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ctualités éternelles - Poéme

Poéme / Poémes d'Max Jacob

Sous les chocs de mon désir

— et qui pourrait le contenir ? —

J'interroge la campagne et l'heure du rendez-vous.

J'entre et sors. 
Et qui pourrait me contenir ?

... 
Si je le rencontrais...

Dans ma défaillance je m'arrête aux arbres.

Où es-tu, hampe d'or, propriétaire du monde ?

Hélas ! 
Ta 
Grâce est plus mobile que la musique.

Oh ! l'inconstante.

L'église matinale est noire comme un déluge.

A vous traquer, 
Seigneur, j'ai fait saigner mon corps

et j'ai fouillé mes nuits sans pensées et sans bords.

Jésus vient : le frisson de la terre l'acclame.

Aux flûtes de son cortège

éclatez, bourgeons ! « fleurissez, plafonds et pavés ».


Mais toi, pourquoi moisir, ô ma douleur défunte

mon épaule couverte de honte.

à la manière de... - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Dans le pareil décor de 


Dieu cavalcade encyclopédie tout est à la fois jeune et vieux mort et naissance ! biologie. 
L'amour est une maladie.

Tant de costumes sur la terre ont couru derrière et devant clergymen de l'Angleterre dents d'ivoire aux 
Iles sous le vent peaux de bêtes écailles et plumes nos dames en portent autant.

La maladie qui nous enterre

change avec la mode et le temps.

Peste n'est plus mais le cancer !

On ne voit plus de poitrinaire !

La 
Tuberculose est le 
Régent ;

remède aussi ! par le clystère

on débarrassait le client

à l'antiboche sérums et greffe l'on préfère.

L'âme descend à son autel comme 


Jéhovah l'Éternel comme vérité du 
Soleil comme pluie, rocher d'Océan comme mer er comme arc-en-ciel.

L'amour demeure maladie endémique : non pour 


Abélard seul, 
Pétrarque, 
Samson ou 
César. 
Mais pourquoi, chauffeur de mélodie tant pour financier que bagnard l'amour vient vite et guérit tard.

Après la sainte communion - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
Mon 
Dieu qui avez pris la forme de mon corps éclairez donc mes yeux pour qu'ils vous voient encore diminuez donc
ma peau pour qu'elle vous sente là éclairez mon plafond du soleil de votre être puisqu'un jour il vous plut que la 
Grâce y entrât. 
Puisqu'avec vous mon 
Dieu l'âme se sent renaître que la mienne, mon 
Dieu, ne soit jamais sans vous. . 
Pourquoi laisser ce qui suppure prendre la place de votre figure.

A tes ordres mon 


Dieu ! voici que ton vin brille

et mon œil reste ouvert pour suivre ton rabot.

Mon corps est un acier fondu par la torpille

jambes et bras liés j'ai payé mon écot

chacun meurt en martyr, chacun meurt en rebelle.

Paupière, ma paupière tu ne cligneras plus.

J'ai séché jusqu'à l'os, j'ai lavé ma vaisselle

j'ai passé mon orgueil sous des roues d'autobus.

Plongez vers moi : les coqs lumineux de l'Amour

les paons, les faucons bleus, plongez vers mon enclume

de l'Océan l'Esprit, vous qui êtes l'écume

et je n'aurai pas pu t'atteindre par ma mort

car ma mort même à 


Dieu ne livre pas mon âme.

Votre ciel est un pic dont les flancs sont peuplés.

Je suis un fugitif ! des reflets qui tremblotent

car ils ne sont pas l'œuf en flamme du réel.

Au-dessus et au-dessus du siècle fuyant l'un sur l'autre, des siècles par dizaines, et milliers millénaires fuyant par
centaines est l'Esprit stable. 
L'Esprit de votre 
Esprit. 
L'Esprit-Chair en fut séparé. 
La chair esprit

de 
Jésus-Christ Ça se passe entre personnes surnaturelles au-dessus et au-dessus du siècle, des siècles. 
S'il veut lier à l'Esprit la chair humaine et que l'homme à l'esprit s'enchaîne l'Esprit-Chair n'a pas de passerelle que
la 
Douleur où tout s'emmêle

ô très rose à jamais morose 


Venez vous rendre immortel par la non douloureuse osmose 
Regardez pâlie, le 
Miroir 
Esprit, vous y verrez la chair divine

allongée, opaline jusqu'à se décalquer l'Esprit réintégrer le 


Saint-Esprit. 
De l'une à l'autre des 
Personnes célestes va et vient la 
Vierge éternelle et les femmes de la 
Sagesse.

à un poète - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

«Je cherche un amour qui vaille que l'on aime. »

Pierre 
Lagarde

Des vers, ce sont des vers et je veux sur ta trace te remercier avec des vers du même jet bien que n'ayant plus
l'âge et de la même grâce et du même sujet.

Mais quoi ! 
Si d'autre amour devait dorer ma vie que celui de l'art pur et de la 
Poésie pour chanter mon ivresse ou pleurer mes regrets c'est ton livre que je prendrais.

Aujourd'hui pose tes détresses à la table ouverte du cœur l'ancien souvenir qui m'oppresse je le confonds avec
tes pleurs.

Pourtant tu vieilliras ! l'âge rend indulgent.

Tu dis « cherche un amour qui vaille que l'on aime ! »

Ce vers, enfant, c'est un blasphème

être trop aimé rend méchant.

Lamour est une perle et la perle à son prix aucun écrin n'est indigne ou digne de lui. 
Si des yeux ont pleuré en te disant : « 
Je t'aime » ces yeux-là sont sacrés pour toi et pour 
Dieu même.

Prononcés par le roi ou la fille de ferme l'univers n'a qu'un but et 
Jésus n'a qu'un terme « 
Je t'aime ou je vous aime » et tout le reste est vil c'est le mot le plus grand et le plus grand péril.

à un poète amoureux - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
J'ai cru trouver mon âme en m'entourant de livres et c'est l'âme d'autrui que l'on m'offrait de suivre. 
J'ai cru trouver mon âme en cherchant la vertu j'ai fatigué mes nerfs las d'avoir combattu. 
J'ai cherché le talent j'ai trouvé des complices j'ai cherché 
Jésus-Christ obtenu l'armistice j'ai cherché le secret du monde des humains et l'âme est restée loin même du
médecin. 
Un soir que je rêvais dans un jardin de fleurs une fille m'a dit : « 
Pense à moi ou tu meurs » j'avais trouvé mon âme et l'ai perdue en elle. 
Poète ami, 
Phébus a poursuivi 
Daphné l'amour nous révélant nous a vite incarnés avant que nous ayons vu le miroir qu'il tend." 
Le 
Seigneur est toujours déjoué par 
Satan. 
La terre donne l'âme et la terre la prend.

Beau 
Montretout de l'univers

chaudement dit en ver de vers

de clous en clous

de moelle en moelle

il totalise les étoiles.

Terre et chair ce qu'on appelle

une belle langue

ce que j'appelle une belle cangue.

Terre et chair, quand la pensée (tout repensé et compensé)

s'empuantit bon avec l'engrais

pied sur la nuque et ventre à l'ail

plus de passe-boule que de travail.

Terre et chair ou l'étonnement

à minute minute du génie ingénument

qui n'en peut mais... d'être là

las pas lassé mais cancrelas là !

et jusqu'à ce que l'ange

se mêle au côte à côte

pour les faire saigner !

l'aie ! aïe ! aïe ! jusqu'à faire rire


la langue à frire... à frire, la langue à l'écarlate

langue de bœuf rugueuse, la langue échec et mat,

qui fait se réveiller plus tôt

de la 
Belle qui dort le parc et le château.

Non ! 
Pas de porte ! on n'entre pas

dans les gens comme dans une usine

et de la naissance au trépas

ils sont seuls avec leurs cuisines.

Si tu entres, c'est un scandale !

ameutez l'opinion le juge les amis et la police.

« 
J'appelle mon mari ! vous en avez du vice !

« 
Sorcier c'est un sorcier, l'anneau du roi 

Bénéfices de dieu - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ô toi agenouillé sur les prés de l'église

regarde un peu où tes crimes te conduisent

devant un 
Dieu si bon, si puissant et si beau

regarde tes méfaits et ta vie de sabot.

Dieu s'est montré à toi et que fais-tu pour lui ?

Frappe-toi la poitrine, indigne, et dis « merci ».

Tu craques de partout, tu t'affoles et tu pèches

au lieu de préserver ra poitrine où tu bêches.

Dieu t'a donné l'esprit, l'intelligence et tout

il a donné sa mort, sa vie ; crains son courroux.


Dieu est patient et toi quelle délicatesse ?

Un rien te tourne et vire du côté de ta graisse.

Sois innocent, sois un enfant, vois ce tableau

d'un noir démon occupé de sa peau

et du 
Dieu puissant qui te rappelle à l'ordre.

N'est-ce pas abuser de sa miséricorde

que de se confesser si souvent et si mal

et aussitôt après retourner à son mal.

Ce qui fait la grandeur de l'homme

l'as-tu ? 
As-tu la lance en main, sur la tête le heaume

de la sagesse et de la volonté préservatrice

où est la lutte en toi ? où sont tes cicatrices ?

Bête et coquet, dur au moindre prochain

et l'orgueil broché sur cuirasse d'airain.

Bien entendu, je comprends mal

étant plus bête qu'un cheval

il en résulte un certain ridicule

je joue d'horribles infâmes rôles

et je me fais prendre pour un drôle

les uns me croient un demi-saint

d'autres voient juste en voyant « serin ».

Il faut en convenir chez mes meilleurs amis

je suis taxé d'infamie.

Et tout cela si lourd si bête

lourd comme mon profil et ma tête.

Qui vivra verra

Tête et queue de rat.

Tout de même l'enfer,


et ses grilles en fer.

Pendant que je me livre à toutes les fantaisies

de ma bêtise immense et profonde

Dieu maître premier de la terre et de l'onde

me comble de miséricorde et de pardon.

Il me traite comme son petit garçon

à qui l'on donne des bonbons

tous les matins messe, communion

tribunal de 
Grâces, confessions

et j'arrive là avec mes colères

mes susceptibilités, mes inclinations grossières

avec mes airs supérieurs et mon arrogance

avec mon « tout pour la panse »

ma fatigue pour tout ce qui pense

et la visible infériorité

d'un homme qui se croit élevé.

Dieu ! regardez mes souffrances

elles sont archiméritées

par un imbécile fieffé qui se met dans des situations atroces

soit parce qu'il a voulu être rosse

soit parce qu'il n'a pas su être bon.

Bienfaits de l'ivresse - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Je ne blâmerai plus l'alcool qui nous rend fou si c'est par la folie qu'on vient à 
Vos 
Genoux. 
A vos ordres, mon 
Dieu !... je suis à découvert car l'homme est un trésor caché par sa poussière mais l'ivresse
est puissante sur nos décombres l'ivresse met à jour les poids qui nous encombrent. 
Dites à ceux qui me croient mort que je le fus, que je le suis encore. 
Partagez-vous mon bien, mes esprits et mon corps ! 
Soixante fois la vie m'a crucifié en vain. 
Je n'ai pas fondu plus que la pierre au feu mais dans les toxiques, les alcools et le vin ma tête
s'est fendue et j'ai visité 
Dieu. 
Prométhée dit à l'aigle : « 
Tenez ! voici mon foie ! je ne pleurerai plus que des larmes de joie. » 
L'aigle a répondu : « 
Nage ! l'océan est à toi ! » 
Comme 
Noé fut ivre 
Jonas sortit de la baleine. 
Comment ai-je habité cet intestin moisi ? 
Dehors chantait le coq du soleil dans la plaine et moi dans les volières d'anges bavards j'ai
choisi. 
Je préfère être ivre sur les branches d'un arbre que de sang-froid dans une villa de marbre.

Bilan - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ce que j'en ai changé de croix ! tant de bonheurs et de bourrasques. 


Va-et-vient, paniers à salades. 
Ah ! 
Mes vaisseaux quittons ces vasques versons l'amour en d'autres rades. 
Il n'est de pires galéjades que celles où soi-même l'on croit changez votre souffrance en joie changez vos
bonheurs en souffrances. 
Ris voire un peu de tes déboires es-tu ou n'es-tu pas la poire ? 
Il suffit d'étudier le truc. 
Qu'importe au ventre l'intendance n'es-tu pas plus fort que le 
Turc ? 
Gloire ou non me fait rire aux larmes larmes de rires, rire à pleurer. 
Mesdames, rien ne peut me leurrer sur les prix d'esprit et de charmes. 
Tournez ! tournons ! tournons autour des sacs, des moutons, des vautours des pigeons, l'aurore et le jour. 
L'amour, quoi ! c'est la volupté mise à la sauce du lyrisme l'amour vase d'iniquité. 
Mais, 
Vous, 
Jésus, vous êtes l'isthme sur le cosmique rhumatisme sur le néant des océans sur les océans de néant.

Caractère prophète - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Je pleure avant le malheur

je suis stupide sous le vent de la crise

quand tout est fini je moralise

le prophète dort pendant la pluie de feu

et annonce la prochaine en s'éveillant, le malheureux.


Une seconde il a vu la vaste aigrette

des étoiles et la nuit l'a terrassé.

Sortez, sortez de la nuit, prophètes

mais quelle force le pousserait ?

Dieu peut-il dérégler la pendule de l'éternité

ou changer ce baromètre des temps : le prophète.

Pourquoi avez-vous chassé l'immobilité

mon obscurité, mon ennui, ma langueur ?

Qu'est-ce qui expire sous les vitres de mes images ?

Faut-il attendre que la guerre renverse le monde

pour que la lune fasse flotter les cygnes hors de mes nuages.

L'incendie de mon âme annonce

la pluie de feu sur les villes

et les deux ménageries se dispersent au même signal.

Le cavalier femme - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Feuilles d'années gisent mortes vivantes.

Qu'avais-tu fait dans toutes les saisons ?

Ennui folie, le désir qui se vante ?

Ennui folie et reste à la maison !

l'amant printemps et l'été doux à suivre

gouffres d'hiver aux pieds noirs et,poivrés. .

Qu'avais-tu fait dans toutes les saisons ?

Or ils m'ont dit « 


Vous n'êtes pas le même ! »
Dieu pétrissant. 
Il a repeint la gaine.

Les gens m'ont dit vous n'êtes pas d'ici

qui sait quel mot je saurais le mieux dire ?

« 
Allez !» — 
Je suis d'une contrée lointaine

Ah ! laissez-moi toucher les cheveux de la reine.

Sur ma sandale est tombée d'une main

terriblement parue au marbre dur

poignée de terre indiquant le destin

et sur ma tête enlevant toute joie.

Un cavalier de ferraille et de soie

chlamyde au vent sur un cheval d'airain

il était femme et du fer de sa lance

il m'a touché d'amour et d'épouvante.

Feuilles d'années gisent mortes vivantes.

Le monde entier noircit devant nos yeux.

Le cavalier c'était l'ange de 


Dieu.

Celui qui m'a aimé celui qui m'aimera celui qui m'a aidé ?

Ta grâce ô 
Dieu cica

elle rechampit mon corps

le paysage est comme une église

et les gens comme une musique suave.

Tirez-moi par vos rubans d'amour

au-dessus de la mer rose

je suis oiseau, je suis aviateur

je suis éclos dans une apothéose.

Pourquoi souhaiter l'argent


des gens ? 
Pourquoi souhaiter l'amour

des boucs ? 
Pourquoi souhaiter l'annuaire

de guerre ? 
Pourquoi souhaiter la gloire

des pères ? 
Pourquoi le voyage

des sages et même la détresse

des messes ?

C'est dans une île un parterre de roses une île bleue parmi les flots du 
Rhin douze héros en défendent l'entrée. 
Triomphez-en vous m'aurez en festin et de vos bras pourrez ceindre mes reins. 
Là vous verrez fillettes couronnées dans la forêt s'ébattre avec les nains. 
Panthères y sont ornées de rubans roses conduisant chars où chantent les ondins le lion y parle et la colombe y
pose sur ses crins d'or des tentes de satin. 
Là 
Dieu s'entend avec dame nature et les démons avec toutes vertus, la joie d'aimer n'est plus une torture on peut
aimer sans perdre son salut. 
Là demeurait la rose fleurissante auprès de l'éternelle source de la science science et sagesse y coulent à
ruisseau le doux remède à sottise et des sots.

Chacun de vous, sachez-le

entre sa bouche et son ventre

porte un petit miroir d'argent

pour que les anges se regardent.

C'est un crime, un grand crime

de l'abîmer, de l'enfumer.

Si vous m'en croyez, prenez garde

jusqu'au jour de la mort

de ne pas le salir avec vos péchés.

Avec vos péchés vous le salirez.

Il y a des malheureuses qui sont comme des tuyaux de cheminée.

Prenez garde, car au 


Jour du 
Jugement

le 
Seigneur jettera un coup de soleil

dessus et gare à qui ne sera pas propre

celle-là comme un calice de messe

ira du côté gauche

chapeau et coiffe et corset sabot et tout

et 
Dieu ne s'occupera plus d'elle.

Circé - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Je suis l'animal qui te flaire.

Je m'appelle 
Satyre 
Satyre

je suis serpent et je suis louve.

En quoi faut-il que l'on t'éprouve

mains sur tes pleurs, les yeux couverts !

lit dans la nuit, la convoitise

le ronflement du feu d'enfer

où sont les remords de conscience ?

Ton ange est tué par l'animal.

Vrai 
Dieu en as-tu souvenance ?

Tu ne sais plus le bien du mal !

Le serpent te serre la blouse.

Qu'on hisse le pavillon noir

le vent se lève il va pleuvoir.

Pour sortir 
Dieu qu'on me découse.

Le corps et l'âme - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
L'âme — 
Vous m'avez trompée.

Le corps — 
Vous m'avez trompé.

L'âme — 
Vous m'avez conduite d'erreur en erreur vers le rideau qui

cache le noir.

Le corps — 
Vous m'avez conduit vers la laideur et la vieillesse et l'infirmité.

L'âme — 
Vous m'avez conduite vers le bain et j'ai perdu ma ductilité.

J'ai perdu ma transparence. 


L'âme a perdu son âme dans un bain de plomb fondu. 
Voyez, je ne suis plus une âme, je suis piquée au plomb, déformée, épaissie. 
Où ai-je perdu ma substance ? 
Dans ce bain.

Le corps — 
J'ai obéi à mon âme qui me menait là où vont les corps, dans leur bain de corps obèses. 
Si vous m'aviez mené où vont les âmes, je serais resté jeune. 
Je serais devenu noble comme sont les âmes. 
C'était à vous de me tenir.

L'âme — 
Max, éveille-toi.

Le corps — 
Misère ! le rideau noir.

Corpus mensonges - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Toi seule es ma 


Société

ma gloire et ma banqueroute

jusqu'à honte et satiété

en coquille ou décoquillé

en liasse et goutte et goutte.

Toi 
Seule ! et moi à 
Sardanapale

que tout le reste est pâle.


L'église croule et tout l'argent

les dieux, l'art et les gens légendes ! 


Comment quitter l'appartement où s'embusque le faune ! 
Au moins le pneu, ce spécimen de toi ! le téléphone. 
Or on m'ordonna de dîner c'est chez 
M. le comte. 
Et mes dix doigts tambourinaient. 
Quand donc auront-ils terminé ? 
Est-ce que tout cela compte ? 
Ainsi parle étourdiment l'amant aux murs de l'enfer ses tourments sous le vocable d'une
maîtresse. 
Pardon deux fois, ô 
Jésus-Christ c'est moi ! pour vous, ces vers écrits c'est à 
Vous qu'ils s'adressent.

Désir du paradis - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Empire et 
Paradis bien tardif à te rendre où les morts enroulés de leurs sites si tendres robustes comme étaient les saints
de nos aïeux sont de vieux criminels nettoyés par le feu.

Empire et 
Paradis bien tardif à te rendre si tu es défendu par les anges douaniers voici mes droits d'octroi et voici mes
deniers, pour dévider chez toi le mal qui recroqueville : tant d'humiliations d'un doux habit m'habillent tombant
de haut, tombant sur mes patientes mains ! 
Vois ce qui jusqu'au noir a brûlé mes paupières, car je reviens, très las, des serpents de la terre : un autre 
Purgatoire a-t-il d'autres burins ?

Si ton mur de défense est couronne d'épines mon cou y passera comme à la guillotine.

Enflez, 
Jésus, un ciel nouveau et que j'étrenne

le nouveau pont et l'Arbre dont vous êtes la 


Graine.

Et maintenant certes je sais l'Irrécusable !

Ta clef fait peur : c'est moins qu'un mot : une syllabe

Je cherche avec les yeux les 


Donneurs de la 
Science

rassasiés par la sublime 


Quintessence

et leurs troupes veinées d'une pâleur auguste

errant dans le silence oublieux des arbustes.


Un blanc marronnier plantureux s'étale et pense

anciens désirs, ô plantes, et dont la fleur exulte ;

la fontaine s'apaise, ivre de son tumulte

et la troupe des mages et des blonds 


Archimèdes

des 
Apollons chrétiens et des saints 
Ganymèdes

mène dans le silence d'un éternel matin

ce qui les possède et qui déjà me défriche.

Le génie brille aux yeux des cerfs, au front des biches

un lasso de rubans brille au cou du jaguar

et les lions sont coquets et doux comme l'ivoire

Autant 
Votre 
Indéterminé 
Amour pour moi tient bon autant le mien s'avance respectueux de vos balcons. 
Sans doute les princesses étaient 
Dieu dans vos salles

l'impériale identité du pays est la 


Face du 
Roi 
Votre 
Indéterminé 
Amour tiendra toujours pour moi.

Mais voici revenu ce bas monde 


Hottentot 
Ah ! plaise à 
Vous qu'il ne m'atteigne. 
Ce monde est comme une châtaigne une armoire à battants mi-clos

sur certain noir.

C'est un espoir déçu par chaque lendemain ! 


Que je sois à 
Quimper, 
Saint-Benoît ou 
Paris 
Un doux habit d'humiliation m'habille. 
Il retombe de haut sur mes patientes mains !

Les deux amours - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
Quoi ! ton esprit, 
Seigneur, sur mes grabuges. 
Sur mes décombres clandestins. 
Pardon ! l'amour vainqueur ne m'était qu'un refuge. 
Déplaire à 
Dieu est tout ce que je crains.

J'avoue, j'avoue (puisque l'aveu ça compte)

j'avoue l'impudeur et la honte

la chair, harpon terrible et l'assassin

hélas ! mon 
Dieu, de tout ce qui m'est saint.

J avoue mon cœur craquant pour d'autres que pour vous

Ah! 
Soyez-moi l'asile des vieillards et des fous.

Déplaire à 
Dieu est tout ce que je crains.

Plate est la vie sans portefeuille

nul compte en banque

plate est la poche comme feuille

aux revers du veston voici passer les crins

rien qui ne manque.

Déplaire à 
Dieu est tout ce que je crains.

Je prie qu'au moins cet amour me délaisse l'âge n'est plus pour moi des aubes et des nuits. 
Je prie ! si l'âge et 
Dieu veulent que l'on engraisse qu'aux gibets de 
Vénus on préfère l'ennui.

Les 
Deux cavaliers sur la plage un grand arbre est sur le chemin l'amour balaie le rivage la mer attend leurs destins.

Tu souffres si je t'abandonne je souffre en restant près de toi. 


L'amour passe comme un cyclone au vent le chêne reste droit.

M'entendre dire que je t'aime est le plus grand bonheur pour toi et te le dire est un blasphème au nom de 
Jésus mis en croix.

L'Amour, l'enfer, m'épouvantent les deux cavaliers sont morts, on voit leurs chevaux sur la lande la nuit quand il
vente très fort.
Dieu pendu, 
Dieu vivant je puis parler encore. Étouffement n'empêche de penser. 
Mon âme est 
Dieu, celle que tu adores, mon âme est 
Dieu, écoutez-moi, vivants. 
Pardonnez tout ; le crime et l'adultère, voilà ma loi, la loi que 
Dieu nous donne. 
Prenez-les comme je vous pardonne. 
Voici la loi : la 
Vierge est votre mère. 
Saint 
Jean l'aimant recueille-la chez toi, comme en tous lieux la 
Vierge débonnaire sera reçue comme âme des vivants. 
Et vous 
Dieu 
Père n'abandonnant pas la terre, la terre crie : ne m'abandonnez pas ! dans cette nuit où la 
France se terre, je dis, mon 
Dieu, ne l'abandonnez pas. « 
J'ai soif»... mon 
Dieu ! ce qui vous désaltère, c'est notre amour au vôtre répondant. 
Regardez donc au fond de mes artères, c'est votre nom qui coule avec mon sang. 
Tout est accompli, parole dernière. 
Vous avez soif ! voici que je vous offre, mon 
Dieu, mon corps jadis créé par 
Vous, qu'il n'y ait plus de zone limitrophe entre la croix et mes pauvres genoux. 
Mon 
Dieu ! j'ai peur !... ne vois-tu pas ta mère comme un métal par le chagrin raide. 
Mais son absence n'empêche pas qu'opère sa grâce en toi selon ton appétit.

Depuis ce temps je vais au 


Saint 
Sépulcre : pleurer l'amour de mon 
Dieu torturé. 
C'est dans la grotte où l'esprit nous embusque qu'il faut aller quérir la vérité. 
Est-ce la place de 
Dieu sur cette dalle 
Voyez un peu l'étrange événement. 
Dieu quittant tout, ses couronnes pour venir là mourir comme un dément. 
Vous, habitant des siècles de la terre, vous qui naissez et mourez en pleurant, tournez tournez les yeux vers le 
Calvaire, et jusqu'au jour du 
Dernier 
Jugement.

Le 
Dieu pendu ! c'est un cadavre ! 
Les yeux vitreux et l'épaule en avant, dehguré par le fer qui le navre, les mains tordues, détendues et plissant 
Isous les clous], le corps marqué par les coups de lanières. 
Jusqu'à ce cri, il était bien vivant ; la vie de désir est partie d'un seul coup, reléguée aux rester debout car c'est
bientôt jour de 
Pâques fleuri.

D'où ? et d'où ? de partout ! je suis la connaissance ! la terre ? un diamant que les 


Dieux ont taillé et pourtant « 
Je » suis là au milieu des essences et des êtres vivants venus pour batailler. 
L'Esprit c'est 
Prométhée sur ta cime, ô 
Caucase vous anges ou démons, regardez-le de loin. 
J'aurais voulu toucher les pieds de cet esclave quand j'approchais de lui ce fut l'Autre qui vint. 
Prométhée dit : « 
Non, non, je suis l'arbre de science. 
Le chêne de 
Dodone est un métal de lance... 
Mes feuilles dans le vent disent tous les secrets. » 
Quand j'approchais de lui l'Autre me dit « 
Pleurez ! » 
Ce n'est pas de partout qu'arrivera la 
Science mais d'un 
Seul 
Corps ami qui fait corps avec vous. 
Non, non pas de 
Caucase. 
Amour et révérence le seul 
Sang d'une chair que l'on prend à genoux. 
L'épaule de 
Jésus, vous y mettrez la tête et 
Ses cheveux feront de l'ombre à votre cou laissez les agneaux d'or d'Apollon chez 
Admète il n'est qu'un seul agneau qui guérisse les fous. 
Cet agneau c'est un homme et cet homme c'est vous.

Douleur de la sainte vierge - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Reine d'une éternelle couronne

il faut bien que je vous pardonne.

Des gendarmes ! où menez-vous cet innocent ?

Pourquoi le tirez-vous à la corde ?

Savez-vous le prix de son sang

versé pour qui vous n'avez que mépris

sans miséricorde ?

Craignez son père le 


Saint-Esprit.

Vous me prendrez pour presque folle

si je vous dis que c'est un 


Dieu

que vous emmenez aux lanternes.

Pourtant je le jure par ces yeux

qui l'ont vu naître en la caverne


il est mon fils, il est mon bien.

Rendez son garçon à la mère, rendez à la foule son 


Dieu.

Prenez-moi plutôt à sa place

femme si pauvre et bonne à rien

prenez 
Marie reçue en grâce.

Reine d'une éternelle couronne

il faut bien que je vous pardonne.

La forêt de l'enfant perdu - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Dans le bois des enfants perdus où l'on n'entend pas de prières nous jouons au « cheval fondu » aux « quatre
coins » dans la clairière, nous cherchons 
Dieu.

Tu cherches 
Dieu, chacun cherche et s'ennuie. 
La dame folle est sur son canapé. 
Tant sont mouillés ces bandits alanguis ! 
De quoi son homme était-il occupé ?

Tu cherches 
Dieu comme on cherche fortuni heurtant du bec à l'azur de la lune ou de la main au rempart du bureau ... en
pyjama sur le pont des bateaux ? nous cherchons 
Dieu.

Kabir, 
Hafiz, 
Ram et 
Tagor ** les moines du 
Temple d'Angkor furent gens de 
Sainte liesse. 
Par 
Dieu ! que 
Jésus les connaisse ! 
Et les 
Saints rabbins mes aïeux. 
Ils cherchaient 
Dieu. 
Tournant, virant, atrabilaire — de 
Dieu l'école buissonnière — dis-mo,, frère des gens perdus, assis sur un monceau de pierres serait-ce pas
malentendu si ton âme reste en jachère ? 
Hommes trop joyeux ou revêches dans vous-mêmes innovez la 
Crèche pour récupérer l'innocence : vous aurez votre délivrance en trouvant 
Dieu.

Frappez sur mon briquet

pour dénicher votre lumière

Mon 
Seigneur ! quotidien et sitôt égaré.

L'habitude et l'ennui, l'orgue thuriféraire

les bavards qui jouent de votre nom au bilboquet

les monstres osmotiques, les diables camarades

brouillent sans se lasser vos empreintes en moi

ne pouvez-vous laisser au soleil de vos rades

mon trois-mâts et ses voiles dorées du 


Saint-Esprit.

Vous, prêtres, pour enfants prêchez des gentillesses

recommandez en chaire la gaieté, la richesse !

« nous avons au 


Sacré-Cœur l'Almanach 
Gotha

et des échantillons du 


Golgotha dans le 
Bottin

qui n'a pas sa fleur artificielle et sa médaille ?

Que la mort noire de 


Dieu s'en aille ! »

Seigneur ! clouez ma porte avec des planches

et fermez le portail en bas.

Enlevez-moi ce téléphone d'avalanche.

Je ne saurai rien d'ici-bas.

Ange du 
Jugement prenez votre trompette

et que s'approchent de moi l'amour et le néant

quand vous n'entendrez plus le bruit de mes défaites


j'entendrai pour jamais celui de vos amans.

Gloire au 
Père céleste au-dessus des monts

au-dessus des monts, au-dessus des mondes

Père du créé, créateur, 


Perfection

dont la copie est l'humaine création.

A vous je confie cette méditation

il s'agit de savoir dans quels buts

nous sommes à côté des démons 


Belzébuth

pourquoi il connut nos noms sur terre

et ce qu'on est venu y faire.

Dieu nous a mis ici par charité

pour nous faire participer à sa bonté

c'est beaucoup d'Honneur. 


Il nous promet en partage

du mieux futur si l'on est sage

de pire en pire si nous courons

au lieu de recueillir son sang et son pardon.

Par tous les bouts nous tenons à 


Dieu

avant la naissance après le dernier adieu

nous tenons à vous mon 


Dieu.

Tout le reste n'est que foutaise

chercher l'argent, la gloire, chercher les aises.

Qui nous a mis là ? qui nous en tirera

ce n'est pas le voisin ni le gendarme

c'est 
Dieu. 
A lui nous devons tout

qu'on s'y prenne comme on voudra


il n'y a pas de doute pour celui qui n'est pas fou

à moins de croire qu'il n'y a rien du tout.

Mon 
Dieu nous 
Vous devons tout.

Or il nous a tracé le chemin

qui peut faire de nous des saints,

il l'a dit dans les Évangiles et dans les commandements.

Voilà ce qu'il faut pour être mon enfant.

S'il l'a dit c'est que c'est important.

Et en effet qu'y a-t-il de plus grave

que d'éviter l'Enfer, son supplice et sa cave

puisqu'il est éternel et la terre est passage

qu'y a-t-il de plus gentil

que de vivre avec 


Toi dans ton beau 
Paradis.

Et si cela est ce qu'il y a de plus grave

c'est donc le sens de la vie que tu as vu.

Le sens de la vie c'est la mort

la mort et la qualité de ton sort.

Il faudrait y penser plus souvent

et ne pas vivre à l'évent

comme font la plupart des gens.

Golgotha - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

J'aime à penser à 
Votre 
Cri

sur ce bois.

Il a fait grimacer le démon de la terre


la terre en grimaçant a rendu de vieux morts.

Il a fait grimacer les colonnes du temple

le 
Rideau s'est fendu la nuit sous ce tonnerre

le cri de mort de 


Dieu a fendu le cou roide

et grimacer la nuit qui s'agaça d'éclairs.

Voici au cri d'amour la lance de 


Longin

réservoir du ciel épandez-vous sur moi.

Je n'ose regarder et j'ose recevoir

Dieu parlant, 
Dieu mouvant : je m'étonne et je crois.

Du haut des hauts, le 


Haut est aussi le très bas.

La mort est donc céleste pour la première fois.

Hymne au soleil - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Poussez l'ange malin par la porte béante

le béat, le méat, l'abbé hanté me hante

quand sur la tour rouillée, plantée de mille plantes

coupant l'ouate des nuits il apparaît, la honte

de la plante des pieds à la poitrine monte.

Ton corps est comme un arc bandé.

corps de partout : est-ce que vous m'entendez ?

Mon 
Allah, mon 
Bouddha, mon 
Cingbras 
Manitou

(Je n'y pige que dalle.

Voilà qui m'est égal.)


Je suis la valse lente

en pensant à nous deux.

Tu es bon, beau, dévoué et toujours heureux.

Et moi je suis souillé, pas beau, l'égout collecteur.

La crise de la joie dans le rideau des arbres

mais l'image est dans l'étang noir.

Ouvrez-vous pour laisser passer les nénuphars.

Il adosse la tête au coussin de l'amour.

Le 
Créateur ! 
Cloué, accroché d'air et viande

au croc des hommes à qui les démons le demandent.

Il adosse la tête aux douleurs de l'amour.

Il pense et l'univers passe dans ses yeux noirs.

La race des racines et la guerre des races

L'œuf ou nid du serpent machine et tourbillon.

Les destins de l'histoire or et noir sur le front.

Qui cache 
Dieu 
Son 
Père et les 
Anges armés.

Il adosse la tête au bois côte sacrée

et la fièvre et la soif les quatre plaies brûlantes.

Il pense et l'Univers l'écorche et le tourmente.

Nul ne sait l'univers comme 


Lui :

« 
Je suis la 
Trinité et le 
Verbe infini

La victime et l'immortel sang de 


Golgotha 
Je connais chacun : l'on ne me connaît pas 
Mon supplice tordu vous épargne l'enfer 
Pendant que, pauvres gens, vous me creusez de fer. 
Elle monta vers moi votre suite d'Histoire 
Elle redescendra dans les plis de ma gloire. 
Et tout s'arrêtera quand 
Dieu l'a décidé. »

Il est bien vrai que je sais que je meurs

en quelque endroit du monde où je demeure.

Sera-ce en l'eau mouillée par gorge bue

sera-ce en l'air et d'avion descendu

sera-ce en terre désastre de mine

en route, en rue et par mains assassines

par guerre et feux ou par gaz asphyxiant

en paix du lit et 


Jésus-Christ fixant.

Il est bien vrai que je sais que je meurs

en quelque endroit du monde où je demeure.

Vois dans ta vie ce qui peut réjouir 


Dieu

ce qui de toi peut mériter ses yeux

or il ne voit que luxure et colère

enfer de vie vaut enfer de la mort

confesse-toi : « le désespoir te mord ! »

Il est trop tard pour avoir temps de plaire.

Du bon larron tu n'as pas l'innocence

ni cette foi qui donne connaissance ?

Si j'avais su ce que c'est que mourir.

Il n'est pas un filet d'onyx

sur l'agate d'une planète vrombissante

qui n'ait été l'usufruit

du 
Dieu de mon crucifix.

Pas une flamme de bombe


dans la ténèbre qu'on appelle azur

qui ne soit à la poursuite de ton exequatur.

D'un pouce il peut éteindre

cette bougie appelée soleil

(soleil tu n'as rien à craindre).

Le plus grand transport militaire

le 
Westminster

que l'on renomme

contient mille huit cent soixante hommes

soufflant pour calmer la tempête

chacun dans une autre trompette.

Ça n'est pas beaucoup plus qu'une allumette.

Derrière l'étoile biseautée, coincée de malheur ou bonheur

Dieu regarde chaque goutte de sueur, rosée !

Un moine dressé sur des sabots

pour parler au 


Saint de la crypte et de l'ombre !

les yeux baissés du moine ardent

entre balèvres et redans

sur le 
Saint qui dort en sa tombe

Dieu d'un doigt soulève un rideau.

Le 
Saint est arrivé au port

le moine n'y est pas encor.

Le rideau tombe.

ardin botanique - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Qu'on me verse l'eau de nafé ! 


Qu'on verse le vin de 
Jésus ! et la plante de la grâce fleurira pour mon salut. 
Il faut l'engrais des merveilles tes yeux, ton sang, tes oreilles ! ta barbe devient la mousse tes ongles seront
racine tes genoux seront la gousse où se forme l'aveline. 
Mon 
Dieu voici ma carcasse pleine et grasse et propre et rose qu'on la change en votre grâce puisque mes larmes
l'arrosent.

Je n'ai jamais pu comprendre

quoi que ce soit.

Bien que rien ne puisse descendre

en moi

je crois pourtant, je crois, je crois.

Je sens autour de mes reins

l'éternité de l'enfer

et de la tête jusqu'aux seins

Ton 
Paradis, ô 
Dieu, me prend comme la mer.

C'est comme le soleil du matin

qui défait les nuages fous.

Aux tempêtes assiste de l'entre-deux un marin

qui est moi et je remercie à genoux

quand la fumée a le dessous.

Je suis habité - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Jésus ! vous avez préparé le palais vert de la nature pour les hommes et vous avez groupé les animaux. 
Vous avez illuminé l'azur et vous avez mis l'air frais toujours nouveau. 
Vous avez répandu l'esprit dans l'univers et vous avez donné aux hommes le cerveau. 
Vous avez inventé auprès de la souffrance si nécessaire à l'homme et qui fait progresser l'habitude, la prière, la
force et la prudence

qui la fait supporter. 


Jésus ! vous avez mis votre exemple sur terre et vous avez laissé les avis du salut. 
Vous avez déposé le 
Sang-Esprit lumière qu'on doit avoir en soi pour être votre élu. 
Et puis vous êtes là pour surveiller le monde tant que le monde ira vous serez près de nous par votre ange et
par vous la nature est féconde et c'est à vous qu'on doit ses aspects grands et doux par vous aussi le bien
triomphe sur le vice synonyme d'intelligence est la vertu. 
Par vous l'une et l'autre complices finissent par chasser l'œuvre du mal têtu. 
Vous m'avez appelé un jour dans votre église vous m'avez consolé, vous m'avez désigné le vrai chemin hors des
marais où l'on s'enlise et vous m'avez reçu quand les rois me chassaient. 
Depuis que je 
Vous ai, oh ! que la vie est douce ! 
Une prière ! et tout me vint en un moment le chagrin n'est plus qu'une leçon jalouse d'attendrir mon cœur pour
son perfectionnement.

