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04/05/2019 Vers les biens communs.

Souveraineté et propriété au xxie siècle

Tracés. Revue de Sciences


humaines
#16/2016
Hors-série 2016. Traduire et introduire
L’Italie des biens communs

Vers les biens communs.


Souveraineté et propriété au
e siècle
Toward the commons. Sovereignty and property in the 21st century

S R
Traduction de Guillaume Calafat

p. 211-232

Résumés
Français English
Les « biens communs » remettent en question deux catégories fondamentales de la modernité : la
souveraineté et la propriété. Cette dyarchie, devenue paradigmatique depuis le Code Napoléon,
caractérise la propriété comme fondement de la liberté et comme condition même de l’égalité,
dans la mesure où seul le rapport à la possession permet de surmonter les disparités sociales.
Cette interprétation tend à restreindre la citoyenneté à la figure du propriétaire. D’autre part, les
constitutions élaborées après la Seconde Guerre mondiale ont emprunté une voie différente :
elles ont institutionnalisé les droits fondamentaux et rendu possible le passage du sujet à la
personne, notion qui met l’accent sur la vie matérielle et sur son immersion dans le système de
relations sociales. Les biens communs s’insèrent dans cette deuxième tendance et vont de pair
avec l’émergence d’une nouvelle subjectivité étroitement liée au processus de
« constitutionnalisation » de la personne. Leur interdépendance avec les droits fondamentaux
permet de dépasser l’idée de la propriété en tant que médiation unique pour le développement de
la personne et de valoriser l’accès aux biens. Lorsqu’on parle de l’accès à ces biens comme d’un
droit fondamental, on effectue une double opération : on confie la construction de la personne à
des logiques différentes de celles de la propriété ; on conçoit ainsi l’accès comme un outil qui rend
immédiatement utilisable le bien par les intéressés, sans médiation ultérieure. Le nœud
propriété-souveraineté commence ainsi à être dénoué.

The common goods challenge two fundamental categories of modernity : sovereignty and
property. This diarchy, which has become paradigmatic since the Napoleonic Code, characterizes
property as the basis of liberty and the condition of equality : only the relation to ownership can
make it possible to overcome social inequalities. This interpretation limits citizenship to the
owners. The constitutions developed after the Second World War took a different way : they
institutionalized fundamental rights and opened a path from the subject to the person. The
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common goods are part of this second trend and go hand in hand with the emergence of a new
subjectivity linked with the process of « constitutionalization » of the person. Their
interdependency with fundamental rights contributes to a shift from the idea of property as a
unique mediation for the development of the person and to highlight the importance of access to
goods. The paper argues for a double shift : first, the construction of the person is delegated to
other logics than property ; secondly, access is conceived as a device to make goods immediately
available without any mediation. The knot between property and sovereignty starts therefore to
be untied.

Entrées d'index
Mots clés : souveraineté, propriété, biens communs, Italie, personne
Keywords : sovereignty, property, commons, Italy, person

Texte intégral
1 Les « biens communs » remettent en question deux catégories fondamentales de la
modernité : la souveraineté et la propriété. Jean-Étienne-Marie Portalis, l’un des
principaux artisans du Code civil des Français, a exprimé cela avec clarté : « Au citoyen
appartient la propriété, et au souverain l’empire » (Fenet, 1836, vol. , p. 239). Voici
résumés en quelques mots le sens et la portée de l’opération politique réalisée à travers
l’élaboration du Code, individualiste et patrimonialiste. En effet, la propriété est
omniprésente dans le Code. C’est ce qu’explique très distinctement Cambacérès,
lorsqu’il écrit que « la législation civile règle les rapports individuels et assigne à chacun
ses droits, quant à la propriété » (ibid., vol. , p. 141). Napoléon le sait bien qui, dans
son allocution du 18 brumaire, se présente comme le défenseur de la liberté, de l’égalité
et de la propriété, proposant ainsi de réinterpréter la devise révolutionnaire en
gommant le terme fraternité. En parachevant ce dessein, le Code Napoléon définit non
seulement le statut de la bourgeoisie triomphante, mais aussi toute la trame des
relations sociales entre citoyens.
2 Ce n’est sans doute pas un hasard si Jean Carbonnier a vu dans le Code civil la
« constitution civile des Français » (cité dans Nora éd., 1986, p. 293). Et les origines de
ce changement radical sont évidentes pour le mouvement révolutionnaire. Karl Marx
écrit ainsi en 1849 : « Voici dans ma main le Code Napoléon. Il n’a nullement produit la
société bourgeoise, c’est plutôt la société bourgeoise, née au e siècle et développée
au e siècle, qui trouve simplement dans le Code une expression légale » (Marx, 1994,
p. 171).
3 L’importance attribuée à la propriété, droit exclusif, ne sert pas qu’à écarter le
principe de fraternité : elle permet également de réinterpréter les deux autres termes de
la devise révolutionnaire en fusionnant liberté et propriété, en même temps qu’elle
change, de manière inévitable, le sens même du concept d’égalité. Une fois définie la
propriété comme fondement de la liberté, selon une lecture libérale classique, celle-ci
devient alors la condition même de l’égalité, dans la mesure où seule l’égalité dans le
rapport à la possession peut permettre de surmonter les disparités sociales.
L’individualisme propriétaire ne fait pas que connoter l’aisance économique : il institue
également une nouvelle anthropologie, celle du bourgeois moderne, qui suppose
presque la constitutionnalisation de l’inégalité.
4 Entre la constitution, la Déclaration des droits et le Code civil, on note très
rapidement une forme d’asymétrie. Le propriétaire tend à effacer le citoyen, ou plutôt à
restreindre la citoyenneté à la figure du propriétaire, avec comme conséquence la plus
évidente l’instauration de la citoyenneté censitaire. On assiste par conséquent à la
confrontation de deux anthropologies, de deux personnes différentes pourrait-on dire,
même si ce conflit est suspendu avec l’invention du sujet abstrait, véritable marqueur
de la modernité, et avec la création consécutive d’autres instruments juridiques qui
permettent de faire abstraction de la réalité des rapports économiques.
5 Il ne faut toutefois pas oublier que l’abstraction du sujet était indispensable pour
sortir de la société de statuts et permettre ainsi la reconnaissance de l’égalité.
L’invention du sujet de droit, l’institution de l’homme en tant que sujet dans la sphère
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juridique, reste l’un des grands acquis de la modernité, dont il faut comprendre les
traits et la fonction historique. Il faut, pour cela, rejeter un usage strictement politique,
qui a peu à peu contribué à masquer la force historique et théorique de cette invention,
en réduisant le sujet à un squelette qui isole l’individu, l’extrait de tout contexte et
néglige ses conditions matérielles d’existence.
6 C’est pourquoi les constitutions élaborées après la Seconde Guerre mondiale ont
emprunté une voie différente en effectuant une double opération : d’une part, elles ont
institutionnalisé l’espace des droits fondamentaux en favorisant le passage de l’« État
de droit » à l’« État constitutionnel des droits » ; d’autre part, elles ont rendu possible le
passage consécutif du sujet à la personne, en faisant de cette dernière la catégorie la
plus à même de mettre l’accent sur la vie matérielle et sur son immersion dans un
système de relations sociales (Rodotà, 2012, p. 140). D’où, en définitive, l’émergence
d’une nouvelle anthropologie, marquée par une véritable « constitutionnalisation » de
la personne.
7 Cette histoire ne s’est pas déroulée de la même façon dans tous les pays et tous les
systèmes juridiques. En revanche, on constate partout la redécouverte de
l’irréductibilité de la personne à des modèles abstraits, ainsi que la nécessité de
repenser le rapport général entre monde des personnes et monde des biens, à travers le
lien et le filtre des droits fondamentaux et des modalités de leur défense effective. Tout
cela se produit précisément à une époque où la diffusion de l’ordolibéralisme et la
financiarisation de la société veulent soumettre les personnes à une pure logique
propriétaire, à une loi du marché dans laquelle se serait incarné un nouveau droit
naturel : l’objectif, poursuivi de manière stratégique à l’échelle globale, est bien de créer
une société entièrement fondée sur le droit privé.
8 Ce retour en force de la catégorie de propriété accompagne des mutations qui
frappent également la catégorie de souveraineté. Celle-ci a perdu son « territoire
jacobin », gouverné depuis un centre unique et délimité à l’intérieur de frontières bien
définies. Elle s’étend désormais à la planète tout entière ; on la confie à des sujets
dénués de toute légitimité démocratique, en lesquels s’incarne le nouveau « souverain »
qui gouverne un « empire » potentiellement sans borne, par la volonté de puissance des
acteurs économiques, par les relations de marché et par la construction d’un espace
d’interconnexions sans frontières dont Internet est l’expression principale. Dans ce
monde, les biens communs semblent presque une contradiction : ils n’ont guère leur
place tant ils semblent, par leur logique même, produire constamment des anticorps
contre la financiarisation du monde.
9 Ce constat nous amène à poser deux questions : dans quelle mesure l’émergence des
biens communs va-t-elle de pair avec une nouvelle forme de subjectivité ? Sommes-
nous, par ailleurs, en train d’assister à une période de rupture politique, sociale et
historique ?

