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BIBLIOTHÈQUE CHOISIE

PÈRES DE L'ÉGLISE

GRECQUE ET LATINE.

TOME ONZIÈME.

SAINT JEAN CHUYSOSTOME.

TOME II.

IMPRIMERIE I>'HIl»POLYTE TILLlAKD

ftÇE DE 11 TIAUPE ; A*

78.

ïf\i

BIBLIOTHÈQUE CHOISIE

DES

PÈRES DE L'ÉGLISE

GRECQUE ET LA.TINE,

ou

COURS D'ELOQUENCE SACRÉE;

PAR MARIE-NICOLAS-SILVESTRlE GUILLON ,

l'BOFESSECK n'ii.oQttBNCE SACKtE DANS L* FACci.Tt DB TUtoLOctr. HE pàr.is , iNSPECTrrK nF. l'ac.uu'.hiv: nKl'AniS,

CUETAlren 1)B LA LÉGION d'hONSEOH , AUMÔXIEn DE SOS ALTESSE IIOÏALP. MAl'AME LA IirClIt.SSf: h'um.tAXS,

l'SÉDICATCOB ORDINAIRE DU BOI.

TROISIÈME PARTIE,

SUITE DES PÈRES DOGMATIQUES.

TOME ONZIÈME.

œJTOrj , 'h 7v(X TO ÇTOfJlOC ToJOtVVOU ed'XOTCTj'jS'

Satius fuisset solem radios suos siihsliahere , qiiani .Toaiiuis os

couùcere.

Inler Epist. S. Joan/i. C/irysost., \om. iti, eilit. lîencd.,

pag. (171.

—T i—

^0^0^-^=:^^^

PARIS,

MÉQUIGNON-HAVARD, LIBRAIRE,

RUE DES SAINTS-pÈrES , IN" ÎO.

M. DCCC. XXVI.

0'a.lIOTHECA'

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.(7657

1/,

Il

BIBLIOTHÈQUE CHOISIE

t)ES

PÈRES DE L'ÉGLISE GRECQUE ET LATINE,

ou

COURS.D'ÉLOQUENCE SACRÉE.

SUITE DU LIVRE QUATRIÈME

Satnt Jean Curysostome , arclicvéquo

de Constaiilinople.

DISCOURS PRELIMINAIRE.

Nous partageons en trois classes principales le

recueil entier des Œuvres de saint Jean Cluysos-

tôme. Foi, Espérance, Charité, tel est l'objet de

l'enseignement religieux, et le dessein de noire tra-

vail. A chacune de ces trois grandes classes se rap-

portent les malières diverses sur lesquelles s'exerce

le ministère de la pre'dication.

Cette distribution paroîtra peut-être nouvelle (i),

(i) L'cdiiion de saint Jean Chrysostôme par les Bénédicliiis (le P. Bern.

de Moutfaucoii ) s'ouvre par dos traités ascétiques; puis, les livres sur le

11.

1

2

DISCOURS

(lu moins elle n'a rien d'arbitraire. Elle ne se re-

marque, il est vrai, dans aucune des e'ditions du

saint patriarche publiées jusqu'à ce jour ; mais si elle est plus niëtliodique , on ne pourroit la blâmer. ]N'est-cc point là le triple fondement sur lequel porto chacun des sujets de la prédication évangélique? '< Tout ce qu'il faut connoître pour arriver au salut

» consiste, dit saint Aujiustin, d'abord à croire,

" puis à espérer, ensuite à agir. » Ce saint docteur

réduit bien plus encore le cercle de nos vérités chré-

tiennes ; il les ramène toutes communément au seul

précepte de la charité , comme n'étant en effet que

la fidèle observation du précepte (i). Saint Ambroise

n'est pas moins formel. « La foi , dit-il , produit la " charité; celle-ci, l'espérance; et ces trois vertus, » ajoule-t-il, ont entre elles des points de contact

» qui les rapprochent jusqu'à les confondre l'une

sacerdoce , les controverses contre les Anoméens , etc. , etc. Celle d'Etonné

ou de Henri Savill , par les homélies sur la Genèse , et autres

livres sur

l'ancien Testament et sur le nouveau ; après quoi, les traités et discours di-

vers. Celle de Fronton Du Duc ou de Morel , commence par les homélies

sur les statues ; ensuite les homélies sur l'Écriluie , mêlées d'opuscules sur

diftércnlssnjetsderaucieuetdu nouveau Testament, de pancgyriques, de

traités de morale, des lettres du saint évéque , et se termine par la collec-

tion des homélies et commentaires sur les livres du nouveau Testament.