J'étendrai mon esprit du pavé jusqu'au dôme

mon amour creusera le terrain sous vos pieds

mon amour fumera tout en haut des colonnes

et les autels de 


Dieu en seront émaillés.

Voyez ! j'ai parsemé des gestes les plus tendres

pour l'aplanir

la dalle où vous devez venir

comme un enfant qui va des genoux et du ventre.

Je suis un brasero dont 


Vous soufflez la braise

et mes pensées poissons sautent de la fournaise

des matelas de crin de l'animal instinct.

Velu, crotté, peureux l'homme est dans les égouts

embroché parqué dans ses frontières

les purins de cadavre lui montent aux genoux

il maquille des , il parfume de loin sa misère

ô l'éternel malade des landes, de ses toisons

d'où s'entend la voix basse des trahisons.

Or, petit que je sois derrière mes cloisons j'ouvre mes deux poitrines

c'est pour nourrir un arbre aux sanglantes racines.

Ses feuilles cacheront 


Ton 
Visage, ô 
Saint 
Discret.

Mais les décombres du mien moi vivant enterré


tout seul recevront sous la voûte des branches.

Je vous dois l'air que je respire et la lumière que je vois

je vous dois l'été après lequel j'aspire et je vous dois l'eau que je bois

je vous dois le ciel bleu, les plaines, les monts, les bois

je vous dois de parler, je vous dois de comprendre

je vous dois ce corps plein de chaleur

je vous dois ces deux mains qui se meuvent pour prendre

et ces deux pieds agiles et ces yeux enfantins

je vous dois mes bonheurs et mes heureux malheurs

le droit de travailler et de rire à mes heures.

J'admire la nature, de la cime au brin d'herbe

tout proclame 
Ta 
Force et tout vient de 
Ton 
Verbe.

Mon 
Dieu, il n'est pas dans l'univers un son

qui ne s'échappe sans votre permission

il n'est pas un cheveu qui ne tombe sans vous

et nous devrions 
Vous bénir tout le jour.

J'ai pleuré, j'ai souri au travers de mes larmes

j'ai donné à chacun, je me donne pour l'art.

Voici mon sang : prenez ! 


J'aurais donné ma vie.

Laudes - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le soleil est ta poitrine 

la lune est ton appui-main 

tu soutiens avec la main les hommes sur la terre marine.


Les étoiles sont tes oreilles tes yeux, tes ongles, tes bras les hommes vivent sous tes orteils et la terre est ton
estrade.

Tu as déconcerté les démons par ta beauté car tu es beau comme un pistil. 


Ton sabre du fourreau tu n'as plus à l'ôter la peur les fait tenir tranquilles.

Tu habites le front des meilleurs leur cercle est comme ta guirlande. 


Pourtant des plus mauvais tu es le créateur et tu te tiens dans le regard de l'innocence

la neige est ta couleur l'azur est ta clarté tu nous donnes l'amour sous le nom d'Astarté.

Longues nuits sans repos de la prescience les longs jours sans repas de la mère assise. « 
C'est vrai que le 
Dieu mon fils meurt et meurt et le ciel est si loin, si long le 
Temps de rejoindre ce 
Dieu fils. 
Bourg anobli par nous, famille de menuisier, j'irai tâtonnant vos murailles éternelles, aveugle et sous la nef des
ordres de 
Iahvé. 
Voici le groupe des forçats la nuit dans la ruelle. 
Mon fils, le plus petit des trois. 
Que vous avait donc fait mon gars pour qu'ainsi on l'attelle. »

Je la paie d'un deuil la 


Sainte volupté d'avoir vécu trente ans sous le regard d'un 
Dieu. 
Il est mon sang, mon âme, mon œil et ma pensée. 
Le génie et l'amour ne vivent jamais vieux. 
Mon ventre l'a porté, c'est de moi qu'on l'arrache. 
Bourreaux coupez aussi mon ventre avec vos haches et vous le bataillon aux lanternes de crime piétinez les deux
bras de la mère victime.

Louange - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Les astres sont tes ornements

Ils sont aussi tes armes

avec lesquelles tu blesses les démons

avec lesquelles tu fais tomber de congestion les mauvais arbres

De ton 
Corps qui est comme une fleur

tu nourris les faibles croyants meilleurs

Pendant les déluges tu mets à l'abri

Noé pour qu'il crée la vigne esprit


Tu caresses du pied le globe et les planètes

et tu piétines le noir 
Satan malin et bête.

Tu sauves de lui celui qui t'attend

Tu le balances un moment au-dessus du printemps

pour le pâmer au 


Paradis extatiquement.

Gloire à 
Ta 
Bouche

dont le souffle

fait éclater les bourgeons

gloire à 
Tes 
Mains qui bénissent les fronts

gloire à 
Tes 
Pieds qui ont marché sur les eaux

gloire à 
Ta 
Grâce qui fait de moi ton roseau

gloire à 
Ta 
Grâce qui m'a surpris

plus humble qu'une antilope, plus orgueilleux qu'un génie.

Luxure, tu te connais là.

Démons, regardez mes yeux

et la transfiguration.

Si c'est 
Dieu qui donna sa figure à la mienne

est-ce pour l'échanger à celle de 


Satan ?

« 
Qu'il était beau dans sa métamorphose »

et qui parle sinon le vice

qui regarde son complice.


Avec certaines poivrades

que tu cueilles dans les rades

tu t'abîmes tant le goût

que rien d'autre n'a de goût.

Où va le train que tu mènes

qui te mène de ce côté.

Les roues à tes tempes bourdonnent

et c'est la cloche qui sonne

sur les deux rails des damnés.

Dans les arbres de la plaine

je ne veux pas l'entendre encore

le cri de 
Sainte 
Madeleine.

Le magicien lunaire - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Émerge des faunes et des flores

et du fond des lunes bleues

des algues et des météores

puisque tu es plus vif que la lumière

et plus rapide, follet, je t'enverrai dans l'éther

porter mon étreinte.

Mon étreinte est une racine tangente

c'est une étreinte de plante.

Porter l'étreinte à celle qui ne m'attend pas,

et que j'attends. 
Emerge du fond des lunes lentes.

Quel génie défunt es-tu ? 


Devenu fée

La volonté des morts devient follet


Celui qui t'apporta est-il le dieu des grandes marées

des tempêtes qui donnent la fièvre aux ports

est-il le dieu des guerres et des échauffourées

qui font sortir les esprits rustiques des fourrés ?

Je t'envoie aux mines de diamants

aux dieux pour le pardon

aux esprits pour qu'on m'aide

car vous allez par grappe et par épis

De mon cerveau faites pour vous une ruche

c'est plus beau que d'être riche

Ô mon follet la 


Kabbale te dessine

et te voici rôdant sur mon papier

avec tes airs d'assassin d'assassine

et ton sourire de grâces en acier.

Matin d'été - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Grandes nuées reculent et le plus bleu s'approche

l'infini palpitant se réduit

à n'être plus que l'épiderme rose :

Dieu, le pain levé, le pain cuit,

c'est l'Esprit qui cerne les roses

qui donne aux vagues le nocher

et qui guérit de l'amaurose

le conscient granit des rochers.

Esprit 
Dieu, c'est 
Toi qu'on respecte

dans l'orchidée et dans l'insecte.

L'Esprit 
Dieu c'est la bouquetière

portant l'univers en plateau

mais pourquoi la griffe au râteau ?

l'incendie ? le naufrage en mer ?

C'est le dossier du 


Saint-Esprit

les collines

et les toits sont des chaufferettes

pour les talons de 


Jésus-Christ.

Rivières sont escarpolettes

Son 
Eventail, les bois taillés

« 
Monsieur paraît bien optimiste

« riposta le village triste,

« cil oscillant sur le sillon

« — 
In excelsis ! village blond,

« non pour l'espace et la durée

« l'acide oxalique et l'urée. »

Mousse a la mouche, la cressonnière

a le crapaud, le bois de l'île a les vipères

et sans repos.

Le fleuve est un roi fainéant

qui des villes jusqu'au néant

mène la peste aux vertes marges

le docte canal prend en charge

des gibets jusqu'au firmament.

Eh ! quoi le terrible 
Satan

pour rendre le malheur plus tentant

créa les fards


imitant 
Dieu en ses ukases

lequel a fleuri sur la vase

le nénuphar. 
Deux hommes posent deux échelles au cœur voluptueux d'un pommier échelles ont même
sommier quel est celui de leurs femelles. 
Anges ne posez pas le pied sur les cous, nos coupes coupoles ce sont coupantes casseroles. 
Craignez nos croupes, nos croupiers. 
Restez aux sphères d'auréoles.

Méditations - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le « 
Je », le « 
Toi » quelles sont ces personnes.

Il y a « 
Toi » et le « 
Toi » c'est le 
Tout.

Changements de rideaux, changement d'Océan.

Tout n'est qu'illusion mais rien n'est le néant.

Tout meurt et vit encore. 


On dirait que 
Dieu joue.

Tout naît c'est toujours le 


Un qui est le 
Tout.

Le 
Tout est un piano muet sans ta mélodie.

Tu es l'Un ! le monde est 


Ton 
Encyclopédie.

Je suis le moi pourtant et ma race est ma race.

Infatigable 
Dieu, la douleur me terrasse :
où es-tu ? 
Si je mens qu'est-ce que je corromps ?

Je détruis en péchant 
Ton domaine mais... 
Ton 
Nom.

Vous m'avez choisi comme un saphir

moi qui n'étais bon qu'à languir

n'ayant plus rien sinon le choix

que vous daigniez faire de moi.

Maintenant vous venez, ma vie !

Maintenant vous partez, ma mort !

Vous guérissez mon ophtalmie

en mêlant l'Esprit à mon sort.

Qui se plaint de la lune qui paraît et s'évade ?

Mais quand s'en va l'Esprit l'univers rétrograde

et quand 
Vous me quittez, le sang quitte mes veines

Vous ne pouvez, mon 


Dieu, nous porter sans qu'on meure

Je préfère comme 
Jonas en la baleine

vivre en 
Vous plutôt qu'ici en maraudeur.

Videz-moi comme on fait l'amphore par les anses.

Mangez-moi comme 
Christ a voulu qu'on le mange

et je n'attendrai plus, verrouillé par l'attente

de la grâce, à l'orée des étoiles filantes,

et je n'attendrai plus que vous sortiez des deux

puisque j'y brillerai comme pleurs dans les yeux.

Comment parler quand 


Dieu nous éclabousse ? 
Ne pas crier quand l'amour nous y pousse ? 
Est-ce penser lorsque point on ne pense est-ce pensée ceci : 
Votre 
Présence ? 
Est-ce pensée ce qui n'a pas de mot est-ce souffrir ou joie d'être aussi haut ? 
Est-on chez soi quand on y est un autre est-on chez 
Vous quand 
Vous êtes notre hôte est-on sur terre et dans l'air à la fois ? 
Qui se déborde : est-ce 
Vous ? 
Est-ce moi ? 
C'est vous ou moi cet arbre que j'émonde. 
Suis-je un îlot qui bientôt va se fondre ? 
Mais un îlot n'est fait que de frontières. 
Toi cœur empli comment vas-tu te taire ? 
Et maintenant que je suis muet que dire ? 
J'ai passé l'eau sans avion, sans navire.

Berger, c'est à la fois l'Agneau

A la maison là-bas la 


Dame immaculée

filait la laine blanche, elle filait tes jours.

Berger, contrebandier de la pensée du 


Père

Berger tu seras pris par des vilains soldats

et comme on a saigné tes agneaux de la 


Pâque

tes membres seront saignés par les clous de la 


Croix.

Les arbres amoureux étendaient leur feuillage

quand printemps éternel tu passais à leur pied

les bêtes s'écrasaient comme des gazons tendres

et les grands animaux se hissaient pour te voir.

Ta mère à la maison, pendant toute la journée

s'inquiétait : « 
Que lui font ces gens qu'il a bénis ? »

Celui qui a inventé le 


Succès dans la faillite

bonheur sans la réussite


richesse dans la misère

l'humiliation comme un douaire

la fuite de ce qui luit.

Gloire à 
Lui !

Non ! 
Dieu n'est pas un pardon.

Il est don.

Il est coffre de l'Esprit

et buffet à provisions

Il est fruit et usufruit.

Sa 
Porte a des clefs secrètes

mais chacun peut s'en servir.

Pas besoin d'être un athlète

un prophète, un massorète

un fakir.

D'un petit 
II fait un 
Grand

Il parle au sourd qui 


L'entend.

A l'aveugle 
II se fait voir

donne à l'ignorant 
Savoir

l'enlève à qui croit l'avoir.

Tu mets des fenêtres à mon cœur « 


Sors de là afin que j'y entre « je suis amant, je suis voleur « je suis trésor et sycophante. »

Encore du monde ! encore des gens ! encore des propos qui me lassent ! 
En qui fuir les déguisements. 
Il n'y a plus de vasistas. 
Le miracle de l'eau rougie * défait par l'horrible miracle du monstre monde qui surgit. 
Plus 
Toi ! plus moi ! c'est la débâcle !
Si je ne suis plus rien, je suis vous.

car il n'y a pas de néant puisque vous êtes tout.

Vous avez pu détruire le moi mais non le vous

qui est en moi. 


Si vous êtes moi je suis tout.

A quoi as-tu renoncé ?

Je n'avais pas à renoncer

puisque je vous attendais.

Tu as brûlé mon cœur

avant que j'eusse un cœur.

Et tu n'as rien brûlé

puisqu'il n'y avait rien à brûler.

Les ceps du 


Seigneur

les tire-bouchons, les échalas de ces douleurs

la terre comme coteau de dames, de messieurs

fixés, brûlés, aboyant des interjections

poussant sur leurs déjections

Ah ! terre sans voirie.

Tu te tords, voisin du purgatoire !

Un grésillement d'étincelles et l'air

est d'autre couleur. 


Un cri derrière :

C'est le pape !

La débandade se courbe en nappe.

L'onguent meilleur des anges : seau d'eau

une antique parfumerie chaude.

ô charbon ! je n'entends rien de plus

que le vent, le vent et la pluie.

Rien de moins ou de plus encor


Ô charbon ! le vent et la mort.

Quel lot j'ai gagné à la 


Loterie ! 
Dieu m'a décoré de sa chevalerie pour l'Éternité et pour aujourd'hui ! 
Il est siècle et jour ! 
Il est jour et nuit ! 
Il est un génie qu'on appelle, 
Il vient, comme faisaient aux contes les magiciens ! 
Pourquoi 
L'appeler puisqu'il est présent. 
Il est sans parole et moi je 
L'entends. 
Il est sans regard, son regard je sens vrillé dans mes yeux, vrillé dans le mien. 
Il m'enveloppe de son blanc tissu 
Il ne me laissera plus. 
Je suis saisi par 
Cet 
Insaisissable. 
Il me ramasse contre 
Lui mange près de nous à table et le soir 
II borde mon lit.

La 
Science est un fruit qui altère

la science ! une herbe qui démange.

Vieux bachelier de 


Salamanque

monte une branche, une autre branche,

comme le singe à bouche amère.

Prends garde que le pied y manque.

Allons, tu n'es plus au courant !

écarte les feuilles couvrant

le tronc de l'arbre et les écorces !

L'amour te donnera des forces.

Bois le suc à l'arbre de vie

Ivrogne, bois à ton envie.

« 
Je suis là-haut ! je suis aux cimes.

— 
Que vois-tu là-haut ? — un abîme !
— 
Que vois-tu du haut de la gloire ?

— 
Je vois la terre en entonnoir.

— Écoute, descends ! viens ici. 


Connais-tu pas le 
Saint-Esprit ? 
Tu n'avais plus de père et mère 
Prends-en trois : 
Marie la première 
Innocent tu seras sagace

Seul tu auras des compagnons. 


Tu seras 
Savant par la 
Grâce 
Vainqueur par la bénédiction. »

Le 
Sang s'évapora, monde esprit du 
Cosmos

le 
Sang cuit dans la 
Chair du 
Dieu et jusqu'à l'os.

Les sentiers étaient fous comme en un clair de lune

les arbres calomniaient du haut de leur tribune

le 
Dieu qui s'ébréchait suant une agonie.

Un sabbat invisible ! et dix mille 


Erinyes

écrasant l'Écrasé pour vendanger le 


Sang.

Les feuilles s'éployaient pour maudire 


Un 
Passant

et des poisons, brillant dans l'herbe,

avant le juge auraient voulu tuer le 


Verbe.

Le démon fait la roue dans les oliviers tors

ne sachant que sa mort à lui est 


Cette 
Mort.
Écoutez le soufflet des 
Côtes dans la 
Sueur.

Un gendarme disait : « 
Cours chez l'équarrisseur ! »

Il est à vif! ce pandémonium sur l'épaule,

la 
Croix, désigne l'ouest et pointe à 
Sa 
Boussole

un ciel pétri de charité et de raison.

La croix sans foudre et 


Dieu qui sortait de prison

or le sang s'élargit tout autour de la terre

et d'un éther nouveau enveloppa nos frères.

Mon âme est en bois

comme votre croix

Apportez les clous elle s'éveillera.

Apportez les clous, la lance et l'épine le soldat romain vidant sa gamelle. 


Apportez l'éponge et la discipline 
Mon corps couvrira le mal de vos yeux. 
Apportez 
Judas et les pleurs de 
Pierre. 
Apportez la tombe, apportez le suaire vous vous réjouirez d'aimer votre 
Dieu.

Comment connaîtrais-je mon âme

si c'est l'inconnaissable 
Dieu qui est sa lame ?

Regarde-toi ! il est le 


Dieu, l'inconnaissable.

Comprendre est surmonter, il est insurmontable.

Regarde-Le, c'est 
Toi ! et pourtant il te fuit.

Et tu ne te vois pas, bien que tu ne sois que 


Lui 
Ta parole n'est pas divine
c'est son souffle pourtant qui passe en tes narines. 
Je sais bien que mon œil humain n'est qu'ébauchoir 
S'il regarde par 
Lui qu'a-t-Il besoin de voir ? 
Demanderais-je à 
Dieu d'être tout à fait 
Lui 
Quoi ? ce serait la mort et tout homme la fuit. 
Demanderais-je à 
Dieu de devenir moi-même ? 
Si je n'étais pas 
Lui, se peut-il que je l'aime ?

Mère en deuil - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Qu'y a-t-il de nouveau dans cette rue ?

Qu'y a-t-il dans cette maison ?

C'est la mère du jeune prophète

qui est à l'agonie, la mère au prophète ! et qui perd la raison

Le jour est venu ! le jour est venu où toute pierre s'est fendue le jour que le soleil refuse.

Couronne soit au 


Paradis

au jeune garçon du voisinage

celui qui du verdict a porté le message

quand la mère martyre vint à l'agonie !

Couronne à la femme qui tient une chandelle

à celle qui présente une fiole,

qui va et vient dans la maison

et qui défait le saint corsage

quand la mère perdit la raison.

« 
Qui va là si matin ?
disait le sanhédrin.

— 
La mère du 
Sans 
Péché pour le recours en grâce !

— 
Rien à faire pour ce gredin à ces gendarmes adressez-vous » 
Ces gendarmes l'emmènent

la croix au dos, la corde aux reins, la croix au dos, la corde au cou.

Métal aimant - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Douze béguines sont venues les cheveux tors, les mains tordues. « 
Mon 
Dieu vers quelles hyménées vers quels orages nous menez ?

— 
Je suis doux et dévastateur

je tords les poignets de mes sœurs.

— 
Par le rabot et par la gouge et sous les arbres des forêts, chez l'écureuil et le furet

vers les étangs de poissons rouges vers quels orages nous menez ? 
Mon 
Dieu vers quelles hyménées ?

— 
Remboursez-moi, filles mains liées par votre rabot, votre gouge

alors je vous donne un collier de discours, de cires, de maux fondant les esprits animaux. 
Qu'il scelle et brûle vos poitrines ! ceux que j'aime je les burine 
Je suis doux et dévastateur 
Je tords les poignets de mes sœurs

— 
Métal aimant ! métal aimant ! attirez nos âmes-substance attirez-les hors et dedans. » 
Hors du puits noir 
Dieu les tira

« 
Miroir fais voir ma ressemblance ! »

Vous, père et mère, amis que j'aime,

regardez-moi, regardez-moi.

Vous ne me reconnaissez pas


je ne me connais plus moi-même.

NoËl - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ô mon 
Dieu, si tu penses, tu crées

car ta pensée est si forte qu'elle s'objective aussitôt

ô mon 
Dieu, si tu te penses

c'est ton 
Fils que tu crées

et comment ne te penserais-tu pas ?

Ô mon 
Dieu, si tu souhaites la perfection des âmes

c'est la 
Sainte 
Vierge que tu vois

et la voyant tu la crées sans cesse

et comment ne souhaiterais-tu pas la perfection des âmes

créées par toi

ô mon 
Dieu si tu penses, tu crées

il 
T'a suffi de penser la nature pour qu'elle fût

et qu'aurais-tu pensé ?

Ayant pensé la nature, tu pensas à son

miroir, à son reflet, à son témoin

à 
Ton miroir, à 
Ton reflet, à 
Ton témoin

et ce fut l'homme.

ô mon 
Dieu que je ne sois

d'autre miroir, d'autre reflet, d'autre témoin

que 
Ton miroir et 
Ton reflet et 
Ton témoin.

On aime ce qu'on voudrait être on aime son reflet vivant, ceux du ciel aiment les gens terrestres ceux de la terre
le firmament.

Jeunesse triomphante ! capitale déserte

ma jeunesse violente et chaude en découverte,

ma jeunesse ménade et sortant du coton

où la mère prépare sa fille au 


Panthéon

oui c'est toi que j'attends, amour de mes silences.

Oui ! c'est toi que j'attends, je te donne audience

tu vis pour que je vive, or en toi je revis,

ou bien c'est la 


Beauté que j'ai toujours suivie

et qui revient à moi dans tes yeux de 


Parnasse

et je cherche la beauté lorsque je te délace.

Passeport - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

N'écoutez pas les vieux 


César

qui croient devoir passer des rondes

leur conseil est un entonnoir

leur hasard n'est plus de ce monde.

Si vous demandez à l'octroi

la clef ou parchemin de roi

présentez-vous au douanier
en casquette de boucanier.

Un aigle s'est posé sur le fronton du temple

au triomphe doré d'un empereur latin.

Pas d'aigle et de fronton, ton âne blanc va l'amble

le regard ingénu vient à bout des malins.

Enfant, vieillard enfant, sois l'enfant que tu fus.

Ce n'est pas le collège et feu monsieur l'abbé

si tu deviens colonne qui restera le fût.

Chacun nouveau 
Cadmus inventa l'alphabet.

Et quand le taxi rouge traverse la 


Concorde

regarde par-delà cet obélisque affreux

par-dessus les bâtons des agents uniformes

le nom du 
Père solidement ancré dans le ciel bleu.

Paysage entre terre et enfer - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Grande est la campagne et grand le château ce qui est devant n'est pas la pelouse mais
comme un hamac de terre et verdure 
Alléluia ! gloire à celui qui me l'a donné en réalité au ciel et en image sur la terre.

Grande est la campagne et grand le château ne te réjouis pas trop tôt. 


As-tu vu ce qu'il y a derrière : derrière la lumière est l'obscurité c'est une vallée noire
comme l'eau sale.

Et ce qui soutient le château derrière

ce sont des rochers sans herbe ni lierre


des rochers moins noirs et moins noirs, moins noirs que la vallée

Il s'agit de l'enfer ! il s'agit de l'enfer

ou de quelque chose de tel.

Car l'un des rochers a la plus belle

ionomie d'homme qu'on puisse voir mais des caractères vraiment infernaux or il est en
pierre, 
Dieu merci, les autres profils de rochers ne disent rien que leur noirceur. 
Comprenne qui voudra je ne comprends pas.

Premier acte de renoncement - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ce sont mes pleurs de chrétien

fontaine qui sont les tiens.

Et je bois à ton bassin

la sueur de mon supplice

l'eau d'agonie du chagrin.

Pour gagner au sacrifice.

Pour la gloire du 


Paradis

j'ai laissé ta belle naïade

fontaine, fontaine

j'ai laissé celle que j'aime

renoncé à l'accolade.

Si je gardais en ma tête

tes chers yeux couleur noisette

ô naïade brune et chauve

j'ai peur que l'enfer m'échaude.

Regarde-moi si tu veux

quand le monde est à la ferme

mais que nos yeux doux se ferment


quand nous sommes tous les deux.

Si mon œil suit ton œil

je n'aurais qu'à prendre deuil.

Je sens les démons me mordre

si je brave encore les ordres

de notre maître divin.

L'enfer est de ton côté

c'est le paradis humain.

Procession de la fête-dieu 35 - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Processionnez autour du 


Temple 
Processionnez autour de moi moi je me pioche et me contemple cherchant le feu du feu de
joie, cherchant 
Dieu près de ma fenêtre, conquérant patiemment ses yeux. 
Processionnez autour de 
Dieu 
Je suis gourmand qu'il me pénètre.

Comme on rencontre une colline 


Tu t'élèves à mon horizon. 
Qu'est-ce la terre ? une cantine puanteur et séquestration.

Processionnez ! j'attends le 


Vin 
Cataracte dans mon eau trouble ! 
Je suis métal et vous burin 
Vous, le souffle et moi le buccin et ce qui me touche 
Vous touche.

Quand 
Dieu eut inventé l'animal et la plante et la terre

qui germe et l'océan qui chante et le droit pour 


Adam de 
Lui désobéir.

Il lui dit maintenant, homme fais-moi mourir.

Et quand on eut posé sur 


Dieu mort une pierre

Dieu rejaillit et parcourut le ciel jusqu'à 


Son 
Père.

Qu'aujourd'hui et pour l'Éternité me soient chers

le miracle et 
Dieu qui m'ont révélé l'enfer

alors que cet enfer me gangrenait déjà,

sous la trompeuse gloire et tous ses falbalas.

Attablé à la vie et sans troubles remords

qui ? sauf 
Dieu ? m'aurait dit l'envers de mes décors ?

En me donnant la 
Foi, il m'a donné la crainte.

Enfer ! 
Enfer ! je puis sortir de ton étreinte.

J'allais tout doucement à la rouge fournaise

hélas ! je ne pensais la vie que pour mes aises.

Et maintenant je sais l'épouvante et les cris

qui sont pour le pécheur, en serais-je surpris ?

Enfer tu n'es pas loin, ni 


Satan qui me guette

je ne redoute pas ta fosse et tes tempêtes.

Je suis gardé par 


Dieu 
Ieo 
Haamiach,

par mon ange gardien, le délicieux cornac

j'ai les livres des 


Saints, la 
Bible, l'Evangile

les pardons de l'Église me sont un ferme asile.

Récit du graal - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
Dieu l'Immortel est comme un miroir neuf 
Son 
Fils 
Jésus est aussi beau que 
Lui : 
De ce 
Parfait chacun de nous est veuf entre naissance et la mort de l'oubli. 
Dans les siècles, dans les siècles des hommes les plus savants prédirent le miracle.

Ce 
Dieu miroir choisira son royaume

sur les charniers posera son pied nu

et restera pour tous aux 


Tabernacles.

Jésus miroir ! 
Il viendra en 
Judée

pour nous parler, nous aimer, nous aider

avec 
Le 
Sang, 
Intelligence 
Première

le 
Gras de 
Peau qui du monde est l'Esprit.

Ainsi viendra le 


Seigneur 
Jésus-Christ.

« 
Moi ! me 
Voici ! saignez 
Dieu 
Votre 
Père

et mangez-Le donné par mes vicaires. »

Le 
Sang de 
Dieu s'envola du calvaire.

D'Arimathie dont le nom est 


Joseph,

témoin, gardien et qui l'ensevelit

garde le 
Sang raclé du crucifix.

Seigneur 
Petrus ravit le vase en nef

chez les 
Romains par l'empereur lépreux.

Arimathie, c'est le connu 


Joseph.

A son neveu 
Petrus qui part en nef

donne le vase où la manne rayonne.

Or en 
Courlande ou le 
Gall d'Angleterre

au château d'If sur le mont 


Célestin

quand le troupeau des soldats, des guerriers

boit en chantant et veille sans lumière passe le 


Graal aux mains de 
Bérangère la 
Sainte 
Lance et qui pleure du 
Sang.

Perceval l'Anglais qui voyageait en 


France

fut à dîner près d'un fleuve par chance.

Pendant le vin parut une madone

portant le 
Graal et la 
Lance du 
Sang

comme un cortège et comme une soupière.

C'était la fille du logis 


Bérangère

au bord du 
Loir près d'un père vieillissant.

Le jour d'après pauvresse de forêt

dit à l'Anglais qui s'était égaré

« 
Celui qui 
Graal en or reconnaîtra « empereur roi au monde il deviendra.
« 
C'était le 
Graal et sang de 
Jésus-Christ

« la lance était le 


Sang et 
Eau d'esprit. »

Mais 
Perceval songeait à 
Blancheflor

qui songe à lui brodant au château fort.

Renoncer à l'amour de 


Blancheflor

et tourner bride au donjon de la berge !

Car le saint 
Graal n'appartient qu'aux mains vierges.

Dieu l'Immortel est comme un miroir neuf 


Son 
Fils 
Jésus est aussi beau que 
Lui 
De ce 
Parfait chacun de nous est veuf entre naissance et la mort de l'oubli. 
Sur nos charniers se pose le pied nu du 
Fils de 
Dieu notre 
Seigneur 
Jésus. 
Je suis heureux de vous avoir connu !

Rien n'est mort - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Que m'est-il arrivé ce jour-là ?

Tout mon cimetière s'est enfoncé


Tout mon langage s'est coincé

Vers quel néant est partie cette mort ?

Qu'importe à nous ? 
Lorsque le ciel s'installe

regarder ce qui reste dans la salle ?

Or dans la salle sont restés des chicots. 


De temps en temps leur infernale casquette émerge sous les pieds de 
Dieu en croix.

Sortent, ressortent du puits de nos ennuis

de nos plaisirs chevaux chevaliers de minuit,

galops et trots de ce que je croyais mort.

Trahison ! tous ces gens à casquettes

tuent 
Dieu ! je ferai maison nette.

Et moi qui donnerais mon bien pour être honnête

quoi ? la maison ! mais non la cave.

Rien à faire ! pénitence ou jeûne.

Le démon danse encore plus jeune !

Plomb ? mélinite ? hein ? les ciseaux ?

Au coin d'œil paraît ses museaux

jusqu'à l'église sur la chaise

dans les draps comme les punaises.

Ça assaisonne le manger

avec étiquette « sans danger » !

jusqu'en la langue et la gencive

ça se mêle aux viandes comme cives.

Sept princesses changées en bêtes - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Chevalier couleur de neige

qui ne parle et qui ne bouge


Bouclier à la 
Croix rouge

sentait lavandes et fleurs

chevalier couleur de neige

à 
Galaad en fit l'honneur

chant de la 
Bourse que n'ai-je

« sept armures contre un seul sire

« c'est de quoi me fatiguer.

« 
Mais je ne suis pas en cire

« et je vais passer le gué.

« 
Allons ! sortez ! mes princesses,

« par 
Morgane emprisonnées

« que chacune soit en liesse

« jusqu'après vêpres sonnées. »

Or comme il levait sa lance

et son cou d'ivoire et d'or

le lac bleu par nécromance

redevint un château fort

c'est là qu'habitait sa mère

pour pénitence d'amour.

« 
Dans tes exploits persévère

« au faible apporte secours

« maintenant prends cette bourse,

« qui jamais n'est sans ressource ! »

Chevalier couleur de neige

Ah ! cette bourse que n'ai-je !


Souffrir en chantant - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

De la boue des martyrs est fait le chant du 


Sacre

les orgues chantent mieux et se meurt l'archidiacre.

Croix, chirurgie dans l'espace

la rencontre du ciel, du ciel avec la terre

a fait chanter les orgues et des cris de douleur

Ô 
Dieu quand 
Ton 
Esprit descend

il tombe aussi dans l'homme une goutte de sang

de sang 
Je la mets à l'encan, ma couronne d'épines je la multiplierai comme je fis des pains. 
A celui dont la chair veut devenir divine ! je donne le chapeau comme on donne le vin. 
Déchirées levures ! de l'allègre 
Paradis 
Quelles sont les ambassadrices ?

Vacations - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Quoi donc ? j'ai perdu l'auréole après mes nuits je suis giflé mon amour-propre se console
de très bons auteurs sont siffles

L'autre amour devient contumace. 


Il est en exil comme 
Ovide et comme 
Racine en disgrâce. 
Tu m'ordonnes d'aimer à vide 
Le vide est-ce l'éternité ?

Je voulais souhaiter la fête de 


Sainte 
Renée aujourd'hui t'emmener dîner tête à tête puis quelque part avant minuit

Ma 
Renée oh ! que j'étais bête.

Tu m'écris j'ai mal à la tête

mais il y a le post-scriptum

qui veut dire plus que maints volumes.

Va-t'en - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Va-t'en, ô ma chère courbature arc-en-ciel de 


Styx, mon prurit. 
L'amour de 
Dieu est sans doublure et j'ai 
Dieu seul à mon zénith.

Satan se nourrit de poison il veut avoir sa nourriture. 


Je n'ai que 
Dieu en ma maison et pour 
Satan les épluchures

L'absence n'a pas de convoitise puisque je tiens à mon malheur. 


Va-t'en, rire que je méprise comme un chrétien quand il a peur

Tu sais ce qu'est l'horrible plante nos bras autour des corps-fauteuils ta bouche et la
mienne brûlante la plante est au fond de ton œil.

Si tu m'aimes (ou te moques ou pire) autrement que pour des orages devine que je suis
martyr ! un mannequin dans des naufrages.

De quel nouveau nom te saluer si je te crains plus que je t'aime si je me suis déshabitué de
toi sans 
Dieu et du 
Dilemme.

ent dans la nuit - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

La nuit n'est qu'un éclair sur un plus sombre éclair

et les troupeaux convoités du ciel que la fuite éreinte

laissent l'ombre et l'ouate sur les marées de l'air.


Nous avons jeté nos béquilles

au bûcher du sacrifice inutile.

Vent, tu ne veux pas de contrainte

tu ne supportes pas la concurrence de ce chœur

liturgique de nos jeunes seigneurs

parité, parenté naissantes

dont le chant ni le vent, le chant n'ont connaissance.

La terre imite le ciel, le vent

sur les klaxons des contrevents, lune

le phare mobile de tes transparents circule

et nulle face, ô phare, n'est admise à l'audience

du vent sorcier odieux aux 


Dieux.

à moi-même - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

« 
Vous n'avez plus que 
Moi, abandonnez la gloire. »

Bon art se compte :

on ne le sait que tard

mais qu'importe si rien ne compte ?

Vive en moi 
Dieu : et le reste, au hasard !

Roule, avion tendu comme un arc,

le long des pylônes d'un conte.

En goût de vent

haut emplumés, tournant le dos devant,

passent loin du seul 


Dieu

sommeils trop gras

poudre, crème aux chassies

spleen sans remords, hors portée de la croix.

Sur cheveux courts enfonçant leurs toquets

— point si toquées — allant au cinéma

par mes amis se font faire la cour ! 


Gare à l'enfer dans ton auto bloqué bande aux yeux verts qui jamais 
Dieu n'aima.

L'amour et la mort - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Poésie celtique

Chaque jeune homme

chante parce qu'il a une maîtresse

mais vous ne pensez pas

que vous péchez avec elle

et que même en parler est un péché !

Venez avec moi jusqu'à 


Rome le pape vous fera princesse venez avec moi jusqu'à 
Rome princesse de 
Basse-Bretagne il vous fera.

Dentelles et frisettes vous aurez 


Sellez-moi ma haquenée 
Votre frère il le fera amiral votre frère général au moins.

Au pays du printemps nous irons ou dans les environs.

Jeunes gens attendez-vous à mourir

et votre corps à pourrir

alors ce n'est pas à 


Rome que vous irez

mais au four de l'enfer

où sont allés tant d'autres.

Les anges déménagent - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Voici que les anges chavirent

voici ! les anges se retirent !

comme les maladies et comme la pâleur

comme les vieilles heures.

Ils m'avaient invité chez eux

leurs tables étaient bien pourvues.

Des anges j'avais la confiance

Ils m'avaient fait leurs confidences

« 
Gare si tu es infidèle !

« 
Rien n'est qu'osmose ! pas d'étincelles !

« 
Lorsque les anges déménagent

« qui suivrait notre escamotage ? »

Le jardin, mon jardin n'est plus qu'un solfatare

quand on arrive on trouve

les démons et les louves

les démons et les 


Sicambres
les décombres. 
Le jardin, mon jardin n'est plus qu'un solfatare. 
Visages, vous laissez ma poitrine au catarrhe 
Parfumeur, tu me laisses à mes odeurs d'été, et la crasse envahit lentement mes complets.

A vous héros du ciel comment me présenter ?

« 
Non non, pas de l'odeur des fauves !

« depuis ta dernière débauche

« tu sens la bile et la colique

« comme un musée zoologique ! »

Démons, j'avais la vocation des firmaments.

J'ai recueilli des témoignages d'habitants.

Et maintenant l'enfer ? 
Quand jusqu'à la ceinture

les flammes observent comme un lac de verdure

et vous ceignent de plis en terrible velours

il est trop tard ! trop tard pour implorer secours.

Apostolat - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Il n'est que le drap de mort contre l'amour crainte du mortier qui s'ensuit de la mort 
Dieu ! à celui qui 
Ta parole apporte répond plutôt le bruit doux de la porte.

Car chacun dans le lit ne tient guère que vis-à-vis on y fasse prière et derrière le bal se
préfère damné que refroidi certains soirs de l'année.

Dieu merci ! mon office n'est pas de dire le vrai afin qu'on le pratique 
Votre 
Justice seule est mon embarras la mettre au clair est ce dont je me pique.

Et puis ! propos pour vous tirer d'enfer ne me mettrait pas mieux dans mes affaires car j'ai
secrets l'espoir et le regret d'amours et mon regard en dit long certains jours.

à propos du jugement dernier - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Attendez la mort et la vie attendez le bonheur d'un soir attendez l'attente et l'espoir et les
rêves de l'insomnie.

Attendez qu'on parle à l'oreille pour transcrire le verbe en écrit attendez le jour de l'esprit
attendez que 
Paris sommeille.

Attendez comme 
Véronique

— par l'amour elle était ma sœur —

le passage de l'Empereur

Jésus qui prendra nos suppliques.

Attendez la chair de la fosse attendez le pois de la cosse et qu'ils y tombent par monceaux
ceux qui vident le rire du seau.

Automne - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Cette année est de chiffre impair

Six reines en ce bocage errent

la pluie veut que l'on en sorte

ce n'était que feuilles mortes


au bout de sceptres rouillées

n'as-tu point pitié, vent jaloux,

des nus grelottant dessous

les robes que tu découds

après les avoir fouillées.

