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Les derniers maîtres

N° 3698 DU 19 au 25 mars 2020. FRANCE METROPOLITAINE 3 € / A : 4,70 € / AND : 3,10 € / BEL : 3,20 € / CAN : 6,40 $ CAN / CH : 5,20 CHF / D : 4,50 € / DOM : 4,20 € / ESP : 3,90 € / GR : 3,90 € / IT : 3,90 € / LUX : 3,20 € / MAR : 36 MAD / NL : 4,40 € / Port. Cont : 3,90 € / TOM A : 960 XPf / TOM S : 400 XPF / TUN : 5,20 TND / USA : 7 $. PHOTO VLADA KRASSILNIKOVA

de la nature
Une série exceptionnelle
avec le WWF
1. L’ours polaire

BHL EN SOMALIE
A Mogadiscio,
entre djihadistes
et mercenaires

MICHEL
Dans son domaine,
près de Draguignan
le 13 mars.

CYMES
Le médecin de famille
des Français
Face au coronavirus, JANE BIRKIN
ET CHARLOTTE
il explique GAINSBOURG
Retrouvailles
et il apaise à New York
w w w . p a r i s m a t c h . c o m

LE PAYS EN éTAT DE SIÈGE M 02533 - 3698 - F: 3,00 E

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sommaire
n° 3698
22

du 19 au 25 mars 2020

culture match
9 Cinéma Disney+, la nouvelle galaxie
12 Livres La marge turque
14 Kate Mosse et Raymond Khoury : le choc des religions
16 BD Des héros désabusés
18 Série « Validé », place des clichés
20 Musique Bob Geldof, Huey Lewis, Maria McKee,
les revenants
22 James Taylor, la reprise en douceur

24
24 Art Olafur Eliasson, l’Islandais sans frontières
26 Photo Patrick Chauvel : classe tous risques

28 les gens de match


32 match de la semaine
41 signé Sempé

42 actualité

jeux
100 Anacroisés géants par Michel Duguet
103 Mots croisés par Nicolas Marceau

match avenir
101 Pontevedra La première ville sans voitures

104
106
vivre match
Tendance Les baskets, le nouvel or de la mode
Horlogerie Quoi de neuf
101
108 Voyage Airbnb : jusqu’au bout de la jungle
112 Auto Du rêve sans Genève 117
votre argent
114 Retraits et dépôts de cash Procédures à respecter

votre santé
115 Lésions de la coiffe des rotateurs Les traitements

un jour une photo


116 2 mars 1985 Sabine Azéma, Madame César

match document
117 De la Syrie à la Norvège, les graines de notre survie
122 la vie parisienne
d’Agathe Godard

le jour où
123 Gwendoline Hamon « Je recueille un migrant »

108

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culture
Disney+
La nouvelle
galaxie
La plateforme vidéo se lance cette
semaine en France... pour le plus grand
bonheur de Canal. Enquête.

Baby Yoda, personnage


emblématique de « The Mandalorian »,
la série phare de Disney+.
culture
cinéma

c
ela démange tous ceux qui en parlent, il est là, sur le bout
de la langue, le fameux : « C’était mieux avant. » Le grand
« esprit Canal », créatif, dingue, sous cocaïne, champagne et
1
rosé, de Caunes et Garcia faisant les pitres pour faire rire le CSP+
après sa journée de réunions interminables. Mais la fête est finie,
les confettis ont été balayés… « Canal + n’a pas su endiguer la fuite
Par Clémence Duranton de ses abonnés », « Ce qui ne va pas au pays de Canal + », « Canal
@clemkduranton continue de broyer du noir »… Les articles sur la chute du groupe
fleurissent comme coquelicots en juin. Et difficile de nier la forme

Grâce
plus que relative du géant de ­l’audiovisuel.
Dire qu’il a fallu se serrer la ceinture est un euphémisme.
450 millions d’économies réalisées en deux ans, plans de départs

à Disney+,
à répétition – 500 personnes sont visées dans celui qui se clôt en
avril prochain, sur 2 600 collaborateurs… Il faut dire que, depuis
sa création, Canal a passé plus d’années à ramer qu’à profiter

Canal
d’un moteur vrombissant. Mais le groupe a toujours su sortir la
tête de l’eau, et ce malgré des attaques concurrentes succes-
sives. La clé de cette incroyable endurance : ne jamais prendre

n’est
l’adversaire de front, attendre le moment opportun pour s’allier
à l’ennemi. TPS a été le premier à entrer dans la danse en 2005,
beIN a vite rendu les armes et, dernièrement, c’est Netflix qui a

plus aux
suivi. Comble de l’ironie quand on sait que, en 2013, Rodolphe
Belmer, alors directeur général de Canal +, avait proposé de
racheter l’américain qui allait tout exploser. Réponse de Bertrand
Meheut, président du directoire : « Netflix ? Je n’y crois pas. »

abonnés
Aujourd’hui, le groupe doit donc se contenter d’un partenariat
commercial qui n’a pas eu d’effets notables sur ses abonnements.
Qu’à cela ne tienne. Les ­plateformes sont le nouvel assaillant, il

absents
faut cette fois anticiper.
Quand est annoncée l’invasion mondiale de Disney+, Canal
se jette sur l’occasion. Le groupe est loin d’être le seul sur le
coup, mais ses relations étroites avec Disney depuis une vingtaine
Donné pour mort en France, ­d’années facilitent les discussions. « Il faut qu’on apporte les meil-
le groupe a frappé un grand coup leurs contenus, d’où qu’ils viennent. Il faut créer l’événement »,
précise Maxime Saada, directeur général. Disney + est le médium
en s’alliant avec la plateforme parfait, ­plateforme nouvelle offrant le meilleur des studios Disney,
américaine. L’aboutissement Marvel, National Geographic ou Lucasfilm. Proposant 300 séries,
500 longs-métrages, documentaires et productions originales,
d’une stratégie internationale la plateforme se veut familiale et accessible à tous. « L’idée est
menée par Maxime Saada. d’en faire profiter largement nos abonnés, gratuitement. On a

10 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
4

3
Les films Marvel (1. « Iron Man »), les grands classiques (2. « Blanche-Neige et les sept nains »),
Pixar (3. « Le monde de Nemo ») et les productions Lucasfilm (4. « Star Wars ») seront sur la plateforme.

s­ écurisé pour cinq ans l’accès aux films Disney. » In fine, Canal
veut se débarrasser de la simple étiquette de chaîne de télévi-
sion, au profit du plus chic costume d’agrégateur de contenus.
« Un foyer américain met en moyenne 28 minutes pour trouver
son p ­ rogramme. Il y a une problématique d’expérience et d’éco-
nomie. Les gens ne peuvent pas dépenser 150 euros pour avoir
toutes les offres. Canal veut donc réunir ses programmes, ceux Maxime Saada
de Netflix et de Disney au même endroit. »
Et si à son arrivée, en 2004, Saada met les pieds dans une
Président du directoire du groupe Canal +
société qui vient de vendre la quasi-totalité de ses activités hors
Hexagone, lui rêve de conquêtes. Il repart à l’assaut de l’étran-
« On a redressé
ger. Afrique noire, Pologne, République tchèque, Vietnam et,
cette année, Ethiopie… « En 2015, quand je suis nommé directeur
la situation ! »
général, on a 11 millions d’abonnés, dont 8 en France. Fin 2019, Paris Match. L’avenir de Canal, c’est d’être uniquement une
on en a 20 millions, dont 12 à l’étranger. Sur le papier, on ­pourrait plateforme ?
être à l’international uniquement. » Même le cinéma suit cette Maxime Saada. Quand on a annoncé le deal avec Netflix,
­tendance. La société de production Studiocanal produit plus de tout le monde a pensé qu’on allait arrêter de produire et devenir
la moitié de ses contenus à l’international. Seulement, Canal a eu un distributeur, mais on a toujours dit qu’être éditeur était clé
droit à une fréquence hertzienne à condition d’investir 12,5 % de chez nous. On a face à nous des acteurs qui produisent pour
son chiffre ­d’affaires dans la production française et européenne. leurs propres plateformes. Donc est-ce qu’à terme Canal +
Officiellement, le groupe continue à sauver le soldat cinéma mais, ne produira plus de contenus propres ? Non. Le direct non plus
du côté des producteurs, tous s’accordent à dire que le terrain ne va pas disparaître parce qu’on aura toujours des formats
est bien moins occupé qu’avant. Le chercheur d’or a suivi le filon que les gens veulent voir en direct.
américain et préféré investir dans la série, dont il a fait un de ses L’accord avec Netflix vous a donné des avantages ?
piliers. Avec notamment le remarquable « Bureau des légendes »… L’intérêt de Netflix, c’est que ça nous offre
­Peut-être la clé du célèbre « esprit Canal », cette chimère dont tout une visibilité dans 150 pays, et ça a facilité nos collaborations.
le monde parle mais que personne n’a jamais vraiment pu o ­ bserver. S’en passer aurait été stupide de notre part. Mais on a
Finalement, l’essentiel n’est-il pas d’y croire ? n  Enquête Fabrice Leclerc une activité de vente internationale, on n’est pas
dépendants d’eux uniquement. L’accord avec Disney+
va plus loin puisqu’il est exclusif.
Offre à retardement Vous êtes toujours en mode survie ?
Si les affiches annoncent la présence de « Toy On le vit comme ça… Quand je suis arrivé, en 2004, il y a
Story 4 » sur la plateforme dès cette semaine, la eu deux plans sociaux. Lescure vous dira que Canal a failli mourir
réalité est autre. La chronologie des médias permet dix fois. On a redressé la situation d’un groupe qui était en
une diffusion télé de huit à douze mois après la sor- difficulté sur tous ses métiers. Aujourd’hui, on a consolidé les
tie en salle, mais, sur les plateformes, il faut attendre résultats économiques, c’était la première chose pour être en
trois ans… Ce qui privera les abonnés français de mesure de se positionner sur les droits sportifs notamment…
Disney + des longs-métrages sortis depuis On a toujours dit que c’était coûteux. On a une base financière
mars 2017. Donc pas de « Toy Story 4 », d’« ­Avengers beaucoup plus saine. Et heureusement ! La situation en France
­Endgame » ni de « Roi Lion » pour l’instant.  F.L. est meilleure mais reste encore fragile. n Interview Clémence Duranton

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 11
culture
LIVRES

Frédéric Paulin
Les loups solidaires

Elif Shafak
2011. Alors que le printemps arabe
s’ébroue, Laureline Fell, de la DCRI,

La marge
est la seule à s’inquiéter de la dérive
d’un Toulousain nommé Merah. De
son côté, Vanessa, reporter en Orient,

turque
voit bientôt les bataillons de Daech
se grossir de combattants bien
de chez nous… Déni et inertie des
services de police face à la radicalisation d’une
jeunesse influençable : le dernier tome de la trilogie
Son roman livre le portrait Benlazar dénoue les conséquences tragiques d’un
d’une Turquie pas si accablant aveuglement. Lumineux ! François Lestavel
« La fabrique de la terreur », éd. Agullo, 342 p., 22 euros.
différente de nous. Loin des clichés
véhiculés par l’actualité.
Par Gilles Martin-Chauffier
Marion Brunet
Rage de mère
Femme de ménage dans un
se dévore. C’est l’histoire de Tequila Leila, établissement psychiatrique de
une prostituée d’­Istanbul. Elle est née dans Marseille, Vanda élève seule son
une bonne famille de Van, une ville armé- fils. Mais elle croise Simon, amant
nienne au bout du bout de l’­Anatolie. Son d’un soir à qui elle confie qu’il est le
père n’a que le nom d’­Allah à la bouche. père de Noé. Un aveu explosif. A

F
orte tension à la frontière gréco- Le genre à manger en ville et à garder sa travers ce portrait saisissant d’une
turque. Trois mille ou 4 000 migrants femme comme animal de compagnie pour jeune femme au bord de la rupture, Marion Brunet
cherchent à se faufiler en Grèce. les enfants. A 18 ans, Leila met les voiles, montre les ravages de la misère sociale. Meurtrie
Immédiate réaction du vaillant gouver- fait escale dans une maison de passe, s’en mais pugnace, son héroïne est une lionne blessée.
nement d’Athènes : gaz lacrymogènes, échappe et mène une barque instable mais Dur d’être vulnérable en des temps sauvages… F.L.
canons à eau, tabassages musclés, lâchage colorée dans la capitale. Jusqu’au jour où «Vanda », éd. Albin Michel, 240 p., 18 euros.
de milices « citoyennes » et passage un millionnaire l’envoie dans un palace
­bloqué. L’Europe a montré ses muscles. ­donner le goût des femmes à son fils. Pas
Emmanuel Macron adresse un message de de chance : le gamin n’aime les peaux fémi- Hannelore Cayre
­félicitations. La ligne Maginikos tient bon. nines que sur les pêches et les prunes. Bien Pinçons les charlots !
Mille mercis. Et honte au régime d’Ankara, malgré lui, cela se termine très mal. Toujours aussi corrosive, l’auteure de « La daronne »
même pas capable de retenir ses 4 petits Quelques heures plus tard, on retrouve déchaîne sa verve caustique dans
millions de réfugiés ! Ne parlons pas du le cadavre de Leila dans une p ­ oubelle. Et là, une hilarante fable noire qui raille la
million de Syriens qu’il défend si mal dans faites confiance à l’administration : pendant reproduction des élites. Impossible
la poche d’Idlib. Vraiment, cette Turquie, qu’elle monte au paradis donner des cours de résister aux ardeurs vengeresses
quelle ­passoire. C’est sûrement la faute de maquillage, on expédie sa dépouille au de Blanche de Rigny, handicapée
d’­Erdogan. Au fond, à part ses électeurs, cimetière des Abandonnés, là où finissent chic qui adore balancer les fraudeurs
personne ne l’aime. Une fois pour toutes, la bébés non désirés, migrants ramenés de fiscaux et dézinguer les nantis, afin
Turquie n’a pas bonne presse à Paris. Grèce et autres êtres humains hors catégo- de réhabiliter un goémonier breton,
Tout irait tellement mieux pour elle rie. Heureusement ses amis vont se charger floué par ses lamentables ancêtres.
si elle avait un peu plus de pétrole. Et un de l’enterrer décemment. Une expédition La révolution est au bout des zygomatiques ! F.L.
peu moins de minarets. Dites-en du mal, digne du « Rocky Horror Picture Show » « Richesse oblige », éd. Métailié, 220 p., 18 euros.
en revanche, et tous les micros se tendront menée par un ­travesti, ­une prostituée
vers vous. Prenez Elif Shafak, une de ses somalienne, une naine libanaise, une chan-
critiques
excellentes romancières. On l’aime d’au- teuse de night-club et un copain d’enfance.
tant plus qu’elle passe pour être mal vue Une vraie tribu pour Almodovar. Et l’occa-
du pouvoir. Vous pensez : une sion de faire le portrait d’Istanbul. de cette région infernale, pleine de régimes
militante du droit des femmes Une chose est sûre : on n’est militaires et de milices marxistes rebapti-
et une martyre de la liberté d’ex- ni à Kaboul ni à T­ éhéran. Mais en sées « meilleures alliées de l’Occident ».
pression ! Elle doit en baver. Et Europe. Et cela sauterait aux yeux Une nation qui nous r­essemble comme
avoir des copains journalistes de tous si la Turquie avait le bon une sœur. Parfois voilée. Mais, comme on
en prison. Je vous rassure : elle goût de n’être pas musulmane. dit, chacun son sale goût. n
vend des quantités d’ouvrages Résultat : on insulte sans arrêt le « 10 minutes et 38 secondes
chez elle. On les trouve dans seul Etat stable, riche, puissant, dans ce monde étrange », éd. Flammarion,
toutes les librairies. Le dernier démocratique et ­occidentalisé 400 pages, 22 euros.

12 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
French Art de Vivre
Photo Michel Gibert, non contractuelle. Centro de Interpretação do Românico, Lousada, Portugal.

Astrolab 2.0. Table de repas, design Studio Roche Bobois. Services conseil décoration et conception 3D en magasin
Tournicoti. Chaise et bridges, design Antoine Fritsch & Vivien Durisotti. French : français
Kyudo. Lampadaires, design Hansandfranz.
culture
livres

« Le secret
ottoman »,
éd. Presses
de la Cité,
600 pages,
22 euros.

« La cité
de feu »,
éd. Sonatine,
608 pages,
23 euros.

Kate Mosse Raymond Khoury

Le choc des religions


Leurs thrillers historiques revisitent les conflits d’hier pour mieux parler d’aujourd’hui.
Par François Lestavel @flestavel1

Révélation
En 2005, l’Anglaise, tombée littéralement sous le charme de D’origine libanaise, l’auteur, installé à Londres, rêvait
Carcassonne, publie « Labyrinthe », premier tome d’une trilogie sur de cinéma mais ses scénarios ne trouvaient pas preneur.
l’hérésie cathare, qui se vend à 8 millions d’exemplaires dans le En 2002, il finit par transformer celui du « Dernier templier » en
monde. Un cadre languedocien auquel elle reste fidèle. roman. Bingo : plus de 3 millions de lecteurs séduits.
Nouvelle création
Premier tome d’une saga sur trois siècles, « La cité de feu » narre les Et si le sultan Mehmed IV avait conquis l’Europe après avoir fait
aventures de la catholique Minou et de son Roméo protestant, Piet, tomber Vienne en 1683 ? Dans un Paris islamisé, le flic de choc
qui débarque à Carcassonne en 1562, alors que le duc de Guise Kamal et la belle Nisrine vont traquer dans les couloirs du temps le
aiguise ses armes contre les huguenots. « J’ai eu la vision de ce récit saligaud qui a modifié le sort de la bataille. « A travers ce livre, j’ai
au Cap, devant les tombes des exilés protestants français à l’origine voulu faire un commentaire sur notre monde. Serait-ce si différent si
des vignobles sud-africains. Je voulais retracer leur épopée. » on vivait sous un empire ottoman plutôt que sous Viktor Orban ? »
Cheminements intimes
Minutieuse, Kate Mosse se renseigne longuement Même si ses livres ont toujours un aspect fantastique,
sur le milieu où évoluent ses personnages. Elle se documente sur les ses recherches historiques sont ultra-précises. « Tout est vrai, les
vêtements comme sur les façons de penser de l’époque où elle personnages, les détails, les routes… ça m’a pris un an et demi
nous immerge. « Aux archives de Toulouse, on trouve les testaments de boulot. Le reste, je ne le planifie pas : quand je me
des gens ordinaires. C’est passionnant de voir ce qu’une mère laisse suis lancé, je me suis d’ailleurs aperçu qu’il fallait que je décrive plus
à sa fille : un sac de sel ! Ça avait de la valeur, alors. J’adore me précisément le monde contemporain alternatif que j’avais imaginé…
plonger dans ces détails révélateurs. » et que ça représentait les deux tiers du livre ! »
Credo
« L’histoire est un balancier avec des retours tragiques, hélas. C’est « Il faut que je sois convaincu que l’histoire à laquelle je vais
pour cela qu’elle résonne tant avec notre époque et que j’aime consacrer deux ans de ma vie en vaut la peine. Ça n’arrive pas tous
embrasser le passé. Quand j’ai débuté ma carrière, la flambée du les jours, une idée comme ça. C’est pourquoi je refuse de reprendre
fanatisme et le sort des exilés n’étaient pas encore d’actualité. » toujours les mêmes héros, les mêmes chemins… »
Conversion… télévisuelle
Sa saga est en passe de devenir une série. « La seule chose que j’ai Celui qui a œuvré pendant trois ans sur « MI-5 », pour la BBC,
demandée, c’est qu’on ne commence pas avant que j’aie achevé les imagine déjà son « Secret ottoman » sur Netflix. « Je vois une série
tomes 1 et 2. Lorsqu’ils ont tourné le téléfilm “Labyrinthe” avec John en dix épisodes d’une heure. D’ailleurs je suis en train d’en écrire le
Hurt, je ne pouvais imaginer personne d’autre que lui pour la suite ! » scénario. Sous ce format, je pourrais encore approfondir mon récit. »

14 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
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culture
BD
Tronchet, sur la piste des émotions
Alors que sa vie part à vau-l’eau, Jean, bibliothécaire en pleine déprime,
entrevoit la lumière en tombant sur une vieille cassette de Rémy-Bé, dont les
airs ont toujours embelli son quotidien. Sur un coup de tête, il décide de
retrouver ce chanteur des années 1970, injustement disparu des radars.
Son road trip va le mener de Morlaix à Berck, puis sur une île perdue de
l’océan Indien… Avec tendresse et humour, Didier Tronchet rend hommage à
un ex-espoir de la chanson, jeune interprète franco-vietnamien si talentueux
que Pierre Perret l’avait pris sous son aile, et que Georges Brassens le
complimenta un soir de concert. C’était plus qu’il n’en fallait pour ce
dilettante, qui aimait trop la fête et les filles pour persévérer dans le showbiz.
Plus étonnant encore, tout est – presque – vrai dans cette histoire. Même si
le père de Jean-Claude Tergal a transformé son enquête
intimiste en fiction, il a bel et bien retrouvé son idole en
décryptant le mystère de ses paroles poétiques…
Rémy-Bé lui a même fait l’honneur d’un concert privé.
Vous pourrez découvrir et télécharger son
incroyable répertoire – introuvable autrement –
sur jeanclaudetergal.fr !
« Le chanteur perdu », de Didier Tronchet,
éd. Dupuis, 23 euros.

Des héros Spirou,


l’impossible retraite

désabusés
Yoann et Vehlmann continuent de réinventer le
personnage de Spirou dans une série d’albums
spéciaux « SuperGroom », soit les aventures de
Spirou déguisé en super-héros ne souhaitant pas
En ce moment, les personnages révéler sa véritable identité. Dans ce premier tome,
un usurpateur se fait passer pour SuperGroom,
dépassés ont la cote. L’occasion de plongeant notre personnage dans l’embarras. Yoann
raconter des histoires merveilleuses. et Vehlmann règlent gentiment leurs comptes aux
vrais super-héros, en développant l’idée que Spirou
Pour petits et grands. ne pourra se résoudre à laisser le monde s’effondrer
Par François Lestavel et Benjamin Locoge sans réagir. Une fois encore,
le héros permet aux auteurs de
raconter nos peurs avec élégance
et humour. Vivement la suite !
« SuperGroom, tome I.
Justicier malgré lui »,
de Yoann et Vehlmann,
éd. Dupuis,
85 pages, 13,95 euros.

Blueberry en petite forme


Drôle d’idée que cette reprise du mythique lieutenant Blueberry par Joann Sfar et
Christophe Blain. Mais s’il faut un certain temps pour rentrer dans l’histoire et se faire au dessin
de Blain, Blueberry revient le colt à la main, la mine enfarinée et le moral
encore un peu dans les chaussettes. Car le soldat se bat toujours contre les
injustices, aime qu’on respecte les Indiens et doit négocier avec eux afin d’éviter
la guerre. Les auteurs ont réussi à se glisser dans les pas de Charlier et Giraud,
conservant même les défauts de la série initiale. Oui, « Blueberry » est une série
bavarde, qui passe beaucoup de temps à décrire sa propre action.
Mais il en ressort toujours une certaine nostalgie, une forme d’héroïsme à
l’ancienne, que l’on retrouve in fine avec un immense plaisir…
« Amertume apache. Une aventure du lieutenant Blueberry », de
Joann Sfar et Christophe Blain, éd. Dargaud, 62 pages, 15 euros.

