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La motilité en ostéopathie

Nouveau concept basé sur l'embryologie


Chez le même éditeur

Dans la collection « Ostéopathie »


Manipulation des dysfonctions pelviennes féminines, par O. Bazin et M. Naudin, à paraître en mai 2015.
Guide d'imagerie médicale pour l'ostéopathe, par Thomas Matthew, 2015, 218 pages.
L'ostéopathie pour les patients de plus de 50 ans, par N. Sergueef. 2015, 496 pages.
Dictionnaire de médecine ostéopathique, par S. Beaume. 2014, 464 pages.
Neuropédiatrie et ostéopathie du nouveau-né et du jeune enfant, par Évelyne Soyez-Papiernik. 2014,
128 pages.
Nouvelle approche manipulative. Membre inférieur, par J.-P. Barral et A. Croibier. 2013, 384 pages.
Nouvelle approche manipulative. Membre supérieur, par J.-P. Barral et A. Croibier. 2011, 288 pages.
La motilité en ostéopathie
Nouveau concept basé sur l'embryologie

Alain Auberville
Andrée Aubin
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(…) il faut toujours prendre au sérieux les idées
saugrenues qui vous énervent et qui vous trottent
dans la tête.
Elles finissent par s'imposer.
Elles contiennent en germe le destin de chacun.
Extrait du film Babe
Les auteurs

Alain Auberville est ostéopathe clinicien, Andrée Aubin est ostéopathe clinicienne, direc-
cofondateur d'Eurostéo et de l'Institut trice générale et enseignante au Centre ostéopa-
supérieur d'ostéopathie (Aix-en-Provence), thique du Québec (Montréal). Son champ de
professeur invité au Centre ostéopathique du spécialité est la pédagogie de l'ostéopathie. Elle
Québec pendant plusieurs années et confé- est régulièrement invitée comme conférencière
rencier apprécié dans plusieurs institutions. dans diverses institutions.
Préface

Ce travail a pris naissance en 1984–1985 alors que et que la motilité pouvait dans de nombreux cas
j'étais nouvellement certifié en ostéopathie et étu- être considérée comme primaire sur la mobilité.
diant à la Société Française d'Enseignement et de La SFERE possédait un appareil évaluant les
Recherche en Énergétique (SFERE). Alain Ripert, différences de potentiel électrique au niveau des
ostéopathe et enseignant à la SFERE, nous avait points d'acupuncture. Nous avons pu vérifier de
fait part de ses interrogations sur les relations pos- façon objective les changements positifs après le
sibles entre la médecine chinoise et l'embryologie, travail de motilité, m'encourageant à poursuivre
relations fondées sur la chronologie et la circula- dans cette voie.
tion de l'énergie vitale. L'enseignement de l'ostéopathie viscérale à la
La médecine chinoise décrit, entre autres, la cir- SFERE puis dans des écoles d'ostéopathie en
culation de l'énergie, donc son mouvement et, jus- Europe et en Amérique du Nord a permis le déve-
tement, le mouvement est à la base du concept de loppement de ce concept et de le façonner par la
l'ostéopathie. Pendant l'embryogenèse, presque transmission aux élèves ostéopathes grâce à leurs
toutes les structures qui vont constituer l'embryon remises en question continuelles en cours.
vont migrer, grâce à de l'énergie ! J'espérais trou- L'application du concept de motilité à partir du
ver de nouveaux outils ostéopathiques me permet- support embryologique s'est ensuite étendue aux
tant d'intégrer les principes de la médecine chinoise systèmes urogénital et cardiopulmonaire avec des
dans ma pratique clinique. Nous retrouvons dans résultats aussi intéressants.
l'embryologie le mouvement et l'énergie. À cette époque, les résultats variables obtenus
Ma curiosité a été attirée par tous les mouve- par les techniques classiques de traitement du
ments qui se produisent pendant l'embryogenèse ; diaphragme m'ont amené à me poser plusieurs
c'est l'embryocinèse qui décrit les migrations et la questions. Pourquoi certaines dysfonctions affec-
prolifération des cellules formant toutes les struc- tant le diaphragme réagissaient très rapidement aux
tures du corps selon une chronologie immuable. techniques de décompression de la symphyse sphé-
Le système digestif a été le premier pour lequel nobasilaire — laissant supposer une action neuro-
j'ai développé de nouveaux tests et techniques logique sur le centre pneumotaxique, tant l'effet
découlant de l'embryocinèse. Je les ai utilisés sur était rapide —, alors que d'autres restrictions
des milliers de cas, profitant des contextes cli- diaphragmatiques ne répondaient pas du tout aux
niques variés présentés par ma patientèle, en parti- mêmes manœuvres ? Comment intervenir directe-
culier lorsque les techniques ostéopathiques ment sur les centres supérieurs ? Étaient-ils respon-
traditionnelles ne donnaient pas les résultats sables de la persistance de telles dysfonctions ?
attendus. Cette pratique intensive m'a permis de Vers la fin des années quatre-vingt, cette ques-
constater qu'il était souvent possible de normali- tion m'a amené à appliquer aux systèmes nerveux
ser les dysfonctions plus rapidement et plus effica- autonome et central le concept de motilité éner-
cement avec les techniques de motilité. De plus, gétique. Les mouvements embryologiques très
les dysfonctions de mobilité disparaissaient fré- importants des plicatures mésencéphalique et
quemment suite au seul traitement de motilité, pontique ont été mon premier objet de réflexion.
donnant à penser qu'elles n'étaient qu'adaptatives Ce travail sur la sphère neurologique m'a permis
X Préface

d'élargir mon champ de pratique ostéopathique à tiques, il devait bien en être de même pour le
de nouveaux motifs de consultation et d'améliorer mouvement qui permet à l'embryon de mettre en
les résultats sur plusieurs motifs déjà connus. place sa partie supérieure, l'enroulement thora-
L'application de ces techniques dites « neuro » cique ? Ainsi est née l'idée de l'enroulement thora-
m'a procuré la plus grande satisfaction en parve- cocaudal au début des années quatre-vingt-dix,
nant à lever les blocages occasionnant des algoneu- qui s'est peaufinée au rythme de l'expérimenta-
rodystrophies réflexes chez des patients souffrant tion clinique et de la réflexion théorique.
de cette affection douloureuse et invalidante et Le travail énergétique s'est élaboré progressive-
ayant peu de ressources thérapeutiques efficaces. ment dans mon esprit et dans ma pratique en un
Le soulagement et la rapidité de récupération système cohérent dont la mise en application suit
qu'ils montraient après l'application du traitement un protocole et une chronologie sous-tendus par
des pertes de motilité neurologique ont été une les étapes du développement de l'être humain et
surprise, autant pour eux que pour moi ! Certains des voies d'information qui le maintiennent en
patients ont pu voir leur os se reminéraliser suite état de santé. Ce système peut sembler à première
au traitement, ce qui m'a amené à repenser que la vue distinct de l'ostéopathie dite traditionnelle,
frontière entre la structure et la fonction est certai- cependant il respecte intégralement le concept
nement plus mince que les définitions peuvent le ostéopathique de mouvement et ses principes fon-
laisser croire. Le champ de l'ostéopathie m'est dateurs, lesquels ne demandent qu'à être interro-
apparu encore plus vaste. gés et approfondis pour en livrer toute leur
Il me restait encore des interrogations de longue substance.
date à résoudre concernant le sacrum : pourquoi Ce travail a trouvé son sens progressivement au
le mouvement ressenti à son niveau m'apparais- travers des expérimentations cliniques, des échanges
sait-il comme beaucoup plus ample que le mouve- avec quelques confrères passionnés et, surtout, par
ment prévu par la théorie qui le décrit simplement les retours positifs des patients ayant recouvré leur
comme le reflet du mouvement crânien  ? état de santé. L'histoire de certains d'entre eux sera
Comment expliquer la contradiction mécanique brièvement évoquée dans le chapitre sur le proto-
utilisée pour l'explication classique du whiplash cole d'intervention afin d'illustrer les effets pos-
ostéopathique  ? L'embryologie m'a fourni la sibles de l'approche proposée. Ce sont mes patients
réponse par l'étude des 3e et 4e semaines de déve- qui m'ont le plus appris et leur confiance renouve-
loppement, montrant le très grand mouvement lée est la plus belle des récompenses.
qui anime la partie caudale du corps à cette Je vous souhaite la même joie que la mienne
période, nommée dans ce travail l'enroulement dans l'étude de ce travail.
caudal. Si le mouvement de fermeture caudale Alain Auberville
était perceptible et procurait des clés thérapeu-
Avant-propos

J'ai rencontré le travail de motilité fondée sur le mettant de comprendre autrement les liens entre
modèle embryologique d'Alain Auberville il y a structure et fonction. Ce concept permet aussi de
près de quinze ans, alors que j'étais jeune direc- mieux concevoir les liens profonds entre l'organi-
trice d'une école de formation en ostéopathie à sation humaine et la santé physique, psychique et
Montréal, le Centre ostéopathique du Québec. émotionnelle tout en assurant la mise en place
Son travail clinique, consciencieux et intégrateur d'interventions cliniques qui sont absolument res-
des principes ostéopathiques, m'a semblé suffi- pectueuses de l'intégrité des patients par l'établis-
samment intéressant pour l'introduire rapidement sement d'un dialogue presque incroyable entre les
au sein du programme de notre école. Des cours mains de l'ostéopathe et les tissus du patient.
annuels ont été organisés et ont permis de mieux Le travail d'Alain me semble tellement porteur
connaître ce travail et son évolution. d'avenir pour l'ostéopathie qu'à mon sens il ne
L'apprentissage personnel de ces techniques ne devait pas demeurer confidentiel, mais bien offert
s'est pas fait sans mal ni sans efforts soutenus. Que au plus grand nombre d'ostéopathes cliniciens, de
le lecteur soit averti : sous des rapports simples, le formateurs et de décideurs par une large diffusion
raffinement nécessaire pour extraire la pleine puis- comme la publication d'un livre semble pouvoir le
sance des techniques de motilité est sans fin et permettre. Ma contribution à la conception et à la
s'acquiert avec un travail minutieux, délibéré et rédaction de cet ouvrage est l'objet d'une grande
prolongé. L'intégration de ces techniques dans la fierté dans mon parcours ostéopathique et je
pratique clinique doit se faire systématiquement, remercie Alain de la confiance qu'il a placée en
en gardant des points de repères connus afin d'ap- moi pour la réalisation de ce projet.
précier progressivement leur intérêt et leur effica- En terminant, je voudrais remercier aussi
cité. Cet apprentissage est bien différent de celui François Goulet, qui s'est prêté au jeu de la pho-
d'Alain, qui a été progressif et expérimental, intro- tographie, et Renée Othot, illustratrice, qui a
duisant technique par technique dans sa clinique et accepté de participer à ce projet avec une grande
dans sa pensée, pour former ce concept général. générosité et sans doute un peu d'inconscience car
Il n'est pas chose facile, sans renier la tradition, les embûches ont été nombreuses — mais sur-
de faire évoluer un domaine de connaissances montées, je le crois ! — dans la réalisation des
comme l'ostéopathie et de reconnaître les véri- illustrations qui enrichissent le propos de ce livre
tables occasions d'innover. À mon sens, plus destiné essentiellement à la clinique.
encore que seulement des nouvelles techniques à Je souhaite que ce livre soit utile à la réflexion
ajouter à un arsenal thérapeutique, le concept de et à l'avancement thérapeutique de tous ses
motilité d'origine embryologique vient enrichir la lecteurs.
vision même de ce qu'est l'ostéopathie, en per- Andrée Aubin
Introduction

Le travail que nous vous présentons aujourd'hui a mations proposées ici. Parce que ces livres n'in-
été développé par Alain Auberville pendant de sistent pas toujours autant qu'il est utile de le faire
longues années d'élaboration et d'expérimenta- pour ce travail sur les notions de mouvement et
tion. Ce travail est essentiellement issu de la pra- quand un élément pouvait sembler difficile à trou-
tique clinique et a réussi à prouver sa valeur ver, nous avons indiqué la référence précise dans le
thérapeutique depuis plusieurs années. En effet, texte. De façon générale, nous avons plutôt choisi
les techniques reposant sur l'énergie d'origine d'insister sur l'illustration des liens entre les mises
embryologique ont réussi à soulager des centaines en place embryologique et la situation finale des
de personnes qui n'avaient pas trouvé une solu- structures en les intégrant dans les illustrations
tion aussi efficace ou aussi durable dans les autres techniques.
démarches qu'elles avaient effectuées auparavant. Les éléments d'anatomie, de physiologie ou les
Bien que tout à fait différente des autres tests et concepts ostéopathiques classiques, quand ils sont
techniques classiques en ostéopathie, cette théra- des données courantes dans la formation ostéopa-
peutique respecte profondément les principes thique, ont été volontairement simplement énoncés
ostéopathiques en les réinterprétant et en pous- ou ont été rappelés brièvement, mais, quand ils font
sant plus loin leurs possibilités. Les tests et les appel à des notions plus pointues, ont été davantage
techniques énergétiques ou de motilité d'origine explicités. Nous avons donc volontairement réservé
embryologique complètent l'arsenal de l'ostéo- nos propos aux considérations ostéopathiques
pathe en lui fournissant un moyen supplémentaire reliées de près au modèle de motilité sans refaire les
qui, une fois qu'il sera acquis, deviendra essentiel liens classiques ostéopathiques bien connus des pra-
dans ses interventions cliniques. Plus encore, ce ticiens auxquels ils ne se substituent pas.
concept permet sans aucun doute de comprendre Finalement, nous n'avons pas documenté toutes
l'ostéopathie elle-même autrement. les propositions contenues dans ce travail par des
Ce modèle de motilité a été enseigné pendant références scientifiques, car ces propositions sont
de nombreuses années en suscitant étonnement et essentiellement issues de la pratique clinique et
enthousiasme chez les étudiants et les ostéopathes validées par elle. Nous laissons au lecteur la tâche
qui y ont été initiés. Ce sont eux qui ont demandé, d'expérimenter et de porter plus loin encore les
depuis plusieurs années, une synthèse écrite afin considérations théoriques et les possibles de ces
de pouvoir approfondir leurs apprentissages. Le techniques et nous espérons qu'une recherche
temps est maintenant venu de le leur offrir. adéquate puisse questionner et améliorer le
Dans l'élaboration de ce livre, nous avons limité modèle proposé dans les années futures. À l'occa-
volontairement le nombre de schémas de base en sion, nous avons proposé au lecteur des références
embryologie car le but n'est pas de se substituer complémentaires de nature, nous l'espérons, à
au travail des embryologistes ou de reprendre susciter des réflexions sur la place de l'ostéopathie,
toute l'embryologie. Nous encourageons les lec- son rôle dans la préservation de la santé et des
teurs à consulter les livres de référence dans ce liens possibles avec les résultats de la recherche
domaine pour approfondir et compléter les infor- scientifique.
XVIII Introduction

Nous souhaitons qu'à partir de cette contribu- souhaitons humblement avoir contribué à ouvrir
tion, cette thérapeutique se développe, qu'elle un peu plus les horizons de ces possibles.
trouve des applications nouvelles et que ses bases
Alain Auberville
théoriques soient approfondies. L'ostéopathie est
Andrée Aubin
une médecine aux possibilités incroyables ; nous
Chapitre 1
Considérations théoriques

Résumé L'ostéopathie, élaborée à la fin du xixe siècle, est


Ce travail propose de définir la motilité en la reliant aux un creuset particulièrement riche pour la réinter-
mouvements embryologiques qui ont animé à leur ori- prétation de l'anatomie et de la physiologie à des
gine tous les tissus du corps humain et en l'associant à fins thérapeutiques. Un des grands principes fon-
la notion d'énergie dans les tissus, donc à leur vitalité. dateurs de l'ostéopathie, tels que conçus et appro-
En appliquant un principe simple et fidèle aux principes fondis par Andrew Taylor Still et ses successeurs,
ostéopathiques, ce travail tente d'approfondir les possi- énonce que le mouvement normal des différentes
bilités cliniques de l'ostéopathie.
structures du corps humain est essentiel à leur bon
Dans ce chapitre, à partir de la description générale du
champ de la pratique clinique ostéopathique et de la fonctionnement et à l'expression de l'homéostasie. À
présentation des principes de bases traditionnels de l'os- dessein, pour le moment, le terme général de
téopathie, émergera la place réservée à la motilité d'ori- « mouvement » est utilisé et englobe les termes de
gine embryologique. Des liens seront proposés entre la « mobilité » et de « motilité », qui seront définis
médecine traditionnelle chinoise et l'ostéopathie. C'est avec davantage de précisions plus loin dans
l'embryologie qui est la base théorique qui autorise une l'ouvrage.
vision complémentaire des mêmes phénomènes, appelés Selon ce principe, lorsque le mouvement
énergétiques, qui permettent de mieux définir la santé, d'une structure est restreint ou encore lorsqu'il
de comprendre comment la douleur peut apparaître et
s'exprime anormalement — ce qui est nommé
comment la maladie peut survenir. Finalement, des sug-
gestions pour le développement et l'adaptation des habi- « dysfonction » en ostéopathie —, la physiologie
letés de palpation dans l'application des gestes utilisant la locale de cette structure peut devenir pertur-
motilité d'origine embryologique seront proposées. bée. La présence d'une dysfonction peut être
Cette proposition saura sans doute alimenter des discus- symptomatique, mais reste assez souvent silen-
sions, des réflexions et, peut-être, de la recherche sur les cieuse dans les premiers stades de son installa-
fondements de l'ostéopathie qui restent encore à éclaircir. tion, surtout si son origine n'est pas trop
soudaine ou d'une trop grande intensité ou
encore si elle peut être adaptée par le reste de
Champ de pratique et principes l'organisme.
ostéopathiques de base Pour répondre à la sollicitation induite par cette
première dysfonction, dite primaire, des modifica-
Dans cette section, l'importance du mouve- tions secondaires peuvent survenir dans les struc-
ment normal pour chaque structure est évo- tures adjacentes ou à proximité de la dysfonction
quée comme une base de l'ostéopathie depuis primaire. Ces modifications peuvent aussi toucher
sa fondation. Les conséquences des restrictions des structures plus éloignées, mais qui y sont
ou de l'absence de ce mouvement normal sont reliées par des liens, par exemple, mécaniques,
vues selon leurs implications locales, régionales neurologiques ou vasculaires, justifiés par les dis-
ou complexes et systémiques ainsi que les effets positions anatomiques ou par des éléments de
possibles sur la structure elle-même. physiologie.

La motilité en ostéopathie
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2 La motilité en ostéopathie

Si les modifications secondaires qui se mettent organisme comme un phénomène éminemment


alors en place partagent l'impact d'un blocage ou individuel plutôt que régies par des principes rigides
d'un ralentissement local de mouvement et par- qui ont été trop souvent énoncés comme des véri-
viennent à en réduire les conséquences tout en tés ostéopathiques absolues.
assurant la fonction et un équilibre correct des Quand un tel réseau complexe de dysfonctions
structures en présence, l'adaptation à l'installation se fixe et qu'il atteint des structures vitales
d'une dysfonction ostéopathique primaire est (diaphragme ou système nerveux, par exemple),
réussie par son environnement. Il est donc tout à il arrive souvent que la capacité générale
fait possible que, dans certains contextes, une telle ­d'adaptation de l'organisme se restreigne. Des
adaptation demeure asymptomatique bien qu'il symptômes locaux sont alors évidemment
­
soit plausible que la dépense énergétique soit tout ­présents, mais ils sont accompagnés de symp-
de même augmentée pour assurer la fonction et tômes ­ systémiques généralement persistants.
l'équilibre de l'organisme. Éventuellement, en épuisant les ressources de
Dans certaines circonstances, ces nouvelles res- l'intelligence du corps, les possibilités d'expres-
trictions se fixent parfois à leur tour et elles sion de l'homéostasie diminuent, le corps se fra-
deviennent des dysfonctions supplémentaires. gilise, n'arrive plus à guérir et répond moins
Ainsi, de proche en loin, une chaîne dysfonction- bien ou pas du tout aux thérapeutiques
nelle peut se mettre en place et toute une région ­classiques. C'est l'état de chronicité. Dans la lit-
ou tout un système pourra alors être affecté(e). térature, ces états de déficits résultant d'un dys-
La réponse de l'organisme à une sollicitation fonctionnement de la physiologie ou de la
n'est jamais stéréotypée et, ostéopathiquement psychologie qui peuvent se produire indépen-
parlant, sera évidemment modulée en fonction du damment d'un changement pathologique objec-
nombre de dysfonctions présentes, de leurs carac- tivable sont bien décrits [2]. Ils concernent le plus
téristiques et des structures affectées. La réponse souvent des douleurs chroniques, un fonction-
de l'organisme peut aussi varier aussi en fonction nement perturbé d'un organe ou d'un viscère
de l'intensité et de la chronicité des dysfonctions, (par exemple, palpitations, constipation ou diar-
de la morphologie et de la génétique de l'individu, rhée) ou des états de fatigue et d'épuisement [3, 4].
de ses activités et de ses habitudes de vie ou encore Ces conditions peuvent aussi affecter les adoles-
d'antécédents qui limitent les possibilités d'adap- cents et les enfants, y compris en bas âge [5]. Ces
tation du corps à encaisser des dysfonctions états constituent la limite d'efficacité de la
supplémentaires. médecine dite conventionnelle qui peine à offrir
La clinique enseigne que la notion de chaîne dys- des solutions à ce type de problématique [6].
fonctionnelle, si elle est définie strictement par lien Dans ces situations, les symptômes, qui peuvent
de cause à effet, ne rend pas totalement justice à la aller jusqu'à l'épuisement et à la maladie, tra-
complexité des adaptations installées par le corps duisent un manque d'adaptation générale aux
qui répond en présence de blocages et de ralentis- stresseurs environnementaux et émotionnels. Ils
sements du mouvement d'une ou de plusieurs du sont de diverses natures mais sont généralement
ses structure. Afin de refléter l'équilibre général du intenses et reliées aux grands systèmes de régula-
corps et pour illustrer correctement l'ensemble des tion du corps. Les perturbations peuvent concer-
modifications qu'il a organisées pour s'adapter, il ner le sommeil — insomnie ou sommeil non
est probablement plus juste de représenter l'en- réparateur — ou encore l'humeur dans un sens
semble des dysfonctions ostéopathiques présentes à large. Sans en être la cause unique ni même le véri-
l'aide des concepts de réseaux dysfonctionnels ou de table déclencheur, le manque d'adaptation géné-
schémas ou encore de systèmes complexes en équilibre, rale prédispose aussi à l'apparition de diverses
utilisés dans plusieurs domaines [1], plutôt que de maladies : des maladies auto-immunes ou des défi-
les décrire uniquement par des chaînes linéaires. Il cits importants dans les réponses immunitaires, des
est donc sans doute plus près de la réalité clinique maladies métaboliques, cardiovasculaires ou neu-
de considérer les adaptations mises en place par un roendocriniennes ou encore des altérations des
Chapitre 1. Considérations théoriques 3

fonctions cognitives. Le manque d'adaptation de mouvement plutôt qu'avec les strictes modifica-
l'organisme augmente aussi l'influence néfaste tions identifiées dans la structure. Divers résultats
d'éventuelles mauvaises habitudes de vie sur la d'examens d'imagerie de la colonne vertébrale [8],
santé générale. de la coiffe des rotateurs [9, 10] et du ménisque
Les structures vitales du corps et ses capacités interne du genou [11] montrent bien qu'une struc-
générales d'adaptation peuvent aussi être affectées ture altérée n'est pas immédiatement synonyme
sans passer par cette altération graduelle si l'orga- de pertes de fonction ni même de la présence de
nisme est sollicité par une situation stressante de douleur.
courte durée mais d'une très grande intensité. Il
peut aussi décompenser face à une situation stres-
sante qui persiste seulement trop longtemps pour À partir d'une dysfonction primaire et de ses consé-
quences, le corps répond selon ses possibles en
ses capacités à y répondre. L'organisme peut par-
organisant une réponse adaptative locale, régio-
fois réagir très rapidement quand son point de nale ou systémique. Quand la situation dépasse les
non-retour est atteint. capacités adaptatives de l'organisme, il devient plus
Ces considérations sur la santé et les facultés vulnérable aux agressions ultérieures et, au passage
d'adaptation issues des principes ostéopa- du temps, l'expression de l'homéostasie peut dimi-
thiques peuvent être reliées au concept de nuer et la maladie peut survenir, souvent signée par
charge allostatique qui décrit les processus la présence de changements structurels dans les
qu'utilise l'organisme pour maintenir son équi- tissus.
libre physiologique en modifiant les paramètres
de régulation de son milieu intérieur en fonc-
tion des demandes externes. Le concept de Fonctionnement énergétique
charge allostatique est différent et plus com- de l'organisme
plexe que le concept d'homéostasie qui décrit,
lui, seulement la capacité du corps à conserver
son équilibre interne [7]. La correspondance entre l'état de santé et la
L'installation d'une dysfonction ostéopathique somme d'énergie disponible est expliquée dans
peut avoir d'autres conséquences. Ainsi, quand la cette section en établissant des liens entre
perturbation de l'expression du mouvement nor- médecine chinoise et ostéopathie.
mal perdure dans une structure, des modifica-
tions locales dans la structure même du tissu Pour décrire l'accumulation des sollicitations de
déréglé pourront être observées, entraînant alors toutes natures auxquelles est soumis un individu
davantage qu'une seule restriction de la fonction. pendant son existence, les ostéopathes utilisent la
C'est le lien classique entre structure et fonction notion de « terrain ». La constitution de ce terrain
à la base de la pratique ostéopathique. Plusieurs conditionne et module la quantité et la qualité des
types d'altération de la structure peuvent donc ressources qui sont encore disponibles pour
être la conséquence de l'absence du mouvement répondre aux agressions ultérieures et au passage
normal et complet. Quelques-unes de ces altéra- du temps. Dit autrement, ces ressources repré-
tions pourront être réversibles, dans une certaine sentent l'énergie encore disponible dans
mesure, si le mouvement normal est restauré suf- l'organisme.
fisamment rapidement, mais d'autres ne pour- Cette énergie disponible est constituée de la
ront être rétablies par l'ostéopathie. somme de l'énergie vitale accordée à un individu à
Le lien de causalité, souvent établi automati- sa naissance, qui comprend l'énergie génétique, et
quement, entre le degré de dégénérescence de la de l'énergie provenant de sources renouvelables,
structure et l'apparition de la symptomatologie essentiellement l'oxygène, la nourriture et l'eau.
prend donc un autre sens. Il y a un net avantage Cette maxime, qui évoque notre dépendance vitale
clinique à interpréter la nature et l'intensité des aux énergies renouvelables : « Trois minutes sans
signes et symptômes en rapport avec les pertes de air, trois jours sans eau, trente jours sans ­nourriture :
4 La motilité en ostéopathie

a­ u-delà la vie est en danger », traduit une ­certaine mental de la médecine traditionnelle chinoise, qui a
hiérarchie dans ces énergies renouvelables. Il est traversé les siècles, est que la circulation de l'énergie
essentiel d'ajouter à ces trois éléments de base les est indispensable au bon fonctionnement des diffé-
sources principales de l'énergie émotionnelle, rentes structures composant le corps humain.
l'amour et le toucher, et, en accord avec la tradi- L'énergie doit pouvoir circuler dans le temps et
tion de médecine chinoise, les autres émotions l'espace de façon organisée, selon des programmes
fondamentales : la joie, la tristesse, la mélancolie, le spécifiques qui correspondent au rythme des heures,
sentiment de soi, la colère, la peur, l'angoisse. Pour des journées, des saisons et des années. Dans la
compléter le tableau, les éléments en rapport avec médecine chinoise, la circulation de l'énergie est
l'environnement sont aussi pris en considération : donc essentielle à l'élaboration et au maintien de la
la lumière et la noirceur, le chaud et le froid, le physiologie et de l'homéostasie. Si la circulation
vent, l'humidité et la sécheresse, la pression atmos- énergétique est perturbée, l'altération de la physio-
phérique. À cette quantité d'énergie disponible logie et la diminution de la capacité d'homéostasie
doit encore être soustraite celle utilisée pour les laissent apparaître des symptômes plus ou moins
activités de la vie quotidienne et pour le maintien rapidement selon l'intensité du ou des blocages
du métabolisme basal. L'équation entre l'énergie s'opposant à cette circulation énergétique. Les
« entrante » et l'énergie dépensée doit donc rester entraves de la circulation de l'énergie peuvent
en équilibre pour le maintien de la santé d'un engendrer des problèmes de trop-plein d'énergie
individu. ou, au contraire, de vide. Cette dernière notion sera
Comme l'équilibre énergétique est fondamental appliquée au concept de motilité d'origine
pour la santé, l'ostéopathe, par ses interventions, embryologique.
doit viser l'optimisation de l'utilisation de l'énergie Le point de convergence possible entre le
dans un corps libre de dysfonctions. L'ostéopathe concept de motilité d'origine embryologique et la
doit empêcher ou ralentir la progression des pro- médecine traditionnelle chinoise est donc le mou-
cessus dysfonctionnels en levant les restrictions de vement de l'énergie.
mouvement, que sont les blocages et les ralentisse-
ments, qui entraînent des dépenses d'énergie exa-
gérées pouvant évoluer vers le manque de santé ou Fondamentalement, l'ostéopathie s'intéresse à l'éner-
gie  : la quantité disponible, son utilisation, sa conser-
la pathologie structurelle. L'ostéopathe limite
vation et son renouvellement. Pour réguler l'énergie afin
donc les dépenses d'énergie excessives.
de soigner ou de prévenir l'apparition de la maladie,
L'ostéopathe favorise l'expression libre de l'ho- l'ostéopathe lève les points de ralentissement et les blo-
méostasie par une prévention largement considé- cages s'opposant au mouvement normal de toutes les
rée qui vise la conservation et le renouvellement de structures du corps humain.
l'énergie.
Lorsque l'on veut soigner des êtres humains,
il apparaît donc logique de s'intéresser à leur
fonctionnement énergétique. En effet, très sim-
Modèle embryologique
plement exprimé, quelle est la différence essen- pour la motilité
tielle entre un être vivant et un mort si ce n'est
que le vivant a de l'énergie et que le mort n'en Dans cette section, le concept de base de ce tra-
a plus ? Entre ces deux états extrêmes, il y a la vail qui postule que c'est le mouvement
vie avec la santé ou la vie avec la maladie. embryonnaire qui définit la motilité de chaque
L'énergie disponible, concept utilisé ici dans structure, constituant une caractéristique
son sens large, conditionne donc les possibilités du mouvement normal, est expliqué. Les rela-
de l'organisme. tions entre motilité et mobilité sont exposées
La préoccupation des ostéopathes pour l'énergie ainsi que les origines possibles des dysfonctions
est partagée de très longue date par la médecine tra- de  motilité et l'importance des énergies
ditionnelle chinoise. Le concept original et fonda- renouvelables.
Chapitre 1. Considérations théoriques 5

Au-delà de la simple démonstration théorique Bien que, de prime abord, la perception et la


de sa présence, quelle est la source de l'énergie normalisation de ces motilités puissent apparaître
qui peut être évaluée en ostéopathie et normali- inaccessibles ou chimériques, des résultats cli-
sée à des fins thérapeutiques ? Où se situe-t-elle niques probants témoignent de cette possibilité
et comment s'exprime-t-elle ? Comment est-il réelle. L'enseignement de ce concept à plusieurs
possible d'appliquer à l'énergie le principe promotions d'étudiants semble aussi démontrer
ostéopathique de l'importance d'un mouve- que la présence de ces mouvements énergétiques
ment optimal pour chacune des structures du d'origine embryologique, ainsi que leurs restric-
corps ? tions, peuvent effectivement être objectivés par
L'explication proposée dans ce travail repose sur une palpation affinée, au même titre que les autres
un principe unique. Ce principe est fondé sur types de mouvements animant les tissus du corps.
l'étude des mouvements de toutes les struc- Ces mouvements primordiaux et l'énergie qui y est
tures du corps pendant l'embryogenèse et peut reliée apparaissent comme un concept fondamental
s'appliquer à tous les tissus du corps humain pour évaluer et soigner les tissus du corps humain car
de la même façon car aucune structure ne ils représentent l'énergie vitale que recèlent les tissus.
demeure exactement à l'endroit où elle est La motilité énergétique d'origine embryologique
apparue initialement. En effet, pour se mettre en semble être une caractéristique essentielle du
place, toutes les structures de l'embryon se mouvement normal d'un tissu.
déplacent dans les trois plans de l'espace, d'une L'énergie embryologique n'apparaît cependant
position initiale vers une position définitive. Pour pas toujours sous sa forme idéale : c'est la dysfonction
réaliser le déplacement et le développement des de motilité qui sera l'objet des évaluations et des trai-
structures embryonnaires, de l'énergie doit être tements proposés dans ce travail. Il peut y avoir
présente car elle est l'élément indispensable à la quelques origines à cette expression imparfaite. La
réalisation du « programme » qui soutient toute la clinique enseignant que les énergies renouvelables
finesse de cette organisation et la juste chronolo- sont intimement associées à l'énergie embryolo-
gie de ces déplacements. gique, la première origine de l'installation des dys-
L'embryogenèse est très certainement le seul fonctions de motilité est un mauvais apport des
moment dans la vie humaine où toutes les struc- énergies renouvelables ou leur distribution inefficace.
tures du corps, sans exception, se déplacent de En effet, le mouvement d'énergie idéal, lié au mou-
façon autonome et à partir de leur propre énergie vement d'embryogenèse, doit être entretenu et ali-
vitale. Ce type de mouvement correspond aux menté par les facteurs extrinsèques déjà mentionnés :
fondements de la définition de la motilité et il en oxygène, nourriture et eau, énergie émotionnelle et
possède toutes les caractéristiques. Primaire dans énergies liées aux conditions environnementales. Vu
le développement de toutes les structures, il est lié le caractère essentiel des énergies renouvelables et
à une énergie que l'on peut sûrement qualifier de leurs sources diversifiées, potentiellement instables,
fondamentale. les dysfonctions de motilité énergétique sont très
L'organisation embryologique ayant un souvent engendrées de cette façon.
caractère immuable et constant, les déplace- La motilité peut aussi être entravée directement
ments des structures pendant l'embryogenèse par des traumatismes externes de diverses ori-
indiqueront un sens, une direction et une gines — cinétiques, infectieux, toxiniques, chirur-
amplitude aux mouvements de motilité qui gicaux, posturaux — qui empêchent l'expression
seront exprimés autour d'axes de mouvement du mouvement normal de motilité. Ces causes
précis. Puisque l'ostéopathe s'intéresse à toutes sont aussi très fréquentes. Intéressant la motilité
les caractéristiques du mouvement normal pour de façon primaire, les conséquences de ces trau-
l'ensemble des tissus du corps humain, il semble matismes finissent par affecter également la mobi-
tout à fait conforme aux principes ostéopathiques lité des tissus du corps qui ne seront pas nourris
traditionnels d'évaluer et de normaliser les mou- correctement par la présence de leur motilité, de
vements de motilité d'origine embryologique. leur énergie vitale.
6 La motilité en ostéopathie

L'expression de la motilité peut aussi être réduite Il semble logique que la première intention, et
par l'installation primaire de restrictions de mobilité la plus fréquemment pertinente, soit de s'assurer
importantes qui, si elles sont assez lourdes pour que les tissus puissent être nourris par une énergie
entraver suffisamment longtemps ou de façon suffi- suffisante, le plus près possible de la normalité.
samment intense la motilité, pourront la ralentir Cette logique, maintes fois interrogée en clinique,
jusqu'à ce que, éventuellement, elle semble complè- a fourni des résultats cliniques répétés et probants.
tement absente d'un tissu. La porte d'entrée dys- En effet, la présence de cette énergie, qui permet
fonctionnelle est alors celle de la mobilité. Lors d'un la vitalité, est une condition essentielle à l'expres-
tel type de traumatisme, il y a souvent une première sion d'une motilité correcte. Combien de fois
phase où la structure est « inhibée », ce qui favorise, dans sa pratique un ostéopathe rencontre-t-il des
si cette inhibition persiste, l'installation de tensions tissus lourds, denses et secs, résistants à la norma-
tissulaires qui apparaissent ensuite en quelques lisation ? Combien d'efforts et de temps alloué
semaines. La dysfonction de motilité suivra peu pour leur redonner souplesse et vie sans résultats
après. Dans la phase aiguë qui suit un traumatisme, pleinement satisfaisants et pérennes et malgré le
l'intervention sera donc parfois plus efficace si elle fait que la stricte mobilité ait sans doute pu être
est davantage axée sur l'aspect mécanique mais, améliorée par les interventions classiques ?
dans un deuxième temps, l'évaluation du fonction- Un tissu en souffrance par manque d'énergie
nement énergétique permettra de vérifier et de pré- est immobile. Il n'exprime plus sa motilité et est
venir les répercussions d'un tel traumatisme. dévitalisé. En situation chronique, il devient
Le manque de motilité dans une structure, dense, il devient sec et froid. Un tel tissu ne peut
outre les signes et les symptômes spécifiques qui donc plus être mobile. Il ne peut plus être heu-
peuvent y être associés, se traduit le plus souvent reux. Il répond souvent mal ou pas du tout aux tech-
par une densité excessive identifiée à la palpation niques classiques de mobilité y compris les techniques
qui signe que l'énergie ne réussit pas à y circuler de micro-­mobilité liées au mécanisme cranio-sacré.
normalement. Parfois, l'évaluation montrera au En revanche, le même tissu répond le plus souvent
contraire un vide d'énergie, mais cette situation extrêmement bien quand le passage de l'énergie dont
est moins fréquente (cf. chapitre 2 : évaluation et il a besoin est de nouveau rendu possible. Il retrouve
la normalisation de la motilité). souvent en quelques minutes une élasticité, une cha-
Lors de l'évaluation ostéopathique, pour appré- leur puis une amélioration rapide de sa mobilité. Ces
cier tous les types de mouvement possibles pour une modifications peuvent même être surprenantes au
structure, la motilité énergétique devrait être éva- début de l'emploi des techniques énergétiques.
luée comme un aspect du mouvement normal et Plusieurs ostéopathes de talent sauront lire ici
ajoutée systématiquement aux plans osseux, l'écho de leurs propres pratiques qui raconteront
ostéoarticulaires et tissulaires ainsi qu'à la « micro- autrement, avec d'autres modèles, les façons de faire
mobilité  » liée au mécanisme cranio-sacré clas- et les gestes développés avec l'expertise pour arriver
sique — le concept de micro-mobilité du mécanisme aux mêmes constatations cliniques. Car là où on ne
cranio-sacré est expliqué plus loin dans ce chapitre. s'intéresserait qu'à la mobilité et aux paramètres de
La présence de l'ensemble de ces types de mouve- mouvements plus « objectifs », il manquera toujours
ments est nécessaire pour qu'une structure les paramètres qualitatifs qui traduisent mieux
démontre un mouvement qualifié d'entièrement encore la santé des tissus. Le modèle de motilité
normal. Pour être déclarée libre de dysfonctions, embryologique a le mérite de traduire ces préoccu-
une structure doit être motile et mobile. pations cliniques essentielles à travers un discours
Mais dans quel ordre hiérarchique, et avec cohérent, systématique et simple, qui peut s'appli-
quelles intentions, toutes ces composantes du quer à tous les tissus de la même façon et qui permet
mouvement normal doivent-elles être investiguées de fournir une base théorique reconnue scientifi-
et normalisées pour que la mobilité et la motilité quement, l'embryologie, pour l'apprentissage.
se nourrissent l'une de l'autre et qu'elles assurent Avant de terminer cette section, il sera sans
toutes les deux la santé des tissus ? doute utile de répondre à deux questions très fré-
Chapitre 1. Considérations théoriques 7

quentes de la part des étudiants pendant les cours.


normalement constitué et qu'elle fournit un caractère fon-
Ces deux questions concernent la façon dont les damental pour la santé de tous les tissus du corps.
dysfonctions de motilité embryologique peuvent L'ostéopathe à la recherche du mouvement normal pour
apparaître dans le corps définitif et si elles un tissu donné sera donc intéressé par l'étude de la
concernent directement le temps de développe- mise en place du mouvement primordial de chacun des
ment embryologique. tissus. Pour chaque structure, il est possible d'identifier
Pour y répondre, il faut bien comprendre que, une mise en place embryonnaire et un trajet de crois-
même si le principe soutenant le concept de moti- sance qui a bénéficié d'une certaine quantité d'énergie.
lité énergétique est relié au moment de l'embryo- Ce mouvement imprégné d'énergie, qui a permis cette
migration et cette croissance, peut donc être stricte-
genèse, les restrictions de motilité concernent
ment défini selon des axes, des directions, des limites
évidemment le corps définitif et que, puisque les précises et un certain degré de liberté. Ces caractéris-
structures du corps fini sont, sauf dans certaines tiques du mouvement seront à la base des interventions
malformations congénitales, à leur emplacement et cliniques sur la motilité qui sont proposées dans cet
dans la forme prévus, l'énergie présente pendant ouvrage.
l'embryogenèse a manifestement tout à fait bien
réussi son premier trajet. Les mouvements de moti-
lité sont donc perturbés dans une anatomie termi-
née dont la forme, elle, est le plus souvent Considérations
parfaitement constituée. Les sources possibles des sur le modèle de Sutherland
perturbations de la motilité ont été expliquées un
peu plus haut et ne concernent donc pas le mouve- Dans cette section, l'importance du système
ment original embryologique. nerveux dans le concept de Sutherland est
Il sera peut-être fertile en réflexions d'ajouter à expliquée et certaines limites théoriques de ce
ces propos que certaines relations entre dévelop- concept sont exposées malgré sa pertinence
pement embryologique et mouvement ont été clinique.
exposées par Blechschmidt dans son ouvrage
Comment commence la vie humaine [12]. L'auteur L'application des concepts de l'ostéopathie d'An-
y fait la proposition que les champs biodyna- drew Taylor Still a été approfondie, grâce à
miques et la cinétique des mouvements embryon- William Garner Sutherland, par la mise en évi-
naires sont primaires sur les environnements dence d'un mouvement présent au niveau des
chimique et électrique ainsi que sur la génétique sutures du crâne et par la conception du méca-
pour expliquer le développement d'un être nisme cranio-sacré. L'axe cranio-sacré est désor-
humain dans sa forme définitive. Il soutient que mais un élément incontournable dans toute
l'énergie de la croissance d'une structure est prin- formation ostéopathique et il ne sera pas remis en
cipalement liée à son mouvement et que le mou- question ici dans ses fondements mais plutôt
vement marque ainsi son développement. À un enrichi d'une nouvelle compréhension.
stade aussi précoce que les premières semaines de La démonstration de la mobilité relative des os
vie, Blechschmidt note déjà la relation précoce du crâne a été le point de départ des travaux de
entre structure et fonction et considère que l'em- Sutherland. Tous les ostéopathes connaissent les
bryon est déjà, fonctionnellement, un être péripéties de cette aventure : l'intuition de
humain à part entière. départ devant un crâne désarticulé, le démon-
tage des crânes secs au canif et l'éblouissement
Ce travail postule que la motilité énergétique de tous les devant ses structures clairement articulaires qui
tissus du corps, leur motilité propre, est reliée à l'em- forment, toutes ensemble, un mécanisme par-
preinte de leur déplacement embryologique et que cette fait. Suivent les expérimentations initiales sur le
motilité demeure présente et perceptible dans les tissus
vivant avec la propre tête de Sutherland et,
définitifs. Il postule aussi que l'énergie d'origine embryolo-
gique devrait conserver un mouvement idéal sur l'humain
­progressivement, la mise en place d'une théra-
peutique et d'un enseignement partagé avec
8 La motilité en ostéopathie

ceux qui avaient su y voir une révolutionnaire dépendance au diaphragme thoracique et aux fas-
avancée des principes ostéopathiques ainsi cias profonds, il a été supposé que les viscères et
qu'une géniale application. les organes sont, eux aussi, potentiellement sou-
De ses travaux sur la mobilité articulaire crâ- mis aux fines modifications engendrées par la
nienne, Sutherland a découvert que cette motilité du système nerveux au cœur de ce
mobilité est animée de l'« intérieur », qu'elle système.
est rythmique et dynamique. C'est le mouve- Traditionnellement, et par extrapolation sans
ment respiratoire primaire, ou MRP. Avec les doute langagière, les ostéopathes ont nommé
moyens scientifiques disponibles à l'époque et mouvement de motilité tous les mouvements
pour décrire la beauté et la puissance de ce des tissus qui répondent à l'expression du MRP.
qu'il ressent dans ses mains, il évoque déjà à ce Il semble que cette dénomination puisse être
moment comme moteur possible de ce rythme, abusive. En effet, la mobilité est la possibilité
un mouvement propre au cerveau et à la d'être déplacé par rapport à un lieu ou à une
moelle épinière. C'est ce qu'il a alors nommé position alors que la motilité est la faculté de se
motilité, incluse dans les cinq composantes du mouvoir seul. Dans la description classique du
mécanisme cranio-sacré classique. Rappelons mécanisme cranio-sacré, seul le système nerveux
pour mémoire ces cinq composantes : la moti- est réellement motile. Toutes les autres struc-
lité du système nerveux central et de la moelle, tures de ce mécanisme — os du crâne, sacrum et
la fluctuation du liquide céphalorachidien, la coccyx, membranes de tension réciproque —
mobilité des sutures crâniennes, la présence et les structures qui en accueilleraient les réper-
des membranes de tension réciproque et la cussions — fascias, os longs, tendon central
mobilité involontaire du sacrum entre les et  diaphragmes  — en subissent seulement les
iliaques. effets. Ils sont donc bel et bien mobilisés, même
Dans le modèle décrit par Sutherland, la si  ce  mouvement est de l'ordre du
motilité du système nerveux se communique micromouvement.
premièrement aux os du crâne qui s'y adaptent Malgré l'efficacité maintes fois prouvée clini-
dans les trois plans de l'espace en profitant de la quement de l'ostéopathie crânienne, force est
mobilité des sutures crâniennes. Il n'est sans d'admettre que la boîte à outils de l'ostéopathie
doute pas inutile de rappeler ici que, dans le traditionnelle ne contient rien pour intervenir
modèle proposé par Sutherland, le mouvement directement et efficacement sur le moteur même
respiratoire primaire, MRP, est le moteur qui du mécanisme cranio-sacré. Des adaptations aux
anime le mécanisme cranio-sacré, tant il y a sou- techniques connues ont bien été proposées par
vent confusion entre ces deux termes, qui ne certains ostéopathes, mais elles reposent plus sur
sont pas synonymes. Dans le mécanisme cranio- les résultats d'expérimentations palpatoires, qui
sacré, le crâne affiche alors des mouvements peuvent par ailleurs avoir une certaine efficacité
alternatifs entre expansion, appelée flexion, et clinique, que d'explications claires. Elles ne
rétraction, appelée extension. Le sacrum est reposent pas toujours sur la simplicité des prin-
mobilisé entre les iliaques au même rythme que cipes ostéopathiques de base. Par exemple, les
la flexion et l'extension de la symphyse sphéno- propositions fondées sur le déplacement des
basilaire par la présence du lien dure-mérien qui « liquides » n'ont pas été soutenues par les travaux
l'unit au crâne. Entre sacrum et crâne, les cour- fondamentaux sur le déplacement, par exemple,
bures de la colonne vertébrale se modifient en du liquide céphalorachidien qui progresse de
accentuant et diminuant alternativement ses quelques centimètres en plusieurs heures et non
courbures. pas à la vitesse ressentie dans les mains des
Classiquement, des répercussions du méca- praticiens.
nisme cranio-sacré sont décrites pour les fascias, Mais le modèle traditionnel de Sutherland sou-
pour les os longs ainsi que pour le tendon central lève encore bien d'autres questions non résolues.
et les différents diaphragmes du corps. Par leur En effet, partant du fait que le moteur, et le seul
Chapitre 1. Considérations théoriques 9

moteur, du mécanisme cranio-sacré se situe dans de ce mécanisme qu'à l'ensemble des tissus du
le système nerveux central et qu'il communique corps. Les autres répercussions attribuées à ce
son action mécaniquement aux autres structures, mécanisme, qui ont été maintes fois vérifiées par la
par l'entremise des os du crâne, comment pour- palpation des praticiens, seront bien mieux expli-
rait-il advenir que les répercussions soient syn- quées par le modèle de la motilité d'origine
chrones et de même amplitude partout dans le embryologique. En effet, il est très intéressant de
corps comme il est décrit dans la théorie ? N'y constater que la presque totalité des mouvements
aurait-il pas plutôt un délai de transmission entre des structures éloignées du mécanisme cranio-
le mouvement du crâne et ses répercussions éloi- sacré (fascias, os longs) qui avaient été décrits par
gnées, par exemple, sur le membre inférieur ? Ne le modèle de Sutherland sont les mêmes qui sont
devrait-il pas être prévu une perte dans l'ampli- décrits par l'embryologie — ces mouvements sont
tude de l'onde créée entre son départ au crâne et décrits dans les chapitres suivants.
son arrivée à la périphérie (ce qui n'a été que très Puisqu'il propose de le faire sur tous les tissus
rarement décrit par la clinique) ? Si ces mouve- du corps, le modèle de motilité énergétique per-
ments ressentis ne sont pas tous synchrones pour met d'intervenir directement sur le système ner-
toutes les structures du corps, comme certains veux, le moteur du modèle décrit par Sutherland.
ostéopathes le pensent aussi, peuvent-ils provenir Déjà Magoun (cité par Liem [19]) mentionne :
tous de la même source ? Et, finalement, comment « On pense que les mouvements de croissance
expliquer le très pauvre, voire inexistant accord embryonnaire, sous forme de petits mouvements
inter-examinateurs lors des tests reliés à la trans- rythmiques inhérents, persistent à un certain
mission éventuelle de l'« onde » provenant du degré après que le processus de croissance est
crâne vers les extrémités ? Voir par exemple l'étude achevé. » Ce type d'intervention manque de
de Rogers comme prototype de ce type d'étude [13] façon évidente aux pratiques ostéopathiques clas-
ou celle de Sommerfeld [14]. siques afin de pouvoir s'adresser directement au
Or, les ostéopathes ont tous déjà senti des mou- moteur du mécanisme cranio-sacré et permettre
vements qui semblaient bel et bien intrinsèques de le relancer avec plus de puissance. Les tech-
aux structures osseuses, tissulaires, dans les vis- niques de motilité énergétique peuvent, elles, le
cères et dans les organes. D'ailleurs, ne dit-on pas faire avec une efficacité inédite. Il est alors aussi
en ostéopathie que l'on écoute les tissus ? Les possible d'intervenir plus directement sur diffé-
ostéopathes savent estimer la vitalité des tissus par rents facteurs, comme les états de fatigue, le
les résultats de ces tests d'écoute. Par contre, ils ne sommeil, les fonctions cognitives, l'humeur, ou
sont pas toujours d'accord sur les résultats de leurs aider à la modulation de la réponse au stress,
expériences palpatoires, sur leur provenance ou états répandus s'il en est (cf. chapitre 4, Système
sur leur signification. Plusieurs hypothèses ont été nerveux).
exposées, impliquant souvent les rythmes issus des En fournissant un modèle explicatif plus systé-
systèmes vasculaire et/ou lymphatique et/ou ner- matique, les propositions contenues dans ce tra-
veux autonome, pour tenter de comprendre le vail veulent rendre plus spécifiques les interventions
phénomène sans qu'elles ne puissent mener à des cliniques ostéopathiques. Le modèle de motilité
conclusions définitives [15–18]. Face à ces contro- fondé sur l'embryologie permet des actions ins-
verses persistantes, théoriques et pratiques, est-ce crites dans un modèle simple et efficace à décrire
bien seulement l'application classique du modèle la subtilité des mouvements ressentis par les mains.
de Sutherland dont il s'agit quand on l'applique à Il permet de comprendre que la vitalité de chaque
tous les tissus du corps ? tissu lui appartient en propre, que chaque tissu
Le modèle de Sutherland reste évidemment peut avoir son propre rythme et sa propre expres-
toujours valable, mais il semble plus logique de sion de mouvement. Le modèle de motilité fondé
l'appliquer plus spécifiquement à la mécanique sur l'embryologie ne renie pas les autres modèles,
articulaire crânienne, au mécanisme cranio-sacré mais les complète en explicitant le lien entre moti-
et aux répercussions membraneuses (dure-mère) lité et mobilité.
10 La motilité en ostéopathie

structures du corps avec la même logique car, s'il y


Les possibilités du modèle de motilité d'origine
embryologique enrichissent l'ostéopathie traditionnelle a motilité d'origine embryologique pour les
en permettant de résoudre les problèmes théoriques organes et les viscères, conformément aux principes
et pratiques soulevés par le modèle de Sutherland ostéopathiques qui s'adressent à toutes les struc-
sans pour autant exclure ce modèle qui a révolutionné tures du corps, alors il y a motilité pour toutes les
l'ostéopathie en incluant la sphère crânienne dans structures !
l'ostéopathie générale. Le modèle de motilité d'origine
embryologique redonne au mot « motilité » son sens
propre. Caractéristiques
de la douleur en présence
d'une perte de motilité
Autres travaux
en ostéopathie ayant utilisé Les douleurs spécifiques de type énergétique
sont souvent constantes et, si elles ne le sont pas,
des bases théoriques elles sont souvent plus importantes ou récur-
relevant de l'embryologie rentes à une heure précise de la journée ou à une
saison dans l'année. Ces cycles précis seront sou-
D'autres pratiques en ostéopathie ont reposé sur vent mis en lien avec les circulations d'énergie,
des considérations embryologiques. Ainsi, le quotidiennes ou annuelles, décrites en médecine
modèle proposé par Barral et ses collaborateurs chinoise.
apparaît comme un modèle hybride qui, bien que Le plus souvent, ces douleurs ne répondent pas
fondé sur certaines considérations embryolo- ou peu aux médicaments analgésiques ou anti-
giques, propose des techniques à visée essentielle- inflammatoires, car elles sont peu liées aux méca-
ment tissulaire. Ces techniques sont très différentes nismes chimiques. Comme elles ne sont pas non
de celles proposées ici, qui s'adressent à un niveau plus de nature mécanique, il est fréquent de
spécifiquement énergétique, donc à un plan de constater qu'elles ne sont pas modifiées de façon
travail absolument différent. notable ou constante par les changements de posi-
Helsmoortel et ses collaborateurs [20] (première tion ou par des activités spécifiques.
publication en allemand en 2002) ont proposé un Évidemment, les interventions énergétiques
modèle où les mouvements embryologiques déter- sont particulièrement efficaces dans les dysfonc-
minent la forme et les patrons de développement des tionnements chroniques ou qui n'ont pas bien
organes et des viscères, conditionnant ensuite leur répondu aux interventions ostéopathiques clas-
élasticité interne. Ils nomment cette élasticité motilité siques ; ils trouvent alors souvent une réponse qui
intrinsèque. Ces mouvements de motilité intrinsèque leur est adaptée.
ne présentent pas d'axe précis. Les techniques propo-
sées dans cet ouvrage sont donc tout à fait différentes
de celles proposées par ces auteurs qui relèvent d'une Considérations pour
autre interprétation des bases embryologiques, sans l'apprentissage palpatoire
doute complémentaires.
Curieusement, toutes ces pratiques ont été déve- Le modèle développé dans ce travail propose
loppées seulement pour la sphère viscérale ; sans d'ajouter une nouvelle composante aux
doute en réponse à la grande difficulté d'intégrer le caractéristiques du mouvement normal, afin
concept de motilité de cette sphère dans le modèle d'en évaluer et d'en normaliser toutes les
MRP/mécanisme cranio-sacré ? Pourtant, si les vis- facettes. Afin de pouvoir tirer le meilleur de
cères et les organes répondent à leur développe- cet ajout, il est nécessaire de développer de
ment embryologique, pourquoi ne pas supposer nouvelles compétences de palpation qui sont
que toutes les structures du corps le fassent égale- spécifiques à cette nouvelle composante de
ment ? Le modèle proposé ici s'applique à toutes les mouvement.
Chapitre 1. Considérations théoriques 11

