âge, ni ſaint Auguſtin,
ne en 163!
d'oil l’on juge ni Péreira de
ſentiment , nil'Amſſe
aucundes
Auteur de qui
BêteSJ Cinqil ou
auroit pû prendre
ſix ans le
a rés, M.
que dés long
téms aupara
vant il avoit Deſcartes étant retourné de ſes voiages à Paris , LféCOUVſlt
dcbité ſon ce ſentiment à quelques-uns de ſes amis , &leur fit recon..
dogme des noître qu'il ne pouvoit s'imaginer ſque les Bêtes fuſſent au_
Automates î
ſes amis de tre cho e que des Automates. De orte que ceux qui trou..
Paris. veront de la difficulté à »lui attribuer ce ſentiment dés l'an
Confcrcz i619. en auront moins pour croire que cette opinion lui eſt
les Traitcz
Mss. Thun
venuë dans l'eſprit au plûs tard vers 'an 162.5. Ils ne refuſe
munis Regia, ront peutñêtre pas de s'en tenir au témoignage de M. Dell
faits cn ſa jeu cartes, qui nous apprend u'elIe lui étoit venuë quinze ou
neſſe : 8c un
autre qu'il
ſeize ans avant qu'il eût onné ſes Méditations Métaphy
cite dans ſa ſiques. Au reſte cette opinion des Automates eſt ce que M.
Méthode , Paſcal eſtimoit le plus dans la hiloſophie de M. Deſcartes.
comme fait
long-têtu: Aprés la 1nort de Barnevelcſ: le Prince d'Orange qui luy
auparavant , avoit d'ailleurs l'obligation du Gouvernement général des
avec les ler
tres du z. to
Provinces ſur terre 8c ſur nier , crut avoir applani les
me pag. 63. difficultez qui ſe trouvaient dans le chemin qu’il ſe
du 1.. tom. fiaioit à la Souveraineté. Il ne ſongea plus qu'à. s'aſ
pdg. 9. 37.
azo. ſurer de Paſtiſtance des Princes de l'Allemagne 8C des
\Item tom. z.
autres quartiers du Nord ‘, mais princi alement de ceux qui
des Lcttr. p. luy étoient parens , alliez , ou amis. I ſembloit n'avoir pas
5L J7 beaucoup à craindre des Puiſſances Catholiques qui étoient
Du Maur. autour de la Hollande, 8c il préſumoit que l'on ne verroit
Mein. dc point naître d'obſtacles, ou de diverſions de la art du Roy
H011.
d'Eſ a ne, ou des Archidues Gouverneurs (les Pays-bas
Cat o iques, tant que dureroit la tréve qui n-'étoit pas inu..
tileà l'avancement de ſes affaires particulières. Mais tous ces
avantages ne ſervirent de rien pour luy faire ſurmonter les
difficultez de ſon deſſein, Il fiit fort ſurpris de voir que ceux
qu’il avoit prévenus 8c animez contre Barneveld pour les
mettre dans ſesintérêts , ſe_ montrérent encore plus oppoſez
a.
\
7.....
LIVRE I. CHAPITRE XI. 53
àla erte dela liberté publique que Barneveld , lorſqu’il les I619.
ſon a tout de bon ſur le oint de la Souveraineté. Le grand —

nombre des parens , 8c es autres perſonnes qui étoient de—


meurées dans les intérêts des honnêtes gens à qui il avoit
procuré la mort , la priſon , ou Péxil, luy fit connoître qu’il
s’étoit attiré Paverſion générale , 8c que des Républicains
qui avoientſecoüé la dominationde la Maiſon d’Autriche,
_ne ſeroient pas _d'humeur à ſubir le joug de celle de
N aſſau. .
M. Deſcartes ne pouvoit pas ignorer les pratiques de ce
Prince , ni la diſpoſition des Peup esà ſon égard. C'eſt peut_
être ce qui contribua à le détacher Èlun païs, oùil ne trou
voit pas cette variété d’occupations u’il s’étoit promiſe en
ſortant de la France. Les nouvelles qu’on avoit apportées à
Breda des rands mouvemens de l'Allemagne, réveillérent
la curioſite qu’il avoit de ſe rendre ſpectateur de tout ce qui
ſe paſſeroit de plus conſidérable dans l'Europe. On parloit
d'un nouvel Empereur , on parloit de la révolte des Etats
de Bohéme contre leur Roy, 8c d’une guerre allumée entre
les Catholiques 8C les Proteſtans à ce ſujet. M. Deſcartes
voulant quitter la Hollande prit(pour prétexte le peu d'é
xercice que luy produiſoit la ſu penſion d'armes qui étoit
entre les troupes du Prince d’Orange , 8c celles du Marquis
de Spinola, 8c qui devoit durer encore deux ans ſelon les
conventions de la Oréve. Sa réſolution étoit de paſſer en
Allemagne pour ſervir dans les armées Catholi ues: mais
avant que de ſe déterminer à aucun enga ement, i fiit bien_
aiſe &alliſter au couronnement du nouve Empereur qui de_
voit ſe faire dans la ville de Francford.
54. -LA Vin DE M. DEscAaTEs.
1619.

CHAPITRE XII.
M Deſturm paſſé en Alle-ma ne , Ô'- s'arrête à .Francfàrdpour
aſſiſter au couronnement de 'Empereun Etat de: affaire; d'Al
lemagne , lorſqu'il] arriva. .Il ſé met dans le; troupe: du Ducde
Bavière qui étaient deſtinées contre celle: de ?Ela-fleur Pulurin
(lo Rey' de Bohéme. _

R Deſcartes partit de Bréda au mois de juillet de Pan'


i619. pour ſe rendre à Maſtricht, 8c de-là à Aix la.
Chapelle , où il apprit l'état des affaires d'Allemagne , 8c les
préparatifs que cette ville avoit coûtume de &ire pour le
couronnement des Empereurs. Etant arrivé à Mayence ,il
ſ eut que l’Electeur jean Schvvichard avoit cité les autres
lecteurs de l'Empire ſelon les formes accoûtumées , 8c les
avoit ſommez de ſe rendre à Francford le ä. dejuillet,
pour procéder à l'élection d’un nouvel Em ereur.
Il s’agiſſoit, pour la Couronne Impéri e , de Ferdinand
nommé auparavant l'Archiduc de Graecz. Ce Prince étoit
fils de l'Archiduc Charles Prince de Stirie , 8c petit-fils de
l'Empereur FerdinandPrémier du nom, &de l’Im ératrice
Anne héritière des Royaumes de Bohéme 8c de ongriei
Son Pére étoit fils puîné de l'Empereur Maximilien II. De
ſorte que l'Empereur Mathias , 8c les Archiducs Maximilien
d’Autriche , 8c !Albert Prince 8c Gouverneur desPayS-bas
étoient ſes couſins germains. Ces trois fréres , je veux dire
l'Empereur Mathias, 8c les Archiducs Maximilien 8c Albert
ſe voyant ſans enfans 8c valétudinaires , Pavoient fait cou
ronner prémiérement Roy de Bohéme à Prague le vingtième
-Iuillet P8111617; puis de Hongrie à Preſhour le prémierJuiL
etde l'année ſuivante. L'Archiduc Maximi 'en étant venu à.
mourir au mois de Novembre dela même année,8cI’Empe—
reur étant tombé malade vers le commençement de l'année
ſuivante, leur frére Albert qui étoit leur unique héritier, re
mit auſiî à Ferdinand l'adminiſtration de l'Autriche , avec
pleine autorité pour en reçevoir tous les hommages 8c les
ſermens , par des lettres dattéesde Bruxelles le ſecond de Fé_
~ ~ ' vrier
LIVRE I. CHAPITRE XII. '55
'vrier I619. De ſorte qu'à la mort de l'Empereur Mathias qui I619.
arriva le Mercredy ixiéme jour de Mars ſuivant , Ferdi_
nand entra en poſſeſiion des Royaumes de Bohéme 8c de
Hongrie, &de l'Archiduché d'Autriche : 8c il prit \ès meſures
pour ſe faire élire Roy des Romains, puis Empereur d'Alle
magne.
M.Deſcartes ſe trouvaà Francford vers le tems que Fer Le 'TZ Juillet;
dinand y arriva comme Roy de Bohéme, 8e Electeur de l'Em
pire. Les autres Electeurs s'y étoient déja rendus aupara
vant, les trois Eccléſiaſtiques en perſonne , &c les trois Pro
teſtans parleurs Ambaſſadeurs.
Ferdinand fut élû. Roy des Romains avec les cérémonies
ordinaires le dix-huitiéme d'Août ſelon l'ancien ſtile retenu
ptar les Proteſtans , ou le vingt-huitiéme ſelon le nouveau
ile établi depuis la réformation du Pape Gregoire XIII. -
Le jour même on dépêcha à Aix la. Chapelle , 8c à N u
remberg, pour apporter à Francford la couronne 8c lés or-—
ne mens Impériaux : 8c l'on indiqua le couronnement au tren
tiéme jour d'Août ſelon l'ancien ſtile qui devoit être le neu
viéme de ſeptembre ſelon le nouveau.
Si M. Deſcartes ne parut pas à cette prémiére cérémonie ,
ce fut peut-être en éxécution des ordres qu'on donne aux E
trangers, deſt-à-dire a ceux qui ne ſimt pas de la ſuite des
Electeurs, de ſortir du lieu ou ſe fait l'élection du Roy des
Romains. Mais il fiit réſent à celles du couronnement, s'é.. Lipſiorp. de
tant gliſſé dans la ville par quelque tour d'adreſſe, ou par Rez. mot. p.
78.
quelque prétexte que nous ne connoiflbns pas :Sc il eut la
curioſité d'obſerver de prés ce qui s'y paſſa. Dés la veille du Mercure
François de
jour de la cérémonie on ferma les portes de Francford , 8c l'an i6”. p.
l'on fit poſter les gens de guerre par corps de gardes ſur les loi. óc feqq.
rem arts. Le matin du jour ſuivant l'on rangea les habitans Mem. de
Louiſe jul. de
par es places , de uis le palais de l'Empereur futur juſqu'a NaſſauElectr.
acour, &de uis a cour juſqu'à l'Egliſe de ſaint Barthélemi Palatine pag.
où ſe devoir aire la cérémonie. Les Electeurs Eccléſiaſtiques 134. 8c ſeqq.

s’étoient rendus a l'Egliſe avant les autres , pour changer


leur habit Electoral , 8c ſe revêtir des ornemens Pontificaux,
Le Roy des Romains ï y fut conduit ſur les huit heures du i Ferdinand.
matin. Il étoit précédé d'un grand nombre d'officiers 8c de
Gentilshommes qui marchoient à pied. Aprés eux ſuivoit le
Lantgrave
56 LA ViE DE M. DESCARTES.
i619. \I/..iällilëtägatxfeclëlî-Ieſſe l, qui avoit été obligé de ſortir dela
8C Pluſieurs] Srîèiparavancï avecl Ambaſſadeur d'Eſpagne,
2. Loiiis. toit accom a nëdeuſrs ant lelection. Le Lantgrave é
à cheval I S gto-e t ?n .reîle, &cde ſes deux fils,tous quatre
marchoièlît devjni: l UIÃIS beſicinq Herauts de l'Empire, ui
caſiers Orcantal cs_ n11 a adeurs des ,trois-Electeursníé
Globe, p]c SCC î. a es marques dCIEIUPIFC, ſçavoir le
' Matcneſ. de Phabit Ëlectorä rez). ppîe. Roy couronne 8c vêtu de
elect. 6C C0 Conſuls 8C UM, Ctslta c ieva ous untpoeſle porté pardeux
ron. Ferd- Il.
Lorſ ,u’il re . elnatelurs de,Franc 0rd.
Ncimicli.
de Inaugur.
ſiaſtiquqs afflfläëzäläläîl: press (fllf lEgliſe , les Electeurs Ecclé
Perd. ll. Clef é allé l u s u ragans , 8c des principaux du
Mei-c. Franc. PAugel ,zèle :Egg l e re eſvoir a la-porte ,l le conduiſirent â.
ad ann. i 6 19 dégrez, 8C accoläreiînal ?in fauteuil qui etoit élevéſur deux
me… Pérez on CÏËnËH un pſrie-dieu d'un dais riche
que. ê( rEſecteur de M ça en uite le Kfflrc-elóy on en muſi
accdûtumées _ R llayence qui offlcioit, fit es demandes
toit as de vîllre (8)27 emii Empdîreur, ſçavoir, s'il ne promet
A l' _ ourir ns la Relwion Catholi ue,
po o ique., &Romaine; dela defendre 8c Êi proteger ñ :ladp
ifîiiniſëer la juſtice 'egalement à tous 5 d'augmenter 8( ampli
Pîſics :Ïffifiärdäe &npíotéger les orphelins ,les pu_
Il Prêæa le ſermenzc ſ e re re lhonneurldu aſa Sainteté.
dant fè tournant_ v ui: (Îles demandes : puis ?Electeur offi
!Diem pas fè ſoûlneeíê aſ Lmlldlee , leur demanda s'ils ne vou
Fe d_ d I . re ous e gouvernement 8c empire de
d r , 8c uv jurer obeiſſëinceiäiſlemblée ayant répon
Oäîqu ou] ,.81 criant~ qu’il_ falloit le couronner: l'Electeur
ſront,
ciantauprit
ſommet \de laſainte
delhuile tête ſur
, â la'
unepoitrine
paténe ,d’or
:imbrasglcîllriflfoiltu
l’0i ~ ~
;Ëifzflmänäzäſänflaäïchacäe folis zîvnga_ tr *in Rez/ger” oleo ſiznffl:
[fonction finie rljes ElFlctu Ô S/wztítſſtſtnífi'
Suffixioans conduiſirent leeReiIÏ EClceſiafluqucs avec lewis
rent dËs anciens hab' I 'OZ aps c Chœur, 8C le revêtu
de Nurembcr ſ its_ mpierliaux 8c Pontificaux 'apportez
gue avec i-ótoïëe’zu‘ëîë‘î‘~r’- 1e charly-e 'a de -Pëmbc l°n~
"firent auffi les ans au qui- ui pen oit ſur les pieds. Ils lui
come] D_ g ux mains2 8c le remencrent habillé
es iacres.” du Chœur a ſon ſiege , où- l’ElcrÆeur
officiant.
LIVRE I. CHArrTRE XII. 57
officiant lui donna de nouveau la bénédiction. Aprés il fut re_ 1619.
conduit au grand autel , où les Electeurs de Tréves ï 8c de
Cologne z prirent _l'épée de Charlemagne qu'on y avoit 1 Lothaire.
poſée avec la couronne 8c le ſceptre ,la tirérent du fourreau, 2. Ferdinand.
8c la mirent en la main du Roy élu Empereur, lorſque l'E
lecteur de Mayence lui dit , Aſflffic glzzelium per manu: Epiſio
íwmm. L'é ée remiſe au fourreau lui fut ceinte enſuite par
es Ambaſſadeurs des Electeurs Séculiers , lors que le même
Electeur officiant dit , Ateingere letdio me fiëperfemrer ereur”.
Aprés l’Officiant prit l'Anneau e deſſus l'autel , 8c le mit
au doit du Roy ,puis le Globe , 8C le Sceptre u’il lui mit
auſſi dans les mains, le Sceptre à la droite, le Glo e ala gauñ
che, avec le formulaire ordinaire ,de priéres. Les trois Ele
cteurs Eccléſiaſtiques prirent la couronne Royale de deſſus
l'autel , la luy poſérent conjointement ſur la tête diſant , Ac
ſipe eoronezm regm' , 8c le couvrirent en ſuite du manteau d'or
de Charlemagne. Le Roy rendit le Globe ou la Pomme a
l'Ambaſſadeur de l’Electeut Palatin 3 , 8c le Sceptre à -celuy z Frédéric;
de l’Electeut de Brandebourg 4 , puis il ſe retourna vers l'au 4. Jean Sigiſ
tel , 8c prêta le ſerment accoûtumé. Aprés on continua la monde
Meſſe en muſique. Le nouvel Em' ereur communia de la main
de.l'Electeur officiant , lequel a \ſté de ceux de Tréves &de
Cologne , conduiſit ſa Majeſté au, milieu de l'Egliſe ſur un
théâtre élevé , où l'on avoit dreſſé un trône magnifique ,ſur
lequel ils le placérent pendant qu'on chantoit le Te Dem”.
Les Electeurs Eccléſiaſtiques déſcendirent du théatre pour ſe
déshabillerfflc reprendre l'habit Electoral : mais l'Em ereur
demeura ſur le trône, 8c créa pluſieurs Chevaliers qu’i frap
a de l'é ée de Charlemagne. Etant deſcendu, il ſortit de
l'Egliſe \gus le même ordre preſque qu'ily étoit entré. Les
Officiers de ſa Cour alloient devant z puis les Conſeillers
de ſa Majeſté Impériale , 8c des Electeurs; enſuite les Gentils~
hommes 3 aprés eux les Barons , les Comtes, 8c les Princes.
Ils étoient ſuivis des cin Hérauts quialloient devant l'Ele
cteur de Tréves qui marcîioit ſeul , 8c aprés luy les Ambaſſañ
deurs de l’Electeut Palatin 8c de Brandebourg enſemble , le
prémier portant le Globe, l'autre le Sceptre. L'Ambaſſa
'deur de l'Electeur de Saxe f ſuivoit ſeul portant l'Epée ; a. 5 Jean Geox,
prés luy marchoit l’Empereurſeul , vêtu de l'habit Impérial, 5°
H. .la,
5S LAVIE DE M.DESCARTES.
i619. la couronne en tête ſous un dais orté par les mêmes per;
ſonnes que devant. Les Electeurs eMayence 8L de Cologne
marchoient enſemble aprés l'Empereur. Tous étoient à pied,
8c allérent en cét Ordre juſqu'à la Cour parle pont du Mein
couvert de tapis rouges, dont la prémiére piéce ſut miſe en
morçeaux par le peuple , dés que lëEmpct-eur ſuc paſſé. Ils
étoient fiiivis de trois Officiers de (Z1 Majeſté Impériale,
montezâ cheval, &jetant au peuple despieces d'or ôcd’ar.
gent qui étoient des jettons de deux eſpeces , ſur le revers
9. de Septem deſquels étoit gravé le jour du couronnement.
bic. Qiand on ſut arrivé à la Cour , les grands Officiers de
l'Empire ſe miiîent en devoir de faire leurs charges pourl’é..
curie 8c la cuiſine ſelon PaÜClCnlîC coûtume : 8C l’Em creux*
fit' un feſtin ſomptueux , où chacun ſe trouvoit aſſis ſe on ſon
rang , comme il eſt porté par la Bulle d’or,
~ Voilà ce que M. Deſcartes fut curieux de voir une ſois
pour toute la vic , afin de ne pas ignorer ce qui ſe repréſen,
te de plus poiqpeux ſur le théâtre de l’Univers par les pré
miérs Acteurs e ce monde. Il reſta _encore quelques jours
~
à Francſord , &ilfut ſpectateur des courſesà cheval, 8c des
autres réjouiſſances de la Cour Impériale, juſquà ce que
les Ambaſſadeurs des Electeurs ſéculiers fuſſent retournez
prés de leurs Maîtres. Il délibéroit du parti qu’il avoit à
prendre , lorſqu’il apprit que le Duc de Bavière ï levoit des
i. hlaximi
lien. troupes. Cette nouvelle le fit partir dans le deſſein de s'y
mettre, ſans ſçivoir préciſément contre quel ennemi l’on
Lipſtorp. p, préparoit ces troupes. Il' ne pouvoit pas ignorer le bruit
78. que ſaiſoient les troubles de Bohéme par toutcl’Allemagne.
c’eſt' tout ce qu’il en ſqavoit. Comme il ſe ſoucioit peu d'en
trer dans les intérêts des Etats &c des Princes, ſous la domi.
nation deſquels la Providence ne l'avoir pas fait naître, il
ne prétcntloit pas porter le mouſquet pour avancer lesaffai,
res des uns, ni pour détruire celles des autres. Il ſe mit donc
dans les troupes Bavaroiſes comme ſim le Volontaire ſans
vouloir prendre d’employ ; 8c l’on pub ioit alors , mais en
général , qu'elles étoient deſtinées contre le bâtard de
Mansſeld, ê( les autres généraux des Révoltez de Bohc'
me. Mais le Duc de Bavière fit connoître eu de têms a
prés , qiſelles devoient_ marcher contre l'E acteur Palatin
. Fréderic
LIVRElI. CHAPITRE XII. 59

FrédéricV , que les Etats de Bohéme avoient élû pour leur i619.
Roy quatre jours avant le couronnement de Plîmpéreur
Ferdinand Second ,que l’on vouloir exclure du Royaume de
Bohéme par cette entrepriſe. L'engagement où ſe trouva
M. Deſcartes par cette déclaration , ne luy cauſa point
d’embarras , arce que ſon deſſein n’étoit pas de ſervir au…
trement ſous le Duc de Baviére , qu’il avoit fait ſous le
Prince d'Orange. Mais pour donner plus de jour â cet en
droit de ſa vie qui en eſt devenu l’un des plus importans
par les occupations d'eſprit, que luy procura le quartier
d’hyver qu’il paſſa en Allemagne : ll eſt bon de reprendre
Phiſtoire de ces troubles de Bohéme dans leur ſource , 8c
de faire un petit
M .Deſcartes en futabré é de leurs ſuites juſqu'au têms que'’
le lgpectateur.
I

CHAPITRE XIII.
H5régc' de! commente-mens dc la guerre de Bohéme. Election de Fréñ
défie' V Pdlzztin à lez Couronne de Bol/éme au préjudice de
Ïjîmpérrlcr Ferdinand I1. Welle art M. Def-dmc: eut-î cette
guerre. D” traité que lc; Amózz ardeurs de Frzznrcſimnt fllln)
à 'Ulm , 'entre le: C/Jcfl des dmzécr Catholique Ô Protcſtame.

Es troubles excitez en Bohéme étoient venus de la vai


ne eſpérance que les Huſiites 8c les autres Proteſtans
du Royaume avoient eue', de pouvoir ſecoücr le joug de la
Maiſon d’Autriche. Ils étoient las d’obéïr à des Rois Catho
liques :ôcvoyant que l'Empereur Mathias , &les A-rchiducs
Maximilien 8c Albert ſes deux ſréres étoient ſans enſans 8c
fort valétudinaires, ils ſe promettoient de le donner un Ro)r
de telle Religion qu’ils le ſouhaitoient, aprés la mort de ces
Princes. Mais lorſqu’ils virent l'Empereur Mathias du con Cónſid. eau
ſentement des deux .Princes ſizs fréres pourvoir a ſa ſucceſ ſar. bclli Bo
ſion parſélection qu’il fit faire l"an 1617 de ſon couſin ger. hem. Anon
in rv.
mainv Ferd. d'Autriche Archizluc de Graecz à la couronne de
Stat. contro
Bohéme , ils ſe ſoulevérent, &c proteſtérent contre cette éle verſ. Bohem. «
ction. Elle étoit néanmoins trés-légitime. Ferdinand étoit le inter. Ferd.
prémier
- Prince du ſang
ſ Royal de Bohéme,Hſeulij héritier de
l’En1p.
lI. 6c Fréd..
VM.
60 LA VlE DE M. DESCARTES(
l'Empereur Mathias aprés les deux Archiducs qui luy a-'ſi
1'619.
voient paſſé leur droit, 8c petit-fils comme eux de l'Impera.
trice Anne femme de l'Empereur Ferdinand' I, 8c bó-'ririére des
Royaumes de Bohéme &de Hongrie.
Les Proteſtans de Bohéme 'prenant le nom d'Etats Géné
raux, ſe ſaiſirent de Pautorite ſouveraine; reſuſérent de reñ
connoître le titre dœíritiero dans Plmpératrice Anne 5 pré.,
tendirent que le Royaume étoit purement électiſ, &c nulle
ment héréditaire 5 8c que l'action de Mathias 8c de Ferdi..
nand étoit un attentat contre leur liberte', 8c contre le droit
qu'ils avoient de ſe choiſir un Roy. Ce ſut en vain que Fer..
Mein. de dinand leur ſit voir dans ſon manifeſte, que tous les privilé..
Louiſe lul- de ges accordez aux .Etats de Bohéme pourl'élection d'un Roy,
Naſſ. El. PJ
145.9, i36
portoientla clauſe que, lorſqu'il ne rz-/Zoroirplur aucune _perflm
ne de la rare ó-lmaiſon royale de Bohéme màle ou femelle, l'é..
leflion libro du Ro] appzzrrionclroir aux Etats Généraux du Royau.
mo, 5'» non autrement. Ils furent bien-aiſés d'avoir trouvé ce
prétexte pour prendre les armes contre Mathias. I_ls firent
deux corps d'armée dont ils donnèrent la conduite au Com..
ſil Emeficom
te de Tliurn ou de la Tour, ê( au bâtard de Mansſeld l. L'Em
re de Mans pereur ſe vit obligé de leur oppoſer auſſi deu-x armées , l’u
feld. ne conduite par le Comte de Dampierre , 8c l'autre par le
Comte de Bucquoy. Toute l'année 1618 ſe paſſa en expédi-.
tions avec divers ſuccez de part 8c d'autre. Mais l'Empereur
Mathias étant mort au mois de Mars de l'an 1619 3 Ferdinand
prit lpoſſeflion du Royaume de Bohéme ſelon les conventions
u’i avoit faites avec ſon Prédéceſſeur de [rentrer en joüill
Ëince qu'après ſa mort. Sa prémiére penſée ſut de chercher
les moyens de ſaire revenir les eſprits par voye d'adouciſſe—.
ment. Et dans cette vûë il pro oſa une ſuſpenſion d'armes
aux Directeurs de Bohéme qui la reſuſérent. Il leur envoya
la confirmation de tous leurs privilèges , 8c n’omit rien de ce
qu'il jugeoit propre pour les gagner. Ce fut en vain. Ils re
commencèrent la guerre avec plus d’animoſitc' qu'aupara
vant. Ils tâcliérent d'en ager les Electeurs Palatin &de Saxe
dans leursintérêts : 8C ig écrivirent au Duc de Baviére, pour
le prier de ne point permettre le paſſage par ſes terres au
ſecours de Sooo hommes de pied , 8c zooo chevaux en_
yoyez des Paysvbas par l'Archiduç Albert, premièrement
- pour
LIVRELCHAPITREXIII. 'Gi
pour l'Empereur Mathias, fipuis pour Ferdinand. I619.
Ce fut cette occaſion qui t connoître que le Duc de Ba
viére ne ſeroit point favorable aux Proteſtans de Bohéme.
Non content de donner le paſſage aux troupes Flamandes,
il ſongea de ſon côté à en lever de nouvelles pour alliſter la
Maiſon d'Autriche. C'eſt ce qui obligea les Proteſtans de
Bohéme ſous le nom d'Etats, de s'unir avec ceux de Mora
vie , de Siléſie, 8c de Luſace par une confédération énérale ,
dont les articles dreſſez preſque tous contre la Re igion Ca
tholique au nombre de LXX furent ſignez le dernier jour
de juillet. ~
I y avoit déja uelques jours que les Electeurs de l’Em i
re étoient aſſemb ez à Francford pour l'élection du Roy es
Romains. C'eſt pourquoy les Etats 8e les Directeurs de Bohé
me incontinent ' tés avoir ratifié leur confédération, dé
pêchérent des puteza Francford, pour faire ſçavoir , que
ne reconnoiſſant pas Ferdinand pour leur Roy , il n'étoit
pas véritablement Electeur, 8c ne devoit pas affiſter à Péle
ction -. mais que les droits d’Electeur étoient dévolus aux
Etats de Bohéme qui demandoient d'être admis à l'élection.
L'entrée de Francford ayant été refuſée a ces Députez,
iis ſe retirérent a Hanaw pour faire leurs proteſtations ui
furent tres-inutiles. Ferdinand leur Roy fut élû Roy des
'Romains le 17,? 'Août, comme on l'a remarqué plus haut.
Dés que la nouvelle de cette élection fut portée en Bohé
me , les Etats du Royaume , deſt-â-dire les Proteſtans,
ÿaſſemblerent pour procéder , à l'excluſion de Ferdi
nand , 8c pour ſe choiſir un nou-veau Roy. De ſorte que
le 2.6. d'Août qui étoit ſelon nous le cinquiéme de Septem Mei-mole L. J.
bre , ils élurent pour leur Roy Frédéric V Electeur Pa Electrice Pa
latine, p. 1,5,
iatin , qui venoit de reconnoître ,Ferdinand pour légitime 140 ,-144 ,
Roy de 'Bohéme , &légitime Electeur de ,l'Empire ,a l'ail 14,7 - 8re.
ſemîblée de Francford , où il avoit envoié ſes Ambaſſadeurs
Conſid. Cauc
pour l'élection du Roy des Romains. Les Etats de Siléſie itcm- Sm.
'ratifiérent cette élection de Frédé_ric , ,ze lui conférérent Connov- KC.,
la qualité de Duc de Siléſie. Mais il ne voulut rien faire ſans
prendre l'avis des Princes 8c des Etats Proteſtans d'Allema
ne , qu'on a pelloit correſpondait; , pour s'être unis dans
e deſſein de ſi oûcenir les Proteſtans de Bohéme
H iij dans leur
révolte.
62 LA ViE DE M. DESCARTES;
i619. révolte. L’~Electeur Palatin ui étoit le Chef de tous eee
Corflſûondzzfl; , les pria de S'aſ?~embler à Rottemburg le L: de
?ſſlſſpfijjäcſh Septembre , pour en délibérer avec eux. Ils furent tous
ne dc Nam., d'avis qu’il ne devojt pas reſſuſel:l la cocilironne dpſ lËohéme.
Prin- Pal- L’Electeur de Saxe on ami em a ui onner au i on con
ſentement pour un têms. Le Prince d'Orange ſon oncle'
vic de Mau_ maternel l'y exhorta puiſſamment ,. dans FÏ-lpérance de ſe'
rice Prince ſervir de lui pour ſe rendre Souverain de ollande a ſon
dzfîlſng; b tour. Son Beaupére jacques Roy d'Angleterre , fut peut…
_Zu Mſimäſ: re
être
, 8clequi
ſeulvoulut
des Princes Proteſtans
l'en diſſuader ſur ilauigrande
fut d'un avis contraió
jeuneſſe 8c ſon
peu d'experience pour une entrepriſe de cette importance.
La fille du Roy _jacques ne ſut pas de iriême ſentiment, 8c,
l'envie d'être Reine fit qu'elle preſſa ſon mari d'accepter la.
couronne. C'eſt ce qu’il ſit dans le mois d'Octobre , au
dernier j'0ur duquel il- fit ſon entrée a Prague.. Il fiat cou-
ronne' ſolennellement le 4,'. de Novembre ,— 8C ſacré ,. tout
Calviniſte qu'il étoit , par l'Adminiſtrateur ou* Grand Paſ.- -
teur des Huſſites. L’Electrice Eliſabeth de la Grande Breñ
tagne fut couronnée trois jours aprés , 8c ointe d'huile bé.. .
nite ſur le front ar le même Adminiſtrateur.
Les choſes en croient à ce point, lors que M. Deſcartes
prit parti parmi les troupes du Duc de Baviére. Les Carrcſ;
jlamldnr , c'eſt à dire, les Electeurs , les Princes, 8c les Etats
proteſtans de l'Empire sîaſlemblérent au même mois de N0-
vembre a Nuremberg Y tant pour former leurs plaintes con
tre les Electeurs ,. Princes , 8L Etats Catholi ues ,que pour'
écouter celles des Catholiques contre eux. I s ne firent pas
grande attention aux raiſons que l’Ambafl'àdeur de l'Em
ereur Ferdinand II y préſenta par écrit , ur maintenir
Mm_. I,rant. es droits. de. ſon Maître.
.
Mais., ils prirent
.
p us de meſures
. _ ,- , \
demandé”, pour ſatisfaire le Duc de Baviere qui avoit auſſi depute a
161°- 'Aiſemblée Aprés avoir confirme' l'union Proteſtante en:
peu… BO ſaveur 'du nouveau-Roy de Bohéme , ils “envoiérent trois
Habcrn- Députez_ au Duc de Baviére pour le 'convier de déſarmer ,SC
Mb: de licentier ſes troupes r8( pour 'flexhorter a faire faire la
même choſe aux Princes- 8c Etats Catholiques de l'Empire.
Leurs propoſitions étoient ſignées du 3-: Décembre à Mu-ñ
l

nich,, 8c ils en demandaient l'exécution en moins de deux


» mois,
LIVRE I CHAPITRE XIII. 63
mois. Le Duc leur fit connoître le beſoin qu’il avoit d’en— 1'619.
tretenir des troupes pour la ſureté de les Etats. Et our ce
«qui concernoit la paix 8c le repos de l'Empire , il es ren
voia aux réſolutions de l'Aſſemblée des Princes 8c Etats Ca
tholiques qui ſe tenoit à. \Y/irtzbourg, en oppoſition de cel
;le des Proteſtans correſpondra” à Nuremberg.
Pendant ces mouvemens d'Etat , M. Deſcartes jouïſſoit
de la tranquillité ue lui donnoit l'indifférence où il étoit
pour toutes ces algaires étrangéres. Ceſt à ce têms de re_
pos que nous pourrions aſſigner Pabdlcatlon générale qu'il
fit des préjugez de l'école , 8c les Premiers rojets qu'il con
_çût d"une nouvelle Philoſophie. Adire e vrai ,nous ne
voions pas comme il ſera aiſé de S'en défendre , ſi M. Deſ
cartes lui même eſt pris pour le juge du fait. Par la manié- '
ſe dont il S’en eſt explique au commencement de la ſecon_
de partie de ſa Méthode , ilne nous eſt preſque pas libre de
croire que la choſe ſoit arrivée dans un autre liyver que
celuy qui ſuivoit immédiatement le couronnement de l'Em
ereur Ferdinand II. Mais afin de ne point interrompre la
ſuite des affaires &Allemagne qui ſe ont paſſées dans les
'lieux où il s'eſt trouve' , il eſt bon de la continuer juſqu'à.
.la bataille de Prague, qui a décide' de 'la fortune de l’Ele
fleur Palatin_.
M . Deſcartes, à ſes méditations prés, n'eut donc autre
,choſe à faire du reſte de l'année i619 , qu'a viſiter le (pays
par où l’on ſaiſoit paſſer ſa compagnie. Le deſir de ſe on
ner plus d'occupation , lui fut une tentation d . aſſer en
Bohème , où les armées Impériale 8c Bohémië ſe bat
toient continuellement, prenoient 8c reprenoient eurs vil_
les , 8c déſoloient de plus en plus le plat pays. Mais Paſſu~
rance de ſe voir inceſſamment emploié en Soüabe dés le
commençement de Pannée ſuivante le retint pamii les Ba.
ñvarois. Le Duc de \Virtemberg étoit de l'union des Com-f.
ponddm , du parti du Prince Palatin Roy de Boliéme. Ceſt
ce qui porta le Duc de Baviere a ſaire marcher d'abord ſes
troupes vers Donavertôc Dilling, pour s'aſſurer des paſſages Lipflorp. de
des troupes u’il faiſoit lever vers le Rhin , 8c pour tenir Rcg. mot. p.
78.
en haleine ceîles des Correſpondants , juſqu'à ce qu'on vît le
ſucceï- de l'Ambaſſade que lœmpéreur avoit envoiée au Räy
e
64 LA VIE DE M. DESCARTES.
de France pour demander du ſecours contre l’Electeur Pa'.
_r619. latin 8c les Bohémiens. L'Ambaſſadeur qui étoit le Comte
de Furſtemberg, arriva à Paris au mois de décembre, peu de'
'Avis ſur les _têms aprés que M. de Luines ſut reçeu Duc 8c Pair au Par..
mouvcm. de
l'Europe par
lement. Ce Favor)r de Louis XIII s'étant beaucoup avan
le Baron de cé durant la minorité du Roy , S’étoit alors rendu preſque
Pridcmbourg. abſolu dans l'Etat. Il dé endoit uniquement de lui de faire
M. Fr.
réüffir l'Ambaſſade d'Allemagne. C'eſt pourquoi le Comte
de Furſtemberg lui rendit de grandes affiduitez , 8c ſe fit
joindre par le Marquis de Mirabel Ambaſſadeur d’Eſpa
gne a Paris pour doubler les ſollicitations. Lïnterêt de
l'Etat ſembloit demander qu'on ne fit rien pour appuier
la Maiſon d'Autriche rivale de celle de France ,. ni' pour
Mcm. de I.. nuire à l’Electeur Palatin qui étoit de nos Alliez. Mais
Aub. duMau
ricr. p. x88.
le Duc de Lui-nes qui ne ſon eoit our lors qu’à Pélévation
18,' de ſa maiſon , promit à l"Am ſſa eur d'Eſpagne de ruïner
les affaires du Palati-n , a condition que M.. de Cadenet ſon
frére épouſeroit Mademoiſelle de Pic uigny de Chaûnesñ,
l’une des plus illuſtres héritiéres du ſiéc e , qui avoit été éle..
_ vée aupres de Plnfànte Iſabelle à Bruxelles. On lui promit
la condition, Et quel ue inſtance que pût faire. le Maré
chal de Bouillon prés Ëu Roy,.pour empecher qu’on ne don_
nât ſàtisfactionà ?Ambaſſadeur de l'Empereur contre le Pa~
latin ſon allié , le Duc de Luines fit dépêcher une Ambaſ
ſade extraordinaire , que les Allemans appellérent Célèbre ,
parce qu’elle fiit compoſée du Duc' d’Engoulême , de M.
de Béthune Baron de Selles, 8c de M. de l’A.ubeſpine A-b
bé de PM. Leur commiſſion 'portoit ordre. de procurer
un bon a mmodementîentre les Princes Carrcſhandans qui
favoriſoienc l’Electeur Palatin ,. 8c le Duôde Bavière dé
claré Général de l’Union des Catholiques.
Pendant ce têms la M. Deſcartes étoit en quartier d'hy
ver le long du Danube, où* il trouvoit peu de gens capables
de lier ſociété avec lui pour la converſation. Dés qu’il eut
appris qu’il devoit arriver des Ambaſſadeurs de France à
Ulm ville Impériale de Soüabe ſur le Danube, il ſe mit en diſñ
poſition de les devancer', pour ſe donner le plaiſir de revoir
des perſonnes de ſon Païs, dont quelques uns pourroient être
de ſa. connoiſſance.. La qualité de Volontaire lui donngit la
’ ~ li crté
LIVRE LCHAPITRE.- XIII. 65
liberté de ſe détacher de l'armée Bavaroiſe ſelon ſa volon I620.
té, Mais je n’ay pû ſçavoir ſur quels mémoires le ſieur Lip
florpius a écrit que M. Deſcartes avoit ſuivi l'armée du Duc,
de Baviére dans' ce voyage -, ue cette armée venoit atta
_quer les Suéves , c'eſt-a ire ,des peuples de Soüabe z qu'el
“le avoit inveſti la ville d’Ulm pour y former un ſiége z 8c
qu’on étoit alle' juſqu'à la décharge de l’Artillerie, lors qu’on
y vid arriver les Ambaſſadeurs de France. La ville d’Ulm
ne s’étoit pas déclarée contre l'Empereur Ferdinand : 8c
quoi qu'elle fiît compriſe parmi les villes de l'union des Cor
reſpondant, elle n'avoir donné d'ailleurs aucun ſujet d’hoſtili..
te aux armées des Catholiques. Par cette raiſon elle ſut
trouvée
dont les commode pours'y
Ambaſſadeurs la rendirent
médiationIſſeduſixiéme
Roy dedeFrance
Juin de,
l'an i620. Ils y firrent' ſuivis deux heures a 'rés par le Duc
de \Virtemberg , 8c parle Marquis &Anlîïach Lieutenant
général des troupes Proteſtantes. Les Députez de Plîlecteur
Palatin, ceux des Princes Correſhondanr, 8( ceux de Bohé
me arrivérent le lendemain. Ceux du Duc de BaviéreGéné.
ral de l'union des Catholiques vinrent quelquesjours aprés.
Le Duc d’An<Toulême apres avoir reçu les viſites des Prin
ces 8c des Deputez , fit l'ouverture de cette célébre Aſſem—
blée ar un beau diſcours , où il découvrit les vraies ſour
ces dl: mal dont' on k plaignoit de part 8C d'autre: 8c il fit
cbnnoître les intentions que le Roy ſon Maître avoit d'y
apporter du reméde , au contentement des deux partis.
De uis le mois de Mars il le tenoit une autre aſſemblée
à Mu hauſen en Turinge. Elle étoit compoſée &Electeurs
8c de Princes de l'Empire tant Catholiques que Luthériens
de la Conſeflion dïſiuſbourg , tous reconnoiſſans l'Empe—
reur Ferdinand pour Roy de Bohéme.~Les Electeurs de
Ma ence, de Cologne , 8c de Saxe y étoient en perſonnes.
L’E ecteur de Tréves , le Duc de Baviére , 8c le ~antgrave
de Heſſe y avoient leurs Députez. Aprés avoir délibéré
long-téms des moiens de délivrer l'Empire de fes- maux , ils
avoient pris le parti d'écrire au nom de leur Aſſemblée à
l’Electeur Palatin , pour l’exhorter à ſe déſiſter de la cou
tonne de Bohéme. Ils avoient pareillement écrit aux Etats b
deBohéme 8c Provinces incorporées, aux Princes- Proœſtans/
l; C0174:
66 LA VIE DE M.DESCARTES.
IGLQ' Correſpond-zur, a la Nobleſſe , 8c aux Villes Impèriales. Tou.”
tes ces lettres étoient dartécs du XI. de Mars. L’Electeur
Palatin leur fit re' onſe le xv. de May ſuivant , ê( les Etats
de Bohème peu (fe jours après. Mais les Princes Comfloon..
dan: avoient différé de répondre juſqu'a l'Aſſemblée d'Ulm,
d'où ils rècrivirent en commun à Mulhauſen , pour aſſurer
les Electeurs 8c Princes , qu'ils entroient entièrement dans
les conſidérations du bien public , 8c qu'ils eſpèroient beau
coup de la médiation des Ambaſſadeurs de France,
Peniant que le Duc d'Angoulême continuoit les ſèan
ces de l'Aſſemblée à Ulm, le Duc de Bavière reçût ſept à
huitmille hommes de trou es Catholiques venuës du Rhin,
6c fit un corps d'armée clé 2.5000 hommes avec lequel il
.z Verting
paſſa le Danube à Donawert. Il vint camper àW/indiqlg *,
peut être. our prendre mieux ſes meſures ſur le reſultat de l'A em
blée, dont il étoit encore incertain. A ces nouvelles, le Mar.
Joachim Er quis d'Anſpach ſortit d'Ulm , raſſembla ſes troupes qui é.
neſt dc Brau
Jebourg.
toient au nombre de i5ooo hommes , 8c les fit avancer pour
obſerver l'ennemi. Le Duc de Bavière de ſon côtè voulut
gagner du pays , 8c Campa ſon armée ſi près de celle des
Correſpondanr , que l'on pouvoit ſe parler de l'une à l'autre,
Nous ne ſçavons pas ſi M. Deſcartes quitta la ville d'Ulm en
cette rencontre pour retourner au camp des Bavarois. ll pa,
roît beaucoup plus vraiſemblable qu’il reſta dans la vil—
le , où il étoit venu de France grand nombre de jeunes Scie
Mere. Franc. gneurs avoit
rioſitè 8c autres perſonnes
ſait mettre ualifiées
à la çſuite de ſon â eurs
des Ambaſſa e, que la cu.,
,laquelle
an. 162.0. p.
7.39. a ſuiv.
étoit de quatre eens chevaux, ' ' -
Les deux armées étoient dans une grande diſcipline ſans
sïnſulter, &ſans rien entreprendre l'une ſur l'autre. Tandis
qu'elles fentre-regardoient , le Traitté ſut conclu à Ulm
.par le moien des Ambaſſadeurs de France aprés quatre ſia..
[naines (l'aſſemblée. Les articles de l'accord furent paſſez en
.tre le Duc de Bavière , comme Général des Catholiques
Ibid. p. 1S1. unis , _Sc le Marquis d'Anſpach comme Lieutenant Général
&ſuit de P[hnon Evangéhque ou Proteſtante, quiles ſignèrent
Du Maur. tous deux
droit le 3.jour
pointſiles armes dejuil.
les uns 162.0.
contreIl les
ſutautres
arrêteentre
qu'onlesnePrinces
pren.,
Mcm. de
Hell. p. 2.8,.
ê; Etats de l'une 8c ,l'autre Union, qu'on ne ſe feroit tort en
quŒ
LivRE I. CHAPITRE XIII. 67
quoi que ce fût; u'on ne toucheroit point à tout ce qui I620.
iÿappartenoit ni à 'Electeur Palatin , ni a l'Archiduc d'Au
triche z 8c que l’on _jouïroit de la liberté 8c du repos qui é
toit entre les Catholiques 8c les Proteſtans avant les troubles.
Qiſon ne prendroit point de part a la querelle particuliére
de Bohéme, quine regardoit que l'Electeur Palatin 8c l'Em—
péreur Ferdinand, 6c qu'on leur laiſſer-oit démêler le diſſé
rent entre eux. Ils rſexclurent de leur Traitté que le Roiau
me de Bohéme avec les Provinces incorporées , deſt-a-dire ,
la Moravie ,la Siléſie 8c la Luſace. Exception qui fut per_
nicieuſë au parti Proteſtant , 8c qui rétablit les affaires de
la maiſon d'Autriche en Allemagnes

cHAPiTREXiV,
Il. Deſhartes demeure à 'Ulm pendant quelque tems , Ô- fait'
cannot' ante avec quelques Matbématieiens du Pays. 1l s'exerce
avec Faul/Jaler ſur des queſi-'ions de Mathématiques. Il 'Ua en
~ Autriche 'voir la Cour de l'Empereur. Il retourne au camp els(
Dm du Baviéreſi- ó- ilſh trouve à la bataille de Prague ,v dont
il paroit n'a-voir été que le Spefíatrur. S'il a pu 'voir les machi
nes de Tjeo _Bra/sé .3
LES Ambaſſadeurs de France ayant' eu tout' le ſucîcez qu’ils
pouvoient eſpérer dans la concluſion du Traitté d’Ulm,,
s’embarquérent ſur le Danube le ſixiéme jour deJuillet, _Sc
arrivérent à Vienne en Autriche le zo du même mois. Le
Duc de Baviére retira ſes troupes de l'a Soüabe, noir' pour les
licencie-r , mais pour les mener dans la haute Autriche au_
ſervice de l'Empereur- Mais M. Deſcartes voulut reſter à
Ulm pendant quelques mois , pour étudier plus aloiſir_ le pairs'
8( les habitans..
n'étaient Il paroit
pas allez' ue quelques
bien inſormez Auteurs
de l'hiſtoire Allemans
delſieur pays,
Dänläpſtoipä
lors qu'ils ont écrit que M. Deſcartes fiit envoyé en uar p. 78. john.
tier d’hlyver à Ulm, incontinent aprés la concluſion du ?rait Tepel. p.4,
5.- acc.
té, qu’i s qualifient mal a propos du nom de Paix… Il ſuffit' de
remarquer deux choſes- pour ſe defFaii-e de cette_ penſée ,
E… que es troupes Bavaroiſes parmi leſquels M. Deſcartes
_ v I ij ſeroit'
68 ~ LA~VrE D1! M.DESCARTES.
162.0. s’étoit engagé, n’entrérent jamais dans la ville d’Ulm , &ſor
tirent des extrémitez de la Soüabc immédiatement a rés le
Traitté: 1.. qu'on étoit alors au fort de l'été. Loin de onner
des quartiers_ d’hyver aux troupes , le Duc de Baviére ſit
marcher les ſiennes en toute diligence le long du Danube
contre les Proteſtans d'Autriche qui s’étoient liguez avec
les Mécontens de Bohéme contre l'Empereur Ferdinandeôc
le Marquis o’Anſpach par une marche toute op oſée , fit
avancer les ſiennes a grandes journées le long du R in, pour
défendre le Palatinat contre le Marquis de Spinola envoié
des Pays _bas avec des troupes Eſpagnoles pour ſecourir
l'Empereur. .
Il ne reſta donc point de troupes _ſoit Catholiques ſoit Pro.
reſtantes dans la Soiíabe, moins encore dans la ville d*Ulm,où
M. Deſcartes ne prétendoit pas mener une vie de ſoldat du..
rant le ſejour qu’il y vouloit faire. ll y pratiqua des habitu
des convenables à un honnête homme , 8c il y rechercha par.
ticuliérement la connaiſſance des perſonnes qui étoient en
réputation d’habileté pourla Philoſophie 8c les Mathémati~
ques. Le rincipal de ceux :l qui il rendit viſite fut le ſieur
Jean Faut aber , qui le reçût avec beaucoup de civilité , 8c
qui lui donna lieu par ſes honnêtetez de le hanter ſouvent,
Faulhaber ayant remarqué dans plus d'une converſation
qu’il n’étoit pas ignorant dans ſes Mathématiques , 8c qu'il
Lipſtorp. en par-loic pertinemment lors qu’il en étoit queſtion , s’aviſä
L- 7'l , 79 un jour de lui demander s'il avoit oü parler de l'Analyſe
des Géométres. Le ton délibéré avec le uel M. Deſcartes
lui répondit qu'ouy , le fit douter de la ghoſe. Le prenant
ſur ſa réponſe précipitée pour un jeune préſomptueux, il
lui demanda dans le deſſein de Pembaraſſer, s'il ſe croioit ca—
pable de réſoudre quelque problême. M. Deſcartes ſe don
nant
8c luiencore
romitunlaairſolaution
lus réſolu
des qu'au
Prob aravant,
' nes les lui
plusditdifficiles
qu'oui:

ſans héſiter. Faulhaber qui ne voioit en lui qu'un jeune ſol


dat , ſe init a rire z 8c pour ſe mocquer de lui , illui cita quel~
ques vers de Plante, our lui faire connaître qu’il le prenoit
pour un Gaſcon au i brave que ce glorieux Fanfaron dont
il eſt queſtion dans la comédie. M. Deſcartes picqué d'un pa
rallele ſi diſproportionnc' , 8c ſenſible à Pinjure que lui faiſoit
çét
LIVRE I,, CHAPITRE XIV. 69
cét Allemand , luy préſenta le défi. Faulhaber qui excelloit 162.0.
particuliérelnent en Arithmétique &c en Algebre dont il a_ ———ñ—
voit publié peu de têms auparavant un* livre en Langue
vulgaire, luy propoſa d'abord des queſtions aſſez commu
nes. Voyant qu’il n’héſitoit pas dans ſes reponſes, il luy en
propoſa des p us difficiles, qui Ïembarraſièrelnt pas le Ré_
pondant plus que celles de la prénuere eſpece. Faulhaber
commença à changer de contenance, 8c a res lu avoir fait
ſatisfaction ſurtrés-civilement
té, il le ſiria les maniéres inconſidérées
de vouloir ont il 'avoit
entrer avectrai
luy
dans le caîäinet, pour conférer enſemble d'un ſens plus raffis
pendant quelques heures. Il luy mit entre les mains le livre
Allemand , qu’il venoit de .compoſer ſur l’Algébre. Ce livre
ne contenoit que des queſtions toutes nuës , mais des plus
abſtraites, ſans explications. L’Auteur.en avoit uſé dela ſor
te,dans le deſſein d’éxercer le génie des Mathématiciens
d'Allemagne , auſquels elles étoient propoſées pour les exci..
ter â-y donner telles ſolutions qu'ils pourroient, La prompci
titude &c la facilite' avec laquelle M . Deſcartes donnoit les
ſolutions de celles .qui luy tomboient ſous la vûë en feüille..
tant, cauſa beaucoup &étonnement à Faulhaber. Mais il
fut bien plus ſurpris de luy entendre ajoûter en même têms
les régles 8c les théorémes .généraux qui devoient ſervir à
la ſolution véritable de ces ſortes de queſtions , 8c de tou..
tes les autres de même nature. Cette nouveauté luy ſit
prendre le change : il eut aſſez dîngénuitépour reconnoî
tre ſon ignorance dans la lûpart des choſes que M. Def:
cartes luy faiſoit voir , 8( il uy demanda ſon amitié avec em
preſſement.
Il arriva dans le même têms qu'un Mathématic-ien de
Nuremberg nommé Pierre Roten fit paroitre les ſolutions
qu’il avoit trouvées aux queſtions propoſées dans le livre de
Faulhaber.. Roten our uy rendre la pareille , ajoûta au
bout de les répon es d'autres queſtions nouvelles ſans ex_
plication : 8c convia Faulhaber de les réſoudre. Celuy-cy
trouvant que la difficulté deces queſtions étoit extraordinai
re , communiqua la choſe à M. Deſcartes , 8c le pria de
-vouloir entrer en ſociété de travail avec luy.. M. Deſcartes
ne putluy refuſer cette honnêteté. Le ſuccez aveclequel il
liij le
70 LA.VIE DE M. .DESCAILTEL
1-6 z o. le tira d’embarras, acheva de le convaincre qu’il n'y avoit'
Q
" point de difficultez aPépreuve du puiſſant Génie de ce jeune
'IF-id- P-79- homme. ' que ce ſur dans le même têms uîe M.-Defî.
On prétend
8…" cartes 'découvrit par le moyen d'une Parabole 'ſiart de con..
ſtruire d'une maniere gcnérale toutes ſortes de Problemes
ſolides, réduits à une Equation de trois ou uatre dimen_
ſions. C'eſt ce u"il a expliqué long-.têms apr s- dans le croi,
Bic. m. Pag- ſiéme livre de a Géométrie.
’-" fin Ildemcura en Soüabe
duquel il ~rit juſqu'au
le chemin mois depour
de Bavière Septembreſiurla
paſſer enîAuñ-ſſ
triche. Son eſiëin étoit ap aremment' de voir la Cour de*
Vienne, 8c d'y rejoindre la uite des Ambaſſadeurs de Fran.;
ce, qui devaient aflèr en Hongrie pour .conférer avec le'
Prince Betlen G r ſur les moyens d"un accommodement'
lipſtmp' Th avec PEmpereur. Cette opinion ne ſouffre pasgrande czlifficul-~
rl_ 8m' te, ſi l’on ſup-poſe avec quelques Auteurs ,. que M. Deſcartes
renonça entiérement à la profeſſion des armes durant ſon'
ſéjour à Ulm ,. lorſqu'il eut* appris- que le Ducv de~ Bavière,,
nonobſtant
lſiaiſſoit, le traité
pas de' faire fait avec ſes
marcher es troupes
Princes- CarTc-ſhæzzdan: , ne
contre lffîlecteur'
Palatin- en Bohème. Mais s'il eſt vray qu’il s'eſt trouve' à la. _
fameuſe bataille de Prague, comme Paſſurent d'autres Au..
Borel vit- teurs ,. il eſt croiable qu’au lieu de ſuivre l'es Ambaſſadeurs ,L
:JH: °°‘"' il ſera retourné de la. ville de Vienne droit au camp du Duc:
de Bavière,
Ce Prince avoit déja réduit tous l'es Proteſtans rebelles-ï
d'Autriche ſous Pobéïflance de l'Empereur. Il étoit' entré'
depuis. en Bohème: 8c a. ant. joint ſon armée avec celle dut
*Comte de Bucquoy ,., il avoit déja remis' dans le' devoir
quantité de villes 8c de places , lorſque Mz. Deſcartes arriva
prés de lu-yJl n'était pas le ſeul des jeunes Gentils—hommes~
Les plus zpñ Franlgois qui eût' la curioſitéï de voir la fin de cette tragiñ
?arms étoimr que ce'-ne ,4 que' devoitrepreſſenter le nouveau Rzoy de Boliéñ
ÎÆÏÎÆÎËRÈ” me C. Palaxin.- Pluſieurs Y alloient pour apprendre le
ä: ä comzè \métier de la guerre,.particuliéremenr ſous le Comte de Buc
fflouî* quo ..Mais M. Deſcartes u-i avoit d'autres vûës , &qui ne~
Èî; cheryclioit qu'à connoître (le genre humain dans toutes ſes
Maur-P m. cataſtrophes ,3 ſe contentoitde vouloir être le ſpectateur des'
P” autres, 'î Les
LIVRE I. CHAPITREXIV. 7!
Les affaires des Bohémiens baiſſoient deplus en plus, non I 620.
ſeulement par la jonction des deux armées Impériale 8c Ba —
varoilè qui faiſoient un corps de 5oooo hommes vers le
Midy: mais auffi par la deſcente que PElecteur de Saxe ve
noit de faire avec zoooo hommes du côte' du Septentrion.
Cet Electeur qui avoit refuſé la couronne de Bohéme auffi..
bien que le Duc de Baviere avant qu’on l'eût préſentée à
~l'Electeur Palatin , avoit été chargé par l'Empereur de
Téxécution .du ban Impérial public' contre les Rebelles. Il
étoit d'ailleurs mal ſatisfait de Plîlecteur Palatin , qui n'ais/oit
pas déféré à ſes avis, niâ ceux de l'Aſſemblée de Mulhau..
ſen , touchant le déſiſtement de cette Couronne qu'on luy
avoit conſeillé. En un mot il étoit le Chef des Luthériens
.de la Confeffion d'Auíbourg, qui comme les Catholiques
ne pouvoient ſouffrir que les Calviniſtes ſe rendiflënt les
,Maîtres d'un Royaume &c de trois grandes Provin-ces par
~vove d’uſurpation,
' 'Il avoit déja réduit toute la Luſace , lorſque le Duc de
' 'Baviére 8c le Comte de Bucquoy aprés avoir pris quatorze M. de Il.
.ou quinze ville-sde la Bohéme , ſe mirent ſur la route de Jul. El. Pala
latine p. x65
Pragueo parce que la ſaiſon déja avancée 8L fort rude ne .R ſcqq.
_permettoit pas qu'ils samuſaſſent plus long-tems à former
_des ſiéges, Le Samedy vn. du mois de Novembre , ils ſe
Irouvérent a la portée du canon prés de l'armée de Bohé_
me qui les avoit cotoyez dans leur marche : 8c ils s'appro_
chérent de la ville de Prague à une demiñlieuë de diſtance.
'Le lendemain Dimanche octave de la Touſſaints, l'armée de
Bohéme qui s’étoit avancée à un petit quart de lieuë de
Prague, ſe campa ſur un poſte aſſez élevé, Le deſſein de l'E
lecteur Palatin n’étoit autre que dedemeurer ſur la déſenſi
ve, parce que ſes troupes angmentées de dix mille Hongrois
.que luy avoit envoyez Betlen Gabor ,étoient encore beau
.coup inférieures à celles des Impériaux. î
Le Duc de Baviére , 8L le Comte de Bucquoy en litiére
d’une bleſſure qu'il avoit reqûë le Mercredy d'auparavant,
voyant l'ennemi campé ſi avantageuſement, 8c ſi bien déter
miné à ſe battre , tinrent conſeil pour délibérer ſi l'on pré—
ſenteroit la bataille. Les avis alloient à ne rien hazarder, Le P. Domi
nique J'Ai-z
lorſque leCarme déchauſſé qui avoit apporté l'épée benie :agen:
3U.
x

72 LAVIE DE M.DÉscAitTEs.
1 6 z o_ au Duc de Bavière de la Plrt du Pape ,. entra dans le Con
...-——-— ſeil comme un homtneinſpiré, 8c promit lavictoire d'un ton
auſii aſſuré , que s'il en eût eu parole de Dieu même. De
ſorte qu'après avoir envoyé reconnaître les avenuës 8c les
ljesaſſages par, Où
beſoins l'on pourroit
l'armée attaquer
fut rangée , 8c manière
de telle ſe dégager ſelon
, que le

Duc de Baviere tenoit l'aile droite avec le Baron de Tilly.


èâſlcfä: ſon Maréchal de camp général 1' :' 8c le Comte de Bucq-uoy
a Général_ ' aſſis tout arme' dans ſa litière tenoit la gauche avecTiefl-'em
bach Maréchal de camp général de ſes trot es. Le corps de
Míſ- df? T" reſerve après l'arriere-garde étoit compoſé eCroates-Scdî
ghîglfelii Bo taliens. Mais l'armée étoit ſans canons ,. au lieu que celle des
11cm- M- Fr- Bohèmiens en avoit dix.
P' 4"' "“' Le Père Carme s’ètoit' mis a la tête de Pavanngarde le
gimp 1:3' Crucifix à la main pour animer les ſoldats. Mais elle fut
bciliſizdî, chargée ſi rudement par les Bohèmiens ,. que les bataillons
8c les eſcadrons furent rompus d'abord malgrè la prévoyan
ce du Baron de Till . Le Comte de Bucquoy voyantle dè
ſordre que cauſoit l'artillerie ennemie ur les Bavaroisñ,,
qui commençoient a plier à 'aile gauche ,. ſortitîde ſa litière
tout bleſſé 8c tout malade qu'il étoit, monta à cheval; dèñ-ñ
gagea le Baron de Tilly, remit le courage aux- Soldats z
changea l'ordre des bataillons, joignit tous les eſcadrons
en un corps-z ſe mit a leur tête -, &c ſecondé du Duc de Ba
vière qui avoit paſſé à l'aile droite , il dèfit l'ennemi' entiè;
.rement, prit les dix. pièces de canon , x35 enſeignes , ſans
conter le camp entier avec tout le bagage. L’Eiec'—
teur Palatin avec pluſieurs Seigneurs de ſon parti ſe ſauva
dans la vieille Prague ,ôc dès la nuit ſuivante il ſortit avec ſa
femme &ſes enſans pour ſe retirer en' Silèſie.- Il y eut ;ooo
hommes- tuez ſur la place , zooo noïez. dans la rivière de
Molde , 8c pluſieurs Faits priſonniers. Les deux Généraux
Catholi ues qui
avancercleur n'avaient
infanterie perdu
contre que 400 de
les murailles hommes
la ville,firent
ſur le
Pfïguïïff JF'- ſoir. Les Habitans d.:s—v trois villes ſſoſiérent ſe' hazarder à
“f” m m" ſoûtenir un ſiège.. De ſorte que dés le lendemain ils ouvri
y villes.
rent les portes au Duc de. Bavière , ê( au Comte de Buc
quoy,, qui après une entrèe ſolennelle allèrent aux Capuñ'
Cins chanter le Te Drum.
M. Dei;
LIVRE I. CHAPITRE XIV. 73
M; Deſcartes ſuivoit les victorieux par tout: 8C quoy que 1620,
nous ne ſçachions pas s'il avoit contribué à cette victoire ,
nous ne fpouvons douter qu’il n’y ait eu part , conſervant:
toujours a qualité de ſoldat Volontaire ſous le Duc de Ba_
viére. Aprés l'entrée des victorieux, on tint les portes des
trois villes fermées pendant ſix jours , pour faire la recher
che des principaux auteurs dela rebellion : &on ne leur ac
corda que la vie. Les Luthériens de la Confeſſion d'Au
\bourg y furent maintenus comme les Catholiques: mais on
ôta aux Picards ou Picardites, deſt-a-dire aux Calviniſtes,
le libre éxercice de leur Religion , 8c on travailla d’autant
.plus à les humilier , qu’ils avoient paru plus zélez que les
autres dans ſélection du Palatin. Les villes de Bohéme qui
rreſtoient au nombre de quarante du côté des Rebelles, vin
rent apporter leurs clefs à l'envi. Il ne demeura que celles
de Tabor 8c de Piltſen , où le bâtard de Mansfeld comman
doit avec de fortes garniſons. On établit le ,Baron de Til
_ly pour commander dans Prague avec ſix mille hommes.
Les Généraux voyant qu’il ne ſe préſentoir plus d’enne—
mi à combattre , ſe retirérent avec leurs troupes , a…
prés que les principaux Seigneurs de la couronne de Bo..
héme eurent prêté le ſerment de fidélité 8c dbbéïſſancei
?Empereur ,. entre les mains du Duc de Bavière, qui ſortit
de Pra ue le dix-huitième jour de Décembre , pour venir
paſſer ſe reſte de l'hiver a Munich.. Il ramena une partie
de ſes troupes en Bavière, 8c laiſſa l'autre dans la partie
méridionale de Bohéme , pour y prendre des quartiers
d'hiver
L’eſpace de ſix ſemai-nes pendant leſ uelles l'armée lm_
ériale ſéjourna danspour
Prague , fut p8c usviſiter
ue ſuffiſant
lſvlonſieur' Deſcartes rechercher ce qu’il Yà
avoit d’habiles gens dans» cette ville. Le têms que les autres
Soldats 8c les Officiers employoient a s'enrichir ſur les Re
belles abandonnez à leur pillage ,. fut pour luy une occa
ſion de loiſir 8c de liberté plus grande , pour vaquer à des
plaiſirs plus honnêtes, qu’il trouvoit dans l—a converſation
des curieux 8c des lcavans du lieu. La mémoire du fa.
meux TycOñBrahé y étoit toûjours vivante , 8c ſa réputa
~ K tion
74. LAVIEDE M.DESCARTES.
i620. tion y avoit été maintenue juſqu'alors dans un état auſſi
ï———-—— floriſſant, qu’elle étoit au têins de ſa mort, par les ſoins
Borcl. vit. de ſes héritiers, 8c particuliérenent de ſon illuſtre diſci
Cart. comp.
pig. 4. pleſjean Képler Mathéinaticien de l'Empereur. Monſieur
De cartes ne trouva rien de plus agréable durant ce ſe'
jour , que la converſation de ceux qui Pinformérent des
particularitez de la vie de _ce grand Aſtronome ,, qui étoit
venu autrefois de Danemarck s'habituer à Prague avec
toute ſa famille. Si nous en croyons uel ues Auteurs , il
prit un plaiſir ſenſible à entendre par er e ſes belles in.
ventions, 8c à voir ſes grandes machines que ſes héritiers
luy permirent d'examiner tout a loiſir. Ces deux circori.
ſtances rapportées par le ſieur Borel, paroîtront aſicz
lauſibles à ceux qui ſe contenteront de juger du fait par
a ſeule curioſité de Monſieur Deſcartes. Mais on les trou..
vera lus que douteuſes , lorſqu'elles ſeront éxaminées ſur
la verité de l'hiſtoire. Il eſt difficile que Monſieur Dei;
.cartes ait pû ſe procurer des conférences doctes &C cu.
rieuſes avec les enfans , ou les parens de Tyco , s'il eſt
vray qu’il n'en reſtoit point alors qui fuſſent en état de ré,
ondr~e à ſa curioſité , ou qui demeuraſſent actuellement
L'an 150i, a Prague. Tyco avoit laiſſe', en mourant ſix enfans qui ſe
portérent tous pour héritiers; 8c ils eurent ſoin de publier
quelques-uns de ſes ouvrages poſthumes , &c de les dédier
Gaſſ. de vit. en leur nom aux Empereurs Rodolphe 8C Ferdinand en
Tyc. p. 2.3i. mil ſix cent deux , 8c mil ſix cent vingt-ſix. Mais nous ap-.ñ
prenons d'un Mathématicien Saxon nommé \Vilhelmus
_)ohannis, que dés l'an mil ſix cent quinze , aprés avoir
fait toutes les enquêtes poſſibles dans la ville de Prague ſur les
fils 8C les filles de Tyco-Brahé, il n’av0it trouvé 'perſonne
qui eût pû luy en dire des nouvelles. Monſieur Deſcartes
nura-t-il été lus heureux dans ſes recherches P Il y avoit
alors un fils e Tyco richement pourvû en Bohéme: mais
il demeuroit en Province, De ſorte qu'il ne pouvoit reſter
Franc. Gaſ â Prague que le Baron de Tengnagel gendre de Tyco,
utb. Tcngna'. que*Mo-nſieur Deſcartes pût voir ſur les ſciences. Auſii
gclius. Tengnagel étoit-il homme de lettres , 8c Mathématicien;
niais je doute qu'étant demeuré fidelle à H-Zmpereucî- Ferï
man
LIVRELCHAPITRE XIV. 75
' 'dinand durant les troubles ,il fût demeuré dans Prague I610.
parmi les Rebelles,
Il eſt encore moins certain que Monſieur Deſcartes ait
eu la ſatisfaction de voir les machines 8c les inſtrumens de
P. Gaſſ. vit."
Tyco. La triſte deſtinée de ces machines ne nous permet Tyc. lib. 6.
reſque pas deà lePrague,
geDanemarck croire.» 8cTyco les avoit
de Prague au fait tranſddeorter
château Be png. ur. 8c
ſcq.
. nach. Il les avoit fait remener enſuite à Prague dans le
alais de l'Empereur , d'où on les avoit fait paſſer dans
"hôtel de Curtz.- Aprés la mort de Tyco , l'Empereur Ro
dolphe craignant qu’on n’en fit quelque aliénation , ou
quelque mauvais uſage , voulut en avoir la propriété pour
le prix de vingndeux mille écus d'or, qu'il paya aux Îériñ
tiers de T co. Et il y commit un Garde àgage,qui tint ce
grand tréſor ſi bien renferme" dans l'hôtel de Curtz, qu’il Détail hiſto
rique de ces
ne fut plus oſſible à perſonne dele voir, quelque qualité, Inſtrumens 8c
quelque merite , 8c quelque_v recommandation qu'on pût Machines au
liv. 1.. p. 4;,
apporter pour cela. C'eſt tout dire que Képlei* même, tout **ï *i*
privilégié qu’il étoit de la part de l'Empereur', de la part
de Tyco ,. 8c du côté de ſa profellion , s'eſt plaint amére
ment de n'avoir pas été plus favoriſé qu'un autre en ce
point. Ces machines demeurérent enſevelies de la ſorte
juſqu'aux-î troubles de Bohéme. L'armée de l’Electeut Pa Kcpl. Ep. ad
Hofmaun.
latin croyant mettre la main ſur un bien' ui étoit propre a lbid.
la Maiſon d'Autriche , les pilla comme es dépoüilles en_
nemies 5 en brila une partie z 8c en convertit une autre à
des uſages tout différens. Le reſte fut tellement diſtrait ,
qu'on n'a point pû ſçavoir de~puis ce que ſont' devenus tant
e précieux monumens.- Cette déſolation é_toit arrivée dés
l'an mil fix cent dixñneuf, de ſorte que Monſieur Deſcar
tes, qui n’entra dans Prague qu'en mil ſix cent vingt, ne
pourroit avoir vû ces machines que par une avanture mi
raculeuſe , dont nous demanderions un autre garant que le
ſieur Borel. Il eſt vray qu'on vint à bout de ſauver legrand
globe céleſte qui étoit d'airain : mais ce ne fut qu'en e re
tirant de Prague, d'où il fut emporté ſur l'heure à Neiſſä
en Siléſie, où on le mit en dépôt chez les Jéſuites. Il fut
enlevé treize ans aprés par Udalric fils de (Jhriſtiern Roy
' K ij de
76 LA VIE DE M. DESCARTES.
I 5 ² O- de Danemarcx , conduit à Coppenhague , 8c place' dans
"'--~'~ PACadémie ro ale. Il ſalloit donc mieux concerter la fiñ,
v” "3" ction touchant a curioſité de Monſieur Deſcartes à Prague,
pour la rendre plus vrayñſemblable.
Mais pour dire de luy des choſes plus certaines , nous
allons retourner à ce qui ſe paſſa dans ſon eſprit _ſur la fin
de Fannee précédente.

Fin du Prímier Livre.

LA
M' DESDCÎARTES.
?Zéèîâîíéèäîäîä
_LIVRE SECOND.
Contenant ce qui s'eſt paſſé depuis qu’il ſe fût
' défait des Préjugcz del'Ecolc, juſqu’à ſon
établiſſement en Hollande.

CHAPITRE PREMIER.
.Ou l'on reprend ſim lit/laire à la ſi” de l'an I6 I 9. Il /ê trou-ue
dans une eſſieu (le ſelituaí', qui luſfait naitre diverſe; penſées
[outre ce qui avoit été penſé; avant luy. 1l ſe bagarde à ſi' de'
peäiller de toute; les opinion: qu’il avoit reçuës juſqrfalorrlté
cie de quelques ſonger qu'il eut , avec leur explication. Il com.
mençeſizn traite' de: Olympiques , qu'il rfapeiut arlJe-Ue' depui).
P R 15's avoir rapporté de ſuite les affaires qui
ſe
M.ſont aſſéesl, en
Dellcpartes Allemagne
nous ſous les
nous ſommes faityeux de
un plus
. j», grand jour, pour excpoſer aux yeux des au_
* tres .ce qui ſe paſſa ans ſon eſprit , 8c dont
—~ — - il fut le ſeul acteur peu de têms aprés s'être
vengagé dans les troupes du Duc de Baviére. Nous avons
î K 11] remarque
78 IJA ViE DE M. DESCARTES.
I619. remarqué' qu'après avoir quitté ſur la fin de Septembre
de l'an 1619 la ville de Francford ,. où il avoit aſſiſté au'
couronnement de l'Empereur , il s'arrêta ſur les fron
tières de Bavière au mois d'Octobre , 8c qu’il commenñ
a la campagne ar ſe mettre en quartier d'hiver, Il
ſe trouva en un ieu ſi ècartè du commerce,ôcſi ufrèï
quentè de ens dont la converſation fût capable e le di—
vertirñ, qu'i s'y procura une ſolitude telle que ſon eſprit la
Dflcdela pouvoit avoir dans ſon état de vie ambulance. s'étant ainſi
Mèth. Part.; aſſure' des dehors , ê( par bonheur n'ayant d'ailleurs aucuns
p. u# ſcqq.
loins ni aucunes* paſſions au dedans qui puflènt le troubler ,
il demeuroit tout le jour enfermé ſeul dans un ' ëfle, où il'
avoit tout le loiſir de s'entretenir de ſes penſgrîs. Ce n'é——
toient d'abord que des prèludes d'imagination : 8c il ne de_
vint hardi que par dégrez en paſſant d'une enſèe a une
autre , a meſure qu'il ſentoit augmenter le p aiſir ue ſon
eſprit trouviit dans leur enchaînement. Une de celles qui
ſe prèſentèrent à lui des prèmières , fut de conſidérer qu’il
.ne ſe trouve point tant de perfection dans les ouvrages com-
poſez de' pluſieurs pièces 8c faits de la main de divers mai-
tres , que' dans ceux auſquels un" ſeul a travaillé; Il lui fut'
aiſè de trouver dequoi ſoutenir cette penſèe,non ſeulement
dans ce qui ſe void de l'Architecture ,. de la P~einture,.ôc des
!Bidñ- p. rz'. autres Arts ,où l’on remarque la difficulté qu'il y a de faire
8c 1-1.. quelque choſe d’a~c'compli en ne travaillant que ſur l’ouvra—
ge d'autrui ,. mais même dans—la police qui regarde le gou
vernement des Peuples ,. &t dans l'établiſſement de la Reli
gion qui eſt l'ouvrage de Dieu' ſeul,
Il appliqua enſuite cette penſèe aux Sciences,dont la con
noiſſance où les prèce tes ſe trouvent en dépôt dans les liñ
vres. Il sîimagina que liés Sciences , au moins celles dont les
raiſons ne' ſont que robables,.ôc qui n'ont aucunes démonſtra
tions , s'étant groſäes peu à peu des opinions de divers-Pare'
ticuliers ,. 8c ne ſe trouvant compoſées ue des rèflèxions
de pluſieurs Perſonnes d'un caractère d'eſprit tout diffèrent,
approchent moins de la vèritè , que les ſimples raiſonne
mens que peut faire naturellement un homme de .bon ſens
touchant les choſes qui ſe préſentent àlui. Dela il entreprit
de paſſerai-a Raiſon humaine avec la même penſèe. Ilficpn
L era
LIVRE Il'. CHAPITRE I. 79
ſidéra que pour avoir été enfans avant que d’être hommes, I 6 l 9.
8c pour nous être laiſſez gouverner long têms par nos ap_ ----ï
petits , 8c par nos maîtres, qui ſe ſont ſouvent trouvez con..
traires les uns aux autres , ' eſt preſque im oſiible que nos
'jugemens ſoient auſſi purs , auſſi ſolides qu’i S auroientété, ſi
nous avions eu l'uſage entier de nôtre raiſon dés le point de
nôtre naiſſance , 8c ſi nous n’avions jamais été conduits que
par elle.
La liberté qu'il donnoit à ſon génie ne rencontrant point
dbbſtacles, le conduiſoit inſenſiblement au renouvellement
de tous les anciens ſyſtèmes. Mais il ſe retint par la vuë de l’in—
.diſcrétion qu’il auroit blâmée dans un homme , qui auroit.
entre ris de 'etter par terre toutes les maiſons d’une ville ,
dans e ſeul eſſein de les rebâtir d'une autre maniere. Ced
. endant comme on ne trouve point à redire qu'un Particu
lier faſſe .abattre la ſienne lors qu'elle le menace d’une ruïñ
ne inévitable, pour la rétablir (ur des fondemens plus ſoli
des : il ſe perſuada qu’il y auroit en lui de la témérité avou
loir réformer le corps des ſciences ou l'ordre établi dans les
'Ecoles pour les enſeigner ;mais qu'on ne pourroit le blâmer
avec juſtice d'en faire l'épreuve ſur lui même ſans rien en
tre rendre ſur autruy. Ainſi il ſe réſolut une bonne fois de
ſe defaite de toutes les opinions u’il avoit re uës juſqu'à
lors, de les ôter entiérement de a créance , alisn d’y en ſub
ſtituer dëautres enſuite qui filſſent meilleures , ou d'y remet
tre les mêmes , aprés qu’il les auroit vérifiées , 8c qu’il les _
,auroit ajuſtées au niveau de la Róziſim. Il crut trouver en ce ma* P""“~'5
point les moiens de réüſiir à conduire ſa vie, beaucoup mieux
que s'il ne bâtiſſoit que ſur de vieux fondemens , ne s’ap_
privant que ſur les principes _qu’il s’étoit laiſſé donner dans ſa
premiére jeuneſſe, \ans avoir jamais éxaminé s'ils étoient vrays.
' Il prévoioit pourtant qu’un projet ſi hardi ô( ſi nouveau
ne ſeroit pas ſans difficultez, Mais il ſe flatoit que ces diffi
cultez ne ſeroient pas auſſi ſans remède: outre qu'elles ne mé
riteroient pas d'entrer en comparaiſon avec celles qui ſe
trouvcroient dans la reformation des moindres choſes qui
touchent le Public. Il mettoit une grande différence entre
ce qu’il entre
-lſiements pub 'çsrenoit
de cedemonde,
détruirequ’il
en lui même , 8c
comparoit les établil:
à de grands
C01'PS
80 LA' ViE DE M.) DÉscAMiEs.
i6r 9. corps, dont la chute ne peut être que tres-rude, ct qui ſont'
encore plus difficiles â relever quand ils ſont abatus , qu'à re_~
tenir quand ils ſont ébranlez. Il eſtimoit quewPuſage avoit:
adouci beaucoup de leurs imperfections ,. 8C qu'il en avoitim
ſenſiblement corrigé d'autres, beaucoup mieux que n’auroit'
pû faire la prudence du plus ſage desPO itiques ou des» Philo.,
ſophes… Il convenoit même que ces imperfections ſont enco-
re plus ſiipportables que ne ſeroit leur changement : de mê_
me que les grands chemins qui tournoïent entre des mon
tagnes, deviennent ſi unis 8c ſi commodes _aforce d'être ba—~
tus 8c fréquentez , qu'on ſc rendrait ridicule' de vouloir
rimper ſur les rochers , ou deſcendre dans les, précipices,
ous prétexte d'aller plus droit.. Son Cieſiè1n‘l1’ct0it‘ pas de
cette nature. Ses vuës ne s'étendoient pas alors juſqu'aux
intérêts du Public. Il ne -rétendoit point réformer autre
choſe que ſes propres pen ées ,Sc il ne ſongeoit a bâtir que'
dans un fonds qui fût tout à lui. En cas- de mauvais ſuccés ,1
il croioit ne pas riſquer beaucoup ,. puis que le pis qu’il ei?
arriveroit , ne pourroit être que la perte de ſon têms 8c de ſes
peines, qu’il ne jugeoit pas fort néceſſaires/au. bien dugenre
umain. .
Dans Ia nouvelle ardeur de ſés-réſolutions , il entre 'rit'
d’éxécuter la prémiére partie de ſes deſſeins gui ne conſiſtoit
qu'à détruire. C'étoit aſſurément la (plus acile des deux.
~Mais il- s'apper ut bien tôt qu’il i1'e pas auflî aiſé à un
homme de ſe dégire de ſes préjugez ,que de brûler ſa mai-
ſon. Il s’étoit déja préparé à ce renoncement dés le ſortir du'
collége .- il en avoit fait quelques eſſais prémiérement duñ-ñ
rant ſa retraitte du fauxbourg S. Germain àv Paris, 8C en
ſuite durant ſon ſéjour de Bîreda. Avec toutes ces diſpoſi—
tions , il n'eut pas moins à- ſouffrir , que s'il eût été* queſtion
de ſedépoüiller de ſoi-même, Il crût pourtant. en être venu
à bout. Et à dire vrai ,À c'était aſſez que ſon imagination lui
préſentât ſon eſprit tout nud , pour lui faire croire qu'il l'a
voit mis effectivement en cét etat. Il ne lui reſtoit que l'a
mour de l-a Vérité ,dont la ourſuitte devoir faire dîoréna-ñ
vant toute lîoccu ation de a vie. Ce fut la matière unique
des tourmens qu ll fit ſouffrir à ſon eſprit pour lors. Mais
l'es moyens de parvenir à, cette heureuſe conquête ne lui cau
' ſérent
LivuE II. CHAPITRE I; 8x
ſérent pas moins d’embarras que la fin, même. La rcchcr- _
che qu'il voulut faire de ces moiens , jetta lon eſprit dans I6l9
par une contention
de violentes continuelle
agitations où il le tenoit
, qui augmentérent de , plus
ſans en
ſouffrir
plus

que la promenade ni les compagnies y fiſſent diverſion. Il


le fatigua de telle ſorte que le feu luiprît au cerveau , 8c
qu’il tomba dans une eſpéce d'enthouſiaſme , qui diſpoſa
de telle maniére ſon eſprit déja abatu, qu’il le mit en état de _Cairn Olymp.
reçevoir les impreſſions des ſonges 8c des viſions. 'm' M"
Il nous ap rend que le dixiéme de Novembre mil fix
cent dix-neu , s'étant couché tout rempli de ſon entbozzſid me ,
8C tout occu é de la penſée d'a-voir trou-Dé ce jour là les
finale-vien; de ſcience ózdïnirable , il eut trois ſonges conſé—
cutifs en une ſeule nuit , qu’il S’imagina ne pouvoir être ve_ —
nus que d'enhaut. Aprés s'être endormi , ſon imagination ſe
ſentit frappée de la repréſentation de quelques fantômes
quiſe préſentérent à lui ,St qui l’épouvantérent de telle ſor
te ,' que croyant marcher par les ruës , il étoit obligé de ſe c… Olymp_
renverſer ſur le côté gauche pour. pouvoir avancer au lieu
où il vouloit aller, arce qu'il ſentoit une grande foibleſſe
au côté droit 'dont ne pouvoit ſe ſoutenir. Etant honteux
de marcher de la ſorte , il fit un effort pour ſe redreſſer:
mais il ſentit un vent impétueux qui l'emportant dans une
eſpéce de tourbillon lui fit faire trois ou quatre tours fiir le
pied gauche. Ce ne ſur pas encore ce qui l’épouvanta. La
difficulté qu'il avoit de ſe traîner faiſoit qu’il croioit tomber
à chaque pas , juſqu'à ce qu'ayant apperçû un Collége ou
vert ſurſon chemin, il entra dedans pour y trouver une re—
, traite , 8c un reméde à ſon mal. Il tacha de gagner l'Egliſe
du Collége , où ſa prémiére penſée étoit d'aller faire ſa pr1é—
re : mais s'étant apper u' qu’il avoit paſſé un homme de \à
connoiſſànce ſans e ſ uër, il voulut retourner ſur ſes pas
pour lui faire Civilité , 8c il fut repouſſé avec violence par le
vent uiſouffloit contre l'E liſe. Dans le même tems il vid
au mi ieu de la cour du col ége une autre erſonne qui l'agg
pella par (on nom en des termes civils &obllgeansz 8c lui 't
que s’il vouloit aller trouver Monſieur N. il avoit quelque
choſe àlui donner. M. Deſc. S’imagina que c’étoit un melon
qu'on avoit apporté de quelque païs étranger. Mais ce qlui~
e
82. LA VIE DE M.DESCARTES.
le ſurprit d’avantage, fut de voir que ceux qui ſe raſſembloient
1619.
avec cette perſonne autour de lui pour s'entretenir , étoient
droits 8c fermes ſurleurs piedszquoi qu’il fût toujours courbé
8c chancelant ſur le même terrain , 8c que le vent qui avoit
penſé le renverſer pluſieurs fois eût beaucou diminué. Il
ſe réveilla ſur cette imagination , &ilſentità ’heure même
une douleur effective ,qui lui ſit craindre que ce ne fûtPopé_
ration de quelque mauvais génie qui l’auroit voulu ſédui
re. Auſſi-tôt il ſe retourna ſur le côté droit , car c’étoit ſur
le gauche qu’il s’étoit endormi, 8c qu’il avoit eu le ſonge.
Il fit une priére à Dieu pour demander d’être aranti du
mauvais effet de ſon ſonge, 8c d'être préſervé e tous les
malheurs ui pourroient le menacer en unition de ſes pe..
chez, qu’il1 reconnoiſſoit pouvoir étre a ez riefs pour atti
rer les foudres du ciel ſur ſa tête : quoiqu’i eût mené juſ
ques-la une vie aſſez irré rochable aux yeux des hommes.
Dans cette ſituationi ſe rendormit aprés un intervalle
de prés de deux heures dans des penſées diverſes ſur les biens
8c les maux de ce monde. Il lui vint auſſitôt un nouveau ſonge
dans lequel il crût entendre un bruit aigu &c éclatant qu’il
prit pour un coup de tonnére. La frayeur qu’il en eut le ré..
veilla ſur l'heure même :ôc ayant ouvert les yeux ,il apper.
ût beaucoup d’e’tincelles de feu répanduës par la chambre.
a choſe lui étoit déja ſouvent arrivée en d'autres têms : 8c
il ne lui étoit pas fort extraordinaire en ſe réveillant au mi
lieu de la nuit d'avoir les yeux aſſez étincellans , pour lui fai—
re entrevoir les objets les plus proches de lui. Mais en cette
derniére occaſion il voulut recourir à des raiſons priſes de la
Philoſophie : 8C il en tira des concluſions favorables pour
ſon eſprit , aprés avoir obſervé en ouvrant, puis en fermant
les yeux alternativement, la qualité des eſpéces qui lui étoient
repréſentées. Ainſi ſa frayeur ſe diflipa , 8c il ſe rendormit
dans un aſſez grand calme. .
Un moment aprés il eut un troiſiéme ſonge , qui n’eut rien
de terrible comme les deux premiers. Dans ce’dernier il trou
va un livre ſur ſa table, ſans ſçavoir qui l’y avoit mis. Ill’0u—
vrit, 8c voyant lque c’étoit un Difílotmdire , il en fut ravi dans
l'eſpérance qu" pourroit lui être fort utile. Dans le lnême
inſtant il ſe rencontra un autre livre ſous ſa ;nain ,qui ne lui
étoit
LIVRE II. CHAPITRE I. 83
étoit pas moins nouveau, ne ſqachant d'où il lui étoit venu. i619.
Il trouva que c'étoit un recuei des Poëſies de différens Au..
teurs , intitulé Corpus Poëtëzrum Sec. Il eut la curioſité d'y Diviſé en j.
livres ,impri
vouloir lire quelque choſe : 8c à l'ouverture du livre il tom mé à Lion 8c
ba ſur le vers Qu'a-d 'vita' ſeílalor iter! êcc. Au même moment à Ggnévc acc.
il apperçût un homme qu’il ne connoiſſoit pas , mais qui
lui préſenta une piéce de Vers , commençant par .Eſt ó
Non , 8c qui la lui vantoit comme une piéce excellente.
M. Deſcartes lui dit qu'il ſiÏavoit ce que c'étoit, 8c que cet.
te piéce étoit parmi les Idyl es d’Auſone qui ſe trouvoit dans
le gros Recüeil des Poëtes qui étoit ſur ſa table. Il voulut
la montrer lui même à cét homme: 8C il ſe mit à feuilleter
le livre dont il ſe vantoit de connoitre parfaitement l'ordre
8c Pœconomie. Pendant qu'il cherchoit l'endroit, l'homme lui
demanda où il avoit ris ce livre, 8c M. Deſcartes lui répondit
qu’il ne pouvoit lui ire commentil l'avoir eu : mais qu'un mo
ment auparavant il en avoit manié encore un autre qui venoit
de diſparoîtrqſans ſçavoir qui le lui avoit apporté, ni qui le lui
avoit repris. Il n'avoir pas achevé, qu’il revid paroître le livre
à l'autre bout de la table. Mais il trouva que ce Diflionnai
re n’étoit plus entier comme il l'avoir vû la prémiére fois.
Cependantil en vint aux Poëſies d’Auſone dans le Recueil
des Poëtes qu'il ſeüilletoit: 8c ne ouvant trouver la piéce
qui commence par Eſt Ô Non , il it à cét homme qu’il en
connoiſſoit une du même Poëte encore plus belle que cel
le là , 8c u’elle commençoit par virzeſictaber iterfLa
perſonne e pria de la lui montrer, 8c M. Deſcartes ſe met
toit en devoir de la chercher , lors qu'il tomba ſur divers
petits portraits gravez en taille douce :ce qui lui fit dire
que ce livre étoit ſort beau , mais qu’il n’étoit pas de la mê~
me impreſſion que celui qu’il connoiſſoit. Il en étoitlâ, lors
que les livres 8c l'homme diſparurent , 8c seffacérent de ſon
imagination , ſans néantmoins le réveiller. Ce qu'ily a de
ſingulier à remarquer , c'eſt que doutant ſi ce qu'il venoit
de voir étoit ſonge ou viſion , non ſeulement il décidaen
dormant que c'étoit un ſonge , mais il en fit encore Pinter
prétation avant que le ſommeil le quittât. Il jugea que le
Dictionnaire ne vouloir dire autre choſie que toutes les Scien
ces rantaſſées enſemble .- &t que le Recueil de Poëſies intitill..
Li é
84_ LAVXEDE M.DESCARTES.
1619. lé Corpus Poëtarum , marquoit en particulier 8c d'une manie'~
- re plus diſtinctze la Philo ophie 8c la Sageſſe jointes enſem.
ble_ Car il ne croioit pas qu'on dût s'étonner ſi fort de voir
que les Poëtes , même ceux qui ne font que-niaiſer , fuſſent
pleins de ſentences plus graves, plus ſenſées ,Sc mieux ex;
' rimèes que celles qui ſe trouvent dans les écrits des Phi..
lhſopheS. Ilattribuoit cette merveille a la divinité de l'En—
thouſiaſine, 8c à la force de Plmagination, qui fait ſortir les
iemences de la ſageſſe ( ui ſe trouvent dans l'eſprit de tous
les hommes comme les etincelles de feu dans les cailloux)
avec beaucoup plus de facilité 8c beaucoup plus de brillant
même , que ne peut faire la Raiſon dans les Philoſophes.
M. Deſcartes continuant d'interpreter ſon ſonge dans le
ſommeil , eſtimoit que la piéce de Vers ſur l'incertitude
du genre de vie qu'on doit choiſir,8c qui commençe par
Æad vita ſi-flalor iter , marquoit le bonconſeil d'uneCper
ſonne ſage , ou même la Théologie Morale. Là. deſſus , ou
tant s'il rèvoit ou s'il méditoit , il ſe réveilla ſans émotion:
8c continua les yeux ouverts , l'interprétation de ſon ſonge
ſur la même idée. Par les Poëtes raſſemblez dans le Recueil
1l entendoit la Révélation 8C l'Enthouſiaſme , dont il ne de—
ſeſpéroit pas de ſe voir favoriſé. Par la. pièce de Vers Eſt ó
Non,qui eſtle Ouy &cle Non de Pythagore , il comprenoit la
Vérité 8c la Fauſſeté dans les connoiſſances humaines , 8c les
ſciences profanes. Voyant que l'application de toutes ces
choſes réüffiſſoit ſi bien à ſon gré , il fut aſſez hardy pour
ſe perſuader, que c'ètoit l'Eſprit de Vérité qui avoit voulu
lui ouvrir les tréſors de toutes les ſciences par ce ſonge. Et
_aWñ—, _r!ſ.— _î-.…,
comme il ne lui reſtoit plus à expliquer que les petits Por
traits de taille-douce u’il avoit trouvez dans le ſecond li_
vre ,il n’en chercha [Jus l'explication aprés la viſite qu'un
'Peintre Italien lui rendit dés le lendemain.
Ce dernier ſonge qui n'avoir eu rien que de fort doux
8c de fort agréable, marquoit l'avenir ſelon luy : 8c iln'étoit
que pour ce qui devoit luy arriver dans le reſte de la vie.
Mais il prit les deux précèdens pour des avertiſſemens me
nacans touchant ſa vie paſſée , qui pouvoit n'avoir pas été
auſſi innocente devant Dieu ue devant les hommes. Et il
crut que c'ètoit la raiſon de (la terreur &c de l'èfroy dont
k
l ces
'LIVRE ll. CHAPITRE I. 85
ces deux ſonges étoient accompagnez. Le melon dont on I6r9.
vouloir lu faire préſent dans le prémier ſonge , ſignifioit ,
diſoit-il , ies charmes_ de la ſolitude , mais préſentez par des
ſollicitations" urement humaines. Le vent qui le ouſſoit A malo Spiri
vers l’Egliſe
n’étoit u collége
autre choſe que ,lelorſqu’il
mauvais avoit
Génieſimal
quiautâclioit
côte droit,
de le tu ad TH”
plum ;ar-Pelle
6M'
jetter par force dansun lieu, où ſon deſſein-étoit d’aller vo
lontairement. C'eſt pourquoy Dieu ne permit pas qu’il a_
vançât plus loin , 8c qu’il ſe laiſſât emporter même en un
lieu ſaint par un Eſprit qu’iln’avoit pas envoyé: quoy qu’il
fût trés-perſuadé que -Çeût été l'Eſprit de Dieu ui luy avoit
fait! faire les prémiéres démarches vers cette Egliſe. L’épou
vante dont il fut fra pé dans -le ſecond ſonge, mar uoit ,
à ſon ſens, ſa ſyndéreie, deſt-à-dire, les remords de acon—
ſcience touchant les péchez qu’il pouvoit avoir commis pen_
dant le cours de ſa vie ~ulqu’alors. La foudre dont il en,
rendit l'éclat,
cendoit ſiſiir luy étoit
pour lele ſignal de-YEſprit - de vérité qui deſ
poſſéder.
Cette derniére imagination tenoit aſſurément quelque
choſe de l’Enthouſiaſme :8: -elle nous porteroit volontiersâ
croire que M. Deſcartes auroit bû le ſoir avant que de ſe
coucher. En effet C'étoit la veille. vde ſaint. Martin , au ſoir
de laquelle on avoit coûtume de faire _la débauche au lieu
où' il étoit , comme en France. Mais il nous aſſure qu’il a_
voit paſſé le ſoir 8c toute la journée dans une grande ſo
briété , 8c qu’il y avoit trois mois entiers qu’il n'avoir bû de
vin. Il ajoûte ue le Génie qui excitoit en luy Penthouſiaſï
me dont il ſe entoit le cerveau éçhauffé depuis quelques
jours, luy avoit prédit ces ſonges avant que de ſe mettre au
lit, 8c que l'eſprit humain n’y avoit aucune part.
Qqoy qu’il en ſoit , Pimpreſiîon qui luy reſta de ces agita
tions, luy fit faire le lendemain diverſes réfléxions ſur le par_
ti quïldevoit prendre. L’embarras où il ſe trouva, le fit re_
courir à Dieu pour le prier de luy faire connoître ſa vo—
lonté , detvouloir l’éclairer . 8c le conduire dans la recher
che de la vérité. Il s’adreſſa enſuite à la ſainte Vierge pour
luy recommander cette affaire , qu’il 'ugeoit la plus impor
tante de ſa vie. Et pour tâcher d’intereſſer cette bien-heu
reuſe Mére de Dieu d'une maniére plus preſſante , il prit
L iij occaſion
x

K
86 LA ViE DE M. DESCARTES.
i 6 I 9-. occaſion du voyage qu’il méditoit enltalie dans peu de jours,
~ pour former le vœu d'un pélerinage à N ôtre-Dame de Lo
Olympic. rette. Son zéle alloit encore plus loin , 8'( il luy fit promet
Carteſ. ut tre que dés qu’il. ſeroit à Veniſe, il ſe mettroit en chemin
ſupr.
par terre,!pour faire le pélerinage à pied juſqu'à Lorette:
ue ſi ſes orces ne pouvoient pas fournir a cette fatigue ,
il prendroit au moins l'extérieur le plus dévot ô( le plus hu..
milié qu’il luy ſeroit oſiible pour s'en acquitter. Il préten
doit partir avant la n de Novembre pour ce voyage. Mais
il paroît que Dieu diſpoſa de ſes moyens d'une autre lnanié_
re qu'il ne les avoit propoſez. Il fallut remettre Paccompliſ.
ſement de ſon voeu à un autre têms , ayant été obligé de
différer ibn voyage d'Italie pour des raiſons que l'on n'a
point ſçeuës , ê( ne l'ayant entrepris qu'environ quatre ans
depuis cette réſolution. \
Son enthouſiaſme le quitta peu de jours aprés: &c quoi
que ſon eſprit eût repris ſon aſſiéte ordinaire , 8c fût rentré
dans ſon prémier calme, il n'en devint pas plus déciſif ſur
les réſolutions qu'il avoit à rendre. Le têms de ſon quar
tier d’hyver s'écouloit peu a peu dans la ſolitude de ſon
poëfle : &c pour la rendre moins ennuyeuſe ,il ſe mit à com
poſer un traité, qu-'il eſpéroit achever avant Pâques de l'an
162.0. Dés le mois de Février il ſongeoit â chercher des .Li
braires pour traiter avec eux de l'impreſſion de cet ouvrage.
Mais il y a beaucoup d'apparence que ce traité fut inter
rompu pour lors, 8C qu’il eſt toûjours demeuré imparfait
depuis ce têms-là. On aignoré juſqu'icy, ce que pouvoit être
ce traité ui n'a peut-être jamais eu de titre. Il eſt certain
que les 0 jmpiqnei ſont de la fin de i619 , 8c du commence
ment de i620 -, 8c qu'ils ont cela de commun avec le traité
dont il s'agit, qu'ils ne ſont pas achevez. Mais il y a ſi peu
d'ordre &L de liaiſon dans ce qui compoſe ces Olympiques
parmi ſes Manuſcrits, qu’il eſt aiſé de juger que M.Deſcar.
tes n'a jamais ſongé à en faire un traité régulier 8c ſuivi ,
moins encore à le rendre public.

UTM*
5K5
s
CHAP.
LlVBtEILCI-IAPlTREII. S7
i619.
I610
CHAPITRE II.
M, Deſcartes entend parler des Kofi-croix, ou Confríres de la
Reſt-croix. On lu] fizit croire que leur ſocieté n'a _pour but que
la recherche de lu vérité dans les [bo/ès naturelles, d~ la -Umye
ſcience. 1l ſeau/mito de les connaitre d* de conférer avec eux. Sit
curio [té Ô ſes ſoins devenus inutiles par l'impoſſibilité ou ilfier
d'en trouver aucun de cette ſecte. Il ſe met en cle-voir de ſhſtdſſèr
du ſheours d'attirer] pour l'exécution de fis deffiins.

