Vous êtes sur la page 1sur 7

Encadré par : Mr Chakri Réalisé par : TAHA

BRAHIM
La loi sur l’échange électronique des données juridiques, n° 53-05, a été promulguée par Dahir du
30 novembre 2007, Bulletin Officiel n° 5584, pour donner un coup de main à la locomotive de
développement en matière de droit de l’informatique, qui devient de plus en plus important, grâce à
la révolution que connait le monde en matière d’informatique.
La loi 53-05 traduit bien la volonté du législateur marocain de s’aligner sur les pays précurseurs.
Son application pratique suppose une infrastructure des plus rigoureuses, notamment la sécurisation
de l’acte signé, ou encore sa confidentialité via le cryptage électronique de données. Sur le plan
juridique, la loi apporte son petit lot de nouveautés. En matière de signature, cette dernière gagne
enfin une définition légale, précise et valable pour tout type de contrat. Elle a désormais la même
force probante, qu’elle soit électronique ou sur support papier, ce qu’on va éclaircir de plus en plus
dans ce modeste commentaire.
Même si l’intitulé de la loi ne pouvait nous éclaircir sur son contenu, d’où le souci du législateur
de garder son caractère ambigu, on ne peut qu’attendre un texte, assez compliqué, vu la difficulté, et
les problèmes qui surgissent dans le monde virtuel, et qui peuvent créer des obstacles en matière de
sécurité des transactions.
Au niveau de la forme, la présente loi contient deux titres essentiels, le premier concerne la
validité des actes établis sous forme électronique ou transmis par voie électronique, et le deuxième
met les lumières sur le régime juridique applicable à la signature électronique sécurisée, à la
cryptographie et à la certification électronique.

L’article premier de la loi n° 53-05 de 30 novembre 2007, portant promulgation de la loi n° 53-
05 relative à l’échange électronique de données juridiques. Dispose que :

« La présente loi fixe le régime applicable aux données juridiques échangées par voie
électronique, à l’équivalence des documents établis sur papier et sur support
électronique et à la signature électronique.
Elle détermine également le cadre juridique applicable aux opérations effectuées par
les prestataires de service de certification électronique, ainsi que les règles à respecter
par ces derniers et les titulaires des certificats électroniques délivrés. »

Ainsi on peut conclure du premier article que le législateur a voulu que cette loi soit la régulatrice
des échanges par voie électronique entre les contractants, et faire comme si tout se passe sur un
support papier. Cette loi est venue protéger contre les dangers que présente l’environnement
électronique sur les intérêts des contractants, et faire en sorte que les rapports sociaux manifestés
dans le cadre des échanges économiques ne changeraient guère dans l'environnement informatique.

D’autre part le titre premier qui établi la validité des actes établis sous forme électronique, trace les
conditions essentielles et primordiales à tout acte électronique.

Ainsi par exemple dans l’article 2-1 lorsqu’un écrit est exigé pour la validité d’un acte juridique, il
peut être établi sous forme électronique d’où on peut conclure que le législateur a voulu donner une
force juridique aux actes conclus sous forme électronique.

Cependant la validité ne s’acquiert qu’après avoir rempli certaines conditions essentielles, qui
garantiront la sécurité aux contractants, comme si on contracte sur un support papier.

Ainsi l’offre doit comporter certaines nuances


L’offre et acceptation
La voie électronique peut permettre aux contractants de mettre à la disposition du public des offres
contractuelles ou des informations sur des biens ou services en vue de la conclusion d’un contrat.

D’autre part cette loi entoure l’offre dans son article 56-4 de certaines conditions qui permettront
une meilleure sécurité. Ainsi l’offre doit contenir les conditions contractuelles proposées, ainsi que le
délai de ladite offre et tous les détails qui peuvent s’avérer nécessaires au public.

Ce qui nous mène à la conclusion du contrat, qui dorénavant sera faite dans l’univers virtuel, mais, il
faut invoquer, que ce sont les principes généraux de la théorie des obligations et contrats qui seront
appliqués, seulement que certaines nuances sont à énoncer.

Conclusion du contrat
L'analyse de l'échange de consentement effectué au travers des réseaux électroniques ne pose pas
tant de difficultés au regard de l'enseignement que les juristes ont déjà pu retirer des contrats formés à
distance. Cela relève d'une simple constatation... Depuis bien longtemps, les ouvrages de la doctrine
qui traitent le droit des contrats, n'oublient jamais de réserver un chapitre ou un paragraphe à la
problématique des contrats à distance, parfois appelés " contrat entre absents " ou encore " contrat
entre non-présents ". Quelle serait donc l'originalité d'étudier l'échange de consentements dans le
cadre du commerce électronique ? Ne pourrait-on procéder normalement à la formation des contrats
dans le cyberespace ? Le cyberespace constitue-t-il un lieu particulier au sein duquel de nouveaux
rapports sociaux et économiques s'instaurent ?