À première vue, l'application des tests et des volume occupé, donc aussi la forme, l'épaisseur,
techniques énergétiques peut sembler très facile. etc., afin d'être « au bon niveau ». On dit parfois,
En effet, la main est le plus souvent appliquée avec pour résumer, que l'énergie suit l'intention.
douceur contre la peau du sujet et les manœuvres Le niveau de concentration jouera donc un rôle
diagnostiques et de normalisations sont rarement déterminant dans les résultats obtenus et ne pourra
très complexes à effectuer. Là ne résideront pas les pas être soutenu ou substitué par l'utilisation des
difficultés à surmonter. automatismes moteurs développés par des applica-
Une des principales difficultés provient juste- tions répétées, ce qui est possible pour les tech-
ment, et paradoxalement, de l'apparente simpli- niques ostéopathiques classiques. En début
cité des manœuvres. La plupart des gestes de d'apprentissage, lors de périodes de fatigue men-
palpation ostéopathiques, sauf les tests d'écoute, tale ou si les connaissances anatomiques sont insuf-
comprennent une composante motrice, c'est la fisantes, il est courant que la représentation
première partie du test ou de la technique qui mentale manque de précision. La main ne pourra
doit être effectuée par l'action même du théra- alors relayer la bonne information et le raisonne-
peute. Les informations voyagent à partir de l'in- ment clinique pourra s'en voir gravement atteint
tention du thérapeute vers les tissus du sujet afin ou les résultats cliniques diminués. Le thérapeute
de les mobiliser. La deuxième partie du geste de doit être en mesure d'estimer le niveau de
palpation est une composante sensorielle, c'est la conscience qu'il peut atteindre pour être en mesure
partie où le thérapeute reçoit les informations de juger de l'efficacité de ses interventions.
provenant des structures palpées. Les informa- En phase d'apprentissage, les informations
tions concernant les tissus du sujet voyagent des sensorielles concernant la motilité d'origine
tissus vers les aires de réceptions cérébrales du embryologique doivent être associées spécifique-
thérapeute. La juste mesure et l'harmonisation ment à chaque structure afin de créer des cadres
entre les composantes motrices et sensorielles des de références fiables qui seront utilisés pour l'es-
gestes de palpation permettent des résultats cli- timation des possibles conséquences cliniques
niques performants [21]. liés à la présence de dysfonction de motilité et
Dans les tests et les normalisations de motilité des résultats qui peuvent être attendus lors de
d'origine embryologique, les informations à récol- l'application des techniques de normalisation.
ter sont purement sensorielles et concernent exclu- Avec l'expérience, plusieurs structures peuvent
sivement la possibilité pour l'énergie à circuler dans être interrogées en même temps ou l'interpréta-
une structure. Les seules composantes motrices des tion peut être associée au contexte. La précision
gestes de palpation sont un accompagnement ou de la représentation mentale peut être portée à
un certain blocage de ces déplacements énergé- des niveaux insoupçonnés pour un novice et
tiques (cf. chapitre 2, Motilité : définitions, évalua- rendre l'application des techniques énergétiques
tion et normalisation). Les actions motrices sont d'autant plus efficaces. Il convient donc d'y
donc dépendantes de la réception des informations consacrer des efforts d'apprentissage soutenus,
sensorielles au lieu de la précéder comme dans les constants et surtout, prolongés.
techniques de mobilité classiques. Un autre élément important, surtout en début
L'intention motrice du thérapeute qui permet, d'apprentissage de ce nouveau type de techniques,
dans les techniques classiques, de valider que la est de bien isoler ces nouvelles informations palpa-
structure évaluée ou mobilisée est bien la bonne, toires, reliées à la motilité d'origine embryologique,
est ici exclusivement assurée par une représenta- des types de perceptions déjà disponibles à la main
tion tridimensionnelle la plus précise possible. formée aux diverses manipulations ostéopathiques.
Cette représentation est essentielle et elle doit Sans une attention soutenue, les récepteurs senso-
inclure le plus de caractéristiques possibles de la riels seront spontanément attirés par les informations
structure : le sens du mouvement embryologique connues, par exemple les perceptions liées aux fas-
et son amplitude, évidemment, mais aussi la situa- cias. S'il y a confusion cognitive sur les i­nformations
tion précise dans les trois plans de l'espace, le à encoder en association avec le ­nouveau modèle,
12 La motilité en ostéopathie

les résultats de l'application du modèle énergé-


Bien que l'apprentissage des techniques de
tique s'en trouveront forcément diminués.
motilité en permette une utilisation clinique
Il faut noter aussi que, lors des normalisations
immédiate, le raffinement délibéré de compé-
réussies, les tissus réagissent le plus souvent sur tous
tences de palpation spécifiques est essentiel
les types de mouvement à la fois car la circulation
pour en utiliser la pleine puissance et respec-
énergétique dans les tissus leur permet souvent
ter les particularités du travail de motilité
quasi immédiatement une meilleure mobilité qu'on
d'origine embryologique. Pour y accéder, un
sentira s'exprimer sous la main. Le thérapeute doit
haut niveau de concentration et une repré-
rester, dans ces occasions-là aussi, spécifique au tra-
sentation tridimensionnelle précise des struc-
vail de motilité et il devra décoder ensuite avec pré-
tures à évaluer et à normaliser sont essentiels
cision toutes les répercussions présentes qui peuvent
à développer.
être reliées à tous les types de mouvement.
Chapitre 2
Motilité d'origine embryologique
Définitions, évaluation et normalisation

Résumé sement de l'ensemble du mouvement à une res-


Dans ce chapitre, les définitions du mouvement de triction partielle sur une partie du trajet
motilité en flexion, de la dysfonction d'extension, des jusqu'à  un blocage complet de la motilité. Elle
types de dysfonctions possibles ainsi que les méthodes doit être  définie à la fois quantitativement et
d'évaluation et de normalisation sont exposées. qualitativement.

Définitions de la flexion et Types de dysfonctions


de la dysfonction d'extension de motilité
Tous les tissus du corps peuvent exprimer un mou- Le premier type de dysfonction de motilité en
vement de motilité, leur motilité propre, qui est extension est appelé en « trop-plein ». Ces dys-
généré par l'empreinte énergétique de leur dépla- fonctions provoquent des accumulations d'éner-
cement embryologique. Par convention, le mou- gie dans les structures qui sont détectées à la
vement normal de motilité est nommé flexion. palpation par la présence de densités. Leur nor-
Chaque mouvement de motilité présente un malisation visera à régulariser la circulation éner-
trajet qui est défini par un axe, une direction, une gétique en dissipant l'énergie en surplus et en
amplitude et une force. Quand il exprime une permettant de nouveau l'expression d'une circu-
motilité normale, le mouvement d'énergie pen- lation normale. Ce sont les dysfonctions de moti-
dant la flexion provoque une sensation de gonfle- lité, ou énergétiques, qui sont les plus
ment dans les tissus, remplis, mais sans excès, par fréquentes.
cette énergie. Les caractéristiques du mouvement Il est également possible de retrouver des dys-
normal, particulièrement cette sensation de gon- fonctions en « vide » d'énergie. Les dysfonctions
flement, peuvent permettre de distinguer la moti- en vide concerneront le plus souvent un organe
lité de deux structures qui partagent un même ou un viscère mais elles peuvent aussi être
environnement. La clinique enseigne que, pen- retrouvées dans les différents types de tissus
dant le mouvement de flexion, le mouvement de conjonctifs. Les origines des dysfonctions en
motilité normal présente aussi une certaine modu- vide d'énergie peuvent être multiples. Par
lation qui peut être ressentie dans la main. exemple, dans un viscère ou un organe, elles
Une dysfonction de motilité, donc une res- peuvent être causées par une carence d'assimila-
triction dans le mouvement de flexion, est nom- tion vraie, qui sera à distinguer cliniquement
mée dysfonction d'extension. Elle est d'une carence d'apport. Elles peuvent aussi être
l'expression d'un déficit d'une ou de plusieurs d'origine émotionnelle.
caractéristiques du mouvement normal de Les dysfonctions en trop-plein et en vide d'énergie
flexion. Une dysfonction d'extension peut être sont souvent reliées entre elles car les ­perturbations
de plusieurs ordres et aller d'un simple ralentis- de la circulation de l'énergie peuvent provoquer une
La motilité en ostéopathie
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14 La motilité en ostéopathie

accumulation ­d'énergie en amont et une raréfaction Il sera donc essentiel de procéder à une éva-
en aval. Ces perturbations sont parfois reliées aux luation complète qui permette de comprendre
cycles décrits en médecine t­raditionnelle chinoise. les sources des perturbations énergétiques pré-
Ces cycles peuvent être saisonniers et annuels sentes chez un individu avant de procéder à des
(figure  2.1). Ils peuvent aussi être circadiens normalisations intempestives. On dit qu'il est
(figure 2.2). nécessaire d'ouvrir la fenêtre avant de tirer la
queue du tigre…

Été

FEU
Coeur
Intestin grêle

BOIS TERRE MÉTAL


Printemps Foie Inter-saison Poumon Automne
Vésicule biliaire Estomac Gros intestin
Rate

EAU
Rein
Vessie

Hiver

Figure 2.1. Cycle énergétique saisonnier et annuel.

11 à 13
13 à 15
9 à 11
CŒUR
INTESTIN
RATE GRÈLE
PANCRÉAS 15 à 17

VESSIE
7à9
ESTOMAC

17 à 19
REIN
GROS
5à7 INTESTIN

MAÎTRE
DU
CŒUR 19 à 21
POUMON

3à5 TRIPLE
FOIE RÉCHAUFFEUR
VÉSICULE
BILIAIRE
21 à 23
1à3
23 à 1

Figure 2.2. Cycle énergétique circadien.


Chapitre 2. Motilité d'origine embryologique 15

Évaluation
des dysfonctions de motilité
L'évaluation des mouvements de motilité exigera
de l'ostéopathe, comme il l'a fait dans son appren-
tissage de la juste reconnaissance des mouvements
des os du crâne, des articulations ou des viscères,
le développement d'une palpation adaptée qui a
été nommée « ressenti palpatoire » dans ce travail.
Il est utile d'utiliser deux types de tests complé-
mentaires pour apprécier complètement la pré-
sence ou l'absence de motilité.
Dans un premier temps, le test de ressenti pal-
patoire actif est utilisé. Dans ce test, le praticien a Figure 2.3. Structure en trop-plein d'énergie.
une intention active qui lui permet de vérifier si le
mouvement d'énergie parcourt le tissu testé. Il
initie le mouvement de motilité et assiste la possi-
bilité du mouvement d'exprimer toutes les carac-
téristiques du mouvement normal.
À ce stade, si la motilité est complètement
absente, il est possible de passer directement à une
normalisation si elle est indiquée cliniquement.
Si la motilité est ralentie ou restreinte, il est pos-
sible de préciser les qualités du mouvement de
motilité avec le test de ressenti palpatoire passif.
Dans ce test, le praticien reste totalement passif et
reçoit dans ses mains les informations qui lui per-
mettent d'estimer la direction, l'amplitude, la
force et la sensation de gonflement sur tout le tra-
jet du mouvement de motilité du tissu évalué.

Évaluation d'une dysfonction


de motilité en trop-plein d'énergie Figure 2.4. Structure en vide d'énergie.

Dans une structure en trop-plein d'énergie, le test de Évaluation d'une dysfonction


ressenti palpatoire actif peut révéler un simple ralen- de motilité en vide d'énergie
tissement, une restriction partielle ou un blocage
complet du mouvement normal de motilité. Dans une structure en vide d'énergie, on retrouve
L'ostéopathe a la sensation que sa main se fait repous- une perte très importante de la vitalité des tissus.
ser par les tissus. La structure semble en état d'expan- Le test de ressenti palpatoire actif révèle une moti-
sion, gonflée excessivement par l'énergie qu'elle a lité diminuée ou très souvent absente, mais,
accumulée qui se traduit par une densité, souvent contrairement à ce qu'il ressent avec la présence
également reflétée au niveau tissulaire (figure 2.3). d'une dysfonction en trop-plein, l'ostéopathe n'a
Les résultats du test de ressenti palpatoire actif pas la sensation que sa main se fait repousser par les
sont complétés par le test de ressenti palpatoire tissus. Au contraire, au niveau tissulaire, la réponse
passif afin de déterminer plus précisément les semble parfois démesurément loin. La structure
caractéristiques de la dysfonction. semble plutôt en état de rétraction (figure 2.4).
16 La motilité en ostéopathie

Les résultats du test de ressenti palpatoire actif Normalisation


sont complétés par le test de ressenti palpatoire d'une dysfonction de motilité
passif afin de déterminer plus précisément les en trop-plein d'énergie
caractéristiques de la dysfonction.
Pour normaliser une dysfonction de motilité en
trop-plein d'énergie, même si l'accumulation
Normalisation fonctionne généralement bien, les techniques
directes sont plus fréquemment utilisées.
des dysfonctions de motilité L'utilisation d'une combinaison des deux types de
techniques est aussi possible en fonction du
Les normalisations des dysfonctions de motilité contexte et de la réponse obtenue.
sont de deux types. Quand les structures sont en trop-plein d'éner-
Le premier type de normalisation se nomme gie et que les tissus présentent une très grande
accumulation et se fait dans le sens indirect. Cette densité, il faut prendre garde à normaliser les dys-
technique consiste à accumuler suffisamment fonctions d'extension avec une trop grande insis-
d'énergie dans le sens de l'extension pour favoriser tance. L'application d'une force trop grande, au
ensuite la reprise du mouvement normal de flexion. contraire d'obtenir la normalisation énergétique
Pour faire une comparaison avec le système routier, des tissus, ajoutera encore plus d'énergie là où
c'est le barrage temporaire sur l'autoroute qui per- elle est déjà en présence excessive et diminuera le
met, une fois levé, à la circulation qui était ralentie potentiel de normalisation. Dans ces situations, il
de reprendre un rythme plus soutenu et plus régu- faut au contraire procéder avec une très grande
lier. L'accumulation est spécifiquement utilisée patience. Il faut ajouter au système qui est « en
quand la direction du mouvement de motilité s'ap- trop » la plus petite contrainte externe possible
proche de la main qui le palpe afin d'y répondre afin de seulement indiquer le sens de la libération
efficacement. aux tissus et ne jamais tenter de leur imposer.
Le deuxième type de normalisation se fait dans Les dysfonctions en trop-plein sont souvent
le sens direct. Il est nommé induction — qu'il ne plus faciles à résoudre que les dysfonctions en vide
faudra pas confondre avec la définition tradition- car il plus facile de dissiper l'énergie que de l'accu-
nelle en ostéopathie qui implique l'utilisation du muler à un endroit spécifique.
MRP. C'est une technique qui encourage douce-
ment le tissu à exprimer sa motilité en provoquant
activement le mouvement de flexion dans la struc- Normalisation d'une dysfonction
ture. Cette technique doit respecter en tout temps de motilité en vide d'énergie
les réelles possibilités de cette expression. Pour
reprendre l'analogie routière, c'est l'incitation à Pour normaliser une dysfonction de motilité
circuler. en vide, il y a deux possibilités. La première est
Le choix du type de technique peut varier en de lever le barrage en amont qui est la source
fonction du sujet, de la structure à normaliser et de la dysfonction en vide (voir les cycles d'éner-
des caractéristiques de la dysfonction. Quand une gie en médecine chinoise). Si ce barrage est
préférence est exprimée dans les sections sui- difficile à identifier, il faut procéder très
vantes, elle provient essentiellement des résultats patiemment, essentiellement avec des tech-
obtenus dans la pratique clinique. niques directes.
Chapitre 3
Enroulements thoracique et caudal

Résumé Les blocages des enroulements peuvent donc


Dans ce chapitre, les événements majeurs du développe- être le résultat d'un état général perturbé mais
ment de l'embryon sont exposés afin de bien comprendre peuvent aussi être liés à des surcharges émotion-
son organisation générale, mais plus particulièrement la nelles. Plus spécifiquement, par la présence du
mise en place des enroulements thoracique et caudal qui cœur, l'enroulement thoracique est surtout lié à
sont à la base de ce travail de motilité. Les enroulements l'émotion joie alors que l'enroulement caudal est
sont associés à la mise en place du diaphragme et du péri- lié davantage avec la capacité d'incarnation, rappe-
née et, avec les enroulements latéraux, sont impliqués
lant son rôle dans l'implantation de l'embryon
dans la constitution des caissons thoracique et abdominal.
Suite à ces considérations théoriques, les dysfonctions dans la muqueuse utérine.
possibles affectant les enroulements, leurs origines et Le travail sur la motilité du mouvement embryo-
leur importance sont exposées ainsi que les tests et les logique des enroulements thoracique et caudal per-
techniques de normalisation. met une intervention et un travail en profondeur sur
Finalement, les diverses conséquences ostéopathiques de cette ligne centrale, dans ce qu'elle a de plus primor-
la présence de dysfonctions affectant les enroulements dial. En lui insufflant l'énergie qui correspond à sa
thoracique et caudal sont expliquées tant au niveau mise en place, la normalisation de la motilité per-
de l'état général que des effets sur la dure-mère, sur la mettra ensuite d'intervenir localement sur les tissus
colonne vertébrale, sur le diaphragme et sur les caissons.
en cause, dure-mère et structures fasciales pro-
Le chapitre se termine avec une note sur le whiplash
ostéopathique. fondes, avec une bien plus grande efficacité.
Cette compréhension holistique de l'organisa-
Le premier événement marquant de la vie de tion corporelle donnera des perspectives nouvelles
l'embryon, du point de vue de ce travail, est la pour la résolution de certaines situations cliniques
mise en place de son axe central qui permet l'or- complexes, par exemple celles où les dysfonctions
ganisation du développement de toutes les cel- locales sont évidemment récidivantes car au ser-
lules de l'organisme selon les trois plans de vice d'une fonction supérieure (respiration, hori-
l'espace. Ce concept de ligne centrale est cher zontalité du regard, par exemple) ou de
aux ostéopathes par sa correspondance avec le l'expression de l'homéostasie.
« core-link » (les structures membraneuses dure- Les ostéopathes ont depuis longtemps constaté
mériennes) et le tendon central (les structures que les cas « difficiles » de douleurs multiples, erra-
fasciales profondes). Plus encore qu'une fonction tiques et/ou chroniques, présentent entre eux des
seulement biomécanique, la liberté et la symétrie similitudes plus ou moins marquées : un thorax
de la ligne centrale peuvent être associées à la dense présentant des blocages importants
capacité de proprioception générale du corps car ­accompagnés de restrictions souvent sévères de la
une ligne centrale exempte de restrictions et de ­fonction diaphragmatique, des restrictions géné-
blocages sévères facilite le décodage les informa- rales de l'axe membraneux cranio-sacré et un ralen-
tions posturales. Au niveau psychologique, la tissement marqué du rythme et de l'amplitude du
reconnaissance du soi passe aussi souvent par une ­mouvement crânien. Ces éléments sont souvent
ligne centrale libre de contraintes. accompagnés d'une rigidité générale de la colonne

La motilité en ostéopathie
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18 La motilité en ostéopathie

vertébrale sans que l'on puisse véritablement iden- Cette pratique peut sembler à première vue
tifier des dysfonctions spécifiques. Les normalisa- facile, mais apprendre à travailler sur ce plan éner-
tions locales, même si elles sont très précisément gétique peut demander, au contraire, plusieurs
effectuées, ne peuvent pas venir à bout des schémas mois, voire plusieurs années, de pratique intensive
dysfonctionnels complexes qui se sont installés et la pour tirer la quintessence de la normalisation des
normalisation des enroulements sera souvent le enroulements. La discipline est essentielle pour
point de départ d'une solution originale. apprendre à travailler sur ce nouveau niveau de
Certaines considérations sur l'embryologie per- travail, le niveau énergétique, et veiller à ne pas
mettent de cerner davantage l'organisation géné- laisser la main reprendre des chemins connus,
rale du corps. En effet, ce sont les plicatures de comme la réponse instinctive à la présence de dys-
l'embryon, thoracique, caudale et latérales, qui fonctions fasciales ou musculosquelettiques.
permettent la formation des contenants thora-
cique, abdominal et pelvien, souvent appelés cais-
sons. Les relations entre le contenant et le contenu Généralités embryologiques
ne sont plus à décrire en ostéopathie, mais la chro-
nologie du développement embryologique per- Les événements marquants du développement de
mettra de comprendre quelques-unes des l'embryon doivent être décrits afin de situer chrono-
différences qui s'expriment quand le contenant est logiquement les mises en place des plicatures thora-
formé avant le contenu, comme dans le cas du cique et caudale qui sont les premiers mouvements
thorax, de l'abdomen ou du petit bassin, ou quand embryologiques, nommés ici enroulements, qui
le contenant est formé après le contenu, comme seront évalués et, éventuellement, normalisés à l'aide
dans le cas du crâne. des principes de travail de motilité énergétique.
Les enroulements décrits dans ce chapitre La mise en place de ces deux plicatures est pré-
seront donc de première importance dans le tra- cédée d'une série d'événements d'une très grande
vail énergétique basé sur les mouvements embryo- complexité qui permet à deux cellules de devenir
logiques. Ils sont au cœur des interventions de un organisme à part entière.
motilité et leur bon fonctionnement est un prére-
quis à toutes les interventions plus locales. Les
enroulements seront toujours vérifiés en premier 1re semaine : implantation
lieu et devront être suffisamment libres pour La 1re semaine de vie est essentiellement consacrée
poursuivre le traitement. Le terme « suffisam- à l'implantation et à l'augmentation du nombre de
ment » peut paraître flou au premier abord, mais, cellules embryonnaires. Un des premiers événe­
après une mise en pratique consciencieuse et assez ments marquant du développement de l'embryon
longue, il deviendra plus facile à estimer. est son implantation dans la muqueuse utérine.
Le travail des seuls enroulements sera souvent L'implantation se produit toujours par l'extrémité
bénéfique dans plusieurs conditions cliniques sacrée de l'embryon, par l'intermédiaire du pédon-
mais sera le plus souvent complété par le travail cule embryonnaire. Dans les principes de méde-
du système nerveux et par un travail local corres- cine chinoise, le sacrum représente l'énergie
pondant précisément au motif de consultation. génétique ; on peut donc penser, suite à l'examen
La normalisation de la motilité des enroulements de plusieurs nouveau-nés et à l'interprétation
procure sans aucun doute un puissant outil dans empirique de plusieurs histoires cliniques, que le
l'arsenal ostéopathique visant à régler des condi- sacrum correspond au désir de l'enfant de s'im-
tions complexes et récidivantes. Il permet un planter et de venir dans le monde. À cette situation
nouvel angle d'interprétation des schémas dys- fait écho le premier organe qui sera fonctionnel, le
fonctionnels irrépressibles et/ou récidivants cœur, qui est lié à la joie en médecine chinoise.
impliquant l'axe cranio-sacré, surtout dans sa La 2e semaine et la 3e semaine seront consacrées
dimension membraneuse, et les structures fas- à la transformation du disque didermique en
ciales profondes du corps. disque tridermique. Cette transformation est le
Chapitre 3. Enroulements thoracique et caudal 19

support de plusieurs autres événements d'impor- dalement et se poursuit en direction crâniale


tance dont les plicatures thoracique, caudale et (figure 3.2). Cette ligne primitive permet aux cel-
latérales qui auront lieu à la 4e semaine et appelées lules d'orienter leurs déplacements par rapport à
enroulements dans ce travail. un axe longitudinal en leur fournissant un plan de
symétrie bilatéral. Cet axe longitudinal permet
2e semaine : disque didermique donc de positionner les sens haut-bas, droite-
À la 2e semaine de vie, l'embryon est un disque gauche et avant-arrière de l'embryon. Dès la
didermique constitué de deux couches distinctes 3e  semaine de vie, l'organisation des migrations
de cellules, l'ectoblaste primaire, ou épiblaste, et des cellules dans les trois plans de l'espace à partir
l'entoblaste primaire, ou hypoblaste. Il est entouré d'un axe central semble un prérequis essentiel à la
du sac vitellin, du côté de l'entoblaste primaire, et bonne formation de l'embryon.
du sac amniotique, du côté de l'ectoblaste pri- La formation de la ligne primitive est suivie par
maire (figure 3.1). la gastrulation. La gastrulation est un processus
de pénétration et d'invagination du mésoblaste
3e semaine : transformation qui se produit à partir de la différenciation des cel-
en disque tridermique et induction lules ectoblastiques, dans l'espace entre l'épiblaste
de la plaque neurale et l'hypoblaste. La ligne primitive correspond
donc à l'invagination de la face ectoblastique du
Plusieurs phénomènes d'importance ont lieu pen- disque didermique (figure 3.3). Ce phénomène a
dant la 3e semaine de gestation : lieu dans tout l'espace compris entre les deux
• la formation de la ligne primitive et la feuillets primitifs sauf au niveau des membranes
gastrulation ; buccopharyngée et cloacale pour en assurer l'ou-
• la transformation du disque didermique en verture quand le tube digestif sera complètement
disque tridermique ; formé. La membrane buccopharyngée s'ouvre
• la formation de la chorde dorsale ; pendant la 4e semaine en formant la bouche, alors
• la division du mésoblaste en trois blocs distincts ; que la membrane cloacale s'ouvre à la 7e semaine
• l'induction de la plaque neurale par la présence pour former l'anus et les ouvertures du système
de la chorde dorsale. urogénital.
Un événement majeur dans le développement
de l'embryon survient au début de la 3e semaine
de vie : la formation de la ligne primitive. Le
développement de la ligne primitive débute cau-

Figure 3.1. Disque didermique. Figure 3.2. Formation de la ligne primitive.


20 La motilité en ostéopathie

Au jour 20, la chorde dorsale est formée cau- nerveux central, du mésoblaste, qui sera à l'origine,
docrânialement à partir des cellules du mésoblaste entre autres, du système musculosquelettique, de
qui sont demeurées, sans migrer, sur la ligne cen- l'essentiel du système génito-urinaire, du muscle
trale de l'embryon. Après avoir induit la forma- cardiaque et du diaphragme, et de l'entoblaste, qui
tion de la plaque neurale, elle disparaît presque sera à l'origine du tube digestif et des poumons.
complètement. Les seuls vestiges de la chorde Quand la gastrulation est terminée, la ligne primi-
dorsale se retrouveront dans les noyaux des tive régresse et disparaît complètement.
disques intervertébraux (figure 3.4). Une fois constitué en couche distincte, le méso-
Pendant la 3e semaine de vie, suite à la gastrula- blaste se divise en trois blocs (figure 3.5) :
tion, le disque devient donc tridermique. Les • un bloc para-axial, qui formera les somites qui
trois couches du disque sont formées de l'ecto- se diviseront en dermatomes, myotomes et sclé-
blaste, qui sera à l'origine de la peau et du système rotomes (cf. chapitre 9, Système musculosque-
lettique) (figure 3.6) ;
• un bloc intermédiaire, qui formera le système
urinaire et des parties des organes génitaux ;
• deux lames :
– la lame latérale dorsale, ou somatopleurale,
accolée à l'ectoblaste, qui formera les parties
pariétales des séreuses, des parties des muscles
des membres, l'essentiel du derme et du
diaphragme ;
– la lame latérale ventrale, ou splanchnopleu-
rale, accolée à l'entoblaste, qui formera les
parties viscérales des séreuses, le muscle car-
diaque et les muscles lisses ;
Figure 3.3. Gastrulation.
– entre les deux lames se forment les cavités
cœlomiques qui seront à l'origine des cavités
du corps : les cavités péricardique, pleurale et
péritonéale.

Figure 3.4. Formation de la chorde dorsale. Figure 3.5. Division du mésoblaste en trois blocs.


Chapitre 3. Enroulements thoracique et caudal 21

sions beaucoup plus complexe, commune au


développement des vertébrés. Avant de mettre en
place les organes et les viscères, le contenant qui
les accueillera est donc constitué.
Pendant cette période, les structures qui consti-
tuent l'embryon ne se développent pas toutes à la
même vitesse. Leur croissance différentielle force
l'embryon à s'infléchir, provoquant la mise en
place des plicatures. L'embryon prend alors pro-
gressivement sa forme caractéristique en forme de
crevette.
Les plicatures, nommés ici enroulements, sont
de première importance dans le travail de motilité
énergétique décrit dans cet ouvrage.
La plicature thoracique, qui débute au jour
22 et se poursuit dans la 4e semaine, initie la phase
de délimitation du contenant de l'embryon, parti-
culièrement le caisson thoracique.
Au début de la plicature thoracique, le septum
Figure 3.6. Bloc para-axial : formation des somitomères. transversum et les amas angioformateurs, sont
situés à la partie supérieure de l'embryon, au-des-
sus du neuropore antérieur. Ils vont migrer de leur
L'induction de la plaque neurale et le déve- position haute vers le bas, dans un mouvement de
loppement du système nerveux central seront vus bascule antérieure (figure 3.7).
dans le chapitre suivant. La plicature thoracique permet donc la mise
La période embryonnaire dure cinq semaines. place du cœur en portant les tubes endocardiques
Elle débute à la fin de la 3e semaine de gestation et parallèles à l'axe longitudinal de l'embryon
se termine à la fin de la 8e semaine. La 4e semaine (figure 3.8A).
signe le début de la phase d'organogenèse qui se Pendant la plicature thoracique, le septum
terminera à la 8e semaine. Puis, de la 8e semaine à la transversum est installé perpendiculairement à
naissance, ce sera la période fœtale. Pendant cette l'axe longitudinal de l'embryon et délimitera la
période de cinq semaines, un gigantesque chantier face inférieure du contenant thoracique. Le
s'organise et des événements extraordinairement futur diaphragme présente à ce moment une
complexes se produisent à toutes les minutes. À la courbure à concavité supérieure qui sera inver-
fin de la période embryonnaire, en effet, presque sée par l'apparition ultérieure et la croissance
toutes les structures du corps sont déjà présentes du bourgeon hépatique sous le septum
bien qu'elles ne soient généralement pas encore (figure 3.8B).
fonctionnelles, sauf le cœur qui bat déjà. À la fin de la plicature thoracique, les piliers du
diaphragme vont ensuite se mettre en place dans
4e semaine : plicatures
et formation des contenants
Le développement cellulaire gigantesque de plu-
sieurs millions de cellules par jour qui a lieu pen-
dant la 3e semaine précède et assure la mise en
place des plicatures thoracique et caudale qui sur-
viennent à la 4e semaine et qui permettent la for-
mation du contenant, transformant le disque Figure 3.7. Position des précurseurs du cœur au-dessus
tridermique, plat, en une structure en trois dimen- du neuropore antérieur.
22 La motilité en ostéopathie

un mouvement de descente à partir du mésogastre Les contenants thoracique et abdominal seront


postérieur (issu du mésenchyme œsophagien) vers achevés par les plicatures latérales qui débutent
la région lombaire (figure 3.8C). au jour 22. Les parties droite et gauche du disque
La plicature caudale débute au jour 23 et tridermique rejoignent leurs homologues opposés
effectue son processus une journée après la plica- pour fusionner complètement à la partie anté-
ture thoracique. L'embryon subit une croissance rieure du thorax et de l'abdomen sur la ligne cen-
différentielle de sa partie caudale qui produit un trale. Dans le corps définitif, cette ligne antérieure
enroulement important de la partie inférieure du est matérialisée par la ligne centrale de l'abdomen.
corps en formant le plan postérieur de l'abdomen La fusion entre les parties droite et gauche est
(figure 3.8D). La plicature complète met en place complète sur toute la hauteur du corps sauf au
la limite inférieure de l'abdomen par la formation niveau de l'ombilic, où se retrouvent le pédicule
du périnée (figure 3.8E). Elle se termine en parti- embryonnaire et le sac vitellin (figure 3.9).
cipant à la formation de la partie basse de la paroi En s'incurvant par la mise en place des plicatures,
antérieure (figure 3.8F). l'embryon se retrouvera totalement entouré par le

A D

B E

C F
Figure 3.8. Enroulements thoracique et caudal.
A. Mise en place du cœur. B. Mise en place du septum transversum. C. Formation des piliers du diaphragme. D. Mise en
place du plan postérieur de l'abdomen. E. Mise en place du périnée. F. Formation de la paroi antérieure de l'abdomen.

Figure 3.9. Enroulements latéraux.


Chapitre 3. Enroulements thoracique et caudal 23

sac amniotique. Les plicatures thoracique, caudale tendineux du diaphragme ; le bord ventral du
et latérales enserrent le sac vitellin et en réduisent diaphragme s'attache à la paroi antérieure au
grandement l'ouverture, la restreignant au niveau niveau de D7 et son bord dorsal adhère au mésen-
de l'intestin moyen. Le sac vitellin est alors intégré chyme de l'œsophage au niveau de D12 pour
au pédicule embryonnaire qui forme le cordon devenir les piliers ; le septum est complété par les
ombilical (figure  3.10). Il accueille les cellules membranes pleuropéritonéales qui proviennent
souches pour les protéger de la spécialisation cellu- de la paroi dorsale du corps et qui avancent en
laire qui a lieu pendant la croissance de l'embryon. direction antérieure pour s'unir au septum.
Les cellules souches migreront à l'intérieur des Finalement, le pourtour du diaphragme sera com-
gonades quand leur développement leur permettra blé par le mésoblaste para-axial (figure 3.11).
de les accueillir et de les maintenir à l'abri. La mise en place du septum pendant la plicature
La fermeture latérale de l'embryon permet la thoracique explique l'origine cervicale de l'inner-
construction finale du diaphragme qui se fait à vation du centre tendineux du diaphragme. En
partir de plusieurs constituants. Le septum, mis en effet, le diaphragme reçoit son innervation motrice
place par la plicature thoracique, devient le centre quand il « passe » devant les cervicales moyennes.
Les nerfs phréniques s'allongent ensuite pour
suivre leur muscle cible quand il se place entre le
thorax et l'abdomen (figure 3.12). En ­complément

C3
C4
C5

Figure 3.12. Innervation diaphragmatique par le niveau


Figure 3.10. Embryon dans la matrice utérine. métamérique cervical.

Membrane pleuro-péritonéale

Paroi du tronc

Septum

Mésoblaste œsophagien

Figure 3.11. Composition du diaphragme.


24 La motilité en ostéopathie

d'innervation, le mésoblaste para-axial fournit une • un mouvement antéropostérieur, qui corres-


innervation segmentaire au pourtour du pond à la mise en place de la partie horizontale
diaphragme par les six dernières paires des nerfs du diaphragme, donc du septum ;
intercostaux. Finalement, pour commander son • un mouvement de haut en bas, qui correspond
innervation à un niveau supérieur, le diaphragme à la mise en place des piliers du diaphragme.
reçoit aussi des informations provenant du noyau En résumé de son embryogenèse, la mise en
bulboprotubérantiel, le centre pneumotaxique, place de la motilité de l'enroulement caudal pré-
situé dans le tronc cérébral. sente aussi trois temps de mouvements :
La mise en place du diaphragme sépare évidem- • une descente, qui inclura le futur sacrum ;
ment le contenant thoracique du contenant • un mouvement postéroantérieur, qui corres-
abdominal. pond à la formation du périnée ;
La formation du périnée est liée au mouvement • une fermeture de la plicature par un mouvement
de la plicature caudale. Le noyau fibreux du péri- circonférentiel en direction supérieure, qui
née se mettra en place lors de la séparation, ulté- correspond à la paroi basse et antérieure de
­
rieure, du cloaque en deux parties. La partie l'abdomen.
postérieure deviendra le rectum et la partie anté- L'enroulement thoracique précède d'un jour la
rieure, le sinus urogénital (cf. chapitre 8, Système mise en place de l'enroulement caudal. Pour res-
génito-urinaire). pecter un synchronisme correct, les mouvements
Suite aux événements de la 4e semaine de vie, de motilité des deux enroulements doivent être
tout le contenant de l'embryon, sauf le crâne, coordonnés et harmonieux :
est mis en place. Les dernières semaines de la • le mouvement de descente de la plicature thora-
période embryonnaire sont consacrées au déve- cique doit être accompagné, avec un léger
loppement des organes et des viscères de la tête, retard, par le mouvement de descente de la pli-
du thorax et de l'abdomen ainsi qu'au dévelop- cature caudale ;
pement des précurseurs de toutes les autres • le mouvement antéropostérieur de la plicature
structures du corps. thoracique doit être accompagné, avec un léger
retard, par le mouvement postéroantérieur de la
plicature caudale ;
• le mouvement de haut en bas de la paroi posté-
Mouvement de motilité rieure de la plicature thoracique doit être
des enroulements thoracique accompagné, avec un léger retard, par le mou-
et caudal et tests vement de bas en haut de la paroi abdominale
antérieure dans la plicature caudale.
Les mouvements énergétiques des plicatures tho- Pour apprécier la motilité des enroulements
racique et caudale sont nommés dans ce travail les thoracique et caudal, l'ostéopathe place une main
enroulements. Comme l'évaluation clinique fon- sur la partie haute du sternum et l'autre sous le
dée sur le concept de motilité énergétique tient sacrum du sujet. La paume de sa main au sacrum
compte de la chronologie du développement doit être calée sous l'apex, donc sur la partie cau-
embryologique, la motilité de l'enroulement tho- dale du sacrum. Cette position est plus basse que
racique puis celle de l'enroulement caudal sont la position traditionnelle d'écoute du mouvement
les deux premiers mouvements à considérer (cf. respiratoire primaire du sacrum et l'appui est tout
chapitre 10, Protocole d'évaluation). à fait différent (figure 3.13).
En résumé de son embryogenèse, la mise en L'ostéopathe évalue la possibilité pour les enrou-
place de l'enroulement thoracique présente trois lements de révéler leur motilité, donc leur direc-
temps de mouvements : tion, leur amplitude et leur force. Les enroulements
• une descente, qui assure la mise en place du doivent être suffisamment libres et motiles avant la
péricarde fibreux, matérialisée par le feuillet poursuite de l'évaluation et du traitement.
antérieur du médiastin (cf. chapitre 6, Système Étant donné leur primauté dans la chronologie
cardiopulmonaire) ; dans le développement de l'embryon, mais aussi à
Chapitre 3. Enroulements thoracique et caudal 25

Figure 3.13. Motilité des enroulements thoracique et caudal.

cause de leur importance clinique, les enroule- tensité variable, sont très fréquentes. Ce sont
ments seront toujours vérifiés et ils le seront au toujours des dysfonctions en trop-plein.
tout début de l'évaluation ostéopathique de type Généralement, quand le début du mouvement
motilité énergétique. En effet, ils procurent des d'un enroulement est restreint, la suite le sera aussi.
renseignements sur l'état général et émotionnel et La capacité d'une restriction à réduire le mouve-
témoignent de la prédisposition à l'installation de ment complet de l'enroulement sera liée à son
dysfonctions diverses et souvent importantes dans intensité : un blocage léger dans les premiers
le corps. moments de l'enroulement permet généralement
l'expression, qui peut alors être partielle, de la suite
du mouvement, mais un blocage très intense rendra
Dysfonctions de motilité le plus souvent la suite du mouvement impercep-
des enroulements tible à l'évaluation. De la même façon, un blocage
thoracique et caudal très important dans le mouvement de l'enroule-
ment thoracique diminue le plus souvent la percep-
Un ou les enroulements thoracique et caudal tion du mouvement de l'enroulement caudal.
ayant perdu leur motilité sont en dysfonction Par expérience, si le synchronisme entre les
d'extension et présentent une restriction dans une enroulements tarde à s'afficher complètement, il
des composantes de leur mouvement ou dans leur est parfois utile de vérifier et de normaliser plus spé-
totalité. Un des enroulements peut présenter une cifiquement la partie haute de l'enroulement thora-
restriction plus importante que  l'autre et ils cique qui peut présenter alors un blocage important
peuvent aussi présenter un manque de synchro- limitant grandement la perception de la suite du
nisme. Les dysfonctions des ­enroulements, d'in- mouvement des enroulements (figure 3.14).
26 La motilité en ostéopathie

Éléments de modifications
dans la perception du mouvement
d'enroulement caudal
Les dysfonctions de motilité rénales, qui sont fré-
quentes, peuvent entraver unilatéralement la percep-
tion de la motilité de l'enroulement caudal.
L'évaluation révèle alors un mouvement désaxé de
l'enroulement caudal du côté du rein dysfonction-
nel. Le même phénomène peut survenir chez la
femme en présence d'une dysfonction de motilité
ovarienne (plus rarement du testicule chez l'homme),
mais il est plus rare que celui provoqué par le rein et
la modification ressentie dans le mouvement de l'en-
roulement sera alors généralement moins grande.
Les dysfonctions de motilité de la vessie et/ou
de l'utérus et/ou du rectum peuvent aussi gêner
Figure 3.14. Normalisation spécifique de la partie haute l'expression de la motilité de l'enroulement caudal.
de l'enroulement thoracique. Les dysfonctions du rectum provoquent surtout
un ralentissement rapide de la première compo-
Éléments de modifications sante de l'enroulement caudal. L'utérus et la vessie
dans la perception du mouvement sont en lien avec des ralentissements plus généraux
d'enroulement thoracique ou des deux autres composantes du mouvement.
Même après une normalisation effectuée correc-
Sans qu'il ne présente de réelles dysfonctions, le tement, l'enroulement caudal peut sembler alourdi
juste mouvement des enroulements peut être par la persistance d'une dysfonction intraosseuse du
perçu comme modifié pendant l'évaluation. Par sacrum. Une telle dysfonction, surtout si elle est
exemple, la perception du mouvement de l'en- difficile à résoudre, peut signer une difficulté d'im-
roulement thoracique est souvent perturbée par plantation de l'embryon dans la muqueuse utérine
des blocages, qui peuvent parfois être très et pourrait correspondre à des difficultés émotion-
intenses, liés au mouvement de descente du sep- nelles de la mère et/ou de l'enfant vécues pendant
tum et de la mise en place du péricarde et du la grossesse. De telles ­dysfonctions intraosseuses
cœur. Il est souvent utile de libérer convenable- peuvent évidemment persister jusqu'à l'âge adulte.
ment ces mouvements spécifiques avant de nor- L'ostéopathe prendra alors un soin extrême à res-
maliser et de synchroniser ensuite toutes les pecter les possibles de cet individu afin de ne pas
composantes du mouvement des enroulements susciter de réactions émotionnelles indésirables et
thoracique et caudal. intempestives et de ne pas présumer de l'équilibre
Quand le mouvement complet de l'enroule- de son homéostasie, y compris de son état émo-
ment thoracique demeure difficile à retrouver, il tionnel. La patience et la retenue seront alors les
est possible qu'il persiste un blocage, le plus meilleures armes thérapeutiques.
souvent important, du plexus cœliaque (cf.
­
­chapitre  4, Système nerveux). Cette restriction
du plexus modifie surtout la perception du mou- Normalisation
vement antéropostérieur (deuxième partie de
l'enroulement thoracique) et rend souvent le
des enroulements
thorax généralement dense. Quand cette densité thoracique et caudal
persiste après la normalisation correcte des
enroulements, le plexus cardiopulmonaire est Pour les enroulements thoracique et caudal, les
aussi à vérifier, surtout dans son mouvement de normalisations sont toujours exécutées dans le
la périphérie vers le centre. sens direct, donc par induction.
Chapitre 3. Enroulements thoracique et caudal 27

La normalisation complète, ou même suffisante, Dysfonction de motilité


des mouvements des enroulements thoracique et des enroulements latéraux
caudal ainsi que leur synchronisme est souvent
longue à obtenir. Il faut toujours demeurer à la
fois patient, concentré et au bon niveau de travail Les enroulements latéraux ayant perdu leur moti-
pour espérer tous les bienfaits possibles de la libé- lité sont en dysfonction d'extension et présentent
ration des enroulements. donc une restriction dans leur capacité de se
rejoindre sur la ligne centrale de l'abdomen à un
ou plusieurs niveaux, d'un seul ou des deux côtés
à la fois. Les dysfonctions des enroulements laté-
Mouvement de motilité raux sont moins fréquentes que celles des enroule-
ments thoracique et caudal.
des enroulements La perception du mouvement des enroulements
latéraux et test latéraux est perturbée surtout quand il y a eu des
chirurgies abdominales ou thoraciques ou par des
Pour apprécier la motilité des enroulements laté- suites de traumatismes. Au niveau abdominal, les
raux, l'ostéopathe place ses mains de chaque côté enroulements peuvent sembler freinés par des dys-
du thorax ou de l'abdomen et évalue la possibilité fonctions du côlon étant donné la proximité des
des enroulements latéraux droit et gauche de structures. Les enroulements latéraux sont moins
révéler leur motilité. La direction, l'amplitude
­ souvent dysfonctionnels que les enroulements
et  la  force et le synchronisme seront appréciés thoracique et caudal et leurs dysfonctions restent
(figure 3.15). plus souvent secondaires.

Figure 3.15. Motilité des enroulements latéraux.


28 La motilité en ostéopathie

Normalisation seaux Gouverneur et Conception cernent donc


des enroulements latéraux l'axe vertical du corps (figure 3.16).

Pour les enroulements latéraux, les normalisations Considérations


sont généralement exécutées dans le sens direct, ostéopathiques
donc par induction.
Les effets de la normalisation des enroulements
Lien avec la médecine thoracique et caudal seront multiples et implique-
ront les structures les plus importantes du point
chinoise de vue ostéopathique.

Les enroulements thoracique et caudal per-


mettent un travail sur les vaisseaux Gouverneur Effets sur l'état général
et Conception.
Le vaisseau Gouverneur s'étend de la partie Les enroulements thoracique et caudal sont les
supérieure de la bouche, passe le long de la colonne premiers mouvements de motilité à évaluer dans le
vertébrale et se termine postérieurement au noyau protocole d'intervention (cf. chapitre 10). Cette
fibreux du périnée. Il est en lien avec tous les méri- intention respecte la séquence de développement
diens de type Yang. Le vaisseau Conception s'étend embryologique car ces enroulements sont primor-
de la partie inférieure de la bouche, passe le long diaux à la fois par la chronologie et par leur impor-
de la ligne médiane antérieure et se termine anté- tance dans la formation générale de l'embryon.
rieurement au noyau fibreux du périnée. Il est en Cette importance persiste à la vie adulte pour
lien avec tous les méridiens de type Yin. Les vais- nourrir et entretenir les forces vitales du corps.