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culture De g. à dr.,
Saïdou Camara, Franck
Gastambide,
Hatik et Brahim
Bouhlel.

où et quand
« Validé », dès le 20 mars sur Canal + Séries.

série

« Validé »,
place des
Scène de tournage.

clichés
L
’idée de plonger dans les coulisses du rap, La série très attendue de Franck Gastambide
de mettre les pieds dans les tréfonds de
la musique urbaine, était originale. On
ne tient pas ses promesses.
­pouvait imaginer que Franck Gastambide Par Clémence Duranton
démonterait enfin les clichés du genre, @clemkduranton
détruirait les murs bling-bling de drogue, armes à
feu, mauvaises punchlines et gros durs. Force est de c­ onstater tout autant, et Kool Shen cinq minutes maximum. Face à eux,
qu’il a juste plongé dedans tête baissée. Celui qui porte la série, Sabrina Ouazani, rare véritable actrice, joue une m ­ anageuse
c’est Hatik, dans le rôle d’un jeune rappeur passionné qui veut un peu racaille en bonnet. Gastambide, lui, s’est fantasmé en
décoller. Il s’invite sur une radio pour clasher sa star Mastar, ­beatmaker agressif et mystérieux. Et c’est bien le problème de
incarné par Moussa Mansaly, dit Sam’s. De là, jalousie, trahisons, la plupart des personnages. Détestables ou adorables, on ne sait
« Amour, gloire et beauté » version ghetto. Les protagonistes qu’en penser. Le scénario s’enlise à chaque épisode, atteignant
sont tous des rappeurs plus ou moins connus, qui enfilent des préjugés inégalés entre prison et cannabis. Preuve qu’un
maladroitement le costume d’acteur dans leur brève ­casting prestigieux et un réalisateur en vogue ne suffisent pas
apparition. Soprano s’invite 30 secondes, Ninho toujours… Dommage. n

e…
b ill e t d’humeur d

T
L e
« ’es né(e) où ? » « Ils faisaient quoi tes parents ? » « Plutôt spaghettis bolognaise ou pizza
claire stevens quatre saisons ? »... Voilà le genre de questions posées par les Konbini et autres médias
en ligne. Viggo Mortensen tenu de résumer son parcours façon speed-dating, Eva Green
sommée de préciser quels posters elle avait dans sa chambre, ado. Pour l’analyse poussée,
merci de repasser. Les questions que doivent se coltiner les stars pour rester dans le coup
numérique relèvent désormais de l’interrogatoire de police. Trois minutes pour répondre
du tac au tac à une rafale d’interrogations. En jargon marketing, on appelle
ça du « snacking » : des picorettes (sans saveur) que le public boulotte (sans
­réfléchir) de l’autre bout de son téléphone androïde dès le café du matin ou
E-vacuité, entre deux métros. Des vidéos qui n’ont de « thématique » que leur vacuité
abyssale mais qui boostent, jusqu’au stratosphérique, les audiences des sites qui
quand tu les ­hébergent et les débitent à l’envi. Le « concept » s’adapte indifféremment

nous tiens
aux univers du cinéma, de la musique ou des séries. Le sens critique, espèce
en voie ­d’e-disparition ? n

18 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
« The Plot
against
America »
Les nazis à Washington
Winona Ryder, John Turturro et
Zoe Kazan, les acteurs de la série
uchronique de David Simon
issue du roman de Philip Roth,
envoient du lourd.
Actuellement sur OCS.

Edition
George Pelecanos
Enfin délivré !
Salon du livre, Il avait disparu pendant
cinq ans pour se consacrer à la série
une annulation opportuniste ? « The Deuce »... Son nouveau polar
comblera tous les fans.
Si officiellement l’événement parisien a été annulé en raison « A peine libéré »,
du coronavirus, les spécialistes du monde de l’édition avouent  éd. Calman Lévy.
que la formule bat de l’aile. « Avec tous les prestigieux éditeurs
qui font défection depuis plusieurs années, le Salon du livre
était clairement en perte de vitesse », confie un observateur
avisé… qui parie que ces mêmes grands absents vont tenter
Andrée Putman
de se réunir pour créer un nouveau salon. B.L.
Biographée
L’incroyable parcours de
« la diva du design » par Sylvie

85 000
Santini, longtemps journaliste
Ça
le chiffre

excite
à Match. Un récit fouillé.
nous Ed. Taillandier.

Ça
déprime
nous
Malgré la grève et les manifestations
qui ont vidé la majorité des théâtres cet hiver,
la comédie musicale « Funny Girl » a
séduit 85 000 spectateurs. La direction du Niall Horan
théâtre Marigny a de quoi jubiler et Accès de mièvre
verrait bien cette drôle de fille repartir à la
conquête de Broadway… C’est tout le mal
L’ex-One Direction se noie dans une pop
qu’on lui souhaite.
sans saveur… Calme plat pour sa météo du
cœur. « Heartbreak Weather » (Capitol/Universal).

« Pékin Express »
Retour perdant
Les caractères pas toujours fun des candidats
plombent cette saison anniversaire qui
retrace le parcours original de la course.
Les mardis en prime time sur M6.

« La Chute »
Mauvais timing
Un début prometteur mais l’actualité nous
vaccine contre cette BD sur un virus meurtrier.
Jared Muralt, éd. Futuropolis.

Coordination Clémence Duranton, avec François Lestavel, Benjamin Locoge, Philippe Noisette et Claire Stevens.
culture
musique
Bob Geldof
« les vieux doivent foutre le bordel »

S
’il a monté les Boomtown Rats en 1975, c’était avant tout pour changer sa
vie : « En Irlande, à l’époque, la société était sclérosée, l’économie, mori-
bonde. Le seul moyen d’expression pour la jeunesse était la musique. »
Avec Pete Briquette, Simon Crowe et Garry Roberts, Bob Geldof c­ ompose en
quatre années quatre disques qui vont changer la face de la musique irlandaise.
« Bono était devant son poste quand nous avons fait notre première télé. Sinéad
O’Connor aussi. Ce jour-là, ils ont compris qu’on pouvait dire des choses. » Car
Geldof est un emmerdeur. Pas le genre à laisser tomber une idée à défendre. « En
1977, nous avons convergé vers Londres, où tout se passait. Il y avait les Ramones,
les Talking Heads, The Clash, les Sex Pistols et nous. » Trois ans plus tard, alors
que Margaret Thatcher est entrée au 10 Downing Street, les Rats ont fait le tour
de la question. « Nous avions dit ce que nous avions à dire. Alors, au changement
de décennie, d’autres sont arrivés, comme Police, U2… » Les Boomtown Rats vont
sortir deux autres albums studio, à l’écho limité. Et quand ils jouent lors du Live Aid
en 1985, la flamme s’est éteinte. En juin 2013, les Boomtown Rats se retrouvent
au festival de l’île de Wight : « Nous avons déboulé devant 100 000 personnes
comme si nous étions le plus grand groupe de rock au monde. Ça a cham-
boulé pas mal de gens. » Geldof a écrit une chanson pour l’occasion. La graine
est plantée. Le quatuor décide de prendre le temps pour son septième album,
sans enjeu particulier. « Enfin si, confie Geldof. Si nous, les vieux, nous ne faisons
pas de bruit pour dénoncer ce qu’il se passe dans le monde, qui
s’en charge ? Je voulais un disque qui sonne comme les premiers
Roxy Music, comme Mott the Hoople et comme les New York
Dolls. Ce glam décadent qui permet de mettre les amplis à fond
et de m­ ontrer son envie d’en découdre. » En quarante minutes,
« Citizens of Boomtown » est un manifeste pour vieux rockeur en
forme. A 68 ans, Geldof a retrouvé l’étincelle. C’est jubilatoire.

les
« Citizens
of Boomtown »
(BMG).

revenants
Ils n’avaient pas publié d’album depuis plus de dix ans.
Et ont fini par retrouver le chemin des studios.
Par Benjamin Locoge @BenjaminLocoge

Huey Lewis
« c’est probablement mon dernier disque »

A Maria McKee
u début des années 1980, il fut le jeune homme à la mode. Avec son groupe
Huey Lewis and the News, l’Américain remettait au goût du jour la musique
black, la soul, le rythm’n’blues sur un fond de sauce rock totalement novateur.
la nouvelle vie

L
Mais l’immense succès de « The Power of Love », chanson du film « Retour vers le orsqu’on a entendu une fois dans sa vie
futur », l’emmena dans une autre dimension. Huey fit partie des stars conviées par la voix de Maria McKee, difficile de l’ou-
Quincy Jones et Michael Jackson à enregistrer « We Are the World »… Aujourd’hui, blier. Chanteuse de Lone Justice, elle
« Weather » met un terme à vingt-deux ans de silence discographique. « Il y a deux ans, se lance en solo en 1989 et creuse un sillon
j’ai été diagnostiqué comme souffrant de la maladie de Menière, confie l’artiste. J’ai folk proche de celui de Suzanne Vega ou de
dû arrêter de chanter aussitôt. » Concrètement, il n’entend plus grand-chose, souffre Joni Mitchell. Après treize années de silence,
de vertiges et doit se concentrer pour mener une conversation. « Les sept chan- McKee vient de publier
sons de cet album sont celles que nous ­avions enregistrées avant « La Vita Nuova », qua-
que ce problème d’oreille ne me tombe dessus. C’est probable- torze chansons magiques
ment le dernier disque que nous ferons ensemble. » « Weather » et classe. Qui mériteraient
est une jolie démonstration de force, Huey Lewis and the News d’être entendues par le
prouvant qu’ils ont toujours l’âme qui swingue et foi en le rock’n’roll. monde entier !
« Weather »
(BMG). « La Vita Nuova »
(Fire Records).
20 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
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culture
musique

James Taylor
la reprise
en douceur
Le héros de la folk des années 1970 chante dans son nouvel
album les grands standards de la musique des années 1930.
Qui semblent tout droit sortis de son répertoire.
Par Benjamin Locoge
@BenjaminLocoge

I
l fut numéro 1 des charts américains sons que l’on entend de
avec « Before this World », son précé- nos jours à la radio. »
dent album studio. Lui qui a vendu des Au final, « American
millions de disques dans les années 1970 Standard » sonne comme
n’avait jusqu’alors jamais réussi à monter à un nouvel album de
la première place du Billboard. « Evidem- James Taylor, comme si
ment cela m’a agréablement surpris, dit en ses m­ orceaux avaient été composés par pour Deval Patrick, « American
souriant l’intéressé, 72 ans désormais. Mais lui. La même impression se dégageait, en l’ancien gouverneur Standard »
c’est aussi parce que, pour une fois, ma mai- 2017, de « Triplicate », de Bob Dylan, qui du Massachusetts, (Decca/Universal)
son de disques a fait son boulot. Cela ne avait effectué la même démarche. « L’inté- puis pour Elizabeth
m’était pas arrivé depuis très longtemps. » rêt, pour Dylan comme pour moi, est de Warren dans la course à l’investiture démo-
James Taylor est tout sauf rancunier. se glisser dans ces chansons. Donc, oui, j’y crate. « Ces primaires durent trop, presque
Il promène sa grande carcasse depuis plus apporte mon jeu de guitare, ma musicalité, trois ans. Il faut réformer cela », assure le
de quarante ans sur les scènes du monde ma vision. Bill Evans en son temps s’y est musicien, qui a bien conscience que sa
entier, défendant une certaine aussi attaqué, et cela donne des versions participation à des meetings est avant tout
idée du folk, entre classicisme, encore bien différentes. » « un cadeau pour les bénévoles. Ceux qui
élégance et intemporalité. Après L’an passé, Taylor, figure démocrate, a tiennent les bureaux de vote, ceux qui font
Son épouse, le succès de « Before this World », fini par céder aux sirènes du showbiz, du porte-à-porte. Je chante pour eux,
Caroline, ilchoses raconte n’avoir « pas assez de
à dire pour de nouvelles
acceptant de poser ses valises pour une
série de concerts à Las Vegas. « Dans ma
pour leur dire merci. Je ne crois pas être là
pour faire évoluer les opinions ». Quoi qu’il
chante avec lui chansons. Rien de suffisamment tête, Vegas était le cimetière des éléphants. dise, James Taylor défend au travers de
sur la dernière fort pour [se] lancer dans l’écri- Mais pas mal de mes amis l’ont fait et m’ont son parcours artistique une Amérique où
chanson du disque, ture ». Alors il s’est tourné vers
son enfance et les chansons des
convaincu. L’expérience m’a bien plu, le
public se déplace pour venir me voir au lieu
l’on se raconte des histoires au coin du feu,
où l’on chante la tristesse de l’amour au
« The Surrey With années 1930 qui ont marqué le que ce soit moi qui le fasse. Il y a de bons bord d’une rivière, où l’on croit encore à la
the Fringe on Top » répertoire c­ lassique américain, côtés dans cette affaire », plaisante-t-il. terre promise. Une vision très standard de
de « Moon River » à « God Bless Cela ne l’a pas empêché de faire campagne son pays… n
the Child » en ­passant par « The Nearness
of You ». « La plupart de ces morceaux
étaient destinés à des comédies musicales, collaboration
donc les compositeurs ne savaient pas qui
allait les chanter. C’est pour ça qu’on n’a Avec Francis Cabrel
rien fait de mieux depuis. On se concen- Le meilleur reste à venir
trait vraiment sur la chanson, pas sur l’inter-
Le Français n’a jamais caché son admiration pour
prétation. » Si Taylor admet que Donald
le songwriter américain. Sur son prochain disque, prévu pour mai,
Fagen, Randy Newman, Joni Mitchell,
Cabrel s’est même attaqué à « Sweet Baby James », l’une des plus belles
Lennon et McCartney ont eux aussi écrit
chansons de Taylor, réputée intraduisible. « Il m’a sollicité pour la
des ­classiques, il renvoie tous les compo-
reprendre, sourit Taylor, je n’ai pas encore entendu le résultat, mais je lui
siteurs actuels dans les cordes. « On se
fais confiance pour se l’approprier et en faire sa propre version. »
concentre bien trop sur la prouesse vocale.
Très à l’aise avec la langue française, Taylor espère pouvoir de nouveau
Personne n’a envie de reprendre les chan- partager une scène ou un micro avec le musicien d’Astaffort.
L’invitation est déjà lancée… B.L.

22 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5   m a r s   2 0 2 0
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Fait à : Le : PAIEMENT récurrent avant sa date d’échéance.

I B A N
culture
art
« J’aime déconstruire les illusions
avec des matériaux
simples dont
Paris Match. L’architecture de Frank Gehry, un musée en
forme de nuage, vous a-t-elle inspiré pour votre exposition ?
tout le monde peut
Olafur Eliasson. Cette invitation à Bilbao m’a rendu disposer à la maison,
très heureux car je suis un admirateur de Frank Gehry depuis comme la lumière »
vingt ans. A l’université, je m’étais intéressé à la découverte de la
perspective à la Renaissance, qui a éliminé tout ce qui précédait,
comme la perspective à vol d’oiseau que les moines utilisaient reconsidérer les règles et les valeurs. Mais on n’entre pas dans un
dans les monastères. Cela nous a rendus aveugles. Même s’il musée pour sortir du monde réel, avec moins de morale, moins de
a une pratique plus intuitive que théorique, je crois que Gehry responsabilités. Nous ne sommes pas des adolescents qui utilisent
essaie de déconstruire l’architecture et de désapprendre la vision le hashtag “IRL” (In Real Life) pour indiquer sur les réseaux sociaux
que nous avons de l’espace. ce qui leur est arrivé hors de l’espace de leur téléphone…
La nature est au centre de votre travail, toujours mêlée à L’exposition évoque votre studio berlinois avec des
l’artifice. Dans l’exposition, il y a un mur de lichen reconstitué, accumulations de maquettes et des “mood boards” qui
une machine à fabriquer de fausses vagues, de la brume rappellent vos méthodes de travail. Ce lieu est devenu une
artificielle… Mais qu’est-ce que la nature ? institution à part entière. Comment fonctionne-t-il ?
On pourrait dire que tout est nature, même vous et moi. Dans mon studio, j’emploie 100 personnes qui travaillent
Or, à l’heure actuelle, les montagnes en Nouvelle-Zélande, les avec et pour – et aussi contre – moi. Il est animé par une seule
arbres au Venezuela, le Gange en Inde et d’autres phénomènes règle : il n’y a rien de plus important que l’art. Si le studio prend
naturels semblent avoir acquis des droits semblables à ceux des une décision qui n’est pas basée sur l’art, mais sur l’économie par
personnes. Nous entrons dans une ère où les valeurs ne sont plus exemple, cela peut aussi donner des choses très intéressantes,
humano-centrées mais horizontales, ce qui est le cas par exemple mais ce n’est plus un atelier d’artiste.
dans le monde bouddhiste. Cela se traduit aussi dans le droit. Il
y a cinq ans, l’organisation anglo-saxonne ClientEarth a poursuivi
la ville de Londres pour son air, parce que la pollution était
supérieure à ce que prévoyait la législation ! Nous sommes dans
une nouvelle Renaissance : la nature, c’est le fait que tout change
en permanence…
Vos œuvres sont souvent des invitations à contempler un
paysage. Etes-vous un romantique ?
Les romantiques du XIXe siècle avaient une idée très
centralisée de la spiritualité. Le peintre allemand Caspar David
Friedrich croyait fermement en Dieu, ce qui n’est pas mon cas.
En revanche je partage avec eux l’idée que le futur est imaginaire.
Que signifie le titre de l’exposition, “Dans la vie réelle” ?
Il n’y a pas d’un côté le monde réel et de l’autre le monde
de l’art : le monde de l’art est dans le monde réel. J’aime penser
les musées comme des lieux de liberté, dans lesquels on peut

Olafur Eliasson

l’islandais
sans Interview Anaël Pigeat
@Anael_Pigeat

frontières
L’artiste vient d’ouvrir au musée Guggenheim
de Bilbao une exposition qui retrace
trente ans de travail. Rencontre avec un touche-à-tout
qui aime collaborer avec des scientifiques,
des danseurs ou des musiciens.

24 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
« Your Spiral View »
(« Votre vision en spirale »), 2002.

Avec le jeu des lumières et


des miroirs dans vos œuvres
suspendues ou dans lesquelles
le visiteur peut pénétrer, on
peut vous croire illusionniste...
Mon objectif est plutôt de
déconstruire les illusions. J’aime
les matériaux simples dont tout le
monde peut disposer à la maison,
comme la lumière. En plus, elle
n’existe que quand elle tombe sur
quelque chose, et ne se réfère jamais à elle-même.
De la lampe solidaire “Little Sun”, qui fonctionne à l’énergie
solaire, aux installations monumentales “Ice Watch”, vous avez
collaboré avec des architectes, des danseurs, des scientifiques,
mais aussi des businessmen, des avocats… Pour vous, le
champ de l’art n’a plus de limites ?
L’art peut être dans la rue, dans des politiques publiques,
dans l’enseignement… Mais je ne dirais pas qu’il n’a pas de limites.
C’est plutôt qu’il est difficile de montrer deux bâtons superposés
en forme de croix dans une église et de dire que cela n’a rien à
voir avec la religion. Nous oublions que c’est ce qui entre dans
notre oreille qui détermine le sens de ce qui sort de notre bouche.
En matière de xénophobie ou d’homophobie, on peut toujours
dire qu’on n’avait pas l’intention de heurter, mais si le propos est
perçu comme homophobe, alors il est homophobe. Pour l’art c’est
la même chose. Si l’artiste et le public perçoivent quelque chose
comme de l’art, c’est de l’art.
Croyez-vous en l’art comme moyen d’action ?
Oui mais, même s’il y a des artistes qui ont utilisé l’activisme
dans leur langage artistique, il ne faut pas confondre l’art et
l’activisme.
Vous voyez-vous comme un utopiste ?
Je suis optimiste mais pas utopiste, car je suis attaché à
l’idée que demain sera meilleur qu’hier, et que cela n’est pas hors
d’atteinte. Gerhard Richter a dit que l’art est la plus grande forme
d’espoir, j’aurais adoré avoir dit ça ! n

« Beauty » (« Beauté »), 1993.


culture
photo

380 000 images
un fonds de

Au total, ses photos, dont 80 000 numérisées, indexées en français


et en anglais, et près de 1 000 heures de vidéo constituent
Patrick Chauvel (à g.) entouré de ses quatre fils,
une source documentaire unique, qui couvre la quasi-totalité des conflits
David, 5 ans, Adrien, 19 ans, cinéaste, Antoine, 37 ans,
de la guerre froide et de la période post-11 septembre.
photojournaliste, et Romain, 29 ans, ingénieur.

Patrick
Chauvel
Classe
tous
risques
Le Mémorial de Caen célèbre
la carrière extraordinaire du reporter
de guerre. Le digne héritier
d’une famille de têtes brûlées !
Par Caroline Mangez Le 6 novembre 2016, l’offensive sur Mossoul contre les forces de Daech, qui l’occupent, a commencé.
@CarolineMangez Un voyage initiatique pour Antoine Chauvel, ici au premier plan.

D
’habitude ce sont les morts que l’on chez les Chauvel devient une affaire de un ­frisson ­d’envie ­l’étreignait. Il a mis du
honore au Mémorial. A Caen, le famille. Comme elle s’invite souvent dans temps à l’avouer, un soir au bar Le 61, non
29 février, en veste et santiags, le les conversations, devant des enfants loin du canal de l’Ourcq à Paris, repaire
« revenant » Chauvel, 70 ans – dont biberonnés aux films de l’oncle Pierre de la bande des baroudeurs. En zone de
­cinquante-deux à barouder et plus de ­Schoendoerffer, aux images et bouquins guerre, où il le suit désormais pour s’initier,
30 conflits couverts –, s’est invité vivant, des amis K ­ essel, Bodard, L
­ artéguy, Gilles Antoine n’appelle jamais Patrick « papa » :
pour six ans renouvelables, à travers une Caron, l’humour et l’aventure prennent le « Ça l’inquiéterait… » Ils ont trouvé un nom
exposition permanente de ses photogra- pas sur les récits morbides. de code, « VZ ». En clair : « Vieux Zoulou ».
phies et la mise à disposition, sur rendez- Dans les bois bordant la maison fami- En novembre 2016, ils se sont offert
vous, de son fonds d’archives. « Il était un liale de Bretagne, les étés viraient au stage une virée à Mossoul histoire d’assister à la
peu flippé mais reconnaissant, commente ­commando. Sous l’œil des « grands », les chute de l’Etat islamique : « J’ai cédé, grom-
son fils Antoine… J’avais 6 ans quand il a petits rampaient dans la « secret cabane », melle Patrick, pour lui éviter les bêtises que
été blessé au Panama. J’entends encore amas de branchages et de feuilles au sol. j’avais commises à 18 ans en partant seul au
ma mère s’écriant dans le salon devant ma L’aîné des fils a souvent regardé Patrick Vietnam. » Exposée à Caen, une photo (ci-
sœur et moi : “Ça y est, il s’est pris une ­partir. Le rituel était toujours le même : dessus) raconte la suite : la voiture d’un
balle !” Ça semblait si naturel que j’ai « Le plancher de son bureau jonché de kamikaze percutant la tête de colonne des
demandé : “Une balle de tennis ?” Et elle : batteries, câbles, pansements, garrots, forces d’élite de l’armée irakienne, l’explo-
“Oui, oui, Antoine, une balle de tennis !” » casque, gilet… » Quand il le voyait a­ juster sion et Antoine tournant le dos à l’action
Le projectile sortait en fait tout droit du à l’épaule la sacoche beige mitée ren- dans l’objectif de son père. Au verso du
M16 d’un GI américain. Un tir « ami », fermant les boîtiers, avant de leur tour- tirage offert à son fils, Patrick n’a écrit que
comme dit Patrick… ner le dos en jetant un « salut » rauque, deux mots : « Vas-y ! » Ce sont les mêmes
Entre Jean, le grand-père, vétéran que lui avait dits Jean-François, son père,
de 1914-1918, ambassadeur de renom En zone de guerre, ce soir de 1968 où il avait opté pour le
et négociateur de paix en Indochine, Antoine, son fils, ­Vietnam plutôt que pour de longues
et Jean-­François, le père, résistant, études. Le sauf-conduit des Chauvel­, en
héros du ­Débarquement, premier de la ne l’appelle quelque sorte. Ainsi soit-il ! n
lignée converti au journalisme, la guerre jamais « papa » : memorial-caen.fr.
« Ça l’inquiéterait »
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La Monnaie de Paris - EPIC - 160 020 012 RCS Paris - siège : 11 quai de Conti - 75006 Paris. Photos et taille des pièces non contractuelles.
les gens de

Gisele Bündchen
et Tom Brady
Love
Island
C
’est la nouvelle
­destination phare des
stars : le Costa Rica. Sur
des plages paradisiaques
et dans une ambiance
détendue, Gisele et Tom passent des
vacances de rêve dans ce petit pays
d’Amérique centrale. Une pause
pour le couple, alors que la légende
du football américain est en plein
questionnement sur son avenir
sportif. Célèbre quarterback
six fois champion du Super Bowl,
Tom Brady pourrait changer
de club, après vingt ans passés avec
les New England Patriots dans le
Massachusetts. Un événement qui
tient toute la planète foot en haleine
outre-Atlantique. Gisele a annoncé
qu’elle suivrait son mari quel que
soit l’endroit où il déciderait
de jouer. Mariés depuis onze ans
et parents de deux enfants,
la top brésilienne de 39 ans et le
footballeur de 42 ans seraient tentés
par Los Angeles, la Floride ou
Las Vegas. Paloma Clément Picos

28 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
Georgina Chapman
& Adrien Brody
Un amour salvateur
Elle avait un lourd passé à exorciser :
dix ans de mariage avec Harvey Weinstein.
Deux ans après l’avoir quitté à la suite des
accusations de harcèlement sexuel et de
viol le visant, Georgina, qu’on avait peu vue
depuis, a retrouvé l’amour auprès de l’acteur
Adrien Brody. Un dénouement heureux
pour la styliste et actrice de 43 ans, alors
que le producteur américain et père de ses
deux filles vient d’écoper de vingt-trois ans
de prison ferme. Georgina aura bien mérité
Billie Eilish son « Happiness Therapy ».

