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BIBLIOTHEQUE CHOISIE

DES

PÈRES DE L'ÉGLISE

GRECQUE ET LATINE.

TOME TREIZIÈME.

SAim JEAN CHRlSOSrOME.

HtTK Ut \\ IIARPC ;

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BIBLIOTHEQUE CHOISIE

DES

PÉRÈS DE L'ÉGLISE

GRECQUE ET LATINE,

ou

COURS D'ÉLOQUENCE SACRÉE;

PAR MARIE-NICOLAS SILVESÏRE GUILLON ,

PROFÏÎSîErR ll'H.OQUENCB. SACRÉE DANS LA FAriLTÉ UE THÉOLOGIE HK PARIS, liNSPECTF.! K DK l'aCADÉMIK UK PARIS,

r.UEVAI.IEn DE la LÎ: G ION d'hONNBI'R, ArMÛXIER DK "ON At-TESSE ROTAtE MADVME LA DCCIIESSE d'oRLÉANS -,

l'RÊniCATFrR ORDIXAIRE I)D ROI.

LÂwT'aae a^aie ace (Ji)ot.

TROISIÈME PARTIE,

SUITE DES PÈRES DOGMATIQUES.

TOME TREIZIEME.

Iii illa die ( dicil Domiiius ) , siisciubo l.nbeiniiculuni O.ivid , quod cecidit : el rcaedificabo aportiiras muroium cjiis , et -4ia quae eorruerant inslaiirabo; cl rfa-dificabo illud siriii lu

dlebus antiqiiis. ( Amos. ix. ii. )

PARIS ,

MÉOCJIGNON-HAVARD, LIBRAIRE,

RUE DES S AINTS - PERES , ÎV" lO.

M. UCCC. XXVI.

BIBLIOTHEQUE CHOISIE

DES

PÈRES DE L'ÉGLISE GRECQUE ET LATINE,

ou

COURS D'ÉLOQUENCE SACRÉE.

SUITE DU LIVRE QUATRIÈME

Saint Jea.n ChrysostÔme , archevêque

de Constantinople.

Hune qualem ncqueo monstrai'e et seutio tantiim.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA FOI RÉVÉLÉF

La foi révélée est celle qui a pour objet des vérités que

Dieu seul a pu communiquer aux hommes, parce que ni

le sens intime, ni la raison humaine, ni le témoignage de

nos sens ne pouvoient en acquérir la connoissance. 11 a

fallu qu'une autorité supérieure à toutes celles de la terre

daignât les manifester et les répandre parmi les hommes.

La nécessité d'une révélation divine pour la sanction des

seuls préceptes de la morale, s'étoit fait sentir à tous les

hommes de tous les temps. Fortement convaincus que Dieu

(i) Extraites de divers livres.

2 SAIM Ji:.\I\ CilKVSOSTOML:.

lui-iut-me ii'csl pas de irup pour commandera l'homme ses

devoirs, ils tli(M-clit;rciit , dans l'iiilerveiilioii de la Divi-

nité, un appui à leurs codes de législation, et un sup|)lé-

ment à leurpropre impuissance. Aussi voyons-nous que 1rs

])euplesqui n'ont point eu de vraie et pure religion ont été

obligés d'en inventer de fausses et d'impures, plutôt que de manquer d'un principe supérieur à l' homme pour dompter

l'homme et pour le rendre dociJe dans la société. Do

vient que N.uma, Lycurgue, Solon et les autres législa-

teurs , ont eu besoin de paroître divinement inspirés pour

pouvoir ]1olicer les peuples (i).

A ces premières vérités , que nous avons vues dévelop- pées dans les paragraphes précédents, par l'éloquent pa- triarche de Constantinople , avec une raison si imposante,

viennent nécessairement s'attacher d'autres principes non

moins sacrés, que nous allons voir établis avec une égale

solidité. Tout dans l'ordre mcral , aussi-bien que dans

l'ordre physique, se tient par une chaîne indissoluble, et remonte au même centre, à Dieu, Créateur universel