Le problème de l’universalité du
commun
10 Il est nécessaire de réfléchir à ces deux questions, à la seconde en particulier, parce
qu’on parle souvent d’une renaissance des communs, rapportée à de multiples
expériences passées, pourtant très différentes. Ce serait sans doute une erreur
historique – et un signe de paresse intellectuelle – que de faire de la période récente la
continuation d’une histoire ininterrompue. Deux raisons s’opposent à cela. Il semble
erroné, en effet, d’envisager que la phase de la propriété absolue et solitaire arriverait à
son terme : on finirait presque ainsi par l’envisager comme un accident de la modernité,
une parenthèse qui serait en train de se refermer. De la même façon, l’attention
renouvelée pour les biens communs ne peut trouver une légitimation solide en
convoquant des périodes plus ou moins éloignées. Le poids du passé devrait, au
contraire, nous inciter à porter notre regard dans la direction opposée. Il ne s’agit pas
de recoudre artificiellement une continuité historique, mais plutôt d’identifier le
moment significatif d’une rupture, la naissance d’une véritable discontinuité.
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11 Les analyses « continuistes » se réfèrent généralement à l’expérience anglaise des


commons et à l’épisode consécutif des enclosures. Or, cette expérience n’est pas
généralisable, car cela reviendrait à négliger le contexte et les discontinuités que les
études historiques mettent justement bien en lumière. Les biens définis de manière
variable comme « communs » ont évidemment fait l’objet de luttes politiques pour
l’obtention et la distribution du pouvoir. Par exemple, on parle beaucoup aujourd’hui
de la question de l’eau. À ce titre, il convient de rappeler les analyses d’un grand
chercheur, Karl August Wittfogel, qui a décrit la manière dont le despotisme oriental
s’appuie précisément sur la construction d’une « société hydraulique », qui accompagne
l’exercice d’un « pouvoir total » et un contrôle autoritaire sur l’économie et les
personnes (Wittfogel, 1964).
12 On retrouve ici le lien fondamental entre souveraineté et propriété, ou bien, dans les
analyses les plus récentes, entre État et marché, une dyarchie que la catégorie de
« biens communs » permettrait justement de dépasser. La dissolution de ce lien
constitue depuis longtemps un problème que l’on a cherché à résoudre à partir des
années 1960, en construisant une catégorie de biens déclarés comme patrimoine
commun de l’humanité. Les traités et les conventions internationales se réfèrent à
certains de ces biens en leur donnant une valeur juridique et des significations
différentes : il s’agit, en particulier, du fond des mers, de l’Antarctique, de l’espace
extra-atmosphérique, du patrimoine culturel de chaque État, du génome humain.
Autrement dit, on le voit, des biens de natures très différentes, qu’il est toutefois
possible de rapprocher pour démontrer l’existence d’une dynamique institutionnelle
visant à la reconnaissance de biens publics à l’échelle globale (Smouts, 2005).
13 Ces textes ont pour but d’empêcher l’appropriation de ces biens, avec pour double
effet d’éliminer les règles de propriété et l’exercice de pouvoirs souverains1. On prévoit
en outre une gestion collective, ou tout du moins participative, une gestion à but
pacifique qui vise à sauvegarder les droits des générations futures. On commence ainsi
à distinguer de nombreuses subjectivités, aussi bien en ce qui concerne les modalités de
gestion qu’en ce qui concerne les destinataires de la protection. La catégorie générale
d’« humanité » trouve son articulation concrète à travers les pouvoirs/devoirs des États
signataires des conventions et l’apparition d’autres catégories de sujets légitimés à
exercer des actions en défense de ces biens, également sous la forme d’une gestion
directe ou participative.
14 Il faut cependant distinguer ces sujets avec une plus grande précision, afin d’éviter les
risques d’un retour à l’abstraction et afin de ne pas laisser libre cours à des logiques
autoritaires ou à des sujets qui s’approprient le pouvoir de représenter l’humanité ou la
nature. La référence aux générations futures n’est pas une invention de notre époque.
Dans la Constitution française de 1793, il est explicitement écrit qu’« une génération ne
peut assujettir à ses lois les générations futures ». Cette limitation du pouvoir se traduit
par une assomption de responsabilité encore plus directe, qu’exprime clairement le
proverbe des Indiens d’Amérique : « Nous n’héritons pas la Terre de nos parents, nous
l’empruntons à nos enfants. » En rapprochant la logique du pouvoir limité et celle de la
responsabilité collective, il devient dès lors possible de conclure que les droits des
générations futures se traduisent concrètement en devoirs des générations présentes.
Des devoirs formalisés en ce qui concerne les États signataires des conventions et qui,
pour ce qui se rapporte à une défense plus diffuse et participative, exigent la
reconnaissance de pouvoirs d’intervention directe de la part des citoyens, légitimés à
exercer des formes d’action populaire.
15 Lorsque l’on prend des décisions irréversibles ou difficilement réversibles, par
exemple lorsque l’on modifie de manière radicale un environnement, le simple respect
du principe de majorité n’est donc pas suffisant. Cela a des répercussions sur l’un des
principes de la démocratie politique : la possibilité pour les citoyens d’élire une majorité
nouvelle qui modifiera les choix effectués par la précédente. Pour éviter que cela
n’aboutisse à un blocage du processus de décision, diverses techniques ont été mises au
point qui peuvent éviter ou réduire le risque de préjudices graves pour les générations
futures : des procédures techniques, comme les consultations d’experts et les études
d’impacts environnementaux ou d’impacts sur la vie privée ; des procédures
démocratiques, comme l’imposition de majorités qualifiées pour les consultations de
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citoyens, allant même jusqu’à leur attribuer le pouvoir final de décision à travers un
référendum ; le respect des principes de prévention et de précaution, en subordonnant
l’utilisation d’innovations technologiques particulières ou de produits spécifiques à la
certitude sur leurs effets à long terme.
16 Le concept d’« humanité » émerge lorsque l’on évoque le génome et les
environnements naturels, historiques ou artistiques particuliers, l’Antarctique ou
l’espace extra-atmosphérique, c’est-à-dire tout un ensemble de biens définis justement
comme « patrimoine de l’humanité ». On met ainsi une limite au pouvoir d’occupation
des États, qui ne peuvent s’approprier une portion de la Lune ou de l’Antarctique ; on
fait également obstacle à la rapacité des intérêts économiques particuliers qui
entreprennent de détruire un environnement ou de breveter n’importe quelle séquence
du génome humain.
17 D’autres ambiguïtés sont toutefois à résoudre quand on se réfère à l’humanité et à ses
droits. On a beaucoup débattu, ces dernières années, de la forêt amazonienne,
envisagée comme symbole d’un environnement à défendre en raison de sa fonction
importante dans l’équilibre écologique de la planète. Or, qui doit supporter les coûts de
cette opération ? Si tout le monde y trouve un intérêt, les Brésiliens ne peuvent être les
seuls à payer, de même que les Indonésiens, qui détruisent leurs forêts pour obtenir des
ressources en faisant commerce de bois très prisés. Si l’on souhaite vaincre les égoïsmes
nationaux, et ne pas donner l’impression que l’on souhaite enlever à un peuple le droit
de disposer librement de ses propres ressources, il faut absolument mettre en place des
politiques de compensation à l’échelle mondiale. En ce sens, l’humanité devient une
communauté d’États qui doit contribuer, essentiellement à travers les financements des
pays les plus riches, à la conservation des ressources existantes. Il s’agit donc de
transférer des fonds aux autres pays, en adoptant des politiques destinées à réduire
leurs activités destructrices de l’environnement, comme on a cherché à le faire avec le
traité de Kyoto, qui est malheureusement resté prisonnier des égoïsmes nationaux, de
l’unilatéralisme et du refus de mettre en place des politiques communes. Derrière
l’apparente abstraction de la notion d’humanité, se nichent par conséquent des droits,
des obligations, et la responsabilité de sujets tout à fait concrets.
18 Le principe de solidarité revêt quant à lui une importance toute particulière. Avec ce
principe, en effet, les biens communs ont pour fonction de « structurer » la solidarité à
travers la création de conditions culturelles et institutionnelles propices au
développement de comportements collaboratifs et participatifs.