19,5
millions
C’est le nombre de
téléchargements et de streamings
audio et vidéo du tube « Bad
Guy ». Le titre de Billie Eilish est
le plus vendu de l’année 2019.
Par ailleurs, la star aurait touché
une enveloppe de 25 millions
de dollars pour son documentaire
à venir sur Apple TV+.
Un joli cachet pour la jeune
femme de 18 ans. Margaret Macdonald

Serena Williams
Enfant de la balle
Maman poule ultraconnectée, la joueuse américaine
donne régulièrement des nouvelles de sa fille.
A 2 ans seulement, Alexis Olympia Ohanian Jr. est donc,
tout comme sa mère, une vraie star des réseaux sociaux.
Retrouvez toute l’actualité des stars sur le compte
@parismatch_celebrity

Vanessa Bryant
La vie continue
Le 26 janvier, Vanessa perdait son mari, la star du basket Kobe Bryant,
et leur fille Gigi, dans un tragique accident d’hélicoptère. Après des
semaines de deuil, elle est réapparue sur Instagram avec ses
trois autres filles, Natalia, Bianka et Capri, endeuillées mais souriantes,
devant une fresque rendant hommage au duo disparu. Pour
seule légende, Vanessa a choisi les paroles de la chanson « Smile » :
« Souris même si ton cœur souffre, souris même s’il se brise. »
les gens de
Hugh Jackman
Noces de satin
L’acteur de 51 ans célèbre ses vingt-quatre ans de mariage avec
Deborra-Lee Furness, 64 ans. Parents de deux enfants adoptés,
Oscar Maximilian et Ava Eliot, ils se sont rencontrés sur le plateau
d’une série australienne en 1995 : « C’était vraiment effrayant pour
moi, Deb était une star. On est venu me chercher en voiture, elle
était assise à l’avant. Je n’oublierai jamais ce moment. » Un coup
de foudre qui se prolonge depuis : « Je suis toujours grisé par son
humour. Elle est si extraordinaire et si intelligente. » Le couple
semble joyeusement parti pour fêter ses noces d’argent.
rn
Stéphane Be
écrivain
Le présentateur et uveau livre,
un no
est de retour avec toire » aux éditions
de l’His
« Les records
Albin Michel.
nouvelle ?
Dernière bonne rt
uisition d’une œuv re po ur le musée que j’ai ouve
L’acq e de Thiron-Gardais.
au collège royal et militair
vi vre ?
oire où vous auriez aimé
Période de l’hist é
le XIX siècle. J’aurais aim
e
Le siècle des Lumières et de la Grèce en 1821.
combattre pour la liberté
tre prénom ?
Angelina Jolie
Comment vos pare
nts ont choisi vo
du nom de mon
on,
Ils voulaient m’appeler Simont opté pour Stéphane,
Maman bobo
arrière-grand- pè re, mais A 44 ans, après avoir connu des problèmes de santé, l’actrice se trouve confrontée à
en choisi, non ?
“le couronné” en grec. Bi ceux de ses enfants. En effet, à 15 et 13 ans, Zahara et Shiloh, ses filles aînées, ont
récemment été opérées. Leur père, Brad Pitt, était également à leurs côtés. Ce dernier
e enfant ? avait annulé sa participation à la cérémonie des Bafta pour être présent. Un moment
auriez aimé fair
Métier que vous . difficile pour Angie : « J’ai passé les deux derniers mois à faire des allers-retours en chirurgie
lutter contre les injustices
Pâtissier, puis avocat pour pour ma fille aînée et, il y a quelques jours, j’ai vu sa sœur cadette subir une opération de
la hanche, révèle-t-elle à “Time”. Malgré leur courage, j’ai vu la peur dans leurs yeux. Elles
peuvent être fières d’avoir surmonté les défis médicaux et lutté ainsi pour leur survie. »
de
Un toc ?
i traîne. Et je suis atteint
Je déteste la vaisselle qu tout et ne jette rien.
syllogomanie : je conserve

Une addiction ?
les pistoles de Marie-
Le chocolat amer 85 %, etuve & Gallais.
Antoinette de chez Deba 3 q u e s t io n s
à…

Trois invités po
ur un dîner idéa
Guillaume Gallienne, Mich
l ?
èle Bernier, Gautier Capu
çon. Denis Charvet
L’ex-joueur de l’équipe de France de rugby revient
unesse ? sur le combat de son père contre le cancer dans le roman
Une erreur de je
ntissage du piano. « Balle de match » (éd. Cent Mille Milliards).
Avoir abandonné l’appre
Paris Match. Pourquoi écrire ce livre maintenant ?
soir ? Denis Charvet. Au moment du décès de mon père, j’ai eu le besoin quasi thérapeu-
Vous faites quoi le dimanche n.
re l’angoisse du lundi mati tique d’écrire et j’ai aussi voulu rendre hommage au héros qu’il était pour moi, retranscrire
Un dîner entre amis cont ces deux mois passés à son chevet que j’ai vécus comme une mission.
Avez-vous toujours écrit ?
Dans le sport, il y a l’habitude de ne pas dire les choses, alors ça m’est venu quand j’ai
Un talent caché ?
co méd ie. Je jou erai en tournée dès l’automne le le arrêté, comme un exutoire. J’y ai retrouvé l’abandon de soi que j’avais dans le rugby.
La s
ec tacle éc rit par Di an e Ducret “Vous n’aurez pa Qu’est-ce que ce livre dit de vous ?
sp Ce livre, c’est moi. J’y ai mis de mon âme, je me dévoile à travers ce témoignage. 
dernier mot”. Interview Méliné Ristigu
ian Paloma Clément-Picos

30 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
U N E C O L L E C T I O N D E HORS-SÉRIES E X C E P T I O N N E L S
AU CŒUR DES ARCHIVES DE PARIS MATCH

OMBRES
ET LUMIÈRES
Au cœur des années 60, l’Amérique jeune et
rassembleuse, incarnée par John Fitzgerald
Kennedy et son épouse Jackie, a la côte.
Ce hors-série revient, à travers des textes
inédits et des photos rares, sur le destin
tragique de ce héros insaisissable mais
également ses liaisons interdites et la
rivalité de deux sœurs, Jackie et Lee
Radziwill.

J O H N F I T Z G E R A L D K E N N E D Y,
CE HÉROS INSAISISSABLE
LE STYLE JACKIE
M A R I LY N E T L E S A U T R E S

EN VENTE ACTUELLEMENT C H E Z V O T R E M A R C H A N D D E J O U R N A U X
Politique — Municipales : Hidalgo en tête à Paris 34 —
Les écologistes s’enracinent 36 Economie — L’Etat multiplie les aides 38 —
Le recours massif au télétravail  40

de La Semaine
Edouard Philippe au Havre,
dimanche 15 mars.

Municipales

Le coronavirus remporte
les élections
Le second tour aura lieu dans cent jours, probablement le 21 juin. Une situation
­inédite proposée par le Premier ministre et validée par l’ensemble des partis.
Par Mariana Grépinet et Bruno Jeudy
@MarianaGrepinet @JeudyBruno

A
l’Elysée lundi, l’ambiance est résultats du premier tour et de reporter opérations de vote avaient débuté dans
­étrange à l’heure du ­déjeuner. le second en juin est acceptée par presque les outre-mer. Passé le premier tour et
Emmanuel Macron et Edouard tous les participants à la réunion en visio­ une soirée électorale dominée par... les
Philippe ont convoqué Olivier conférence des représentants des partis et médecins, les politiques ont presque tous
Véran, Jean-Yves Le Drian, du président de l’Association des maires appelé au report. Rendez-vous donc dans
Florence Parly, Bruno Le Maire, de France qui se tient dans l’après-midi. cent jours pour connaître l’issue de ces
Christophe Castaner, Sibeth Ndiaye Le Premier ministre prévient toutefois municipales.
et Jérôme Salomon. Les serveurs ont que si la crise sanitaire devait durer, une Le premier tour a d’évidence livré
été congédiés et une grande table a été loi serait examinée au Parlement pour une partie du verdict. L’abstention record
­dressée pour un simple buffet. La distance de 56 %, soit 20 points de plus que le précé-
de sécurité entre les participants est telle une soirée électorale dominée dent record de 2014, est due à l’épidémie.
qu’il faut, selon la porte-parole, « tendre Et la majorité balaie les résultats. La prime
l’oreille pour s’entendre ».
par... les médecins aux sortants a été forte (lire ci-contre) et
Autour de la table, tous font le même les écolos ont confirmé leur percée. On
constat : « Dimanche, le seul endroit où les repousser définitivement les munici- retiendra aussi que le parti majoritaire
gens ont respecté les règles, c’était dans pales et les sénatoriales (programmées a été lourdement sanctionné. A de rares
les bureaux de vote ! » Mission est don- à ­l’automne). En attendant, le coronavi- exceptions près, les candidats LREM
née à Edouard Philippe de trouver le bon rus a secoué la classe politique. L’union ont obtenu de mauvais scores. Entre
calendrier et la formule juridique accep- sacrée a failli exploser à la veille du pre- 10 et 15 % des voix (14,29 % à Rennes,
table pour sortir du casse-tête des muni- mier tour quand de nombreux p ­ résidents 12,69 % à Bordeaux). Voire médiocres :
cipales. Résultat : la proposition du chef de région ont réclamé, samedi soir, le 7,88 % à Marseille, 7 % à Toulon, 6 % à
du gouvernement de sanctuariser les report du scrutin. Drôle d’idée, car les Montpellier et même 3 % à Reims. « Les

32 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
« Le maire sortant,
c’est le gars sérieux »
Dans un réflexe légitimiste,
les Français ont plébiscité
les édiles en place.
Par Mariana Grépinet et Bruno Jeudy

S
ans le virus, ils étaient déjà les favoris
de ces municipales. Avec le virus, les
maires sortants ont raflé la mise dans François Baroin,
un scrutin hors norme. Leur victoire qu’ils réélu à Troyes.
soient de droite, de gauche ou du centre, a
viré au triomphe : David Lisnard à Cannes plus qu’en 2014. « Je redoutais l’usure du élections. A Alfortville (Val-de-Marne),
(88 %), Jean-François Copé à Meaux pouvoir [NDLR, il est maire depuis 1995], Luc Carvounas, réélu avec 57 % des voix,
(76 %), Steeve Briois à Hénin-Beaumont et Mélenchon avait obtenu 25 % des voix estime qu’il aurait réuni plus de suffrages
(74 %), Arnaud Robinet à Reims (66 %), en 2017, il n’en a rien été », raconte l’ancien avec une participation conforme à 2014
­François Baroin à Troyes (66 %), Robert ministre qui a vu la gauche s’effondrer dans (– 15 points dans sa ville). « Les Français
Ménard à Béziers (68 %), Gérald Darmanin sa ville populaire de Seine-et-Marne. A n’ont plus rien compris entre ce qu’ont dit
à Tourcoing (60 %), André Santini à Issy- l’autre bout de la France, David Lisnard a le président le jeudi puis deux jours plus
les-Moulineaux (60 %), Franck Riester à réuni quasiment neuf électeurs cannois sur tard le Premier ministre. Ils ont préféré
Coulommiers (59 %), Christophe Béchu à dix. Un score de maréchal dans cette cité rester chez eux ou aller se promener »,
Angers (57 %), Patrice Bessac à Montreuil cossue qui compte près de 75 000 habi- décrypte l’ancien député socialiste. Celui
(51 %) ou encore David Rachline à Fréjus tants. « C’est la première fois depuis cin- qui a décidé de reprendre les rênes de sa
(50 %)... « Avant le virus, les Français consi- quante ans qu’un maire est élu au premier commune n’oublie pas les enjeux de poli-
déraient déjà leur maire comme le “gars” tour à Cannes », se réjouit l’élu déjà plongé tique nationale : « Il y a une envie de gauche
sérieux de la bande. Avec la crise sanitaire, dans la gestion de la crise du coronavirus. dans ce pays. Le macronisme n’existe pas. »
ils ont peut-être eu un réflexe encore plus « On rentre dans un long et douloureux De l’autre côté de l’échiquier poli-
légitimiste en reconduisant massivement tunnel noir. Sursum corda ! » s­ ’exclame-t-il. tique, David Rachline, un proche de Marine
les sortants », analyse Jean-François Copé Haut les cœurs ! Bien sûr, il y a l’absten- Le Pen, a conservé la mairie de Fréjus arra-
(LR), réélu à Meaux avec douze points de tion historique qui jette un voile sur ces chée à la droite en 2014. « Un bon maire est
un bon maire, quelle que soit son étiquette,
se félicite ce pilier du Rassemblement natio-
nal. Nos maires sont solides, leur gestion a
été efficace et la réélection, dès le premier
résultats sont sans surprise, tente de relati- d’Etat. « C’est une branlée. Tout est à
tour, de sept d’entre eux sur une quinzaine
viser Sibeth Ndiaye. Les gens votent pour revoir », lâche un ministre de premier
est notre plus belle récompense. » Réélu
ceux qu’ils connaissent et sont implan- plan. La gestion de la crise sanitaire met
dimanche à Montreuil (Seine-Saint-Denis),
tés de longue date. D’où notre stratégie entre parenthèses ces déboires. A droite,
Patrice Bessac se fait modeste : « J’ai fait
consistant à avoir le maximum de conseil- Les Républicains voient leurs ­sortants
mon travail. » Avant le premier tour, l’édile
lers municipaux. » Quelques ministres ont presque tous réélus. A ­l’exception notable
communiste n’imaginait pas « gagner au
bien été élus au premier tour, comme de Christian Estrosi à Nice et de ­Jean-Luc
loto », selon sa formule. Le voilà qui rempile
Gérald Darmanin (Tourcoing) ou Franck Moudenc à Toulouse. Deux maires qui
pour six ans à la tête de l’une des plus
Riester (Coulommiers). Mais à Limoges, avaient choisi la bienveillance avec la
grandes villes d’Ile-de-France. n 
la liste LREM sur laquelle le secrétaire Macronie. Au Rassemblement ­national,
 Avec Virginie Le Guay
d’Etat Jean-Baptiste Djebbari figure à Marine Le Pen continue de canonner
la ­huitième place plafonne à 7,66 %. A le chef de l’Etat. Autoconfinée chez
Vanves (Hauts-de-Seine), celle de Gabriel elle depuis lundi, elle ne cache pas, au
Attal arrive deuxième, loin derrière le ­téléphone, sa colère : « Nous avons trop
maire sortant UDI. A Paris encore, la pré- tardé. Sans doute aurait-il fallu également
sence de la médiatique Marlène Schiappa commencer par fermer nos frontières à
n’a pas beaucoup poussé la liste LREM tous les pays contaminés, comme je le
dans le XIVe arrondissement. Elle finit réclame, dans l’hostilité générale, depuis
­troisième (15,67 %). « J’étais plongée le 29 ­janvier. » Sévère avec Emmanuel
dans les sujets liés au coronavirus. Je ne Macron, elle pointe sa « légèreté » et son
des 34 968 communes
suis pas allée à un seul événement de la « manque de sens des responsabilités. » n
ont élu leur conseil municipal
fin de campagne », reconnaît la secrétaire  Avec Virginie Le Guay
dès le premier tour

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 33
Match
de La Semaine
politique

O
« n avait déjà la tête ailleurs, ça
n’était pas une journée d’élec-
tion comme les autres », glisse
Pacôme Rupin, tête de liste
LREM dans la circonscription
Paris centre. Et d’ajouter, comme pour
se réconforter : « On est dans une situa-
tion anxiogène et il y a eu une prime aux
sortants, une prime à ce qu’on connaît. »
Anne Hidalgo, la maire ­sortante si

Paris Au QG de campagne,

Le jour où l’élection, a rendu hommage


dimanche soir.

là », déplore une ministre. Qui remet

Anne Hidalgo
à « tous ceux qui n’ont pas pu en question la stratégie de campagne :
se déplacer alors même qu’ils « On a fait beaucoup trop de “Hidalgo
l’auraient souhaité ». « Il nous bashing”. Les gens sont attachés à leur
a manqué 2-3 % de petits maire, qu’ils l’aiment ou pas… » Tête

a raflé la mise
vieux, c’est évident, sinon de liste dans le XVIII e, Pierre-Yves
nous l’aurions emporté dans Bournazel résume : « Agnès a posé les
le XVIe dès le premier tour », fondements de ce qui pourrait être une
La maire socialiste sortante est arrivée veut croire le directeur de majorité de projet. Mais est-ce que les
campagne de l’une des têtes circonstances politiques sont là ? Non. »
en tête du premier tour avec 29,3 % des voix, loin de liste. Il n’empêche, Rachida Il n’y aura aucune alliance de ­partis pour
devant Rachida Dati et Agnès Buzyn. Dati a réussi un exploit : rele- le second tour, mais des discussions, par
Par Mariana Grépinet ver la droite parisienne, qui arrondissement. Dans le XVe, la candi-
@MarianaGrepinet était sortie laminée des euro- date En marche devrait se retirer pour
péennes (10,2 %). « Elle a soutenir le maire LR sortant, ­Philippe
­critiquée, est arrivée en tête du premier créé une dynamique et s’est imposée Goujon, qui n’a pas obtenu l’investiture
tour avec presque un tiers des suffrages comme une personnalité incontour- de son parti. Et ailleurs ? Va-t-on vers
exprimés. « Dans les arrondissements de nable et comme la première opposante à un deal entre les listes LREM et LR
gauche, le Xe, le XIe, le XIXe, c’est un Hidalgo », note Frédéric Dabi, directeur au profit des premiers dans le Centre et
plébiscite, nous dépassons les 40 % », se général adjoint de l’Ifop. des seconds dans le XIVe  ? « Je ne suis
félicite Frédéric Lénica, son directeur de Après tout juste un mois de cam- pas sûr qu’une alliance avec Dati nous
cabinet à la mairie. Et d’ajouter : « Notre pagne, Agnès Buzyn, elle, n’a pas réussi fasse gagner, ça peut améliorer le score
campagne parlait aux gens, on l’a mais pas forcément gagner »,
senti sur le terrain. » La socialiste
a capté l’électorat écolo. Alors
« Si le second tour avait lieu dimanche fait remarquer un proche de
Buzyn, sceptique... Se posera
que certains sondages, en début prochain, on faisait une alliance avec les Verts aussi la question Villani. Le
d’année, le donnaient à 15 %, le et c’était réglé. Le match aurait été plié… » ­mathématicien, qui plafonne
candidat EELV David Belliard confie un proche d’Hidalgo à 7,9 %, s’est fait draguer par
a fini quatrième, avec 11,6 % des Buzyn et par Hidalgo.
suffrages, ne progressant que de deux à concrétiser l’essai. « Le contexte exo- « Si le second tour avait lieu
points par rapport au score écolo en 2014 gène du coronavirus l’a empêchée de dimanche prochain, on faisait une
dans un contexte national qui leur est se déscotcher de son passé de ministre alliance avec les Verts et c’était réglé.
pourtant largement favorable. « Hidalgo de la Santé, constate Dabi. Et puis il Le match aurait été plié… », confie
a mis l’écologie au cœur de sa campagne, y a eu des gaffes et quelques preuves Frédéric Lénica. « Que le second tour
­l’alliance avec elle est naturelle », explique ­d’amateurisme. » Dans le XVIIe, où elle ait lieu en juin ne changera rien », certi-
aujourd’hui Anne Souyris, tête de liste se présentait, l’hématologue est arrivée fie Jean-Louis Missika, son codirecteur
EELV dans le XIIIe. Voilà comment plus de 17 points derrière le candidat de de campagne. Dimanche soir, il n’y a eu
enterrer la hache de guerre en vue d’ac- droite (22,7 % contre 40,1 %). LREM aucune explosion de joie à l’annonce des
cords pour un second tour… qui n’aura s’est placée en tête dans deux arrondisse- résultats dans son bureau de ­l’hôtel de
pas lieu de sitôt. Lundi soir, le Premier ments seulement. Ceux où ont été inves- ville. Quelques « vagues sourires sur les
ministre a annoncé un report au 21 juin. ties des maires LR sortantes, Florence visages ». Mais quand l’épidémie sera
La candidate LR pourrait y trouver Berthout (Ve) et Delphine Bürkli (IXe). passée, c’est promis, Paris sera en fête. n
(un peu) son compte, elle qui, le soir de « Nos électeurs de gauche ne sont plus  Avec Ghislain de Violet

34 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
Match
de La Semaine
politique

est l’une de ces « déceptions », comme Avec, à gros traits, trois cas de figure
ceux dans les villes où les sortants sont mais un même enseignement. « Dans des
socialistes – Lille, Rennes, Nantes, Paris. situations de collectifs citoyens avec un
Mais, même là, ils ont progressé par membre d’EELV menant la liste, comme
rapport au dernier scrutin municipal à Poitiers ou à Toulouse, cela fonctionne,
– passant ainsi de 11 % à 24,5 % dans la analyse Stéphane Pocrain, l’un des stra-
ville de Martine Aubry. Et leurs thèmes tèges du parti. On est aussi dans une
ont dominé la campagne. « Nous nous situation favorable quand on est à la tête
sommes structurellement installés de larges rassemblements avec d’autres
comme une force politique majeure, au forces de gauche, comme à Besançon.
cœur d’un paysage en recomposition », Et même dans des cas comme Lyon, où
assure Yannick Jadot. la liste ne les rassemblait pas, on fait
d’excellents scores. Au-delà
de nos débats tactiques ou

Les écologistes
stratégiques, nous sommes
en train d’apparaître comme
un pôle de dynamique, mais

s’enracinent
aussi de rassemblement. »
Pour l’heure, il leur reste
à gagner le second tour en
emportant plusieurs grandes
Les Verts sont en mesure de remporter villes. Ce sera « une drôle de
Yannick Jadot, plusieurs grandes villes et, partout, les résultats campagne », dixit Jadot. Si
dimanche 15 mars, à Paris.
confirment leur rôle central à gauche. personne ne sait de quoi sera
fait le jour d’après l’épidé-
 Par Caroline Fontaine

S
mie, eux se disent confiants.
urtout ne pas fanfa- @FontaineCaro Et même s’ils le regrettent,
ronner. Rester sobre. cette crise leur donne,
Drôle de soirée, tout de même. Au lendemain du premier tour, ils ­disent-ils, raison. « Nous avons martelé
Il est 20 heures à peine passées, ont fait les comptes, analysé les scores, qu’il fallait retrouver la ­maîtrise de nos
sur une estrade dressée pour regardé les possibles reports, réfléchi à vies, de nos villes, ajoute ce dernier. Les
­l’occasion devant le Cirque d’hiver à leur stratégie. Grenoble semble acquis. Ils crises qui s’ajoutent aux crises confir-
Paris, Yannick Jadot, le ton grave, prend pourraient emporter Lyon, Strasbourg, ment notre diagnostic et la validité de
la parole devant une poignée de photo- Besançon, mais aussi Toulouse et ils nos solutions. » Et dans ces semaines de
graphes et de journalistes de télévision. peuvent espérer prendre Bordeaux, confinement, la « sobriété juste » qu’ils
Il n’y a ni militants ni drapeaux, encore même si cela s’annonce difficile. Surtout, prônent pourrait faire de nouveaux
moins la foule des grands soirs, juste un ils sont désormais implantés partout. adeptes… n
micro posé sur un pupitre transparent.