Principe essentiel de l'ordre, Raison souveraine qui com-

(i) « De là il est arrivé , ajoute Fénelou ,

que les impies, tels queLu-

t-rèce , ont osé dire que la crainte des Dieux n'est qu'une invention des ty-

rans politiques , qui ont voulu consacrer ce joug de le«r tyrannie, pour

tenir les peuplt^s dans une servitude pleine de lâcheté et de superstition :

aveugles qui ne voient pas que le plus grand des biens , qui est la subor- dination et la paix , ne peut nous venir par l'erreur. Les inventeurs des

fausses religions sont comme les charlatans et les faux nionnoyeurs. On ne

s'est avisé de débiter de la fausse monnoie , qu'à cause qu'il y en avoit déjà

de véritable. Les imposteurs n'ont donné de mauvais remèdes, qu'à cause

que les hommes avo.ient déjà quelques remèdes qui les avoient guéris. Le

faux imite le vrai , et le vrai précède toujours

le faux. » ( Lettres sur la

religion , tom. iv , cdif. Rouilage , pag. 423. Paris, 1821. )

SAiJNT JEAN CHRYSOSTUME.

'

O

jx'cnd toutes les vérités, et qui nous éclaire par c|uel(|ues

rayons échappés d'un océan de lumière (i).

Dieu avoit manifesté sa gloire dans le soleil et dans les

autres astres; un simple coup d'œil porté sur l'univers,

suffisoitpoury laisser apercevoir, à travers les nuages dont

elle se voile, une Providence, qui n'abandonne pas au ha-

sard les choses de ce monde. Une attention plus réfléchie sur la constitution de l'homme , découvroit en lui l'action

toujours vive d'une loi intérieure qui l'éclairé sur ce qu'il

doit faire et sur ce qu'il doit éviter; d'un sentiment intime

qui, sans cesse, le rnppeloit à l'auteur de son être, lui commandoit le besoin de l'honorer par des actes extérieurs . et publics, autant que parles secrètes émotions de la re-

connoissance pour ses bienfaits, ou de la crainte à l'aspect

des fléaux nar lesquels sa justice et sa toute- puissance

s' étoient signalées ; d'une conscience qui ne se méprenoit

pas sur les différences essentielles entre le bien et le mal

lors même que son jugement cédoit à ses cupidités.

Il exisloit donc une révélation , en quelque sorte natu-

relle, antérieure à tous les codes écrits; celle qui lit toute

la législation des anciens patriarches. Tous nos oracles sacrés, l'histoire du genre humain tout

entier, attestent que Dieu seul avoit pu la donner. Toutes

simples qu'elles nous paroissenl à nous, qui les possédons

jiar une tradition héréditaire , les premiers à (|ui ces con-

noissances furent communiquées ne les auroient pas ac- quises d'eux-mêmes, s'ils n'y avoient été élevés par une grâce particulière et par une sagesse plus qu'humaine. Dieu les a placées à une hauteur où, selon l'énergique ex-

(i) Lux vera quœ illuminât omnem hominem o.cnienfcm in liuncmiiii-

dum. (Joann. i. 9. }

1.

/|

SAINT JF,A.\ ClIllYSOSTÔMli.

pression tic l'Apôtre , imirc faible raisuii n'eût pu les at-

teiiulre (i). Mais celle révélation, en 4uelque sorte ébau-

chée, n'avoit pu prévenir ui

ni les ravages de la corruption bientôt devenue univer-

les écarts de la raison,

selle.

L'expérience avoit prouvé que la conscience n'éloit pas

un l'rein assez puissant pour arrêter les désordres particu-

liers : la lumière de la loi naturelle et celle de la conscience

avoienl donc besoin d'être suppléées ou fortifiées par un

llanibeau plus éclatant (2).

(i) Fecitque ex uno omne geniis hominum inkabitare super un'wersani

J-aciem. terne, tjuœrere Deum , si forte attrcctcnt eum aitt invenianl.

( Ac>, xvH. a6. 27. )

(2) « Quoique la raison nous apprenne quelques grandes vérités , telles

que l'existence de Dieu, l'imuiortalité de l'âme, la nécessité d'une reli-

gion, etc. , cette raison , toujours inquiète et toujours curieuse , produit des

erreurs sans nombre qui, affoiblissent, et qui quelquefois même combattent

la sat^esse de ses leçons. » ( L'abbé de Feller , Catéch. philosoph. , p. 240.)

Aussi voyez ([uels étoieut les dogmes de ces nations célèbres , qui , sur tant

d'autres objets, ont reculé, et semblent avoir fixé les limites de l'esprit humain :

examinez la théologie de ces génies profonds qui éclairèrent l'univers, et

dont les incrédules de nos jours se vantent encore d'être les imitateurs :

leur ignorance sur la religion est aussi étonnante que leur supériorité dans

les autres genres. De tous leurs efforts , pour parvenir à la connoissance des

vérités célestes, il n'en est qu'un dont l'esprit humain puisse se glorifier :

c'est l'aveu qu'ont fait les plus éclairés d'entre eux, de leur impuissance et

du besoin d'une révélation divine. » ( M. l'évêque de Langres, cardinal de

la Luzerne,

Instr. dogmat. , pag. 6, 7 ,

édit. in-4°.)