Méridien conception Méridien gouverneur


Figure 3.16. Vaisseaux « Gouverneur » et « Conception ».
Chapitre 3. Enroulements thoracique et caudal 29

En effet, le mouvement des enroulements permet plus souvent encore, un travail sous-jacent sur le
de potentialiser les effets puissants du système cra- niveau médullaire et/ou sur la crête neurale corres-
nio-sacré et de la liberté diaphragmatique. Les pondante (cf. chapitre 4, Système nerveux).
enroulements participent donc, directement ou
indirectement, à la liberté générale de plusieurs Effet sur le diaphragme
structures essentielles du corps.
Bien que les normalisations des enroulements Les dysfonctions diaphragmatiques, dans la
permettent fréquemment des solutions thérapeu- conception classique ostéopathique, sont souvent
tiques aux résultats impressionnants, elles seront considérées comme presque exclusivement secon-
essentielles mais forcément insuffisantes pour venir daires à la présence d'une dysfonction ailleurs dans
à bout de toutes les dysfonctions comprises dans un le corps ou à une adaptation posturale. Still ne
tableau clinique. Ces normalisations devront être nous a-t-il pas dit qu'un diaphragme en mesure de
complétées par du travail plus spécifique, particuliè- respirer le fait spontanément ?
rement du système nerveux. Elles deviendront vite, Une perte de motilité de l'enroulement thora-
en revanche, un outil clinique indispensable. cique, qui met en place le diaphragme, fournit un
cadre interprétatif pour la compréhension de l'ins-
Effets sur la dure-mère tallation et la persistance de certaines dysfonctions
diaphragmatiques qui sont alors considérées comme
Le travail dans le sens longitudinal de la dure- primaires. Ces dysfonctions peuvent affecter une ou
mère, donc de la faux et du manchon dure-mérien, toutes les parties du diaphragme, soit le mouvement
sera initié par le travail des enroulements et sera du centre phrénique, des coupoles ou des piliers.
complété par un travail sur les plicatures crâ- Il existe aussi un lien encore trop souvent
niennes (cf. chapitre 4, Système nerveux). méconnu qui explique la persistance des dysfonc-
L'intervention couplée des enroulements et du tions diaphragmatiques et qui sera à distinguer des
système nerveux central donne des réponses éton- répercussions de la perte de l'enroulement thora-
nantes d'efficacité sur les tensions dure-mériennes cique. En effet, l'irritation du centre inspirateur
récidivantes, invalidantes et résistantes aux tech- bulboprotubérantiel situé juste derrière la sym-
niques ostéopathiques classiques de normalisation physe sphénobasilaire peut créer des hypertonies
directes et indirectes du tissu membraneux. bilatérales difficiles à réduire par les techniques
La normalisation de l'ensemble du système dure- locales habituelles de mobilité, par un travail
mérien sera complétée par un travail dans le sens ostéopathique général ou même par le travail
transversal sur la tente du cervelet qui sera décrit énergétique de l'enroulement thoracique.
dans le chapitre 4 consacré au système nerveux. Un travail crânien pertinent de décompression
de la symphyse sphénobasilaire va lever les dys-
Effets sur la colonne vertébrale fonctions secondaires affectant le centre pneumo-
taxique, alors qu'un travail sur la motilité du tissu
La normalisation des enroulements thoracique et nerveux permettra de réguler directement les dys-
caudal, en permettant la régulation générale des ten- fonctions primaires. Ce dernier type de travail
sions verticales et la décompression de l'axe verté- donne souvent des réponses quasi immédiates sur
bral, a un effet certain et rapide sur la mobilité l'amplitude et sur la qualité de la course diaphrag-
générale de la colonne vertébrale. L'expérience cli- matique car le travail neurologique permet d'es-
nique répétée montre que les dysfonctions verté- pérer des réponses rapides (cf. chapitre 4, Système
brales adaptatives disparaissent bien souvent sans nerveux).
autre forme d'intervention suite à l'application de ce Un bon mouvement diaphragmatique est infi-
type de travail. Seules persisteront les dysfonctions niment important pour la santé. Il conviendra
compliquées qui demanderont alors, pour se réguler, donc, cliniquement, de bien comprendre les
un travail de motilité vertébrale et costale spécifique sources des dysfonctions qui l'affectent et de lui
(cf. chapitre 9, Système musculosquelettique) ou, redonner son mouvement normal.
30 La motilité en ostéopathie

Effets sur les caissons normalisations classiques ne donnent pas l'effet


escompté. Là où, effectivement, on estime la pré-
Caisson thoracique sence de dysfonctions affectant le tendon central, il
La normalisation des restrictions de motilité de y a souvent des blocages importants dans les enrou-
l'enroulement thoracique permet la régulation lements thoracique et caudal qui résistent tant aux
spécifique des tensions du plan antérieur du tho- étirements, au travail postural qu'au travail cranio-
rax, donc de la partie antérieure du système sus- sacré traditionnel. Ces restrictions trouveront leur
penseur du péricarde. Secondairement, elle permet réponse beaucoup plus facilement avec un travail de
aussi la régulation des tensions de tout le thorax, la normalisation de la motilité des enroulements
normalisation de plusieurs restrictions diaphrag- qu'avec toute autre intervention. Quand la motilité
matiques et la libération de plusieurs restrictions des enroulements est retrouvée, l'axe central du
des fascias profonds qui assurent le lien entre la corps se décomprime, les diaphragmes se libèrent
tête et le thorax. L'importance de ces restrictions souvent d'eux-mêmes et les caissons retrouvent
est expliquée plus exhaustivement dans le chapitre une harmonie de fonctionnement.
6 consacré au système cardiopulmonaire. Finalement, avec la compréhension des enrou-
lements, il est plus facile d'admettre le « dicton »
ostéopathique qui affirme que la sphère crânienne
Caisson abdominal est nourrie par le rythme de la respiration et des
La normalisation des blocages de motilité de l'en- contractions cardiaques et qu'il faut souvent
roulement caudal permet la régulation des tensions considérer un travail de la région thoracique avant
du plan postérieur abdominal en les soulageant du de faire un travail crânien en profondeur. La libé-
facteur de compression lié à de tels blocages. Elle ration de l'enroulement thoracique permet de
régule aussi plusieurs restrictions du périnée quand donner d'autres bases théoriques à cette affirma-
ces restrictions sont secondaires à des désordres tion maintes fois vérifiée par les cliniciens.
plus généraux que locaux. La régulation générale
du plan postérieur abdominal associée à une libéra- Note sur le whiplash ostéopathique
tion des piliers du diaphragme et du diaphragme en
général a un effet positif souvent drastique sur la Dans la théorie crânienne classique, le whiplash
physiologie générale de la sphère abdominale. La ostéopathique s'installe quand l'expression du
présence des attaches viscérales au niveau du plan MRP au niveau crânien semble inversée par rap-
postérieur, l'émergence postérieure des vaisseaux port à l'expression du MRP au niveau sacré. Ce
sanguins à partir de l'aorte et l'origine des plexus phénomène survient suite à un traumatisme qui
nerveux permettent de comprendre à quel point implique un changement de vitesse mal toléré par
une normalisation correcte du plan postérieur le corps. L'exemple classique est l'accident de voi-
abdominal est importante cliniquement. ture avec un impact frontal.
Malgré la reconnaissance de cette situation dys-
fonctionnelle, qui est effectivement assez fréquente
Analogie avec le tendon central
dans la pratique clinique ostéopathique, il est difficile
En observant les directions des mouvements des d'expliquer comment le mouvement crânien pour-
enroulements sur une vue de côté, on peut voir se rait effectivement se trouver mécaniquement en
dessiner la forme générale du tendon central, inversion par rapport au mouvement sacré puisqu'ils
concept ostéopathique qui, selon la théorie clas- sont liés par la dure-mère, facteur de continuité qui
sique, relie les structures profondes du corps, de la n'est pas élastique. Si la seule grille d'interprétation
tête jusqu'au coccyx en y associant également les disponible est celle du mécanisme cranio-sacré clas-
diaphragmes qui jouent le rôle de structures hori- sique, la seule conclusion possible semblera une
zontales. Le concept de tendon central est souvent inversion du mécanisme.
utilisé sans explications cohérentes pour fournir des La perte de la motilité normale des enroule-
réponses à des cas cliniques difficiles sur lesquels les ments fournit une explication satisfaisante au
Chapitre 3. Enroulements thoracique et caudal 31

problème anatomique et physiologique du quand l'accident a provoqué de la peur, particu-


whiplash ostéopathique. En effet, lors des acci- lièrement si elle a été intense, comme la peur de
dents à haute vitesse en position assise comme perdre la vie (voir la section sur le rein au cha-
les accidents de voiture, l'enroulement caudal pitre 8, Système génito-urinaire).
est très fréquemment retrouvé en dysfonction La synchronisation de l'enroulement caudal
d'extension dans l'expression de sa motilité. La avec l'enroulement thoracique permet de corri-
perte de mouvement de motilité de l'enroule- ger l'apparente inversion du MRP. Persisteront
ment caudal donne l'impression palpatoire que alors seulement des dysfonctions du système cra-
le sacrum fait un mouvement d'extension lié au nio-sacré qui respecteront la physiologie ostéo-
MRP pendant la phase de flexion crânienne. pathique classique et pour lesquelles les
Cette dysfonction de motilité de l'enroulement techniques de normalisation seront d'autant
caudal est souvent augmentée par la présence plus efficaces qu'elles auront été mises en place
d'une dysfonction énergétique du rein gauche suite à un travail correct de motilité.
Chapitre 4
Système nerveux

Résumé satisfaisants, il faudra bien connaître l'anatomie et la


Ce chapitre expose la place que peut prendre le système physiologie du système nerveux central afin de pou-
nerveux dans la pratique clinique ostéopathique. Ce tra- voir reconnaître, associer et interpréter correctement
vail suit le plus souvent le travail des enroulements dans les signes et symptômes du patient.
le travail fondé sur la motilité d'origine embryologique L'importance du système nerveux dans le méca-
et y prend une très grande importance. nisme cranio-sacré et la persistance du mouvement
Une vision générale du développement embryologique embryonnaire de ce tissu dans le corps « fini » ont
de ce système permet de comprendre l'ensemble de son
déjà été pressenties par Sutherland et Magoun
organisation. Les structures à évaluer et à normaliser
seront ensuite considérées dans le sens de la circulation (cités par Liem [19]) : « On pense que les mouve-
des informations allant du centre vers la périphérie, sens ments de croissance embryonnaire, sous forme de
qui est généralement respecté dans la pratique clinique. petits mouvements rythmiques inhérents, per-
Seront donc vus les première et troisième plicatures du sistent à un certain degré après que le processus de
tube neural, la tente du cervelet, les noyaux du 4e ven- croissance est achevé. » Effectivement, les mouve-
tricule et le cervelet, la moelle allongée et la moelle, les ments embryologiques, particulièrement ceux des
crêtes neurales et les ganglions puis les plexus. Ce travail plicatures du tube neural et des hémisphères céré-
est complété par le travail des hémisphères cérébraux. braux, expliquent bien le ressenti du mouvement
Pour chacune des structures nerveuses décrites dans ce
de flexion décrit classiquement et animant les
chapitre, des considérations ostéopathiques décrivent les
liens importants à connaître pour bien évaluer l'impor- contenants membraneux et osseux. La primauté
tance des dysfonctions pouvant les affecter. du mouvement du tissu nerveux identifiée à l'ori-
gine par Sutherland est donc reprise dans ce travail
En ostéopathie classique, le système nerveux n'est
qui privilégie le travail du contenu plutôt que celui
abordé que par les effets des contenants osseux et
des contenants au niveau du crâne.
membraneux vers le contenu, tant pour l'évaluation
Les plicatures du tube neural sont des éléments
que les normalisations. Bien que des effets intéres-
essentiels dans le travail de motilité du système ner-
sants puissent parfois être notés au niveau du sys-
veux. Leur normalisation complète la libération de la
tème nerveux suite à des traitements crâniens
composante longitudinale du système dure-mérien
classiques, par exemple pour les problèmes de som-
amorcée avec la normalisation des enroulements tho-
meil ou d'apprentissage, un travail effectué directe-
racique et caudal qui a été exposée au chapitre précé-
ment sur le tissu nerveux permet des résultats
dent. Le travail du système nerveux sera aussi souvent
supérieurs et des actions plus précises. De nombreux
associé à la sphère viscérale quand la libération de la
signes et symptômes, auparavant difficiles à soulager
commande nerveuse supérieure ou celle émanant des
en ostéopathie, peuvent ainsi être soignés. Le travail
différents plexus nerveux sera nécessaire.
du système nerveux peut concerner des préoccupa-
Les possibilités de travailler directement sur le
tions plus systémiques, liées avec l'état général ou
tissu nerveux, soit localement soit pour obtenir des
avec la circulation de l'information, ou des préoccu-
effets plus généraux, sont encore à exploiter, mais
pations plus locales, liées alors avec la fonction d'une
certains résultats semblent parfois faire reculer la
structure nerveuse spécifique. Plusieurs indications
frontière entre la structure et la fonction comme
cliniques sont notées dans chacune des sections de ce
dans le cas des syndromes douloureux régional
chapitre mais, pour pouvoir obtenir des résultats
La motilité en ostéopathie
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34 La motilité en ostéopathie

complexe (anciennement nommées algoneurodys- En effet, les crêtes neurales spinales sont à l'ori-
trophie réflexe) vus à la fin de ce chapitre. gine :
• des ganglions des racines dorsales ;
• des ganglions de la chaîne ganglionnaire latéro-
Généralités vertébrale orthosympathique ;
• des ganglions des plexus ;
embryologiques • de la médullaire de la glande surrénale.
Les crêtes neurales crâniennes sont à l'origine :
Dans la 3e semaine de vie, un des phénomènes d'im- • du derme et de l'hypoderme de la face et du cou ;
portance à survenir est l'induction de la plaque neu- • des cartilages des arcs pharyngiens ;
rale à partir de la chorde dorsale pour former le • du septum aorticopulmonaire ;
système nerveux central. Ayant pour origine des cel- • du tissu conjonctif entourant l'œil, les muscles
lules de l'ectoblaste, la plaque neurale est plus large pupillaire et ciliaire ;
dans sa section céphalique, qui formera le cerveau, • de l'odontoblaste des dents ;
que dans sa section caudale, qui formera la moelle • des ganglions nerveux crâniens.
épinière. Cette induction du tissu nerveux survient
avant le développement du crâne osseux. Au niveau
du crâne, l'ordre de mise en place du contenant et du
contenu est donc inversé par rapport au thorax ou
l'abdomen où le contenant se forme avant le contenu.
Après sa formation en superficie à la face dorsale
de l'embryon, la plaque neurale s'enfonce pen-
dant la 4e semaine de vie en prenant progressive-
ment la forme d'un tube creux par une incurvation
ventrale le long de son axe médian. C'est la neuru-
lation (figure 4.1).
Pendant le développement du tube neural, une
partie des cellules s'en détache pour former des
structures indépendantes du tube neural lui-
même, les crêtes neurales. Elles sont à l'origine de
plusieurs structures très différentes les unes des
autres et souvent situées à des distances finales
éloignées de la moelle (figure 4.2).

Figure 4.1. Plaque neurale et neurulation. Figure 4.2. Crête neurale et ganglions.


Chapitre 4. Système nerveux 35

Les crêtes neurales spinales et crâniennes sont à • la troisième inflexion, ou troisième plicature, est
l'origine : la courbure pontique qui se produit à la partie
• des ganglions entériques ; haute du tube neural, elle débute à la 5e semaine
• des cellules de Schwann ; et se termine à la 8e semaine.
• des cellules gliales dans les ganglions périphériques ; À partir de cette maquette générale, le cerveau
• de l'arachnoïde et la pie-mère ; évolue rapidement. La compréhension de son
• des mélanocytes. développement embryologique et de sa spécialisa-
En résumé, les crêtes neurales sont des précurseurs tion progressive est essentielle pour s'adresser aux
de plusieurs structures nerveuses : les ganglions spi- structures du système nerveux à l'aide des tech-
naux du système périphérique, les ganglions du sys- niques de motilité qui sont décrites dans ce
tème nerveux autonome, les cellules de Schwann chapitre.
des nerfs périphériques, et de différentes structures Afin de procurer une certaine vision d'ensemble
plus éloignées du système nerveux, par exemple, la du développement du cerveau, chacune de ses par-
médullaire de la surrénale, le derme et le tissu ties sera décrite ici succinctement en débutant par
conjonctif, les enveloppes méningées internes (pie- la partie postérieure (cervelet, pont, moelle allon-
mère et arachnoïde) et les mélanocytes. gée et 4e ventricule), puis la partie moyenne
À la 4e semaine de vie, la partie céphalique de la (centres de relais) et finalement la partie antérieure
plaque neurale se différencie et le tube neural (hypophyse, hypothalamus, thalamus, ganglions
forme trois vésicules cérébrales primitives. Au jour de la base, épiphyse, hémisphères cérébraux). La
19, on peut reconnaître le prosencéphale (cerveau plupart de ces structures sont revues en détail et
antérieur), le mésencéphale (cerveau moyen) et le illustrées dans la suite du chapitre.
rhombencéphale (cerveau postérieur). Au cours
du développement du système nerveux central, Rhombencéphale (cerveau postérieur)
deux de ces vésicules primitives se diviseront : le Le rhombencéphale se divise en métencéphale
prosencéphale se divise en diencéphale et en (partie crâniale) et en myélencéphale (partie cau-
télencéphale et le rhombencéphale se divise en dale). Il est à l'origine du cervelet, du pont et de
métencéphale et en myélencéphale, pour former la moelle allongée, et il abrite le 4e ventricule.
cinq vésicules en finale. Le cervelet débute sa formation à la 6e semaine,
Entre la 4e et la 8e semaine de vie, la différencia- mais se développe plus rapidement à partir de la 12e
tion du système nerveux central est caractérisée semaine. Les deux hémicervelets se formeront à
par trois inflexions successives du tube neural se partir des lames cérébelleuses et se rejoindront sur la
produisant à trois endroits différents. La première ligne médiane. Leur croissance et leur spécialisation
et la troisième inflexion, nommées dans ce travail se poursuivront même après la naissance. La crois-
les première et troisième plicatures, sont essen- sance rapide du cervelet dans un espace restreint fait
tielles dans le travail clinique fondé sur la motilité. apparaître de nombreux replis à sa surface.
Au contraire des deux autres, la deuxième plica- Dans sa version définitive, le cervelet est consti-
ture ne présente pas d'intérêt clinique connu en tué de trois zones de cellules correspondant à la
rapport avec le système nerveux autonome et ne diversification de ses fonctions au cours de l'évo-
sera pas exposée ici (figure 4.3). lution. La partie la plus ancienne correspond à
Dans l'ordre se produisent : l'archéocervelet (lobes flocculo-nodulaires) et est
• la première inflexion, ou première plicature, est le centre de l'équilibration vestibulaire. Apparaît
la courbure mésencéphalique qui se produit ensuite le paléocérébellum, qui assure le tonus de
dans le cerveau moyen, elle débute à la posture des muscles striés et l'équilibre par la
4e semaine et se termine à la 5e semaine ; modulation du système moteur descendant. Il est
• la deuxième inflexion, ou deuxième plicature, suivi par le néocérébellum, la partie la plus impor-
est la courbure cervicale qui se produit dans la tante du cervelet définitif, qui assure le contrôle
région basse du tube neural, elle débute à la de la coordination automatique des mouvements
5e semaine et se termine à la 8e semaine ; et de la motricité fine à partir des informations
36 La motilité en ostéopathie

Trois vésicules

3e : pontique

Cinq vésicules

2e : cervicale
1ère : mésencéphalique
Figure 4.3. Évolution des vésicules et des trois plicatures du tube neural.

reçues du cortex, particulièrement du lobe parié- allongée contient, en plus, plusieurs noyaux des
tal. Selon certaines recherches, cette partie du nerfs crâniens. La moelle allongée assure le
cervelet assure aussi un rôle dans la cognition, relais entre la moelle épinière et les centres
dans l'apprentissage du langage, dans les capaci- supérieurs. Elle abrite aussi les noyaux respon-
tés d'attention et dans les facultés d'imagerie sables du système cardio-pneumo-entérique,
mentale [22, 23]. du rythme cardiaque et de certains mouve-
Le contenu du tronc cérébral s'organise en ments réflexes. C'est au niveau de la moelle
sept colonnes selon les fonctions des noyaux des allongée que se crée le premier point de contact
nerfs crâniens qui s'y développent. Alors que lors de la neurulation.
dans la moelle épinière les divisions sont bien Les parois du rhombencéphale s'écartent
marquées entre fonctions somatiques (motrices pour former le 4e ventricule. Le 4e ventricule
et sensorielles) et fonctions végétatives, elles sont est une cavité en forme de losange qui est ados-
moins clairement différenciées dans le tronc sée à la paroi postérieure du futur tronc céré-
cérébral. bral. Elle accueillera des plexus choroïdes
La structure de la moelle allongée ressemble spécialisés dans la production du liquide
à celle de la moelle épinière, mais la moelle céphalorachidien.
Chapitre 4. Système nerveux 37

Mésencéphale (cerveau moyen) définitif) ainsi que par le thalamus. Le système


Le mésencéphale est essentiellement un centre de extrapyramidal, quand il est affecté, provoque la
relais. Il contient les centres de relais visuels et maladie de Parkinson.
auditifs : les colliculus supérieur (vision) et infé- L'épithalamus, qui deviendra la glande pinéale,
rieur (audition). Il contient aussi certains noyaux ou épiphyse, se forme à partir du toit du diencé-
des nerfs crâniens. Il abrite le noyau rouge et la phale. En libérant de la mélatonine, l'épiphyse
substance noire. Il est rapport avec la formation règle les rythmes circadiens. Elle est aussi concer-
réticulaire, qui se poursuit ensuite jusque dans le née par le cycle de la reproduction.
diencéphale. Les deux hémisphères cérébraux sont des expan-
sions du télencéphale. Ils sont visibles pour la pre-
mière fois au jour 22. À 16 semaines, ils sont déjà
Prosencéphale (cerveau antérieur) volumineux. Ils se développent de l'avant vers l'ar-
Le cerveau antérieur, ou prosencéphale, se divise en rière, recouvrant le diencéphale. Dès ce moment, les
deux vésicules secondaires : le diencéphale (hypotha- hémisphères sont reliés entre eux par une structure
lamus, thalamus, épiphyse, hypophyse, ganglions de qui deviendra le corps calleux. En début de dévelop-
la base) et le télencéphale (hémisphères cérébraux). pement, les surfaces des hémisphères sont lisses, mais
Le cerveau antérieur fournit donc au système ner- leur croissance rapide rend leur superficie plissée et
veux central ses structures les plus évoluées. creusée de sillons de plus en plus complexes qui don-
Du diencéphale est issu le renflement neront naissance aux lobes et aux circonvolutions
­hypo­thalamique qui deviendra l'hypothalamus. cérébrales. À la naissance, les hémisphères présentent
L'hypothalamus assure le contrôle des activités 25 % de leur volume et de leur poids final. Ils vont
viscérales et est relié au rythme cardiaque, à des croître en épaisseur pour atteindre 50 % à l'âge de
fonctions dites neurovégétatives et aux sécrétions 6 mois et 95 % à l'âge de 10 ans (cf. Atlas d'embryo-
de l'hypophyse. De ce renflement sera aussi issu le logie humaine de Netter, Cochard, p. 69).
thalamus. Fonctionnellement, le thalamus peut
être considéré comme un centre sensitif supérieur Voies nerveuses
qui agit comme un poste d'entrée centralisé pour Dans le sens inverse, les le travail de motilité, la
toutes les afférences de la périphérie qui se rendent séquence suivra généralement le développement
au cortex. embryologique, mais s'intéressera aussi, selon la
Du plancher du diencéphale se forme une inva- présentation des motifs de consultation, à la
gination ventrale dénommée infundibulum qui transmission des informations neurologiques, soit
deviendra la partie neurale de l'hypophyse, l'hy- du centre vers la périphérie, soit de la périphérie
pophyse postérieure. La partie antérieure de l'hy- vers le centre. Il est donc important de bien com-
pophyse est issue de la poche de Rathke, elle-même prendre ces voies de communication. Les infor-
issue de la membrane pharyngée qui est située ini- mations véhiculées par le système nerveux
tialement près de la membrane buccopharyngée. autonome seront les premières visées car elles
Les ganglions de la base (putamen, noyau sont en lien avec les premiers mouvements
caudé ou substance striée) naissent aussi du cer- embryologiques du système nerveux.
veau antérieur. Ils sont l'équivalent de centres Les informations provenant du système nerveux
moteurs supérieurs. Avec le globus pallidus, ces autonome central sont d'abord concernées par la
noyaux font partie du système extrapyramidal. Le première (A) puis transitent en regard de la troi-
système extrapyramidal contrôle le tonus muscu- sième plicature (B). Elles passent ensuite par le
laire et les mouvements involontaires, alors que le tronc cérébral (C). À ce niveau, des informations
système pyramidal est associé aux mouvements parasympathiques issues des ganglions du tronc
volontaires. L'action du système extrapyramidal cérébral vont rejoindre leurs organes cibles. Les
est complétée par les actions de la substance noire informations orthosympathiques poursuivent leur
et du noyau rouge (issus du mésencéphale et trajet vers la moelle allongée pour se propager dans
contenus dans le tronc cérébral dans le cerveau la moelle épinière (D). Elles émergent vers la
38 La motilité en ostéopathie

p­ ériphérie par les ganglions situés au niveau de la trajets qui apportent les informations d'origine
colonne vertébrale et des côtes (F). Pour les vis- centrale à un organe cible. Les informations ortho-
cères et les organes, il faut, de plus, considérer les sympathiques sont complétées par des informa-
plexus nerveux (G) associés aux troncs artériels tions parasympathiques émergeant de la région
(H) et les ganglions entériques situés dans la paroi sacrée pour la partie distale du côlon et des organes
des organes et des viscères (I) pour compléter les du petit bassin (non illustré ici) (figure 4.4).

A. Première plicature
B. Troisième plicature
C. Tronc cérébral
B D. Moelle
E. Ganglions rachidiens
ORGANES
A F. Ganglions sympathiques
DE LA
de la chaîne latéro latérale
C TÊTE
G. Organisation en plexus
H. Aorte et artères
I. Organes, viscères et
ganglions entériques
D

D1
D2 ORGANES DU
D3 THORAX
D4
D5
D6
D7
D8 ORGANES ET
D9
VISCÈRES DE
L’ABDOMEN
D10
D11
D12
I
G
E
ORGANES
DU PETIT
BASSIN

H
F
Figure 4.4. Disposition des voies nerveuses du système nerveux autonome entre le centre et la périphérie.
Chapitre 4. Système nerveux 39

Dans le sens inverse, les informations de la Mouvement de motilité et test


périphérie provenant des viscères et des organes
ainsi que des structures du système musculos-
Lors de la mise en place de la première plicature,
quelettique peuvent influencer le système ner-
le tube neural se plie autour d'un axe transversal
veux soit par effet segmentaire soit en se rendant
dans la partie mésencéphalique du cerveau. Le
jusqu'aux centres supérieurs. Les liens plus
tube neural subit donc un mouvement de bas en
étroits entre le système nerveux et le système
haut d'une très grande amplitude.
digestif, seront décrits dans le chapitre 7: système
Pour apprécier la motilité de la première plica-
digestif.
ture, l'ostéopathe place des appuis de part et
Plusieurs éléments faisant partie du système
d'autre du crâne, au niveau de la selle turcique
nerveux sont vus ci-après en détail. Il est pos-
dans le crâne définitif. À partir de ce point de
sible d'imaginer le même travail de motilité
repère, il crée un axe virtuel entre ses deux mains
pour toutes les structures du système nerveux
pour évaluer le mouvement global de la première
en procédant selon les principes énoncés, mais
plicature du tube neural, dans toute sa largeur et
celles présentées ici sont les plus couramment
dans toute la hauteur permise.
considérées dans la pratique clinique.
Lors de ce test, il faut considérer uniquement le
L'importance des trajets des informations neu-
mouvement du tube neural primitif dans sa mise
rologiques est revue au chapitre 10 consacré au
en place embryologique et éviter de considérer les
protocole d'intervention.
développements ultérieurs du cerveau et les struc-
tures environnantes (figure 4.5).

Première plicature
Dysfonctions de motilité
du tube neural
La première et la troisième plicatures sont La première plicature ayant perdu sa motilité est
associées au travail de la composante ortho- en dysfonction d'extension et présente une res-
sympathique du système nerveux autonome. triction dans son mouvement de montée. Ces res-
Cette composante sympathique est liée à la trictions demandent à être qualifiées finement car
dépense énergétique et au contrôle de la vascu- l'amplitude, la localisation et les caractéristiques
larisation de  tous les tissus du corps humain. qualitatives des restrictions retrouvées fournissent
Elle est associée aussi aux activités diurnes et à plusieurs informations différentes qui devront être
la luminosité. interprétées en fonction du contexte clinique.
La première plicature peut présenter des blo-
cages d'amplitudes variables de son mouvement
Mouvement embryologique global (extension bilatérale) ou présenter une ou
des restrictions unilatérales localisées à un endroit
La première plicature du tube neural se met en précis dans la largeur du tube neural dont l'inten-
place à la 4e semaine de vie dans ce qui deviendra sité pourra elle aussi être variable.
plus tard la partie moyenne du cerveau. Cette pre- Une première plicature en dysfonction d'exten-
mière plicature, d'une très grande amplitude, per- sion bilatérale correspond à un trouble de fonc-
met la mise en place des noyaux orthosympathiques tionnement de la partie orthosympathique du
situés dans l'hypothalamus médian qui assurent, système nerveux autonome. La dysfonction d'ex-
entre autres, la régulation du cœur, premier organe tension bilatérale correspond généralement à une
fonctionnel de l'embryon. Il est donc facile de réponse consciente au stress par rapport à la troi-
comprendre pourquoi cette plicature se met si sième plicature qu'on associe davantage à une
rapidement en place dans le développement de réponse inconsciente. L'intensité de la perte du
l'embryon. mouvement bilatéral normal de la première
40 La motilité en ostéopathie

Figure 4.5. Motilité de la première plicature du tube neural.

p­ licature correspond généralement à l'intensité du paroi antérieure est en lien avec les différents noyaux
trouble de fonctionnement du système nerveux de l'hypothalamus et avec la neurohypophyse (cf.
autonome (cf. infra, Liens avec le système ner- chapitre 5, Système endocrinien) et que la paroi
veux autonome, dans le paragraphe Considérations postérieure est en lien avec le centre pneumotaxique
ostéopathiques de ce même chapitre). et, plus largement présente, avec la réticulée.
Une première plicature en extension unilatérale Il est évidemment possible de retrouver toutes
est une restriction de mouvement assez précisément sortes de combinaisons de dysfonctions au niveau
située entre la périphérie de la plicature et son axe de la première plicature qui se préciseront pendant
central. Cette dysfonction correspond le plus sou- le processus de normalisation, une dysfonction
vent à un trouble fonctionnel d'un viscère ou d'un pouvant en « cacher » une autre.
organe situé homolatéralement (cf. infra, Liens
avec la sphère viscérale, dans ce même chapitre).
Pendant la vérification du mouvement de motilité Normalisation
de la première plicature, il est aussi possible de por-
ter spécifiquement attention aux tensions pouvant Dans la même position que le test, l'ostéopathe
exister dans les parois. Sans faire une description construit l'axe virtuel de la première plicature
exhaustive de leur contenu, on peut noter que la entre ses deux appuis. Il déplace ensuite cet axe
Chapitre 4. Système nerveux 41

en direction céphalique, directement contre • stade 2 : quand le stress est mal géré ou que les
la  restriction ou les restrictions retrouvées, possibilités d'adaptation de l'individu com-
jusqu'à la reprise de la meilleure expression de mencent à être dépassées, l'hypersympathicoto-
motilité possible de l'ensemble de la plicature. nie s'installe et l'équilibre de fonctionnement
Il recherche donc un meilleur mouvement dans entre les parties orthosympathique et parasym-
toute la largeur de la plicature et pour toute la pathique du système nerveux autonome com-
hauteur du mouvement de montée normale- mence à être perturbé. L'individu a plus de mal
ment permis. Les techniques de motilité dans le à récupérer et ses réserves énergétiques peuvent
sens direct, donc par induction, sont toujours graduellement être dissipées. L'endormissement
utilisées pour la normalisation de la première est souvent plus difficile. Il faut idéalement
plicature. diminuer les sources du stress ou améliorer sa
gestion. L'ensemble de la première plicature
commence généralement à perdre de l'ampli-
Considérations tude. La facilité à normaliser cette dysfonction
ostéopathiques d'extension est reliée à plusieurs facteurs, par
exemple, son ancienneté et sa correspondance
Extension bilatérale : liens avec une situation stressante présente ou
avec le système nerveux autonome ancienne. Il ne faut pas présumer d'une libéra-
tion rapide ni facile, s'adapter aux caractéris-
Les noyaux orthosympathiques de l'hypothalamus tiques de la restriction du mouvement de
médian se trouvent dans la zone centrale de la pre- montée et respecter les possibles des tissus ;
mière plicature pendant sa mise en place. Par leur • stade 3 : quand le stress a été trop intense ou trop
rôle orthosympathique, les noyaux sont fonction- prolongé pour les ressources d'un individu, l'hy-
nellement liés à la gestion du stress. Comme le persympathicotonie devient majeure. L'individu
stress qui s'exerce sur un organisme ne produit pas peut présenter une difficulté majeure à l'endor-
des effets constants, il doit être régulé afin d'assu- missement et la fatigue s'installe souvent malgré le
rer une réponse convenable à l'organisme qui repos. La perte de l'amplitude du mouvement de
recherche un état d'homéostasie. La réponse d'un l'ensemble de la première plicature est générale-
organisme au stress est extrêmement variable d'un ment plus importante. Comme pour le stade 2, la
individu à un autre, mais aussi pour le même indi- facilité de normalisation est variable, mais elle est
vidu dans des circonstances différentes ou à des généralement plus longue à venir qu'au stade 2 ;
moments différents. Cliniquement, les liens entre • stade 4 : à partir du stade 3, si les stimulations
le stress et l'état de la personne qui consulte stressantes persistent ou si elles s'aggravent, l'hy-
doivent être établis avec nuance. L'ostéopathe res- persympathicotonie peut se transformer en inhi-
pectant son mandat et sa spécialité tiendra compte bition de l'orthosympathique ce qui conduit à
en priorité des informations issues de sa une hyperparasympathicotonie relative causée
palpation. par l'effondrement de la fonction orthosympa-
Les stades de réponse au stress décrits ici corres- thique. En plus des troubles du sommeil évo-
pondent généralement à l'intensité des blocages qués dans le stade 3, cette situation peut
en extension bilatérale retrouvés en clinique lors conduire à plusieurs phénomènes liés à l'hyper-
de l'évaluation de la motilité de la première plica- parasympathicotonie comme des malaises
ture : vagaux, des chutes de pression, des crises
• stade 1 : quand le stress est bien géré ou qu'il d'asthme récurrentes, l'apparition fulgurante
est vécu selon les ressources disponibles, l'équi- d'ulcère perforé, etc. Les personnes dans cet état
libre de fonctionnement entre les parties ortho- sont généralement en état d'épuisement plus ou
sympathique et parasympathique du système moins intense. Dans ces cas, le mouvement de
nerveux autonome est respecté ; l'ensemble de l'ensemble de la première plicature est générale-
la première plicature est généralement libre ; ment en extension complète et ne présente plus
42 La motilité en ostéopathie

aucun mouvement de montée. Une extension ment à sa partie orthosympathique pour redon-
complète est souvent très difficile à normaliser, ner des possibles au système nerveux autonome,
voire impossible, en une seule séance, même si ce qui est le cas des normalisations de la première
elle lui est souvent entièrement consacrée. plicature.
Ces stades correspondent aussi aux réponses Par une action sur les noyaux orthosympa-
physiologiques de l'organisme au stress tel que thiques de l'hypothalamus moyen qui com-
décrits par la théorie de la charge allostatique [7]. mandent la vasoconstriction de tous les vaisseaux
Cette théorie exprime les comportements de l'axe artériels, veineux et lymphatiques, la normalisa-
sympathique-surrénales-moelle et de l'axe hypo- tion de la première plicature peut parfois avoir un
thalamus-hypohyse-surrénale, supervisés par le effet général sur la circulation. Il est souvent illu-
cerveau (hippocampe, amygdale et cortex pré- soire, voire totalement impossible, d'appliquer la
frontal), quand ils sont sollicités par des stresseurs. loi ostéopathique de l'artère sans faire intervenir le
La charge allostatique décrit aussi comment les fonctionnement du système nerveux autonome
besoins, les réponses et la résilience de l'organisme dans l'équation thérapeutique puisqu'il contrôle
au stress sont influencés par les différences indivi- l'ensemble du système vasculaire.
duelles comme la génétique, les habitudes de vie Il est intéressant ici de faire des liens cliniques
et les antécédents (environnement, traumatismes, avec l'ordre de mise en place du contenant et du
événements majeurs de la vie). Des recherches contenu du caisson crânien. Tel que mentionné en
plus poussées seraient intéressantes à mener pour introduction, au niveau crânien, le contenu se met
inscrire les résultats obtenus en clinique par les en place avant le contenant. Dans la conception
normalisations du système nerveux autonome classique du mécanisme cranio-sacré, on retrouve
décrites ici avec des observations plus précises des aussi cette primauté du mouvement du contenu
différents indicateurs traduisant la charge pour le fonctionnement du mécanisme entier.
allostatique. Quand le problème primaire sera lié à la motilité
Le système nerveux autonome est un système du contenu du crâne, le travail classique crânien
de régulation extrêmement complexe qui régit apporte peu ou pas de satisfaction et les normali-
finement les réponses liées à la gestion des res- sations de motilité d'origine embryologique four-
sources énergétiques du corps. Il est inutile de nissent alors des réponses beaucoup plus
considérer les possibilités des interventions ostéo- intéressantes. Le travail classique articulaire et
pathiques sur ce système sans tenir compte de sa membraneux, quand il suit un tel travail de moti-
complexité et de la propre intelligence du corps. lité du contenu, peut prendre une bien plus
Ainsi, ces descriptions devront être adaptées à la grande efficacité.
réalité thérapeutique. Cliniquement, en présence Par exemple, la dysfonction d'extension de la
de restrictions importantes du mouvement de la symphyse sphénobasilaire est classiquement asso-
première plicature, le système nerveux autonome ciée à une recherche de régulation par l'orga-
perd une partie de ses possibilités d'adaptation ce nisme, mais sa correction locale présente souvent
qui le rend moins apte à assurer sa fonction de peu d'intérêt vu son peu d'efficacité thérapeu-
régulation générale du corps. Un travail de moti- tique. En y associant le mouvement de la première
lité embryologique précis des plicatures crâ- plicature du système nerveux, on comprend mieux
niennes est une façon très puissante de redonner comment les restrictions de motilité dans le sens
cette possibilité d'adaptation perdue lors de de la montée sont une source probable de l'instal-
réponses au stress prolongées et/ou intenses. lation des dysfonctions mécaniques d'extension de
Sauf à de rares exceptions, l'apparente parasym- la symphyse sphénobasilaire et en expliquent les
paticotonie est quasiment toujours le signe d'un répercussions classiquement décrites. Il devient
mauvais, voire d'un effondrement, du fonctionne- facile d'obtenir la normalisation, généralement
ment de la partie orthosympathique du système spontanée, de l'extension articulaire de la sym-
nerveux autonome. La physiologie du système physe sphénobasilaire suite à un travail de motilité
nerveux autonome suggère de s'adresser directe- énergétique de la première plicature.
Chapitre 4. Système nerveux 43

Ce travail de la première plicature permet donc, mière plicature a été développée empiriquement,
surtout quand elle est associée à d'autres interven- à partir d'une vaste expérience clinique. Les
tions sur le système nerveux (cf. infra, travail sur voies nerveuses unissant le système digestif et le
la troisième plicature et l'expansion latérale de la système nerveux central sont décrites dans le
première plicature), de libérer plusieurs tensions chapitre 8 consacré au système digestif, mais
mécaniques crâniennes, articulaires et membra- l'état actuel de nos connaissances ne permet pas
neuses qui y sont vraisemblablement secondaires. de décrire précisément quelles voies sont impli-
La première plicature est liée aux tensions géné- quées dans les propositions cliniques exposées
rales du crâne et, plus spécifiquement, de la sphère ici (figure 4.6).
antérieure — la troisième plicature étant reliée Une extension située uniquement à la partie
plus précisément à la sphère postérieure. centrale de la première plicature correspond aux
informations référées au système nerveux central
par le cœur, le thymus et la thyroïde, le pancréas et
Extension unilatérale : liens l'intestin grêle.
avec la sphère viscérale Une extension d'une portion de la première
plicature localisée à gauche correspond, de la
Cliniquement, la zone de la première plicature gauche vers le centre, aux informations référées
semble être le lieu où les informations nocicep- au système nerveux central par le rein, le pou-
tives intenses et/ou répétées provenant de la mon ou le côlon gauche, la rate, l'estomac puis
sphère viscérale se répercutent dans le système l'œsophage.
nerveux et en y inscrivant des déficits spécifiques Une extension d'une portion de la première pli-
de motilité du tissu neural. La cartographie des cature localisée à droite correspond, de la droite
effets de ces informations viscérales sur la pre- vers le centre, aux informations référées au s­ ystème

Rein gauche
Côlon - Poumon gauche
Rate

Estomac

Œsophage

Cœur - Intestin
grêle - Pancréas
Thymus - Thyroïde

Vésicule biliaire

Foie

Côlon - Poumon droit


Rein droit

Figure 4.6. Relations viscérales de la première plicature.


44 La motilité en ostéopathie

nerveux central par le rein, le poumon ou le côlon du viscère afin de comparer l'intensité du blo-
droit, le foie et la vésicule biliaire. cage local à l'intensité du blocage central. La
Quand les informations d'origine viscérale sont restriction la plus importante est généralement
ainsi inscrites dans le tissu neural, elles peuvent celle à traiter en priorité. Si les informations
engendrer des boucles réflexes qui expliquent cer- nociceptives sont toujours actives au niveau
taines récidives de traitements ostéopathiques vis- organique, la libération de la première plicature
céraux par ailleurs correctement appliqués. Il sera souvent très difficile à obtenir de façon
arrive en effet que la trace d'une dysfonction orga- satisfaisante. Si l'irritation neurologique cen-
nique puisse persister au niveau du tissu nerveux trale gêne la correction viscérale, il faudra par-
de la première plicature même quand les signes et fois alterner le travail local viscéral et le travail
symptômes de la dysfonction viscérale originale neurologique afin de réguler correctement les
ont disparu ou qu'ils aient guéri localement. Ce dysfonctions en présence et trouver une solu-
phénomène relève sans doute du même méca- tion à long terme au motif de consultation.
nisme que l'apparition des douleurs dites « fan- Dans ces cas, l'amélioration progressive des
tômes » causées par l'irritation devenue chronique dysfonctions viscérales et de celles du tissu neu-
du tissu neural. ral est un signe que la solution « en alternance »
Dans les cas extrêmes, la persistance d'irrita- est la bonne.
tion neurologique, devenue primaire, affecte Il arrive que les dysfonctions viscérales retrou-
gravement le fonctionnement des organes et de vées à l'évaluation ostéopathique soient essentiel-
viscères. Privés de leur nourriture neurologique lement d'origine émotionnelle (voir les liens
et en manque de régulation, ils deviennent émotionnels pour chacun des organes ou viscères
« vides », notion chère à la médecine chinoise selon la tradition de la médecine chinoise dans les
évoquée en introduction (cf. chapitre 1, chapitres suivants). La libération de la première
Conceptions théoriques). Les normalisations plicature est évidemment plus facile à obtenir
locales sont particulièrement inefficaces dans quand le problème émotionnel provient du passé
cette situation et sont parfois même aggra- et qu'il est réglé que lorsqu'il est lié au fonction-
vantes. Avant d'espérer une correction durable nement actuellement perturbé de l'organe ou du
de l'organe ou du viscère en dysfonction en viscère.
vide, il faudra donc corriger d'abord le tissu
nerveux de la première plicature qui est spécifi-
quement en relation avec l'organe ou le viscère Lien avec le centre
concerné. Dans cette situation, le travail de pneumotaxique
motilité énergétique fournit un niveau de travail
supplémentaire dans la compréhension de l'ins- Le centre pneumotaxique bulboprotubérantiel
tallation, de la persistance et de la normalisation étant situé en rapport avec la première plicature,
des dysfonctions viscérales qu'il faudra intégrer la normalisation de la première plicature peut
dans l'approche thérapeutique. Un indice de améliorer la fonction de la commande supérieure
dysfonctionnement d'origine énergétique est pour l'inspiration du diaphragme. On retrouve
une douleur qui est le plus souvent constante, ainsi très souvent un mouvement plus ample et
qui ne  varie pas de la même façon aux mêmes plus libre au niveau de l'ensemble de la fonction
conditions (par exemple à l'exercice ou au diaphragmatique (centre phrénique et, donc, des
repos) et qui ne répond pas de la façon attendue coupoles diaphragmatiques) suite à la normalisa-
aux techniques de normalisation traditionnelles tion de la première plicature (sur ce sujet, cf. cha-
ou à la médication. pitre 3 consacré aux enroulements). Ces pertes
Lorsque la dysfonction unilatérale de la pre- de fonctions globales du diaphragme sont diffi-
mière plicature ne se corrige pas suffisamment ciles à expliquer par des blocages mécaniques ou
bien, il faut aller vérifier l'état de l'organe ou par des restrictions neurologiques locales (six
Chapitre 4. Système nerveux 45

derniers nerfs intercostaux et/ou le niveau méta- Mouvement de motilité et test


mérique cervical) et trouvent des solutions plus
durables dans le travail neurologique des centres
Pour apprécier la motilité de la troisième plicature,
supérieurs.
l'ostéopathe place un appui au niveau de l'inion sur
l'écaille de l'occiput sur le crâne définitif. De ce
point de repère, il construit ­virtuellement l'axe de la
Lien avec la prise troisième plicature et évalue ce mouvement de pli-
de médicaments cature du tube neural dans la portion caudale du
cerveau primitif, donc dans la région sous-tento-
La prise de médicaments destinée au système rielle. Pour aider à la représentation du mouvement,
nerveux central n'est pas toujours facile à doser on peut considérer que ce mouvement complet de
et l'expérience clinique montre que le travail motilité suit la forme de l'écaille de l'occiput.
énergétique sur le système nerveux, particulière- Par le point d'appui sur l'inion, central, les
ment au niveau de la première plicature, rend premières informations qui seront révélées
souvent les médicaments plus efficaces sans seront reliées à la partie centrale et plus posté-
doute par une meilleure captation associée à une rieure de la plicature. En poursuivant le travail
meilleure motilité. Certaines personnes affectées plus profondément vers l'avant, les informa-
de Parkinson ont en effet vu leur médication tions reliées aux parties plus latérales de la pli-
plus facile à gérer suite à ce type de traitement. cature du tube neural seront progressivement
Les antidépresseurs semblent aussi avoir été à atteintes.
maintes reprises plus utiles après une interven- Lors de ce test, il faut considérer uniquement
tion redonnant des possibilités de mouvement le mouvement du tube neural primitif dans sa
normal à la première plicature et au système ner- mise en place embryologique et éviter de consi-
veux central en général. dérer les développements ultérieurs du cerveau
(figure 4.7).
Contre-indication, précaution
La normalisation de la première plicature doit Dysfonction de motilité
être appliquée avec précautions pendant la gros-
sesse car, en libérant le centre pneumotaxique La troisième plicature ayant perdu sa motilité
bulboprotubérantiel, il est possible que le relâ- est en dysfonction d'extension et présente une
chement du diaphragme amène une position plus restriction dans l'amplitude de son mouve-
postérieure de l'utérus qui peut alors parfois ment.
gêner la veine cave inférieure et être à l'origine La troisième plicature peut présenter des blo-
d'un malaise vagal. cages plus ou moins intenses dans son mouvement
global ou présenter des restrictions unilatérales.
Comme pour la première plicature, la troisième
plicature en extension correspond à un trouble de
Troisième plicature fonctionnement de la partie orthosympathique du
système nerveux autonome car le rôle attribué à la
du tube neural troisième plicature est de transmettre l'informa-
tion des noyaux orthosympathiques de l'hypotha-
Mouvement embryologique lamus vers les noyaux situés dans le 4e ventricule et
vers la moelle. Après le travail de la première plica-
La troisième plicature est la courbure pontique ture, il est donc essentiel de s'intéresser à la troi-
qui se produit à la partie basse de la partie cépha- sième plicature avant de s'adresser aux structures
lique du tube neural. plus périphériques.
46 La motilité en ostéopathie

Figure 4.7. Motilité de la troisième plicature du tube neural.

L'intensité de l'extension bilatérale du mou- ment que celles de la première plicature. Il


vement de la troisième plicature peut corres- convient généralement de normaliser les restric-
pondre aussi à l'intensité du trouble de tions unilatérales de la troisième plicature plus
fonctionnement. globalement que celles de la première.
La restriction du mouvement de la troisième
plicature peut correspondre à la réponse incons-
ciente au stress ou à son aspect émotionnel. Elle
est donc souvent en lien avec les tensions thora- Normalisation
ciques intenses et/ou de longue date du sys-
tème suspenseur du péricarde et/ou dans le Dans la même position que le test, l'ostéo-
péricarde fibreux lui-même. L'extension pro- pathe construit l'axe virtuel de la troisième pli-
longée de la troisième plicature peut donc être cature dans la paume de ses mains au niveau de
en lien avec une compression de la région cervi- l'inion. Il déplace ensuite cet axe en direction sous-
cale, prise en otage entre les tensions thora- tentorielle. Pour aider la représentation du
ciques et crâniennes. mouvement, l'ostéopathe suit le sens du mou-
Les restrictions unilatérales de la troisième pli- vement de l'écaille de l'occiput pendant la
cature sont difficiles à identifier aussi spécifique- flexion de l'articulation sphénobasilaire. Il fait
Chapitre 4. Système nerveux 47

la normalisation contre restriction jusqu'à la Contre-indication, précautions


reprise de la meilleure expression de motilité
possible. Comme pour la première plicature, Le travail neurologique des centres supérieurs doit
les techniques de motilité dans le sens direct, être utilisé avec précautions pendant la grossesse
donc par induction, sont toujours utilisées surtout quand il y a déjà des signes de travail ou
pour la normalisation de la troisième des risques d'avortement spontané. Le travail de la
plicature. zone postérieure, donc de la troisième plicature,
semble présenter plus d'inconvénients encore,
peut-être par ses effets secondaires possibles sur
Considérations les noyaux du quatrième ventricule, réputés sen-
sibles, dans la tradition ostéopathique, à l'utilisa-
ostéopathiques tion de la technique de compression du quatrième
ventricule.
Liens avec le système nerveux
autonome
Puisqu'il s'agit de la transmission des informations
centrales vers la périphérie, le mouvement de la
Considérations
première plicature doit être suffisamment libre ostéopathiques pour le
avant d'effectuer un travail sur la troisième. Le tra- travail conjoint de la première
vail de ces deux plicatures doit être considéré en et de la troisième plicatures
lien de complémentarité.
Dans le cas d'une extension importante de la Tel que discuté dans la section sur les enroule-
troisième plicature, à la différence des difficultés à ments, la normalisation de ces deux plicatures
l'endormissement caractéristiques de la dysfonc- joue un rôle majeur dans la liberté de la compo-
tion d'extension de la première plicature, le som- sante longitudinale du système dure-mérien.
meil est souvent inefficace et les personnes ont Alors que la normalisation des enroulements ini-
l'impression de se lever le matin aussi fatiguées tie le travail de décompression générale de l'axe
qu'elles s'étaient couchées le soir d'avant. Dans les central du corps, le travail des plicatures, en
cas où des dysfonctions importantes sont pré- redonnant une liberté au contenu et, de ce fait, au
sentes à la fois au niveau de la première plicature contenant du crâne, complète la normalisation de
et de la troisième, le sommeil est souvent perturbé l'aspect longitudinal du système dure-mérien. Il
de toutes les façons possibles et souvent depuis restera parfois un travail dans le sens transversal à
longtemps. ajouter pour une libération complète de ce sys-
tème (cf. infra, Tente du cervelet, dans ce même
chapitre).
Lien avec la mécanique La liberté du système dure-mérien est essen-
crânienne tielle pour espérer la normalisation des compres-
sions affectant la colonne vertébrale et celles qui
De façon générale, par son lien intime avec l'occi- se propagent parfois jusqu'au niveau des membres
put, la troisième plicature est associée davantage à inférieurs (cf. chapitre 9, Système musculosque-
la sphère postérieure. Par exemple, la troisième lettique). L'importance générale du système
plicature peut être mise en relation avec l'appari- dure-mérien est bien connue en ostéopathie
tion d'acouphènes, surtout ceux qui sont variables classique.
en intensité et qui présentent des caractéristiques
vasculo-nerveuses.
48 La motilité en ostéopathie

Composante orthosympathique du système nerveux auto-


nome, suivie d'une expansion latérale ample, liée
parasympathique à la partie parasympathique, correspond donc à
un bon fonctionnement général du système ner-
de la première plicature : veux autonome et à sa physiologie (figure 4.8).
expansion latérale
Dysfonction de motilité
L'expansion latérale présente à la fin du mouve-
ment de la première plicature est associée à la La composante parasympathique de la première
composante parasympathique du système nerveux plicature ayant perdu sa motilité est en dysfonc-
autonome qui s'occupe de la restauration des res- tion d'extension et présente une restriction du
sources énergétiques, donc au repos, et à la répa- mouvement d'expansion latérale qui a lieu à la fin
ration cellulaire. La composante parasympathique du mouvement de montée de la première plica-
est associée aussi à la phase nocturne des rythmes ture. Cette restriction de l'expansion latérale peut
circadiens et à la noirceur. être bilatérale ou unilatérale.
Les dysfonctions bilatérales sont reliées davan-
tage avec des problèmes du fonctionnement du
système nerveux autonome.
Mouvement embryologique Les dysfonctions unilatérales sont souvent dues
à des restrictions du contenant, de la tente du cer-
Dans la première plicature, les noyaux parasympa- velet ou du temporal, présentes du côté de la res-
thiques de l'hypothalamus médian sont placés laté- triction. Il faudra les lever avant de pouvoir
ralement par rapport aux noyaux sympathiques. ressentir une motilité transversale complète car
Dans la séquence chronologique du développe- elles rendent souvent impossibles la normalisation
ment embryologique, leur mise en place suit peu complète du tissu nerveux.
après celle des noyaux orthosympathiques.
La motilité de la composante parasympathique
du système nerveux autonome se traduit par un Normalisation
mouvement d'expansion latérale présent à la toute
fin de l'amplitude du mouvement de montée de la
La libération de la composante parasympathique,
première plicature. Dans la conception classique
donc de l'aspect transversal du crâne, se fait le plus
des fluctuations du liquide céphalorachidien, on
souvent spontanément après la libération des pre-
retrouve, sans l'expliquer précisément, cette asso-
mière et troisième plicatures, donc de la partie
ciation entre fluctuations transversales et système
orthosympathique du système nerveux autonome.
parasympathique.
Conséquemment, cette normalisation a des indi-
cations cliniques spécifiques plus rares.
Après la normalisation de la première plicature,
Mouvement de motilité on peut rechercher la normalisation spécifique de
et test la composante parasympathique par une tech-
nique indirecte. Les techniques indirectes, ou
Le test est le même que celui de la première pli- d'accumulation, sont rarement utilisées au niveau
cature mais l'ostéopathe recherche spécifique- du crâne, mais elles sont favorables dans ce cas.
ment une expansion latérale au bout du Cette normalisation se fait en provoquant un
mouvement de montée. Le mouvement de la appui dans le sens de l'expansion latérale afin d'ac-
première plicature doit donc être libre pour res- cumuler de l'énergie pour ensuite en favoriser la
sentir ce mouvement d'expansion. Une montée libération. Il est aussi possible d'appliquer une
complète de la première plicature, liée à la partie correction directe, par induction, en provoquant
Chapitre 4. Système nerveux 49

Figure 4.8. Motilité de la.composante parasympathique de la première plicature.

doucement l'expansion latérale à la fin de l'ampli- libération est beaucoup plus difficile à obtenir, la
tude permise de la première plicature. dysfonction viscérale est peut-être plus sérieuse et
Si une restriction bilatérale de l'expansion latérale il faut vérifier la présence d'une pathologie de
persiste après la libération la plus complète possible structure ou d'une carence vraie. Dans le doute,
de la première plicature, travailler au niveau de la troi- on référera au médecin traitant.
sième plicature et revenir ensuite au travail de la res-
triction transversale paraît une option intéressante.