Et toi papesse en ta paroisse

ne sois plus de ta maison neuve

en turquoise et laide au pignon

gênée, gênée jusqu'à l'angoisse

quand tu pédales, couture veuve,

car le vent lui fait édredon.

Le vent dit qu'il faut en rabattre

des six reines il reste quatre !

girouettes au-dessus des cloisons

deux martyres, deux hameçons

là où le bœuf et l'âne sont

girouettes ! à tous les coups l'on perd

cette année est de chiffre impair.

Bélisaire - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Plus n'est mon trône qu'un fantôme

mais rue du 


Business il me suit

en approchant l'Asile où la corde est mon home

je laisse un 
Empire dans la nuit.
Avoir eu la plus grande marque des nouveautés de nos maisons et pousser sans qu'on me
remarque une voiture de quatre saisons.

Avoir eu pour grand-père un pair, pour père un maire, pour mère la fille du roi 
Mark et soi, glisser des contremarques à l'entracte de 
Luna 
Park.

Que vous vous doutiez pourtant, clients partant si bien portants, combien les temps, les
mauvais temps, l'abritant aux portes cochères, ont rendu patient 
Bélisaire.

Bouquet - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Plante du véritable bonheur

d'aller de conquérir, oh ! je n'aurai pas peur.

Tu es au milieu du son d'un grand feu

au palais du roi du silence

qu'on ne voit ni de dos ni de face

au palais du bruit du vent

au palais royal de nuance.

Plante du véritable bonheur

d'aller te conquérir, oh ! je n'aurai pas peur.

Plante du véritable bonheur

tu as la forme des griffes


tu as la forme d'un insulteur

tu as la forme d'un hiéroglyphe

la forme des constellations

la forme d'un vol blanc

la forme des électrons, des ions

des têtards, enfants des étangs

des épaules du roi le plus sage.

La dame l'a mise à son corsage.

Calvaire - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Dieu déplace sur mon dos

la croix frontière et poteau.

Pour nous sauver après la tombe

Jésus-Christ tombe et retombe.

Il en sort comme un arbre oblique

qu'en autre empêche de pousser.

Au-devant de 
Lui vient la 
Terre

sous la forme d'un jardinier.

Grandes ! grandes sont vos peines

depuis le jour du 


Thabor.

Les nôtres au 


Purgatoire

seront plus grandes encor.

Prenez mesure à la croix

en élevant vos deux bras


un cri monte du fond des fonds

des mines de fonte de 


Téraponte,

un cri qui vient de l'essence

c'est le cri de l'innocence

ce cri est pour moi, à moi

ce cri c'est moi.

Rose des vents que tu proposes

pour la montée du 


Calvaire

non le lotus mais la rose.

Robe de laine peau de ruche

la banane qu'on épluche.

Notre 
Seigneur fait un faux pas

comme un naufragé tient la croix.

A tout faux pas je fais naufrage

Vos freins me donnent du courage.

Plus vous souffrez, plus on vous aime.

Caricature ou presque - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Mieux vaudrait mourir, masque obèse « 


Aimez-moi seulement », dis-Tu. 
Bras court englué sur la chaise : 
C'est moi : ... l'adjudant des vertus.

Aussi loin que l'horizon clair j'aurais donné mes yeux, mon souffle : il reste une paire de
moufles profilée sur des cartons verts.

Un fauteuil ou un potiron ou l'un sur l'autre ? 


Compagnons de la 
Muse, adieu ! 
Je me récuse... 
Les puisatiers de l'Aréthuse, enfants du 
Christ ou d'Eleusis, qui donc changera ma chemise ?

« 
Aimez-moi seulement », dis-Tu. 
Peut-il aimer, canard camard envahi aux yeux par son lard, jusqu'à ce que l'ait pourfendu,
emmorphosé, fourbi, vêtu, 
Ta grâce, ô mon 
Seigneur 
Jésus.

Charité : table des matières - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le monde finira comme un cierge fondu

et la charité ne sera corrompue

Ô monde caractères d'imprimerie

sans que le papier s'altère

blanc le papier s'appelle : charité

Du magasin des mondes s'ouvrent les volets

Prolifiques des crosses d'électricité

s'avancent comme d'un tunnel

elles se réunissent au platine brillant : charité

Viennent des hommes nus, des animaux sauvages

ce qui vient sans tête de la tempête

ce qui vient des livres systématiques, des arts asthmatiques

ce qui va de la mort au futur 


Josaphat

Tout s'élance comme le paraphe d'un éclair sur la mer

vers cette table universelle des matières : charité


première et dernière

Je convoite des vertus qui retentiraient en moi

Puissent-elles enjôler la charité et m'y confondre

pour que mangeant son corps

on y mange le mien

par charité.

Chemin de croix - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

De vous envoyer ces vers 


Mon 
Seigneur, je me propose : non pas le lotus mais la rose pour la montée du calvaire.

Jérusalem au printemps

la poutre qui bat au vent :

Dieu 
Chancelant ! 
Dieu 
Chancelant !

du 
Golgodia corne est la terre

mon cœur usé par 


Son 
Ornière.

Au chien de cirque il est pareil

que les imprésarios surveillent.

Un peu plus d'air est sous la croix

depuis que 
Simon l'enlace

« 
Prends ma place

« 
Fais comme moi

« 
Vous ! vous la tirerez aussi

« 
Après, vous me direz merci. »

Ce qui m'attache à la terre

c'est ce qui m'attache au ciel

Mon 
Seigneur je suis de verre

on voit ta 
Face en mes moelles.

Par ce tablier oblique

représentons 
Véronique.

Le 
Seigneur dans un faux pas

comme un naufragé tient la croix.

A tout faux pas je fais naufrage

vos yeux me donnent du courage.

Il voit du haut du calvaire

tous les démons de la terre.

Il promet le 
Purgatoire.

Avant d'atteindre à 
Sa 
Gloire

et l'infernale géhenne

à ceux de 
Jérusalem.

Sa 
Sainte 
Peau c'est la ruche

la banane qu'on épluche

Le 
Dieu, fruit écrasé, la pivoine sanglante
la mort branlante, lente.

Les cigognes portent bonheur - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le saint 
Vendredi 
Saint le soleil était blême

en 
Dieu 
Dieu s'abandonne à la 
Mort qui l'étrangle

la mort est commandée par 


Le 
Mort au diadème

au-dessus de la cicatrice de la terre

(papes foules et roi posternez-vous devant)

sur la royale tumeur noire de la terre

le saint 
Vendredi 
Saint ont passé par triangles

ont passé d'heure en heure des troupes d'oiseaux blancs

or un soldat que l'immobile garde lasse

lance une flèche au ciel comme il fait à la chasse

« 
Du vendredi jusqu'au dimanche « 
Nous survolerons ce poteau « escadre en ordre que déclenche « la descente du 
Christ dans les lieux infernaux

« 
Derrière mon bec de cigogne « je suis l'âme d'une ex-damnée « 
Christ a fait de belle besogne « par 
Sa 
Croix, manche à air, divine cheminée

« 
Céleste infernale cigogne « puisqu'immortelle devenue « je pars fumée sur la montagne «
sur l'escalier de la déclivité des nues
« 
Ames et sourcils de l'enfer « nous regardions de droite à gauche « quand viendra 
Christ : "assez souffert ! « 
Voici le 
Dieu défunt dont la mort vous embauche". »

Civilisations disparues - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Beauté dans tes bois clairs donne-moi droit d'asile je les aime bien plus si je les sais
fragiles. 
Les siècles sont pour 
Dieu comme pour nous les heures les hommes vont à 
Lui et le sable demeure

Wagons, sournois troupeaux aux laines de fumées il restera debout les ossements de fer
quand nos villes, nos champs ne seront que déserts. 
Si l'on creuse aujourd'hui les caves de 
Tadmor on n'y rencontre plus les songes de la mort 
Dieu dans 
Rome a voulu garder les catacombes d'où les martyrs vivants sont issus de la tombe. 
Mais 
Paris n'aura que les égouts collecteurs parce que 
Saint 
Denis n'a pas de successeurs. 
Beauté dans tes bois clairs donne-moi droit d'asile et vous, bel arbre de ma vie poussez vos
branches à l'horizon de nos villes. 
Feuillage de ma fantaisie

Colloque - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

— 
Voulez-vous me retrouver : cherchez-moi.

— 
Je sens vos bras sous les miens et ma tête sur votre joue gauche.

— 
Qui aurait pensé à vous retirer de l'enfer et qui aurait su le faire ? 
Je suis votre ami, votre ciel et votre courage.

— 
Le cortège de la crucifixion, lorsqu'il traverse ma gorge, laisse une odeur de menthe.
— 
Que la terre se prépare à ma colère.

— 
Le jugement sera comme un mal de dents du ciel et de la terre.

— 
Mon jugement sera sévère.

— 
Nous serons tous bien piteux, plus que piteux : terrifiés, poivrés par la syphilis du péché.

— 
Songez à vous-même. 
Représentez-vous le triomphe des sacrifiés.

La couronne d'épines - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

INVENTION 

Jésus couché, un chien s'approche de la croix

« 
Pas de danger qu'il bouge

« il est cloué :

« 
Passe-moi donc la gouge

« pour percer le rocher ! »

« 
Moi je disais au chien errant

« qui flairait le 


Divin patient

« 
Allez-vous-en, vilaine bête ! »

Comme il s'approchait de la 


Tête

Chien ! 
Dieu ! le museau froid !

la couronne d'épines !
le 
Sang du ciel sur l'ignoble babine

le chien devient un ange et s'envole tout droit.

INVENTION 
II 
Psychologie intellectuelle

Dans l'une des trois chutes de 


Jésus au calvaire la couronne d'épines est tombée sur la pierre. 
Et la pierre la pierre a parlé d'une voix de prière. 
Une femme a tenu l'instrument du supplice et son ventre a parlé comme la pierre lisse.

Course vers l'horizon - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Végétal vous êtes notre père blé notre père et nous voici vous êtes nos pères nos mères
vous ondulez jusqu'à l'Esprit

Vous abordez jusqu'à l'Esprit écoutez le vent le tonnerre la nuit et le jour la rivière le
cortège de tous les cris

Et c'est vers l'Esprit que tu cours poursuivi par la mort froide végétal oh je m'apitoie sur le
tapis de ton amour

Qui joue à la course avec l'orage c'est la tête de l'homme sage qui à la course avec le vent
l'homme solitaire et pauvre enfant

Fuyante proie du démon la nature vole et vocifère sous le ciel la plaine et les monts
tremblant végétal de la terre

L'océan du blé le 


Banquier le citron la pomme et l'orange s'incline au péristyle des anges là où commence la
beauté

Ne rugis plus et n'éclabousse car le seigneur 


Dieu va descendre avec un pied blanc sur la mousse avec un manteau sur la cendre.

II
Je puis me promener, me promener au grand cœur sombre de la terre 
Ecarlate est l'herbe menée sur l'aile forte du vent clair

Les cornes et les pieds des bêtes fouillent le bas du végétal et les dieux ont choisi ma tête
pour guider le bien et le mal

Esprit le maître de ma vie tu n'es donc pas un prisonnier puisque tu galopes avec la poésie
au-dessus de ton père le 
Blé

Au-dessus des mers d'émeraude je dupe azur et les démons et cette vieillesse qui rôde 
J'ouvre un chemin dans les plafonds

Je parle dans le puits des âges sévère est l'ordre de ma voix. 


Je bénis, j'attire et présage ô terre écoute et ne vois pas.

III

Mort tu ne peux rien sur moi

— qu'en sais-tu —

venez le chemin est par là

les amis d'autres se sont tus

mort tu ne peux rien sur moi

La vie court en bredouillant

je regarde vers les 


Dieux

qu'est-ce qui surgit du brouillard.

Je suis choisi parmi les 


Dieux

Mon esprit suit l'ondulation marine

l'ondulation du 
Père 
Blé

mon esprit s'arrête aux collines

où vit l'esprit de mes aînés

Tout sera donc toujours dans l'ordre

combien de pierres et de peur

combien combien de graisse en fleur

et tout voltige jusqu'à l'Esprit

sous le vent de l'orage et l'hallucination


participe à tout l'horizon

participe à tout l'horizon

Il n'y a qu'un esprit pour tout l'horizon

celui des marches de l'horizon.

Désir - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Deux cous comme deux serpents ne savent où ils se posent deux baisers ferment la rose ils
ont la saveur du sang

Pays caché par l'habit

ce corps blanc qui me subit,

tu m'es la natale terre

de ma grêle et mon tonnerre

Qu'importe si l'enfer en tremble si le ciel m'ôte pitié on meurt de soif d'être ensemble au
même buisson liés

Bûche au foyer devient cendre ! et le désir de chacun ? la ferraille d'un scaphandre sur un
visage défunt

Aphrodite est la merveille toujours nouvelle, emplumée toujours espoir se réveille qui
toujours part en fumée

Quel refrain, la flatterie ! vain refrain deviendra gris refrain de l'Avril mépris 
Agenouille-toi et prie.

Devant la mer - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Les années sont des villes dont on a fait le tour

les jours sont des palais dont les heures sont des tours
De l'autre côté de mes heures

quand, écartant les météores

et votre chevelure, ô vagues, soulevée

le 
Christ enchantera mon âme nouvelle-née

je tâtonnerai, ébloui à la porte de ton enceinte

Vierge 
Sainte.

ô vallée, ô portes, ô palais, allées...

Plus de vent qui secoue les soupirs de ma robe

L'on a ratissé le chemin de la mort

Plus de beuglement du bétail

la volière est ignifugée ; l'alcool et l'ail

éteints

rimée ta racine d'aigle, ô mandragore

Les siècles sont des villes résonnantes

et l'éternité même est 


Jérusalem.

Les années sont des lacs dont la rive est l'amour

et cette neige : la pensée

A l'horizon il y a un cratère

solennel : c'est l'enfer.

Enquête sur le songe - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Je surprends les grises pierreries du songe

Es-tu l'introducteur de l'éternité


silence qui m'attendais, silence

des douleurs, des bonheurs en poussière

dans un monde raté qui repousse toujours ?

Je m'entoure en passant à l'hémisphère du songe

de l'ouate qu'un drap porte au pied de quelqu'un

Séparez-moi du vide avec des rideaux rouges

Tout arrive ! la mort, la mer, les absents

Tu reconnais la pâle montagne qui accouche

de lieux sans horizons avec des détails louches

Jusqu'où vos yeux de perles baroques

et vers quel entonnoir sans profil conduirez-vous

le cœur béant, le corps mauvais ?

ô tristement ouverte école de symboles

Byzance où jusqu'à l'agonie on est élève

Mourez-vous avec moi serpent infini du rêve

Le labyrinthe des nuits quotidiennes avertit

mon cadavre vivant de la vie des cadavres.

Enquête sur le songe - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Je surprends les grises pierreries du songe

Es-tu l'introducteur de l'éternité

silence qui m'attendais, silence

des douleurs, des bonheurs en poussière

dans un monde raté qui repousse toujours ?

Je m'entoure en passant à l'hémisphère du songe

de l'ouate qu'un drap porte au pied de quelqu'un


Séparez-moi du vide avec des rideaux rouges

Tout arrive ! la mort, la mer, les absents

Tu reconnais la pâle montagne qui accouche

de lieux sans horizons avec des détails louches

Jusqu'où vos yeux de perles baroques

et vers quel entonnoir sans profil conduirez-vous

le cœur béant, le corps mauvais ?

ô tristement ouverte école de symboles

Byzance où jusqu'à l'agonie on est élève

Mourez-vous avec moi serpent infini du rêve

Le labyrinthe des nuits quotidiennes avertit

mon cadavre vivant de la vie des cadavres.

sprits gardiens et autres - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Des fantômes en neige avec leurs crochets d'or

près du lieu où la terre fait ombre sur l'azur

contre les puantes 


Lémures

se battent pour l'enjeu d'un passeport de mort

mon casier où rien ne médise

qui le 
Paradis m'interdise.

A leur faiblesse tient la mienne.

Or lamés de noires blessures cadavres pour les chiens les uns se rendent sans maintien
d'autres se cachent la figure

Ainsi je suis devant les diables

Ils ne laisseraient pas un morceau


de moi. 
Dieu veut-il qu'ils m'accablent

avant la terre et le tombeau ?

Pour la vigueur de ces hommes de neige,

de tous ces coups d'enfer sur mon honneur

que 
Ton regard à l'aube les allège

et qu'au plein jour ils soient triomphateurs.

Et au-delà - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Une chanson de langue étrange

et les morts ! venaient d'entre les morts pour sa louange.

A leurs joues affluait un sang nouveau d'enfant

et la 
Dame 
Parfaite entraînait à son doux vêtement

à ses mains, à ses hanches

entraînait les soupirs oubliés aux branches

à son doux vêtement tissé des soupirs

des amants, des regrets, du 


Désir

des amants dont le monde a dit du mal, et du mal !

Elle, dont la servante est l'Amour 


Arômal !

Elle marchait parmi les odorantes fleurs charnelles

en ruminant quelque odorante herbe mortelle.

Il faut respecter la fleur, la fleur dont le parfum

emplit la fente, emplit la fente étroite, entre les seins.

Mes pieds sont-ils chaussés du feu de la luxure ?


et mon rire enflammé ? et toute ma carrure

jusqu'au cceur de l'enfer ?

et son péché de chair

m'était connu et connu son petit rire brisé

sous la lèvre de chair entre ses dents

rose humide, irisées

de femme dédaignant... !

Ceux qui rassemblés, chevauchent vite à cause du froid rassemblés, rassemblés des étranges
endroits le long du long du cercle des collines d'or le long des blés, des vignes étroites et
courbes le long des monts qui se ferment et qui s'ouvrent

s'orientaient pour chercher et pour mendier à 


Rome

le 
Pardon de l'Église, les magiques paroles

et jusqu'au bord du 


Tibre

« 
Ma peau est tachée comme la peau du tigre

Saint 
Père au 
Vatican, blanche tu peux la rendre

— 
Tu aveugleras tes yeux brillants,

tu enchaîneras tes bras légers et nonchalants

et ton amour sera pâle comme la cendre. »

Mais quand réapparut le serpent du plaisir gémissant de brûler nos carapaces pour marquer
notre corps de lèvres et les noircir nous nous attendîmes à l'enfer et face à face pour la
douleur, unique volupté, ô gladiateurs ! et pour la volupté, torturantes douleurs.

Faubourgs de l'enfer - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Quand on approchait de 


Roquefort

à plusieurs kilomètres,

le fromage comme hareng saur

puait par les fenêtres

Souhaitons le cœur

du 
Seigneur

N'attendons pas le dernier saut

il pourrait nous en coûter chaud :

Opérés sans être endormis

les doigts de pied qui saignent

le bain si chaud qu'on est bouilli !

L'odeur de caoutchouc brûlé

c'est de la chair humaine ;

les cheveux quand c'est enflammé

fument comme la laine

Fenêtres gothiques, hippocampes !

dans l'arbre et la nuit : quatre lampes !

la première était le copal

qui brûle au feu d'un piédestal

gardez le silence des carmes

gardez l'élan dans les larmes

la deuxième était la litharge

c'est l'outil de science et la marge.

Chantez avec les communiants

sous les charpentes du couvent

la troisième est chevalerie


je reconnais mes armoiries.

Portez et transportez la tulipe

que rien n'efface et ne dissipe

la quatrième est gloire à 


Dieu

pour terre et ciel un seul essieu

il fait bien nuit ! j'ai la prière

le contenu du dictionnaire.

Et maintenant qui me verra

en peau de rat ou de verrat ?

Fenêtres gothiques, hippocampes

que ma tête en 


Dieu se détrempe.

Oraison ! tétanos intime

gardez la sainte 
Hostie dans la poitrine

comme un coureur un numéro

on m'accroche un duvet de cygne

le pied sur un oratorio

et le cœur en première ligne.

Fils de rois - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Oiseaux, les oiseaux migrateurs qui volent par sept et par quinze se retournaient vers
l'enchanteur que j'étais avant que tu vinsses

Les fleurs sont toutes mes esclaves les rois morts sont mes protecteurs les diamants étaient
le conclave à qui je contai mes douleurs.

Dans un pays de clair-couleur mes jeux d'enfants avec les fées habillaient de pois de
senteur 
Juliette et trente coryphées,
filles du conte et de l'adage écumes de tous les caps 
Nord mers de merveille et de naufrages — 
Sept années m'ont pris mes remords

Océan, prends mes coquillages ô vent, les fleurs de nos cheveux l'automne a pris tous les
feuillages le temps n'aura pas mes aïeux.

Fin du jour au carnaval - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Qui m'appelle sous les toges d'hommes graves au front masqué leurs voix sonnent comme
l'horloge du temps et de la vérité.

J'entends le clairon qu'implore l'horizon de cendre et désert un tambourin grille en l'air


froissant un papier sonore

Crépuscule ! 
Carnaval se couche dans un tourbillon de vent, de confettis en déroute et de jupes aux
tournants.

Tout près le tocsin commence : est-ce la guerre ou le feu ? 


Regardez ce qui s'avance parmi les décombres du jeu :

Un homme nu qu'on enterre. 


Ciel ! les astres sont éteints ! des femmes se traînent, la mère, près des auréoles de 
Saints.

C'est la nuit de 


Dieu qui passe qui passe dans l'univers 
Adieu carnaval tes traces sont de celles que je perds.
Flagellation, etc - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

« 
Vous avez promené le jet entre 
Mes 
Côtes « de la lampe à souder, le fouet des démons ! » 
Aïe ! oh ! oh! le sang lent ; l'Esprit est sur la motte.

Sang à la cloque : il coule !

la cloque et les ampoules !

Qui ? 
Le dieu architecte, l'ingénieur, l'ingénieur !

Hors des apparences, derrière le grillage. 


Son Œil pense le sous-sol est tout ce qui fait vivre l'essence or sous le fouet le 
Triste-Sire percé comme une poêle à frire pense l'espace et ce qui passe. 
Vous avez promené la lampe des démons 
Aïe, oh ! oh ! la faulx sur le corps de satin, la faulx qui n'est pas loin des jambes. 
La fleur s'inclina sous le fouet de la lampe. 
Qui ? l'inventeur des lois, aïe ! oh ! oh ! 
Lois du monde derrière la mer, et l'air créé ; derrière les ondes. « 
Donner 
Mon sang d'engrais d'esprit à vous, les bêtes, « sous la poutre et tomber aux brancards
d'une charrette. « 
Sang au pavé, le bois aux ressauts du pavé ! » 
Fin de mort ! on est arrivé !

Mains clouées ! laissez faire : c'est pour l'humanité. 


Crevez la peau, le muscle et séparez les os. 
Crevez le pied, les pieds : c'est pour la vérité. 
Le bois l'auguste bois percé par la ferraille. « 
Je suis le dieu des dieux, l'odorante aubépine. « 
Regardez-moi les yeux, je parle de partout. »

Gare au septième roulement - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
Adorons le patron, le pâtre et la patrie

Adorons le 
Lido, le lit, la literie

Adorons le trumeau

Adorons l'être humain

le phoque le faucon et le faux-col honni

les colonies

Adorons les métros, adorons les maîtresses

Adorons le midi, la maid et le maillot

le ris de veau

Adorons le soleil rarement sans fumée car bientôt

il va tordre ses rayons

il projettera des dragons ladres

les nuages seront des cadres

autour des graphiques et des photographiques

et du dessin à queue tombante de 


Saturne

nuages tourbillon le monde tourne.

Paris est mangeur de couronnes

A l'ombre des bistrots et servis par des bonnes

on verra le spectre assis des rois sans trônes

Je n'ai plus rien, tu n'es plus rien, nous sommes

des hommes nus. 


Les autos mugissant

emportent les drapeaux de sang

Sacré-Cœur, haute cheminée

par où nos prières sont menées

Oh ! le 
Sacré-Cœur de 
Paris, parvis

par où je passe par où je vis

haut-parleur pour nos microphones,


manche à vent pour l'acte d'esprit

Puisque les temps sont aux cyclones, amenez-les dans vos conduits. 
Et moi ! faites qu'on me pardonne 
Jésus dit : « 
Vos amours m'offensent contre vous je suis sans défense » — 
Ne suis qu'amoureux honoraire étant presque sexagénaire. 
Mais pour sauver le patrimoine de la terre, cette 
France en grand faudrait-il pas devenir moine ? 
Si nous avions une foi vive nous prendrions vos sacs, 
Ninive. 
Gare au septième roulement.

La geÔlière - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

« 
Je suis le méchant garde-chiourme qui des braves gens est honni je suis gourmand, je suis
gourmet de la douleur des prisonniers.

— 
Je suis l'indulgent garde-chiourme ces garçons-là... des assassins ? 
Non ! des jeunes qui jettent leur gourme ou des tempéraments malsains ! »

Mais toi, que je tiens en volière ma juge, amante et vraie geôlière m'aimes-tu blanc,
m'aimes-tu vert ? Œil, avant-garde de l'enfer, m'aimes-tu pour son goût pervers ? 
Ou seulement pour te distraire ?

La grâce - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Si la grâce est votre parole

que mon ouïe soit aux aguets.

Si votre grâce interroge

ne me rendez pas muet !

Si 
Ta grâce est un regard

que mes deux yeux s'en emparent

si la grâce est un moteur


aux 
Paradis de ton cœur

mon 
Dieu vers ces citadelles

fais qu'à mon tour j'aie des ailes.

La guerre - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Quand le soleil est en colère,

les vagues de la mer vont plus vite,

les nuages du ciel se dépêchent.

Les yeux du 


Sage s'exorbitent

le nombril de 
Bouddha était

comme une coupe vide : la coupe maintenant

déborde

J'ai deux amours - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

La beauté est née du pied d'un 


Dieu sur votre tête.

Eloigné par les eaux saintes où je fais mon ablution

je suis banni de la bouche que je désire.

Animaux qui gardez l'ordre au 


Septentrion

barrissez mon amour lequel fait que j'expire.


Amour qui vole haut, fais halte au-dessus de la radieuse

verse-lui le nimbe d'une pluie lumineuse.

De l'odeur de la terre humide de nos pleurs

pousseront autour d'elle alors buissons et fleurs

Distille mon amour à ses pendants d'oreilles

pour qu'à l'ovale mouvant de son col il ferraille.

Je suis le divorcé qui sertis le 


Seigneur

un cachet de minium est sur mon cœur.

Est-ce que la balafre est de l'absente ?

Je n'ai pas deux chapelles pour votre concurrente,

Seigneur ! ni d'innombrables yeux pour deux amours

et mes visages ne sont multipliés en divers lieux

pour aller vers l'absente et rester près de 


Dieu.

Jeunesse lacustre - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Sans roi sans droits non sans liesses

ma jeunesse qui s'efforce

de diminuer l'écorce

qui me sépare de toi

ma jeunesse qui s'impose

de ne trahir pas tes secrets

et tes triomphes moroses

et tes espoirs sans regrets.

Que tes douleurs m'importunent


mais les joies du 
Paradis

à tes rires atterrissent

on les paie de sa fortune

je n'en eus pas un radis

Que devons-nous à ce 


Grand 
Capitaine qui vers le ciel mène son régiment c'est lui qui posa ce galon de laine de caporal
sur mon humble dolman

Goethe en tricorne 
Frédéric roi de 
Prusse saltimbanque à qui l'or ne manque poètes russes la terre se doit à l'Inventeur des
cieux le ciel se doit à l'Inventeur des terres à l'Esprit-Saint se doit aussi la chair et notre esprit
dont le 
Sien est l'essieu

Mais toi conduit par les trous de misère au peu d'esprit qui t'était nécessaire instruit des lois
par celles du trottoir regarde en haut 
Ce 
Guide et remercie d'avoir connu l'Espagne et l'Italie.

La lutte avec lange - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

L'ange aux ailes d'épervier, l'ange fut vainqueur de 


Jacob mais il y avait là deux colonnes égyptiennes, peintes des signes éternels : oh !
colonnes resplendissantes brillantes de toutes les couleurs radieuses, l'ange pensa les
détruire : il échoua. 
Oh ! colonnes resplendissantes, si vous êtes celles des 
Saintes Écritures, soutenez-moi dans ma lutte contre l'ange aux ailes d'épervier.

Madrigal du diable ermite - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

On dit que la lune ronge les rochers


Lune inlassable, et tant et tant de nuits et de siècles et d'ans amoureuse tranquille as-tu ému
les rochers nus mais chacune de tes caresses faisait mal à ces durs amants. 
Ils n'ont que grêlons à la face ils peignent la mer de leurs dents.

J'ai bivouaqué toute ma vie le long des îles de l'Amour j'ai recuit mon cœur à son four ses
meurtres sont mes armoiries. 
J'ai flairé d'un museau de chasse la renommée et le savoir j'ai couru les champs de l'espace
or, je crois cacher aux placards mes rides en y cachant les glaces mes yeux aveuglés par les
arts mon dos voûté, mes joues de glace. 
Lune inlassable qui fend les pierres je suis donc à votre merci mais soyez-moi la 
Vierge 
Mère ! que me soient les autres 
Lumières 
Jésus, 
Votre 
Fils et l'Esprit.

Mains éclatées, grenades de la fécondité.

Autant de pains, autant de génies sur la terre.

Pieds cloués, les vaisseaux des grands saints vers les ciels,

et le dos c'est la terre ensemencée d'Esprit.


Grandesse ! 
O grandeur, je suis nourri de vous.

Avec vous, avec toi mes membres sont captifs.

Cécité ! 
Je tâtonne, les deux bras en avant,

ce sont les 
Tiens que je rencontre.

Marine - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

La mer défait les couronnes d'argent

que bâtissent ses folies.

Mes enseignes à l'occident

sont tous les rochers de ma vie.

Tant de jambes ! 
Aucune tête
si ce n'est 
Dieu où je m'entête.

La mer dérange mes glaçons

ou les arrange à sa façon.

Mes miroirs ont vingt sortes d'hommes

même un gros géant flatueux

qui ne dit pas comme il se nomme.

Je n'ai pas suivi mes cercueils.

Ronde de nuit, lors des sabbats

je fuis les astres qui m'inculpent

remords, échos de mes sabots.

Astres, mon rocher blanc est sourd à vos enquêtes.

Seul je m'ausculte ou je me sculpte,

piliers d'églises et des bois

moi ; vos jambes autour de la croix.

Mer, tes vagues sont ma couronne.

Le pauvre corps est tout l'enfer.

J'ai vu la télégraphie 
Chappe

annoncer la guerre et la mort,

depuis j'ai le bras en écharpe

et je suis un nuage d'or.

O vagues ! en expliquant la mer

c'est moi-même que je vilipende,

je la réduis en éprouvette

mon temple en bibelot de toilette.

Vous ne croyez pas ce qu'on dit qu'à 


Paris je me dévergonde 
Que je scandalise le monde bouilli, sans remords, étourdi 
Mais 
Vous voyez sur nos amis combien la langue nous démange ! 
Comme est le cœur par trop d'amis tondu, pelé ! et quelles vidanges ! 
Serait-ce de l'outrecuidance si dans mon humble déchéance je vous demandais souvenance
de ma jeunesse laquelle fut vierge : dévouement comme entre deux cierges tout bon vouloir
(et non pas tiède, plutôt raide).

Méditation pour le jour des morts - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Creuse orbite tu ne verras plus

creuse langue ne parleras plus

creuse bouche et gorge et côte

plus de parole ou basse ou haute

creuse hanche et boyaux partis

conques n'entendront plus de bruit

la terre tout doux reprend son fruit.

Là-haut les roues ! ton fils est grand.

Hommes et femmes, toutes gens

occuperont le pas des portes.

Guerres iront, bateaux, cohortes.

Que de discours encore ! mais personne

ne songera à ta personne

à toi qui fus du branle-bas

et qui jamais plus ne seras là.

La mort ? 
Qu'est-ce que ça veut dire ?

Les morceaux d'une tirelire

dont tous les sous sont répandus.

Tes os, un arbre, peau, l'âme à 


Jésus.
Méditation sur le paradis - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Seigneur, tout est fini. 


Voilà que tout commence.

De la cruche tombée 
Dieu redresse les anses.

Seigneur, tout est fini et j'implore une place

pour l'âme dont le corps s'écroule dans sa glace.

Ma lune tourne et moi je tourne avec ma lune.

Paradis ! paradis ! qu'es-tu, mon 


Paradis

un 
Gibraltar ici à franchir, mais là-bas ? l'art a dit :

paysages, princes nouveaux, des dieux, des dames sages

d'anciens pécheurs ravis, avides

de répéter les psaumes de 


David.

Alléluias qu'on dit en chœur

des champs de chants, l'azur mêlé de fleurs...

Impossible d'être mieux ailleurs, meilleurs !

L'été toujours : plus de saisons !

Et plus de raison : l'oraison !

La terre vue au pélagoscope !

Si vos 
Présences, ô 
Christ et 
Père

Qui nous versez la grâce entière

Nous laissait (sic) le souci d'anecdotes de myope

on apprendrait là-bas pourquoi la terre est ronde

on saurait des milliards de siècles en deux secondes

on verrait s'épandre à la ronde


les meilleures intentions du monde.

Ah ! le contraire d'être méchant !

Pas tant de splendeurs ni de chants

mais que la terre soit ma sœur !

Seigneur !

ma poitrine a besoin d'une infinie douceur

or savoir, c'est aimer. 


De l'air !

Et l'amour pour vous tous, pour 


Dieu seul.

Et puis je te désire... pourquoi tant de manières ?.

Royaume de sérénité et de lumière.

Le pauvre galérien l'a senti dès le seuil.

La meule - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Tourne ta meule, rémouleur !

Voilà qu'elle grandit

le sabre que tu polis, rémouleur, devient un nuage ou la faulx

la faulx ! la faulx gigantesque de la mort.

La meule devient la 


Terre ! 
La 
Terre gigantesque de la vie

la vie gigantesque sous le ciel.

Tourne ta meule, rémouleur !

les étincelles sortent dans une direction ou l'autre !

les étincelles de la vie, les étincelles de la mort. 


Je vis les étincelles, c'était des corps humains,

des fragments de la vie, des fragments de la mort :

des crânes, des membres mêlés à des arbres

mêlés à des collines, mêlés à des pierres

à des monuments, à des fragments des monuments

de la vie, des monuments de la mort.

Et parmi les étincelles je vis

le 
Corps 
Sublime du 
Seigneur 
Dieu 
Christ,

tout arraché, saignant, blême, percé, écorché.

Mais dans le tourbillon qui sortait de la meule

le 
Corps 
Sublime du 
Seigneur 
Dieu 
Christ

tout arraché, le 


Corps

résista au courant et je vis

tout le courant des étincelles

ramené à ce 
Corps 
Sublime du 
Seigneur

et une grande lumière entoura

la meule, la faulx, la faulx gigantesque de la 


Mort.

Mon âme un jour - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Les eaux du ciel dont parle l'Écriture

les eaux vont de travers dans l'encre du brouillard.


Ecoutez ! 
La tempête ! la tempête mystique.

Anges, venez ! 
Il a perdu sa force.

Les mains en avant comme un aveugle :

c'est 
Son corps ! 
Il n'y a plus de 
Croix !

c'était la nuit.

La lune éclairait du bois sur les 


Eaux

une poutre sur les vagues avec un bras dans l'eau

et le front cicatrisé par les Épines.

La 
Mort a tué le 
Christ

la tempête l'a pris.

Voyez ! 
Voyez les prêtres qui s'enfuient

dans l'escalier de marbre blanc.

Les prêtres sont demeurés sans protecteur :

une mégère du sexe masculin les épouvante.

La musique (ix' siècle) - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

J'irai donc apprendre à chanter

auprès de la fontaine

avec nos pères moines

auprès de la sirène

de la sirène orante.

Voici la harpe et la cithare


voici la troupe dans la barque

parmi toutes les plantes.

« 
Ton père est venu te chercher

votre fils est à vêpres

les moines sont allés herser

d'autres soignent les lépreux

quand les moines sont embarqués

barque pour l'Angleterre

« ton père est venu te chercher

c'est ta sœur qu'on enterre !

— 
Je n'aime que ma harpe ma harpe et ma cithare enterrez donc qui vous plaira

mes frères et mes sœurs mais voilà ! des moines de la fontaine je suis catéchumène

— 
La sirène t'a fait boire son lait ce n'est que de l'absinthe.

Mon fils est devenu bien laid et le diable le tente. »

Le noyer fatal - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Patience, dis-tu, patience quand le soleil prolongeait l'ombre bleue de la malchance sous les
branches du noyer

Patience, dis-tu, patience enfant liseur et moqué devant tes inadvertances 


Dieu te bat pour t'éduquer

Patience encor patience ombre noire de l'Anangké voici morte l'innocence 


Ellenore a trépassé

Patience encor patience tes examens sont manques il te reste l'insouciance sur la mer il
faut t'embarquer
Te reconnais-tu, dit l'ombre vieil homme trop tendre et pervers ta jeunesse est en décombre
voici les portes de l'enfer.

L'ogre d'amour - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ce que 
Tu veux c'est mon âme, ogre d'amour.

Détache-la, qu'elle s'envole.

Si mon âme est de fer, n'es-tu pas un aimant ?

Mais tous deux nous serons heureux

toi de ton repas humain, ogre d'amour,

moi de ta poitrine universelle.

Ô ma race - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le triomphe et la revanche suffit à 


David 
Golder il se gratte où ça le démange et se sert de son revolver.

Il nous aimait en murmurant bon père, écœuré d'entreprises. 


Vieux 
Lion pelé, toujours mourant sur un grabat de marchandises. 
Misérable et riche à milliards jeune il est fat ; triste, vieillard, sa fierté meurt d'être
incomprise.

Et moi, terrible juif errant peintre poète et mauvais pauvre j'attends le 
Dernier 
Jugement pour te sortir enfin du poivre ô ma cuirasse en diamant.
Oncle et grand'père 
Jésus 
Christ 
Maître 
Jésus, entends mes cris ! 
Jésus, nous n'avons rien du porc 
Jésus, promets d'attendre au port moi, ton filleul et ton ami.

Oraison à propos de la mort du poète - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ils « me » cherchent dans les rues

ils « me » cherchent dans ma maisonnette

« 
Il n'est nulle part ! où est-il ?

— 
Voyez à l'Eglise ! — 
Nous en venons !

— 
Voyez à la montagne — 
La montagne est infinie. »

Or en passant devant la 


Boucherie du village

il y avait des quartiers de viande cuite accrochée

une terrine de graisse ! et sur la terrine

et sur les quartiers de viande, son nom

fiché par une étiquette et un bâtonnet.

Ils se regardèrent stupéfaits... 


Mais

au coin de la rue ils virent autre chose :

une grande lumière dans un cercle de roses

et quelque chose comme la silhouette

ou le regard de celui qu'ils cherchaient

une grande barbe blanche

et des anges, des anges


qui menaient des adolescentes

dans un pré de velours doré

Une voix dit : 


Adorez

l'âne blanc que 


J'aime

l'âne blanc de 


Jérusalem.