A ſolitude de M. Deſcartes pendant cet hiver étoit


Ltoûjours fort entiére, principalementà l'égard des per
tonnes qui n’étoient point capables de fournir à ſes entre
tiens. Mais elle ne donnoit point l'excluſion de ſa chambre
aux curieux , qui ſçavoient parler de ſciences ,ou de nouvel
les de littérature. Ce fut dans les converſations de ces der
niers qu'il entenditdparler d'une Confrérie de Sçavans,éta—
bliedeenluAllemagne
res epuis
Reſt-croix. On luyquel
en Clituedes
tems ſous ſurprenans.
éloges le nom_de Pré:
On
Cartcſii. lib.
de ſtudio bo~
luy fit entendre que détoient des gens qui ſçavoient tout, m: mcutis.

8c u’ils promettoient aux hommes une nouvelle ſageſſe , num j. MS.


c’e -à-dire, la véritable ſcience qui n'avoir pas encore été
découverte. M. Deſcartes joignant toutes les choſes extraor
dinaires que les particuliers luy en apprenoient, avec lc
bruit ue cette nouvelle ſocieoé faiſoit par toute l'Allema
gne , e ſentit ébranlé. Luy qui faiſoit profeſſion de mépriſer lbidcm.
genéralement tous les Sçavans , parce qu'il n'en avoit jañ
mais connu qui fuſſent véritablement tels , il commença à
s’accuſer de précipitation 8c de témérité dans ſes juge;
menS.Il ſentit naître en luy-même les mouvemens d'une é-ñ
mulation dont il fut d'autant plus touché pour ces Roſeñ
croix , que la nouvelle luy en étoit venuë dans le têms de
ſon plus grand embarras touchant les moyens qu’il devoit
prendre pourlarecherche dela Vérité. Il ne crut pas devoir
demeurer dans l'indifférence àleur ſujet , parce( diſoit-il Dc Stud. B.
à ſon ami Muſée ) ue ſi c’étoient des impoſteurs , il n’étoit M* Id Mu
ſæum ibid.
pas juſte de les lai er joüir d'une réputation mal acquiſe aux
dépens
88 LA VIE \DE M.ñDEscARTEs.
dépens de la bonne foy des peuples ,ffëcfflque s'ils appor..
toient 'quelque choíèîde nouveau dans le monde qui valût
la peine d'être ſçâ, il auroit été maLhonnête aluy, de vou_
loir mépriſer toutes les ſciences, parmi leſquelles il s'en pour_
-roit trouver .uneùdont il auroit ignoré les fondemeris. Ilſe
mit donc en devoir de rechercher _quelqu’un de ces nou_
veaux >ſ avans., afin de pouvoir les connoître par luy-mè
me , 8c e conférer avec eux. A ropos de quoy j’eſtime qu’il
eſt bon de dire un mot de leur iiſtoire , pour la ſatisfaction
de ceuxqui n’en ont pas encore~ ou parler.
On pretend que le prémier FOnt. ateur de cette confrérie
des Roſe-croix étoit un Allemand né dés l'an 1378 , de pa.
G. Naud. th. rens fort pauvres , mais Gentils-hommes d’extraction. A
4.. n. a. tiré cinq ans on le mit dans un monaſtère où il apprit le Grec
de Jean Brin 8c le Latin. Etant ſorti du couvent â ſeize ans, il ſe joignit
gcm , 84e.
aquelques Magiciens pour apprendre leur art , 8c demeura
cinq ans 'avec eux: aprés quoy il ſe mit à' voyager prémiére
ment en Turquie, puis en Arabie. La il ſçeut qu’il y avoit
Ville chimé une petite ville nommée Damcar peu connuë dans le mon
rique. _de , 8c qui n’étoit habitée que par des Philoſophes , vivans
d'une façon un peu extraordinaire ,mais d’a‘illeurs trés-verſez
dans la connoiſſance dela Nature. Son hiſtoire , ou plûtôt ſon
roman écrit par Bringern, dit qu’il y fut reçeu par les habi
L'an 151;. tans du lieu avec beaucoup de Civilité, qu’on luy rendit tou
tes ſortes de bons .offices 5 8c qu’on luy fit un accueil auſſi
favorable ue celuy que les Brachmanes avoient fait au fa
meux Apo lonius de Tyaîne. on ajoûte que nôtre Allemand
y fut ſalué d’abord par ſon nom, quoy qu’il ne Peût encore
déclaré à perſonne , qui eſt une circonſtance copiée d’Apol—
lonius, 8C qu’on luy révéla beaucoup de choſes qui s’étoient
paſſées dans ſon monaſtère. pendant le, ſéjour d’onze années '
qu’il y avoit fait. Les habitans luy découvrirent qu’il y avoit
long-têms qu’ils l’attendoient chez eux, comme celuy qui
devoit être Pauteur d’une réformation générale dans l’Uni
vers. Ils Pinſtruiſirent enſuite ſur diverſes choſes , 8c luy com_
muniquérent la plûpart de leurs ſecrets, Aprés avoir demeu
ré trois ans parmi eux', il, quitta'. leur païs pour venir_ en Bar—
barie,_ &t s’arrêta dans la ville de Fez pourconférer avec les
Sages 8c les Cabaliſtes , dont cette ville étoit fort abondante.
De-lzL
t LIVRE II. CHAPITRE II.- 89
De là il paſſa en Eſpagne, d'où il ſe fit chaſſer pour avoir 161,9, l
voulu y jetter les fondemens de ſa nouvelle Réſormation. z óz o,
I1 fut obligéde ſe retirer en Allemagne, où il vêcut en Soli- —.———.
taire juſqu'à l'âge de 106 ans , au bout _deſquels on ſuppoſe
qu'il mourut ſans maladie. en i484.; ê: que ſon corps qui
demeura inconnu dans la grotte 'où il avoitvêcu , ſutdécou
vert ſix vingts ans aprés, 6( donna lieu àletabliſienient des
Fréres de la Roſe-croix , qui-ſev fit l'an i604. ~‘ >
On dit qu’ils n’étoient que quatre Confréres d'abord , 8c
qu'ils augmentérent enſuite juſqp 'au nombre' de huit. Une des
rémiéres choſes qu'on peut urïattribuer eſt ſans doute
lîinvention du Roman de leur Fondateur , 'arte 'quîrlsont
cru que les établiflèmens les plus célèbres ~ e ce' monde ſe
ſont attiré de la vénération 8c du crédit par des origines
fabuleuſes. Pour ne pas laiſſer leur fondation ſans miracle,
ils ſeignirent
éclairée d'unque
ſoleilla qui
grotte
étoitouauçlzonds
r' oſoitde
leur Fondateur
l'antre ',5 maisétoit'
qui
reçevoir ſa lumiére du Soleildu monde. Par ce moyen on dé..
couvroit toutes les raretez renfermées dans la rotte. Elles Naud. íbid
conſiſtoient en une platine de cuivre poſée (lit un autel PSV' 3"
rond, dans laquelle on liſoit A. C. R. C. 'vivant je meſhi: ré
ſerve' cét aóótîgé de lumiere peurſêpulelire: 6c en quatre figures
avec leurs in criptions, qui étoientlpour la prémiére , jamai:
vuidcs pour la ſeconde , le jeugde a le); pour la troiſiéme,
la liberté de [Evangiles pour la quatrième , la loire entiére- de
DiflLIl avoit auſſi des lampes ardentegvdes' onnettes , des
miroirs (le pluſieurs façons ,. des livres de diverſes ſortes, 8c
entflautres, le Dictionnaire des mots de Paracelſe , 8c le pe..
tit monde de leur Fondateur. Mais la plus remarquable de
toutes ces raretez, étoit une inſcription quilsaſſuroient a
voir trouvée ſous un vieux mur _, 8c qui portoit ces mots :
Aprés ſix 'vingt 2m: je ſi-ray démonte'. Ce 'qui déſignoit fort
nettementPan 1604. , qui c'ſt celuy de' leur établiſſement,
On n’eſt pas encore aujourd'hy trop bien informé de la
raiſon qui leur a ſait porter le nom de Ruſh-croix.. Mais ſans
s'arrêter aux conjectures ingénieules des Eſprits myſtérieux
ſur ce point , on peut s'en tenir à l'opinion de ceux quieſti..
ment qu'il leur eſt venu de leur Fondateur , uoyque ces Roſen-creme'
Confréres euſſent voulu perſuader au Public que eur Maitre
n'avoir pas de nom. ' ~ ~ M La_
90 LA ViE DE M. DESCARTES.
1519_ La fin de leur Inſtitut étoit la réformation générale du
I6zO monde , non pas dans la Religion , dans la police du gouver..
_ ' . nement, ou dans les moeurs 5 mais ſeulement dans les ſcien
ces : 8c ils s'obligeoient a garder le célibat. Ils embraſſoient
l'étude générale de la Phyſique dans toutes ſes arties: mais
ils faiſoient une profeſſion plus particulière de a Médecine
Thmiuurca 8L de la ChymieMichel Mayer qui a fait un livre des conſti
mp4_ 1,_ zz tutions de la Confrérie , ne leur donne que ſix Statuts gè
ſcqq- nèraux. Le prémier, de faire la médecine gratuitement our
tout le monde. Le ſecond , de s'habiller elon la mo e du
aïs où ils ſe trouveront. Le troiſième, de s'aſſembler tous
es ans une fois. Le quatrième , de choiſir des ſucceſſeurs ha..
biles 8c gens de bien a la place de ceux qui viendront àmou_
rir. Le cinquième, de rendre pour le cachet ou le ſi-;eau de
la Congrégation, les eux lettres capitales R. C. Le ſixié
me , de tenir la ſocieté ſecrete 8c cachée au moins pendant
cent ans. La Renommée a fait des gloſes ſur ces ſtatuts, qui
ont donné matière à une multitude de Traitez qui ſe ſont
faits pour 8c contre eux.
Ceux qui ont entrepris de les décrier comme des extra
vagans , des viſionnaires 8C des impies, leur ont attribué des
maximes fort étranges: 8c ils les ont fait paſſer pour une nou
velle ſectede Luthériens Paracelſiſtes.
Monſieur Deſcartes ne ſçavoit pas celuy de leurs ſta
tuts qui leur ordonnoit de ne point paroître ce qu'ils é.
toient devant le monde; de marcher en Public vêtus comme
les autres, de ne ſe découvrir ni dans leurs diſcours ,ni dans
aucunes de leurs manières de vivre. Ainſi l'on ne doit pas
s'étonner que toute ſa curioſité , 8c toutes ſes peines ayent été
15;”- 3°“- inutiles dans les recherches qu'il fit ſur ce ſujet. Il ne luy
cſimfflmct' fut pas poſiible de découvrir un ſeul homme qui ſe déclarât
de cette Confrérie , ou qui fut même ſoupçonné d'en être.
Peu s'en falut qu'il ne mit la ſocieté au rang des chimères.
Mais il en fut empêché par l'éclat que faiſoit le grand nom
bre des écrits Apologèti ues , qu'on avoit publié juſqu'alors,
8c qu'on continua de mu tiplier encore depuis en faveur de
~ ces Roſe—croix tant en Latin qu'en Allemand. Il ne crut pas
devoir s'en rapporter à tous ces écrits, ſoit parce que \ſon
inclination le portoit à prendre ces nouveaux Sçavans pour
des
LIVRE ILCHAPITRE II. 91
des impoſteurs, ſoit parce qu’ayant renoncé aux livres ,il I 6 2. o.
vouloit faccoûtumer a ne juger de rien que ſur le témoigna_
ge de ſes yeux 8c de ſes oreilles, &ſur ſa ropre expérience.
Ceſt pourquoy il n'a (Point fait dlfflculte de dire quelques Dean” M
annéesaprés , qu’il ne çavoit. rien des Roſe-croix: 8c il fut ~ ' ~
auſſi ſur ris. que ſes amis- de Paris- , lorſqu ,-étant de retour en R511_
N' . Pſ3:-il'.h
cette vi le l'an i623 , il apprit que ſon ſéjour d'Allemagne MélLdcDcſi
luy avoit valu la réputation d'être de la Confrérie des Roſe- “m”
croix.
Se voyant ainſi déchû de Peſpérance qu’il avoit euë, de
trouver . uelqu’un qui fût en état de le ſoulager dans la re_
cherche de la Vérité , il retomba dans ſesjprémiers embarras.
Il paſſa le reſte de l'hiver 8c le carême ur les frontières de
Baviére dans ſes irréſolutions, ſe croyant bien délivré des ‘ '
préjugez de ſon éducation 8c des livres , 8c sentretenanrñ
toûjours du deſſein de bâtir tout de neuf. Mais quoyque cet
état d'incertitude dont ſon eſprit étoit agité , luy rendit les
difficultez de ſon deſſein plus ſenſibles que s'il eût pris d’a—
bord ſa réſolution , il ne ſe laiſſa jamais tomber dans le dé
coura ement. Il ſe ſoûtenoit toûjours par le ſuccez avec le
quel i ſ avoit ajuſter les ſecrets de la Nature aux ré les de I _. _
la Mathématique à meſure qu’il faiſoit quelque nouve Ie de'- n'i',°:;‘,uîi’°“
couverte dans la Phyſique. Ces occupations le garantirent myſieria c5.
des chagrins 8c des autres mauvais effets de Poiſiveté , 8c “TE” “H .
elles le ménérent juſqu’au têms que le Duc de Baviére fit .îâîſcäj , :J
avancer ſes troupes verslaSoüabe. Il les ſuivit, comme nous triuſauc 3r
l'avons rapporté ailleurs, illes quitta pour venir à Ulm, :ÏÏÎJÏÊIË-;Ïrí
où il aſſa les mois dejuilletôc d'Août avec une partie de poſſc, auſus
ceux eJuin 8c de Septembre. De là il fut en Autriche voir êſàſPïlïíe-E_
la Cour de l'Empereur, aprés quoy il alla rejoindre l'armée PÎJÈÏLJÊ,
du Duc de Baviére en Bohéme , 8c entra avec elle dans la
ville de Prague , où il demeura juſqu'au milieu du mois de
Décembre.
Il prit enſuiteiſon quartier d'hiver avec une partie des
troupes que le Duc de Baviére laiſſa ſur les extrémitez de
la Bohéme méridionale en retournant à Munich. Il ſe re
mit à ſes méditations ordinaires ſur la Nature , séxerçant
aux préludes de ſes grands deſſeins , &t profitant de l’a
Vantage qu’il avoit de pouvoir vivre ſeul au milieu de
M ij ceux
9z LA VIE DE M. DESCARTES:
ceux à qui il ne pouvoit envier la liberté de boire 8c dg
joüer, tant qu’ils luy laiſſoient celle d'étudier en retraite,

CHAPITRE III.
M, Deſert-erre: pqffi- dan: la; troupe: du Comte. de Barque] pour
.aller en Hongrie'. Em; de ce paix depui; la révolte de: Han..
gro” ſou: 1.1 conduite de Betlen Gabor. Aprés la mort du Com
tc' de Barqtæj , il quitte entiérement l'armée. Sïleſi era] qu’il
aitſtïrvi mum lc Turc?

r 6 2 I. ;R Deſcartes ſe trouvoit toujours embarraſſé dans ſes


----~ irréſolutions, ne ſea-chant encore à quoy ſe détermiñ
ner lui' le Choix d'un genre de vie qui fût propre pour Péxé..
cution de ſes deſſeins, Il en remit la déciſion à une autre
fois z &pour tâclier de faire quelque diverſion à ſes inquie'.
tudcs , il reprit le mouſquet dans la réſolution de faire enco
re une campagne. Le bruit que les troubles de Hongrie a.
voient fait au camp des Bavarois l'année Précédente, &c ce
qu’il en avoit pû apprendre des Hongrois même , qui s'ex
' :aient trouvez à la bataille de Prague p-armi les troupes [m1
,Charm in E_ pedales, luy _fit naître Pehvie de Pallet en Hongrie ,i 8c de
Pi-uphcaneſ_ prencre parti dans l armee de llîmpereur qui marchoit con.,
Borel. comp. tre les rebelles. Il quitta le ſervice du Duc de Baviére pour
1:;cfîſfſï' aller en Moravie, où le Comte de Bucquoy-incontinent a_
czgſſ_ E193_ prés le rétabliſſement de (Since, s’etoit_mis en devoir de
' réduire les villes qui reſtoient de IJ. faction de Plîlecteur
Palatin. Il Palla trouver à Hradiicli ville ſur la Moi-ave
que ce Comte venoit de prendre , aprés un ſiege de peu
de jours, &qui avoit ſervi juſqueSJà de lieu de Communica..
tion entre les rebelles de Hongrie, 8c ceux de Bohéme pour
ſe ſecourir mutuellement contre l’Empereur Ferdinand. Il
Ïengagea aux conditions des Volontaires vers la fin de Mars
obuféîî” cle Pan 162.1 dans les troupes de ce Général , qui attendoit I'll;
Béſhfmc Ba] ſuë de la conférence de Hainbourgfflrocurée le 2.5 dejanvier
rqn dc Scllcs- par les Ambaſſadeurs de France* ,entre Betlen Gabor 8c les
L ^“b°ſP‘“° Etats de Hongriedune part ', 6c PEmPereur qui étoit Roy
Abbé de , , , . ,
Prtaux. lcgitime de Hongrie delautre.
Pour
LIVRE ILCHAPITRE III. '93'
Pour mieux entrer dans l'intelligence des affaires des uns i6 2. r.
Z( des autres , il faut ſçavoir quelque choſe des troubles ſur- --——-—
venus en Hongrie peu de têms aprés la naiſſance de ceux
de Bohéme. Betlen Gabor ou Ga rielBethlem, Hongrois
d'origine , Grec de Reli ~on , s'étoit emparé de la Princi_
auté de Tranſilvanie , äont il avoit dépouillé Batori par
l'aſſiſtance des Turcs. Pour pouvoir jouïr de ſon uſurpation Edict Fer:
avec plus d'aſſurance ô( de repos, il avoit fait avec l'Empe— MÏPÈ îd'
:-eur Mathias en 1615 un Traitté de paix, où lui ô( les Etats ;ÏZIIILUIÛE-x.
de Tranſilvanie reconnoiſſoient cét Empereur pour légiti_ 1° ‘- dïMmq'
me Roy de Hongrie, ô( promettoient de Paffiſter en toutes
choſes , lui 8c ſes ſucceſſeurs au royaume de Hongrie. Il a_ M. F. c. e. œ
voit paſſé un autre Traitté tout ſemblable l'an 1619 avec 7* ²n~ 161,»
Ferdinand légitime ſucceſſeur de Mathias. Mais ayant ou- "ſixſhſi
blié tous ſes ſermens quelques mois aprés , il ne fit pas diffi
culté de prendre ſous ſa protection les ſéditieux ê( les mé
contens de Hongrie. Il fit plus , car s'étant aſſuré de la fa.
veur du Grand Seigneur, dont il étoit vaſſal , 8c ayant fait
une ligue offenſive 8c défenſive avec les Directeurs de Bohé
me , deſt-à-dire, avec les Rebelles qui avoient élû le Palatin
our leur Roy ,ilentra ſur la fin du mois d'Août 1619 dans
la haute Hongrie avec une groſſe armée : ê( prit la ville de
Caſſovie le cinquiéme de Septembre. L'épouvante y fiit ſi
rande que la plupart des villes lui apporterent les clefs : 8C
fes Etats de la haute Hongrie ſe mirent ſous ſa puiſſance, à
condition qu’il les maintiendroit dans leurs priviléges. Au
mois 'd'Octobre il fit avancer ſon armée vers P-reſbourg , 8c
envoya dix mille Tranſilvains au Comte de la Tour Géné..
ral des trou es rebelles de Bohéme. Il obligea la ville de
Prcſbourg de ſe rendre par une capitulation ſignée le 2.0
d'Octobre 5 ſe fit déclarer Prince de Hongrie par les Grands
du Royaume, ê( ermit la liberté de Religion par tout. Au
commençement e l'année 162.0 , fiurent dreſſez les articles
d'une confédération entre luy , les Etats de Hongrie 8c de
. Tranſilvanie d'une part, 6c PEIecteUL-.Palatin, les Etats de
Bohéme 'St des Provincesincorporées , de l'autre. Ils furent
arrêtez le troiſième janvier au château de Prague , ſigne-za
Preſbourg le r5 du même mois, 8( ratifiez à Prague le If
d'Avril ſuivant. Dans le même têms l'Empereur qui cachait
' M iij &épargner
94. LA VIEDE M. DESCARTES.
IGLL d'a-épargner le ſang des Hongrois qui lui étoient demeurez
_"-—- fideles , 8c qui craignoit que le Turc ne voulût profiter de
ces deſordres, fit une tréve avec Betlen Gabor pour faire
ceſſer tout acte d'hoſtilité juſqu’au jour de ſaint Michel. Pen
dant la tréve, les Etats de Hongrie , ſous prétexte d’aviſer
aux moyens de remettre tout le Ro aume ſous l'obéiſſance de
l'Empereur, tin rent une Diéte générale à Neuhauſel au com_
Il rétoit fait mençement dîîluillet. La délibération fut qu’on cômenqeroit
décllrcl Roy
dés lc :.5
la guerre à la n de la Tréve , 8c que le Prince Betlen eroit
d'Août 162.0. couronné Roy de Hongrie au mois d'Octobre. La tréve finie,
Ibib. p. x9. Betlen porta la guerre ſur les confins de l'Autriche, &mit le
tom. 7.
ſiége devant Hainbour , qu’il prit aprés lamort du Comte
de Dampierre Généra des troupes Impériales tué devant
Preſbourg ,où il étoit allé mettre le ſiége pour faire diver
ſion à celui de Hainbourg. Ayant ap ris que les Ambaſſa
deurs de France étoient partis le 16 clzOctobre pour traitter
un accommodement entre l'Empereur 8c lui, il envo a au
Pag. 409.!. 6. devant d'eux 400 Cavaliers , puis zoo Gentilshommes, es re.
du Mcrc. Fr. cût magnifiquement , 8c leur donna deux audiences dont on
n'a 'amais ſ le réſultat. Mais étant retournez à Vienne ,
ils firent arreter entre cinq Députez de l'Empereur 8c ſix du
Prince Betlen une conférence aHainbourg où ils devoient
ſe trouver auſſi , 8c la firent aſſigner au 25 deJanvier 162.1.
Pendant la tenuë de cette conférence , les deux armées
ne Iaiſſoient as d'agir l'une contre l'autre, 8c (è battoient
ſouvent avec beaucoup de perte de partêc d'autre, lorſqu'el
les ſe rencontroient en corps détachez. Mais Betlen voyant
les Grands de ſon parti ébranlez ar les triſtes nouvelles de
la défaite du Prince Palatin 8c es Confiédérez de Bohé
me , 8c ne contant pas trop ſur l'iſſue: favorable de la con
férence de Hainbourg , ſortit de Preſbourg , 8c emportaïla
couronne avec lui. Il ſe retira d'abord a Tirnaw ,Sc delà à
Alteſol ſur la riviere de Gran. Le 7. d'Avril ,l'Empereur en_
voia ſes conditions de paix à la conférence pour être offer
tes au Prince Betlen. Elles portoient qu’on lui laiſſeroit le
titre de Prince de Hongrie , avec un revenu de 100000 florins
8C roo mares d'argent par an. Betlen témoigna qu’il étoit
content d'accepter ces conditions , pourvû n'on lui donnät
Caſſovie , avec certain nombre de villes de uretc'. Il deman~
doit —
LIVRE II. CHAPITRE III. 95
doit outre cela ue l'Empereur pardonnât généralement :l 162i.
tous les Conféderez de quelque Province qu'ils fuſſent , et
ne ſit aucune recherche du paſſé. L'Empereur rejetta cet
te propoſition : ſur ſon refus la conférence de Hainbourg
fut rompuë avec la Tréve qu'on avoit renoüée 8c prolongée
juſqu'alors , de ſorte que rien n'empêcha plus le Comte de
Bucquoy d'entrer en Hongrie.
M. Deſcartes le ſuivit au paſſage dela Morave,qu'il fit
au mois d'Avril pour aller inveſtir Preſbourg avec une ar
mée de zzooo hommes. Le Prince Betlen qui avoit laiſſé une
forte garniſon dans le château de la Ville , ayant pourvû
aux munitions de Tirnaur , de Neuhauſel , 8c des autres
Places principales , ſe retira à Caſſovie , 8c y emporta la cou
ronne de Hongrie. La ville de Preſbourg ſe rendit le 2 de
May , 8c le château huit jours aprés. Le Comte de Bucquoy
aprés avoir fait conduire les Hongrois qui étoient dans la
citadelle à Neuhauſel , 8c les Allemans en Moravie , mit
une garniſon Impériale dans Preſbourg, 8c fit marcher ſon
armee devant TirnaW , qui ne réſiſta point longtêms , non
plus que les villes 8c laces de S. Georges , de Moder , de
Peſing , de RoſendorfP, &Altembouíg , 8c quelques autres
ſur les deux rives du Danube , qui urent réduites en peu
de têms avec tonte l'Ifle de Schut. Lot. Crafſ. in
On prétend que M . Deſcartes ſe ſignala dans ces expe' R.Carr. cl.
ditions , 8c u’il y acquit de la réputation. La choſe n'eſt pas L. Moret. in
Dictionar.
tout-â-fait ors d'ap arence , mais il auroit été bon que Hiſt. Bec.
nous Peuſiions appri e de lui même, oude quelque Auteur
attaché uniquement a la vérité de l'hiſtoire , lûtôt que de
ſes Panégyriſtes qui peuvent l'avoir devinée ans la penſée
de lui faire honneur. je crois qu'il faut s'en tenir à ſes in
tentions , qui n’étoient de chercher ni la gloire ni la fortu
ne dans la profeſſion des armes , mais de parvenir de plus
en plus à la connoiſlancedes hommes, 8c du reſte de la Na
ture.
Le Comte de Bucquoy , n'eut as ſi bon marché du ſiége Artus in M.
de N euhauſel , qui penſa ruiner e parti de l'Empereur en Gallo-Belg.
Rich. an M.
Hongrie. Les Impériaux eurent d'abord quelques avanta F. r. 7. p.751.
ges dans leurs approches ; 8c les aſſiégez reçurent au com Bt ſuiv.
mençement beaucoup. de dommage des batteries qui étoient'
parfaitement
96 LA VIE DE M. DESCARTES;
1621. parfaitement bien diſ oſées. Mais outre que ces derniers ne
——~I— manquoient de rien ans la Place , ayant la orte* libre du
* La porte de côté de la rivière , pour faire entrer autant 'hommes 8c de
Çamiole.
munitions qu'ils en pouvoient ſouhaitter : ils avoient enco*
* noóo ſelon re hors de la ville IOOOO * hommes, venus à leur ſecours z ſça~
d'autres. voir, 4000 envoyez de Caſſovie par le Prince Betlen , 8c
6000 amenez de Bohème 8c de Moravie par le Comte de
la Tour , 8c campez avantageuſement au dela de la rivière.
Les aſſiègez firent de fréquentes ſorties , 8c l'armée des trou
pes auxiliaires traverſoit tellement les paſſages 8C les ave
nuës de l'armée Impériale , ue le Comte de Bucquoy étoit
obligé de faire une eſcorte e pluſieurs compagnies de cava
lerie 8c d'infanterie pour envoyer au fourrage. Nonobſtant'
ces inconvéniens , le ſiège avançoit en fort bon ordre, lors
que le i0 de Juillet un corps de I 500 chevaux Hongrois , dé.,
caché du camp de delà l'a rivière 8c paſſé a la faveur du ca.
non des aſiiégez , vint attaquer [ſ00 cavaliersdes Impériaux
revenans du fourrage. A la prèmiére alarme qui s'en don..
na , le Comte de Buc uoy accompagné de quelques Offi(
ciers courut ſe mettre a la tête de ſes gens.Ayant'conſidéré
Rich. ibid.
P. 7 5s
l’ordre des aſſaillans,il forma ſur le champ divers eſcadrons,
8c fit avancer le Comte Torquati qui enfonqa vaillamment
Pavantgarde ennemie ,.841 ſe trouva pèle mêle au milieu des
Hongrois avec ſes ſoldats. L'eſcadron qui ſuivoit ne fit pasñ
bien 'ſon devoir ,. &ſa fuite' entraîna les autres qui venoientî
aprés. De ſorte que Torquati 8c les ſiens furent enveloppez
ê( faits priſonniers- ,. 8c que le Comte de Bucquoy ſe trouva
ſeul devant l'ennemi, Il eut beau courir d’eſcadron— en eſca*
dron l'épée d'une main 8c le piſtolet de l'autre pour raſſu
rer les fuiards 8c les faire retourner. Ils n’eurent point d'0..
reilles pour lui: 8c ils Pabandonnèrent ſi généralement qu’il
fut coupé 8C inveſti ſeul par quinze Hongrois des mieux
montez , qui Pattaquérent de toutes parts. l ſe défendit tres
longtêms contre—eux avec ſon courage ordinaire , juſqu'à
ce qu'il reçut un coup de piſtolet au travers du corps ,7 puis
un autre' coup de lance qui le fit tomber de ſon cheval. Le
Marquis de Gonzague qui Papperîût de loin , accourut a.
veclqtlelquesñuns de ſes gens pour e ſecourir. Il ſe jetta au
milieu des Hongrois , en tua deux , ô( donna le loiſir au
Comte
LIVRE Il'. CHAPITRE III. 97
Comte de Bucquoy de ſe relever , 8c de marchera pied en
viron cinquante pas vers l'armée malgré la perte de ſon I611.
M
ſang. Les Hongrois ſurvenus en plus grand nombre firent
retirer le Marquis de Gonzague , jettérent le Comte de Buc.
quoy par terre de deux autres coups de lance , 8c ayant fait
une décharge de tous leurs piſtolets ſur lui , il mourut ſous
la grêle de tant de coups ,dont il s'en trouva treize qui é..
toient mortels. La honte 8c le courage reprirent le Marquis
de Gonzague , qui revint a la charge avec le ſieur de Ca.
margues , 8c quelques ſoldats ralliez des fuiards. Ils percé
rent bravement juſqu'au lieu où étoit leur Général ,qu’ils
trouvèrent mort. Le Marquis deſcendit de ſon cheval, ſur
lequel il chargea lui même le corps pour le tranſporter au
camp.
Les Impériaux conſternez de la perte de leur Général z'.
ne ſongérent plus qu'aux moiens de lever le ſiégé de Neu
hauſel. Mais pour ſauver les a arences, ils demeurérent
encqre quelques jours, pendant eſquels ils prirent des me
ſures pour ſe retirer en bon ordre. C'eſt ce qu’ils firent du..
rant la nuit du 27 de juillet , 8c M. Deſcartes revint à Preſ
bourg avec les François &c les \Vallons , qui étoient en grand
nombre dans l'armée du Comte du Bucquoy.
Une avanture auffi fiineſte que celle dont il venoit d'être'
le témoin , acheva de le déooûter de la profeſſion des armes.
Nous ſerions trop faciles i nous nous laiſſions aller à lîo i..
nion de ceux qui ont publié qu’il a encore ſervi contre fles
Turcs. Qqand M. Deſcartesauroit eu envie de le faire, il L. Mami. 8c
ſeroit difficile de trouver une occaſion qui ſe fût préſentée *m*
en ce têms-la our favoriſer ce deſſein, Les Imſſpériaux n'a..
voient rien à démêler pour lors avec les Turcs ; 8c il auroit
fallu que M . Deſcartes pour ſe ſatisfaire , eût paſſé en Po.
logne ou en Moldavie , qui étoit le théatre ordinaire" de la
guerre entre les Polonois 8C les Turcs. Dés l'an 162.0, le jeu..
ne Sultan Oſman avoit fait la aiiíavec la Perſe pour declañ
rer la Guerre à la Pologne. es Turcs 8c les Polonois s’e'—
toient Ëattus mutuellement en diverſes rencontres ſur la ſin
de la même année , 8c au commençement de la ſuivante. La
guerre dura juſqu'au mois de Novembre: 8c les Coſaques ,
_tantôt ſeuls, tantôt avec les Polonois , y firent périr par le
N fer
9S LA VIE DE M. DESCARTES.
1 6 7- I- fer plus de cent mille Turcs , juſqu'à. ce q-fOſman ſe vid
--—— obligé de demander la paix , qui termina a campagne de
cette année. M. Deſcartes artant du camp devant Neu_
hauſel ſur la fin dejuillet , etoit peut-être arrive' affeLcôc
en Moldavie , pour voir les derniers combats. Mais les paſ__
ſages occupez par les Hongrois 8c. Tranſilvains du paru
de Betlen Gabor , ne pouvoient lui permettre ce voyage.
Auffi voyons nous que ceux qui_ l'ont fait allencontre les
Turcs, n'ont ſu po e la choſe_ que ſur l'erreur qui leur avoit
fait croire que armée imperiale de Hongrie etoit emploiee
contre les Turcs.

CHAPITREIV.
Monſieur Deſiartei' renonce à la pmfèffion des arme: ,~ ou plzL
tôt il continue ſes voyages _ſans faſſàjettir èdſhivre les ar
mées. Il 'Ua en Pomémnie, d*- dans Pluſieurs e11 rait: de la baſ
ſê Allemagne. Il court riſque de la 'vie ſi” les côtes de Iii/Z'.

E fiit donc immédiatement aprés la campagne de Hon


grie , que M. Deſcartes éxécuta la réſolution qu’il a—
voit priſe longtêms auparavant de ne plus porter le mouſ
uet. Il n'eut point à combattre en cette occaſion ni contre
2m tempérament , dont la chaleur s’étoit ralentie par les
travaux
tion qui de
ne (lleuatre années
portoit de milice
plus qu’à , ni contre
rechercher de laſon inclina
tranquilli
té pour méditer ſur là Philoſophie.
Son deſſein n’étoit pas de revenir ſi tôt en France , ſoit à
cauſe de la guerre que les Huguenots venoient d'y allumer ,
ſoit à cauſe dela peſte, qui affligeoit particulierement la vil
le de Paris depuis prés d’un an , &c qui ne ceſſa u’en 1623.
Il entreprit donc de voyager dans ce qui lui re oità voir
des pays du Nord : mais ne n’eſt pas la peine de dire qu’ilfiit
obligé
le ſondsdequ’une
changer d'état. Ce cdeu’ilvoyages
continuation entreprenoit n’étoicfaire,
qu’il vouloit dans

ſans S’aſſujettir dorénavant à ſuivre les armées , parce qu’il


croyoit avoir ſuffiſamment enviſage' 8c découvert le Genre
humain par Pendroit de ſes hoſtilitez. Il avoit toujours
‘ parlé
LIVRE I'I. CHAPITRE IV. 99
parlé de ſa profeſſion militaire , d'une maniére ſi indifféren 162.1.
te 8c ſi froide , qu'on jugeoit aiſément qu'il eonſidéroit ſes
campagnes comme de ſimples voyages , 8c qu'il ne ſe ſervoit
de la bandouliére que comme d'un paſſeport qui lui donnoit
accés juſqu'au fonds des tentes &des tranchées, pour mieux
ſatisfaire ſa curioſité.
Les envieux 8e les adverſaires ue la Providence lui de
ſtinoit dés lors, ne laiſſérent pas c'eſt-dapper cette circonſtan
ce de ſa vie : 8e longtêms aprés l'on a vû un Miniſtre de
Hollande lui re rocher cette action comme un trait de lâ Voctiusſſous
cheté. Selon c tAuteur, Ça été le deſeſpoir de pouvoir lc nom de
Schoocxius.
devenir Maréchal ou Lieutenant Général , qui l'a fait re~ P. n. admir.
noncer à la rofeſlion des armes ,lui qui n'avoir jamais vou method. Ph.
Cart.
lu être En eigne ni Lieutenant. M. Deſcartes s'eſt con_
E: Cate. p.18.
tenté de rire de cette inſulte. Le Miniſtre' qui pour le r g-ſEpiſt. ad
rendre odieux parmi les Proteſtans , affectoit de le faire cclcb. Voet
paſſer pour un jéſuite de robbe-courte , dreſſa ſon horoſco Et Tcpel. p.
pe ſur cét endroit , 8c devina qu'il étoit né ſous l'étoile de 5 , 6.

S. Ignace de_Loyola. Il rétendoit par cette extrava ante


imagination faire un para éle de ce Saint 8e de ſes Di ciples
avec M. Deſcartes 8c les Sectateurs de ſa nouvelle Philo
ſophie , donnant pour époque a la fondation de l'Inſtitut
du prémier , 8C à 'origine de la Philoſophie du ſecond , le
renoncement de l'un 8c de l'autre au port des armes, dont
il mettoit le principe dans un mouvement de deſeſpoir.
Qroique M . Deſcartes ne fût pas du nombre des Saints
comme Ignace de Loyola , il ne laiſſa pas de ſouffrir ces re_
proches avec la lpatience d'un Saint z au moins tâcha-Lil d'i
miter les diſcip es de ce Saint , qui ne le van éren-t de cét
outrage du Miniſtre que ar le mé ris 8c le rence.
Il s'eſt vû peu de grands ommes ans le monde qui n'aient
pris le parti voyager,depuis que le genre humain s'eſt
répandu dans lles divers endroits de la terre , 8c qu’il s'eſt
trouvé partagé par la diverſité du langage, de la religion ,.
des mœurs, ê( es maniéres de vivre. Nous avons été trés
ſatisfaits des raiſons ue ces grands hommes nous ontallé
guées de cette- eurio ité : 8c l'on doit eſpérer de la juſtice
publique qu'on ne le ſera pas moins de celles de M. Deſ
cartes , que Perſonne iſaccuſera d'avoir été novateur en
N 1j ce
Loo L'a VIE DE M. DESCARTES.
'I 61.1. ce point. L'exemple de ces grands hommes eſt une apo
--- logic de \la-conduite , comme ſa conduite pourra en être
une pour eux uand ils en auront beſoin. Le bon ſens qui
eſt de tous les iécles , lui a fait connoître commea eux ,que
pour @avoir exactement , il ne faut pas s'en tenir aux medi..
tations de ſon cabinet , ni aux habitudes de ſon païs natal.
DcſcarhDiſc.
Il emploia donc le reſte de ſa jeuneſſe à voyager , ſur tout
dela Méthod. dans les Provinces où il n'y avoit point de guerres. Il s'3(.p—
rïg- ll. I2. pliqua particulièrement à voir 8c éxaminer les Cours es
Princes , à fréquenter les perſonnes de diverſes humeurs ,
8c de différentes conditions. Il s’e’tudia auſſi beaucoup à re.
cueillir diverſes expériences , tant ſur les choſes naturelles
ue produiſoient les différens climats par où il paſſoit,que
?ur les choſes civiles qu'il voyoit parmy les peuples , d'incli—,
nations 8c décoûtumes differentes, C'eſt ce qu'il appelloit
lbidcm, P. n. le grand livrcdu monde , dans lequel il prétendoit chercher la
vraye Science , iſeſpérant pas la pouvoir trouver ailleurs
que dans ce volume ouvert publiquement , &dans ſoy-mê
me, ſelon la perſuaſion où il étoit que les ſemences que Dieu
a miſes en nous ne ſont pas entiérement étouffées par Pigno,
rance ou parles autres effets du péché, Suivant ces principes
il voulut que ſes voyages lui ſerviſſent à. s-'éprouverluiñmê
me dans les rencontres que la Fortune lui pro oſoit , &à
_lui faire faire ſur toutes les choſes qui ſe pré entoicnt, des
réfléxions utiles à la conduite de ſa vie, ~
Carplus
trer il flattoit ſon eſpritlesderaiſonnemens
de véritéſidans l'eſpérance de
quepouvoir
ſont les rencon
particu
liers touchant les affaires qui les regardent , que dans ceux
que fait un homme de lettres au fonds de ſon cabinet, tou
chanteffets
des ſpéculations qui qu’il)eſſn
ne roduiſent preſque us
ointvolon-v
d'au-~
tres que la vanite, tire (l'amant
tiers , qu'elles ſont ordinairement plus éloignées d)u ſens com
mun, aprés avoir mis tout ſon eſprit &ç toute ſon induſtrie
à les rendre probables.
l y;Il. d. PL u,, Maisà dire vray , lorſqu'il ne s’appliquoit qu'à conſidérer
les mœurs des autres hommes , il n'y trouvoit guéres de
quoy s'aſſurer de rien. Il y apperqevoit preſque autant de
iverſité qu'il en avoit remarqué autrefois parmi les opi
nions des Philoſophes, De ſorte que _le plus grand profiä
-- qu' _
LIVRE II. CHAPITRE IV. ror
qu'il en retiroit , étoit que voyant luſieurs choſes qui tou I611'.
tes extravagantes 8c toutes ridicu es qu'elles nous Paroiſ_
ſent , ne laiſſent pas d'être communément reçuës 8c ap..
prouvées par d'autres peuples , il apprenoit au moins à ne
rien croire légérement , 8c à ne point s'entêter dece que
Péxemple 8c la coûtume luy avoient autrefois erſuadé.C'eſt
ainſi qu'il ſe délivroit peu à peu de beaucoup erreurs, qu'il
croioit capables dbſ-I-'uſquer nôtre lumière naturelle. '
Il quitta la Hongrie vers la fin du mois de juillet de l'an
162.1 , 8c reprenant les extrémitez de la haute Allemagne ,
il rentra en Moravie our aſſer en Siléſie. Nous ne ſqa_
vons de quelle durée ut leſlzljour qu'il fitâ Breſtav 8c dans
les autres villes du païs. Les peup es commenqoient un peu
à reſpirer des ravages 8c des cruautez éxercées durant cette
annee dans toute la Siléſie par l'armée du Marquis de Ja
erndorff, que l'Electeur Palatin avoit laiſſé pour tâcher de
?aire revivre ſon arti 8c celuy des rebelles, lorſqu'il ſe re
tira dans la Marc e de Brandebourg. La tenuë des Etatsde
Siléſie, qui saſſemblérentàlzreflaw vers le même têms, luy
.donna lieu de voir tout ce que la province avoitzde plus
conſidérable ramaſſé en un même lieu. L'Electeur de Saxe
Commiſſaire général du Ban de l'Empire y arriva au mois
de Novembre avec beaucoup d'appareil. Il y fit -la cérémo
nie du ſerment de fidélité 8c d'obeïſſance , que les Princesôc
les Etats du Duché de Siléſie prêtérent entre ſes mains .a
l'Empereur Ferdinand.
M. Deſcartes voulut enſuite pouſſer ſii curioſité juſqu'au
.bout de l'Allemagne du .côté du Nord, 8c il allaen Poméra
nie par les extrémitez de la Pologne vers le commençement
de l'automne de la même année. Il trouva ce pays dans une
grande tranquillité, 8c dans un aſſez Petit commerce avec
es peuples de dehors, ſi l'on en éxcepte la ville de Stettin.
Aprés avoir viſité principalement les côtes de la mer Balti
que, il remonta de Stettin dans la Marche de Brandebourg. .
L'Electeur ’ étoit nouvellement revenu de la diéte de \Var r Georges
ſovie en Pologne , 8c dela Pruſſe, où il étoit allé ſe faire ren Guillaumeq
— -dre les hommages de la N obleſſe, 8c des Peuples , aprés en
avoir reçû l'inveſtiture du Roy de Pologne. Il étoit actuel..
xlement en guerre avec laMailbn de .Neubourg touchant la
— N ſuc-z
102 LA VIE DE M.DES~CARTES.
162.1. ſucceſſion des Duchez de juliers , Cleves , Berg ou Monts.
M.Deſcartes paſſa enſuite au Duché de Mécklebourg , 8c
fîpſtorp. p."
80.
de là dans le Holſtein , d'où-quelques Auteurs ont cru qu’il
Borel Pag- 43' étoit allé en Danemarck. Cette opinion n’auroit rien d" -
Tcpel. p. 6 croyable , ſi nous avions dequoy nous perſuader que M . Deſ
cartes eût fait deux fois le voyage de Danemarck en ſa vie.
Mais s’íl n’y fut qu’une ſeule ſois , comme il ſemble Finſmuer
Ltttr. MS.
dans les endroits de ſes' lettres où il a eu occaſion d’en par_
ler, il ſaut retrancher le voyage prétendu de l'an 162.1 , par_
ce que celuy qu’il fit en Danemarck Onze ou douze ans aprés,
eſt indubitable, ayant our caractére de certitude Pétabliſ
ſement fixe de M. Defëartes en Hollande ,Sc la compagnie.
de M. de Ville-Breſſieux, appellé par le ſieur' Borel M. de
Breffieux, qu’il ne connoiſſoit pas encoreen 1621.
Etant ſur le point de artir pouſſe rendre en Hollande avant
-la fin de Novembre e la même année, il le défit de les che
vaux 8c d'une bonne artie de ſon équipage: 8c il ne retint
'qu'un valet avec luy. I s’embarqua ſur lÎElbe , ſoit que ce fût
à Hambourg , ſoit que ce fiît à Gluckſtadt , ſur un vaiſſeau
'qui devoitluy laiſſer prendre terre dansla Friſe orientale,
parce que ſon deſſein étoit de viſiter les côtes de la mer
d'Allemagne à ſon loiſir. Il ſe remit ſur mer peu, de jours a»
Prés, avec réſolution de débarquer en Weſt-Friſe', dont i:l é_
'toit curieux de voir auflî quelques endroits. Pour le faire a
vec plus de liberte' ,il retint un petit bâteau à luy ſeul d'au_
tant plus volontiers, que le trajet étoit court' depuis Emb
den juſqu’au premier abord de WeſLFriſe. Mais cette diſ
‘ poſition qu’il n’avoit priſe ?ue pour mieux pourvoir à la
commodité, penſa luy être atale. Il avoit affaire à des ma
riniers qui étoient des plus ruſtiques 8c des plus barbares
qu’on ût trouver parmi les gens de cette profeſſion. Il ne
ſut pas ong-tems ſans reconnoitre que c’e'toient des ſcélérats,
Cart-ef. fra m.
mais aprés tout ils étoient les maîtres du bâteau. M. Deſcar~
cui titul. x tes n’avoit point d’autre converſation que celle de ſon valet,
perimcnca. avec lequel il parloit Francois. Les Mariniers qui' le pre
Irc. '
noient plûtôtpour un Marchand forain que pour un Cava
lier , jugérent qu’il devoit avoir de Pargent. Ceſt ce qui leur
fit prendre des réſolutions qui n’étoient nullement fàvora.
bles a ſa bourſiùMais il Y a cette différence entre les vo
leurs
LIvitE II. CHAPITRE IV. 103 _
leurs de mer 8c ceux des bois, que ceux-ci euvent en aſſu_ 162.1.
rance laiſſer la vie a ceux qu'ils volent , 8c e ſauver ſans être
reconnus: au lieu que ceux-là ne peuvent mettre abord une "JJ
perſonne qu'ils auront volée, ſans ÿexlpoſer au danger d'être
dénoncez par la même perſonne. Au i les mariniers de M.
Deſcartes prirent-ils des meſures plus ſ'res pour ne pas tom
ber dans un pareil inconvenient. Ils voîroient que C'étoit un
étranger venu de loin, qui n'avoir nu le connoiſſance dans
le Paysfflcque perſonne ne s’aviſeroit de réclamer , quand
il viendroita manquer. Ils le trouvoient d'une humeur fort
tranquille, fort atiente, 8C jugeant à la douceur de ſa mi_
ne, 8c à Phonncteté qu’il avoit pour eux , que ce n’étoit
qu’un jeune homme qui n'avoir pas encore beaucoup d'expé
rience, ils conclurent qu'ils en auroient meilleur marché de
ſa vie. Ils ne firent point difficulté de tenir leur conſeil en ſa.
préſence , ne croyant pas qu’il ſçût d'autre langue que celle
dont il s’entretenoit avec ſon valet, 8c leurs déliberations al..
loient à l’aſſommer , a le jetter dans l'eau , 8c à profiter de ſes
dépoüilles.
M. Deſcartes voyant que C'étoit tout de bon, ſe leva tout
d'un coup ,l changea de contenance -, tira l'épée d'une fierté
im révuë, leur parla en leur langue d'un ton qui les ſaiſit,
8c es menaca de les percer ſur l'heure, s’ils oſoient luy faire
inſulte. Ce fut en cette rencontre qu’il s'apperçut de l'im
preſſion que peut faire la hardieſſe d'un homme ſur une ame
aſſez je dis une hardieſſe qui s'élève beaucoup au deſſus des
forces 8c du pouvoir dans 'éxécution -, une hardieſſe qui en
d'autres occaſions pourroit paſſer pour une pure rodomon
tade. Celle qu'il fit paroître pour lors eut un effet mer..
veilleux ſur l'eſprit de ces miſérables. L’épouvante u’ils en
eurent fut ſuivie d'un étourdiſſement qui les empecha de
conſidérer leur avantage, &ils le conduiſirent auſſi paiſible.
ment qu'il pût ſouhaiter.

ear-ë”
- Y

CHAP.
104. LA VIB DE M. DESCARTES.
162i.
i622..
CHAPITRE V.
M Deſcartes paſſé en Hollande , d* cie-la en Flandre'. Ilrevient
enſhitc' en France , é* voit quelques-uns dc- ſê: ami; à Pari! ,
01è il apprend ce qu'a” y ali/bit de; Roſe-croix. Il détmmjie ſés
amis ſur le bruit qu'on avoitfait courirde lu)- ali-ur ſujet. Ecrits
du Pz-'re Mrzſtnne, de M Gaſſëncli d» autre; contre R. Fllldd'
dcflnſhrſr des Kofi-croix. Eloge de M. G-gfflïidi,