Le commun, un concept moderne ?


19 Il convient par conséquent de ne pas limiter l’analyse des événements historiques et
des précédents institutionnels aux diverses formes d’enclosures. La liste des biens
communs est historiquement déterminée, non pas en raison de leur « nature », mais
bien en fonction d’objectifs politiquement définis. Les modalités de gestion des biens
communs, jusqu’ici considérés avant tout dans le domaine et dans l’espace des biens
communs globaux, varie en fonction des objectifs à atteindre et de l’identification des
subjectivités qui peuvent rendre réalisables ces mêmes objectifs, décidés au coup par
coup. Même lorsque demeure une référence à la souveraineté nationale, comme dans le
cas des traités et des conventions internationales, il s’agit de dissoudre non seulement
tout lien avec la logique propriétaire, mais aussi avec une utilisation des biens qui serait
contraire au respect du droit à la paix ; c’est notamment la logique qui préside à
l’interdiction des utilisations militaires de l’espace. Les biens communs s’opposent ainsi
à la propriété et à tous les attributs que la modernité lui a associés – et pas seulement
l’idée de profit.
20 Il faut procéder à une reconstruction correcte des événements historiques afin
d’éviter le mélange et la superposition de contextes très différents, sous peine de
confondre diverses subjectivités et de mettre sur le même plan des objectifs distincts,
voire diamétralement opposés. Ce n’est qu’ainsi qu’il devient possible d’échapper à
l’insistance associée à certains événements, avec le risque de prétendre construire des

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modèles compréhensifs à partir de la généralisation d’expériences particulières. Le cas