[i) Triplex est scicntia ad salutcm necessaiia , prima credendorum ,

sccuiida sperandorum , tertia opcrandorum

Proinde nec amor sine spe

est, ncc sine amore spes, nec utrumqiie sinefidc. ( Enchiridion de Fide

Spe, et Caritale, pag. 198, tom. vi , Eenedict. )

PRÉLIMINAIRE.

Ô

» dans raiiU'e(i) ». Saint Bernard parle le même

langage, qui se rencontre dans cent endroits de

saint Jean Clirysostôme.

Les éditions diverses des Pères se trouvent rédi-

gées indifféremmenl tantôt dans l'ordre chronolo-

gique, tantôt dans celui des matières, quelquefois

même sans aucune apparence d'ordre (2). C'est que les savants écrivains à qui nous devons l'inappré-

ciable service de les avoir recueillis , n'avoient d'au-

tre but que celui de publier tout ce qui étoit parvenu

à leur connoissance. Les uns ont entassé les ouvrages

à mesure que les anciens manuscrits les produi-

soient sous leurs yeux ; les autres se sont

laissé

guider par le fil des événements. Les Bénédictins,

venus les derniers, riches de tous les matériaux que

leur fournissoient leurs vastes correspondances , et les découvertes successives, n'avoient de devoir a

s'imposer que celui de ne rien omettre^ dans leur

travail , de tout ce qui portoit le nom de l'écrivain.

C'est ce qu'ils ont exécuté, avec une admirable pa-

tience, dans leur édition des œuvres de l'arche-

vêque de Gonstantinople , publiée en treize volumes

(i) £x fide cari/as , ex caritate spes , et rursiis in se sancto quodam

a'ircuitu referuntur. { Exposit. in Z«c, cap. vni, pag.

Bened. )

1478, tom. i,

(2) Ce défaut d'ordre se fait remarquer en général dans les édifions des Pères grecs et latins, publiées jusqu'ici, et bien plus particulièrement en-

core dans celles de saint Jérôme , de saint Andjroise , de saint Éphrem , elc.

4

DISCOURS

iii-fol. Tout estimable qu'est celle-ci^ le défaut d'or-

dre ne s'y fait pas moins remarquer que dans celles

qui l'avoient pre'cedëe. Ce défaut s'y feroit moins sentir, toujours est-il vrai que d'aussi volumineuses

collections ne sauroient convenir qu'à un bien petit nombre de lecteurs. On les consul te , on ne les étudie

point. Saint Bernard les auroit appelées de magni-

fiques réservoirs qui ornent nos cités : l'approche

en est défendue par des balustrades ; mais leurs

eaux, sagement distribuées dans les canaux qui en

dépendent, vont porter au loin la vie et l'abondance,

Ouant à nous , qui n'étions pas , comme nos devan-

ciers, obligés de tout dire , nous avons faire un

choix; et pourvu que le lien qui unit tant de mor-

ceaux divers puisse les renfermer tous , notre tâche

est suffisamment remplie. Le plan que nous avons adopté présente l'avan-

tage d'enchaîner dans une progression plus sensible les importants sujets sur lesquels s'est exercé le génie

de notre éloquent prédicateiu', de les assortir à un

dessein uniforme qui contient la substance de tout

ce qu'il faut croire, espérer et pratiquer, et par là

en fait véritablement un corps de théologie complet

autant qu'un Cours d'Eloquence , qui ne laisse rien

à désirer à l'imagination de nos lecteurs.

La FOI, disent les théologiens^ est l'acquiesce-

ment de l'esprit et du cœur à des vérités qui nous

PRÉLTMINAIKË.

5

sont proposées , en considération de lautorilé et du

témoignage do celui qui les propose (i). Elle con-

siste à croire sans avoir vu, à le croire sur la parole de la vérité éternelle, qui ne peut ni se tromper ni

nous tromper (2) ; à croire ce qui nous a été révélé ,

non pas de Dieu même immédiatement, mais par le ministère d'hommes que Dieu lui-même a investis

de sa propre autorité (5).

