Vous êtes sur la page 1sur 2

Avons-nous des devoirs envers

les animaux ?
La réponse de Descartes à cette question serait probablement non. En
lisant Un extrait de sa lettre à Morus du 5 février 1649, le philosophe
expose un certain nombre d'éléments nous permettant d'avancer
l'affirmation préalable.
3 arguments  :

 Premièrement, Descartes affirme que les animaux sont semblables à


« des machines » (ligne 2). Bien qu'ils aient une génétique
semblable à l’être humain « des os, des nerfs, des muscles, du
sang » (ligne 5), les animaux n'arrivent pas à contrôler leurs corps,
ce sont des « automates » (11). En rapprochant de cette manière les
animaux à des machines, Descartes montre de manière implicite
que l’on n’a pas plus de devoir envers un chien quand vers une
machine quelconque.

 Il renforce cet argumentaire dépréciatif envers les animaux en


montrant que ceux-ci n'ont pas de raison et de ce fait ils n'ont pas
de conscience. A partir de la ligne 15 il montre en effet que les
animaux sont privés de raison car ils n'ont pas la capacité de
s'exprimer, de parler un langage à notre manière : « d’user d’un
véritable langage » (ligne 21). N'ayant alors pas de conscience, les
animaux n'auraient pas conscience de la mort. Leur mort
n’impliquera que la cessation des battements de leurs cœur et rien
de plus. Alors que la vision humaine de la mort est plus axée sur la
fin d'un cycle spirituel, psychologique, psychique annonçant la fin de
la réflexion et la fin de la raison. Ce sont ces éléments qui rendent la
mort atroce aux yeux des hommes. Tuer un animal ne peut alors
être considéré comme un crime car l'animal lui-même ne le vois pas
comme un crime.

 -L’utilisation du langage, faculté propre à l’humain, indiquerait non


seulement qu’il est le seul à être doté de raison et de pensée, mais
instaurerait également une hiérarchie entre les êtres vivants et
placerait l’Homme à son sommet. Cette supériorité, ce « degré de
perfection d’user d’un véritable langage », appuie le fait que nous
n’aurions aucun devoir envers des êtres inférieurs comme les
animaux. Ainsi, il ne serait pas criminel ni de tuer, ni de manger un
animal car l’Homme est à privilégier aux autres êtres plus bas dans
la hiérarchie. Il s’agit là d’une opinion qui se veut davantage « pro-
humaine » qu’« anti-animale ».

Ce qui pourrait lui être reproché  :

 Pythagore, à qui Descartes fait référence, professait l’immortalité de


l’âme. Pour lui, le meurtre d’un animal serait un crime consanguin
puisqu’eux aussi ont une âme, pouvant même être celle d’un
homme défunt. D’autre part, des recherches ont montré que de
nombreuses espèces animales avaient le sens des nombres, dont
par exemple les macaques capables de réaliser des additions
lorsque les nombres manipulés ne sont pas trop grands. Certains
sont capables aussi de s’adapter à différentes situations, comme les
oiseaux qui adaptent la forme de leur nid au lieu où ils l’installent.
Ces deux éléments précédents témoignent d’une certaine forme de
logique et de raison chez l’animal, indépendante du langage, qui
contredit frontalement la thèse cartésienne. En outre, un chien qui
jappe et saute lorsqu’il revoit son maître ou des éléphants qui vont
se recueillir auprès de leurs défunts semblent indiquer que les
animaux ressentent bel et bien des sentiments autres que
physiologiques (comme la faim ou la soif…) et indépendants des
organes du corps. Ainsi, le rapprochement entre animal et machine
pourrait s’avérer très controversé aujourd’hui, d’autant plus que dès
le XVIIIème s., Voltaire avait déjà vivement contesté la théorie de
celui qu’il appelait le « machiniste » dans son article BÊTES du
Dictionnaire philosophique.