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Td n◦ 2 d’Analyse fonctionnelle et EDP

Théorème de Hahn-Banach et applications

Séance du 25 février 2010

Exercice 1. Hahn-Banach dans un Hilbert ou en dimension finie

Solution.
1. Soit A un convexe compact et B un convexe fermé tels que ces deux
ensembles soient disjoints. Posons C = A − B, cet ensemble est convexe fermé
et ne contient pas 0. Soit x0 la projection de 0 sur C et H = x0 /2 + x⊥ 0 . Alors
on déduit des propriétés de la projection sur un convexe que H sépare C de 0
au sens large. On conclut comme dans le cas général.
2. On commence par vérifier que si C est convexe distinct de Rd ,alors C 6= Rd .
Si x ∈
/ C, alors on peut séparer au sens large x de C et on a la conclusion. Soit
x ∈ C\C. Alors il existe une suite (xn )n de points de Rd \C convergeant vers
x. En effet, la frontière de C est égale à la frontière de Rd \C (ceci est vrai
pour tout ensemble A : F r(Rd\A) = Rd \A\Int(Rd \A) = (Rd \IntA)\(Rd \A) =
A\IntA = F rA), ainsi qu’à la frontière de C. Donc x ∈ Adh(Rd \C). Pour
tout n, soit Hn un hyperplan séparant xn de C et en un vecteur unité tel que
Hn =< en , xn > +e⊥ n . Cela signifie que

∀y ∈ C, < en , y >≤< en , xn > .

Comme la boule unité est compacte dans Rd , il existe une sous-suite (en′ )n′
convergeant vers un certain e∞ de norme 1. On a

∀y ∈ C, < e∞ , y >≤< e∞ , x > .

Donc l’hyperplan H∞ =< e∞ , x > +e⊥ ∞ sépare x de C au sens large.


En dimension infinie, soit par exemple E = C 0 ([0, 1]) et F = L1 ([0, 1]). F
est un convexe dense dans E. Si f ∈ E\F , alors on ne peut pas séparer f de F
par densité de f .
Pour la deuxième démonstration proposée, les ingrédients
T sont les mêmes
(mais utilisés un peu différemment). Pour montrer que y∈C {f, kf k = 1, f (y) ≤
f (x)} est non vide, on utilise la compacité de la boule unité et on montre par
Hahn-Banach que toute intersection finie est non vide. 

Daniel Han-Kwan 1 FIMFA 2009/2010


Exercice 2. Applications amusantes du critère dual de densité

Solution.
1. Soit ϕ une forme linéaire continue sur C([0,
P 1]) telle que ϕ(fan ) = 0 pour
k Pk
tout n. Posant Pk (x) = x , la série de fonctions k∈N ak converge normalement
Pn
k)
sur [0, 1] vers an . Par continuité de ϕ, on a donc k∈N ϕ(P
−fan
= 0. Comme
P ak
n
k
|ϕ(Pk )| ≤ kϕk, la fonction z 7→ k∈N ϕ(Pk )z est holomorphe sur le disque
unité ouvert et on remarque qu’elle s’annule en a1n pour tout n. Or a1n → 0, donc
le principe des zéros isolés permet de montrer que cette fonction est identique-
ment nulle. Cela signifie que ϕ s’annule sur le sous-espace dense des fonctions
polynomiales. Le critère de densité déduit de Hahn-Banach permet de conclure.
2. Procéder de même (on considère β = (βn )n dans lq avec p1 + 1q = 1 et
P
étudier z 7→ n∈N βn z n ).


Exercice 3. Unicité du prolongement dans le théorème de Hahn-Banach

Solution.
1. Si Φ1 et Φ2 sont deux prolongements de norme 1 alors leur milieu 1/2(Φ1 +
Φ2 ) est de norme supérieure à 1 (car il prolonge Φ qui est de norme 1 sur F ).
Donc 1/2(Φ1 + Φ2 ) ∈ S. Or E ′ est strictement convexe...
2. Φ1 et Φ2 constituent bien évidemment des prolongements de Φ. La seule
chose à montrer est que l’on a bien kΦk = 1. Pour cela, on construit une
suite (xn ) de H telle que < Φ, xn >→n→∞ 1 et kxn k →n→∞ 1. On commence
par choisir une suite yn de E de norme 1 telle que < Φ1 +Φ 2
2
, yn >→n→∞ 1.
Autrement dit, on a :
n→∞
< Φ1 , yn > + < Φ2 , yn >−−−−→ 2

Comme Φ1 et Φ2 sont de norme 1, chacun des deux termes converge vers 1.