OÙ l'avez-vous mis ? - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Où est ton nid ? où ton refuge ?

Dans quelle anse du ciel irais-je chercher ton essence ?

Comme à la cible, au tir, le point qu'il faut atteindre

Il y a le point blanc où est le 


Seigneur, maître

Que je veux visiter.

Armadas de l'espace, allez me le chercher

Dans le désert peuplé des cieux

Dans l'océan des cieux.

Tirez-moi les rideaux ondes en forme de coquilles.

On me dit que le siège de mon 


Dieu est en moi...

Faut-il donc me détruire pour le trouver ?

Alors, des pioches ! des pelles !

La faulx pour séparer ma poitrine

C'est là, c'est là.

Terrassiers, chirurgiens, venez me mettre en pièces


Et cherchez ce trésor.

Quand vous l'aurez trouvé, ne rebâtissez rien.

Laissez-le bien en évidence.

Qu'il vive là où 


II est et plutôt que rien

Ne vive plus de moi pour ne plus l'étouffer.

Mineurs, découvrez-moi cette noisette blanche 


Le 
Seigneur caché.

OÙ l'avez-vous mis ? - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Où est ton nid ? où ton refuge ?

Dans quelle anse du ciel irais-je chercher ton essence ?

Comme à la cible, au tir, le point qu'il faut atteindre

Il y a le point blanc où est le 


Seigneur, maître

Que je veux visiter.

Armadas de l'espace, allez me le chercher

Dans le désert peuplé des cieux

Dans l'océan des cieux.

Tirez-moi les rideaux ondes en forme de coquilles.

On me dit que le siège de mon 


Dieu est en moi...

Faut-il donc me détruire pour le trouver ?

Alors, des pioches ! des pelles !

La faulx pour séparer ma poitrine

C'est là, c'est là.

Terrassiers, chirurgiens, venez me mettre en pièces

Et cherchez ce trésor.
Quand vous l'aurez trouvé, ne rebâtissez rien.

Laissez-le bien en évidence.

Qu'il vive là où 


II est et plutôt que rien

Ne vive plus de moi pour ne plus l'étouffer.

Mineurs, découvrez-moi cette noisette blanche 


Le 
Seigneur caché.

Paradis impressionniste - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

ô 
Invasion du rayonnement 
Dieu ! 
Magnificence et douceur pleurer de joie de toute éternité. 
J'ai accueilli de bouche le 
Seigneur

indignement mais celui qui est digne ressent

le 
Paradis ou part à 
Dieu, aux dieux.

Séjour. 
Nouvelle nationalité pour toujours. 
Race incorporée, nouvelle essence et heureuse, le bateau aborde à l'île heureuse où les
élus s'entre entretiennent entre 
Bastien et 
Saint-Etienne dans les bastions où les bas se tiennent.

Arbrisseaux, personne n'est sot 


Musiciens dans la nature 
On travaille d'après nature 
Soupers sans maux d'estomac 
On vole en avion hamac 
Et on se passe de tabac.

Mais vous transportant état de grâce 


Dieu adhérent plus de triste figure ma statue en bleu et or et quelque chose de mieux
encore.

Ce ne sont pas les plus grands saints qui font les meilleurs amis.
Paradis vainqueur extrême il se cache derrière la 
Croix l'Empereur qui nous tire-bouchonne : écoutez les éclats de voix éclats de rire se
tournent en vacarme comme le rire des chatouillements en larmes.

Si ton bois saigne, c'est la clef de ton intérieur là où vit l'ignorée volupté qui est un coup
d'éternité moi je me meurs pour me tuer et, par là même, tuer mes vers solitaires, mes
toenias * et mes vipères et la trame du vieil homme. 
Si ton bois saigne, le boa se meurt semeur et comme un feu d'artifice : l'œuf éclate du 
Paradis c'est le 
Fiat.

Penses-tu 
Satan, que m'éborgnent tes petits délices d'autos

de porto de propos tout bas, d'adultère et du monde des affaires qu'on désire sur la terre à
s'en crisper les vertèbres. 
Non, j'ai vécu cent ans pour savoir où ça mène doublure de mon épiderme, c'est le bistouri.

La pierre du sépulcre - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Martyre de 
Dieu, matinale naissance si votre mort donne la vie auguste mort qui, précieuse, lie plus
qu'au soleil à 
Ce 
Verbe qui pense

Or au sépulcre l'engeance déicide entraîna 


Dieu dont le 
Corps fut sa graine c'est de 
Sa 
Mort qu'elle avait décidé non pour l'esprit mais par crime de haine.

Je suis navré par les plaies de leurs coups

qu'en 
Votre 
Place je sens comme les miennes

mais obstrué par le mal jusqu'au cou

c'est pour son aise, vos pleurs, comme une aubaine.


Plénitude de dieu - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Il emplit le monde. 
Je veux qu'il m'emplisse

Sa dimension s'ajuste au monde et le dépasse

Il a conçu la terre et la mer et l'espace.

Pourquoi ne pas aspirer à ce précipice

de bonté de grandeur et de compréhension

M'évader ? 
Je le suis. 
Pénétrer ? 
Je ne puis.

Ouvrez-moi l'entrée de mon puits

car si j'entrais en moi j'entrerais en vous.

L'homme ce serait 
Dieu s'il entrait en lui-même

Par ces mots je n'entends certes pas un blasphème

mais qu'on ferait partie de 


Dieu dans l'impuissance

si l'on ouvrait son corps en fermant les cinq sens.

Installez-vous chez moi, que chez vous soit mon cœur

ce qui s'appelle fortifier l'homme intérieur.

Pleurez la vie des jours flétris pleurez l'automne aux larmes vertes pleurez le visage pâli et
qui fut celui d'un poète.

Élevé comme un vol d'oiseau je dépasse chaque jour ma tête elle se venge à sa façon en
prenant l'air craintif des bêtes.

J'ai tant prié que mes genoux sont des quinconces et des branches mais il y a des idées sur
nous comme des auréoles blanches.

Quelqu'un un jour m'appela maître. 


Rochers, sapins, marronniers, hêtres où cacher mon dos et mon cou ? 
Il n'est que 
Dieu pour me connaître or je ne lui plais pas beaucoup.
Les pleurs de la nature - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Quand 
Jésus parla vers l'immense terre quand 
Jésus parla, fièvre et sangs en croix, le mot qui tombait, les mots qui s'imprimèrent aux
sources des eaux qui gardent 
Sa 
Voix

La lance blessa la 


Sainte Écoutille où cuit pour chacun le blanc de l'amour la lance frappait comme une torpille
le cœur du 
Soleil qui saigne toujours

Quand 
Jésus mourut greffé chez les 
Hommes ayant fini son temps d'obligation les péchés volaient comme à l'Hippodrome
même aux ciels très purs des 
Dominations

Ce que fut aux lassos d'invisibles trombes mille ailes chutées brûlant et rampant. 
Bétail fasciné par l'or des archontes il vit encore parmi les serpents

Quand 
Jésus mourut, l'horizon eut peur. 
Plantes, fruits, maisons, tout ce que l'on nomme sécréta le jus, l'humide et la gomme et
c'est pour jamais la nature en pleurs.
Les pneus gelés - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Seigneur

C'est de l'arbre que vient la fleur.

Pensez-vous que l'on soit bien aise

des empoignantes habitudes

qui m'ont fait ces yeux faux de prude

ce menton gras, ce ventre obèse :

martyr je fus, martyr je reste.

En mettant la main sous la veste

quoi ! vous savez guérir la peste,

puisque l'Océan du roi d'Ys

fit tomber ses plants, ses murailles

que 
Votre 
Bonté ravitaille

mes jachères et mes yeux roidis.

Les pneus gelés - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Seigneur

C'est de l'arbre que vient la fleur.

Pensez-vous que l'on soit bien aise

des empoignantes habitudes

qui m'ont fait ces yeux faux de prude


ce menton gras, ce ventre obèse :

martyr je fus, martyr je reste.

En mettant la main sous la veste

quoi ! vous savez guérir la peste,

puisque l'Océan du roi d'Ys

fit tomber ses plants, ses murailles

que 
Votre 
Bonté ravitaille

mes jachères et mes yeux roidis.

oète et peintre - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

« 
Regardez 
Ma 
Face en vous-même et n'aimez pas trop qui vous aime

— 
Sous mes habits en secret je promène dans un cadre : côtes et bassin

Vos yeux et 


Votre 
Loi comme sur un coussin.

Mort et sueur du 


Beau 
Sauveur

loi pure et loi des jours meilleurs.

Je n'entendais plus 
Votre 
Nom

tant le péché fait de cloisons.

Je suis enceinte de prières

stériles toutes l'année dernière.

— 
Comme vous 
M'avez peint, dit le sourcil de 
Dieu,

et j'ondulais sous votre main d'épine, a dit la boucle de cheveux. »

Le port - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le fleuve est recourbé comme ta hanche,

ô pin ! 
La ville aux pieds tranquilles

devant le fleuve grouille et mange.

L'eau biaise aux pieds tranquilles

des ponts, des arches de ponts, des îles.

Ainsi va le temps ! et devant le ciel !

Ainsi va le ciel au-dessus des temps.

Ainsi vas-tu, ainsi, fleuve cicatriciel.

Ainsi vont mes amours souffrants.

Mais les joies des bateaux, fourrure de la hanse

aux nues donnent audience.

Jadis un bois de pins réchauffait la colline.

Un jour, les pins laissant traînasser leurs crépines

sur les toits de la ville sont descendus et les racines

de leur feuillage ardent chevauchaient des gradins.

Les arbres dévêtus rangés le long des berges

sont devenus les mâts, les haubans et les vergues.

Amour ! la joie d'aimer c'est comme les bateaux

sur le cœur de l'eau cicatrisée par un râteau.

Si les mâts sont en croix, les mâts montrent là-haut


et j'aperçois du fond de mon cercueil

ton front lourd et le sourire fin de ton œil.

Pour contredire à ceux qui contredisent - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Pour contredire à ceux qui contredisent le 


Dieu vivant sur l'autel des 
Eglises, 
Seigneur 
Jésus dans l'hostie est caché... 
Pour contredire je me ferais hacher.

Pour contredire à ceux qui contredisent et renverser méprisants et méprises, blanc comme
feu illuminez l'autel. 
Dans la farine et le sang corporel qu'un beau matin brasier soit le calice ! 
Pour contredire à ceux qui contredisent 
Ne soyez plus gisante sur la nappe : 
Il ne sera démon qui en réchappe. 
Pour l'extase de l'humain à son éveil 
Soyez debout et notable soleil ! 
Qu'il ne soit plus de pain qui nous déguise 
Pour contredire à ceux qui contredisent

Présence de l'homme - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Cloche assourdie trace effacée

d'animaux fabuleux éclipse

les peupliers cherchaient la route avec angoisse

refus de 
Dieu moiteurs noyant
la ruine des choses lisses

ni ombres ni lumière les végétaux en liasses

sur ce gris rien ne passe

que l'eau et sous un pont de fer

terrible joignant les méridiens avec l'enfer.

Comme un chérubin

ouvrait d'une épée noire les portes du déluge

une voix dit : « 


Eugène

« ne salis pas le devant de ta chemise. »

Les étoiles se paraient de leur nom,

dévorez-vous mercure et soufre.

Les vagues n'apportent pas encore

la peste à bord.

Prince de toutes élégies - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Prince de toutes élégies

tu vas mourir : c'est pour longtemps !

gagne le ciel de tes folies

gagne le ciel de tes tourments.

Tu peux monter sur tes folies tu peux monter sur tes haubans gagner le ciel de tes
tourments : il est temps de faire vigie.

Nous allons partir pour la 


Grèce le pays des 
Paradis blancs on y trouve aussi des faunesses qui jouent de la flûte de 
Pan.

Je voudrais être l'hégire enturbanné mahométan pour t'emmener sur le navire qui conduit
les morts au néant.
Prince de toutes élégies - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Prince de toutes élégies

tu vas mourir : c'est pour longtemps !

gagne le ciel de tes folies

gagne le ciel de tes tourments.

Tu peux monter sur tes folies tu peux monter sur tes haubans gagner le ciel de tes
tourments : il est temps de faire vigie.

Nous allons partir pour la 


Grèce le pays des 
Paradis blancs on y trouve aussi des faunesses qui jouent de la flûte de 
Pan.

Je voudrais être l'hégire enturbanné mahométan pour t'emmener sur le navire qui conduit
les morts au néant.

Printemps ou aube - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

L'ongle de 
Dieu ! l'ongle de 
Dieu

a rayé, a rayé la nue, des nues des nuits


c'est une craquelure ; l'éclair derrière la nuit

devient un glaive et rougoie ainsi qu'un météore.

Alors la bouillie verte entre en convulsions

entre en fièvre secrète, en extase secrète.

Et le cal de la terre se redresse et s'affale

le cal noir de la carapace de la terre !

Syllabe par syllabe

le 
Nain au visage destructeur

piétine les syllabes du 


Verbe.

Qui s'éveille, s'éveille ? le lamento des coucous !

qui s'éveille ? le madrigal des bourgeons duveteux

le baiser des invisibles buveuses de miel !

qui éveille le jeu des tigres de la mort en fuite ?

le 
Printemps dont la tête oscille de boucles folles.

L'élite des génies que la musique a attirée

escorte le 
Printemps, le 
Printemps vétilleux

sur le corps amaigri, amaigri de la terre

escorte le 
Printemps, le printemps vétilleux.

Sur la carapace calleuse de notre terre

pèsent les capsules et les boucles folles

le collier blanc des pâquerettes, le collier

et les tiges de l'amour timide, humide.

L'amour timide, dominateur du monde,

métamorphose l'épine et la haie des prunelles,

détruit les cygnes qui habitent les ascètes.

Qui éveille tes flèches impaires, ô soleil ?


Quand j'aurai vu les couleurs de ce monde

Où vivent les esprits qui n'attendent plus rien

et l'amour océan où les élus s'inondent

je croirais dur qu'ici nous sommes comme des chiens.

ô jardin fabuleux qu'encense votre grâce

Dieu, suivi des regards des saints extasiés !

Là, les sens détendus par la langueur

oubliant les fatigues des routes de la terre

ils découvrent les perspectives nouvelles du bonheur

ils s'inclinent vers la volupté comme vers une rivière

aphrodisiaque, ils puisent, fiers amants,

dans les girandoles de la grâce, elle bourdonne.

Ils réalisent l'union, et désirent ardemment

le grondement de la grâce dans la poitrine qui trombone

ils scintillent comme des cristaux, ils fleurissent

comme des astres, la grâce sort en larmes

de leurs yeux sanglants de rubis

sur les faces brillantes comme des armes.

Remèdes contre le temps présent - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ombres tristes des grands crimes ombres rouges des guerriers n'en soyons pas les victimes
allons nous débarbouiller

Ediles et croques édiles compétences bras en fleurs que me soient des rochers d'îles les
boulevards extérieurs

S'il y survient la patrouille nous promènerons ailleurs talismans contre la trouille et


baguettes chante-pleurs
Contre blessures des foules les menstrues, les pétards mandragore à chair de poule quand la
lune est en son quart

Et contre les écrouelles qui rongent les coffres-forts. 


Les 
Sous-Produits de la 
Houille qu'on nomme aussi boutons d'or

Sois l'œil rose qui séjourne dans le fond des océans sois méduse, doux néant qu'Amphitrite
use et chantourne.

Renoncer à toute richesse - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ce soir-là mes œuvres futures craquaient au soleil de l'amour

c'est de 
Gabrielle ma sœur que j'espère la délivrance.

Toutes les vertus m'attendaient le long du trottoir des gares

elles m'attendent à s'en maigrir

elles m'attendent en silence.

Prenons garde aux pièges d'Ares

les trains ne mènent nulle part. 


Jardins jumeaux au tire-ligne

s'ils étaient ma propriété

justes jardins comme une épure

je viendrais si j'en étais digne

je viendrais y passer l'été.

Routes ne me sont que déroutes


et je ne tiens pas aux cigares

âme hélas si lasse lasse

des fourrures qui la matelassent

et des fourches de l'habit noir

de tant et tant d'amis il ne reste que toi

éternel shampooing de la 


Lune.

Conservez-moi l'orgueil des jeunesses lacustres

qui cueillent des moissons sur les pavés de bois

je veux écouter les marteaux de cet outil blanc la prière.

Je veux — ventes à longs crédits —

combiner une meurtrière

dans le cristal du 


Paradis.

Retour - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Immobile en mal de silence mon âme a peur de vos noirceurs, ma sœur. 


Cambridge est loin et nos absences passent la 
Manche sur des bouées, sur des buées. 
Rare, éprouvé, point retrouvé j'entends les voix des réprouvés ô hunes, ô fumées, ô huées
grand est le pont du capitaine et l'entrepont c'est la cuvée. 
Falaise blanche de l'Angleterre à l'eau je préfère la terre.

Je sortirai du 
Léviathan 
Sur le sol de 
France m'attend amie, la sainte 
Véronique avec son voile et sa relique.
Baies, gares, menez ma loque à terre rien ne distingue mes façons barques menez au
cimetière mon corps de cierge et de flocons.

Retour du calvaire en clef des songes - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Parmi l'épine et l'ardélion

j'ai aperçu 
Pilate en lion

Ailleurs est la justice unique

sur le 
Voile et sur la 
Tunique

Mais 
Dieu rongé par les fourmis ?

Toutes nos fautes sont sur 


Lui.

Dieu tombe : la croûte et la mie !

Contre l'armature démoniaque,

d'un monstre couleur d'ammoniaque

Dieu tombe, le pain tombe aussi

Le pain rongé par les souris

comme chacun de nous vole l'eucharistie

Quant à moi un moine me hante

dont le dos bossu m'épouvante.

II

C'est bien la douleur cochère 


Comme 
Simon soleil et terre en assuma la bandoulière 
C'est bien mais serait mieux encor d'être gai par ce bouton d'or.

Rois mages deviendront prêtres - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

« 
Gardez l'or pour faire des calices l'encens pour brûler à l'autel un enfant comme moi pour
aider à l'office car l'ange des enfants officie dans le ciel.

Rois qui savez écrire et lire prenez la sandale de corde ! 


J'accepte vos présents de myrrhe mais entrer prêtre dans mes ordres vaut mieux que dire
l'avenir '

Au nom du 
Sang que j'apporte sur terre ô 
Saint-Esprit, colombe de mon père, soufriez vos dons sacrés de votre petit bec baptisez ces
rois mages en passant sur leur tête car je n'ai 

pas encore de baptistère.

Mère 
Marie, 
Joseph, père adoptif, ma crèche est la première église mettez-moi donc sur ma chemise ma
robe blanche en manière de surplis. »
Romance - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Je garde dans la solitude comme un pressentiment de toi. 


Tu viens ! et le ciel se déploie, la forêt, l'océan reculent.

Tous deux le soleil nous désigne par-dessus la ville et les toits les fenêtres renvoient ses
lignes les fleurs éclatent comme des voix.

Lorsque ton jardin nous reçoit, ta maison prend un air étrange : comme un reflet, la
véranda nous accueille, sourit et change.

Les arbres ont de grands coups d'ailes derrière et devant les buissons. 
La vague, au loin, parallèle, se met à briller par frissons.

Je garde dans la solitude comme un pressentiment de toi. 


Tu viens ! et le ciel se déploie, la forêt, l'océan reculent.

Roman, romance et double mort - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Si le printemps avait songé

qu'il dût perdre un jour ton sourire

son azur eût bientôt changé

en sanglots d'orage ou bien pire

Si l'hiver est resplendissant

de soleil sur la douce neige

c'est qu'il croit que je t'aime autant

comme alors aujourd'hui le fais-je.


Si l'année finit en déroute fleuve sans bouche à l'Océan c'est que le temps avait deux routes le mien n'aura plus
de cadran.

Encore durer loin de toi

encore attendre de te voir

un jour sans le bruit de ta voix

attendre un jour ton regard.

Ma face est près de ta face quand mes pas la suivront-ils ? 


Si l'esprit vit dans l'espace le corps ne vit pas sans l'esprit.

Puisque seule tu l'animes les yeux perdus ton fiancé cette nuit n'aura de pensées que l'heure et le millésime.

Miracle que tout me quitte de ce qui n'est pas de chair pour aller en satellite vivre dans ton univers.

Miracle plutôt qu'on subsiste sans son âme et son esprit car 
Dieu seul est ubiquiste ou les morts du paradis.

Mon 
Dieu ! voici donc que je 
T'offre ses regards fixés dans mes yeux son corps si tendre qui m'échauffe c'est ce que je t'offre mon 
Dieu.

L'amour qui fut toute ma vie l'étreinte et les voix du secret le désir et sa mélodie voici cette proie d'émouchet.

Je 
T'offre mes anciennes heures 
Je renonce aux traces d'espoir aux transports de la chante-pleures j'offre deux faces deux miroirs.

Tout est dit, j'offre ma jeunesse qui transperçait mes cheveux blancs 
Seigneur, c'est dit, je me confesse fermons la porte, allons-nous-en.

Ferme la porte offre l'automne j'offre mon printemps mon été voici la neige et je frissonne à franchir le dernier
fossé.

Renonce, ah ! c'est déjà descendre ô 


Mort vers tes douteux chaos et j'offre ce cristal scaphandre dont la vertu m'est un tombeau.

Seigneur vous m'êtes... - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
Seigneur 
Vous m'êtes une lune qui n'a quartiers ni lunaison, ni jour ni nuits et ni saisons. 
Votre 
Visage est sans lacunes.

Seigneurs 
Vous m'êtes un soleil, car vous infondez les ténèbres de la tête jusqu'à l'orteil, depuis la
peau, jusqu'aux vertèbres.

Mais ne soyez pas la raison, plante mauvaise au val des côtes, cette lourdaude de mille
bottes qui piétine ses 
Horizons.

Seigneur, 
Vous m'êtes une abeille. 
Et toi, vent, quand je serai mort, porte à mes lèvres 
Son 
Miroir, pour si je dors, ou si je veille.

Tables - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Dieu, 
Vous êtes à la 
Sainte 
Table.

Table à secrets, table à témoins,

la confidente des avares,

table du penseur sans merci

« je t'y prends ! tu travailles assis ».

Table à toilette pour les vieilles,


table à suicider les joueurs,

au bras dormir quand on veille,

table à bouchers, table à remords

ou gémissant sous les hachis

table à laver linges du corps,

table à cachots des évadés,

table à tours des saltimbanques.

Table à vendre son âme aux banques.

Table à gagner le 


Paradis

ô joie des joies, 


Table des 
Tables,

Dieu 
Vous êtes à la 
Sainte 
Table.

Tentation de l'esprit - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

" voix (diabolique)

« 
Assassin de toi-même et la proie de ta proie de ta chaise regarde fuir les vaisseaux de la
joie. 
La tempête de la terreur a désabusé ton soleil qui recevait les baisers. »

« 
Dans la tombe de la foi tes désirs sont enfermés incendies qu'aucun pleur n'a plus le droit
d'éteindre la mesure de la tombe est ta mesure et sa pierre est la loi de feindre. »

? voix (angélique)
« 
L'église des tombeaux est un phare pour les rois

Jésus ne ressuscite que sur les montagnes

ô homme sans chevelure, économe de tes pas !

Il te faudrait marcher sur le vitrage des mondes le toit !

Tes pieds rougiraient aux méridiens hors d'atteinte.

Dans le vide effrayant

liés et dispersés par la crinière des vagues

les continents immondes te diraient :


Général, n'as-tu pas de soldats pour nous vaincre ? " »

DIEU — 
Délivrez-moi de vous.

MOI—J'ai peur!

DIEU — 
Avez-vous peur de moi ?

Les trois grottes - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

La première c'est une halte de bétail :

il y a un train qui passe devant

« 
A moins que ce ne soit une forge

« disent dans les wagons les gens

« il y a un incendie là-dedans !

« 
Puisque la lumière est blanche, c'est l'électricité ! »

Sur la halte il y a une montagne et là est le diamant du ciel. 


Grotte de montagne et du miracle soyez sacrée pour les siècles.

La deuxième est une grotte de jardin.

Qui regarderait sous les arbres verrait les démons malins

qui regarderait dessus verrait les anges

qui entendrait, entendrait la voix des anges.

Ô mort ! dure aux hommes, écartez-vous de 


Lui ! » 
La mort ne disait pas une parole dans cet antre et le vrai 
Dieu était étalé sur le ventre la 
Tête dans le coude disant : « 
Maman ! maman ! » et les démons riaient.

La troisième est un nouveau sépulcre

tout blanc et blanc comme le sucre.

Là est 
Le 
Mort. 
Des catholiques c'est le trésor !

O terreur de mon âme ! ô terreur de mon corps

c'est 
Dieu 
Lui-même qui est mort.

L'unique - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Roi et surveillant des falaises de ces étendues

un jour tu tireras la couverture de l'Océan.

pour en sortir les morts étendus

mais tu ne sortiras pas de moi, de mon néant.

Veux-tu, ô roi, entrer dans mon néant ?

Dis-moi, père d'Adam, ce qu'est la vie de l'Homme


le cran d'arrêt de la prière ?

Écoute mes lèvres de prière et de gomme

je dresse ma tête noire, ô monarque du bonheur

il me semble que les rochers s'écroulent

Ta colère dans l'inutile élan des houles

plus bas est le vide des volcans

plus bas que le vide est le vide de mes os

mais tu ne t'en iras pas de moi, ô mystère.

La plénitude solide est derrière un chaos

derrière les arbres la plénitude est un mot.

La vérité serait avec 


Toi en moi.

Vagues à vous contempler je perds et perds des heures

elles sont vos sourcils, les sourcils du 


Seigneur.

Quand je vois les arbres je pense

aux bras du 


Seigneur qui créa

et je vois l'eau qui se balance

au regard de l'ave maria

et je pense au petit homme ingrat

devant un rocher qui s'avance.

Vient la nuit à vos yeux augures

vienne un livre à vos chevelures

un poisson d'or à votre science

parce qu'il est une figure.

Mon ardeur à serrer le vent

celle d'approcher votre visage

votre parole à des voyages

d'un serviteur la nuit souvent.


Un vaisseau qui s'avance au large

c'est mon entrée au paradis

et la distance c'est la marge

entre le 
Purgatoire et lui.

Or tu n'as été qu'une abeille sur terre

butinant 
Dieu mais à la fois tous les poisons

et tes ailes puantes et tes poils délétères

te condamnent hélas à d'horribles maisons ;

tends le cou ton vieux cou ridé vers les ténèbres

toi pour avoir versé le péché comme 


Hébé

vers les lacs de bitume où la douleur t'accueille

où les tisons doublure des passions te chauffent

vers les pays sans arbre et les arbres sans feuille

où jettent les démons ton épiderme au feu. 


Là s'érige en forme de phallus une colonne les gens de ton espèce y sont enterrés vivants
pour avoir désiré les modes et la soie ils porteront en eux le poids lourd de la soif, et pour
tous leurs sourires, ils pâtiront l'ennui et dans la cécité d'une éternelle nuit.

Veille des cataclysmes - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Depuis l'éternité avec des flammes

les génies géants des astres s'enroulent

et se brisent. 
Au travers des corps aimables

ils jettent des boules.

Tandis que les esprits de l'air cavalcadent


confondent l'Occident et l'Orient

assiègent 
Dieu sur du feu, rendent malades

les anges, les collines du ciel tremblent de coups.

Pendant que les enfants s'ennuient

assemblent des marguerites avec goût,

les bêtes de l'Apocalypse hurlent jour et nuit.

A travers les poitrines des vierges

les maçons et les acrobates rivalisent.

Dans les plis de la colère des phalanges

dans les plis du combat des anges

dans le feu que 


Prométhée dérobe,

notre soleil s'élance avec l'aube

les tendres laboureurs s'assemblent pour la danse.

Les incendies couvent.

« 
Il fait tiède ce soir » dit une abeille.

Homme, tu as le feu en toi-même

et tu ignores quel horrible nuage te pourrit.

La vérité sur le cas de x et y - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Lève-toi, mon loisir, contemple ce fantôme,

lève-toi, ma paupière, et contemple l'amour.

Fantôme, plus voisin vu du collimateur,

vêtu de mort, parais sur cette dolomite.


Mon regard subulé se nourrit de ton ombre

et je t'aime bien mieux si je ne t'aime plus.

Quoi ! vie du bouclier, patrouillage des sens ?

Plantes communes des chemins, numéros de la peau du tigre,

je t'implore et je te dénigre.

C'est mieux qu'à mes sommeils tu parles d'innocence !

Plions le bois de notre amour

à la chaleur de l'amour même

et tu sauras combien je t'aime

quand tu verras de loin l'incendie de mon cœur.

Alors le tien cuit sous la cendre

s'écorchera plus noble et feu follet,

apparaîtra à moitié ivre

dans la lande de mon loisir.

Qu'un jour de voyage parmi des marbres blancs,

éternels taciturnes, éternels olifants,

nous aimions nous aimer comme aiment les enfants,

rassemblant nos rayons pour un autre univers.

Deux diadèmes couvrant deux azurs d'allégresse

et deux ombres régnant sans peur et sans reproche

sur les vagues de feu d'un 


Jugement 
Dernier.

Vestibules - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Dites-nous, 
Muse du 
Ridicule, pour cinquante ans que nous avons combien de bulles de savon faisons-nous dans
les vestibules ? 
Chez vous, de qui la ménagère

— ici l'on attend au salon — ménage socque et ménage air parce qu'on est triste étant
pauvre ménage un manteau dans le poivre.

De même chez le grand médecin

— un saint —

tableaux de maîtres, vase en marbre statues grecques devant un arbre.

Dis-moi, 
Muse du 
Ridicule, si je souffrais au vestibule du dentiste... et chez le notaire quand on a partagé nos
terres. 
Parlons du porte-parapluies des dossiers en panoplies ! 
Chez la grand'dame américaine elles sont de 
Venise en verre et la tenture est marocaine.

Chez le banquier le rez-de-chaussée de fontaines est rehaussé : tout est hâlé, hall et dallé un
tapis de laine étalé. 
L'antichambre de ce monarque on y pourrait tirer de l'arc.

Vestibule de courtisane distingué comme la tisane héraldisme, casques, pertuisanes.

Et le 
Grand 
Administratif ! rien qui sente le saltimbanque — 
Méfie-toi car on 
Le défend ! — genre transatlantique et banque tables avec les quotidiens ou bien concierge
et bon enfant.

Mais le vestibule du ciel ? 


C'est notre douleur, la terre ! 
Je souffre à mon péché mortel comme on souffre au thermocautère. ... 
Je suis bon larron et j'espère.

Vieux monde brisé - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
à 
Georges 
Caillé

Sous les caps du passé, océan sans rivage je contemple un amour emporté par les vents. 
Les troupeaux fugitifs en la nuit de mon âge disparaissent. 
Mes yeux sont les lampes du 
Temps.

Terres mémoriales mes îles fortunées ! seigneurial délice, majestueux repos ! les rapides
chevaux de mes vertes années n'ont pas lassé mon cœur du bruit de leurs sabots.

J'ai tissé, j'ai tissé de vents et de paroles un voile au long col gris tenu par les péchés. 
De mon dernier portail il cache l'Acropole et courbe vers le sol un casque empanaché.

As-tu faim de la terre ? 


Rêves-tu de royaumes ? 
Changerais-tu de peau, de pays, de couleur ? 
Deux fées se sont penchées pour enlever mon heaume le fer de leur baiser cicatrisa mon
cœur.

Qu'elle brille, la rouge, avec sa guipure !

Ses serviteurs criaient : « 


Le vieux monde est brisé ! »

Sa licorne au printemps, emprunte sa parure.

La deuxième licorne, les habits de l'été.

« 
Va ! tu sauras bientôt ce que l'âge contemple ! » me disait l'autre fée nue sous un beau
turban 
Elle était allongée sur les marches du temple et me tendait un crâne d'or sur un cadran

Un triste et calme vent inconnu sous les astres qui n'était pas venu d'horizons cardinaux
étendait sur le golfe le jour bas du désastre. 
Le vieux monde est brisé, préparons les vaisseaux.
Le vin - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le calice où les lèvres de 


Dieu ont bu du vin

est le calice où les prêtres boivent le matin.

Si le vin est l'Esprit, donnez-moi à boire

au même verre, le 


Vôtre, 
Seigneur !

S'il faut des agonies et la mort

après ce coup de 


Boisson, saisissons-les

et jusqu'au sang et jusqu'à la fièvre.

Les agonies et la mort ne sont pas épargnées aux autres.

Autant boire !

Si le vin qui vient de 


Vos 
Vignes

est le meilleur, je veux en boire

et y retourner.

Les boissons rendent orgueilleux.

Les boissons font du bruit.

Votre 
Vin est silence, humilité, joie intime.

En touchant notre estomac il touche

aussi notre âme ! et en voilà pour

toute une journée

de sérénité et d'union

avec autrui et avec 


Vous.
Vision du purgatoire - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Pas de visage et pas d'épaules nous sommes peut-être des saules

Les sept hors du logis ! les femmes ! sept malades ! et l'arche sainte auprès de l'arbre dans
le ciel. 
Las ! ne chanterons plus que des chants de nomades et les terribles cris dans la nuit des
tunnels !

Claquez des dents ! claquez des dents ! viendra-t-il l'ange que j'attends.

Ces bûchers dans la nuit ne sont jamais éteints.

L'étang noir est l'exil des ventres et des mains.

Arrière ! le cheval flaire au bord des falaises

la ville en feu brûlant comme une pauvre chaise.

Ôtez le couvercle des mondes :

voici qu'un autre orage gronde.

La flamme atteindra-t-elle les chevaux des comètes,

la flamme, scintillant au levant, au midi.

Bêtes de nuit, écoutez-nous, les bêtes !

... mais, pour entrer au ciel, vous sortez de vos nids...

Ouvrez la porte aux désirs flous aux tendresses mal assurées — je suis la vierge séparée de
qui ne fut pas son époux

— je suis la nonne sans couronne

— je suis la méchante patronne

— je fus l'empereur sans vergogne. 


Choisissez entre nous, 
Jean de l'Apocalypse choisissez, choisissez aux lueurs de l'éclipsé ! 
Deux anges comme un flamant rose

sur les champs de la nuit, la nuit l'un d'eux a pris par les poignets la plus sanglante et le
plus net
Oh ! ne le dites pas !... oh ! ne le dites pas aidez-moi, ciel, à marcher droit.

Vision du purgatoire - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Pas de visage et pas d'épaules nous sommes peut-être des saules

Les sept hors du logis ! les femmes ! sept malades ! et l'arche sainte auprès de l'arbre dans
le ciel. 
Las ! ne chanterons plus que des chants de nomades et les terribles cris dans la nuit des
tunnels !

Claquez des dents ! claquez des dents ! viendra-t-il l'ange que j'attends.

Ces bûchers dans la nuit ne sont jamais éteints.

L'étang noir est l'exil des ventres et des mains.

Arrière ! le cheval flaire au bord des falaises

la ville en feu brûlant comme une pauvre chaise.

Ôtez le couvercle des mondes :

voici qu'un autre orage gronde.

La flamme atteindra-t-elle les chevaux des comètes,

la flamme, scintillant au levant, au midi.

Bêtes de nuit, écoutez-nous, les bêtes !

... mais, pour entrer au ciel, vous sortez de vos nids...

Ouvrez la porte aux désirs flous aux tendresses mal assurées — je suis la vierge séparée de
qui ne fut pas son époux

— je suis la nonne sans couronne

— je suis la méchante patronne

— je fus l'empereur sans vergogne. 


Choisissez entre nous, 
Jean de l'Apocalypse choisissez, choisissez aux lueurs de l'éclipsé ! 
Deux anges comme un flamant rose
sur les champs de la nuit, la nuit l'un d'eux a pris par les poignets la plus sanglante et le plus
net

Oh ! ne le dites pas !... oh ! ne le dites pas aidez-moi, ciel, à marcher droit.

La fille de fontaine - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

J'avais rêvé la nuit d'une fille de fontaine

en robe de soie brillante comme la mer

Je me mariai avec elle mais notre enfant était aveugle

Un jour plus de vingt moines ont passé le 


Laz *

Les belles chansons qu'ils chantaient

pour la survie des trépassés

et pour l'honneur du 


Dieu cloué.

« 
Prenez-moi avec vous sur votre bateau

« 
Je jouerai de la harpe comme votre 
Seigneur abbé !

« 
Vous m'apprendrez la musique. »

Ma mère disait au couvent :

« 
Rendez-moi mon fils

c'est un soutien de famille !

— 
Votre fils n'est plus avec nous : il est en 
Angleterre
pour enseigner les instruments au prince de 
Galles.

Il a épousé la fille de fontaine

et son fils aveugle chante ses mélodies. »

i. 
Petite rivière de 
Bretagne.

Le testament de bec-braz - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Je lègue ma bêche au 


Seigneur duc

pour qu'il apprenne la manœuvre

et ma chèvre par-dessus le marché

pour qu'il coure après ses douleurs,

mon cochon à 
M. le recteur

qui mange du boudin en 


Carême

et ma fontaine à lui, de même,

pour qu'il mette de l'eau dans son vin ;

mon esprit à 
Yves 
Judec

qui ne peut en avoir tout seul

ma patience aux filles du pays

et mes deux années de prison

aux gredins à l'aise dans les foires.

Mon enfant à 
Marie 
Le 
Goff

puisque ses amants ne lui en font pas

et je lui lègue mon cœur aussi

puisqu'elle n'en veut pas autrement.

Au 
Guélic mon testament

pour qu'il en fasse une chanson.

Contact - Me

Le phare d'eckmuhl - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le phare d'Eckmûhl est une grosse lanterne.

Si tu as perdu ta route sur la lande tu regardes à droite ou à gauche et tu vois où est 


Saint-Guénolé.

Depuis que je vous connais, 


Marie 
Guiziou, j'ai cherché vos yeux sur toutes les mers de cette terre-ci

Mais vos yeux tournent de côté et d'autre partout où i! y a des amoureux.

Marie 
Guiziou, 
Marie 
Guiziou ! 
La vie est comme la lande pour moi et vous êtes pour moi comme le phare d'Eckmûhl.

Marie 
Guiziou ! 
Ma vie est comme l'océan autour de 
Penmarch ! et si je ne vois vos yeux je suis un naufragé sur les rochers.
Un chapeau d'instituteur - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Du large je ne reconnais pas ma maison sur la falaise : on l'a passée au lait de chaux.

Du bourg je ne reconnais pas ma maison sur la falaise : on a mis de l'ardoise au heu de


chaume.

Du sentier je ne reconnais pas ma maison sur la falaise : on a mis une grille en fer.

Et du coup mon cœur se fond, il y a un lit de ville à la place du lit clos.

Je partirai sans vous regarder, 


Marie, car sûrement vous avez des paillettes sur votre robe au heu de broderie, et une
coiffe de poupée sur vos cheveux, effrontée !

Adieu, 
Marie, il y a une odeur de pipe dans la maison et un chapeau d'instituteur sur la table.

La petite voleuse - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Mon grand-père est mort on l'a mis dans 


I'trou qu'est-ce qui restait comme sou ? sa vieille bague en or.