Lyon passe aux Verts


L’eurodéputé est le premier à ­appeler
au report du second tour des élec-
tions municipales. Alors même qu’ils C’est une certitude : une page se tournera dans la capitale des Gaules. Gérard
sont les gagnants de ce scrutin, malgré Collomb, inamovible maire depuis près de vingt ans, socialiste devenu marcheur,
a été balayé par les divisions internes et le vote des électeurs, qui ont placé en
Grenoble semble acquis. pour tête les écologistes. Ils sont premiers dans 8 arrondissements sur 9 à Lyon et
dans 8 circonscriptions sur 14 pour la métropole, ce qui les place aux portes d’une
bordeaux, cela s’annonce difficile ville de plus de 500 000 habitants et de la deuxième agglomération française.
« On n’espérait pas une situation si favorable », confie Bruno Bernard, tête de
ici ou là quelques déceptions. « On a liste EELV pour la métropole. Collomb a déjà annoncé son intention de main-
­souffert de l’absence de campagne la tenir ses listes au second tour. Une mauvaise nouvelle pour le candidat de la
dernière semaine, de la suppression des droite, Etienne Blanc, qui pouvait espérer trouver un accord avec lui. Les écolos
marches climat et d’une abstention qui ont des réserves de voix importantes à gauche et ont commencé les tractations
a d’abord touché notre électorat », rap- avec les listes portées par les dissidents de la République en marche. « On espère
pelle Bruno Bernard, chargé des élec- que le 21 juin tout ira bien, et qu’on pourra dans un bar ouvert fêter notre
tions chez EELV. Leur score à Rouen ­victoire ! » dit en souriant Bernard. C.F.

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Match
de La Semaine
economie

L
e 12 mars 2020 à
20 heures, lors de sa
Coronavirus premières sont contami­
nés simultanément. Rien ne

Le périlleux
première « allocution à résiste au virus. « La plupart
la nation », Emmanuel des compagnies aériennes
Macron avait fait clai­ mondiales risquent la faillite

sauvetage de
rement sienne la détermina­ d’ici au mois de mai », avertit
tion de Mario Draghi, ainsi le Centre for Aviation,
l’ancien président de la expert du secteur, le 16 mars,
Banque centrale européenne, alors qu’une kyrielle de pays

l’économie
en 2012. Jusqu’à emprunter interdisaient les vols sur leur
ses mots historiques : « what­ sol. Tandis que la plupart des
ever it takes », avait lancé le constructeurs automobiles

française
banquier italien pour anéan­ européens (dont Renault et
tir toute velléité de des­ PSA) fermaient de concert
truction de la monnaie le même jour l’ensemble
européenne. « Quoi qu’il en de leurs usines dans toute
coûte », a promis à son tour le Face à une crise mondiale qui dépasse par ­l’Europe.
président. Traduire : l’Etat « Nous sommes plusieurs
viendra à la rescousse d’une son ampleur toutes les précédentes, le gouvernement au cabinet de Bruno Le
économie en voie de légère multiplie les aides. Au risque d’une facture « no limit ». Maire à avoir vécu au sein du
amélioration il y a encore Par Marie-Pierre Gröndahl ministère de l’Economie la
quelques semaines, mais crise financière, raconte un
désormais victime d’une gigantesque d’un krach planétaire, où les Bourses vétéran de Bercy à propos de l’écroule­
récession. mondiales chutent un peu plus chaque ment mondial engendré par la chute de
La progression exponentielle de jour (– 16,29% en une semaine pour le Lehman ­Brothers en 2008 à Bercy. Si
l’épidémie partie de Chine à la fin de CAC 40 jusqu’à la clôture du 16 mars). nous ­avions parfois ressenti un certain
l’année dernière, mais dont l’épicentre Tous les secteurs, toutes les entreprises, affolement à l’époque, cela n’a rien de
se situe désormais en Europe, va de tous les pays, tous les marchés, tous les commun avec cette spirale de panique
pair avec l’accélération démesurée produits financiers, toutes les matières qui sévit chaque jour davantage. » Face

38 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
à ces effondrements en série, le ministre Le report de paiement de l’impôt sur les sa deuxième allocution en quelques
de l’Economie, appuyé par Muriel Péni- sociétés, des charges fiscales et sociales jours, contraint d’annoncer le retard de
caud, la ministre du ­Travail, multiplie les (pour un coût 15 à 20 milliards d’euros sa réforme sur les retraites. Un fonds
déclarations pour tenter de redonner un pour les finances publiques), les avances de solidarité, abondé par l’Etat, vien-
peu de sérénité aux acteurs écono- de trésorerie, les dépenses, les garan- dra, lui, au secours des 3 millions d’indé-
miques déboussolés. Parfois en vain : ties publiques apportées aux prêts des pendants (commerçants, restaurateurs,
« L’annonce impromptue de la ferme- PME (3 milliards d’euros), le paiement coaches…), pour un montant encore
ture de tous les cafés, bars, restaurants… des indemnités journalières pour ceux non chiffré. A la suite de la crise finan-
par le Premier ministre le 14 mars nous et celles qui gardent leurs enfants (1,5 cière, le déficit public avait bondi à
a sidérés. Nous n’avons pas reçu d’aver- à 2 milliards)… L’addition sera verti- 7,2 % en 2009. La hausse pourrait être
tissement et nous avons donc perdu gineuse. « Aucune entreprise ne sera pire cette fois-ci. Quant à la récession,
beaucoup de chiffre ­d’affaires », accuse livrée au risque de faillite », a martelé elle pourrait sévir jusqu’à la fin de
le propriétaire d’un grand groupe de Emmanuel Macron le 16 mars, lors de ­l’année 2020. n
restauration. Il n’empêche. Le coût total
des mesures ­successives explose.

un fonds viendra, lui, au secours


des 3 millions d’indépendants
Les transports durement touchés
A l’instar de Grisel, société normande d’autocars, ce secteur est parmi
Des « quelques milliards d’euros »
les premiers à souffrir, avec le tourisme et l’hôtellerie.
calculés par Bruno Le Maire il y a
Par Anne-Sophie Lechevallier
seulement une semaine, le montant a
@aslechevallier
grimpé en quelques jours à « 45 mil-
liards », selon le même, le 17 mars, (ainsi Déjà, le ballet des cars sur le vaste font partie des premières activités tou-
qu’une garantie de l’Etat pour les prêts parking de Grisel avait ralenti sa cadence. chées par la crise liée au coronavirus. « Et
bancaires à hauteur de 300  milliards Emmanuel Macron n’allait pourtant très violemment », note Geoffroy Roux
d’euros). Le tout doit figurer dans un annoncer la fermeture de tous les éta- de Bézieux, le président du Medef,
texte qui sera validé en Conseil des blissements scolaires que deux heures venu au chevet de la société haut-nor-
ministres – même si la question du plus tard, et Edouard Philippe celle de mande. « Jamais nous n’avons connu
vote nécessaire de ­l’Assemblée natio- nombre de commerces que deux jours cela, 80 % de notre activité est à l’arrêt,
nale n’est, elle, pas résolue, en raison à après. Cette entreprise de 225 salariés, constate Jean-Sébastien Barrault, prési-
la fois de l’interdiction des réunions de premier employeur privé de Gisors, dans dent de la Fédération nationale des
plus de 100 personnes et de l’augmenta- l’Eure, située à quelques mètres de la transports de voyageurs, qui compte
tion quotidienne du nombre de députés « frontière » avec l’Oise, enregistrait 1 000 adhérents et 100 000 salariés.
contaminés. « Nous proposons du très, rétractation sur rétractation. Transports Nous demandons aux régions de conti-
très lourd, insiste un familier de ces scolaires paralysés dans le département nuer à nous rémunérer même si les ser-
dispositifs mis en place dans l’urgence, voisin confiné, commandes de cars pour vices de desserte sont fermés et à l’Etat
selon un modèle utilisé par l­ ’Allemagne les classes de découverte et les sorties de mettre rapidement en place le fonds
il y a douze ans. Une sorte de marmite des personnes du troisième âge annu- d’indemnisation. Il y va de la survie des
dans laquelle pourront puiser les entre- lées… « Il n’y aura pas de rattrapage de entreprises. » Pour l’instant, le chômage
prises. » Une parade au confinement chiffre d’affaires, déplore Christine partiel est entièrement pris en charge par
total de la population, conçu pour sau- Français, la directrice générale. Et l’Etat, et les cotisations et impôts que les
ver des vies mais qui pourrait asphyxier même le télétravail ne pourra pas durer entreprises devaient payer en mars
l’économie. pour les salariés qui pourraient être peuvent être reportés. Bruno Le Maire,
Le développement massif du chô- concernés : il n’y aura bientôt plus du le ministre de l’Economie, a aussi promis,
mage partiel conçu pour tous les sala- tout d’activité. » Pour la première au cas par cas pour éviter les effets d’au-
riés (qui conservent 84 % de leur salaire semaine de crise, elle évalue la perte à baine, des dégrèvements fiscaux. Tout
net) dont les entreprises souffrent d’une 450 000 euros pour sa société, qui réa- pour éviter de nombreuses faillites. n
activité en chute libre pourrait – à lui lise un chiffre d’affaires annuel de 15 mil-
seul – coûter 10 à 15 milliards d’euros lions. Parmi les conducteurs, 30 étaient
à l’Etat, si cette situation devait se pro- alors touchés par le chômage partiel, une
longer au-delà de deux mois. Les crédits première. Depuis l’allocution d’Emma-
de trésorerie proposés par la banque nuel Macron jeudi soir, 93 % de l’activité
publique d’investissement ­Bpifrance est arrêtée, et 170 conducteurs n’ont plus
pour enrayer la crise de liquidités subie personne à transporter.
par d’innombrables entreprises ont, Avec le tourisme, l’hôtellerie-restau-
d’autre part, été portés de 90 % à 100 %. ration et l’événementiel, les transports

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 39
Match
de La Semaine
ECONOMIE

A
u pied de la Grande Arche, sur privé sur dix », a indiqué le gouvernement. « le télétravail consomme en général peu
une esplanade de la Défense Les spécialistes assurent que le dévelop- de bande passante et ne devrait pas poser
presque déserte, Karine, 48 ans, per permet de différer le pic épidémique. de problème de charge » d’autant « qu’il
rentre chez elle ce lundi 16 mars Jamais le télétravail n’a été adopté de existe une marge entre le trafic constaté
au matin. Cette gestionnaire de manière aussi massive dans le pays. Cette aux interconnexions et leur dimension-
paie dans une société d’informatique pratique concernait avant l­’épidémie nement ». Elle n’exclut cependant pas
­transporte un ordinateur et des écrans 5,2 millions de salariés du privé, selon une des « congestions ponctuelles » chez des
sous le bras. Elle a pu rester un quart récente étude Malakoff Médéric Huma- opérateurs et un « goulet d’étranglement
d’heure, montre en main, dans son bureau nis. Face à un tel recours, volontaire ou dans les réseaux » des infrastructures des
pour prendre ses affaires de ­travail. Ce contraint et en « mode dégradé » pour les entreprises, pas nécessairement adaptées
soir-là, la tour Triangle se videra pour parents obligés de garder leurs enfants, pour autant de connexions à distance.
­plusieurs semaines. Ses collègues, du des inquiétudes ont surgi sur la capacité
moins tout ceux dont le poste le permet, des infrastructures à absorber un tel afflux les ventes de matériel
seront en télétravail. De Karine dépend le de connexions. D’autant que les enfants informatique ont bondi
versement des salaires de 1 600 personnes. confinés à la maison se connectent eux
Elle clôturera les paies depuis le bureau- aussi en nombre. En début de semaine, les
chambre d’amis de son appartement de opérateurs se voulaient rassurants. « Nous En attendant, les applications faci-
la banlieue parisienne. observons des changements de compor- litant le télétravail sont prises d’assaut.
tement au niveau de la data, mais notre Tout comme les magasins vendant des

Télétravail
réseau est dimensionné pour de forts ordinateurs. La Fnac a ainsi vu les ventes
pics de trafic », assure-t-on par exemple de ses rayons PC/tablettes/imprimantes

la nouvelle
chez Bouygues Telecom. Pourrait-on être tripler samedi dernier dans ses magasins
amené à bloquer certaines plateformes de avant leur fermeture. Depuis, sur ses
vidéos, dont les algorithmes ­permettent sites Internet, ces références se vendent
de mobiliser davantage de bande huit fois plus que d’ordinaire. L’enseigne

norme
­passante ? L ’Arcep l’autorité de régula- ne craint pas de rupture de stocks. La
tion, est le « gardien de l’Internet ouvert » ­fermeture des usines chinoises à cause
qui ­s’assure que « chacun puisse accéder de l’épidémie de coronavirus ne les aura
Contraint par la propagation du à n’importe quel service ». Elle souligne : pas affectés. C’est déjà ça. n
coronavirus, le travail à distance n’a jamais
été autant utilisé par les salariés.
Par Anne-Sophie Lechevallier
@aslechevallier

L’entreprise de Karine n’a pas tergi­


versé. Dès l’allocution d’Emmanuel
Macron, elle a appliqué son protocole
de mise en place du travail à distance.
D’autres ont hésité, tentant d’abord d’ins-
taurer des roulements dans les bureaux.
Nombreuses sont celles à avoir changé de
pied après la fermeture de presque tous Lundi 16 mars à
les commerces. Le recours au télétravail la Défense, à Nanterre,
est possible « pour quatre emplois du Karine, salariée d’un grand
groupe, quitte son bureau
avec son ordinateur.

Retraites, assurance chômage : toutes les réformes sur pause


La décision était prise, mais la ministre du Travail a attendu que le premier avant que le coronavirus ne fasse irruption. Début décembre, Laurent Berger, le
tour des élections municipales soit terminé pour l’annoncer. Muriel Pénicaud secrétaire général de la CFDT, alertait déjà dans Paris Match sur cette « injustice
signe un décret pour retarder au 1er septembre la mise en place du deuxième sociale » : « Nous ferons tout pour que le gouvernement revienne en arrière. »
volet de la réforme sur l’indemnisation du chômage, prévue initialement le 1er avril. Ces changements de règles de calcul auraient notamment pénalisé les salariés
« La réforme a été conçue dans un contexte qui n’a plus rien à voir avec celui que déjà précaires, travaillant dans des secteurs à l’arrêt à cause de l’épidémie. Toutes
nous connaissons aujourd’hui », a-t-elle justifié. Elle répond ainsi partiellement à les réformes sont d’ailleurs suspendues, à commencer par celle, controversée,
ce que demandaient les organisations syndicales. Ces dernières l’exhortaient des retraites. Les réunions de la conférence de financement sont reportées,
depuis plusieurs jours à abroger cette réforme à laquelle elles s’opposaient bien comme sans doute l’examen du texte au Sénat, prévu fin avril.  A.-S.L.

40 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
signe
sempe
dessin

– Si vous enlevez les grosses pierres soit avec la fourche, soit avec le râteau,
je peux obtenir en passant la herse une couleur grège que Manet et Monet ont complètement utilisée
et que Berthe Morisot a aussi beaucoup aimée, ce qu’on lui a beaucoup reproché, pauvre petite.

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 41
sommaire
n° 3698
du 19 au 25 mars 2020

match de la semaine
32 Municipales Le coronavirus remporte les élections
34 Paris : le jour où Hidalgo a raflé la mise
36 Les écologistes s’enracinent
38 Economie Le périlleux sauvetage de l’économie
française
40 Télétravail La nouvelle norme

actualité
44 la patrie en danger
Face à une crise sans précédent, Emmanuel Macron
appelle à la mobilisation et à la discipline
52 Les masques font leur apparition. Dans les
supermarchés, l’angoisse du manque se mue en hystérie
Par Nicolas Delesalle et Bruno Jeudy
54 « On va être débordé, on dort peu, on réfléchit
beaucoup », dit le Pr Azoulay, de l’hôpital Saint-Louis 
Par Florence Broizat
56 Michel cymes, docteur confiance
Face au virus, il appelle au calme et à la discipline
Par Emilie Lanez
62 somalie :
fin du monde à mogadiscio
Depuis trente ans, seigneurs de guerre et milices
islamistes chababs sèment le chaos
De notre envoyé spécial Bernard-Henri Lévy
70 les animaux, nous les aimons,
sauvons-les
1. L’ours polaire
Isabelle Autissier : « Des espèces ont disparu, il est
encore temps de venir en aide aux autres »
Vincent Munier : « Pour l’ours, on reste une proie »
Propos recueillis par Gaëlle Legenne
84 Jane Birkin & charlotte gainsbourg :
Ça chante à manhattan
Interview Benjamin Locoge
90 Giuliano Ruffini : le virtuose
qui se joue des experts
La justice française le soupçonne d’être le plus grand
vatican faussaire de tous les temps
De notre envoyé spécial François de Labarre

pri re de circuler 96 tani, le petit mozart des échecs


De notre correspondant Olivier O’Mahony

Journée particulière Crédits photo : Vignette de couv : Hemis. 9 à 11: Disney, Pixar, DR. P.12 : L. Cendamo / Leemage. DR. P. 14 : F.
Lestavel. DR. P.16 : M.  Lagos Cid, D. Fitzmaurice, DR . P. 18 : E.Garault, DR. P.20 et 21 : M. Cotellon, Hans Lucas, C.

au Vatican. au début du carême,


Delfino, A. Isard, Brut, DR. P.22 : D. Tronchet / Dupuis 2020, Vehlmann, Yoan / Dupuis 2020. P. 24 et 25 : P. Fouque.
P.26 : N. Quidu, P. Chauvel. P. 28 et 29 : Backgrid USA/Bestimage, Getty Imag-es, Bestimage, DR. P. 30 : V. Capman,
Starface, News Pic-ture, Getty Images. P. 32 à 40 : R. Letellier/Sipa, Abaca, S. Lemouthon/Bestimage, Panoramic/

à cause du confinement général Bestimage, I. Deutsch, Panoramic/Bestimage, Max PPP, P. Petit.P. 42 et 43 : Os-seratore Romano/AFP. P. 44 et 45 :
DR. P. 46 et 47 : F. Lafargue. P. 48 et 49 : P. Petit. P. 50 et 51 : S. Com-point/Bureau233, Eliot/Starface, V. Clavières,

en italie, le Saint-père a béni


E. Cegar-ra/Panoramic. P. 52 et 53 : T. Samson/AFP, S. Bozon/AFP, DR. P. 54 et 55 : B. Tessier/Reuters, C. Kohn/Sipa,
A. Chaon/AFP. P. 56 à 60 : V. Krassilnikova. P. 62 à 68 : G. Hertzog, M. Roussel. P. 70 et 71 : Hemis. P. 72 et 73 : V.
Munier, Visual by Starface. P. 74 et 75 : C. Ri-chards/National Geographic. P. 76 et 77 : K. Gillep-sie/MaxPPP. P. 78

une place Saint-Pierre désertée


et 79 : Minden/Hemis, National Geogra-phic, D. Coker/Barcroft/Abaca. P. 80 et 81 : Y. Chva-nov/Reuters, P. Petit, K.
Langenberger/Arctic-Dreams. P. 82 et 83 : Hemis, Abaca, D. Plichon. P. 84 à 88 : G. Petrovic/Polaris/Starface. P. 90
et 91 à 94 : B. Giroudon, DR. P. 96 à 99 : C. Lee/New York Times/Redux/Rea. P. 101 à 102 : DR. P. 104 et 105 : Getty
Images, DR. P. 106 et 107 : Tag Heuer, Tissot, Bell & Ross, Chopard, DR. P. 108 à 111 : F. Kreiss. P. 112 : DR. P. 114 et
115 : Getty Images, DR. P. 117 à 120 : Getty Images, D. Berthier. P. 122 : H. Tullio. P. 123 : Collec-tion personnelle, DR.
Face à une crise
sans précédent,
emmanuel macron
appelle

La Patrie
à la mobilisation et
à la discipline

en Danger
Gouverner, c’est prévoir. Mais qui aurait pu imaginer
que d’un petit mammifère d’Asie, pangolin ou chauve-
souris, surgirait un fléau qui plongerait la planète dans
une crise sans précédent ? Il y a encore huit semaines,
la France se croyait à l’abri de la contagion. « Les
risques de propagation sont très faibles », annonçait
la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Il aura suffi
d’une rencontre évangélique de deux mille personnes
à Mulhouse pour en décider autrement… « L’ennemi
est là, invisible, qui progresse », martèle aujourd’hui
le président de la République. « L’Etat paiera », « nous
sommes en guerre ». La mobilisation générale des
citoyens est déclarée. Elle ne se traduit pas par une
« levée en masse ». Mais par un confinement de masse.
En direct depuis l’Elysée, lundi 16 mars.
Le chef de l’Etat ne promet pas du sang et des larmes
mais une « vie au ralenti ».
Un patient dans l’unité de
réanimation de l’hôpital Ambroise-Paré,
à Boulogne-Billancourt, le 14 mars.
Le 17, il restait 2 000 lits de réanimation
disponibles en France.

Photo Frédéric Lafargue


Les hôpitaux en détresse demandent des renforts
La peur des soignants : la grande vague. C’est-à-dire l’arrivée massive de cas
graves. Avec un défi capital : éviter la pénurie de respirateurs et la saturation
des unités de soins. C’est pourquoi le gouvernement a décidé d’accélérer les
mesures de rupture sociale. La lutte contre le coronavirus est décrétée urgence
prioritaire. A Paris, 50 % des interventions chirurgicales ont été a­nnulées
pour libérer des lits. Dans le Grand-Est, où les services sont débordés, le
­gouvernement a ordonné le déploiement d’un hôpital de campagne des armées.
Des renforts sont appelés dans tout le pays. Internes, infirmiers en formation
et médecins retraités se mobilisent pour rejoindre les membres du personnel
épuisés, mais dévoués. En pleine crise, ils font de leur serment un sacerdoce.
Pour la première fois, on s’en va sans connaître sa date de retour. Face à la
menace, chacun sa méthode. Au lendemain des premières mesures du
gouvernement, les Parisiens étaient deux fois moins nombreux dans les
­
transports publics. Par crainte de manquer, des clients ont pris d’assaut les
­supermarchés. Puis, à mesure que la menace de confinement se précisait,
­certains préparaient leur fuite. Ceux-là n’ont même pas attendu la fin du
­discours présidentiel pour se précipiter dans leur voiture. L’espace de vie se
réduit… mais la générosité gagne du terrain. On propose aux plus ­vulnérables
de faire des courses, aux parents de garder leurs enfants. Des groupes
­fleurissent sur les réseaux sociaux pour multiplier les initiatives solidaires. Il n’est
pas dit que les villes désertes nous feront oublier un quotidien à visage humain.
16 mars 2020, le nouvel exode
Porte d’Auteuil,
vers l’autoroute de l’Ouest, ce lundi à 20 h 30.