le plus évident est donné par l’expérience anglaise des enclosures, terme que l’on
associe à l’appropriation de toute une gamme de biens. La diversité des expériences de
biens communs a notamment été analysée par Allan Greer, qui a souligné que les
formes historiques du commun ne correspondaient pas toujours à une meilleure
reconnaissance du caractère social de la propriété, et a montré combien un renvoi
générique à la notion peut être trompeur (Greer, 2012 et 2015).
21 Il est donc indispensable de mener des analyses différenciées. Dans des économies
fermées, les biens communs remplissent d’abord une fonction fondamentale
garantissant la survie des couches les plus pauvres de la société ; en revanche, l’idée de
biens communs à l’échelle globale renvoie davantage à des économies ouvertes.
Prenons le cas classique de la propriété de la terre, bien étudiée par John Locke dans le
Second traité du gouvernement. Celui-ci compare les commons des villages du Vieux
Monde avec les espaces ouverts du Nouveau : ici, le débat porte donc sur les définitions
concurrentes des biens communs entre colonisateurs et communautés indigènes. Ce
passage de Locke témoigne d’une conscience forte et déterminée de ce que signifie le
passage des commons à la propriété individuelle. De la même façon, il faut opérer des
distinctions en fonction des différentes catégories de biens en commun, en raison du
grand nombre de communautés qui les mobilisent. On a ainsi beaucoup insisté sur une
prétendue « tragédie des commons » (Hardin, 1968), non sans susciter un véritable
malentendu sur les véritables dynamiques historiques à l’œuvre.
22 On pourrait continuer longtemps une analyse comme celle-ci, mais ces quelques
allusions sont suffisantes pour se protéger de toute tentation nostalgique, perceptible
dans un trop grand nombre d’écrits sur les biens communs, comme si les modèles du
passé pouvaient être récupérés tels quels pour mieux comprendre le présent et mieux se
projeter dans le futur. Parallèlement, ces analyses, comme on l’a déjà souligné, ne
doivent pas servir à rassurer, comme si parler de biens communs et retrouver leurs
formes variées dans un monde « atemporel » pouvait avoir l’effet presque miraculeux
de ressusciter des formes de propriétés collectives. La « machine de la propriété »
(Ambrose et Colenutt, 1975), en effet, a repris sa marche, en prenant des formes tout à
fait inédites. La nouvelle catégorie de biens communs doit justement s’adapter à cette
réalité modifiée et tenir compte des discontinuités plutôt que de chercher à se
réapproprier des modèles anciens.
23 On ne doit donc pas se contenter d’observer les biens communs en comptant opérer
un retour à une situation pré-contemporaine, trop fragile culturellement et
politiquement pour espérer faire face à la force et à la puissance des nouvelles formes
de propriété. Si l’on veut étudier les dynamiques les plus récentes, comme il se doit, il
faut se concentrer sur notre modernité, et voir plutôt dans les biens communs le point
d’ancrage d’un processus qui s’est efforcé de restreindre la place occupée par la
propriété, en faisant émerger la nouvelle catégorie de « patrimoine commun de
l’humanité » que l’on peut considérer comme une première étape vers la catégorie plus
large de « biens communs globaux ». Un processus, en outre, qui s’est concentré sur la
tentative de relativiser le caractère absolu de la propriété.
24 Ce dernier point renvoie à une dynamique de plus longue durée, dont l’acte de
naissance est probablement l’article 153 de la Constitution de Weimar, dans lequel on
trouve une expression par bien des aspects subversive : « Das Eigentum verplifchtet »,
à savoir, la propriété oblige. Avec cette formule, on remet en cause le caractère absolu
de la propriété, en mesurant sa légitimité à l’aune d’une « longue » constitution où les
droits sociaux prennent de l’importance, en même temps que l’on reconnaît, pour la
première fois, d’autres catégories de droits. Cette ligne a trouvé sa définition la plus
explicite dans l’idée d’une « fonction sociale de la propriété », qu’évoquent
explicitement l’article 42 de la Constitution italienne de 1948 et les paragraphes 14 et 15
du Grundgesetz allemand de 1949 ; ces deux textes corrèlent l’exercice légitime de la
propriété à la réalisation du « bien de la communauté », en prévoyant également sa
socialisation.
25 La tentative de peser sur la structure absolutiste du droit de propriété en lui
incorporant une « fonction sociale » revient à la dénoncer comme un « mensonge
conventionnel » (Pachukanis, 1970). C’est ainsi que fut reprise, en termes radicaux et
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marxistes, une critique qu’Otto von Gierke avait formulée, d’un point de vue
communautaire, à l’encontre du Code civil allemand : on ne peut espérer changer sa
nature en ne versant dans ses engrenages qu’« une goutte d’huile sociale » (Gierke,
2001). Cette défiance, voire ce refus pur et simple de la formule provient du soupçon
que la « fonction sociale » serait un instrument trop faible pour espérer obtenir la
transformation promise ; autrement dit, elle est destinée à devenir une modalité
indirecte de légitimation d’un ordre économique et social qu’elle vient seulement
égratigner.
26 De toute manière, il est vrai que la relativisation du droit de propriété suit, dans
l’histoire et dans les divers systèmes sociaux, des parcours très différents, si bien qu’il
n’est pas du tout aisé d’y trouver des clés pour construire une catégorie effective de
biens communs (Coriat éd., 2015). En même temps, il faut être conscient du fait que la
recherche impatiente de biens communs, en tous lieux et en tous temps, risque, elle
aussi, de produire un malentendu opposé : la confusion entre biens communs et biens
gérés en commun. Même si l’on souhaite arriver à l’idée qu’un bien commun implique
nécessairement une gestion commune, une question qui sera discutée plus avant, on ne
peut en même temps affirmer que le contrôle d’une gestion participative amène
nécessairement à conclure que nous sommes en présence d’un bien commun. Il y a
beaucoup d’exemples historiques, même assez proches de nous, qui montrent combien
la soustraction de biens particuliers à la gestion individuelle, fruit d’une décision
politique ou culturelle, peut se retourner en impositions qui privent les personnes de la
possibilité d’exercer leurs droits fondamentaux.
27 Une modalité de gestion, en définitive, doit toujours être évaluée en fonction des
droits des sujets impliqués et des objectifs poursuivis. On court sinon le risque d’une
idéologisation de la catégorie de biens communs, en faisant du « commun » une sorte
de clé susceptible d’ouvrir n’importe quelle porte ou de reconnaître un donné
« naturel », peu à peu perverti par les intérêts des hommes. L’histoire des règles et des
pratiques sociales nous apprend qu’il n’en va pas ainsi. Évitons donc de faire comme ces
recherches qui projettent avec impatience le commun dans tous les espaces et toutes les
époques ; évitons ainsi de donner un sens littéral aux mots de John Locke, qui observait
qu’« au commencement, le monde entier était Amérique ».

Instituer la participation
28 Les critiques relatives à la fonction sociale de la propriété continuent d’apparaître
dans de nombreux textes, plus proches de nous. Il faut cependant ajouter que la
référence à la fonction sociale a été précisément revitalisée par la discussion sur les
biens communs, instituant un lien entre l’exercice du pouvoir sur les biens, quelle que
soit la nature de son appartenance, et les objectifs sociaux auxquels ils sont destinés.
Aux conclusions diverses et provisoires déjà exposées, on peut à ce stade en ajouter une
autre, qui concerne justement une fonction de garantie de l’effectivité des droits sociaux
qui accompagne et légitime la catégorie de biens communs.
29 De ce point de vue, l’historicisation de la référence aux biens communs ne diminue
pas la portée novatrice de cette catégorie. Au contraire, elle la libère des hypothèques de
ceux qui cherchent à la rapporter à des modèles du passé ou de ceux qui cherchent les
fondements des biens communs dans une supposée « nature ». Seul ce regard différent
porté sur les biens communs peut nous permettre de saisir les discontinuités et les
ruptures qu’ils représentent par rapport au passé. Les mêmes références à d’autres
expériences doivent être éclairées à la lumière de la capacité transformatrice d’une
catégorie qui se présente avec des caractéristiques radicalement novatrices. Nous
devons nous libérer de la fascination du retour à « une autre façon de posséder »
(Grossi, 1977), au monde qui a précédé les enclosures, et qui nous fait courir le risque
de demeurer prisonniers de schémas qui peuvent empêcher, ou tout du moins rendre
plus difficile, la construction nécessaire de ce qui peut s’« opposer à la propriété ».
30 Dans le domaine des recherches sur les biens communs, on observe une inclination
pour la généalogie, qui se manifeste de deux façons. La première est celle, déjà