Cet aveu, échappe à Platon, le voici : « Au milieu de nos incertitudes, le

> parti que nous avons à prendre est d'attendre patiemment que quelqu'un

» vienne nous instruire de la manière dont nous devons nous comporter

» envers les Dieux et les hommes. Celui qui vous apprendra ces choses

w s'intéresse vérilablement à ce qui vous regarde. Qu'il vienne donc in-

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

O

Dieu, qui avoit tant fait pour l'homme, a-l-U pu aban-

donner sot) ouvrage, et îe plus parfait de lous(i)? Un tel

doute, combattu par toutes les idées que nous avons des

perfections divines , s'anéantit eu présence de l'his-

toire (2).

cessamraent , répond Alcibiade , je suis disposé à faire tout ce qu'il me

•> prescrira ,

et j'espère qu'il me rendra meilleur. » ( Plalo , 11 Alcibiad.

Voy. la traduction des Œuvres de ce philosophe ,

par Dacier , tom.

i

pag. 410 et suiv, )

,

(i) « C'eût été abandonner sa créature, comme les Tartares aban-

«lonuent un ennemi au milieu des déserts , et les autruches leur progéniture

sur les sables brûlants de l'Afrique ; Crudelis quasi striithià in dcscrto. »

( Jerem. Thren. iv. 3. )

(2) La religion naturelle que l'on a essayé quelquefois , et de nos jours ,

de substituer à la révélation , ne s'est trouvée jamais établie dans aucune

société. Je parcours toutes les pla'j;es de la terre ; je trouve partout des

cultes appuyés sur des révélations vraies ou fausses. Me renvoyer donc à la

religion naturelle , c'est m'envoyer îiors du monde. Aucune nation gros-

sière ou civiirée , ignorante ou instruite des arts et des sciences , ne s'en

rapporte à la seule raison pour déterminer le culte à Dieu. ' Il y a ,

» dit Turretin , des projets qui paroissept beaux en idée , et qui sout in-

» soulenables dans la pratique. Celui des déistes est de ce nombre. Ils for-

» gent à plaisir des tableaux de religion naturelle , et des relations de cer-

'> tains pays imaginaires , pour faire croire que l'on vivroit heureux sous

>> cette loi. Par malheur, tout cela n'existe que dans leur cerveau : c'est

» la république de Platon. Ils n'ont pu encore trouver sous le ciel un peu-

» pie qui professât réellement leur naturalisme; et véritablement il n'y en

> a point. Supposé qu'on pût amener unenation à ce point là , elle ne s'y

» tieudroit pas long-temps. Vous la verriez bientôt tomber , ou dans un

" entier oubli de Dieu , ou dans les dernières superstitions; et pour un petit

» nombre d'esprits , qui sauroicnt garder un juste milieu , le gros du momie

» iroil tout droit ,

ou à l'irréligion ,

ou à l'extravagance. C'est ce qui est

» arrivé a tous les peuples qui n'ont pas été favorisés de la lumière céleste. "

' l'éritê de la rcli^,, tom. i, sect. i , chap. vi. )

()

SAIM' JEAiN CIIIIYSOSTÔME.

KxoJ. MX

Un livre ovislo, le j)lus ancien qui s<jil au monde, rc- \rtu (le loiis les caraclères le mieux fails pour lui assurer

la vénération cl la confiance: il remonte jusqu'à l'origine

des lomps, et nous en présente la chaîne non interrorapui', depuis leur commencement jusqu'à leur dernière consom-

mation. Nous y lisons que la première révélation, déclarée

insuffisante, fut remplacée par une révélation nouvelle,

promulguée dans l'appareil le ])lus imposant; que Moïse

l'ut appelé pour être l'organe du Seigneur, et que les des- cendants d'Abraham , déjà distingués du reste des peuples par le signe de la circoncision , furent choisis pour en être

*

les dépositaires. Il étoit temps de donner de plus fortes

Larriùres à l'idolàlrie, qui inondoit tout le genre humain,

et achevoit d'y éteindre les restes de la lumière natu-

relle (i).