Photo Philippe Petit


Paris, saint-tropez,
Strasbourg... Villes mortes
Les Champs-Elysées désertés. L’avenue qui ne
dormait jamais… Fini les 100 000 promeneurs, le
magasin Louis Vuitton toise un désert. Le groupe de
luxe LVMH s’est lancé dans la fabrication de
gel hydroalcoolique gratuit pour les hôpitaux.

Saint-Tropez oublié. Les beaux jours arrivent mais


les glaciers sont fermés. Le tourisme français est l’une des premières
victimes de l’épidémie. Un manque à gagner estimé à
10 milliards d’euros pour les quatre premiers mois de l’année.
Le Louvre pétrifié. Depuis le 13 mars au soir,
un silence de cathédrale règne sur le musée le plus fréquenté
du monde (près de 10 millions de visiteurs en 2019).
Avec lui, ce sont les mondes de la culture et du spectacle
qui sont, tout entier, entrés en hibernation.

la cathédrale abandonnée. Ce n’est plus l’assemblée des fidèles.


A Strasbourg comme ailleurs, plus aucun office n’est désormais
célébré, même si les bâtiments restent ouverts. Seules cérémonies acceptées :
les obsèques, à condition d’accueillir moins de 100 personnes.
L’épreuve des courses.
Dans ce supermarché parisien,
pas plus de 30 clients à la fois,
le 16 mars.

Municipales sous désinfectant.


Le 15 mars, à Mulhouse. Dans la
ville devenue un foyer majeur de contamination,
l’abstention s’élève à 73,96 %.

Les masques font leur apparition.


Dans les supermarch s l’angoisse du
manque se mue en hyst rie
Par Nicolas Delesalle et Bruno Jeudy

’histoire retiendra qu’avant la guerre il y aura eu la drôle marchés, la grande bataille du papier toilette bat son plein et la
de guerre. Dimanche 15 mars, jour du premier tour des guerre des pâtes est déclarée. Les rayons sont vidés en un clin
élections municipales, un soleil menteur inonde Paris et d’œil. « Inutile d’acheter 60 rouleaux de PQ : le coronavirus ne
les rues sont bondées. Le premier message d’alerte d’Em- file pas la diarrhée », s’énerve l’Intermarché de Magnac-Laval
manuel Macron n’a pas trois jours. La veille, le Premier dans un post Facebook devenu viral. A Bordeaux, Nantes ou
ministre Edouard P ­ hilippe a ordonné la fermeture de tous Marseille, des chariots de survivalistes amateurs débordent de
les restaurants et bars de France. A Rennes, dans la « rue denrées en tout genre, gel douche pour tenir un siège, tampons
de la soif », les fêtards ont éclusé leur dernière bière pour un gynécée entier, dentifrice pour une colonie de vacances.
« avant la fin du monde » en ignorant les supplications Tout le monde joue son mauvais rôle dans le film catastrophe
des médecins des services de réanimation de la région Grand- qu’il a déjà vu cent fois au cinéma. Chacun pour soi et sauve qui
Est qui viennent encore de tirer la sonnette d’alarme : l’afflux peut. Egoïsme, inconséquence, peur. Courage et solidarité aussi.
des patients ne tarit pas, la courbe est exponentielle. « Restez Souvent sans masque, sans gant, les caissières bipent les produits
chez vous », répètent-ils dans les médias, sur les réseaux sociaux. à la chaîne. A Paris, rue de Belleville, des passants donnent une
Il faut à tout prix contrôler l’épidémie. Pourtant, ce dimanche, partie de leur butin à deux SDF. Monique Rolland, déléguée
les parcs pullulent de promeneurs, les marchés sont noirs de départementale de l’Ordre de Malte dans le Var, s’inquiète de
monde. La France cigale chante sous les rayons du printemps. A devoir suspendre les maraudes, faute d’équipements pour pro-
Paris, les couples s’enlacent sur le canal Saint-Martin. Place des téger ses bénévoles. « Les personnes en grande précarité sont en
Fêtes, les maraîchers jouent la comédie séculaire de la vente à la danger de par leurs conditions de vie, de promiscuité et surtout
criée, « 2 euros la barquette de fraises ! Allez 2 euros ! ». D’étal en d’hygiène déplorable. » Afin d’accueillir au mieux les clients vul-
étal, les chalands se frôlent, se touchent, postillonnent, incons- nérables, certains magasins ont décidé de leur réserver des cré-
cients, comme si cette journée était l’ultime bulle de joie avant neaux d’ouverture. C’est le cas de l’Intermarché de Venelles. « A
les ténèbres et qu’il fallait en profiter jusqu’à la dernière goutte, partir du mercredi 18 mars nous accueillons les personnes vulné-
repousser le plus longtemps possible la nouvelle réalité. A rables (personnes âgées de plus de 70 ans et femmes enceintes)
quel prix ? ­Combien d’entre eux, sans le savoir, transportent le en magasin de 8 heures à 8 h 30 pour éviter tout contact avec la
virus ? Ici, la viande rouge est bradée – « vous pouvez congeler population ! »
les bavettes, on ne sait pas quand on reviendra » –, là, les huîtres Les plateformes de commerce en ligne sont elles aussi satu-
s’entassent dans les sacs plastique : « Je vous ai mis une douzaine rées, au point d’entraîner le blocage de plusieurs sites. Chez Darty,
généreuse. » Le sourire en coin de l’ostréiculteur contient à lui on enregistre +230 % d’activité : les acheteurs se ruent sur les…
seul deux mille ans d’espièglerie et de désobéissance hexago- congélateurs. La folie est parfois rationnelle. Il faut bien conser-
nale. Mais l’angoisse est bien présente, elle aussi. Dans les hyper- ver toute cette nourriture surnuméraire. Les professionnels du

52 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
secteur ne cessent pourtant de le répéter : « Il n’y a pas de risque Un bon Tweet vaut mieux parfois que tous les discours :
de pénurie. » Et d’ajouter : « Nous, acteurs responsables et unis de « Sauvez des vies, restez chez vous. » Avec ces six mots lâchés
l’alimentation des Français, agriculteurs, éleveurs, ­coopératives, sur le réseau social lundi soir, Emmanuel Macron met fin à la
entreprises alimentaires et distributeurs, nous mobilisons pour récréation. Il résume son but de guerre. Celle qu’il vient de
continuer à fournir aux Français les produits alimentaires néces- déclencher deux heures plus tôt à la télévision. « Nous sommes
saires, dans le contexte de crise du coronavirus qui impacte aussi en guerre sanitaire », martèle-t-il à six reprises devant 35 millions
notre secteur. » Dans les allées, l’angoisse du manque se mue par- de Français. Pour la deuxième fois en cinq jours, le président de
fois en hystérie collective. A Buchelay, dans les ­Yvelines, certains la République annonce des mesures pour enrayer la propaga-
clients d’Auchan en sont venus aux mains pour le dernier paquet tion du coronavirus. Enfilant les habits de chef de guerre, il ne
de pâtes. Même scénario en Corse où des mesures ont dû être fait pas cette fois dans la demi-mesure. Le ton est plus martial,
prises dans les supermarchés. même s’il n’emploie pas le mot de confinement. Ses ministres –
Lundi, l’hypothèse du confinement a encore grossi sur les Christophe Castaner en tête – le feront pour lui dans les heures
réseaux sociaux et à la télévision. La frénésie bat son plein et qui suivent. C’est pourtant bel et bien un quasi-confinement que
on trouve des queues interminables devant chaque grande sur- le chef de l’Etat décrète. Avec à la clé une restriction sévère des
face. A Besançon, un magasin ne fait rentrer que 100 personnes déplacements de la population unique dans l’histoire récente
à la fois pour respecter les consignes sanitaires imposées par le de la France. Atterré par l’indiscipline des Français, l’exécu-
gouvernement : 1 mètre entre chaque client. tif a pris le mors aux dents. Emmanuel
Dans la queue, un homme s’énerve au télé-
phone. Il explique à sa femme qu’il ne peut
Jusqu’au bout, Macron s’est résigné à adopter les mesures
en vigueur en Italie depuis dix jours et en
pas entrer, en criant : « Il y en a 100 devant la france cigale Espagne depuis une semaine. Les mêmes
moi, merci les Chinois ! » Pour la première a chanté sous les rayons mesures qu’il espérait éviter et que certains
fois, les masques font leur apparition dans
l’espace public, comme en Chine. A Saint-
du printemps de ses ministres avaient moquées. Résul-
tat : il est interdit depuis mardi midi et pour
Barthélemy-d’­Anjou, l’usine Kolmi-Hopen une période de « quinze jours au moins » de
tourne à plein régime pour son seul client depuis le 3 mars : l’Etat sortir de chez soi. Seuls déplacements autorisés : les courses ali-
français. Chaque jour, un million de masques chirurgicaux et mentaires, les rendez-vous médicaux, les trajets ­domicile-travail,
respiratoires, les FFP2, à très haut niveau de filtration, sortent sortir son chien et s’aérer mais seul. Depuis mardi, 100 0 00 poli-
des chaînes et sont réquisitionnés pour en assurer l’accès prio- ciers et gendarmes veillent au respect des règles sanitaires et
ritaire aux professionnels de santé et aux patients atteints par ont reçu l’ordre d’établir des PV. Gare aux contrevenants qui
la maladie. A Paris, l’ambiance a changé. Beaucoup de citadins risquent une amende de 135 euros.
fuient la ville pour aller se mettre au vert. Les gares débordent, Entre chef de guerre et chef de famille, Emmanuel Macron a
les trains sont pris d’assaut. Les sorties de la capitale sont bou- déployé la panoplie des grands mots : « Nous gagnerons », « nous
chées. Au risque d’aller disséminer un peu plus le virus partout y arriverons », « ne nous laissons pas impressionner », « hissons-
où il n’était pas encore. nous à la hauteur ». Un peu comme François Mitterrand pen-
dant la guerre du Golfe au début des années 1990, il a promis
de revenir à la télé pour faire régulièrement le point sur cette
lutte contre la pandémie qui a déjà fait des milliers de victimes,
dont près de deux cents morts. Sans compter les six cents per-
sonnes placées en réanimation.
Avant de lancer son offensive, le président a consulté ses
prédécesseurs pour mettre le pays derrière lui. S’il entretient une
relation cordiale avec Nicolas Sarkozy, il a pris le temps d’ap-
peler exceptionnellement François Hollande. Il a aussi obtenu
l’approbation des présidents des Assemblées et des chefs de
parti pour reporter le second tour des municipales en juin. Et
pour enfoncer le clou de l’union nationale, il a même suspendu
les réformes en cours. Notamment le très controversé projet de
loi sur les retraites. Une réforme qui a jeté, entre décembre et
janvier, des centaines de milliers de Français dans les rues. Le
coronavirus plus fort que la CGT de Philippe ­Martinez ! Un
peu plus tôt, sa ministre du Travail, Muriel Pénicaud, avait mis
entre parenthèses l’application des nouvelles règles très strictes
de l’assurance chômage.
Mais Emmanuel Macron a encore surpris en annonçant
Vainqueur et confiné. que « l’Etat paiera » quoi qu’il en coûte jusqu’aux « factures de
Le ministre de la Culture, gaz et d’eau » que les plus précaires ne pourraient pas régler.
Franck Riester, isolé pour L’armée est enfin réquisitionnée pour aider aux transports des
cause de contamination, malades et pour déployer un hôpital militaire de campagne en
apprend, le 15 mars Alsace, où le bilan humain est le plus lourd à ce jour. A la guerre
à 19 h 30, son élection à la comme à la guerre. n
mairie de Coulommiers.  @JeudyBruno @KoliaDelesalle

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 53
« on va etre
Dès le 5 mars, la région du Grand-Est tirait le signal
d’alarme. Une semaine plus tard, dans le Haut-Rhin, les capaci-

d bord . on dort peu,


tés d’accueil des malades gravement atteints arrivaient à satura-
tion. A Mulhouse, le 16 mars, l’hôpital Emile-Muller annonçait
20 décès et 11 transferts de patients en hélicoptère en seulement

on r fl chit
trois jours. « La nouveauté, c’est l’arrivée de patients plus jeunes,
entre 30 et 50 ans, qu’il faut intuber d’urgence », témoigne Jean
Rottner, président de la région Grand-Est et… urgentiste, encore
de garde le 14 mars. Masques, gel, gants, appareils respiratoires :

beaucoup »
le matériel manque. Le personnel soignant est épuisé. Quarante
patients ont été guéris en une semaine, mais même les bonnes
nouvelles n’arrivent plus à faire le poids : à l’extérieur de l’hôpital,

Elie Azoulay
des étudiantes infirmières volontaires fondent en larmes, sidé-
rées par ce qui semble n’être que la première vague du tsunami.
« On va être débordés, on le sait. Alors, ces derniers jours,
nous avons multiplié les réunions de concertation, jusqu’à cinq
Professeur à l’hôpital Saint-Louis en l’espace de douze heures. On dort peu, on réfléchit beau-
coup », confie Elie Azoulay, professeur en médecine intensive
et réanimation à l’hôpital Saint-Louis. Ce week-end des 14 et
Par Florence Broizat 15 mars, à Paris comme ailleurs, la résistance hospitalière s’or-
ganise. Avec un seul mot d’ordre : diluer dans le temps le pic de
l’épidémie afin d’éviter l’engorgement des hôpitaux publics, qui
« n est dans une bataille contre la mort, vous comprenez ? assurent 90 % des soins intensifs. En première ligne, les services
La marée noire va arriver. Alors quand hier j’ai vu tous de réanimation. Le 15 mars, 400 patients Covid y étaient hospi-
ces Parisiens dehors… Ils ne se rendent pas compte. » Ce talisés. La veille, ils étaient 300. La flambée est exponentielle. En
lundi 16 mars, le Pr Alexandre Mebazaa ne trouve plus une poignée de jours, le fonctionnement hospitalier est repensé
les mots. Le chef de service en anesthésie-­réanimation de fond en comble : il s’agit de faire passer le nombre de lits en
de l’hôpital Lariboisière n’a pas le goût des tragédies. soins intensifs, ordinairement de 5 500 dans l’Hexagone, à 15 000.
Mais il lui arrive de les affronter. Le 13 novembre 2015 En Ile-de-France, l’agence régionale de santé se montre intrai-
par exemple, quand il lui a fallu diriger des secours table : certains hôpitaux ou cliniques privées sont sommés de
confrontés à un afflux inédit de blessés. Pour les services prendre en charge les malades d’autres établissements pour libé-
parisiens de réanimation, cette nuit d’horreur, riche en ensei- rer de l’espace. A la Pitié-Salpêtrière, Saint-Antoine et Tenon, les
gnements, a posé les fondations d’une organisation martiale, la services de réa vont disposer d’environ 200 lits. Celui de Bichat,
seule qui puisse fonctionner en état d’urgence. « Mais ce qui se qui accueille déjà 80 cas graves, se prépare à monter en puissance.
passe là va durer plus que quelques heures. Plusieurs semaines. Ici, le taux de mortalité des patients Covid reste très proche des
Deux mois peut-être, précise Mebazaa sur un ton calme. On doit pathologies graves traitées habituellement en réa, entre 20 % et
être prêts. On doit s’armer. » 40 %. Mais leurs protocoles sont plus lourds, et la longue durée
Ce 16 mars, la France compte 6 633 cas de contamination d’hospitalisation – jusqu’à 20 jours de réanimation – ralentit le
avérés. Quatre fois plus que la semaine précédente. Désormais, taux de rotation des lits. L’ennemi, c’est le rush incontrôlé… et
148  personnes ont succombé au Sars-CoV-2… contre 25, du coup incontrôlable. L’approvisionnement en respirateurs arti-
huit jours plus tôt. En Italie, le nombre de morts – 2 158 au ficiels sera alors crucial. L’Ile-de-France en p ­ ossède 1 600, mais
16 mars – a quasiment été multiplié par cinq en une semaine. tous ne sont pas des respirateurs de réanimation. La France ne
Les trois quarts des décès sont advenus en ­Lombardie, cette fera face que si l’augmentation de la demande est progressive,
région du Nord qui, contrairement au sud du pays, dispose d’un afin que les fournisseurs, principalement étrangers, suivent.
matériel hospitalier high-tech semblable au nôtre. En quelques Les interventions chirurgicales non urgentes sont désormais
jours, ses services de réanimation ont été submergés. Certes, reportées. Pour limiter le risque de contamination, la plupart des
la pyramide des âges italienne est plus élevée que chez nous,
le nombre de lits disponibles moins important (2,6 lits pour
1 000 habitants contre 3,1 lits en France, selon le panorama santé
de l’OCDE 2019). Certes, les habitudes des patients italiens, qui
sautent volontiers la case généraliste pour gagner directement
les hôpitaux, ont transformé ces derniers en foyers de conta-
mination géants. N’empêche, la Botte reste pour l’instant le
seul modèle européen d’un événement jamais vu. Comme un
avant-goût de ce qui pourrait arriver en France, si des mesures
sérieuses n’étaient pas prises. Dimanche 15 mars, le siège de
l’AP-HP diffusait à son personnel un mail de mise en garde aux
propos ­alarmistes, fondés sur « des données robustes ». Celles-ci
dessinent « une crise sans précédent » qui, en l’absence totale
de mesures de confinement, pourrait toucher 30 millions de
­Français, avec un pic mi-mai. Au bord de la rupture. Le « centre 15 » du Samu
mulhousien, le 16 mars. Une deuxième salle de régulation
téléphonique a été installée à l’hôpital Emile-Muller.
54 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
Production d’urgence
de solution hydroalcoolique
dans un laboratoire parisien,
le 13 mars.

Soins intensifs
à l’hôpital Bichat,
à Paris, le 13 mars.
Le lendemain,
la France comptera
300 malades
en réanimation.

39 hôpitaux de l’AP-HP ont mis en place un fonctionnement s’organisent. Les équipes du Samu de Paris sont ainsi secondées
compartimenté en créant des services « propres » – en jargon par des membres d’ONG formés pour évaluer et transporter
médical – destinés aux patients lambda, et des services « sales » des malades. Partout des internes, des étudiants en médecine,
dédiés aux « Covid » et réquisitionnés en fonction d’un critère des élèves infirmiers se préparent, sur la base du volontariat,
de compétence : en priorité ceux des maladies infectieuses, de à appuyer les équipes. Des médecins partis dans le privé anti-
pneumologie, de médecine interne. Là, des pharmacies entières cipent l’appel. Actuellement, les services de réa fonctionnent
ont dû parfois être recréées, avec des stocks augmentés d’anti- avec deux infirmières pour cinq malades. Pour éviter la contami-
biotiques, de réserves d’oxygène, de pompes à morphine et de nation, un patient Covid nécessite plus de « gestes ». Le ratio pas-
paracétamol. A la Pitié-Salpêtrière, les portes du service de réa sera alors à deux infirmières pour trois malades. A L ­ ariboisière,
restent constamment ouvertes pour éviter le contact avec les d’anciens et futurs infirmiers anesthésistes reçoivent déjà des
poignées – par ailleurs désinfectées toutes les deux heures. Les formations en accéléré.
échanges d’informations entre la France et l’Italie, entre les hôpi- « Seule une organisation quasi militaire nous sauvera,
taux parisiens et de province se multiplient. Les armes se four- témoigne un professeur d’anesthésie-réanimation de la Pitié-
bissent, les troupes se mettent en rang. Le 16 mars, un ­hospitalier Salpêtrière. Nous sommes en guerre ! On se demande si on ne
résumait la situation : « On est en position, on sait qu’on devra va pas tous finir avec des troubles de stress post-traumatique,
ajuster au jour le jour. Mais, pour le moment, on attend de décou- comme les vétérans… La détresse psychologique, c’est la seule
vrir l’ampleur de la baffe qu’on va se prendre… C’est le calme chose pour laquelle nous ne sommes pas encore prêts. » Si les ser-
avant la tempête. » vices de réanimation venaient à saturer,
Dans cette guerre inédite, les ser- Déjà l’hôpital la question du tri entre malades pourrait
vices d’urgence ont fait office d’éclai- s’organise en services alors, comme en Italie, se poser. Ce n’est
reurs. Ils sont les premiers à avoir pris le
pouls du phénomène. Le Covid-19 fait
« propres » et en services pas encore le cas, mais le sujet émerge
déjà lors des réunions. Et le vertige est
son entrée au 15 de Paris début février. « sales », dédiés au COVID là. « On flippe tous de devoir adminis-
Le coronavirus concerne alors une cen- trer des soins palliatifs à des gens qui, en
taine d’appels sur les 2 500 quotidiens. Dès l’identification de temps normal, seraient envoyés en réa », explique un membre de
cas graves en I­ talie, le 23 février, ils grimpent à 10 000 par jour. l’AP-HP. Des cellules de soutien et le renforcement des prises de
« Notre m ­ ission, c’est d’éviter que les gens potentiellement décision collégiales sont à l’étude pour poser un cadre éthique
porteurs aillent contaminer les services d’urgence », explique autant que médical, et limiter le sentiment de culpabilité chez les
le Pr Pierre Carli, chef du Samu de Paris. Une opération de soignants confrontés à de tels choix. L’interdiction des visites des
triage qui fait gagner aux malades graves – et aux hôpitaux – proches de patients Covid sérieux ou en fin de vie a déjà suscité
un temps précieux. Ici, personne n’a encore fait valoir son droit un choc chez beaucoup d’entre eux. ­Certains se déclarent prêts
de retrait. « Chez nous non plus, note Enrique Casalino, patron à braver cette nouvelle règle, jugée déshumanisante, sans pour
des urgences de Bichat. On constate au contraire une réduc- autant transiger sur la vigilance.
tion de l’absentéisme habituel, preuve de l’engagement des soi- Le plus grand espoir des soldats en blouse blanche repose
gnants. Mais nous avons installé une cellule “burn-out”.Dans ce sur la discipline. La leur… mais plus encore la nôtre. Celle des
marathon, le risque, c’est que les équipes s’épuisent. » Malgré citoyens français, qu’ils appellent à une mobilisation massive.
les mesures de précaution, tous n’échapperont pas au virus. Le Un graphique récent, qui circule dans le milieu médical, est
13 mars, une soixantaine de membres de l’AP-HP, testés positif, sur ce point éloquent. Il compare l’expansion de l’épidémie
étaient déjà placés en quarantaine. dans les villes lombardes de Bergame et Lodi. Dans cette der-
La contamination du personnel soignant, voilà l’autre nière, où le premier cas italien a été diagnostiqué, le confine-
grande menace. En Lombardie, elle a touché 10 % des effec- ment a été immédiat et drastique : dix jours plus tard, la courbe
tifs. LVMH a beau vouloir consacrer trois de ses sites de produc- de ­contamination stoppait net son ascension. n
tion à la fabrication massive de gel hydroalcoolique destiné aux Enquête Arnaud Bizot, Sophie des Déserts, Caroline Fontaine,
hôpitaux, cela pourrait ne pas suffire… Là encore, les renforts Gaëlle Legenne et Juliette Pelerin

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 55
Michel
Cymes
Docteur
Confiance
Les sujets médicaux les plus sérieux n’échappent
pas à son humour. Pourtant, avec le Covid-19, le
Dr Good, comme on l’appelle sur son site Internet, est
sous ­pression. Celui qui sait être savant sans jamais
être pédant et informer sans faire monter la panique
n’ignore pas que les Français sont, plus que jamais,
­suspendus à ses lèvres. En quelques jours, il est devenu
l’homme le plus écouté du pays. Un hyperactif qui
­présente cinq émissions à la télé, une chronique quo-
tidienne sur RTL, anime des conférences, dirige trois
journaux médicaux grand public. Pas de quoi lui faire
oublier sa première passion : ses consultations ORL à
l’­hôpital européen Georges-Pompidou. Ni l’empêcher
de cultiver ses vignes dans le Var, où il nous a reçus.
A la radio comme à la télévision,
l’ORL est devenu le médecin
de famille de la France.
Face au virus, il appelle au calme
et à la discipline
A l’enregistrement de « Ça ne sortira pas d’ici ! »,
son talk-show hebdomadaire sur France 2, le 3 mars.
Ce jour-là, il enchaînera avec le
direct « Coronavirus, posez vos questions ».
Photos Vlada Krassilnikova
A son bureau
d’Issy-les-Moulineaux, dans
son fauteuil PSG.
Il est sociétaire du club
parisien depuis 1974.
Au mur, sa photo à vélo.