MR Deſcartes aprés un ſéjour de peu de durée dans


la Friſe occidentale vint en Hollande où il pafla une
onne partie de l'hiver. Il vit à la Haye trois petites Coursï
différentes , dont la fréquentation faiſoit un ſort bel effet par
la diverſité des intérêts de ceux qui y abordoient. Celle des
Etats Généraux où ſe traitoient les affaires dela République;
celle du Prince d’Orange où l'on voyoit toûours beaucoup
de Nobleſſe étrangère z 8c celle de lîinſortunee Reine de Bo..
héme Electrine Palatine , qui ne ſaiſoit que naître , 8c oit
ſe rendaient les Dames 8c les perſonnes de divertiſſem nr,, ui
alloient charmer les 'chagrins 8c Ies diſgraces de la rince e..
L’Electeur Palatin ſon mary n’y ſaiſoit pas un ſéjour fortſé~
dentaire auprés d’elle.. Dés le mois de Mars ſuivant il la quit
ta pour allerau Palatinat, tâcher de rétablir ſes affaires. Nous
avons remarqué qu'après la _funeſte journée de Pragiieil s’é..
toit retire' en- Siléſie. D-eñlſi~ il s’étoit ſauvé par la Marche de
Brandebourg , où i-l ne demeura qifautant de têms qu’il en
falloit a l’EIectri'ce ſa femme accouchée à Cuſtrin le douzième'
de janvier de ſon fils Maurice, pour relever de ſes couches…
Aprés il s’étoit tranſporté à Hambourg , uis à Sigenberg,
pour alliſter a l'aſſemblée convoquée par _e Roy de Dane
marck 8c les autres Princes Proteſtans , afin d’aviſer aux'.
moyens d'arrêter les progrez que Spinola Général des Eſpañ
gnols &c des Flamans ſaiſoit dans le Palatinat en ſaveur de
FEmpereunAu printêms il ſe mit en chemin- avec ſa famille
8c tout ſon train, 8c il arriva par terre en Hollandea la ſa
Par ſa Weſh veur d’une eſcorte conſidérable qui lu avoit été envo ée par
Thalia
le Prince d'O-range Maurice ſon onc e maternel.v Il utlogé
à a_
vLIVRE II. CHAPiTuE V. ~ 105

à la Haye, 8c les Etats luy affignérent dix mille florins par IËLL
l6zLſſ
mois pour l'entretien de ſa perſonne 8c du reſte de ſa famil
le. Au mois de Mars de l'année ſuivante , il s'embarqua tra
veſti ô( ſans ſuite pour Calais , où ayant pris la poſte il vintà Mém. de
Louiſe Jul.
Paris ſalüer le Roy incognito, ô( alla par la Lorraine au Pala Pal. png. 1.06
tinat, pour agir conjointement avec e Comte de Mansfeld , p. U7. ke.
l’Evêque de Halberſtad , le Marquis de Durlaeh 8c les autres
chefs de ſon parti dans le rétabliſſement de ſes affaires. Cét
éclairciſſement des avantures de l'Electeur Palatin eſt néceſl
ſaire àj l'hiſtoire de M. Deſcartes, ar rapport aux habitudes
qu'il contracta depuis dans la Mai on de ce Princeà la Haye,,
8c aux correſpondances particulières qu'il eut pour laPhilo
ſophie avec la Princeſſe Eliſabeth ſa fille, qui luy étoit née
peu de têms avant qu'il fut élu Roy de Bohéme.
Qqand M . Deſcartes arriva en Hollande, il n'y avoit que Elle devoir
expircr des le
quatre mois que la tréve des Etats avec les Eſpagnols étoit 9. Avril.
expirée. La guerre avoit été déclarée de part 8c d'autre dés Mais elle a
voit été pro—
le troiſiéme d'Août , 8L les Eſ agnols aſſiégeoient actuelle longéc ;uſ
ment deux villes aux Hollanclbis , celle de _juliers ſous la qu’au ;d'A
conduite du célébre Spinola , ê( l’Ecluſe ſous celle de Bor oûï.
gia Gouverneur de la Citadelle d'Anvers. M. Deſcartes reſta
dans les Provinces-unies, attendant l'événement de ces deux
.fiéges, qui faiſoient la matiére des entretiens de tout le mon.
de , 8c qui ne finirent qu'en _janvier 1627. avec un ſuecez fort
différenLSpinola prit la ville &c le château dejuliers ſur les
Hollandois; Borgia leva le ſiége de l’Ecluſe , aprés avoir
laiſſé perdre la plus rande partie de_ ſon armée par le froid
8c la miſére. M; Deigartes quitta la Hollande vers le com_ Lípſiorp. GZ
mençement d'e Février ſuivant. Il entra dans les Pays-bas alii ne [ups,

Eſpagnols, 8c filt curieux de voir la Cour de Bruxelles. L’ln~,


faute Iſabelle gouvernoit ſeule ces rovinces ſous l'habit des
Religieuſes de ſainte Claire, étant ſſemeurée veuve de l'Ar
chiduc Albert depuis le x… de Juillet de l'année précéden
te. Elle ſoûtenoit la guerre contre les Hollandois avec au—
tant de vigueur 8L de vigilance ,. qu'elle avoit de douceur 8c
de bonté pour ſes ſujets. M. Deſcartes partit peu de jours
aprésdpour retourner en France.. Mais ayant appris que la
ville e Paris n’étoit pas encore délivrée de contagion
dont elle ie trouvoitinfectée depuis deux ans , il prit ſa row
' ce'
. C\_
:O6 LAVH! DE M.Drscaa~rts.
162.7…. œ par Roüen, 8c il paſſa delà droit à Rennes chez M. ſon
pére vers le milieu du mois de Mars. Une abſence de prés
de neuf ans peut faire juger du plaiſir qu’il reçut de ſes pro
ches, &de celuy qu'il leur donna , mais particulièrement à.
M. ſon pére , quiétoit déja des anciens de la Grand-Cham.
bre , 8c qui ſe 'vit le Doyen du Parlement l'année ſuivante.
M. Deſcartes avoit alors vingt-ſix ans achevez , 8c M. ſon
pére prit occaſion de &majorité pour le mettte en poſſeſ
ſion du biende (amére , dont il avoit déja donné deux tiers
a ſes aînez: l'un à M. de la Bretailliére ſon frére , &l'autre
àMadame-clu Crcvis \à ſœur. Ce bien conſiſtoit en trois fiefs
ou métairies , ſcavoir 'le Perron, dont il portoit le nom ,. la
Grand-Maiſarnôc le Marabdir; outre une maiſon dans la ville de
Poitiers , 8c pluſieurs arpens de terre labourable au territoire
d'A-vaille. Comme tout ce bien étoit ſitué en Poitou , il fut
curieux de l'aller reconnoître , afin de voir l'uſage qu'il en
pourroit faire.Il partit au mois de Ma pour ſe rendre en
cette province , 8c il ſongea dés lors à c ercher des traitans
pour le vendre , afin de trouver de quoy acheter une Charge
qui pût luy convenir. Il paſſa la plus grande partie de l'été
tant a -Châtelleraut qu'à .Poitiers , 8c il retourna auprés de
M. ſon pére, qui pendant le ſemeſtre de ſon repos , demeu
roit beaucoup moins à Rennes que dans ſaterre de Chava
gnes au Diocèſe de Nantes 3 terre qui luy étoit venuë de [à
'Anne Morin ſeconde femme. L'année s’écoula ſans que perſonne dans la
fille du pré
micr Préſi parenté pût luy donner de bonnes ouvertures ſur 'le genre de
dent de la vie' qu'il devoit choiſir.
Ch-.dcs Com
Pics. Le peu d'occu ation qu’il trouvoit dans la maiſon pater
nelle, luy fit naitre le déſir de faire un tour à Paris vers le
commençement du carême de l'année ſuivante pour y revoir
ſes amis , &pour y ap rendre les nouvelles de l'Etat 8c de la
Littérature. Il arriva ans cette grande ville ſur la fin du mois
de Février. On commcnçoit a y reſpirer un air plus pur,
&plus ſain qu'on n'avait fait depuis prés de trois ans, que la
'contagion l'avoir corrompu: 8c l'on goûtoit le repos que le
-Roy -Loüis XIII avoit rocuré--à-ſespeuples l'année précé
dente pa-r la réduction es Rebelles. Les affaires du Comte
- 1Palatin, les courſes &Iles expéditions de 'Mansfeld , -ôcla
Tranſlation de l-'Electorat- durPalatinau Duc ſde Bavière dé
. claré
LIVRE ILCHAPITRE V. 107
clare' Electeur 8c Archipanetier de l'Empire à Ratiſhonne 1 6 zz,
le quinzième de Février , faiſoientalors la matière des entre
tiens publics. M. Deſcartes qui étoit mieux inſtruit qu’hom—
me de France de Porigine 8c du progrez de tous ces troubles
d'Allemagne , eut de quoy ſatisfaire la curioſité de ſes amis
ſur ce point. En revanche ils luy firent part d'une nouvelle
qui leur cauſoit quelque chagrin, toute incroyable qu’elleleur
a arût.
Paris Ce
desn’étoit que depuis
Confréres trés-peu dedlontil
de la Roſe-croix, 'ours qu’on parloit
avoit fait des
recherches inutilement en Allemagne durant l’hiver de l'an
1619: 8c l’on commençoit à faire courir le bruit qu’il s’étoit
enrollé dans la confrérie. M. Deſcartes ſut d’autant plus ſur.
pris de cette nouvelle , que la choſe avoit peu de rapport au
caractére de ſon eſprit, 8c à Pinclination qu’il avoit toûjours
euë,de conſidérer les Roſe-croix comme des impoſteurs ou
des viſionnaires. Il jugea aiſément que ce bruit deſiivanra
geux ne pouvoit être que de Pinvention de quelque eſprit Lï P-Fdſſ
mal intentionné,qui auroit forgé cette fiction ſur quelqueñ Ë1‘3‘,;_“‘dc²
une des lettres qu’il en avoit écrites à Paris trois ans aupara- Dcſc. part. z.
vant, pour informer ſes amis de l'opinion qu’on avoit des P:S'3°'3"
Roſe-croix en Allemagne , &des peines qu’il avoit perduës 3 '
â chercher quelqu'un de cette ſecte qu’il pût connoitre. ' ê;
Il s’étoit fait un changement con idérable depuis l’Alle- zzx. 8c ſuiv.
magnejuſqſſà Paris ſur les ſentimens que le .Public avoit des
Roſe-croix. On peut dire qu'à la réſerve de M. Deſcartes 8c
d’un trésñpetit nombre d’eſprit~s choiſis, l'on étoit en 1619
aſſez favorablement prévenu pour les Roſe-croix par toute
l'Allemagne. Mais ayant eu le malheur de s'être ſait connoî
tre âParis dans le même têms que les Alamómdos, ou les En n
illuminez &Eſpagne; leur réputation échoüa dés l'entrée. H'
On les tourna en ridicule, 8c on les qualifia du nom d'in-viſi
\Haz on mit leur hiſtoire en romans 5 on en fit des farces â.
l'hôtel de Bour ogne
ſdrle pont-neufg, quandz M.
8c onDeſcartes
en chantoit déjaà les
arriva chanſons
Paris. Il en
avoit reçu la premiére nouvelle fpar une affiche qu’il en avoit
lûë aux coins des ruës &aux édi ces publics , dés ſon arrivée.
L'affiche étoit de l'imagination de quelque bouffon , 8c elle
_ étoit conçuë en ces termes. Nom' Députcg_ du (allége- Principal
de: ſi Frère: de [4 .Roſihcroix
~ , faiſons _ſéjour viſible. ÔO iahvfflélecette'
en
108 LA VIE DE M. DEscAuTia-sz'
I623. cette viſſe. . . .Nom montrons Ô* enſhignom ſim; lim-os m' marque;
à parler toutes ſom-r de Langue: dor pzzyr où nous habitons. Sur la
ſoy de cette affiche, pluſieurs perſonnes ſérieuſes eurent la
facilité de croire qu’il étoit venu une troupe de ces Inviſibles
>.—L S’e'tabliràParis. On publioit que de 36 deputez que le chef
de leur ſociété avoit envoyez par toute l'Europe , il en étoit
venu ſix en France ;qu'après avoir donné avis de leurarrivéo
par l'affiche que nous venons de rapporter , ils s’eto1ent la_
gez au Marais du Temple; qu’ils avoient enſuite fait afficher
un ſecond placart portant ces termes. .Tilprend envie à que-L
qu’un de venir nou; 'voir pnrrnrioſiréſi-ulement , il ne communique.
m jim-zi; avec now. Moi; ſi la 'vo/ante' le porte réellement é*
defizit , à .Finſcrirofzir lo "agi/Ire de' nôm- Confrzitomité , nou; qfllſijíh
goons des penſé” , luj/_ferons 'voir la 'vérité de no; promeffês. Tcllo
ment que nou: ne mettons poin: lo lion de nôtre domoure , puiſque
lo: Penſée.: jointe: à la volonte' réelle de celuy qui lim cet av!! ,
ſhrontmffiaólos de nous faire _connaitre à [ny, ó-lioy à nour.
Le hazard qui avoit fait concourir leur prétendue arrivée
àParis avec celle de M. Deſcartes , au roit produit de fàcheux
effets pour ſaréputation , s’ileût çîierchéà ſe cacher , ou s’il
_ſe fiit retiré en _ſolitude au milieu de la ville , comme ,il avoit
fait avant ſes voyageíMais il confondit avantageuſement ceux
qui vouloient ſe ſervir de cette conjoncture pour établir leur
calomnie. Il ſe rendit viſibleà tout le monde , 8c principalù
ment à ſes amis , qui ne voulurent point d'autre argument
pour ſe perſuader qu’il n'étoit pas des Conſréres de la Roſe.
croix ou des Inviſibles c 8c il ſe, ſervit de la même raiſon de
leur invzſziéilité , pour s’excuſer auprés des curieux, de n’en
avoir pû 'zécouvrir aucun en Allemagne.
, Sa préſence ſervit ſur tout à calmer Pagitation où] étoit l’eſ—
rit du Pére Merſenne Minime ſon intime ami , que ce faux
bruit avoit chagriné d'autant plus facilement , qu’il étoit
moins diſpoſéâ croire que les Roſe—croix fuſſent des Inviſ-zlo!,
ou des fruits de la Chimère , aprés ce que pluſieurs Allemands
8c Robert Fludd Anglois avoient écrit en leur faveur. Ce
Pére ne put tenir ſecrète lajoye qu’il avoit de revoir 8c d’em
braſſer M-. Deſcartes. Depuis qu’ils s’étoient ſéparez ſur la
Hi!, dc Coſt. fin de l'an i614. , il étoit demeure' au couvent de Nevers où,
vic de Mctſ.
png. Is. 16. il avoit enſeigné la Philoſophie pendant trois ans, &la Théo_
~ - ‘ .logic
LIVRE II. CHAPITRE V. x09
logic durant un an à ſes Religieux. Au bout de ce têms on' i923.
l'avoir retiré de cét éxercice pour le faire Correcteur du mê~~
me Couvent. Ayant achevé ſon carre-floride ſur la fin de l'an
x6i9,il avoit reçû une obédience de ſon Provincial, qui lui
ordonnoit de venir en qualité de Conventuël demeurer au
couvent de Paris prés de la Place Royale , où il ſe trouva
fixement établi pour le reſte de ſes jours. Lors que M.DeſI
cartes arriva à Paris , ce Pére faiſoit actuellement rouler la
preſſe ſur ſon prémier tome des commentaires ſur la Gené_
ſe , qu'il dédia a!! prémier des Archevêques de Paris , pre
nant occaſion de la nouvelle création de cette Egliſe en Me' _ſcan Franc.
tropolc, faite par une Bulle de Gégoire XV dés le zz de Go- dy fut
ſacré Arche
d'Octobre 162.7. , mais qui ne fut vériſiee 8c reîuë au Parle.. vêque lc Di
ment que le 8 d'Août de l'an i623 , quoique e nouvel Ar manche de la
Scſſxagéſime
_clievêque eût prêté le ſerment dés le i9 de Février. i9 dc Février,
Sous le titre général de Qieſtions ſur les ſix prémiers il reçut le
chapitres de la Gencſe , le P. Merſenne faiſoit entrer dans Pallium lc
jour dc l'Aſ
ſon fgros volume mille choſes de ſujets divers. L'affaire des cenſion :.5 de
v.Ro e-croix , y trouva place , à pl-..is juſte titre ſans doute que May.
beaucoup d'autres qui ne regardoient pas de ſi prés le rap..
port de la ,Religion .avec la recherche des choſes naturelles,
M. Deſcartes étoit venu aſſez à têms pour lui faire pren.
dre' des meſures aſſurées ſur ce qu'il en vouloit inſinuer -: 8C Need-dm de
Ellis guidquam
quoi qu'il proteſtât qu’il ne ſçavoit encore alors rien de cerñ m” camper
rain touchant les Roſe-croix , il ne pouvoit nier au moins !um hdmi.
,qu'il ne fût parfaitement informé des bruits qu'on avoit fait Stud. B. M;
MS. aſh f.
courir d'eux par toute l'Allemagne. Le P. Merſenne qui
.n'avoir pas beſoin d'un grand détail_ our ſon deſſein , ſe
contenta d'en juger ſur la ſoy de que ques livres que leurs
;adverſaires ä leurs défenſeurs avoient publiez de part 8c
d'autre. Il avoit lû entre les autres l'Apologie publiéeâ
_Leyde dés l'an 1616i” [ct-.wo , par Robert Fludd Gentil
lion-me Anglois, qui aprés avoir quitté la profeſſion des ar Contre A;
Libavius.,
mes, s'étcit n-isa l'étude de la Phyſique , 8c avoit embraſſé
particuliéremcnt celle de la médecine _, de la chymie , de la
cabale, de la magie , &de tout ce qui peut ſe trouver de
myſtérieux dans lariature. Le bon Pére Merſenne croyant
,qu’il n’étoit as beſoin de ménagementñ avec un hérétique ,
n'avoir Pas alt beaucoup d'effort Pour _retenir ſon zéle con
Oiij \ſei
no LA ViE DE M. DESCARTES.

T623. tre Fludd. C'eſt ce qui embaraſſa M. Gaſſendi dans laſuite,


lors qu’il fut queſtion de défendre ce Pére contre cét An
Toms. ope. glois , qui ne manqua pas de prendre pied ſur quelques du..
ſum Gaſſend. retez du Pére, pour les lui rendre avec uſure. Ilfit contre
p.115.
le Pére Merſenne,deux ouvrages latins, dont il appella le pre'
Sophia! cum mier , le combat de la Sage/fi- avec la Folio. Il publia le ſeco-nd
Moria certa ſous le nom deJoachim Friſius ou plûtôt Fritſchius , 8c ſous
men. le titre de Souverain bien , qui eſt le 'Dray _ſujet de la magie, de
Summum la cabale , de la cbymie, Ô de l'étude de.: confrères de la Roſe-croix.
Barium quad
eſt vc.um Si celui qui eſt le plus fort en injures 8c en aigreur de ſtile,
Magix, Cab devoit paſſer pour le vainqueur , on ne pouroit nier que le
balæ , Alchy P. Merſenne n’eût été vaincu. Les mauvais traittemens qu’il
mix , 8c Fra
trum Roſcz recût de Fludd excitérent l'indignation de divers Auteurs
ctucis ſubjec ui prirent la plume pour ſa défenſe. Les plus zélez furent
tuui GCC.
deux de ſes confrères , François de la Nouë, &Jean Durel;
le prémier ſous le maſque de Flanziniai, 8c l'autre tous celui
aëEn/Ëbe de ſaint juſt. Mais perſonne ne le fit avec plus d’a—
vantage que l'illuſtre Monſieur Gaſſéndi Prevôt de l'Egliſe
de Digne, 8c depuis Profeſſeur royal des Mathématiques
à Paris. M. Gaſſendi le prémier des Philoſo lies de la Fran
ce a résM.- Deſcartes étoit plus jeune que e Pére Merſen
ne e trois ans 8c demi , plus âgé que M. Deſcartes de prés
de quatre ans : Gt il ſurvêquit a l'un 6c à l'autre. Les Pa
négyriſtes de ce 'grand Homme ne ourront élever ſon mé—
rite ſi haut que nous ne puiſſions e concevoir encore au-.
deſſus de tout ce qu'ils tâcheront d'en exprimer. Peut-être'
ne trouveront—i-ls pas d’éloge plus éclatant 8c plus ſolide
pour lui , que celui d’avoir mérité d'entrer -en paralléle avec
M. Deſcartes 5 8c d'avoir été l'un des plus ſages , des plus»
ExarmFludd.
modérez , 8c des plus raiſonnables d'entre ſes adverſaires. Si
Philoſ. pa”. Robert Fludd n’a point trompé M. Gaſiendi ſur la peintu
5. n. xiv , xv. re qu’il a faite des Roſe—croix dans les ouvrages qu’il a pu.
bliez en leur faveur , il faut laiſſer à M. Gaſſendi la gloire
.d’avoir été plus heureux que M. Deſcartes , dans la décou
verte 8c dans la connoiſſance des Roſe-croix. Mais ſi l'exa
men que M. Gaſſendi a fait de la Philoſophie de Fludd , eſt
une bonne cenſure de la ſociété des Roſe-croix :z on peut
dire que la conduite de M. Deſcartes dans ſii 'maniére de
vivre , d'étudier , &de raiſonner,, en a été une perpétuelle
réfutation . CHAP.
.Llvkfl-IÏÏI: CHAPITRE VI. ru

CHAPITRE VI.
M. Deſiurtes rentre dans ſes _premières inquiétudes ſur le ano-ix
d'un enrepour
PIJ] ;que de ne
vie.plusIlétudier
abandonne
que lules Mathématiques
Morale. ,Ô
Inutilité des lu l
M4-
thématiques ,ſelon lut'. Etude d'une Mathématique univerſel?
le. Utilité de la Phyſique pour l'étude de lu Morale. 1l n'a
jumuisſérieu ement renoncé à lu Plgyſique. .Il vd cn Province,
de il vend u terre du Perron.

E grand monde que M.Deſcartes voyoit à Paris n'é 162.3.


Ltoit pas capable e rem lir tous les vuides de ſon ſé
jour, ni de le_ tenir perpétue ement occupé hors de -lui.mê
Ame. Lors qu'il rentroit chez lui,il ſentoit revenir ſes ancien_
ne inquiétudes ſur le choix d'un genre de vie qui fût con—
,forme a ſa vocation , 8C qui fût commode pour Péxécution
.des deſſeins qu'il avoit conçus touchant la recherche de la
Vérité ſous les ordres de la Providence. L'établiſſement où il
voyoit la lûpart de ſes amis , placez chacun dans des ipo
ſtes à ard)er le reſte de leurs jours
' , ;ne ;ſervoit de rien pour,
:fixer es irréſolutions.
Il yavoit déja longtems que \à _pro re expérience l'avoir
;convaincu du peu d'utilité des Mat ématiques ,ſur tout
_lors qu'on ne les cultive que pour elles mêmes,ſans les ap—,
,pliquer à d'autres choſes. Depuis l'an 162.0 il avoit entiére
~ment négligé les regles de l'Arithmétique. Il témoigne mê
me que dés auparavant il avoit tellement oublié la Diviſion Peg. 437 du
1. toni. dc ſes
,Ze l’Extraction de la racine quarrée , qu’il auroit été obligé LeItrJcrit. j
,de les étudier une ſeconde fois dans les livres ,ou de les in en i638.
venter de lui même , s'il avoit eu beſoin de s'en ſervir. Les
_attaches qu'il eut pour la Géométriezſubſiſtérent un peu
_plus longtems dans ſon coeur. Les Mathématiciens cle-Hol
ande 8c d'Allemagne qu'il avoit vûs endant ſes voyages
;avoient contribuéfàp les retenir juſqu'à Em retour en France
,par les queſtions 78e les problémes qu'ils lui avoient propo
~ oz à réſoudre. Mais on peut dire qu'elles étoient déjatom
vbées-en 162.3 J, s'il eſt vrai qu'en 1,638 ,Jiljauvoit Flusds' quinze Pag. 402.. du
‘ uns
7m_ LA VIE DE M. DESCARTES.
1 6 z z. &m; quïlfinſhit ſtrofczfflon de négliger lzz Géométrie , Ô de m' plu;
.fidrrétcrjumdis à lu .ſolution d'aucun probléme , qu'à lu priére de
z. tom. de ſes
Lem_ quelque ami. u! ’ l i l _ _
cmd: Lib. _ Durant ſes etudes de Mathematiques 1l avoit eu ſoin
denim-j. m_ lire avec attention- les Traittez qu’il en put trouver : 8c i1
gemkcgula s’étoit appliqué Particulièrement à ?Aritbmétique 8c à la
&WS Géométrie , tant à cauſe deleur ſimplicité , que parce qu’il
avoit app-ris qu'elles donnent de grandes ouvertures pour
l'intelligence des autres parties. Mais de tous les Auteurs
qui l.ii tombérent pour. lors entre les mains , pas un n'eut
Pavantage de le ſatisfaire pleinement. A dire vray, il remarr
quoit dans ces Auteurs beaucoup de choſes touchant les
. nombres, qui ſe trouvoient véritables aprés le calcul qu’il en
.À . faiſoit. Il en étoit de même à Pégard des figures, 8c ils lui
-en repréſentaient pluſieurs dont ſes yeux ne ouvoient diſ
, convenir. Mais ſon eſprit éxigeoit autre cho e d'eux.- Il au
roit ſouhaité qu’ils lui euſſent fait voir les raiſons pour lelÏ~
uelles cela étoit ainſi', 8( qu’ils lui' euſſent roduit les moiens
Een tirer les conſequences. C'eſt ce qui t qu’il fut moins
ſurpris dans la ſuite de voir que la plûpart des habiles gens,
méme parmi les génies les plus ſolides ne tardent point à
négliger ou à rejetter ces ſortes de ſciences comme des amu
ſemens vains 8c puériles , dés qu'ils en ont ſaitles prémiers
eſſais. Auſſi étoit—i—l ſort éloigné de blâmer ceux qui ayant
des pré-ſentimens de leur inutilité, ne ſimt point difficulté
rebutez
'd'y par lesdedifficultez
renoncer 8C les ſur
bonne heure, embarras quiſlèu’~ils
tout lors rencontrent'
ſe voient

i désIlPenttée…
ne trouvoit rien effectivement qui lui arûſſt moins loli
~ p de' que de s'occuper de nombres tout ſimples 8c de figures
Ï-“lſœſſ- íbíd- imaginaires ,comme ſi Iron devoit s'en tenir à' ces &agate-lle;
ſig" ſi' 4' ſans porter ſa vuë au delâî. II y voioít mêmequelque choſe
de plus qu’inutile : &il croyoit qu’il étoitdangereux de
s’a pliquer trop ſérieuſementâ ces démonſtrations ſuperfi:
cie les , que Finduſtrie 8c Pexpérience fourniſſent moins ſou
vent que le hazard 5 8c qui ſont' lfrtôt' du reſſort des yeux
8c deſimagination que decelui de "entendemenn Sa maxime
étoit que cette application nous deſaccoûtume inſenſible.”~
ment de l'uſage de nôtre raiſon :Sc nous expoſe aper
~~ dre
LIVRE II. CHAPITRE VI. .113
dre la route que ſa lumiere nous trace. 1625.
Voila une partie des motifs qui le portéren t a renoncer
_
aux Mathématiques vulgaires. Mais il paraît ue le reſpect
qu’il témoionoit pour les Anciens l'empêche (de pouſſer le
mépris qu’i ſaiſoit de ces Sciences au dela des têms 8: des
lieux où il trouvoit de l'abus dans la maniere de les culti
ver ou de les enſeigner. Car venant a faire réflexion ſur la
conduite des anciens Philoſophes, qui ne voulaient recevoir
perſonne dans leurs Ecoles qui ne (eût les Mathématiques ,
8C particuliérement la Géométrie ,— comme li cette ſcience
leur eût aru la plus aiſée ê( la lus néceſſaire de toutes
pour preparer leurs eſprits a la hiloſophie : il aima mieu):
croire que ces Anciens avoient une Science de Mathémati
tique toute différente de celle qui fenlèignoir de ſon têms , lbid. ut ſupt.
que de les conſondre parmi les Modernes dans le jugement
qu’il en faiſoit, Le prejugé où il pouvoit être en laveur de
ces Anciens n’a_lloit pourtant pas luſqiſià lui perſuader qu'ils
euſſent une connoi nee Parfaite des Mathématiqucæñ Les
réjouiſſances demeſurées , 8c les ſacrifices qu’ils ſailoient”
pour les moindres découvertes étoient des témoignages du
peu de progres qu’ils y avoient encore &it , 8c dela groſſiéd
reté de leur ſiéce dom: ilsifétoient pas éxemts. L'inven
tion de certaines machines que quelques Hiſim-'rens ont' re.
levées avec tant d’~éloges— 8c dbflentation contribuoit enco..
re à le confirmer dans cette enſée z ſuppoſant que toutes
ſimples 8c toutes faciles qu’el es étoient ,. il ſuffiſoit qu'elles
fuſſent nouvelles 8c inconnues au vulgaire pour attirer l'ad
miration ublique. _ ,
Les premières ſemences de Vérité , que la Nature à. miſes > Cartcflkcglfig
dans l'eſprit de ?homme , qui nous ſont corriger encore tous 4. lbld'
les jours nos erreurs par la lecture ou la converſation , &c qui
avoient tant de force dans l'eſprit, de c'es Anciens dont le
fonds étoit eut—être mieux pré aré ue le nôtre , ont pû
Produire ,. elon M. Deſcartes , es e ets allez grands dans
ces premiers Philoſophes , pour leurdonner- les véritables
idées de Ia Philoſophie 8c des Mathématiques z quoi qu’ils
n'en puſſent point encore avoir une_ connoiflance arfiiite, &z
qu’ils nîcæuſſent pas toute la politeſſe des ſiècles po erieu-rs. Il
appercevoit quelques traces de la véritable Mathématique
P
4
dans
m4 LA_ VIE DE M.DEscAiu²Es.
162.3. dans Pappus 8c dans Diophante , qui certainement n’en a,
voient pas été les premiers inventeurs. Mais il ne croyoit
pas ces ſçavans hommes exemts dela ]alouſie,qu1 em êche
ſouvent la communication des meilleures choſes. Il- es ju
geoit capables d'avoir ſupprimé cette Science qu’ils'avoient
reçuë des Anciens , par la crainte de la rendre mepriſable
en la divulguant, ſous prétexte qu'elle étoit trés-ſi1nple 8c
trés-facile. Et il leur ſçavoit mauvais gré de ‘n’avoir voulu
ſubſtituer à la place de cette véritable Science que des vé—
ritez ſéchés 8c ſtériles ,qu’ils produiſoient comme des dé.
monſtrations 8c des conſéquences tirées des principes de cet
te vraye Science, afin de les faire admirer comme des effets
de leur Art merveilleux z au lieu de montrer l'Art en lui
même pour ne dupper perſonne , 8c faire ceſſer l'admin.
tion des ſimples.
M. Deſcartes ne fiit pas le prémier qui sapperçût du
mauvais état Où étoit cette Science des Anciens , 8c des abus
qu'y avoient commis ceux qui l'avoient reçuë d’eux d'une
maniére toute unie 8c toute ſimple. Il S’étoit trouvé dés le
commencement de ſon ſiécle de trés-grands eſprits , qui a
voient tâché de la faire revivre ſous le nom barbare ÆAlgc-L
bre , 8c qui avoient vû que pour réuflir il ſalloit la dégager
de cette prodigieuſe quantité' e nombres 8c defigures in
éxplicables , dont on a coûtume de la ſurcharger.
Les penſées qui lui vinrent ſur ce ſujet lui firent aban
donner Pétude particulière de l’Arithmétique 8c de la Géo_
métrie , pour ſe donner tout entier à la recherche de cette
Science générale , mais vraye 8c infaillible, que les Grecs
ont nommée judicieuſement Mdtbeſi: , R dont toutes les
Mathémati ues ne ſont que des parties. Aprés avoir ſolide.
ment conſi été toutes les connoiſſances particulières que
l’on qualifie du nom de Mathématiques , il reconnut que
pour mériter ce nom , il falloir avoir des rapports , des pro
portions, 8c des meſures pour objet. Il jugea delà qu’il y a
voit" une Science générale deſtinée à expliquer toutes les
queſtions que l’on pouvoit faire touchant les rapports , les
proportions 8c les meſures , en les conſidérant comme dé.
tachées de toute matiére : 8c que cette Science générale
pouvoit à trés-juſte titre porter le nom de Mai/Mſi; où de
' Mathématique
LlVREII. CHAPITREVI. 11j
Mathématique univerſelle 3 puis qu'elle renferme tout ce 1623.
qui peut faire mériter le nom de Science &t de Mathémati __————-—

que particuliére aux autres connoiſſances.


Voila le dénouêment de 'la difficulté qu’il y auroit :i croi
re que M. Deſcartes eût abſolument renoncé aux Mathé
matiques en un têms où il ne lui étoit plus libre de les igno
rer. Il ne ſera pas plus aiſé de croire qu’il ait voulu dans le
même têms faire le même traittement à la Ph ſique, ſi l'on
ne trouve le tour qu'on peut donner a une réſtzlution ſiſur.
prenante. Il faut avouër que ſe trouvant quelquefois décou
ragé par le peu de certitude qu'il remarquoit dans ſes dé..
couvertes de Phyſique , il avoit tenté deja lus d'une fois
d'en abandonner les recherches , dans le de ein de ne plus
s’appliquer qu'a la ſcience de bien vivre.
Au milieu de ces loüables mouvemens il avoit embraſſé
l'étude de la Morale. Il la reprit tout de nouveau depuis ſon
retour a'. Paris : 8C l’on peut dire qu'il la continua pendant
toute ſa vie. Mais ce fiit ſans oſtentation , 8c plus pour ré_
gler ſa conduite que celle des autres. L'homme du monde M. Clcrſelicn'
qui ſemble Pavoirlconnu le plus intérieurement , nous a — Pag. 6. préſ.
prend que la Morale faiſoit l'objet de ſes méditations es du roma. des
Lem'
lus ordinaires. Mais il ne fut pas longtêms ſans retourner
a ſes obſervations ſur la Nature : 8c l’on peut douter qu’il
ait jamais renoncé ſérieuſement à la Phyſique,depuis qu’il ſe
fut dépouïllé des préjugez de l'Ecole. La ſatisfaction que
ſes recherches lui donnoient ſur ce point étoit ordinairement
victorieuſe des etits déplaiſirs qui lui naiſſoient de Pinéga_
lité du ſuccés dans les commenqemens. Il shpperïut bienñ
tôt que l'étude de la Phyſique n’étoit oint inuti e à celle
dela Morale : 8c que rien ne lui étoit p us avantageux pour
régler ſes actions que les démarches qu’il faiſoit danslediſ
cernement du vrai 8c du faux. C'eſt ce qu’il a reconnu long T01". l- pas;
têms depuis dans une lettre qu’il écrivit aM. Chanut , au X01.,

quel il marque qu’il étoit entiérement de ſon avis, lors qu'il


jugeoit d, que le moien le plus aſſuré pour ſçavoir comment K(
nous devons vivre , eſt de connoître auparavant quels nous (ï

ſommes z quel eſt le monde dans lequel nous vivons; 8c ui ïï


eſt le Créateur de cét Univers où nous habitons. Il lui c e'
clarej, comme un homme perſuadé de ce qu'il avance , que (ï

P ij la
1

116 LA VlB DE M. DESCARTES.


1623.,, la connoiſſance qu’il avoit bien ou mal acquiſe de la Phyſi
ï) que , lui avoit beaucoup ſervi pour établir des fondemens
J, certains dans la Morale : &c qu'il lui avoit été plus facile de
D, trouver la ſatisfaction qu’il cherchoit en ce point , que dans
J) pluſieurs autres qui regardoient la Médecine , quoi qu'il y
J) eût emploie beaucoup plus de têms. De ſorte qu'il ne pou..
)) voit point ſe vanter aprés toutes les recherches d'avoir trou
,3 vé les moiens de conſerver la vie z mais ſeulement celui de
ne pas craindre la mort , 8c de s'y pré arer ſans ce chagrin
ou cette inquiétude qui eſt ordinaire a ceux dont la ſageſſe
eſt toute tirée des en eignemens d'autrui, 8c appuiéc ſur des
fondemens qui ne dépendent que de la prudence 8c de l'an.
torité des hommes.
M. Deſcartes fut deux mois &t quelques jours âParis, en,
tretenant ſes amis de cette illuſion où il étoit touchant ſon
prétendu renoncement aux Mathématiques 8c à la Ph ſi
que. Ils ſe donnoient ſouvent le plaiſir de dcmentir ſes reſo
iutions : 8C les moindres occaſions qu'ils lui préſentoient
pour réſoudre un probléme où pour faire une expérience,
étoient des piéges inévitables pour lui. Les embarras de ſon
eſprit joints au beſoin qu’il avoit de régler ſes affaires parti...
culiéres lui firent quitter la ville vers le commençement du
16137
mois de May , pour retourner en Bretagne auprés de ſes
Parens,
Aprés avoir paſſé quelques jours â Rennes , il prit le con
ſentement
héritages , de M. ilſon
dont péreeu, pour
avoit vendre
la bonté de leenmettre
Poitouenquel ues
pollleſſi
ſion depuis qu'il étoit devenu majeur z 8c il S'en allaà Poitiers,
puis :l Châtelleraut vers la ſin du mois de May.
1l emploia dans ces négociations le mois de juin entierôc
la moitie de celui de juillet. Il diſpoſa de. la terre du Per.
ron , qui lui étoit échuë par le partage des biens de la ſuc.,
ceſſion de ſa mére; de deux autres métairies qui lui avoient é
té données autour de Châtellerautzêc d'une maiſon a Poitiers,
Les deux métairies , appellées l'une la Grand-Maiſon, 8c
l'autre 1e Marcbair , étaient dans la parroiſſe d'A-vaille, que
quelques uns appellent Poire-vino , pour ne point confondre
eelieu avec Availle Limouſine , qui eſt au delà de l'Iſle
Jourdain ſin' les limites du. Poiétou ê; du Limouſin, Pour
Ce
LrvuEILCHAPITnE VI. H7
ce qui eſt de la terre 8c ſeigneurie du Perron: c’étoit un fief I623..
des' plus nobles du Châtel-Heraudoisou Duché de Châtel
leraut , au midi de cette ville dans la même parroiſſe d'A ou Chàtclñ
Hctaud;
vaille, vers le confiant du Clain 8c de la Vienne. Les deux mé
tairies furent venduës par contrat du 5 dejuin i623 à un ri
che Marchand de Châtelleraut, 8c la terre du Perron le fiit
à un Gentilhomme qualifié de la province, nommé Abel de
Couhé ſieur *de Châtillon , 8c de la Tour—d'Aſniére. Il en
aſſa le contrat avec ce Gentil-homme devant les Notaires
e Châtelleraut le v… 'our de juillet ſuivant. Mais il ne laiſſa
pas de retenir le nom e la terre conformément à leurs con
iventions , our ſatisfaire au deſir de ſes parens, 8c' il continua
.de s'appel er Monſieur du Perron, au moins dans ſa famille.

CHAPITRE VII.
M. DeſZurtes entreprend le 'voyage (l'Italie, dont il avoit conçu
le dej/Ein prés de quatre uns auparavant. Il paſſe pur les &aſí
ſis , Ôfuit diverſes oéſervations ſur les tbe-mins. 1l voit une
_partie des mouvemens de lu Valteline. Delà ilpuſſè du Tyrol,
puis à Veniſe, à Lorette , ó- è Rome , ou ilſi trouve durant le
joli/e'.
A mort du Pape Grégoire XV arrivée le huitiéme de Agé de 7ô
I ,juillet , &c ſuivie de l'élection d'Urbain VIII aprés un ans , aprés I;
ans 8c j moi;
mois de conclave , réveilla dans l'eſprit de M . Deſcartes le dc Siège,
.deſir qu’il avoit eu , étant en Allemagne , de faire un voya
ge en Italie. La curioſité qui l'avoir porté autrefois à ſe proñ
icurer le ſpectacle de tout ce qui eſt accompagné de formes
8c de cérémonies parmi les grands , n’étoit pas encore en—
-tiérement éteinte. Mais il ne put la ſatisfaire ſur l'élection 'Eiu le s
d'Août , C0114
ê( le couronnement du nouveau Pape, à cauſe de la diligen tonné le 2.9
ce avec laquelle on avançoit toutes choſesà Rome. Ainſi ne de Septembre,
ſe ſouciant plus d'aller droit a Rome, il rangea ſes affaires
ſuivant la diſpoſition où il étoit de aſièr deux hivers dans
ce voyage: de ſorte que ſon ſéjour e Rome ne devoit plus'
le rencontrer qu'avec le commengement du jubilé de Pan'
162.5. .
I' iii La
118 LA VIE DE M. DESCARTEL_
l 6 z 3. La penſée d’éxécuter le deſſein de ce voyage luy étoit ve-I
_—___r nuë des le mois de Mars , ſur la nouvelle qu’il avoit reçeuë dela.
Mari de ſa mort de M. Sain ou Seign ſon parent , qui de Controlleur
h-lariiuc. des Taillesà Châtelleraut , étoit devenu Commiſſaire éné—
ral des vivres pour Parmée du côté des Alpes. Le pr texte
étoit d'aller mettre ordre aux affaires de ce parent, 8c de
rendre cette occaſion our ſe ſaire donner , S’il étoit poffi_
ble, la charge d'Inten ant de l'armée. Il s’étoit ourvû
de toutes les procurations néceſſaires pour réü ir dans
Lettr. MS- v cette affaire; a, 8c il devoit partir en poſte le xxn du même
de M. Dcſ- ,
cart. â ſon
S mois, aprés avoir mandé à ſes parens qu'un voyage au dela
frére du 2.x 'U des Alpes luy ſeroit d'une grande utilité pour s'inſtruire des
Mars 162.3. ,, affairegacquerir quelque expérience du monde,8c former des
” habitudes qu’il n'avoir pas encore; ajoutant que S’il n’en reve
Cette cir J)
mitplus rit/Ye', au moins en reviendroitñilplu; capuóle. Mais l'en)
conſtance
d'eſt poi iltſans preſſement qu’il avoit de vendre le bien qu'il poſiëdoit en
difficulté Poitou , luy avoit fait différer le voyage.
pour le têm: Il partit au mois de Septembre , 8c prit ſa route vers la
du voyage en
Italie. ville de Bafle 8c les Suiſſes , avec la réſolution de viſiter œ
Borel. qu’il n'avoir pû voir dela haute Allemagne dans ſes prémiers
Lipſtorp. voyages. Il luy auroit été facile de trouver à Bafle,â Zurich ,
8c dans d'autres villes, des Philoſophes 8c des Mathématiññ
ciens capables de Pentretenir : mais il ſut plus curieux de
voir des animaux, des eaux , des montagnes , l’air de cha
que païs avec ſes météores , &c généralement ce qui' étoit le
plus éloigné de la fréquentation des hommes , pour mieux
connoître la nature des choſes qui aroiſſent les moins
connuës au vulgaire des ſçavans, Lorläuïl aſſoit dans les
villes , il n'y voyoit les ſçavans que comme es autres hom
mes, 8c il n’obſervoit pas moins leurs actions que leurs diſ
cours.
Des Suiſſes il paſſa chez les Griſons, parmi leſquels les
mouvemens de la Valteline le retinrent pendant quel ue
tfêms. Dés l'an i619 le Ro d'Eſpagne de concert avec l'es Kr
chiducs 8c autres Princes \le la Maiſon &Autriche au Comté
de Tyrol,avoit envoyé des troupes du Milanez pour envahir
laValteline ſur les Griſons, a qui elle appartenoit. Le prétexte
de Pinvaſion ſelon la méthode ordinaire des Roys d'Eſpagne,
, étoit la Protection des Catholiques contre les Proteſtans :
mais
LlVREILCl-IAPITRE VII. H9
mais le motif véritable étoit le deſſein de faire un paſſage li 161.3.
bre du Milanez au Comté de Tirol , 8c de joindre par ce 1624.'
moyen les Etats du Roy dflîſpagnea ceux de la Maiſon d’Au
triche en Allemagne. Les Etats voiſins, 8c articuliérement
la Seigneurie de Veniſe , le Duc de Savoy , e grand Duc de
Toſcane, 8c tous ceux qui redoutoient la puiſſance Eſpagno_
le en Italie, outre les Suiſſes 8c les Griſons , étoient intéreſ:
ſez dans cette affaire. C’eſt ce ui avoit porté le Roy Loüis
XIII â ſolliciter puiſlämment a reſtitution dela Valteline
tant auprés du Pape ,qwauprés du Roy d'Eſpagne Philip~
Pes III, qui mourut lur le point de donner cette ſatisfaction
au Pape qui luy en avoit écrit un bref , 8c au Roy qui luy
avoit dé cche' M. de Baſſompierre. Phili pes IV àſon ave Au coàimenä
nement a la couronne avoit paru ſort di poſé à ſaire éxécu cement de .
ter en ce point les derniéres volontez de ſon Pére. Mais le l'an i6 u.

têms s’e’coula inſenſiblement ades traitez divers, aſſez à Mi~ Traité de_
Madrid du zo
lan entre les Députez du Roy d’Eſſpagne 8c e la Maiſon Mars 167.! ,
d’Autriche, 8c ceux des Griſons: ju qu'à ce que par un ac oil lc Roy
cord fait àRome le quatrième de Février i623 entre le Pape (l'E ſpagne ac
corde au Roy
8c les Miniſtres de France 8c d’Eſpagne , on convint de mettre dc France la
la Valteline en dépôt , entre les mains de ſa Sainteté, qui Y reſtitution de
envoya le Marquis de Bagni comme Commiſſaire du ſaint la Valiclineg'
Siége. Ce Marquis fiit depuis Nonce en France, 8c Cardinal.
'Il ſaiſoit proſeffion d'aimer les gens de Lettres , 8c paroiſſoit
curieux d'obſervations Phyſiques. Il n’eſt pas hors de vray_
íemblance que M. Deſcartes luy ait rendu ſes civilitez dans
Chiavenne ou dans Tirano, qui étoit la principale place dela
Valteline où il commandoit, Mais cette rencontre ne doit pas
le ſaire confondre avec un autre célébre Cardinal du même
nom, plus ancien que luy de quelques années , qui n’étoit
pas moins amateur des Lettres 8c des Sciences que ce Mar..
quis, 8c qui honora particulierement M. Deſcartes de ſon
.amitiéCeluy-ci ſe nommoit ean François Guidi. Ilſut Nonce
en France aprés Spada au tems du ſiége de la-Rochelle , 8c ſut
révêtu de la pourpre un an aprés. Mais le Marquis dont il eſt
.icy queſtion n’éxerça la Nonciature qu’aprés Bolognetti Bi
chi,8c Grimaldi,qui ſuccedérent l’un aprés l'autre au pré
mier Cardinal de Bagni ,qui mourut à Rome le 2.4. de uillet ou Bague.
164i âgé de 76 ans. Le Marquis étoit Romain de nail ance,
~ s’apelloit
izo LA VIEDE NLDESCARTES.
1614. s’appelloitNicolas, ſut Nonce en France durant le Pontiſi..
cat entier d’lnnocent X, 8c les deux prémiéres années d'A- ‘
léxandre Vll,qui le fit Cardinal en i657 .- &L il mourut à Rome
Ie 23. d’Aoûti66z âgé de 80ans. . ~
Les négociations qui ſe traitoient à Rome ſous le nouveau'
Urbain VIII. .Pape pour la reſtitution de la Valteline , échoüérent par l'ob
ſtination que les Eſ agnols témoigné-cent à vouloir conſent
ver la liberté du pa age d'Italie en Allemagne par cette pro_
vince. On reconnut en même têms qu’il n'y avoit eu que de
la ſeinteéxécuter
vouloir dans lesle ElÏ-äuté
roteſtations ue Faiſoit
de Madrid ,r ſignéPliili
par ijepes
RoyIVſon
de
ére à l'article de la mort. C'eſt ce qui obligea le Roy Loüis
III à prendre des voies, de ſait pour ſairejuſtice a-ſes Alliez.
Il envoya des troupes dans la Valteline ſous la conduite du
D uis Ma Marquis de Coeuvres, qui cliaſſa les Eſpagnols 8c les Autri
xéc al d'Eſ
trees. ſdchie-ns ,- prit toutes les places ñ, 8c réduiſit toute la province
"fflfen moins de deux mois. ‘
M. Deſcartes ne put être préſenta cette belle expédition',
étant ſorti de la Valteline dés le commencement des négo
ciations de Rome.Il continua ſes voyages par le Comte' de*
Borel. vit. Tyrol, d’où il alla à Veniſe aprés avoir vû la Cour de l'Ar
.cart, com.
cliiduc Leopold ſrére- de l'Empereur Ferdinand II à Inſpruck.
Il avoit pris ſes meſures ſur la diſpoſition de ſes affaires pour
arriver à Veniſe au têms des Rogations, 8c il vit le jour de
l'Aſcenſion la fameuſe cérémonie des épouſailles du Doge a
vec la mer Adriatique. Ce Dove étoit François Contarini'
qui n’étoit en place que depuis Ïiuit mois, ayant ſuccédé à
Antoine Prioli mort au mois dÎAoiîtiózz. M.D‘eſcartesñ étant
àVeniſe , ſongeaà ſe décharger devant Dieu de l"obligation<
qu’il ÿétoitimpofëe en Allemagne au mois de Novembre de
fiîÿnp. Mil. l’an i619 ,par un vœu qu’il avoit fait d’aller a Lorette , 8c
Çartcſu'. dont il n’avoit pû s'acq_uiter en ce têmsdà. Nous ne ſçavons
pas quelles fiirent les circonſtances de ce pélerinage 5 maisv
nous ne douterons pas qu’elles nîëiyent été ſort édifiantes,
ſi nous nous ſouvenons qu’au tîêms de la conception de ſon
vœu , il étoit bien réſolu de ne rien omettre de ce qui pour.
roit dépendre de_ luy ,pour attirer les graces de Dieu, 8c
pour ſe procurer la protection particuliére de la ſainte Vierge.
Ayant accompli ſonvocu à Lorette , ileut le loiſir de va
-
- quer
Vo.

i"
LIVRE II. CHAPITRE VII. 12T.
quer aux affiiires qui avoient ſervi de prétexte à ſon voyage
touchant Pintendance de l'armée * , avant que de ſe rendre a '_r 6 z 5:',
Rome , où il ne vouloit arriver qu'après la Toulſaints. ll n'y. 1"Celarie reliſ
avoit point alors de nouvelle plus univerſellement répandue' ſit pas.
en Italie que celle dujubilé des XXV ans , dont on devoit
faire l'ouverture à 'Rome au commen 'eme-nt de l'année ſuiñ'
vanter Le Pape Urbain VIII en avoit éja fait publier la célé
bration par une Bulle du :9 d'Avril , affichée 8c proclamée
le 17' de May ſuivant. La cérémonie de l'ouverture y étoit in_
di uée pour la veille de Noël 162,4., 8c celle dela clôture pour
la n de l'année 162.5'. Elle portoit ordre de viſiter les trois
principales Egliſes , ſçavoir ,î de ſaintjean de Latran, des BB.
‘ Apôtres S. Pierre 8c S. Paul ,- 8c de -Sainte Marie Majeure
endant l'eſpace de trente jours de ſuite , ou autrement pour
s Romains ou habitans dela ville z- 8c de quinze ſeulement
pour les étrancrers. Le Pape avoit publié quelquesjours aprés Le 2.» deMay,
une autre Bulſe pour faire ſurſeoir 8c ſuſpendre abſolument 161.4.
toutes les Iñndulgences de quelque nature qu'elles fuſſent , affichée le
x7 du même
afin de rendre la néceſſité de ce jubilé plus univerſelle , 8c mois.
pour attirer plus de monde à Rome. Cette o:caſion fit naître
quelques mouvemens de dévotion dans l'eſprit deMſ Deſc. gui
n'avoir eu d'abord pour motif de ce voyage que la curio ité
de voir la ville de Rome 8c la Cour du Pape.. Il arriva dans
la ville peu* de jours, avant le commencement de l'Avent :- 8c
le concours prodigieux- des peuples qui y abordoient de tous
les endroits de l'Europe Catholique , ne tarda guéres à la
remplir. Laffluence y fut pourtant moins grande ,r qu'elle
n'avoir été au Jubilé ſéculaire' de l'an i6oo :' 8C l'on attribjua
cette diminution au bruit des maladies épidémiques qui affli
geoient la ville 8c le voiſinage 5 à l'a guerre de la Valreline 5- 8c
aux allarmes répandues ſur toutes les frontières d'ltalie du
côté de France.v
Le plus apparent des pélerins du Jubilé fut Ladiſlas Prin Il ſut R07 dej
ce de Pologne, uidu ſiege de Breda, 8c -des Pays-bas Catho— puis.
liques étoit pa é en France , 8c delà sîétoit rendu à Rome,
afin de pouvoir aſſiſter à la proceſſion ,- que le Pape accompa
gné de tous les Cardinaux qui étoient dans lîa ville , fit enî
lŒgliſe de ſaint Pierre la véille de Noël, pour faire l’ouvertu—
re. Il y vintau-flidivers- autres Princes parmi leſquels ſe trou
r , (lb VQ
m. LA V~lE DE M. DEscAa-TES.
1 6 z 5. va même l’Archiduc Leo old Comte de Tyrol malgré les afi
faires que le Maréchal dîEſtrées 8c le ſieur de Haraucourt
-._——
Jacques de Maréchal de camp luy donnoient dans la Valteline , &dans
Longucval le Comté de Chiavenne. Par ce moyen M. Deſcartes trouva
Gt. Bailly
ou Gouvcrn.
dans Rome un abrégé de toute l'Europe, 8c ce concours luy
de Cltrm. en parut ſifavorable a la paffion qu'il avoit toûjours euë de con
Beau i'= noître le genre humain par luy-même , qu'au lieu de paſſer
ſon têms àéxaminer des édifices , des antiques , des manuſ.
crits, des tableaux, des ſtatues , &c les autres monumens de
l'ancienne 8c de la nouvelle Rome , il s'appli ua particulière
ment à étudier les inclinations, les mœurs , es diſpoſitions,
8c les caractéres d'eſprit dans la foule 8c le mélan e de tant
de nations différentes. Cette commodité le difſpen a de faire
d'autres voyages , 8c luy ôta l'envie d'aller au onds dela Si.
cile 8c 'de l'Eſpagne chercher les peuples qui luy reſtoient à
voir.