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rappelée, de la redécouverte/récupération des modèles qui précèdent l’affirmation de la


propriété comme modèle excluant. L’autre élargit la question au système tout entier :
les débats sur la propriété se transforment alors en une critique générale du
capitalisme, dont les commons seraient l’unique adversaire possible. Entre ces deux
méthodes d’enquête, il existe un point de jonction trompeur, parce que se superposent
des formes précapitalistes et des modalités intrinsèquement liées au capitalisme. Or
cette distinction, si nécessaire soit-elle, ne suffit pas. De la même façon qu’une
récupération historiquement nostalgique empêche un regard réaliste sur le présent, une
opposition trop schématique et englobante entre commons et capitalisme menace de
mal articuler la réflexion sur l’un ou l’autre terme.
31 Il faut se libérer avant tout de la séduction de la pré-modernité dont, parfois, on finit
par proposer, consciemment ou non, une réhabilitation. « Dans ce nouveau Moyen Âge,
les temps paraissent désormais mûrs pour des révoltes et des insurrections » (Mattei,
2011, p. 24). Ce regard renouvelé sur le passé nous porte vers ce « néo-médiévalisme
institutionnel », auquel se réfère avec insistance, et avec encore plus de détermination,
Manuel Castells (1999). Ce dernier part du principe que « le réseau, par définition, est
un ensemble de nœuds, mais [qu’]il n’a pas de centre », avec des effets de
polycentrisme, de dispersion « des pouvoirs souverains entre acteurs multiples non
hiérarchisés et qui n’opèrent pas sur le même territoire » (D’Andrea, 2002, p. 103). La
généalogie de ce mouvement nous amène à constater que la notion de « Nouveau
Moyen Âge » a été inventée à la fin de la guerre froide et qu’elle a connu ces dernières
années un succès croissant, tout particulièrement en lien avec le processus de
construction de l’Union européenne (ibid., p. 77-108). Sans pouvoir examiner ici en
détail une question aussi complexe, insistons tout de même sur le fait qu’elle a constitué
une référence essentielle pour reconstruire les dynamiques de la globalisation en
termes de pluralités de « constitutions civiles » (Teubner, 2012), avec deux
conséquences possibles en ce qui concerne les biens communs. Si, en effet, le néo-
médiévalisme nous pousse plutôt à mettre l’accent sur l’existence d’une pluralité de
centres, irréductibles à des logiques « communes » et tous gouvernés par des personnes
qui charrient des intérêts divers, le risque de l’impossibilité d’une fondation unitaire du
« commun » apparaît comme évident, parce que les biens peuvent de nouveau être
saisis par des formes de souveraineté très autoritaires (même si elles ne sont pas
nécessairement étatiques). Si, en effet, la multiplicité des contextes à l’intérieur
desquels se nichent les divers biens aide à saisir la spécificité de chacun, cette analyse
réaliste permet en revanche de dégager les potentialités dont chaque situation est
porteuse. De manière pertinente, on a dit qu’un usage trop large de l’expression biens
communs peut en compromettre l’efficacité expressive et en banaliser le sens, si bien
qu’il est indispensable de chercher à saisir les caractères communs qui traversent les
usages hétérogènes du terme pour ensuite comprendre dans quelle mesure, autour de la
définition des biens communs, il devient possible de construire une catégorie unitaire
de ressources (Marella, 2016). Ce travail d’analyse et de recomposition conduit donc à
examiner de manière différenciée le rapport entre accès et gestion et, par conséquent, la
signification même de la participation.
32 Si l’on considère par exemple la circulation des connaissances sur Internet, si l’on
réfléchit notamment à la notion de digital commons, qui est devenue un des thèmes
centraux de la discussion sur les biens communs, force est bien de constater leur
spécificité. On a défini il y a quelque temps la connaissance sur Internet comme un bien
commun global. Mais cette globalité rend problématique, voire irréalisable, un système
institutionnel susceptible de gérer et d’organiser une communauté d’utilisateurs, ce qui
est pourtant nécessaire et possible pour d’autres types de biens. Comment pourrait-on
extraire une communauté des milliards de sujets qui forment le peuple d’Internet ?
Nous sommes ici face à l’un de ces biens qui, pour reprendre les mots d’Elinor Ostrom,
ne sont pas fondés sur une communauté (« not community based »). De nouveau, cela
défie nos catégories habituelles, qu’elles soient anciennes ou nouvelles. La défense de la
connaissance sur Internet ne passe pas par la désignation d’un gestionnaire, mais par la
définition des conditions d’utilisation du bien, qui doit être directement accessible à
tous les intéressés. Le modèle participatif se présente ici avec des caractéristiques bien
spécifiques, ouvrant la voie à une possible séparation entre gouvernement et usage du
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04/05/2019 Vers les biens communs. Souveraineté et propriété au xxie siècle

bien. Pour garantir des « formes de gouvernement » adaptées aux usages d’Internet, on
a par exemple proposé de recourir à des modèles de démocratie représentative ou
directe, en attribuant un droit de faire entendre leur voix à des groupes d’utilisateurs
auto-organisés qui dépassent un certain pourcentage des membres de cette
communauté (Mark Zuckerberg a même tenté d’organiser un référendum sur
Facebook). Quoi qu’il en soit, la possibilité de jouir du bien n’exige pas des politiques de
redistribution des ressources parce que les personnes peuvent l’utiliser. C’est la manière
même dont le bien est « construit » qui le rend accessible à tous les intéressés.
33 Ce sont donc les caractéristiques de chaque bien et non pas leur supposée « nature »
qu’il faut prendre en considération, leur aptitude à satisfaire des besoins collectifs et à
rendre possible la réalisation de droits fondamentaux. Les biens communs sont « à titre
de propriété diffus » : ils appartiennent à tous et à personne, au sens que tous doivent
pouvoir y avoir accès et que personne ne peut se prévaloir d’une quelconque exclusivité.
Ils doivent être administrés en déplaçant le principe de solidarité. Ils incorporent la
dimension de l’avenir, et ils doivent donc être gérés dans l’intérêt des générations qui
viennent. En ce sens, ils constituent véritablement un « patrimoine de l’humanité » que
chacun doit être en mesure de défendre, en mobilisant, si nécessaire, la justice pour
défendre un bien très éloigné du lieu où il vit.
34 La réflexion sur les biens communs devient inévitablement une réflexion sur les
sujets sociaux, car ce n’est pas seulement l’opposé de la propriété qui est en question,
mais aussi une conception abstraite, métaphysique d’une certaine façon, de la
subjectivité. Les biens communs permettent de construire une nouvelle connexion
entre biens, besoins, droits et sujets. La distribution du pouvoir est donc remise en jeu.
Les pouvoirs publics et privés se disputent encore aujourd’hui la gestion d’une
ressource rare et précieuse comme l’eau et, avec la même détermination, d’une
ressource abondante mais tout aussi précieuse comme la connaissance. Face à ces
nouveaux despotismes, émerge la logique non propriétaire des biens communs, conçus
encore une fois comme « l’opposé de la propriété ». La relation immédiate entre sujets
et biens est celle qui défait les nœuds de la médiation, dans laquelle peut se nicher la
construction de nouveaux sujets propriétaires. À ce stade, cependant, il faut s’interroger
sur l’usage immodéré de la notion d’accès, qui aurait dissous, de manière presque
indolore, celle de propriété comme voie obligatoire pour la jouissance des biens.
35 Lorsqu’on lit, dans l’article 42 de la Constitution italienne, que la propriété doit être
rendue « accessible à tous », on assiste à une opération très complexe, dont l’analyse
peut nous aider à mieux saisir le rapport entre propriété et accès. On est certainement
face à une critique significative du caractère absolu de la propriété parce que, pour
atteindre cet objectif, il faut nécessairement des politiques de redistribution des biens
disponibles. En même temps, on note qu’émerge une conception de la propriété comme
instrument de stabilisation sociale, confirmant le lien intrinsèque entre propriété et
liberté. À côté de cette position, on trouve également celle qui, en examinant la
structure de la société moderne par actions, a contribué à redimensionner le caractère
essentiel de la référence à la propriété, en montrant qu’il est possible de distinguer
propriété et contrôle de la propriété, ce qui permet ainsi de parler de « pouvoir sans
propriété » (Berle, 1959).
36 Ces ambiguïtés s’accentuent dès lors que l’accès est présenté comme l’instrument à
partir duquel la propriété devient purement et simplement insignifiante. Si, par
exemple, on examine les formes d’accès à la connaissance sur Internet, on s’aperçoit de
la persistance, parfois même accrue, du pouvoir propriétaire. Le fournisseur d’accès, à
travers les terms of service, exerce un pouvoir normatif unilatéral en ce qui concerne le
développement du rapport avec l’utilisateur. En outre, il maintient, dans des situations
de plus en plus nombreuses, un type de rapport à la propriété encore plus fort que le
rapport actuel. Si, par exemple, j’achète un livre, je peux ensuite le revendre, le donner,
le donner à lire à d’autres, le laisser à mes enfants. Si j’achète en revanche des contenus
digitaux, ils demeurent la propriété du vendeur, en interdisant toute la variété d’usages
énumérée plus haut, au point parfois de faire cesser la possibilité même d’user du bien
en question. Le régime de l’accès peut donc être plus restrictif que la propriété, tirant
parti de la distinction entre propriété stable et disponibilité révocable.