Considérations ostéopathiques
Tente du cervelet

Une restriction transversale unilatérale peut être Lorsque cela est possible, il est plus facile et plus
associée à un trouble parasympathique d'un organe intéressant de faire un travail membraneux de
ou d'un viscère situé du même côté que la restric- type énergétique sur la tente du cervelet après
tion. Si la restriction retrouvée est facile à libérer, la avoir rendu possible l'expansion latérale complète
dysfonction viscérale est probablement liée à un au bout du mouvement de montée de la première
trouble de commande nerveuse ou à une carence plicature, donc après avoir obtenu la liberté com-
causée par une mauvaise assimilation. Quand la plète des plicatures du système nerveux central.
50 La motilité en ostéopathie

Par le lien de proximité de la petite circonfé- antérieur et postérieur à partir d'une relative mise
rence de la tente du cervelet avec les noyaux para- en tension transversale de la tente.
sympathiques de l'hypothalamus médian, le travail Pour la sphère postérieure, il est possible, en
spécifique de la tente devient encore plus intéres- variant les appuis pris sur le pavillon de l'oreille près
sant à considérer pour l'équilibration complète du du conduit auditif externe, d'explorer et de norma-
système nerveux autonome. liser toute la fosse cérébelleuse jusqu'au pourtour
La normalisation de la tente du cervelet peut du trou déchiré postérieur et même de se rendre
aussi être nécessaire pour lever les restrictions jusqu'aux tensions qui peuvent affecter le trou occi-
récidivantes de la mécanique crânienne, par pital. Il suffit de tourner légèrement la main dans un
exemple suite à des traumatismes directs, qui mouvement de pronation de l'avant-bras et en ajou-
réussissent à limiter l'expansion latérale du tant une petite composante de déviation cubitale du
crâne même après un travail en profondeur sur poignet. Par extension et avec une expérience suffi-
le tissu nerveux. sante, il est possible de détecter des tensions mem-
Le travail de la tente de type énergétique se fait braneuses présentes dans l'aspect transversal du
par la position de l'« oreille tirée ». Même si la manchon dure-mérien qui seraient situées, par
position est semblable à un travail membraneux exemple, au niveau d'un trou de conjugaison
classique, l'intention est différente et vise à spécifique.
remettre de l'énergie dans la structure membra- En inversant les appuis décrits pour la fosse
neuse définitive (figure 4.9). cérébelleuse, on peut aussi explorer l'aspect mem-
Pour faire un travail plus complet sur la dure- braneux de la sphère antérieure du crâne, donc
mère crânienne, il est essentiel de considérer non sous les pariétaux, puis en lien avec le plancher du
seulement les expansions que sont la tente du cer- frontal et en rapport avec l'ethmoïde. Par exten-
velet et la faux du cerveau, mais aussi la continuité sion, il est possible de détecter les tensions au
de la membrane endocrânienne. Cette membrane niveau des attaches antérieures des petites et
endocrânienne sera normalisée dans son aspect grandes circonférences de la tente du cervelet.

Figure 4.9. Normalisation de la tente du cervelet.


Chapitre 4. Système nerveux 51

Ce travail peut être long. Il demande de la Mouvement


patience et de la précision. Pendant le processus de motilité et test
de normalisation, le sujet peut parfois ressentir
des tensions crâniennes très profondes accom-
pagnées de sensations de brûlure qui peuvent Dans son mouvement de motilité en flexion, la
être désagréables. Il faudra donc être très léger migration des noyaux du 4e ventricule se fait selon
dans ce type de travail lorsqu'il est appliqué un déplacement d'abord latéral qui se dirige
chez les petits enfants. Il est d'autant plus ensuite en direction antérieure, dans un mouve-
important de procéder avec précautions que les ment en forme de fer à cheval. Le mouvement
différentes couches de tissus de la tente des très global de la mise en place des noyaux contourne
jeunes enfants ne sont pas encore en continuité donc le 4e ventricule en le formant.
complète. Pour apprécier la motilité des noyaux du 4e ven-
tricule, l'ostéopathe place deux appuis sur l'occiput,
de chaque côté du tube neural, sous la tente du cer-
velet. À partir de ces points de repère, il contourne
le 4e ventricule en effectuant d'abord un mouve-
Noyaux du 4e ventricule ment de dedans vers dehors. Quand ce premier
et cervelet mouvement est présent, l'ostéopathe peut évaluer le
mouvement qui se dirige antérieurement.
L'ostéopathe évalue donc la possibilité pour les
Les noyaux du 4e ventricule et le cervelet sont noyaux du 4e ventricule d'exprimer leur motilité
issus du rhombencéphale. Bien qu'elles soient (figure 4.10).
anatomiquement et physiologiquement indé-
pendants, ces deux structures sont si près l'une Dysfonction de motilité
de l'autre qu'elles sont souvent évaluées et nor-
malisées conjointement. Ce travail conjoint est Les noyaux du 4e ventricule ayant perdu leur moti-
d'autant plus utile que les restrictions d'une lité sont en dysfonction d'extension et présentent
structure peuvent influencer l'autre, leurs une restriction dans une ou dans toutes les compo-
­mouvements étant inversés l'un par rapport à santes de leur mouvement en forme de fer à cheval.
l'autre.

Normalisation
Noyaux du 4 ventricule
e
Pour la première partie du mouvement, donc de
Mouvement embryologique l'expansion du dedans vers le dehors, la normalisa-
tion se fait généralement dans le sens indirect,
Les noyaux du 4e ventricule sont situés à l'inté- donc par accumulation.
rieur du tube neural au niveau du tronc cérébral Pour deuxième partie du mouvement, donc
à l'emplacement du futur 4e ventricule. Le 4e postéroantérieur, la normalisation se fait générale-
ventricule est formé par la migration vers l'avant ment dans le sens direct, donc par induction,
des noyaux postérieurs (sensitifs) et latéraux contre la restriction.
(végétatifs) selon un mouvement en fer à cheval Avant de normaliser les noyaux du 4e ventricule,
ouvert vers l'avant. Les noyaux du 4e ventricule les plicatures crâniennes doivent être suffisamment
permettent le passage de certaines informations libres afin de permettre le passage des informations
centrales vers la périphérie qui voyagent par les du centre vers la périphérie. Une application isolée
nerfs crâniens. Le 4e ventricule se forme évidem- d'une technique de 4e ventricule dans sa forme clas-
ment après la mise en place des plicatures sique provoque parfois des réactions intempestives
crâniennes. que l'on comprendra mieux si on considère le flux
52 La motilité en ostéopathie

Figure 4.10. Motilité des noyaux du 4e ventricule.

des informations neurologiques. La technique de médiane en passant autour du 4e ventricule avec


motilité présentée ici ressemble à la technique dite un léger retard chronologique sur celui-ci.
de la compression du 4e ventricule classique pour le
sens général du mouvement, mais diffère complète-
ment dans son essence car elle ne s'adresse pas au Mouvement
même niveau dysfonctionnel. Alors que la tech- de motilité et test
nique classique est basée sur un modèle liquidien, le
liquide céphalorachidien, la technique énergétique
vise plutôt, par une action spécifique sur les noyaux Dans leur mouvement de motilité de flexion, les
eux-mêmes, la transmission des informations neu- pédoncules cérébelleux font une migration et
rologiques du centre vers la périphérie. croissent dans un mouvement d'avant vers l'arrière
autour du 4e ventricule, puis de dehors en dedans.
En finale, l'hémicervelet droit va à la rencontre du
Cervelet gauche pour se rejoindre sur la ligne médiane.
Pour apprécier la motilité du cervelet, l'ostéo-
Mouvement embryologique pathe place deux appuis sur l'occiput et sous la
tente du cervelet, donc de chaque côté du tube
Les deux hémicervelets se développent à partir des neural, avec une prise un peu plus large que celle
lames cérébelleuses et se rejoignent sur la ligne décrite pour la position de test des noyaux du
Chapitre 4. Système nerveux 53

4e ventricule. À partir de ces points de repère, il Pour la deuxième partie du mouvement, du


évalue la possibilité pour le cervelet d'exprimer sa dehors en dedans, la normalisation se fait généra-
motilité (figure 4.11). lement dans le sens direct, donc par induction.

Dysfonction de motilité Considérations


ostéopathiques
Le cervelet ayant perdu sa motilité est en dysfonc-
tion d'extension et présente une restriction dans son Le cervelet est impliqué dans l'équilibre et dans la
mouvement antéropostérieur et/ou vers la ligne régulation des mouvements fins. Il régule la pro-
médiane. Cette restriction peut être unilatérale ou prioception inconsciente en recevant les informa-
bilatérale. Les dysfonctions bilatérales ne présentent tions provenant de la sphère pariétale homolatérale.
pas nécessairement un caractère de symétrie. Il est donc particulièrement utile de vérifier et de
normaliser les dysfonctions du cervelet quand des
récidives d'entorses d'un membre inférieur sur-
Normalisation viennent sans véritables traumatismes, démontrant
la présence possible d'un déficit proprioceptif. Il
Pour première partie du mouvement, antéropos- sera aussi utile de le vérifier dans les formes
térieur, la normalisation se fait généralement dans bénignes d'affections du contrôle de la motricité
le sens indirect, donc par accumulation. fine chez les enfants.

Figure 4.11. Motilité du cervelet.


54 La motilité en ostéopathie

Le cervelet peut être impliqué — il l'est alors du ganglion stellaire ; à un problème du niveau
bilatéralement — dans des troubles de l'équilibre de D10, on pourra possiblement associer des
comme les troubles de pseudo-Ménière ou chez dysfonctionnements des surrénales, etc.
les enfants pendant le développement de l'équi- D'innombrables exemples impliquant le prin-
libre debout et de la marche. cipe de l'innervation segmentaire relèvent de
Par extension, par son rôle probable dans le l'application de la physiologie de base nécessaire
maintien des troubles du positionnement articu- à la pratique régulière de l'ostéopathie. Par ses
laire, les atteintes du cervelet peuvent parfois être multiples relations embryologiques, les effets
impliquées dans les troubles de pied bot équins. des traitements de la crête neurale peuvent avoir
C'est ce que de multiples observations cliniques des effets à distance dont les possibilités sont
nous révèlent. encore à explorer.
Vu ses fonctions cognitives, le travail du cervelet
est très utile pour certains troubles de l'apprentis-
sage, spécifiquement du langage — il est alors asso-
cié à un travail précis sur certaines zones des Mouvement embryologique
hémisphères cérébraux — et dans certains troubles
de l'attention.
général de la moelle épinière
Finalement, le travail du cervelet et des noyaux La moelle épinière est formée de la plaque neu-
du 4e ventricule complète le travail de la sphère rale, issue de l'ectoblaste. Pendant sa formation, la
postérieure crânienne. plaque neurale va s'enfoncer sous la surface de
l'embryon.
La moelle épinière se forme dans le sens cranio-
caudal. Elle s'enroule ensuite dans le sens longitudi-
nal et forme progressivement un tube qui
Moelle allongée, moelle correspondra à la moelle. Cet enroulement se fait à
épinière, crête neurale partir du jour 22 en évoluant depuis les cinq somites
supérieurs et en s'étendant caudalement. Il débute
et ganglions par l'épaississement de l'arrière vers l'avant de la par-
tie médiane de la plaque neurale qui provoque
ensuite l'enroulement de l'ensemble de la plaque
Il est possible de poursuivre le travail sur le pas- neurale sur elle-même. Cet enroulement se termine
sage des informations du centre du système ner- lorsque les berges droite et gauche se rejoignent en
veux autonome vers la périphérie (sphère permettant la fermeture postérieure du tube neural.
viscérale) directement par le travail des plexus et L'allongement et l'enroulement sont évalués à
des viscères eux-mêmes sans passer par le travail l'aide de tests différents.
de la moelle allongée, de la moelle épinière et
de la crête neurale. En revanche, devant la per-
sistance de certains motifs de consultation, il
peut être intéressant de pousser plus loin l'in- Moelle épinière
vestigation de certains problèmes segmentaires
en évaluant et en normalisant la motilité d'un Mouvement de motilité et test
niveau médullaire et/ou d'une crête neurale qui
correspond au motif de consultation. Par Le mouvement général de l'allongement du tube
exemple, pour un problème chronique impli- neural, donc de la moelle épinière, est un mouve-
quant le membre supérieur ou des migraines, il ment céphalocaudal.
sera intéressant d'aller vérifier le niveau de la Pour apprécier la motilité générale de la mise
charnière cervicodorsale à cause de la présence en place de l'ensemble de la moelle, l'ostéopathe
Chapitre 4. Système nerveux 55

passe sa main le long de la colonne vertébrale en Dysfonction de motilité


plaçant son intention au niveau médullaire, donc
à l'intérieur du canal rachidien. Il évalue la possi-
La perte de motilité du mouvement céphalocau-
bilité de la plaque neurale d'exprimer sa motilité
dal de la plaque neurale est généralement secon-
de développement dans le sens haut/bas. Cette
daire à un blocage segmentaire qui sera évalué
motilité s'exprime par le mouvement de deux
par un test spécifique. Une fois ce segment
courants distincts, un à droite et un à gauche.
­normalisé, la motilité de la moelle épinière dans
L'ostéopathe recherche essentiellement des
la direction céphalocaudale devrait le plus
zones de densités qui représentent le plus sou-
souvent s'exprimer normalement sans autre
­
vent des dysfonctions segmentaires de la moelle.
complication.
Quand une telle densité est présente, la main est
Le segment de moelle épinière ayant perdu sa
« arrêtée » dans son mouvement de descente le
motilité est en dysfonction d'extension et présente
long de la colonne vertébrale et toute la motilité
une restriction dans le mouvement d'enroulement
de la moelle sous la densité apparaît souvent
qui le transforme en tube neural à partir de la
ralentie, même si son mouvement n'est pas tou-
plaque neurale. Une des composantes de cet
jours totalement absent (figure 4.12).
enroulement peut être plus restreinte qu'une
Quand il retrouve une telle densité, l'ostéopathe
autre ou encore, un côté plus que l'autre.
doit s'y attarder et évaluer la motilité de l'enroule-
ment d'un segment de moelle. Dans son mouve-
ment de motilité en flexion, tel que décrit plus
haut, un segment de moelle épinière s'épaissit Normalisation
(dans un petit mouvement de l'arrière vers l'avant
dans la structure elle-même) puis s'enroule sur lui- La normalisation d'un niveau segmentaire se fait à
même jusqu'à la fermeture complète de la paroi l'aide d'une technique indirecte, donc par
postérieure. accumulation.
Pour apprécier la motilité de l'enroulement Lorsque nécessaire et en complément avec la
d'un segment de moelle épinière, l'ostéopathe technique segmentaire, la normalisation de la mise
place deux appuis de part et d'autre de la région en place haut-bas de la moelle peut être appliquée
médullaire à investiguer. Il évalue la possibilité avec une technique directe. Ce mouvement doit
pour le segment de moelle épinière d'exprimer sa parfois être harmonisé avec le mouvement de mise
motilité (figure 4.13). en place général de la colonne vertébrale qui se

Figure 4.12. Motilité en allongement de la moelle épinière.


56 La motilité en ostéopathie

Figure 4.13. Motilité d'un segment de moelle épinière.

produit dans le même sens (cf. chapitre 9, Système rale quand un niveau segmentaire présente des
musculosquelettique). restrictions importantes.
Le travail segmentaire de la moelle épinière (et
de la crête neurale) peut parfois donner des solu-
Considérations tions à des dysfonctions vertébrales récidivantes
ostéopathiques ou impossibles à lever avec des techniques de nor-
malisation ostéopathiques classiques.
Le travail médullaire segmentaire peut être utile Évidemment, le travail segmentaire de la
pour relancer la motilité générale du métamère moelle est parfois associé à un travail spécifique
(dermatome, myotome et/ou sclérotome) ou sur la vertèbre elle-même (cf. chapitre 9, Système
pour rendre la motilité à la racine des nerfs rachi- musculosquelettique). Un conflit entre la moelle
diens. Le travail segmentaire de la moelle épinière et la vertèbre d'un même segment donne parfois
est souvent complété par le travail de la crête neu- naissance à des douleurs chroniques.
Chapitre 4. Système nerveux 57

L'ostéopathe avisé prendra garde, dans l'ap-


plication de ces techniques, de bien comprendre
le contexte dans lequel il les applique afin de
prévenir des réactions neurovégétatives intem-
pestives qui surviennent parfois à la libération
de blocages importants et/ou de longue date de
certaines dysfonctions segmentaires de la
moelle.

Moelle allongée
La moelle allongée est une zone spécifique de la
moelle car elle représente le premier point de
contact où la plaque neurale devient un tube. De
là, le tube neural se forme à la fois en direction
céphalique (cerveau) et caudale (moelle épinière).
Cette particularité lui vaut d'être évaluée spécifi- Figure 4.14. Premier point de contact dans
quement (figure 4.14). l'enroulement du tube neural.

Mouvement Les pertes de motilité de la moelle allongée


de motilité et test peuvent parfois correspondre à des blocages de la
région cervicale supérieure.
Pour apprécier la motilité de la moelle allongée,
l'ostéopathe place deux appuis de part et d'autre Normalisation
de la région médullaire à investiguer, donc au
niveau de l'occiput dans sa portion sous-­
tentorielle. À partir de ce point de repère, il évalue La normalisation de la moelle allongée se fait à
la possibilité pour la moelle allongée d'exprimer sa l'aide d'une technique indirecte, donc par
motilité. accumulation.

Dysfonction de motilité Crête neurale et ganglions


La moelle allongée ayant perdu sa motilité est en Mouvement embryologique
dysfonction d'extension et présente une restric-
tion dans le mouvement d'enroulement qui la Quand le tube neural se développe, les parties les
transforme en tube neural à partir de la plaque plus latérales se postériorisent. Des cellules se
neurale. De façon plus spécifique, la dysfonction rejoignent au niveau de la ligne centrale pour
de motilité peut correspondre davantage à l'une former la crête neurale. Cette nouvelle structure
ou l'autre des composantes de son mouvement se détache du tube neural dont elle est issue pour
embryologique, l'épaississement initial dans la se placer entre l'ectoderme et le tube neural et
partie antérieure, le mouvement de l'avant vers devenir une structure indépendante. La crête
l'arrière et/ou la jonction entre la berge droite et neurale se divise ensuite à sa partie centrale de
la berge gauche. sorte que la partie droite se sépare de la partie
58 La motilité en ostéopathie

gauche. La crête neurale est à l'origine des gan- constituée en tube neural, la crête neurale se
glions nerveux qui migreront en direction anté- forme ensuite.
rieure vers leur position définitive en passant Dans leur mouvement de motilité en flexion,
entre le somite et le tube neural : les deux parties d'une crête neurale se
• les ganglions spinaux sont la première struc- rejoignent simultanément avec la fermeture du
ture à être formée. Ils demeurent entre le tube tube neural. Elles se détachent du tube neural
neural et le somite. Les ganglions spinaux dans un mouvement postérieur pour ensuite se
donnent passage aux influx nerveux sensitifs séparer l'une de l'autre dans un mouvement de
qui proviennent des organes et des viscères, de dedans en dehors pour aller constituer les gan-
la paroi du corps et des membres et qui glions spinaux. Dans un mouvement posté-
rejoignent la moelle épinière. Généralement, roantérieur, elles forment ensuite les ganglions
une paire de ganglion se développe par niveau de la chaîne sympathique paravertébrale. Le
vertébral ; reste du mouvement appartient à la mise en
• d'autres cellules migrent plus loin et se situent place des plexus et sera décrit dans les sections
de chaque côté de la vertèbre en devenir pour suivantes.
former les ganglions de la chaîne sympa- Pour apprécier la motilité de la crête neurale
thique paravertébrale. Il y a deux ganglions et des ganglions, l'ostéopathe place deux appuis
pour chaque paire de somites dans les régions de part et d'autre du tube neural et il évalue la
dorsale, lombaire et sacrée. Dans la région cer- possibilité pour la crête neurale et les ganglions
vicale, il y en a trois. Seulement un ganglion est d'exprimer leur motilité (figure 4.15).
en rapport avec le coccyx. Les neurones cen-
traux situés dans la moelle épinière sont, quant
à eux, distribués uniquement dans les régions Dysfonction de motilité
dorsale et lombaire ;
• au niveau de D10, un plus grand nombre de
La crête neurale ayant perdu sa motilité est en dys-
cellules migrent latéralement et antérieurement
fonction d'extension et présente une restriction
pour former la médullaire de la glande
dans une des composantes de son mouvement
surrénale ;
(rapprochement, postériorisation, latéralisation
• des cellules s'avancent encore un peu plus, for-
puis antériorisation). Un déficit du mouvement
mant les ganglions des plexus qui vont tous
d'antériorisation correspond spécifiquement aux
s'enrouler autour d'une artère spécifique. Ces
ganglions.
ganglions correspondent à l'organisation des
plexus tels qu'ils seront décrits dans la section
suivante ;
• des cellules poursuivent leur trajet plus loin Normalisation
encore en migrant le long des mésentères
pour  former les ganglions intramuraux dans La normalisation des deux premiers mouve-
la  paroi  des viscères et des organes. Ces gan- ments des crêtes neurales, celui où elles se
glions sont le deuxième neurone du système rejoignent et celui de leur mouvement posté-
parasympathique. rieur, se fait à l'aide d'une technique indirecte,
donc par accumulation. La normalisation du
mouvement où elles se détachent l'une de l'autre
se fait plus souvent avec une technique directe,
Mouvement donc par induction. La normalisation des mou-
de motilité et test vements des ganglions spinaux et des ganglions
de la chaîne paravertébrale se fait aussi le plus
Le mouvement de la crête neurale suit le mouve- souvent avec une technique directe, donc par
ment de la moelle épinière. Quand celle-ci s'est induction.
Chapitre 4. Système nerveux 59

Figure 4.15. Motilité de la crête neurale et des ganglions.

Considérations Plexus nerveux


ostéopathiques
La transmission des informations du centre du
Selon le niveau segmentaire de la crête neurale retrou-
système nerveux autonome vers la périphérie se
vée en restriction, la relance de la motilité des gan-
poursuit ensuite par le travail sur les plexus ner-
glions spinaux et de la chaîne sympathique s'adressera
veux. Les fibres nerveuses issues des cellules des
à des signes et symptômes très variés. Par exemple,
crêtes neurales forment des centres neurovégé-
une action plus spécifique sur la région de D10 aura
tatifs locaux qui se dirigent vers le cœur et les
une action plus précise sur la glande surrénale.
poumons, le tractus intestinal et le système
Vu leur distribution anatomique très large, les
rénal, les organes génitaux ainsi que la peau.
effets de relance de la motilité des crêtes neurales
Dans la section précédente, la migration des
peuvent s'exercer à distance et ils seront sans doute
ganglions des plexus a été décrite en soulignant
difficiles à estimer avec précision, surtout quand ces
que ces fibres nerveuses sont toutes en rapport
effets seront jumelés aux autres normalisations ostéo-
avec les grands axes circulatoires du thorax et
pathiques appliquées dans le même traitement.
de l'abdomen. Les plexus concerneront donc
Les crêtes neurales assurant la formation de
toutes les « nourritures » destinées aux tissus :
l'odontoblaste des dents, on trouve peut-être dans
l'innervation et la vascularisation. Selon le
l'embryologique l'explication de certaines réflexo-
concept ostéopathique, les plexus nerveux
logies dentaires dont les résultats cliniques sont
peuvent être mis en lien avec la classique « loi
parfois confondants.
60 La motilité en ostéopathie

de l'artère ». Rappelons aussi que, dans la Quand ils sont complètement libres, chaque
médecine chinoise, l'énergie, c'est le sang. plexus présente sept spirales dans son mouve-
ment de la superficie vers la profondeur et sept
spirales dans son mouvement de la profondeur
vers la superficie. L'établissement de ce nombre
Mouvement embryologique est venu de l'expérience clinique renouvelée.
Par leur localisation, les spirales des plexus
Le mouvement de mise en place des plexus se fait peuvent aussi être associées à la notion
donc à partir de la crête neurale pour aller former de  chakra de la médecine indienne et corres-
les ganglions et se matérialise ensuite par l'expan- pondre aux sept niveaux de conscience. On
sion des fibres nerveuses jusqu'aux organes cibles. comprendra que, selon les individus et leur
Ce mouvement se fait donc de l'arrière vers l'avant fonctionnement, les sept spirales des plexus ne
et de la profondeur vers la périphérie. Les plexus soient pas toujours accessibles et que certaines
nerveux s'enroulent autour d'un axe vasculaire, restrictions dépassent le cadre de l'intervention
produisant un mouvement de motilité décrit ostéopathique.
comme une spirale. Pour être déclaré exempt de restriction, un
plexus doit présenter des mouvements d'aller et
de retour libres correspondant à une zone opti-
Mouvement male d'échange entre le milieu intérieur et le
de motilité et test milieu extérieur. On pourrait comparer les plexus
à des antennes branchées à la fois sur le monde
Dans leur mouvement de motilité en flexion, les extérieur et le monde intérieur afin de créer une
plexus font des mouvements circulaires spiralés, interface entre les deux.
toujours dans le sens horaire. L'évaluation ostéopathique considère le fonc-
Dans un premier temps, le mouvement circu- tionnement de six plexus. Les plexus les plus
laire qui va de la périphérie vers le centre et qui importants au niveau fonctionnel sont le plexus
correspond au passage des informations prove- cœliaque et le plexus cardiopulmonaire. Les autres
nant du milieu extérieur vers le milieu intérieur est plexus en sont dépendants.
testé. Ce mouvement du dehors vers le dedans Pour apprécier la motilité des plexus, l'ostéo-
utilise la même circulation énergétique que le pathe place ses mains de manière à encercler le
mouvement embryologique mais capte plutôt centre du plexus à évaluer. Il débute par les deux
l'énergie qui vient des autres et des énergies plexus principaux qu'il complète, au besoin, avec
renouvelables de l'environnement. l'évaluation des autres plexus. La circonférence la
Ce mouvement du dehors vers le dedans se fait plus extérieure d'un plexus sera proportionnelle à
par des mouvements aux circonférences de plus en son importance : plus le plexus est important
plus petites, créant une forme générale de spirale, fonctionnellement, plus la circonférence sera
à mesure que l'on s'approche de la partie la plus grande. Ainsi :
profonde du plexus, donc de son embranchement • pour le plexus cœliaque, l'ostéopathe place ses
aortique. mains largement de part et d'autre de la partie
Ce premier mouvement, de la périphérie vers le basse du thorax de façon à ce qu'elles créent une
centre, est suivi par le mouvement inverse, soit du surface dont le centre est l'origine du plexus
centre vers la périphérie qui correspond, lui, stric- cœliaque, soit juste sous le diaphragme, autour
tement au sens du développement embryolo- de l'appendice xiphoïde ;
gique. Ce mouvement vers l'extérieur s'exprime • pour le plexus aorticorénal, l'ostéopathe
initialement par des mouvements de petites cir- place ses mains un peu plus rapprochées, de
conférences qui évoluent vers de plus grandes. Ce façon à ce qu'elles couvrent une surface dont
mouvement du dedans vers le dehors correspond le centre se crée entre l'appendice xiphoïde et
à l'énergie propre du sujet. l'ombilic ;
Chapitre 4. Système nerveux 61

• pour le plexus mésentérique supérieur, l'os- L'ostéopathe évalue la possibilité pour


téopathe place ses mains encore un peu plus le  plexus d'exprimer sa motilité dans le sens
rapprochées, de façon à ce qu'elles couvrent une horaire, de la périphérie vers le centre puis du
surface dont le centre se crée sous l'ombilic ; centre vers la périphérie. Il doit mettre
• pour le plexus mésentérique inférieur, l'os- sa  conscience au bon niveau afin de pouvoir
téopathe place ses mains encore un peu plus bien suivre les mouvements de motilité des
rapprochées, de façon à ce qu'elles couvrent plexus et ne pas se laisser distraire par les autres
une surface dont le centre se crée entre le structures environnantes, qui sont nombreuses.
plexus mésentérique supérieur et la symphyse L'évaluation débute par un ressenti palpatoire
pubienne ; actif qui est complété par un ressenti palpatoire
• pour le plexus hypogastrique, l'ostéopathe passif (figure 4.16).
place ses mains encore un peu plus rapprochées,
de façon à ce qu'elles couvrent une surface dont
le centre se crée au-dessus de la symphyse Dysfonction de motilité
pubienne ;
• pour le plexus cardiopulmonaire, l'ostéopathe Un plexus ayant perdu sa motilité est en
place ses mains de part et d'autre du thorax, sur les ­dysfonction d'extension et présente une restric-
côtes, de façon à ce que ses mains couvrent une tion qui peut être soit un ralentissement dans
surface dont le centre se crée au milieu du un mouvement circulaire, soit un frein limitant
sternum ; le passage à la spirale suivante, soit une impos-
• pour le plexus hypophysaire, l'ostéopathe sibilité absolue de compléter le mouvement
place ses mains de façon à ce qu'elles couvrent de spirale. En clinique, les dysfonctionnements
une petite surface dont le centre se crée au des deux plexus principaux sont très
niveau de la glabelle. nombreux.

Plexus cœliaque Plexus cardio-pulmonaire

Figure 4.16. Motilité des plexus nerveux.


62 La motilité en ostéopathie

Normalisation ganglions, et précédera le travail sur les organes et


les viscères. Dans certaines situations, les plexus
sont normalisés avant le travail du système ner-
La normalisation se fait généralement dans le
veux. Leur régulation permettra alors une distri-
sens direct, donc par induction, contre la restric-
bution adéquate de l'énergie rendue disponible
tion ressentie dans le mouvement circulaire spi-
par ce travail vers la périphérie.
ralé. Il faut attendre qu'un mouvement circulaire
Étant une zone d'échange entre l'extérieur et
soit complètement libéré avant de passer au
l'intérieur, les deux trajets des mouvements des
suivant.
plexus seront aussi essentiels l'un que l'autre :
Le plexus cœliaque est primaire sur les plexus
• le trajet du plexus de la superficie vers la profon-
situés plus bas car c'est lui qui assure le passage de
deur est souvent bloqué suite à des problèmes
l'information neurologique qui leur est destinée.
situés dans l'environnement pour lesquels l'orga-
Il faut donc s'assurer, avant de corriger locale-
nisme semble éprouver le besoin de se protéger. Ce
ment ces plexus, qu'ils reçoivent les informations
type de dysfonctions des plexus est le plus fréquent.
nécessaires à leur bon fonctionnement. Le plexus
L'intensité de la dysfonction et la « hauteur » de la
cœliaque est donc toujours investigué et norma-
spirale restreinte seront des indicateurs intéressants
lisé en premier, même quand ce sont les autres
de l'état et de l'évolution des liens entretenus par
plexus qui présentent une dysfonction.
un individu avec le milieu extérieur ;
Par respect des dispositions anatomiques et
• le trajet du plexus de la profondeur vers la
pour les mêmes raisons évoquées plus haut, la nor-
superficie est bloqué quand un individu a des
malisation du plexus cardiopulmonaire précédera
problèmes de distribution d'énergie. Ce type de
la normalisation du plexus hypophysaire quand
dysfonction est heureusement plus rare.
elle sera nécessaire.
Les enfants présentent fréquemment des dys-
fonctions dans les plexus car leurs liens avec le
milieu extérieur sont peu conscientisés et peu fil-
Considérations trés par un cortex en cours de développement,
ostéopathiques donc par la rationalité et par la conscience. Ils
reçoivent donc beaucoup d'informations prove-
Les plexus sont un lieu de distribution d'influx ner- nant de leur environnement directement par les
veux et de sang, donc d'énergie. Ils apportent nour- plexus nerveux et y répondent « instinctivement ».
riture à toutes les structures qui correspondent à On peut ainsi expliquer certains maux de ventre
leurs niveaux segmentaires. Les signes et symptômes d'origine émotionnelle chez les enfants dont la
en relation avec une dysfonction de motilité des fréquence est relativement élevée en clinique.
plexus peuvent donc être très variés. Les intentions
thérapeutiques seront établies en fonction des
répercussions sur un groupe d'organes ou de vis-
cères ou, plus rarement, sur une structure plus spé-
cifique. Il faut bien connaître l'anatomie et la Système nerveux central :
physiologie du système nerveux autonome pour
déduire tous les effets possibles des normalisations hémisphères cérébraux
des plexus. Par exemple, il faut savoir que la com-
mande du sphincter de la vessie est sous le contrôle Mouvement embryologique
du plexus cœliaque pour comprendre la cause de
certaines incontinences. Les vésicules télencéphaliques, issues du cerveau
Le travail sur les plexus peut se situer dans le antérieur ou prosencéphale, croissent dans un mou-
sens du flux des informations allant du centre vers vement d'enroulement en forme de cornes de
la périphérie. Il suivra alors le travail crânien, celui béliers. C'est le même mouvement décrit dans la
de la moelle et/ou de la crête neurale et celui des théorie classique du mécanisme cranio-sacré.
Chapitre 4. Système nerveux 63

La croissance embryologique des hémisphères céré-


braux débute par une poussée qui s'exerce derrière
le lobe frontal, qui remonte et qui passe ensuite
d'avant en arrière par le lobe pariétal. Puis, l'énergie
de croissance se dirige vers le lobe occipital où elle
inverse sa direction pour finalement passer vers le
lobe temporal où elle se termine son trajet dans un
mouvement spiralé du dedans vers le dehors.
Cet enroulement est créé par l'expansion très
importante des hémisphères par rapport au reste du
cerveau et s'exécute autour de l'axe matérialisé par
le trou de Monroe. Dans la version finale du cer-
veau, l'axe correspond noyau amygdalien. Par ce
mouvement, les hémisphères cérébraux recouvrent
ainsi une bonne partie du cerveau primitif (cf. Atlas
de poche d'embryologie, Drews. p. 236). Figure 4.17. Motilité générale des hémisphères cérébraux.

Mouvement
de motilité et test
Dans leur mouvement de motilité en flexion, les
hémisphères cérébraux font un mouvement géné-
ral en corne de bélier (figure 4.17).
Pour apprécier la motilité des hémisphères
cérébraux, l'ostéopathe place ses mains sur les
­
­hémisphères droit et gauche en se déplaçant graduel-
lement pour suivre le mouvement de motilité. Par
exemple, il débute en plaçant les mains sur le lobe
frontal pour ressentir la poussée derrière le lobe puis
le mouvement de remontée et de recul vers l'arrière,
dans le sens de la corne de bélier (figure 4.18).
Il poursuit en plaçant ses mains de part et
d'autre du vertex, puis au niveau du lobe occipital
et il termine en plaçant ses mains sur les deux par-
ties latérales de la tête pour ressentir la poussée des Figure 4.18. Motilité spécifique des lobes frontaux.
lobes temporaux (figure 4.19).
Avec l'expérience, il est possible d'adopter une
position de main qui soit englobante et qui per-
triction dans une des composantes de son mouve-
mette d'évaluer la motilité des hémisphères d'une
ment en forme de corne de bélier.
seule venue.

Normalisation
Dysfonction de motilité
La normalisation de la motilité des hémisphères se
Un hémisphère cérébral ayant perdu sa motilité fait généralement dans le sens direct, donc par
est en dysfonction d'extension et présente une res- induction.
64 La motilité en ostéopathie

Figure 4.19. Motilité spécifique des lobes temporaux (mouvement d'expansion latérale).

Considérations toutefois sous-estimer la complexité de l'anatomie


ostéopathiques et du fonctionnement du système nerveux de l'être
humain. La carte des zones cérébrales établie par
Broadmann, anatomiste allemand du début du xxe
Par signes et symptômes siècle et qui est fondée sur les différences d'archi-
Afin d'utiliser les résultats d'une évaluation crâ- tecture cellulaire des différentes régions du cortex,
nienne plus conventionnelle, il est intéressant de reste particulièrement utile à cet effet.
noter qu'une augmentation de la densité osseuse Pour analyser la présence d'une dysfonction de
locale d'une région de la boîte crânienne coïncide motilité des hémisphères cérébraux qui a été
souvent avec la présence d'une dysfonction de objectivée par l'évaluation, il faut impérativement
motilité du tissu cérébral, signant encore une fois connaître leurs fonctions. De façon générale, on
la primauté du contenu sur les contenants. Les peut noter que :
patients rapportent souvent spontanément que • le lobe occipital joue un rôle primordial dans
cette densité est douloureuse à la palpation. l'extraction et l'analyse des caractéristiques phy-
De très nombreux signes et symptômes peuvent siques de toute l'information visuelle. Trente-
être interprétés par la présence de restrictions de la deux aires cérébrales liées à la vision sont
motilité d'une partie d'un hémisphère cérébral et dénombrées et certaines aires qui sont en lien
être améliorés par un travail de normalisation avec des informations très spécifiques : couleurs,
adapté. Vu leur diversité, il serait illusoire et réduc- visages, mouvements, etc. Le lobe occipital doit
teur de vouloir établir une nomenclature exhaus- répondre aux questions du « quoi ? » sur l'iden-
tive des effets que l'on peut espérer de ce type tification de l'objet et du « où ? » sur sa position.
d'intervention qui reste encore à approfondir clini- Le lobe occipital est en lien avec presque tous
quement. À cette fin, il sera bon d'approfondir les autres lobes par des fibres d'association. Les
l'anatomie et la physiologie des centres supérieurs informations reliées d'une façon ou d'une autre
du système nerveux central en insistant sur la loca- à la vision occupent près de 50 % du système
lisation des diverses zones, leurs fonctions ainsi que nerveux central, formant des circuits d'une très
sur le trajet des informations neurologiques sans grande complexité ;
Chapitre 4. Système nerveux 65

• le lobe pariétal a des fonctions dans l'intégra- tion de sentiments d'étrangeté, mais certains
tion polysensorielle somatosensitive, vestibu- sont inconscients comme dans les cas
laire, visuelle et symbolique. Il a un rôle d'hémidépersonnalisation ;
primordial dans l'intégration somesthésique, • le lobe temporal est associé principalement à la
donc dans l'intégration des informations senso- mémoire et à l'audition, mais aussi au langage et à
rielles et proprioceptives provenant de la péri- la vision. La fonction de base du lobe temporal est
phérie vers le centre. Le lobe pariétal est impliqué d'intégrer des expériences sensorielles plurimo-
dans la perception de l'espace. La région de la dales ce qui lui confère un rôle déterminant dans
bosse pariétale, aire 5 du cortex somatosensoriel, l'intégration sensorielle généralisée. Le développe-
peut être assimilée à une zone gérant en partie le ment du lobe temporal est donc étroitement en
schéma corporel. Classiquement, le lobe pariétal rapport avec l'accroissement des aires associatives ;
a un rôle séquentiel analytique à gauche et glo- • le lobe frontal a plusieurs rôles : il a un rôle
bal synthétique à droite. On retrouve l'homon- spécifique sur le langage par la présence de
culus sensitif au niveau de la circonvolution l'aire de Broca située dans sa partie postérieure
pariétale ascendante. Les informations sensitives et basse, au niveau de la coronale gauche ; il a
d'un hémicorps sont reçues par l'hémisphère aussi un rôle moteur important, démontré par
controlatéral (figure  4.20). Le lobe pariétal la présence de l'homonculus moteur dans la
fonctionne en étroite relation avec les autres partie frontale de la scissure frontopariétale
structures cérébrales, ce qui explique en partie la dont 80 % des fibres des faisceaux sont desti-
symptomatologie clinique variée qui y est asso- nées au côté controlatéral (figure  4.20). Le
ciée. L'étude de certains syndromes médicaux lobe frontal est le lieu d'expression des proces-
procure une vision intéressante des rôles du lobe sus cognitifs complexes car il contrôle et orga-
pariétal. Ils peuvent en effet concerner certaines nise le comportement vers un but. Il coordonne
apraxies répulsives, comme le rejet de la nourri- donc l'attention, la mémoire, le langage, les
ture sur la langue, ou des hémisyndromes vaso- perceptions, les fonctions motrices et les fonc-
moteurs comme le syndrome épaule-main. tions limbiques et peut être considéré comme
Certains troubles du schéma corporel associés au le moteur et le centre de modification des acti-
lobe pariétal sont conscients, comme la perte vités par l'exercice des fonctions exécutives
d'une partie de son corps dans le syndrome d'anticipation des événements, la sélection des
d'Alice au pays des merveilles ou dans l'appari- choix de solutions pour arriver à un effet, la
planification, le contrôle et l'évaluation de l'ef-
fet d'une action par feedback. Le lobe frontal a
également un rôle spécifique de contrôle et de
sélection du comportement social.
Les motifs de consultation qui peuvent être
aidés par l'application des techniques de motilité
sont parfois complexes et plusieurs zones ou
structures cérébrales peuvent être impliquées dans
leur apparition. En voici quelques exemples :
• pour le traitement de la dyslexie/dysphagie, il
peut être utile de vérifier à la fois les aires du
langage, mais aussi la zone motrice de la langue
Moteur et le nerf crânien hypoglosse (XII) ;
Sensitif
• les correspondances sensorielle et motrice, illus-
trées par la présence des homonculus dans la
scissure frontopariétale, sont souvent utiles à
retrouver pour assurer une proprioception effi-
Figure 4.20. Homonculus sensitif et moteur. cace et un contrôle moteur fin, qui peuvent être
66 La motilité en ostéopathie

liés à la juste motilité de l'hémisphère, spécifi- Lien avec les douleurs pariétales
quement au niveau de la scissure frontoparié-
tale, puis, évidemment, à celle du cervelet ; Les informations nociceptives provenant de la
• l'hyperactivité et plusieurs troubles du compor- sphère pariétale, au niveau d'une articulation péri-
tement impliquent généralement la normalisa- phérique, de la colonne vertébrale ou du bassin, se
tion du lobe frontal, mais peuvent aussi relever projettent sur l'homonculus sensitif controlatéral.
de plusieurs autres structures ou zones du sys- Cette projection répétée des douleurs, dans les cas
tème nerveux central selon les manifestations chroniques ou lors d'apparition très intense,
particulières ; imprègne la région correspondante de l'homoncu-
• l'épilepsie doit être investiguée médicalement lus sensitif et peut créer alors une restriction de la
pour déterminer son origine structurelle ou fonc- motilité du tissu nerveux qui peut être retrouvée
tionnelle et révéler la présence effective de foyers lors de l'évaluation de la motilité de l'hémisphère,
épileptiques qui sont le plus souvent situés dans dans le passage de l'énergie spécifique à cet endroit.
les lobes pariétaux ou temporaux, mais parfois Dans ces cas, le travail local pariétal, mécanique ou
aussi dans les lobes frontaux. Les épilepsies fonc- de motilité, aura été insuffisant voire tout à fait inef-
tionnelles sont évidemment plus souvent soula- ficace à éliminer la douleur car le problème est
gées par les normalisations énergétiques que par devenu « central ». C'est le mécanisme impliqué dans
le travail mécanique crânien et répondent mieux certaines douleurs fantômes et, comme il sera vu
que les épilepsies où un foyer a été objectivé ; dans les propos qui suivent, c'est une partie des expli-
• l'amélioration de certains types de pertes de cations qui permettent de résoudre les algoneuro-
mémoire est le plus souvent réalisée par la dystrophies réflexes (syndrome de douleur régionale
­normalisation de l'expansion latérale du lobe complexe) par le traitement de motilité énergétique.
temporal, mais ces problématiques restent évi- Ce lien a été une des bases théoriques d'un inté-
demment éminemment complexes. ressant travail de fin d'étude mené par un étudiant
formé aux techniques de motilité [24]. Il a mené
une étude clinique sur les effets des normalisations
Lien avec les traumatismes du tissu nerveux, soit des plicatures, du cervelet et
crâniens des hémisphères cérébraux, auprès de vingt-six
patients ayant à subir une intervention par arthros-
Lors de certains traumatismes vasculaires et trauma- copie pour corriger des lésions méniscales donc
tiques au niveau du crâne, la fonction en lien avec le des patients ayant potentiellement subi des dou-
site du traumatisme peut être diminuée voire leurs répétées au genou. L'intervention ostéopa-
absente. Dans certains cas, les cellules au pourtour thique au niveau du système nerveux a été menée
du lieu du traumatisme sont seulement inhibées et juste avant l'opération, soit entre 15 minutes et 1
peuvent bénéficier d'une normalisation de leur moti- heure préopératoire. Un groupe contrôle a été
lité. Cette inhibition peut être améliorée même après constitué pour estimer les effets possibles de cette
un temps post-­traumatisme qui peut être très long intervention. Les évaluations préopératoires de la
car la fonction peut être  conservée intacte « sous » douleur, du choc rotulien, de l'instabilité, du défi-
l'inhibition. Évidemment, il n'y a aucune possibilité cit articulaire et du déficit du quadriceps aux-
d'action et d'amélioration pour les cellules qui sont quelles s'ajoutent, en postopératoire, les besoins
mortes lors de l'accident qui les a meurtries. de rééducation étaient faites par les chirurgiens
Dans les cas de commotions cérébrales, ces consi- traitants. Les comparaisons entre les deux groupes,
dérations restent vraies bien qu'elles demandent à celui soumis à l'intervention ostéopathique et le
être interprétées en fonction du contexte et que, groupe contrôle, ont montré que, pour tous les
le plus souvent, elles sont associées à la normalisa- éléments de l'évaluation, les patients ayant reçu
tion de d'autres structures du système nerveux une intervention ostéopathique présentaient de
central pour permettre la meilleure récupération meilleurs scores, surtout pour la réduction du
possible des commotionnés. déficit articulaire (69,23 % d'amélioration pour le
Chapitre 4. Système nerveux 67

groupe « ostéo » comparé à 23,08 % pour le région sus-jacente, on retrouve l'homonculus


groupe contrôle) et pour les besoins de rééduca- sensitif déjà décrit :
tion (26,92 % pour le groupe « ostéo » comparé à – l'irritation secondaire d'une partie de l'ho-
46,15 % pour le groupe contrôle). De tels résul- monculus sensitif peut créer des douleurs
tats semblent suffisamment intéressants pour ins- dans l'hémicorps controlatéral à la dysfonc-
taurer des recherches afin de permettre la tion viscérale primaire. Ces douleurs sont dif-
validation des techniques de motilité et l'explora- ficiles à objectiver dans leur aspect mécanique
tion de leurs meilleures indications. et résistent souvent aux traitements prodi-
gués, par ailleurs bien appliqués, car la source
des douleurs n'est aucunement locale ;
Liens avec les informations – on retrouve aussi le même phénomène de res-
nociceptives viscérales triction dure-mérienne homolatérale décrite
plus haut ;
Les informations nociceptives d'origine viscérale – le schéma dysfonctionnel avec des tensions
sont parfois relayées jusqu'au système nerveux dure-mériennes du côté opposé aux douleurs
central par les voies viscérosensibles. L'expérience est très souvent incompris et la réussite
clinique montre que, parfois, ces informations sont des  traitements en est alors diminuée. La
enregistrées dans une région de la première plica- grille d'interprétation fournie par la motilité
ture homolatérale spécifique au viscère affecté, embryologique du tissu nerveux fournit des
selon une cartographie qui a été décrite dans la réponses inédites et fort efficaces en clinique
section sur la première plicature (cf. dans ce même dans ce genre de situations.
chapitre, p. 36).
Ces informations peuvent ensuite être gérées de
deux façons différentes par l'organisme :
• si les informations viscérales vers le centre Syndrome de douleur
restent sous-corticales, donc au niveau de la régionale complexe,
première plicature, on peut supposer que la ou neuroalgodystrophie réflexe
douleur viscérale n'a pas été ressentie consciem-
ment : Le syndrome de douleur régionale complexe, ou
– l'inscription chronique de ces informations neuroalgodystrophie, représente un cas particulier
nociceptives peut créer une restriction dans pour l'utilisation des techniques de motilité appli-
l'hémicrâne en diminuant l'amplitude du quées au système nerveux car les résultats des trai-
mouvement de motilité du contenu ce qui tements de plusieurs dizaines de cas ont représenté
aura des répercussions sur le système mem- une preuve particulièrement éclatante des possibi-
braneux du même côté ; lités de ces techniques.
– la colonne vertébrale et le membre inférieur Chez plusieurs sujets, l'apparition des symp-
du même côté seront fréquemment retrou- tômes du syndrome de douleur régionale com-
vés en compression par ces tensions plexe est expliquée par une décharge de stress
­membraneuses (cf. chapitre 9, Système mus- intense généralement associée à certain degré
culosquelettique). On pourra aussi retrouver d'hypersympathicotonie déjà présent qui rend les
des irradiations secondaires dans les membres sujets affectés incapables de s'autoréguler et d'éli-
inférieur ou supérieur du même côté miner des informations nociceptives. On r­ econnaît
qui  seront dues aux effets des tensions ici le caractère anxieux noté chez une majorité de
dure-mériennes ; sujets affectés par cette pathologie.
• parfois, les informations nociceptives ont un La décharge de stress, comme expliqué précé-
impact sur le tissu cortical sus-jacent à la pre- demment, s'inscrit surtout au niveau de la pre-
mière plicature. Généralement, la douleur est mière plicature, mais, quand elle est très intense,
alors « montée » à la conscience. Dans cette « déborde  » aussi au niveau de la troisième
68 La motilité en ostéopathie

p­ licature. De plus, la douleur somatique reliée Les traitements de motilité vont dans le même
aux membres supérieur ou inférieur s'inscrit dans sens que des développements scientifiques qui ont
l'homonculus controlatéral et dans le cervelet conclu que le syndrome douloureux régional
homolatéral. complexe est une maladie du système nerveux
La combinaison de toutes ces dysfonctions de central plutôt qu'une affection locale du système
motilité du système nerveux central ainsi que leur nerveux autonome [25, 26]. La causalité du système
grande intensité met en place toutes les prémices à nerveux dans ce type de pathologie est aussi
un dérèglement important du système nerveux démontrée par l'efficacité des traitements où le
autonome. On assiste alors à une persistance des sujet atteint regarde puis bouge son membre sain
douleurs dans le ou les membres atteints même si devant un miroir. L'image inversée envoie le mes-
les composantes purement somatiques avaient sage au cerveau du sujet que le membre atteint
parfois tendance à diminuer avant que la guérison peut exister puis bouger sans douleur et ce « men-
ne s'interrompe et que la neuroalgodystrophie ne songe » permet l'amélioration ou la guérison du
commence à s'installer. Le processus de guérison syndrome douloureux régional complexe dans un
normal est alors remplacé par l'apparition de nombre significatif de cas [27, 28].
symptômes variés : des douleurs intenses, des
modifications de la peau ou des désordres neuro-
végétatifs locaux pouvant souvent aller jusqu'à Pour aller plus loin
une déminéralisation des os. Ces douleurs et ces
pertes fonctionnelles sont tenaces, invalidantes et L'évaluation et la normalisation de plusieurs
elles ne trouvent peu ou pas de solution par les structures du système nerveux central par le travail
thérapeutiques connues. de motilité ont été présentées dans ce chapitre.
Un traitement de motilité énergétique bien Ces exemples procurent un aperçu des possibilités
mené peut résoudre en grande partie les problé- de ce type d'intervention. En appliquant les prin-
matiques des syndromes de douleur régionale cipes énoncés à d'autres migrations embryolo-
complexe dans un temps plus court que les autres giques, il sera sûrement possible de porter plus
interventions connues, lorsqu'elles sont efficaces. loin cette façon d'intervenir et de soigner.
Chapitre 5
Système neuro-psycho-
endocrino-immunitaire

Système endocrinien développement et la croissance, dans les réactions


à l'environnement (infection, stress, famine,
hémorragie, régulation de la température, etc.)
Résumé ainsi que dans les processus de la reproduction.
Cette section présente la portion endocrinienne du sys- Contrairement aux informations issues du sys-
tème neuro-psycho-endocrino-immunitaire. Après des tème nerveux, les hormones circulent par voie
considérations générales, l'hypophyse, l'épiphyse et la sanguine pour aller rejoindre leurs tissus cibles.
thyroïde sont présentées. Les autres glandes sont vues Les messages endocriniens peuvent donc encourir
dans d'autres chapitres de l'ouvrage. Les particularités du des délais assez longs avant d'être reçus. En
système endocrinien sont généralement investiguées après
revanche, leurs effets sont le plus souvent de
la normalisation des dysfonctions retrouvées au niveau du
système nerveux dont il est en partie dépendant.
longue durée. Le système endocrinien fonctionne
le plus souvent par des boucles de rétroaction
Le système endocrinien fait partie des grands entre les lieux de production, les hormones de
systèmes de régulation qui forment ensemble un libération et d'inhibition et les organes cibles.
système intégré, le système neuro-psycho- Dans ce chapitre sont vues l'hypophyse, l'épi-
endocrino-­immunitaire, qui est complexe et sub- physe et la thyroïde. Les surrénales sont traitées
til et qui est influencé par de nombreux éléments dans le chapitre 5 consacré au système nerveux par
comme l'équilibre chimique, physique et psy- leur lien avec les crêtes neurales du niveau D10. Le
chique du corps et par des éléments externes pancréas endocrine est traité en même temps que
comme la température et la lumière. le pancréas exocrine dans le chapitre 8 consacré au
Le système endocrinien est constitué d'un système digestif et les gonades sont traitées dans le
ensemble de glandes qui sécrètent des hormones chapitre 9 consacré au système génito-urinaire.
et dont le chef d'orchestre est l'axe hypothalamo-
hypophysaire. Au niveau crânien, on retrouve
aussi l'épiphyse, tandis que les autres glandes sont
situées au niveau thoracique, thyroïde et parathy- Hypophyse
roïdes, abdominal, surrénales et pancréas, et au
niveau pelvien, ovaires ou testicules. Plusieurs L'hypophyse est formée de deux parties dis-
autres structures produisent également des hor- tinctes :
mones : les parois de l'estomac, du duodénum et • l'hypophyse postérieure est d'origine neurolo-
de l'intestin grêle, des reins et du cœur ainsi que le gique et est issue du diencéphale ; elle libère
thymus. Pendant la grossesse, le placenta est une deux types d'hormones qui sont secrétées par
source importante d'hormones [29]. l'hypothalamus, l'ocytocine et l'hormone anti-
Le système endocrinien joue des rôles dans diurétique (ADH) ;
l'équilibre énergétique par la régulation du milieu • l'hypophyse antérieure est issue de la poche de
interne et la gestion de l'activité cellulaire, dans le Rathke ; sous l'impulsion des hormones de

La motilité en ostéopathie
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70 La motilité en ostéopathie

l­ibération sécrétées par l'hypothalamus, l'hypo- Mouvement de motilité et test


physe antérieure secrète et libère six h
­ ormones,
l'hormone de croissance (GH), la prolactine
La partie postérieure de l'hypophyse, dans son
(PRL), l'hormone folliculostimulante (FSH),
mouvement normal de motilité, effectue un mou-
l'hormone lutéinisante (LH), la thyréotrophine
vement de descente à partir de l'hypothalamus
(TSH) et la corticotrophine (TSH).
alors que la partie antérieure fait un mouvement
L'hypophyse a donc des effets sur presque tous
d'ascension à travers le sphénoïde.
les rôles assurés par le système endocrinien.
Pour apprécier la motilité des deux parties de
l'hypophyse, l'ostéopathe pose une main au vertex
en direction de la selle turcique et fait un appui
Mouvement embryologique intrabuccal ou au niveau du plancher mentonnier en
direction de la selle turcique. Il vérifie que les deux
La partie postérieure de l'hypophyse fait un mou- mouvements énergétiques se rejoignent au niveau
vement de descente à partir de l'hypothalamus, un de la selle turcique, signant une motilité normale
peu en avant de la paroi antérieure de la première des deux parties de l'hypophyse (figure 5.1).
plicature. Le mouvement de la neurohypophyse Les restrictions du mouvement de descente de
est donc lié, en partie, à la capacité de la première l'hypophyse postérieure peuvent aussi être tes-
plicature de faire flexion. tées pendant le mouvement de montée de la pre-
La partie antérieure de l'hypophyse fait un mière plicature. Les restrictions apparaîtront à
mouvement d'ascension à travers le sphénoïde l'ostéopathe pendant le test de la première plica-
entre le pré- et le post-sphénoïde, dans un axe qui ture s'il prend attention aux mouvements permis
suit le vomer. Les deux parties se rejoignent pour dans l'épaisseur de sa paroi antérieure. Bien qu'ils
former l'hypophyse définitive. puissent être objectivés pendant le mouvement

Figure 5.1. Motilité de l'hypophyse.