Dieu ne voulant pas abandonner plus long-temps à la

mémoire des hommes le mystère de la religion et de son

alliance, ordonna qr.e le code en fût écrit, et l'original

déposé dans l'arche où, lui-même , rendoit ses oracles.

Mais cette révélation elle-même s'y trouve marquée Deu". xvi:i. comme n'étant que préparatoire, et devant servir de fonde-

10. ment à une autre bien plus parfaite, réservée à la pléni-

tude des temps. Dieu , par une comparaison familière ù

saint Jean Chrysostôme, en agissoit à l'égard du genre

humain comme un ])ère ou comme un maître à l'égard de

ses enfants dont il proportionne l'instruction à la portée suc-

cessive delcui' intelligence. L'édifice entier de larévélalion

n'a pas été le produit d'un seul jet; il a plu à son sublime auteur de partager l'établi ssemenl de sa religion en diver-

ses époques, comme ilavoilfaitle monde en plusieurs jours.

(i) lîossupt , Disc, sur l'Hist. unit'., pag. 191 et 192, cdit. in-4°. Paris,

iG8)i.

SAINT JEAN CHRYSOSTOMC.

7

La première révélation, réduite aux simples éléments

d'une foi toute naturelle, ne s'élevoit pas au-delà du cer-

cle des vérités primordiales, bornées à un petit nombre,

:lont chacun des hommes porte le sentiment au-dedans de

^oi. Les phénomènes de la nature en éloient les seuls pré-

dicateurs. La seconde venoit accroître d'une sanction nou-

velle l'autorité du code priiailif, déjà écrit dans tous les p.oni.n. i5.

cœurs, en Tappujant sur les raii'acles les plus étonnants;

la troisième, destinée à introduire l'homme dans une doc- trine bien plus relevée (i), exigeoit une maturité bien

plus avancée , et ne devoit proposer ses mystères qu'en les

Taisant précéder de tous les miracles de l'ancien el du nou-

veau Testament. Ce seroit, sans doute, une téméraire curiosité d'exami-

ner la révélation en soi : les dogmes qu'elle propose sont

trop au-dessus de notre

intelligence.

.Mais il est digne de

lout esprit raisonnable de rechercher les motifs qui déter-

minent à y croire. Or toute la question se réduit ici à sa-

voir si Dieu a parlé. Qu'il soit prouvé sans réplique que

(i) «La religiou chrétienne ne fait point difficulté de reconuoitre que

l'espiit humain ne saurait atteindre à la hauteur des mystères qu'elle en-

seigne , et qu'il est trop borné pour en aller découvrir les fondenieuls dans

les sources éternelles de la vérité , où ils lui paroitront aussi clairs que les

premiers principes , si sa vue se pouvoit porter jusque-là. Elle ne prétend

pas néanmoins se faire croire absolument sans preuves , et par un instinct

aveugle; et Dieu n'a pas donné à l'homme la raison et l'inteUigence pour lui

rendre un si grand présent , non-seulement vain , mais encore miisible , en

ne lui proposant que des objets de foi , contre lesquels le propre instru-

ment de ses comioissances fût dans une révolte continuelle. La religion

chrétienne est telle que , quelque impénétrable que soit la profondeur de

ses mystères , on n'en saurcîit douter que par une antre espèce d'égare- ment de la raison. » ( Pascal , Disc, jur les preuves des livres de Moisc , Pensées , pag. 3i)5, )

s SAIINT JliAN C1IHYSOSTOME.

la rcvel.'tlion est suu ouvrage : lout raisoniiciueut cesse.

Si les hommes savent quelque chose d'assuré , ce sont les

laits; et de tout ce qui tombe sous leur connoissance, il n'v

a rieu il soit plus difficile de leur imposer, et sur quoi

il y ait moins d'occasion de dispute (i). Jugée, d'après

celte règle irrécusable, la religion chrétienne est démon-

trée. Quand on aura lait voir aux hommes qu'elle est in-

séparablement attachée à des faits dont la vérité ne peut

êlrc contestée de bonne .foi , il faut qu'ils se souraellent à

lout ce qu'elle enseigne, ou qu'ils renoncent à la sincérité

ei à la raison. Pascal s'en tient à ce seul argument, dont

la luuiière s'élend jusques aux conséquences les plus éloi-

gnées : " Si, (lit-il, Moïse, par exemple, a été, et qu'il ait

écrit le livre qu'on lui attribue, la religion judaïque est

t/éritable; si la religion judaïque est véritable, Jésus-

Christ est le Messie.; et si Jésus-Christ est le Messie , il

faut croire tout ce qu'il a dit, et la Trinité, et l'incarnation, et la présence de son corps dans l'eucharistie , et lout le

reste (2).