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37 On parle en revanche d’autre chose lorsqu’on évoque la gestion participative d’un


bien qualifié de « commun », épuré donc de tout résidu propriétaire. Cela apparaît, par
exemple, lorsque l’on fait, par principe, de la connaissance sur Internet un bien
commun global. Ainsi, on ne peut empêcher la création de nouvelles barrières, mais
l’on dispose d’un instrument essentiel pour analyser les modalités de production de la
connaissance à l’époque de la transition de l’Internet 2.0, celui des réseaux sociaux, vers
l’Internet 3.0, celui des choses.

Les communs et les droits de la


personne
38 Les biens communs exigent une autre forme de rationalité, capable d’incarner les
changements profonds que nous vivons et qui touchent à la fois aux dimensions sociale,
économique, culturelle, politique. Nous sommes par conséquent obligés d’aller au-delà
du schéma dualiste, de la logique binaire qui a dominé ces derniers siècles la réflexion
occidentale – propriété publique et privée, État et marché (Bollier et Helfrich éd.,
2012 ; Marella, 2011). Et tout cela est projeté dans la dimension de la citoyenneté, par le
rapport qui s’institue entre les personnes, leurs besoins, les biens qui peuvent les
satisfaire, modifiant ainsi la configuration et la définition même des droits de
citoyenneté et leurs modalités d’exercice.
39 Cela n’est pas une espèce d’illumination soudaine. Il s’agit au contraire du résultat
d’une réflexion sur les « biens premiers », ces biens nécessaires à la jouissance des
droits fondamentaux, une réflexion qui permet également d’identifier les intérêts
collectifs, les modalités d’usage et la gestion même de ce type de biens. « Les intérêts
collectifs et tout un arrière-plan non propriétaire ont fait ainsi gagner au monde
institutionnel une troisième dimension, dans laquelle se meuvent difficilement les
défenseurs d’une géométrie institutionnelle plane » (Rodotà, 2012). Émerge en effet
une toile de fond non propriétaire : concrètement, il devient de plus en plus nécessaire
de garantir des situations liées à la satisfaction des exigences et des besoins de la
personne, considérée justement dans la réalité de la vie matérielle et de l’importance
qu’on lui attribue à travers des principes constitutionnels. Si bien qu’aujourd’hui, il est
légitime de parler d’une personne « constitutionnalisée », comme on l’a déjà dit. La voie
vers la redécouverte des biens communs est ainsi ouverte, sans nostalgie des
expériences passées et avec l’aide d’instruments qui nous permettent d’embrasser les
multiples réalités du présent, sans biais idéologiques.
40 Avant même que le débat sur les biens communs ne prenne de l’importance, les
hypothèses pour une nouvelle reconstruction ont été proposées via des opérations
conceptuelles qui ont eu des répercussions variées sur la cohésion de la catégorie de
propriétaire. Quand, par exemple, on voit que peuvent être confiées à « des
communautés de travailleurs ou d’usagers des entreprises ou des catégories
d’entreprises déterminées qui concernent des services publics essentiels ou des sources
d’énergie ou des situations de monopole et qui ont un caractère d’intérêt général
prééminent » (article 43 de la Constitution italienne), on adopte une logique
institutionnelle qui libère l’intérêt non individualiste pour des biens déterminés de la
référence obligatoire à la propriété publique, c’est-à-dire à la technique des
nationalisations. Le formalisme propriétaire se voit contester lorsque la catégorie de
propriété est décomposée : on met ainsi en évidence combien le pouvoir substantiel de
gestion du bien n’exige pas le titre formel de propriétaire, ce qui modifie ainsi le rapport
entre sujets et biens. La même chose survient lorsque l’on fait porter l’attention sur
l’accès constitutionnellement garanti qui, avec les précautions déjà évoquées, peut être
entendu comme un moyen permettant de préserver l’intérêt du bien, indépendamment
de son appropriation exclusive.
41 Le regard sur la propriété change par conséquent. « La propriété […] n’a pas besoin
d’être limitée, comme le fait la théorie libérale, au droit d’exclure les autres de l’usage
ou de la jouissance de certains biens, mais elle peut également consister en un droit
individuel à ne pas être exclu par les autres de l’usage ou de la jouissance de certains
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biens » (MacPherson, 1978, p. 201). En utilisant une terminologie ancienne, on pourrait