CHAPITRE VIII.
Rotourile M Deſiartes en France. Il Paſſe parla To/Eane .~ mais
il n) evoit pas Galilée ,qu’il n'a jamais connu parfaitement. 1l
ſe trouve au ſiZÏge de Ga-Ui , Ô à quelques autres expéditions
contre les Génois Ô les Eſpagnols. 1l 'Ua en Piémont. 1l fait
. quelques obſervations ſi” les Alpes vers le pas de Suſh.

R Deſcartes demeura dans Rome juſqu'au commen..


çement du printêms: &cil méditoit actuellement ſon
retour en France , lorſque le Pape nomma le Cardinal Fran
' çois Barberin ſon neveu pour aller en qualité de Legat.
Les Eſ agnols qui depuis long-tems ſembloient diſpoſer dela
Cour e Rome par le nombre 8c le credit des créatures qu'ils
y entretenoient, 8c parles grandes poſſeſſions qu'ils avoient
en Italie , ſoupçonnoient ce Pape d'avoir les inclinations
Françoiſes , parce qu’il ne S'intereſſoit pas aſſez ouverte
ment a la perte qu'ils venoient de faire de la Valteline,
Ce fut pour les deſabuſer ou pour lesappaiſc-:r, que par un
Brefdatté du 26 de Mars 162.5 il envoya ſon neveu Legat
en France , avec coinmiſiion de _demander deux choſes au
~"~ ’ — Roy a
.LIVRE II. CHAPITRE VIII. 123
Roy; la 'rémiéreç' qu'il fit remettre entre les mains de ſa r 6': f.
Sainteté lîaValteline 8L tous les Forts ue les François avoient
pris 5 la ſeconde, que par ſon moyen es Griſons fuſſent pri Rei. MS. des
Faculte: du
vez de leur ſouveraineté ſur la Valteline… Le Roy ayant été Légat en
averti de ces projets,manda a M. de Béthune ſon Ambaſſa 1615.
deur a Rome, que cette légation ne luy ſeroit pas agréable.
C'eſt ce qui obligea le Pape de faire_ prendre àſon neveu des me
ſures plus convenables aux diſpoſitions de la Cour de France.
M. Deſcartes crut qu’il étoit bien-ſéant aun Gentilhom
me François d'aller rendre des civilitez à un Cardinal Ne
veu, deſtiné pour faire dans ſon pays une fonction auſſi impor
tantequ’étoit cette légation. Le Cardinal. les reçut avec les
démonſtrations de bienveillance, 8c les offres de ſervice que
ſon honnêteté particulière luy faiſoit avancer pour ceux qui
Fabordoient. Mais parce qu'il étoit amateur des ſciences, 8c
rotecteur de ceux quien faiſoient profeſſion ,. il_ ne tint pas
K4. Deſcartes quitte de ſes devoirs pour une viſite ou deux,
8c pour des complimens ſuperficiels. Il le goûta ſi bien, qu'il Voyez ty a
voulut l'honorer particulierement de ſon amitié: 8c M. Deſ prés au ſujet
cartes de ſon côte n'oublia pas à ſon retour de continuer ſes de Balzac:
aflîduitez auprés de luy pendant le peu de têms qu'il fflt en
France, 8c de luy donner dans tout le reſte de ſa vie des
marques de ſa reconnoiſſancedóaht par les préſens u’il luy
fit faire de ſes livres, que ar des témoignages de' re pects 8c
de dévouement qu'il luy t préſenter de têms en têms par
le miniſtére de ſes amis. l
Le Légat s'embarqua pour la France vers le commençe..
ment du mois d'Avril , menant avec luy grand nombre de'
Sçavans, parmi leſquels étoient le Cavalier del Pozzo , jérô Callian” à
me AléandreJean Loüis le Débonnaire beau—frére du jeu.. Put-rod_
ne Barclay,jean Baptiſte Doni , Loüis Aubry du Meſnil, 8C
d'autres. M. Deſcartes ſortit de Rome vers le même têms,
mais il voulut s'en retourner ar terre pour ne pas perdre
l'occaſion de voir un paîs qu'il étoit bien-aiſe de connaitre.
I l paſſa par la Toſcane, 8c il vit peut-être la Cour' du grand
Duc Ferdinand Il qui étoit encore alors fort jeune 8c en ini
norité, &qui avoit ſuccédé' :i ſon pére Coſme II l'an r6”. S1'
nous en croyons le 'ſieur Borel, il ne nous ſera point' permis
Vit. Cart.
de douter qu'il ait rendu- viſite aux perſonnes du pays qui comp. p. 4,
Q1] etaient
H4 LA ViE- DE M. DEscAa-rrs.
1 6*?- 5- étoienten réputation d’habileté &c de ſcience, 8c ſurtout ai:
célébre Galilée qu’il devoit certainement oublier moins
qu'aucun autre. Galilée étoit pour lors âgé d'environ ſoixan
Voyïzrſo”, 5- te ans , &c l'on peut dire qu'il étoit au période de ſa belle re'
Ëffflfêäſfſiçcgés
à l'an 154x putation.
des petits.IlIlétoit également
n'étoit point deconnu
Prince8c, admiré desgrand
point de grandsSel..

m… mffllmî- ,gneurqui paſſant par le lieu de \à demeure ne le fit un point


d'honneur de luy rendre viſite. Des curieux pÿartoient des
pays étrangers ex rés pour venir le voir, comme on avoit fait
autrefois au ſujet eTite—Live , 8c de ſon têms même a l'égard
de M. Viéte.. A toutes ces conſidérations priſes du côté de
Galilée, M. Deſcartes en pouvoitjoindre du ſienqui ſem
’ bloient ne pouvoir le diſpenſer de voir ce grand homme z 8c
c'eſt ſans doute ſur toutes ces apparences que le ſieur Borel
a décidé affirmativement qu'il l'avoir vû.
Il ſaut avoüer pourtant qu'il n'eut point cette ſatisfaction.
Nous ne ſçavons pas q-uel fut l'accident qui luy en ôta l'o~c..
caſion: mais enfin nous ne trouvons pas de re lique à ce
Le l 4.05m- qu’il écrivit luy—mêm’e plus de treize ans aprés liir ce ſujet,
bre 155.8. pour détromper le Pére Merſenne. v Pour ce qui eſt de Gali
Tom. z. n ée .( mande-Lil à ce Pére ) je vous dirai que je ne l’ay jamais
des Lcttr- '
” zvû; que je n’ay jamais eu aucune communication avec luy,
p.397.
” 8c que par conſéquent je ne ſçaurois avoir emprunté aucune
.” choſe de luy, Auſſine vois-je rien dans ſes livres qui mefaſſe
' ” envie, ni preſque rien que je vouluſſe avoüer pour mien.
” Tout le meilleur eſt ce qu’il y a de Muſi ue. Mais ceux qui
” me connoiſſent, pourraient croire qu'il auroit eu de moy
v plutôt que moy de luy. Car j'ai/Dis écrit preſque les mêmes
v choſesi y a dix-neuf' ans , auquel têms je n’avois point enco
“Bécckman v re été en Italic, 8c j'avois donné mon Ecrit au ſieur N.. qui
Peut-il”, v _comme Vous ſçavez , en ſaiſoit parade , 8c en écrivoic ça 8c la
” connue d'une choſe qui venoit de luy. _
în'aNous pouvons juger par ces paroles de M. Deſcartes qu'il
jamais connu Gaſililée que par 'ſa réputation 8c par la le.
_cture de ſes livres.Encore faudra .t.il avoüer qu'il le connoiſſoit
,même aſſez mal par cet endroit , ſi l'on trouve que Galilée
n'a rien écrit ſur laMuſique. Il eſt aſſez probable qu’il aura
confondu le fils avec le pére en cette occaſion: ce qui ne luy
ſei-oit point arrive', s'ill’avoit vû chez luy,’où il n’auroit pas
manque.
LrvREII.CHHXPITMEVIII. n.;
manqué de S'informer de ſa famille dans la converſation. i6: ſi
' Vincent Galiléi , pére de Galiléo Galiléi , dont il eſtici
queſtion , étoit un Gentil-homme Florentin , @avant dans
les Mathématiques , 8c particuliéremenc dans la Muſique.
On ade lui un ouvrage écrit en Italien , ê( diviſé en cinq
dialogues touchant *la Muſique ancienne 8c nouvelle. L'ou
wrage eſt eſtimé, &Joſeph Blancanusjéſuite' Italien le ju_
ge néceſſaire pour retablir la Muſique des Anciens, -ôc pourv Apparat. ad
Mathem.
corriger celle des Modernes. Il n'y a point d'apparence que diſcipl. ſind,
M. Deſcartes ait lû d'autre Trairré de Galilée que celui là, pag. 1.09.
touchant la Mulique. Vincent Galiléi , qui avoir ſait inſtrui
_re ſon fils avec autant de loin que s'il eût été légitime ,St hé.
ritier de ſes biens , n'avoir pas oublié de lui inſpirer Pincli_
nation qu’il avoit pour la Muſique.; mais il ne Putempê
cher qu'elle ne ſe tournât preſque toute entiere vers l'A..
_ſtronomie , aprés laquelle on peut dire que la Géométrie ,
8c la Méchanique ont tenu le premier rang dans ſon eſprit
parmi les Mathématiques. Au reſte, M. Deſcartes paroît a.
Voir. été toujours ſi peu informé de ce qui regardoit la er..
ſonne de Galilée , que ſi on exec te le point de ſa con am
.nation 8C de ſa priſon à l’Inqui ition , qui a fait crop d’e'_
clat our être ignoré des moins curieux, on peut dire qu'il
da çû aucune circonſtance de a vie. De ſorte qu’il parut
Tom. L. Je!
,ſurpris , lors qu'en 164.0 le Pére Merſenne lui parla de Ga Lenny. un
,lilee, comme d'un homme encore vivant , l'ayant crû mort
,longtêms auparavant. î
. M. Deſcartes n’avoit as encore paſſé les, frontières de
Toſcane,lors qu'il ap rit es nouvelles de la guerre'quis’al—
lumoit entre la Ré ,u lique de Gènes 8c le Duc de Savoye
Charles-Emmanuel)premier de ce nom. Le Roy Trés-Chrê_
_-tien ayant été informe' de la mauvaiſe cauſe des Génois, 8c
voyant que ces Républicains s’appuioient du ſecours du
Roy d'Eſpagne, avoit envoyé dix mille hommes au Duc de
_Savoye ſous la conduite du Connêtable de Leſdiguiéres.~ Le
-Duc de Savoye étoit-en perſonne à cette guerre , 8c ſon ar_
vmée renforcée du ſecours de France étoit de 25000 hommes
,de pied 8c de zooo chevaux. Le Connêtable qui condui
ſoit Pavantgarde dont il avoit fait un Corps d'armée détaché,
s’étoit déja rendu maître des villes de Capriata , de Ouai,
C
H6 La VIE DE M. DEscAiiTEſis.

1 6 2 5. de Novi. Il avoit batu divers partis Eſpagnols tant Napoli


tains que Milano-is: &c il avoitmis le ſiège devant la place de'
Borel Vit. Gavi , lors que M. Deſcartes arriva dans ſon camp pour
comp- P. 4.
être le ſpectateur de ce qui s'y pafleroit. Gavi étoit une ville.:
de la ſeigneurie de Génes du côté du Milanez ', dans une
diſtance reſque e' ale entre Tortone vers le Nord ,Sc Gé..
nes vers le Sud, E e avoit une flirte citadelle bâtie ſur un
roc du mont A ennin, 8c flanquée de quantité de baſtions,
qui rendoient -a place d’un tres-difflci e accés , 8c qui affl
voient fait échoüer le fameux Barberouſlè du têms de
François prémier. Le Connêtable , qui fiiiſoit eſpérer en
riant a ceux qui vouloient le détourner de cette entre riſe,,
ſe Connëta
ue Bdróeugriſh fëroii* æ que' Baſée-rouſſe? n'a-voit[>12 flziro, onna
ble de Lcſdi i bon ordre a tout,_ qu'ayant défait un ſecours- de rooo hom
guiércs avoit mes envoyé par le Gouverneur de Milan ., 8c taille' en piéñ
alors 84ans.
ce zoo hommes de la garniſon dans une ſortie qu'elle avoit
faite, il ſe rendit maitre de la ville le 23” 'our d’Avril,Ce
ſuccés lui' ficilita les approches de la citadelle: 8c ayant fait
auſſi réüfſir ~r dehors une baterie* 'qu’il avoit trouvé moyen*
de dreſſer ſi): une montagne voiſine q'u’oll avoit ée im
praticable juſquëilors , il obligea le Gouverneur de ui ren
dre la place par capitulation le dernier jour dîAvril.
Aprés la priſe de cette ville ñ, M. Deſcartes vouiut être
encore témoin d"une' partie des merveilleux progrez de Par..
mée du Duc de Savoye,qui réduiſit toute la riviére* duPo_
nant, 8c prit ſur les Génois 174,. places en trés peu' de têms,,
--w-.U.-u- Mais la conquête ne fut pas d'une longue durée ,Ze M. Deſl
cartes nîa-ttendit pas que les Génois , 8c les Eſpagnols cul:
fènt commencé a reſpirer 8c à ſe remettre,- pour quitterſar_
ruée. Il vintdroit' àTurin,.oi"x il s'arrêta durant un jou-r ou
deux ,. pou-r y Voir ce qui ſe paſlbit parmi le Magiſtrat , 8c
le Peup e.. Car pour ce qui pouvoit' re rder la Cour ,elle
étoit alors fort déſerte par Pabſence l u Duc Charles Em
manuel ,. du Prince de Piémont' Victor Amé ,, &C dîu Prince
»Thomas ſes enfans ,. qui étoient tous â- l'armée.Il n'y avoit'
point de Ducheſſe de Savoye depuis plus de vingtaſept ans,,
que Catherine' Michelle dîAutriche ,fille de Philippe ll
Roy d'Eſpagne 8c dÏElizabeth de France , étoit morte le
de Novembre i597. Mais il eut la fixisfaction d’y
vou:
LlVRE II. CHAPITRE VIII. 12.7
voir la Princeſſe de Piémont Chriſtine de France , fille du
Roy Henry IV , 8( ſoeur du Roy Louys X I I‘I ',' mariée dés
le commençementde l'an l6I9. ' i ñ
De Turin il paſſa vers le milieu du mois de May. par le
pas de Suſe pour rentrer en France. Mais il ſe détourna de
quelques lieuës du côté de la Savoye our éxaminer la hau
teur des Alpes , 8c y faire quelques o ſervations. Ce fut en Traitté des
cette occaſion qu’il crut avoir deviné la cauſe du tonnerre; Météores
Diſc. 7. p,
8c trouvé la raiſon pour laquelle il tonne plus rarement Phi* 1.4i.
ver que l’êté. Il remarqua que v les neiges étant échauſi -.
fées 8c a peſanties par le Soleil , la moindre émotion d'air ï(

étoit ſuffi ante pour en faire ſubitement tomber de gros -tas, K(

que l'on nommoit dans le pays Avalanche: , ou plûtôt CS

lavant/m , &t qui retentiſſant dans les vallées imitoient aſſez CC

,bien le bruit du tonnerre. De cette obſervation il conjectu Cl

ſa depuis, que le tonnerre pourroit venir de ce que les nuës


.ſe trouvant quelquefois en aſſez grandnombre les unes 'ſur
les autres , les plus hautes qui ſont environnées d'un air plus
chaud tombent tout-â-coup ſur les plus baſſes. La maniére
dont il vid les neiges des Al es échauffées par le Soleil lui
fit juger que la chaleur de l'air qui eſt autour d'une nuée
ſu érieure peut lacondenſer , 8c sîppeſantir peu à peu de
telle ſorte que les plus hautes de es parties commençant
les prémiéres a deſcendre , en abattent 8c en entraînent a
-vec elles quantité d'autres , qui tombent auſſitôt toutes en..
ſemble avec beaucou de bruit ſur la nuée inférieure. C'eſt
par une ſuite de la meme obſervation qu’il voulut expliquer
pourquoi le tonnerre eſt plus rare l'hiver ue l'été ans
ces quartiers , ayant remarqué que la cha eur ne monte
pas alors ſi aiſément juſqu'aux plus hautes nuées pour les'
diſſoudre. C'eſt pour cela que durant les grandes chaleurs,
lors qu'après un vent Septentrional de peu de durée on ſent
deu’ilnouveau une bientôt
doit ſuivre chaleurvdu
humide 8c étouffante
tonnerre. , c'eſt
Car c'eſt une ſigne,
marque
elon lui, que ce vent Septentrional ayant paſſé contre la
terre en a chaſſé la chaleur vers l'endroit de l'air où ſe for
ment les plus hautes nuées. Ce vent étant enſuite chaſſé
ſui-même vers l'endroit où ſe forment les plus baſſes par la
dilatation de l'air inférieur
ſi que cauſent
~ les vapeurs
~ chau
des
:28 LA-VIELDE M. DEscARTEs.
des_ ſiu’il contient: non ſeulement les plus hautes en ſe cort-î
162-5.
denäntdoiyentrdeſcendre , mais les plus baſſes même de_
meurant Fort rares, 8c ſe trouvant comme ſoulevées 8c re
pouſſées par' cette dilatation de l’air inférieur doivent leur
réſiſter de telle manière que ſouvent elles peuvent empê
cher qu’il n'en tombe aucune partie juſques à terre. Le
bruit qui *ſe faitv .ainſi au deffiis de nous doit s'entendre beau
coup mieux à cauſe du retentiſſement de Pair qui eſt un
corps réſonnant , 8c il doit être plus grand à raiſon dela nei
ge qui tombe, que n'eſt celui- des Lalſdfltîllâ! ou Avalanches
dans les Alpes. Il ſuffit auffi que les parties-des nuées ſupé.
rieuresv tombent toutes enſemble , ou l'une aprés l'autre ,
tantôt plus vîte -, tantôt plus lentement; 8c que les nuées in—
férieures ſoient plus ou moins grandes- ou épaiſſes, 8c qu’el
les réſiſtent plus ou moins , pour nous faire comprendre
d’où peut venir la. différence des bruits' du tonnerre,
Les mêmes obſervations contribué-rent auffi' beaucoup à
luy ſaireremarquer en _quoi conſiſtent les différences des
éclairs , des tourbillons ,r 8C de la foudre ;a leur origine &î
leurs effets.v Il ne ſut pas moinsaexact dans les autres obſer
vations qu’il fit ſur les Alpes. Ceſt ce qui paroît par les in.
ſtructions qu’il donna plu-ſieurs années depuis- au Pére Mer
(ènnfflqui devoit faire un voyage en Italierôc qui l'avoir con.
fiilté ſur la manière* de prendre la hauteur de cesmontagnes,
Tom. 2.-. des Il luiñ mar ue dans la réponſe qu’il lui fit ſur la fin de Pan
Lem. p. zoo. I639 ,a quîi pourroit meſurer le mont Cénis étant au dela
de Suſe dans le. Piémont , parce que la plaine en-eſt. fort
Lem; xxxrv.
égale 5 8c qu’il ne connoiſſoit point de meilleure maniére
pour ſçavoir la hauteur des montagnesſque de les meſurer
de deux ſtations , ſuivant les régles de la Géométnie prati
que.

ç WW

- ’ CHAP.
ËLlVRE II. CHAPITRE IX. m9

CHAPITRE IX.
Deſcartes 'Ua en Poitou , Ô ſonge 'à acheter la charge dc
Lieutenant Général de Chatolleratit 5 mai: en vai”. 1l 'vient à
Paris, oz) ilſe réſouddo demeurer; juſqu? to qtäilſhfût procure' u”
étahlifflmentfiee. .Il fè preſcrit des maxime: pourſh "ff/Er dans
ſa conduite particulière. Sa 'vie' doute dm innocente pe” ant Fiſ
pacc- ile trois am qu’il
la Mathématique emploie à méditer ſhr la Philoſophie
ami-uerſhlíe.

R Deſcartes vint en' poſte de Lyon en Poictou pour I625.


ſçavoir l’état du bien qu’il y avoit laiſſe' ſans l'avoir Il n’en avoit
pû vend-re avant ſon deípart , ê( pour rendre conte à Mada_ vendu qu’uuc
me Sain ſa nmrraine , e' ce qu’il avoit fait pour les affai_ partie.
resjde ſeu ſon mary dans l'armée d'Italie. Etant à Châ.. Len-r. de M.
telleraut' il fut ſollicité de traitter de la charge du Lieute_ Deſc. à ſon
pére , du 2.4
nant Général du lieu , qui ſe trouvoit' preſſé de s’en deffai Juin' 151.5,
re pour en acheter une autre à ſon fils : 8c on lui fit encen
dre qu’ill’auroit pour ſeize mille e'cus ou goooo livres. Il re—
jetta d'abord ces Propoſitions ſous pretexte qu’il ne pou..
voit mettre de ſon argent plus de dix mille écus contans en
une charge de judicature. Mais n’ayant pû réſiſter aux intl Le ſieur de
tances de quelques amis qui lui offi-irent de l'argent ſans in; lkiaſparaultz'
térêt, il promit d'en écrire à Monſieur ſon Pére dés qu’il
ſeroit à Poictiers. Ceſt ce qu’il fit le XXIV jour de
Juin , pour le prier de Paffiſter de ſon conſeil, 8c de' le dé..
terminer ſur ſon choix. Il avoit ſujet de craindre que ſon Pe'
re , ui étoit Our lors à Paris , ne le jugeât incapable de'
remp ir une c ar e de cette eſpèce , parce que n'ayant fait
autre exercice ju ques là que de porter l'épée , il paroîtroit A 19ans:
être venu trop tard pour entrer dans la profeflion de' la ro
be. C'eſt ſurquoi
diſpoſition il voulut
où il ſeroit d'allerle (le,révenir
mettre en
chezluiunlnarquailt
Procureurla

du Châtelet ,juſquà ce qu’il eût appris aſſez de pratique


pour pouvoir éxercer cette charge. Son deſſein étoit d’al_
er voir M. ſon Pére à Paris , des qu’il auroit reçû de ſes
nouvelles : mais_ l'appréhenſion de ne le plus retrouver en
~~ R cette
\zo LA VIE DE NLDESCARTES.
‘ r 6 z 5 'cette ville, ſit que ſans attendre ſa réponſe il partit en poſte 8c
----~ arriva au co nmençement du mois du juillet. Néantmoins
il n’eut point la ſatisfaction d'y voir M. ſon Pére qui étoit re
tourné en Bretaone depuis peu de jours : ce qui joint avec
les ſollicitations des amis qui le vouloient voir établi â Pa~
ris , ne contribua
Châtelleraut , 8c à lleasdégouter
peu à Eure
de laéchoüer ſon affaire de
Province.
Il témoignoit n'être point mal ſatisfait de ſon voyage
d'Italie. Le ſéjour lui en auroit encore plû d'avantage s'il ne
ſe ſur point a perçû que c'eſt un puy; mulſizi” pour le; Fran.
' ;gf fai: , ſur tout ors qu’i S y mangent autant qu'ils ſeroient en
193. ~ France. Pour lui qui avoit appris de bonne heure à ſe gouñ
verner dans ſon régime de vivre , qui bcuvoit tres—. eu , &c
qui ne prenoit ordinairement que des viandes groſlliéres 8c
peu nourriſſantes, il ne s’étoit point mal précautionné con
tre la malignité du climat. Mais s'il y fut demeuré pluslong
tems, il auroit ſenti peunêtre que ſa compléxion n'auroit pas
toujours été à l'épreuve des mauvaiſes impreſiions de l'air
‘ qu'on .y reſpire , 8c qui cauſe diverſes maladies par ſa cha.
lbld' leur immodérée. Sans cela , il proteſte u’il auroit choiſi
l'Italie lûtôt que la Hollande pour lui ervir de retraitte
durant e reſte de ſes jours, aprés qu’il ſe ſut déterminé à,
quitter la France.
Il y avoit plus d'un mois que le Légat , qu'il n'avoit point
vii depuis ſon départ de Rome , avoit fait ſon entrée dans
Paris , lors qu’il y arriva : 8c la ville étoit alors occupée
d'une nouvelle plus récente , qui étoit celle de la reddition
de la ville de Breda faite au Marquis -de Spinola ar les
Hollandois le cinquième de Juin aprés un ſiége cl)e neuf
mois. Il ne pouvoit être entiérement inſenſible à cette nou
velle , s'il ſe ſouvenoit du ſéjour de deux années qu'il avoit
fait en cette ville , ſous les drappeaux du Prince Maurice
Le :Î- d'A* qui étoit mort depuis deux mois , 8c qui avoit eu pour ſuc
'l "3 , ceſſeur le Prince
Z1, . , . Henry ſon frere.
Frederic ,
a 5 '
_ ans. M. Deſcartes prit ſon logement chez un ami de ſon Pére,
qui étoit auffi le ſien en particulier , 8c qui avoit des réla
Ëëÿîä-fifzär” tions avec ſa famille par quelque alliance. Cét amy étoit M.
' le Vaſſeur Seigneur d’Etioles, pére de M. le Vaſſeur , qui
vit encore aujourd'hui ,ſi ô; qui eſt conſeillera
ſſ la,Chambre
Grand..
Livni; II. CHAPITRE 1X. !zi
Chambre. Là s'étant formé un modéle de conduite ſur la i625,
manière de vivre que les honnêtes gens du monde ont coû.
tume&le
plc de ſepljus
reſcrire,
*éloignéilembraſſa le genre de
de la ſingularité 8c vie le lus ſim
de Paëectation Diſc. de la
Méth. pam;
qu’il put s'imaginer. Tout étoit aſſez commun chez lui en p. zi.
apparence z ſon meuble &c ſa table étoient toujours tres
propres , mais ſans ſuperflu. Il étoit ſervi d'un petit nombre
de valets , il marchoit ſans train dans les ruës. Il étoit vêtu
d'un ſimple taffetas verd , ſelon la mode de ces téms-là ,
ne portant le (päumet 8c l'épée , que comme des marques
delà qualité, nt il n’étoit point libre alors à un Gentil..
homme deſe diſpenſer.
Il avoit remis a la ſin de ſes voyages à ſe déterminer ſur
le choix d'une profeſſion ſtable pour le reſte de ſes jours :
mais quoi qu’il ne parût pas beaucoup plus avancé dans ſes
délibérations qu'au commençement , i ne laiſſoit pas de
s’affermir inſenſiblement dans la penſée de ne s'aſſujettir a De la Méth.
aucun eniploy. Ce n’eſt pas qu'il ne fit encore une revuë pag. 18.

ſort ſérieuſe ſur les occupations diverſes qu'ont les hommes


en cette vie, pour voir s'il en trouveroit quelqu’une à ſa
bien-ſéance , 8c qui fiit conforme aux diſpoſitions de ſon
eſprit. Mais apres avoir éxaminé ſolidement toutes choſes
au poids de ſa raiſon , il jugea u’il ne pouvoit rien faire
de meilleur que de continuer dans l'occupation où il ſe
trouvoit actuellement, depuis qu'il s’étoit défait des préju
gez de ſon éducation. Cette occupation conſiſtoit unique
ment à employer toute ſa vie à cultiver ſa raiſon , 8c à s'a
vancer de tout ſon poſſible dans la connoiſſance de la Vérité,
ſuivant la méthode qu’il s’étoit preſcrite.
Le S contentemens qu'il témoignoit avoiizreçûs de ſon eſ.
prit, depuis qu'il avoit commencé à ſe ſervir de cette nié
thode étoient ſi ſenſibles 8L ſi ſolides,que ne croyant pas qu'on
pût trouver ailleurs des douceurs plus innocentes &plus
réelles , il ferma l'oreille à toute autre ſollicitation.
Il n’étoit par la grace de Dieu eſclave d'aucune des paſ—
ſions qui rendent les jeunes gens vicieux. Il étoit parfaite
ment guéri de l'inclination qu’on lui avoit autrefois inſ i..
rée pour le jeu , 8c de l'indifférence pour la perte de ſon
téms. Want a ce qui regarde la Religion , il conſervoit rou
R. ij jours_
1'32" La ViE DEM. DESCARTES.
l 6 i. 5. jours ce fonds de piété que ſes Maîtres lui avoient incul..
*-~—~ quée à la Fléche -, 8c il la tailoit paroïtre dans les ratiques
.extérieures de la dévotion , aux devoirs de laquel e il étoit
Ïa-.iſſi affidu que le commin des Catholiques qui vivent mo
ralement ſans reproche, (Li-oique ſon eſprit fût curieux
juſqu'à Pétonnement de ceux qui le connoiſſoient , il étoit
néantmoins trés-éloigné du libertinage en ce qui touche les
fbndemeiis de la Religion , ayant toujours eu grand ſoin de
terminer ſa curioſité aux choſes naturelles. Il avoit compris
de bonne heure ue tout ce qui eſt l'objet de la Foy ne
ſcauroit l'être de a Raiſon , &c qu'il v auroit de la témerité
à prétendre l'y aſſujettir. De ſorte qu’il regardait les liber..
;ins comme des gens qui étoient dans un Eaux principe , 8c
qui ne connoiſſoient pas la nature de la Foy , lors qu'ils
Ïroyoient que la Raiſon humaine eſt au deſſus de toutes choT
es. \
L'irréſolution qui pouvoit lui-'reſter touchant les vuës gég
nérales de ſon état , ne tomboit point ſur ſes actions partia
culiéres. ,Il vivoit 8c agiſſoitindépendemment de l'incertitude~
qu'il trouvoit dans les jugemens qu’il _faiſoit ſur ,lesSciences.
Il s'étoit fait une morale à ſa mode , ſelon les maximes de
laquelle il prétendoit embraſſer les opinions les plus modé
rées , les plus communément reçûës dans la pratique , 8c
les plus éloignées de Péxcez pour régler ſa conduite , ſe fai_
ſant toujours aſſez de juſtice pour ne pas préférer ſes opi
nions particuliéres a_ celles des erſonnes qu’il jugeoit plus
Pobligeoient
ſages «Sc mieuxà ſenſées
ne choiſir
queque
lui. les
I aplus modérées
portoit deuxd'entre
raiſons pciuui

ſieurs opinions également reçûës. v La prémiére, que ce ſont


,Dela Mét- u toujours les plus commodes pour la pratique , 8C vrai-ſembla
pag. q.
J)
blement les meilleures, toutes les extrémitez dans les actions
J,
morales étant ordinairement vicieuſes. La ſeconde , que ce
J)
ſeroit ſe détourner moins du vray chemin, au cas u’il vint
ï)
à s'égarer , 8è qu’il ne ſeroit ainſi jamais obligé (de paſſer
I)
d'une extrémité à l'autre. Il paroiſſoit en toutes rencontFes
tellement jaloux de ſa liberté qu’il ne pouvoit diſſimuler
l'éloignement qu’il avoit our tous les engagemens qui ſont
c-,ipables de nous priver e nôtre indifférence dans nos ac
‘ tions.
LIVREILCHAPITRE IX. 133
tions. Ce n’eſt as qu'il prétendît trouver à redire aux loir, I625.
qui pour ſemé ier à Pinconſtance des eſprits ſoi-bles , ou
Pour établir des ſûretez dans le commerce de la vie , per
mettent u’on faſſe des voeux ou des contrats, qui obli _ent
ŒMÇHŒſhmwMmmmmN&ſhÆmWmmàW✗
rer dans leur entrepriſe. Mais ne Voyant rien au monde qui
demeurât toûjours en même état , 8c ſe promettant de per_
_fectionner ſesjugemens de plus en plus , il auroit crû offenſer
le bonſens, S'il ſe fût oblige â prendre une choſe pour bon..
ne, lorſqu'elle auroit ceſſe' de Pêtre, ou de luy paroître telle,
ſous prétexte qu’il l'auroit trouvée bonne dans un autre
têms.
A l'égard des actions de ſa vie qu'il ne croioit point pouñ
voir ſouffrir de délai , lorſqu'il n’étoit point en état de diſcer
ner les opinions les plus véritables , il s’attachoit toûjours
aux plus probables. S’i arrivoit qu’il ne trouvât point(plus de
probabilité dans les unes que dans les autres , il ne lai oit pas
'de ſe déterminer à quelques-unes , 8c de les conſidérer en ui
\e non plus comme douteuſes par rapport à la pratique ,
mais comme trés-.vrayes 8c trés-certaines , parce qu’il croyoit
.que la raiſon qui l-'y avoit fait déterminer ſe trouvoit telle.
Par ce moyen il vint à bout deſè délivrer des repentirs 8c des
remords qui on-t _coûtume d’agiter les conſciences des eſprits
foibles 8c chancelans , qui ſe portent trop légérement àpra_
tiquercomme bonnes les choſes _qu’ils jugent aprés être man
vaflès '
Il vS’ét0it fortement perſuadé qu’il n’y a rien dont nous
Puiſiions diſpoſer abſolument, hormis nos penſéesôc nos de
ſirs.: de ſorte quîaprés avoir fait tout ce qui pouvoit dépen
dre de luyimpoffible
ſolument pour les çhoſes
àſon de dehors
;Ecard ce ,qui
il ſu[Puy
poſoit commepour
manquoit ab

Iéüffir. Ceſt ce qui le fit réſäudre a' ne lus rien deſir-er, u’il


ne pût acquerir. Il crutquele moyen vivre content ,etoit
de conſiderer tous les biens qui ſont hors de nous comme e'—ñ
galement _éloignez de nôtre pouvoir, 8c de ne pas re retter
ceux qui nous manquent , dans la penſée qu’ils nous lâroient
dûs , lorſque ce n’eſt point par nôtre faute _que nous en ſom
mes privez. Il ſaut avoüer qu’il eut beſoin de beaucoup d’é—
gçerciçe, ê( d’une méditation ſouvent réſiterée pour s’accoû—
R i1) tumtîüó*~
154_ LA VIE DE M. DESCARTES.
I625. tumer à regarder toutes choſes de ce biais. Mais étant VCmIL
à bout de mettre une ſois ſon eſprit dans cette ſituation , il ſe
trouva tout préparé a ſouffrir tranquillement les maladies,
&les difgraces de la fortune dans leſquelles il plairoitàDieu
de l'exercer. Il croyoit que c’étoit principalement en ce
Ibid. png. a7. point que conſiſtoit le ſecret des anciens Philoſo hes,qui a.
32g
voient pû autrefois ſe ſouſtraire de l'empire de a Fortune;
8c malgré les douleurs 8c la pauvreté, diſputer dela félicité
avec leurs Dieux.
Ces maximes qui ont été peutñêtre les ſeules ( avec' les vé
ritez de la Foy qu’il avoit appriſes en ſa jeuneſſe) dansle pré
jugé deſquelles il ait voulu demeurer inviolablement toute
ſa vie , n’étoient fondées queſur le deſſein qu’il avoit de con
tinuer à #inſtruire de plus en plus. Il témoigne que jamais
il n’eût û borner ſes deſirs ni ſe rendre content , s'il n’eût
été perÊiadé que le chemin qu’il avoit pris ur parvenir à
toutes les connoiſiänces dont il ſeroit capab e, étoit' le mê
me qui devoit auſſi le conduireâ l'acquiſition de tous les vrays
biens , dont la joüiſtïince pourroit ,jamais être en ſon pou_
Voir. Sçachant que nôtre volonté ne ſe porte à ſuivre ou à
fiiir aucune choſe qu’autant ue nôtre entendement la luy
repreſente bonne ou mauvai e, il croyoit qu’il luy ſuffiroit
dev bien juger pour bien ſaire , cîeſt-à-dire ,. pour acquerir
toutes les vertus , 8c tous les biens qu'elles peuvent pro.
duire.
Avec ces diſpoſitions intérieures il vivoit en apparence de
JMJ. p. zi. la même manière ?ſue ceux qui étant libres de tout employ
ne ſongent qu'a pa er une vie donc: 8C innocente aux yeux
des hommes z qui s’étudie1Ît à ſéparer les plaiſirs des vices;
&qui pour joüir de leur loiſir ſans sîennuyer ont recoursde
têms en têms a des divertiſſemens honnêtesAinſi ſa conduite
n’ayant rien \de ſingulier qui fut capable de ſraper les eux
ou l'imagination des autres , perſonne ne ſormoit d’ob cle
a la continuation de ſes- deſſeins , 8c il avançoit de jour en
jour dans la recherche de la Vérité qui regardeles choſes na—
turelles. Mais ilſe reſervoit de têms en têms quelques heu
res , qu’il em loyoit particulièrement à reduire ſa lnéthode
en pratique ans des difficultez de Mathématique , ou dans
\
dautres même qu'il pouvoit rendre preſque ſemblableîl a
ce 'es
L
LIVRE II. CHAPITRE X. 'ſ35'
celles des Mathématiques, en les détachant de tous les prin- I 61 5.
cipes des autres ſciences qu’il ne trouvoit pas aflèlfermes. _.__...

CHAPITRE X.
'il/ſ- Dcſcartcs 'Ua à la Cour , puis en Province -Uoirſivs parcm'.
1l rctricmà Paris oz) ilcorztrafle oliver/ès habitudes avec desſçañ
-vans, ó-Pizrticicliércmerzt avec ceux qu'il croioit avoir les même:
iriclintztiorzs que 119/. Ilfait amitié avccM Hard] , M. de Beau
tzc, M Morin , le Pére Gihicuf, 6*- M. de Balzac , dont il
' _ſire-nd la dcſcrzſi' coritrcſhs crt-vieux.

QUoyque M. Deſcartes \è fût procuré une eſpéce d’e’


tabliſſement à Paris , il ne faſſujettit pourtant pas tel
lenzenrâ la réſidence endant les trois ans qu’ily demeura ,
u’il ne ſe donnât la iberté d'entreprendre de têms en têms
des promenades a k1 campagne , 6c des voyages même en
Province. Qlſelques ſemaines aprés ſon retour d'Italie ,le de_
ſir de revoir a Courÿde France le fit aller à Fontainebleau ,
où il eut occaſion de ſalüer de nouveau le Légat du Pape,
qui eut la dévotion de vouloir dire ſa prémiére Meſſe â la
Cour le jour de PAſſOmPtiOn de N ôtre-Dame, 8c de don...
ner la communion au Roy, aux deux Reines, àMonſieur ,
aux Princeſſes , aux Dames, ô( â pluſieurs perſonnes de tou
te qualité qui avoient été averties de s'y préparer. M.Deſ—
cartes ne put joüir long- têms des avantages qu’il pouvoit
recevoir de la préſence du Legat, qui partit de Fontainebleau
dés le xy… du mois d'Août , 8c s'en retourna à Rome peu
de jours aprés.Sa légation n'avoir pas été fort agréable à la
Cour. Ilétoit venuavec des facultez que le Parlement l'avoir Rel. Ms. des
obligé de réformer. Ses propoſitions avoient été trouvées i" Lëï
préjudiciables aux intérêts de la France, 8c on avoit reconnu în m"
qu'elles ne tendoient qu'à favoriſer les Eſpzägnols. Ceſt pour
quoy on S’étoit contenté de luy rendre es honneurs ex
traordínaires , 8L de le traiter par tout avec beaucoup de
magnificence.
Le départdu Légat fut ſuivi des heureux ſuccez qu'en.
_rent les armées du Roy contre les Huguenots 8c les Rebel..
,les
136 LA VIB DE M.- DESCARTES.;
I625. les
handu
8c Royaume , qui
de ſſSoubize. Leétoient'
Maréchalconduits par Meffieursde
de Théníines Ko;
avoit rempor

té divers avantages ſur le Duc de Rohan en Languedoc pen


dant tout le mois de _juillet , 8c avoit fait rentrer pluſieurs
villes dans le devoir. L’Amiral de Montmorency avec Mel-l
ſieurs dela Rochefoucaut, de Saint-Luc , 8c de Toiras bat'
tirent le Prince de Soubize en diverſes rencontres, 8c le
pouſſérentjuſqwà l'Iſle de Ré, prés de laquelle ils remporté..
rent au mois de Septembre une victoire ſignalée ſin" luy dans
un combat naval quifut ſuivi dela reddition de l'Iſle.
162.6. M . Deſcartes étoit retourné dés le mois d'Aoûta Paris, où
il paſſa l'automne ê( l'hiver dans les exercices que nous-ad
vons marquez. Mais l'année ſuivante il fit un voyage en Bre".
tagne 8c en Poictou accompagné de M. le Vaſſeur d'Etioles
Il n’avoit point dans ces provinces d'affaire plus preſſant; que
celle de rendre ſes devoirs à M. ſon Pére, qu’il n’avoit vû:
depuis prés de trois ans, de revoir ſa ſamillea~ Rennes', 8C
les parens de feu Madame ſa Mére a Châtellerautëz à Poi;
tiers. Pendant u’il étoit en cette derniére ville , on vint
Rcl. dc M. lc prier Miſe Vaſſèur de vouloir honorerune théſe de ſa pré
yaſſ. MS. q ſence dans le collége des jéſuites. M. le Vaſſeur conviaM.
Deſcartes de vouloir l'y accompagner :' ce qu’il fit avec plai_
ſir , quoy qu’il fiit déja en réputation de ne pas eſtimer la
ſcholaſtique , ou l'a maniére dont les Péri atéticiens traitent
la Philoſiophie. Il voulut diſputer même v la théſe , 8c les
Jéſuites ſe tinrent tellement honoreZ de la maniére dont il
en' uſa dans un diſcours latin qu’il ſit d'abord , 8c dansſes
argumens , que le Pére Recteur députa lelendemain deux
Péres dela Compagnie pour l'aller remercier.
Etant revenu' à Paris vers le mois dejuin , il ſe logea au
Ijcttr. MS. de ſauxbourg Saint-Germain _,, dans la ruë du Four aux trois
Deſc. à ſon Chappelets. Maisil ne luy fut plus auſſi facile qu'auparavant
frére du 16
Juillet 161.6.
de joüir de ſon loiſir. Ses anciens amis, &particulièrement
M. Mydorge ,Sc le P. Merſenne avoient” tellement étendu
ſa réputation , qu’il ſe trouva* en peu de têms accablé de vi—
ſites, 6c que le lieu de ſa retraite ſe vit changé en un ren
del-vous de conférences. Il ne put empêcher que le nombre
de ſes amis ne multipliât , mais au moins ſut-ille. nlaître de
ſon diſcernement dans le choix qu'il en ſit.
— , run
ï
LIVRE II. CHAPXTRE X. 137
- L'un des premiers 8C des plus parfaits de ces amis fut M. i626.
-Hardj Conſeiller au Châtelet qu'il vit chez M. Mydorge,
8c que M ;Mydorge luy amena 'pour les unir enſemble', s’é- >
tant rendu la caution de ſon cœur; Monſieur Hardy avoit * Il en ſca
joint une grande connoiſſance des Mathématiques 8c -des voit trente
-Langues orientales * à une inſigne probité. Il s'appelloit Clau ſix , 8c l'on'
prétend que
de , 8c étoit fils de Sebaſtien Hardy Receveur des tailles quelques unes
au Mans. Il n’étoit encore alors que ſimple Auocat au Par_ ne lui avoient'
lement, 8c il n'y avoit pas un an qu'il avoit fait imprimer les coûté qu'un*
jour.
(Æeſtions d’Euc1ide avec les commentaires du philoſophe Ce ſut en
Marin ,que quelques-uns ont crû être le même que Marin 161.5.
diſciple de Proclus. C’étoi~t la- prémiére fois qu’on avoit vû Dom' Rudi-lin
paroître au jour le Grec original de ce traité d’Euc1ide' 8C
du commentaire de Marin. M . Hard-y y~ avoit fait une tradu
ction Latine incomparablement meilleure que n'étoit celle de
«Barthélemy Zambert; ôcilyavoit a'oûté d'excellentes-notes
de n façon ,outre celles que-ÎZambert avoit-traduitesdmn
vieux Scholiaſte. M. Deſcartes fit toûjours de uis beaucoup -
de cas del’amitié de M . Hardy. ,C'eſt ce qu’il uy fit connoi
tre en toutes les rencontres 'où il ſe -préſenta quelque occa; Tom. 1.'
ſion de le ſervir, ſur tout de uis ’ qu’il ſe fût retiré en Hol Lettr. cr. 8G
lande , .d'où il* ſe faiſoit' un- p 'aiſir _particulier de luy envoyer cv….

les livres qui ne ſe trouvoient pasà Paris… _ ~


Un autre ami de conſéquence que M. Deſcartes- acquit
dans le même têms, fut Monſieur de Beaune Seigneur de Flbrimoudî.- v
Gouliou, Conſeiller au Préſidial de Blois. c'étoit l'un des
plus grands génies de ſon têms ,. auïmoins en- ce‘qui concer_
noit les Mathématiques :~ 8C M… Deſcartes a-laiſſé en- pluſieurs ’
Dans le
endroits de ſes lettres des témoignages de? l'eſtime' toute ex le z tomes en
traordinaire qu'il faiſoit de ſa capacité 8c de ſon mérite. M . pluſieurs en?
deBeaune ne ſe contenta pas de' cultiver l'amitié; de M. droits.»
-Deſcartes par des viſites, lorſqu'ils ſe trouvoient tous deux
»à Paris , ou par des lettres durant leur abſencerll ſe fit enco- ^
-re depuis l'interprète 8c le commentateur de ſa Géomé
trie, &il prithautementſa défenſe contre l'ignorance ou la
malignité des envieux', que' ſa réputation luy avoit ſuſcitez
.en Francede uisl’im relſion deſes- livres. M. Deſcartes-n'eut ~
Point la ſatis ction 'erevoir cét excellentami plus-d'une fois(
.depuis \a retraite_ en- Hollande-..Mais on peut dire. que rare-
Si ment:
x38 LAſVIEDE M-DESÇARTES.
1-6 2. 6.. ment il étoit abſent de ſa mémoire: &t l'on doit juger de Pin..
quiétude où il étoit pour ſa conſervation , ſur une fauſſe nou
Tom. Let. velleñ qu'on avoit rcpanduë de ſa mort vers la~fin de l'an
L”. p. 1.88. i640. Il fit connoître par avance combien la perte d'un tel
Leur. u. p. ami luy ſeroit ſenſible, parce , dit-il au Pére Merſenne, qu’il
$85. ibid. ,. le tenoit pour un des meilleurs eſprits qui fuſſent au monde.
M . Deſcartes fit encore amitié avec le ſieur Jean, Baptiſte
Morin Docteur en Médecine, 8c Profeſſeur royal des Mathé
matiques à Paris. Il étoit natifde Ville-franche dans le Beau
jolois, 8c plus âgé que M. Deſcartes : mais il luy ſurvêquit
de ſix ans 8c quelques mois. Il y avoit déja pluſieurs années
que M, Morin s'etoit mis au rang des Auteurs , lorſqu'il
,commença à connoître M. Deſcartes : &c dés l'an i619 il avoit
publie' à Paris un livre Latin ſous le titre de nouvelle Ana.
-tomie du monde ſublunaire. M . Deſcartes qui avoit un diſ:
cernement fort grand des eſprits, ne l'eſtima jamais au de_
la de ſon prix. Mais uoy qu'il ſqût préciſément ce qu'il pou
voit valoir., il ne lai a point de le conſidérer au moins dans
les prémiéres années de leur connoiſiance , avec tous les é..
gards 8c toutes les honnêtetez qu'il auroit pû avoir pour un
ami qui auroit eu le cœur plus droit , 8c l'eſprit lus ſolide.
.11 Il y, avoit certainementde la juſtice a- traiter ain 1M. Morin.
Car on peut dire que M. Deſcartes avoitpeu d'amis plus ar..
ñdens 8c plus engagez que luy dans ſes intérêts , ſi l'on s'en
rapporte aux termes d'une longue lettre qu'il luy en écrivit
Tom. r. 7s douze ans depuis. v Le R. P.. Merſenne , dit M. Morin,
des Leur.
vous peut aſſurer que j'ay toûjours été l'un_ de vos artiſans:
P_ 1.00.
Leu. iv…. n 8c de mon naturel je hais &je déteſte cette rdcdil s d'eſprit;
iſis
malinr, qui voyant aroître quelque eſprit relevé comme un
J, aſtre nouveau, au 'eu de luy ſçavoir bon gré de ſes labeurs,
l, 8C nouvelles inventions , s'enflent d'envie contre luy , 8c
D) n'ont autre but que dbſſuſquer ou éteindre ſon nom , ſa gloi_
’) re 8c ſes mérites: bien qu'ils ſoient par luy tirez de l'igno
i) rance des choſes , dont libéralement il leur donne la con_
D, noiſſance. _]'ay paſſé par ces piques , 8c je ſçay ce qu'en vaut
13 l'aune. La poſtérité plaindra mon ma heur : 8c parlant de
I, ce ſiécle de ſhr , elle dira avec vérité que la fortune n’étoit
J, pas pour les hommes ſçavans. _je ſouhaite néanmoins qu'elle
I, vous ſoit plus favorable qu'à moy , afin que nous puiſiions
- voir
LivnEILCHÀPiTnEſſX. r”
voir vôtre nouvelle Phyſique; Jelvous prieïdecroirekqifentre a ;T6 i' 6..
tous les hommes de lettres _de ma' connoiſſance, -voiſs étes "‘W

celuy que ſhonore le plus pour vôtre vettu- &c vos généreux (C.
defleins. - i ' ’ :_ (ë
L’amitié de M. Morin ne fut as au reſfeinutilc à M . Dei!v
cartes pendant qu’il demeura :i) 'ParisgElle luyv ſiit d'un ſe; Lipſtorp. de
Rcg. Mot.
cours trés-ſenſible dans ?appareil-des inflrrumens néceſiâires png. 8x. parc.;
~ our ſaire ſes nouvelles expériences: en quo ~ il ſècondoit 1.
?induſtrie du Pére Merſenne qui travailloit au i dela même Item. 933.17.
Part. 1.
maniére pour le ſervi-ce de M . Deſcartes.
Le Pére Guillaume Cibie-rf Docteur de Sorbonne Prêtre
de la Congrégation de Poratoire, fut auſſi l’un des princiJ
paux amis que fit M._ Deſcartes durant les trois années de ſa
demeure à Paris. Ce Pérevétoit également habile dansla Phi
loſophie 8c dans la Théologie. Mais ilne fut pas le ſeul de ſa Voyez le:
Congrégation avec lequel MfiDeſcartes contracta des habi trois tomes L
de ſes Lettres
rudes. Celuy.c~i eut encore des liaiſons aſſez particuliéres a: en divers cn<
vec le Pére de la Bdrde z** "Ie" P.de Samy , 8c le P.- de Gomírm droits.
qui ſut depuis le ſecond Général de la Congrégation: pour * La Bard: a
ne rien dire du Cardinal de Berflſſe qui conçut une affection été depuis
Chanoine d*
8L une-eſtime toute pariiiculiérexpour nôtre Philoſophe. A_ Nôtrc-Dame
prés cette conſidération, -il ne ſèraplus beſoin defflprecaution
contre la,double erreur du ſieur Borel, qui n’a point ſait diſ Pag. à. vit.
ficulté de dire que le P. Gibieuſ, 8c le P. dela Barde étoient C arr. 60m1
les principaux ennemis de M. Deſcartes , 8c que ces deux pend.

