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Arte e « Civilità »

Author(s): Michelangelo Pistoletto


Source: Rue Descartes, No. 30, FILS: L'art et la transmission de la modernité (Décembre 2000), pp.
31-37
Published by: Presses Universitaires de France
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/40980083
Accessed: 27-02-2016 17:19 UTC

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Michelangelo Pistoletto

Artee « Civilità»

J'interviens en tantqu'artiste,aussi mon discourssera-t-ilempirique,il


ne sera pas trèsorganisé,un peu comme mon français.Il s'agit donc de
parlerde la modernitépour un artistemoderneet de l'idée de la transmis-
sion de cettemodernité.J'ai vécu déjà cinquanteans, c'est-à-direla moitié
de ce siècle- du sièclepassé,pardon -, en travaillantcomme artisteet plus
de la moitiéde mon travailest déjà considéréecomme historique.Je suis
donc déjà un artistemoderneet, en même temps,je suis encoreun artiste
contemporainou bien d'aujourd'hui. En effet,j'ai toujourstravailléet je
continueà développerune idée de mouvement,de changementà l'intérieur
de mon parcourset donc je ne suis pas lié à un momenthistoriqueprécis.
Mais je continued'exposermes œuvresde la fin des années cinquanteet
du début des années soixante,alors je fais moi-mêmeun travailde trans-
missionsur mon propretravail.Et je vois commentla transmission de ce
fait
que j'ai produit partieintégrante de mon œuvre, c'est une fonctionqui
participeausside la créativité.Jesuis prisdans ce mouvementde production
qui est un engagementsans cesse renouvelé.
La modernitédans mon espritcommenceavec l'histoireindustrielle.Ce
que nous avons vécu et définicomme modernitétrouveson originedans
le changementfondamentalapportépar la scienceet la technologiequi ont
radicalement bouleverséle conceptidéal de l'artiste,mais aussil'engagement
et le rôle de l'artistevis-à-visde la société. L'artistes'est trouvédevantla
réalisationpratiqued'une perspectivetracée par la Renaissancequi avait
ouvertun cheminversle développementtechniqueet scientifique.Versla
findu XIXesiècleet au début du XXe,à cause de cet aboutissementde l'idéal
rationnelde la Renaissance,l'artistes'est trouvé devant un mur. A ce
moment-là,le vrai problèmeétait le suivant: comment réagir,comment
faireun pas au-delà de ce mur qui donnait une dimension finaleà une
sorte de prophétiefaitepar les artistesdu XVesiècle. Alors il s'est agi de

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faireéclaterquelque chose qui n'avait jamais été touché intimementqui


faisaitpartiede l'art,c'est-à-direl'autonomie de l'art dans le corps social.
La représentation étaitjusque-là au servicede la religionou des impératifs
politiques et sociaux. Or la représentation est finalementdominée par des
moyensde diffusion comme la photographie,le cinéma,la télévisionou les
nouvellestechnologies.
L'artisteest enfin devenu responsablede lui-même,il a commencé à
jouer son propre rôle jusqu'au bout pour arriverà l'essence de quelque
chosequ'il n'avaitjamais mis totalementà nu dans le passé. C'est donc ce
que l'on appelle l'autonomie de l'artiste,l'autonomie de l'art. Quand j'ai
commencé à travaillerc'était justementl'époque de l'explosion de l'art
individuelsur la toile, sur le mur. C'était le temps de Pollock, c'était le
tempsde rapportsdirectsentrel'artisteet la surfaceet le murfinal.L'explo-
sion contrece mur,que justementPollock représentetrèsbien, signifiaitla
pulvérisation d'un contenuet d'une formequi avaienttraverséle tempset
surtoutla culturede la représentation occidentale.

Dans les années cinquante il y avait un combat, une sortede dialogue


trèsdramatiqueentrel'abstractionet la figuration.Je croisqu'il y avait là
encoreune autrefinde perspectivede caractèrespirituelet religieuxcomme
cellequi avaitdiviséune partiedu monde entrela figuration et l'iconoclasme
A
depuisByzance. l'époque byzantine,la figurationqui étaitcaractéristique
de la culturechrétiennese trouveconfrontéeà une culturequi venaitd'une
autrehistoirepolitique,économique et religieuse.Cette querellea diviséle
monde en deux et c'est encorela finde cetteperspective, ce combat entre
deuxpôles,religieuxet politique,qui esten question.C'est pour cetteraison
que je pense que le XXesiècle a été un siècle formidable,on arriveainsi à
une sorte de fin,d'épuisementet, en même temps,à une vision d'une
puretéde fond, d'une essence de l'art. Puisqu'il n'a plus réellementde
commanditaires, l'artisteest devenu son propre commanditaireet sa res-
ponsabilité engagée du point de vue de l'âme, du corps,de la pensée,
est
de la politique.
C'est à ce moment-là que j'ai éprouvé la nécessitéde chercherune
perspectivepossible. Je me suis alors demandé si l'artisteavait encore le
pouvoir,à partirde cetteposition,de créerune vision,une perspectivepour
la société,comme peut-êtrecela s'étaitfaità d'autresmomentshistoriques.
Jeme suis mis devantle miroirparce que je ne voulais pas resterdans un
actionnismepictural,parce que dans cet actionnismeon n'étaitpas arrivé
à mettrele nez contrele mur car il y avait encore la distancedu bras et
c'étaitl'action du bras qui empêchaitd'aller jusqu'au bout, jusqu'à la fin
et de rentrerdans la paroi.J'aipénétrédans cet espace à traversun processus