Les rats auront ses sabots son jardin aux escargots les puces auront le matelas son armoire
les cancrelats.

Mon grand-père est mort on l'a mis dehors. 


L'huissier est dans l'appentis le juge de paix au fournil

Sa fille et mon frère seront légataires personne n'ira disputer pour qui devra hériter.

L'huissier est dans l'appentis le juge de paix au fournil y avait la tirelire je n'irai pas dire
Sous la cendre du foyer et des billets bien tassés et des écus bien tassés c'est moi qu'ai tout
ramassé.

Le galant - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Moi j'ai un petit cheval blanc

qui me mène à la promenade

il n'est pas plus grand que mon doigt

et il est crochu comme un hanneton.

Moi j'ai un sabot cornu c'est bien joli pour la danse c'est un sabot de biquet qui s'y frotte s'y
pique.

Faites le tour de l'aire avec moi

vous verrez quelque chose

quatre souris avec un casque en fer

chacune, un chat qui dit 


Pater noster

une maison faite avec de la balle

et six pourceaux dans une écuelle.

A côté de la porte de la tour vous verrez mon âme dans le four à pain endiablé d'amour
pour vous.
Cimetière - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Si mon marin vous le chassez

au cimetière vous le mettrez,

rose blanche, rose blanche et rose rouge.

Ma tombe, elle est comme un jardin, comme un jardin rouge et blanche,

Le dimanche vous irez, rose blanche, vous irez vous promener, rose blanche et blanc
muguet,

Tante 
Yvonne à la 
Toussaint

une couronne en fer peint

elle apporte de son jardin

en fer peint avec des perles de satin,

rose rouge et blanc muguet.

Si 
Dieu veut me ressusciter

au 
Paradis je monterai, rose blanche,

avec un nimbe doré,

rose blanche et blanc muguet.

Si mon marin revenait, rose rouge et rose blanche, sur ma tombe il vient auprès, rose
blanche et blanc muguet.

Souviens-toi de notre enfance, rose blanche, quand nous jouions sur le quai, rose blanche
et blanc muguet.
Le conscrit - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

J'aurai tricorne avec plumet,

galons d'or et galons d'argent,

baudrier, sabretache.

Ah ! me voilà joli garçon

et toutes les filles pour me regarder.

Va tirer ton billet, 


Yanik, va le tirer et tu es pris.

Adieu, ma petite 
Marie,

avec vous je me conduirai comme un chrétien

retour des 
Iles, je vous prendrai

comme il a été promis.

Les négresses ne me feront pas oublier votre coiffe et votre corselet ni vos beaux yeux.

J'aurai tricorne avec plumet et des histoires à raconter

aux fileuses à la veillée.

Adieu mon père 1 adieu la métairie,

je pars pour l'armée du 


Roi de 
France,

je pars aux îles de la mer,

je pars aux pays des nègres.


La veuve et l'artilleur - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

— 
Il n'y a pas d'autre ciel que vos yeux, 
Quand la lune est dans la mare

c'est votre figure que je vois.

— 
L'artilleur, je suis veuve et mère d'un petit-

— 
Quand la pluie fera briller la fenêtre nous bercerons le petit à deux.

— 
Avez-vous peur des balles que vous n'êtes pas à la guerre ?

— 
Lorsque le soldat tombe à terre alors son âme monte au 
Dieu de gloire.

— 
Pour le pays il faut la mort,

le 
Sauveur est mort pour les hommes,

Veuve 1 c'est pour vous que je voudrais mourir.

— 
Ensorcelé vous êtes 1 que votre cœur s'enflamme pour tous les chrétiens et pour le roi
emprisonné.

Le prêtre assermente - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Maintenant les curés se marient,

notre curé a pris 


Marie.
Son premier enfant sera pape,

le second du lit prince de trône,

roi le troisième ou empereur.

Le curé ira voir son oncle,

le diable en noir qui vient la nuit

sur la roche rouge à 


KergildaL

Diable et curé s'entendront

à danser sur les cailloux de la plage.

Monsieur le curé, prenez-en une plus riche,

vous serez plus vite évêque avec des écus.

Non ! 
Je guignais 
Marie

du temps que j'étais clerc,

clerc à 
Saint-Pol dans le 
Léon.

Vive la nation ! c'est elle

qui prend l'enfer pour moi.

Je dirai la messe en langage huguenot

et les sorcières feront la musique,

les farfadets seront enfants de chœur

et le grimoire sera mon psautier. 


Allelluia ! mon oncle est diable, ma tante c'est la papesse 
Jeanne. 
J'irai voir le curé rouge pour apprendre la danse des prêtres assermentés.
Marie kerloch - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Allez-vous en, les enfants

car cette chanson est pour les filles,

celles qui vont dans les champs

avec les hommes, les « boit sans soif ».

C'est pour montrer aux filles sans coiffes

que 
Dieu n'a pas empêché

qu'il faut se mettre à genoux pour la confession des péchés.

Marie 
Kerloch vous avez plus de graisse que de cervelle

vos cheveux sont couleur de beurre.

Les marins en bordée ne connaissent qu'elle,

C'est pour vous que je parle en particulier

Marie 
Kerloch, la charcutière !

Dieu est toujours à l'Église bien qu'il ne vienne pas sur

terre .... 
A vous d'aller le voir en passant. 
Marie-Madeleine l'a vu pendant son souper, alors elle a mis sa main sur ses yeux. « 
Jamais je n'ai vu figure des deux « sur terre ! j'ai fini, j'ai fini de mal faire. « 
Beau mignon, prenez-moi comme domestique,

« prenez-moi comme chien de pieds. »

Quand 
Dieu a eu les affres de la mort sur une poutre

elle était là comme domestique avec la mère

et après dans un trou de rocher au bord de la mer.

Si vous n'avez pas les yeux de l'amour

pour le voir dans l'Hostie

Aimez-le sur son crucifix


au lieu d'être à courir des bords

avec les marins, 


Marie 
Kerloch.

Genveur l'ivrogne - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Épousez une pennerès ' comme il faut,

Prenez-la plutôt à la mode de 


Paimpol,

avec un joli petit cou sans col,

Je serai l'ange tutélaire

qui bâtirai votre maison

avec des abeilles devant l'aire

et des meules dans leur saison,

des pommes de terre toute l'année

et des carottes et des navets.

Sacrées seront pour vous les paroles de 


Jésus-Christ,

Je vous engage à suivre ce qu'il a commandé par écrit,

autrement vous serez damnés.

Sur la route de 


Ploaré à l'enfer

Genvreur l'ivrogne passe en chemin de fer.

Les oiseaux sautaient parce que c'était le matin.

« 
En vie tu avais le feu dans le corps,

autour tu l'auras si tu es mort.

Quant aux licheuses que tu as fait boire

pour les avoir,

tu verras la figure qu'elles font

sur les charbons.

Boucher écorcheur tu étais,

écorché tu seras par le peigne à lin des diables.

Ils aiguiseront leur meule avec ton bec à boisson.

D'en bas tu verras ta pennerès comme il faut

maigre de ventre faute de suffisance

et ses fardeaux d'enfants sur les épaules,

ta pennerès de 
Paimpol,

mendier son pain sur la route de 


France. »

Ruses - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Dites que vous venez comme domestique !

dites que vous allez à la chasse

et que vous vous arrêtez en passant !

dites que vous êtes là comme mendiant

et que vous voulez un verre d'eau claire !


dites que vous êtes là comme colporteur

pour vendre des dessous de coiffe,

dites que vous venez comme chanteur de complainte,

dites que vous venez comme soldat permissionnaire

pour coucher dans le hangar ou l'écurie,

dites que vous venez pour l'impôt

ou pour acheter des légumes,

dites que vous venez comme huissier

pour saisir toute la métairie,

comme voyageur en promenade

pour regarder la lande et la rade

et préparez un petit billet

si votre promise sait lire.

Le clerc - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

« 
Les clercs entre deux sommeils,

les clercs sont comme les autres.

Jusqu'à ce que l'eau dégoutte de votre caban

à rôder par tous les temps,

usez autant de souliers que vous voudrez,

à rôder autour de la maison.

Il y a trois chemins autour de la maison,


autour de chez mon père il y a trois chemins,

prenez celui que vous voudrez

mais laissez votre espoir dans le fossé.

Vous ne serez pas davantage aux autres hommes,

j'entrerai au couvent de 


Morlaix,

Vous entrerez au couvent des filles :

Les cloches savent dire le nom d'un amoureux.

— 
Le couvent n'est pas mon affaire mais la danse et les pardons.

— 
Vous n'irez pas longtemps sans voir le démon et vos cheveux deviendront blancs

par l'effet du mépris du monde. »

Le sabotier - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Pour garder ma coiffe de la pluie

je suis entrée dans la hutte du sabotier.

« 
Ici vous resterez, me dit-il, avec moi,

mieux vaut reine des sabotiers

que servante d'auberge.

— 
Triste royauté, lui dis-je, qu'y a-t-il

dans la hutte du sabotier : vin blanc, vin rouge

et réserve d'eau-de-vie?

Une fille n'est pas adonnée aux liqueurs :

De laiterie, je n'en vois pas


ni de barattes pour le beurre.

Il faudra douze vaches laitières

à mon époux s'il veut de moi,

douze taureaux noirs, douze bœufs de charrue,

quelques charrettes avec leurs chevaux,

terres à blé, terres d'avoine,

terres de luzerne et de légumes,

trois grandes armoires à la maison,

deux lits clos avec bancs tossel

et une table pour les valets de ferme.

— 
Retournez donc à votre auberge

et attendez patiemment un épouseur

en priant pour un miracle

car ce n'est point dans les auberges

que vous trouverez les propriétaires fonciers. »

L'ecorcheur de chevaux - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

utile de faire semblant

e fermer la porte sur l'aire

uisque 
Cozic viendra ce soir,

isait le père châtreur de truies. 


Quand j'entendrai le lit remuer j'irai chercher mon fusil. 
Quand j'entendrai ses sabots sur l'escalier j'irai chercher le garde champêtre et tous les
deux vous irez sur la route de 
Nantes. 
Vous finirez vos jours ensemble entre les poteaux patibulaires, et ceux qui vous ont cachés,
votre mère et 
Yannick le pâtre, la petite 
Marie la bergère iront avec vous et votre écorcheur de chevaux.
— 
Taisez-vous, châtreur de truies, et mettez votre main sur votre tête pour savoir si vos cornes
ont poussé.

— 
Plutôt que de vivre avec des femmes qui ne rougissent pas d'aller à confesse

sans dire tous leurs péchés

j'aimerais mieux me jeter à l'Odet *.

— 
Allez où vous voudrez pourvu que nous soyons libres

d'aimer qui nous aime.

Tenez ! 
Voilà votre bouteille de vulnéraire,

buvez votre compte et allez dormir.

La petite servante - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Préservez-nous du feu et du tonnerre, 


Le tonnerre court comme un oiseau, 
Si c'est le 
Seigneur qui le conduit 
Bénis soient les dégâts. 
Si c'est le diable qui le conduit 
Faites-le partir au trot d'ici.

Préservez-nous des dartres et des boutons,

de la peste et de la lèpre.

Si c'est pour ma pénitence que vous l'envoyez,

Seigneur, laissez-la moi, merci.

Si c'est le diable qui le conduit


Faites-le partir au trot d'ici.

Goitre, goitre, sors de ton sac, sors de mon cou et de ma tête ! 


Feu 
Saint 
Elme, danse de 
Saint-Guy, 
Si c'est le diable qui vous conduit mon 
Dieu faites-le sortir d'ici.

Faites que je grandisse vite et donnez-moi un bon mari qui ne soit pas trop ivrogne et qui ne
me batte pas tous les soirs.

La mère du prêtre - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Pauvre je ne serai pas toute ma vie,

non, non ! je n'irai pas sur les routes

toute ma vie avec bâton et sac.

Fermière et veuve j'étais il n'y a pas longtemps encore,

maintenant j'aurai mon fils prêtre

et mes péchés seront pardonnes.

Vendez tout 
I vendez tout ici,

alors avec l'argent j'irai à l'école des 


Frères,

à l'école des 
Frères j'irai,

petit et grand séminaire.

— 
Petit et grand séminaire ! oui vous irez, mon fils

et prêtre après vous serez

prêtre pardonnant les péchés à vos père et mère.


Vendez tout ! et tout j'ai vendu

mon fils est au grand séminaire

et moi je suis par les rues, par les foires et par les champs ;

Mon fils, quand vous serez prêtre

c'est moi qui tiendrai la maison,

toujours en robe de dimanche

pour recevoir les autres prêtres,

l'évêque et le 
Pape s'il lui plaît de venir. 
Pauvre je ne serai pas toute ma vie, regardez mon sac et mon bâton, c'est la dernière fois
que vous les voyez.

Préservé de l'enfer - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Une bouteille de 


Lourdes sous chaque bras mettez-les quand la mort viendra pour éteindre le feu de l'enfer. 
A mes pieds mes galoches à fer pour marcher sans brûler mes bas.

En rond et grand comme un chapeau 

tatouage de marin sur ma peau à l'image 

du 
Roi des deux pour voir démons courir au 

trot côté du dos et de la queue

Et puis sur mes verres de lunettes


bien amarrées contre ma tête

collez les 
Faces 
Marie 
Jésus

de peur que de là-bas je les perde de vue.

Les deux maitresses - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Une au nord, une au midi

j'en ai deux à ma volonté,

celle du nord n'a pas mon amour

c'est elle qui est fière de moi.

« 
Ne prenez pas celle du midi

car vous n'en aurez que souci,

plus de larmes qu'il n'y en a à la fontaine. »

Allez parler raison quand l'affection nous tient !

je bâtirai un ermitage quand elle sera morte

et je ne veux plus voir de femelle :

Au bord de la route, un ermitage,

chacun me donnera un peu de soupe

mais les femmes sont priées de rester dehors.

Si vous m'avez aimé, maîtresse du nord,

apportez-moi un croûton de pain noir,

un crucifix pour prier le 


Créateur de la 
Terre.

Mon chien noir - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Mon chien noir va voir en tournée les maçons des péchés capitaux la nuit traîner avec des
cordes le miracle de terre et de ciel le 
Dieu né du 
Père Éternel.

« 
Un sale chien la veille de 
Pâques ! » 
A l'entrée des maisons des juges balayé est mon chien noir par les femmes des huissiers de
portes et les dames curieuses de 
Jérusalem.

Deux pouilleux à gauche et à droite

et les gémissements sur ses pauvres jambes

Dieu saignant comme viande à boucherie

a le frisson de la triste mort

« 
Va-t'en, chien noir, le 
Sang 
Esprit

« n'est pas pour le museau des bêtes ! »

Par peur des coups sur la route du calvaire

il ne se frotte pas aux souliers des gendarmes.

Après dans la salle des 


Onze la belle 
Sainte 
Mère en châle de deuil donne du travail à l'un et à l'autre et sur la table elle mouche la
chandelle 
Votre place n'est pas là, chien noir
mais plutôt celle du pigeon blanc

qui porte un bout d'herbe en son bec.

« 
J'annonce une révolution :

« autant que possible fermeture de l'enfer

« et bonheur ici-bas à celui qui veut bien faire. »

Noces de cana - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

— 
Pour les inviter à vos noces qui sont cette dame et son fils ?

— 
Des vagabonds ce ne sont pas mais les arrière-enfants des rois, par 
Sainte 
Anne et 
Saint 
Joachim, les petits-fils du roi 
David.

— 
Pour des personnes de dynastie quelle profession que menuisier?

— 
Le menuisier du 
Saint-Esprit

à chaque coup de rabot fait une génuflexion devant l'Enfant 


Dieu.

— 
Les deux convives au bout de table vers le mur qui joint l'étable

qui donc les connaît ces gens-là?

— 
Que personne ne demande un miracle ou jamais miracle ne fera.
II


Cana en 
Galilée

il y a eu de belles noces.

Là était représenté

ciel et terre et l'entre-ciel.

Qui donc est-ce qui se marie ? la 


Terre et le 
Saint-Esprit 
Terre et terre, arbres de terre, le 
Fils signifie l'esprit.

Terre et terre, terre de vignes le vin dans la cave est pris 


Sont présents au dîner de noce les élus du 
Paradis pour ce qui est du mari

Pour ce qui est de la terre les rois mages sont ici et les quatre Évangélistes les onze
prophètes aussi.

Apportez le 
Tombeau neuf d'où je sortirai un jour 
Si vous voulez du vin neuf mon 
Père va vous faire un tour.

Apportez l'eau de la terre, dit aux gens la 


Vierge mère et videz les aiguières maintenant laissez-le faire.

Fête de la très sainte vierge - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
J'aime ces chansons que vous faites

sur 
Moi et 
Ma 
Lignée

Écrivez-les, celles qui vous passent en la tête.

Le matin du jour de sa fête,

Marie, née au-dessus des hommes et des filles,

dit à sa mère quand 


Elle se lève :

« 
Sainte 
Anne, écoutez mon rêve !

« 
Plus qu'il n'y a grains dans la grange

« je voyais prophètes et anges,

« ma mère ! je tremble en en parlant ! »

— 
Allons ! 
Marie ! le pot-au-feu ! et raccommodez-moi vos bas !

Si vous êtes bonne fille ici-bas, on vous aidera lors du trépas !

— 
Ma mère ! honteuses sont mes joues !

« 
Vous serez sainte comme mère et 
Vierge. « 
Demain vous aurez une visite « je ne peux pas en dire plus « ce sera l'heure de l'Angélus.

« 
Ma mère ! je vis un homme ensuite

« c'était un fils à moi et vous voilà "grand'mère

« 
Ne lavez pas ce mouchoir

« dit-Il, gardez-le bien dans votre armoire

« car c'est de mon sang qu'il est rouge.

« 
Paix à qui sait ce qu'il en coûte

« 
Mystère et fête le quinze août

« pour ceux du ciel et de la terre. »

Stabat mater - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

— 
Ne pleurez pas, 
Madame, si votre fils est condamné, il ressuscitera par miracle après l'enterrement.

— 
Comment ne pas pleurer pour un tel fils.

— 
Ne pleurez pas si vous pouvez vous empêcher.

— 
Laissez-moi passer, je veux aller près de 
Lui. 
Je veux mourir avec mon fils.

— 
Vous mourrez à votre heure, 
Madame, et vous ressusciterez pour l'Assomption.

Ne pleurez pas, ma mère, disait le 


Fils 
Unique,

je sais ce que j'ai à faire.

Gardez mon sang ! c'est un 


Trésor,

on ne l'aura que par ma mort.

— 
Quelle mère s'arrêterait de pleurer en perdant un fils de trente ans !

— 
Croyez en 
Moi, ma mère.

— 
Vous êtes 
Dieu sur terre, obéissez à 
Votre 
Père,

je resterai sous le poteau à pleurer.

— 
Consolez ma mère, 
Saint 
Jean !

— 
Et qui me consolera, 
Seigneur?

— 
Je vous consolerai avec les 
Sacrements.

Berceuse de la petite servante - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ton père est à la messe, ta mère au cabaret, tu auras sur les fesses si tu vas encore crier.

Ma mère était pauvresse sur la lande à 


Auray et moi je fais des crêpes en te berçant du pied.

Si tu mourais du croup, coliques ou diarrhées, si tu mourais des croûtes que tu as sur le


nez,

Je pécherais des crevettes à l'heure de la marée pour faire la soupe aux têtes : y a pas
besoin de crochets.

Chapeau - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob
Une volée de pigeons sur un pommier,

une volée de chasseurs, il n'y a plus de pigeons,

une volée de voleurs, il n'y a plus de pommes,

il ne reste qu'un chapeau d'ivrogne

pendu à la plus basse branche.

Bon métier que celui de marchand de chapeaux,

marchand de chapeaux d'ivrognes.

On en trouve partout dans les fossés

sur les prés, sur les arbres.

Il y en a toujours des neufs chez 


Kermarec

marchand de chapeaux à 
Lannion.

C'est le vent qui travaille pour lui

De petit tailleur que je suis

je me ferai marchand de chapeaux,

le cidre travaillera pour moi.

Quand je serai riche comme 


Kermarec

j'achèterai un verger de pommes à cidre

et des pigeons domestiques,

si j'étais à 
Bordeaux je boirais du vin

et je marcherais tête nue au soleil.

Le mariage - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Comme blanche bruyère est la jeune fille

La fille mariée est une barque qui fait eau

qui fait eau les jours de tempête.

Bien bête celle qui promet à un homme

qui se promet à un homme.

Chapeau sur l'oreille et fleur dans la bouche

doux sourire et engagements

lorsque l'affection les prend.

Lorsque le gars a sa satisfaction

un ménage il l'a sur le dos.

La nichée veut du pain blanc

Femme, domestique tu seras.

Marie lève-toi de là pour changer la litière des bêtes

Marie lève-toi de là pour ouvrir la boutique en bas.

Au couvent je serai vierge

et pour monter à l'Empyrée

Dieu me tiendra la courte échelle

belle comme fleur de lait.

François, voici votre parole !

allez à la flotte pour la 


France ou n'importe...

Pour quelques plaisirs d'amour une vie d'enfant et de désolation ! 


A la mairie à deux je n'irai pas. 
Si je suis plante d'aubépine c'est l'ombre qui me cueillera.
La lettre - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ma femme lit une lettre

qui la met mal à l'aise

« 
Dites-moi, quelle est cette nouvelle?

— 
D'un amoureux du temps que j'étais demoiselle.

— 
Qu'il vienne chez votre époux plutôt que de vous écrire.

— 
De venir il est empêché comme le ciel de venir sur terre.

— 
Alors c'est moi c'est moi qui 
Tirai donc chercher.

— 
Allez si vous pouvez, le pauvre est décédé.

— 
Montez dans votre chambre pleurer à votre gré.

Vous descendrez quand vous n'aimerez que moi.

— 
Jusqu'au tombeau j'irai car je n'aime que lui.

— 
Le tombeau c'est l'enfer pour vous. »

Au marché - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob
« 
De l'amour qui en veut ? 
A deux liards la pesée ! 
Pour les jeunes et les vieux du bon amour ! qui en veut ? »

La première fois — quelle presse il y avait !

plus de filles que de garçons !

La deuxième fois il n'y avait plus que les vieux.

« 
Habillée en mendiante je suis

mon amour a mangé mon bien

— 
Mon amour a cassé ma jambe par la jalousie qu'il avait. >

La deuxième fois il n'y avait plus que les vieux. « 


De l'amour qui en veut ?

— 
Tout de même, rien de meilleur mettez-en plein ma blague à tabac. » 
Une jument blanche disait :

« 
N'en prenez pas, douanier, vous en mourriez ! 
C'est pire pour nous que pour les jeunes. »

Jeunes filles modernes a douarnenez - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Avec les brevets et les certificats

il n'y a plus de pen-sardines

qui ne veuille devenir madame.

Adieu, petites coiffes serrées et tabliers roses

Je serai comme la femme du maire

Je serai comme la femme du docteur

Je serai comme les dames d'usiniers.


A nous aussi des robes sur la plage

et des raquettes pour jouer au tennis

Un amoureux ou deux autour de moi

s'ils sont riches j'irai dans les autos.

En attendant me voici receveuse des postes

me voici infirmière diplômée

institutrice au coin de la lande.

A la ferme j'avais compagnie

le soir pour filer à la veillée

maintenant je suis toute seule

avec mon chapeau et mon miroir !

Hélas mon cœur n'a pas changé

Il saute quand passe un garçon

et j'ai peur quand il y a du vent.

Testament de la jument - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

« 
Rase sans fil et meurs sans crin,

dit la jument sur le chemin,

(la jument aveugle et borgne)

« je vais mourir près de la borne.

« 
Arrachez-moi les fers des pieds,
« trop longtemps je fus estropiée.

« 
Chassez les mouches avec une branche

« et les puces qui me démangent.

« 
Que ma queue se repose aussi.

« 
Le 
Dieu chrétien vous dit merci

« 
Avertissement que je vous donne :

« dites aux charretiers et à tout homme

« d'être plus doux avec les bêtes !

« 
Ils ne sont pas plus obéis

« quand ils nous tapent sur la tête.

« 
Prenez garde, si vous n'êtes meilleur

« que ma peau n'étrangle un tanneur !

« ou que l'os de mes grandes dents

« ne morde vos petits enfants. »

Les moines rouges - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Braspart sur ta lande

Braspart sur ta montagne noire

il n'y a pas une maison autour des marais

et sur la route des monts d'Arrée

La nuit, l'hiver, pas même de brigands

pas une voiture, pas un passant


c'est l'heure des moines rouges !

Le cimetière de 
Braspart est plein de vent :

du vent, du vent arrivent les moines rouges

Ils remuent leurs têtes effrayantes

les charniers secouent les ossements

les moines rouges arrivent sur le vent

Noir est leur visage, noire leur monture de squelette

ne restez pas autour du cimetière

et n'oubliez pas vos prières

Voilà les moines rouges ! gardez vos enfants

Vous oubliez le 


Sauveur 
J.-C.

tous les péchés étaient sous votre robe

Aujourd'hui voici le châtiment 


Moine rouge, vous aussi vous irez avec le vent avec la colère du ciel.

Saint jean-baptiste - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le plus mauvais roi fut 


Hérode qui tua la céleste famille. 
Pour l'impôt il prenait l'argent et il massacrait les enfants. 
Au fond, ce roi était bien triste ! 
Des femmes de rien, ses parentes, pour se venger de 
Jean-Baptiste qui n'aimait pas les rencontrer ce dont elles étaient mécontentes l'ont fait
chercher pendant le dîner. 
Saint 
Jean était dans un caveau « 
Je veux la tête avec la peau ! » 
Sur un plat, la tête d'un mort sa tête sur un plat en or. 
Voyez sa barbe et ses cheveux 1 du sang autour de ses beaux yeux comme un lapin mis en
cuisine. 
Hérode écoutait sa cousine parce qu'elle savait danser.

Saint 
Jean leur faisait de la morale par une espèce de soupirail. 
Maintenant à qui d'être occis ? à notre 
Seigneur 
Jésus-Christ.

L'ange de sainte véronique - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

« 
Allez du côté des remparts

sur la promenade des remparts.

Prenez des torchons propres avec vous

du beau linge fin,

disait un ange à 
Sainte 
Véronique

— 
Et que ferais-je près des remparts sur la promenade des remparts

que ferais-je du linge fin ?

— 
Un condamné à mort vous le verrez vous verrez un condamné

avec les bois de 


Justice sur le dos.

Deux autres seront près de 


Lui

deux condamnés avec leurs gibets

avec leurs gibets sur le dos.

La foule ne manquera pas,

Des trois l'un est innocent :


il est venu sur terre pour vous sauver tous de l'enfer.

— 
Et comment reconnaître 
Celui qui est cet agneau ?

— 
A la couronne qu'il aura sur le front.

— 
A la couronne je le reconnaîtrai

et son sang je l'essuierai

ses pieds salis je les essuierai

avec mon torchon neuf, avec mon tablier.

— 
Il vous faut du courage à cause des soldats

Vous garderez la toile marquée par ce sang-là

Tenez-la à la main le jour que vous mourrez

Au grand 
Saint 
Pierre du ciel vous la lui montrerez ! »

Pas content - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Pas très content sur mon bateau

j'ai pris service sur la terre.

Pas très content du célibat

je me suis marié à 
Quimper.

Pas très content du mariage

de 
Paris j'ai fait le voyage.

Pas content de la capitale

je trouve une place à 


Laval.

Ma femme est morte : n'en parlons plus.

Le froc je prends à 
Saint-Erfut

Frère 
Jean, ferme ton bréviaire

passe le mur et la rivière :

après deux ans comme l'on dit

j'ai jeté ma robe aux orties.

Quoi ! les orties sont dans mon lit.

Je fus coiffeur, contrebandier,

rôdeur, serviteur de cuisine,

cordier, régisseur, douanier

et voilà mon itinéraire

jusqu'à la mort dure ici-bas.

D'elle content je ne suis pas.

La babylone - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

La 
Babylone j'ai vu, 
Marie ! 
La 
Babylone j'ai vu, 
Jésus ! 
Sept étages et 
Jésus dessus ! 
Sept étages avec des colonnes, 
Rez-de-chaussée les paresseux 
Souliers cirés, esprit ni âme, jolis messieurs et jolies dames. 
Au premier le riche et l'orgueil avec le tonnerre dans son œil. 
Au second j'ai vu la colère taper du pied pour les faire taire 
Depuis le bas jusqu'au fronton les sept étages des sept démons. 
La puanteur chez les avares ceux qui ont pris la meilleure part et la luxure porc à porc avec
les gourmands à la porte. 
Jésus dessus, 
Jésus dessous mais on ne le voit pas du tout.

Armée de chouans - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le duc de 
Moëllo a passé

sur la route de 


Ploërmel

Plusieurs charrettes avec des bœufs

des vaches, des cochons et des meubles de famille.

« 
Prenez-moi avec vous, dit une jeune fille

« je sais guider les bêtes et les soigner

« et je m'habillerai en soldat

« pour ne pas faire de désordre.

« 
Si vous allez du côté de la 
France

« prenez-moi avec vous.

« 
Là, je trouverai celui qui m'a promis le mariage.

— 
Si tu veux lui servir de chaufferette quand il fera mauvais temps

et de bain froid quand il fera chaud tu viendras avec le duc de 


Moëllo

— 
Je vois qu'il n'existe pas de pitié sur la terre pour les souffrances de l'amour

continuez à droite, duc de 


Moëllo cette route n'est pas celle de 
Ploërmel c'est la route de l'enfer.

— 
Venez donc habillée en soldat, ma fille

vous avez ma parole de duc

que vous n'aurez aucun trouble

de moi ou des soldats de mon armée.

Si vous rencontrez celui qui vous a promis mariage

si vous le rencontrez aux armées de 


France

c'est moi qui vous marierai tous les deux

moi et un bon prêtre de 


France.

Mère et fille - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Jésus 
Dieu ! ma fille est enceinte sans avoir été mariée

— 
Quoi ! ma mère êtes-vous plus sainte depuis que mon père est décédé ?

— 
Si vous n'aviez pas été ronde est-ce que je serais de ce monde

— 
C'est de ton père que je le fus et non des garçons de la rue

— 
Mon père est mort 
Dieu ait son âme c'est pour vous que vient la sage-femme

— 
Taisez-vous fille sans pudeur !

— 
Taisez-vous mère sans honneur !
— 
Attendez que je vous attrape !

— 
J'appelle 
Yannick si tu me tapes

— 
Gardez-le donc comme mari.

— 
Vous voudriez bien l'avoir pris !

— 
Allons ma fille ne pleurez pas mettez les bols pour le repas

et quand votre petit viendra c'est votre mère qui l'élèvera.

La couronne perdue et retrouvée - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Celui qui est en chaire à la grand'messe

ce n'est pas le curé de la paroisse

c'est, ô 
Créateur, l'un de vos anges.

— 
Que tous les pécheurs se confessent

« 
Je ne suis pas venu pour l'angoisse

je suis venu pour la louange

Le 
Seigneur a perdu sa couronne d'épines

celui qui la trouvera aura le 


Paradis. »

Or il y avait là une fille de cuisine

elle n'était pas bien dégourdie

elle la sortit de sa pèlerine

les fidèles disaient : c'est inouï

de voir monter au 


Paradis
des gens de cet acabit.

Repas chez simon - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Chacun doit pleurer sur 


Son 
Sort 
Car c'est pour chacun qu'il est mort. 
Ce n'est pas 
Lui, ce n'est pas 
Lui qui avait mangé de ce fruit 
Pourtant 
II a été puni. 
Par pitié pour moi, par amour pour eux, 
Il s'est offert au 
Roi des 
Cieux

« 
Puisque vous êtes en cette ville

« 
Soupez avec nous aujourd'hui.

« 
Venez donc à mon domicile :

« 
Dans une heure les plats seront cuits. »

Disait 
Simon à 
Jésus-Christ.

— 
Simon, de ton repas je ne ferai pas fi. »

— 
Je suis irrité contre moi-même. 
Disait au 
Seigneur 
Madeleine,

De ma triste vie qui me guérira donc ?

— 
Moi ! qui te donne mon pardon. 
Que ma grâce descende à ta nuque, 
Toi qui te courbes à mes pieds nus

Voici mes amis ! 


Qu'ils t'éduquent : 
Près d'eux tu seras bienvenue.

Pendant que tous étaient à table, 


Judas l'envieux, l'implacable 
S'en va trouver les gens notables ; « 
Je donne aux soldats rendez-vous « 
Demain soir après son repas 1 « 
Que je 
Le voie sous les verroux. « 
Croyez-moi ! 
C'est un scélérat ! »

J'ai le triste pressentiment 


Disait 
Marie, la 
Vierge-Mère, 
Ne va pas en ville, mon enfant, 
Pas ce soir si tu veux me plaire — 
Pour soulager l'humaine gent 
Je dois me donner chair et sang.

Simon de cyrène - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Celui qui est le 


Paradis

Est descendu sur la terre

à travers tous les pays du ciel.

Arrivé sur la terre de campagnes et de villes

il a dit qu'il mourrait

pour donner sa peau et son sang de 


Dieu

Sa croix de madrier et poutre sur son dos

il l'avait, mais la porter

il ne pouvait pas,
étant bien trop mignon lui-même

Alors les gendarmes ont dit

qu'un autre porterait à sa place :

un agriculteur du pays !

Et l'agriculteur l'a portée.

A chacun de faire comme lui :

Ça veut dire de porter ses peines.

Méritez de cette façon

sans vouloir mieux, c'est pas la peine,

Qu'est-ce qu'il pouvait savoir cet homme-là ?

Souvent nous ne savons pas

ce qu'il y a de pleurs dans les autres

alors il ne faut pas juger.

Simon méprisait le 


Sauveur

ne sachant pas que c'était 


Dieu lui-même.

Dieu savait bien quel était ce 


Simon.

Voilà comment chacun est vu par 


Dieu

et sans savoir comment il nous estime.

Le bigame - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Au fond des grottes de la terre on a enterré le 


Corps de 
Dieu 
Jésus-Christ descend aux enfers et c'est de là qu'il monte aux 
Cieux

II

Un pigeon avec un anneau de liège avec une lettre près de son cœur une lettre signée par
le diable « 
Ah 
I tu m'apportes une triste nouvelle mon fiancé 
Legoff est marié aux îles ! » 
Jeanne 
Kiloré dans sa fureur a tué le pigeon voyageur comme une morte elle est tombée sur le
coffre à serrure dorée

La claire nuit du 


Saint 
Anniversaire 
Noël où le 
Seigneur a été sur terre

les gens de 


Kerildert sont allés à la messe. 
Sur la route à 
Noël par bandes vont les gens


Qui est à la porte de la ferme pendant la nuit d'anniversaire


Est-ce vous, marin 
Legoff, est-ce vous qui frappez si fort?

— 
Où est 
Jeanne 
Kiloré qui m'a promis mariage ?

III
Malédiction sur vous, 
Legoff, puisque vous êtes marié

aux îles

« malédiction de ma part à moi, 


Jeanne 
Kiloré

« et malédiction de la part de 


Notre-Dame de la 
Clarté

« votre corps en chair d'époux il sera mangé par les crabes

« cadavre pourri il sera, il sera mangé par les cancres

c malédiction sur votre bâtiment de famille à 


La 
Feuillée

« sur les récoltes et sur la ferme, sur le bétail et sur les

champs

« malédiction sur le bateau qui vous a porté et qui a nom

Lusitania »

IV

C'est là qu'une lame de fond est sortie de la mer

en vue de la falaise de 


Notre-Dame

en vue des côtes de la 


Clarté

en vue de la chapelle qui est là, tout en haut

c'est là qu'une lame de fond a sauté contre un bâtiment

Yvon 
Legoff a été choisi par une lame de fond

Pour remporter jusqu'à l'enfer

En vue des îles 


Kerguélen un grand bateau a sombré en vue des rochers qui sont alentour c'est là qu'un
grand bâtiment a sombré et son nom est « 
Lusitania »

Au fond des grottes de la 


Terre on a enterré le 
Corps de 
Dieu 
Jésus-Christ descend aux enfers et c'est de là qu'il monte aux deux

Quant à la ferme de famille ! pour la ferme de 


La 
Feuillée le feu a pris sa récolte 1 
Quant à la ferme de la 
Feuillée le feu a pris le toit de chaume et la maison n'est pas assurée.

es diables en bretagne - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Vos anges gardiens pleurent sur les rochers

Tant de la terre que de la mer.

Bretons, et les gendarmes de l'Enfer

se moquent d'eux

quand les autres verraient ce que j'ai vu

ils ne se convertiraient pas vers les cieux

Entre la pointe de 


Camaret et la rivière de 
Rance

les 
Satans couraient après les hommes tous nus

Je n'ai pas vu de montagne qui n'en portât un ou deux

pas de village qui n'en eût un à saigner autour de l'église

Le jeune médecin de 


Huelgoat

n'est pas épargné malgré son chapelet du matin

La voix triomphante du diable crie plus que le vent

« 
Envoyez des hommes de miracles ! » disait à son 
Fils la 
Reine de l'Espace — 
J'ai fait assez de miracles pour les appeler tous en mon 
Paradis 
Ce que ma vie sur terre n'a pas fait les prophètes ne le feront pas.

Le soldat - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ses cheveux il avait dit qu'il les aurait coupés

sur l'autel de la 


Sainte 
Vierge

donnés à la 
Sainte 
Vierge

et non au coiffeur de 


Quimper pour faire des tableaux

Donnés à l'écurie des artilleurs

seront ses cheveux car il a été pris

donnés à l'écurie des artilleurs

par la tondeuse des mulets

L'autel de la 
Sainte 
Vierge s'en passera

Un costume nouvellement brodé

pour le jour de ses noces

il voulait le faire tailler

mais un costume bleu clair

il aura avec bonnet assorti

pour son mariage avec les régiments

basanes de cuir dans le même style

Ainsi soit-il.
Si tu veux signer un contrat

avec le margis-chef, il est sorcier

il t'apprendra le calcul

et te voilà sous-officier

les filles des mes tu les reconnaîtras

et ta mère tu l'oublieras

Ainsi soit-il.

Propheties - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Oui mon prophète fut en 


Egypte 
Moïse

il annonçait le 
Sauveur que 
Je suis

« 
L'agneau 
Pascal quand vous allez le cuire

arrosez bien avec le sang vos mains

Pour en marquer les portes aux chanfreins

passez les doigts sur le bois jusqu'en haut. »

Ainsi 
Moïse annonçait le 
Très-Haut

qui doit venir sauver ceux qui l'aiment

Agneau sera dans la crèche à 


Bethléem

pendu aux crocs près de 


Jérusalem

Le sang d'agneau sur des linteaux de bois

est présumé le sang de l'arbre en croix

Or cet agneau est aussi bien le pain


galettes plates, mangez, 
Hébreux, jusqu'au levant.

La roue du moulin - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le chant de ma rivière où est le pont du gué comme voix de chapelle et voix de sansonnet
pour y conter ma peine j'y vais après souper au fil de l'eau courante ma peine et mon
regret.