On choisit alors u ∈ E tel que < Φ1 − Φ2 , u >= 1 et on pose xn = yn + <
Φ2 − Φ1 , yn > u, qui vérifie les propriétés souhaitées.
3. Dans l1 , on peut considérer x = δk=1 = (1, 0, ...0, ...) et on regarde f
linéaire définie sur Rx par f (x) = 1. Alors pour tout |λ| ≤ 1, f = (1, λ..., λ...) ∈
l∞ = (l1 )′ est un prolongement linéaire continu et de norme 1.
Dans l∞ , on peut considérer x = (1, 1, ...1, ...) et on regarde f linéaire définie
sur Rx par f (x) = 1. Alors pour tout n ∈ Rn , δk=n est un prolongement linéaire
continu et de norme 1.

Daniel Han-Kwan 2 FIMFA 2009/2010




Exercice 4. L1 ([0, 1]) n’est pas l’espace dual d’un e.v.n

Solution.
1. Soit f ∈ L1 ([0, 1]) un possible point extrémal de la boule unité. On sait

que kf kL1 = 1. Soit θ ∈ [0, 1] tel que 0 |f | = 21 . On pose g(t) = f (t) si t ∈ [0, θ],
0 sinon et h = f −g. Alors k2gkL1 = 1 et k2hkL1 = k2f kL1 −k2gkL1 = 1. Comme
f = 21 (2g + 2h) et f est un point extrémal, on a f = 2g ou f = 2h, c’est-à-dire
θ = 0 ou 1, ce qui est impossible. D’où la contradiction.
2. Si L1 ([0, 1]) était l’espace dual d’un e.v.n, alors d’après le théorème de
Krein-Milman, il serait enveloppe convexe de ses points extrémaux, ce qui est
impossible par 1. 

Exercice 5. Matrices bistochastiques

Solution.
Il est clair que les matrices de permutations sont des points extrémaux de
Bn . Supposons en effet que l’on ait P = tM + (1 − t)N, où P est une matrice de
permutation, M, N sont des matrices bistochatiques et t ∈]0, 1[. Les matrices M
et N étant à coefficients positifs, si pij = 0 on doit avoir mij = nij = 0. De même,
les coefficients de M et N étant ≤ 1, si pij = 1 on doit avoir mij = nij = 1. On
en déduit que M = N = P , ce qui prouve que P est un point extrémal de Bn .
Soit maintenant M ∈ Bn qui n’est pas une matrice de permutation. Il nous
reste à montrer que M n’est pas un point extrémal de Bn . M n’étant pas une
matrice de permutation, il existe un coefficient mi1 j1 ∈]0, 1[. Comme M est
stochastique, il existe un indice j2 tel que mi1 j2 ∈]0, 1[. De même, t M étant
stochastique, il existe un indice i2 tel que mi2 j2 ∈]0, 1[. On construit ainsi par
récurrence une suite (j1 , i1 , j2 , i2 , ...) telle que les coefficients mik jk et mik jk+1
sont éléments de ]0, 1[. L’ensemble des indices étant fini, il arrive un moment
où l’un des indices, de ligne ou de colonne, est répété.
On peut donc supposer que la suite (i1 , j1 , i2 , ..., jr+1 = j1 ) vérifie la propriété
précédente, quitte à avoir commencé par le premier indice qui se répète. On
construit alors une matrice B en posant bik jk = 1, bik jk+1 = −1 (pour 1 ≤ k ≤ r),
bij = 0 sinon. Par construction, la somme des coefficients de chaque ligne ou
colonne de B est nulle. On en déduit que si α > 0, les matrices M + αB et

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M − αB sont bistochastiques. De plus, on peut choisir α assez petit pour que
ces matrices soient à coefficients strictement positifs. Comme M est le milieu
du segment [M + αB, M − αB], il s’ensuit que M n’est pas un point extrémal
de Bn . 