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qui est né de l'autoportrait. J'avaisjustementbesoin d'un miroirpour ces


peintures, le miroir était l'instrument sans lequel je n'aurais pas pu voir
mes yeux,sans lequel je n'auraispas pu me reconnaître et la toile jouait le
rôle de la paroi. La question qui se posait était commentfairepasser la
reproductiontraditionnelle de l'image qui étaitdans le miroir,dans un lieu
qui était blanc, qui était le concept du miroiret celui de mon identité.
Finalementquand le miroira prisla place de la toile,j'ai pu peindremon
imagesurle tableauen me regardantdans le tableaumêmequi étaitdevenu
miroir.A ce moment-là,mon image était figéeexactementau sein de la
réalité,il n'y avait plus la distancedu bras, j'avais saisi mon image entre
moi et moi-même,entrela réalitéet la virtualité.L'image étaitdonc aplatie
contrele mur,mais en même tempselle ouvraitderrièreelle ou devantelle,
selon le côté où je la tournais,un espace qui étaitun espace que l'on ne
pouvait pas définirautrementque comme une perspective.C'était une
réouverture de la perspective.On voyaitla pièce, on voyaittout ce qui se
passe dans un espace virtuelcomme dans la perspectivede la Renaissance,
mais c'était une perspectivequi était tout à faitle contrairede celle de la
Renaissanceparceque toutce qu'elle montraitétaitderrièremoi. Ce n'était
plus une perspectivequi arrivaità une idée de modernitéà traversune
progression,mais c'était un point de la modernitéqui se renversaitsur
lui-mêmeen nous montrantnon seulementce que l'on a devantnous, mais
aussi ce qui est derrièrenos épaules. C'est une perspectivequi naît à partir
de la distancede mon doigt,parceque j'ai aussi faitle travailde quelqu'un
qui touchele miroiravec le doigt,et petità petità traversle bras et le reste
du corps je peux m'éloignerdu miroiret comme je m'éloigne du miroir
j'y rentre.

Voilà donc cettehistoireliée un peu à ce dontJean-Pierre Rehm parlait


toutà l'heure,justementce mythe,ce désirque l'on a toujourséprouvéde
rentrer dans le miroir.Mais la seule possibilitépour rentrer
dans le miroir,
et je l'ai vu, ça a fonctionné,c'est de partirdu miroirpour entrerdans la
vie, c'est de bougerversla vie. C'est comme dans le tableau de Magritte
{La reproduction interdite,portraitde Edward James, 1937, Museum
Boymans-vanBeuningen,Rotterdam)où l'on voit l'homme qui regarde
son propreenvers.J'arrivedevantle miroiret j'y peins ma figurequi est
en trainde regarderdans le miroirmême, donc dans la même direction
que moi. Jeme vois devantparce que je regardeen avant,mais comme je
me tournepour partir,je suis dans la même directionque l'homme qui
regardedans le miroiret qui regardequelqu'un qui est dans le miroir,qui
s'enfoncedans le miroir.Alorssi Magritteavait une visionsurréalisteparce
qu'elle n'aboutitpas à un retourphénoménologique,le tableaumiroira un

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retourphénoménologique.A ce moment-làj'ai commencéà travaillerdans


plusieursdirectionsparceje pense qu'avec le tempsn'importequelle moder-
nitédevientclassique.Aujourd'huije suis en positionde dire d'une œuvre
qu'elle estclassique,classiquementmoderne,que c'estune modernité.Avant
on pouvait encore affirmer qu'il y avait une différenceterribleentre la
peintureabstraiteet la peinturefigurative, mais à présenton a une multi-
plicitéde situationsde ce que l'on appelle moderne et on peut déterminer
trèsprécisémentles faitsen disant,par exemple,ceci appartientà 1932 et
cela à 1944.