même dire qu’on passe d’une propriété « exclusive » à une propriété « inclusive ». Plus
précisément, on reconnaît comme légitime le fait que puissent graviter autour du même
bien des sujets et des intérêts divers. Le discours sur l’exclusion se transforme ainsi en
discours sur l’accessibilité.
42 Cette adaptation nécessaire des catégories, dans laquelle se reflète une nouvelle
rationalité, trouve un développement ultérieur dans la prise en compte de la notion
historique, et toujours controversée, de « fonction sociale ». Celle-ci, née comme un
ensemble de limites et de liens à l’exercice du pouvoir propriétaire, a ensuite été
comprise comme un instrument servant à définir le contenu même du droit, afin de
circonscrire, depuis l’origine, les facultés du propriétaire. Par la suite, elle a été conçue
comme le pouvoir d’une multiplicité de sujets de participer aux décisions qui
concernent des catégories déterminées de biens. En effet, du moment où tels ou tels
biens sont au centre d’une constellation d’intérêts, quand le faisceau de droits (bundle
of rights) qui les caractérise implique également une multiplicité de sujets, leur
particularité implique que, dans des formes nécessairement différenciées, on donne la
parole à ceux qui la représentent. C’est ainsi qu’émerge le modèle participatif.
43 La révision des catégories de la propriété porte en elle, également, une révision
globale des catégories de biens, avec un intérêt renouvelé pour des biens communs qui
ne sont toutefois pas réductibles aux modèles historiquement connus. Si, par exemple,
on retient comme nécessaire une nouvelle taxinomie, celle-ci ne peut se contenter de
contempler les biens communs, en négligeant ou en considérant comme insignifiante
une innovation qui renverse complètement les biens publics dans leur globalité. Les
biens communs doivent être définis à partir de leur appartenance collective, par la
soustraction à la logique du marché et de la concurrence, par le fait qu’ils concernent les
biens matériels et immatériels indispensables à l’effectivité des droits fondamentaux et
au libre développement de la personnalité, et enfin parce qu’ils sont conservés dans
l’intérêt des générations futures. À côté des biens communs, toutefois, doivent
apparaître d’autres catégories de biens, comme ces biens indispensables au
développement des fonctions institutionnelles de l’État, nécessaires pour atteindre
certains objectifs sociaux spécifiques, conjointement à ceux qui doivent être « mis en
valeur », afin que la collectivité puisse en tirer le plus de bénéfices. On détermine ainsi
un déplacement de l’axe conceptuel, puisqu’on ne part pas du sujet auquel les biens
appartiennent, mais on part des fonctions que ces biens doivent remplir dans le
domaine de l’organisation sociale.
44 L’attention que l’on porte aux biens communs ne peut se résumer par conséquent à la
construction d’une nouvelle catégorie de biens. L’abstraction de la propriété se dissout
dans le caractère concret des besoins, que l’on met en évidence avant tout en reliant les
droits fondamentaux aux biens indispensables à leur satisfaction.
45 Il s’ensuit un changement profond. Les droits fondamentaux, l’accès, les biens
communs dessinent une trame qui redéfinit le rapport entre le monde des personnes et
le monde des biens. Ce dernier, au moins durant les deux derniers siècles, a été confié à
la médiation du propriétaire, aux modalités avec lesquelles chacun pouvait espérer
s’approprier de manière exclusive les biens nécessaires. Cette médiation est aujourd’hui
remise en cause. La propriété, qu’elle soit publique ou privée, ne peut englober et
épuiser la complexité du rapport entre personne et biens. Un ensemble de relations doit
désormais être confié à des logiques non propriétaires.
46 Cette logique nous pousse au-delà du monde des biens ; elle nous rapporte à la
personne dans son intégralité et à l’ensemble de ses droits fondamentaux. C’est de la
catégorie historique de citoyenneté qu’il convient de débattre. Quand les droits de
citoyenneté deviennent ceux qui accompagnent la personne, quel que ce soit le lieu où
elle se trouve, la délimitation de cet espace infini, de ce nouveau common, porte en elle
un être au monde qui défie certainement la citoyenneté oppositive, nationale, purement
identitaire.
47 Aussi la révolution des biens communs est-elle un mouvement large et diffus. L’on ne
fait pas qu’assister, en effet, à une simple révision des catégories traditionnelles, mais
bien à l’émergence d’une nouvelle rationalité à laquelle on a déjà fait référence et qui a
son fondement dans la connexion toujours plus intense entre personnes et monde
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extérieur, avec une force expansive qui s’étend jusqu’aux frontières d’une redéfinition
intégrale de la place de la personne dans une organisation sociale globale, identifiée
justement à travers les propriétés des biens à défendre comme communs, à l’instar de la
connaissance sur Internet.

Les droits de l’usage


48 Pour mieux comprendre cette histoire et ses multiples ramifications, il ne s’agit pas
seulement d’être conscient des reformulations élaborées ces dernières années pour
redéfinir les formes de propriété et les catégories des biens. Il convient de revenir à un
repère, à un passé plus ancien, par exemple aux réflexions d’Alexis de Tocqueville qui,
en 1847, peu de mois avant la publication du Manifeste du parti communiste de Karl
Marx et de Friedrich Engels, écrivait : « Bientôt ce sera entre ceux qui possèdent et ceux
qui ne possèdent pas que s’établira la lutte politique ; le grand champ de bataille sera la
propriété » (Tocqueville, 1893, p. 14).
49 Il est important de noter combien le libéral-conservateur Tocqueville ne se cantonne
pas à l’équation « propriété égale liberté », c’est-à-dire à la seule dimension
individualiste. Du moment où l’institution de la propriété devient l’affaire de la société,
il découvre qu’on ne peut éviter le moment du conflit qui caractérise les dynamiques
propres à l’institution même de la propriété. Ce n’est pas un hasard si Balzac, ce grand
observateur de la société française, choisit trois ans auparavant, en 1844, de donner aux
Paysans un premier titre évocateur : « Qui propriété a, guerre a ». De nouveau, l’image
guerrière semble la seule à même de décrire l’âpreté du conflit. Ce conflit est continu,
ininterrompu, et le champ de bataille, qui, pour Tocqueville, est essentiellement celui
de la propriété terrienne, s’est progressivement élargi. Aujourd’hui, ce sont surtout les
biens communs qui se trouvent au centre d’un conflit planétaire – de l’eau à l’air,
jusqu’à la connaissance –, confirmant leur nature directement politique, qui ne se laisse
pas réduire au seul schéma traditionnel du rapport entre la propriété publique et la
propriété privée.
50 De nouveaux termes font leur apparition partout dans le monde : logiciel libre,
absence de copyright, accès libre à l’eau, à la nourriture, aux médicaments, à
Internet, etc. Et ces diverses formes d’accès prennent la forme de droits fondamentaux.
L’Assemblée générale des Nations unies a approuvé une résolution qui reconnaît l’accès
à l’eau comme un droit fondamental de toute personne humaine, de même qu’elle a
souligné le droit à une nourriture suffisante (« adequate food »). C’est précisément
autour de ces biens que le conflit se fait toujours plus violent. Dans de nombreuses
régions du monde, on assiste à de véritables « guerres de l’eau » ; les prévisions pour le
futur évoquent un risque concret de sécheresse, touchant les êtres vivants ainsi que
toute une série d’activités, en premier lieu les activités agricoles. En Italie, la question
est devenue inévitable après que, en 2011, vingt-sept millions de personnes ont décidé,
par référendum, de s’opposer à la privatisation de la gestion de l’eau, qui est par
conséquent inscrite dans le domaine des biens communs.
51 Divers pays, en outre, ont déjà reconnu l’accès à Internet comme un droit
fondamental de la personne avec une variété d’instruments – les constitutions (Estonie,
Grèce, Équateur) ; des décisions d’organes constitutionnels (le Conseil constitutionnel
français, la Cour suprême du Guatemala), la législation ordinaire (Finlande, Pérou). En
outre, le plan Obama sur les communications contient une réinterprétation significative
du service universel. L’Union européenne et le Conseil de l’Europe se sont déjà
exprimés en faveur du droit d’accès. De ces thèmes, on discute intensément sur la toile,
et les manœuvres répressives et les mesures de censure contre ces idées poussent même
à demander que l’utilisation libre de Facebook soit reconnue comme un droit
fondamental de la personne. Dans les documents officiels, tels que le rapport présenté
par le rapporteur spécial Frank LaRue au Comité pour les droits humains de l’ONU, en
mai 2011, l’accès à Internet comme droit fondamental est explicitement confirmé. Par
ailleurs, qualifier l’accès à Internet de droit fondamental reflète la fonction assignée à
un tel droit comme condition nécessaire à l’exercice effectif d’autres droits

