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La radioprotection

2. Métrologie et effets

Pr Michel Bourguignon
Paces – Biophysique
Faculté de médecine Simone Veil
Décembre 2018
Besoin d’une métrologie
des doses
de rayonnements ionisants
Paramètres Dosimétriques (1)

 Dose absorbée (D) en Gray : énergie


absorbée par unité de masse ( 1 Gy = 1
Joule/kg)
 Dose équivalente (H) en Sievert : dose
absorbée par un tissu (T) pondérée par le
type et la qualité du rayonnement (R)
HT,R = WR DT,R HT = S R HT,R
DOSE ÉQUIVALENTE H

1 kg de plomb 1 kg de plumes

avant

après
Facteurs de pondération des
rayonnements WR
 Gamma et X ……………………...1
 Electrons et beta…………………1
 Alpha ………………………..……..20
 Neutrons…………………………..5-20
 Protons…………………………….5

Attention, pour un rayonnement donné :


EBR (variable avec la dose)  WR (constant)
-1
2 4 6 8 Dose (Gy) Pour S = 10
1
Dg 4 Gy
EBR n/ g = Dn
= =2
2 Gy
10-1 EBR = 2

2 Gy neutrons = 4 Gy gamma
En termes de toxicité
10-2

10-3
EBR
EBR = 1,7 =
Survie Neutrons Gamma EFFICACITE
BIOLOGIQUE
RELATIVE
D référence
EBR =
D étudié

Gy x EBR = Gy équivalent
EN RADIOPROTECTION UNIQUEMENT Gy x WR = Sv
Paramètres Dosimétriques (2)

 Dose efficace (E) en Sievert : somme des


doses équivalentes reçues par un tissu (T)
pondérées par le type et la qualité des
tissus

E= S T WT HT = S T WT S R HT,R
E= S T WT S R WR DT,R
Attention : Valeurs modifiées

Facteurs de pondération tissulaire WT


 Gonades: 0,08 Moelle: 0,12
 Colon: 0,12 Poumon: 0,12
 Estomac: 0,12 Vessie: 0,04
 Seins: 0,12 Foie: 0,04
 Oesophage: 0,04 Thyroïde: 0,04
 Peau: 0,01 Os: 0,01
 Cerveau : 0,01 Glandes salivaires : 0,01
 Reste: 0,12 S WT = 1
Intérêt et limites de
la dose efficace (Sv)

 bien adaptée aux besoins de la radioprotection


 unité additive
• exemple WR WT %
RX : 100 mGy / 50 dm2 peau 1 0,01 30 %
131I : 10 mGy / thyroïde 1 0,05 100 %
dose efficace = (100 x 1 x 0,01 x 0,30) + (10 x 1 x 0,05 x 1)
dose efficace = 0,8 mSv
 indicateur de risque tardif (connu > 100 mSv)
 sans signification de probabilité aux faibles doses
 ne tient compte ni de l’âge, ni du débit de dose, ni …
Intérêt et limite de la dose efficace

D
10 mSv ORGANISME ENTIER (WT = 1)

H = E = 10 mSv

10 mSv AUX POUMONS (WT = 0,12)


E = 10mSv . 0,12 = 1,2 mSv

RISQUE ENCOURU POUR 10 mSv (poumons) :


MEME NIVEAU QUE POUR 1,2 mSv
A L'ORGANISME ENTIER
(mais nature différente)
Paramètres Dosimétriques (3)
 Dose engagée en Sievert : intégrale des
doses sur le temps de présence du (des)
radionucléide(s) contaminant(s). Dépend de
la période effective [Teff] du (des)
radionucléide(s).
Teff = temps au bout duquel l’activité d’un
radionucléide dans l’organisme a diminué d’un
facteur 2
NOTION DE PERIODE EFFECTIVE
Activité ET DE DOSE ENGAGEE
dans
100% l'organisme
leff = lr + lb
Elimination
biologique lb

Décroissance
radioactive lr
50%

Disparition
effective leff

Dose engagée

Teff Tr Tb Temps
Période effective
 Disparition progressive d’un radionucléide
par élimination biologique (métabolique) et
par décroissance radioactive
dA = -lbio.A(t)dt – lrad.A(t)dt = -[lbio+lrad] A(t)dt
A(t) = A0 e -leff t avec leff = lbio + lrad
 Comme l = ln2 /T

1/Teff = 1/Tbio + 1/Trad


Gray et Sievert
 Gray mesure l ’énergie absorbée
 Sievert ne mesure pas l ’énergie absorbée
mais intègre les effets biologiques liés au
type de radiation et à la sensibilité des
tissus.
 Gray = Sievert pour les rayons g & X, et
les électrons & b, puisque leur WR = 1
Besoin d’une métrologie
des faisceaux
de rayonnements ionisants
CARACTERISATION PHYSIQUE
DU FAISCEAU DE RAYONNEMENT (1)
Le faisceau en un point
Il faudrait connaître chaque rayon, sa nature (particule ou
photon), sa direction, son énergie (e) : impossible sauf dans des
cas simples