La loi , selon saint Paul , est le premier et le plus

solide fondement de nos espérances. C'est elle qui

fait revivre à nos yeux les grands prodiges de la

création et de la rédemption ; c'est elle qui nous

rend présent tout ce qui s'est lait dans les temps les

plus antiques , et tout ce qui doit avoir lieu dans

les temps qui ne sont pas encore.

Ces vérités que notre foi accueille avec docilité ,

qu elle embrasse avec certitude , nous savons qu'elles

sont impénétrables à notre curiosité ; d'où vient que

nous les appelons des mystères ; qu'elles surpassent

la portée de nos sens comme de notre intelligence,

(i) Fuies est asseiisus intellectus , qui suhjecto aliciii l'cl rei relatœ oh

auctoritatem seu testimoniurn rcfaioris atlribidtur. ( Holden , Ficlci ana-

lysis , cap. i , pag. 2. )

(2) In fide, si consiclcrcmiis fomuilem ratlonem ohjccti , nihil est nliud

quam acri tas prima. (S. Thomas , ir, 2 , quœst. 1, art. i. )

(3) Qui Tos audit , me audit ; et qui

'vos spernit , me sjicrnii. Qui au-

Quod si non

tem me spernit, spernit eiim qui misit me. ( Luc. x , i6.)

audierit cas , die ecclcsiœ. Si aulem ecclesiam non aadierit , sit tilii sicut

ctlinicus et publieanus. { Matlh. xviii. 17.)

DISCOURS

qu'elles contrarient nos préjuge's, nos connoissances

naturelles, jusqu'à notre raison elle-même ; nous le

savons , et nous croyons. Nous le croyons d'une ferme

foi, avec une pleine assurance etune persuasion bien supérieure à l'opinion ; celle-ci n'ayant jamais pour base que des te'moignages bumains , sujets à erreur

tandis que la foi repose sur le fondement immuable

de la parole de Dieu. L'opinion laisse toujours quel-

que accès au doute , elle veut être mise au creuset de

l'examen , de la discussion. La foi repousse toute

he'sitalion^ toute recberclie curieuse, tout partage. Clianceler dans sa foi , c'est l'avoir déjà perdue; in-

terroger, c'est raisonner, non croire. Altérer la foi,

soit pour y ajouter, soit pour en retrancber, c'est la

détruire (i).

La foi chrétienne sera donc , ainsi que l'attestent

nos saints oracles , une captivité réelle (2) à laquelle

l'homme tout entier s'enchaîne volontairement , et s'immole par le sacrifice de son esprit et de son

cœur; de son esprit, pour en réprimer l'indiscrète curiosité, tout désir ambitieux de connoître ce

qu'il ne nous est pas donné ici-bas d'entrevoir en-

una est , ftdcs non est. Fidcs ex-

(i) Uiiafides. (Ephes. iv. 5. ) K'isi

cludit dubia. ^De Fide Spe et Caiit.,

tom. xt, pag. 84. ) Fide non ratiocinio utendum in divinis. ( Chrysost. ,

Chrysost. , tora. ix, pag. 854, et

tom. I, pag. 45 1 .) Obcdientia opus est , non curiosa perquisitione. (Chry-

sost. , tom. IX , pag. 719. ) (a) In caplivilatem redigentes omnem intellectum , in ohscquium

Citristi. ( !î. Cor. X. 5. )

PRELIMINAIRE.

'J

core^ autrement que comme dans une e'nigme; de i.coi.xtn.ia.

son cœur, pour en coordonner tons les mouvements aux préceptes de la loi qui nous a été donnée pour

combattre nos passions et produire les œuvres de

justice auxquelles seules la promesse du salut est

attachée (i). D'où vient que la foi se partage natu-

rellement en loi spéculative et loi pratique. La

première , qui a pour objet le dogme divin , tout

l'ensemble des vérités qui nous ont été révélées ;

la seconde, qui concerne la morale divine, tout le

code des devoirs qui nous sont imposés. Il ne ser-

viroità rien d'assujettir son esprit à la foi, si l'on ne

joint pas à la conviction de l'esprit le sacrifice des passions du cœur. Une foi qui n'agit point est une

loi morte : c'est une foi qui mérite aussi peu

le

nom de foi, qu'un cadavre le nom d'homme (2).