Le cyclisme est une autre passion.


En vacances, Michel Cymes s’entraîne
chaque jour.
«En ce moment, mon cabinet
compte 60 millions de patients.
Je bosse comme un fou
pour n’être pas approximatif »
Par Emilie Lanez

M
ichel Cymes se lave ­réactiver son compte et ­diffuser des
les mains toutes les messages sanitaires ? Michel Cymes
heures, ­ s ’interdit la accepte, enchaînant télévisions et radios,
bise et, depuis jeudi virevoltant sur son scooter, le bras droit
dernier, porte un bandé depuis qu’il s’est claqué le tendon
masque chirurgical au ski. Dès qu’il est sur un plateau, les
lors de ses deux mati- audiences, dopées par l’anxiété collec-
nées hebdomadaires tive, caracolent : 2,9 millions de téléspec-
de consultation à tateurs devant « Quotidien » sur TMC le
l’hôpital Georges-Pompidou. Levé dès 10 mars, autant le 3 mars pour la spé-
5 heures, le médecin s’informe, via divers ciale de France 2, et 5 millions de vues
sites médicaux, des évolutions de l’épi- sur Konbini. Si la crise sanitaire explique
démie ; il sait que toutes les questions, les ce besoin d’explications, pourquoi ­est-ce
plus délirantes comme les plus sérieuses, lui, l’ex-ORL d’Antony aux sourcils
lui seront posées. « Ma responsabilité est ­dansants, que les Français écoutent ?
énorme. Je bosse comme un fou pour Comment Michel Cymes est-il devenu
ne jamais être approximatif », confie-­ notre blouse blanche nationale ?
t-il. Ayant ainsi lu qu’on soupçonne la
­climatisation de favoriser la diffusion du interrogé sur lénine
virus, il appelle une virologue puis ­vérifie
auprès de l’Institut Pasteur et é­ labore
à l’oral de rattrapage du
une réponse, nourrie des ­d ernières bac, il obtient un 6 sur 20
connaissances acquises dans cette course
effrénée entre la science internationale Son histoire est celle d’une répa-
et le virus à couronne, cette minuscule ration. Dans le salon d’un apparte-
terreur galopant autour de la planète. ment minuscule, rue Myrha, dans le
« Tout le monde est inquiet et les gens XVIIIe arrondissement de Paris, Michel
me font confiance, explique-t-il. Or, je ne partage sa chambre – et un lit escamo-
suis qu’un passeur. Mon boulot consiste à table – avec Franck, né neuf ans après Un talent très particulier pour
chercher des sources fiables et les parta- lui. Le soir, les deux frangins jouent au décontracter l’ambiance, même à l’hôpital.
ger. En ce moment, mon c­ abinet compte foot en tapant une balle de papier contre
60 millions de p ­ ersonnes. » les murs. Les machines à coudre de ­ atricia Chalon, p
P ­ résidente de l’associa-
Michel Cymes, qu’on écoutait le leur père, Nathan Cymes, tailleur dans tion Enfance Majuscule. L’attente exi-
matin sur RTL raconter, de sa voix de le ­Sentier, ronronnent dans le salon. geante de ces parents blessés pèse sur
basse, qu’il convient d’éviter de casser Homme joyeux et ­bosseur ­frénétique, le jeune élève dissipé. Il doit passer son
des noisettes avec les dents ou d’uti- Nathan se fait appeler Jeannot depuis bac au rattrapage, mais, interrogé sur
liser son Smartphone aux toilettes, la qu’un ­gendarme français a frappé à la la politique économique de Lénine, il
position assise favorisant les hémor- porte, un matin de 1942, l’enjoignant écope d’un fatal 6 sur 20. « J’étais déses-
roïdes, se révèle aujourd’hui bien plus lui et sa mère, Glika, de se cacher dans péré. Mes parents m’attendaient, fous de
qu’un simple animateur rigolo. « Il est des cartons. Chaïm Cymes, son père, joie que le premier Cymes obtienne le
le docteur de la France », selon son frère arrêté et conduit au g­ ymnase Japy, a été bac. » Aujourd’hui encore, il se demande
Franck Cymes. Le docteur de la France ? déporté à ­Auschwitz. La guerre achevée, pourquoi l’examinatrice l’a si durement
En tout cas, celui dont chaque prise de ­Jeannot épouse une fille de déporté, noté, refusant d’envisager que l’étoile
parole pèse lourd. Le week-end ­dernier, Annette C ­ hochembaum. « Depuis sa de David, qu’il portait autour du cou à
la responsable des grands comptes sur naissance, Michel a une ­mission : il doit l’époque, ait pu l­ ’indisposer à son égard.
Facebook l’a contacté : ­ v oudrait-il vivre, il doit ­réussir », ­analyse son amie « Rétrospectivement, ce fut (Suite page 60)

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 59
le plus extraordinaire coup de pied au lui fait observer qu’il devrait essayer vers le ciel, il apostrophe son grand-père
derrière », car il décide de conjurer sa la radio, il adresse quelques pastilles Chaïm : « Ces Français qui t’ont déporté
désinvolture. « Truc de dingue, le gars à Autoroute FM, qui les refuse, puis à il y a soixante-quinze ans, eh bien ! ils
qui a redoublé son bac réussit médecine France Info, qui l’engage. Son ton débon- m’aiment… » La prière impulsive d’un
du premier coup », raconte ­Laurence naire, ses blagues potaches et cette péda- homme dont la foi se borne à célébrer
­Ferrari, son amie depuis trente ans. gogie constante séduisent. Il enchaîne Kippour et à verser de l’argent à la syna-
« Mes parents voulaient le meilleur pour avec une chronique dans « Télématin », gogue de Saint-Cloud. « Cette notoriété
nous. Nous devions accéder à une pro- puis avec « Le journal de la santé », qui un peu dingue m’a secoué. Il fallait en
fession prestigieuse », explique Franck deviendra « Le magazine de la santé » : faire quelque chose. Je me suis dit que
Cymes. Michel veut devenir chirurgien. vingt ans d’émissions sur France 2, au j’avais étudié médecine pour que les
Un métier qui brille, un métier qui succès exponentiel. « Son naturel séduit. gens aillent mieux. » C’est alors que naît
émeuve la grand-mère chérie, Glika, Il est le bon pote qui raconte simple- son virage, critiqué, vers la prévention et
qui ­soutient financièrement ses études. ment mais rigoureusement l’informa- le bien-être. « Michel promeut le sport,
­Patatras ! il est recalé au concours. Sauf tion médicale », analyse son producteur le sommeil. C’est sympa mais il s’éloigne
que le quota d’étudiants étrangers admis historique, Christian Gerin, avec qui il de la pure médecine », observe Gérald
a été dépassé ; onze recalés sont repê- a créé la société audiovisuelle 17 Juin. Kierzek, urgentiste, intervenant dans le
chés, et Michel Cymes est le onzième. « Le succès est venu très lentement, c’est groupe TF1. « Il martèle des messages
Ses parents sablent le champagne. pourquoi il dure », croit, pour sa part, d’hygiène de vie, certes, mais ses infor-
Le jeune médecin ouvre à Antony Michel Cymes. mations sont scientifiques », tranche
un cabinet ORL avec un copain de Quand, en 2016, il s’installe dans le Jean-François Lemoine, ancien chroni-
­collège, Jacky. Il découvre qu’il aime classement des personnalités préférées queur médical sur Europe 1.
expliquer sa science et dessine une des lecteurs du « Journal du dimanche », « Michel marche sur un fil. Il fait
bande dessinée sur l’otite séreuse, il emmène son second fils, Martin, au de la voltige mais ne tombe jamais »,
qu’il vend à un ­laboratoire. Lorsqu’un gymnase Japy. Et là, debout au milieu observe une amie historique. La ­voltige,
­journaliste, croisé lors d’un rallye auto, du bâtiment, agitant l’hebdomadaire c’est l’humour carabin qu’il pousse
jusqu’au précipice, s’aventurant à racon-

Il marche sur un fil


ter, assis à la table de François Hollande
lors d’un dîner de gala au château de
Versailles, la blague de la femme dont
le sexe sent l’oignon. Silence s­ tupéfié,

et fait de la voltige
puis le président éclate de rire. La
­voltige, c’est aussi le développement
commercial de son image, à laquelle le

avec l’humour carabin


Conseil de l’ordre n’a jamais trouvé à
redire. En 2014, son frère, ex-directeur
des droits dérivés à France Télévisions,
lui propose de devenir « une marque de

mais ne tombe jamais


confiance ». Ensemble, ils lancent Club
Prévention Santé, une société donnant
des c­ onférences, gratuites pour le public,

A g. : en compagnie
d’Adriana Karembeu,
avec qui il présente
« Les pouvoirs
extraordinaires du corps
humain ». Ses premières
chroniques télévisées
remontent à 1991.
A dr. : aux commandes
de l’émission spéciale
de France 2 « Coronavirus,
posez vos questions ».
Avec sa complice Emma
Strack, le 3 mars.

6 0 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
durant lesquelles le Dr Cymes invite à une émission vulgaire ou le sermon- Première bouteille de rosé issu de leurs vignes !
« devenir acteur de sa santé ». Soixante- nant pour telle plaisanterie déplacée. Avec Nathalie, son épouse, dans leur domaine près de
cinq conférences en cinq ans, ­financées « Michel a besoin de ses amis sûrs qui Draguignan, vendredi 13 mars.
par Harmonie Mutuelle. « On a inventé l’ont vu grandir. Ils l’empêchent de Pas mauvaise non plus l’huile d’olive bio sur un morceau
le show médical », se félicite Franck. changer », observe Anne, qui l’a connu de baguette. Elle aussi est produite dans sa propriété.
Puis ils créent un magazine « Préven- coopérant à l’hôpital de Dakar. « Ils sont
tion et bien-être », titré « Dr. Good », ma garde rapprochée. Si je prends un duquel ces messieurs cuisinent à tour
bimensuel vendu à 210 000 exem- centimètre de périmètre crânien, ils me de rôle tripes, rognons et andouillettes.
plaires. Suivront « Dr. Good ! C’est tapent dessus », commente Cymes. Outre la bonne bouffe, le sport, passion
bon ! », ­spécialisé en nutrition, puis A ce noyau originel se sont agré- atavique contrariée. Quand un recruteur
« Dr. Good ! Kids », le tout racheté par gés, voici vingt ans, un ancien joueur du PSG frappa dans les années 1970 à
Reworld Media. « On gagne de l’argent, ­p rofessionnel de rugby, Christophe la porte de l’appartement familial pour
et alors ? Michel contrôle tout ! Il valide Brun, rencontré « nu dans les vestiaires obtenir que Franck devienne profes-
chaque page de pub et interdit celles du Racing », et le journaliste Patrice sionnel, Mme Cymes le chassa du salon.
des ­l aboratoires ­p harmaceutiques  », Romedenne, corédacteur de ses livres Le foot n’est pas un métier. Conscients
plaide Franck Cymes. « Si Michel vou- best-sellers. Et c’est tous ensemble, que rien n’ébranlerait leur mère, les
lait faire f­ ortune, il aurait quitté depuis deux frères sont devenus sociétaires
­longtemps la t­élévision publique. Il a Au sein du club Abats, il du club parisien, dont ils ne manquent
refusé des ­propositions mirobolantes »,
renchérit Christian Gerin.
cuisine tripes, andouillettes aucun match. Michel Cymes embar-
quera dans le jet privé de Nagui pour
« L’avantage de gagner beaucoup, et rognons avec ses copains assister, en Russie, au match France-­
c’est qu’on peut ne plus penser à l’ar- Argentine de la Coupe du monde. Leur
gent et partager avec ceux qu’on aime », accompagnés de leurs épouses, que les père a couru son premier marathon à
commente Michel Cymes. Qui, à 62 ans, membres de la bande Cymes skient 70 ans et aligne encore trois footings par
vit, chante, danse, travaille et écrit des chaque année à La Clusaz, fêtent les semaine. Quant à Michel, il a grimpé à
livres, entouré d’une poignée d’amis 60 ans de Michel sur une île des Baléares, vélo le mont ­Ventoux et pédalé 750 kilo-
dont la plupart l’ont connu gamin. enchaînent les soirées déguisées et mètres entre Paris et le Var, l’été der-
­Patricia ­Chalon est la fille d’un tailleur les concours de karaoké, et l’écoutent nier. « Un ­mental de chien de chasse. Il
du Sentier qui partageait la boutique parfois jouer des chansons de Barbra aurait pu être un sportif de haut niveau »,
de son père ; Jacky, son premier asso- ­Streisand au saxo. L’été, ils partent en assure ­Christophe Brun.
cié en cabinet, est un copain de ­collège ; convoi vers sa maison du Var, où l’épi- Son inébranlable popularité s’ex-
­Mithridade, ­stomatologue et petit-fils curien cultive vigne et ­oliviers. Pilier plique par cette cohérence : Cymes
d’un b­ oulanger iranien, est un ami d’en- de ces retrouvailles, Nathan-­Jeannot, ­pratique ce qu’il prône. « Il ne joue pas
fance. Michel n’a plus quitté Philippe, 87 ans, que l’un ou l’autre des invités les experts, il parle comme un médecin de
généraliste parisien rencontré ­pendant amène en voiture. Le programme est famille », analyse Christophe Brun. Un
l’internat à Chartres, ni ­C hristian, effréné. Lever aux aurores, beaucoup médecin de famille soucieux, concentré,
chirurgien en pédiatrie c­ ardiaque connu de sport, beaucoup de cuisine. Cymes mais écartant la panique. Ayant conseillé
depuis sa coopération au Sénégal. Ces fait les courses tôt le matin. « Et ne lui à sa femme et à ses enfants de ne plus
copains d’avant le surveillent, scru- demandez jamais de rapporter du pain, il ­sortir, il invite les Français au calme et
tant chacune de ses émissions, ­avalant revient avec quinze baguettes », raconte à la discipline. « Soyons sérieux et vigi-
les replays et traquant les rediffusions Christophe Brun. « C’est un viandard, lants. Nous ne risquons pas l’extinction
avant de décrocher leurs portables et il adore la barbaque », précise Christian de la race humaine, mais il faut la jouer
de ­l’agonir d’injures, lui reprochant Gerin, membre du Club Abats, au sein ­collectif.  » n  Emilie Lanez @emilie_lanez

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 61
Ces guerres où se joue notre destin
Après le Nigeria, le Kurdistan et le Donbass,
Bernard-Henri Lévy s’est rendu en Somalie,
dans la Corne de l’Afrique, une de ces zones
sur terre qui échappent à toute autorité.
Depuis trente ans, seigneurs de guerre
et milices islamistes Chababs sèment le chaos
BHL dans l’ancien
hôpital Xooga,
à Mogadiscio.

4/ somalie
Fin du monde
Mogadiscio
La capitale somalienne a gardé son titre de ville la plus
dangereuse du monde : en 1993, les Américains y voyaient
leurs ­soldats traînés dans la poussière par des pick-up, une
page gravée dans les mémoires grâce à un film : « La chute
du Faucon noir ». Pour l’Occident sonnait l’heure du retrait,
et pour les 11 millions de Somaliens, déjà frappés par tous
les fléaux – guerres, sécheresse, corruption, famine –,
se mettait en place un nouveau chaos, version islamiste.
« Les Américains ont tiré la porte et jeté la clé », rappelle
Bernard-Henri Lévy. Depuis, à huis clos, la guerre n’a jamais
­vraiment cessé. Si, aujourd’hui, les « chababs » ont perdu
leur territoire, ils signent toujours des attentats qui riva-
lisent par le nombre de morts. Le pays est quasiment sans
Etat, difficile d’accès. BHL continue à explorer ces enfers
sur terre qui forment les véritables réserves du terrorisme.
Dans les ruines de
la vieille ville, repaire des trafiquants.
Photos Marc Roussel
et Gilles Hertzog
Sous le regard de Richard Rouget (à g.)
et des mercenaires de Bancroft,
une agence de sécurité privée financée
par les Etats-Unis, l’analyse du terrain.

Dans la ville en
ruine où les seuls
occidentaux sont
des mercenaires,
les snipers rôdent
Un tireur d’élite à l’affût
d’un sniper qui a surgi pendant
l’enterrement d’un haut gradé
de l’armée gouvernementale.
L’opération « Jezeera » se déroule.
Les soldats, somaliens et ougandais, sont
à la recherche d’indices qui leur
permettront de localiser les chababs.
L’équipe Bancroft en opération.
On ramasse les drapeaux noirs
des chababs pendant que résonnent
les tirs de mortiers.
’abord, le bleu de l’océan. Le blanc parfait des
­maisons de pêcheurs. Un air, vu du hublot, de
­langueur italienne. Mogadiscio ne veut-il pas
dire, en somalien, le jardin où l’on fait halte
pour un thé ? Mais, à l’atterrissage, ­changement
de décor. Un aéroport comme une f­ orteresse,
cerné de sacs de béton Hesco armaturés de
ferraille, sur lequel les djihadistes d
­A’ l-Chabab
ont encore, hier matin, tiré au mortier. Des
« custom officers » méfiants qui ne vous parlent
pas du coronavirus mais demandent si vous êtes
armé. La ville presque entièrement détruite, avec ses immeubles
soufflés, désossés de leurs fers à béton et de leurs poutres d’acier.
Et, sur la plus haute terrasse de l’ancien hôpital Xooga, où notre
fixeur nous a conduits sans attendre, ceci : ­agenouillé au-dessus
du vide, dans les gravats, un tireur de ­l’armée gouvernementale
à l’affût d’un sniper rebelle qu’a signalé, ce matin, le comité de
quartier. « Les gens d’Al-Chabab ont pourtant quitté la ville »,
dis-je à l’oreille du sergent qui se tient légèrement à l’écart.
« Première nouvelle, répond-il dans un éclat de rire étouffé.
Mogadiscio est une passoire. » Il fait, avec les mains, le geste de
secouer un égouttoir. « Ces terroristes entrent comme ils veulent.
Même ici, au cimetière de l’hôpital, ils attendent que l’enterre-
ment commence et… » Je vois, en contrebas, sous la coupole d’un
arbre à encens, une assemblée de femmes flottant dans leurs
abayas multicolores. Plus loin, devant une tombe, des hommes
en palabre. Et puis, à l’entrée de ce qui pourrait être un terrain
Avec une unité de l’Amisom, vague, un convoi de 4 x 4 qui signale l’éminence du défunt. Mais
la Mission de l’Union africaine en Somalie, le sergent nous entraîne brusquement dans le seul coin de l’esca-
créée en 2007 pour faire la chasse lier que protège un bout de toit. Le gouvernemental tire. Et un
aux djihadistes chababs. pick-up, derrière l’enceinte du cimetière, démarre dans un nuage
de poussière rousse. Lorsque nous redescendons, les femmes,

Je demande
sous l’arbre, n’ont pas bougé.
Le problème, quand on arrive à Mogadiscio, c’est où ­dormir.
L’hôtel Afrik : il a été pulvérisé par un attentat à la v­ oiture

confirmation au
­piégée. Le SYL : il en était, fin décembre, à sa troisième attaque.
Le Sahafi International, qui figure dans les guides du temps
d’avant les chababs : il y a eu un carnage et deux ­Français pris

sergent : « Les Chababs


en otage. Le Central : c’est la réceptionniste elle-même qui a
actionné sa c­ einture piégée. Et quant au Wehliye et au Siyad,

ont quitt la ville ? »


dans la zone verte, près de la présidence, c’est à peine mieux :
deux bombes humaines ont franchi le dispositif de herses et
de chicanes et s’y sont fait péter. La vérité c’est que les hôtels

Dans un clat de rire, Modèle de


différents explosifs,

il me r pond :
les IED (Improvised
Explosive Devices),
ramassés par

« Premi re nouvelle.
l’Amisom
sur la route du sud
vers le Kenya.