Pour qu’il y’ait conclusion d’un contrat, même au monde virtuel il doit y avoir forcément une
offre, et une acceptation de cette offre, C’est presque la même chose par voie électronique, sauf que
la loi de 30 novembre 2007 a apporté quelques raffinements. Mais l’échange de consentements par
voie électronique s’avère ne pas être facile comme boire de l’eau, et le destinataire pourra être en
danger de fraude ou d’escroquerie. C’est pour cette raison que le destinataire de l’offre selon l’article
65-5, doit avoir la possibilité de voir et de consulter l’offre en détail, ainsi :

« – Pour que le contrat soit valablement conclu, le destinataire de l’offre doit avoir eu la possibilité
de vérifier le détail de son ordre et son prix total et de corriger d’éventuelles erreurs, et ce avant
de confirmer ledit ordre pour exprimer son acceptation.

L’auteur de l’offre doit accuser réception, sans délai injustifié et par voie électronique, de
l’acceptation de l’offre qui lui a été adressée.

Le destinataire est irrévocablement lié à l’offre dès sa réception.

L’acceptation de l’offre, sa confirmation et l’accusé de réception sont réputés reçus lorsque les
parties auxquelles ils sont adressés peuvent y avoir accès. »
De La preuve littérale
La preuve d'un acte juridique dans le cyberespace est cruciale au développement commerce
électronique, la présente loi offre actuellement une plate-forme autorisant la mise en preuve
d'inscriptions informatisées, qui remplacent de plus en plus les actes juridiques traditionnels
constatés par écrit. Une inscription informatisée doit être intelligible mais doit surtout présenter des
garanties suffisamment sérieuses.

L’article 417-1 stipule clairement que « L’écrit sur support électronique a la même force probante
que l’écrit sur support papier » d’où on peut conclure que le législateur admettra comme preuve,
l’écrit sous forme électronique. Mais cela ne passera sans l’entourer de certaines conditions,
notamment la nécessité d’identifier la personne dont il émane et qu’il soit établi et conservé dans
des conditions de nature à en garantir l’intégrité.

Pour identifier quelqu’un, il faut forcement avoir sa signature, ce qui nous mène au deuxième titre de
cette loi, qui traite la signature électronique, ainsi que la cryptographie.

Signature électronique
La signature sous sa forme électronique, présente plusieurs complications qui devront être
mentionnées :

Pour que la signature soit reconnue, il faut qu’un procédé fiable soit utilisé, qui va assurer l’identité
du signataire, et l’intégrité de l’acte juridique, conformément à la réglementation en vigueur.

C’est pour cette raison que l’article (6) de la présente loi exige que la signature soit :

« …- être propre au signataire ;

- être créée par des moyens que le signataire puisse garder sous son contrôle exclusif ;

- garantir avec l’acte auquel elle s’attache un lien tel que toute modification ultérieure dudit acte
soit détectable.

Elle doit être produite par un dispositif de création de signature électronique, attesté par un
certificat de conformité.

Les données de vérification de la signature électronique sécurisée doivent être mentionnées dans
le certificat électronique sécurisé prévu à l’article 10 de la présente loi. »

Il faut signaler que cette signature électronique n’a été reconnue en droit français qu’en 13 mars
2000, et même si le Maroc est un peu en retard, on ne va pas dénier l’importance de cette loi.

La signature électronique se présentera sous la forme d'un code informatique infalsifiable. Inséré
dans un document, il permettra à son destinataire de reconnaître l'identité de son auteur et de
l'authenticité du contenu du document. Les outils nécessaires pour gérer les procédures liées à cette
signature électronique seront normalement fournis par des sociétés appelées prestataire de
certification.

Ainsi la création d’une signature électronique sécurisée doit être faite par un dispositif de création
de signatures, qui consiste en un matériel, ou logiciel, qui garantira les éléments distinctifs
caractérisant le signataire, tel la clé cryptographique privée (art 8)

En cas de litige, cette preuve de fiabilité et de sécurité exige la démonstration des procédures de
saisie et de traitement des données et la démonstration de l'emploi d'une méthode de cryptographie
à clé devient un puissant outil dans le cadre de la sauvegarde de cette preuve.

D’autre part l’article 10 dispose que :

« Le lien entre les données de vérification de signature électronique et le signataire est


attesté par un certificat électronique, qui consiste en un document établi sous forme
électronique. »

Cet article est venu consolider la sécurité qui doit entourer la signature électronique, cependant, ce
certificat mentionné sus-dessus, doit comporter à son tour, les mentions de l’article 11, qui sont les
suivantes :

«…

a) une mention indiquant que ce certificat est délivré à titre de certificat électronique sécurisé ;

b) l’identité du prestataire de services de certification électronique, ainsi que la dénomination de


l’Etat dans lequel il est établi ;

c) le nom du signataire ou un pseudonyme lorsqu’il existe, celui-ci devant alors être identifié
comme tel, titulaire du certificat électronique sécurisé ;

d) le cas échéant, l’indication de la qualité du signataire en fonction de l’usage auquel le certificat