Exercice 6. Fonction convexe conjuguée

Solution.
1. Le supremum d’une famille de fonction convexes (resp. s.c.i) est convexe
(resp. s.c.i).
2. Supposons d’abord que φ ≥ 0. Par définition de φ∗ , on a pour tout
(f, x) ∈ E ′ × E :
< f, x >E ′ ×E ≤ φ(x) + φ∗ (f ).
On en déduit immédiatement que φ∗∗ ≤ φ.
Supposons qu’il existe x0 ∈ E tel que φ∗∗ (x0 ) < φ(x0 ). Notons A l’épigraphe
de φ. C’est un ensemble fermé et convexe car φ est s.c.i convexe. On peut donc
séparer {x0 , φ∗∗ (x0 )} de A au sens strict dans E × R. Donc il existe f ∈ E ′ ,
α ∈ R et k ∈ R tels que
< f, x >E ′ ×E +kλ > α ∀(x, λ) ∈ A,
< f, x0 >E ′ ×E +kφ∗∗ (x0 ) < α.
En choisissant une suite λn → +∞, on obtient que k ≥ 0. Soit ǫ > 0, alors
comme φ ≥ 0, on a
< f, x >E ′ ×E +(k + ǫ)φ( x) ≥ α ∀x ∈ E.
−f −α
D’où φ∗ ( k+ǫ )≤ k+ǫ
. D’après la définition de φ∗∗ , il vient
−f −f −f α
φ∗∗ (x0 ) ≥< , x0 > −φ∗ ( ) ≥< , x0 > + .
k+ǫ k+ǫ k+ǫ k+ǫ
Par suite
< f, x0 > +(k + ǫ)φ∗∗ (x0 ) ≥ α.
Comme c’est vrai pour tout ǫ > 0, cela contredit φ∗∗ (x0 ) < φ(x0 ).
Si φ n’est plus positive, fisons f0 ∈ E ′ et posons
ψ(x) = φ(x)− < f0 , x > +φ∗ (f0 ).
Cette fonction est cconvexe, s.c.i et positive, donc ψ ∗∗ = ψ. Or on calcule
facilement
ψ ∗ (f ) = φ∗ (f + f0 ) − φ∗ (f0 )

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et
ψ ∗∗ (x) = φ∗∗ (x)− < f0 , x > +φ∗ (f0 ).
D’où la conclusion. 

Exercice 7. D ′ et Banach-Steinhaus

Solution.
1. Supposons donc B non maigre dans X, ie B n’est inclus dans aucune union
dénombrable de fermé d’intérieur vide. Montrons que (Ti ) est équicontinue. Soit
donc W un voisinage de 0 dans Y . On peut supposer sans perte de généralités
que W est fermé et équilibré : en effet, il existe des semi normes (ρi )i=1,...,n
telles que {x|∀i, ρi (x) < 1} ⊂ W , et on peut considérer {x|∀i, ρi (x) ≤ 1} qui
est un voisinage fermé de 0 contenu dans W . On S introduit BnW = {x ∈ X|∀i ∈
I, Ti (x) ∈ nW } ; ce sont des fermés de X et B = n BnW par hypthèse. Comme
B est non maigre, l’un des BnW est d’intérieur non vide, il contient un ouvert V1
W
de X. Soit x ∈ V , alors V2 = V − x ⊂ B2n est un voisinage de 0. Cela signifie
que
∀i ∈ I, Ti (V2 ) ⊂ 2nW.
1
Ainsi, V = 2n V2 convient.
Montrons que B = X. Soit x ∈ X, et W voisinage de 0 dans Y . Comme
N
λ 7→ λx est continue, il existe n ∈ tel que n1 x ∈ V ou V est associé à W . On
en déduit que {Ti (x)} ⊂ nW , et donc {Ti (x)} est borné et x ∈ B.
est borné, et ℓ ∈ X ′ , il existe des semi normes
2. Si A P P(ρ i )i=1,...,n telles que
n n
|ℓ(x)| ≤ C i=1 ρi (x). Par simplicité, notons ρ(x) = C i=1 ρi (x). Comme A
est borné et {x|ρ(x) < 1} est un ouvert contenant 0, il existe n tel que ∀x ∈ A,
ρ(x) < n. On en déduit que ℓ(A) ⊂] − n, n[.
Réciproquement, soit A tel que pour tout ℓ ∈ X ′ , ℓ(A) est borné. Supposons
tout d’abord que (X, k · k) est un evn. On considère la famille φx : E ′ → , R
φx (ℓ) = ℓ(x) pour x ∈ A. Par hypothèse, pour tout ℓ, supx∈A |φx (ℓ)| < ∞.
Comme E ′ est complet, par le théorème de Banach-Steinhaus, supx∈A kφx kE ′′ <
∞. Mais le théorème de Hahn-Banach assure que kφx kE ′′ = kxkE , et donc A
est borné.
Revenons au cas général. Soit U un voisinage de 0, quitte à remplacer les
semi normes comme précédemment, on peut supposer que U = {x|ρ(x) < 1}.
Considérons le quotient E = X/{x|ρ(x) = 0}. Notons s la surjection canonique,
et remarquons que si ρ(x − y) = 0, ρ(x) = ρ(x − y + y) ≤ ρ(y) et ρ(y) =
ρ(y − x + x) ≤ ρ(x) donc ρ(x) = ρ(y). Ainsi, on peut définir pour x̄ ∈ E,