En pratique, on a besoin uniquement du nombre de rayons N ou


l ’énergie E passée en ce point (surface dS de section d ’une
minisphère qui englobe ce point):
- Fluence F = dN/dS
- Fluence énergétique F = dE/dS (ou E est l ’énergie totale
transportée par le faisceau).
Si le faisceau est monoénergétique E= edN et F = e F
- Débit de fluence : d F /dt ou dF/dt
CARACTERISATION PHYSIQUE
DU FAISCEAU DE RAYONNEMENT (2)
La dose absorbée
Les rayonnements ionisants sont absorbés en partie dans la
matière qu ’ils rencontrent en perdant de l ’énergie :
- Dose absorbée: D = de/dm (énergie de absorbée dans dm)
Unité de dose absorbée : Joule/kg ou Gray (Gy)
Ancienne unité (CGS) : rad (1 Gy = 100 rad)
- Débit de dose absorbée: dD/dt (Gy/min)
Mesure directe de la dose absorbée (difficile)
- Calorimétrie car l ’énergie absorbée est finalement
transformée en chaleur
- Méthode d ’ionisation avec une petite cavité sphérique
remplie d ’un gaz dans lequel on insère 2 électrodes (mais
milieu d ’interaction différent + paroi) : excellent dosimètre
(simple, reproductible, sensible)
CARACTERISATION PHYSIQUE
DU FAISCEAU DE PHOTONS (1)
Le Kerma (1)
C ’est l ’énergie transférée aux électrons secondaires par un
faisceau de photons (Kinetic Energy Released in Material):
K = dek/dm
Mais les électrons secondaires mis en mouvement dans dm
déposent leur énergie mais peuvent sortir de dm. A l ’inverse,
des électrons mis en mouvement hors de dm peuvent
traverser dm et y déposer une partie de leur énergie.
Energie transférée et énergie déposée sont distinctes sauf
s ’il y a équilibre électronique, c ’est à dire que les électrons
secondaires sortants sont compensés par des électrons
secondaires entrants.
CARACTERISATION PHYSIQUE
DU FAISCEAU DE PHOTONS (2)
Le Kerma (2)
Le Kerma K correspond aux transferts d ’énergie qui se
produisent au sein d ’une sphère de matière, quel que soit le
devenir des particules mises en mouvement lors de ces
transferts.
La dose absorbée correspond à l ’énergie déposée au sein de
la sphère de matière, quel que soit le lieu du transfert
d ’énergie initial.

Expression indirecte du Kerma dans l ’air : l ’exposition est le


nombre d ’ionisations créées dans une masse donnée d ’air.
L ’unité est le Röntgen (n ’est plus utilisé aujourd’hui).
CARACTERISATION PHYSIQUE
DU FAISCEAU DE PHOTONS (3)
Le Kerma (3)
L ’équilibre électronique est réalisé en un point lorsque, dans
un rayon R égal au parcours maximal des électrons
secondaires :
- la fluence des photons est uniforme
- le milieu est homogène
Dans ces conditions, le Kerma K est égal à la dose absorbée
(Vrai pour les rayons X médicaux car R = 5mm pour des
photons jusqu ’à 1 MeV)

Relation entre Kerma et fluence énergétique


K  (µ/r) F
On a donc une mesure indirecte de la dose
à partir de la fluence
Quels effets
• déterministes
• stochastiques
pour
quelles doses ?
Doses des effets déterministes
 Erythème…………..……….. > 3 Sv
 Stérilité …………………..……. 3 Sv
 Cataracte……………………… 0.5 Sv (2 Sv)
 Hématopoïèse……………… > 0.5 Sv
 Dose létale 50 …………….. ~ 5 Sv

(Dose efficace naturelle 0,002 Sv/an)


Doses des effets stochastiques

 Etudes épidémiologiques
 En particulier, l’analyse des cohortes
de survivants de Hiroshima & Nagasaki:
excès de leucémies et de cancers
 Relation dose effet : relation linéaire
sans seuil à forte dose et fort débit de
dose
Exemples d’effets stochastiques

HIROSHIMA NAGASAKI Irradiation externe


Pour 86 572 personnes Cas attendus Cas observés Excès
1950-1997 (témoins)

Leucémies 156 231 75


Cancers solides 8895 9335 440

515

Contamination interne
TCHERNOBYL (Thyroïde)
Environ 5000 CANCERS DE LA THYROIDE attribuables à l’accident
• INCIDENCE NATURELLE : 0,04/100 000
• INCIDENCE OBSERVEE : BELARUS : 3,4 / 100 000
GOMEL : 9,5 / 100 000
STABILISATION ACTUELLE DU BILAN
Evaluation du risque radiologique