Chapitre 5. Système neuro-psycho-endocrino-immunitaire 71

de la première plicature, les restrictions du mou- lumière. À ces fins, l'épiphyse reçoit donc des
vement de l'hypophyse postérieure n'ont pas informations provenant de la rétine, qui passent
été  relevées cliniquement comme un facteur de par les voies sympathiques, via l'hypothalamus
ralentissement du mouvement de la première puis par le ganglion cervical supérieur avant de la
plicature. rejoindre en suivant des artères secondaires.
Bien que l'épiphyse n'ait pas encore livré tous
ses secrets, on lui prête aussi un rôle possible
Dysfonction de motilité dans le vieillissement [29].

L'hypophyse ayant perdu sa motilité est en dys-


fonction d'extension et présente un déficit dans Mouvement embryologique
un ou dans les deux mouvements qui permettent
la réunion de ses deux parties au niveau de la selle Située initialement à la partie supérieure du
turcique. diencéphale, dans le même plan frontal que l'hy-
pophyse qui, elle, est située à sa partie inférieure,
l'épiphyse va reculer d'environ 90° pendant sa
Normalisation mise en place. Ce recul est essentiellement provo-
qué par la rotation postérieure du diencéphale
La normalisation des deux mouvements de moti- pendant sa mise en place définitive. Pendant ce
lité de l'hypophyse se fait généralement dans le mouvement, l'épiphyse semble donc faire le
sens direct, donc par induction, en s'assurant de « tour » de la partie supérieure du thalamus pour
redonner le synchronisme entre les deux mouve- s'arrêter au niveau de la partie postérieure du
ments en présence. corps calleux.

Considérations Mouvement de motilité et test


ostéopathiques
L'épiphyse, dans son mouvement normal de moti-
Les dysfonctions de l'hypophyse peuvent être lité, effectue un mouvement de recul de 90°.
reliées à plusieurs fonctions, selon les indications Pour apprécier la motilité de l'épiphyse, l'ostéo-
liées aux motifs de consultations : par exemple, pathe pose un appui sur la suture sagittale et, en se
des irrégularités dans les cycles ovariens, des plaçant au bon niveau de profondeur, teste la possibi-
troubles de la croissance chez les enfants, des lité de l'épiphyse d'exprimer sa motilité (figure 5.2).
troubles de l'humeur reliés au système neuroen-
docrinien, etc. Il serait trop long de tous les détail-
ler ici et le lecteur saura consulter les livres de Dysfonction de motilité
référence au besoin pour les interpréter.
L'épiphyse ayant perdu sa motilité est en dysfonc-
tion d'extension et présente un déficit de son
Épiphyse, ou glande pinéale mouvement de recul.

L'épiphyse s'accroche au toit du troisième ven-


tricule, dans le diencéphale. Par sa production Normalisation
de mélatonine qui survient essentiellement la
nuit, elle est généralement considérée comme La normalisation de la motilité de l'épiphyse se
un centre supérieur contrôlant l'état d'activité fait généralement dans le sens direct, donc par
ou de repos de l'organisme en fonction de la induction.
72 La motilité en ostéopathie

Les cellules parafolliculaires de la thyroïde pro-


duisent la calcitonine qui réduit le taux de cal-
cium dans le sang. Elles ont des effets sur le
métabolisme basal (régulation de la température),
sur le contrôle de la pression artérielle, sur la
croissance et le développement des tissus, particu-
lièrement les tissus du système osseux et nerveux,
et sont essentielles aux fonctions de la reproduc-
tion [29]. Les parathyroïdes produisent la para-
thormone (PTH) qui élève le taux de calcium
dans le sang.

Mouvement embryologique
La thyroïde est issue d'un bourgeon localisé au
tiers postérieur de la langue qui se divise en deux
pendant sa descente vers sa position finale pour
former la thyroïde de forme bilobée.

Figure 5.2. Motilité de l'épiphyse.


Mouvement
de motilité et test
Considérations ostéopathiques La thyroïde, dans son mouvement normal de
motilité, effectue un mouvement de descente puis
Comme l'épiphyse joue un rôle dans les rythmes d'écartement.
circadiens, sa normalisation la plus spectaculaire Pour apprécier la motilité de la thyroïde, l'os-
survient dans les problèmes d'adaptation lors de téopathe pose ses mains au niveau de la loge viscé-
voyages impliquant des changements de fuseaux rale du cou et teste la possibilité de la thyroïde
horaires, mais elle est aussi indiquée dans les autres d'exprimer sa motilité (figure 5.3).
types de problématiques relevant des rythmes
jour/nuit.
La production de mélatonine étant reliée au
vitiligo, la normalisation de l'épiphyse peut être
Dysfonction de motilité
parfois indiquée dans ce type de problème.
La thyroïde ayant perdu sa motilité est en dysfonc-
tion d'extension et présente un déficit de son
mouvement de descente et/ou d'écartement.

Thyroïde
La thyroïde sécrète la thyroxine (T4) et la triiodo- Normalisation
thyronine (T3) qui sont les principales hormones
pour la stimulation du métabolisme. Les hor- La normalisation de la motilité de la thyroïde se
mones thyroïdiennes ont la particularité de conte- fait généralement dans le sens direct, donc par
nir toutes les deux de l'iode. induction.
Chapitre 5. Système neuro-psycho-endocrino-immunitaire 73

Figure 5.3. Motilité de la thyroïde.

Considérations sont vus dans d'autres chapitres de l'ouvrage. Les par-


ticularités du système immunitaire sont généralement
ostéopathiques investiguées après la normalisation des dysfonctions
retrouvées au niveau du système nerveux dont il est en
La lame thyropéricardique entoure la paroi partie dépendant.
postérieure du thymus et englobe le tronc bra- Le système immunitaire est l'organe de la
chiocéphalique gauche qui draine toute la reconnaissance du soi et du non-soi. En effet, le
lymphe du corps sauf la tête et le membre supé- système immunitaire forme constamment des
rieur droit qui se fait par l'intermédiaire du lymphocytes capables et responsables de recon-
canal thoracique. La lame thyropéricardique est naître les antigènes du soi auxquels il ne répond
donc en lien avec le drainage lymphatique pas (mécanisme de tolérance immunitaire). C'est
général du corps et, particulièrement, celui de cette capacité de reconnaissance de soi qui permet
la thyroïde. ensuite de reconnaître les antigènes du non-soi,
La lame thyropéricardique fait aussi un lien généralement microbiens, que le système immu-
entre l'enroulement thoracique et le thymus nitaire combattra afin de préserver l'intégrité de
qui est un des éléments importants du sys- l'organisme [30].
tème immunitaire, surtout chez les enfants Le mauvais fonctionnement du système immu-
(figure 5.4). nitaire (immunodéficience) augmente la sensibi-
lité aux infections, l'incidence de certains cancers
et peut entraîner la réactivation d'infections
latentes comme le virus d'Epstein-Barr, la tuber-
Système immunitaire culose ou le cytomégalovirus [30].
Les mécanismes altérés de la reconnaissance
Résumé de soi peuvent conduire à l'apparition des mala-
Cette section présente la composante immunitaire du
dies auto-immunes causées par des réponses
système neuro-psycho-endocrino-immunitaire. Après ­inappropriées aux antigènes du soi. Ces maladies,
des considérations théoriques, le thymus et la rate sont pour lesquelles l'environnement semble jouer un
présentés. Les autres éléments du système immunitaire grand rôle déclencheur, affectent de 1 à 2 % de la
74 La motilité en ostéopathie

D1 Thyroïde

D2

Œsophage

Trachée
Tronc veineux
brachio-céphalique
gauche Thymus

Ligament sterno-péricardique
supérieur

Figure 5.4. Lame thyropéricardique.

p­ opulation des pays développés. Elles sont sou- propres au système immunitaire, soit à partir des
vent activées par une primo-infection où la voies aériennes supérieures (anneau de Waldeyer),
réponse immunitaire a été anormale [30]. du thymus, de la rate et des plaques de Peyer de
Les frontières entre le soi et le non-soi sont l'intestin grêle (dont les normalisations sont
parfois floues comme en témoignent par décrites dans le chapitre 7 consacré au système
exemple les recherches sur le microchimérisme, digestif).
un transfert de cellules fœtales vers la mère qui
provoque une stimulation du système immuni-
taire maternel qui lui serait généralement béné-
fique [31]. Thymus
Le fonctionnement du système immunitaire est
fortement influencé par l'état psychologique et Le thymus fonctionne toute la vie pour assurer en
émotionnel général, par l'état du fonctionnement partie l'immunité bien qu'il soit moins actif chez
du système nerveux autonome, du système les adultes que les enfants. D'un assez grand
­endocrinien et de plusieurs composantes du sys- volume, il occupe avec le cœur la cavité médiasti-
tème nerveux central. Le regroupement de toutes nale. Il fait partie des glandes du système endocri-
ces composantes forme un système intégré, le sys- nien par la production de thymosine qui
tème neuro-psycho-endocrino-immunitaire. Les programme les lymphocytes T.
techniques intéressant le système nerveux auto-
nome et le système nerveux central sont donc
utiles pour tenter de réguler le fonctionnement Mouvement embryologique
du système immunitaire (cf. chapitre 5). De façon
plus macroscopique, les techniques de motilité Le thymus est issu de deux bourgeons thymiques
peuvent avoir une influence sur les organes latéraux qui débutent leur descente au niveau de la
Chapitre 5. Système neuro-psycho-endocrino-immunitaire 75

gorge dans un mouvement de dehors en dedans et Normalisation


qui se réunissent sur la ligne centrale pour former
un seul thymus. Le lieu de cette réunion est
La normalisation de la motilité du thymus se fait
nommé le « V » thymique.
généralement dans le sens direct, donc par
induction.

Mouvement de motilité Considérations ostéopathiques


et test
La motilité de la lame thyropéricardique peut être
Les deux bourgeons du thymus, dans leur mouve- perturbée par une réaction post-vaccinale trop
ment normal de motilité, effectuent un mouve- intense qui a affecté le thymus (voir figure 5.4).
ment de descente vers le bas et légèrement vers le La lame, surstimulée, semble alors réagir par une
dedans. inhibition secondaire dont les répercussions pos-
Pour apprécier la motilité du thymus, l'ostéo- sibles ont été décrites plus haut (voir thyroïde,
pathe pose ses mains au niveau de la loge viscérale dans ce chapitre).
du cou et teste la possibilité du thymus d'exprimer
sa motilité (figure 5.5).
Rate
La rate est un organe lymphoïde qui joue un
Dysfonction de motilité rôle important dans l'immunité parce qu'elle
contient un nombre important de lymphocytes,
Le thymus ayant perdu sa motilité est en dysfonc- d'anticorps et de phagocytes. De plus, la rate
tion d'extension et présente un déficit de son joue un rôle dans la maturation et l'élimination
mouvement de descente ou de réunion des deux des globules rouges, mais les fonctions de la
bourgeons l'un vers l'autre. rate ne sont pas toutes clairement établies.

Figure 5.5. Motilité du thymus.


76 La motilité en ostéopathie

Mouvement embryologique Si l'ostéopathe désire vérifier le synchronisme


de la rate avec le pancréas, il pose seulement une
main sur rate et l'autre sur le pancréas (figure 5.6).
La rate, issue du mésoblaste, apparaît directe-
ment dans le mésogastre postérieur, donc der-
rière l'estomac. On peut ainsi comprendre
facilement la formation du ligament gastrosplé- Dysfonction de motilité
nique. La rate fait ensuite un court mouvement
vers la gauche, dans l'hypochondre gauche. La rate ayant perdu sa motilité est en dysfonction
d'extension et présente un déficit de son mouve-
ment vers la gauche. L'ostéopathe ne réussit pas à
Mouvement de motilité et test sentir sa poussée latérale contre le gril costal.

La rate, dans son mouvement normal de motilité,


effectue une translation vers la gauche. Parce Normalisation
qu'ils sont dans le même plan, le mouvement de la
rate semble compléter celui du pancréas endocrine La normalisation de la motilité de la rate se fait
et il est parfois utile, en pratique, de vérifier le syn- généralement par accumulation, donc dans le sens
chronisme entre ces deux organes. indirect. La rate affiche quelquefois des dysfonc-
Pour apprécier la motilité de la rate, l'ostéo- tions en vide.
pathe se place à droite du sujet. Il pose sa main Quand le synchronisme avec le mésogastre et/
droite doublée de la gauche sur le gril costal ou le pancréas endocrine est privilégié, la normali-
gauche et il teste la possibilité de la rate d'expri- sation en accumulation de la rate est associée aux
mer sa motilité. Il devrait y ressentir la poussée qui normalisations directes, en induction, de ces
provient du mouvement de mise en place. structures.

Figure 5.6. Motilité de la rate.


Chapitre 5. Système neuro-psycho-endocrino-immunitaire 77

Lien avec la médecine Considérations


chinoise ostéopathiques
Quand elles sont liées à une émotion, les dysfonc- Outre les considérations ostéopathiques classiques
tions de la rate peuvent être reliées à la mélancolie. concernant la rate, une dysfonction d'extension
Quand elles sont liées à un élément climatique, la de sa motilité peut être en rapport avec des restric-
rate est reliée à l'humidité. Couplée au foie, la tions du mésogastre et pourra donc aussi parfois
bonne motilité de la rate est essentielle pour laisser gêner le bon mouvement de l'estomac placé juste
monter l'énergie du rein qui alimente l'organisme devant.
en énergie vitale.
Chapitre 6
Système cardiopulmonaire

Résumé Les poumons sont à considérer différemment


Ce chapitre expose deux systèmes complémentaires selon que le parenchyme, la plèvre viscérale ou la
logés dans le thorax, les systèmes cardiaque et pul- plèvre pariétale sont en dysfonction. La différence
monaire. Le système cardiaque comprend le cœur lui- entre une dysfonction unilatérale ou atteignant les
même, mais aussi ses enveloppes péricardiques séreuse deux poumons sera à considérer dans un raisonne-
et fibreuse. Le système pleuropulmonaire comprend ment clinique approprié.
le parenchyme pulmonaire et l'ensemble des plèvres.
L'importance des dysfonctions présentes dans ces sys-
tèmes pour la clinique générale et leurs répercussions Généralités
sont exposées ainsi que les tests et les techniques de
normalisation. Le péricarde est une structure très sou- embryologiques
vent trouvée dysfonctionnelle et est considéré tôt dans
l'intervention clinique, souvent en même temps que
l'enroulement thoracique. La formation du contenant du thorax est soumise au
Même s'ils sont réunis dans la même cavité, le mouvement de la plicature thoracique, qui a été
cœur, les poumons et leurs enveloppes ne par- décrit précédemment dans le chapitre sur les enroule-
tagent pas le même type de dysfonctions et leurs ments, qui va porter le septum transversum là où on
répercussions sont aussi fort différentes. En retrouve le diaphragme dans la version définitive de
revanche, une structure thoracique présentant une l'humain. La formation des parois du contenant tho-
perte de mouvement pourra influencer les autres, racique est assurée par la mise en place des plicatures
souvent de façon importante, et demander des latérales. Comme pour l'abdomen mais contraire-
adaptations dans tout le caisson thorax. ment au crâne, la mise en place du contenant thora-
La mise en place du cœur et de ses enveloppes cique se met donc en place avant son contenu.
protectrices débute très tôt dans le développement Les éléments du contenu du thorax ne pro-
de l'embryon, dans le même mouvement embryo- viennent pas tous de la même origine embryolo-
logique que l'enroulement thoracique. Le travail gique. Le cœur et les gros vaisseaux se développent
sur les structures péricardiques, dont les dysfonc- à partir du mésoblaste de la région splanchnopleu-
tions sont très fréquentes, est souvent essentiel rale. La trachée et l'appareil pulmonaire, quant à
pour réaliser la normalisation complète de cet eux, se développeront à partir de l'intestin anté-
enroulement. Le péricarde fibreux, particulière- rieur et seront donc de la même origine embryo-
ment, est en lien étroit avec la mécanique diaphrag- logique que l'œsophage.
matique dont il régule en partie le mouvement du
centre phrénique. Puisqu'il fournit l'amarrage au
système suspenseur du péricarde, la normalisation
Cœur, péricardes
du péricarde fibreux aura des effets sur ses attaches, séreux et fibreux
les dorsales hautes et le sternum et, par continuité
fasciale, sur la base crânienne. Le travail sur le cœur,
les péricardes et le système suspenseur a des effets Le rôle du cœur dans le fonctionnement du corps
mécaniques, émotionnels et généraux importants. n'est plus à décrire. L'ostéopathe prendra garde à

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80 La motilité en ostéopathie

le conserver en tout temps à l'esprit pour assurer sa partie supérieure de l'embryon, au-dessus du neu-
fonction optimale et à bien respecter la différence ropore antérieur donc au-dessus de ce qui devien-
entre structure et fonction. Il aura beaucoup plus dra la tête. Ils se transforment ensuite autour de la
souvent, heureusement, à travailler sur le péricarde 4e semaine en deux tubes endocardiques qui
fibreux et son système suspenseur que sur le cœur fusionneront pour former un seul tube cardiaque
lui-même. En effet, le système suspenseur et le primitif embryonnaire. Entre la 5e et la 8e semaine,
double feuillet péricardique protègent le cœur. Ils le tube cardiaque subit une série de transforma-
réussissent le plus souvent à bien faire leur travail tions, (inflexion, remaniements et cloisonne-
en encaissant les tensions, les chocs et les trauma- ments), qui lui donnera son aspect définitif et
tismes, surtout ceux à haute vitesse, et en forçant à mettra en place les quatre cavités cardiaques.
l'occasion l'adaptation de la posture afin de pou- Globalement, pendant sa mise en place, le cœur
voir fournir les conditions optimales pour le fonc- exécutera trois mouvements différents.
tionnement du muscle cardiaque. Avant d'espérer Comme il a été dit dans le chapitre 3 consacré
normaliser les dysfonctions présentes dans ce sys- aux enroulements, le premier mouvement du
tème de façon pérenne, il sera essentiel de bien cœur a lieu pendant la plicature thoracique : les
comprendre leurs processus d'installation et la hié- amas angioformateurs font une rotation de 180°
rarchie des fonctions du corps humain. accompagnée d'une descente qui fait passer ces
précurseurs du cœur devant les cervicales et les
dorsales. L'ébauche du cœur se place au-dessus du
Mouvement embryologique septum transversum. Le péricarde fibreux suit le
cœur dans ce premier mouvement (figure 6.1A).
Le cœur est le premier organe fonctionnel puisque Quand le cœur se met ainsi en place dans le tho-
la distribution du sang est primordiale pour la rax, les précurseurs des ventricules sont initialement
croissance des tissus de l'embryon. Il fonctionne placés au-dessus des précurseurs des oreillettes. Le
donc dès qu'il est constitué. Les précurseurs du cœur croît alors rapidement et s'allonge. Il plie sur
système circulatoire sont à l'œuvre dès le jour 22 lui-même et bascule encore de 180°, ce qui porte les
pour le cœur et le jour 24 pour la circulation san- oreillettes au-dessus des ventricules. Pendant cette
guine générale. Cette primauté du cœur peut période, une intense activité de remaniement per-
illustrer la célèbre maxime de A. T. Still : « Le rôle met la mise en place des principales voies artérielles
de l'artère est absolu. » et veineuses qui seront rendues définitives lors de la
À la fin de la 3e semaine, les amas angioforma- naissance. Les péricardes fibreux et séreux suivent le
teurs, ou cordons angioblastiques, sont situés à la cœur dans ce deuxième mouvement (figure 6.1B).

A B C
Figure 6.1. Trois mouvements de mise en place du cœur.
A : Descente et rotation de 180 degrés des précurseurs du cœur.
B : Croissance du cœur et bascule de 180 degrés.
C : Mise en place définitive du sommet du cœur et des gros vaisseaux.
Chapitre 6. Système cardiopulmonaire 81

Finalement, mettant en place les gros vaisseaux tin. Les restrictions de ce premier mouvement
que sont l'aorte et le tronc pulmonaire, le cœur concernent au premier chef le péricarde fibreux et,
effectue une torsion sur lui-même. Dans sa disposi- comme ce dernier doit remplir sa fonction de pro-
tion finale, le sommet du cœur avec les gros vais- tection du cœur, elles sont extrêmement fré-
seaux s'incline vers la droite et la pointe du cœur quentes. Ces restrictions sont évidemment
définitif se retrouve à gauche. L'« essorage » du cœur, souvent associées aux déficits de mouvement de
lors de sa contraction, sera facilité par cette structure l'enroulement thoracique et il faudra fréquem-
vrillée du cœur sur lui-même. Comme pour le deu- ment les travailler simultanément afin de les nor-
xième mouvement, le péricarde séreux suit le cœur maliser correctement toutes les deux (figure 6.2).
dans ce mouvement de torsion (figure 6.1C). Le deuxième mouvement et le troisième mou-
vement à tester concernent seulement le cœur et
le péricarde séreux.
Le deuxième mouvement à évaluer est un mou-
Mouvement de motilité et test vement de 360° de rotation composé de l'addition
des deux mouvements successifs de rotation de
Trois mouvements distincts sont à évaluer pour le 180° que le cœur affiche pour assurer sa mise en
cœur et les péricardes fibreux et séreux. place définitive. En exprimant sa motilité, le cœur
Le premier mouvement à évaluer est la des- se retrouve donc à tourner sans cesse sur lui-même
cente, qui concerne le cœur et les deux péricardes, dans un mouvement de rotation perpétuelle. Les
qui se fait en même temps que le début de la mise fluctuations dans l'expression de la flexion donnent
en place de l'enroulement thoracique. Cette des- à la palpation une impression de mouvement pro-
cente est matérialisée par la présence, dans la voqué par la rotation d'un arbre à cames qui cor-
forme définitive de l'humain, de la lame thyropé- respond aux pics des mouvements de flexion.
ricardique — tandis que le mouvement de des- Le cœur est le seul organe dont la motilité
cente de tout l'enroulement thoracique est affiche un mouvement perpétuel dans le corps
représenté, lui, par le feuillet antérieur du médias- humain. Les problèmes d'expression de cette

Figure 6.2. Motilité du premier mouvement de mise en place du cœur.


82 La motilité en ostéopathie

motilité perpétuelle sont rares, heureusement, ront aussi signer un problème de structure du cœur
car ils signent généralement des problèmes dans ou être associées avec des problèmes importants de
la structure même du cœur. De telles restrictions digestion (pour une explication plus complète : cf.
nécessitent une consultation médicale sans délais. Conséquences ostéopathiques dans la section
Pour évaluer correctement ce mouvement per- Estomac du chapitre 7, Système digestif) (figure 6.4).
pétuel de rotation, il faut tenir compte de la direc-
tion finale de l'axe du cœur rendu oblique par la
torsion du cœur sur lui-même (cf. troisième mou- Dysfonctions de motilité
vement). Cet axe est oblique dans une direction
qui va de haut et à gauche (globalement la direc- Le péricarde fibreux ayant perdu sa motilité pré-
tion de l'épaule gauche) à en bas et à droite (glo- sente donc une restriction dans le mouvement de
balement la direction de l'iliaque droite). descente, matérialisée par la lame thyropéricar-
Pour apprécier la motilité autour de l'axe dique. Ces dysfonctions sont fréquentes.
oblique du cœur, l'ostéopathe place ses mains sur Le cœur et le péricarde séreux ayant perdu leur
le thorax au niveau du cœur et il apprécie sa motilité présentent :
­possibilité d'exprimer sa motilité perpétuelle de • soit un déficit de leur motilité perpétuelle de
rotation autour de l'axe oblique (figure 6.3). rotation ;
Le troisième mouvement à évaluer concerne le • soit un déficit de motilité autour de l'axe oblique
mouvement de torsion du cœur sur lui-même, donc qui correspond à la mise en place des gros vais-
le mouvement spécifique de mise en place des gros seaux à droite et de la pointe du cœur à gauche.
vaisseaux et de la pointe du cœur. L'ostéopathe place Ces dysfonctions sont rares.
ses mains au-dessus et en dessous de l'axe oblique et
apprécie la possibilité de motilité qui porte, sous
l'axe, la pointe du cœur à gauche et, au-dessus de Normalisation
l'axe, les gros vaisseaux à droite. De telles dysfonc-
tions, comme pour le deuxième mouvement, sont La normalisation de la motilité du péricarde fibreux
plutôt rares. Quand elles sont présentes, elles pour- se fait dans le sens direct, donc par induction.

Figure 6.3. Motilité du mouvement perpétuel du cœur.


Chapitre 6. Système cardiopulmonaire 83

Figure 6.4. Motilité de la mise en place des gros


vaisseaux et de la pointe du cœur.

Quand des dysfonctions sont présentes, la nor- et nerveuses pour les tissus du caisson thoracique. Tel
malisation du cœur et du péricarde séreux se fait que discuté dans le chapitre 3 consacré aux enroule-
généralement dans le sens direct. ments, les thorax en trop-plein peuvent être égale-
ment associés aux dysfonctions du plexus cœliaque.
Le deuxième mouvement de l'enroulement thora-
Lien avec la médecine cique semble alors spécifiquement diminué.
chinoise Quand tout le caisson est atteint de cette façon,
sa mobilité est généralement diminuée, surtout si
Quand elles sont liées à une émotion, les dysfonc- les restrictions sont présentes depuis longtemps et
tions du cœur peuvent être associées à l'excès de joie. se sont chronicisées. Victimes du contenant, les
poumons sont alors fréquemment en dysfonction
bilatérale d'extension. Dans ces situations, on
Considérations retrouve inévitablement une diminution de l'am-
ostéopathiques plitude d'inspiration diaphragmatique liée au
déficit de descente du centre phrénique, des dys-
Les thorax en trop-plein fonctions de la charnière cervicodorsale et/ou de
la charnière OAA (occiput-atlas-axis), ainsi
Les thorax qui semblent les plus difficiles à normaliser qu'une sollicitation excessive de la base crânienne
sont les thorax globalement en trop-plein. La densité par continuité tissulaire des fascias profonds.
importante de ces thorax les rend souvent résistants Cette situation peut être rendue encore plus com-
aux techniques conventionnelles. Dans ces cas, on plexe par une dysfonction œsophagienne si l'œso-
retrouve presque toujours une mise en place dysfonc- phage est affecté par l'angoisse ou par les
tionnelle de l'enroulement thoracique, souvent dysfonctions de son environnement.
accompagnée de dysfonctions spécifiques de la mise Des changements adaptatifs de la posture sont
en place du péricarde fibreux. Les thorax en trop- alors souvent constatés. Le système musculosque-
plein sont parfois associés à une dysfonction du lettique se met au service de la protection du cœur
plexus cardiopulmonaire qui vient complexifier la et de la fonction respiratoire en raccourcissant les
situation en diminuant les « nourritures » vasculaires insertions du système suspenseur du péricarde afin
84 La motilité en ostéopathie

de permettre une inspiration la plus grande pos- initiaux auront été trop intenses ou trop impor-
sible. La posture typique d'une personne avec un tants et les facteurs de protection installés trop
tel thorax en trop-plein présente un thorax globale- profondément inscrits.
ment rigide avec une faible ampliation thoracique La fréquence extrêmement élevée de ce type de
et un méplat entre les omoplates malgré une schéma dysfonctionnel dans la pratique générale
cyphose dorsale généralement augmentée. La char- ostéopathique ainsi que leurs répercussions très
nière cervicodorsale apparaît « cassée » et présente importantes exigent que les ostéopathes prêtent
souvent une « bosse de bison » ou, du moins, du une attention particulière à leur détection et à leur
tissu conjonctif induré localement. La tête est en normalisation. Les outils de motilité énergétique
protraction mettant la région sous-occipitale sous apportent alors des moyens d'une grande effica-
tension mécanique importante et la fragilisant. cité surtout quand ils sont couplés avec le travail
Dans cette situation, les motifs de consultation sur le système nerveux central.
peuvent concerner des douleurs de la tête, cépha-
lées ou migraines, des douleurs vertébrales ou du Liens avec la santé du cœur
membre supérieur qui s'adapte en compression et du système vasculaire
afin de soulager les tensions thoraciques. Les
motifs de consultation sont variés mais ont la Lors du mouvement d'inspiration diaphragma-
caractéristique d'être persistants et difficiles à lever tique, le cœur tend à se verticaliser sans effectuer
par des techniques trop locales. Ils peuvent aussi autant de descente que le centre phrénique car le
concerner la sphère viscérale et sont alors créés par péricarde fibreux pivote plutôt en partie sur lui-
le manque de stimulation générale du diaphragme même, créant une rotation postérieure qui permet
sur le caisson abdominal. d'éviter une mise en tension excessive des gros
Les causes de ces thorax en trop-plein sont sou- vaisseaux. Il se produit donc à un mouvement dif-
vent traumatiques ou d'ordre émotionnel. Elles férentiel entre les péricardes séreux et fibreux qui
peuvent concerner un surplus de stress qui a été est rendu possible par la surface de glissement
impossible à gérer en temps réel ou à ventiler suf- qu'offrent les deux séreuses entre elles.
fisamment tôt après les événements perturbateurs. Ce mouvement différentiel a une influence
Il faudra prendre garde à espérer des normalisa- mécanique probable sur le sinus coronaire, ce
tions rapides et conserver comme seule règle le sinus étant situé juste sous le pli de réflexion du
respect des tissus. Il sera utile à ce sujet de se rap- péricarde et du péricarde fibreux, à la partie posté-
peler le sage adage de Sutherland : « À tissus sains, rieure du cœur.
réponse rapide. À tissus lésés, réponse lente. » Le sinus coronaire a une grande importance
Les patients doivent être avertis des possibles pour la fonction cardiaque et le maintien de la
répercussions des normalisations des dysfonctions volémie à cause de son rôle de « poire à pression »
importantes du thorax, par exemple des états qui provoque une distension des parois de l'oreil-
émotionnels intenses ou de la fatigue pouvant lette droite où sont situées les glandes (myo-
persister quelques jours après le traitement. Il faut cytes) qui produisent le facteur atrial (ou facteur
aussi parfois leur expliquer que, quand les tissus natriurétique, FNA). Le facteur atrial est une
acceptent de reprendre un mouvement plus nor- substance diurétique qui favorise la puissance du
mal après avoir vécu des traumatismes émotion- muscle cardiaque sans en augmenter le rythme.
nels, le processus de somatisation, qui avait été Sa production est favorisée par la distension des
utile et nécessaire au départ, guérit souvent en parois de l'oreillette droite à la base duquel se
permettant à la conscience de se « souvenir ». Le jette le sinus coronaire.
processus de guérison peut aussi se faire sans Vu sa position stratégique au niveau du pli de
conscientisation, ce qui est aussi tout à fait sou- réflexion des péricardes, le sinus coronaire béné-
haitable dans plusieurs cas. Parfois, malheureuse- ficie d'une stimulation mécanique lors d'une
ment, la normalisation de certaines dysfonctions ­inspiration profonde. Une façon simple et sans
ne sera pas possible à obtenir car les traumatismes coûts associés de prévenir les maladies du cœur
Chapitre 6. Système cardiopulmonaire 85

passe par la liberté du mouvement diaphragma-


tique et par l'habitude de prendre très souvent
Appareil pulmonaire
de grandes inspirations. Cette capacité est
d'un  intérêt certain en ostéopathie qui voit là Les poumons font partie des voies aériennes infé-
un  champ de prévention large et essentiel rieures qui débutent à la trachée et qui se ter-
(figures 6.5 et 6.6). minent aux alvéoles, tandis que les voies supérieures
vont de la bouche jusqu'à la région du larynx-pha-
rynx. Les poumons permettent évidemment les
échanges gazeux et approvisionnent le corps en
oxygène, donc en énergie. Ils sont aussi une porte
de sortie pour les déchets du corps, le dioxyde de
carbone, certes, mais aussi diverses toxines. Ils par-
ticipent à la régulation du métabolisme acido-
basique et ont un rôle dans la filtration du sang
(filtration des petits caillots). Avant d'arriver aux
poumons, l'air a généralement été réchauffé,
humidifié et purifié par le travail des muqueuses
qui tapissent toutes les voies respiratoires.
Le poumon droit présente trois lobes alors que
le gauche en présente seulement deux car le
volume du poumon gauche est restreint par la pré-
sence du cœur. Les lobes sont séparés entre eux par
la présence des scissures pulmonaires qui per-
mettent un glissement relatif de chacun des lobes.
Les plèvres entourent le parenchyme pulmo-
Figure 6.5. Sinus coronaire. naire comme le péritoine entoure les viscères et les
organes. Elles servent de surface de glissement. La
plèvre viscérale, ou séreuse, entoure le poumon
alors que la plèvre pariétale suit le contenant,
essentiellement les côtes et le diaphragme. Entre
les deux, on retrouve quelques millilitres de liquide
séreux emprisonné dans la cavité pleurale.
Les plèvres et les poumons sont sollicités par
une moyenne de 24  000 respirations quoti-
diennes. Le nombre très élevé de ces petits mou-
vements répétés associé aux formidables capacités
d'adaptation mécaniques du thorax doté de mul-
tiples articulations peut expliquer le temps parfois
long entre l'installation d'une dysfonction ostéo-
pathique et l'apparition de signes et symptômes.

Mouvement embryologique
Les poumons se développent à partir d'un bour-
geon situé à la partie antérieure de ­l'intestin anté-
rieur, appelé diverticule respiratoire. Pendant son
Figure 6.6. Pli de réflexion des péricardes. développement, ce bourgeon subira plusieurs
86 La motilité en ostéopathie

modifications. La première est la division pour les phénomènes de frottement entre les deux
former deux poumons qui se produit entre le 26e feuillets qui surviennent pendant la respiration.
et le 28e jour de gestation. Les futurs poumons se Le développement définitif du contenant se ter-
développent progressivement en seize générations mine avec la croissance des côtes et du sternum
de ramifications qui aboutissent à la formation de qui surviennent vers la 7e ou 8e semaine de vie
bronchioles terminales entre la 6e et la 16e semaine embryonnaire.
de vie. Chaque bronchiole terminale se divise
ensuite en quelques bronchioles (deux ou plus).
Les poumons commencent à être vascularisés
entre les semaines 16 et 28. De la semaine 28 à Poumons
36, on voit apparaître les alvéoles primitives qui se
termineront pendant le reste de l'enfance. À partir Mouvement
de la 36e semaine, les poumons sont considérés de motilité et test
comme suffisamment matures pour permettre la
respiration du bébé sans assistance après sa Le poumon, dans son mouvement normal de
naissance. motilité, effectue un mouvement de descente puis
Au niveau du thorax, comme le contenant se de rotation externe.
met en place avant le contenu, la plèvre pariétale Pour apprécier la motilité des poumons, l'os-
se met en place en même temps que le mouve- téopathe place ses mains sur la partie supérieure
ment d'enroulement latéral un peu avant la de chaque hémithorax du sujet et il teste la possi-
plèvre viscérale. Les poumons grandissent ensuite bilité pour les poumons d'exprimer leur motilité.
dans les sacs pleuraux comme un poing qui s'en- L'ostéopathe prend soin de bien se situer dans
fonce dans un ballon. Par les effets de cette crois- l'épaisseur du parenchyme pulmonaire en repre-
sance, la plèvre viscérale se retrouve plaquée sur nant, s'il est nécessaire, l'évaluation plusieurs fois
le poumon alors que la plèvre pariétale recouvre à des niveaux de profondeur différents.
la paroi interne du thorax, du diaphragme et du Dans la même position, il est possible de vérifier
médiastin. Dans le thorax définitif, l'espace entre la motilité relative des lobes pulmonaires, donc la
les deux plèvres devient virtuel et contient une capacité d'exprimer le glissement qui doit être
petite quantité de liquide séreux qui sert à réduire présent au niveau des scissures (figure 6.7).

Figure 6.7. Motilité des poumons.


Chapitre 6. Système cardiopulmonaire 87

Dysfonction de motilité relie en passant devant l'aorte mais derrière l'œso-


phage au niveau de la 8e vertèbre dorsale.
La plèvre viscérale suit le développement du
Le poumon ayant perdu sa motilité est en dys-
parenchyme pulmonaire. Dans son mouvement
fonction d'extension et présente une restriction
normal de motilité, la plèvre viscérale effectue un
dans son mouvement de descente et de rotation
mouvement de rotation vers l'extérieur, une rota-
externe.
tion inversée par rapport au mouvement de la
plèvre pariétale, et de descente.
Normalisation Pour apprécier la motilité des plèvres, l'ostéo-
pathe place ses mains sur la partie latérale de
chaque hémithorax du sujet et il teste la possibilité
La normalisation de la motilité du poumon se fait
pour les plèvres d'exprimer leur motilité.
généralement dans le sens direct, mais le choix de la
Pour pouvoir évaluer plus facilement toute la
normalisation doit être adapté aux caractéristiques
surface des plèvres, il peut être utile de faire le test
de la dysfonction présente. Par exemple, cette dys-
avec le sujet en position assise. L'ostéopathe peut
fonction pourrait être une dysfonction en vide.
alors évaluer la plèvre pariétale à partir de sa partie
toute postérieure en plaçant une main au niveau
Lien avec la médecine de D8 et du ligament interpleural et une main sur
chinoise le sternum qui rejoint le cul-de-sac antérieur.
Dans ce test (figure 6.8) :
• pendant le temps de flexion, la plèvre pariétale
Quand elles sont liées à une émotion, les dysfonc-
costale s'écarte dans sa partie postérieure et elle
tions du poumon peuvent être associées, comme
s'enroule vers l'avant. Pour avoir toute l'infor-
celles du côlon, à la tristesse.
mation sur la motilité de la plèvre pariétale, il
faut ensuite évaluer spécifiquement son mouve-
ment vers le hile ;
Plèvres • l'ostéopathe prend ensuite un appui un tout
peu plus profond pour évaluer toute la surface
Mouvement de motilité et test de la plèvre viscérale. Pendant le temps de
flexion, les paramètres s'inversent par rapport à
L'ostéopathe évalue les deux plèvres l'une à la suite la plèvre pariétale : la plèvre viscérale s'écarte
de l'autre. Il doit trouver la profondeur spécifique à devant et s'enroule vers l'arrière.
l'évaluation distincte de chacune des structures. Le Étant donné leurs liens intimes, la motilité de la
facteur de gonflement présent pendant le temps de plèvre viscérale s'évalue, le plus souvent, en même
flexion est une aide certaine pour déterminer sur temps que la motilité du poumon.
quelle plèvre il dirige son attention et son action.
La plèvre pariétale suit le mouvement des plica-
tures latérales qui assurent la fermeture latérale du Dysfonction de motilité
thorax. Dans son mouvement normal de motilité,
la plèvre pariétale costale effectue donc un mouve- Les plèvres ayant perdu leur motilité sont en dys-
ment de rotation qui va vers le dehors, puis vers fonction d'extension et présentent des restrictions
l'avant puis finalement vers la ligne médiane dans leurs mouvements de rotations respectifs.
jusqu'au pli de réflexion des plèvres. Elle se pour-
suit par la plèvre pariétale médiastinale jusqu'au
hile. Les limites antérieures des plèvres pariétales Normalisation
sont situées de chaque côté du sternum. À la face
antérieure du thorax, la plèvre droite ne touche La normalisation de la motilité des plèvres se fait
donc jamais à la plèvre gauche. À la face posté- généralement dans le sens direct, donc en
rieure, en revanche, le ligament interpleural les induction.
88 La motilité en ostéopathie

Figure 6.8. Motilité des plèvres viscérale et pariétale.

Considérations Liens avec les suites


ostéopathiques de pathologies pulmonaires
Les dysfonctions des plèvres sont fréquentes. Un Les pleurésies, une présence anormale de liquide
mouvement différentiel perturbé entre les deux dans la cavité pleurale, peuvent provoquer un blo-
plèvres ou encore entre la plèvre pariétale et le gril cage d'une plèvre par rapport à l'autre. La plèvre
costal peut apparaître à l'évaluation même quand « primaire » peut être l'une ou l'autre des plèvres
l'interrogatoire ne révèle aucune pathologie pré- et sa dysfonction peut résister au traitement ostéo-
cise reliée à la fonction pulmonaire. On peut pen- pathique conventionnel qui ne distingue pas suffi-
ser que certains épisodes de toux, plus ou moins samment les plèvres entre elles.
accompagnés de fièvre, par exemple, aient pu pas- Les bronchiolites et les pneumonies affectent
ser pour des événements anodins mais qu'ils aient le parenchyme pulmonaire et restreignent fré-
tout de même été la source de dysfonctions quemment sa motilité. Elles peuvent provoquer
ostéopathiques. Il faudra toujours prendre soin de multiples répercussions bien décrites en
de tester séparément chacune des structures : ostéopathie classique : tensions du dôme pleural,
parenchyme, plèvre viscérale, plèvre pariétale et dysfonctions costales, limitations dans les culs-
côtes. de-sac, etc. Il est très important de vérifier les
Chapitre 6. Système cardiopulmonaire 89

Figure 6.9. Relation du pli de réflexion des plèvres avec


l'articulation sternoclaviculaire.

répercussions à long terme des limitations du Le poumon considéré


parenchyme pulmonaire installées pendant la comme une colonne de pression
petite enfance, surtout pendant les périodes de
forte croissance. Quand l'ensemble du parenchyme pulmonaire et
des plèvres d'un côté présente une motilité très
restreinte, l'hémithorax agit parfois comme une
colonne de pression rigide. Souvent, cet hémitho-
rax a été soumis à un traumatisme à haute vitesse,
Liens avec le membre supérieur comme un accident d'auto avec le port d'une
ceinture de sécurité, qui réussit à faire vriller le
Le pli de réflexion entre la plèvre pariétale et poumon autour de son axe vertical. Il faut alors
médiastinale du poumon passe derrière l'articu- vérifier le dôme pleural, son insertion supérieure,
lation sternoclaviculaire. Les dysfonctions per- pour ses conséquences classiques de douleurs cer-
sistantes de motilité au niveau de ce pli de vicodorsales, de cervicobrachialgies et de réper-
réflexion entraînent parfois des conséquences cussions sur le ganglion stellaire, mais aussi la face
mécaniques sur cette articulation et, possible- inférieure du poumon où le foie, l'estomac et les
ment, sur toute la mécanique du complexe de reins, soumis à la pression négative du caisson tho-
l'épaule. Elles peuvent aussi avoir des consé- racique et influencés par les restrictions de l'hémi-
quences hémodynamiques sur le membre supé- thorax, peinent à exprimer leur physiologie
rieur, qui sont précurseurs de phénomènes normale. La compréhension de cette situation
d'arthrose, en particulier au niveau du pouce et particulière est essentielle pour l'établissement
du poignet, comme dans le cas de rhizarthroses d'un plan de traitement cohérent afin de redonner
(figure 6.9). motilité et mobilité au thorax.
Chapitre 7
Système digestif

Résumé simple à interpréter, surtout quand elles ont été


Ce chapitre présente d'abord des généralités embryo- somatisées plutôt que conscientisées. Évidemment,
logiques au sujet du système digestif puis des consi- la médecine chinoise est beaucoup plus complexe
dérations sur son organisation neurologique afin de et nuancée que ces seuls liens, mais leur connais-
bien comprendre les liens de la sphère viscérale avec le sance sera utile en clinique et peut constituer une
système nerveux central et le système musculosquelet- base à approfondir par d'autres lectures.
tique. L'importance du système digestif dans la pratique Pour chacun des organes et viscères, de très
clinique dépasse largement les motifs de consultation
brefs éléments d'anatomie et de physiologie clas-
locaux et l'amélioration de sa fonction est essentielle à
de très nombreux aspects de la santé. sique sont présentés. Pour plus de renseigne-
Pour chaque viscère et organe, présentés dans le ments, il faudra se référer à des sources classiques,
sens du transit, sont exposés ensuite les tests et les médicales et ostéopathiques, car seule la connais-
techniques de normalisation suivis de considérations sance exhaustive de l'anatomie, de la physiologie
ostéopathiques sur les conséquences de la présence des et de la physiopathologie permet d'établir tous les
dysfonctions de motilité. liens nécessaires en clinique.
Le système digestif est d'une importance capitale
pour la santé de l'organisme. Il est très souvent le
siège de dysfonctions qui affectent directement sa
physiologie et qui provoquent des signes et symp- Généralités
tômes locaux, mais les dysfonctions viscérales
peuvent aussi avoir des effets à distance qui
embryologiques
affectent la sphère pariétale par des liens tissulaires, sur le système digestif
par exemple les attaches ligamentaires, ou par des
liens nerveux, par exemple les réflexes viscéroso-
matiques ou l'apparition de douleurs cutanées Ce sont les enroulements thoracique, caudal et
référées. La grille d'analyse fournie par le travail de latéraux de l'embryon qui transforment le disque
motilité embryologique ajoute un nouveau niveau tridermique en une construction plus complexe
de travail à ces considérations plus classiques et constituée de trois tubes emboîtés l'un dans
permet de faire de nouveaux liens très étroits entre l'autre dont le plus interne, l'entoblaste, va former
la sphère viscérale et le système nerveux central. le tube digestif primitif.
La sphère viscérale a également des liens évi- Dans le développement de la sphère viscérale, le
dents avec l'alimentation et avec plusieurs éléments contenant se met en place avant le contenu et, lors
de médecine chinoise. Pour documenter les liens des enroulements latéraux, le péritoine pariétal est
évoqués entre la médecine chinoise et l'ostéopa- mis en place avant le péritoine viscéral. La seule
thie, les correspondances classiques des viscères et exception à ce principe général est la toute der-
des organes avec les émotions seront notées. Ces nière fermeture de la ligne médiane qui se fera au
correspondances sont toujours à utiliser avec niveau de l'ombilic.
doigté et respect dans le contexte d'une interven- À l'origine, le tube digestif est rectiligne et relié
tion clinique car le domaine des émotions n'est pas à la paroi postérieure de l'embryon par un long

La motilité en ostéopathie
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92 La motilité en ostéopathie

mésentère dorsal indifférencié. On retrouve aussi,


en lien avec la paroi postérieure, la présence de
Régulation neurologique
l'aorte primitive d'où sont issues les branches arté- du tractus intestinal
rielles qui vont être associées à chacune des trois
parties de l'intestin primitif, l'intestin antérieur,
moyen et postérieur. La description successive de chacun des éléments de
L'intestin antérieur débute à la membrane buc- la sphère viscérale prend son sens seulement si son
copharyngienne, qui deviendra la cavité buccale, et système de régulation nerveuse est bien compris, car
se termine au niveau de la grande caroncule, qui les informations neurologiques sont essentielles au
deviendra l'abouchement des canaux de Wirsung et bon fonctionnement général du système digestif.
du cholédoque. L'intestin antérieur comprend les Les liens entre le tractus intestinal et le cerveau sont
portions thoracique et abdominale de l'œsophage, d'ailleurs un sujet d'étude très présent dans la litté-
l'estomac, la moitié supérieure du duodénum, le rature scientifique actuelle, regroupés sous l'appella-
pancréas exocrine et endocrine et la vésicule biliaire. tion d'axe « brain-gut » ou cerveau viscéral [32]. Ces
L'intestin moyen suit l'intestin antérieur. Ouvert moyens de communication entre le système ner-
sur sac vitellin pendant le premier temps de son veux central et le tractus gastro-intestinal doivent
développement, l'intestin moyen fournira la moitié être intégrés dans les processus de raisonnement
inférieure du duodénum, l'intestin grêle, le cæcum, clinique afin de pouvoir faire des liens pertinents
le côlon ascendant et les deux tiers proximaux du entre les signes et symptômes et les dysfonctions
côlon transverse du système digestif définitif. ostéopathiques retrouvées lors de l'évaluation.
L'intestin postérieur se termine à la membrane Une grande partie de la régulation du fonction-
cloacale qui deviendra l'anus. Il deviendra le tiers nement viscéral est effectuée localement. En effet,
distal du côlon transverse, les côlons descendant et le système nerveux entérique régule le fonctionne-
sigmoïde et le rectum. ment viscéral par des actions indépendantes. Il est
Le tronc cœliaque, avec ses trois branches, constitué des cent millions de neurones sensitifs
irrigue la partie inférieure de l'intestin antérieur et situés dans la paroi même des organes, constitués
la partie supérieure de l'intestin moyen. L'artère en plexus de Meissner (sous-muqueux) et plexus
mésentérique supérieure irrigue le reste de l'intes- myentérique d'Auerbach. Ces plexus forment un
tin moyen et l'artère mésentérique inférieure tissu réticulaire qui ressemble à celui du cerveau,
irrigue l'intestin postérieur. d'où son appellation de « cerveau viscéral ». Ce
La démarcation entre les intestins moyen et système s'occupe des réflexes locaux et de la coor-
postérieur sera aussi la limite entre les deux sources dination de l'activité viscérale, mais n'est pas
d'innervation parasympathique du tube digestif, concerné directement par les informations dou-
soit les origines crânienne et sacrée. loureuses, sauf quand elles affectent l'activité
Originalement d'une forme rectiligne, les dis- sécrétoire [33].
positions du tube digestif deviendront plus com- Le fonctionnement du système digestif est com-
plexes au fur et à mesure que tous les organes et plété par un contrôle hormonal local [29]. Des hor-
que tous les viscères se développeront et attein- mones, souvent semblables à celles du système
dront à la fois leur forme et leur situation défini- nerveux central, sont produites directement par
tives. Cette croissance met en place non seulement les parois du tube digestif qui est considéré comme
les divers éléments du tube digestif lui-même, le plus grand organe endocrinien du corps [33]. Le
mais est à l'origine de toutes les dispositions finales bon fonctionnement du système digestif est aussi
du péritoine viscéral qui formera les mésos, épi- conditionné par la présence adéquate de la flore
ploons, fascias et ligaments. Les dispositions du intestinale [34] et par l'activation des lymphocytes
péritoine sont importantes pour la compréhension du système immunitaire en présence d'antigènes.
générale de la mobilité des organes et des viscères Seule une petite proportion de l'information est
et pour celle de la vascularisation des éléments du relayée au système nerveux central afin qu'il puisse
tube digestif puisqu'elles en sont le support. coordonner ses actions neurovégétatives entre les
Chapitre 7. Système digestif 93

besoins des différentes parties du tube digestif et Les douleurs chroniques peuvent aussi être
avec ceux des différentes parties du corps. Dans expliquées par un déficit d'inhibition de la dou-
des conditions normales, le cerveau est informé de leur viscérale par les centres supérieurs, donc des
façon permanente mais inconsciente du fonction- messages provenant du tronc cérébral et du cer-
nement du système digestif. Il gère ces informa- veau. Ce déficit d'inhibition peut être dû à une
tions à l'aide d'un réseau organisé autour de hypervigilance liée à un problème douloureux
l'hypothalamus, du système limbique et du cortex récurrent ou encore lié à des stress pathologiques
(insula, préfrontal, cingulaire) pour assurer l'ho- importants survenus dans la petite enfance, à des
méostasie [32]. abus sexuels ou encore à des stresseurs intenses et
Les informations sensitives viscérales qui plus récents, précédant l'apparition de la douleur
remontent jusqu'au système nerveux central viscérale chronique [34].
le font par deux voies : la voie vagale et la voie Outre les effets sur le système nerveux central
splanchnique, qui jouent des rôles complé­ (cf. Première plicature, au chapitre 5), quatre
mentaires mais différents. Les informations zones sont donc à investiguer pour la régulation
nociceptives ou inflammatoires sont relayées
­ neurologique de la sphère viscérale : le niveau
préférentiellement par la voie splanchnique, qui segmentaire vertébral/costal, le trou déchiré
est aussi liée davantage aux effets du stress, alors postérieur, le sacrum et les parois des organes et
que les informations physiologiques, comme la des viscères.
distension ou les informations reliées aux nutri-
ments ingérés, sont relayées par la voie vagale.
Ces deux voies de transmission neurologique
peuvent être facilitées ou inhibées et sont sou- Niveau segmentaire
mises à l'influence de l'état émotionnel et des vertébral/costal
effets du comportement [35].
Dans des conditions pathologiques, les informa- Un réflexe viscérosomatique peut être initié par
tions d'origine viscérale peuvent devenir des informations d'origine viscérale qui voyagent
conscientes, notamment dans les conditions inflam- dans les fibres afférentes composant 50 % de la
matoires ou dans certaines conditions de douleurs voie nerveuse splanchnique [32]. Ce réflexe peut
chroniques. provoquer un phénomène de « lentille neurolo-
Les douleurs chroniques provenant du système gique » dans le métamère en rapport, provo-
digestif peuvent avoir été causées par des phéno- quant des perturbations dans le dermatome, le
mènes inflammatoires intenses ou des trauma- sclérotome ou le myotome [37]. De telles tensions
tismes importants, souvent chirurgicaux. Dans musculaires paravertébrales peuvent être à l'ori-
certains cas, ces douleurs se traduisent par des gine de dysfonctions somatiques vertébrales ou
hyperalgies ou par des sensations douloureuses costales isolées — on parle alors de dysfonction
même quand le stimulus qui en est l'origine d'une vertèbre préférentielle — ou qui affectent
devrait être indolore. Elles sont difficiles à inves- un groupe de vertèbres concernées par un plexus
tiguer médicalement car elles sont imprécises et nerveux.
souvent reliées à des états psychologiques parti- À l'inverse, un groupe vertébral ou costal en
culiers [34]. dysfonction pourra engendrer un dysfonction-
Dans ces cas de douleurs chroniques, les voies nement du système nerveux autonome et,
neurologiques médullaires sont sensibilisées et ­éventuellement, un dysfonctionnement viscéral.
hyperréactives. Elles contribuent à l'amplifica- Par  expérience, en présence d'une dysfonction
tion du message de douleur au niveau central. somatique segmentaire, il semble que l'organisa-
Ces messages peuvent être référés à la fois dans le tion neurologique en plexus réussisse souvent à
système digestif et au niveau somatique (par compenser et que des problématiques v­ iscérales
exemple, des réactions cutanées) [36], pavant la conséquentes ne se développent pas systémati-
voie à la chronicisation. quement.
94 La motilité en ostéopathie