Maintenantil s'agitpourmoi de faireun nouveaupas en avant,de mettre


en action ce que j'ai faitcomme travaildans le sens du temps,ce temps
qui transforme tout en histoireet, en même temps,qui projetteun dyna-
mismevers le futur.Et c'est là qu'il ne fautpas s'arrêter,il faut toujours
mettreen communicationle passé avec le futur.Je crois qu'avec le renver-
sementde la perspectivedonnée par le miroir,on doit vraimentconsidérer
qu'aujourd'hui,et pas seulementdans le sensdu postmodernismemais avec
une vision beaucoup plus large,les réponsesqu'on peut retrouveren regar-
dant vers le passé doivent être réinvestiesdans le futur.On n'est plus
uniquementdans un mouvementde progression, dont le progrèsseraitle
seul point final,l'unique point de fuite.Mais c'est la vision de tout ce que
l'on tirederrièrenous versle futurqui peut nous donnerl'idée d'un double
voyage,ou plutôtun voyageà 360 degréspuisque toutse croisesur ce point
de réflexion: la droiteet la gauche,le haut et le bas, le devantet le derrière.
Tout se renvoie,il y a un point de réflectivité totale et la figureou le
spectateurqui se trouvent soit dans l'œuvre,soit devant l'œuvre,participent
à la scène de l'art et au récitde l'œuvre.

C'est à traverscettenouvelleperspectiveque l'on peut peut-êtreenvisager


le récitdontJean-MarcRéol parlaitce matin.Personnellement, je croisque
l'on peut engagerce récitmême si l'on est effectivement arrivéaujourd'hui
à une sorte d'explosion,de parcellisationde la réalitéartistiquepour des
raisonsdont nous ne pourronsdiscuterici. C'est vrai que nous sommes
perdusdans une sortede multiplicité,de multitudede pratiques,mais je
trouvecela plutôt bien, je ne pense pas que ce soit négatifparce que
finalementchacun doit avoirsa propreidentité,sa propreresponsabilité, sa
propreconscience.L'acquisitionde cetteidentitéest une chose extraordi-
naireque l'on a gagnédurantce siècle radicalà traversl'autonomie de l'art
et de l'artiste,ne l'oublionspas.
Alors on peut se demandercomment faireentrercette condition de
libertéet d'autonomie,de responsabilité,de centralitàde l'individuen tant

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qu'artiste,commenttransmettre cela à autruidans une structuresociale ?


Ce n'est pas parce que l'artisteest arrivéà ce point d'autonomie, que le
monde en est arrivélà. Avec la mondialisationde la politique et de l'éco-
nomie, on cherchede plus en plus à contraindrel'individu dans des sys-
tèmes. Il y a, d'un côté, une économie libéralistequi unifiele monde et,
de l'autre côté, il y a une parcellisation,un éclatementdes cultureset des
réalitésethnologiques.Pour moi il fautse fixerun but formidable,il faut
qu'il y ait une sortede vision que l'on puissepartagerdepuis le monde des
artistes,des genscapablesde créeret de penser,mais aussi depuis le monde
social en général.Il faudraitimaginerla possibilitéd'arriverà une vision
de civilisationglobale.Quel en seraitle senspour chacun,commentchacun
pourraitenvisagerd'intervenir, de bouger quelque chose en directionde
cetteidée de civilisation? A vrai dire,je préfèreutiliserle mot italienqui
est civiltàplutôtque civilizzazioneparce que « civilisation» pourraitconte-
nir une idée morale de colonisationdu type« moi je suis civiliséet je te
civilise» comme autrefoisl'on apportaitdes changementsdans des lieux ou
des situationsdont on pensaitqu'ils n'étaientpas suffisamment « avancés».
J'aime mieux « »
civilité dans le sens de civiltà,dans le sens d'une société
civilesans privilègesur d'autres.Si l'on pense à l'idée de société civile à la
Renaissance on perçoitce désir humanistede donner une vision globale
qui comprenaitnon seulementla peinture,la fresque,la sculpture,etc.,
mais qui touchaitla sociétéà tous les niveaux,du vêtementà l'architecture,
de la science à l'économie,des échangesà la façonde communiquer.C'était
un grandprojetqui justementétaitlié au temps,qui étaitun tempspeut-être
beaucoup moinsproblématiqueque le nôtre.C'étaitcertainement un temps
problématique, mais aujourd'hui nous avons des déséquilibresincroyables
avec d'un côté des possibilitésinouïes données par l'évolutiontrèsrapide
de la technologieet, de l'autre, des situationshumaines de dégradation
terribles.Dans une planète qui devient de plus en plus petite,où l'on
communiquede plus en plus rapidement,le phénomènetempsse substitue
au phénomèneespace. Or l'artistedoit penseraujourd'huià ce phénomène
du temps, il a la possibilitéd'intervenirdans plusieursdomaines, mais
surtoutil doit avoirun objectifqui peut êtrecelui de la « civiltà» ou de la
société civile.