Péres étoient Jéſuites. Ces deux - erreurs ſont venuës appa Tom. r. dci
Leur. png.
remment du' peu' d'application avec laquelle le ſenrBorel 479 . 43°
avoit lû la lettre que M. Deſcartes écrivit :iiiPéré Merſenne
le xix dejanvier 164.2. A dire vrav , il~y‘ eſt .arlé d'une Re'
ponſe deM. Deſcartes aux Péres Gibieufkôc la Barde , mais Tom. z. des
Lcttr. p. 609.
cette réponſe n’étoit autre choſe .queſdes éclairciflemens à
des' difficultez-que Il ſemble qu'
&mire plûtôt, quecespour
Péres luy avoierrtprdpoſées
diſputer. Dſſeîl-'article quipour S’in
regarde il n'a_it connu
le 'PH de la
ces deux Péres, M. Deſcartes paflë àun autre concernantles Bard: que dc
Jéſuites , c'eſt ceſîluia cauſe' de la confuſion dans les idées du pnis ſa retrai
te en Hollan
fleur
"CetBorel. -
Auteur a"micux' ' rencontré
~ , lorſ
~ ~ u’il ſia conté M
~ . de de. Vdom. 1..
des Lent. p.
zoo. ’
Balzac' parmi les amis de M . Deſcartes. I -ajoûrte~~que~M. de
Lbid. p. 8;
Balzac avoit reçu en i625 un trés bon office -de’M.- Deſcartes,
S ij qui
x40 LA_"VIE DE M. DESCARTES.
X616… qt1_ile-ſc-:rvit'fortà propos auprés du; Cardinal, Barberin L'ép-~
~ gar-en France contre le-Pére Goulu,appellé dans ſon cou
vent DomJean_ de ſaint François, Général ,des Feüillans , qui
L'an 16:7.
.- d
publia contre luy deux ans aprés deux volumes de lettres
v ſous lenom de Phvllarque. Ce qu’il y a de certain, c'eſt que
v
*i
'_ -~v
.
i
l Deſcartes-ô; M. deBa-lzacetoient dés lors dans le com-d.
,ïl .
,... v E niercc de l'amitié la plus étroite 8c la plus ſincére. Ce Philo.
ſophe quieſtimoit encore plus le bon cœur de M. de Balzac
?ue ſon bel eſprit , ne laiſſoit pas de vanter aux occaſions
on éloquence ô: ſon érudition : mais ſur tout il ſaiſoit cas
de. ladélica-teſſe de ſes penſées , &c du tour de ſes _exprefliona
Comme il ſçavoit autant qu'homme du monde ſe conformer au
oût du ſiécle, &du pays où il avoit a vivre, il ne faiſoit point
Ïifficulté de comparer la urete' vde l’élocution qui regnc
Tou! Ldcs
dans
.
les écrits de M. de Ba zac , à la ſanté du corps qui n'eſt
Leur p. 4C! jamais plus parfaite que lorſqu'elle ſe fait le moins ſentir. Il
ac-ſuivz r comparoit auſſi les graces 8c la politeſſe que tout le monde
\
admiroit pour lors dans M.. deſBalzac , ala beauté d'une fem
me parfaitement belle, qui ne conſiſte as dans l'éclat, oula
perfection de quelque partieen particu ier, mais dans un ac
ñ-..ri l ' '
. cord 8c un tempérament ~ſi juſte de_ toutes lesparties enſem
ble,‘qu’_il n'y. en doit avoir aucune qui l'en1porte au deſſus
r* r."
des autres, deipeur que la proportion n'étant pas bien gar_
dée dans le re e , _on ne shpperçoive de Pimperfection de
Dc la pureté toutle corps. C'étoit juger de la grammaire, 8c de Péloquen
8c' dp l'aider' ce de M. de_ Balzac en Philoſophe 8c en Géomètre :T18: l'on
mcm dc ,ſes eut-aſſurer que dés ce têms-là lescomplimens &les diſcours
diſcours.
es moins ſérieux de M.Deſcartes ſentoient ſa Philoſophie 8C
a Géométrie. Mais il eſt zí-remarquer d'ailleurs que les grands
ſentimens qu'il faiſoit paroître pour M. de Balzac avoient
pour principal fondement leur amitié réciproque. Ilſe diver..
tiſſoit quelquefois de l'amitié de M. de Balzac avec leurs amis
anſi-imin communs: mais le mépris, ni l'indifférence n'entroient point
Hugcnius ou dans les plaiſanteries. C'eſt “ce qui paroît aſſez par la manière
Huyghcus. dont il s'en expliqua un jour avec M. de Zuytlichem Gentil
* Sur la moſt homme Hollandois , aqui M. de Balzac avoit écrit une lettre
de ſa fëmc Su
(anne Bacrlc. de compliment ſur la perte* qu'il avoit faire d'une perſonne
”~ ui 'luy étoit chére. n M. de Balzac, ditil , étant .ſi amateur
M de la liberté ,~ que ſes jarrcciéres même 8c ſes aiguillettes luy
‘ Péſent ,
LIVRE II. CHAPITRE X.~: ~I4~l
péſent, n'aura pû ſans doute ſe perſuader qu’il y ait des liens a
au monde qui ſoient ſi doux qu'on ne ſçauroit en être dé. ce T
,livré ſans les regretter. Mais je puis d'ailleurs vous répondre a °‘“' î'
. . des Lettr
~(qu’il eſt des plusconſtans en ſes amitiez 8Ce. Walid le peu a p. 46°.
_ eſéjour ue lc Légat fit àv Paris en 162.5
p
-ne nous
_
permet-
.
no… vir;
:-croit pas e croire que M. Deſcartes eut eu le lo1ſir de plan Cut. comp.
der la cauſe de M. de Balzac devant lui ,contre les accuſa- e'
Î tions du Pére Goulu , nous ne pourrions dilconvenir d'ail
leurs qu’ilne luy ait rendu ce bon office devant le public
8c toute la poſtérité. On pourra juger du reſte cpar a n13.
_niére dont il a tâche' de le dilculper du ſou çon e philarttie Tom. r. de:
ou d'amour proprequi étoit le principal es défauts qu'on 1123""
-imputoit à M. de Balzac , 8c qui lui avoit fait donner le nom 47x.
de Narciſſe par ſes ennemis.
S'il eſt quelquefois obligé , dit M. Deſcartes , de arler “
de lui même , il en parle avec la même liberté: qui ïe fait “
l arler des autres , 8c qui lui rend le menſonge inſupporta- “
ble. Comme la crainte du mépris ne l'empêche point de dé— “
couvrir aux autres les ſoibleſſes 8c les maladies de ſon corps , “
la malice de ſes Envieux ne lui fait point auſii diſſimuler les “
avantages de ſim eſprit. C'eſt ce qu'on pourroit néahtmoins “
interpréter d'abord en mauvaiſe part ans un ſiécle où-les “
vices ſont ſi communs 8C les vertus ſi rares , que dés qu'un “
.même effet peut dépendre d'une bonne ou d'une mauvaiſe “
cauſe , les hommes ne manquent jamais de le rapporter à “
celle qui eſt mauvaiſe, 8c d'en juger par ce quiarriueële .plus “
ſouvent. Mais lors qu'on voudra conſidérer que M. de Bal- “
zac s'explique aufli librement ſur les vertus 8c les vices “
des autres que ſur les ſiens , on ne ſe perſuadera point qu'il \c
y ait dans un même homme des mœurs aſſez ifférentes “
pour produire tout à la fois la malignité qui lui ſeroit dé— “
couvrir les ſautes d'autrui , 8c laîflaterie honteuſe qui lui ſe_ c*
roit publier leurs belles qualitez, la baſſeſſe d'eſprit qui le “
porteroit à parler de ſes propres foibleſſes, 8c la vanite qui “
ui ſeroit décrire les avantages de ſon eſprit , 8c les perfec- “
tions de ſon ame. Au contraire , l'on sïmaginera bien plû- *ï
tôt qu’il ne parle de toutes ces choſes, comme il ſait,que par s*
l'amour qu’il orte à la Vérité , 8c par une généroſité qui cc
lui eſt nature e. La poſtérité voyant en lui des moeurs tou- cc
r' ~. ~ ~. S iij tes
142 LA ViE DE M. DEscAiLTEs.
I626.” tes conformes a celles des grands hommes de l'Antiquité ,‘
,D admirera la candeur 8c l'ingénuité de cét eſprit élevé au
P, deſſus du commun, ê( lui fera juſtice de ſes Envieux qui re
I) fuſent au~ourd’hu de reconnoître ſon mérite. Car la cor
ruption u genre urnain eſt devenuë ſi grande , que com
I) me un jeune homme auroit honte de paroître retenu , 8C
J) tempérant dans une compagnie de gens débauchez de ſon
J, âge , de même la plûpart du monde ſe mocque aujourd’huy
J) d'une perſonne qui fait rofeſſion d'être ſincére 8c véritable.
,J L'on prend beaucoup p us de plaiſir a écouter de fauſſes ac—
l) cuſations que de véritables louanges , ſur tout lors qu'il ar.
,J rive' à des gens de mérite de parler un peu avantageuſement
J) d'eux-mêmes. Car c'eſt pour lors que Ia vérité paſſe pour
7) orgueil 5 la diſſimulation ou le menſonge pour modeſtie.
Ill/eſt aiſé de juger par ces termes que M . Deſcartes par
loit de bonne foy pour la défenſe de ſon ami : 8c il ſe eut
faire que M. de Balzac ait eu autant de franchiſe , &c 'in
génuité qu’il Iui en attribue' dans les occaſions qu’il prenoit
de parler de luy-même. Mais nous avons vû de nos jours
combien l'exemple de M. de Balzac a été pernieieux aux
.Narciſſes de nôtre têms. Wei que la malignité du ſiécle
,ait auginenUé de pluſieurs degrez de uis ce têmsñla , il ne
ſeroit peut-être as impoſſible à des éfenſeurs auſſi philo
ſophes, je veux (lire , auffi peu flateurs qu'un Deſcartes ,de
:faire accepter leurs excuſes au public, s'ils avoient au moins
le mérite d'un Balzac.

FT???
Haa- ~
Ÿ

CHAP1
LIVREII. CHAPITREXI. 143 162.6.

CHAPITRE XI.
Autres ami: que M Dcſidflesſit en France , pendant le: armées
i625, 162.6, i627, 162-8. M. de: Argile; , M. de Bedugrzznzl,
M, Sil/:on , M Serzſd , M 84m4” , M de Bozffitt , M _
Frenicló' , M. de Sainte Croix , M. de Mdramíé , M. Picot. M.
Deſcartes apprend la mon* du Chancelier Betton , qui avait e71
treprtſſ: de rétablir la vrdje Philoſophie. Elogede Bacon.

R Deſcartes ne fiit pas long têms à Paris ſans reſſen


tir les incommoditez de ſa. ré utation qui lui attiroit
trop 'de viſites. *Peu s'en fallut qu’i ne mit au nombre de
ces inconvéniens la multitude des amis qu'elle lui produi
ſoit. Il n'y avoit preſque pas de jours qui ne lui en ſiſſent
~aroitre quelqu'un. de nouveau. Il ſon ea de bonne heure
a s'en décharger pour ne pas tomber ans Paccablement :
mais il ne vint à bout de ſe débarraſſer des plus inutiles, 8c
des lus onéreux qu'au têms de la retraite en- Hollande pour
le liîtôt.
* Gerard;
. des Argile; * fut l'un de ceux qu'il ſe ſit un devoir de
V. le 2. 8d'. le
conſerver toute ſii vie. Il étoit Lyonnois de naiſſance 5 z com. des
ſe faiſoit diſtinguer dés lors par ſon mérite perſonnel : 8c Lem.
pour ne rendre pas inutile au Public la çonnoiſſarice qu’il
avoit des Mathematiques , 8c articuliérement de la Mé_
chanique , il employoit particulierement ſes ſoins à ſoulager
les travaux des Artiſans par la ſubtilité de ſes inventions. En
quoi il s’attira d'autant plus l'eſtime &t l'amitié de M. Deſ
cartes , que de ſon côte il ſongeoit déja aux moiens deper-ï
fectionncr la Méchanique , pour abréger 8c adoucir les tra
vaux des hommes. Ce fut M. des Argues qui contribua
rincipalement à le faire connoître au Cardinal de Riche
'eu : 8c quoi que M. Deſcartes ne rétendît tirer aucun
avantage de cette connoiſſance, il ne aiſſa pas de ſe recon.
noître trés-obligé au zéle ue M. des Argues faiſoit paroi
tre pour le ſervir. Il a ſurvecu à M. Deſcartes de quelques
annees. _ _
M. de Beat-grand Sécretaire du Roy , Maithématicéijczi;kde
a on
'I
.‘ r 144. LA ViE DE M.DESCARTES.
ir
Gaſton Duc d'Orléans, que M. Gaſſendi appelloit encore,
xózó. un jeune homme en i631 , a paſſé auſſi pendant quelque
~

Caſicnd. p. têms pour l’amy dej M. Deſcartes 5 peut-ètre parce qu'ii


44. rom. 6* l'étoit du P. Merſenne. On_ ne peut pas nier qu'ils ne ſe
V. lez. Vol.
des Leur. 6c ſoient connus aſſez particuliérement: mais leurs iaiſons ne
ailleurs. furent jamais fort étroites; 8c l'eſtime que M. Dsſcartes
Ton'. z. des
Lem. p. 3:4.
ſaiſoit de ſon ſqavoir ſur le rapport de leurs amis communs ,
diminua beaucou depuis qu'il eut publié ſon Traitté de
la Géoſtatique. I mourut prés de dix ans avant M. Deſ
Tom. 2.. pig.
52.4.
cartes. - .
On peut mettre pareillement au nombre des amis que M.
Deſcartes acquit à Paris M. Sii/Jon , M. de Sonſtzy , 8c M.
Sax-agi” , aux intérets deſquels il n’étoit pas indifférent , puis
qu'il étoit curieux , même dans ſa retraite de Hollande,
d'apprendre de leurs nouvelles de têms en têms, quoi qu'ils'
ne paruſſent pas trop ſe mêler de Mathématiques. M..
jean. Sii/Jon , étoit natif de Sos en- Gaſco ne : il fut honoré de la ‘
qualité de Conſeiller d'Etat , du tems du Cardinal Maza
rin , auquel il ſe rendit agréable 8C néceſſaire. Il étoit l'un
Rcl. hiſt. de de ceux que le Cardinal de Richelieu avoit choiſis pour
l'Audi. p-zço.
remplir le nombre des quarante Académiciens , lors qu’il
fiit queſtion de former u-n- corps régulier de l'Académie
' ſi. Françoiſe en i634.
d’hiſtori ue nous Outre celui
avons de qu'il a fait de
un ouvra e inpolitique
[carto 8cui
7 J
avoit quelque rapport avec les études' de M. Deſcartes..
C'eſt celuy de Plmmortalité de l'ame , qui ſelon M. Péliſ
ſon, eſt comme une Théologie naturelle. Il' a ſurvêcu de
pluſieurs années à M. Deſcartes, 8c il a eu pour ſucceſſeur
’ a la place d'Académicien. , M. Colbert Miniſtre d'Etat en
1667.
Jacques. - M. de Smſhy étoit Pariſien de naiſſance , 8c' Intendant
de la maiſon de M. le Duc de la Rochefoucaud. Il fut l'un
des premiers d'entre les ſçavans 8c les beaux eſprits , qui
par eurs aſſemblées libres donnérent la naiſſance àl’Aca—
demie Françoiſe , quatre ou cin ans avant qu’~elle fiit éta
blie par Edit du Roy. Qqoi u'i ~ ſe fût o poſé à la propo
ſition que le Cardinal deRic elieu avoit aite a leur aſſem
blée de former un corps ſous _ſa protection , 8c de 5'211: '
ſembler régulièrement par une autorité publique : O1:!Hue
a;
l

LIVRE II. CHAPITRE XI. 145


laiſſa pas de le créer Directeur de l'Académie à Pinſtantde
ſon érection. Ce ſut lui qui malgré les attaches qu’il avoit
aux intérêts de ſon maître ennemi du Cardinal de Riche
lieu , fiit chargé par la Compagnie de compoſer la lettre par
laquelle ce Cardinal étoit ſupplié d'honorer l'Académie de
ſa Protection. M. de Seriſa reſta dans le monde prés de
trois ans au delà de M. De cartes , ê( il laiſſa ſa place d’Ad
cadémicien à M . Péliſſon Maître des Requêtes. .
M. Samæin étoit de Caen en Normandie , &il ſut Sécré Jean Fran-î
tais.,
taire de' M. le Prince de Contv , ( Armand de Bourbon).
Ses études , non plus que celles de M. de Seriſay , n’avoient
. pas beaucoup de rapport avec celles dc M. Deſcartes. Il
n'en_ étoit pourtant lpas moins ſon amY: 8c M. Deſcartes ,
qui avoit le goût de a politeſſe 8c du bel-eſprit , ſçavoit l’e
ſtimer autant, 8c peut-être [plus que quelques-uns u’on voioit
dans l'Académie à \on préjudice. Ils ſe aiſoient es compli—
Tom. z. des
mens , ſe rendoient des civilitez mutuelles ar la médiation lcttt. p. 46$".
de quelque amy commun de Paris durant eur abſence , 8c 1cm. ci”.
nous voyons que M. Sarazin avoit ſoin de lui faire préſent
de ſes livres.
1
Nous ne devons pas omettre M. de Bozſſâzt *, puiſ ue M. * Pierre.~
Chorier
Dans nous
cette apprend cl’on
ſuppoſition u’il étoit desfaire
ourra. amisremonter
de M. De cartes.~
leur ami
Nic. Choi'.
de vir. Boiſ
tié juſqua une ſource plus Haute que n’eſt celle des autres ſitii p. x36 ,
amis que M. Deſcartes n’a connus n’a Paris, Il eſt trés. 8c 140.

probable qu’ils s’étoient déja vûs des l'an 162.5 au ſiége de


Gavi en Italie , ou M . de Boiſſat avoit ſervi (ous le Connê_
table de Leſdiguiéres en qualité de Capitaine d'une com-
' pagnie dans le Régiment de Sancy. Il n’étoit pas moins am)r
_de M. Gaſſendi que de M. Deſcartes : mais ayant* à ſe de_v
terminer ſur une ſecte de Philoſophie , il preféra celle de
M. Deſcartes , dont il ſe ren-lit le diſciple de uis qnîil eût
’ publié ſes livres. M. Gaſſendi n'en cut point e jalouſie il
ne l'en aima pas moins, 8C le loüa même de ſon choix ſui
vant la bonté de ſon naturel, qui lui faiſoit au moins tour
ner en éloges les a probations que ſon intérêt particulier
lui faiſoit refuſer a l: Philoſophie de M. Deſcartes. M.. de
Boiſſat Seigneur de Licieu en Lionnois étoit 'un Gentil
homme du Dauphiné , qui ifavoit pas moins- d'eſprit que
de
14.6 LA ViE DE M. DESCARTES.
162C de cœur. Il étoit de prés de huit ans plus jeune que
Deſcartes , 8c il vêcut douze ans aprés luy. Il avoit été re_
çû dans l'Académie dés l'an i634. , avec Meſſieurs Voiture
8c de Vaugelas : 8c il eut pour ſucceſſeur dans cette place
M. Furetiére l'an i662.
Il ſemble qu'on pourroit auſſi rapporter au têms dela de
meure de M. Deſcartes a Paris ,l'amitié qu'il eut avec M.
Frenirle , qu’il appelle ſouvent M. de Beſſy ſimplement-,avec
M. de Sainte' Croix , M. de Mzzrande', 8C M. Picot , quoi que
je n'aye pu encore fixer le commencement de leur connoiſ.
ſance. M. Frenide ſieur de Beſſy étoit Pariſien , mais ori_
ginaire de la province de Bourgogne , 8c il paſſoit à Paris
pour l'un des grands Arithméticiens du ſiécle. Il y a eu deux
hommes de Lettres de ce nom en même têms , tous deux
Mathématiciens , tous deux Poëtes. C'eſt avec l'ancien que
M. Deſcartes paroît avoir eu ſes habitudes. lls s'écrivoient
quel uefoisrecevoit
Merſlenne de l'un les
à l'autre : mais
queſtions ou pour l'ordinairedeleM.
les demandes Pére
de
Beſſy pour M. Deſcartes , ô( les réponſes ou ſolutions de
M. Deſcartes pour M. de Beſſy.
M. de ſizintc Croix , étoit un autre Arithméticien inſigne,
Tom. i. , 8c mais encore plus intime amy de M. Deſcartes. Je crois que
z. des kit.. c'eſt le même que nous trouvons appellé par d'autres per
ſonnes André jumeau , qui étoit Prieur de ſainte Croix, 8c
qui avoit été Précepteur de M. le Duc de Verneuil. M.
Deſcartes témoignoit eſtimer trés particulièrement la con.
noiſſance profonde que M. de ſainte Croix avoit de l’Arith
métique 8c de l'Algébre: 8c il ſe faiſoit un plaiſir ſingulier
de répondre à ſes queſtions , parce qu'il y trouvoit preſque
autant de ſatisfaction que M, de ſainte Croix en témoignoit
pour ſes réponſes. Il mourut avant M. Deſcartes.
Pour M. de Mardndé, l'on peut dire que ſes livres l'ont
fait aſſez connoîtredans le monde. Mais il ſaut prendre ar_
de de ne le pas confondre avec un Eccléſiaſtique de m 'me
ſurnom 8c du même têms. Celuy-cy ſe nommoit Léonard de
Marandé , ſe qualifioit Conſeiller 8c Aumônier du Roy, 8c
ſe mêloit de Théolo ie. Mais l’amy de M. Deſcartes étoit
Gréffier de la Cour (ſes Aydes,, 8c donnoit le reſte du têms
que luy laiſſoit ſon office à des traductions Françoiſes , 8c
\
a
LIVRE II. CHAPITRE XI. 147'
à des exercices de Philoſo hie 8c de Mathématiques. I626.
Mais de tous ces amis e M. Deſcartes, perſonne ifentra N

plus avant dans ſa familiarité 8e dans la connoiſſance de ſes


affaires que le ſieur Claude Picot Prieur du Rouvre , que
nous appellons communément l'Abbé Picot. Il ne ſe con
tentoit pas de ſe déclarer publiquement le diſciple 8c l'ad
mirateur de M. Deſcartes, il voulut être encore le traduc—
teur de ſes Principes ,ſon correſpondant pour les lettres qu’il
avoit à recevoir 8c à rendre; ſon hôte à Paris, dans les der
niers voyages qu'il fit de Hollande en France 3 l'agent de
ſes affaires domeſtiques z le receveur de ſes rentes de Bre
.ragne 8c de Poitou. Cét Abbé. étoit fils d'un Receveur
général des Finances à Moulins ï. Il étoit l'aîné de deux r Jean Picot
fréresï- , donc l'un étoit Conſeiller de la Cour des Aydes à P érc de cét
Abbé avoitéi
Paris, l'autre Auditeur des Comptes, 8c de deux ſoeurs ma_ pauſé Eliza
riées, l'une a M. Hardy Maître des Comptes z, l'autre .-1 M . beth ſœur
Pinon Maître des Requêtes , tous amis de M. Deſcartes. d'Antoine le
Févre Prcvôt
Il mourut le 6 de Novembre 1668. des Mar
M. Deſcartes étant à Paris ,ne ſongeoit qu'à rendre utiles chands puis
Conſeiller
les habitudes qu'il avoit avec ſes amis ê( les gens de Lettres, d'Etat.
ſicon, qu'on,
lors arriveey lereçût la nouvelle de
neuviémejour la mort
d'Avril du Chancelier
i626. .Ba
Cette nouvelle 1. Antoine 6c
François.
3 Couſin dc
toucha ſenſiblement ceux ui aſpiroient aprés le rétabliſſe M. Hardy
ment de la véritable Philoäphie , 8c qui ſçavoient que Bacon Conſeiller au
Châtelet ,
travailloit à ce grand deſſein depuis luſieurs annees. Ceux dont on z vû
qui avoient eſperé de le voir venir à. hour d'une entrepriſe ſi l'é] c c —
extraordinaire regrétérent ſa perte plus particulierement que dcſlîg. pzg.
12.7. 8c pére
les autres, voyant ?ue Dieu qui l'avoir retiré en la ſoixante dc M. Hardy
ſixiéme année de on âge, ne luy avoit as accordé aſſez de Conſeiller au
Parlement en
-vie pour Péxécution de ſon deſſein. Il e vray que ſix ans a lai Chambre
vant ſa mort il avoit mis en lumière lc prémier volume de ſon des Requêtes,,
grand ouvrage durétabliſſement de la Philoſophie ſous le ti
tre dYH/Zauratio magna dont ſon nou-vol organi- fait partie. Mais
ce n’étoit qu'un eſiây de ſes ſublimes projets , capable ſeule
ment de laiſſer dans l'eſprit de ſeslecteurs une idée trés-gran
de de ce qu’il faiſoit eſpérer àla Poſtérité. Auſii voyons-nous
qu’il n'y approfondir rien z que les p-ro oſitions ê( les axiomes
qu’il y avance ſont plûtôt des avis 8c es expédiens pour don
ner des ouvertures a méditer , que des_maximes- propres à éta
blir des principes. T ij Il
L48 LA VIE DE M. DESCARTES.
Il faut avouer que l'exécution d'un deſſein auſſi héroïque'.
que celuy de rétablir la vraye Philoſophie .étoit réſervée à un
génie encore plus extraordinaire querle ſien. Mais c'eſt avec
eaucoup de juſtice qu’il a reçu les eloges de toutes les per
‘ ſonnes judicieuſes qui n’ont pas pû ne pas goûter le plan
qu’il avoit donné pour rebâtir ſur de nouveaux fondemens.
Il avoit remarqué que l'Eſprit humain ſe trouvoit embaraſſé
de plus en plus dans la recherche de la Vérité,pri~ncipalen1ent
depuis que les Péripatéticiens étoient venus à bout de faire
recevoir preſgue par tout leur méthode ſcholaſtique. Il n'a.
voit pû voir ans peine que cét Eſprit fût privé des vrais ſe.
cours pour cette recherche , ou qu'au moins il ne ſçiît pas
bien uſer de ceux qu’il avoit z que de cette privation ou de
-’ ,ce mauvais
preſque uſage des
totaleſides vraisnaturelles
choſes ſecours fût venuë
ſuivie une ignorance
de mille inconvé
niens. Dans cette vûë il avoit crû devoir employer toute
ſon induſtrie pour tâcher de réconcilier l'Eſprit humain avec
la Nature ou les choſes naturelles, 8c de retablir leur com..
merce. Il avoit jugé qu'il falloit commencer d'abord à corri
ger les erreurs pa ées , 8c à établir les moyens de prévenir
celles qui pourroient arriver dans la ſuite des têms. Mais il
ne pouvoit eſpérer ces bons effets ny des forces particulières
de Pentendement humain , ny des ſecours de la Dialectique,
parce que les prémiéres notions que nôtre eſprit reçoit des
choſes luy aroiſſoient vicieuſes 8c confuſes, 8( que l'on fai.
ſoit mal, ſeîon luy , de ſéparer ces notions des choſes mêmes.
C'eſt delà connoiſſànces
les autres néanmoins que quidé(Educ
endent les ſecondes
du reſſort notions
de la Raiſon 8;
hu-.—
maine , de ſorte que tout le ſyſtéme des ſciences naturelles ne
luy parut (quälne maſſe confuſe de fauſſes idées. Il ne s'agiſ
ſoit donc e .rien moins que de dreſſer un ſyſtéme nouveau
ſur des fondemens
avoienîparu tout différeifs
ſi ruïneux.- de ſe
Mais il ne ceux des Anciens
rebuta point declauidif
luy

ficulté e l'entrepriſe : &il voulut bien s'expoſer au danger


de paſſer ourle plus téméraire des hommes, afin de fendre
au moins la glace a ceux des eſprits de ſa trempe qui pour..
roient venir aprés luy.
M. Deſcartes n'eût aucun beſoin de ſon exemple, ſi ce
n'eſt
- _ peut
. être pour ctjuſtifier _la hardieilè qu’il avoit euë
d'abandonner
LlVRE II. CHAPITREXI. 149
&abandonner le chemin des Anciens , comme avoit fait ce I616.
Chancelier. Mais quoyqu’il ſe ſûr fait une route toute nou-ñ ~—

velle, avant quç’d’avoir jamais oüy parler de ce grand hom.


me, ni de ſes deſſeins, il paroît néanmoins que ſes écrits ne Tom. 1.. des
luy furent pas entiérement inutiles. L’on voit en divers en— 1cm. p. no.
droits
8c u’ildelaſes lettresaflgezcpropre
jugcoit u’il ne deſapprouvoit
pour ceux point \à méthode
qui vouloienc tra ,
6c 4,4.. 6c y.
;L4,

vail er à l'avancement es ciences ſur des expériences faites


à leurs dépens. Vaud les vûës de Bacon, qu’il n'appelle ja
mais autrement que-Verulózmins ou Vemlamio à cauſe de la
Baronie de Vérulam qu’il poſſédait avec le Vicomté de ſaint
Albans, luy auroient été a ſolumentinutiles, on peut dire que
la deviſe, ou plutôt la rophétie de ce Magíſtrat, M121” per Tom. z. des
tmnſióunt Ok angcbitur ſage-ntm , ſervit beaucoup à Pencoura 1cm. p. 47]*
ger dans Peſperance que d'autres qui viendroient aprés luy
pourroient continuer ce qu’il auroit commencé.

CHAPITRE XII.
M, Mydorge fait préparer de: 'verres de différente fizçon pour de; 167.7.
lunette! Ô de: miroir: à ?uſage de M. Deſcartes. .Elo e d” 162.8.
ſieur Fcrrirr excellent ouvrierPour des in/Zmmenr de Mat éma
tiqzær. M. Dej/Zdrtcxſêſi-rt de [u], (/7 apprend àſh Pcrfè
actionner dan; ſon art. 11 quitte [pl maiſon de MIS Vaſſèurpour
évite-r le: offre: o* legrand monde. 1l eſt découvert dëznrſa re
L tram'.

Ous avons pû remarquer que M . Deſcartes ne Vogoic


aprés le Pére Merſenne aucun de ſes amis avec plus ’aſ—
iiduité que M .Mydorge, ?ui a c'te' le ſeul parmi un filprand
nombre, qu’il ait appelle' on prudent Ôſidcllc ami. Au 1 n'en Tom- 3. dec
avoit-il trouve' aucun dont la converſation luy ſurplus avan leur. p. 7x.
tageuſe , 8c les ſervices plus réels 8c plus ſenſibles. (Peſt ce
qu’il éprouva particulierement au ſuljet des verres que M.
Mydorge luy fit taillerà Paris durant es années 162.78( 162.8 ,
qu’ils joüiſſoientPun de Pautreàloiſir. Rien au monde ne luy
fut plus utile ue ces verres pourſconnoître 8c our expli_
quer, comme i a fait depuis dansſa Droptrique , FF nature de
u] a
x50 LA ViE DE M. DESCARTES.
161.7. la lumière , de la viſion , &de la réfraction. M. Mydorge luy
162.8. en fit faire de paraboliques 8L d’hyperboli ues , d'ovales 8c
dclliptiques. Et comme il avoit la main auſſi ſûre 8c auſſi dé
Lipſtorp. ſpe licate que l'eſprit ſubtil, il voulut décrire luy-même les hy..
eim. part. r. erboles &les éllipſes. C'eſt cequi ſut d'un ſecours merveil_
png. i7.
Feux à M. Deſcartes non ſeulement pour mieux compren
[rem, part. i..
p. 8l.
dre qu'il n’avoit fait juſqu'alors la nature de Péllipſe 8c de
Phyperbole , leur Proprieté touchant les réfractions, la ma_
nícre dont on doit les décrire , mais encore pour ſe confir..
mer dans pluſieurs belles découvertes qu'il avoit déja faites
auparavant touchant la lumiére, 8c les moyens de perfection
ner la viſion.
Il devint luy-même en trés peu de têms un grand maître
dans l'art de tailler les verres z 8c comme l'induſtrie des Ma
thématiciens ſe trouve ſouvent inutile par la faute des Ou
vriers dontl’adreſſe ne répond pas toûjours âl’eſ rit des Au.
teurs qui les font travailler , il s'appliqua particuïiérement à,
former la main de quelques Tourneurs qu'il trouva les plus
experts, 8c les mieux diſpoſez à ce travail. En quoy il eut la
ſatisfaction de voir le ſuccez de ſies ſoins avant que de ſortir
de la France pourſe retirer en Hollande. C'eſt ce qu'il ſit con
noître neuf ou dix ans aprés* , à l'un de ſes amis qui luy avoit
_I Bſn i638. envoyé un verre àéxaminer. En luy marquant les défauts de
ce verre taillé ar un Tourneur Hollandois, il luy parle en
ces termes ,de i; maniére dont il en avoit fait tailler un à Pa
tom. I.. des ,, ris par le moyen du tour. v Le verre , dit-il , que je ſis tailler
ï-“;;î""" » ,ï
il y a huit ou neuf ans , réuſſit parfaitement bien. Car en..
core que ſon diamétre ne fût pas plus grand que la moitié dix
” vôtre , il ne laiſſoit pas de brûler avec beaucoup de force àla
,3 diſtance de huit pouces: &l'ayant misà l'épreuve d'un mors
J) ceau de carte avec de petits trous, on voyoit que tous les
J) rayons qui paſſoierit par ces trous s’a prochoient propor
” tionnellement juſqu'a la diſtance de uit pouces, où ils ſe
J, trouvoient trés-éxactement aſſemblez en un', Mais je vous
J, diray les précautions dont on uſa ~ our le tailler. Prémiére
l! ment jefis tailler trois petits triang es tous égaux_ quiavoient
7) chacun un angle droit , 8c l'autre de trente degrez ,_ en ſorte
I, que l'un de leurs côtez étoit double de l'autre. llsétoient
' I) l'un de criſtal de montagne, l'autre de criſtaliii ou verre de
~ veniſe,
LIVRE II. CHAPITRE XII. 15x
Veniſe, 8c le troiſiéme de verre moins fin. Puis, je fis faire a 162.8.
auſſi une 'régle de cuivre avec deux pinnules , poury appli «N
quer ces trianoles , &meſurer les re ractions : 8c delà. , ſap ï(

pris que la réfîaction du criſtal de montagne étoit beaucoup (ï

plus grande que celle du criſtalin -, à celle du criſtallin que C(

celle du verre moins pur. Aprés cela M. Mydor e, que je ï(

tiens pour le plus éxact à bien tracer une figure e Mathé \C

matique qui ſoit au monde, déctivitPhy erbole qui ſe rap C(

ortoit à a réfraction du criſtal de Veni e ſur une grande “

lame de cuivre bien polie , 8c avec des compas dont les poin_ C(

tes d'acier étoient auſſi fines ue des aiguilles. Puis il lima S(

exactement cette lame ſuivant a figure de Phyperbole , pour (C

ſervir de patron', ſur lequel un ſaiſeur d’inſtrumens de Ma (S

thématiques nommé Ferrier tailla au tour un moûle de cui (C

vre encavé en rond, de la grandeur du verre qu’il vouloit (ï

tailler. Et afin de ne corrompre point le prémier modéle en (ï

Pajuſtant ſouvent ſur cemoule, il coupoit ſeulement deſſus (ï

des piéces de carte, dont il ſeſervit en ſa place , juſ ua ce CC

qu'ayant conduit ce moule à ſa perfection , il attaêlla ſon (ï

verre ſur le tour, 8c Pappliquant auprés avec du grais entre fl

deux , il le tailla ſort heureuſement. Mais voulant aprés en ï(

tailler un concave de la même maniére , la choſe luy ſut im_ (C

poffible, à cauſe quele mouvement du tour étant moindre au (ï

milieu qu'aux cxtrémitez , le verre s'y uſoit toûjours moins, (C

quoy qu’il s'y düt uſer davantage. Mais ſiïeuſlë alors conſi— S(

érc que les défauts du verre concave ne ſont pas de ſi gran (ï

de importance que ceux du convexe, comme j’ay ſait deſfluis , K(

je crois que je n'euſſes pas laiſſé de luy faire faire d'aſſez on (C

nes lunettes avec le tour. c(

Ce Ferrier dont parle M. Deſcartes, 8c qui luy avoit ap


paremment été adreſſé par M . Mydorge , n’étoit pas un ſim
ple artiſan qui ne ſçiſig remuer que la main. Il poſſedoit en
core la théorie de ſa profeſſion , ê( ſçavoitPOptique 8c la Mé
chanique auffi ſurement qu’un Profeſſeur du Collége Royal.
Il n’étoit pas toutñà-Fait i notant dans le reſte des Mathé
matiques 38( nonobſtant (Ê condition il étoit reçu parmi les
ſqavans , comme s'il eût été de leur nombre. Il s'attacha par_
uculiérementà M. Deſcartes qui le prit en affection , 8c qui
non content de Pemployer d'une maniéreà rehauſſer ſa fiirtu
ne
x52. LA ViE DE M. DESCARTES(
162G ne ,voulut encore luy a prendre les moyens de ſe perfection;
162.7. ner dans ſon art. L'un es inſtrumens les plus excellens qu’il
167.8. luy ſit faire , fut une lunette nouvelle compoſée de verres hy—
perboliques , à laquelle il ne s’étoit encore rien vû de ſembla
Boicl. vir_
comp. png.
ble. M . de VillC-Breffieux qui l'avoít vuë,& qui de plus avoit
34. mmr. été preſent à, ſa fabrique , aſſuroit que par ſon moyen l'on dé
couvroitdiſtinctement les feüilles des plantes à trois lieuës de
diſtance.
On peut conſidérer ce ui arriva à M. Deſcartes pendant
cét eſpace des trois ans 8è emi qu'il paſſa dans Paris, comme
un abrégé des révolutions que ſon eſprit avoit ſouffertesjui'~
qu'alors, &qu'il ſouffrir encore depuis touchant ſes étudesôc
les occupations de ſa vie. Il s’étoit engagé de nouveau dans
Penfoncement des ſciences abſtraites , auſquelles il avoit re.
noncé auparavant: mais le peu de gens avec qui i] en pouvoit
communi uer, même au milieu de cette grande ville , l'en a
voit dégouté une ſeconde fois. Il avoit repris l'étude de
l'Homme qu'il avoit tant cultivée durant ſes voyages. Cette
étude de nôtre nature 8c de nôtre état l'avoir encore
perſuadé plus qu'autrefois que ces ſciences abſtraites ne nous
ſont pas trop convenables, 8c elle luy avoit fait a percevoir,
que luy-même en les pénétrant s'ég_aroit encore? us que les
autres hommes en les ignoranLIl avoit cru trouver au moins
parmi tant &honnêtes gens beaucoup de compagnons dans
l'étude dePI-Iomme, puiſque 'c'eſt celle qui nous convient le
plus. Mais il s’étoit vû trompé , 8c il avoitremarqué que dans
cette ville ui paſſe pour l’abrégé du monde , comme âRo-ñ
me, a Veniſe , 8c par tout Où il s’étoit trouvé , il y a encore
moins de gens qui étudient l'Homme que la Géométrie.
Cela le fit reſoudre encore tout de nouveau à ſe paſſer de'
luy ſeul autant qu'il luy ſeroit offible,8c à ſe contenter d'un
petit nombre d'amis_ pour le ſbulaaemänt de la vie. Mais ſa
réputation fi-t un grand obſtacle a cette réſolution. Elle a.
De ibn auber voit fait de lamaiibn de M. le Vaſſeur une etpéce d'Académie,
ge des trois env attirant une infinité de gens qui sîntroduiſoient chez .
chappclcrs
. ruë du Four z luyâ la ſaveur de ſes amis. Les curieux de littérature ne man
il s’étoit logé quérent pas' de s'y gliſſer parmi les autres :. 8C ſe joignant à
Clic: M. .lc
Vaſſcul.
ceux de ſes amis qui ſe plaiſoient le plusà répandre ſaré 'ita
tion ,, ils s'nazardérent de luy propoſer de prendre la- p Lime
pour
LIVRE II. CHAPrTnE XII. 155
pour faire art de ſes connoiſiances 8c de ſes découvertes 1628.
au Public. es Libraires même , qui ne cherchent qu'a tra ïïïñlñññ_

fiquer de la réputation des Auteurs , ſemblérent vouloir Lipſiorp. de*


être auſii de la conſpiration de ceux qui Paffiégeoient chez !Cg- mot.
PRKI-I-.ſpccim
M. le Vaſſeur. Il nous apprend luy même que dés ce têms
Tom- l. des
là il ſe trouva des gens de cette profeſſion qui le ſollicité Lcttr. p. ſu;
rent, 8c lui firent offrir des préſens pour l'engager à leur
promettre la copie de ce qu’il pourroit compoſer , n'étant
pnwmwxœvwſhſtæwwfflmmwuœſhœwſh
Ces compagnies commencérent à luy rendre le ſéjour de
Paris onéreux , 8c à luy faire ſentir ſa propre réputation
comme un poids inſupportable. Ce n'eſt pas qu'étant hom~
me il n'eût une aſſez rande idée du reſte des hommes pour
ſouhaiter de ſe voir Ëaus l'eſtime de tout le genre humain
s'il en eût été connu. Il a toujours porté ſi haut la grandeur
8c la force de la raiſon de l'homme,qu’il ne faut pas douter
de la paffion qu’il auroit euë de s'y trouver avantageuſement
placé. Mais il ne prétendoit pas que cette eſtime dût être
accompagnée de tant dîncommoditez : 8c pour commencer
à ſe délivrer des importunitez de ceux qui le fréquentoienc
trop ſouvent ,il quitta la maiſon de M. le Vaſſeur, 6c alla
ſe loger en un quartier où il devoit ſe dérober à leur con
noiſſance , 8( ne ſe rendre viſible qu'à un tres-petit nombre
d'amis qui avoient ſon ſecret. M. le Vaſſeur à qui iliſavoit pas Rélat. MS. de
jugé â propos de le communiquer fut quelque -têms en inquié M. lc Vaſſ.
tude, ne trouvant perſonne qui pût luy apprendre cle ſes
nouvelles. Mais le hazard luy ayant fait rencontrer ſon va Cc fut durant
let de chambre dans les ruës au bout de cinq ou fix ſemai— cctété qu’il
voulut écrire
nes, il Parrêta ſur le lieu, 8c l’obligea aprés beaucoup de ré de laDivinité.
ſiſtance de lui découvrir la demeure de ſon maître. Le valet voyez cy
a rés luy avoir ainſi révélé le rincipal de ſon (écret, ne_ fit aprés au liv.
z. ch. l.
p us difficulté de luy déclarer e reſte. Illuy conta toutesles
maniéres dont ſon maître ſe gouvernoit dans ſa retraite , 8c
lui dit entre autres choſes qu'il avoit coutume de le laiſſer
au lit tous les matins lors qu'il ſortoit pour éxécuter ſes
commifflons, 8c qu'il eſpéroit de l'y retrouver encore à ſon
retour. ll étoit prés d’onze heures , 8c M. le Vaſſeur ui
revenoit du Palais voulant s'aſſurer ſur l'heure de la de_
meure de M. Deſcartes , obligea le valet de ſe rencſlre
V on
154. L.A VIE DEM. DESCARTES.
162.8. ſon uide, 8c ſe fit conduire chez Monſieur Deſcartes. Lors
quïî y furent arrivez ils convinrent qu’ils entreroient ſan-s
bruit, 8c le fidéle conducteur ayant ouvert doucement l'an.
tichalnbre à M. le Vaſſeur , le quitta auffi tôt pour aller
donner ordre au dîner. M. le Vaſſeur s'étant gliſſé contre
la porte de la chambre de M. Deſcartes ſe mit a regarder
par le trou de la ſerrure, 8L l'a percût dans ſon lit ,les fenê
Rél. Mſ. ibid. tres de la chambre ouvertes , e rideau levé, 8c le guéridon
avec quelques papiers prés du chevet. Il eut la patience de
le conſidérer pendant un têms conſidérable , 8c i-l vid qu’il
ſi: levoit à demy-corps de têms en têzns pour écrire , ô( ſe
recouchoit enſuite pour n-Îéditer. L'~alternative des ces po.
'ſtures dura prés d'une demie heure a la vuë de M. le Vaſ
ſeur. M . Deſcartes s'étant levé enſuite pour s'habiller , M.
'le Vaſſeur frappa à la porte de la chambre comme un hom—
me qui ne faiſoit que d'arriver 8c de monter l'eſcalier. Le
'valet qui étoit entré par unev autre porte vint ouvrir ,
8c affecta de paroître ſur ris. Monſieur Deſcartes le fut
tout de bon quand il vi ' la perſonne qu'il attendoit le
moins. M. le Vaſſeur luy fit quelques reproches de la part
de Madame le Vaſſeur qui s’étoit crû mépriſée dans la ma
niére dont il avoit abandonné ſa maiſon. Pour luy il ſe con—
tenta de luy demander a dîner afin de ſe racommoder en..
ſemble. Aprés midy ils ſortirent-enſemble pour aller trou—
ver Madame le Vaſſeur, àqui M. Deſcartes ſit toute la
ſatisfaction 'qu'elle pouvoit attendre, non d'un Philoſophe,
mais d'un galant homme qui ſËavoitFart de vivre avec tout
le monde. Aprés ſon retour il eut beau regretter la douceur
de ſa retraite, &chercher les moiens de reparer la perte de
ſa liberte' z il ne pût détourner le cours de ſa mauvaiſe for.
tune , 8c il ſe vid en peu de jours retombé dans les inconvé~
niens dont il s’étoit délivré en ſe cachant. Le déplai ſir qu'il
en eut le chaſſa de ſon quartier , 8c luy fit naître le deſir &ale
ler voir le ſiégé de la Rochelle;