(i) « Les preuves de fait iie supposent ni de sublimes méditations , ni

une pénétration d'esprit extraordinaire. Elles sont fondées sur des prin- cipes clairs et simples. L'évidence, qui leur est propre , est d'un tjenre au-

quel tout le monde est sensible, parce qu'il est analogue à notre manière

d'être en cette vie. Si les faits qui en sont l'objet sont présents; pour en juger, les sens suffisent à un homme, qui n'a d'ailleurs que les lumières

les plus communes. S'ils sont passés; une tradition authentique, constante,

uniforme ,'peut les rapprocher de moi , de manière à ne me laisser aucun

doute , surtout si des raisonnements clairs et simples me font voir que l'o-

rigine de cette tradition n'a pu être que dans la notoriété des faits ; si je

vois qu'ils étoient de -nature à ne pouvoir dçnner lieu à aucune illusion. "

( Considérât, pliilosopli. sur le christianisme , pag. 43. Paris, 1785. )

(2) Disc, sur les preuves des livres de Moïse, Pensées , pag. 3i)5 ;Gro-

SAINT JEAN ClIRYSOSTOME.

9

C'est par ce divin enchaînement de vérités , que Dieu

conduit les hommes à la véritaLle foi, et qu'ils peuvent

Caire voir qu'il n'y a rien de plus raisonnable que la sou-

mission qu'ils rendent aux mystères les plus incompré-

hensibles ; bien loin qu'on les puisse accuser de foiblessc

et d'imprudence. Or, ajoute le célèbre dialecticien que

nous venons de citer, je ne me crois pas obligé de prouter

d'abord que si effectivement il y a un homme qui se soit

dit envoyé de la part d'un Dieu , et qui , ne voulant point

qu'on l'en crût à sa parole ou sur des actions peu au-des-

sus de ce qu'on connoît du pouvoir humain, en ait donné

pour preuve cette suite étonnante de prodiges qu'on voit dans le Pentateuque, qui ait paru maître de la vie et.de la mort , qui ait commandé aux éléments et fait plier toule

la nature sous ses ordres: je ne doute point, dis-je, que

tout le monde n'avoue que cet homme mérite d'être cru

dans ce qu'il a écrit de Dieu ,

toutes ces merveilleSj et que la religion qu'il a établie doit

passer pour véritable et pour divine. Les esprits les plus opiniâtres demeurent comme accablés sous le poids de ces

au nom duquel il faisoit

merveilles, et ne trouvent point d'autre moyen de satis-

faire le penchant qu'ils ont à l'incrédulité, que de cher-

cher de vaines raisons pour douter de la vérité de ces pro-

diges et du livre qui les contient. Mais , pour peu qu'il

leur reste de bonne foi et de sincérité , on les défie d'aller

bien loin dans ces doutes ; et ils les trouveront tellement

étouffés par l'abondance des preuves qui accompagnent

cette histoire, qu'ils seront forcés ou de la reconnoître pour

véritable, ou de se réduire à la stupidité de ceux qui,

lius , Traité de la vcrité de la rclig. chrét. ,

tous les apologistes.

liv. n ; Abbailie , Tunetin,

5 1)

SAINT JEAN CHUYSOSTOME.

j»our s'empêcher de croire ce que la religion leur enseigne^

prennent le parti Je n'y point penser. La certitude des faits de la révélation ainsi assurée, la loi a la clarté de l'évidence, l'autorité de la parole de Dieu

répond à tout ; et son Eglise, qu'il en 9 l'ait dépositaire, devient la colonne et la ferme base de la vérité. 11 est im.-

poàsitle que je me trompe, qpand je puis dire : c'est Dieu

qui a parlé , Deus loculus est. Il est impossible que son

Église se trompe, quand elle croit ce qu'ont cru tous les Iviaiili.wMii siècles chrétiens ; puisque son divin époux lui a solennel-

7.O.

lement pi'omis c[u'il seroit avec elle jusqu'à la consomma-

tion des siècles. Qui suis-je, pour oser combattre contre

Dieu^

Toutes les difficultés qui combattent la révélation t.!?

réduisent à ces deux centres de contradictions : Je ne

comprends point, ou bien; je conçois autrement. Je ne

comprends point , dit l'incrédule , les dogmes de la foi :

voilà l'obscurité. Et moi, dit l'hérétique, je les conçois

tout autrement que ceux qui m'instruisent : voilà l'esprit

particulier. Que fait la religion? Elle oppose à l'obscurité

de ses mystères, l'évidence delà révélation divine, et à l'es-

prit particulier, le sentiment commun de l'Eglise; et nous

force , par , ou à renoncer à la raison , ou à embrasser

la foi.