Quand j'ai conçu le Manifestedu ProjetArt(Manifestodi ProgettoArte),


j'ai dit que l'art pouvait êtreun début, qu'il pouvaitdonner une sortede
vision panoramique qui s'ouvriraitsur cette idée d'une globalisationqui
n'étaitpas celle pensée par les économistes,par les politiciens,ni celle des
parcellisationsou des dramesindividuels.Il s'agissaitd'individusqui pre-
naient conscience du monde et qui, surtouten partantde la créativité,

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pouvaientemmenerà une sorted'énergiequi ne tendraitpas versun point


finalunique, mais versune quantitéde points qui pourraientêtrele vête-
mentde la sphère.Voilà en substancece que je voulais dire.

Olivier Mosset : Une question idiote, est-ce que votreprénom vous a


poné versTan lorsquevous étiez petitgarçon?

Michelangelo Pistoletto: J'avais deux grands-pères,un qui s'appelait


Michele et l'autreAngelo [rires],donc c'est trèssimple.Mon père bien sûr
était peintreet ma mère avait connu mon père en prenantdes cours de
peintureavec lui, alors il y a peut-êtreun lien. Mais je me rappelle que
mon pèreavaitune encyclopédieTreccaniet, lorsqueje la feuilletais, j'étais
toujours attirépar les œuvres de en
Michel-Ange, particulierpar celles de
la chapelleSixtine.Je retombaistoujoursdessus,je ne sais pas s'il y a une
relation.

Jean-MarcRéol : Je voulais simplementsavoir s'il y a cette idée d'un


nouvel humanismedans cetteréférenceque tu fais à la Renaissance? On
sent dans ton discoursqu'il y a une centralitéde ce qui est humain et je
me demandaiscommenton pouvaitaujourd'huiessayerde penserun nouvel
humanisme.Est-ce que ce nouvel humanismeest simplementun élément
moteurpour réfléchir ou est-ceque tu penses qu'il peut comporterde la
« civilité» ? Est-ce qu'il y a dans ton espritl'espoir que cela débouche sur
quelque chose de véritablement existant?

MichelangeloPistoletto: Je ne sais pas si le mot « humanisme» est le


mot juste,de même que Renaissanceou Classicisme.Je ne croispas qu'ils
soienttoutà faitsexacts,mais il fautplutôtvoircommentaujourd'huitout
cela peut reprendreun sens avec peut-êtredes mots, des visions ou des
systèmesdifférents. Dans ce sens-là je crois que oui. C'est vraimentun
projetqui est né à partirde mon individualitéet ce qui m'intéressec'est le
dialogue entrela singularitéet la multiplicité.J'ai réaliséune œuvre que
j'avais présentéeà la Documenta dans laquelle j'utilisais les photos des
systèmesde galaxie pour montrercomme chaque point est le centre de
l'universet comme de la même façon chaque individu est le centre de
l'humanité.Mais ce n'estpas l'idée de la Renaissancedans laquelle l'homme
domine l'univers,c'est un rapportentrel'individuet l'univers,entreune
particuleet la totalité,en considérantque chaque particuleparticipeà la
totalité.Il y a aussi dans cette idée de totalité,l'idée du vide. Je reviens
toujoursau miroirparceque c'est mon instrument. Quand j'ai enlevétoute

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la peinture,toute la représentation qui étaitsur la toile,quand j'ai nettoyé


la « toile» au point de lui conférerun aspect miroitant,le miroirest resté
nu, l'expressionet la représentation étaientdonc nulles,ellesétaientréduites
à zéro. C'était l'absence totale,le néant,mais dans ce néant toutest apparu.
Il s'agitd'un processusqui confronteles contraires,c'est une situationqui
représentepour moi une conditionde la civilisationdans le sens où, par
exemple,la lumièreélectriqueestun point focalde la civilisation,c'est-à-dire
que dans la lumièreélectriqueon a deux pôles opposés qui produisentun
phénomèneformidable,utilisablepar la sociétéhumaine.Tandis que si l'on
considèreles deux pôles opposés telsqu'ils se produisentdans la natureon
ne peut qu'envisagerle conflit,le désastreet la guerre.Le faitpour moi de
mettreun phénomèneartistiqueen conditionde révélerque tous les pôles
opposéspeuventtrèsbien créerune situationproductive,qualifieune vision
que l'on peut appeler humaniste,une vision qui mette en connexion les
énergiesopposées et croiseles perspectives.

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