Lien avec la base crânienne Œsophage


et le trou déchiré postérieur
L'œsophage est à grand axe vertical avec des
Les influx provenant de la partie supérieure du tube
légères courbures. Sa forme de « S » allongé lui
digestif (jusqu'au côlon transverse) peuvent remon-
permet une certaine capacité d'allongement.
ter vers le trou déchiré postérieur par le nerf vague
Pour bien comprendre l'importance de l'œso-
où ils font relais dans les ganglions nerveux qui réa-
phage, il est essentiel de se représenter le lien de
gissent fonctionnellement à l'intensité des informa-
continuité d'une lame musculoaponévrotique qui
tions reçues ; 90 % des informations dans le nerf
débute à la base du crâne par les muscles constric-
vague sont afférentes et sensitives [32]. On constate
teurs du pharynx, qui se poursuit par l'œsophage
souvent en clinique que des influx d'une trop
lui-même en s'accolant à la colonne vertébrale
grande intensité peuvent entraîner une surcharge
cervicodorsale jusqu'à D3 et qui, finalement, tra-
des ganglions nerveux situés dans le trou déchiré
verse le centre phrénique en présentant un lien
postérieur, ce qui pourra, à la longue, favoriser la
privilégié avec le pilier gauche du diaphragme qui
fermeture de cet orifice crânien et, par extension,
s'insère sur fermement sur L2 à gauche (laissant
restreindre la liberté de la base crânienne du même
une certaine liberté à L3).
côté. Il est impossible de déterminer le côté affecté
Cette continuité tissulaire, mettant en lien un
autrement que par palpation, les deux nerfs vagues
grand nombre de structures, est l'explication de
se communiquant l'information nerveuse sur leurs
nombreux troubles fonctionnels impliquant des
trajets exocrâniens. En effet, sous les bronches et
dysfonctions mécaniques et tissulaires ou des rela-
jusqu'aux organes cibles, les deux nerfs vagues
tions viscérosomatiques/somatoviscérales entre
peuvent être considérés comme un plexus tant ils
les différents éléments en présence.
sont intimement reliés [38].
La fonction de l'œsophage est évidemment d'as-
À l'inverse, une dysfonction du trou déchiré
surer le passage des aliments de la bouche jusqu'à
postérieur peut affecter le fonctionnement du nerf
l'estomac. La jonction entre ces deux viscères se
vague et influencer négativement le fonctionne-
fait par le cardia, qui est l'entrée de l'estomac, mais
ment viscéral.
c'est le sphincter inférieur de l'œsophage qui en
assure véritablement la fonction de continence.
Le tonus de base du sphincter inférieur de
Lien avec le sacrum l'œsophage est assuré par l'action du système
orthosympathique provenant du niveau vertébral
Les influx provenant de la partie inférieure du D5D6. L'effet nerveux est potentialisé par l'ac-
tube digestif (côlon transverse, côlon descendant, tion de la gastrine. L'action du sphincter infé-
sigmoïde et rectum) sont liés aux niveaux sacrés rieur de l'œsophage est favorisée mécaniquement
de S2 à S4. La présence d'un enroulement caudal par la contraction du diaphragme pendant l'ins-
en dysfonction d'extension peut parfois perturber piration et par la remontée de la grosse tubéro-
le fonctionnement de ces organes. sité de l'estomac qui ferme l'angle de His sur le
temps expiratoire diaphragmatique, si cet angle
est respecté.
Parois des viscères Pendant les mouvements du diaphragme, le
et des organes sphincter de l'œsophage reste immobile et c'est le
diaphragme qui coulisse autour de lui, limité phy-
Le système nerveux entérique étant situé dans siologiquement dans son amplitude par la pré-
les parois des viscères et des organes, leur moti- sence des lames de Laimer. La zone de passage de
lité normale sera essentielle pour espérer une l'œsophage dans le diaphragme est un lieu de res-
juste régulation neurologique de la fonction trictions et de blocages de mobilité intéressant les
viscérale. deux structures. Un manque de cohérence dans
Chapitre 7. Système digestif 95

leur physiologie respective peut provoquer des L'ostéopathe vérifie la présence du mouvement
hernies hiatales accompagnées ou non de reflux et complet de motilité de l'œsophage (figure 7.1).
des complications pouvant altérer la structure de
la muqueuse de l'œsophage. Généralement, ces
dysfonctions sont une source de douleurs impor- Dysfonction de motilité
tantes. Il faut cependant se garder d'émettre une
impression diagnostique seulement à partir des
L'œsophage ayant perdu sa motilité est en dys-
phénomènes douloureux, car il arrive parfois que
fonction d'extension et présente une restriction
des dysfonctionnements soient présents sans pro-
dans son mouvement de descente.
voquer de douleurs locales. Ces altérations de la
muqueuse peuvent être un précurseur de cancer
qui peut apparaître même en l'absence de dou-
leurs ou d'inconforts [39]. Dans ces situations, la
Normalisation
reconnaissance d'une perturbation fonctionnelle
par l'ostéopathe peut jouer un rôle de prévention La normalisation de la motilité de l'œsophage se
important. fait généralement dans le sens direct, donc en
induction.

Mouvement embryologique Lien avec la médecine


chinoise
L'œsophage est issu de l'intestin antérieur et se
met en place dans le même sens que l'enroule-
Quand elles sont liées à une émotion, les dysfonc-
ment thoracique, soit dans un mouvement
tions de l'œsophage et de l'estomac peuvent être
céphalocaudal.
liées à la présence de l'angoisse.

Mouvement Considérations
de motilité et test ostéopathiques
L'œsophage, dans son mouvement de motilité en
Souvent sous-estimé, l'œsophage est une struc-
flexion, effectue une descente.
ture extrêmement importante à vérifier et à nor-
Pour la partie supérieure de l'œsophage, le
maliser pour de multiples motifs de consultation.
mouvement de descente se teste par un contact
Son traitement donnera souvent des solutions ori-
direct au niveau antérieur de C6 à gauche.
ginales pour les problèmes de la colonne verté-
Pour la partie inférieure de l'œsophage, le mou-
brale, de la fonction digestive et de la mécanique
vement de descente se teste en projection du pas-
crânienne. Étant donné sa situation et sa profon-
sage de l'œsophage dans le diaphragme, donc au
deur, l'approche par motilité embryologique pro-
niveau de la jonction de K6 gauche avec le ster-
cure des résultats largement supérieurs aux
num. L'ostéopathe place deux appuis qui doivent
techniques classiques.
présenter entre eux la largeur correspondant à
l'œsophage. La motilité doit être testée spécifi-
quement pour chacune des deux berges de l'œso- Liens avec la colonne vertébrale
phage. La restriction d'une seule des berges
favorisera la formation d'une hernie par roule- L'œsophage a des liens étroits avec toute la colonne
ment, alors que la restriction des deux berges est cervicodorsale, qu'il pourra entraîner en antério-
plus susceptible de provoquer la formation d'une rité, mais surtout en compression, générant ainsi de
hernie par glissement. multiples dysfonctions d'adaptation et leur cortège
96 La motilité en ostéopathie

Figure 7.1. Motilité de l'œsophage.

de symptômes vertébraux. Bien que ce ne soit pas La présence de reflux reflète des schémas dys-
constant, ce schéma dysfonctionnel peut s'étendre fonctionnels plus complexes, impliquant à la fois
par continuité tissulaire avec le diaphragme et le des facteurs mécaniques tissulaires, hormonaux et
pilier gauche, jusqu'à provoquer une extension de nerveux.
L2 qui subit la plus grande proportion de la trac- La zone du sphincter inférieur de l'œsophage est
tion mécanique provenant du pilier. en lien étroit avec la pointe du cœur. Dans certains
cas, comme les reflux ou les malaises digestifs
importants, ce sera un élément à considérer dans la
Liens avec la fonction digestive persistance de signes et symptômes reliés au sphinc-
La dysfonction d'extension de motilité de l'œso- ter inférieur de l'œsophage. Ces dysfonctions
phage est un élément essentiel à l'installation de la semblent alors reliées avec une restriction très mar-
hernie hiatale symptomatique. Le traitement des quée du mouvement de torsion du cœur sur lui-
seules dysfonctions de l'estomac et des afférences même, donc en lien avec la mise en place des gros
nerveuses ne sera généralement pas suffisant pour vaisseaux.
un arrêt définitif des signes et symptômes.
Chapitre 7. Système digestif 97

Lien avec la base crânienne Le premier mouvement est un mouvement de


rotation qui fait passer la partie postérieure de l'es-
Les dysfonctions des insertions supérieures de tomac du centre vers la gauche autour d'un axe
l'œsophage peuvent entraîner, par continuité tis- passant par ses deux extrémités, le cardia et le
sulaire, des blocages de la base crânienne qui pylore. L'allongement du mésogastre postérieur est
seront plus fréquemment et/ou plus intensément indispensable à la réalisation de ce mouvement.
situés à gauche. Avec un facteur de chronicité, ces Le second mouvement de la mise en place stoma-
tensions peuvent étendre leur influence dysfonc- cale s'effectue autour d'un axe antéropostérieur
tionnelle sur l'ensemble de la base du crâne et représenté par le tronc cœliaque. Le bourgeon d'es-
perturber la mécanique de flexion avec les consé- tomac fait une rotation horaire liée à son augmenta-
quences bien connues en ostéopathie crânienne tion de volume. La courbure dorsale s'accroît
classique. davantage et deviendra la grande courbure, alors que
Certains cas de paralysie faciale gauche ont la courbure ventrale deviendra la petite courbure.
pu, par expérience clinique, être attribués à une Ces deux mouvements combinés donneront à
dysfonction de motilité de l'œsophage qui sem- l'estomac sa forme et sa position définitive.
blait primaire. Les perturbations situées à
gauche de la base crânienne, qui impliquaient
temporal et occiput, ont en effet essentielle- Mouvement de motilité et test
ment trouvé leur résolution avec le travail de
l'œsophage. L'effet présumé peut être expliqué L'estomac, dans son mouvement de motilité de
par le lien entre le ventre postérieur du digas- flexion, effectue un mouvement de rotation de la
trique et l'orifice du nerf facial dans le trou gauche vers la droite autour d'un axe passant par
stylohyoïdien. ses extrémités puis un mouvement de rotation
autour de l'axe antéropostérieur (tronc cœliaque).
Le mouvement de motilité complet est la résul-
tante de ces deux mouvements.
Estomac Pour tester la motilité de l'estomac, l'ostéo-
pathe repère le côlon transverse afin de se situer
dans l'espace sus-mésocolique où l'estomac
L'estomac est un renflement du tube digestif qui occupe toute la partie gauche. L'ostéopathe place
agit comme un réservoir temporaire des aliments ses mains sur le gril costal afin de ressentir le
et des liquides pour en permettre le mélange, le mouvement complet de motilité de l'estomac
pétrissage et le brassage. Il est le lieu d'absorp- (figure 7.2).
tion de la vitamine B12. L'estomac sécrète des Pour tester spécifiquement le mésogastre, le
hormones pour la régulation du transit qui sont sujet est placé en position assise. L'ostéopathe
souvent les mêmes que celles utilisées par le sys- pose une main au niveau dorsal moyen et une
tème nerveux central. La gastrine stimule la main sur la partie antérolatérale du gril costal afin
sécrétion d'acide par les parois de l'estomac en de ressentir le mouvement complet de motilité de
réponse à la distension. Elle augmente la motri- l'allongement du mésogastre.
cité intestinale et l'irrigation sanguine du tube
digestif.
Dysfonction de motilité
Mouvement embryologique L'estomac ayant perdu sa motilité est en dysfonc-
tion d'extension et présente une restriction d'am-
L'estomac est issu de l'intestin antérieur. Pendant plitude dans un ou l'autre des mouvements de sa
son développement embryologique, l'estomac fait mise en place ou encore dans les deux mouve-
deux mouvements complémentaires. ments à la fois.
98 La motilité en ostéopathie

Figure 7.2. Motilité de l'estomac.

Normalisation Considérations
ostéopathiques
La normalisation de la motilité de l'estomac se fait
généralement dans le sens direct, mais le choix de la Liens avec la fonction digestive
normalisation doit être adapté aux caractéristiques
de la dysfonction présente. Par exemple, cette dys- Des blocages en extension de l'estomac peuvent
fonction pourrait être une dysfonction en vide, augmenter l'intensité des malaises digestifs provo-
même si elles sont rarement retrouvées en clinique. qués par la présence d'une dysfonction en extension
Si la restriction de motilité retrouvée n'est pas de l'œsophage, décrite à la section précédente.
trop importante, le travail combiné des deux mou- Les dysfonctions de motilité de l'estomac
vements de l'estomac sera généralement suffisant peuvent être responsables de dyspepsies, de gas-
pour obtenir une normalisation correcte. Si l'esto- trites pouvant évoluer, si elles sont intenses,
mac peine à retrouver un mouvement parfait, il jusqu'à l'ulcération.
sera souvent utile de s'adresser plus spécifiquement
au mésogastre. En effet, le mésogastre doit pou-
Liens avec la sphère pariétale
voir s'allonger et présenter un mouvement com-
plet du centre vers la gauche pour permettre à Les dysfonctions de l'estomac peuvent aussi être le
l'estomac de bien effectuer sa propre motilité. Les point de départ de plusieurs problèmes pariétaux.
restrictions importantes du mésogastre peuvent Par voie réflexe, elles peuvent provoquer des dorsal-
être secondaires à une dysfonction de motilité de la gies paravertébrales gauches entre D5 et D9. Elles
rate qui s'y développe à partir du mésoblaste. peuvent aussi être en lien avec des lombalgies
gauches qui sont souvent localisées au niveau de
L1L2. Ces lombalgies seront associées à des blo-
Lien avec la médecine chinoise cages de la coupole diaphragmatique et du pilier
gauche, directement en lien avec la physiologie de
Quand elles sont liées à une émotion, les dysfonc- l'estomac. Lorsque c'est le pylore qui est dysfonc-
tions de l'œsophage et de l'estomac peuvent être tionnel, il provoque des lombalgies droites avec une
liées à la présence de l'angoisse. dysfonction précise de L1 à droite. Cette dysfonc-
Chapitre 7. Système digestif 99

tion apparaît souvent chez les gens ayant l'habitude De façon plus particulière, le lobe droit du foie
de manger trop vite. En présence d'une dysfonction assure une fonction plus « alimentaire », alors que
de l'estomac, il faut donc prêter une grande atten- le lobe gauche a une fonction d'élimination plus
tion à tous les signes et symptômes, moteurs et sen- marquée. Le lobe gauche est donc davantage per-
sitifs, en lien avec le niveau de L1 et de L2. turbé par la prise de médicaments ou lorsque l'or-
Des douleurs dorsales moyennes plutôt situées à ganisme est soumis à des événements « chimiques » :
gauche peuvent être en lien avec des restrictions chimiothérapie, contact avec des toxines, exposi-
sévères de la motilité du mésogastre postérieur. tion à des polluants et à la pollution, etc.

Lien avec l'angoisse Mouvement embryologique


et les réponses au stress
Même si le travail ostéopathique de mobilité tissu- Au début de son développement, le bourgeon hépa-
laire précis de l'estomac donne souvent des résul- tique apparaît entre le centre phrénique et son péritoine
tats appréciables, l'approche de motilité pariétal. Il va se développer de l'arrière vers l'avant et du
embryologique pour cet organe est particulière- haut vers le bas. Il va ainsi modifier la courbure du sep-
ment utile car il semble que les conditions de vie tum dans le sens d'une concavité inférieure. Lorsque les
actuelles dans le monde occidental soit particuliè- cellules hépatiques ­rencontrent la paroi antérieure, elles
rement propices à la genèse fréquente de situa- continuent leur croissance vers la droite en suivant la
tions angoissantes, souvent mal tolérées. Ces paroi antérolatérale et en envahissant l'espace sous-­
angoisses sont à la source de très nombreuses dys- diaphragmatique droit. La prolifération cellulaire va
fonctions de motilité de l'estomac et de l'œso- transformer le péritoine pariétal sous-­diaphragmatique
phage difficiles à soulager sans un moyen en péritoine viscéral qui va entourer toute la surface du
thérapeutique directement en relation avec le foie à l'exception de la région qui est dénommée l'aera
mode d'installation. Pour établir un plan d'inter- nuda et dont les contours formeront un pli de réflexion,
vention pertinent, il sera alors essentiel de bien le ligament coronaire.
comprendre les réponses de l'organisme au stress Le mouvement du foie s'initie donc à partir
et d'adjoindre au travail local viscéral un travail du d'une position postéromédiane. Il exécute un pre-
système nerveux central. Il faudra aussi impérati- mier mouvement postéroantérieur jusqu'à
vement tenir compte du contexte de vie des gens rejoindre la paroi antérieure de l'abdomen puis il
et estimer, à l'aide des réponses tissulaires, si le fait une rotation vers la droite jusqu'à rejoindre la
problème d'angoisse à soigner est actif ou résolu, paroi latérale droite puis la paroi postérieure. La
ce qui modifiera grandement l'approche théra- croissance rapide du foie permet l'alimentation
peutique et la durabilité des améliorations. sanguine vers le cœur qui pourra ensuite assurer les
besoins reliés à la croissance rapide du cerveau.
Puisqu'il se développe dans le prolongement du
méso qui relie l'estomac à la paroi antérieure, c'est
Foie la croissance du foie et son déplacement vers la
droite qui est l'initiateur du premier mouvement
de l'estomac.
L'importance de la plus grosse glande du corps La partie du méso entre l'estomac et le foie
humain, qui assure près de sept cents rôles et fonc- deviendra le petit épiploon. Du fait des rotations
tions, est bien établie en médecine. Pour davan- de l'estomac et du foie, le petit épiploon sera plu-
tage de détails, le lecteur pourra consulter les livres tôt frontal dans sa version définitive. Les rotations
de physiologie classique. En clinique, il sera utile du foie et de l'estomac seront aussi à l'origine de
de se rappeler les rôles importants du foie dans la la formation de l'arrière-cavité des épiploons. La
circulation générale, dans l'assimilation des nutri- partie du méso entre le foie et la paroi antérieure
ments et son essentielle fonction émonctorielle. de l'abdomen deviendra le ligament falciforme.
100 La motilité en ostéopathie

Mouvement Dysfonction de motilité


de motilité et test
Le foie ayant perdu sa motilité est en dysfonction
Le foie, dans son mouvement de motilité de d'extension et présente une restriction dans une
flexion, effectue un premier mouvement d'arrière ou plusieurs des composantes de son mouvement.
vers l'avant qui se poursuit ensuite par un deu-
xième mouvement de grande amplitude de rota- Normalisation
tion vers la droite.
L'évaluation du premier mouvement de La normalisation de la motilité du foie se fait
motilité du foie peut se faire en position assise généralement dans le sens direct, mais le choix de
ou en décubitus dorsal. L'ostéopathe place une la normalisation doit être adapté aux caractéris-
main sur la colonne dorsale et une main au tiques de la dysfonction présente. Par exemple,
niveau de l'épigastre et/ou sur le gril costal en cette dysfonction pourrait être une dysfonction en
regard du foie. Il évalue le mouvement com- vide. Il conviendra dans ces cas, rares, de vérifier
plet du foie qui se fait au départ dans un sens les conditions médicales qui pourraient être pré-
postéroantérieur puis dans un mouvement de sentes et qui pourraient en expliquer la présence.
rotation latérale vers la droite. Il doit bien
apprécier la motilité de tout le volume du foie
car, par exemple, la partie supérieure peut être Lien avec la médecine
plus restreinte que la partie inférieure ou bien chinoise
l'inverse. Il peut aussi porter attention aux
mouvements spécifiques des lobes droit et Quand elles sont liées à une émotion, les dys-
gauche (figure 7.3). fonctions du foie peuvent être liées à la présence

Figure 7.3. Motilité du foie.


Chapitre 7. Système digestif 101

de la colère. Elles peuvent aussi être liées à de Importance vasculaire


grandes perturbations émotionnelles car le foie
est un élément essentiel de l'équilibre émotion- Le foie est traversé par un important flux san-
nel général en absorbant les « trop ». En méde- guin de 2 000 litres par 24 heures ; 70 % de ce
cine chinoise, on dit que le foie peut prendre flux provient du système porte et 30 % de l'ar-
l'énergie au cerveau. Le traitement du foie est tère hépatique. Une bonne fonction énergé-
donc essentiel dans les cas de fatigue mentale et tique du parenchyme hépatique facilite la
de dépression. circulation sanguine intra-hépatique. Dans
toute relance de la circulation générale, la nor-
malisation du foie sera donc essentielle et elle
Considérations doit le plus souvent être complétée par la nor-
ostéopathiques malisation complète de la fonction
diaphragmatique.
La grande fréquence des dysfonctions hépa- Telle que décrite classiquement en ostéopathie,
tiques justifie l'étude exhaustive de l'anatomie, l'influence vasculaire du foie se fait sentir, par la
de la physiologie et des liens à faire avec les présence des tabliers, jusqu'à la fosse iliaque
signes cliniques souvent importants et parfois gauche. Quand le foie est congestionné, des
sévères. Vu l'importance d'un foie en santé, son signes circulatoires y sont souvent retrouvés et
approche thérapeutique est un enjeu fondamen- sont caractérisés par une congestion secondaire
tal en ostéopathie. Les liens directs et à distance des vaisseaux iliaques, donc par la présence fré-
du foie avec le reste du corps sont si nombreux quente d'hémorroïdes, par de la constipation et,
qu'il est difficile d'en faire une courte synthèse. au niveau du membre inférieur gauche, par l'ap-
Les techniques tissulaires ostéopathiques pour parition de varices. Dans cette situation, l'iliaque,
les dysfonctions de mobilité du foie sont sou- sous « pression vasculaire », peut être difficile à
vent efficaces dans l'amélioration des para- normaliser.
mètres quantitatifs des mouvements liés à la Comme la veine cave inférieure est incluse sur
respiration thoracique mais peinent fréquem- toute la hauteur de la face postérosupérieure du
ment à permettre l'expression de la vitalité de foie, dès que le foie affiche une congestion, il peut
ses tissus. Les fonctions du foie restent donc perturber la circulation de retour de la veine cave
souvent difficiles à normaliser à long terme et inférieure. Les signes et symptômes seront alors
surtout à « ré-­énergiser » sans l'apport des tech- bilatéraux. En conséquence directe, cette pertur-
niques viscérales de motilité. bation va provoquer des sensations de jambes
Il est possible de supposer que la différence lourdes, des congestions du petit bassin puis, si
marquée entre le mouvement de mobilité et elle est suffisamment intense, une congestion des
le  mouvement de motilité du foie — ce qui organes dont la circulation de retour dépend du
n'est pas le cas de plusieurs organes ou vis- foie. Une congestion hépatique associée à celle du
cères — soit une des raisons de l'importante système porte peut donc entraîner une congestion
différence de résultats observée lors de l'utili- secondaire de l'intestin grêle qui devra être recon-
sation des techniques de motilité d'origine nue lors de l'évaluation. La pression globale de
embryologique. Ces différences se remarquent tout le caisson abdominal s'en verra alors
surtout sur le plan vasculaire et sur celui de modifiée.
l'état général. Une fois la motilité du foie per- Les blocages de la charnière cervicodorsale et
mise, les techniques ostéopathiques classiques des deux premières côtes peuvent être liés à un
pour l’environnement tissulaires peuvent déficit vasculaire du foie entraînant une sur-
améliorer plus facilement les dysfonctions de charge du système azygos qui assure le drainage
mobilité hépatique. de cette région. Un système azygos surchargé
102 La motilité en ostéopathie

peut aussi être responsable d'un mauvais drai- giquement, le duodénum présente plutôt deux par-
nage de la tête. Quand ces symptômes sont pré- ties distinctes, délimitées par la grande caroncule.
sents, ils peuvent alerter le praticien sur la La partie supérieure (première partie et la moitié
présence d'une dysfonction hépatique de nature proximale de la deuxième partie) est fonctionnelle-
vasculaire. ment reliée à l'estomac et fait partie de l'intestin
antérieur du point de vue embryologique. La partie
inférieure (moitié distale de la deuxième partie et
Liens avec la sphère pariétale les troisième et quatrième parties) est reliée à l'in-
testin grêle et fait partie de l'intestin moyen du
Le péritoine pariétal diaphragmatique en rapport
point de vue embryologique.
avec le foie étant innervé par le nerf phrénique,
Le duodénum produit de multiples hormones
une dysfonction du foie peut avoir une influence
(sérotonine, dopamine, gastrine, motiline, etc.) et
sur la région de l'épaule et du cou où il crée, par
des enzymes digestives ; 75 à 80 % du calcium assi-
lien métamérique, des douleurs référées.
milé par le corps l'est au niveau de la deuxième
Un certain nombre de modifications tissulaires
partie du duodénum.
hépatiques, parfois secondaires à la persistance des
dysfonctions de motilité, provoquent une réaction
de la coupole diaphragmatique droite avec une
surtension secondaire dans le pilier droit du
Mouvement embryologique
diaphragme qui provoque des dysfonctions méca-
niques de L3 à droite, dernière vertèbre à être Le duodénum est donc issu à la fois de l'intestin
solidement sollicitée par le pilier droit. L3 étant antérieur et de l'intestin moyen. La limite entre les
responsable de la sensibilité profonde du genou, le deux parties est la grande caroncule (ou ampoule de
foie est souvent la cause primaire de douleurs au Vater) qui est un point d'équilibre entre les deux
genou droit pour lesquelles les composantes parties.
mécaniques présentes à l'évaluation ne réussissent Étant issues de deux structures embryologiques
pas à expliquer l'importance et la persistance des distinctes, les deux parties présentent aussi des
signes et symptômes. mouvements distincts. La partie supérieure du
duodénum va suivre l'estomac et la partie infé-
rieure suit l'intestin grêle.
Effets sur les émonctoires L'intestin antérieur, du début du duodénum
jusqu'à la grande caroncule, va poursuivre un
L'accumulation de toxines d'origine alimentaire,
mouvement de rotation horaire autour d'un axe
environnementale ou médicamenteuse dans le foie
de rotation sagittal matérialisé par le tronc
peut avoir des effets secondaires sur la peau quand
cœliaque.
elles sont libérées dans le sang. Cet effet est parfois
L'intestin moyen, de la grande caroncule jusqu'au
marqué suite au traitement ostéopathique. Le foie
début de l'intestin grêle, va poursuivre un mouve-
peut donc avoir un rôle dans certaines formes
ment antihoraire autour d'un axe de rotation sagit-
d'asthme et d'eczémas. Dans ces cas, la bonne
tal matérialisé par l'artère mésentérique supérieure.
solution sera parfois fournie par un travail sur la
L'addition de ces deux mouvements provoque
vésicule biliaire, voie de la détoxication hépatique.
la configuration en « C » typique du duodénum.

Duodénum Mouvement de motilité et test


Classiquement, on décrit quatre parties au duodé- La partie supérieure du duodénum, dans son
num, mais elles correspondent plutôt à une réalité mouvement de motilité de flexion, effectue une
anatomique que physiologique. En effet, physiolo- rotation dans le sens horaire.
Chapitre 7. Système digestif 103

La partie inférieure du duodénum, dans son Dysfonction de motilité


mouvement de motilité de flexion, effectue une
rotation dans le sens antihoraire.
Le duodénum ayant perdu sa motilité est en dys-
La forme générale de « C » du duodénum tend
fonction d'extension et présente une restriction
donc à se refermer pendant le mouvement de
du mouvement de sa partie supérieure, de sa par-
motilité de flexion.
tie inférieure ou des deux parties.
La grande caroncule, qui est un point d'équi-
libre entre la partie supérieure et la partie infé-
rieure, ne présente pas de déplacement dans le
sens haut/bas mais se déplacera de la partie Normalisation
antérieure du duodénum à sa partie postérieure
en suivant les voies biliaires basses et les voies La normalisation de la motilité du duodénum se
pancréatiques exocrines. Elle se retrouve à la fait  généralement dans le sens direct, donc en
face interne du duodénum dans sa version défi- induction.
nitive quand il aura pris sa position finale en
forme de « C ».
Pour apprécier la motilité du duodénum, l'ostéo-
pathe se place à gauche du patient et il repère la Lien avec la médecine
grande caroncule. Il place une main au-dessus et chinoise
une main au-dessous d'elle, les index encadrant la
grande caroncule. Si l'ostéopathe est placé à droite Quand elles sont liées à une émotion, les dys-
du patient, il encadre la grande caroncule de ses fonctions de la partie supérieure du duodénum,
deux pouces. Il teste la possibilité pour le duodé- comme pour l'œsophage et l'estomac, peuvent
num d'exprimer son mouvement de motilité. Les être liées à l'angoisse. Les dysfonctions de la
deux parties du duodénum doivent être également partie inférieure, comme pour l'intestin grêle,
motiles et présenter un mouvement synchrone sont plutôt reliées à la joie ou à l'absence de
(figure 7.4). joie.

Figure 7.4. Motilité du duodénum.


104 La motilité en ostéopathie

Considérations Le bourgeon vésiculaire est relié à la grande


ostéopathiques caroncule par le précurseur du cholédoque où se
trouve aussi le bourgeon pancréatique ventral.
Le bourgeon pancréatique ventral, situé initiale-
Étant donné sa position et sa physiologie, les restric- ment sur la face ventrale du duodénum, fait une
tions de motilité du duodénum sont souvent secon- rotation de 180° lui permettant de migrer jusqu'au
daires à son environnement et une dysfonction isolée bourgeon pancréatique dorsal, lié à la fonction
de duodénum est rare. Par exemple, la première par- endocrine. Réunis, ils vont constituer la tête du pan-
tie du duodénum est souvent restreinte par la pré- créas. Le mouvement embryologique des voies
sence de dysfonctions de l'estomac. L'approche biliaires basses et pancréatiques exocrines est alors
thérapeutique du duodénum concernera souvent terminé, même s'il faut tenir compte, pour com-
une suite œsophage-estomac-­duodénum, le couple prendre leur disposition finale dans le corps, de deux
foie-vésicule biliaire, ses rapports étroits avec le pan- facteurs supplémentaires. En effet, ces structures
créas ou bien encore ses liens avec la racine du suivent ensuite le déplacement du duodénum qui
mésentère et le muscle de Treitz. s'incurve en forme de « C » en installant la partie ver-
En revanche, une hyperstimulation du ganglion ticale du duodénum à droite de la ligne médiane et
impar, situé en avant du coccyx, peut provoquer l'ensemble du duodénum plus près de la paroi pos-
une vasoconstriction pelvienne et abdominale térieure dans le corps définitif. De plus, elles suivent
dont la manifestation la plus remarquable s'exer- le déplacement du bourgeon pancréatique dorsal.
cera au niveau du duodénum, vu l'importance de Pendant son développement, la vésicule biliaire
sa vascularisation. Dans cette situation, le duodé- monte vers le foie pour aller se placer à sa face infé-
num présente une très grande rigidité à la rieure. Pendant ce mouvement, le canal cholé-
palpation. doque s'étire dans deux directions différentes : la
partie haute des voies biliaires suit ce mouvement
ascendant de la vésicule, pendant que la partie basse
suit la migration du bourgeon pancréatique ventral
Vésicule biliaire, pour se retrouver à la face interne du duodénum.
voies biliaires hautes
et basses, pancréas Mouvement de motilité et test
exocrine Dans son mouvement de motilité en flexion, le
bourgeon pancréatique ventral, précurseur de la
fonction exocrine du pancréas, effectue un mou-
Les fonctions essentielles de la bile vésiculaire sont
vement de 180° autour de l'axe vertical constitué par
l'émulsion des graisses et la détoxication du foie.
le duodénum en le déplaçant de sa face antérieure
La bile permet aussi la régularisation du transit
vers sa face postérieure. Ce mouvement de rotation
intestinal, l'élimination de la bilirubine et l'assimi-
se produit au niveau de la grande caroncule, qui en
lation des vitamines liposolubles.
constitue le point fixe. Le pancréas exocrine suit
La partie exocrine du pancréas, liée au bourgeon
ensuite le mouvement d'incurvation du duodénum
pancréatique ventral, assure des fonctions diges-
en forme de « C », où la face antérieure originale du
tives par la production des sucs pancréatiques.
duodénum formera la face externe et où la face pos-
térieure formera la face  interne de ses dispositions
définitives. En tenant compte de ces dispositions, le
Mouvement embryologique test de motilité du mouvement du pancréas exocrine
autour du duodénum s'apprécie dans un mouve-
La vésicule biliaire et le pancréas sont tous deux ment qui va de la face externe du duodénum jusqu'à
issus de l'intestin antérieur. la face interne, en passant en dessous.
Chapitre 7. Système digestif 105

Les voies biliaires basses sont testées en même vésicule biliaire avec le mouvement du foie, car c'est
temps que les voies exocrines du pancréas. Dans celui qui est le plus souvent dysfonctionnel. Il fau-
leur mouvement de motilité en flexion, les voies dra, de façon générale, vérifier l'ensemble de la
biliaires basses suivent le bourgeon ventral du région pour assurer une fonction optimale de toutes
pancréas. Ce faisant, elles produisent un allonge- les structures en présence (figure 7.5).
ment de la partie inférieure du cholédoque.
Pour apprécier la motilité des voies exocrines pan-
créatiques et des voies biliaires basses, l'ostéopathe Dysfonction de motilité
place une main sur la deuxième portion du duodé-
num et teste la possibilité des voies biliaires basses et Les voies biliaires basses et la portion exocrine du
des voies exocrines de passer de la face externe vers pancréas ayant perdu leur motilité sont en dys-
la face interne du duodénum en passant sous lui. fonction d'extension et présentent un mouvement
Dans son mouvement de motilité en flexion, la incomplet de rotation autour du duodénum
vésicule biliaire s'ascensionne sous le foie en quand ils passent sous lui.
entraînant avec elle l'allongement des voies Les voies biliaires hautes et la vésicule biliaire
biliaires hautes. ayant perdu leur motilité sont en dysfonction
Pour apprécier la motilité de la vésicule biliaire d'extension et présentent un mouvement incom-
et de la partie haute des voies biliaires, l'ostéo- plet d'ascension ou un asynchronisme avec le
pathe pose une main sur le foie et une main au mouvement du foie.
niveau de la deuxième portion du duodénum. Il
teste la possibilité de la vésicule biliaire d'exprimer
son mouvement de motilité et de synchroniser Normalisation
celui-ci avec la rotation du foie.
Le synchronisme du mouvement de la vésicule Les normalisations de la motilité de la vésicule
biliaire avec le mouvement du duodénum et des biliaire, des voies biliaires et du pancréas exocrine
voies pancréatiques peut être intéressant à investi- se font généralement dans le sens direct en s'assu-
guer dans certains cas, mais il est encore plus impor- rant de leur synchronisme, en particulier celui des
tant de vérifier le synchronisme du mouvement de la voies biliaires et de la vésicule avec le foie.

Figure 7.5. Motilité de la vésicule biliaire, des voies biliaires et du pancréas exocrine.


106 La motilité en ostéopathie

Le  choix de la technique de normalisation pour tube digestif. Il faut procéder à la détoxication du
ces structures doit parfois être fait en fonction des foie avec prudence car la présence brutale d'un
caractéristiques des dysfonctions en présence. grand nombre de toxines dans le sang peut provo-
quer l'apparition rapide d'un prurit, dont le méca-
nisme d'apparition a été tout juste décrit. Il est
Lien avec la médecine possible, avec une intervention thérapeutique
chinoise bien planifiée, d'éviter ce désagrément.
Dans certains cas, les lithiases vésiculaires peuvent
Quand elles sont liées à une émotion, les dysfonc- être dues uniquement à des dysfonctions locales de
tions de la vésicule biliaire et du pancréas exocrine la vésicule biliaire. Il faut noter que les  lithiases
peuvent être liées à la prise de décision. Il est sans biliaires sont très fréquentes et que, dans 70 % à 80
doute utile de rappeler ici l'importance accordée à % des cas, elles demeurent asymptomatiques. Dans
la bile en médecine chinoise, qui est considérée les pays industrialisés, elles sont le plus souvent for-
comme une équivalence au sang. mées par des pigments de cholestérol [33]. Elles sont
liées à des facteurs de risque alimentaire, hormonal,
génétique et sont plus fréquentes chez les femmes
Considérations multipares [40]. Un lien fascial est peut-être la cause
ostéopathiques de cette plus grande fréquence statistique des
lithiases chez les femmes que chez les hommes. En
Liens avec la fonction digestive effet, certaines lithiases ont été retrouvées clinique-
ment reliées à une tension dans le fascia sous-mésen-
La physiologie indique que 20 % des substances térique qui relie l'utérus à l'angle duodénojéjunal en
toxiniques sont éliminées par voie sanguine, alors suivant la paroi postérieure de l'abdomen.
que 80 % le sont par voie digestive, nécessitant En présence d'une dysfonction de motilité de la
donc l'intégrité de la fonction de la vésicule fonction exocrine du pancréas, il est possible que
biliaire. Une dysfonction de la vésicule biliaire les selles présentent une consistance anormale.
peut être une cause de l'accumulation de toxines Elles sont alors étalées, graisseuses et elles flottent
dans le sang et dans le foie et, éventuellement, leur sur l'eau.
dépôt dans les tissus mous, particulièrement dans
les muscles et dans les tendons. Cette accumula-
tion provoque des douleurs qui ne sont pas en lien Liens avec le méridien
avec un patron mécanique précis, donc sans rap- de la vésicule biliaire
port logique avec l'activité, et qui ont la caractéris-
Le méridien de la vésicule biliaire est un des plus
tique d'être erratiques et d'intensité variable. Elle
longs du corps humain. Sa partie crânienne peut être
prédispose aux claquages et aux tendinites. Il est
impliquée dans les douleurs dites en hémicasques
aussi possible de relier ces signes et symptômes
qui seront à différencier des « vraies » migraines.
avec la médecine chinoise qui nous apprend que le
foie et la vésicule biliaire règlent l'énergie des
muscles et des tendons. Quand les toxines ne
prennent pas la voie des muscles et des tendons, Pancréas endocrine
elles peuvent prendre celle de la peau et être res-
ponsable de prurit et de problèmes cutanés.
Avant toute régulation de la vésicule biliaire et La fonction endocrine du pancréas est respon-
de toute manœuvre visant une détoxication du sable de la production de l'insuline et du gluca-
foie, il est essentiel de bien vérifier le mouvement gon qui permettent la régulation de la glycémie
correct des voies biliaires et de s'assurer d'une sanguine.
bonne fonction du duodénum afin de s'assurer de Une bonne hygiène de vie est de première impor-
la libre circulation de la bile vers la lumière du tance pour assure la bonne fonction du pancréas
Chapitre 7. Système digestif 107

endocrine. Diminuer le sucre raffiné semble être On peut décrire ce mouvement de façon générale
une évidence et accorder des périodes de repos au par un large déplacement en quart de cercle qui
système digestif entre les repas l'est tout autant. La porte la queue du pancréas en direction de la rate.
prise excessive d'alcool peut mener à la pancréatite
et à la lyse du pancréas par l'inhibition du sphincter
qui en commande l'accès permettant alors la péné- Mouvement
tration des entérokinases dans le pancréas qui le de motilité et test
détruisent en déclenchant un processus digestif.
Le pancréas endocrine, dans son mouvement de
motilité en flexion, effectue un large déplacement
Mouvement embryologique en quart de cercle vers la gauche.
Pour apprécier la motilité du pancréas endocrine,
Le pancréas endocrine est issu de l'intestin anté- si l'ostéopathe est à gauche du sujet, il pose les
rieur et est lié au bourgeon pancréatique dorsal. doigts sur la tête du pancréas et la paume en direc-
Le bourgeon dorsal est à l'origine du corps, de la tion de la queue. Si l'ostéopathe est à droite du
queue et d'une portion de la tête du pancréas. sujet, il pose une main sur le pancréas en plaçant la
Le bourgeon pancréatique dorsal va initier son paume sur le corps et les doigts en direction de la
mouvement à partir d'une position dans le plan queue. Il teste la possibilité du pancréas d'exprimer
sagittal en entraînant avec lui les voies biliaires son mouvement de motilité. Dans cette position,
basses et le bourgeon pancréatique ventral. Dans l'ostéopathe peut poser une main sur le pancréas et
son mouvement de mise en place, le pancréas une main sur la rate où, en fin de mouvement du
endocrine va migrer de façon à porter sa tête pancréas, il devrait pouvoir y ressentir une poussée
et son corps vers la paroi postérieure et en proje- car les deux mouvements embryologiques sont
tant sa queue vers la paroi latérale gauche. exprimés dans un même plan (figure 7.6).

Figure 7.6. Motilité du pancréas endocrine.


108 La motilité en ostéopathie

Dysfonction de motilité tion et l'assimilation des nutriments ­ingérés, aux-


quels il faut ajouter son rôle dans l­'immunité par
l'activité des plaques de Peyer. Fonctionnellement
Le pancréas endocrine ayant perdu sa motilité est
et par le sens des mouvements, le deuxième duodé-
en dysfonction d'extension et présente un déficit de
num est en continuité avec l'intestin grêle.
son déplacement en quart de cercle vers la gauche.

Normalisation Mouvement embryologique


La normalisation de la motilité du pancréas endo-
L'intestin grêle est issu de l'intestin moyen. Au
crine se fait généralement dans le sens direct et son
départ, l'intestin moyen occupe une très courte
synchronisme avec celui de la rate peut être
portion entre les parties antérieure et postérieure
recherché, mais le choix de la normalisation doit
de l'intestin primitif, au niveau du pédicule
être adapté aux caractéristiques de la dysfonction
embryonnaire et du sac vitellin.
présente. Par exemple, cette dysfonction pourrait
Dans un premier temps de développement,
être une dysfonction en vide.
l'intestin grêle se développe autour de l'artère
mésentérique supérieure et, parce qu'il s'allonge
Lien avec la médecine chinoise plus rapidement que la cavité cœlomique,
l'anse  intestinale primitive se développe dans
Quand elles sont liées à une émotion, les dysfonc- l'espace extracœlomique. Sa partie proximale
tions du pancréas endocrine peuvent être liées à formera l'intestin grêle, alors que sa partie dis-
des replis sur soi ou un manque du sentiment du tale formera les côlons.
soi. Le pancréas endocrine peut donc présenter L'anse intestinale fait une rotation de 90°
une dysfonction de motilité quand l'espace pour autour de son axe longitudinal dans le sens anti-
soi n'est pas respecté. horaire. Le jéjunum et l'iléon poursuivent leur
développement rapide en formant une série de
Considérations replis. Les anses intestinales réintègrent ensuite la
cavité abdominale. Ce mouvement de retour fait
ostéopathiques passer l'intestin grêle d'une position sagittale à
une position frontale tout en le plaquant contre la
La levée des dysfonctions limitant la fonction paroi postérieure.
­endocrine du pancréas favorise une bonne fonction
insulinique. Les dysfonctions présentes sont alors
généralement importantes. La normalisation de ces
restrictions peut parfois provoquer des malaises hypo-
Mouvement
glycémiques si la libération de l'insuline est facilitée et de motilité et test
qu'elle survient trop brutalement. L'ostéopathe doit
en tenir compte dans son intervention clinique. L'intestin grêle, dans son mouvement de motilité
en flexion, effectue un mouvement de rotation
antihoraire autour de l'artère mésentérique
supérieure.
Intestin grêle Pour apprécier la motilité de l'intestin grêle,
l'ostéopathe pose obliquement ses mains sur la
partie sous-mésentérique de l'intestin grêle dans
Formé de deux parties, le jéjunum et l'iléon, l'intes- le sens de la racine du mésentère et il teste la pos-
tin grêle joue plusieurs rôles dans l'organisme dont sibilité pour l'intestin grêle d'exprimer son mou-
les plus importants sont sans aucun doute l'absorp- vement de motilité (figure 7.7).
Chapitre 7. Système digestif 109

Figure 7.7. Motilité de l'intestin grêle.

Dysfonction de motilité Lien avec la médecine chinoise


L'intestin grêle ayant perdu sa motilité est en dys- Quand elles sont liées à une émotion, les dysfonc-
fonction d'extension et présente un déficit de son tions de l'intestin grêle peuvent être reliées,
mouvement normal dans une de ses portions ou comme le cœur, et à la joie ou à son absence.
dans l'ensemble de l'organe.
Considérations ostéopathiques
Normalisation Lien avec l'assimilation
des nutriments
La normalisation de la motilité de l'intestin grêle
se fait généralement dans le sens direct, donc en La motilité de l'intestin grêle est essentielle à l'as-
induction, mais le choix de la normalisation doit similation optimale des nutriments. Son dysfonc-
être adapté aux caractéristiques de la dysfonction tionnement peut mener à des carences d'apport. Il
présente. Par exemple, des dysfonctions en vide joue donc un rôle de premier plan dans la santé en
sont parfois retrouvées au niveau de l'intestin général et dans la production de l'énergie néces-
grêle. saire aux fonctions de l'organisme.
110 La motilité en ostéopathie

Lien avec la fonction immunitaire sance en rotation antihoraire du côlon ascendant


conduit le cæcum dans la fosse iliaque droite.
Par la présence des plaques de Peyer, l'intestin Dans le même temps, le déplacement latéral vers la
grêle joue un rôle immunitaire important, rôle qui gauche de la partie distale du côlon se fait autour
pourra être diminué quand une dysfonction de de l'artère mésentérique inférieure. D'une posi-
motilité et/ou de mobilité est installée. tion centrale, le côlon sigmoïde s'est donc déplacé
vers la gauche. Il sera rattaché à la paroi par les
deux racines du mésosigmoïde, une primitive et
Liens de la racine du mésentère une secondaire.
Les côlons descendant et ascendant sont pla-
Une surtension de la racine du mésentère peut qués contre la paroi postérieure par les fascias de
créer des dysfonctions secondaires dans l'articula- Told gauche et droit. Entre les deux se situe évi-
tion sacro-iliaque à droite, de L2 à gauche ou du demment le côlon transverse.
duodénum par l'intermédiaire du muscle de Le rectum sera formé à partir de la partie la plus
Treitz. La racine du mésentère sera d'autant plus distale de l'intestin postérieur. La membrane cloacale,
facile à libérer que l'ensemble de l'intestin grêle qui s'ouvre à la 7e semaine de vie, permet l'ouverture
présentera une motilité normale. de l'anus et des orifices du système urogénital.

Lien avec la pression


du caisson abdominal Mouvement de motilité et test
Quand la pression globale du caisson abdominal est
augmentée, l'évaluation ostéopathique devra pouvoir Le cadre colique, dans son mouvement de moti-
distinguer, parmi les causes possibles, celle de la lité en flexion, effectue un mouvement général
congestion de l'intestin grêle secondaire à une antihoraire. Sa motilité est inversée par rapport au
congestion hépatique qui surcharge le système porte. mouvement du transit.
Pour apprécier la motilité globale du cadre
colique, l'ostéopathe peut placer ses mains sur les
côlons droit et gauche et il teste la possibilité pour
Cadre colique le côlon d'exprimer la motilité générale de tout le
cadre colique (figure 7.8).
Pour apprécier la motilité plus spécifique du
Les principaux rôles du côlon sont le stockage des cadre colique, l'ostéopathe peut déplacer successi-
selles avant leur expulsion et la réabsorption de vement ses mains lors de l'évaluation. Il débute
l'eau et de certaines vitamines. alors au niveau du sigmoïde (figure  7.9A) ; il
poursuit par le côlon descendant (figure  7.9B),
puis par l'angle colique gauche au niveau de la 9e
Mouvement embryologique côte avec la partie gauche du côlon transverse
(figure 7.9C) ; il continue par la partie droite du
Le côlon est issu de l'intestin moyen et postérieur. côlon transverse et l'angle colique droit au niveau
L'anse intestinale primitive exécute une rota- de la 11e côte (figure  7.9D) ; il poursuit par le
tion de 90° en sens antihoraire autour de l'artère côlon ascendant (figure 7.9E) et termine avec la
mésentérique supérieure, ce qui modifie la posi- partie terminale du côlon ascendant et le cæcum
tion du cæcum qui se retrouve au-dessus de l'axe. (figure  7.9F). Il teste donc la possibilité pour
L'ensemble de l'anse intestinale primitive va réin- toutes les parties du cadre colique d'exprimer leur
tégrer la cavité cœlomique en passant du plan mouvement de motilité.
sagittal au plan frontal. Lors du changement de La motilité du rectum est évaluée en même
plan, le cæcum est amené sous le foie. La crois- temps que l'enroulement sacré. L'ostéopathe
Chapitre 7. Système digestif 111

Figure 7.8. Motilité du cadre colique.

recherche un mouvement de montée parallèle au de montée associé à la motilité du rectum le


sacrum et la possibilité pour le rectum d'exprimer protège des ptoses.
son mouvement de motilité (pour le positionne-
ment, cf. chapitre 3 sur l'enroulement caudal).
Normalisation
Dysfonction de motilité
La normalisation de la motilité du côlon se fait
Le cadre colique ayant perdu sa motilité est en généralement dans le sens direct, mais le choix de
dysfonction d'extension et présente un déficit de la normalisation doit être adapté aux caractéris-
son mouvement normal dans une de ses parties ou tiques de la dysfonction présente. Par exemple,
dans sa totalité. cette dysfonction pourrait être une dysfonction
La motilité embryologique fournit des expli- en vide.
cations intéressantes à la fréquence de certaines Les multiples dispositions anatomiques ainsi
dysfonctions de mobilité du côlon. Ainsi, au- que les particularités liées à ses différentes par-
delà de la qualité du système d'amarrage tissu- ties font du côlon un organe qu'il convient sou-
laire des deux angles coliques, important à vent de traiter spécifiquement plutôt que
gauche et plus lâche à droite, les mises en place globalement.
embryologiques peuvent aider à expliquer la
rareté des ptoses de l'angle gauche et sa relative
fréquence du côté droit. Les mouvements
embryologiques révèlent effectivement que la Lien avec la médecine
mise en place de l'angle colique gauche se fait chinoise
du bas vers le haut, limitant l'effet de descente,
alors que la mise en place de l'angle droit se fait Quand elles sont liées à une émotion, les dysfonc-
du haut vers le bas, la favorisant. Le mouvement tions du côlon affectent seulement un des
112 La motilité en ostéopathie

A- Sigmoïde D- Angle droit et transverse

B- Côlon descendant E- Côlon ascendant

C- Angle gauche et transverse F- Côlon ascendant et cæcum


Figure 7.9. Motilité spécifique des différentes parties du côlon.
A. Motilité du sigmoïde. B. Motilité du côlon descendant. C. Motilité de l'angle gauche et du côlon transverse. D. Motilité
de l'angle droit et du côlon transverse. E. Motilité du côlon ascendant. F. Motilité du côlon ascendant et du cæcum.