Au chant de l'eau courante je me suis endormi

alors j'ai vu ma belle et la belle a souri :

« 
Pour qui sont donc, lui dis-je, ces pierres de rubis ?

et ces fleurs de jardin inconnues au pays ?

— 
Meunier, répondit-elle, c'est ton cœur que je tiens.

qu'il aille à la rivière sous la roue du moulin.

Que la roue le boulange comme on fait du pétrin. »

A la roue donc, la belle, ces pierres et ces fleurs ! elle en fera des larmes, des larmes et des
pleurs quant au rubis, ma belle, il faudrait un fondeur qu'ils sautent jusqu'au ciel : ce serait
le meilleur.

La fiancée de l'antiquaire - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Je ne me marierai pas avec vous !

L'amour est le bateau des époux

Je vous jetterai dans la mer


et le bateau me conduira au couvent.

Derrière votre comptoir c'est là

que vient le bourreau de 


Nantes

et les truqueurs qui fraudent sur la douane

Une devanture toute neuve 1

C'est là qu'on a vendu la robe de 


N.-S.

qui a pour bouton la très 


Sainte 
Hostie

Le 
Palais de la 
Trinité vous le mettriez aux enchères

et la chemise avec le 


Sacrement au cœur !

Les trois fils de rois sont entrés dans la boutique

du sang sur leurs couteaux

sur les doigts et les mains.

Hélas 1 les lames se sont cassées

Car le diable est dans votre maison

Je ne me marierai pas avec vous

Je n'ai que la haine de vous !

La fiancée de l'antiquaire - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Je ne me marierai pas avec vous !

L'amour est le bateau des époux

Je vous jetterai dans la mer


et le bateau me conduira au couvent.

Derrière votre comptoir c'est là

que vient le bourreau de 


Nantes

et les truqueurs qui fraudent sur la douane

Une devanture toute neuve 1

C'est là qu'on a vendu la robe de 


N.-S.

qui a pour bouton la très 


Sainte 
Hostie

Le 
Palais de la 
Trinité vous le mettriez aux enchères

et la chemise avec le 


Sacrement au cœur !

Les trois fils de rois sont entrés dans la boutique

du sang sur leurs couteaux

sur les doigts et les mains.

Hélas 1 les lames se sont cassées

Car le diable est dans votre maison

Je ne me marierai pas avec vous

Je n'ai que la haine de vous !

Le merle et la belle fe'e - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le merle dit : « 
J'attends ma récompense ! je veux six pots du vin de 
Cana sept sacrements donnés par complaisance et les 
Huit 
Joies pour chanter l'Hosannah. »

La fée lui dit : « 


Je n'ai féerie qu'en 
France choisis ta part et ne te trompe pas. »

« 
Alors je veux, lavant à la fontaine « la face et les cheveux de leurs dauphins « dans leurs
palais je veux avoir trois reines « avec le deuil de leurs dauphins défunts

« 
Trois vaches noires montées sur des galères

« et sept valets tout armures d'argent

« je veux sept jours et sept mille prières

« la terre de 
Dieu tout en étant vivant. »

La fée lui dit : « 


Merle, ne sois pas bête ! car dans le ciel mon bâton ne va pas. » 
Le merle dit : « 
Un 
Dragon je veux être pour vous tenir en pouvoir dans mes bras ! >

De paris a versailles - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

De 
Paris à 
Versailles

les routes sont pavées

il faut vingt-cinq patrouilles

la nuit pour les laver

Chapeau de fer en tête des troupeaux de moutons « 


Sire, c'est pour votre fête et pour votre maison »

Les chats à la fenêtre les regardent passer avec la peau des bêtes on fera des lacets

On arrête à l'octroi 
Laissez passer ces mouches c'est pour le lit du roi le gigot pour la bouche la laine pour la couche les poux et
les moustiques c'est pour les domestiques.

Du lard et du sel - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
« 
Où allez-vous canards bercés ?

— 
Faire les bateaux sur la mare.

— 
Où vas-tu blanc cheval boiteux?

— 
Chercher la reine pour la promenade. 
La reine a des souliers d'argent

et une ombrelle en peau d'épongé.

— 
Où vas-tu vilain chien de route?

— 
Aiguiser mes dents au soleil.

— 
Toi, où vas-tu pauvre vieillard ?

— 
A la ville chercher du lard du lard et du sel pour ma bile

Je crois qu'il est deux heures un quart et ma mort est pour demain soir. »

La transfiguration - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Moïse, Élie, couronne en tête disaient au 


Seigneur 
Jésus-Christ « 
Votre besogne est très bien faite 
Laissez les méchants qui vous tiennent tête 
Continuez à faire des miracles. 
Vos disciples 
Jean, 
Pierre et 
Jacques ils sont là pour que l'on répète « 
Il fut approuvé des prophètes. »

Le maudit - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob
Dix fois veuf le dégourdi

j'aurai la trentaine

dix fois père sans un petit

c'était pas la peine

dix fois riche pas un radis

bois à la fontaine

et alors j'aurai le courage de chanter

dix fois à la compagnie

des filles sur la route

« 
Tu n'es plus qu'un veuf moisi

« va manger tes croûtes ! »

J'en réveille une endormie

« 
Veuf, tu me dégoûtes ! »

et alors j'aurai le courage de chanter

Gratte aux crochets du râteau si ça te démange

veuf va te gratter la peau. 


Alentour des granges tu peux vider le tonneau où est la vidange

et alors j'aurai le courage de chanter.

La fille du coq - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le coq disait « 
Yvon que te faut-il ? » (bis)

— 
Je veux trois reines venues du 
Paradis (bis) « et trois dauphins qui chantent l'exaudi » (bis) 
Le coq disait « 
Yvon que te faut-il ? » (bis)

— 
Un morceau de lune comme une botte de radis (bis) « c'est pour en faire collier pour mon
chat gris » (bis) 
Le coq disait : « 
Je vois ce qu'il te faut : (bis)
« ma fille en dot aura un petit veau (bis) « qui fait de l'or en guise de fumier (bis) « 
Je te le donne si tu veux te marier » (bis)

Allégorie - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Une fois sur la tombe je me mis à pleurer je vois une colombe avec un bec nacré 
Blanchi 
Manchette 
Blanchi 
Manchet

La tombe était couverte ainsi qu'un espalier et sur des feuilles vertes des fruits avaient
poussé 
BlancM, 
Manchette 
Blanchi 
Manchet

Arrose, tu m'arroses de larmes de chagrin et par métamorphose tu me changes en jardin 


Blanchi 
Manchette 
Blanchi 
Manchet

Quand j'ai coupé les poires les pommes, les abricots l'intérieur était noir comme une aile de
corbeau 
Blanchi 
Manchette 
Blanchi 
Manchet

La figue est toujours blette et la nèfle moisie je goûte à la violette 


Le diable en est sorti.

Le conscrit de landudec - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Un beau cheval que j'aurais, oui, que j'aurais si officier je devenais à l'armée, à l'année

à l'armée donc 
Toutes les filles avec des bouquets, oui, des bouquets à tous les balcons sur le quai à
l'armée, à l'armée

à l'armée donc 
Laouïk vous viderez le baquet, oui, le baquet des épluchures vous tirerez à l'armée, à
l'armée

à l'armée donc « 
Astiquez-moi les souliers », oui, les souliers le ceinturon du brigadier à l'armée, à l'année

à l'armée donc 
Punaises pour vous coucher, oui pour coucher en prison si vous préférez à l'armée, à
l'année

à l'armée donc

J'aimerais mieux retourner, oui, retourner à 


Landudec où je suis né à l'armée, à l'armée

à l'armée donc.

Agonie - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Celle que j'aime n'est pas là 


Vous la cherchez dans la cuisine 
Dans sa chambre et toutes les chambres et vous ne la trouverez pas mais au cimetière sous
la dalle.
Celle que j'aime n'est pas là je l'ai vue morte dans mes bras.

Marie est dans son agonie.

« 
Laissez-moi que je la revoie •— 
Non, son amant n'entrera pas pendant que les prêtres sont là.

— « 
Que je regarde de la porte !

— 
Laissez-le venir dire adieu » dit le prêtre à la pauvre mère.

Qu'y a-t-il donc pour moi sur terre? 


Est-ce qu'on peut vivre sans amour ? 
Le cercueil ou le monastère 
Jurer 
Dieu de l'aimer toujours.

Le déserteur déguisé - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Les demoiselles 
Quéméneur

ont une servante qui n'est pas comme les autres.

Manier l'aiguille elle ne sait pas

mais scier les bûches mieux que personne

et raccommoder le toit d'ardoises

Les gendarmes disaient en entrant dans la maison : « 


N'auriez-vous pas ici un artilleur « du nom de 
Pichavan ?

— 
Un artilleur nous ne l'avons pas

mais une fille de 


Pont-l'Abbé avec ses deux jupes de drap

— 
La fille de 
Pont-l'Abbé déshabillée sera « 
Il se nomme 
Jean et non 
Marie

— 
Allez voir dans le bois de chêne 
Allez donc 
Messieurs les gendarmes

« 
C'est là qu'il fait le bûcheron depuis ce matin l'artilleur. »

Les demoiselles 
Quéméneur disaient en se signant : « 
Tant de fois dans les nuits d'orage nous avons couché près de la bonne. »

La route et le carrefour - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

A la descente de l'autobus

devant la maison où tu es né

Mère et grand'mère t'attendent

Pourquoi donc que tu ne salues pas tes parents ?

Tu donnes ta valise de seigneur à ta mère

Pourquoi n'embrasses-tu pas tes parents ?

Ah ! je vois un monsieur par la portière

Probablement tu as parlé avec lui ?

S'il n'est pas une bête il a compris !

et s'il est une bête, qu'est-ce que vaut son idée ?

Il t'estimait il y a une heure et d'un coup il te méprise


Ah ! je vois que tu as un costume parisien ?

oui ! en chupen ' tu étais un beau gars

Personne ne te demandait rien d'autre

vraiment tu as l'air d'un paysan

Personne ne pensera rien d'autre

Allons ! 
Jean, tu peux embrasser ta mère

l'autobus a tourné le coin de la route.

mon pauvre petit tu as la tête bien folle

Pardonnez-lui, grand'mère. 
Je vous fais des excuses.

1. 
La veste des bretons.

Pastorale moderne - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

« 
Votre fille est bien trop fine pour rester dans son maquis

« 
Votre fille est bien trop fine envoyez-la z'à 
Paris

« 
Comme infirmière ou postière elle trouvera un mari

« 
II sera aux autobus

ou bien à l'octroi commis. »

— 
Un inspecteur par derrière et des clients au guichet

« 
Ma fille est mon héritière chef de cent hectares en biens

« 
Si ma fillette est trop fine biens et maris le sauront

« 
Mon premier valet de ferme est élève de 
Grignon

« 
Pas besoin de prendre un car pour faire fille ou garçon

« 
Dimanche à dix heures un quart 
Tous les deux se marieront. »

Jeanne le bolloch - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Un nouveau gwerz a été composé au bourg de 


Saint-Goazec-en-Léon.

Un nouveau gwerz a été composé : c'est au sujet de cette pauvre 


Jeanne 
Le 
Bolloch.

Au sujet de 
Jeanne 
Le 
Bolloch qui est morte en couches à 
Saint-Goazec-de-Léon.

Là il y avait une prairie d'avoine, une prairie d'avoine était là où l'herbe était bonne à
couper.

Le 
Comte de 
Tregoat, 
Sire de 
Saint-Goazec, sur cette prairie parlait à 
Jeanne.

Il lui parlait pour son malheur, son malheur à lui-même, comte et sire comme il était.

•L'amour est bon comme le sucre, bon pour attirer le monde. 


Jeanne 
Le 
Bolloch a risqué son 
Paradis et le comte de 
Tregoat de même.

Aujourd'hui 
Jeanne est sur le lit de la mort avec un enfant dans les bras.
« 
Pardonnez-moi, mon 
Seigneur 
Dieu, pardonnez-moi selon votre promesse.

— 
Jeanne 
Le 
Bolloch ! 
A toi nous pardonnerons, car ton chapelet indulgencié, tu l'avais toujours dans ton tablier. 
Dans la poche de ton tablier il était, mais pour ce qui est de 
Tregoat, celui-là, 
Jeanne, ira en enfer.

— 

Tregoat, pardonnez la même chose, dit 
Jeanne 
Le 
Bolloch, car il ne savait pas mal faire et plus coupable que lui je suis.

— 
S'il ne savait pas mal faire, c'est faute d'avoir écouté son recteur, lui fut-il répondu. 
Je suis l'ange, je suis l'ange, qui préside au pied du 
Seigneur. 
Ainsi soit-il ! »

Berceuse de la chevrette - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ta mère est à la danse ton père au cabaret et moi je suis ici à garder le petit. 
Ta mère est à la danse ton père au cabaret et moi je suis ici à .tourner la bouillie.

J'avais une chevrette elle donnait des coups avec sa corne en tête dans un arbre de houx
avec sa corne en tête a découvert des sous chevrette ma chevrette cachés dedans un trou

S'en va trouver sa mère

« 
Qu'est-ce que vous en ferez?

« donnez-les donc au maire « ou à 


Monsieur l'curé — 
Le curé et le maire « ils en ont de 
Paris « ce s'ra pour ma bergère « pour qu'elle ait un mari. »
NoËl breton - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Une dame qu'il y a sur son âne ! 


Un petit qu'elle tient dans ses bras ! 
Venez ici, pauvres gens ! 
Venez manger avec nous ! 
Je vais vous préparer des lits et un berceau pour le petit.

« 
Je suis 
Joseph ! voici 
Marie

« et cet enfant est le 


Messie !

« 
Vous avez 
Dieu en 
Sa 
Personne.

« 
C'est le plus grand jour pour les hommes.

Bêtes et gens ! tous à genoux

— 
Dites où vous voulez aller : nous irons avec vous !

— 
Non ! ce n'est pas encore le temps. 
Jésus reviendra dans trente ans ! »

Sur l'eau de lordalo - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
Sur l'eau de 
Lordalo sur l'eau de 
Lordalo « 
Ne viendriez-vous pas sur l'eau de l'autre côté, 
Ruth 
Malo sur l'eau de 
Lordalo.

— 
Je sais ce qu'il en coûte de l'autre côté du bateau

je sais ce qu'il en coûte

— 
Au clair de lune, je ne dis pas mais le soleil est 
Claude l'autre côté du bateau

sur l'eau de 


Lordalo sur l'eau de 
Lordalo

Ruth 
Malo mit son sabot 
Ruth 
Malo mit son sabot au bord de l'écoutille de ce côté-ci du bateau

sur l'eau de 


Lordalo

Un grand brouillard advint sur l'eau

sur l'eau de 


Lordalo 
Un jardin plein de fleurs de lait et une maison comme un palais

sur l'eau de 


Lordalo

sur l'eau de 


Lordalo

Plus de cent ans ont passé l'eau 


Plus de cerit ans ont passé l'eau

sur l'eau de 


Lordalo combien usés sont mes sabots sur l'eau de 
Lordalo.

« combien usés sont mes sabots

« et combien gonflées sont mes mains

de l'eau de 
Lordalo « 
Une assiette de soupe et du pain ! >

demandait 
Ruth 
Malo,
sortant de l'eau de 
Lordalo. 
Bien des malheurs sont advenus et personne ne l'a reconnue

au bourg de 
Lordalo ni l'église, ni le bistro sur l'eau de 
Lordalo

Circonstances atténuantes - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

« 
Allez donc ! ça vous apprendra

« à déchirer votre sarreau !

« 
Alors vous irez au caveau

« miauler la nuit sur les copeaux

« avec le chat noir et les rats

« et là, vous coucherez par terre

« si vous montrez à votre père

« la meurtrissure de vos jambes

« par la ferrure de mes sabots !

« 
Votre figure m'exaspère !

« je ne veux pas voir une larme 1 »

Ma mère ne ménage pas les coups

J'en ai les marques sur le cou

« 
Conduisez la vache à l'herbage !

« rentrez faire le nettoyage 1 »

Cinq ans ! allez ! voici l'école !

en été, travail agricole.

Après, le patron qui nous vole.


Et qui donc jamais nous console

dans notre agonie de chagrin ?

Vous, 
Seigneur 
Dieu, et vous, jolis marins.

Madame fanche - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

A vrai dire je suis en exil

dans ce trou jusqu'au mois d'avril. 

Hélas ! mon 
Dieu, ainsi soit-il !

« 
Madame 
Fanche pour combien de tripes ?

« 
Madame 
Fanche ramassez vos nippes ! »

Ah 
I pas trop d'embarras à faire

entre l'étal et l'épicière

Commères ! comme vous

je ne suis pas commère !

quand l'été vient alors je vais à 


Rennes

à l'évêché je suis comme une plus que reine !

Finis les deux poings sur les hanches

pour parler à la mère 


Fanche !

Ici je suis cousine germaine

de 
Monseigneur 
Léon-Adolphe.

On m'invite chez les mondaines,


je joue au tennis et au golf.

Sur les questions de décorum

même les mandements du culte

voyez ! 
Sa 
Grandeur me consulte !

Je m'occupe des géraniums j'accompagne sur l'harmonium, voyez 1 — ah ! oui, je suis en exil dans ce trou
jusqu'au mois d'avril 
Hélas ! mon 
Dieu ! ainsi soit-il.

Les yeux du grand-père - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le serviteur disait, le petit serviteur : « grand-père, grand-père, vos yeux ne sont pas clairs
crocbez dur dans mon bras, je ferai le haleur « agrippez-vous au mur crépi où est le lierre

— « 
Ce n'est pas comme il faut : « laisser un enfant nu se rouler dans l'avoine « 
Si c'est mon petit-fils ce n'est pas un pourceau ! »

Moi de rire ! un enfant ? et c'était des pivoines

« 
Pourquoi ne pas les mettre en gerbe à la chapelle plutôt que de les perdre ces lys, au vent
du 
Lof? — 
Des lys ? et quels lys donc ? les coiffes de dentelles des filles à genou au pardon de 
Roscoff. »

« 
Par annonce de mort, j'ai vu des sans-baptême des crânes de fœtus ! — 
Censé, grand-père, censé ! avec vos mains, grand-père, ramassez-les vous-même c'est
devant la maison, vos rangées de pensées.

Mariage - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

I
— 
C'est le plus riche que je prendrai disait un jour la plus belle

— 
Avec lui vous en découdrez regret aurez de votre écuelle

— 
C'est la plus belle que j'aurai dit le riche, paysanne fût-elle

— mais la beauté rend infidèle

— 
Fille de vilain n'oserait.

II

— 
Je vous ai tiré de la boue

— 
Des sous vous n'avez pas beaucoup

— 
C'est vous qui m'avez mangé tout

— 
Vous avez l'air d'un vieux hibou

— 
Dans le miroir regardez-vous

Vos seins tombent jusqu'aux genoux

Plus de sourcils, des rides au cou et rustaude comme un égout — 


Pourtant vous êtes jaloux vous m'enfermez sous les verrous

Demande en mariage - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
« 
Voulez-vous que je vous aide à plumer les deux poulets ?

— 
Valet de pied, vous m'obsédez.

— 
Devant prêtre et mairie voulez-vous vous marier?

— 
Que n'avez-vous perdu la langue 
Comme vous perdez la raison

— 
Si j'avais perdu la langue j'aurais toujours le menton. 
Pas besoin d'une harangue quand l'amour se correspond.

— 
L'amour rougit vos oreilles et votre nez, la bouteille !

Si l'amour vous reste aux nerfs le diable est vétérinaire ! 


A la cuisine videz le pot le receveur pour l'impôt à l'église pour le cercueil quand vous aurez
tourné l'œil.

Douarnenez a la plage - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Regardez-la avec son maillot de bain !

Sa grand'mère avait deux jupes de dessous

Ma fille est en maillot de bain ; son dos par chacun

est vu à volonté :

chacun connaît sa peau. 


Montrez-vous

donc, ma fille. 
Vous trouverez vite un mari !

un enfant, je ne dis pas, mais un mari ?...

je ne crois pas. 
Allez ! rentrez à la maison !
Fille sans honte et sans raison.

Des sous pour avoir un bonnet de bain ?

ni pour les chaussons américains,

ni l'apéritif chez 
Martin

ni pour la crème qui rend pâle !

Plus d'usine, alors ! à la plage !

quand j'aurai dit tout à votre père

Les 
Parisiens verront sa lanière

sur votre peau en rouge. 


A votre âge !

Et vous, messieurs, si ma fille vous tente

attention à l'eau bouillante.

Douarnenez a la plage - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Regardez-la avec son maillot de bain !

Sa grand'mère avait deux jupes de dessous

Ma fille est en maillot de bain ; son dos par chacun

est vu à volonté :

chacun connaît sa peau. 


Montrez-vous

donc, ma fille. 
Vous trouverez vite un mari !

un enfant, je ne dis pas, mais un mari ?...

je ne crois pas. 
Allez ! rentrez à la maison !
Fille sans honte et sans raison.

Des sous pour avoir un bonnet de bain ?

ni pour les chaussons américains,

ni l'apéritif chez 
Martin

ni pour la crème qui rend pâle !

Plus d'usine, alors ! à la plage !

quand j'aurai dit tout à votre père

Les 
Parisiens verront sa lanière

sur votre peau en rouge. 


A votre âge !

Et vous, messieurs, si ma fille vous tente

attention à l'eau bouillante.

Enterrement en bretagne - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Beaucoup de chagrin pour la mort

de votre mari vous n'avez pas encor

Voilà huit jours que la maison est pleine

et les bols de café sont pleins également.

Du temps vous n'avez pas eu pour pleurer

le soir de la mort les voitures sont arrivées •

la pleureuse de morts a commencé sa comédie

et toute la famille autour d'elle,

Du café noir ! ah ! il a fallu en faire toute la nuit

Le lendemain repas de deuil toute la journée

Commérages et chansons

en chœur à l'unisson.

Messes, sorties de messes


et retours à la messe.

Maintenant vous pouvez pleurer à votre aise

mais vous n'aurez pas le temps

puisqu'il faudra gagner le pain noir des enfants

à l'usine du matin au soir.

Tâchez de trouver un autre mari

qui vous aide.

Quand dira rira - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

L'huissier est blâmé de vendre les crins de matelas

le soldat de se croire beau gars

le médecin de soigner les fous sans crainte ni amour

le marchand de ne penser qu'aux billets

Marie-Louise pour ses amants

Jeanne-Marie pour ses compliments

le prêtre pour sa ferveur

le chanteur pour son ardeur

le vertueux pour sa rigueur

l'adolescent pour sa chaleur

et le vieux pour sa pâleur

la jeune pour sa boîte à poudre

la vieille pour sa boîte à sel.

Ce qu'il me faut c'est un petit cheval blanc

la 
Grâce de 
Dieu nuit et jour

la paix dans mon cœur


et un peu d'amitié jusqu'à la tombe

lisez-moi une page ou deux de l'Evangile

et je me tiendrai tranquille.

Enfantines bretonnes - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

le p'tit chat est mort ...e il - e - vit encore ...e 


Allez voir dans le fossé si on peut le repêcher allez voir dans le grenier... s'il est dans le sac
de blé 
Vous lui ferez faire par la femm' du garde 
Un grand lit en fer ...e un bain d'pied à la moutarde avec de la graine de lin et du sucre de
plantain 
Le p'tit chat est mort ...e il - e- vit encore ...e 
Allez voir dans le grenier si on peut l'ressusciter.

Mouche a crottin - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Mouche à crottin, mouche à crottin tu te hâtes au nez de l'ivrogne

— 
Peindre son nez couleur de vin pendant qu'il fait son petit somme

— 
Bélier, bélier, tu cognes au mur dit le croquemitaine

— 
C'est pour savoir qui est plus dur ma corne d'or ou ta bedaine.

— 
Le chat 
Griffard, le chat 
Griffard que fais-tu autour de l'étoupe?

— 
Qui guigne choux, dérobe lard je voudrais goûter à la soupe.

Je suis la dame de ces lieux cordes et bœufs : chèvre et chevrette comment 


Renardy prit la tête 
Mon cœur à la cligne-musette le domaine a suivi de peu.
Le poulet qui parle - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

A l'auberge de 
Kiloré

deux voyageurs sont arrivés

« 
Quoi donc leur donner à manger?

ma fille, il faut vous déranger 1

Annaïk, allez dans la cour ! »

après le poulet ! elle courL

Le poulet noir de suite a su

que sa dernière heure est venue.

« 
Annaïk tu mourras aussi 1

lui dit ce poulet dégourdi

— 
Un poulet qui parle, c'est drôle !

— 
Je n'irai pas en casserole !

— 
Il n'en manque pas en enfer si tu frappes dur comme fer.

Si tu ne frappes pas si fort quoi je n'en serai pas moins mort.

— 
Oh ma mère ! et tous ! venez donc ce poulet-ci fait des sermons.

— 
Si c'est un esprit du 
Bon 
Dieu, 
Naïk ! il ne faut pas le tuer. 
Pour les gens qui sont arrivés

Naïk, vous leur mettrez deux œufs. 

Mère de dieu - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob
« 
Où est mon fils que je ne le vois disait la mère du 
Roi des 
Rois. 
Depuis qu'on cuit le mouton, il est parti de la maison.

— 
Un madrier sur son épaule c'est 
Votre 
Fils que l'on immole 
Regardez donc sur la montagne.

— 
Quoi ! je resterais me languir quand le 
Fils d'Esprit va mourir ! 
Laissez-moi approcher, je ne vous gênerai pas dit la mère de 
Dieu aux soldats.

Sire ! votre mère est vers vos pieds ! 


Si vous ne vous souciez pas de la mort pensez que vous êtes son seul trésor demandez
encore un miracle pour que le 
Père vous détache.

— 
Le sang de 
Dieu est nécessaire à la paix de l'homme sur la terre. »

La coquette - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Bien habillée, bien habillée bien habillée je ne suis pas.

Car j'ai plus beau ! ah ! j'ai plus beau depuis la tête jusqu'aux sabots

Corset rouge et ruban brodé trois jupes, tabliers à carreaux

De la 
Flandre et de 
Valenciennes j'ai trois coiffes, une d'Alençon et des souliers de porcelaine avec des boucles
de laiton
Et de fil à transparence

de fil, de fil sont mes bas

pour qu'à ma peau chacun des gars

pour qu'à ma peau chacun y pense.

Quand yous viendrez à la ferme prévenez-moi à l'avance je graisserai portes et lit pour que
rien ne fasse de bruit.

L'equipage d'infirmes - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Bons pauvres, chers pauvres.

Si je passais ici-bas comme 


Dieu

c'est sur les plus mauvais champs

que je ferais le meilleur trèfle.

Les pauvres vaguent sans rien faire

les vagabonds ne se donnent aucune peine

mais celui qui a une maladie contagieuse

qui le soignera s'il ne veut pas de l'hôpital

Le mettre dans le bateau de la mort

et voilà ! le conduire dans l'île des morts

là où les vieux prêtres jouent de la musique.

Partez donc, pauvres vagabonds

dans l'île des bons vous aurez à manger

et les anges ne vous laisseront manquer de rien.

René le gac - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

René le 
Gac est arrivé

il va nous apprendre du nouveau

La 
Mère du condamné disait :

« 
Le mouchoir de sang, ne le lavez pas !

« gardez-le dans un reliquaire

« et mettez le tout à l'église ! »

— 
Pourquoi garder le mouchoir s'il est sale.

— 
Le sang de mon fils est un sang de miracle ce mouchoir est une porte de bonheur

Mais de rire comme des gens saouls

et laisser le mouchoir à la lessive

à la lessive au milieu des filles de buanderie

Marie 
Grangouzien fut la première la première à le toucher 
Jeannick 
Laniel fut la seconde les deux moururent dans la journée et le lavoir est desséché.

Quant au mouchoir du sang sauveur

il est perdu et déchiré.

chrétien, ne perdez pas la grâce

à 
Dieu elle a coûté la vie

et perdre la grâce est un crime

comme celui de 


Judas le traître

comme celui de 


Jérusalem qui n'écoute rien

et va son train.
Les boutiques de toile - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Les boutiques en toile ne manquent pas

à la foire du 15 août à 
Quimper

et un tas de mardi gras

pour y boire des verres

venez par ici tous à la loterie

venez au cirque

c'est ici qu'on rit

à voir la vache à trois queues.

Mais les filles ne vont qu'au marchand de cacahuettes

Ses yeux sont un miroir pour prendre les alouettes

il a la peau à l'huile comme un chevreau cuit

il a des belles épaules comme un spahis

A la fin du mois les baraques sont parties

et la bonne du docteur

n'est pas rentrée

On a dit qu'on l'avait vue avec ce boit sans soif

Ah ! ma pauvre 
Marie ! qui empèsera tes coiffes.

L'année suivante 
Marie est revenue chez le docteur

Elle dit que son petit est l'enfant de sa sœur.

Le docteur lui dit : « 


Marie reprenez votre place

et ne mentez pas ! on vous aidera à élever votre gars. 


Marie pleure de temps en temps « 
C'est que j'ai mal aux dents.

— 
Non 
Marie ! c'est du regret que vous avez de vos fautes.

— 
Du regret de mes fautes je n'ai pas mais d'avoir perdu mon amour. »

Trépassés - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Vous autres qui êtes vivants

Avec vos fils père et mère

Vous n'entendez pas crier les trépassés !

Entre 
Vannes et 
Redon 
Mon âme est dans l'eau des marais 
Mon drap mortuaire est pourri 
Depuis que je suis enterré

Est-ce que vous pensez à la mort vous autres ?

Avant peu vous gémirez

Ah ! qu'il est triste de se plaindre

Plus de bonne lumière

Plus de lit de feignant, plus de sommeil

Gare à vous,

Gare à votre corps si doux

Moi je ne pensais pas davantage

A ceux qui ont quitté la terre

Et vous, mon 
Dieu où êtes-vous,

Vous qui me laissez dans la nuit et dans l'eau ?

Mes sabots - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Mes sabots, mes sabots

ouss que j'ai laissé mes sabots ?

— 
En bas de l'escalier l'escalier des sardines l'escalier de l'Entrepont

— 
Mes sabots, mes sabots ouss que j'ai laissé mes sabots ?

— 
A la porte du cimetière

le jour de votre enterrement.

— 
Oh ! mon 
Dieu ! quelle misère ! j'avais oublié mon serment

de ne pas emporter la terre au paradis ou à l'enfer.

Père yvon, criminel acquitté - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

« 
Qu'est-ce que vous faites, 
Suisse de l'église à pécher des poissons dans mon coin ?

— 
Ici je suis bien à mon aise installez-vous un peu plus loin.

— 
Votre tête ira dans la rivière plantée, cocu, la jambe en l'air !

— 
Rentrez chez vous, monsieur 
Yvon, vous n'êtes pas dans votre raison

— 
Sur la tête et en plein courant ma main droite à votre derrière l'autre à votre cou de feignant

— 
Si vous buvez tant d'eau-de-vie c'est que ma femme vous fait envie

— 
Vous pouvez gueuler pour les sourds vos habits ne pèsent pas lourd. »

Vingt années, il porte son ventre

genoux cagneux ; et nul ne rentre

pour ne pas le bonjourer ; sauf son garçon le militaire

« 
Est-il vrai que j'avais un criminel pour père? »

__Ah ! 
Dieu ! le bagne presqu'à mon âge

plutôt que de mon fils entendre ce langage 1

Père et fils pleuraient le soir

en prenant un verre au comptoir.

Et sa mère en prison - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Au temps du temps des moines des moines de 


Crozon j'avais mon fils 
Antoine toujours à la maison.

L'abbé 
Saint-Polycarpe chantait sur le gazon 
Apprenez-moi la harpe ! la harpe et le violon.

Moines du monastère où donc est mon garçon ? 


Parti en 
Angleterre pour une fondation.
Sur une auge de pierre 
C'est le 
Roi des 
Poissons qui tient le 
Reliquaire et qui fait les répons.

La 
Dame des 
Fontaines en guise d'artimon et les queues des sirènes y servent d'aviron.

Moines de l'Angleterre rendez-moi mon garçon son frère est à la guerre et sa mère en prison.

Nativité peut-être ou autre - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Dans son lit — dans son lit la plus jolie fille du monde est assise dans son lit blanche et
blanche, robe rose, blanc et blancs sont draps du lit.

Je ne sais si c'est la 


Vierge ou dame du 
Paradis ? on dirait d'une accouchée, qui le dira ? qui l'a dit ? je ne sais si c'est la 
Vierge ou dame du 
Paradis.

On dirait d'une accouchée, mais son regard est joyeux . vieilles, faites-lui des crêpes
mettez-lui le pot au feu. les vieilles faisaient des crêpes avec leur tablier bleu.

Je ne sais si c'est la 


Vierge rose est sa robe de lit, dans un coin veillait un cierge. 
Et puis-je le dire ici ? on ne voyait qu'auréoles au coin du pauvre logis je ne sais si c'est la 
Vierge ou dame du 
Paradis.

Pastorale - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob
Le fils du fermier disait à son berger :

« 
Non ! 
Pierrot, je ne le veux pas... ces conversations le

soir au verger. 
Arrange-toi ! je ne le veux pas. » 
Le berger le disait à 
Marie la bonne du docteur : « 
Le patron 1 il ne le veut pas que tu viennes le soir. » 
Le fils du fermier disait à 
Marie la bonne du docteur : « 
Tu nous gardes notre berger trop tard : il ne dort pas

assez ! »


Marie sa bonne le docteur disait : « 
Je vous défends d'aller le soir au verger de la laiterie. » 
Hier soir à la laiterie, un homme pleurait contre un pommier il y avait un chat de campagne
qui le regardait. 
Le berger lui dit : « 
C'est toi qui as parlé chat ? » 
Le chat lui répondit : « 
Non ! 
C'est 
Dieu 
I » 
Le berger dit : « 
Les chats ne parlent pas ! »

Patience - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Pour les pécheurs de poissons

Pour les gens des champs et des prés

Pour les chrétiens de la maison

A trois reprises, à trois reprises

Sonnez la cloche de l'Église

« 
Venez, venez ! et vous m'aurez
Dans mon hostie, sur mon 
Autel

— 
Quand même tous les génies du ciel

A vos messes m'inviteraient

Quand j'y serais conduit par force entre deux anges

Croyez-vous que je me dérange ? »

Or 
Jésus descend humblement

Le corps dans le 


Saint-Sacrement

Et bien qu'il n'y ait là personne

Que des mouches sur ces colonnes

Jésus attend avec patience

Et sans penser à la vengeance.

Sainte marie-madeleine - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Il n'y a pas plus mauvaise aux tombeaux du père 


Lachaise au 
Purgatoire à l'Enfer sur la terre ou sur la mer

Que ne fut la 


Madeleine paressant matin au sou-amoureuse comme chienne négligeant tous ses devoirs.

« 
Pense un peu à ton travail

« je te donnerai la schlague

« au lieu de colliers et bagues

« et de tout ton attirail.

« 
Les fléaux de boulevard « qui tentent les vieux paillards « on les met à 
Saint-Lazare » lui dit son frère 
Lazare.

Il n'y a pas plus mauvaise aux tombeaux du père 


Lachaise au 
Purgatoire à l'Enfer sur la terre ou sur la mer

Que ne fut la 


Madeleine paressant matin au sou-amoureuse comme chienne négligeant tous ses devoirs.

« 
Pense un peu à ton travail

« je te donnerai la schlague

« au lieu de colliers et bagues

« et de tout ton attirail.

« 
Les fléaux de boulevard « qui tentent les vieux paillards « on les met à 
Saint-Lazare » lui dit son frère 
Lazare.

La fille du cultivateur - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Votre fille est bien trop fine djouscoundio matio pour tirer sur les racines djouscoundio
matio et pour piler les genêts djouscoundio la farine au blei

Envoyez-la z'à la ville djouscoundio matio mariée à un sergent de ville djouscoundio matio
étudier pour le brevet djouscoundio la farine au blei

— 
Monsieur que je lui riposte djouscoundio matio l'Administration des postes djouscoundio
matio n'aura pas ma fille aînée djouscoundio la farine au blei
je n'ia veux pas guichetière djouscoundio matio un inspecteur par derrière djouscoundio
matio 
Parisiens devant son nez djouscoundio la farine au blei

Elle sera propriétaire

djouscoundio matio

de cent vingt hectares de terre

djouscoundio matio

d'un mari pour labourer

djouscoundio la farine au blei

Si ma fille est assez fine

djouscoundio matio

elle se paiera des machines

djouscoundio matio

et du phosphate pour l'engrais

djouscoundio la farine au blei.

Poèmes épars - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob


Dieu nous devons

Ce que vous savez, ce que nous savons

Et cette discipline

Sous cette couronne d'épines

Vivre entre lui et l'enfer !

Discipline de miel et de fer

Si je dépasse, j'outrepasse
Et si j'oublie je me délie.

Si je me délie, je perds la vie.

Vous pensez combien importante

Est la sortie de notre tente

Pour l'Arche 
Sainte au 
Paradis.

En conséquence : c'est le midi

Et tout converge vers ce centre

Sortir proprement de notre antre

Or remarquez que la terre

Est pleine de joies éphémères

Sans doute pour être un avant-goût

Par la grâce ses fruits très doux

De ce qu'on méritera ailleurs.

Remarquez aussi nos douleurs

Dieu guigne nos attitudes

Nos bonnes ou mauvaises habitudes

Car la grande affaire est la mort

Et la façon dont on s'en sort.

Tant pis pour vous, gens incrédules. 


La terre n'est qu'un vestibule 
Gare aux gangs, gare aux charnières 
Des portes qui gardent l'enfer 
N'y laissez pas le bout des doigts « 
Réfléchis à ce que du dois. »

Allemagne - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Ossian couronnait d'or le chapeau haut-de-forme


De 
Louis 
II de 
Bavière, à l'ombre des grands ormes

Louis entendait siffler son pyroscaphe lacustre

S'appuyant de la main aux lyres des balustres,

Les balustres en fonte et de forme gothique.

Les anges, les soldats avaient même tunique.

Tristan — c'est son bateau — rugit dans les échos.

Vers des stalles 


Wagner accordait les pianos.

En 
Prusse ! pergolas habitées par 
Voltaire

En marbre au bord d'un lac de myrtes. 


Sa tabatière

Abandonne son vermeil aux guéridons

Et la pendule représente 
Cupidon.

Le papier de tenture est fait de perroquets

Et certain manchon exhibe la fureur d'un roquet.

Ronds dans l'eau, la rocaille, et comme en un 


Boucher

Un moulin tourne en l'air sur un faux mont juché.

Mais 
Sadowa ! et le canon dérange.

Les jeux de construction de 


Frédéric enfant.

Sadowa et 
Sedan, nous attrapons le 
Krupp.

Les blancs marmitons deviennent enfants de troupe.

Mon retrait c'est la 


Sarre ! la 
Sarre et le sarrau,

Les ouvriers noircis qui meuglent par troupeaux.


Amours du jeune peintre - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Le soir que nous vînmes ensemble

S'asseoir sur le bord de mon lit

Tu fus surprise, ô ma jolie,

J'avais ton portrait dans ma chambre

Ton portrait peint de mon pinceau

Juste au-dessus du lavabo

« 
Quoi ! j'ai l'air si belle et si noble ?

