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DOMINIC BIONDI-LAURIER

Littérature québecoise
601-103-MQ, gr. 11

Dissertation critique
Désastre et Nataq

Travail présenté à
M. Pascal Chevrette

Département de langue française


Collège Montmorency
Le 12 mai 2014
C’est la passion qui permet d’écrire, mais c’est l’expression qui permet de
véhiculer le message qui nous tient à cœur. 10 ans les séparent, mais le feu sacré de
vouloir communiquer à leur propre façon est le même. Il est question de Madeleine
Gagnon et Richard Desjardins, ayant mené tous deux une vie de fervents combattants
voués à une cause. Dans le recueil de poèmes Les cent plus beaux poèmes québécois
de Pierre Graveline, on y retrouve d’une part Madeleine Gagnon auteure de Désastre,
poème haut en couleur qui dénonce l’injustice que subi les femmes non seulement au
Québec, mais partout dans le monde. D’autre part dans ce même livre, Richard
Desjardins nous expose Nataq, un poème transformé en chanson où l’écrivain
dénonce le sort des peuples autochtones d’Amérique. Dans ces deux ouvrages, le
motif de la lumière s’y trouve. Cependant, est-ce vrai que la signification du symbole
de la lumière est la même dans les deux textes? Même si ces deux poèmes sont nés
dans deux contextes distincts, il s’avère que oui, la symbolique de la lumière transpire
au travers des deux ouvrages. Nous pouvons le soutenir par deux interprétations
distinctes du symbole de la lumière. La première à l’effet que la lumière est
synonyme de vie sur terre et la seconde laissant imaginer que la lumière symbolise la
voie à suivre.

Il serait faux d’affirmer que tout sens donner à la lumière ne soit pas en
relation avec la vie surtout chez l’humain. Or, on retrouve sous deux angles bien
différents dans les deux poèmes, la lumière qui fait briller cette vitalité. À un certain
passage de l’œuvre de Madeleine Gagnon, on avance que la lumière est disparue.
Après cette affirmation, on sent dans les prochaines strophes que la vie s’éteint: « À
chaque jour sombre, il y en a qui craquaient. On les retrouvait un peu partout morts
suicidés […] tout autour.» (p. 88). Ainsi, ces phrases nous illustrent la mort par le
manque de lumière. Une métaphore vient accentuer la dégradation de l’individu
lorsqu’on mentionne le fait que quelqu’un «craque» ou en d’autres mots cède à la
pression des jours sombres. De cette façon, on accentue le fait qu’il y a une nécessité
de lumière, qu’elle s’exprime de manière physique ou spirituelle. On voit donc que la
lumière est source de vie interprétée dans le poème de Madeleine Gagnon.

Pour Richard Desjardins, la vie s’exprime également au travers de la lumière


de façon éloquente. Après avoir parcouru des centaines de kilomètres pour atteindre
leur but, la fin du poème laisse sous-entendre que la femme est enceinte : «Mon
ventre veut fendre. Je suis pleine, Nataq, il me faudra du feu». (p. 53). L’expression
«il me faudra du feu» est une belle allégorie qui a pour but de créer une
représentation d’une idée abstraite de la vie par l’intermédiaire d’une image soit le
feu. Le feu est indéniablement un symbole de lumière par son éblouissement, sa
chaleur et sa vivacité, une image typique de la vie. En suivant le fil de l’histoire, on
réalise que le feu favorisera la naissance d’une nouvelle vie : un enfant. Dans les deux
poèmes, il est clair que la vie permet de faire ressortir le symbolisme de la lumière.
On voit clairement dans le texte de Gagnon qu’une atmosphère de désastre où aucune
lumière ne brille, fait sombrer les gens vers l’au-delà. Il en va de même dans celui de
Desjardins où on célèbre carrément la venue d’une nouvelle vie sur terre avec la
lumière du feu.

La même signification du symbole de la lumière ne s’arrête pas uniquement


au thème de la vie. Encore une fois, les deux poèmes se recoupent. La lumière est
synonyme de guide où de voie à emprunter pour rester dans le droit chemin. Par
exemple, encore dans l’ouvrage de cette grande femme féministe, on affirme que les
gens pris dans l’obscurité où aucune lueur ne réussit à percer finissent par perdre la
raison : « Vu la noirceur constante, plusieurs s’étaient remis à croire aux fantômes et
aux revenants». (p. 88). Le choix de mots comme «obscurité, noirceur constante»,
amène à croire aux «fantômes et aux revenants». Cette strophe, évoque que le
manque de lumière est si vif et du à supporter que les gens en viennent à croire aux
esprits et aux apparitions.
Toujours sous le thème de démontrer la lumière comme symbolisme de la
voie, le texte du fervent défenseur de la nature et des Amérindiens, Desjardins illustre
dans un même ordre d’idée le même principe. Au début de l’œuvre, on ressent
l’inquiétude et le doute de la parturiente qui s’interroge si elle et son compagnon
cheminent toujours ensemble sur la même voie: «Mais je suis si inquiète, la lumière
retarde un peu plus chaque jour, ton silence m’opprime». (p. 51). On peut sentir à
travers le texte le ton tragique exprimé par le personnage reflétant sa désillusion face
à l’attitude de son mari et la manière dont le couple traverse ce long périple. On
constate dans les deux textes qu’en l’absence de lumière; on perd notre orientation,
le sens de la vie et la vision de la voie qui nous est désignée.

En conclusion, on retrouve incontestablement la symbolique de la lumière


exprimé à travers des idées différentes. Qu’il s’agisse de la lumière sous forme de la
vie ou de la voie à suivre, nul être vivant ne peut s’en priver. À maintes reprises nous
pouvons constater dans les deux œuvres que la lumière est synonyme de la vie sur
terre. Sans autant oublier que la lumière symbolise une sorte de guide pour suivre la
bonne voie. Il faut déceler le motif de la lumière dans ces textes écrits, car les auteurs
le mettent en arrière-plan. Mais il serait intéressant de comparer d’autres œuvres de
ces deux auteurs et d’observer s’ils ont d’autres motifs en communs.