­émicôlons et peuvent être reliées, comme les


h Considérations
poumons, à la tristesse. Il est donc quelquefois ostéopathiques
intéressant de considérer séparément les côlons
droit et gauche, parfois dans leur correspondance
avec le poumon du même côté.
Liens avec la fonction digestive
Quand l'ensemble du côlon présente une per- Plusieurs réflexes règlent le transit du bol alimen-
turbation de sa motilité, il est possible qu'elle taire dans le côlon, dont le réflexe gastrocolique. À
soit en relation avec un passage de saison difficile partir du remplissage de l'estomac, ce réflexe met en
survenant à l'automne, notion de médecine place un mouvement de masse qui permet le transit
chinoise. des selles présentes dans la partie gauche du côlon
Chapitre 7. Système digestif 113

transverse et dans les côlons descendant et sigmoïde à tout âge. Dans 90 % des cas, la cause de l'intus-
et qui assure le remplissage du rectum. Si ce réflexe susception est déclarée idiopathique [41].
est diminué, une constipation de type atone peut Il apparaît qu'un schéma dysfonctionnel com-
s'installer, mais, s'il est augmenté, il provoquera plu- portant une dysfonction d'extension de l'intestin
tôt des évacuations trop fréquentes de selles. grêle alors que la motilité du cæcum est conservée
L'exacerbation du réflexe gastrocolique peut être (dans le cas d'une invagination iléocæcale) favorise
provoquée, entre autres, par un sentiment d'an- probablement ces invaginations. Le même prin-
goisse qui fragilise le fonctionnement de l'estomac. cipe peut être appliqué à toutes les formes d'intus-
susceptions. Il semble parfois possible d'éviter une
Lien avec la pathologie opération si cette affection est traitée suffisam-
ment tôt par une intervention ostéopathique
L'intussusception (ou invagination) est un phéno- appropriée. Soulignons aussi qu'il a été remarqué
mène dangereux et douloureux qui survient que, sans raison apparente, la fréquence d'appari-
quand une portion de l'intestin ou du côlon s'in- tion de cette pathologie pédiatrique augmente à la
vagine dans un segment qui lui est adjacent. Il fin du printemps et à l'automne, du moins en
apparaît le plus souvent au niveau iléocæcal chez Grande-Bretagne [41]. La médecine chinoise peut
les enfants de moins de deux ans, particulièrement peut-être fournir une grille d'interprétation à
entre l'âge de trois et neuf mois, mais peut advenir cette fréquence saisonnière (figure 7.10) ?

Figure 7.10. Intussusception.
Chapitre 8
Système génito-urinaire

Résumé ront parfois avoir une influence sur cet aspect


Ce chapitre expose les dysfonctions, tests et normalisa- important de la santé. Les causes des dysfonctions
tions pour deux systèmes unis par l'embryologie, mais de rein sont multiples. Les dysfonctions de rein
très différents dans leurs rôles. En effet, bien que formés peuvent survenir par voie structurelle, comme un
à partir d'une même maquette embryologique fournis- amaigrissement trop rapide qui fait disparaître la
sant les précurseurs aux systèmes urologique et gyné- couche graisseuse autour du rein, par traumatisme
cologique, ces deux systèmes remplissent évidemment physique, par le vécu d'une grande peur ou encore
des fonctions finales fort différentes. Cliniquement, ce
par un changement climatique mal vécu.
sont l'utérus et la vessie qui entretiennent les rapports
les plus étroits car ils doivent présenter des mouve-
ments embryologiques coordonnés.
Le rein, l'uretère et la vessie sont les éléments à
considérer dans le système urologique. C'est le rein
qui présente les dysfonctions les plus fréquentes, aux Généralités
conséquences cliniques variées.
L'utérus est l'élément le plus important du système embryologiques
gynécologique, mais on considère aussi assez fréquem-
ment les gonades dans le travail de motilité.
L'ensemble du système génito-urinaire se déve-
Les interventions sur les organes du petit bassin
loppe à partir du mésoblaste intermédiaire, sauf la
sont évidemment plus fréquentes chez les femmes
vessie qui provient d'un dérivé de l'intestin posté-
pour des motifs de consultation variés et parfois
rieur. Tout le système génito-urinaire est rétropé-
très invalidants comme des irrégularités du cycle
ritonéal (rein et uretère) ou sous-péritonéal
menstruel, des phénomènes congestifs du petit
(organes génitaux et vessie).
bassin et des membres inférieurs, des douleurs
Le système génital, formé sur la même maquette
lombosacrées ou reliées aux relations sexuelles,
embryologique pour les hommes et les femmes, est
des problèmes de continence vésicale, etc. Le tra-
entièrement intégré au développement du système
vail viscéral de motilité, souvent associé au travail
urologique. Cette maquette ne sera pas décrite ici
d'enroulement caudal, fournit des solutions origi-
en détail car elle est sans lien avec les mouvements
nales pour ces problématiques. Chez les hommes,
embryologiques utiles à la pratique clinique.
le travail urogénital est essentiellement relié aux
dysfonctionnements de la prostate.
Les dysfonctions de rein sont retrouvées très fré-
quemment dans la pratique clinique et elles créent
de multiples répercussions qui sont bien connues Urologie
en ostéopathie classique, tant au niveau de la
colonne vertébrale, du bassin et du membre infé- Rein
rieur que des douleurs référées au membre inférieur
par l'irritation des branches du plexus lombosacré. Le rein assure des fonctions vitales dans l'or-
À cause du rôle joué par les reins dans le contrôle ganisme humain. Sa principale fonction est
de la pression artérielle, leurs dysfonctions pour- exocrine par la filtration du sang et l'excrétion
La motilité en ostéopathie
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116 La motilité en ostéopathie

de l'urine. Il joue un rôle dans l'élimination partir de la charnière cervicodorsale et se termine


des toxines du corps, qu'elles soient endo- à la région lombaire. Même si ces reins provi-
gènes, comme les produits de la dégradation soires ne sont jamais fonctionnels chez l'homme,
cellulaire, ou exogènes, par exemple, liées à la ils sont en rapport avec le cloaque par le canal de
prise de médicaments. Le rein exerce aussi des Wolff (ou canal mésonéphrotique). À partir de la
fonctions endocrines en produisant certaines 8e semaine, le mésonéphros commence lui aussi à
hormones, rénine et kallikréine, liées à la phy- régresser.
siologie de la tension artérielle, et érythro- À la fin de la 4e semaine, le métanéphros, ou
poïétine, liée à la maturation des globules troisième rein, prend naissance au niveau sacré
rouges dans la moelle osseuse. Le rein parti- (S1 à S3) à partir du bourgeon urétéral situé à la
cipe donc à l'homéostasie par le maintien des partie distale du canal de Wolff. À partir de cette
équilibres hydrique, hydroélectrolytique et position très caudale dans l'embryon, entre la 6e
acido-basique du corps. et la 9e semaine, le rein remonte progressive-
Mécaniquement, sa position rétropéritonéale ment le long de l'aorte dorsale qui assure la vas-
et des freins à la ptose peu puissants rendent le cularisation du rein à l'aide d'une série d'artères
rein très susceptible à de fréquentes dysfonc- qui se créent et qui régressent en suivant son
tions de mobilité. Le rein est dépendant de sa mouvement d'ascension. La remontée du rein
loge graisseuse qui le maintient en place, de la est causée par une croissance différentielle de la
tonicité des abdominaux qui le plaquent contre partie caudale de l'embryon décrite comme un
la paroi postérieure et de l'aspiration diaphrag- déroulement de la partie inférieure du corps
matique, liée à la pression négative thoracique, (cf. Atlas de poche d'embryologie, Drews, p. 328).
qui l'aide à résister à la ptose. Le mouvement Cette remontée du rein se fait en direction de la
ascensionnel de sa motilité lui procure un fac- paroi postérieure et est accompagnée d'une
teur de protection pour empêcher l'apparition rotation interne. En effet, le hile rénal, qui était
de ptoses. tourné vers l'avant dans le petit bassin, tourne
de 90° pour se retrouver en direction médiale
dans sa position définitive (la rotation est bien
illustrée dans l'Atlas d'embryologie humaine de
Mouvement embryologique Netter, Cochard, p. 163). La remontée du rein
provoque un allongement proportionnel des
La formation du rein passe par trois étapes succes- uretères.
sives qui le mèneront à sa disposition finale. Les Le rein sera formé de façon définitive entre
deux premières versions du rein passent d'une la 5 e et la 15 e semaine embryonnaire. Ce rein
position céphalique vers une position plus cau- définitif n'est pas métamérisé. La hauteur de la
dale. Le rein définitif, le troisième, se forme dans position définitive du rein peut varier de
le petit bassin pour remonter vers une position façon  relativement importante selon les
dorsolombaire définitive. individus.
Le premier rein est le pronéphros, qui se Pour évaluer la motilité du rein, il y aura donc
forme à la hauteur de la charnière cervicodor- deux mouvements d'origine embryologique à
sale. Ce rein, métamérisé, reste en place entre la vérifier. L'évaluation débute généralement par le
3e à la 4e semaine embryonnaire et régresse mouvement relié au rein définitif, le troisième, qui
ensuite. passe du petit bassin vers la région lombaire. Si la
Dans la 4e semaine embryonnaire, le premier correction du rein définitif tarde à venir ou,
rein est remplacé par le deuxième rein qui appa- encore, si la présence de douleurs au niveau de la
raît comme une succession de mésonéphros, charnière cervicodorsale suggère des dysfonctions
métamérisés, qui se développent de façon cranio- de motilité du premier rein, l'évaluation sera com-
caudale, les supérieurs régressant quand les infé- plétée par les tests reliés aux premier et deuxième
rieurs se constituent. Ce phénomène débute à reins.
Chapitre 8. Système génito-urinaire 117

Mouvement de motilité Normalisation


du rein définitif et test
La normalisation de la motilité du rein définitif se
Le rein, dans son mouvement normal de motilité, fait dans le sens direct, donc en induction.
effectue une remontée et une rotation interne.
Pour apprécier la motilité, l'ostéopathe débute
son évaluation à la position initiale du rein définitif Mouvement
soit au niveau du petit bassin et teste la possibilité de motilité des deux
du rein d'exprimer sa motilité en évaluant la pos- premiers reins et test
sibilité de remontée d'abord puis de rotation
interne vers sa position définitive. Le rein peut L'ostéopathe peut aussi évaluer la composante
présenter un déficit de motilité de l'une ou l'autre énergétique des déplacements successifs du pre-
des composantes de son mouvement ou bien les mier et du deuxième reins en évaluant la motilité
deux. présente le long de toute la colonne représentant
Pour effectuer ce test, l'ostéopathe peut prendre ce déplacement. Il prend alors deux appuis, un au
un appui en profondeur au niveau du feuillet péri- niveau de la charnière cervicodorsale et un sur le
rénal ou demeurer en superficie au niveau de la pôle inférieur du rein. Il évalue la motilité expri-
zone réflexe de Jarricot, l'important étant de bien mée qui est un mouvement qui va alors du point
visualiser le rein et son mouvement lors de l'exé- d'appui céphalique vers le point d'appui caudal
cution du test (figure 8.1). (figure 8.2).

Dysfonction de motilité Dysfonction de motilité


Le rein définitif ayant perdu sa motilité est en dys- Les deux reins primitifs ayant perdu leur motilité
fonction d'extension et présente donc une restric- sont en dysfonction d'extension et présentent
tion dans son mouvement de remontée et/ou de donc une restriction dans le mouvement de des-
rotation interne. cente le long de la colonne vertébrale.

Figure 8.1. Motilité du rein définitif.


118 La motilité en ostéopathie

Figure 8.2. Motilité du premier et deuxième reins.

Normalisation Le rein gauche est le rein des peurs appartenant à


un individu, comme la peur de perdre sa vie, ou
des peurs ancestrales qu'il a engrammées.
La normalisation de la motilité des deux pre-
Finalement, le rein est en lien avec l'énergie
miers reins se fait dans le sens direct, donc en
génétique et l'hérédité.
induction.

Lien avec la médecine Considérations


chinoise ostéopathiques
La place du rein dans la médecine chinoise est Les répercussions plus spécifiques à une perte de
complexe et primordiale. Les considérations très motilité du rein impliquent presque constamment
simples notées ici ne rendront pas compte de une réaction du psoas et provoquent aussi souvent
toute la signification du rein en médecine tradi- des douleurs au niveau de la crête iliaque du côté
tionnelle chinoise, mais elles indiqueront des élé- de la dysfonction. On peut aussi, et tel que cité
ments cliniques d'importance. précédemment, retrouver des dysfonctions irré-
Un point primordial du rein est placé au niveau ductibles de la charnière cervicodorsale liées à la
de la première vertèbre dorsale, la grande navette présence du rein primitif.
du rein. Un lien peut être fait avec la présence du La présence d'une dysfonction du rein peut
rein primitif, le pronéphros, et avec certaines dou- modifier l'expression de la motilité de l'enroule-
leurs récidivantes à cet endroit. Le déplacement ment caudal du côté du rein affecté.
successif du deuxième rein n'est pas sans rappeler Les répercussions des dysfonctions de mobilité
la constitution d'une partie du méridien de la ves- rénales, bien connues en ostéopathie générale et
sie qui suit la colonne vertébrale de haut en bas. qui ne seront pas répertoriées ici, s'appliquent
Selon sa latéralité, le rein diffère de rôle. Le rein généralement à la présence de dysfonctions de
droit est le rein « climatique » . Il est lié plus spéci- motilité en tenant compte des particularités de ce
fiquement avec les températures ressenties comme type de travail expliqué ailleurs dans l'ouvrage, par
étant trop froides ou trop chaudes ou encore avec exemple, la primauté habituelle des dysfonctions
des changements climatiques trop drastiques. de motilité sur celles de mobilité.
Chapitre 8. Système génito-urinaire 119

Vessie Des dysfonctions importantes, par exemple


suite à des épisiotomies ayant laissé des adhé-
La vessie est l'organe qui reçoit l'urine par rences, peuvent gêner localement la continence.
les uretères avant son évacuation par la miction Dans ces cas, une intervention locale et la pres-
via l'urètre. Elle peut normalement contenir cription d'exercices s'adressant au sphincter strié à
entre 300 et 700 ml de liquide. Des rapports effectuer pendant un court laps de temps viennent
normaux avec son environnement sont néces- généralement à bout de ce genre de problème.
saires pour la préservation de la physiologie Ces problèmes locaux sont donc à distinguer des
normale de la vessie qui doit assurer, selon les problématiques impliquant toute la région du
moments, la vidange complète de la vessie et la petit bassin.
continence. Les sources des problèmes de continence sont
Pour assurer la continence, la vessie bénéficie de variées et elles ne sont pas toutes d'origine méca-
deux éléments qui assurent sa « suspension » dans nique. Elles peuvent être de nature hormonale vu
le petit bassin. Le premier élément est l'empreinte le rôle des hormones sur le tonus tissulaire de la
ascensionnelle inscrite dans le mouvement de vessie et sur son système ligamentaire de soutien ;
motilité qui protège la vessie en tout temps de la par exemple, des incontinences surviendront fré-
ptose. Pour la soustraire aux augmentations de quemment lors de la ménopause.
pressions abdominales qui surviennent dans les La fonction des sphincters vésicaux doit aussi
inspirations diaphragmatiques maximales, la vessie être assurée par un contrôle neurologique correct.
profite également d'une traction vers le haut pro- Le contrôle du sphincter strié est exercé par le
voquée par la mise en tension de l'ouraque et du niveau cortical. Le contrôle du sphincter lisse est
ligament falciforme qui sont entraînés par la bas- assuré par un centre orthosympathique situé au
cule postérieure du foie associée aux inspirations niveau lombaire haut (L1L2) et distribué par le
profondes. plexus cœliaque.
Quand la vessie est bien « suspendue » dans le
petit bassin, l'effet de la pression abdominale a
un effet de force compressive qui concoure à Mouvement embryologique
son maintien et qui participe aussi à la conti-
nence du sphincter de l'urètre. La longueur de La vessie provient d'un dérivé de l'intestin posté-
l'urètre soumise à la pression abdominale et le rieur. À l'origine, la vessie est un mince diverti-
fait que la disposition des sphincters soit diffé- cule relié à l'ombilic, l'allantoïde, qui partage un
rente selon le sexe expliquent que les problèmes espace commun avec la partie distale de l'intestin
de continence sont, chez l'homme, beaucoup postérieur appelé le cloaque. Le vestige de l'al-
plus rares que chez la femme et que, quand ils lantoïde formera l'ouraque, ou ligament ombili-
sont présents, ils soient le plus souvent une cal médian, dans la version définitive de l'être
séquelle de chirurgie. humain.
Pour bien assurer son rôle, la vessie doit égale- Entre la 4e et la 6e semaine, la descente d'un pli
ment être soutenue correctement par un plancher mésenchymateux, le septum urorectal, vient sépa-
pelvien et un périnée soumis à l'intégrité fonction- rer cet espace cloacal en deux structures, le sinus
nelle de son cadre osseux et l'efficacité des mem- urogénital et le rectum, qui s'aboucheront avec
branes obturatrices à jouer leur rôle de soupape. l'extérieur par deux orifices distincts.
La perte de fonction des structures qui suspendent Les canaux formant les uretères s'ouvrent dans
la vessie ou encore la poussée de l'utérus qui la la vessie et participent à la formation du trigone
chapeaute peuvent faire augmenter la charge de vésical dans la paroi postérieure de la vessie.
travail imposée aux sphincters qui cèdent alors La vessie, lors de ces transformations vers son
bien souvent à la longue, entraînant l'inconti- emplacement définitif, fera premièrement une
nence à l'effort et même parfois, dans les cas légère ascension puis un mouvement de rotation
sévères, au repos. postérieure.
120 La motilité en ostéopathie

Mouvement Une dysfonction de la vessie peut modifier l'ex-


de motilité et test pression de la motilité de l'enroulement caudal
dans sa portion centrale.
La vessie, dans son mouvement normal de moti-
lité, effectue une légère ascension et une rotation
postérieure.
Normalisation
Pour apprécier la motilité, l'ostéopathe place
des doigts dans le creux médian juste au-dessus de La normalisation de la motilité de la vessie se fait
la symphyse pubienne et teste la possibilité de la dans le sens direct, donc en induction, ou selon les
vessie d'exprimer sa motilité. caractéristiques de la dysfonction présente. Elle se
Dans la même position, pour vérifier aussi la complète par la recherche du synchronisme avec
mobilité de la vessie, l'ostéopathe peut demander l'enroulement caudal et, parfois, avec celui de
une inspiration maximale et une expiration au l'utérus.
sujet afin de ressentir ainsi la traction de l'ouraque Une dysfonction de la vessie, surtout si elle est
pendant l'inspiration et son relâchement pendant en vide, qui demeure très difficile à relancer même
l'expiration. Ces informations seront complémen- après un traitement adapté, surtout si elle est
taires à la qualité de la motilité. accompagnée d'un déficit de l'enroulement cau-
La motilité de la vessie sera aussi appréciée dans son dal, doit faire penser à la présence d'un cancer de
mouvement de synchronisme avec l'enroulement la vessie qui est souvent lié au tabagisme (cf. Cas
caudal qui peut sembler modifié si la vessie présente clinique 20 au chapitre 10 consacré au protocole
une dysfonction. Dans certains motifs de consulta- d'intervention).
tion, la motilité de vessie sera également vérifiée dans
son synchronisme avec celle de l'utérus (figure 8.3).
Lien avec la médecine
Dysfonction de motilité chinoise
La vessie ayant perdu sa motilité est en dysfonc- Quand elles sont liées à une émotion, les dysfonc-
tion d'extension et présente donc une restriction tions de la vessie sont associées à une peur qui aura
dans son mouvement d'ascension et de rotation été ressentie comme très intense entraînant son
postérieure. « débordement » vers la vessie. Le rein « clima-

Figure 8.3. Motilité de la vessie.


Chapitre 8. Système génito-urinaire 121

tique » peut parfois être aussi la cause du même présent le jour et absent la nuit. Il faut alors
phénomène. aller vérifier en priorité la paroi postérieure de la
première plicature et y adjoindre l'évaluation du
plexus cœliaque qui assure l'innervation du
Considérations sphincter.
ostéopathiques
Continence
Uretères
La spécificité apportée par la motilité concernant
la continence de la vessie est le sens du mouve- Le mouvement de l'uretère est soumis à ceux du
ment ascensionnel d'origine embryologique qui rein et de la vessie. L'allongement progressif de
protège la vessie des ptoses. l'uretère est induit par l'ascension du rein.
L'uretère fait aussi une rotation interne sur toute
sa longueur qui est conditionnée à la fois par la
Liens avec l'apparition des cystites rotation interne du rein et par la rotation posté-
rieure de la vessie. La motilité normale de l'ure-
L'expression juste de la motilité en bascule posté- tère sera donc déduite à partir des possibilités de
rieure permet une orientation correcte de l'urètre. motilité du rein et de la vessie.
Une mauvaise orientation peut perturber la vidange Le synchronisme du mouvement des uretères
complète de l'urine contenue dans la vessie lors de avec le mouvement de bascule postérieure de la
la miction. Cette stagnation de l'urine favorise évi- vessie est essentiel pour empêcher un reflux uri-
demment les infections urinaires à répétition. Il est naire. La présence d'un reflux urinaire est parfois
également nécessaire de porter une attention parti- d'origine ostéopathique ; il sera alors régulé par le
culière à d'autres éléments comme le fonctionne- travail de motilité. Ce type de reflux est à distin-
ment du foie et de l'intestin grêle pour associer leurs guer d'un reflux d'ordre structurel, relevant la
rôles circulatoire et immunitaire à l'apparition des médecine allopathique.
cystites. L'alimentation doit aussi être examinée car Suite à des épisodes de coliques néphrétiques,
elle a une influence considérable dans le contrôle du des points de fixité dans les uretères peuvent se
pH général du corps. Dans le cas de cystites à répé- créer et influencer le rein homolatéral. Ces
tition, il est utile de distinguer le type de bactéries, points de fixité seront plus faciles à réguler par
d'éliminer la présence de fièvre et de considérer le les techniques de mobilité locales quand l'ure-
passage de pathogènes de paroi à paroi entre la ves- tère aura retrouvé son mouvement énergétique
sie et l'intestin grêle. Dans ces cas, le dysfonctionne- et son synchronisme avec le rein et la vessie
ment digestif doit être considéré en premier. (figure 8.4).

Reflux urinaire
Le reflux urinaire dans le rein est l'hydronéphrose.
Parfois présente chez les enfants, elle survient Organes génitaux
quand le sphincter entre l'uretère et la vessie est
inefficace. Certaines de ces hydronéphroses sont Généralités embryologiques
« ostéopathiques » et trouvent leur résolution avec
des normalisations ostéopathiques précises des Le système génital, formé sur la même maquette
liens entre le rein, l'uretère et la vessie. embryologique pour les hommes et les femmes,
est entièrement intégré au développement du sys-
Énurésie tème urologique.
En effet, chez l'embryon avant la différencia-
Les problèmes d'énurésie sont associés davan- tion sexuelle, on retrouve deux paires de canaux
tage à la réticulée si le contrôle de la miction est reliés au développement du rein, les canaux de
122 La motilité en ostéopathie

Figure 8.4. Motilité de l'uretère.

Wolff (ou mésonéphrotiques) qui seront impor- effectuant une montée et une rotation anté-
tants pour l'appareil génital masculin et les rieure, donc un mouvement qui est inversé par
canaux de Müller (ou paramésonéphrotiques) rapport à celui de la vessie, située juste en avant
qui seront importants pour l'appareil génital et dessous.
féminin. Chez l'homme les canaux de Wolff
donnent les canaux déférents, alors que les
canaux de Müller involuent. Chez la femme, les Mouvement de motilité et test
canaux de Müller donnent l'utérus et la partie
haute du vagin en se fusionnant (sa partie basse L'utérus, dans son mouvement normal de motilité,
est formée d'entoblaste) ils donnent aussi les effectue une montée et fait une rotation antérieure.
deux trompes utérines.  Ce sont les canaux de Pour apprécier la motilité, l'ostéopathe place
Wolff qui disparaissent presque complètement une main au niveau du sacrum dans la même posi-
chez la femme. tion que le test de l'enroulement caudal et place
son autre main au niveau de l'utérus juste au-­
dessus du pubis. Il teste alors la possibilité de
l'utérus d'exprimer sa motilité mais apprécie aussi
Utérus le mouvement de synchronisme de l'utérus avec
L'utérus est un organe creux destiné à abriter et celui de l'enroulement caudal et avec celui de la
nourrir l'œuf fécondé. Sa musculature lisse per- vessie (figure 8.5).
met l'expulsion de l'enfant à naître par des
contractions puissantes et rythmiques lorsqu'il est
arrivé à la maturité de son développement.
L'utérus est protégé de la pression abdominale Dysfonction de motilité
par sa position dans le détroit inférieur du
bassin. L'utérus ayant perdu sa motilité est en dysfonc-
tion d'extension et présente donc une restriction
dans son mouvement de montée et de rotation
Mouvement embryologique antérieure. L'ostéopathe ne ressent pas de poussée
sous sa main antérieure et peut ressentir une
Lors de leur fusion, les deux canaux de Müller se modification dans l'expression de l'enroulement
fusionnent pour former une seule cavité. caudal. Les dysfonctions en vide de l'utérus sont
L'utérus prend sa place et sa forme définitive en possibles, mais rares.
Chapitre 8. Système génito-urinaire 123

Figure 8.5. Motilité de l'utérus.

Normalisation énergétique du foie à cause de sa nature


musculaire.
La normalisation de la motilité de l'utérus se fait à
l'aide d'une technique indirecte, donc en accumu-
lation. Elle se complète par la recherche du syn-
Considérations
chronisme avec l'enroulement caudal et, parfois, ostéopathiques
avec celui de la vessie.
Pour normaliser une dysfonction utérine en Dans les cas de dysménorrhées, il faut vérifier à la
induction, donc directement, il est aussi possible fois la capacité de production et de diffusion hor-
de prendre un appui au niveau du col de l'utérus, monale par l'axe hypothalamo-hypophysaire et la
dans le cul-de-sac antérieur, pour provoquer la capacité de réception de ces hormones par les
motilité en flexion avec un point de contact direct. organes cibles, soit l'utérus et les ovaires. La liberté
de la région du petit bassin doit être suffisante
pour assurer le fonctionnement correct de l'axe
Lien avec la médecine chinoise circulatoire essentiel à ce transport hormonal.
Les aménorrhées qui sont d'« origine ostéo-
L'utérus peut être influencé par la fonction éner- pathique » et non pas reliées à la condition
gétique du Maître du Cœur et par la fonction générale de santé demandent une investigation
124 La motilité en ostéopathie

des ­commandes supérieures : la résolution du Quand elles sont prêtes à les recevoir, les gonades
problème passera davantage par un travail du accueillent les cellules germinales qui étaient
système nerveux central et de l'axe hypotha- contenues dans le sac vitellin jusqu'à ce moment.
lamo-hypophysaire que par un travail local.
Les dyspareunies d'origine mécanique, et non
pas émotionnelle, sont généralement reliées à Mouvement de motilité et test
des problématiques de mobilité et de motilité
locale dont il faut trouver et normaliser les Les ovaires et les testicules, dans leur mouvement
restrictions. normal de motilité, effectuent une descente et une
Dans les cas d'infertilité, il faut évidemment rotation externe.
s'assurer en premier lieu de la liberté des trompes. Pour apprécier la motilité, l'ostéopathe place ses
Puis, en s'adaptant selon les contextes, il faudra mains au point de départ de la descente des ovaires
s'assurer de la juste motilité et mobilité des soit légèrement au niveau de l'ombilic (sous les
organes génitaux par les normalisations locales artères rénales) et teste la possibilité des ovaires ou
nécessaires. Il faudra aussi s'assurer que leur envi- des testicules d'exprimer leur motilité (figure 8.6).
ronnement soit favorable en régulant l'enroule-
ment caudal et en permettant une vascularisation
correcte par le fonctionnement optimal des Dysfonction de motilité
plexus, cœliaque et hypogastrique. De plus, le
système nerveux autonome devra être considéré L'ovaire ou le testicule ayant perdu sa motilité est
et les première et troisième plicatures investiguées en dysfonction d'extension et présente donc une
et normalisées. restriction dans son mouvement de descente et de
rotation externe.
Une des caractéristiques qui peut aider à identi-
fier la présence d'une dysfonction ovarienne est la
Gonades : ovaires et testicules difficulté, pour la femme, de soulever le bassin
quand elle est couchée sur le dos.
Contenant les cellules germinales, les ovaires et
les  testicules sont essentiels à la transmission
génétique. Normalisation
La normalisation de la motilité des ovaires/testi-
Mouvement embryologique cules se fait généralement dans le sens direct, donc
en induction.
Les gonades sont les premières parties de l'appa-
reil génital à se développer à partir des crêtes géni- Considérations
tales ou gonadiques qui sont, elles, reliées à la ostéopathiques
paroi par une bande gonadique. Chez la femme, la
partie supérieure subsiste et devient le ligament Pour les ovaires
suspenseur de l'ovaire — qui contient aussi les
vaisseaux ovariens —, tandis que la partie moyenne Les kystes ovariens « fonctionnels », à distinguer
devient le ligament utéro-ovarien et que la partie des kystes structurels d'origine embryologique,
basse devient le ligament rond. tumorale, etc., peuvent être liés à des d
­ ysfonctions
Chez l'homme, c'est la partie inférieure qui per- ­énergétiques des ovaires dont il faudra vérifier
siste et qui guidera le testicule dans sa descente, aussi la mobilité. Les dysfonctionnements de
tandis que la partie supérieure du ligament l'axe hypothalamo-hypophysaire doivent aussi
disparaît. être considérés.
Chapitre 8. Système génito-urinaire 125

A B

Figure 8.6. Motilité des gonades : développement masculin (A) et féminin (B).

Pour les testicules Dans ce travail, la prostate constitue une exception


car, se développant en place, elle ne présente pas de
Dans les cas de mauvaise descente des testicules, il grand mouvement embryologique. Son très petit
faut vérifier L1, niveau du contrôle neurologique déplacement vers le haut est essentiellement lié à
du réflexe crémastérien et des muscles crémasté- l'accroissement de son diamètre vertical. Le mouve-
riens, et la motilité des testicules. ment à tester est donc un petit mouvement ascen-
Les épididymites à répétition sont aussi sou- dant. Pour que la prostate puisse fonctionner
vent reliées au niveau L1. Elles peuvent donc être normalement, la vessie doit présenter un mouvement
en lien avec des dysfonctions énergétiques de de remontée correct pour ne pas la comprimer.
l'estomac.

Mouvement
Prostate de motilité et test
La prostate entoure l'urètre. Elle est une glande géni- La prostate, dans son mouvement normal de
tale masculine dont la fonction est de sécréter et motilité, effectue une courte ascension.
d'emmagasiner une partie du liquide spermatique. Pour apprécier la motilité, l'ostéopathe place
Son poids augmente à partir de la naissance et se sta- une main au niveau du sacrum dans la même posi-
bilise à l'adolescence. À la quarantaine, son volume et tion que le test de l'enroulement caudal et place
son poids peuvent augmenter de nouveau. Chez cer- son autre main au niveau de la prostate juste au-
tains sujets plus âgés, la prostate est parfois hypertro- dessus du pubis. Il teste alors la possibilité de la
phique et peut être sept fois plus grosse qu'à la prostate d'exprimer sa motilité en tenant compte
puberté. Elle gêne alors la miction en rendant son des restrictions qui peuvent être présentes au
débit plus faible et en augmentant sa fréquence. niveau de la vessie.
126 La motilité en ostéopathie

Dysfonction de motilité Considérations


ostéopathiques
La prostate ayant perdu sa motilité est en dysfonc-
tion d'extension et présente donc une restriction Par des voies neurologiques et/ou circulatoires,
dans son mouvement d'ascension. L'ostéopathe les prostatites chroniques peuvent être associées à
peut ressentir une modification dans l'expression des dysfonctions sacrococcygiennes.
de l'enroulement caudal. Il pourra confirmer le
résultat des tests énergétiques avec les tests de
mobilité classiques.
Chapitre 9
Système musculosquelettique

Résumé rente sont souvent liées à des facteurs de com-


Ce chapitre concerne les problématiques du système mus- pression, causés soit par des tensions générales
culosquelettique. Bien que ces motifs de consultations du système dure-mérien — elles affectent alors la
soient les plus courants en pratique clinique ostéopa- colonne et les membres inférieurs — soit par des
thique [42-45], cela ne signifie évidemment nullement que tensions provenant de la région thoracique —
les causes primaires y sont elles aussi situées. Certains élé- elles affectent alors surtout le membre supérieur.
ments d'explications pour les problématiques chroniques Les dysfonctions locales de la colonne vertébrale
et/ou récidivantes qui affectent ce système sont proposés.
et des membres peuvent aussi être les séquelles
Des généralités embryologiques sont exposées avant les
dysfonctions de motilité, les tests et les techniques de de perturbations de la motilité installées de
normalisation pour la colonne vertébrale, vue dans son longue date causant une certaine dévitalisation.
ensemble et de façon segmentaire, pour les côtes et les Les liens nombreux avec la sphère viscérale sont
nerfs rachidiens, pour la ceinture scapulaire et le membre aussi essentiels à considérer dans la recherche du
supérieur et, enfin, pour l'iliaque et le membre inférieur. facteur causal. Finalement, les douleurs chro-
L'utilisation des techniques de motilité pour les os du niques qui résistent aux techniques classiques
crâne est discutée en fin de chapitre. peuvent aussi s'être inscrites dans le système ner-
Soutien du corps, le système musculosquelettique veux, ce qui en explique la persistance (cf. cha-
est composé de tissu conjonctif plus ou moins den- pitre 5, Système nerveux).
sifié, les os, les muscles, les fascias/aponévroses et
les couches profondes de la peau. Puisque les dys-
fonctions essentielles de ce système concernent plu-
tôt les os et les articulations et que les dérèglements Généralités
des tissus mous en sont le plus souvent des répercus-
sions, les descriptions proposées ici se limiteront aux embryologiques
structures les plus denses de ce système, bien que
des applications spécifiques pourraient être envisa- Colonne vertébrale et côtes
gées également pour le tissu conjonctif.
Les affections locales et récentes, souvent d'ori- À partir de la 3e semaine de gestation, le dévelop-
gine traumatique, du système musculosquelettique pement de l'axe vertébral s'amorce, suivi du pro-
pourront fréquemment trouver leur résolution à cessus de métamérisation du système nerveux et
l'aide de techniques classiques de mobilité, mais les de la colonne vertébrale qui permet l'organisation
douleurs chroniques, sans patron de douleur segmentaire de l'embryon.
mécanique ou dont les signes et symptômes sont Au jour 20, la première structure de l'axe ver-
atypiques, bénéficieront d'une interprétation cli- tical à apparaître est la chorde dorsale qui se
nique fondée sur le modèle de motilité car il faudra met en place à partir de l'extrémité caudale de
rechercher les véritables causes des douleurs verté- l'axe central et qui se développe en direction
brales ou périphériques persistantes. céphalique (figure 3.4). La chorde dorsale est
Ces douleurs récurrentes ou chroniques dont essentielle à la formation de la plaque neurale,
la guérison complète retarde sans raison appa- qui induit à son tour la formation des vertèbres,

La motilité en ostéopathie
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128 La motilité en ostéopathie

mais seule la portion de la chorde qui forme les tome inférieur d'un somite supérieur. Cette dis-
noyaux des disques ­ intervertébraux persistera position particulière permet au nerf rachidien
dans le corps définitif. Pendant la 4e semaine de d'émerger entre deux vertèbres et d'être vérita-
gestation, la plaque neurale se met progressive- blement segmentaire. La resegmentation permet
ment en place à partir de l'endoblaste. Elle s'en- d'expliquer, entre autres, pourquoi il y a huit
fonce en profondeur tout en s'enroulant sur nerfs rachidiens cervicaux pour sept niveaux
elle-même pour former un tube creux par le vertébraux.
phénomène de neurulation. Les vertèbres se À partir du 35e jour, les côtes se développent
mettront en place à partir du mésoblaste seule- à partir des processus costaux des vertèbres au
ment après la formation de la moelle qu'elles niveau cervical et dorsal. Il y aura normalement
doivent entourer et protéger dans la version formation complète des côtes seulement au
finale du corps. niveau dorsal. Les côtes participent à la ferme-
Du jour 20 au jour 30, les blocs de mésoblaste ture latérale du thorax en s'allongeant progres-
para-axiaux s'organisent par somites (figure 3.6) sivement de la paroi postérieure vers la jonction
qui se subdiviseront ensuite très rapidement en antérieure avec le sternum, qui a lieu au
sclérotome (pour la formation des vertèbres et des 45e jour. Le sternum naît de la fusion de deux
côtes), en myotome (pour la formation de la mus- barres longitudinales qui se rencontrent sur la
culature striée du tronc et des membres) et en der- ligne médiane et qui y fusionnent vers la
matome (pour la formation du tissu sous-cutané). 9e semaine.
Le développement des somites se fait en sens
inverse de la formation de la chorde dorsale, donc
en direction céphalocaudale, de la région cervicale Membres
vers le sacrum. Au départ, le nombre total de
somites est de 42 à 44, mais ils sont généralement Les bourgeons des membres se forment à partir
37 dans la version définitive de l'humain. Les du mésoblaste somatique. Ceux du membre
somites les plus céphaliques sont à l'origine des supérieur apparaissent au 26e jour, deux jours
muscles striés de la face, de la mâchoire et du pha- avant ceux du membre inférieur. Chaque bour-
rynx (arcs pharyngiens), alors que les plus caudaux geon est recouvert d'entoblaste, qui formera la
disparaîtront. Dans la version définitive de l'orga- couche superficielle de la peau. À la 5e semaine,
nisme, il persiste 4 somites pour la région occipi- les membres prennent une forme aplatie d'où
tale, 8 cervicaux, 12 thoraciques, 5 lombaires, 5 l'appellation de palette. La forme générale des
sacrés et 3 coccygiens. membres se développe de la 4e à la 8e semaine
Le développement du sclérotome se fait en embryonnaire, période pendant laquelle les
entourant la chorde dorsale et en envahissant le membres croissent caudalement. À la 8e semaine,
pourtour du tube neural de l'avant vers l'arrière. les membres présentent trois segments qui plient
Le corps de la vertèbre se forme donc en premier dans leur segment moyen pour former le coude
et se termine par la formation l'arc postérieur. et le genou. Une rotation de 90° survient
Le sclérotome se densifie ensuite progressive- ensuite, externe pour le membre supérieur et
ment. Trois centres d'ossification sont présents portant le coude en postérieur, interne pour le
dans une vertèbre à partir de la 9e/10e semaine membre inférieur et portant le genou en anté-
jusqu'à la naissance (corps, deux arcs neuraux) rieur. Les rotations des membres expliquent
et l'ossification vertébrale définitive se termine à l'apparence spiralée des dermatomes définitifs
25 ans. car les branches des plexus nerveux brachial et
La formation de chaque vertèbre individuelle, lombosacré suivent le développement en rota-
ou resegmentation, se fait autour du 40e jour à tion des membres.
partir de la condensation de deux demi-scléro- Le bourgeon du membre supérieur se situe en
tomes segmentaires, soit le demi-sclérotome regard des six derniers métamères cervicaux et
supérieur d'un somite inférieur et le demi-scléro- des deux premiers métamères dorsaux et reçoit
Chapitre 9. Système musculosquelettique 129

son innervation de ces niveaux vertébraux. Il


comprend les condensations mésenchymateuses
Colonne vertébrale
qui deviendront l'omoplate, l'humérus, le radius générale, chorde dorsale
et le cubitus et tous les os du carpe, de la main et
des doigts. La clavicule, quant à elle, se déve-
et vertèbre segmentaire
loppe à la partie antérieure du thorax à partir
d'un centre d'ossification distinct apparaissant à Mouvement
la 7e semaine. de motilité et test
Le bourgeon du membre inférieur se situe en
regard des quatre derniers métamères lombaires Pour apprécier la motilité générale de la chorde
et des trois premiers métamères sacrés et reçoit dorsale, l'ostéopathe glisse la main le long de la
son innervation de ces niveaux vertébraux. Il colonne vertébrale en se déplaçant du bas vers le
comprend les condensations mésenchymateuses haut et en plaçant son intention au niveau des
qui deviendront le pubis, l'os iliaque, le fémur, noyaux des disques. Il note un arrêt dans la possi-
le tibia et le péroné, tous les os du pied et des bilité de remontée de ce mouvement de motilité
orteils. (figure 9.1).

Figure 9.1. Motilité de la chorde dorsale.


130 La motilité en ostéopathie

Pour apprécier la motilité générale de la tique au mouvement costal mais, présent entre les
colonne vertébrale, l'ostéopathe glisse la main le deux côtes, il correspondra au mouvement propre
long de la colonne vertébrale en se déplaçant du du nerf rachidien.
haut vers le bas. Un arrêt dans la descente signe
une dysfonction segmentaire. Il peut alors faire un
approfondissement de son évaluation en notant les Dysfonctions de motilité
caractères de densité et les pertes de motilité ou,
éventuellement, la présence de dysfonctions ostéo- Le mouvement de la chorde dorsale ayant perdu
pathiques vertébrales mécaniques (figure 9.2). sa motilité est en dysfonction d'extension et pré-
Pour apprécier la motilité segmentaire d'une sente une restriction dans son mouvement de
vertèbre, l'ostéopathe prend contact sur les apo- remontée.
physes articulaires postérieures. Il y fait un appui Le mouvement de la colonne vertébrale ayant
léger et teste la possibilité de retour. Le mouve- perdu sa motilité est en dysfonction d'extension et
ment de motilité sur lequel il faut insister est le présente une restriction dans son mouvement de
mouvement antéropostérieur puisqu'il correspond descente.
au mouvement de la région facettaire. Vu le sens Le niveau segmentaire vertébral ayant perdu sa
du mouvement à tester, le test se fait donc dans le motilité est en dysfonction d'extension et pré-
sens indirect. Selon la réponse obtenue, l'ostéo- sente une restriction dans son mouvement
pathe peut conclure à l'installation d'une dysfonc- antéropostérieur.
tion unilatérale, bilatérale ou encore à la présence Le nerf rachidien ayant perdu sa motilité est en
d'une dysfonction de tripode ou de translation dysfonction d'extension et présente une restric-
lorsqu'il y a présence de dysfonctions costales asso- tion dans son mouvement de dedans vers le
ciées et un contexte clinique pertinent (figure 9.3). dehors.
En complément, il est ensuite possible d'évaluer
la motilité des racines des nerfs rachidiens.
L'ostéopathe place une main de part et d'autre Normalisation
des niveaux vertébraux et évalue la capacité du
nerf rachidien d'exprimer son mouvement de La normalisation de la motilité de la chorde dor-
motilité en flexion, dans une direction qui va du sale se fait généralement dans le sens direct, donc
dedans vers le dehors. Ce mouvement est iden- en induction.

Figure 9.2. Motilité générale de la colonne vertébrale.


Chapitre 9. Système musculosquelettique 131

Figure 9.3. Motilité segmentaire vertébrale.

La normalisation de la motilité de la colonne sur la colonne vertébrale décrit ici, encore que, le
vertébrale se fait généralement dans le sens direct, plus souvent, l'étude de ce mouvement serve sur-
donc en induction. tout à déterminer le niveau d'une dysfonction
La normalisation de la motilité d'un niveau ver- segmentaire.
tébral segmentaire se fait généralement dans le Ce travail segmentaire vertébral est générale-
sens indirect, donc par accumulation. ment lui-même secondaire au travail de la moelle
La normalisation de la motilité du nerf rachi- épinière et des crêtes neurales décrit dans le cha-
dien se fait généralement dans le sens direct, donc pitre 5 consacré au système nerveux, mais il pourra
par induction. parfois donner des solutions à certains problèmes
vertébraux persistants.
Certains conflits radiculaires récidivants peuvent
trouver leur source dans un différentiel entre
Considérations l'énergie de la chorde dorsale et l'énergie de la
ostéopathiques moelle à un niveau précis de la colonne verté-
brale. Il conviendra alors de repérer la dysfonc-
Les compressions qui affectent toute colonne ver- tion qui semble primaire, souvent signée par une
tébrale sont généralement liées aux tensions de la plus importante intensité, et de lui redonner sa
dure-mère intrarachidienne. Il vaut mieux, dans juste motilité mais aussi de normaliser le syn-
ces cas, redonner la juste motilité aux enroule- chronisme essentiel entre les deux mouvements.
ments thoracique et caudal et aux plicatures crâ- Il est fréquemment indiqué de compléter ce tra-
niennes avant de normaliser directement les vail par la normalisation de la motilité du nerf
membranes ou les dysfonctions locales vertébrales. rachidien et de la crête neurale et, quelquefois,
Ce travail général de décompression pourra être par du travail de mobilité qui sera alors pleine-
complété par le travail énergétique de haut en bas ment efficace.
132 La motilité en ostéopathie

Côtes son mouvement de fermeture autour du thorax et


de rotation postérieure autour de son axe long.
Cette restriction peut être complète ou partielle,
Mouvement pour une ou pour plusieurs composantes de
de motilité et test mouvement.

Le mouvement général du développement costal


se fait à partir de la colonne vertébrale vers le ster- Normalisation
num. Lors de sa jonction antérieure avec le ster-
num, la côte fait une légère rotation postérieure
La normalisation de la motilité costale se fait géné-
en se tordant sur son axe.
ralement dans le sens direct, donc en induction.
Pour apprécier la motilité générale, l'ostéopathe
place un appui inférieur sur l'arc postérieur et un
appui sur la jonction entre la côte et le cartilage
sternal. Il peut aussi, si c'est possible, placer égale- Considérations ostéopathiques
ment un appui sur l'angle costal pour y sentir le
passage de la motilité de l'arrière vers l'avant. Les dysfonctions de motilité costale isolées sont
Il évalue la possibilité pour la côte d'exprimer sa plutôt rares. Elles se mettent en place plus souvent
motilité (figure 9.4). conjointement avec des dysfonctions vertébrales
ou du nerf rachidien ou, encore, elles sont jume-
lées à des dysfonctions de la plèvre pariétale.
Dysfonction de motilité Quand elles sont présentes, les dysfonctions
costales intenses, localisées à un niveau précis,
La côte ayant perdu sa motilité est en dysfonction favorisent l'apparition de zona s'il y a contact avec
d'extension et présente donc une restriction dans le virus.

Figure 9.4. Motilité costale.


Chapitre 9. Système musculosquelettique 133

Membre supérieur Dysfonction de motilité


Mouvement Le membre supérieur ayant perdu sa motilité est
de motilité et test en dysfonction d'extension et présente donc une
restriction dans son mouvement de descente et/
Le membre supérieur se développe caudalement ou de rotation externe.
et effectue une rotation externe globale qui porte
le coude vers l'arrière.
Pour apprécier la motilité de l'omoplate et de la Normalisation
clavicule, l'ostéopathe place une main sur chacun
des os et il évalue leur mouvement vers l'extérieur La normalisation de la motilité du membre supé-
(mouvement caudal), puis il évalue leur mouve- rieur se fait généralement dans le sens direct, donc
ment en rotation postérieure (figure 9.5). en induction.
Pour apprécier la motilité de l'humérus et de la
partie distale du membre supérieur, l'ostéopathe
place une main à la partie haute de l'humérus et Considérations
une main au niveau du radius et du cubitus et éva- ostéopathiques
lue leur mouvement caudal puis de rotation
externe. Il est possible de vérifier de la même Les restrictions du membre supérieur, quand elles
façon la main et les doigts (figure 9.6). se  présentent sous forme de compressions, sont

Figure 9.5. Motilité de la clavicule et de l'omoplate.


134 La motilité en ostéopathie

Figure 9.6. Motilité du membre supérieur.

s­ouvent secondaires aux blocages retrouvés dans la


région thoracique. Quand le membre supérieur
Membre inférieur
perd son mouvement de motilité en direction cau-
dale, ses articulations sont soumises à des tensions
Mouvement de motilité et test
excessives dans le sens de la compression qui
empêchent la physiologie normale de bien s'expri- Le membre inférieur se développe caudalement et
mer et qui rendent ses articulations plus suscep- effectue une rotation interne globale qui porte le
tibles, par exemple, aux syndromes d'accrochage de genou vers l'avant. Pour en apprécier la motilité
la coiffe des rotateurs ou à l'apparition d'arthrose de générale, l'ostéopathe prend des appuis successifs
la tête humérale. Les tensions peuvent se propager le long du membre inférieur.
jusqu'à l'avant-bras, à la membrane interosseuse et Pour apprécier la motilité générale de l'iliaque,
au poignet et être en lien, par exemple, avec des l'ostéopathe prend un appui sur la crête iliaque
compressions du canal carpien. Les normalisations et  place l'autre main sur le membre inférieur. Il
locales ne procurent généralement pas l'effet évalue le mouvement de dedans en dehors, qui
escompté tant que le facteur de compression qui correspond au développement caudal du membre
affecte le membre supérieur n'est pas levé inférieur, puis il évalue la rotation interne
correctement. (figure 9.7).
Des facteurs de rotation et de contre-rotation Pour apprécier la motilité générale du fémur
mécaniques peuvent alors s'installer pour répondre et de la partie distale du membre inférieur, l'os-
à la compression. Ils prédisposent à l'apparition téopathe prend un appui à la partie haute du
des diverses pathologies des tissus mous soumis à fémur et place l'autre main sur le tibia et le
ces contraintes, qui ne sont pas naturelles, et à la péroné. Il évalue le mouvement d'allongement
perte de leurs axes normaux de fonctionnement. puis de rotation interne. Il est possible de
On verra donc apparaître tendinite, bursite, etc., ­vérifier de la même façon le pied et les orteils
sans causes déclenchantes suffisantes à leur expli- (figure 9.8).
cation rationnelle.
Chapitre 9. Système musculosquelettique 135

Figure 9.7. Motilité de l'iliaque.

Figure 9.8. Motilité du membre inférieur.