« 
Comme c'est moi ! 
Fait de mémoire !

« 
La couleur de lune à la robe !

« 
J'en veux une ainsi toute en moire ! »

Le portrait avait dit : « je t'aime »

De l'amour il eut le destin.

Desinit, un jour, inpiscem

Je le touchais tous les matins :

Plus grande bouche, le nez moins fin,

Il ressemblait toujours quand même.

Trois mois !... il devint un blasphème.

Il ressemble trop à la fin.

Je couvris la toile sans haine.


Apéritif - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Les grands spahis tout rouges 


Confesseurs de diablesses 
Un soir d'été à 
Montrouge 
M'ont conté leurs prouesses.

« 
Un jour, dit l'un, le négous 
Me fit cadeau d'un burnous 
Et d'un grand plat de couscous. 

Ses femmes qui étaient laides 


Allaient à vélocipèdes. »

L'autre est pour l'autre sexe un cruel mousquetaire.

La taille d'un grenadier

L'allure d'un gabier

Les grâces d'un gondolier

Ce qu'il faut pour le gibier.

Haut dignitaire de l'adultère

Il nomme les femmes « panthères ».

Mêlons aux feuilles d'automne 


Les mâles récits du désert : 
La coupole des astronomes 
Luit au loin dans le ciel clair.

Ils commandent deux vermouths : 


Les spahis sont gastronomes 
Et pour distraire le raout 
Ils me parlent de 
Beyrouth 
Et du grand sultan 
Mahmoud.

L'art mural - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

La 
Bradamante et 
Marphise 
Se disputent un amoureux « 
A cheval !» — « 
A votre guise ! 
Voici la lance et l'épieu ! »

L'enfer donc les met aux prises « 


J'ai deux âmes, il m'en faut trois ! » 
Dans un château près de 
Pise 
Se meurt 
Ogier le 
Danois.

« 
Polis avec ta chemise

« 
Le miroir fait d'alenois

« 
Qu'Enée t'apporta de 
Troie

« 
Pour te faire voir ta promise ! »

— « 
Marphise est turque infidèle 
Et votre 
Dieu me la doit ! »

Dit 
Satan. « 
Dieu fait fi, 
Je la garderai pour moi. »

— « 
Enfer, que la mort habite » 
Répond 
Ogier le 
Danois,

« 
Tout m'est coquille de noix : 
J'ai ma chère moabite. »
L'aubépin rose à quimper - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Au coin du quai de verdure 


Fleurissait un aubépin : 
Ses branches ombraient les figures, 
Le soir, des enfants riverains.

« 
Voici la chauve-souris « 
Et l'heure de se coucher... « 
La balustrade est pourrie « 
Je vous défends d'y toucher. »

Plus tard ! j'aimais 


Rosemonde ! « 
J'avoue que vous me plaisez ! » 
Gerbe rose au-dessus de l'onde cachait, la nuit, nos baisers.

Au 
Pays de mon 
Enfance, 
Plein de tristes sentiments, 
Je revins à quarante ans, 
Pauvre et veuf sans espérance.

« 
Mère, dites-moi, ma mère, « 
A-t-il fleuri, l'aubépin ? — 
Pour faire un quai de rivière « 
On l'a coupé ce matin. »

L'aurore s'agrandit d'un bruit de sabots lourds. 


Un troupeau de chevaux dont la croupe était nue 
Attendait pour glisser leur fuite dans la rue, 
Que le soldat laissât la place à son parcours — 
Un troupeau de chevaux que la faim exaspère 
Couronnait la ville muette de leurs crinières, 
Repartirent à l'amble en armant des harnais 
Vers quel soleil plus noir ? et quel fleuve les prit ? 
D'où venaient schrapnells d'un désespoir d'artillerie ?
Aux flancs d'une jument un poulain nouveau-né ! 
Si l'un avait l'aspect des chevaux de caserne 
L'œil gardant le souvenir des embrasements, 
L'autre sentait encore le trèfle et la luzerne 
Des fontaines de sang coulaient d'un cheval blanc 
Il trottait, élevant la mort entre les dents.

Calvitie de la butte montmartre - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Fumeur de tabac pauvre aux coulisses du rêve 


Vieux mais non pas vieilli loin de la vérité 
Je traîne mes souliers sur le pavé des grèves 
Que bat le flot de la cité.

Ma jeunesse a fleuri le long des palissades 


Où chante dans sa cage ultime un merle blanc 
Ma guitare nocturne a gratté des ballades 
J'ai le cœur vide maintenant !

J'ai savouré le spleen que ton granit vanna 


Escalier sans répit planté de réverbères 
Et mon chapeau auréolé de nirvanas 
L'a redescendu solitaire.

L'aventure, ô mortel, a passé sur ma butte un seul moulin à vent tourne l'aile sans bruit. 
Il ne reste à mon blé que de noires cahutes,

Greniers que l'on emplit la nuit.

Cheval baÏart - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Cheval 
Baïart est un cheval en flamme. 
Quand 
Aymon prend le 
Roi des 
Sarrazins, 
Cheval aussi prend cheval par les crins 
En lui mordant le cou comme une femme. 
Deux grands châteaux édifiés par génies 
Génies et fées dansant sur la clairière, 
En cet abri nonente fois surpris 
Et par vaillance et vertus seigneuriales, 
Ou par effet promis du 
Saint 
Esprit. 
Voici mon ost et notre gent guerrière ! 
Dans la forêt écoulent les prières 
Les quatre 
Aymon par l'empereur vaincus. 
Le père lié au noble 
Charlemagne 
Contre ses fils soulève les campagnes. 
Le monde entier couvre la 
France entière. 
Duchesse mère de chagrin tombe et meurt. 
Vieux duc époux courbé jusqu'à la mort. 
De tout le sang 
Aymon fait pénitence 
Comme ouvrier maçon de cathédrale. 
Cheval 
Baïart en roc de gémonie 
Fut métamorphosé auprès du 
Rhin 
Là où 
Aymon jeté pour félonie 
S'illumina en gloire comme saint. 
Pour tant de coups s'ouvre le ciel de havres

Car le noyer personne ne pourra 


Oiseaux, poissons, évêque et troupes d'anges 
Jusqu'au château porte haut le cadavre 
Dessus les flots qui chantent ses louanges.

La crise 2 - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

— 
Pourquoi donc cette vie de jaunisse 
Combien y a que l'on a ri.

La grippe, la ruine : le moindre mal est rhume.

Est-ce aux couleurs du ciel qu'il faut qu'on désespère.

Muser ? 
Il s'agit bien de s'amuser !

Partout : défense de fumer

Ou tout comme ! 
Dieu dit : « 
Sybarite

« 
Regarde le chômeur et regarde la veuve

« 
Souviens-toi de 
Ninive, du jeûne et de l'épreuve. »

— 
J'aimais mieux celles de jadis ! 
Quand on devait laver l'étang à la surface 
D'arbres et fleurs de la forêt

En enlever tout le reflet 


Pour mériter le 
Paradis

— 
Trouver la pomme en fil d'archal 
Et la porter au maréchal.

— 
Sans plis laisser et nulle trace 
Dormir les draps linon d'Alsace

— 
Dans le grenier compter le grain

— 
Aimer sans rapporter chagrin

— 
Gagner son pain étant poète

— 
Sans rien posséder, payer dettes 
Et des contributions directes.

La dame au cœur saignant - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

La dame au cœur saignant 


Dont le cœur agonise 
A le 
Prince 
Charmant 
Comme époux dans son cœur 
Or le 
Prince 
Charmant 
Pour certaine entreprise 
Voilà plus de sept ans 
Est parti chez les 
Teurs.

La dame au cœur saignant 


Monte dans la tourelle « 
Sur la mer au 
Ponant 
Sur la mer d'émeraude 
Ne vois-tu pas venir 
Du haut de ton échelle 
Les gonfalons brodés 
Dont j'ai le souvenir ? »

Encore un peu plus haut 


Dame dont les yeux saignent — 
Tant elle a toutes nuits 
Pleuré sur les carreaux — 
Ne vois-tu pas briller 
L'or fin de nos enseignes

Et les lions cramoisis, 


Blasons de nos drapeaux.

— 
Je vois deux pavillons 
L'étendard est en berne. 
Je vois deux gonfalons 
Mort de moi ! doux amant ! 
Vertes, noires lanternes 
Qu'apportez-vous ? la preuve 
Que larmes maintenant 
Seront larmes de veuve.

Dans les hameaux les maisons de notaire

Ont des façades familières

Des volets blancs sur un mur gris

Parfois des panonceaux aussi.

« 
Vous avez, monsieur le notaire

Encore un jardin derrière.


— 
Parfaitement ! notre verger

Fait suite à la salle à manger.

Voici l'armoire de mes livres

Tout 
Chateaubriand, 
Tite-Live

Quelques 
Voltaire

Et le dictionnaire des notaires.

Cette collection du "Voleur"

Appartient à ma belle-sœur

Mais en montant l'escalier

Avec votre canne et vos pieds

Monsieur, pas de bruit s'il vous plaît

Fussiez-vous le pape en personne

C'est l'heure de la sieste de la bonne ! »

Le départ du marin et la mort du poète - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Dites, algue très douce, adieu vers le bateau 


Guère plus gros qu'un ex-voto ! 
De sa fine corde 
Neptune à l'horizon 
Comme de harpe veut jouer, le gros garçon. 
Pâmoison des petites feuilles aristocratiques' 
Selon ce qu'elles étaient et selon le contraire, 
Quand il venait avec son air socratique 
Causer « ports » avec les trois douaniers en vert, 
Elles se tournent à l'endroit, à l'envers. 
Ce bateau si petit sur la mer, le phare l'observe 
De son œil de vieillard aveugle voilé de larmes 
Et la sirène des usines de conserves 
Comme un signal jette son cri d alarme. 
Le môle qui jadis sentit ses pieds d'enfant nus 
Le môle témoin de plusieurs chastes fiançailles 
Qui protégea les rudes embarquements la nuit, 
Il a voulu parler pour ne pas qu'il s'en aille 
Sur ce bateau de nacre à l'aurore fragile. 
Triste est le cri du paon au château de l'Anglaise 
Et tristes les moutons ces boucles des falaises. 
Tout ce qui se croise en l'azur se fait part — 
Nuage, insecte, oiseau — de ton départ. 
Sable blanc ! sable blanc ! mariage de raison 
Lagune : face glabre !

La nature se tait : le flot fuit l'horizon !

Pas un bruit dans les arbres.

Reviens ! reviens ! dit la fumée

Levant le bras nonchalamment

Reviens ! murmure aussi le vent

Et le tumulte du marché

Et l'aboiement d'un vilain chien

Ne se traduit pas autrement

Reviens !

La servante du 
Cheval 
Blanc,

Elle porte une bague au doigt

Qu'elle mêle au ruissellement

Des verres qu'elle nettoie

Casimir offrirait sa rose

Mais il sait, il hésite, il n'ose

C'est ainsi que la nature pleure avec tous ses yeux

L'âme du poète qui va s'unir à 


Dieu.

Les deux bossues - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

« 
De mon temps, disait la dame en noir, les croquants pratiquaient paisiblement leurs devoirs
religieux et cela était assez bon pour eux, bien assez bon pour eux. » 
Cependant 
M. 
Maigre partit en voyage. 
Il arriva dans une maison où un petit gars chauve faisait circuler une pétition. 
C'était une pétition de principe. 
C'était un cas de conscience en forme de pétition, un cas de conscience à l'usage des
chrétiens insuffisamment morts à eux-mêmes. 
Les corridors étaient pleins de malles. « 
Malle » est un calembour dans le conte. 
Une malle était très jolie : acajou et cuivre. 
Une malle peut-elle être jolie enterrée sous d'autres malles ? 
Il s'en fallait de peu que les rats ne la dévorassent. 
Ce poème est une fable, hélas ! 
Vous voyez !... quand je vous le disais... 
Du moins c'est ce que déclara 
M. 
Maigre après la première nuit. 
Il reconnut le jour suivant son propre linge ailleurs que sur lui et chez lui : « 
Faites ce que je dis et non ce que je fais », soupira-t-il. 
La cour de l'hôtel était si grasse qu'il fallait une corde pour la traverser. 
Deux petites bossues aux cous brillants de faux diamants des mille et une nuits apprirent à 
M. 
Maigre qu'elles étaient l'emblème des 
Plaisirs 
Faciles. 
Je veux dire de la mort ! la mort ! quelque chose de pire que la mort. 
Les deux bossues étaient pareilles à des rognons de veau, de nous, de mou de veau « 
Pas nous !... vous !... et pas nouveau ! » dit 
M. 
Maigre.

Dialogue allemand - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

— 
Pourtant le printemps recommence 
Immuables sont les saisons

Et sous les lilas, les romances 


S'harmonisent aux carillons.

— 
M'aimeras-tu, m'aimes-tu, 
Franz 
Et pout toujours es-tu fidèle ?

— 
Je t'aimerais si tu commences 
A t'intéresser à 
Hegel.

— 
Nous aurons des fils et des filles 
Cinq ou six pour débuter.

— 
Je leur enseigne à débiter 
La 
Social-Philosophie,

— 
Mes regards sont des myosotis. 
Cela se dit 
Mich nicht fergiss

Ne m'oublie pas. 
Ainsi soit-il.

— 
Ceux de l'aigle sont des fusils 
Qui ne craignent pas le soleil.

— 
Rentrons, 
Franz, car il se fait tard 
Et dame 
Marthe serait inquiète

Si je rentrais après la nuit venue.

Dialogue avec l'âme-substance - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Je suis le mannequin d'une étrange livrée

« 
Que cherches-tu ? » dit-elle — 
La grotte du 
Petit !

Je cherche l'exorciste ou les 


Panathénées

Qui craquelleraient mon ardoise et mon granit

Magiciens ! transmutez ma graisse


La 
Dame de 
Montagne, qu'enfin elle paraisse.

Pourquoi te cacher ô mon 


Cygne

Sous l'eau, héros joyeux ?

Quoi ! encor le pont des 


Adieux !

Quoi ! de nouveau qu'on se résigne

A faire danser des feuilles mortes.

Jusqu'en haut des tours et des portes ?

Au vent ! pensées de cette sorte !

Dire à l'âme : je ne peux pas casser tes vitres.

Dire à l'âme : avance-toi donc, mon enfant

Dire à l'âme : plutôt la mort ouvre ton huître !

Dire à l'âme : je ne suis qu'un mari suppléant.

« 
Je suis la 
Dame des montagnes

« 
Le jour de l'entonnoir viendra

« 
Où sur le velours du diaphragme

« 
Fleuriront tes magnolias. »

éducation de parsiphal - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Puisque la guerre a dévoré son père

Ce petit-ci n'ira pas après lui.

Je n'irai pas deux fois au cimetière


Je ne serai pas orpheline de fils

Sur mon cheval devant ta mère assis.

Viens au-delà des montagnes de ce pays.

On t'habillera en fille tu ne seras pas pris !

De ce château les bois cachaient les tours

Ils empêchaient qu'en la salle il fit jour

Or « la fillette » n'aimait que la chasse

Elle relevait assez haut son jupon

Pour courir après les perdrix les bécasses

Dont il y avait autour de la maison.

Il rencontra femme nue à peau de soie

Casquée comme est en la 


Grèce 
Minerve même

Assise sur l'aire que lui donna l'octroi.

« 
A toi le 
Graal où fut notre 
Saint 
Chrême »

Tu seras fort, marche sous la forêt.

Quand tu tueras l'Homme aux armes dorées

Alors tu seras mené pur au roi 


Arthur

Et sur la mer mangeras ton pain dur

Entre les rocs de 


Galles et de 
Gaule.

« 
Adieu ma mère, que ma foi vous console,

« 
Nos serviteurs et les gardes pandours

« 
Je chercherai le 
Saint-Graal mon amour ! »

Sa mère entend étant sur le parvis


Et l'entendant son âme quitte la vie

Pour celle des morts, son mari, ses grands-pères.

Et voici les deux clefs jumelles

Le vin du sacre et l'abandon

L'offrande avec la soutanelle

Par quelle porte arrive-t-elle ?

Reviendras-tu ? reviendra-t-elle

Prendre sa place à la maison ?

Le temps vous attend, nous entend

Peut-être as-tu des cheveux blancs ?

Pégase avait du plomb dans l'aile.

L'autre monture cache des ailes

Et les traces d'un incendie

D'une ville en sucre candi.

O toi qui vas bâtir au gous de la 


Terre

Contre l'écueil ! 
Voici l'équerre

Et voici le compas, œil clair.

Adolescente, le soleil de mes yeux

fait mûrir le vin aux pointes de vos seins.

Et .

Fables - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Il avait mis son amour dans sa maison


Son capital d'amour était placé sur sa maison :

Il avait tendu sa maison avec des étoffes,

A voir ses cadres et ses tapis son œil se réchauffe.

Il a mis des livres sur des étagères.

Il ne les lit pas, mais c'est une décoration légère.

Le dimanche, il y a toujours une petite réparation à faire

La boîte sculptée de l'horloge, le pied du vieux secrétaire.

Un jour un voisin prouve devant les juges 


Que la maison est à lui-même, on la lui adjuge.

Tout le monde vous dira qu'il avait un caractère d'ange, 


Mais, depuis ce temps-là, il a beaucoup changé.

Il croit que l'univers est composé de voleurs. 


Il malmène sa bonne, sa femme et sa belle-sœur.

Mes diamants sont les étoiles, 


Mon domaine est le sous-bois, 
Toute la terre est mon patrimoine, 
Tout ce qui est bleu, tout ce qui verdoie.

Tu peux bien venir, 


Hérode 
Avec tes soldats 
Tes juges, tes voïvodes 
Menés par 
Judas !

II

Elle arriva chez un vieillard

Qui ne lui donnait pas un liard.

Elle arriva chez une aimée

Qui dansait doux toute l'année.

La lumière dansait aussi

Qui nous unit grands et petits.

Elle arriva chez un patron

Où les enfants tournaient en rond :


« 
Fais réciter le catéchisme

Et frictionne mes rhumatismes ! »

Elle arriva dans un jardin

Où l'on bêchait soir et matin.

Voici la mer ! villas et roches

« 
Ma fille ! prends brouette et pioche ! »

Elle arriva dans un palais

« 
Marie ! prenez votre balai ! »

Elle arriva dans un hôtel

« 
Vous avez oublié le sel ! »

Elle arriva dans un salon

« 
Epluchez l'oseille et l'oignon ! »

Elle arriva chez un bon prêtre.

« 
Ne restez pas à la fenêtre ! »

Elle arrive chez son enfant

Un soir elle en sortit pleurant.

Or, elle arrive au cimetière : « 


Prenez-moi donc, ô pauvre terre 
Qui cachez toutes nos misères ! » 
Terre ! prenez-moi donc aussi, 
Ce jour-là, je dirai « merci ! »

— 
Il y a un dièze plus haut que la mer-

— 
Vous faites des bulles de savon ?

— 
Non ! je jouai de la flûte

— 
Avez-vous vu des esprits, le diable ou quelque créature de myopes ?

— 
J'ai cru une nuit que je voyais le diable, mais c'était les voitures d'un vidangeur.

Une autre fois, c'était les grandes lettres qui feront la manchette d'un journal.

— 
Je vous donnerai un miroir encadré dans des perles fines du plus bel orient avec le reposoir
de la main en corail et perles.

— 
J'exécute le dièze. 
C'est apocryphe et affreux. 
A jamais pour toujours.

Je quitte mes amours 


Misso 
Longhi

Impudeur - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Exhumer les secrets des anges c'est tromper 


Dieu. 
Les anges ne reviendront plus et tu jauniras de rage en ta chambre. 
Ils s'écarteront de toi et tu seras déséquilibré : tu seras considéré par eux comme sans
pudeur. 
Deuil pour celui qui est nu parce qu'il a déchiré le voile du surnaturel ! 
Deuil pour celui qui est livré aux mots des lectures ! tu oublieras le langage de l'inspiration
et tu vivras à tâtons sans rien toucher de réel sinon le réel commun. 

Pauvre foule qui m'ignore

Et qui mange du poisson

Sans se douter des raisons

Pour lesquelles je l'adore. 


Seigneur je n'ai plus de personne et j'oublie jusqu'à mon nom. 
Vous vous contractez en un, si je me contracte je ne suis plus rien, pas même une syllabe. 
Alléluia !

Ils sont assis dans un fauteuil de bois

Comme s'il contenait leur « avoir » et « leur

doit » 
Ils ne s'en lèveront jamais 
Parce que le trésor s'envolerait 
Ils ne regardent que du coin de l'œil 
Car l'œil est avare comme le fauteuil 
Et leur bouche est close leur bouche bavarde 
Et leur bouche est close comme sont les hardes 
Les parties de leur corps entrent l'une dans l'autre 
Et non celles de leur costume 
Qui paraît celui d'un autre 
Surtout le chapeau haut-de-forme 
Qui est trop petit ou énorme 
Ils ne parlent que pour un oracle 
Ne regardent que comme au spectacle 
Se moquent de tout, ne connaissent rien 
Qu'il fasse vraiment trop chaud l'an prochain 
Alors ils prendront peut-être un bain 
Le plus jeune a fixé l'eau de la

mare 

Parce que je lui ai dit qu'il était comme 

de l'argent 
C'est 
C'est qu'ils croient faire enrager les gens 
Des cars et des gares 
Et les parisiens des autos 
Qu'ils vont à bicyclette avec leurs sabots.

Le joueur amoureux - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Les 
Phares de la 
Meuse

Sont des chats escobars

Dans la nuit fabuleuse

Pour les joueurs de l'Escaut-Bar.


Je rôde aux tables de bridge 
Par croupiers et books liés 
Tu brilles là-bas au 
Claridge 
Près d'un mari bouclier.

Ton obsédante effigie 


Cette auréole de mon cœur 
Cuit aux lances des bougies 
Tenues par les serviteurs.

Régine, 
Pallas, Œgiste 
Dames de transsubstantiation 
Vous m'êtes les portraits cavistes 
De celle dont je me morfonds.

Vos couronnes, chicots dentaires 


Sont les carrefours de l'amour. 
Qu'on me rende la 
Vierge 
Mère ! 
Je suis vide et noir comme un four.

Roi, cadavre à la couronne 


Le joueur amoureux c'est moi. 
J'ai pitié de mes vers à soie 
Nourris de trop de riches consonnes.

Toi, vieille face, ô nature 


La nuit racine, ailleurs fleuron, 
Détourne un instant la figure 
Et tu te retrouves 
Endymion.

Si bas que soit ton coffre ouvert 


Tes vies brillantes à l'enfer 
Un ange a les clefs de la place 
Endymion n'est plus mais la 
Grâce.

L'auteur imprimé de poèmes 


Dédie (ô délicac présent) 
A maints noms et prénoms de gens 
Le produit de ses pensées blêmes. 
Pour qui tant de rimes infâmes ? 
Quel est ce généralissime 
Que tu veux honorer de rimes ? 
Dis-moi donc quelles sont ces dames ? 
Chantre de nos races bourgeoises 
Dans ta villa des bords de l'Oise. 
Pour qui c'est-il que tu dégoises ? 
Ce n'est pas pour les sauvagesses 
Des zones 
Saint-Ouen ou 
Gonesse 
Ni pour celles dont on se gausse 
Concierges d'une ferme en 
Beauce 
Et ce n'est pas pour les grandesses 
De quelque dame 
Patronesse 
Car hélas ! il n'est plus de reines 
Pour donner au luth les étrennes 
Ni de rois que l'on morigène. 
Dis-moi, poète et charmant page 
De qui ces noms en haut des pages 
Et quelle approbation tu brigues 
Dis-le moi, car cela m'intrigue.

Lettre [d'une demoiselle] - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Reviens encore malgré la lettre 


Qu'un démon pour moi t'écrivit 
Tu passeras pas la fenêtre 
Si tu n'as la clef du logis.

Je voudrais tuer le pigeon 


Qui la porta sous son aisselle 
Et me couper pour expiation 
La main qui te chercha querelle.

J'ai cru que j'aurais le courage 


De me priver de mon amant. 
Reviens, c'est pour un sauvetage 
Sans toi je meurs de feu ardent.

Si tu m'acceptes en mes excuses fais cabrer ton beau cheval blanc 


Sur le quai tout près de l'écluse 
Que j'aperçois de mon divan.

On dit que tu deviens dévot 


Depuis la semaine dernière 
Tu bois à tire-larigot 
C'est la raison pour quoi j'espère.

Lettre [d'une demoiselle] - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Reviens encore malgré la lettre 


Qu'un démon pour moi t'écrivit 
Tu passeras pas la fenêtre 
Si tu n'as la clef du logis.

Je voudrais tuer le pigeon 


Qui la porta sous son aisselle 
Et me couper pour expiation 
La main qui te chercha querelle.

J'ai cru que j'aurais le courage 


De me priver de mon amant. 
Reviens, c'est pour un sauvetage 
Sans toi je meurs de feu ardent.

Si tu m'acceptes en mes excuses fais cabrer ton beau cheval blanc 


Sur le quai tout près de l'écluse 
Que j'aperçois de mon divan.

On dit que tu deviens dévot 


Depuis la semaine dernière 
Tu bois à tire-larigot 
C'est la raison pour quoi j'espère.

La lune - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob
Rebraillé le décor nocturne s'agite 
Elle se cache derrière son miroir à main 
Montre une joue en tristesse confite 
Ce coin de masque au ripolin.

Par la barbacane des feuilles 


On la voit s'encorbeiller 
De manches brodées en corneilles 
D'une traîne qui va t éveiller

Buissons, prenez garde à vos outres 


Nuit prenez garde à vos cornues 
Il tombe quand la dame se poudre 
Du superfin hors de son nu

Rendez-vous manqué sur la terre 


C'est le ciel lilas qu'elle préfère 
Et le sous-bois 
Le ciel, les nuages.

Mythologie presente - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Femme de crêpes et de deuil, le cimetière 


Où tu règnes a pour tombes les plus anciens 
Bas-reliefs et les plus sombres. 
Parfois un sein 
Se retourne, parfois un pli se défait, parfois une 
Main s'élève, parfois un œil est vivant. 
Et moi je suis mordu par l'amour qui m'habite. 
Les centaures invités aux noces de 
Pirirhoos 
Enlevaient toutes les femmes et même l'épousée. 
Par vengeance la race fut tuée par les 
Lapithes 
Et moi je suis mordu par l'amour qui m'habite.

Je n'ai pas le mal du pays

Dieux nus, de vos bocages mythologiques.

J'habite à volonté auprès d'Iphigénie

L'ombre d'Hector traînant autour de mes murailles

C'est l'ombre inspiratrice


Et le bûcher de 
Troie brûle dans mes entrailles. 
Un fleuve avait mon nom, mes paroles prudentes

Et je m'y suis baigné avec 


Virgile et 
Dante

Quand l'eau se divisait pour aller au 


Conseil.

Quand 
Phébus-cadran-soleil

Alluma le déluge du feu sur l'univers

Ce déluge pleut en moi

Quand les dieux descendaient les sentiers de montagne

Ils pensaient comme moi aux nymphes de campagne.

Il y avait des villes et non des citadins

C'est ainsi que je vois les villes des humains.

ô vallée enclose des forêts, 


Harmonie

A l'assemblée des loups dans la grotte du temps

Inachus, fleur troublée par les chagrins soupire

« 
Que me fait le rivage où sourit mon empire »

Diane présidait : « moi je suis belle et reine

Je suis une belle inhumaine »

Inachus lui dit : « comme reine

Possible et non pas comme belle

ô fille de 
Cybèle, vous n'aurez pas ma clientèle ! »

Près de la fée dans la forêt magique

Un chevalier claquait des dents

« 
Inachus ! dansons la gigue

Dansons à côté des dolmens

— 
Fée que je voudrais marraine 
Mon ventre a besoin d'aliments. » 
La fée lui dit : « 
Carpe diem 
Quoi ! tu refuses une fredaine.

— 
Des chercheurs d'idéal je suis le spécimen » 
Les centaures invités aux noces de 
Pirithoos 
Enlevaient toute femme et même

Par vengeance la race fut tuée par les 


Lapithes 
Et moi je suis mordu par l'amour qui m'habite.

Partie de canot - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Celui qui a inventé l'aéro passait des jours sans se laver, sans se lever, il passait la vie, la
poitrine hors du sort de la cabane et quand il allait s'élever, se lever, se laver, en frappant à
la porte de l'enceinte et il faisait un geste de dépit. C'est pourquoi il a inventé l'aéro. Nous
voici invités à une partie aéronautique : c'est le golfe, j'ai peur ; rassurez-vous mon ami,
voici un fauteuil d'osier à oscillations constantes pour vous exercer au mal de mer. C'est
bien cela ! Les avions parlent comme des rayons de soleil et sur une seule barque aérienne
nous sommes une dizaine de familles. 

J'avoue que je n'ai pas de crainte bien que mon pantalon prenne quelquefois le frais au
postérieur. Le pilote crie : « Petit prends ton "starf ' et écris "Chocolat" sur la voile ». Le
starf est un grand bâton qui sert à tout dans l'aviation, même de porte-plume pour les
vastes surfaces. Nous atterrîmes à une auberge où je crus devoir m'extasier au sujet du
sport nouveau, mais l'aubergiste déclara que de trop haut il n'y a plus de paysage et de
trop bas il y avait trop de danger. Je me souviens pourtant des perspectives nouvelles ! La
ceinture de sauvetage pour aviateurs, c'est la perspective d'en haut. Je ne sais pas si je me
fais comprendre.

Le sphinx - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

L'ennui comme un jour de dimanche

Se promène à grands pas tremblants


Et suit un crêpe sur la manche

Un invisible enterrement.

Mais qui s'ennuie plus que le 


Sphinx

Les matins de fête ont le zinc

La nature entière a le vent.

« 
Au moins si j'avais mon amant »

Te disait la femme à 
Fernand

En frottant ses ongles d'onyx.

Le 
Sphinx a des yeux d'étincelles,

Il a des seins droits et des ailes,

La queue d'un lion, des airs de rois,

Il vous parle des règles de trois.

Ça irait bien pour un instant

Mais qui s'ennuie plus que le sphinx

Est-ce le pâtre à la syrinx ?

Est-ce la femme de 


Fernand ?

Les gardiens de square ou d'octroi

Non ! qui s'ennuie plus que le 


Sphinx ?

Eh bien, c'est moi ! c'est moi ! c'est moi

Square des batignolles. un soir d'été - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Lorsque pour le repos des serveurs électriques 


Les restaurants, comme le jour, ferment boutiques. 
Quand il ne reste plus que les bistrots ouverts 
Pour préserver au clair de lune le poker 
Les arbres empereurs square des 
Batignolles 
S'étirent, bras vaincus, et dressent leurs coupoles. 
A l'heure où ce 
Paris n'est plus pour un avion 
Que nébuleuse d'or, œufs et constellations (et pour 
Dieu ? nous sommes cela va sans se dire — même un concierge las d'avoir lu 
Paris-Soir, 
Même la fille, statue repeinte de l'Espoir ! — 
Des gouttelettes d'âmes, un feu blanc dans la cire), 
Donc quand 
Paris n'est plus qu'une île effarouchée 
Les enfants du square ne sont pas encore couchés 
Et les jeunes bandes sportives sous les hêtres 
D'adolescents sont assez fiers de ne pas l'être. 
Alors nous fils de l'Apollon des 
Batignolles 
Nous contemplons le lac déformé par les saules 
Ombre qui s'est vautrée comme mousse dans l'herbe 
Et les fleurs assemblées dans un songe superbe. 
Pourquoi ne pas parler aussi des feuilles ? 
J'en connais de pareilles à de plats portefeuilles 
Un cœur sec monté sur des tiges de choux 
Escaliers de la nuit, dures comme un destin

Sotte abstraite, incomprise, correcte comme les hommes. 


Ce n'est pas bégonia, c'est plutôt caoutchouc. 
Je demande au gardien comment cela se nomme « 
Le jardinier le sait ! quoi ! c'est un nom latin ! »

Supplément tragique ad libitum - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Sans défense et sans frein ! sans arme ni gendarme

Nous que le monde aima nous voici dénudé


On cherche avec les yeux 4a sonnette d'alarme.

Qui a connu cinq mois ce cauchemar et d'autres ?

Qui a connu le vol ! le vol inévitable

Le voleur installé près du feu, de la table.

C'est tragique et burlesque. 


Et tu n'as pas le droit

Pour des tas de raisons de crier au secours.

Et cela, cette angoisse est de nuit et de jour.

Le voleur est charmant et noble comme un roi.

Sa femme alterne les charités, les cynismes.

La surprise ! la peur sous l'œil du magnétisme.

Cela dans la campagne sans auto

Sans cars, sans chemins de fer, sans écho.

Une punaise ? non les punaises ne sont pas en ivoire. 


Une pièce d'échiquier alors ? 
Les pièces d'échiquier ne galopent pas. 
C'est un cavalier sur la route en 
Provence.

Vacances - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

L'autocar est à midi et demi. 


Ils sont tous couchés. 
Cloisons à cloisons, chambre à chambre. 
Le grand est si long qu'on se demande comment il se relève. 
Quand il est couché dans le jardin c'est comme une ligne d'écriture au travers d'un tableau. 
On déjeune dans le garage. 
II semble qu'on soit fâché avec moi. 
Le regard courroucé de la dame au-dessus des arbustes et l'humidité de la porte cochère quand je vais prendre
l'autocar tout seul avec ma valise trop lourde.

Adieu - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Un bateau dans la nuit est mystérieux : surtout un bateau gréé. 


Aux échelles de celui-ci les marins nus se disputaient, ils se disputaient dans l'épaisse
ténèbre un flambeau, ô nuit des 
Tropiques ! ils se battent là-haut : ils se ressemblaient.


F 50 sur les soucoupes, mais s'ils voient qu'on a le malheur de s'amuser, on vous réclame
des suppléments.

Le professeur : 
Pour les 
Chinois l'âme siégeait à la hauteur de la pituite et de la trachée artère. 
L'élève : 
Je vois ! entre les revers du veston.

Le pain des puces - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Il se peut qu'on me vaccine aux ordres de 


Fou 
Tchéou.

Mais je vais dans ma cuisine

manger de la soupe au choux.

Dans la nappe je me drape

Et je me fais .

On me happe

Dans ma cape.

Je m'échappe

Dans l'escalier.
Les sucettes - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Une sucette un jour disait à son suceur

« que ne me donnes-tu à ta petite sœur

qui toujours à l'école obtient la croix d'honneur ? »

— 
Tant pis ! dit l'enfant blond.

La croix ? il ne se peut que je l'obtienne

Elle a sa part au monde

et moi la mienne.

Un temple sans dieu - Poéme


Poéme / Poémes d'Max Jacob

Derrière les bateaux en construction le petit acrobate !

on le forçait à travailler malgré le bras cassé.

Tout jeune le voici avec ses frères : ce sont des jeunes

gens d'avenir ?

Mais non ! ils répètent les exercices de leur enfance : de

la grosse caisse à la caisse. 


Et toi, qu'as-tu fait de ta vie

si brillante ? 
Un temple sans 
Dieu.

La glande thyroïde, thyrse à rêves, tire sa rêve, tire sa révérence.


Avenue du maine - Poéme
Poéme / Poémes d'Max Jacob

Les manèges déménagent.

Manège, ménageries, où?... et pour quels voyages?

Moi qui suis en ménage

Depuis... ah ! il y a bel âge !

De vous goûter, manèges,

Je n'ai plus... que n'ai-je?...

L'âge.

Les manèges déménagent.

Ménager manager

De l'avenue du 
Maine

Qui ton manège mène

Pour mener ton ménage !

Ménage ton ménage 


Manège ton manège. 
Ménage ton manège. 
Manège ton ménage. 
Mets des ménagements 
Au déménagement. 
Les manèges déménagent, 
Ah ! vers quels mirages ? 
Dites pour quels voyages 
Les manèges déménagent.

Chanson 2 - Chanson
Chanson / Poémes d'Max Jacob
Sourie et 
Mouric

rat blanc, souris noire,

venus dans l'armoire

pour apprendre à l'araignée

à tisser sur le métier

un grand drap de toile.

Expédiez-le à 
Paris, à 
Quimper, à 
Nantes,

c'est de bonne vente !

mettez les sous de côté,

vous achèterez un pré,

des pommiers pour la saison

et trois belles vaches,

un bœuf pour faire étalon.

Chantez, les rainettes,

car voici la nuit qui vient,

la nuit on les entend bien,

crapauds et grenouilles,

écoutez mon merle

et ma pie qui parle,

écoutez toute la journée,

vous apprendrez à chanter.

Chanson de clerc - Chanson


Chanson / Poémes d'Max Jacob

Vous n'avez qu'à chanter l'air du Pillaouer quand vous passerez derrière l'appentis et j'irai...
un bouquet je mettrai, si mon frère n'est pas à la maison, sur le bord de la fenêtre.

Des fleurs il y aura s'il n'y a pas de fusil pour vous.


— Vous ne prendrez pas de rhume à m'attendre, Maria, car mon idée est dans une autre.

— Celle qui a avalé votre amour, elle le rendra avec son sang.

— Vous la connaîtrez quand vous serez morte, j'espère.

— Sur terre et sur mer je saurai la dénicher sitôt que j'aurai son nom.

— Sur terre et sur mer elle a le même nom que vous.

— Mère de Dieu, mère du Sauveur, si c'est vous rendez-moi mon cœur. .

— Donnez-le lui donc, Maria, pour que nos amours soient réunis.

Chanson du mendiant - Chanson


Chanson / Poémes d'Max Jacob

La pie en habit sur les pommes 


Cinq vaches noires sur la tourbière. 
Arrêtez-vous, beau gentilhomme, 
Quand vous verrez passer la bière

Voici la soupe et la cuillère. 


Ceux qui n'ont pas encore mangé 
Vont s'asseoir chez la crêpière 
La crêpière ou le boulanger.

Plus un grand pot de lait caillé 


Portez l'enfant en promenade 
Madame laissez-moi m'en aller 
Quand j'aurai fini la salade.

Tisserand tailleur, mon ami portez la pâte au four à cuire 


Mettez la balle dans le tamis avec le tablier de cuir.

Mes gens, mes gens sont aux canards avec des fusils qui les tirent 
Attendez-les à tout hasard 
On vous dira de nous faire rire.
On vous demandera du chant estomac vert et ventre blanc 
On vous dira de nous faire rire 
Car je suis un pauvre mendiant.

Duc de moello - Chanson


Chanson / Poémes d'Max Jacob

— 
Duc de 
Moëllo je ne le suis pas non, fillette, je ne le suis pas mais son cuisinier et palefrenier

et en mariage je vous demande au nom du seigneur duc.

— 
Fillette je ne le suis pas, mais fermière à 
Locquénolé et mariée au métayer 
Cornic

— 
Métayer votre époux n'est plus mais serviteur au château ducal j'ai mission de l'amener au
château comme serviteur et bien payé.

— 
Et moi, sans doute, servante pour faire et défaire le lit 
Vous cuisinier et palefrenier allez à votre cuisine

à vos cuisines et aux chevaux 

Moëllo ne manquera pas de chambrière pour se passer des fantaisies parmi les coureuses
de pardons.