Mogadiscio est
une passoire »
De notre envoyé spécial en Somalie
Bernard-Henri Lévy

66 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
sont ­systématiquement ciblés. Car c’est là que, dans ce Grozny
­africain, est bunkérisé tout ce qui s’apparente à un ministre, un
gradé ou un fonctionnaire international. Et la meilleure solu-
tion, c’est encore ce camp, collé à l’aéroport, plus rustique, mais
en retrait de la zone de tir. Sont installés là, dans des conte-
neurs aménagés, à l’abri d’énormes barrières antichars de sable
aggloméré, les officiers ougandais et burundais de la mission de
l’Union africaine (Amisom) venue en soutien d’un gouverne-
ment de transition barricadé dans sa Green Zone. Quelques
auxiliaires diplomatiques et gens de rensei­gnement. Des forces
spéciales italiennes. La poignée de Navy Seals restés après 1997,
le départ officiel des Etats-Unis et la chute de leurs « faucons
noirs ». Quelques chiens de guerre mal identifiés. Et puis les
cent « mentors » de Bancroft, l’agence ­privée américaine, finan-
cée par le département d’Etat, qui ­instruit les commandos
d’élite de l’Amisom et gère cette base droit sortie d’un roman Briefing au camp militaire de Dhagabadan.
de G­ raham Greene ou de Gérard de Villiers. Les commandos d’élite ougandais et un homme de Bancroft préparent une opération
Départ, à l’aube, pour le front de cette drôle de guerre, où pour libérer le dernier pont tenu par les chababs.
ce corps hétéroclite va aller à la rencontre d’une armée d’autant
plus redoutable qu’elle est insaisissable et n’a que la consistance plage où un pêcheur au visage brûlé par le sel et le soleil tient,
des ombres. C’est un colonel ougandais du camp de D ­ hagabadan serré dans ses bras, un thon aux énormes branchies : embarras
qui commande la colonne. Un peloton de reconnaissance soma- quand je lui demande le prix de l’animal ; croyant que je veux
lien prend la tête. Suit un véhicule de protection burundais. Un l’acheter, il fait non de la tête et murmure, en regardant les
blindé Casspir de 11 tonnes, made in South Africa, où nous nous ­soldats, qu’il ne « peut pas » ; les chababs, en réalité, sont moins
entassons dans une chaleur étouffante. Et deux VAB (véhicules partis qu’on ne le dit et ils viendront, à la nuit tombée, taxer le
de l’avant blindé) qui ferment le convoi. Nous nous répétons les vieil homme de la mer ! Et puis une troisième unité, composée
dernières consignes, dans le sas du compound : gare aux bombes d’hommes de Bancroft, escorte Fatimah, l’infirmière qui nous
artisanales, posées par les chababs avant le passage des véhi- accompagne depuis Mogadiscio, jusqu’au dispensaire de pierre
cules et commandées à distance par des déclencheurs d’alerte sèche où patientent une centaine de femmes aux robes bleues,
de motocyclette ; danger des faux check points, improvisés pen- rouges ou jaunes, très gaies, comme le jour de l’enterrement :
dant la nuit, comme, avant-hier à 2 kilomètres de la ville, sur elles racontent les grossesses à répétition ; la violence des maris ;
le ­passage du « deputy commander » du district de Kahda ; et le petit malnutri qui tousse et ne grandit plus. Le mauvais signe,
puis, le pire, c’est le retour, on se croit tiré d’affaire, mais il n’y a c’est que les hommes ne se montrent pas. Sauf un, 50 ans, barbe
qu’une route, les chababs sont repassés derrière, ils l’ont piégée, de salafiste, qui surgit au moment de la distribution de ballons
et boum ! On nous donne un gilet pare-balles plombé jusqu’au aux enfants. « Vous n’avez rien à faire ici, rien, hurle-t-il sur un
menton. Un garrot en Stretch qu’on nous apprend à nouer au- ton de colère surjouée. C’est à moi de distribuer les ballons. »
dessus de la blessure. Et puis une ultime information sur l’ingé- Un Robocop français de Bancroft, le visage dissimulé par un
niosité de ces experts en « Burkubi », la destruction sauvage, qui foulard, nous entraîne vers les véhicules. Message reçu. Il est
pratiquent la mine multipassage ne se déclenchant qu’à la deu- temps de lever le camp.
xième ou ­troisième fois. A notre gauche, par la lunette arrière C’est l’heure du petit déjeuner et les officiers de notre
du Casspir, un paysage de lagune et de marais salants. Sur la ­compound, habitués à la « Mogadiscio Music », n’ont pas l’air
droite, des dunes poisseuses et des broussailles dont le « medic » plus surpris que ça par le bruit de la déflagration. D’après la radio
explique que nul ne peut déloger les premiers terroristes au militaire, c’est une voiture suicide, la troisième en un mois dans
monde à avoir ­synthétisé le double modèle Al-Qaïda (« l’islam la zone du « Kilomètre 4 », ce carrefour géant qui est, près du
n’a pas de t­erritoire ») et Daech (ancrage dans un hinterland marché de Bakaara, le cœur de la ville. Et c’est une Somalienne
géré comme un « califat »). Soudain, dans la tourelle, l’artilleur de la diaspora qui, d’après un cousin, était au volant, rentrée
aperçoit un drone qui survole le bush. Les chababs, en principe, au pays après des études à Londres et dont on a lavé le cer-
n’ont que des drones espions. Mais on ne sait jamais. Il tire. Le veau à coups de films bollywoodiens lui décrivant le paradis où
drone tombe, en tournoyant, dans le ciel calme et sans oiseaux. l’attendent ses chers disparus. Le temps d’arriver, une heure à
Jezeera est censé être le dernier village, sur la côte, sous peine, tout a été nettoyé. De la carcasse de la voiture déchique-
contrôle somalien. Au-delà commence le règne des chababs avec tée, il ne reste pas un débris. Dans cette ville où il faut être haut
les exécutions publiques, les lapidations de femmes adultères et placé pour qu’on vous envoie une ambulance, on s’est arrangé
les tribunaux islamiques qui veillent à la charia. Le but de notre pour évacuer les corps des victimes (cinq ? six ? davantage ? per-
mission est de se montrer. Et, en se montrant, de conforter les sonne ne sait…). Et à peine distingue-t-on, en se faufilant entre
villageois dans l’idée qu’ils sont du bon côté. Une demi-douzaine les ­voitures et les tuk-tuks qui ont repris leur ronde sans fin et
de gouvernementaux, armés jusqu’aux dents, part à la pêche au leur absurde concert de klaxons, des traces noires, mal lavées,
renseignement, habitation par habitation, dans le sable, avec de sang séché sur le macadam. La vie a repris ses droits. La ville,
la peur de tomber sur une maison piégée – mais avec le souci, cannibale, mangeuse de morts et de vivants, est rendue, comme
aussi, de donner d’eux-mêmes une image aimable et protec- si de rien n’était, à son halètement comateux. Il ne s’est rien
trice : « Quelles nouvelles ? Les chababs sont-ils revenus ? Vous passé à Mogadiscio. Et notre fixeur semble être bien seul à se
­sentez-vous en sécurité ? » Une autre unité se risque jusqu’à la rappeler que c’est souvent à cet instant, quand le (Suite page 68)

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 67
trafic repart, quand l’embouteillage est maximal, que les chababs hautement romanesque, plus proche de « L’homme qui voulut
lancent une seconde voiture piégée qui, tout le monde étant être roi » que du mercenaire standard, et capable de vous réci-
coincé, va faire, cette fois, cinquante morts… ter, à l’heure du barbecue du soir, un chant de Lautréamont
Au fond, il n’y a guère que deux forces pour mettre un sem- aussi bien qu’une page de Frédéric Dard. Et il a beau la jouer
blant d’ordre dans ce chaos dément. Les Turcs, d’abord. Il fut dandy qui ne porte jamais d’arme, car « il y en aura toujours
un temps où les Arabes aussi étaient là. Plus exactement les bien assez, en cas de coup dur, à ramasser », il a composé une
­Emiratis. Mais, un jour où leur avion s’est posé avec 10 millions étrange légion, issue de 18 nationalités, dont je découvre, opé-
de dollars en liquide destinés à la solde des soldats somaliens et ration après opération, qu’elle fait bien davantage que « men-
où des douaniers trop zélés ont confisqué les valises, ils se sont toriser » les Africains. C’est Sigitas, le Lituanien, qu’on appelle
vexés et sont partis. En sorte que, les Américains se bornant à pour désamorcer les engins explosifs sophistiqués. C’est Dariusz,
des frappes aériennes, l’Union européenne ayant un programme le Polonais, qui, dans son briefing quotidien, pointe sur sa carte
d’aide ­massive mais dont on ne voit pas trace sur le terrain et satellite, avec un instinct de vieux renard de la guérilla urbaine,
les Chinois ne s’étant pas encore avisés de l’intérêt de ce pays le check point par lequel va passer le prochain camion de char-
damné, il ne reste qu’eux, les Turcs – trop contents d’être seuls, bon de bois où seront planqués les explosifs. C’est ­Ingemar, le
à la Corne de l’Afrique, tout près de Djibouti, face à un Yémen ô « medic » suédois, qui arrive le premier sur les lieux de massacres.
combien stratégique. Alors, comme d’habitude, les Turcs jouent Et c’est lui, Rouget, qui, quand les Ougandais oublient qu’il y
double jeu. D’un côté, une ambassade flambant neuve, et debout ; a, creusées sous le bitume du lido, de traîtresses tranchées anti-
une base militaire d’où ils ne sortent pas, mais colossale ; le nom tanks, ramène des fantassins, monte lui-même à l’assaut et sait
de Recep Tayyip Erdogan placardé, en caractères latins et arabes, se prendre une rafale dans la cuisse. C’est fou mais c’est ainsi :
dans les artères principales ; et quand, ce 28 décembre, sur l’axe cette ville Mad Max et hors la loi dont l’armée se déchire en fac-
qui va vers Afgooye, c’est leur tour d’être victimes d’un atten- tions rivales, dont les contingents frères de ­lA
’ misom ne songent
tat au camion suicide, on hausse le ton et feint de soutenir le qu’à rentrer au pays et dont le R ­ enseignement est noyauté par
« gouvernement légitime du président Farmaajo ». De l’autre, le Qatar quand ce n’est pas par les chababs, il m’est arrivé de
complaisance avec le fondamentalisme chabab qui n’est pas loin penser qu’elle a remis son destin entre les mains d’une centaine
de l’idéologie Frères musulmans ; refus de s’associer à l’opéra- de mercenaires conradiens…
tion Atalante lancée par les Européens pour lutter contre une Après, il y a le maire. C’est un ancien « warlord ». Pas un
­piraterie qui finance souvent les attentats ; et garder les yeux ­chabab, un warlord. Un chef de guerre et de clan. C’est-à-dire, en
grands fermés quand on apprend que c’est par une filière turque langue politique somalienne, un ennemi juré des chababs. Et j’ai
que les soldats somaliens revendent aux djihadistes les armes et une image de lui, juché sur une montagne de décombres, après
munitions de l’aide internationale. une explosion – il y a fière et belle allure… Mais quelle est la
Et puis l’autre force, c’est Bancroft. Oui, ce Bancroft que je légitimité d’un maire nommé par un président lui-même assiégé
prenais, à notre arrivée, pour une gentille ONG chargée de loger dans son propre palais ? Et comment gouverne-t-on quand votre
l’Union africaine… Richard Rouget, son patron, fut, dans une vie prédécesseur est mort dans un attentat suicide, en plein conseil
antérieure, un lieutenant français des « Affreux » de Bob Denard. municipal ? Comme il est tard dans la nuit, il nous reçoit chez
Et, dans une vie encore antérieure, il a été l’un de ces militants lui, dans sa villa, au bout d’une rue jonchée d’ordures, sans élec-
d’extrême droite avec qui les jeunes gens de mon espèce se casta- tricité, envahie par des prétoriens occupés à mâchonner leur
gnaient au Quartier latin. Mais c’est aujourd’hui un personnage ration de qat. Il semble harassé. Agacé par la corvée d’avoir à
répondre à mes questions. Assis sur un trône surélevé, tout en
Sur la ligne de front, pendant la distribution de médicaments dorures, ne quittant pas des yeux son portable, il ne se déride que
et de ballons pour les enfants. pour débattre de l’épineuse question de savoir si son ­surnom (car
tout le monde, en Somalie, a un surnom) est « Finish », comme
finish, parce qu’il a toujours eu pour principe de ne pas faire de
prisonniers et de finir ses adversaires blessés, ou « Filish », avec
un l, comme la danse du même nom, dont il improvise un entre-
chat, pieds nus, sur les pointes, genoux à demi pliés dans ses pan-
talons métallisés, mais attention, bien en souplesse, mélange de
Panthère rose et de moonwalk. Quant à sa ville, il ne consent à
en parler que plus tard, pendant le dîner, lorsque j’évoque l’idée
d’une conférence internationale des villes « urbicidées » et mar-
tyres où serait invité Mogadiscio : « J’organise », s’écrie-t-il sans
cesser de mâcher sa viande. Et comme j’objecte ­qu’organiser un
événement pareil et y faire venir des représentants de Kaboul,
Beyrouth, Vukovar ou Sarajevo suppose des infrastructures
énormes, il lance à ses adjoints terrifiés et qui prennent note :
« Infrastructures ! Infrastructures ! C’est comme pour les Jeux
olympiques, j’organise les infrastructures ! »
Une tentative de caillassage, avec horde hurlante et jetant
de vraies pierres, il m’a fallu Mogadiscio pour sentir ce que
c’est. On nous avait indiqué, dans la vieille ville, l’un de ces
fameux tunnels puant le rat crevé, qui servent encore aux cha-
babs à c­ irculer de maison en maison. Nous sommes passés par

6 8 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
Le maire quitte
son tr ne dor pour
improviser pieds
nus un entrechat,
m lange de
panth re rose et
Omar Mohamud Mohamed, dit « Filish » ou « Finish »,
de moonwalk
maire de Mogadiscio depuis août 2019. Son prédécesseur
a été assassiné par les chababs.
la ­corniche qui, avec ses palais tombant à pic sur la mer et ses garde-côte, c’est-à-dire, en fait, chasseur de pirates. Le soupçon-
fausses fenêtres ouvertes au canon, m’a fait l’effet d’un Tanger nant de trafiquer avec les Burundais, ils se sont mis à l’espionner,
dont les lieux de mémoire seraient, chaque 50 ou 100 mètres, téléphoner à ses enfants, la nuit, pour les terroriser ou le réqui-
un lieu de bataille et de massacre. Et, avec notre fixeur mais sitionner sans raison comme ce matin, fin 2018, où on l’a fait
sans escorte, nous sommes entrés dans l’un de ces dédales de venir dans un village, à 30 kilomètres et soixante-douze heures
pierres éboulées, de balcons suspendus dans le vide et de riads de route de la ville, pour prendre part à une séance de décapi-
retournés à l’état sauvage où ne s’aventurent pas les étrangers. tations en série. Et puis, un jour, ce fut la mission de trop : qu’il
Au bout de quelques minutes, nous tombons sur un groupe de organise un attentat, chez lui, dans son quartier, contre un com-
jeunes en jeans, assis à même le sol, contre un mur, écrasés par merçant qui ne raquait pas mais qui appartenait à son clan – et
la chaleur du début d’après-midi. L’un d’eux, peut-être le chef ça, il n’a pas pu. Y a-t-il une limite à la folie d’un homme ? Une
de la bande, se redresse pour nous lancer, d’une voix rendue zone dont il ne faut pas approcher sous peine de le voir rompre ?
pâteuse par la défonce, qu’il ne veut pas être photographié. Un Et combien sont-ils, comme lui, à s’être dissociés de cette mafia
autre renchérit qu’on ne veut pas d’étrangers ici, pas de kafirs, et à vivre dans la terreur, allant de cache en cache, dans l’espoir
pas de Yankees. Et comme nous tentons de parlementer et de d’être recyclés par un service étranger ? Peu, je le crains. Très peu.
faire maladroitement valoir que nous ne sommes pas yankees, Et j’arrive au bout de cette enquête avec le sentiment que c’est
que nous respectons la Somalie et que nous sommes les amis l’ordre chabab qui, après vingt ans d’une guerre inutile, règne
de cet islam soufi qui est l’honneur de leur pays, ils redoublent toujours sur la Somalie. n  Bernard-Henri Lévy @BHL
de fureur et entreprennent de nous lancer, qui une canette de
Coca vide, qui un tesson de verre, qui une pluie de cailloux.
Nous ne devrons notre salut qu’au chauffeur du VAB qui, ne
nous voyant pas revenir, finit par se pointer. L’arme au poing,
avec un sang-froid d’autant plus remarquable que les règles de
l’Amisom lui interdisent d’en faire usage, il calme les gamins.
Et les chababs dans tout ça ? En voici un. Pour sa sécurité, je
l’appellerai Ahmed. C’est un transitaire européen qui a organisé
la rencontre sur le port, dans la remorque d’un camion aban-
donné, au bout d’une de ces rangées de conteneurs multicolores,
sur trois étages, longues de plusieurs centaines de mètres, qui for-
ment de véritables rues et qu’il connaît comme sa poche – son
travail, explique-t-il, n’était-il pas de les contrôler ? De les taxer ?
Et, un jour – il avait tellement l’habitude ! –, de ne même plus les
faire ouvrir et de les imposer d’office ? C’est là que ses ennuis ont
commencé. L’Amniyat, le mystérieux service de renseignement
d’Al-Chabab qui, avec ses centaines de mouchards s­ urpayés, est
l’élite de cette armée de barbares, a trouvé qu’il en prenait trop
à son aise. Il n’a pas aimé qu’il demande à être muté et à devenir

Sur le port de Mogadiscio, BHL,


l’envoyé spécial de Paris Match, retranscrit l’échange
qu’il vient d’avoir avec un chabab repenti.
pr é se n t e n t u n e s é rie d e g ra n d s repor t a g es
au c œ ur d u m o n d e sau v a g e

Les animaux,
nous les aimons, sauvons-les

1.L’OURS POLAIRE
De l’éléphant aux gorilles en passant par le requin, le tigre et d’autres,
Paris Match et le WWF vont vous emmener durant plusieurs semaines auprès
de ces maîtres de la nature devenus victimes de la folie des hommes.
Le seigneur des glaces régnait sur l’Arctique.
Aujourd’hui, le réchauffement climatique met son
royaume en danger

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 71
Symphonie en blanc majeur. Sur un tempo pataud et tendre. L’ours
polaire a beau être un grand solitaire, il ne déteste pas la c­ ompagnie
de ses congénères. Qu’il s’amuse ou qu’il somnole, il règne en
maître sur le désert immaculé de l’Arctique. Debout, les mâles
peuvent atteindre 3 mètres et peser jusqu’à 600 kilos.
D’un coup de patte ils extirpent d’un trou d’eau des Pendant des
proies de 250 kilos. Mais leur puissance ne les rend pas
­invulnérables pour autant. En 2018, 26 000 ­spécimens
millénaires, la banquise
ont été recensés au Canada, au Groenland, en a été le tapis de jeu
Norvège et en Russie. Soit une baisse de 40 % en une
décennie. Le sumo des glaces est devenu le ­symbole
de ces géants sans aucun
le plus impressionnant du dérèglement climatique. prédateur
Danse polaire pour deux mâles
qui simulent une joute devant l’objectif de
Vincent Munier. Au Spitzberg, la plus
grande des îles norvégiennes du Svalbard.
Séance câlins pour deux
jeunes ours en attendant la formation
de la banquise qui arrive de
plus en plus tard. Dans la baie d’Hudson,
à Churchill, au Canada.

Une femelle rejoint ses petits,


bredouille. Faute de nourriture,
les mères n’ont pas assez
d’énergie pour allaiter deux oursons :
souvent un seul survit.

Première sortie de la tanière


pour deux peluches de quelques mois…
Mais pas question de
quitter les jupes de maman.
Une vraie débâcle : Un confetti pour royaume. Et plus assez de place pour
chasser, se reposer et se reproduire dans un Grand Nord
d’année en année, son qui se réchauffe 2,5 fois plus vite que le reste de la planète.
territoire fond Mais la perte de son territoire n’est pas la seule menace qui
pèse sur le seigneur de la banquise. « Il y a aussi la p
­ ollution
comme neige au soleil aux pesticides et les perturbateurs endocriniens, explique
Isabelle Autissier, présidente du WWF France. Les
­polluants émis par nos pays sont amenés par les vents au-dessus de
l’Arctique et forment un dépôt de particules toxiques sur les glaciers. La
pollution s’accumule dans les graisses de l’ours et se transmet de géné-
ration en génération. De plus en plus d’animaux naissent hermaphro-
dites, d’autres sont mal formés, les grossesses n’arrivent pas à terme. »
Dans l’Arctique russe, sur l’île Prince Rudolf jadis
couverte de glace, un souverain aux abois.
Photo Cory Richards
Photo Ken Gillespie
Le colosse des glaces peut
plonger jusqu’à 4 mètres de profondeur.
Il utilise ses pattes avant pour ramer
et ses pattes arrière comme gouvernail.

cet excellent Un redoutable chasseur aux allures de « grand blanc ».


Rien de ce qui vit sous l’eau ne peut rivaliser avec
nageur manque de les capacités physiques exceptionnelles d’« Ursus
souffle pour ­maritimus » : des pattes à moitié palmées prolongées
de griffes acérées, un odorat ultra-développé, une
chasser en apnée bonne vision et des réserves de graisse qui ­l’aident
à flotter. A la nage, il peut atteindre une vitesse de
10 km/h. Son seul point faible : il ne peut retenir sa respiration plus
de deux minutes. Très handicapant pour attraper des poissons, qui
se raréfient par ailleurs sous l’effet du réchauffement. Pour c­ hasser
ses proies, l’ursidé dépense désormais plus d’énergie qu’il n’en
stocke. Ce qui, selon certains scientifiques, joue sur sa croissance.
S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 77
Sur l’archipel du Svalbard,
un ours et des mouettes ivoire
se partagent une
charogne de phoque barbu.

Sur l’île du Spitzberg,


en Norvège, ces ours se disputent
la carcasse d’un rorqual.
rationné en phoques,
le plus gros
carnivore terrestre
Sprinteur, nageur et
­main­­­tenant grimpeur.
doit souvent
Face au recul de la ban­ se contenter
quise, son garde-­manger
de prédilection, l’ours
de miettes sous
blanc s’adapte tant bien l’œil des mouettes
que mal. Sauf que, sur la
terre ferme, les ressources alimentaires sont loin
de satisfaire ses besoins naturels : 12 000 calo­
ries par jour, 40 kilos de viande. Les phoques, qui
constituent 80 % de l’alimentation du ­plantigrade,
y sont bien moins abondants. L’été a­rctique
devient synonyme de jeûne prolongé ou de maigre
pitance, faite de baies, d’herbes ou de ­chétifs
oiseaux marins. Poussés par la faim, les mâles
peuvent même se faire cannibales ! Les oursons
des femelles deviennent alors des cibles de choix.
En Nouvelle-Zemble, dans l’Arctique russe,
ce jeune mâle risque sa peau sur une falaise abrupte
dans l’espoir d’attraper quelques œufs.
En Russie, affamés,
ils se rapprochent des villes, des déchets et...
de leurs habitants
Le 18 juin 2019, cette femelle de
2 ans est apparue dans une décharge de
Norilsk, cité minière ultra-polluée
de Sibérie. C’était la première
fois enquarante ans que la ville recevait
la visite d’un ours blanc.
Isabelle Autissier, marin au long cours et romancière, devenue présidente du WWF,
se bat sur tous les continents afin de défendre une planète vivable pour toutes les espèces

« Des espèces ont disparu, d’autres ont


beaucoup diminué. Il est encore temps de leur
venir en aide. C’est le bon moment »
Interview Anne-Cécile Beaudoin

Paris Match. Le WWF et Paris Match s’associent pour une série Dans la plupart des cas, la restauration écologique fonc-
dédiée aux animaux à protéger. Quel message souhaitez-vous tionne. Protégez une mangrove, une aire marine, et les poissons
transmettre à travers ce partenariat ? reviennent. Plantez des haies, stoppez l’utilisation des pesticides,
Isabelle Autissier. Il s’agit d’un cri d’alarme pour leur survie. les oiseaux seront de retour. Mais ce sera beaucoup plus long
Mais c’est aussi une manière de rappeler que les animaux sau- pour une forêt. Des espèces ont définitivement disparu, la popu-
vages nous sont indispensables : l’être humain a besoin de leur lation d’autres a beaucoup diminué, mais elles sont encore pré-
beauté, de leur diversité. Ils nous font rêver et sont profondément sentes. Le bon moment est encore là pour leur venir en aide.
ancrés dans nos cœurs. Et si nous n’y arrivons pas ?
Pourtant, on œuvre à les anéantir : selon le rapport du WWF publié Pollinisation, fourniture d’oxygène par le plancton marin,
le 30 octobre 2018, 60 % des populations d’animaux sauvages ont épuration de l’eau dans les sols : la nature nous rend gratuite-
disparu en quarante ans. Comment en sommes-nous arrivés là ? ment des services essentiels. Si nous devions la remplacer, et
Malheureusement, le prochain rapport du WWF s’annonce donc payer nous-mêmes, cela coûterait une fois et demie la tota-
encore plus mauvais. Les causes de cette catastrophe sont mul- lité de la richesse produite aujourd’hui dans le monde !
tiples. Il y a d’abord le changement d’affectation des sols : en Notre premier dossier est consacré à l’ours polaire. En avez-vous
Amazonie, par exemple, on brûle la forêt pour planter du soja déjà croisé ?
et nourrir nos vaches. En Asie du Sud-Est, on la remplace par Oui, j’ai eu cette chance durant ces trois dernières années,
du palmier à huile. Ainsi, on détruit l’habitat de la faune sau- au Spitzberg et au Groenland. Ce furent des moments excep-
vage et on assèche les zones humides essentielles, en particulier tionnels. C’est un animal mythique qui m’a impressionnée par sa
pour la biodiversité d’eau douce. Deuxième raison : la surex- beauté, sa puissance. En mission, on ne pose jamais le pied à terre
ploitation des espèces sauvages, comme les poissons. s’il est là. Comme tous les prédateurs, il est très curieux et pour-
Aujourd’hui, 90 % de ceux que nous mangeons sont surexploi- rait vouloir s’approcher – juste pour vous “tâter”,si j’ose dire. On
tés ou à la limite de l’être. C’est aussi vrai pour les arbres et les l’observe donc depuis l’annexe du bateau. Ainsi, il ne se sent pas
plantes dédiées à la médecine. A tout cela il faut ajouter la agressé, car, pour lui, ce qui vient de la mer n’est pas dangereux.
chasse illégale, les pollutions au plastique et aux intrants de Mais il est capable de développer des stratégies. Si vous êtes à
l’agriculture, et le dérèglement climatique. Les grandes méca- pied et s’il vous aperçoit du haut d’une colline, il va comprendre
niques des écosystèmes ne fonctionnent plus. Les oiseaux, où vous allez et viendra vous couper la route. Régulièrement, on
notamment, ne peuvent plus nourrir leurs petits au bon le voit hagard, errant à la recherche de nourriture (Suite page 82)
moment, car chenilles et insectes arrivent bien avant les nais-
sances. Les espèces importées qui n’ont pas de prédateurs chez
nous et se mettent à proliférer font également des ravages. C’est
le cas du frelon asiatique, auquel les abeilles ne survivent pas.
Quelles solutions peut-on mettre en œuvre pour enrayer ce déclin ?
D’abord, restaurer des territoires et faire en sorte que les
cultures ne désorganisent pas le sol et le lieu. Couper la forêt
primaire pour planter de l’eucalyptus destiné à la fabrication du
papier n’a pas de sens, le sol ne sera plus productif. Un papier
peut avoir huit vies, alors recyclons ! Les biocarburants à base
d’huile de palme sont le sommet de la bêtise : on brûle une
culture alimentaire dans nos réservoirs, et cela a des consé-
quences sur des milliers d’hectares d’habitat pour la faune. De
la mésange à l’éléphant, les espèces sont la cible de plusieurs
attaques en même temps. Polluées, affamées, elles ingèrent des
perturbateurs endocriniens, et leur territoire disparaît… La
En 2015, cette photo d’un ours
nature est bonne fille, mais il y a des limites ! famélique prise dans l’archipel norvégien du
Lorsqu’on la laisse en paix, elle renaît. C’est la seule bonne Svalbard avait ému la planète.
nouvelle.