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kx̄k = ρ(x) où s(x) = x̄ : c’est une norme sur E. Soit ℓ ∈ E ′ , on peut étendre ℓ
à X par ℓ̃(x) = ℓ(s(x)). Alors |ℓ̃(x)| ≤ ρ(x) et ℓ̃ est continue, et par définition,

sup |ℓ(x̄)| = sup |ℓ̃(x)| < ∞.


x̄∈s(A) x∈A

Ainsi, on peut conclure de la première étape que s(A) est borné dans E, et il
existe n tel que pour tout x̄ ∈ s(A), kx̄k ≤ n. Si x ∈ A, ρ(x) ≤ kx̄k ≤ n et
ainsi, A ⊂ nU. A est donc borné.
3. On rappelle que A est borné si pour tout voisinage V de 0, il existe λ tel
que A ⊂ λV . Maintenant, U = {φ||T (φ)| < 1} est un ouvert de D, donc si A est
borné, il existe λ tel que si φ ∈ A, |T (φ)| < λ, ce qui est la condition demandée.
Réciproquement, on utilise Banach-Steinhaus avec X = D ′ , Y = , et R
Λφ (T ) = T (φ), φ ∈ A. Par hypothèse, B = X, donc en choisissant le voisinage
W =] − 1, 1[, il existe V voisinage de 0 dans D ′ tel que :

∀T ∈ V, ∀φ ∈ A, |T (φ)| < 1.

En particulier, supφ∈A |T (φ)| < ∞. Par la question précédente, A est borné.


4. Par 3), (φn )n est une suite bornée de D(Ω). Il existe donc K compact de
Ω tel que ∀n, Supp(φn ) ⊂ K (ce résultat a été montré en cours, on raisonne par
contraposition et on utilise le théorème de Hahn-Banach).
La suite (φn )n est donc bornée dans DK , donc il existe Mk tel que :

∀k, ∀n, kφ(k)


n kL∞ ≤ Mk .

En utilisant le théorème d’Ascoli, et une extraction diagonale, on conclut.


Pour tout k, il existe une extraction σk tels que φσ1 ◦···◦σk (n) converge vers ϕk
(k+1)
dans C k (par récurrence, en utilisant la borne uniforme de (φn )n qui donne
(k)
l’équicontinuité de (φn )n . En identifiant les limites, ϕk = ϕ, en et posant
σ(n) = σ1 ◦ · · · ◦ σn (n), on obtient la sous-suite désirée.
5. On applique le théorème de Banach-Steinhaus avec X = D(Ω), Y = , et R
Tn . On en déduit que (Tn )n est équicontinue sur D(Ω), et c’est le cas également
pour les restrictions à chaque DK , qui est métrisable. Or on vient de voir en
4) que DK vérifie la propriété de Montel, i.e. ses fermés bornés sont compacts.
On peut donc appliquer le théorème d’Ascoli qui nous dit que pour chaque
fermé borné E de DK , on peut extraire une sous-suite convergente de (Tn |E ).
On conclut par un argument d’extraction diagonale.


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