Celle-ci, loin de justifier, devient le titre de notre

condamnation par l'opposition qu'elle établit entre

la croyance et la conduite.

« Le juste vit de la foi, nous dit le grand Apôtre;

c'est-à-dire qu'il ne se borne pas à croire les vérités

que la religion lui propose , mais qu'il les observe et

qu'il les aime \ et que , par une alfection sincère et

(i) Justus e.v Jida iwif. (Rom. i. i'].)CorJe credifiir ad jiistitidrii, ore

autcm conjessio fit ad salit tem. ( Ihid. \. lo. ) Arbitramiir justificaii

hominem pcr Jidcm sine opcribiis leg'ts. ( Ihid. m. 28. )

(.î) Siciil corpus sine spiritu mortuum est , ita et fuies sine operihus nior--

'ua est. ( Jac. if. 26.)

8

DISCOl'RS

vraie j par une foi pleine et active, il les fait servir

de fondement et de degre's pour s'e'tablir et s'avancer

dans la justice : Corde credilur adjusliliam (i). "

Voilà toute la religion du chrétien , celle qui fonde sa dignité sur la terre , et ses espérances pour

l'élernilé. Foi, religion, ces termes sont syno-

i;;'nics ; comme dans un édifice , ce mot suppose. le

fondement qui l'appuie (2). Sans la foi, pas plus que

ikl.r. \i. G. sans religion, le salut est impossible : Sinefide im-

possihde est pîacere Deo. ,

Nous disons de plus avec tous nos saints docteurs,

que la foi est une vertu surnaturelle , c'est-à-dire

une lumière que Dieu répand dans nos âmes, par

laquelle nous croyons fermement en Dieu , et à tout

ce qu'il nous a révélé; qu'elle est un don gratuit de sa bonté , dans ce sens que nous ne l'avions pas mé-

rité, et que nulle bonne œuvre de notre part n'au-

roit été capable de nous en rendre dignes; mais qu'il

dépend de nous de l'obtenir comme d'en être privés,

puisque nous sommes toujours maîtres de croire ou

de ne pas croire, et qu'il suffit que la liberté de

notre consentement concoure avec la disposition

toujours favorable de la bonté divine (3).

(i) Bourdalouc , Serm. sur les œuvres de

la foi , Dominic. , loin, v ,

pa;;. 3iG etsiiiv.;

Bossuet, lom. i, pag. 385,

toni. m , pa^. 35i. Tous les

piTdicatciiis.

(2) Fidcs est religîonis fundanienluw. ( Clirysost. , De Fide ,Spc , et

Oarit.)

(3) Qitia est a Dca volcntc, consenlicntihus nolis. (S. Augusl.: lil). de

rnKLiMLNAïKF;.

g

De quel droit disons-nous donc que la foi chré-

tienne est la sagesse et la grandeur ve'ritable de

l'homme sur la terre , quand elle déclare hautement

abjurer toute sagesse humaine, qu'elle va jusqu'à

la flétrir du nom de folie (i) , et qu'elle condamne

au silence la raison , la plus noble prérogative de

l'homme ; qu'elle est la seule philosophie digne de

nos recherches , la véritable science de l'homme ;

quand elle ne marche que dans les ténèbres et

qu'elle se fait un titre de gloire de son ignorance (2)?

Pourquoi ? C'est que, du sein même de cetle obscu-

rité où elle se renferme, jaillissent des rayons d'une

lumière que tout l'orgueil de la sagesse du siècle

ne donne pas; c'est que, semblable à la colonne EvoJ.xu. 20.

mystérieuse du désert, éclatante et ténébreuse tout

ensemble , si elle laisse sur le sanctuaire de la reli-

gion un nuage impénétrable , elle répand sur les

Spirit. et Litt. , cap. xxxm. ) « Lorsque nous vous pressons sur îes vérités

qu'il nous est ordonné de croire, vous nous opposez toujours cette tpies-

Tion : Dépend-il de moi de croire ou de ne pas croire? Je réponds : Oui ,

il dépend de vous. Celui qui aura cru, sera sauvé, dit Jésus-Christ: sauvé pour avoir cru ; il dépendoit donc de lui de ne pas croire. Celui qui n'aura pas cru, sera condamné, ajoute Jésus-Christ : condamné pour n'avoir pas

cru; il dépendoit donc de lui de croire. » ( L'abbé Clément, Serm. sur la

foi. Carême, tom. ir, pag.

