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Héros de la liberté, Epicure

Cum Alors que


ante oculos sous ses yeux,
humana vita la vue humaine
jaceret gisait
foede affreusement
in terris sur terre,
opressa écrasée
sub sous
gravi religione la lourde crainte religieuse
quae qui
ostendebat montrait
caput sa tête
a regionibus caeli depuis les limites du ciel
super instans menaçant d’en haut
horibili aspecta d’un regard terrifiant
mortalibus les mortels.

primum Pour la première fois


Graius un grec
homo mortalis un homme, un mortel,
est ausus tollere osa lever
oculos ses yeux
contra contre (elle)
que et
primus le premier
(est ausus) obsistere (osa) se dresser
contra : contre (elle).

quem Lui
neque fama deum ni la tradition relative aux dieux,
nec fulmina ni les coups de tonnerres,
nec munitanti murmure caelan ni le ciel avec son grondement menaçant
compressit, ne l’arrêtèrent,
sed, mais,
innitat il(s) incit(èrent)
eo magis d’autant plus
acrem animi virtutem la force vive de son esprit
ut cupiret à désirer
effringere briser
primus le premier
arta claustra les verrous serrés
protarum des portes
naturae de la nature.

Ergo C’est pourquoi


vivida vis animi la vive face de son esprit
pervicit triompha
et et
extra processit s’avança au-delà
longe flammandia meonia des remparts enflammés
mundi du monde
atque et
peragravit parcourut
omne immensum le tout infini
mente animoque par la pensée et le courage
unde d’où
refert nobis il rapporte à nous
victor victorieux
« … » (la connaissance de)
quid possit oriri ce qui peut naître,
quid nequeat ce qui ne le peut pas
quanam ratione pour quelle raison
protestas le pouvoir
finita (sit) est limité
unique pour chacun
atque, et,
denique finalement
terminus les limites
alte profondément
haerens fixées (pour chacun)

Quare C’est pourquoi


religio la superstition religieuse,
subjecta foulée
pedibus aux pieds,
vicissim obteritur, est à son tour terrassée (par)
victoria la victoire
nos exaequat nous rend égaux
caelo au ciel.
Comment Lucrèce parvient-il à nous interpeller encore aujourd’hui ?

I – En dénonçant puissamment l’obscurantisme/la superstition

1) Par le registre fantastique


2) Signification de cette allégorie

II – Par un éloge fervent de l’homme révolté

1) Epicure apparait comme le héros de l’insoumission


2) L’héroïsme d’une victoire
3) La poésie au service de cet éloge

III – En célébrant la valeur de l’intelligence

1) Présent de vérité éternelle ; progrès définitif


2) La nature de ce savoir

Introduction :

 Ce poème est inspiré par le philosophe Epicure, né à Sames en -341, dans cette
région prospère de l’est méditerranéen où s’épanouissent les recherches des savants
dans tous les domaines (avant lui, Héraclite, Thalès, Pythagore etc.) ; il fonde la
doctrine de l’Epicurisme, qui se répandra plus tard dans l’ensemble du monde
méditerranéen par le biais de ses disciples.

 A son tour le poète romain Lucrèce, né vers -100 et mort en -55, s’attache à diffuser
la pensée de celui qu’il a choisi pour maître spirituel. Lucrèce est passionné par cette
sagesse qui propose une signification du monde, alors que l’époque est troublée par
les guerres civiles.