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fondamentaux – en particulier le droit à la libre construction de la personnalité et à la


liberté d’expression. La prévision d’une garantie constitutionnelle exprimée justement
sous la forme du droit fondamental pourrait être introduite dans le système italien à
travers une modification de l’article 21 de la Constitution, qui stipulerait alors que
« tous les individus ont un droit égal d’accéder au réseau Internet, dans des conditions
équitables, avec des modalités technologiquement adéquates et qui éliminent tout
obstacle d’ordre économique et social ». Ce n’est sans doute pas un hasard si Tim
Berners-Lee, battant en brèche les critiques d’un autre pionnier d’Internet, Vinton Cerf,
a rapproché l’accès à Internet de l’accès à l’eau, en mettant en relief un rapport entre
personnes et biens qui fait naître tout un ensemble de droits afférents, qui permettent à
toute personne intéressée de pouvoir concrètement disposer des biens essentiels à son
existence.
52 Aussi en est-on venu à généraliser l’accès, qui s’est progressivement autonomisé, en
distinguant une modalité de l’agir qu’il faut reconnaître comme un droit nécessaire
pour définir la position de la personne dans son milieu social. L’accès, entendu comme
un droit fondamental de la personne, se présente ainsi comme une médiation
nécessaire entre les droits et les biens, soustraite à l’hypothèque de la propriété. Sans
surprise, cette dynamique s’est accompagnée d’autres manœuvres institutionnelles,
toutes destinées à libérer la connaissance et sa circulation, comme cela s’est produit
avec la loi islandaise qui a fait d’Internet un véritable espace de liberté, le lieu d’une
liberté totale, où il est légitime de rendre publics également des documents couverts par
le secret, qui viennent faire désormais partie d’un common de la connaissance,
nécessaire au bon fonctionnement du processus démocratique.
53 La tendance est claire. L’identification toujours plus nette d’une série de situations
relevant des droits de citoyenneté, c’est-à-dire de la constitutionnalisation de la
personne, implique la mise au point d’instruments institutionnels susceptibles de
désigner les biens directement nécessaires à leur satisfaction. Il s’agit, avant tout, de
biens essentiels à la survie (l’eau, la nourriture) et à la garantie de l’égalité et du libre
développement de la personnalité (la connaissance). En raison de leurs
caractéristiques, on les considère d’un commun accord comme des « biens communs »,
pour indiquer en premier lieu leur lien avec la personne et avec ses droits. Par
conséquent, lorsqu’on parle de l’accès à ces biens comme d’un droit fondamental de la
personne, on effectue une double opération : on confie la construction effective de la
personne « constitutionnalisée » à des logiques différentes de la logique propriétaire ;
on la fait donc sortir d’une dimension purement marchande ; on conçoit ainsi l’accès
non pas comme une situation purement formelle, comme une clé qui ouvre une porte
qui permettrait de pénétrer uniquement dans une salle vide, mais comme l’instrument
qui rend immédiatement utilisable le bien pour les intéressés, sans médiations
ultérieures. Le nœud propriété-souveraineté commence ainsi à être dénoué.
54 Or, à travers la reconnaissance progressive et généralisée du droit fondamental à
l’accès et l’extension de ce droit, le web se configure progressivement comme un espace
commun. Une fois encore, la reconnaissance d’un droit fondamental produit un
common qui, dans ce cas, comme on l’a déjà dit pour la citoyenneté, prend un véritable
caractère global. On éclaircit ainsi ensuite le cadre d’ensemble. La réflexion sur les
biens communs impose une relecture des mêmes catégories traditionnelles, que l’on
peut synthétiser de la manière suivante.
55 Pour ce qui touche à la dimension subjective, on passe de l’abstraction du sujet au
caractère concret de la personne, distinguée à travers la matérialité de ses besoins. La
personne ne reproduit pas la solitude du sujet et sa mise à l’écart de l’ensemble des
relations sociales. La catégorie des biens communs a un caractère relationnel : elle
produit des liens sociaux et attribue de l’importance au principe de solidarité. Au
contraire, les biens communs se présentent toujours plus nettement comme une
véritable institution de la solidarité.
56 L’accès, construit comme un droit fondamental de la personne, par rapport à une
catégorie de biens, perd son ambiguïté : il ne laisse plus supposer que la présence d’une
propriété deviendrait superflue, alors qu’elle se maintient à travers les pouvoirs qui
peuvent être exercés par le fournisseur de biens ou de services.

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04/05/2019 Vers les biens communs. Souveraineté et propriété au xxie siècle

57 Le transfert de la fonction sociale de la propriété aux biens institue un lien direct


entre l’usage du bien et son aptitude à rendre effectifs les droits fondamentaux. Se pose
ainsi la question du non-usage, de l’abandon des biens socialement importants.
58 La constitutionnalisation de la personne, dans un cadre d’ensemble caractérisé par la
centralité des droits fondamentaux, établit un critère interprétatif et reconstructif du
système institutionnel tout entier, qui permet de distinguer de manière dynamique les
situations du droit auquel doit correspondre la reconnaissance d’un bien commun. En
d’autres termes, la constitutionnalisation de la personne excède la reconnaissance des
droits particuliers et spécifiques.
59 L’identification d’un bien commun doit être accompagnée de la définition cohérente
du sujet qui gère le bien.
60 En partant de ces hypothèses, la reconnaissance des biens communs a des effets
systémiques, qui ont pour double conséquence la création d’institutions des biens
communs et l’émergence d’une société qui s’organise non seulement pour gérer, mais
aussi pour identifier ces biens.

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Notes
1 De ce point de vue, la Convention de l’UNESCO sur les biens culturels présente des traits bien
différents.

Pour citer cet article


Référence électronique
Stefano Rodotà, « Vers les biens communs. Souveraineté et propriété au e siècle », Tracés.
Revue de Sciences humaines [En ligne], #16 | 2016, mis en ligne le 01 janvier 2017, consulté le
04 mai 2019. URL : http://journals.openedition.org/traces/6632 ; DOI : 10.4000/traces.6632

Cet article est cité par


Dardot, Pierre. (2016) Les limites du juridique. Tracés. DOI:
10.4000/traces.6642

Auteur
Stefano Rodotà
Juriste, professeur émérite à l’université La Sapienza de Rome

Droits d’auteur

Tracés est mis à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution - Pas
d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

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