109. )

(i) Nonne stultam fecit Drus sapientlam hiijiis mimdi? (I. Cor. i. au.)

Sapicnlia liiijus mundl stultilia est apiicl Deiaii. ( Ihid. , n:. if).)

(o) •< Ileccvoir la foi, dit saint Jean Chrysostôme, c'est agir simplemiuil

[lar elle ; c'est la rendre l'arbitre de sa conduite et la règle de ses pensées;

c'est S6 soumettre en toutes choses à elle; c'est démentir ses sens, sus-

JO

DISCOURS

avenues qui y mènent un jour égal aux clartés du

soleil ; c'est que si elle propose des dogmes impos-

sibles à comprendre , et des préceptes non moins

difficiles à exécuter , elle donne aux premiers les

plus solides fondements par les témoignages qui les

constatent , au» seconds les plus fermes appuis par les admirables exemples dont elle nous entoure , et

les secours de toute espèce qu'elle ménage à notre

indigence et à notre foiblesse ; c'est que, en cour-

bant l'esprit et le cœur sous le joug d'une doctrine

et d'une morale qui semblent les combattre égale-

ment, elle les sauve de leur propre foiblesse , en af- francliissant , l'un du danger de son ignorance et du

tourment de ses vaines recherches, l'autre de sa

propre inconstance^ et de tous les orages d'une

liberté funeste; c'est qu'enfin les sacrifices mêmes

qu'elle commande deviennent pour le chrétien une

source de bienfaits et la matière des plus glorieux triomphes.

Merveilleuse économie delà religion, qui concilie,

au gré de nos souhaits , les intérêts de la raison hu-

maine, avec les droits bien plus sacrés encore de l'au-

torité divine ! En abattant la raison aux pieds de la foi

elle soumet à la raison les preuves de ses mystères ;

IKiidro ou arrêter ses propres hiniières, avouer son ignorance , c'est faire

hommage a rautoritc de Dieu par la plus prompte, la plus aveui;iR et la

plus universelle clé-pcndnare. > :Rourdal., Chemin., etc. , dans Houdry,

flihlioili. , tom. IV , pag. i R2. )

PUÉLIMINAIIIE.

11

elle est la première à en invoquer le témoignage ;

notre divin' lé£:i>l;iteur exliortoit les Juifs à l'examen -^"""n- "' "^'J-

de son autorité : ses apôtres y invitoient les infidèles :

nos saints docteurs n'ont cessé jamais d'y rappeler

les errants de tous les siècles ; et nous l'opposons encore avec confiance à la moderne incrédulité :

nous ne craindrons jamais de voir le christianisme

renversé par les moyens qui l'ont établi malgré tant

d'obstacles et soutenu au milieu detantd'cnnemis(i);

avec saint Paul , ne disons-nous pas tous les jours , du haut de nos chaires chrétiennes, dans nos livres, partout , que le premier caractère de notre foi , c'est d'être raisonnable : Rationabile obsequium : non pas nom. xn. i.

sans doute qu'une raison présomptueuse en dé-

couvre tous les objets ; mais parce qu'une raison

éclairée nous en manifeste les principes. Les objets

de notre croyance , voilà es qui compose l'empire de

la foi (2); les motifs de notre croyance , voilà ce qui

(i) M. l'évêque de Langres , Instruction pastor., mr la ^vérité de la re-

ligion, in-4°, pag. 7. ) « Ce n'est pas que la religion ne nous propose que

des mystères qui nous passent, et qu'elle nous interdise tout usage de la

raison ; elle a ses lumières comme ses ténèbres , afin que , d'une part l'obéissance du fidèle soit raisonnable, et que, de l'autre, elle ne soit pas sans mérite. » ( Massillon, BLyst. sur l'incarn. , pag. 1 19)