 Il compose une grande épopée en 6 chants sur l’origine du monde, « De rerum
natura », visant à expliquer le monde pour convertir le public à une vision
matérialiste de la réalité, sans aucune intervention de forces obscures. Epicure
apparait alors comme un libérateur.
I – En dénonçant puissamment l’obscurantisme/la superstition
« religio » : les croyances irrationnelles dont les hommes sont la proie

1) Par le registre fantastique


 Il créé une allégorie un peu monstrueuse de la « religio »
« caput »
Masque menaçant suspendu à
«  ostendebat »
l’horizon = une vision
«  horribili aspectu »

 Il insiste sur l’idée d’oppression exercée par ces peurs archaïques : la « religio » :

« gravi » L’humanité est terrassée ;


«  opressa » « jaceret » « in terris »

2) Signification de cette allégorie

 Les traditions du polythéisme, la mythologie, les phénomènes naturels sont


autant d’épouvantails, de fantasme qu’il faut écarter.
C’est donc toute
« fama deum » l’interprétation magique du
«  fulmina » monde qui est remise en
«  caelum minitante murmure » question.

II – Par un éloge fervent de l’homme révolté

1) Epicure apparait comme le héros de l’insoumission

 Il observe et prend conscience de la « ante oculos », peur où vit l’humanité sous


ses yeux. Il agit en refusant cette angoisse des hommes :

« est ausus » « tollere contra » « obsistere


=> l’audace de celui qui s’insurge contra »
=> révolte
 « homo » « mortalis » il s’appuie uniquement avec ses facultés humaines, par
opposition aux héros légendaires d’origine semi-divine ou bien secondés par les
dieux.
Vers 9-10 nous avons une image spectaculaire de l’aventure philosophique :
=> franchir les verrous serrés :
« claustra » « arta »
=> des portes de la nature :
« naturae »

=> Une entreprise de transgression pour faire voler en éclat tout ce qui forme un rempart
contre la connaissance de l’univers.

 De même, cette vision épique, homérique des « flammantia meonia mundi » qui


représente le monde visible comme une forteresse cernée de flammes.
L’explorateur va franchir cette épreuve du feu, cette couronne de flammes pour
pénétrer dans les profondeurs de l’inconnu afin d’expliquer le monde.

2) L’héroïsme d’une victoire

« pervicit »
«  victor » Le triomphe d’un seul homme
«  victoria »

 Les 2 derniers vers sont exactement l’inverse des 2 premiers :


« vita … humana jaceret in terris » est remplacé par « nos caelo exaequat »

=> Il a permis une libération et une ascension (presque au niveau des dieux).
Lucrèce exprime une véritable foi dans la notion de progrès par le savoir. Au
contraire, l’angoisse religieuse est terrassé, occupe à son tour la place de la
victime.

3) La poésie au service de cet éloge

 Lucrèce est très attentif à la musicalité : assonances et allitérations


« vivida vis animi pervicit »
Il joue avec les mots pour créer une musique éclatante de notes aigues et
dynamiques, où résonnent les –i, les –e, les –m
« flammantia meonia mundi »
 Indiquons également l’ampleur des phrases qui accompagnent l’ampleur
épique de l’aventure : « omne immensum » le tout infini
- vers 1-7 : 1 seule phrase
- enjambements vers 3 et 4
- rejet de « in terris » vers 1 et 2

III – En célébrant la valeur de l’intelligence

Il y a une annonce du progrès des connaissances à travers l’Histoire, dont Epicure apparait
comme le pionnier (« primum »)

1) Présent de vérité éternelle ; progrès définitif

 Unde refert nobis : d’où il nous rapporte

 Ce sont bien des connaissances, des notions, indiquée par la subordonnée au


subjonctif :

=> « quid … possit »


=> « quid … nequeat »
.
2) La nature de ce savoir

 L’origine des créatures, ce qui peut naitre « oriri… »


C’est un effort d’explication : « quanam ratione » - pour quelle raison

 Continue pour dédramatiser et expliquer la mort ou la fin de ce qui peut exister :


« finita protestas » (= puissance / capacité des dieux)
« alte terminus haerens » un terme profondément fixé (=pour toute chose)

Conclusion :

On peut souligner l’intérêt encore actuel de cette vision préscientifique, et de cette


foi dans le pouvoir libérateur des qualités de l’esprit humain.
= mission Rosetta
= Philae

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