électronique est destiné ;

e) les données qui permettent la vérification de la signature électronique sécurisée ;

f) l’identification du début et de la fin de la durée de validité du certificat électronique ;

g) le code d’identité du certificat électronique ;

h) la signature électronique sécurisée du prestataire de services de certification électronique qui


délivre le certificat électronique ;

i) le cas échéant, les conditions d’utilisation du certificat électronique, notamment le montant


maximum des transactions pour lesquelles ce certificat peut être utilisé. »

Cryptographie
Le deuxième titre, dans sa deuxième section traite la cryptographie, qui peut être définie comme
étant le moyen de protection de messages, qui assure leur authenticité, intégrité et confidentialité.
L’article 12 énonce que :

« Les moyens de cryptographie ont notamment pour objet de garantir la sécurité de l’échange
et/ou du stockage de données juridiques par voie électronique, de manière qui permet d’assurer
leur confidentialité, leur authentification et le contrôle de leur intégrité.

On entend par moyen de cryptographie tout matériel et/ou logiciel conçu(s) ou modifié(s) pour
transformer des données, qu’il s’agisse d’informations, de signaux ou de symboles, à l’aide de
conventions secrètes ou pour réaliser l’opération inverse, avec ou sans convention secrète.

On entend par prestation de cryptographie toute opération visant l’utilisation, pour le compte
d’autrui, de moyens de cryptographie. »

La nécessité de protéger les intérêts de la défense nationale et de la sécurité intérieure ou extérieure


de l’Etat, l’importation, l’exportation ou l’utilisation de moyens ou de prestations de cryptographie
sont soumises soit à une déclaration, si l’objet est seulement ” d’authentifier une transmission ou
d’assurer l’intégralité des données transmises par voie électronique ” soit à une autorisation
préalable de l’administration. Dans ce dernier cas, seuls les prestataires de services de certification
électronique agréés à cette fin peuvent solliciter l’autorisation.

Les conditions d’accomplissement de ces déclarations seront fixées par décret.

Toujours pour le souci de sécurité des transactions, la certification d’une signature électronique est
conférée à l’autorité nationale compétente (article 15), mais dans la limite de certaines mesures, qui
doivent être appliquées à la lettre, ainsi par exemple, quand une signature est acceptée par l’autorité
compétente, elle doit être publiée au bulletin officiel (article16).

Cette autorité compétente, nommée prestataire de service de certification, doit être selon l’article 20
agréée pour pouvoir émettre et délivrer les certificats électroniques sécurisés et gérer les services qui
y sont afférents.

Toute personne intéressée, peut vérifier ou faire vérifier la conformité des activités d’un prestataire de
services de certification électronique sécurisée à ces textes, en ayant, au besoin, recours à des
experts.

Les sanctions
Quant au titulaire du certificat électronique, la loi prévoit sa responsabilité quant à la confidentialité
et à l’intégrité des données afférentes à la création e la signature. Il doit notifier dans les meilleurs
délais au prestataire tout changement dans ces informations.

La loi prévoit des mesures répressives en cas de violation des règles d’agrément, du secret
professionnel, la sincérité des informations fournies au prestataire, le défaut de déclaration ou
d’autorisation, l’utilisation des éléments de création de signature personnelle d’autrui, la violation de
l’obligation d’information de l’ANRT, l’utilisation d’un certificat arrivé à échéance ou révoqué.

Cependant, cela reste très relatif, du fait de la difficulté de tenir en main la cybercriminalité.

L’utilisation d’un moyen de cryptographie pour l’accomplissement ou la préparation d’un crime ou


d’un délit constitue une circonstance aggravante du crime ou du délit, que cette loi réprime
gravement dans son troisième chapitre intitulé Des sanctions, des mesures préventives et de la
constatation des infractions

Critique

On ne pourra pas sous-estimer cette loi très importante, car déjà son promulgation constitue un
pas en avant vers un avenir plus brillant.

Cependant, le texte contient des insuffisances. La tendance du législateur marocain à copier le


droit français ne date pas d’hier. Cette initiative se révèle critiquable, lorsqu’elle n’apporte pas
certains réajustements, nécessaires à l’application du droit étranger au champ juridique marocain.
Selon le professeur Ahmed Driouech, des erreurs de traduction auraient été opérées, via le passage
du texte français à la loi marocaine. De telles erreurs peuvent se répercuter sur le futur travail des
magistrats. Par ailleurs, le texte impose de rigoureuses sanctions pénales, qui pourraient renforcer
l’angoisse de la migration vers le numérique. Le développement du contrat électronique a bien des
avantages, ne serait-ce que la réduction des délais de traitements, ainsi que la répétition de saisie
des données. Dans les pays précurseurs, l’objectif serait d’arriver à supplanter le support papier dans
les transactions commerciales. Bien qu’apparue tardivement, la loi 53-05 a le mérite d’exister, et les
acteurs du commerce électronique pourraient bien y voir un levier de développement de ce secteur.
Mais ils attendent toujours un décret d’application.