(2) « Une foi raisonnable : je n'entends pas une foi dont les raisonne

ments humains soient le motif, mais une foi dont la raison pénètre le motif,

Je veux nue foi aveugle, une foi d'enfant, fondée sur la révélation seule

mais je veux une foi raisonnable, fondée sur une révélation que l'on con

noisse, une foi aveugle, que guide en tout l'autorité visible établie parlé

1

DISCOURS

l'orme le domaine de la raison. Par-delà commence

la nuit. Que la raison veuille franchir celte barrière

sacre'e : il n'y a plus pour elle qu'obscurité sombre ,

elle trébuche à chaque pas , qu'un abîme qu'elle

remplace par de nouveaux abîmes encore plus pro-

fonds. En-deçà, la raison conserve tous ses droits. Et,-

bien loin de récuser son tribunal , proclamons-le

hautement en présence de tant de trophées de

j^loire accumulés par nos siècles chrétiens : quand

est-ce que la raison humaine a l'ait entendre ses

oracles avec plus de majesté que dans ces écrits, dictés par la vraie philosophie , monuments immor-

tels d'érudition , de critique et d'éloquence , que nous publions en ce moment; plus particidièrement

encore dans ceux du patriarche dcConstantinople?

Voilà le triomphe de la raison quand elle cesse d'être

humaine ; quand , dégagée de ses foibles éléments,

soutenue sur les ailes de la foi, elle remonte jus-

qu'à son principe sublime pour en rapporter sur la

terre une lumière divine puisée à son inéligible

source ; quand sur les débris des erreurs et des pré- jugés antiques^ renversant à la fois et le Portique et

la Synagogue , elle élève , par sa voix , l'édifice au-

guste de cette religion aussi ancienne que le monde, j.ijin.vi. iG. et contemporaine de tous les âges ; que , plongeant

sus-Christ , l'auleiir de noire

loi ; mais

une.

foi

rnisoniinble , qui sacht;

connuent et pourquoi cette autorité visible ik; la peut égarer. » (L'abbé

Cléineut , sur lu foi , Cairnir , tom.

i, paj;.

iiS. )

PRÉLIMmAIRE.

l5

dans rOcëan des perfections divines pour ne s'arrêter ([lie sur les bords de la nue inaccessible réside le

Saint des saints, ou bien, parcourant le vaste cliamp

de la révélation cvangélic[ue , expliquant les oracles

des propbèles et des apôtres , elle développe et ces

dogmes et ces préceptes si bien assortis à tous les

besoins de l'iionime , elle expose à nos regards les

énigmes de notre nature, les conseils de la Provi-

dence , les secrets de l'incarnalion

divine ,

les

bienfaits de la rédemption du genre liumain , les

modèles offerts à notre généreuse émulation. Nos modernes prédicateurs , Bourdaloue , Bossuet, ne sont grands que parce qu'ils ont parlé comme lui

et avec lui. On a dit de l'un d'eux que c'est la i-aison

éloquente. Démontrée en effet avec cette profon-

deur de vues et cette clarté de raisonnement

éclairée par cette raison supérieure , la foi devient

l'évidence elle-même ; elle n'est plus autre chose que la raison divine substituée à la raison humaine.

« Ainsi, aditun grand évêquedenos jours, marchant

» de concert, la raison et la foi se secourent, s'en-

» tre aident , se prêtent une force mutuelle; et lou-

» jours leur précieuse réunion a pour objet cl notre

» instruction et notre félicilé(i).» Elle exerce auprès

du chrétien la même fonction que l'Ange à l'égard Tob.v,

(i) M. l'évêque de Langres, cardinal de La Luzerne, Inslnut. paslor. in-4°,pag. 8.

l4

DISCOURS

(lu jeune Tohic. Pour mieux éprouver la fidélité

du fds chéri commis à sa garde, le céleste conduc-

teur marclioit à ses côtés sans se découvrir à lui ,

ne paroissant que sous les traits et sous le nom

d'Azarias^ qui signifie secours de Dieu. A l'aide de

l'assistance et des conseils de ce guide inconnu y le

jeune Tobie quitte son père et sa mère , il part avec confiance, il brave la fureur d'un monstre

prêt à le dévorer, met en fuite le démon, et arrive

heureusement au terme de son voyage. Ainsi la

foi , enveloppée du voile épais qui la dérobe à nos

yeux , nous est donnée pour