Rose canvel - Chanson


Chanson / Poémes d'Max Jacob

Du galon ! elle en a pris mais pas ceux de sa robe

Rose 
Canvel. 
Elle est partie pour 
Paris la voilà petite bonne
Rose 
Canvel. 
Son patron est rentré de la fête 
Il y a de la lumière à la fenêtre

« 
Rose 
Canvel 
Est-ce que ce n'est pas votre amoureux qui est sur le fauteuil avec vous

Rose 
Canvel? 
Vous êtes là tous les deux est-ce que vous êtes disposés à vous marier

Rose 
Canvel?

— 
Je ne veux pas d'elle ! dit l'amoureux, me la renvoyez pas, elle serait folle à lier

Rose 
Canvel.

— 
Je veux aller dans mon pays

ici les hommes sont trop mignons »

Rose 
Canvel 
Partez si vous voulez ! je préfère vous voir loin d'ici

Rose 
Canvel.

Chanson de mendiant - Chanson


Chanson / Poémes d'Max Jacob

Quand le bœuf le vigoureux sera mort,

les corroyeurs iront autour du corps.

Quand le chat roux ira dans le trou,

les chattes resteront à pleurer autour.

Quand le cochon va mourir,

les tripes iront aux poêles à frire ;


le pigeon au bout du fusil,

préparez-le moi en salmis.

Quand le lièvre est au lacet,

préparez terrine et civet.

Mais moi, pauvre 


Yannick mendiant,

qu'est-ce qu'on fera de moi après l'enterrement ?

Personne derrière, personne devant,

il n'y a que 
Jésus-Christ qui pensera à moi

avec ses 
Deux 
Yeux sur 
Sa 
Croix.

Chanson du berger - Chanson


Chanson / Poémes d'Max Jacob

Le chapeau sur les yeux à cause du soleil

notre gardeur du bétail

prend son sommeil après qu'il a mangé.

Trois ou quatre moutons et une vache

sont venus voir dormir 


Pipanguennec :

« 
Nous t'apprendrons à faire des sifflets avec du sureau

« à faire des lance-pierre avec du sureau.

— 
D'où est-elle la jeune fille qui est venue à la ferme? demande le nouveau gardeur de bétail

— 
Les filles de bedeaux ne sont pas pour les pâtres, répond le bouvreuil sur le chêne.

— 
D'où est celle que j'ai vue à la messe de 
Kerchrist ? dit le geai avec ses plumes bleues.
Là-dessus est venue la fée 
Markuset,

avec son costume de 


Fouesnant.

Mais le petit gardeur du bétail

s'est réveillé avant qu'elle ait rien dit.

La fée 
Markuset est plus belle

que les filles du pays de 


Cornouailles.

Chanson 2 - Chanson
Chanson / Poémes d'Max Jacob

Sourie et 
Mouric

rat blanc, souris noire,

venus dans l'armoire

pour apprendre à l'araignée

à tisser sur le métier

un grand drap de toile.

Expédiez-le à 
Paris, à 
Quimper, à 
Nantes,

c'est de bonne vente !

mettez les sous de côté,

vous achèterez un pré,

des pommiers pour la saison

et trois belles vaches,

un bœuf pour faire étalon.


Chantez, les rainettes,

car voici la nuit qui vient,

la nuit on les entend bien,

crapauds et grenouilles,

écoutez mon merle

et ma pie qui parle,

écoutez toute la journée,

vous apprendrez à chanter.

Pieuse ballade du fond des fonds - Prose


Prose / Poémes d'Max Jacob

J'entaille ma peau avec le souvenir de votre incursion en elle bouleversant ma vie d'esprit
et l'autre.

Je vous reconnais comme l'Unique Placenta, je vous reconnais comme durable avant et
après.

De la part du Dieu, oh ! quelle marque de bienveillance pour un fou que Votre Incursion

et depuis !... quelle douceur parfois autour de moi, quelle retenue parfois en moi.

Emplissez mon sac avec Votre Senteur afin que je pleure de gratitude à cause de Votre
Miracle enraciné dans ma piteuse bêtise.

Qu'est-ce que j'escompte ? la communication. Ce dont je me souviens, je le redemande,


mais ce que ma pensée demande, ma dure vie le fuit. Je me fais de moi l'image d'un noir
voleur emportant avec soin, ce qu'il veut détester. Je me fais du Dieu l'image d'une Coulée
d'Electuaire qui manoeuvre pour l'encercler de ce que la tendre pensée demande et que
l'empressement s'entête à sauter.

Psychologie n° 5 - Prose
Prose / Poémes d'Max Jacob
J'ai supporté le poids dç la terre

Sans entrer dans le projet des hommes ;

En moi est l'inconnu. 


Je cuve des mystères

Dont je ne sais faire la somme.

Boule, boulet, 
Triboulet sans dimanche.

Broyer son minerai et ne pouvoir l'extraire !

Je porte le poids de la terre !

Entre le sacrum et les hanches

Dort le tombeau de 


Jésus-Christ.

Pourvu qu'un jour il ressuscite !

Vaisseau ! vous encombrez un port

Où rien ne fut changé en or.

D'autres se font des auréoles,

Des radiographies obscures.

Moi je brûle et vis seul.

Moi je rumine entre des murs.

Tournez le dos à votre père,

A l'époux meurtri de sa femme ;

Tournez le dos à votre ami,

Si vous n'avez la patience d'entendre

Le bruit du feu qui ne percera pas la cendre.

Qui vieillit ? - Prose


Prose / Poémes d'Max Jacob

Mais non Sergine ! restez ! restez ! ne partez pas ! Il y a longtemps que je sais tout ! restez
! Je vais vous dire les choses. Je vais vous dire :

Charles est très joli. Oh ! c'est un homme bien élevé. Mais quand le cœur n'y est plus ça se
sent. Moi-même je n'ai plus la même ardeur à l'amour et bien que je l'aimasse, toute cette
passion m'ennuyait quelquefois... il est très jeune et tous les soirs il avait un autre prétexte
pour sortir seul et il a inventé des maladies pour ne plus venir me rejoindre dans la
chambre. Lily m'a fait observer que je négligeais ma toilette et petit à petit j'ai acheté des
parfums, j'ai fait des dettes pour acheter des robes chic ; il ne s'en apercevait pas. M™
Kremline est très gaie, alors j'ai pris des excitants pour être gaie. Il m'a dit « tu es
nerveuse, tu devrais te soigner ! » Et puis j'avais beau être très gaie, je n'avais rien à lui
dire. Alors j'ai lu toute la journée pour lui raconter les livres, les pièces ; vous savez ce qu'il
disait : « Comment une femme aussi intelligente que toi peut-elle s'intéresser à de pareilles
inepties ? » Un jour, j'ai eu une idée : j'avais remarqué que vous lui plaisiez, alors je vous ai
attirée chez moi, je vous ai fait des cadeaux et surtout des compliments. Il n'y a rien de tel
que des compliments pour attirer l'amitié. Vous êtes venue de confiance. Moi je disais à
Charles : « Tu ne restes pas ? Sergine sera là dans un instant. Elle sera désappointée si tu
n'es pas là. » Il hésitait car il ne voulait pas avoir l'air de rester à cause de vous. II partait
mais revenait de très bonne heure en disant : « Vous êtes encore là ? Oh ! que les femmes
sont bavardes ! » II s'asseyait. Je lui offrais du marc de framboise. Il adore ça ! Je savais
que vous finiriez par me tromper tous les deux ; mais vous ne me trompiez pas puisque je
savais... Et puis j'aime mieux être trompée sous mes yeux et savoir que de me douter qu'on
me trompe et d'ignorer où, quand et comment. La jalousie c'est moitié curiosité. Il y a autre
chose aussi... Il y a la curiosité, le besoin de triompher tout de même en disant un nom, le
besoin de se venger, d'être méchante. Vous voyez bien que c'est de ma faute si vous avez
Charles. Oui ! je vous l'ai donné, je vous ai donnée à lui.

C'est ma tête qui a fait cette action d'entremetteuse. Mais mon corps ni mon cœur ne
m'approuvent. Vous étiez mon amie par l'habitude que j'avais de vous et il était mon mari.
Maintenant je ne suis plus qu'une pauvre vieille solitaire. Je n'ai plus ni mon amie ni mon
mari. Et je vous épie, je me rends encore plus désagréable car je ne sais même pas
dissimuler. Je croyais que ma curiosité satisfaite, ma jalousie le serait aussi, mais ma
curiosité est affamée et altérée. Je voudrais savoir où vous vous cachez. J'ai payé une
police et des domestiques et je sais où vous allez. Ah ! si je disais tout... Je voudrais vous
voir vous aimer, me repaître par les yeux, entendre vos paroles d'amour. Vous me direz : «
Luttez contre l'ennemi puisque vous connaissez l'ennemi ? » Quelle lutte que celle d'une
femme de cinquante ans contre une jolie petite de vingt ? Il faudrait que je parte que je
voyage. Quand je reviendrai il sera lassé de vous, contre une jolie petite de vingt ? Il
faudrait que je parteet il aura pris l'habitude de la maison... Alors ce sera à recommencer
avec une autre ? J'avais pensé à prendre, moi, un amant... il le tuerait, il me tuerait, ou
bien il aurait un prétexte pour divorcer, pour partir. Voilà pourquoi je lui ai fait une scène
de violence l'autre soir devant vous. Je n'étais nullement en colère mais pour conserver un
homme, je pensais qu'il fallait lui faire ce que les hommes prétendent qu'on doit faire aux
femmes dans le même but, les battre. C'est pourquoi j'ai cassé le vase de Saxe sur son
crâne chauve. Je vais penser à autre chose... c'est la lutte. Je veux que vous restiez — bien
plus ! je veux que vous le gardiez. Je ne veux plus qu'il ait une autre maîtresse que vous.
Quand vous êtes ensemble, vous êtres sous mes yeux. S'il ne vous avait pas, que ferait-il ?
avec qui me tromperait-il ? et moi je veux savoir,... je veux savoir-savoir, savoir. Seulement
je ne vous demande qu'une chose... quand je suis là, ne le regardez pas avec ces yeux là.
C'est votre regard qui me fait mal.
Le cornet à dés ii (une suite) - Prose
Prose / Poémes d'Max Jacob

Le poème en prose est une œuvre d'art spéciale destinée à produire, comme toute autre,
une émotion propre différente des émotions sensorielles et sentimentales.

II a été beaucoup écrit à son sujet, sur ce qu'il n'était pas et ce qu'il ne devait pas être.

Max Jacob l'a défini et caractérisé comme suit : «... La dimension n'est rien pour la beauté
de l'œuvre, sa situation et son style sont tout... » '

La situation c'est l'éloignement, le détachement de l'auteur 2, le style la volonté de


s'extérioriser par des moyens choisisse serait-il contredit en disant à René Guy Cadou : «
Toute œuvre courte est un poème en prose ? » '. L'ont pensé à tort ceux pour qui la
brièveté du poème en prose est l'une de ses particularités et c'est bien en ce sens que Max
Jacob écrivit à son filleul et ami, le poète Georges Gabory : « ... Tu as réalisé ce que je rêve
depuis vingt ans, le poème en prose long. » 

Outre Le Cornet à dés (97) et Le Cornet à dés II (1955), Max Jacob a fait bien d'autres
poèmes en prose, certains sous le titre Cornet à dés... adde.

Invasion - Prose
Prose / Poémes d'Max Jacob

Les autos écarlates ont le poil frisé, le poil blond, le poil en or et le cou tendu (rage de
dents) ce qui est la caractéristique des monstres bien connus de l'observateur, l'observateur
des phénomènes infernaux.

Bas relief en granit : un Nègre qui le sculpte, un Oriental qui porte un panier plein, un blanc
esclave, qui tourne une roue.

M' Hitder m'invita à venir à son atelier, rue Cau-laincourt : « Mais je suis encore trop juif,
mon empereur ! — Bah ! tu me diras ce que tu penses de ma peinture. »

Le ballet représente les oiseaux butinant les feuilles qui tombent.

On a arrêté une femme déguisée en agent : elle n'avait pas trouvé d'autre moyen de
trouver les rues. Le commissaire touché de son âge et de ses infirmités l'autorise à garder ce
costume.

Dieu s'est fait faire un portefeuille en peau de serpent avec les fleuves et les continents.

Satan s'habille en chauffeur depuis quelques années. Ah ! ce masque ! ces yeux.

Si l'agent lève au ciel les bras au milieu des autos, ce n'est pas pour les arrêter mais pour
prendre Dieu à témoin.

Surnom d'un vieux poète : Matuvusalem.

Le téléphone agite ses gourmettes comme un attelage à deux chevaux : c'est Madame X...
qui est là-bas au bout du fil.

Le téléphone remue la lèvre, balbutie, il répète comme une leçon les noms de mes habituels
interlocuteurs lointains. Le téléphone est un animal savant.

Sur la boîte à papier des water-closets une étiquette porte ces mots

la Science amusante

Contes - Prose
Prose / Poémes d'Max Jacob

Je me suis trompé d'étage et de soirée mondaine. 


Bah ! ce sera la même chose, les gens se ressemblent, l'appartement, les meubles et le
buffet. 
Mais non ! ce sont des étrangers ! 
Vous croyez ? 
L'escalier ! on monte ! on redescend ! il est tard. 
La soirée a bien changé d'aspect ! à l'autre étage aussi.

Au bord d'une herbe tendre 


Je les ai vus passer 
Et que faut-il comprendre 
A les voir enlacés. ? 
C'était un polyglotte 
Du nom de 
Rustifan 
Et avait une grotte 
Avec ses partisans. 
Elle aime les dolmans. 
J'aime les 
Allemandes. 
Nous aurons des enfants 
Si 
Dieu nous en demande. 
Nous aurons des enfants 
Faits par la propagande. 
Nous aurons des enfants 
Au linge damassé.

Le cirque de californie - Prose


Prose / Poémes d'Max Jacob

Il y avait un cirque en Californie qui s'appelait le Cirque de Californie. C'était le plus grand
cirque des États-Unis. Il y avait un homme, il y avait une femme qui firent une belle chose :
l'homme prit la dame sur sa tête, monta sur une grande échelle et glissa le long d'une
chose glissante. II y avait un clown qui dit : CALIFORNIE est la capitale de l'Inde et que le
MISSISSIPI était en Angleterre. Je... je,., je suis si heureux dit le clown en tremblant !
Cochon ! cria une voix. Là-dessus bobby grimpa sur les balcons pour trouver d'où venait la
voix. Il regarda sous les fauteuils, souleva les chapeaux des gens et regarda sur leurs
têtes... personne. Enfin, de rage, il tomba dans la piste et s'enfuit en hurlant. Alors un
cheval entra et dansa, mais tout en dansant il sauta au milieu des spectateurs et les tua.

Propos tenus - Prose


Prose / Poémes d'Max Jacob

Le soleil se couche : c'est une manière de dire, il n'a pas de berceau comme petit frère, pour berceau il a le
nuage.

Le travail de la lune, quel il est ? De nous éclairer ; et des arbres ? le travail des rosiers est de faire des fleurs.
Le soleil, il travaille à faire joli, partout, dans les nuages, quand il se couche.

Le travail des nuages, c'est de faire joli le ciel. La lune ne peut pas nous suivre ; elle reste tranquille et nous
nous en allons.

Le travail des boîtes à ouvrages, c'est de tenir l'ouvrage. Quand une bobine est vieille, elle ne fait plus rien. Les
lèvres, lorsqu'elles sont déchirées, elles sont mortes, les vitres, quand elles sont cassées, elles meurent.

Il n'y a que la terre qui ne meurt pas. Tous les jours elle est là ; elle nous attend. On a beau frapper avec ses
pieds, elle n'est pas morte. Elle nous attend tous les matins et nous fait vivre.

Adieux - Prose
Prose / Poémes d'Max Jacob
Le canapé des deux bras tendus pour les adieux ! L'autre canapé, dos, celui des paupières rougies sur un coussin
! L'officier de spahis de l'aquarelle va de l'un à l'autre et la dame en velours noir en sens inverse. L'aquarelle n'est
pas achevée. Celui qui m'enseigna cette horreur, les haines souriantes et les silences méprisants me dit : « Avant
d'aller à Longchamp il faudra que j'achète à ma femme une bouteille de Bordeaux pour que je ne l'accompagne
pas ». Et l'on jouait derrière le mur les grelots de Beethoven de la sonate : les Adieux ! Adieux de ma jeunesse,
quels espoirs et quels désespoirs près du vieux pont près de l'Enseigne marron qui surplombe la rivière de ses
lettres blanches : Liqueurs, Vins, Spiritueux en tous genres. Quels troubles et quelles amertumes dans ces
départs vers la misère interrompue. Reste le témoin de tous mes adieux. Aquarelle inachevée et vous grelots de
Beethoven redites-moi ces Adieux ! ceux que je fais au monde pour toujours sans doute.

La lune est morte ; elle ressuscite ; le soleil se couche et se lève. Quand il se couche, c'est une fête pour tous les
démons de la nuit, ils allument des feux de Bengale dans le ciel et sur les glaciers. Quand il se lève, ce sont les
anges qui apportent les rideaux afin qu'il fasse sa toilette dans les fleuves et son entrée dans les palais. La lune
ne meurt qu'une fois par mois et chaque fois c'est un deuil complet.

La littérature chandail le style à la cuve.

Le paysan vient voir son père de quatre-vingt-trois ans, qui a fait une chute et a tout un côté paralysé :

— Je ne t'ai jamais rien appris et tu sais tout faire. Eh ! bien, ma montre : j'peux pas me retourner, j'peux plus
voir l'heure. Accroche-la moi au mur, plante un clou près de ma tête. Là... Est-il bien solide, ton clou ?

— Tu peux y mettre cent kilos que le clou ne era pas.

— S'il peut porter cent kilos, il pourra bien porter une montre. J'aime bien ce qui est solide.

Ceci dit, il ferma les yeux et mourut.

Un critique bienveillant affirme que les héros de M'X... l'écrivain ont les trois dimensions. Moi, je prétends que
s'ils n'ont pas la quatrième ils n'existent pas.

Pour toucher les hommes il faut être un homme. N.S.J.C. a créé et pratiqué cette vérité.

Les voici bien ! mais transfigurés par un séjour entre les livres.

Encore un peu plus bas ! plus au fond ! là, maintenant éloigne-les ! place-les au-dessus.

Dans le fameux tableau : la Justice et la Vengeance poursuivant le Crime, l'une des figures célestes tient une
lampe à abat-jour vert, l'autre essaie d'ouvrir un parapluie malgré le vent.

Les enterrements fréquents sont les lieux où la ville entière se réunit et où se manifestent dans les cortèges les
sympathies et naissent les antipathies.

Moïse B... est marié. Sa femme est partie après trois mois de mariage. La belle-mère seule compte dans la
maison. Le fils était toujours près de sa mère, jamais avec sa femme.

On appelle éphémères des insectes qui ne peuvent ni se nourrir ni vivre n'ayant ni bouche, ni estomac.

Ne pas laisser les vaches dans le pâtis. Elles ont vite fait en un jour de le gâcher, de le manger, le fouler ; mais
diviser le pâtis en parties, les enfermer dans un coin grillagé, le lendemain dans un autre. Les coins se refont et
on remet ça la semaine suivante.

Jean emmène Jules voir sa fille à Paris dans son auto. Sa femme intervient : elle ne veut pas, fait observer que
sa fille est en examen. Nous revoyons Jules très tenté, il donne en échange (car rien pour rien à la campagne)
des légumes pour Germaine qui sera ravie.

C'est servi, les hommes ! si vous voulez boire maintenant, c'est le moment (propos de la femme du camionneur à
des porteurs).

Dites-donc ! jeune homme ! Vous ne pourriez déranger votre cheval, on ne va pas pouvoir sortir de mon
établissement —

Je suis autorisé à aller cueillir des artichauts dans le jardin du propriétaire. C'est une fête, une récréation, un
régal.

Grand nombre d'alouettes dans les alentours de Jargeau. Jean Fraysse m'apprend que les alouettes pour sauver
leurs petits font semblant d'aller les rejoindre ailleurs qu'ils ne sont. Le chasseur les suit. Les perdrix font de
même. Samuel Buder fait allusion à ce fait dans ses aphorismes sur le mensonge quand il dit le mensonge
naturel à l'univers.

Mr Lehman est un ancien gardien de la paix et huissier de ministre. Il raconte comme un cantonnier fit tant de
barouf dans une antichambre qu'il obtint de Briand ce qu'il voulut.

Mme M... dont le mari est un ancien ouvrier sabotier

devenu millionnaire.

« Ce Laval n'était jamais qu'un parvenu. »

La même ayant dit à une fille qu'elle était la fille

d'une cuisinière, celle-ci lui répondit : « Eh ! bien !

vous ne seriez pas même foutue de cuire un œuf à la

coque. »
*

Il salua la foule qui le fixait et une fois à terre fit une quête dans toutes les maisons. Le soir il était ivre mort.

Ces maisons au bord des fossés, quelle verdure, arbres et jardins ! Habiter là ! voir en se levant ces fruits, ces
fleurs, ces oiseaux. Voilà où j'ai perdu ma matinée.

M' Ch... à qui j'ai demandé la maison de la morte, m'a indiqué la maison de sa famille à lui soit avec intention soit
parce que chacun est si préoccupé de soi-même, qu'il ne pense pas qu'autrui puisse penser à autre chose. Ces
troix vieux ne pensent qu'à leur jardin et comme je les comprends. Nouvelles des uns et des autres, chacun parle
de ses maladies et ne parle pas d'autre chose. Ici les gens ne vieillissent pas et se portent bien.

La maison de la morte ! il y a là une morte ? Les peupliers chantent, une barque était sur l'eau des fossés. «
Non ! je ne voulais pas qu'on fasse le circuit dans mon atelier ! mes ouvriers le font en face ! "De la morte, pas
question !" Il était temps qu'elle s'en aille. On n'a pas le droit de désirer la mort de quelqu'un, mais il valait mieux
pour elle et pour tout le monde qu'elle s'en aille. » Et puis on a parlé « âges », « sciati-ques », « mariages », «
naissances ». Et me revoici sous la pluie avec le souvenir de cet atelier de menuisier, cette odeur de bois frais,
ces planches de bois précieux, ces jolis vieux meubles à réparer, ces meubles neufs pas encore colorés, les
copeaux à terre. Les murs sont antiques avec des poutres rejointes par de la chaux, poutres tordues,
grimaçantes et des recoins mystérieux. Dehors la verdure et les peupliers qui chantent. C'est tout au bout du
bourg céleste. L'après-midi le fils promenait en toilette d'enterrement d'ailleurs des triangles de bois sculptés...

Les hommes qui disent le plus de mal des femmes sont ceux qui les ont le plus pratiquées. Ceux qui les
respectent, trop seuls, en disent du bien. Ils ont raison.

Images théâtrales - Prose


Prose / Poémes d'Max Jacob

Bagnères de Bigorre licorne bigorneau

nous éclairons à Giorno

pour exhiber la marchandise

cette narine de cheval, la servante de table marquise.

Il sort de la cheminée à la Prussienne un peu d'eau sale,

mais des autres loges du théâtre ici un bras blanc muni

d'un bouquet et ailleurs une trompe d'éléphant.

Place pigalle - Prose


Prose / Poémes d'Max Jacob
De meilleurs démons ont fait craquer les pierres. Les balcons sont égayés par l'écarlate : les fez. J'ai étendu
mon manteau rouge au-dessus de vos têtes et vous vous êtes tus. Il y avait à une table en plein air, où des
dames blanches disaient : « Il prend notre statuette l'une après l'autre et essaie de la briser, le dédaigneux ».
Le sommelier du café, qui a de la sciure de bois dans ses rides, fait des commandes désordonnées au
représentant de Bercy et le patron n'est pas très satisfait. Qu'importe ! On laisse sur le marbre des bouteilles
de kummel dans les mains de vieux célibataires rancis : et ils versent à la ronde. Les chevelures de mes amis
ont des mèches blondes et les plus pâles s'empourprent derrière le monocle ou les lunettes. Tout est de la
couleur des aurores royales ou de celle du crépuscule souverain. Rien n'a plus d'autre prix que celui d'une joie
magique.

Les affaires - Prose


Prose / Poémes d'Max Jacob

On va trouver les actionnaires d'une affaire tombée et on leur donne l'espoir de la renflouer, on leur prend leur
argent, l'affaire ne se renfloue pas. 
Ce qui est plus beau encore, c'est de faire tomber l'affaire pour l'avoir à meilleur compte, puis de demander de
la relever. 
Les 
Allemands prennent les affaires des autres. 
Au moment où ils apprennent qu'un tel va la prendre, ils disent aux actionnaires : « 
Ne faites pas d'affaire avec un tel, c'est un filou, cette affaire du « 
Beurre 
Tachetou » c'est moi. » 
Les 
Anglais attendent les inventeurs. « 
Donnez-moi votre affaire dans l'état, votre affaire ne vaut rien, laissez-la tomber. » 
Et eux la lancent.

Boucles - Prose
Prose / Poémes d'Max Jacob

Vous savez combien la 


Rue 
Royale est encombrée de voitures ! 
Ce jour-làj'étais exténué. 
Oh ! pardon !com-ment ai-je pu me tromper à ce point, c'était un carrosse, il était trop
grand pour une petite dame. 
Elle, en travesti tailleur mi-sportif, mi-Louis 
XV (à cause des talons). 
Je reconnais immédiatement une courtisane à sa laideur, à sa hauteur, à deux dents. 
Le cocher toucha une magnifique paire de chevaux mecklembourgeois : nous étions
arrivés. 
Non certes pas encore, je dois parler d'un soldat immonde qui se tenait à la portière. 
Franchement elle pourrait bien payer un complet à son amant de cœur. 
Une autre fois je la rencontrai, je ne sais où dans une autre voiture avec le même homme
mais démobilisé, la physionomie était assez plate. 
Comment me trouvais-je à cette table ? on m'offre des conserves, non il n'y en a plus, on
me propose de peindre extérieurement le carrosse. 
Je fais observer que mon genre de peinture n'est pas la peinture en bâtiment, fut-ce en
voiture. 
Discussion. 
Roses roses, ce n'est pas difficile à faire, il y en a une de fanée. 
Je raconte ma vie : le collégien, la manière dont j'ai choisi une École d'administration le soir
de la distribution de prix et la façon dont je l'ai quittée. 
Ce ne fut qu'à la fin de mon récit que je m'en aperçus : la dame n'était plus en travesti et
n'avait jamais été laide. 
Sa famille n'est pas celle d'une courtisane : elle est une des sept paires-ses de 
France.

Donné à l'amérique - Prose


Prose / Poémes d'Max Jacob

La description a ici une trop grande importance pour que je la néglige. Quelle importance, me direz-vous ? Je
n'en sais rien, vous répondrai-je, mais certes de l'importance. Le lieu où s'est passé ce petit drame est resté
dans ma mémoire beaucoup plus que le petit drame lui-même. C'est en pleine campagne et pourtant l'escalier
est éclairé justement comme un entresol au Palais-Royal à Paris, de la lumière sur le plancher plus qu'au
plafond. Cette lumière est encore tamisée par de grandes mousselines blanches. L'escalier est entièrement
recouvert d'un épais tapis crème imprimé de petites swastikas bleu foncé et de taches rouges. Près de la
fenêtre, bien que ce soit un escalier, il y avait une chaise de paille ronde en ébène. Me voilà soulagé ! J'ai
décrit l'escalier, le seul intérêt de cette dramatique villégiature. J'avoue maintenant qu'il ne se passe rien sur
cet escalier. Une petite fille en deuil de son père que j'y croise souvent et qui se jette sur la gouvernante plutôt
que de me saluer. Je me délivre aussi de la petite fille, sa robe ou sarrau est en mousseline comme les rideaux
de l'escalier avec des poches obliques ou franges noires. Quant à la gouvernante, je ne l'ai pas vue ou pas
regardée. J'ai dit qu'il ne se passe rien dans l'escalier et pourtant ce rien est quelque chose, puisque la petite
ne veut pas me saluer et se jette sur sa gouvernante. 

Un jour j'ai réussi à arracher à la mystérieuse enfant cette mystérieuse parole : « Vous avez trahi maman par
un sourire ! » Je ne puis me rappeler ce sourire, je ne puis me rappeler ma trahison ; j'ignore ce que peut être
cette trahison. La maman est une amie que je ne soupçonne de rien du tout, à qui je ne connais rien de secret.
J'ai d'abord vécu sur ce mot dans une anxiété compréhensible. Y a-t-il un secret dans cette maison attristée
par la mort d'un père ? Quel est ce secret ? Nous sommes trois à table : un Anglais, Mrjohns, homme gai qui
s'efforce d'être mélancolique par politesse et moi. Certains jours la gouvernante paraît à table avec l'enfant qui
est boudeuse quand je suis devant elle. Un jour j'ai rapporté avec un sourire la mystérieuse parole comme on
jette son sort sur un tapis de jeu ; la mère a balancé la tête affirmativement ; elle a regardé son assiette.
L'Anglais a regardé son assiette. Il n'y avait que nous trois. La mère, mon amie, était très « esthétique ».
C'était l'époque du modem style et des goûts florentins. Quelle surprise ! Affirmativement... oui
affirmativement... Ici sont le drame et le mystère, je ne pouvais pas rester n'est-ce pas, je ne le pouvais pas.
Je me suis fait envoyer une dépêche pour me rappeler à Paris et j'ai attendu qu'on m'invitât dans cette maison
pour y reparaître. En somme ma conscience est en repos. J'ai perdu une amie ; on peut rarement fonder
d'amitié désintéressée sur une femme ! Je n'y pense plus. Je n'y penserai plus. Je n'y eusse plus jamais pensé,
je n'eusse jamais revu, jamais senti l'escalier d'entresol de la maison de campagne et la fillette en deuil, si, il y
a quelques jours, je n'eusse rencontré une demoiselle très gaie dans un dancing qui vint à moi. Quelque voix
intérieure ou extérieure me soufflait que je connaissais ce joli visage pensif, vraiment pas fait pour fumer la
cigarette dans un dancing : « Ah !... vous êtes mademoiselle Lallier ! — Vous vous trompez, monsieur, je suis
mademoiselle Johns... miss Johns... oui ! et voici mon père ». Ici, je m'interromps. Quelle banale histoire ! Se
peut-il que je raconte une aussi banale histoire. Non vraiment, si l'escalier de la maison de campagne n'était
pas resté dans ma mémoire, si la petite fille boudeuse en blanc avec des franges noires obliques n'était pas
restée dans ma mémoire, je n'aurais pas pris la peine de raconter, moi, une millième histoire aussi banale,
mais il y a comme cela des faits qui prennent de la poésie au souvenir des choses. J'allais saluer Mr Johns qui
était bien déchu : « Je vous présente mon père ! ». Il avait l'air maintenant d'un vieil ivrogne à binocles. Il portait
jadis un joli binocle sans autre monture qu'un peu d'or. Je le revoyais dans ce dancing presque peu convenable
avec une horrible machine sur le nez en acier. Il ne me reconnut pas, alors la jeune fille lui parla à l'oreille et il
me tendit la main : « Mon femme est morte ! » La jeune fille me proposa un tango : « Monsieur Lallier n'était pas
mon père ! Quand mon père apprit sa mort, il vint chez ma mère lui proposer, comme on dit au tribunal, de
reprendre la vie commune, mais ma mère ne l'acceptait chez elle que comme vous, comme un ami. Quoi ! Vous
ne saviez pas tout cela ! ». Pendant qu'elle parlait et que nous dansions, en nous appliquant, les pas du tango, je
revoyais l'escalier et tout ce deuil de convenances. J'ai répété ces mots comme malgré moi à voix basse. « Vous
avez trahi maman par un sourire ! ». Ce fut à mon tour de sourire : « J'étais une petite fille désagréable », me
dit-elle. « Ma gouvernante, par méchanceté, m'avait appris l'histoire de ma mère et j'avais parfaitement
compris !... J'avais parfaitement compris pourquoi ma mère pleurait souvent. Je m'en souviens très bien. Un jour
devant le curé du village qui déjeunait chez nous le dimanche, on a parlé à table des situations fausses, que
créent les mœurs et vous avez souri. Pourquoi avez-vous souri, c'était une trahison ! — Je ne connaissais pas
l'histoire de votre mère. Il se peut que j'aie souri ! Pourquoi votre mère ne m'a-t-elle jamais rappelé ? — Est-ce
que je sais, moi ! Elle parlait souvent de vous avec amitié. -— Ah ! — Elle disait que vous étiez un imbécile, mais
qu'elle ne vous détestait pas, parce que vous n'étiez pas un méchant homme ! » Oh ! Le tapis surtout, l'escalier !
Cette lumière d'entresol, des moitiés fenêtres au plancher, cette mousseline sur l'enfant et sur les vitres, la chaise
d'ébène !

Maintenant voici cette petite dans un dancing peu convenable ! Est-ce que le vieil anglais déchu croit aussi que je
suis un imbécile ? Pas méchant ? Cette fois encore j'ai souri, oh ! avec tant de compassion.

Esplanade de Fontainebleau : devant le château sur la route du jardin la noce s'avance et je reste en arrière avec
deux enfants.

Esplanade de Fontainebleau : chaque convié a son arbuste fleuri face au château, moi seul n'en ai pas, pas plus
que les domestiques.

Brigadier - Prose
Prose / Poémes d'Max Jacob

La maison militaire de la Présidence de la République vous félicite de votre heureuse idée. Les sirènes marines
seraient un bel ornement aux funérailles officielles. Malheureusement l'Administration de la Marine ne peut
disposer des siennes et les enfants de M'le Président ne veulent pas prêter les leurs. Ne pourrait-on pas
remplacer les sirènes par un nombre considérable de klaxons ?

Autre titre : byrrh. - Prose


Prose / Poémes d'Max Jacob

Cornet adde

cadeau princier

offert à 
MM. 
François de 
Gouy d'Arsy et 
Russell 
Greeley

par 
M' 
Max 
Jacob

et exécuté à la main entièrement par celui-ci

Inédit, inédité, inéditable

Page des enfants - Prose


Prose / Poémes d'Max Jacob

Il y a trois boucheries à Bénodet, une pour la viande, une pour le veau, une pour les
poulets. Le poisson, on le vend par terre.

M'Célestin est allé au chantier : le charon lui a dit : « Il n'y a pas de confiture ! » Il est allé
chez lui, on lui a dit : « Il n'y a pas de confiture ! » Quand il est retourné au chantier, le
charron lui a dit : « Il n'y a plus de confiture, tout est mangé ».

« Maman, tu n'auras jamais de poudre de riz blanche, car la poussière de la route fait tout
gris. »

« Maman ! tu as cinq enfants et il y a sept péchés capitaux, il t'en manque deux pour avoir
la série complète. »

La famille Biffosheim offre un million au meilleur chou crème fait par la fille de maison. Il
est arrivé une montagne de choux crème et il faut que le chou crème soit mangé frais.
Tous les jurés du concours ont été malades. Que toutes les mamans sachent faire un peu
de cuisine. Mais la demoiselle qui a gagné le million, elle n'a plus besoin de savoir faire la
cuisine ; elle n'a qu'à acheter un million de choux crème.
Pages du voyageur - Prose
Prose / Poémes d'Max Jacob

J'ai hésité à mettre mes pastilles de Vichy dans les bagages, maintenant je regrette :

— on pourrait en faire chercher dans le pays.

— ce ne seraient pas les miennes.

Quand le voyageur maussade, gâteux, impoli, brutal, bête, abaisse son journal, le paravent
du journal Le Temps, on reconnut que c'était le plus grand médecin, le plus grand
chirurgien du Temps de tous les Temps.

On met aux chevaux des colliers de bois dans cette Bretagne et aux voyageurs que leur
met-on ?

Il est plus sourd qu'un abat-son, plus hérissé qu'un hérisson. Il est plus muet qu'un
paillasson Il est plus aveugle qu'un saumon Il a des jumelles, un lorgnon Ducrest Louis
Philippe en voyage

— La soupe aux poissons

— Je n'aime pas le cresson

— Je dis : « aux poissons ».

— Qu'est-ce qu'il y a dans une soupe aux poissons ?

— C'est un bouillon de poissons.

— Je n'aime pas le poisson.

— On peut le remplacer par du cresson.

— C'est ça ! une soupe au cresson

(sic)

« Marie, vous devriez prendre des fortifiants : on hache un beefsteak dans du bouillon
chaud, on avale le sang et on laisse l'albumine.

— Pourquoi tenez-vous à ce qu'elle soit fortifiée ?


— Je n'ose pas la gronder quand elle ne retourne pas le matelas, elle est si pâle. »

Le « puma » est l'oiseau du péché. Chaque plume est un péché. J'ai rencontré Dieu ! je lui ai
mis un « puma » dans les bras et je suis allé écrire et peindre tranquillement.

Les persiennes sont des doigts, des gants mauves dont les lames sont coupantes.

L'histoire de france - Prose


Prose / Poémes d'Max Jacob

Je suis pour les pays neufs, neutres, veufs. Un peu d'argent et le néant. Hi-han ! hihang-
hihang.

Suppression des Révolutions par un parti et des rois par un autre de la Troisième
République et suppression des Soviets. Je suis pour les pays neufs, neutres, veufs !

A défaut des malades endormis, les maladies indignées flanquent une volée de béquilles
aux soigneurs.

Pages de l'art japonais - Prose


Prose / Poémes d'Max Jacob

Courant que je remonte au bruit des lavandières, les souvenirs s'éloignent comme l'horizon
argenté de l'océan. La rivière a des méandres, bientôt je ne verrai plus rien.

Si les cordes étaient tissées avec les cheveux de mes amours, de mon éternel amour, elles
feraient quatre-vingts tours du monde.
Oh ! que la nuit est longue pour celui qui attend l'aimée. Profitons-en pour travailler la prose.
Quand l'aimée viendra, je ne la reconnaîtrai plus : « Qui êtes vous, Madame ? »

Au moineau convient la gouttière Au poète le rocking-chair.

L'amour est comme le mal de mer.

L'âge guérit de l'amour comme le petit jour guérit de la nuit. Qui me guérira de l'ennui sinon
le Champagne et les femmes.

Suis-je donc un vieillard à ce point que la prudence et la raison seules me parlent et que je
les entende. Pourtant, ô toi, le chant du charretier breton, tu m'as fait longuement pleurer
hier soir.

Chauffeur ! plus vite ! plus vite ! mais non, hélas... ralentissez !

Trois fleurs sèches dans cette lettre et mes rancunes sont évanouies. Trois lignes ! et quelle
autre pourrai-je aimer que toi.

ô Minerve ! La lance est comme son corps, le bouclier comme sa poitrine, le casque est
comme sa pensée et ton serpent comme son cœur. Au feu, pompiers ! ce n'est que moi qui
brûle.

Cachons l'amour derrière les rideaux tirés. Il me semble que j'aime davantage quand la
moquerie de tout Paris me fait une muraille close.

Les agents de l'Assurance arrivent après que tout est consumé.