Ma l'aison n'est donc pas recevable à rejeter les dogmes

du christianisme, sous prétexte de leur obscurité. Je vois

briller, au sommet du firmament , près du trône de l'Eter-

nel , les vérités sur lesquelles ce soleil d'intelligence ré-

pand une portion de sa lumière. Je n'aperçois , il est vrai

que la partie qu'il éclaire de ses rayons; c'en est assez : ma

raison elle-même s'attache avec reconnoissance à ce qu'il

lui lut donné d'apercevoir, j)our en faire son éludect l'objet

de ses plus clières mcditalioiis.

SAINT JEAN CHRYSOSTOME.

1 1

Eii examinant d'abord

la

nature même des choses

révélées ,

qui ne voit que celles qui y sont proposées à

notre

foi , sont trop sublimes

pour être

sorties d'un

principe humain , trop pures pour être émanées d'une

source corrompue , trop bien assorties pour être l'effet du

caprice , trop peu favorables à nos penchants pour être

l'invention de la politique , trop intéressantes pour être le fruit d'une vaine spéculation , en un mot , trop dignes d'un

Dieu pour n'en être pas l'ouvrage ? Sous le premier aspect, celui de la révélation naturelle

considérée comme la volonté de Dieu manifestée à tous les hommes, par la raison , la conscience et le sens moral .•

quelle source de réflexions! Auteur de la raison , Dieu veut

((ue nous suivions ses lumières; auteur delà conscience, il veuf, que nous écoutions sa voix ; auteur de l'instinct mo-

ral et de ces inclinations naturelles qui nous portent à la vertu , il veut que cet instinct nous dirige dans l'ordre mo-

ral , comme Tinstinct animal nous dirige dans l'ordre phy-

sique. L'œil n'a pas de rapports plus marqués avec la lu-

mière , ni l'oreille avec le son que l'esprit et le cœur de

l'homme avec la vertu. La volonté de Dieu sur l'homme ,

voilà le titre primordial de la loi naturelle, titre solennel

et ineffaçable que nous portons en nous-mêmes, que nous

lisons dans l'ordre éternel des idées, et qui nous rappelle

sans cesse les devoirs multipliés qui naissent de l'ordre

social.

Mais combien le cercle va s'agrandir par la révélation

mosaïque ! quels magnifiques tableaux elle met sous nos

yeux ! C'est le Créateur souverain, produisant au dehors la vie , qui réside en lui comme dans sa source et sa plé-

nitude, pour donner i'èlre à ce qui n'cxisloit pas , faire

sortir du néant, à sa sijnplo ])arole, le temps et la matière ,

J

2

SAINT JEAN CHKYSOSTOME.

la lumière ei le inonde; renouvelant, sous les yeux d'un peu-

])le entier , el ])endant une longue suite de générations, les

actes de la puissance féconde qui s'étoit jouée dans l'uni- vers, par des miracles en effet supérieurs à toutes les l'or-

ces de la nature. C'est une législation dont n'approcha ja-

mais aucun des codes en vigueur chez les nations les. plus vantées pour les arts et pour les j)roduciions du génie (i j. C'est, à chaque page du divin livre où les oracles de cette

loi sont consignés, une idée de Dieu, si grande et si digne

de lui, que , dans toute la suite des siècles, il n'a pas éié

possible de rien imaginer au-delà; et que tous les efforts de la poésie languissent auprès de la suLlime expressioiv de ce sublime original (2).

(i) « Le législateur y a voit si bien réglé toutes choses, que jamais on n'a

eu besoin d'y rien changer. Moïse , éclairé de l'Esprit de Dieu, avoit toul

prévu. « (Bossuet , Disc sur l'Hist. univ. , p. 202.) C'est ce que montrent

Philon , Juif, en divers endroits ; et Joseph, admirablement, contre Appion

il fait voir que les plus anciens législateurs grecs et romains ont em-

prunté d'elle