EE
W
CHAP..
LIVREILCHAPITRE XIII. r5;
—-——————-—~

CHAPITRE XIII.
M. Dcſèzzrm 'vd au pay; d'Amy) 'voir le ſiége de la Rochelle.
Etat [le cette 'ville OA de fumée lor; qu’il] arriva. Il voit le;
travaux dc' la ligne ó- de la digne. 1l ſt* pre-finie dflſtſvife en
qualité de volontaire. 1l revient à Pari: incontinent aprés l’en
WJE du R0] 'dans la Rar/Mlle.
E ſiége de laduRochelle
Lmarquables qui adéja
ſiecle étoit c'te'fort
l’unavancé
des ljors
lus que
re- l 6 ,g~

Monſieur Deſcartes y arriva. Il avoit été forme' déSJe, Bold. m_


mois de Septembre de Pannée précédente aprés l'arrivée de comp- P- 4-_
Gaſton de France , que le Roy avoit déclaré Général de
Parmée. Le Roy lui même s’y étoit rendu au mois d'Octo
bre ſuivant , pour animer toutes choſes de ſa préſence. Le
reſte de l'année avoit été employé à conſtruire quelques
forts au tour de la Rochelle ſur le continent -, à faire venir
Famiée navalle du Roy devant la Ville 'z 8c à' jetter les' ſonde
mens de la fameuſe digue dans Ie canal de la baye, pour em
pêcher la communication des Rochelois avec les Anglois,
qui étoient deſcendus au ſecours des rebelles. Au mois de
Février de l’anne'e ſuivante,~ le Roy 'étoit revenu -à Paris
ayant laiſſe le ſoin du ſiége 8è de ,toute lîar-méeeaucardinal'
de Richelieu , qu’il avoit ſait ſon Lieutenant ~Général ſous
prétexte de l'abſence du Duc d’Orlé-anS. Le Roy étoit re..
tourné au ſiége au mois d’Av_ril , où il avoit trouvé ſon camp
plus incommodé des maladies que des ſorties des Rochelois.
a bonne police que le Cardinal de Richelieu avoit miſe
dans Farmee , le bel ordre qu’on obſervoit dans les travaux
du ſeíge , Pobſtination &c les miſères des aſſiégez attiroient
de toutes parts une infinité de curieux pour voir un ſpecta_
cle qui paſſoit de loin ceux d’Oſtende 8c de Breda pour ſit
ſingularité. _
M. Deſcartes ſe rendit au pa S d’AuniS vers la fin du mois
d’Août dans le même têms que e Comte de Soiſſons arriva
de ſon voyage de Piémont pour ſaluër le Roy : &c l'une des
prémiéres nouvelles qu’il apprit au camp ſut celle dela mort
du Duc de Buckingham Général des Anglois qui venoit_
V ij d’être
'I
156 LA VIE DE M. -DESCARTES, t
1 6 z 8. d'être aſſaſiiné par un Anglois nommé Felton. ll ſe joignit
avec quelques autres Gentilshommes comme membre de la
La "mc dës' nobleſſe de Bretagne 8L de Poitou , que le Roy avoit man
B nul:hél c mSy . r Pour Coínbatſe les
dee A ' qu. 'o n Cr O y o'lt dev o'Ir
Ùglols, l).le n -
h/Î. 1'. . . A ’ ſi i il" du
ad an. &z 34j tot Paroître. Apres ÃVOII' VU quarſœſ OY ï- celuy
Cardinal de Richelieu ,Gt tout ce qui méritoit le plus d'être
remarqué dans la diſ oſition du camp , il s'appliqua parti
culiérement à conſiderer les travaux qu'on avoit faits autour
de la ville, tant ſur terre que ſur mer. Il trouva ſur tout de
quoi ſatisfaire ſa curioſité a obſerver les forts 8c les redou
tes de la ligne de communication , 8c la conſtruction de la
digue.
La ligne de communication environnoit la ville dela Ro
chelle 8c la tenoit entiérement fermée a‘ une demyñlieuë de
diſtance. Elle avoit trois lieuës de long , huit piedsdñ'ouver—
ture 8c ſix pieds de creux z de ſorte que la cavalerie ê( l'in
fanterie alloient â couvert du canon de la Rochelle aux forts.
8c aux redoutes ar ſon moyen. Il y avoit ſur cette ligne
douze forts conſi érables &c environ dix—huit redoutes.. Les
forts étoient tres-régulièrement batis, 8c preſ ue tous égaux
pour la force 8C les autres avantages. Mais e Fort-Louis
commandé par M. de Toiras étoit plus large que les autres,
8c accompagné de plus de baſtions 8c de demy-lunes. La
digue achevoit ſur le canal la cloture de la ville que fäiſoitla.
ligne de communication ſur terre. Elle avoit deux forts a ſes
!p 5,5 (c741. extrémitez , celuy de Tavanes 8c celuy de Marillac. Elle étoit'
en tout de cent ſoixante \pas , 8c elle avoit dix—huit ieds.
d'aſiiéte en largeur finiſſant en plate-forme à cinq pie s de
talû. La plus grande partie de cette digue étoit de pierres ,_
8C le reſte étoit de ponts bâtis ſur des vaiſſeaux enfoncez- 8c_
encourez de pieux 8c de pierres jettées en talû pou-r forti
fier ces onts. La digue avoit une-ouverture par le milieu ,,
faiſant e chaque côté de l'ouverture un coude qui avan
qoit en mer, où l'on avoit mis une batterie de canons. Vis a
vis de l'ouverture du côté de l'océan l'on avoit bati un fort
ſur l'eau pour en empêcher l'entrée aux An lois , ê( de
l'autre côté de l'ouverture l'on avoit fait au edans dela
baye une paliſſade flotante compoſée de trente-ſept grands.
vaiſſeaux attachez les uns aux autres 8c tournez en prouë:
V-CIS.
LIVREILCHAPITRE XIII. 157
vers la mer. Prés de la paliſſade étoient cinquante-neuf na_ i628.
vires enfoncez , 8c un fort de bois en triangle commencé par
Pompée Targon, quiétoit un Ingénieur célébre , plus ca
pable néanmoins de concevoir de grands deſſeins que dc les
exécuter,ſelon le jugement qu'en orta le Marquis de Spi Pag. 795. ur
nola, qui étoit venu voir le ſiége e la Rochelle en paſſant ſupr -
des PaïS-bas pour retourner en Eſpagne. Derriére la digue
vers la leine mer, étoient les chandeliers de M. de Maril
lac. Cetoientde longues machines de bois enfoncées- &liées
d’une groſſe charpente par deſſus .— elles étoient rangées en
forme de haye le ong de la. digue à- la diſtance du fort: qu'on
avoit bâti devant l'ouverture.. Enſuite ſe voïoient les machi
nes de M .. du Plellîs-Beſançon diſpoſées en paralléle des chan Pig. 64$,
deliers de M.de Marillac: 8c ces machines étoient couvertes
d'une demi-June de vingt-quatre vaiſſeaux rangez en triangle
ou en chevron, dont la pointe re ardoit l'Océan.
Voila ce que M. Deſcartes 't curieux de remarquer,
comme une infinité d'autres perſonnes , ue ce ſpectacle avoit
attirées au ſiége de la Rochelle.. Il ne e contenta pas d'en
repaître (ès yeux: il ſe procura encore le plaiſir de s'en en
tretenir avec les Ingénieurs ,a 8c particuliéremcnt avec ſon amy
M. des Argues, qui avoit eû uelque part à» tous ces deſſeins,
ôc qui étoit conſidéré du Car inal de Richelieu pour la gran-
de connoiſſance qu’il avoit de la Méchanique..
Le deſſein du ſié e n’étoit pas de prendre la ville d’aſiaut,
mais de la réduire a a néceſiite de ſe rendre z en quoy le Roy
avoit fait l'honneur dc dire au Marquis de Spinola qu’il vou Pag. 534-.
loit imiter la conduite que ce grand Capitaine avoit tenue' au
ſiége de Breda, Qielques longueurs que dût produire cette
maniére , M. Deſcartes ne ut ſe reſoudre à artir du camp
avant la reddition de la vil e. Les aſiiégez- étoient déja réa
duits depuis pluſieurs 'ours à ne vivre que de cuirs boüillis
avec du ſuif, de pain ait de racines- de chardon, de lima
çons &c des inſectes qu’ils pouvoient déterrer. Ces miſéres
en avoient attiré encore d'autres tout-à-fait inouïes , contre
leſquelles les femmes même s’étoient toûjours obſtinées,_juſ—
qu'à ce que la préſence de la mort les fit réſoudre à recourir
a la miſéricorde du Roy. Leurs députez allérent le Diinan
che io de Septembre ſe jetter a ſes pieds ſur la digue ,Sc luy.
V iij_ demander
3:5
158 LA VrEDE M.DESCARTES.
i628. demander le pardon que ce bon Prince leur accorda avec une
d** facilité, dont ils abuſérent dés le lendemain ar une perfidie qui
étoit ſoutenue' de l'eſpérance du ſecours (Fes Anglois.
En effet ce ſecours qui conſiſtoit en une armée navale de
4.0 vaiſſeaux conduite par le Comte de Damby, accompa
gné de M . de Soubize 8c du Comte de Laval, parut devant
Saint Martin de Ré le Vendredy 2.9 de Septembre. Le Roy
manda auſiLtôt les volontaires que la curioſité de voir le païs
avoit écartez de l'armée z 8c il alla luy-même reconnoître
Pag. 676. 8c
l'ennemi au village de Laleu. Les volontaires , principale
.677, M. Fr. ment les Gentilshommes ſe rendirent avec ardeur aupres du
Roy dans le deſſein de ſignaler leur zéle. Le nombre en fut
ſi grand qu'on fut oblige de les ſéparer en trois brigades ,
dont la prémiére ſut commandée par le Comte de Harcourt,
la ſeconde par le Comte de la Rochefoucaud , 8c la troiſième
par le Marquis de Nefle. Ainſi Monſieur Deſcartes ui
croioit en partant de Paris n'aller au ſiége de la Roche le
que comme un voiageur ,ſe trouva engage denouveau dans
le ſervice, à Péxemple des autres Gentils ommes de ſa ſorte,
qui étoient venus comme luy ſans deſſein de ſe ſervir de leur
epée. C'eſt peut-être la ſeule occaſion qui puiſſe aider à la
Comp. vit. juſtification de ce ue le ſieur Borel a avancé touchant ce
Cart. p. 4.
voiage de .M, De cartes , lorſqu'il a prétendu qu’il n’av0it
pas été ſimplement ſpectateur du ſiége de la ville , mais qu'il
y avoit fait des fonctions militaires en qualité de volon
taire.
M . Deſcartes ſe trouvant au quartier du Roy par ce glo
i-ieux engagement, eut le loiſir de conſidérer la vigilance
ê( les ſoins' que prenoit ce Prince à diſpoſer luy -même ſon
armée par mer 8c par terre. Le Mardy 3 d'Octobre les An
glois s'étant approchez furent battus quoiqu'ils euſſent le
vent favorable, &Z n'aiant pas réüſſi le lendemain à vouloir
recommencer le combat, ils furent obligez de ſe retirer avec
perte: ce qui acheva de déſeſpérer les Rochelois ,qui avoient
inutilement uſé leur artillerie dans ces deux combats. Les
Anglois Obtinrent du Roy une ceſſation d'armes pour quin
C'eſt ccluy
qui avoit été ze jours, pendant laquelle le Lord Montaigu vint avec un
à la Baſtille ſauficonduit ſalüer le Roy de la part du Roy d'Angleterre,
auparavant. de qui il avoit ordre de faire des propoſitions de paix. A la
faveur
LIVREILCHAPITRE XIII. 159
faveur de cette ceſſation quantité de Seigneurs Anglois vin 1628.
rent voir l'armée de France 8c les travaux de la digue 8c de
la ligne de communication z 8c pluſieurs Gentilshommes Fran
ois , parmi leſquels étoit M. Deſcartes , furent à leur tour vi..
ſiret la flore Angloiſe.
Les Rochelois ui étoient dans l'armée des Anglois ne
voïant plus de reſſource à leurs affaires, dé utérent vers le
Roy pour demander leur grace :Sc dés le len, emain qui étoit
le Vendredy 27 d'Octobre , les aſliégez ſans ſqavoir la démar
che de leurs compatriotes de dehors , envoïérent auſſi des de'
putez pour implorer la miſéricorde du Roy , qui leur fut ac
cordée avec une bonté qui les interdit 8c qui furprît toute la
terre. Le traité de la réduction de la ville fut conclu le
jour de S. Simon S. jude -, 8e le lendemain le Maréchal de
Baſſompierre conduiſit les députez qui devoient ſe proſter_
ner aux pieds du Roy , 8c demander pardon au nomde toute
la ville: ce u'ils firent aprés avoir été préſentez par le Car_
dinal de Riélielieu. L'entrée des troupes dans la ville fut ré
glée pour les trois jours ſuivans. Il ne s'étoit point vû de
ſpectacle plus affreux depuis le ſac de la ville de Jéruſalem.
Il n'y eut point de ſoldat qui ne fut ſaiſi d'horreur 8c touché
en même têms de compaſſion ,lors qu'on apperçeut dans la
ville, non as des hommes ordinaires ,mais des ſquélétes mou
vans qui (Ëjettoient ſur le pain avec une impétuoſite', qui ſou
levoit le cœur 8c arrachoit des larmes aux plus inſenſibles. Il
ſalut des réglemens de police pour empêcher que Favidité
de manger ne fit périr le peu de gens qui avoit pû réſiſter à
la famine 8c aux autres cal'amitez du ſiége... Le jour de la
Touſſains l'on célébra ſolennellement la Meſſe dans l'Egliſe
des Prêtres de l'Oratoire u'on y avoit rétablis la veille. Le
Cardinal de Richelieu vorilut dire la prémiére Meſſe , 8c l'Ar
chevêqtre de Bourdeaux dit la ſeconde. Le Roy ſit ſon
entrée l'aprés midy Fans beaucoup de pompe 5 8c il n'y eut
point de cérémonie plus remarquable que celle des habitans
qui ſortirent de la ville au devant de luy deux à- deux, 8c ſe
proſternérent tête nuë dans la bouë-lors qu'il paſſoit. Le Te
Daim fut chanté enſuite partoute la Cour 8c l'armée 3. ô( la
prédication Faite par le Pére Suffren. La Proccſſion ſolen
nelle du ſaint Sacrement par les ruës de la ville fut remiſe au
Vendredy
1GO LA VrE DE M. DESCARTES.
1628. Vendredy 3 de Novembre à cauſe du ſervice des Morts, dont
la commémoration échéoit au jeudy. M. Deſcartes n’aïant
plus rien à voir au païs d'Amis aprés la conſommation de
cette célébre expédition revint en poſte à Paris, ou 1l ſe trouva
pour la Saint Martin.

CHAPITRE XIV.
'Aſſemblée de Sfar-van: chez M. le Name , oà M. Def/Earl” eſt
con-vie fet Eſter. Conflrenee ſt” la Philoſophie, oû le ſieur de
Chandoux Philoſophe é» Chymtſie dehite de: ſéntimens nouveaux,
Ô parle contre la Scholaſtique. M Deſcartes eſiprié d'en dire
ſonſhntiment.
ſitonſeience Le Cardinal
àtrawuſſer tout de de
honBeneſſe l'en oſoízhio.
à ſa Phi et e par .Il
prinezpe
ſonge deà
ſl- retirerpour toûjourx.

Eu de jours aprés que M. Deſcartes filt arrivé à Paris,


il ſe tint une aſièmblée de Perſonnes ſçavantes 8c curieu
ſes chez le Nonce du Pape , qui avoit voulu procurer des au
diteurs d'importance au ſieur de Chandoux , qui devoit debi
ter des ſentimens nouveaux ſiir la Philoſîïphie. Chandoux
-étoit un homme d’eſprit, ui faiſoit proſe ion de la Médeci
ne, 8c qui éxerîjoit particu iérement la Chymie. Il étoit l'un
de ces génies li res, qui plarurent en aſſez grand nombre du
têms du Cardinal de Ric elieu , 8c qui entreprirent de ſe
coüer le joug de la ſcholaſtique. Il n’avoit pas moins d’éloi—
gnement pour la Philoſophie &Ariſtote ou des Péripatéti
ciens qu'un Bacon, un Merſenne, un Gaſſendi, un Hobbes.
Les autres pouvoient avoir plus de capacité , plus de force ,
8c plus d’etenduë d'eſprit: mais il n’avoit pas moins de cou
rage 8c de réſolution qu'eux pour ſe fraier un chemin nou
veau,& ſe paſſer de guide dans la recherche des princi
pes d'une Philoſophie nouvelle. Il avoit prévenu l'eſprit de
pluſieurs perſonnes \de conſidération en ſa faveur :Sc le
talent qu’il avoit de s'expliquer avec beaucoup. de hardieſſe
8C beaucoup de grace , luy avoit procure' un tres-grand accés
auprés des Grands , u’il avoit coûtume d’c'bloüir par l'appa
rence pompeuhſe_ de es raiſonnemens. Il
LXVRE ILCHAPITRE XIV. 16x
Il y avoit longdzêms qu'il entretenoit les curieux de l'eſ 16 [ï 8.
pérance d’une nouvelle Philoſophie, dont il vantoit les prin
cipes , comme s’ils euſſent été poſez ſur des fondemens iné
.branlables : &c il en avoit promis le plan à M. le Nonce en Pctr. Borcll.
articulier. L'un des Auteurs à qui nous ſbmmes redeva p. 4.
bles de cette particularité a crû trop légérement que ce
Nonce étoit le Cardinal Barberin, qu] avoit quitte' la France
depuis plus de trois ans, 8c qui n 9(ye avoit Jamais éxerce' de
Nonciature , mais une Légaxion cinq ou ſix mois ſeu
lement. Ce Nonce étoit M. de Bagné qui fut de uis Cardiñ
nal *, 8c qui étoit frére aîné de celuy que M. De cartes avoit * Crée' au
'eû l'honneur de connaître en ſon voiage d'Italie lors qu'il mois de Dé
cembre [61.7
paſſa par la Valteline, où étamencore laïc il commandoit les avec ſept au
troupes du S. Siége ſous le nom de Marquis de Bagné. Pour tres.
faire plus d'honneur au ſieur de Chandoux il avoit fait aver
tir non ſeulement un rand nombre de Sçav-ans 8x' de beaux
Eſprits , mais encore pluſieurs perſonnes qualifiées, parmi leſ
'quelles on remarqua M. le Cardinal .de Bérulle. M. Deſcar
tes dont il avoit ap ris le retour de la Rochelle ſut convié
de s'y trouver, 6c i mena avec luy le Pére Merſenne 8c le
ſieur de Ville-Breiſieux, qui faiſoit profeſſion de Chymie auſſi Eſtienne de
Brcfficux ou
‘ bien quede Méchanique. Le ſieur de Chan-doux parla dans ville - Breſ
l'aſſemblée comme un homme parfaitement bien préparé. Il ſicux Médecin
fit un grand diſcours pour réfuter la maniere d'enſeigner la de Grenoble.,
Philoſophie qui eſtordinaire dans l’Ecole. Il propoſa même
un Syſtéme aſſez ſiiivi-de la Philoſophie qu'il retendoit éta
r"ñ_‘Ë"~\“W-‘~I—"~'
' blir, &c qu’il vouloir faire paſſer pour nouvel e.
Uagrément dont il accompagna ,ſon diſcours impoſa \ſellef
m-entàla compagnie qu’il en reçût des applaudiſſemens . teſ.
que univerſels. Il n'y eut que M . Deſcartes qui affects. e ne
point ſaire éclater au dehors les ſignes d'une .ſatisfaction qu’il
n'avoir pas effectivement re ûë du diſcours du ſieur de Chan
doux. Le Cardinal de Bérul. equi ?obſervoit particitliérement
shppercut de ſon ſilence. Ce ſut ce qui Fobligea a luy de.
mander ſon ſentiment ſur un diſcours .qui avoit paru ſi beau
r'TXÀ
u"
V!
à la co mpagnie. M. Deſcartes fit ce qu’il put .pour S'en ex- 7
ñcuſer, temoignant qu'il n'avoir rien à dir-e aprés les appro.
-bationsde tant de ſçavans hommes qu'il eſtimoit plus capa
bles que ?luy -de juger du diſcours qu'on venoit d entendre..
~ X Cette
d

i6: LA V115 DE M. DESCARTES:


I628. Cette défaite accompagnée d’un accent qui marquoit quel.
h que choſe de ſuſpect, -fit conjecturer au Cardinal qu’il n’en
jugeoit pas entiérement comme les autres. Cela Pexcita en…
core davantage à luy faire déclarer ce qu’il en penſoit. M,
le Nonce &les autres perſonnes les plus remarquables de
?aſſemblée joignirent leurs inſtances à celles du Cardinal pour
le Preſſer de parler. De ſorte que M. Deſcartes ne pouvant
plus reculer ſans incivilité, dit à la compagnie qu’il n’avoit
certainement encore entendu perſonne qui dût ſe vanter de
arler mieux que venoit de faire le ſieur de Chandoux. Il
lbüa d’abord l’éloquence de ſon diſcours, 8c les beaux talens
qu’il avoit de la parole. Il ap rouva même cette généreuſe
liberté ue le ſieur de Chan Oux avoit fait paroître, pour
tâcher e tirer la Philoſophie de la véxation des Scholaſtiques
8c des Péripatéticiens ,qui ſemblaient vouloir régner ſur tous
_ceuxdes autres ſectes. Mais il prit occaſion de ce diſcours
pour ſaire remarquer la- force de la vray-ſemblance qui occu
pe la place de la Vérité , 8c qui dans cette rencontre paroiſibit
avoir triomphé du jugement de tant de perſonnes graves &c
judicieuíès. Il ajoûta que lors qu'on a affaire à des gens aſſez
faciles pour vouloir bien ſe contenter du vray-ſemblable, com.
me venoit de faire l'illuſtre compagnie devantla uelle il avoit
Phonneur de parler, il n’étoit pas difficile de de iterleFaux
pour le Vray , 8c de faire réciproquement paſſer le Vray
pour le Faux à la faveur de l’Apparent.Pour en faire Pépreu
ve ſur le champ, il demanda à l'aſſemblée que quelqu'un de
la compagnie voulût prendre la peine de luy propoſer telle
.vérité qu’il luy plairait, 8c qui fiît du nombre de celles qui
paroiſſent les plus inconteflables. On le fit , 8c avec douze
argumens tous plus vrayeſcmblables l’an que l'autre , il vint
à bout de prouver à la compagnie qu'elle étoit fauſſe. Il ſe
fit enſuite propoſer une Fauſſeté de celles que l’on a coûtu
me de prendre pour les plus évidentes , 8c par le moien d’u
Borel. Vit. ne douzaine d’autres argumens vray-ſemblables il porta ſes
ïomp. Cart. Auditeurs à la reconnoître pour une Vérité plauſible. Dal:
Pig. 4.
iemblée ſut ſurpriſe' de la ſorce &î de l'étendue de génie que
M. Deſcartes ſaiſoit paroître dans ſes raiſonnemens: mais el_
le ſut encore lus étonnée de ſe voir ſi clairement convain_
cuë de la ſac' icé avec laquelle nôtre eſprit devient la duppe
' de
LIVRE ctII. CHAP-ira! XIV. 163
de la vray-ſemblancé. On luy demanda enſuite s'il ne con— 167.8.
noiſſoit pas quelque moien infaillible pour éviter les ſophiſ -ï-n-I-ï-ñ

mes. Il ré ondit qu’il n'en connoiſſoit point de plus infailli


ble que celiiy dont il avoit coûtume de ſe ſervir , ajoûtant
qu’il l'avoir tiré du fonds des Mathématiques , &c qu'il ne
croioit pas qu’il y eût de vérité u’il ne pût démontrer clai
rement avec ce moien ſuivant es prolpres principes. Ce
moien n’étoit autre rue ſa regle univer elle, qu’il appelloit
autrement ſa Métho enaturelleſiurlaquelle il mettoit à l'é. Lcttr. MS de
\
preuve toutes ſortes de propoſitions de quelque nature 8c de Delcart. a
Ville-Breſſ
quelque
te éſ éce
Méthorlíe qu'elles
étoit dé kpuſlènt être.d'abord
aire voir Le premier
ſi la fruit de cet*
propoſition

étoit poffible ou non , parce qu'elle Péxaminoit 8c qu'elle l'ail


ſuroit ( pour me ſervir de ſes termes) avec une connoiſſance
8c une certitude égale à celle que peuvent produire les ré
gles de PArithmétiqUe. L'autre fruit conſiſtoit a lui faire ſou_
dre infailliblement la difficulté de la même propoſition. Il
n'eut jamais d'occaſion plus éclatante que celle qui ſé préſem
toit dans cette aſſemblée pour faire valoir ce moien infailli
ble qu’il avoit trouvé' d'éviter les ſophiſines.- C’eſt ce qu'il
reconnut luy-même quelques années depuis dans une lettre
qu’il écrivit d'Amſterdam 'à M. dé Ville- reſiiéux à qui il fit,
revenir la mémoire de ce qui s'étoit paſſé en cette rencontre.
37 Vous avez vû ,dit—il, ces deux fruits de ma belle régle ou “ lbid.- Ms.
Méthode naturelle au ſujet de' ce queje fus obligé de faire
dans l'entretien que j'eus /avec le N once du Pape, le Cardi (C

nal de Bérullé ,le Pére Merſenne., 8c toute cette grande 8c c(

ſçavante compagnie qui s'étoit aſſemblée chez ledit N once E(

our entendre le diſcours de Monſieur de Chandoux touchant (ï

a nouvelle Philoſophie. Ce fut la que je fis confeſſer à- toute C(

la troupe ce que l'art de bien raiſonner peut ſur l'eſprit de (ë

ceux qui ſont médiocrement ſçavans, &C combien mes prin ‘ï

cipes ſont mieux établis , plus véritables , 8c plus naturels ï(

qu'aucuns des autres qui ſont déja reçus parmi les gens d'é (ë

tude. Vous en reſtâtes convaincu comme tous ceux qui pri (S

rent la eine de me conjurer de les écrire 8c de les enſeigner (ï

au Pub ic. (ë

Ceux qui ne voudront pas juger de M. Deſcartes ſur la


<-'
\Mr-n régle qui doit nous ſſervir
i à diſtinguer le philoſophe
X ij d'avec
le
164. LA VIB DE M.DE$CARTES.
i620.
le charlatan , 8c qui ne ſgauront pas ce que luy étoit M. de
Villeñ-Breflieux, à qui il etoit en droit de parler comme un
maitre à un diſciple, prendront peut être la bonne opinion
qu'il témoignoit avoir de ſa régle 8c de ſes principes pour
un trait de vanité , 8c ſe porteront à croire qu'il auroit vou
lu prévenir ou arrêter la préſomption du ſieur de Chandoux
par une autre réſomption. Mais il ſuffira d'avoir une ſois
paſſe à M. De cartes la prémiére réſolution qu'il avoit priſe
d'abord de ne s'attacher à ſuivre perſonne, 8c de chercher
quelque choſe de meilleur que ce qu'on avoit trouvé juſqu'a
lors, our en avoir desſpenſées plus favorablesLa ſienne n’étoic
pas e faire aſſerle ieur de C handoux pour un charlatan de
vant Paſſem lée.
. Il ne trouvoit pas mauvais qu'il fit-profeſſion d'abandonner
la Philoſophie qui s’enſeigne communément dans les écoles,
parce qu'il étoit perſuadie des raiſons u’il avoit de ne la pas
‘ ſuivre : mais il auroit ſouhaite' qu’il eut été en état de pou..
Voir luy en ſubſtituer une autre qui fût meilleure 8C d'un
Mem. Mſſ. plus grand uſage. Il convenoit que ce que le ſieur de Chan
de Claude doux avoit avancé étoit beaucou plus vrayctemblable que
C lcrſclitr.
ce ui ſe débite ſuivant la méthoce de la ſcholaſtique , mais
qu'a ſon avis ce qu'il avoit propoſé ne valoit pas mieux dans
.le fonds. Il prétendoit que c'etait revenir au même but par
un autre chemin , 'Bt que ſa nouvelle Philoſophie étoit reſ.
que la même choſe que celle de l'Ecole, déguiſée en 'au-i
tres termes, Elle avoit ſelon luy les mêmes inconvéniens,
8c elle péchoit comme elle dans les principes, en ce qu'ils
étoient obſcurs , &c qu'ils ne pouvoient ſervir à \éclaircir au
cune difficulté. Il ne ſe contenta point de faire ces obfidrva
tions générales i mais pour la ſatisfaction de la com agnie
il deſcendit dans le detail de quelques-uns de ſes éſàuts
qu'il rendit tres-ſenſibles , ayant toujours l'honnêteté de
n'en pas attribuer la faute au ſieur de Chandoux , à l'indu
ſtrie duquel il avoit toujours ſoin de rendre témoignage. ll
ajouta enſuite qu'il ne croyoit pas qu'il fut .impoſſible d'é
tablir dans la Philoſophie des principes plus clairs 8c plus
certains, par leſ uels il ſeroit plus aiſé de rendre raiſon de
tous les effets de~ a Nature. ,
I-l n’y eut Perſonne dans la compagnieiquine parut toË-Ï
‘ I
c e
LIVRE Il. CHAPÎTMSTXIY. x55
ché de ſes raiſonnemens; &ce quelquçfflms (je ceux quis-é_ 1162.8.
toient déclarez contre la méthode des Ecoles Po… ſuivre le _ï ſi l ſi
ſieur de Chandoux ne firent poing difficulté de changer
d'opinion , 6c de ſuſpendre/leur eſprit pour le déterminer
comme ils firent dans la ſuite à la philoſophie que M. Def
cartes devoit établir ſur les princi 'es donc il venoit de les
entretenir. Le Cardinal de Bérul e ſur tous les autres goû claires, iÿíf.
ta merveilleuſement tout ce qu’il en avoit entendu , &t pria 'a .l

M. Deſcartes qu'il pût l'entendre encore une autre fois ur


le même ſujet en particulier. M. Deſcartes ſenſible a ſharp
neur u’il recevoir d'une propoſition ſi obligeante luy ren,
dit viſite Peu de jours aprés , 8c lentretlnt des préau-étes
Penſées ui luy étoient venues ſur la Philoſophie, aprés
qu’il ſe fut appercû de Pinutilité des moiens qu'on emploie
communément pour la traitter. Il luy fit entrevoir les uites
ue ces penſées pourroient avoir ſi elles étoient bien con
~(duites 8c l'utilité que le Public en retireroit ſi l'on appli,
q uoit ſa maniére de Philoſo P her à la Médecine 8c à la Mé
chanique , dont l'une produiroit le rétabliſſement 8c la
conſervation de la ſanté , l'autre la diminution 8c le ſoula
gement des travaux des hommes. Le Cardinal n'ût pas de
peine il comprendre l'importance du deſſein : &c le jugeant
tres-propre pour Péxéçuter, il employé! l'autorité qu'il avoit
ſur ſon eſprit our .le porter a entreprendre ce grand ouvra..
ge. Il luy en t même une obligation de conſcience, ſur ce
qu'ayant reçû de Dieu une force 6c une :pénétration d'eſl
prit avec des lumiéres ſur cela qu'il n'avoir point accordées
a d'autres , i1 luy rendroit un compte exact de l'employ de
ſes talens , 8c ſeroit- reſponſable devant ce juge ſouverain
des hommes du tort qu'il &mit ,au genre humain en le pri.. Clcrſtl. ibid.
-vant du fruit de ſes méditations, Il alla même juſqu'à l’aſſu_
rer qu'avec des intentions auſſi pures 8c une capacité d'eſl
prit auſſi vaſte ue celle qu’il luy connoiſſoit, Dieu ne man
?ueroit pas de enir ſon travail ê( de le combler de tout le
uccez qu'il en pourroit attendre.
L'im reſiîon que les exhortations de ce pieux Cardinal
firent ur luy ſe trouvant jointe à ce que ſon naturel 8c ſa
raiſon luy dictoient depuis long têms acheva de le détermi.
.perjjuſques là il n'avoir :encore embraſſé aucun parti dans
.la
166 ñLAVrEDEM. DESCARTES.
1197.81. la Philoſophie , 8c n’avoit point pris de ſecte , comme nous
l’apprenons de luy même. Il ſe confirma dans *la réſolution
Diſc. dc la de conſerver ſa liberté , 8c de travailler ſur la nature même
Method. P.) x . ſans s'arrêter à voir en quoi il S’approcheroit ou ÿéloigne-ñ
roit de ceux qui avoient traitté la Philoſophie avant lun
Lipfiorp. de
Les inſtances ue ſes amis redoublérent pour le preſſer e
deg. mot. communiquer es lumières au Public , ne uyÎermirent pas
pag. 81, de reculer plus loin. Il ne délibéra plus que ur les moyens
d'exécuter ſon deſſein plus commodément :~ 8c ayant remar—
ue'. deux principaux obſtacles qui pourroient l'empêcher
de réuffir , ſçavoir la chaleur du climat 8c la ſoule du grand
monde ,il réſolut de ſe retirer pour toujours du lieu de ſes
habitudes , 8c de ſe procurer une ſolitude parfaite dans un
pays' médiocrcment roid , où il ne ſeroit pas connu.

LA
MR DESDÇEARTE s. t.

Zäÿîäêä?E5 \ï/
5R ËEÔZÜXÊZÆËVÊS ?Zílſſàîäàäíïîïîîäïäèäîäîäàäiääíïäèäîäîä-ËEËÏZË
*l

LIVRE TROISIEME'.
_Contenant ce qui s'eſt paſſé depuis qu’il eût uitté
la France pour ſe retirer cn Hollande', juſqu a cc
qu’il ſe fut déterminé à publier ſes Ouvrages.

CHAPITRE PREMIER.
M. Deſtin” dit adieu à ſe: pam” é' à ſi: amis'. !Iſa retire m un lien
inconnu de [a campagne , dan: le deſſein d' paſſer le reſte de l'hiver, afin
de Nacroûtumer au froid C6' à [uſé-lim c. Il 'w' Rétablir en Hollande.
Rdiflm; qui lu) ont fait préférer ce par": à l'Italie d' à la France même.

j - U n A N T l'eſpace de neuf années entiéres 162.8.


que M. Deſcartes avoit emploiées a déraci~ ._____
_ ,5 nerde ſon eſ rit toutes les erreurs qu'il croioit Depuis la ſin
s'y être gliflges ,il avoit affecté de ne prendre g: lîſlgvfzgîë
…î aucun parti ſur les opinions 8c les difficultez juſqu'à l, 5',,
ui ont cofitume .de partager les Sçavans 8c de l'an m*
les Phi (flans leurs diſputes. Si l’on s'en rapporte à ſon
témoignagre , l’on _ſera obligé de ;toire qu’il n'avoir pas 'encore
ſommaire.
168 LA VIE DE M. DESCARTES;
1628. ami-rité à chercher lerfondemen: d’aller” Philoſophie plu; certaine
que la vulgaire. n Uéxcmple deſ1pluſieurs excellens eſprits qui.
Diſc. de J) n’avoient pas réülli dans le de ein qu’ils en avoient eû, luy
la. Méthod. 1, avoit repréſenté la difficulté ſi grande, qu’il n’auroit peut..
part. z.pl.g.
zi. ï, être pas oſé Pentreprendre encore ſi—tôt, ſi l’on n’eût déja
,D fait courir le bruit qu’il en étoit venu â bout. Cette opinion
s’e'toit établie parmi les curieux ſans ſa participation, 6c elle
ne pouvoit avoir eû de fondement que lïir la dcmangeaiſon
que ſes amis avoient de publier ce qu’ils en ſçavoient. n Pour
lbid. paë. Z)
luy il prétend que s'il avoit contribué quelque' choſe à cette
3x , zz.. J)
opinion par ſes diſcours, ce ſeroit ſeule-ment pour avoir con
J) feſſe plus ingérſûñient ~ce qu’il ignorait, que n'ont coûtume
I) de faire ceux ui ont un peu étudié , 8c pour avoir fait voir
J,
les raiſons qu’il avoit'de douter de beaucoup de choſes que
J, les autres eſtiment certaines. Mais la bonté de ſon coeur ne
J,
luy permettantpas de ſouffiir qu'on le prit pour autre qu’il
,J
n’étoit, il crut qu’il devoit ſaire tous ſes efforts pour ſe ren
D, dre digne de la réputation qu'on luy donnoit.. .,
Ibid. Cexieſir le ~fit réſoudre a s'éloigner detous les lieux où il
pouvoit avoir des connoiſſances, 8c à ſe retirer dans le fonds
de la Hollande. Mais dans la crainte de rencontrer des ob
ſtades à. une rélſhl-utibn YIî extraordinaire de la part de ſes pa
rensëc depluiïeurs- de ſes amis, il voulut .éviœr l'occaſion de
ne pouvoir réiîſter â leur autorité. Au lieu d’aller prendre'
conge d’eux , il ſe con-tenta de leur écrire ſur Ie point de ſon
départ , 8c ÿexcuſa de ne pouvoir les embraſſer 6c prendre
leurs ordres de vive voix ſousle prétexte du peu de _tems que
lui-avoit laiſſé la précipitation de ſes affaires. ll établit le P.
Merſenne ſon 'correſpondant pour le :camper-Ge des lettres
qu’il devoit entretenir en France z 8c ilooitvicit avec lu-y de
la maniére dont il luy garderoit le ſecret pour le lieu partí
culier de;ſii retraite ,85 pou-T la liberté dont ils uſeroient en—
ſemble dansleursſentimens ſur les perſonnes- E( ſur les cho—
ſes dont il ſeroit -quellzicm entre eux. Il commit le 'ſoin de les
affaires domeſtiques Ez de ſes revenus à 'PAbbé Picot , 8c
&lavant dit adieu qu'aux. plus particuliers d'entre ſes amis, il'
bruit-de 'la ville vers le commencement de PAvent de l’an
i618. .
llzne -jugea point à propos d’aller -droit en 'Hollande pour
, ne
LIVRE III. CHAPITRE I. 169
;ne pas expoſer d'abord ſa ſanté à la rigueur de la ſaiſon : T618.
mais il ſe retira en un endroit de la campagne qui nous eſt
entiérement inconnu. Nous ſç ivons ſeulement que ce n’étoit
point hors de la France , ô( qu'il paſſa l‘hyver dans ce lieu de
retraite loin des commoditez dcs villes, pour s'accoûtumer
'au froid 8c à la ſolitude, 8L pour faire l'apprentiſſage de la
'vie qu'il devoit mener en Hollande. C’eſt ce que nous ap— Tom. 2.. des
prenons d'une lettre qu’il a écrite à un de ſes amis, auquel il lett. png. S61.
lettr. cxviu.
étoit en peine de perſuader que dans quelqlue train de vie
.que nous nous engagions, nous ne devons pa er d'une extré
mité à l'autre que par dégrez : 8c que le changement ſubit
incommode plus la ſanté qu'il ne la rétablit dans ceux même
qui ſont obligez de changer de lieu ou d'état pour ſe remet
tre.
L'hiver ſe paſſa, 8c M. Deſcartes prit la route de Hollan I629.
de vers la fin du mois de Mars de l'an i629. Il achevoit alors
;la trente-troiſiéme année de ſon âge: 8c à peine futñil arrivé
à Amſterdam, qu'il reçût avis du mécontentement de ceux
qui murmuroient contre ſa retraite, 8c qui blâmoient ſa réſo
lution. Les plaintes qu'on en forma n'avoiént point, à vray
dire, d'autre ſource que l'eſtime 8c l'amitié des perſonnes de
ſa connoiſſance qui ſe croioicnt abandonnées. Elles ſe rédui
'ſoient a trois ſortes de reproches qu'on luy faiſoit; prémiére
ment d'avoir quitté la France, où la reconnoiſſancé pour ſa
naiſſance 8c ſon éducation ſembloit devoir l'attacher 5 enſui
te d'avoir choiſi la Hollande référablement à tout autre en
droit de l'Europe z ê( enfin 'avoir renoncé à la ſociété hu
maine en fuyant les compagnies.
M. Deſcartes, qui avoit préparé ſon eſ rit à tout événe..
ment, s'étoit auſſi endurci le cœur contre a fauſſe tendreſſe:
8c perſuadé que ſa conduite n'avoir beſoin d'aucune juſtifica
tionproches
ſes , il ne ſe8c mit
de liésasamis.
en peine
Maisdeaprés
faireque
ceſſer les plaintes
le têms de
eût diſlîpé
leurs reſſentimens dont la raiſon n'auroit peut-être pû venir
â bout ſur l'heure , il voulut bien donner des éclairciſſemens
:iſa conduite pour la ſatisfaction de ceux qui auroient été tou- ‘
chez de ces ſortes de reproches.
Il témoigne en divers endroits de ſes écrits avoir eû deux
raiſons principales de quitter la France, dont le ſejour ne luy
\ ' Y avoit
170 LA VlE DE DESCARTES.
I619. -avoit point paru compatible avec ſes études. La prémiére
…Uññïïñññ ſe tiroit du côté des perſonnes avec leſquelles il auroit eû à ~
vivre au dehors. Il n'auroit pû ſe diſpenſer de répondre à
ſon ran , 8c à la maniére de vivre établie dans ſon païs pour
Lipſiorp. Spc. les per onnes de ſa qualité. De Ces engagemens naiſſoit une
cim. part. a.. eſpece d'obligation d'aller de têms en tems à la Cour 8c de
pas. 8x.
ſe conformer à toutes ſes pratiques. C'eſt ce qui luy auroit
ſaitperdre la meilleure artie de ſon têms , comme iL le mar.
Let”. Ms. â ue à M. de Ville-Bre ieux. Cette raiſon ſubſiſta toûjours
Villc-Breſſ.
ſur la fin. dans ſon eſprit, ſans que la longueur de ſon abſence y pût
.apporter du changement. C'eſt ce qui parut encore neuf
ans aprés , lorſque ſur les propoſitions honorables >qu’on
luy avoit faites de la part du Cardinal de Richelieu, il ré,
Tom. z. crívit en ces termes au Pére Merſenne. ” Il n’y a rien qui
des lent. u fût lus contraire â mes deſſeins ue lëair de Paris à cauſe
pag. 394. P 1
1cm- ,3 d'une infinité de divertiſſemens qui ſont inévitables : 8c
Lxvlu. J) pendant qu’il me ſera permis de vivre a ma mode , je demeu,
13 reray toûjours à la campagne en quelque païs où je ne puiſ,
,I ſe être importune' des viſites de mes voiſins non plus que je
can-pci: u le ſuis icy en un coin de la Nort-Hollande, Il ajoûte que
com-modè i»
Patria' mu'
c'eſt la ſeule raiſon qui luy avoit fait quitter .ſon païs , où les
perſan-r , n” civilitez, pour ne pas dire les importunitez de ſes alliez 8;
ali# prorfldt
"rid me ad
de ſes parens , n’ét'oient pas moins préjudiciables à ſon loiſir
alias fldu 8c au repos de ſes études qu: celles de ſes voiſins , &ç de ſes
quai-end” im amis , comme il l’a fait connoître dans les occaſions auſ uel.
prcter” quam
gum' prapter
Iesil ſur obligé de s'en expliquer pour fermer la bouêlue à
mulrimdinem quelques-uns de ſes envieux. Il ne laiſſoit pourtant pas d’al.
amina-um à' léguer encore un: autre raiſon qui l’avoit porté à cette ré
affininm . qua
rum conſartio ſolution. C"e’toit la cbaleur du climat de ſon païs qu’il ne
un” nm ;o trouvoit point favorable à ſon tempérament par rapport à
ran-m , minus la liberte de ſon eſprit, dont la jouïſſance ne ouvoit 'ccttre
milzi effet etii
ſans quelque trouble, lorſqu'il étoit queſtion (lle concevoir
(Ô- !emporinad
incumbzndflm des véritez , où ?imagination ne devoit point ſe mêler. l, Il
fludif: , doc.
Ca”. Ep Id s’étoit apperçu que l'air de Paris étoit mêlé pour luy d’unc
Gilbert. voc apparence de poiſon trés-ſubtil ê; tres-dangereux 5 qu’il le
tium part. 7. diſpoſoit inſenſiblementà. la vanité z 8c u’il ne lu)r faiſoit
init. png. 1S9.
* Tom. l. des produire que des chiméres, C’eſt ce u-’i avoit particulié
lcttr. png. rement éprouvé au mois de Juin cle ’année 16,28 , lorſque
U z.
s'étant retiré de chez M. ,le Vaſſeur pour étudier loin des
n ~ ' ’ compagnies,
LIVRE III. CHAPITRE I. 17x
Compagnies, il entre rit de compoſer quelque choſe ſur la. 1619.
Divinité. Son travai ne pût luy réüſiîr ſaute d'avoir eû les
ſens aſſez raffis 5 outre qu’il n’e'toit peunêtre pas d'ailleurs
allez urifié ny aſſezexercé pour pouvoir traiter un ſujet
fi ſub ime avec ſolidité.
Pour ſatisfaire à ceux qui prétendoient luy Former des
ſcrupules ſur le choix qu’i avoit fait de la Hollande pour
ſa retraite , il räpondit premièrement qu”étanît né libre, 8C
qu’aiant reçû a ez de bien de ſes parens pour n'être à char
ge à perſonne', il ne croioit pas qu'on pût luy interdire au_
cun endroit de la terre .- que ſon deſſein aiant été de vivre _Dc multi
ilparn'avoir
tout oùasil ſe
eûtrouveroit ſans engagement
ſujet de craindre 8c ſans employ,
de faire des-honneur aux ÈÊŸJÊŸÎË;
ſi '
habitans dl; païs où il auroit cherché à s'établir. Il leur fit
entendre que ce n’étoit pas le caprice qui luy avoit fait pré_
férer la Hollande aux autres endroits de l'Europe : 8c qu’il
ne Pauroir pas choiſie , s'il avoit trouvé quelque lieu plus
propre à ſes deſſeins. c’étoit un païs où il n'avoir aucune
connoiſſance, ſur tout dans la Nort-Hollande 8c la Friſe,
qu’il n'avoir vûë dans ſes voiages qwendpaſſairt du Holſtein
pour revenir en France. n La longue urée dela guerre y Diſc- cle-ſa
avoit fait établir ſi bou ordre , que les armées quîon y enó “ l:
trerenoit ſèmbloient ne ſervir qu"a‘. conſerver les particuliers “z. pm. p.
dans une' jouiſſance ſure 8c tranquille des fruits de la paix 3*
ui régnoit' dans le Fonds des Provinces-Unies. Il avoit con- ,r
idére' que I) la çoûtume du aïs ne portoit pas que l'on “icäîſi "
\fentreviſitât ſi fibrement' que ’on faiſoit en France, 8c quî. “xx1li.pag.
ainſi il luy ſeroit plus commode de vaquer à ce qu’il appel- ‘ "*
loic ſi: dir/emſſêmehs d'étude. Il étoit aſſuré de vivre auffi “Biſî- 4° l*
ſolitaire , auſſi retire' que dans les' déſerts les- plus écartez “ NTI" 11?]
parmi l_a ſoule d"un‘ grand peuple fort' actif, mais lus ſoi- “ Lem_ Mr_
gneux de ſes propres interets que curieux de ceux ’autruy, °‘ à Ville- -
avec des gens attachez' ſi généralementà leurs afl-äires, qu’il “ Bïäffi *Cri*
ne devoit oint' appréhender qu'ils vouluſſent sïngérer des «Ëïfldÿgj
fiennes. I ~ étoit au reſte ſi bien perſuadé d'avoir fait un bon “ ’
choix , 8c il paroiſſoit ſi favorablement prévenu pour l-a.
Hollande, qu’il ne' ût s'empêcher de propoſer ſon éxem—
'ple à ſuivre à; ceux' e ſes amis qui luy temoignoient queL
que envie de vouloir le retirer du monde. Rien' n'eſt plus
‘ _Y ii glorieux
x72; LA VIE DE M. DESCARTES.
1629.
glorieux pour la Hollande que la maniére dont il en écri
vit deux ans a rés à M.de Balzac , qui luy avoit fait eſpérer
de l'aller voir (Ïans ſa retraite en luy mandant le deſſein qu’il
Tom. I. des avoit conçû de ſe retirer de la Cour 8c du monde. ” Je ne
1cm'. pag. ,,
47+# 47!
trouve pas étrange , dit-il, qu’un eſprit grand 8c génereux
lctrr. cl x. ” comme le vôtre ne ſe puiſſe accommoder à ces contraintes
J)
ſerviles où l'on ſe trouve dans la Cour. Et puiſque vous
J) nfaíſurez tout de bon que Dieu vous a inſpire' de quitter le
I)
monde ,je croirois pécher contre le S. Eſprit, ſi je tachois de
I)
vous détourner d'une ſi ſainte réſolution. Vous devez même
I)
pardonner à mon zéle , ſi je vous convie de choiſir Amſter.
,D dam pour vôtre retraite : 8c de le préférer, je ne dirav pas
I, ſeulement à tous les couvents des Capucins 8c des Char..
,I
trcux où beaucoup de gens ſe retirent, mais auſii à toutes
D)
les plus belles demeures de France 8( d'Italie, 8c même à ce
,3 célébre hermitage dans lequel vous étiez l'année paſſée.
J)
(Quelque accomplie que puiſſe être une maiſon des champs;
,5
il y manque toujours une infinité de commoditez qui ne ſe
D)
trouvent que dans les villes: &c la ſolitude même qu'on y
Comparli- n eſpère ne s'y rencontre jamais toute parfaite. je veux que
ſon dc la ,
ſolitude de ’ vous y trouviez un canal qui faſſe rêver les lus grands par..
Balzac avec” leurs, une vallee ſi ſolitaire qu’elle uiſſe Feux' inſpirer du
celle de
Hollande.
J) tranſport 8c de la joye. Mais il eſt difficile que vous n’aiez
J) aulli quantite' de petits voiſins qui vont quel ueſois vous im.
3)
portuner, 8c de qui les viſites' ont encore p us incommodes
,J que celles que vous recevez à Paris. Au lieu qu’en cette
* Ainſi: w
dam. grande ville * où- je ſuis , n’y ayant aucun 'homme , excepte'
J)
moy, qui n'exerce la marchandiſe, chacun eſt tellement at,
J) tentif à ſon profit, que j'y pourrois demeurer toute ma. vie
J) ſans être jamais vû de perſonne. je vas me _romener tous
I,
les 'ours parmi la confuſion d'un grand peuple avec autant
J)
de liberte 8c de repos que vous pourriez faire dans 'vos a1..
l)
lées ; 8c je n’y conſidère pas autrement les hommes qui me
1')
paſſent devant les Yeux, que je ferois les arbres qui ſe trou..
I,
vent dans vos forêts, où les animaux qui y paiſſent. Le bruit
D!
mêmecelu
ſeroit de leur
detracas n’interrompt
quelque pas plus
ruiſſeau. (LI-C ſi jemes
ſaisrêveries ue
quel uecflois
J) réflexion ílllr leurs actions , j’en reçois le même plai Il' que
J1

7) vous feriez de voir les païſaus qui cultivent vos campagnes,


’ con idórant
Lrvae III. CH-ÀPrrlE-*IJ 173”
conſidérant que tout leur travail ſertàembellir le lieu de cc 1 629.
ma demeure , 8c à faire enſorte que je n'y manque d'aucune “
choſe. Ve s'il y a du plaiſir à. voir croître les fruits dans vos, “
vergers, 8( à s'y trouver dans l'abondance juſques aux yeux; “
penſez vous qu’il n'y en ait pas bien autant à voir venir icy “ ~ ~-ñ
des vaiſſeaux qui nous apportent abondamment tout ce que a - _—
produiſent les Indes,8ctout *ce qu’il y a de rare dans PEU.. c, "'
rope 2 Quel autre lieu pourroit-on choiſir au-reſte du monde cs ' . -ï
cs i
où toutes les commoditez de la vie 8c toutes les curioſrtez
que l'on peut ſouhaiter ſoient ſi faciles à trouver qu'en ce, ce
luy-cy 2 Sçavez- vous un autre pays où l’on puiſſe jouïr (C

d'une liberté ſi entiéreſi, où l'on puiſſe dormir avec moins a


d'inquiétude 5 où il y ait toujours des armées ſur pied pour ce
nous garder ſans nous être à charge -, où les empoiſonné. ce
mens, les trahiſons , les calomnies ſoient moins connues, 8c (ï

où il ſoit demeuré plus dealreſte de l'innocence de nos Ayeux.