Dysfonction de motilité Normalisation


L'iliaque ayant perdu sa motilité est en dys- La normalisation de la motilité de l'iliaque et du
fonction d'extension et présente donc une res- membre inférieur se fait généralement dans le sens
triction dans son mouvement allant du dedans direct, donc en induction.
vers le dehors et/ou dans celui de rotation
interne.
Le membre inférieur ayant perdu sa motilité Considérations ostéopathiques
est en dysfonction d'extension et présente donc
une restriction dans son mouvement de des- Les restrictions du membre inférieur, quand
cente et/ou de rotation interne. elles se présentent sous forme de compressions,
136 La motilité en ostéopathie

sont souvent secondaires aux blocages


r etrouvés  dans les membranes du système
­
Os du crâne
cranio-sacré.
Quand le membre inférieur perd son mouvement Les os du crâne, comme toutes les autres structures
de motilité en direction caudale, les articulations de du corps, présentent également un mouvement de
la hanche, du genou et de la cheville ainsi que la motilité correspondant à leur développement
membrane interosseuse sont soumises à des tensions embryologique. Il est cliniquement superflu de
excessives dans le sens de la compression qui décrire tous ces mouvements de motilité pour le
empêchent leur physiologie normale de bien s'ex- crâne osseux tant il est dépendant du fonctionne-
primer. Un facteur de compression trop longtemps ment du système nerveux, donc de sa motilité, par
maintenu est évidemment un facteur prédisposant à la relation entre le contenant et son contenu. En
l'apparition de l'arthrose précoce et donnera une effet, il a été décrit que, pour ce contenant et
explication à son apparition parfois isolée sur une contrairement aux contenants thoracique et abdo-
seule articulation des membres inférieurs. Comme minopelvien, le contenu se met en place avant le
pour le membre supérieur — peut-être encore contenant. Cette primauté dans le développement
davantage car elles sont soumises à la mise en persiste jusque dans le fonctionnement des disposi-
charge  —, les articulations du membre inférieur tions définitives.
cherchent alors souvent à compenser les effets de la Le crâne s'abordera donc par l'évaluation et la
compression par des facteurs de rotation et de normalisation des dysfonctions de motilité du sys-
contre-rotation mécaniques qui présideront à l'ins- tème nerveux central. Si, après ce travail, per-
tallation de plusieurs types de conditions musculos- sistent encore des dysfonctions suturales ou
quelettiques récidivantes ou chroniques affectant les osseuses, elles répondront généralement très bien
tissus mous, comme les bursites et les tendinites. Là aux techniques crâniennes classiques.
encore, les normalisations locales ne peuvent géné- Il faut cependant préciser que la normalisation
ralement pas procurer l'effet escompté tant que le spécifique du mouvement embryologique du
facteur de compression n'est pas levé correctement. massif facial est parfois utile dans la clinique pour
Plus souvent qu'au membre supérieur, des dys- certains motifs de consultation. Ce mouvement
fonctions isolées se mettent parfois en place loca- suit globalement le même mouvement général
lement au niveau du fémur ou du tibia sans la d'enroulement latéral du corps en faisant se
présence d'un facteur de compression. Elles sont rejoindre les parties droite et gauche du massif
alors généralement liées au développement et facial sur la ligne centrale. Ce mouvement d'en-
favorisent des troubles de la statique dont les roulement est à distinguer du mouvement relié à
répercussions apparaissent chez les enfants pen- la croissance du massif facial qui est un mouve-
dant leur croissance. ment général de descente.
Chapitre 10
Protocole d'intervention clinique
avec le modèle de motilité

L'approche ostéopathique commande une adap- cique et abdominopelvien, les enroulements cor-
tation constante au motif de consultation. Malgré respondent à l'organisation générale du corps.
cet impératif, il est possible de dégager des étapes Cette première étape est le plus souvent suivie du
qui peuvent constituer un protocole d'évaluation travail sur les plicatures du tube neural qui sur-
afin de maximiser l'efficacité des interventions, viennent à la 4e et à la 5e semaine embryonnaire.
d'en orienter les intentions et d'en organiser les Le travail sur les dysfonctions importantes des
conclusions. Ce protocole d'intervention ne pré- plexus complète parfois ces deux premières inter-
tend pas inclure toutes les informations ni illustrer ventions même s'il ne suit pas strictement
tous les cas de figure possibles, surtout dans les la séquence de développements embryologiques.
descriptions des interventions locales dans les trois Ces trois premières étapes permettent de distin-
sphères où il est uniquement représentatif, mais il guer rapidement la complexité du cas. L'évaluation
saura sans doute aider le clinicien dans sa démarche des enroulements et du système nerveux central,
d'intégration du concept de motilité d'origine qui procure également de l'information sur l'état
embryologique à son arsenal thérapeutique. Tout des plexus, du diaphragme et du système dure-
au long de ce protocole sont exposés des cas cli- mérien, permet de reconnaître les cas com-
niques, réels, qui représentent chacun à leur façon plexes  pour lesquels l'organisme a subi des
ce qu'il est possible d'attendre de l'application des demandes importantes et dans lesquels les facultés
techniques de motilité. générales d'adaptation pourraient être diminuées.
Un principe important soutenant le protocole Dans ces situations, il convient de débuter par des
d'intervention est de correspondre essentielle- interventions cliniques qui permettront au corps
ment aux séquences de développement embryon- de retrouver une meilleure capacité d'adaptation
naire. Il a été maintes fois vérifié en clinique que le et qui assureront ensuite une plus grande efficacité
respect de ces séquences permet de diminuer aux normalisations locales.
grandement les risques de réactions adverses ou Suite à cette première étape, le protocole
démesurées aux traitements de type énergétique. devient généralement plus spécifique au motif de
Les trois premières semaines de la vie corres- consultation et s'oriente vers un aspect plus régio-
pondent essentiellement à un accroissement nal ou plus local d'une des trois grandes sphères,
rapide du nombre de cellules et à leur organisation crânienne, viscérale et musculosquelettique.
en disque tridermique autour d'un axe vertical. L'évaluation plus précise tient compte à la fois, et
Elles ne s'adressent pas au développement de selon les cas, des séquences de développement
structures spécifiques. La première étape du pro- embryologique et de la circulation des informa-
tocole d'intervention clinique commence donc tions neurologiques. Ces informations peuvent
par l'évaluation et la normalisation des enroule- voyager dans le sens centripète vers les sphères
ments thoracique et caudal ayant lieu dans la viscérale, crânienne et musculosquelettique en
­
4e semaine de vie. Par la mise en place du cœur, du ­passant du système nerveux central vers le système
diaphragme et la formation des contenants thora- nerveux autonome, aux noyaux du 4e ventricule, à
La motilité en ostéopathie
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138 La motilité en ostéopathie

la moelle allongée, à la moelle, aux crêtes neurales un nombre de cas raisonnable, lui permettant de
et aux ganglions vers les plexus et les nerfs rachi- développer cette expertise.
diens. Dans le sens centrifuge, elles passent par La liberté des enroulements renseigne sur la
diverses voies : la voie vagale et les voies splanch- vitalité générale du corps car cette liberté exprime
niques transmettent les informations viscérales et l'absence de compressions ou de ralentissements
auront un rapport important avec la première pli- importants de la motilité des structures axiales et
cature du tube neural. Les trajets des informations profondes du corps et est une condition essentielle
provenant du soma sont nombreux et leur des- d'un juste mouvement du diaphragme.
cription est ici superflue, mais ils auront parfois un
rapport avec l'homonculus sensitif, important cli- Cas clinique 1
niquement dans le concept de motilité d'origine
embryologique. Effets de la normalisation
Comme en ostéopathie classique, certains des enroulements thoracique et caudal
motifs de consultation seront interprétés à la Généralement, les enroulements ne sont pas utilisés
lumière des causes à effets ou des relations entre seuls mais, parfois, ils sont suffisants pour apporter
les contenants crânien, thoracique, pelvien et leurs un soulagement des structures axiales même dans
contenus. des cas où la structure est altérée. Ce fut le cas pour
En possédant bien le concept de motilité, il un patient de la fin de la quarantaine, affecté par la
devient presque toujours plus utile de considérer spondylarthrite ankylosante, qui travaillait physique­
d'abord la motilité et de compléter l'intervention ment puisqu'il était antiquaire. Il présentait une pos­
clinique avec les techniques de mobilité (cf. cha- ture typique de cette pathologie avec des
pitre 1, Considérations théoriques). Ce principe modifications posturales majeures de la colonne ver­
tébrale qui était très peu mobile et douloureuse sur
sera évidemment adapté selon les caractéristiques
toute sa longueur.
des dysfonctions retrouvées et selon l'apparition,
La normalisation de la motilité des enroulements le
la progression ou la persistance des signes et symp- soulage de façon notable depuis plus de dix ans, à
tômes. Pendant l'intervention clinique, le prati- raison de quelques consultations par année, en per­
cien expérimenté normalise à mesure qu'il mettant aux structures axiales de retrouver une meil­
retrouve des dysfonctions ou des blocages impor- leure vitalité malgré les pertes de mobilité importantes
tants surtout quand le motif de consultation de la colonne vertébrale qui sont, elles, évidemment,
pourra leur être imputable, en tout ou en partie. demeurées semblables.

La perception des enroulements peut être


Les trois premières modifiée par la présence de dysfonctions impor-
étapes du protocole tantes de d'autres structures qui empêchent leur
expression complète. Ainsi, l'expression de l'en-
Enroulements thoracique roulement thoracique peut être limitée par des
et caudal dysfonctions du péricarde fibreux et des dysfonc-
tions des plexus cœliaque et/ou cardiopulmo-
La première étape du protocole concerne toujours naire. L'expression de l'enroulement caudal peut
l'évaluation des enroulements thoracique et cau- être limitée d'un côté par des dysfonctions rénales,
dal (figure 10.1), qui doivent présenter une moti- qui sont fréquentes. Dans sa portion centrale, elle
lité suffisante avant de poursuivre l'intervention peut être limitée par des dysfonctions de l'utérus,
clinique. Avec une intensité variable, les dysfonc- de la vessie, du rectum. Elle peut être encore, mais
tions de ces enroulements sont très fréquentes. plus rarement, limitée par des dysfonctions d'un
Bien que le terme « suffisant » puisse apparaître ovaire ou d'un testicule. Quand un tel phéno-
imprécis de prime abord, l'ostéopathe apprend à mène survient et qu'il est jugé important, il est
juger de ce niveau en évaluant et en normalisant indiqué de normaliser ce «  parasitage » et de
Chapitre 10. Protocole d'intervention clinique avec le modèle de motilité 139

reprendre ensuite le travail sur les enroulements Plicatures du tube neural


jusqu'à ce que leur motilité s'exprime de façon et tente du cervelet
suffisante et synchrone.
Dans les cas de traumatismes ou de chirurgies Le travail des première et troisième plicatures crâ-
qui ont laissé des séquelles, les enroulements laté- niennes est essentiel pour la régulation du fonc-
raux doivent parfois être normalisés tôt dans la tionnement général du système nerveux autonome.
séance, mais la fréquence de leurs dysfonctions est La motilité de la première et de la troisième plica-
beaucoup moins importante que celles des enrou- ture est à évaluer et à normaliser en priorité pour
lements thoracique et caudal. réguler la partie orthosympathique du système,
alors que la motilité de l'expansion latérale de la
première plicature correspond à sa partie parasym-
Cas clinique 2 pathique. La diminution du mouvement transver-
Effets de la normalisation sal peut être due au mouvement incomplet de la
des enroulements latéraux première plicature mais aussi aux tensions locales
de la tente du cervelet qui en limitent alors l'ex-
Cet homme d'une quarantaine d'années avait été
pression. Lorsqu'elle est nécessaire, la régulation
opéré d'un calcul rénal et présentait une large cicatrice
des tensions membraneuses complète le travail sur
sur le côté de l'abdomen. Bien que l'opération ait eu
lieu trois ans auparavant, qu'elle ait bien réussi et que la
l'aspect longitudinal du système dure-mérien.
cicatrice ait bien guéri aussi, il éprouvait une douleur
assez intense et presque constante qui était très Cas clinique 3
gênante et pour laquelle son médecin ne pouvait plus Effets de la normalisation
rien. La douleur a trouvé rapidement sa résolution après
de la première plicature
la normalisation de l'enroulement latéral de ce côté.
Une étudiante en kinésithérapie d'une vingtaine d'an­
nées souffrait de colites idiopathiques qui pouvaient
durer jusqu'à huit jours et qui étaient déclenchées
Plexus nerveux assez franchement par le stress vécu pendant les
périodes d'examen. Les épisodes douloureux étaient
Le rôle des plexus est de permettre à l'influx ner- en augmentation progressive et étaient devenus hors
veux provenant du système nerveux autonome de de contrôle, apparaissant avec des stress de moins
se rendre vers les viscères, assurant également un en moins importants.
apport vasculaire correct dans les cavités abdomi- Cette jeune femme a pu retrouver un fonctionnement
nale, thoracique et crânienne. normal après la normalisation de la première plicature
Quand les dysfonctions de motilité des deux pour son rôle dans la gestion du stress conscient et la
plexus principaux (cardiopulmonaire et cœliaque) normalisation du plexus cœliaque, pour son influence
neurologique et vasculaire sur le côlon.
sont très importantes, elles seront normalisées
Selon les nouvelles reçues, elle n'aurait pas fait de
avant le travail du système nerveux pour permettre « crise » dans la dernière année. Elle doit réussir à
à l'énergie rendue disponible par le travail central contrôler mieux son stress maintenant que son soma
d'être distribuée adéquatement au reste de l'orga- a de meilleures possibilités de s'y adapter.
nisme afin de dynamiser les sphères crânienne,
thoracique ou viscérale, sans créer de réactions
intempestives. Cas clinique 4
Si les dysfonctions des plexus ne sont pas
Effets de la normalisation
majeures, les plexus seront évalués et traités selon le
de la première plicature
motif de consultation avec une intention plus locale
et en fonction du dysfonctionnement d'une ou de Le stress est vécu de multiples façons selon les indi­
plusieurs structures sous sa juridiction (cf.  infra, vidus et les situations, l'état émotionnel antérieur, les
Motifs de consultation de nature viscérale). schémas psychocognitifs, la quantité ou la fréquence
140 La motilité en ostéopathie

de l'apparition des stresseurs. Le travail des plica­ installée pour compenser la perte de son réflexe de
tures n'élimine évidemment pas les côtés négatifs du déglutition. Elle avait aussi besoin d'un stimulateur
stress, mais il est éminemment efficace pour aider à des nerfs phréniques pour l'aider à respirer. Lors du
sa gestion quand il s'est accumulé et qu'il diminue les premier traitement, elle ne pouvait pas s'en passer
capacités d'adaptation du corps en le rendant plus plus d'une heure à la fois. Le travail du système ner­
vulnérable aux impératifs du quotidien. veux central, essentiellement des plicatures et centré
Voici le cas d'une femme de 35 ans qui consulte pour sur le centre pneumotaxique, a pu lui redonner
aménorrhée secondaire, présente depuis le décès de 8 heures d'autonomie après trois séances, améliora­
son mari survenu il y a deux ans. L'examen de la pre­ tion maintenue dans le temps.
mière plicature révèle une dysfonction très sévère et sa Le travail neurologique des commandes centrales du
normalisation déclenche rapidement les menstruations, diaphragme est évidemment utile pour des cas moins
démontrant l'importance des liens somatopsychiques. extrêmes quand le diaphragme présente des blo­
cages à la fois du centre phrénique et des coupoles
Cas clinique 5 qui résistent au travail local.

Effets de la normalisation
Les pertes de motilité dans une portion unilaté-
de la première plicature
rale de la première plicature peuvent permettre
Le système nerveux autonome est lié directement à la d'identifier les répercussions des dysfonctions vis-
régulation du sommeil et, de façon plus large, à l'état cérales intenses ou chroniques dans le système
général d'un individu. nerveux.
Un bébé de huit mois, qui n'avait jamais dormi plus
que 10 minutes à la fois depuis sa naissance (ses
parents étaient épuisés), s'est endormi directement sur Cas clinique 7
la table de traitement et a dormi pendant deux jours Effets de la normalisation unilatérale
suite au traitement des plicatures du tube neural.
de la première plicature
Il est très rare qu'un bébé aussi jeune présente une res­
triction aussi importante de la première plicature. Après Deux personnes de 25 et 28 ans, faisant partie d'une
explication de la nature du traitement, les parents ont famille de cinq dont tous les membres étaient infectés
compris la source du stress de ce petit. En effet, la à l'hépatite C, sont venues en traitement pour vérifier
mère avait perdu le bébé précédent à six mois de gros­ si l'ostéopathie pouvait être utile pour eux. Ils avaient
sesse et elle avait vécu cette nouvelle grossesse avec à décider s'ils allaient commencer un protocole d'in­
un stress et un taux d'adrénaline excessif qui avait été terféron car leurs analyses révélaient un taux de tran­
partagé avec le bébé, sans ressources suffisantes pour saminases extrêmement élevé. L'examen a révélé
« digérer » seul ces tensions émotionnelles. peu de dysfonctions ostéopathiques locales au
Par les effets sur le centre pneumotaxique, son niveau du foie, mais l'examen de la première plicature
centre supérieur de contrôle, le mouvement du droite, dans la zone du foie, montrait un blocage très
intense. La normalisation de cette zone, en deux
diaphragme est souvent libéré après le travail des
séances, a permis une amélioration suffisante des
plicatures s'il est demeuré restreint après le travail formules sanguines pour retarder les traitements
des enroulements. médicamenteux.
Le travail viscéral à partir des empreintes neuro­
Cas clinique 6 logiques permet d'ouvrir le champ clinique de l'inter­
vention ostéopathique.
Effets de la normalisation
des deux plicatures
Le cas le plus extrême d'amélioration de la fonction Résumé
respiratoire est survenu chez une femme de 35 ans Rares sont les sujets qui ne présentent aucune dysfonc-
qui avait subi un très grave accident de voiture et qui tion de motilité de toutes les structures évaluées dans les
en était restée paralysée. Une trachéotomie avait été trois premières étapes du protocole sauf si le motif de
Chapitre 10. Protocole d'intervention clinique avec le modèle de motilité 141

consultation est très récent ou s'il est seulement régio-


nal ou local. Les trois premières étapes permettent de
Cas clinique 8
vérifier ou s'assurent de : Effets de la normalisation
– la régulation générale du système nerveux autonome ; des attaches du diaphragme
– la décompression de l'axe central, donc du système et du système suspenseur du péricarde
dure-mérien (qui initie parfois la décompression des
membres inférieurs) ; Une danseuse de 30 ans souffrait d'une douleur réci­
– la libération des dysfonctions les plus importantes du divante au niveau de D4 qui subsistait malgré plu­
mécanisme crânien ; sieurs séances de manipulations locales menées par
– une liberté générale du diaphragme ; divers thérapeutes, et ce depuis plusieurs années. Au
– une liberté générale du thorax (qui initie parfois la début, ces séances lui procuraient un soulagement,
décompression des membres supérieurs) ; mais elles étaient devenues de moins en moins effi­
– un effet de relance générale sur la sphère viscérale ; caces avec le temps.
– la normalisation des empreintes de certaines dysfonc- L'examen a montré un blocage important du
tions viscérales dans le système nerveux central. diaphragme, qui s'est révélé d'origine émotionnelle,
associé avec un blocage important de la motilité du
péricarde fibreux qui entretenait la dysfonction de D4.
Motifs de consultation Quelques séances ont été nécessaires pour normali­
du système ser les dysfonctions présentes et amener un soulage­
ment durable.
musculosquelettique Dans ces situations chroniques, le soulagement peut
souvent mettre souvent près de deux ou trois
Le modèle de motilité permet d'investiguer plu- semaines à survenir après le traitement. Ce temps est
sieurs nouvelles possibilités pour comprendre et nécessaire pour que les structures impliquées
traiter les douleurs pariétales de la colonne verté- puissent reprendre un mouvement normal qui per­
brale, du bassin ou des membres (figure 10.2). mettra l'amélioration de la fonction.

Motifs de consultation de la La motilité locale de l'axe vertébral est associée


colonne vertébrale et des côtes aux mouvements de motilité de la chorde dorsale,
de la moelle allongée, de la moelle épinière et de
Les douleurs et les problèmes fonctionnels persis-
l'ensemble de la colonne vertébrale. L'examen
tants du système musculosquelettique trouvent
général de la colonne vertébrale est complété par
souvent une explication dans les phénomènes de
l'examen segmentaire des vertèbres, des côtes, des
compressions de la colonne vertébrale ou des
crêtes neurales, des ganglions rachidiens et des
membres. Tel que noté plus haut, les compres-
nerfs rachidiens. La normalisation des crêtes neu-
sions de la colonne vertébrale sont souvent asso-
rales permet souvent des résultats surprenants
ciées à des blocages dans les enroulements
d'efficacité.
thoracique et caudal et du système dure-mérien.
Les douleurs sont alors le plus souvent étendues,
avec une composante de raideur souvent impor- Cas clinique 9
tante et sans lien direct avec les activités.
Les douleurs vertébrales ou costales ont très Effets de la normalisation segmentaire
souvent des origines viscérales par lien tissulaire du système nerveux
ou par voie viscérosomatique. Elles devront être Une infirmière d'environ 40 ans consulte pour une
distinguées des véritables problèmes musculo­ névralgie cervicobrachiale droite très intense qui dure
squelettiques. Les douleurs vertébrales ou costales depuis quelques mois. Elle est soulagée par les anti-
peuvent aussi être causées par des ­tensions prove- inflammatoires et les analgésiques. Elle a été soula­
nant des diverses insertions du diaphragme. gée partiellement par des traitements ostéopathiques
142 La motilité en ostéopathie

classiques qui ont réglé tout ce qui semble local mais, intervention locale sur l'articulation sacro-iliaque,
devant la persistance de la douleur, elle consulte peut être complété par un travail de motilité de
ensuite un collègue formé aux techniques de l'iliaque. Les causes affectant le bassin sont nom-
motilité. breuses et ne peuvent être toutes envisagées ici,
À la première séance, les enroulements thoracique et
plusieurs relevant des principes ostéopathiques
caudal sont normalisés puis le système nerveux, mais
les effets sur la douleur sont peu probants. La deu­
généraux.
xième séance est consacrée à peu près aux restric­
tions des mêmes structures qui présentent, à la fin de Motifs de consultation
la séance, une motilité assez complète. Mais, les
résultats tardent encore à venir… À la troisième
du membre inférieur
séance, une approche plus segmentaire du niveau de
Le membre inférieur, quand il présente des dou-
la charnière cervicodorsale est tentée avec la norma­
lisation des restrictions retrouvées au niveau de la
leurs ou des dysfonctionnements récidivants, est
moelle, de la crête neurale, des ganglions rachidien et souvent victime de compressions générales prove-
de la chaîne latérovertébrale. Cette troisième séance nant des tensions du système dure-mérien qu'il
est la bonne et les douleurs, qui étaient encore très faudra lever avant de procéder au travail local de
intenses jusque-là, cèdent rapidement en quelques motilité et de mobilité des composantes du
jours. membre inférieur.
En permettant d'intervenir directement sur l'aspect
neurologique local, les techniques de motilité sont un
apport inestimable en clinique.
Cas clinique 11
Effets de la normalisation
Les dysfonctions de motilité de la colonne ver- des compressions dans le membre
tébrales et des côtes peuvent être exclusivement inférieur
locales.
Un enfant de 12 ans consulte pour un problème au
genou droit. Des douleurs peu précises apparaissent
Cas clinique 10 pendant le repos après les matchs de « foot » et les
activités intenses. L'examen montre une compression
Effets des normalisations locales
générale de la colonne vertébrale mais, surtout, des
Un patient dans la cinquantaine consulte pour des compressions des membres inférieurs, le droit plus
séquelles d'un zona apparu il y a dix-huit mois. Une que le gauche. On note aussi le port d'un appareil
cicatrice est présente sur la peau et est bien guérie. orthodontique depuis quelques mois, ce qui semble
Le zona n'est plus actif mais la douleur est toujours coïncider, avec un assez court délai entre les deux
présente. L'examen révèle un énorme blocage dans événements, avec le début des douleurs au genou.
la côte correspondante à la région du zona, associée Le traitement a consisté surtout à dégager les tensions
à une restriction de la plèvre pariétale adjacente. Le dans le système dure-mérien enclenchées par les
traitement local des structures en cause a résolu le contraintes liées au traitement orthodontique. Les nor­
problème rapidement. malisations des plicatures du tube neural ont été effec­
tuées et ont été complétées lorsque nécessaire par
des techniques locales au niveau du membre inférieur.
Motifs de consultation Le garçon a été suivi régulièrement pendant toute la
durée du traitement orthodontique pour éviter les
au niveau du bassin récidives. Deux séances supplémentaires ont été
Les motifs de consultation qui concernent le bas- ajoutées après le retrait de l'appareil pour assurer la
libération à long terme des structures impliquées et
sin sont souvent aidés rapidement par la normali-
une croissance sans restrictions.
sation de l'enroulement caudal qui redonne
motilité au sacrum et au périnée et qui s'intéresse
secondairement aux dysfonctions viscérales Les structures du membre inférieur peuvent
majeures en lien avec le sacrum : utérus, vessie, aussi être affectées par des dysfonctions locales de
rectum, reins. Ce travail, quand il nécessite une motilité.
Chapitre 10. Protocole d'intervention clinique avec le modèle de motilité 143

Cas clinique 12 Les structures du membre supérieur peuvent


aussi être affectées par des dysfonctions locales de
Effets des normalisations locales
motilité.
Un jeune adulte de 25 ans, joueur de rugby, consulte Les douleurs musculosquelettiques, le plus sou-
pour une douleur au genou gauche présente depuis vent au niveau des membres, peuvent aussi être
deux ou trois mois et qui survient après les efforts reliées à un mauvais fonctionnement du système
physiques intenses. L'examen ostéoarticulaire clas­ nerveux qui a gardé l'empreinte de la douleur
sique ne révèle rien de particulier mais la motilité du (cf. infra, Motifs de consultation de la sphère crâ-
tibia gauche est extrêmement restreinte. La dysfonc­
nienne). Dans le chapitre 5 consacré au système
tion semble être reliée à un choc important sur le tibia
nerveux, il a déjà été question des douleurs du sys-
survenu près de six mois avant l'apparition des dou­
leurs et qui était manifestement resté asymptoma­
tème musculosquelettique en lien avec les
tique pendant plusieurs semaines avant de provoquer empreintes neurologiques au niveau de l'homon-
des symptômes douloureux. Deux séances ont été culus sensitif, donc du côté pariétal de la scissure.
suffisantes pour faire disparaître ce problème assez
simple, lié directement à une perte de motilité locale.
Motifs de consultation
Motifs de consultation de la sphère viscérale
du membre supérieur
Le membre supérieur, quand il présente des dou- Les motifs de consultation de la sphère viscérale
leurs ou des dysfonctionnements récidivants, est (figure  10.3) ont plusieurs sources. Les troubles
souvent victime de compressions provenant des fonctionnels viscéraux d'origine ostéopathique
tensions de la région du caisson thoracique qu'il devront être distingués des causes médicales,
faudra lever avant de procéder au travail local de purement alimentaires, environnementales ou
motilité et de mobilité. liées aux habitudes de vie. Les dysfonctions viscé-
rales peuvent être reliées à différents types de trau-
Cas clinique 13 matismes, chirurgicaux, toxiniques, physiques, ou
aux émotions intenses ou prolongées (voir les cor-
Effets de la normalisation respondances viscères-émotions en médecine
des compressions chinoise). La sphère viscérale a des  liens étroits
dans le membre supérieur avec le système musculosquelettique sur lequel la
Un retraité des services publics consulte pour des symptomatologie s'exprime souvent.
douleurs très intenses dans les deux mains et des
gonflements des doigts qui l'empêchent même de se Cas clinique 14
vêtir. Il a reçu un diagnostic de rhumatismes, mais
répond mal aux médicaments. L'examen révèle un Effets de la normalisation
énorme blocage du péricarde fibreux qui semble être des dysfonctions viscérales
la source des compressions importantes retrouvées d'origine chirurgicale
dans les deux membres supérieurs. Le traitement
consiste essentiellement à redonner la juste motilité Une patiente de 60 ans consulte pour des douleurs
au péricarde fibreux et à normaliser les complexes cla­ chroniques et quasi constantes situées au niveau épi­
vicule/omoplate/1re côte bilatéralement. Les résultats gastrique et sous le gril costal gauche. Elle a été opé­
ont été rapides, avec 50 % de la fonction des mains rée pour une hernie hiatale à deux reprises, avec
qui est revenue après la première séance. Quelques quatre ou cinq ans d'intervalle entre les interventions,
séances supplémentaires ont été nécessaires pour sans véritable soulagement de cette douleur.
faire disparaître l'ensemble de la symptomatologie. L'examen révèle essentiellement des restrictions
Les normalisations locales des membres supérieurs de la motilité de l'œsophage et de l'estomac, sans
seront toujours plus efficaces quand le thorax, son doute séquellaires de la douleur et des cicatrices
contenant et son contenu, aura été libéré de ses opératoires. L'intervention, essentiellement locale,
dysfonctions. a été précédée par la normalisation de la portion
144 La motilité en ostéopathie

gauche de la première plicature. Quelques séances Cas clinique 17


ont été nécessaires pour réduire notablement la
symptomatologie et la patiente a bénéficié d'une Effets de la normalisation
ou deux séances par an pour maintenir les acquis, des dysfonctions viscérales
ce qui est souvent le cas quand la structure est d'origine émotionnelle
atteinte.
Une femme de 50 ans consulte pour des douleurs au
coude de type épicondylite apparue sans trauma­
Cas clinique 15 tisme ni mouvements répétés qui persistent depuis
plusieurs mois. L'examen de la colonne cervicale et
Effets de la normalisation du membre supérieur ne révèle rien de vraiment
des dysfonctions viscérales significatif. En revanche, l'examen viscéral montre
d'origine émotionnelle des restrictions sérieuses de la motilité du poumon
et du côlon homolatéral donnant à penser que la
Un homme de 60 ans, homme d'affaires nouvelle­ médecine chinoise, qui relie énergétiquement les
ment retraité et qui pratique la course à pied, consulte deux organes, sera une grille d'interprétation perti­
pour une cruralgie gauche persistant depuis six mois. nente pour ce cas clinique. En effet, ces deux
Des traitements ostéopathiques l'ont soulagé mais organes sont associés au coude par le passage de
sans résoudre le problème à long terme. Ces traite­ leurs méridiens.
ments ont manifestement résolu les dysfonctions de La normalisation de la motilité du poumon et du côlon
mobilité car seule une dysfonction de motilité du rein permet la prise de conscience d'un événement émo­
est retrouvée, entretenant un spasme du psoas clas­ tionnel de type chagrin survenu avant l'apparition des
siquement associé au rein. douleurs. La patiente avait en effet pensé perdre sa
La seule intervention a donc été de normaliser la mère. Puisque l'émotion faisait partie du passé et
motilité du rein, puis le psoas. Lors de la normalisa­ n'était plus « active », la mère de la patiente étant tou­
tion, le sentiment de peur intense que cet homme jours vivante, le traitement de la perte de motilité vis­
avait ressenti peu de temps avant l'apparition de la cérale d'origine émotionnelle a été rapidement
douleur a été conscientisée et verbalisée, révélant la efficace.
véritable origine de la symptomatologie. Les patients ne verbalisent pas toujours, ni même ne
conscientisent, les émotions reliées à la symptomato­
logie et il est hors du champ de l'ostéopathe de les
Cas clinique 16 inciter à le faire. La compréhension de ces situations
Effets de la normalisation et la capacité d'y faire face adéquatement devront en
revanche être développées.
des dysfonctions viscérales
d'origine émotionnelle
Les dysfonctions viscérales peuvent aussi être
Un intense sentiment de peur peut provoquer d'autres créées par les répercussions du dysfonctionnement
types de douleur. du diaphragme, liées aux déficits du système vas-
Une femme de 50 ans, connue pour d'autres motifs culaire ou secondaires à des perturbations des
de consultation, souffre d'une périarthrite de l'épaule sources d'innervation. Les informations neurolo-
gauche d'apparition rapide qui semble coïncider avec giques pour les organes et les viscères proviennent
une grandeur frayeur. Elle a en effet perdu de vue sa
des centres supérieurs du système nerveux auto-
petite fille de 2 ans dans un grand magasin pendant
nome. Elles transitent dans le tronc cérébral vers
plusieurs minutes, pendant lesquelles elle a imaginé
le pire.
la moelle, puis vers les crêtes neurales et les gan-
La normalisation des premier et deuxième reins glions afin d'alimenter les différents plexus, asso-
embryologiques à gauche, dans leur rapport avec la ciés à tous les organes et viscères du corps. Les
charnière cervicodorsale (lien avec la grande navette niveaux nerveux en lien avec les différentes struc-
du rein), a permis une résolution rapide du problème, tures du corps doivent être bien connus des ostéo-
avant l'installation de fibrose dans les tissus de la pathes pour espérer des résultats intéressants en
capsule. clinique.
Chapitre 10. Protocole d'intervention clinique avec le modèle de motilité 145

Cas clinique 18 dysfonctions en vide auxquelles le thérapeute


devra porter une attention particulière.
Effets des normalisations des plexus
Le travail des plexus peut apporter un complément
de solution à des problématiques plus locales, Cas clinique 20
notamment chez cette femme de 60 ans qui présen­ Effets des dysfonctions viscérales
tait des incontinences urinaires à l'effort depuis sa en « vide »
ménopause. Le travail du plexus cœliaque, niveau
d'innervation de la vessie, a permis de potentialiser Un homme de 55 ans, fumeur invétéré, se présente
le travail classique ostéopathique qui avait procuré pour des épisodes de plus en plus fréquents de blo­
des améliorations notables. Revue en contrôle cages lombaires avec des douleurs intenses de la
quelques mois plus tard, cette dame a témoigné région L5-S1 qui résistent aux traitements clas­
que  ses symptômes étaient maintenant très peu siques. L'examen révèle surtout une dysfonction très
incommodants. intense de motilité en vide de la vessie qui peine à
être remise en mouvement. Le traitement aide à dimi­
nuer l'intensité des blocages, mais sans les éliminer.
Les dysfonctions viscérales font parfois partie de Le patient a appris par la suite qu'il souffrait de can­
tableaux cliniques complexes mais elles sont aussi cer de la vessie, expliquant la persistance des
parfois purement locales. douleurs et le manque d'efficacité du traitement
­
proposé.

Cas clinique 19
Effets des normalisations viscérales
locales Motifs de consultation
de la sphère crânienne
Une patiente de 55 ans consulte pour des inconti­
nences urinaires toujours présentes malgré sept
La possibilité de travailler directement le moteur du
opérations consécutives pour la vessie et des
séances de rééducation périnéale qui ont procuré mécanisme crânien ajoute des outils puissants à
seulement des accalmies dans la symptomatolo­ l'arsenal ostéopathique. Le travail des plicatures du
gie. Un traitement exclusivement local est tenté, tube neural reste souvent le travail le plus important
soit la normalisation de la motilité de la vessie et sa de la sphère crânienne. À partir de là, le travail crâ-
synchronisation avec l'enroulement caudal, car peu nien classique de mobilité est souvent très efficace.
d'espoir semblait permis ! Un fait encourageant Les motifs de consultation purement crâniens
survient pendant l'intervention : la normalisation sont variés et fort nombreux (figure  10.4). Ils
complète et rapide du mouvement de la vessie a peuvent concerner des céphalées et des migraines,
été possible, au grand étonnement du thérapeute. des perturbations de la sphère ORL, des otites,
Coup de fil de la patiente un mois plus tard : elle ne
des vertiges et des étourdissements, des problèmes
prendra pas d'autres rendez-vous, elle va mieux à
cognitifs et de développement, etc. Il est essentiel
98 %.
Même avec beaucoup d'expérience, il est parfois dif­ de considérer aussi les liens entre le système ner-
ficile de juger de l'immense capacité de récupération veux central et les systèmes endocrinien, immuni-
du corps humain ! taire et psycho-émotionnel.
Quand les motifs de consultation sont plus
spécifiques, ils pourront être envisagés par la nor-
Les techniques énergétiques sont extrêmement malisation de zones précises du système nerveux
utiles pour la normalisation des viscères ou des central ; à titre d'exemples, le lobe frontal pour la
organes dont les dysfonctionnements, souvent de planification à long terme, la capacité de concen-
longue date, prédisposent au manque de vitalité. tration et le comportement social, le lobe occipi-
Ces problématiques se traduisent parfois par des tal pour certains troubles visuels, le cervelet pour
146 La motilité en ostéopathie

l'équilibre, la zone spécifique du lobe pariétal Cas clinique 23


pour la gestion du schéma corporel ou encore la
Effets des normalisations
zone frontopariétale, à gauche, pour le langage.
des hémisphères
Cas clinique 21 Un enfant de 12 ans consulte pour des problèmes de
Effets dans le système nerveux sinusites à répétition et une congestion nasale récur­
rente qui semblent chronologiquement liés à la pose
central des douleurs pariétales d'un appareil orthodontique amovible. Comme cet
Un viticulteur de 80 ans a consulté pour un syndrome enfant a été vu au début du développement des tech­
douloureux régional complexe (neuroalgodystrophie) niques énergétiques, le traitement initial a donc été
présent depuis une fracture de l'humérus. La fracture consacré à des techniques crâniennes classiques de
ayant mal guéri, elle nécessitait une chirurgie pour mobilité pour le mécanisme crânien, pour les os de la
corriger la pseudarthrose installée, mais la chirurgie face et pour les membranes de tension réciproque.
était impossible à effectuer vu le niveau de douleur et En fin de traitement, puisqu'elle avait été identifiée,
de pertes fonctionnelles. une dysfonction de motilité du lobe frontal a été nor­
Le traitement développé pour ce type de probléma­ malisée puisqu'elle semblait mécaniquement en lien
tique a été tenté, avec la normalisation des première avec la symptomatologie de consultation.
et troisième plicatures, l'homonculus sensitif contro­ À la séance d'ensuite, les parents notent une amélio­
latéral et le cervelet homolatéralement. ration des problèmes ORL, mais indiquent aussi avec
Trois séances ont été nécessaires pour améliorer la surprise que l'enfant a présenté une nette diminution
symptomatologie et, éventuellement, permettre l'opé­ de l'agressivité importante qui affectait son compor­
ration nécessaire. tement et pour lequel toute la famille était en consul­
Plusieurs cas de syndrome douloureux régional com­ tation psychologique depuis plusieurs mois. Quelques
plexe ont été résolus de cette façon dans les der­ séances ont suivi pour consolider les acquis jusqu'au
nières années. retrait de l'appareil dentaire.
Parce que soumis à un grand nombre de facteurs
extrinsèques et intrinsèques, il est difficile d'estimer
Cas clinique 22 avec précision la responsabilité des dysfonctions
Effets des normalisations somatiques dans le développement psychosocial et
des hémisphères cognitif et les résultats qu'il est possible d'espérer
tant que les traitements n'ont pas été mis en place.
Un enfant de 8 ans est amené par ses parents pour un
retard scolaire d'environ deux ans malgré un suivi en
orthophonie et orthopédagogie. Il présente de Cas clinique 24
grandes difficultés à la lecture et à l'écriture. L'examen Effets des normalisations du cervelet
révèle principalement un important déficit de motilité
de tout l'hémisphère gauche qui est normalisé en Une enseignante de 45 ans consulte pour des états
quelques séances. Les effets se font progressivement vertigineux présents par épisodes depuis près de trois
sentir et l'enfant a rattrapé son retard scolaire avant sa ans. Elle est soulagée par les manœuvres d'Épley effec­
majorité. Il a été suivi à raison de deux ou trois séances tuées en ORL pour les canaux semi-circulaires, mais
par année entre l'âge de 8 ans et la fin de l'adoles­ ces soulagements sont partiels et de courtes durées.
cence, donc la fin de la croissance rapide du Une première intention de traitement, adressée au
cerveau. système cranio-sacré, sacrum, coccyx, occiput et au
Dans les cas de ce genre, plus les dysfonctions de mécanisme crânien avec des techniques classiques
motilité retrouvées sont spécifiques et importantes, de mobilité, aide mais ne parvient pas à éradiquer
meilleures sont les chances d'aider les problèmes complètement la symptomatologie. La normalisation
d'apprentissage. Une amélioration notable après le de la motilité du cervelet donnera une solution
traitement des dysfonctions du système nerveux tra­ plus  durable en deux séances supplémentaires. La
duit alors une prédominance des éléments soma­ patiente est toujours revenue pour des contrôles,
tiques sur des éléments éducationnels, génétiques, annuels puis éloignés, même en l'absence d'incon­
environnementaux ou émotionnels, ce qui n'est évi­ forts importants dans les années subséquentes. Elle
demment pas toujours le cas. n'a pas refait de crises majeures.
Chapitre 10. Protocole d'intervention clinique avec le modèle de motilité 147
Figure 10.1. Trois premières étapes du protocole.
148
La motilité en ostéopathie
Figure 10.2. Motifs de consultation : système musculosquelettique.
Chapitre 10. Protocole d'intervention clinique avec le modèle de motilité 149
Figure 10.3. Motifs de consultation : sphère viscérale.
150
La motilité en ostéopathie
Figure 10.4. Motifs de consultation : sphère crânienne.
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Index

A Centre
Adaptation, 2, 3 –– phrénique, 79, 83, 84, 99
Amas angioformateurs, 21, 80 –– pneumotaxique, 24, 29, 40, 44, 45, 140
Aménorrhée, 123 Céphalée, 84, 145
Angle colique –– drainage, 102
–– droit, 111 Cerveau viscéral, 92
–– gauche, 111 Cervelet, 35, 52
Arrière-cavité des épiploons, 99 Chaîne dysfonctionnelle, 2
Arthroscopie, 66 Charge allostatique, 42
Arthrose, 89, 136 Charge allostatique, 3
Articulation sternoclaviculaire, 89 Charnière cervicodorsale, 118
Assimilation des nutriments, 109 Chirurgie, 5, 27, 93, 139, 143
Asthme, 41, 102 Chorde dorsale, 20, 34, 127, 141
Axe Chute de pression, 41
–– central de l’embryon, 17 Circulation générale, 42, 101
–– hypothalamo-hypohyse-surrénales, 42 Clavicule, 133
–– hypothalamo-hypophysaire, 69, 123, 124 Cloaque, 24
–– oblique du coeur, 82 Cœur, 26, 43, 79
–– oreillette, 80
B –– pointe, 96
Bile vésiculaire, 104 –– ventricule, 80
Blechschmidt, 7 Coiffe des rotateurs, 3, 134
Bourgeon(s) Colique néphrétique, 121
–– des membres, 128 Côlon, 43
–– pancréatique –– motilité globale, 110
–– – dorsal, 107 –– motilité spécifique, 110
–– – ventral, 104 Colonne vertébrale
–– vésiculaire, 104 –– compression, 29, 131, 141
Bronchiolite, 88 –– douleurs vertébrales, 56, 84, 141
Bursite, 134, 136 –– dysfonctions locales, 142
–– resegmentation, 128
C –– travail segmentaire, 131
Caisson, 18 Comportement social, 145
–– abdominal, 30, 84, 101, 110 Concentration, 145
–– crânien, 42, 136 Conflit radiculaire, 131
–– thoracique, 30, 79, 83, 143 Congestion
Canal carpien, 134 –– de l’intestin grêle, 101, 110
Cancer de la vessie, 120 –– hépatique, 101, 110
Capacité générale d’adaptation, 2 Constipation, 101, 113
Caractéristiques du mouvement normal, 13 Continence, 119, 121
Carence Cordon ombilical, 23
–– d’apport, 13, 49, 109 Côte, 128, 132, 141
–– d’assimilation, 13 Coude, 128
154 Index

Crête neurale, 34, 57, 58, 131, 141 –– thoracique, 24, 83


Cubitus, 133 –– – éléments de modification dans la perception du
Cystite, 121 mouvement d’enroulement thoracique, 26, 138
–– thoracique et caudal, 17, 131, 137, 138, 141
D –– – synchronisme, 24
Définition Énurésie, 121
–– de la dysfonction ostéopathique, 1 Épilepsie, 66
–– de la motilité d’origine embryologique, 5 Épiphyse, 37, 71
Densité, 6, 83 Épuisement, 2, 41
Dépression, 101 Équilibre, 53, 146
Dermatome, 20, 56, 93, 128 Estomac, 43, 97
Détoxication du foie, 106 État général, 28
Développement embryologique Étourdissement, 145
–– deuxième semaine, 19 Évaluation de la motilité
–– première semaine, 18 –– test de ressenti palpatoire actif, 15
–– quatrième semaine, 35 –– test de ressenti palpatoire passif, 15
–– troisième semaine, 19, 34
Diaphragme, 29, 44, 84, 137, 138, 140, 141, 144 F
–– constitution, 23 Fatigue, 2, 41, 101
–– innervation, 23 Faux du cerveau, 50
Diencéphale, 37 Fémur, 134
Disque Flexion, 13
–– didermique, 19 Foie, 44, 119, 121
–– tridermique, 20, 21, 91, 137 –– lobe droit, 99
Douleurs –– lobe gauche, 99
–– au niveau de la crête iliaque, 118
–– spécifiques de type énergétique, 10 G
Duodénum, 102 Ganglion(s)
Dure-mère, 17, 29, 47, 50, 67, 127, 131, 136, 137, –– chaîne sympathique paravertébrale, 58
139, 141, 142 –– de la base, 37
Dysfonction(s) –– impar, 104
–– d’extension, 13 –– intra-muraux, 58
–– de motilité, 5 –– spinaux, 58
–– – dysfonction en trop-plein, 4 –– stellaire, 54, 89
–– – – évaluation, 15 Gastrite, 98
–– – – normalisation, 16 Gastrulation, 19
–– – dysfonction en vide, 4, 13, 44 Genou, 102, 128
–– – – évaluation, 15 Glande surrénale, 58, 59
–– – – normalisation, 16 Gonades, 124
–– viscérales locales, 145 Grossesse, 45, 69
Dyslexie, 65
Dyspareunie, 124 H
Dyspepsie, 98 Hémisphères cérébraux, 37, 63
Hémorroïde, 101
E Hernie hiatale, 95, 96
Eczéma, 102 Homéostasie, 2, 4, 17, 26, 41, 116
Endoblaste, 128 Homonculus
Énergie, 1, 3–5, 109 –– moteur, 65
Enroulement(s) –– sensitif, 65, 66, 138, 143
–– caudal, 24, 31, 94, 116, 118, 122 Humérus, 133
–– – éléments de modification dans la perception Hyperactivité, 66
du mouvement d’enroulement caudal, 26, 138 Hypophyse, 37, 40, 69
–– latéraux, 27, 139 Hypothalamus, 37, 40, 42, 50
Index 155

I –– équilibre émotionnel général, 101


Iliaque, 134, 142 –– joie, 18, 83, 103, 109
Immunité, 110 –– lien utérus avec Maître du Cœur, 123
–– antigènes du non-soi, 73 –– mélancolie, 77
–– reconnaissance du soi, 73 –– méridien de la vésicule biliaire, 106
–– tolérance, 73 –– peur, 118, 120
Infection urinaire, 121 –– prise de décision, 106
Infertilité, 124 –– rein « climatique », 118
Inflexions du tube neural, 35 –– sentiment du soi, 108
Informations nociceptives –– tristesse, 112
–– provenant de la sphère –– vaisseau Conception, 28
pariétale, 66 –– vaisseau Gouverneur, 28
–– provenant de la sphère Médiastin, 24, 74, 81, 86
viscérale, 43, 67, 93 Mélatonine, 71, 72
Intestin Membrane
–– antérieur, 79, 85, 92 –– buccopharyngée, 19, 37
–– grêle, 43, 108, 121 –– cloacale, 19, 110
–– moyen, 92 Membre
–– postérieur, 92, 115 –– inférieur, 101
Intussusception, 113 –– – compression, 135, 142
–– – dysfonctions locales, 142
K –– – entorse, 53
Kyste ovarien « fonctionnel », 124 –– – rotation, 134
–– – trouble de la statique, 136
L –– supérieur
Lame thyropéricardique, 73, 75, 81 –– – compression, 84, 134, 143
Langage, 36, 54, 65, 146 –– – dysfonctions locales, 143
Lien structure fonction, 3, 7, 80 –– – rotation, 133
Ligament falciforme, 99, 119 Mémoire, 66
Ligne Mésencéphale, 37
–– centrale de l’abdomen, 22, 27 Mésoblaste, 19, 76, 79, 115
–– primitive, 19 –– bloc intermédiaire, 20
Lithiase vésiculaire, 106 –– bloc para-axial, 20, 128
Lobe –– cavités coelomiques, 20
–– frontal, 65, 145 –– lame dorsale ou somatopleurale, 20
–– occipital, 64, 145 –– lame ventrale ou splanchnopleurale, 20
–– pariétal, 65, 146 Mésogastre, 76, 97, 99
–– temporal, 65 Mésonéphros, 116
Métanéphros, 116
M Microchimérisme, 74
Maladies auto-immunes, 2, 73 Migraine, 84, 106, 145
Malaise Moelle allongée, 36, 57, 141
–– hypoglycémique, 108 Moelle épinière, 54, 131, 141
–– vagal, 41, 45 –– segment, 55
Massif facial, 136 Mouvement perpétuel de rotation du coeur, 82
Mécanisme Myotome, 20, 56, 93, 128
–– cranio-sacré, 6, 7, 30, 33, 42
–– de tolérance immunitaire, 73 N
Médecine chinoise, 1, 4, 10, 14, 91, 113 Nerf
–– angoisse, 95, 98, 103 –– rachidien, 56, 130, 131
–– colère, 101 –– vague, 94
–– énergie des muscles et des tendons, 106 Neuropore antérieur, 21
–– énergie génétique, hérédité, 118 Neurulation, 34, 128
156 Index

Normalisation de la motilité Plexus de Meissner, 92


–– accumulation, 16 Plexus myentérique d'Auerbach, 92
–– induction, 16 Plicature(s)
Noyaux –– caudale, 22
–– des disques intervertébraux, 20 –– du tube neural, 137
–– du 4e ventricule, 51 –– latérale, 22
–– thoracique, 21
O Pneumonie, 88
Œsophage, 43, 94 Posture, 5, 80, 83
Omoplate, 133 Poumon, 43, 85, 86
Organisation générale du corps, 18, 137 Première plicature, 35
Os du crâne, 136 –– cartographie des informations
Otite, 145 viscérales, 43
Ouraque, 119 –– expansion latérale, 48, 139
Ovaire, 26, 124, 138 –– extension bilatérale, 39, 40, 41
P –– extension unilatérale, 43, 140
Palpation, 11 –– paroi antérieure, 40
Pancréas, 43 Prévention, 85
–– endocrine, 106 Problèmes
–– exocrine, 104 –– cognitifs, 3, 145
Paralysie faciale, 97 –– de développement, 145
Péricarde, 26, 46, 138 –– de planification à long terme, 145
–– fibreux, 80, 81, 84 Pronéphros, 116
–– pli de réflexion, 84 Proprioception, 53, 65
Périnée, 22, 24, 28, 30, 119, 142 Prosencéphale, 37
Péritoine, 91, 92, 99, 102 Prostate, 125
Péroné, 134 Prurit, 106
Perturbations de la sphère ORL, 145 Psoas, 118
Petit épiploon, 99
Pilier du diaphragme, 21, 30, 94, 96, 98, 102 Q
Placenta, 69 Quatrième ventricule, 36, 47
Plan postérieur abdominal, 30
Plaque neurale, 34, 127 R
Plaques de Peyer, 110 Racine du mésentère, 110
Pleurésie, 88 Radius, 133
Plèvre Rate, 43, 75
–– médiastinale, 87, 89 Rectum, 24, 26, 110, 138
–– pariétale, 85, 87 Réflexe
–– pli de réflexion, 89 –– crémastérien, 125
–– viscérale, 85, 87 –– gastro-colique, 112
Plexus, 58, 59, 93, 137–139 –– viscéro-somatique, 91, 93, 98, 102, 141
–– aorticorénal, 60 Reflux
–– brachial, 128 –– gastro-œsophagien, 96
–– cardiopulmonaire, 26, 61, 83 –– urinaire, 121
–– cœliaque, 26, 60, 83, 119, 121 Rein, 26, 43, 115, 138
–– distribution de l’influx nerveux, 62 Réticulée, 40
–– hypogastrique, 61 Rhombencéphale, 35
–– hypophysaire, 61 Rythme circadien, 48, 72
–– lombosacré, 128
–– mésentérique S
–– – inférieur, 61 Sac
–– – supérieur, 61 –– amniotique, 19, 23
–– – myentérique d'Auerbach, 92 –– vitellin, 19, 22, 23, 124
Index 157

Sacrum, 18, 24, 26, 142 Tendon central, 17, 30


–– dysfonction intra-osseuse, 26 Tente du cervelet, 29, 49, 139
Schéma corporel, 65, 146 Terrain, 3
Sclérotome, 56, 93, 128 Testicule, 124, 138
Septum transversum, 21, 80, 99 Thalamus, 37
Sinus Thorax en trop-plein, 83
–– coronaire, 84 Thymus, 43, 73, 74
–– urogénital, 24, 119 Thyroïde, 43, 72
Somatisation, 84 Tibia, 134
Somites, 128 Toxine, 5, 85, 99, 102, 106, 143
Sommeil, 2, 41, 47 Traumatisme, 5, 27, 30, 42, 50, 66, 80,
Sources des perturbations de la motilité, 7 84, 89, 93, 127, 139, 143
Sphère Troisième plicature, 35, 45, 139
–– antérieure du crâne, 43 Tronc
–– postérieure du crâne, 47, 54 –– brachiocépahlique, 73
Sphincter inférieur de l’œsophage, 94, 96 –– cérébral, 24, 36
Sternum, 128 –– cœliaque, 92
Stress, 3, 39, 41, 42, 46, 67, 69, 84, 93, 99 Troubles
Sutherland, 7, 33, 84 –– de pseudo-Ménière, 54
Symphyse sphéno-basilaire, 29, 42 –– visuels, 145
Syndrome de douleur régionale complexe, 67 Trou déchiré postérieur, 94
Système(s) Tube(s)
–– azygos, 101 –– digestif, 91
–– cranio-sacré, 29, 136 –– endocardiques, 80
–– digestif, 91
–– endocrinien, 69, 74 U
–– génital, 121 Ulcération, 98
–– génito-urinaire, 115 Uretère, 116, 121
–– immunitaire, 73 Utérus, 26, 119, 122, 138
–– musculosquelettique, 127
–– nerveux autonome, 37, 42, 68, 74 144 V
–– – composante orthosympathique, 39, 45, 139 Varice, 101
–– – composante parasympathique, 48, 139 Vertige, 145
–– – hyperparasympathicotonie, 41 Vésicule(s)
–– – hypersympathicotonie, 41, 67 –– biliaire, 44, 102
–– – trouble parasympathique d’un organe –– cérébrales primitives, 35
ou d’un viscère, 49 Vessie, 26, 119, 122, 125, 138
–– nerveux central, 9, 33, 74, 84, 91, 92, 99, Voies biliaires, 104
124, 136, 137, 145 –– basses, 105, 107
–– nerveux entérique, 92, 94 –– hautes, 105
–– neuro-psycho-endocrino-immunitaire, 69, 74
–– suspenseur du péricarde, 46, 80, 83 W
Systèmes complexes en équilibre, 2 Whiplash ostéopathique, 30

T Z
Télencéphale, 37 Zona, 132
Tendinite, 134, 136 Zones cérébrales de Broadmann, 64