risque relatif

effets avérés
relation linéaire
sans seuil

effets relation quadratique


hypothétiques quasi-seuil

RR

RR
0 exposition
X
Gestion du risque radiologique
 Hypothèse « majorante » à faible
dose et faible débit de dose d ’une
relation dose effet linéaire sans seuil,
comme si toute exposition aux
rayonnements ionisants était
dangereuse
 Utilisation de la dose efficace
collective pour l’évaluation du risque :
5 % de cancer fatal en excès par Sv,
quels que soient la dose et le débit
(CIRP 60)
Gestion quantitative du risque
Consensus international
 Adoption d’une relation dose-effet linéaire sans
seuil, quels que soient la dose et le débit de dose
 Quantification du risque par Sv de dose efficace
 Risque tératogène : 50 %
 Risque de cancers mortel : 5 %
 Risque de maladie héréditaire : 0,5 %
Le risque surestimé
 Pas d’effets significatifs en dessous de doses
de l’ordre de 100mSv
 Pas d’effets observés dans les régions à
forte radioactivité naturelle
 Réponse adaptative « mythridatisation »
 Induction, promotion et progression du
cancer: non linéaire
Le risque sous-estimé
 Effet « bystander »:
lésions génomiques
des cellules voisines
de la cellule irradiée

 Instabilité génomique dans la descendance de


cellules irradiées, avec amplification des
anomalies observées
Complexité des mécanismes cellulaires
Gestion du risque
« 2 approches »
 Approche centrée sur la protection du
travailleur : catégorisation du travailleur

 Approche centrée sur la protection par


rapport aux sources de rayonnements : zonage
Catégorisation des travailleurs
« Dans les conditions normales de travail »
 Travailleurs de catégorie A : susceptibles
d’une dose > à 3/10ème d’une des limites
réglementaires
 Travailleurs de catégorie B : susceptibles
d’une dose < à 3/10ème mais > limite
réglementaire de dose efficace du public
(1mSv)
 Autres travailleurs : considérés comme le
public (limite de dose efficace de 1mSv)
Limites réglementaires de doses
 Travailleurs
 dose efficace : 20 mSv / an
 cristallin : 150 mSv / an … baisse en cours
 peau : 500 mSv / an
 extrémités des membres : 500 mSv / an
 Population (incluant le fœtus)
 Dose efficace : 1 mSv/an
 Patients
 Pas de limite de dose car il ne faut
compromettre ni la qualité du diagnostic ni
l’efficacité thérapeutique
Limites de doses
des catégories de travailleurs
 Travailleurs de catégorie A susceptibles de
 dose efficace > 6 mSv/an
 dose cristallin > 45 mSv/an… baisse en cours
 dose peau > 150 mSv / an
 dose extrémités > 150 mSv / an
 Travailleurs de catégorie B (entre A et
autres T)
 Autres travailleurs
 Dose efficace < 1 mSv/an
Zonage en milieu de travail

Zone interdite

Zone contrôlée : zone où un travailleur est


susceptible de recevoir une dose supérieure à
3/10ème d’une limite réglementaire

Zone surveillée : zone où un travailleur est


susceptible de recevoir une dose supérieure à
1/10ème d’une limite réglementaire
ZONES DE TRAVAIL

Matière radioactive

A l ’intérieur des zones de travail les sources


individualisées de rayonnements comme les sources
radioactives doivent être signalées.
La dosimétrie en milieu de travail
 Obligation d’une dosimétrie passive
 Film dosimètre porté au niveau de la
poitrine
 Dose efficace a posteriori
 Mensuel (cat A), trimestriel (cat B)
 Obligation d’une dosimétrie active pour toute
personne entrant en zone contrôlée
 Dosimètre électronique
 Dose efficace en temps réel
 Alarme de dose et de débit de dose
 Dosimétrie prise en compte dans le suivi
médical obligatoire et adapté
La Personne compétente en
radioprotection
Spécialiste de radioprotection en milieu de
travail
 Obligatoire
 Etudes des postes de travail
 Optimisation de la radioprotection
 Gestion des dosimètres
 Gestion des résultats dosimétriques
 Recommandations …
Irradiation et grossesse

 A priori : justification (US, IRM ?), optimisation


 A posteriori, développement ? ( héréditaire)
 0 à 8 jours : tout ou rien
 9 à 60 j, organogenèse : risque malformatif ++ et retard
de croissance
 60 à 270 j, fœtus : anomalies possibles (cancers
infantiles)

Au-dessous de 100 mGy : RAS


Entre 100 et 200 mGy : à voir
Au-dessus de 200 mGy : recommander une
interruption de grossesse
La radioprotection

Des règles simples


RAYONNEMENTS
LES MODES D’EXPOSITION

CONTAMINATION
CONTAMINATION
EXTERNE
EXTERNE

IRRADIATION
IRRADIATION
EXTERNE
EXTERNE

CONTAMINATION
CONTAMINATION
INTERNE
INTERNE
QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE IRRADIATION ET
CONTAMINATION ?

ou EXPOSITION EXTERNE
QUELLE EST LA DIFFÉRENCE ENTRE IRRADIATION ET
CONTAMINATION ?
CONTAMINATION EXTERNE
CONTAMINATION INTERNE
MODES DE PÉNÉTRATION DE LA
CONTAMINATION INTERNE
COMMENT SE PROTÉGER DE LA
CONTAMINATION INTERNE ?
COMMENT SE PROTÉGER DE L’IRRADIATION ?