Je ne ſcay comment vous pouvez tant aimer l'air d'Italie;
avec lequel on reſpire ſi ſouvent la peſte 5 où la chaleur du
jour eſt inſu porta le , la fraicheur du ſoir mal-ſaine ,BC où
l'obſcurité e la nuit couvre des larcins &c des meurtres. Si
vous craignez les hivers du ſeptentrion , dites moy quelles
ombres , quel évantail , quelles fontaines pourraient ſi bien
vous préſerver a Rome des incotnmoditez de ia chaleur',
comme un poële 8c un grand feu pourront icy vous exemp'.
Ier du froid. Mais quelque avantage que la Hollande eût
au deſſus de l'Italie dans la ,penſiéedc M . Deſcartes , la vuë
de la religion Catholique Paul-oit inflÎi-lliblement déterminé
à ſe retirer au delà des Alpes, ſans la crainte des maladies que
la chaleur de l'air à coûtume de cauſtr en Italie , où il ro. Tom. zi des,
1cm'. png.
teſte qu'il auroit paſſé tout. le t'étais qu’il a vêcu en Ho lan.. C(
x93. lent.
de. Par ce moyen il auroit ôté tout prétexte à la calomnie “ xxulx.
lñgxuvn xvrn-ru. ,
de ceux qui le ſoupçonnoient d'aller au préche : mais il CL

n’auroit peut-être pas vêcu dans une ſanté auſſi entière 8C fl

auſſi longue qu’il fit juſqu'a ſon voyage de Suéde. E(

Pour ce qui eſt du reproche qu’on luy faiſoit de fuir la


compagnie des hommes, il étoit bien perſuadé que c'étoit
moins ſa cauſe particuliére que celle de tous les grands Phi
ioflophes, qui our ſe procurer la liberté de vacquer àl’étu—
de &à la mé Î tation ont abandonné la Cour dès Princes ,
- le_
174. LA V!!! DE M. DESCARTES. _..
1-620. le ſéjour de leur patrie, 8c ſouvent leur pro re famille. Auſlï
——~——
n’avoit-il garde de répondre à cette accu ation , s'eſtimant
J aſſez glorieux de pouvoir être condamné avec tant' de grands
hommes. Ses envieux qui ne pouvoient nier que rien n'eſt
Lipſiotp. de plus commode pour l'étude de la vraye Philo ophie que la
ſtg. mor. P.
retraite 8c la ſolitude ,. ont tâché de tourner la ſienne à ſa
81..
honte , comme ſi au lieu d'uſer de ſa ſolitude en Philoſophe,
Cart. Epiſt. il en eût abuſé dans la molleſſe ou dans quelque oiſiveté cri
Lat. ad Voct. minelle. Il avoit certainement l'humeur ſort éloi née de
p. u.
celle des mélancholiques 8c des miſanthropes : 8c s’iFn’avoit
eu a vivre dans Paris qu'avec d’honnêtes gens , qu'avec des
erſonnes capables de Pédifier', il \ſautoir point cherché de
éparation. Le mélange des- uns- avec les autres l'a fait ré
ſoudre de ſe priver de l'avantage qu'il auroit trouvé dansla
compagnie des lgens de bien 8c desſiçavans , pour n'avoir pas
à ſouffrir celle es perſonnes qui n’avoient point' ces quali
tez. C'eſt ce qu’il fit conn-oître long-têms- aprés à M. Cha-q
Tom. i; nut. v Je me plains, dit. il , de ce que le monde-eſt trop grand
d” leur. ” à raiſon du peu &honnêtes gens qui s'y trouvent; je vou.
p.100, loi .
lent-xxx”r ”
drois qu’ils fuſſent tous aſſemblez en uneville r8( alors je

ſèrois ravi de quitter mon hermitage pour alier vivre avec
,3
eux , s’ils me vouloient recevoir en leur compagnie. Car en-ñ
J)
core que je firye la multitude à' cauſe de la quantité des im
J)
pertinens 8c des importuns qu'on y rencontre, ne laiſſe
D)
pas de penſer que le plus grand bien de la vie eſt de j-oüir de
'a converſation des perſonnes qu'onv eſtime.. Ce n’étoit ni' la
,J
fierté ni Pimpatience qui luy mettoit' ces expreſſions dans la
bouche : 8c il ne parloir de la ſorte quedans la perſuaſion
où il étoit que Dieu demandoit de luy autre choſe que de
ſupporter les defauts des autres, ou de condeſcendre aux
volontez de la- multitude,

CHAR
LivnE III. ~CHAPITR~E II'. 17)'

CHAPITRE II.
Etat (1e Id Hollande au têms que M. DE :ano: dvi-vd. Détail
de; ſtations dive-rfi: du ſéjour qu’ily t _pemlëèm 'vingt am. 1l
paffi' en Friſe" oû il travaille à ſo; méditations. Aol rapport
ſh PbiIZſhp/zic peut avoir ave; la Théo! ie .7 Agile: quo/Zion:
Métap yſiqnts pra-vent entrer dam' ſa I' yſique?

Ors que M. Deſcartes arriva à Amſterdam ,la Répu- 1 5 z 9,


blique ſe trouvoit encore occupée de la diſtribution des
richeſſes que les ſlotes des deux compagnies des Indésorien.
tales 8c occidenta-les avoient enlevées depuis peu aux Eſ
agnols
lpande ê( aux
cette prodiPortugais , 8c qui répandirent
ieu e abondance dansſila ſloriſ.
qui l'a renduë Hol A h En (m,

ſante. Le Prince , 'Orange ( Fréderic Henry) commençoit ,Ju 1…_ ‘


le ſiége de Boſleduc _, ui mérita d'être conté parmi les plus ~
reirarquables de ce ſiecle; 8c la ville que les Eſpagnols avoient ,
Ioujours conſidérée .comme imprenable changea de maître
par une capitulation ſicrnée le I4. de Septembre ſiiivant. M,
Deſcartes content de la connoiſſance qu'il _avoit acquiſe du
train de ce monde dans ſes voyages s'étoit deffait de la cu.
rioſité qui l'avoir fait intéreſſer juſqu'alors dans les affaires
publiques , &c il ne ſongea qu'à ſe procurer un lieu de re.,
' POS.
Au milieu des commoditez qu'il trouva pour ſes deſſeins ,
il ſe regarda toujours comme un étranger qui n'aſpiroit
points aux droits de citOien , 8c ne ſe logea ſqu'avec la réſo
ution de changer ſouvent de demeure. L'e pace de plus de
_vingt-ans qu'il paſſa en Hollande, qu'il appelloit ſon her,
mitage ,n’ut preſque rien de plus ſtable que le ſéjour des
Iſraëlites dans l'Arabie déſerte. La diverſité de ſes ſtations
.eſt quel ue choſe de ſi Obſcur 8c de ſi embaraſſant pour la
connoiſllince de ſa vie , que j’ay crû obliger le lecteur en lui
,raſſemblant comme dans une carte les lieux différens de
ces ſtations ſelon l'ordre qu'il a tenu dans ſa route,
,UAM/Zordzzm il alla demeurer en Friſe prés de la ville de
fraîloker _en _i 6 2. 9 5 8c il revint dés la même année gi 162 9.
Amſterdam
176 “IL-ÀVÎE-'n-Ê MflDrsc-AR-rrs,
éjlmfferdiëtm, où il paſſa Phyver avec une grande, partie de_
i630.
163i.
l'année ſuivante. S’il éxécuta le deſſein de ſon voyage d'Ali-r
glcterre , ce ne fut qu'en i651 z 8c il' revintachever cette an
_née à Aoſte-relai”, au lieu de faire _le voyage de Conſtanti—
163i.
nople dont il avoit été ſollicite'. On ne @ait pas évidem
ment où il paſſa l'année 163?. : mais en i633 il a la demeurer
1633.
à Déni-nm' dans la province d’OVer-lſſel. Delà il retour
1634.. na à Amſterdam, Où il paſiä une partie de l'année i634_ , du
rant laq-uelle il fitquelques tours à la Haye 8c à Ley/de ,
mais qui ſdrent de peu e durée, Il fit enſuite le voyage de
Dóznz-mdrravec M . de Ville-B rcffieux,& il revint à Amſterdam,,
' d'où il fit une retraite de quelqlues moisà: D0”, a rés quoi il
alla àAmſtcrddm , &c delà il pai a pour une ſecon e ſois à DE'
-vcnter en 163 5. Il retourna enſuite dans la Friſe occidentale, 8c
'i 635. demeura quelque têms à Liwvdrden , qui eſt la ville princi
l 6-3 6' pale de la province. Il y paſſa. l'hiver , il revint enſuite :l:
n ñ. parlé d.: Aærfflerdzzm', oùildemfeura ,quel ues mo1s,au bout deſquels
ce ſéjour de il paſſa a Zayde , our vacquer ans doute ?édition de les
Lcydnrom- ouvrages. Il alla emeurer enſuite prés de la ville ÆUtrccÜt.
"P~“g"9°' 'Delâ i] filſ» ur la' prémiére ſois Sîhabituerâ Egmond de Blum”
i 6 37. ou deAzLÿ/ä, _e plus beau village de la Nornhollande dans le te -ñ
1 6 3 8. ritoire de la Ville d'Alcmaer', dont nous aurons occaſion de
'parler 'auſii bien que de deux autres villages du nom d'Eg
mond, dans l‘un deſquels il ſit auffi quelque ſéjour. Il ſemble*
qu’il retourna enfiiite à ?liver/it pour peu de têms , &L qu'en*
1639 il alla demeurer à Hardt-wwe , ville de la Veluve ſitué: ’
1 6 3 9' -ſur les bords du Zuyder-Zée , 8c paſſa. delà dans une maiſon
de campagne prés dfllsrezízt. Il ſe retira enſuite àlcyde vers
1 6 4_ o, le commencement de l'an I640. Six mois aprés il ſutà Amen-j
f0” ville de la Seigneurie d’Utrecbt. L'année ſuivanreil
paſſa encore à Ley/dc' ,'d’où aprés un ſéjour de quelques
I 6 4 l' mois il ſe retira dans 'le village dïndegc/Z ou Eymlcgeeſt à une
1 6 4 ²~ demyñlieuë de Leyde. Il Y demeurajuſqwâ la fin de Pliyver
de l'an 164.3, aprés quoi il ſe retira a Egmond de Hot-f', qui
I 643' eſt auſſi prés d’Alcn1aer , 8c y loüa une maiſon depuis le pre;
mier jour de May de cette année juſqu'à pareil jour de l'an
164.4. Il retourna enſiiite à Lrſtíe , 8c delà il ſit ſon prémier
1 544-- voyage de France ,depuis le mois de Juinjuſquïîn Novem
' bre. Etant revenu en Hollande il s'établit ſi bien à' Egmond
LIVRE III. CHAPITRE Il. 177
de Birmen qu'il ifen ſortit lus pour aller s'habituer ail 164)'.
leurs , mais ſeulement pour [Eure les voiages dans la réſolud
tion de retourner toujours en _ce lieu, De ſorte que pour 41x646..
expliquer favorablement la penſée, de ceux_ ont crû qu’il
avoit demeuré
dire que c’étoit tantôt a Alcmaer
des-lieux 8c ondance
de correſ tantôt à Harlem
our lſiuy, où
il ſaut
l'on;
recevoir de ſes nouvelles , &c où. 'on addreäbit lès paquets*
8c ſes lettres pendant ſon ſéjour d'E mond.. On ne eut nierèſ
néanmoins qu’il n’ait demeuré cpen ant quelque tems dans"
une «maiſon de campagne prés- A e Harlem , mais il n'eſt pas.
aiſé d'en marquer
quelquefois le têms
à la Haye k,, maispréciſément… D’Egmond
ſeulement pourflſe il ſut
promenerſi
8c pour
avoit faitvoir la Princeſſe
ſouvent Elizabetlrde
d'Endegeeſt les. annéesBohéme., comme
précédentes.. il,
l-lſiſut.
auſi] dela à~Amſterdam voir M. Chanut. S'il fitencoreioqiielvſ
ques courſes à Lez-de, à Arret/it, ô( àíGrom' ne en Friſe_,,d_u-—-v
rantqu'il
res ſa demeure à Egmond
avoit contre. ,. 'ce futpour
des Miniſtres 8c deso .Thſicſolpgiensñduï
liciterdes. affai.,
Pays. L'an 164.7 il fit ſon ſecond voyage: enlïranæpar la
Haye, Rotterdam ,. 8c Middelboarg, qui filrent. moins des lieux
de ſéjour que de paſſage pour ce voyage. Il dura depuis
le mois de juin ju qu'à. l'entrée de~l’hiver qu’il retourna à;
Egmond avec l'Abbé Picot qui l'avoir accompagnéen To”.
rame ,en Poitou. 8c en. Brera ne” Aprés ſon troiſième voyage
en France qu'il fit l'année uivante ,z &dont il fiut. de retourv
.,ÎBÛÏ~—"YI—T HUI ~S- ÏNun. à la fin dumois d'Août ,. il' ne quitta plus Egmond que pour
aller en Suede ~,, d'où Dieu ne permit pas iſilſrevint.. ’ 164.9;
Foi qu'il ſe vantât de pouvoir garder a. ſolitude au mi.]
'lieu e la ſoule des peuples auſſi aiſément que dansrle fonds
des deſerts , il évitoit néanmoins le cœur des grandes villes ,_
&affectoit de loger au bout deleurs fauxbourgs. Il leurprér
féroit toujours les villages , 8c les maiſons détachées au mi
lieu dela campagne, autant qu'il en. Ouvoit trouver de com
modes our ſon uſage, pourvu qu’e les fiuſſent dans levoiſiffl
nages (lès villes pour en tirer ſaſubſiſtance avec plus'de ſa
cilite'. jamais ou' rarement faiſoi-Lil' addreſſer les lettres &c
les paquets qu'on luy envoyoit au lieu de ſa demeure en
droiture , afin de vivre mieux caché.. c’étoit tantôt à Dort
par M.-Beeckman;à Harlem par M. Bloemaert ,àAmſterdam
Z par;
ll7 LA VI-EÏDË M, DESCARTES.
' R? Mad. Reyniers ou M. Van-Sureck z 8c tantôt à Leyde ar
, ’ v .l-looghland'. H n’y avoit ordinairement que le P. Mer en
"ÉM- MÏ” -ne en Franke; qui 'eût ſon feèretlà deſſus: 8c il le luy gap
MFP' V" da ſi reli ieuſement que pluſieurs des gens de Lettres , ôc des
curieux- e France qui voyagérenc pendant tout ce “têms en
Hollande , furent privez .la ſatisfaction de le voir pour
rfavoir pû le déterrer.- De-ſod èéte' lors qu'il écrivoit à ſes'
-amlsg- ſurtout avant qu'il ſe Hit établi à Egmond , il datoic
'ordinairement ſes lettresèomine
*mais dev uelque-ville non pas' du lieu où, Leyde
Amſterdam il demeurait
&c; où,
vil étoit a ré qu'on ne le trouverait pas. Lors Tri] 'com
med oitîaêtretrop connu en un endroit , 8c qu’i ſe voyait
viſit îtrop fréquemment ar des perſonnes qui lui étoient
;inutiles ',- l fieæardoit pas e déloger pour rompre ces habi
tudes Sc 'ſe retirer* en un -autre lieu oùil ne fiu: pas connu.
Cequilny réuſſit juſqu'à ,ce que ſa réputation ſervit à le
'découvrir .par tout "où elſe le' ſuivait eommeſon ombre. '
î Vbilafétlalrciflêmenc que ſay crû néceſſaire our les ſti
~ i tions ?ctixferſes
Ëſierfiiadé du ſéjour
que leur 'de M. Deſeartcez;~
arrangement contribueraen Hol ande, étant
beaucoupà dc'
_ *araſſer la ſilire de fil vie dans l'eſprit des lecteurs.
1 6 z9, " Pour* reprendreï ſoir-hiſtoire â-ſoii arrivée de France à'
ſi. r Amſterdam oùune
vqu'après nous Yävions interrompue
délibération de peu de,~jours
nous ilremarque
paſſa en"
Friſe pour être encore plus éloigné du grand monde. Il ſe
retira prés de Franeicer , ville où lè trouvoient quelques @a
l -. *z r -vans à cauſetle PUniverfiké 'qu'on y' avoit établie de uis l'an
Tom. 2.. des 1381:8: Piſe logea dans un petit château qui n’étoit éparé de_
1°…- P* m- laville
1cm. cx. _ ‘
que ar un folle. Il jugea
._ .,
le lieui d'autant plus com;
,
mode pour ny que Fon y diſoic la Meſſe en toute ſûrerc,
8c quäm luy-laiſſoit une liberté entiere pour les aùtres éxer_
cÎcesï-de -fii Religion. - - '-
' Cc fut 1:1'v 'ayant rendivellé devant les autels ſes ancien
n'es proteſtations de ne travailler que pour la 'gloire de Dieu'
et l'utilité du trente lmmain , ill-voulut commencer ſes étu
des .ar ſes méditations ſur l'exiſtence de Dieuz! l'immor
-talire de nôtre Ame. Mais pour ne rien entreprffl "dre ſur ce
ui eſt &in reſſort -de la Théologie , 'i1 ne voui-fit enviſager
. leu 'dans tout ſon travail que-comme Fauteu-r cle-la Nature'
‘ " à
Lz-vnz III. CHAPXTRE II.. 179v
à' qui il rétendoit conſacrer tous ſes calens. Ce n’étoit pas ñ
.16 2 9'.
la Théo ogie naturelle, mais (èulement celle de révélation
qu’il excluoit de ſes deflèins. Il eſt bon de l'entendre s’ex— Tom. 1.1:….
pliquer au P. Merſenne ſur ce ſujet. aa Pour vôtre queſtion c1 ,ſ- P~477 I
de Théologie, .dit-il ,— quoi qu'elle Paſſe la capacité denlqn . s‘ ï 47'*

eſprit , -clle ne me ſemble pas toutesfois hors de ma rofefl ñ:Ëhnçqnog ç-'Û YSÛ
ſion, Parce qu'elle ne touche point ,à ce qui dépen de la
révélation , Oe que je nomme proprement Théologie : -maís
elle eſt plûtôtMéta-phyſique ,. 8c elle ſe doit éxaminer par
la raiſon 'hmnainer Orſeſtime ue tous ceux à ui Dieu a
donné Pnſagezde ,germe :raiſon ont oblige; de 'employen 'hhmînîu"h‘h
principalement àle conmîäe , .ac à ſe connpîure euxñmê.- ,
mes. C'eſt là que zjhyztâohé @le eonnnencer mes études.
Et je vous iray quczje ukiuiflàs jamais ſçzî &convserles fon
demens de la Plnyſi ue. ;ſi ieznedaseuſſezzçhenolxez par .cec
te voye- Man's .c'eſt va matière que jîay le Talus xéwdjée de -
toutes, -êcdans laquelle ,gaza-ces -à Dien ,eïayôrpwé íſſGZ-de .
ſatisfaction, Au mdms 'penſé-je v:-l-voir _tdzouvé comment on
peut démontrer les vérité! Mécaphyíſiqueszqſune .fàçqn qui -
-eſt \plus évidente queies démonſtrations de 'Géométæieſje
:dis -cecy ſelon .mon jugement ,zcar ;je me :ſçæy pas :ſiie-.Ie pour
roisperfiraderaux autres.
été en ce .pays ;je day Lesàrautre
travaillé neuf zprérxxieesçmgiszque
choiſie,, zôc jeczrpy ſay
UC - fld

vous mïwicz déja oüy dire auparavant-que-ïavois fait eſ- . fla

ſein d'en mettre quelque choſe par ;écrit , mais je ne juge Ha

pas à pro os de -le faire que je n'aie vû ~prémiérement com (ï


ment la P xy ſique ſera reçûë… Si _coutesfoisle livre_ dont vous a' c'étoit. un
Parlez étoit quelque choſe de fort Ebien- fait , les-matières* c* écrit ten.
qu'il traite ſont ſi dangereuſes que je me ſentirois peut-être~ a dant â l’A
théiſmc
obligé d'y répondre ſur le. cham ', s’ilzme tomboit entre les ce dont lc ’P.
Maisje :ne laiſſeray pas 'Le toucher. dans me -P-hyſi (ï Merſenne
-que pluſieurs-queſtions Métaphyfiques , 8c particulièrement a [ui donnait
aus.
celle-cz'l 5 We es \Péritel Mäthématiques que vousnommez et
éteme es ont-été établies de Dieu 8c.” en dépendent entié ce
rement ,auflî .biens que -toutîle ,reſte des créatures; C'eſt en ct
. effirnparler de Dieu comme d'un Jupiter ou d'un Saturne, cc
Dec Paffiriettir-au-ſtyx, &audeſtin ,. de dire que ces véritez cc
rſantxin dépendantes
' de lui. Nezcmignezdnoint, je vous prie, cc
&dîàſſurer &zdeæubhorzpar ;tout ,aque _cîe ,Dieu quiñaé tabli (ï
Zrij ces
'izîo
L~A VrE DE M. DESCARTES.
ces 'loix' dans la 'Nature , de même qu'un Roy établitſides loix
I. 6 2. -9, ”
dans \on royaume. Oril n'y en a aucune en particulier que
a) nous ne puiſſions comprendre ſi nôtre eſprit ſe porte à la
- Mmtilms
_ _ n conſidérer, 8c ellesv ſont toutes gravées dans-nôtre anne ô:
-paflm mgr
m~u . ï) comme nées avec nous, de même qu'un Roy imprimeroit
ibib. O, ſes loix dans le cœur de tous ſes ſujets , s'il en avoit auffi
'93 bien le pouvoir. Au contraire nous ne pouvons comprendre
J, la grandeur de Dieu encore que nous a connoillions. Mais
9, ce qui _nous la fait juger incompréhenſible eſt juſtement ce
I) qui nous' la fait eſtimer davantage; de même qu’un Roy à
plus de majeſté lors qu'il eſt moins familierement connu
'O3 de ſes ſujets , pourvû néanmoins qu'ils ne sïmaginent pas
'DI -être ſans Roy , 8c qu'ils le connoiſſent aſſez pour n'en point
' D, douter. On vous dira que ſi Dieu avoit établi ces Véritez,
D, ~il les ourroit changer comme un Roy fait ſes Loix : A
,3 quoii faut répondre qu’ouy , ſi ſa volonté peut changer.
J) Mais je les comprens comme éternelles 8c immuables : Et
',1 moyjejuge la même choſe de Dieu. Mais ſa volonté eſtli
',3 bre c ouy, mais ſa puiſſance eſt incompréhenſible. Et géné
J) ralement , nous pouvons bien aſſurer que Dieu peut faire
' 'Ôí tout ce ue nous pouvons comprendre 5 mais non pas , qu'il
,J ne peut aire ce que nous ne pouvons pas comprendre. Car
D) ily auroit de la témérité à penſer que nôtre imagination à
-” autant d'étenduë que ſa puiſſance.
Sur cét eſſay l'on peut juger dela liaiſon que M. Deſcar
tes prétendoit mettre entre ſa Philoſophie 8c la Théologie
naturelle. Pourl'autre Théologie qui a ſes fondemens ſur
l'inſpiration divine , il ſe contenta toujours de la recevoir
avec une profond reſpect ſans vouloir jamais Péxaminer :Sc
ſa délicateſſe a été ſi grande ſur ce point, qu'encore qu'il ne
Tomi .3
pût ſe réſoudre à recevoir la maniére ſcholaſtique de la trai
lcttr-cv. P. ter , parce qu’il;la trouvoit entiérement aſſujettie à Ariſtote,
il a toujours mieux aimé ſe taire ou ſe rétracter que de rien
avancer de contraire aux déciſions de la Foy.
L'eſpace de neuf mois qu’il témoigne avoir donné à ſes
méditations ſur Péxiſtence de Dieu E( celle de nos Ames,
nous fait voir qu’il voulut pourſuivre cette étude aprés avoir
uitté ſa demeure de Franeker où il ne demeura pas plus
de cinq ou ſix mois. Il la continua durant les prémiers mois
de
LIVREIII. CHAPITRE II. 18a
de ſon retour à Amſterdam l'hiver ſuivant. Mais le Traitté ' l 5 z 9,
qu’il en avoit commencé fut interrompu par d’autres étu..
des , 8c il ne le reprit que dix ans apres. Ce qui Pempêcha
d'abandonner tout à ſait cét ouvrage fut un extrait que le
P. Merſenne luy envoya Pannée ſuivante de ce dangereux 1630.
écrit dont nous avons parlé , ne croyant pas qu'illuy ſdt per—
mis de ne ſe pas oppoſer aux pernicieuſes maximes 'qu’il
renfermoit touchant la Diviniré. »Je vous ay trop dbbliga-l Tom- z.
“ leur. eur;
tion , dit-il dans ſa réponſe à ce Pere, de la Peine que vous pare. r.. p.
avez priſe de m'envoyer un extrait de ce manuſcrit. Le plus “ 469 , 47°
court moyen que je \cache pour répondre aux raiſons qu’il ï(

apporte contre la Divinitc' , 8c en même têms à toutes cel ï(

les des autres Athées , eſt de trouver une démonſtration é C(

vidente ui ſaſie croire à tout le monde que Dieu eſt. Pour 'Ci

moy Yo crois me vanter d'en avoir trouvé une qui me ſa (S

tisfait entiérement , 8c qui*me fait ſçavoir plus certainement f(

que Dieu eſt , que je ne ſçay la vérité d'aucune propoſition (ï

de Géométrie. Mais je ne ſçay as ſi je ſerois capable de la e(

faire entendre à tout le monde e la même maniére que 'e “

l’entens : &c je crois qu’il vaut mieux ne .toucher point du “

tout à cette matiere ue de la traitter imparfaitement. Le ïï

conſentement univerËÎl de tous les peuples eſt ſuffiſant (C

.pour maintenir la Divinite' contre les injures des Athées : 8c (ï

un Particulier ne doit jamais entrer en diſpute contre eux , \ï

.s'il n’eſt trés aſſuré de les convaincre. Jképrouveray dans la (ï

Dioptrique ſi je ſuis capable d'expliquer mes conceptions , “

8c de perſuader aux autres une vérité , aprés que je me la ï(

.ſuis perſuadée,, ce que je ne enſe nullement. Mais ſi je Cï

trouvais par expérience que ce a fiît, je ourrois bien ache \ï 4

ver quelque jour un petit Traitté de Metaphyſique que ſay (ï

commencé étant en Friſe , 8c dont les principaux points ſont l(

de prouver Péxiſtence de Dieu 8C celle de nos Ames lors C(

qu’elles ſont ſéparées du corps , d'où ſuit leur imlnortalité. (l

Car je ſuis en colére quand je ſonge qu’il y a des gens au 'CS

monde ſi audacieux 8c ſi impudens que de combatre contre E(

Dieu.

W8?
CHAP.
38a LA 'Vi-E DE M. Di-zscnnrîizs.

CHA PITRE I'I'I*

M Deſcartespmpofi a” ſiem- Ferrier ouvrier Ælſzſimwurde-Md...


thématiques de venir demarrer d'un' luy.. Avantage.; qu’il J191
fizit , mais ſam: Effet. In/Zrïzíéionr qu’il luy 1107171121701” ſèpcrfèëzë
tintin” dan: la titille ale-J verres'. Il tache de dzffiper lès filjefſ
dt-Ædgri” qu’il cmyoit avoir .œçûs de M À-[ydorï, Il lig- re'.
le-"Ue le mr e dans ſa mauvatſtfanuncnll .fc-mp _ye Pour la;
?rature-r guzzi” Poſt: ramadan

1629. 1 R Deſcartes erſabandonnoit pas tellement ſon têimi


Mla Métaphy-ſique,'qu’il 'n’en réſervât quelqueporfion_
pour les expériences naturelles ,et particu iérement pour'
celles de la Dioptriquc , auſquelles il s’étoit déja beaucoup
'appliqué-en France. A peine ſe vid-il établi zen Friſe -qu"ilſr
:ſouvint d’avoir -laiſſéià Paris le 'ſieur Ferrier, ce célébre-ou
vrier d’l=~nſtrumens de Mathématiques qu’il avoit employé
pour la taille des verres. Il ne fè crut-pas décharge' du ſoil]
u’il avoit pris autrefoisde ſa ſor-tune pourlezrcndreraiſé , 8:
desſon-inſtruéliion pour le perfectionner dans ſon-art. Daf
ſection qu’il avoit conçûë .pour cét :homme-,depuis ue* M.
Mydorge le Lay-eût recommandélnyfit ñnaîtrePenvie e l'an:
tirer auprés de luy. Il n’oublia rien pour rendre~trés.avan-—
tageuſeslesconditions quïlluyzpropoſoit tant ourles oom—
mOditez-*de la vie que . our la ſatisſactionide- ,CſPrlLſIl luzy
‘écriv-it le dix-huitiéme- e]uin,d’unemaniére également lion.
Tom. 3 leur. donna
nête 8cſon
preſſante
addreſſe'
, 8c our
data'n'être'
\à »lettre
pas(d'Amſterdam
obligé: de:découvrir;lc
où il
1cv…. p. 55H.
?c ſui'.
'lieu de !à demeurehliizluy marqua pour l'inviter à-venir en..v
-core . lus volontiers a ue de uis u’il Pavoittuitté
l ilavoit'
appris beaucoup de clioſèsnouvo les touchantÎleurS-“vetresc
'Gt qu’il eſpéroit le :faire aller rau- delà~ de :tout-ce qui 's’étoit
jamais vû. "ſont ce quîilavoit dans l'eſprit lai-deſſus luy pa..
roiſſoit ſi ſacile à éxécuter ,Sc en. même têms ſi certain',
qu’il nev doutoit preſque plus' de ce qui pouvoit dépendre.
e la main , comme il-avoit fait auparavant. Mais parce-que
ceschoſes ne pouvoient ſe mander par lettres , à cauſe de_
nulle..
LIVRE III. CHAPlTRl'. III. i8;
milldt-"rencontres qui ne ſe prévoient pas ſur le papier, 8c i629.
ue l'on corrige ſouvent d'une parole lors qu'on eſt préſent, ~~
~

i étoitneceffiiire uïlsfuſſentenſemblell luypromitqueîsïl Pag. 5 5 hlbld


étoit aſſez brave ïamme our faire le voyage 8c venir paſſer
quelque têms avec luy ans le defi” , il luy laiſſeroit tout le
loiſir de s'exercer ſans que perſonne le pût divertir 5 qu'il
éloigneroit de luy tous les Objets cîpables de luy donner ,de
l'inquiétude 5 cn un mot qu'il ne eroit en quoi que ce fiût
plus mal que luy , 8C qu'ils vivroient enſemble commefiéros. Il
's’obli<rea de le deſraier de toutes choſes auililong-têms qu'il
'luy plâiroit de demeurer avec luy , 8c de le remettre dans Pa.
rislors qu'il auroit envie d'y retourner. Ne pouvant luy fad
re donner d'argent a Paris ſans faire connoitre le lieu de ſa
demeure qu'il vouloit tenir caché, il lui fournit d'autres ex é
.diens tant pour la dépenſe de ſa perſonne que pour Pac ât
des outils 8c des meubles utiles a leur ménage. Il luy mar
’ ua ſa' route par Calais juſqu'a Rotterdam ou à Dort, où ou Dordxcclit
il Paddreſſa à M. Beecxman Recteur du Collége , qui devoit
luy fournir de ſa* part de l'argent , 8c tout ce dont il pour
:oit avoir beſoin pour achever ſon voyage. Il luy conſeille.
d'apporter du ſien tout ce qu'il auroit de la peine à quitter:
'BC en cas Æembarras ,de venir plûtôt tout nud que d'y man
quer. Il' lui témoigna pourtant que s'il avoit actuellement
quelque bonne fortune , il ſeroit faché de le débaucher;
mais que s'il n’étoit pas mieux que lors qu’il l'avoir quitte', il ne
devoit point mettre en délibération k: voyage qu’i luy pro
ſoit. Enfin il luy manda qu'en Pattendant il prendroir un
En entier pour eux kuls, où ils pœrroient vivre tous deux
à leur modo 8C à [our diſh.
La réponſe que fitctle ſieur Ferrier à des offres ſi avanta
geuſes luy fit con-noître qu’il manquait de *réſolution our
'ce voyage, 8c qu’il ne devoit point s'attendre à luy , it à
cauſe de l'humeur qu’il avoit d'être actuellement employé
.pour Gaſton de France fi-ére du Roy , ſoit par “l'eſpérance
. de rendre ſa fortune meilleure à Paris qu'ailleurs. Tom. :-des
M. Deſcartes avoit déja fait provilion d'un garçon qui cchmnP-'u
leur. u.
ſçeûc &ire la cuiſine à la mode .de France. Il “ſongeoit a a
acheter des meubles, &c vouloit prendre pour trois ans une a
partie du petit château de Franeker , où ilsîétoit contente' cc
juſques-la
"I
184. LA V11! DE M.DESCARTE~S.
162.9* luſques- là d'un ſimple appartement. Mais voyant que le

ſieur Ferrier ne venoit pas , il diſ oſa ſes affaires d'une auñ
tre manière: de ſorte qu’1~l quittalzt Friſe pour venir demeu
rer dans Amſterdam vers le connnençement d'Octobre.
Il ne laiſſa point de ſervir le ſieur F’C\'l‘lCl‘ avec ſon affec_
tion ordinaire , 8c il luy en donna de nouvelles marques dés
la premiére ſemaine de ſon établiſſement à Amſterdam. Fer.
rier luy avoit écrit vers la fin deJuillet ou le commençement
d’Août , pour luy faire ſçavoir Peſpéranceqtflon luy avoit
donnée de pouvoir travailler pour le Roy. M. Deſcartes
pour luy faciliter les moyens d'avancer cette affaire ,. l'avoir
recommandéaux Pères de PO-ratoire , dontla plûpart étoient
les amis particuliers. La choſe réuſſiſſoit déja au gré. de l'un
ê( de l'autre, lors que la mort du Cardinal de Berulle , vint
à rompre les meſures qui s'étaient priſes ſous ſat-protection
Ferrier ne man ua pas d'en récrire ſur Pheure à~ M. Deſ
cartes , 8c il tac a de luy faire ſentir combien ce’t accident
faiſoit de tort à- ſes intércts articuliérs. M. Deſcartes n'y
Tom. ;>. pag.
H3 a 5H
fut pas inſenſible , 8c il luy t connoître par la lettre qu'il
ltttr. 1cm. luy écrivit d'Amſterdam le huitième d'Octobre combien il
auroit ſouhaité que la (Fortune luy eût été plus favorable. Il
luy manda qu'il ne devoir as encore deſe érer de ouvoir
ſe loger au- ouvre , nono ſtant Pabſence ciil Pére c Gon
dren qui- devoir ſucceder au Cardinal de Bérulle dans la ſu.
périorité générale de ſa congrégation. Ilv luy donna même
avis d’aller trouver le Pere Gibieuf ou le Pére de Sancy',
s’il venoitquelque place à vacquer avant le retour du Père
de Gondren-, 8c deleszengager par les importunitez :l luy
garantir ce que l'un de leurs Peres , luy avoit ſait obtenir.
Ferrier qui à-la recommandation de M.. Deſcartes 8c de M..
Mydorge s’e'toit donné de Paccez chez les Sçavans ,. 8c chez
les Grands même , étoit tombé inſenſiblement dans la. né.
ílíigence par un peu trop de complaiſance pour luy même.
~ . Deſcartes s"en apperçût , 8c ſans vouloir aller juſqu’àla
cauſe , il luy- conſeille. d’emploier le têms préſent , ſans trop
fè fier-ſur Pavenir :~ 8c il luy dit nettement~ qu'il Ïavanceroit
jamais , s’il différoit toujours de troisimois en trois mois jul]
qu’à ce que ſes affaires domeſtiques fuſſent en meilleur état.
H luy donna encore d'autres avis particuliers ſur divers in
ſhumens,
LIVREIILCHAPITREIII. 185
ſtrumens qu'il avoit à faire, 8c Principalement ſur les verres 1629.
qu'il devoit tailler. Il voulut meme lu envoyer les modéles —

de ce qu’il avoit penſé la deſſus , 8c 1l uy promit qu'il ne _luy


manqueroit aucune choſe de ce qui pourroit dépendre de
luy ,non plus que S'il étoit à Paris. , l
Le ſieur Ferrier eut pour toutes ces bontez de M, Deſ
cartes tous les ſentimens de reconnoiſſance dont il étoit alors
capable : &c il luy récrivit le 2.6- du même mois pour le re
mercier , 8c luy demander Péclairciſſement de quelques diffi
Voyez la ſe.
cultez ſir ce qu’il luy avoit envoyé. Il luy temoigna vou conde panic
loir inceſſamment ſe mettre en état de travailler ſur ſes in.. de cette lcnrc
ſtructions , tant pour les modéles 8c les machines qu’il luy a ?ue M. Clcr
voit décrites î, que pour la taille des, verres dont il luy avoit clic: n'a pas
faitimprimcr,
preſcrit l'a maniére.~Mais ſa mauvaiſe fortune forma divers 8l qui :ſi ſe
obſtacles à ces beaux deſſeins à meſure qu’il ſaiſoit paroître fléc manuſ.
cmt.
uel ue bonne réſolution.
:iansqlaffection Le refroidiſſement
dont M. Mydorge comme amiqu’il trouvoit
de M. Deſ Pag- 558,557;
568, du m.
cartes l'avoit honoré juſqu'alors contribuoit auffi à Pabatre: lcnrcsl
volume du»ſi
8c il ſembloit Paſſujettir tellement a- ſuivre ſes ordres 8c ſes
lu-miéres dans ſon travail, qu'il ne luy laiſſoit point la liber
té de ſuivre celles de M. Deſcartes. C'eſt au moins ce que
le ſieur Ferrier voulut inſinuer dans ſa lettre à- M . Deſcar.
tes, qu’il n’auroit peut être pas été fâché de broüiller avec
M . Mydorge, 8( de le prévenir, dans la enſée de tirerquelñ
que avantage des ſoupçons mutuels e ces deux anciens
amis.
M. Deſcartes fit ſemblant d'écouter ſes plaintes , 8c inſiſi-ſi
ſtant ſur toutes choſes à luy faire employer ſans delay le
Pag- 5'54, S57
téms jïríſtm à quelque prix que æfàt ,. il lui conſeilla- de chan_
ger de demeure , 8c de ſouffrir plûtôt ailleurs toutes ſortes
dïncommodjtez , pourvû qu'il pût avoir du têms pour tra'
-vaíller à ce qu’il lcfy marquoit. Au cas qu'il ne pût- déloger,
'il luy perſuada de dire ouvertement ſon deſſein à M. My-
dorge plûtôt que de différer à travailler z~ de luy Faire con
noître , même de ſa parÊ, s'il en étoit beſoin, qu’il’étoit im'.
pofflble de réuſſir ſur la maniére qu’il luy avoit preſcrite.
Ferrier
part de M.ne Deſcartes
ſoufflit qu'avec eine avec
, Pafficliuité , ſur tout depuis
laquelle le dé
Monſieur'
Mydorge preflbit 8c éxaminoit ſon travail. ll trouvoit.
Aa. un~

l
186 LA V” DEM. Dtscaarts.
162$ un peu étrange ' u’il le taxât ſi ſouvent dïgnorance, de leu.
teur, 8c de ma - reſſeſſans lui vrien apprendre : au .lieu que
M. Deſcartes non content de le traiter toûjours avec dou..
ceur ê( beaucoup d’honn_êteté., avoit encore eu la bonté de
Pig. 558.
Pinſtruire de toutes choſes , 8c de luy gouverner la main. Fer.
rier prétendoit devoir tout à M. Deſcartes , 8c rien à M.
Mydorge. Ileut même Pindiſcrétion de publier que M. M -
dorge ſe faiſoit paſſer pour 'le prémier auteur de divers ſé
crets, dont il ne tenoit la connoiſſance que de M . Deſcartes.
Mais M. Deſcartes ſans s'arrêter à ſes petits reſlentimens
voulut luy donner un exemple de ſon deſintéreſſement, en
luy marquant en général que la vanité des gens qui s’attri
buent la loire d'une choſe àla uelle ils n'ont rien contri
bué , ne täit point d'impreſſion ſi” ceux qui ne ſont attentifs
' u’à leurs devoirs. Il paroît que le ſieur Ferrier ne trouvoit
es affaires domeſtiques en mauvais état , que pour avoir vou
lu trop ſe diſtinguer des 'artiſans de ſa profeſſion , 8c pour
s'être enfoncé dans la 'théorie de la Méchanique au préjudice
de ſon travail. Il avoit été 'ſeur de ſa ſubſiſtance tant que M.
Deſcartes avoit été-à Paris. Sa retraite devoit luy ouvrir les
yeux ſur la néceſſité de travailler pour vivre , aprés avoir
perdu un patron dontle ſemblable_ ne ſe trouvoit plus par_
mi 'les Sqavans de ïP-aris à !ſon égard. Mais la douceur qu'il
avoit trouvée -dans lamtíditatinn , 8c 'dans les entretiens des
Mathématiciens , avoit 'beaucoup diminué en luy l'habitude
du travail. De ſorte que M. Deſcartes ſe crût obligé de l'ex
horter fortement à réprendre la fabrique des inſtrumens
communs,ôc des autres choſes quidonnoicnt du profit préſent
Pag. 554;
ſelon ſa profeſſion. Ve S'il avoit du têms de reſte pour tra
\vailler dans l’eſ érance d’un plus grand profit à l'avenir , il
'luy conſeilloit 'e l'employer 'aux verres. QLLC pour réuſſir
Pag. $57. @ſurement dans cette-derniére occupation , il falloir préparer
Toutes les machines à loiſir , parce quece ſeroit le mo en de
ouvoir tailler enſuite chaque verre en un quart d' eure.
îRiz-tis qu'au reſte , il ne devoit pas …êſpérer faire des merveil
Pag. 18:..
les du prémier coup avec ces machines. C'eſt un avis qu'il
*luy donnoit pour ne le pas laiſſer repaître de fauſſes e pé
rances, &ne le pas engager à y travailler qu'il ne fût réſolu
d'y employer beaucoup de 'têma Mais il luy faiſoit eſpérer
T”
LIVRE IILICHAPXTRE III. 187

s'il avoit un au ou deux pour pouvoit diſpoſer tout ce qui I629'.


?zic néceſſaire ,on viendroit à bout \de voir par ſon moyen —-——

s’il y a des animaux dans la lune. ,


Deſcartes neſe contenta pas. de Iuy relever Ie coura
ge par ſes exhortations,il luy donna encore tous les éclair_
ciſſemens qu’il luy avoit demandez *avec de nouvelles inſtru
ctions dans une longue lettre qu’il luy envoya peu de têms
aprés. Comme il ne ſongeoit-plus à.l’attirer en Hollande, Dag.. 369-.
tom. ;- BL pi
il eut ſoin de le recommander articuliérement au P.. Mer jm.. tom. 2..
ſènne ,_ à qui il en écrivit, pour e prier de luy chercher quel Tom. a. leur.
que lieu plus commode que celu où iI étoit ,tant pour vivre cxn. P.. 5:31.
que pour travailler. n je ſuis a e', dit-ila ce Pére , de Pe' ï(
xécution. des verres du ſieur Ferrier, ourvû qu’il y travaiL ï(
le ſeul ,p 8c qu’il ſoit en repos.. C’e aſſurément quelque ((
choſe de plus grande importance que l’on ne sîimagjne. II y CC
a tant de gens à Paris qui' perdent de l-'ar ent à ſaire ſoufier (Il
des charlatans .> n’~y en auroit_il point ue qu’un ,qui voulût (O
'tenir le ſieur Ferrier ſix mois ou un an 3 ne faire. autre choſe (ë
du monde que cela ?Car il luy &Endroit du têms pour prépa (ï
rer ſes outils z &c il en eſt de même qu'à lîllnprimerie où la
Cl
premiére feuille coûte plus de têms aïfaire que pluſieurs au (ï
tres. - ‘
Cette inquiétude 8c cette ardeur ue M. Deſcartes faiſoit
paroître 'dans Fempreſſelnent avec (lequel il embraſſoit les
intérêtsñ de Ferrienméritoit bien que cét homme fit de ſon
côté quelques démarches pour s'aider 8c correſpondre â- tant
de ſoins. Néanmoins M. Deſcartes- ne reçutpoinr de ré
ponſe à la lettre qu’il avoit pris la peine de luy écrire le
tréziéme de Novembre , 8c il n’entendit plus. parler de luy'
du reſte de Pannée.

a WW
a aa.
ë?

Aa C HAP'.
188 LA ViE DE MJ DESCARTES.

CHAPITRE IV.
M17a
Decte-'lies
carte;, reJoit
ilyavi;
faitd'une olſhwation
ſi; reflexion!, .Ilfaire à Romefier
contracte de;
amitié avec
quelques Hollandais , Ô- ſier tout avec Reneri le prémier des
diſciple; qffilſit lier! de France. Vo-yage de' M Gaſſëndi en H0l—
lande, 0d il ecrit ezuſſíſâi Diſſertationſi” le: Par/Zélie: de Rome.
Oeeaffen d” Traitté que M. Deſtaræ! fit' depuis ſi” les Me'
tíares,

1 6 z 9, A lettre Où M. Deſcartes recommandoit le ſieur Ferrier


.—_—_. au Pére Merſenne , contenoit auſſi la reîponſe qu’il ſai
íoit à ce que ce Pére luy avoit mande' du ameux phéno_
méne qui avoit paru à Rome cette année , 8c qui avoit donné
de Péxercice aux Philoſophes du têms.
Le xx de Mars on avoit vû dans cette ville cinq Soleils
xx jour de
Mars 151.9. en