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 81
sur des confettis de banquise. Il est devenu le symbole des Moscou, qui y prospecte à la recherche d’hydrocarbures, mul-
effets désastreux du réchauffement climatique. Son territoire tiplie les bases militaires et ouvre une nouvelle route maritime
de chasse ne cesse de rétrécir : le Grand Nord se réchauffe deux entre l’Europe et l’Asie. En mars 2019, des ours polaires erraient
fois et demie plus vite que la planète, et la surface de la banquise près des habitations de Belouchia Gouba [Nouvelle-Zemble],
décroît de 13,4 % par décennie ! L’ours blanc tente de s’adap- eux aussi en quête de nourriture… Ce n’est pas simple à gérer :
ter. Mais il a de plus en plus faim. Début décembre 2019, cin- les humains ne doivent pas être attaqués, mais on ne va pas tuer
quante-six d’entre eux étaient rassemblés aux abords du village des ours simplement parce qu’ils ont faim !
de Tchoukotka, dans l’extrême nord de la Russie, la banquise Alors comment faire ?
n’étant pas assez solide pour leur permettre de partir en chasse. Au Groenland, à Ittoqqortoormiit, un petit village de la côte
Le dernier bon repas qu’ils avaient fait datait sans doute du est, le WWF a monté, avec les habitants, des patrouilles pour
mois d’avril précédent… Autrefois, les marins faisaient bouillir s’assurer qu’à l’heure où les enfants partent à l’école il n’y ait
le cuir de leurs chaussures quand il n’y avait plus rien à bouffer à aucun ours à l’horizon. Dans le cas contraire, l’animal est endormi
bord. Les ours vont finir par s’alimenter avec n’importe quoi, et et transporté plus loin. On met aussi des phoques à leur dispo-
ce ne sera pas assez énergétique. Dans ­lA ’ rctique russe, la situa- sition. L’idée, c’est de nourrir les ours et de protéger les hommes.
tion est particulièrement tendue. La région est stratégique pour Une cohabitation est donc possible.
Elle doit l’être. Des pays européens y parviennent avec

« Quand les cirques et les l’ours brun et le loup. Cela demande des investissements et, sur-
tout, l’envie de se mobiliser.
Exhibé dans les zoos et les parcs d’attractions, l’ours polaire est

zoos présentent l’argument aussi malmené en France. Est-ce encore acceptable ?


Non ! Ni les cirques ni les zoos ne sont des endroits pour les

de la conservation,
animaux sauvages. C’est totalement contraire à leurs impératifs
biologiques. La captivité est une aberration, d’autant qu’on a
aujourd’hui des films réalisés par de vrais naturalistes qui ont

c’est une excuse pour


passé des mois auprès de l’animal et rapporté, ainsi, des images
sublimes. Quant à l’argument de la conservation, c’est une excuse
pour se donner bonne conscience et continuer le business.

continuer le business » Certaines espèces sont plus nombreuses en captivité qu’en


liberté : on n’a même pas été capable de leur conserver au moins
un espace pour assurer leur survie !
Trophée. La mort de l’ours blanc est-elle inéluctable ?
A Upernavik, En Arctique russe, ce sera extrêmement compliqué d’ici à
au Groenland, une petite dizaine d’années, et je ne vois pas, hélas, ce qu’il pour-
qui autorise rait manger. La glace fond plus vite, plus tôt. Pour des raisons de
toujours la courantologie, elle s’accumule davantage du côté canadien. Si
chasse l’ours blanc venait à disparaître, toute la chaîne alimentaire sera
traditionnelle. impactée : sans prédateurs, les phoques se développent, le
nombre des poissons diminue, etc.
Selon le programme de l’Onu pour l’environnement, il faudrait
réduire les émissions de CO2 de 7,6 % par an jusqu’en 2030. Or,
les politiques continuent de tergiverser. Quel électrochoc pourra
enfin sortir les Etats de leur léthargie ?
Je n’y crois plus, à l’électrochoc. Le Giec a déjà essayé avec
ses rapports scientifiques : il ne s’agit pas de théories fumeuses,
chaque information est une bombe. Les politiques sont coincés
Sensations fortes. dans leur système économique, leur confort, et l’idée que les
Au sanctuaire de citoyens ne veulent pas changer parce que c’est trop compliqué.
Cochrane, au Canada, on Pourtant, ces derniers ont pris conscience du drame, notamment
peut nager au côté de durant les pics de canicule et d’inondation. L’écologie est deve-
spécimens orphelins… nue l’une des premières préoccupations des Français. A nous de
séparés par une porter des exigences pour faire avancer les politiques.
vitre à toute épreuve. Le monde a changé, mais il semble désormais coupé en deux. D’un
côté, les jeunes militants écologistes qui revendiquent la déso-
béissance civile. De l’autre, les “boomers” et les climatosceptiques.
Safari glacé. Comment fédérer autour d’une cause qui nous concerne tous ?
A Churchill, Le lien sera familial. Les jeunes sont légitimement angoissés
« capitale » par ce monde dans lequel ils devront vivre. Trier, ne pas surchauf-
canadienne fer, privilégier le bio, limiter sa consommation de protéines ani-
de l’ours polaire, males… Pour beaucoup, c’est déjà acté. Ils s’expriment fortement.
selfie garanti Désormais, les enfants éduquent les parents. C’est ce qui fera
pour bouger les générations ! n Interview Anne-Cécile Beaudoin @AnC_Beaudoin
ces touristes
encagés.
Vincent Munier, photographe animalier
« Pour l’ours, on reste
une proie. C’est ça que j’aime
en Arctique : ne pas
me sentir le plus fort»
Propos recueillis par Gaëlle Legenne

L
a première fois que j’ai vu un ours polaire, ce fut magique. J’étais
seul avec mon traîneau sur l’île Banks, dans le Haut Arctique cana-
l’o u r s bl a n c e n chi ffres
dien. Il disparaissait, réapparaissait. Tel un mirage. Je n’ai pas l’image Dans la région arctique, en bordure sud de la banquise
sur une pellicule ! Je l’ai dans ma tête. Dans le désert blanc de permanente tout autour du pôle
­l’Arctique, nous faisons souvent tache. Les animaux sentent notre
Répartition Estimation
22 000 à
présence. Si on a de la chance, une complicité s’installe. Ne pas être
­intrusif, attendre, nos sens en éveil… Etre en connexion avec le vivant. En hausse
Reconnaître sa beauté. Je me souviens de ce mâle faisant la cour à sa
femelle. Les deux ours se laissaient couler sous les icebergs, puis remon-
Stable
En baisse 31 000
taient… une chorégraphie d’une beauté inouïe. Nous faisions battre les Données insuffisantes ours blancs dans le monde
rames d’un petit Zodiac le plus silencieusement possible. Des images qui (19 sous-populations d’ours
me rappellent les esquisses de l’art japonais, lorsque quelques traits de polaires)
crayon suggèrent la présence d’un animal, d’un paysage. J’aime ce
­minimalisme. Dès qu’il y a de la neige, le superflu est comme effacé. Le
ciel gris, la brume qui prend place… J’apprécie les conditions que l’on
Plus de 60 % vivent au Canada
trouve là-bas en mars ou en avril. Il m’arrive d’assister à des scènes sans
parvenir à les photographier. Je regrette alors de ne pas savoir dessiner.
Je n’aurais pas ce souci de la technique, avec les trépieds, la lourdeur du
matériel. Lorsque je me déplace en traîneau, j’essaie de ne pas trop le
charger. Ainsi, j’évite la sensation d’arriver avec de gros sabots. Dans ce Le permafrost
silence, je passe un temps fou les yeux dans les jumelles. Avec l’ours une bombe climatique
polaire, il faut être vigilant. J’évite d’être trop proche. On reste malgré
tout une proie potentielle. L’ours blanc est finalement l’un des seuls ani-
et sanitaire
maux dont j’aie un peu peur. C’est aussi ça que j’aime : ne pas me sentir à retardement

A
le plus fort. C’est utile à l’heure où l’humilité manque si cruellement dans
lors que notre planète se réchauffe
notre monde. Ce sentiment de supériorité de l’espèce humaine… Il faut
dangereusement, une autre menace
revoir notre copie, se mettre davantage au rang de l’animal. Du stade de
se réveille. Selon les chercheurs de
grand prédateur, l’humain est passé à celui de grand destructeur. Etre au
l’université d’Alaska Fairbanks (Etats-
contact de ces animaux nous fait réaliser que nous, les hommes, ne
Unis), le permafrost fond en Arctique
sommes pas les maîtres du monde. n  Dossier réalisé par Gaëlle Legenne
plus tôt que prévu. Cette couche de
terre, de roche ou de sédiments a la
particularité de rester gelée pendant des
années et recouvre environ un quart de
L’ou r s p o la ir e e n dan g e r notre hémisphère Nord. Problème : son
Statut : Vulnérable dégel précipité pourrait libérer dans
Taille Poids l’atmosphère des milliards de tonnes de
moyenne moyen Régime alimentaire gaz à effet de serre, provoquant ainsi
Sources : WWF, UICN. Illustrations : Dévrig Plichon

3 à 3,50 m Mâles 410 kg Carnivore : principalement phoques mais aussi une surchauffe encore plus rapide, et
2,10 m Femelles 320 kg poissons, morses et carcasses de baleines. des virus emprisonnés depuis des
millénaires… A.-C. B.
Principales menaces
• Fonte de la banquise arctique due au changement climatique.
Retrouvez cette
• Période de chasse raccourcie, allongement de son jeûne et un état de santé qui décline.
grande série sur parismatch.com
• Pollution (mercure, polluants organiques persistants POP…). et pour en savoir plus
• Chasse illégale/braconnage (en Russie, pour viande et peau). sur cette espèce et l’action
du WWF : wwf.fr.

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 83
Jane Birkin
& Charlotte Gainsbourg
Entre elles se glissent parfois des fantômes… Celui de
Serge, parti un 2 mars 1991. Et celui de Kate, la fille aînée
de Jane, partie à son tour en décembre 2013. Depuis,
il y a quelque chose de douloureux dans ces refrains
­murmurés qui avaient fait de Gainsbourg l’auteur le plus
­sensuel de la chanson française. Le plus nostalgique aussi,
même si Gainsbarre ne se répandait pas sur ses blessures.
« Les dessous chics, c’est ne rien dévoiler du tout, se dire
que, quand on est à bout… c’est tabou. » Les « héritières »
suivent l’exemple. Comme si de rien n’était… Jane est
en tournée, et Charlotte a quitté Paris pour s’inventer
une nouvelle vie à New York. Quand elles se retrouvent,
ce n’est pas le passé qui surgit entre elles, c’est l’amour.

a chante
Manhattan
Pour l’anniversaire
de la mort de Serge,
devenu culte à New York,
elles se sont retrouvées
lors d’ un concert
exceptionnel
Jane et Charlotte sur
une terrasse à Manhattan, trois jours
avant leur concert.

Photo Geraldine Petrovic


Iggy Pop les a rejointes
sur la scène du Beacon Theatre,
une des salles préférées
de Bob Dylan et de Johnny
Sur scène avec Charlotte et Iggy Pop, le 6 mars.

Répétition avec Iggy Pop (à dr.)


et le directeur artistique Philippe
Lerichomme, producteur de l’album
« Aux armes et cætera », le 3 mars.

Retrouvailles
avec sa fille, désormais
new-yorkaise.

Iggy Pop n’a jamais connu Serge Gainsbourg, mais il


est dingue de ses chansons. Pour ce concert, il ­voulait
jouer « Requiem pour un con » et « Elisa ». Quant à
Charlotte, « elle était émouvante, dit Jane. Chanter “La
ballade de Johnny Jane”, ce n’était pas rien pour elle.
Elle devait dire “Te souviens-tu du film de Gainsbourg ?”
C’était touchant de la voir chanter le nom de son père.
Une merveille de fragilité ». Jane attendait Charlotte
au moment où Serge enregistrait « Melody Nelson »,
l’album qui l’a rendu culte à New York. Jane se ­souvient
qu’il s’agaçait de ne pas être aussi brillant dans la langue
d’Oscar Wilde qu’en français. « Wilde était son modèle,
il aurait voulu être aussi drôle, aussi impertinent que
lui. » Grâce à Jane et Charlotte, c’est pourtant dans
sa langue natale qu’il a séduit le public de Broadway.
Bonheur de partager
la scène sous l’égide du
grand Serge.
2
1. Conversation avec vue sur Manhattan.
2. Déjeuner chez Russ & Daughters.
3. Promenade sous l’averse : les parapluies
1 de Gainsbourg.

Alors que Charlotte va transformer en musée la maison de son enfance, rue de Verneuil, Jane revient sur leurs années Gainsbourg.

Jane «  Serge avait des principes stricts, presque


victoriens. les filles devaient tre polies mais pour
lui Charlotte ne pouvait rien faire de mal »
Interview Benjamin Locoge

Paris Match. Chanter Gainsbourg dans le Toutes les activités se faisaient dehors. t­ellement de joie dans la maison…
monde entier, c’est vous replonger dans les Vous avez souvent dit que le quotidien C’était un cadeau. Et puis Charlotte est
années 1970. Que représentent-elles pour n’était pas simple, rue de Verneuil… arrivée. C’était tout ce qu’il voulait.
vous, alors jeune maman de deux enfants ? Heureusement qu’avec l’argent des Quel père était-il avec Kate et Charlotte ?
Jane Birkin. Quand tu lis mon jour- films de Claude Zidi j’ai pu acheter ma Strict, de la manière la plus victo-
nal, je ne parle jamais de mon métier, de propre maison en Normandie, où nous rienne possible. Les filles devaient être
ma vie professionnelle. Ça ne veut pas allions le plus souvent possible pour ne polies, se tenir droites sur leur chaise,
dire que les films ou les disques ne comp- pas subir le règlement de Serge ! Rue ne pas poser les coudes sur la table, ne
taient pas. Mais, en tout cas, ce n’est pas de Verneuil, c’était quand même comme pas croiser la fourchette et le couteau. Je
ce qui me préoccupait tous les jours. vivre dans une galerie d’art. Alors qu’à m’engueulais avec lui, je le trouvais trop
Votre priorité c’était la vie de famille plus Cresseveuille, c’était une vie sauvage, sévère. Et en même temps, il était le père
que votre carrière ? dans le petit presbytère où les enfants le plus déconneur qu’on puisse avoir. Un
C’est un peu facile de dire ça parce étaient libres toute la journée, comme enchanteur. Je me souviens de lui dans les
que j’avais tout, avec Serge, nous ne moi je l’avais été avec mon frère et ma couloirs d’hôtel, dansant comme un cra-
menions pas une existence ­ordinaire. sœur sur l’île de Wight. Nous a­ vions paud et sautant sur les chaussures à cirer
On sortait dîner vers 22 heures, puis on besoin de cette soupape, la rue de posées devant les portes.
faisait le tour des boîtes de nuit jusqu’à Verneuil était trop étouffante. Charlotte vous parle souvent de son
5 heures du matin. On rentrait à la mai- Serge était déjà père de deux enfants enfance ?
son, on prenait le petit déjeuner en atten- avant que vous n’entriez dans sa vie. Son En ce moment oui, car elle va enfin
dant que Kate et Charlotte se réveillent. amour inconditionnel pour Charlotte transformer la rue de Verneuil en musée.
Serge disait qu’elles étaient comme des était-il à relier au fait qu’il avait été privé J’espère qu’elle va pouvoir y arriver pour
petits oiseaux dans un nid. C’était telle- de Paul et Natacha ? les trente ans de la mort de Serge l’an pro-
ment ça ! On voyait leurs petites bouilles Je ne me mettrai jamais à la place de chain. A New York nous avons passé
apparaître, on finissait le petit déjeuner Serge. Il disait : “Ils viendront plus tard.” beaucoup de temps à discuter, car elle
ensemble, je les emmenais à l’école et Moi, j’ai essayé de les faire venir, mais réalise un documentaire sur moi, où elle
on allait se coucher. Je me réveillais vers ça s’est mal passé. Leur mère exigeait me pose tout un tas de questions sur ma
16 heures, juste à temps pour aller les que Serge lui verse une fortune pour les vie à cette époque. Je suis très heureuse
récupérer. Puis on filait aux Tuileries pour voir. Le divorce imposait sa présence. Ça qu’elle le fasse, parce que je me souviens
jouer, parce qu’il n’y avait pas vraiment me semblait tellement curieux comme encore des événements. Ça nous permet
­l’espace pour ça, rue de Verneuil. Elles ­situation… Il était heureux d’avoir Kate, de parler des choses de la vie, de comment
avaient une si petite chambre, là-bas… qui avait l’âge de son fils et ­apportait était cette période.

88 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
Vous aussi, vous allez lire votre journal sur France, on lui dit en permanence : “Serge
scène… nous manque.” Moi, ça ne me gêne plus.
Je l’ai fait au Canada, oui. C’était Mais, pour elle, j’imagine que c’est lourd
drôle. J’avais une horloge devant moi. à porter.
J’avais lu à peine un quart de ce que j’avais Pourquoi vous, ça ne vous gêne plus ?
prévu quand je me suis rendu compte que, J’ai eu ma vie, elle est comme ça.
si je devais aller au bout, j’en avais pour Quand les choses ont tourné au drame
quatre heures ! J’ai donc sauté des pages, avec Kate, j’ai vu des gens traverser la
en disant :“Mais je saute des années de ma rue pour m’embrasser. Ce sentiment de
vie.” Là, je termine un disque avec Etienne grande solidarité m’a aidée. Charlotte
Daho. J’ai fini les voix hier. s’est reconstruite autrement.
3 Daho compose, et vous signez les textes ? C’est compliqué, au quotidien, d’être Jane
Absolument. Etienne compose Birkin ?
Ça vous réjouit que la rue de Verneuil avec Jean-Louis Pierot, réalise et co- Pas du tout. Je sors un peu moche de
devienne un musée ? écrit certains textes, car il est un mer- chez moi et je tombe sur une personne qui
Dans le fond, oui. C’est un tel t­ résor ! veilleux accoucheur, qui m’a permis me dit merci ou qui me sourit ! Je m’envie
Mais je comprends que ce soit plus d’écrire une douzaine de chansons. Il beaucoup. [Elle rit.]
­compliqué pour Charlotte. C’était la m’avait demandé un disque il y a au Vous avez repris l’écriture de votre journal ?
maison de son enfance. On connaît tout moins dix ans, m’en a reparlé à la mort Non, je n’en ai plus envie du tout. A
de Serge. Tout a été dit, montré, raconté. de Kate… mais je n’avais pas la tête à ça. partir du moment où il a été publié, cela
Cette ­maison était la dernière petite Entre vos concerts, vos lectures, vos enre- n’a plus d’intérêt. Je vais me promener
chose, juste pour elle. gistrements, avez-vous du temps pour vos avec Dolly. Ça me suffit, désormais.
Vous y êtes retournée ? petits-enfants ? Ces chanteuses, comme Clara Luciani,
Non, je vois de loin les graffitis et ça J’essaie encore de me coller à Angèle, elles vous impressionnent ?
m’enchante. Ça montre qu’il est toujours Marlowe, le fils de Lou, mais il a 17 ans C’est une période épatante pour être
présent dans l’esprit des gens. Je p
­ réfère maintenant et il fait une tête de plus que une fille, en ce moment ! Moi, j’ai déjà eu
éviter de passer devant ! sa maman. C’est un enfant enchanteur, une vie rêvée, parce que jamais ­personne
Quand vous voyez Charlotte aujourd’hui, doué, bon, gentil. Lou peut être vraiment n’a levé la patte sur moi ou abusé de moi.
vous voyez Serge ? fière de lui. Charlotte s’est installée à Mais je pense qu’on va vers une généra-
De plus en plus. Physiquement, New York il y a six ans et demi, donc je tion où les garçons vont vraiment respec-
s­ urtout. Et parce qu’elle ne supporte n’ai pas vraiment connu la petite Joe. J’ai ter les filles. Je le vois dans la manière dont
pas quand ce n’est pas parfait. Et ça, été pas mal malade pendant cette période Lou a éduqué Marlowe, par exemple.
c’est vraiment comme lui. Elle ne se et je n’osais pas partir à New York, au Pour vous, être une femme dans ce métier,
prononce jamais sur un sujet si elle n’a cas où j’aurais dû subir une transfusion. c’est un avantage ou un inconvénient ?
pas toutes les données. Au fond, Kate et Ma chance récente, c’est que Charlotte Ça a toujours été un avantage. J’ai
moi étions des “étrangères”. Ce n’était vienne souvent à Paris. Elle embarque dirigé un film, écrit une pièce, j’ai été
pas dit méchamment, mais Charlotte Joe et, donc, je peux enfin profiter un actrice, chanteuse. On grandit par rapport
et lui étaient f­abriqués du même bois. peu d’elle. Alice a 17 ans, elle aussi, et à ce que l’on a vécu. J’avais été mariée à
Charlotte le savait. Pour Serge, elle ne Ben tourne son premier film, c’est un vrai 18 ans avec John Barry, et ce n’était pas
pouvait rien faire de mal. jeune homme. supportable. Alors je me suis barrée.
Comment expliquez-vous que Charlotte C’était subversif de quitter son mari,
ait mis autant de temps à chanter en « quand kate a disparu, quand on était une jeune maman ?
français ?
Il fallait qu’elle en formule elle-même
les gens traversaient la rue Non, c’étaient les années 1960 ! Et
je suis retournée chez mes parents…
le besoin. Car nous, ses parents, étions un pour m’embrasser » comme tout le monde. Ils étaient très
fardeau. Il y avait des ­parallèles sans arrêt. ­soulagés que je sois sortie de cette
Il fallait qu’elle se forge une personnalité, Vous avez souffert du départ de misère-là. Et ravis quand je suis tombée
une écriture. Et elle l’a fait. Elle a épaté Charlotte ? amoureuse de Serge.
tout le monde avec ses paroles. [Elle rit.] Oh ! je voulais juste que Charlotte et Vous avez été subversive ?
Lou, elle, a choisi l’anglais. Lou aillent bien. Son départ a été essen- Non, j’ai eu la chance de pouvoir
Elle a dû créer son propre territoire tiel pour elle, pour sa survie. La mort de m’amuser. De pouvoir mettre une robe
et inventer son langage, celui d’une fille Kate a été un tel drame… Partir, c’était devant-derrière. J’avais l’arrogance
d’aujourd’hui venue du Far West améri- une manière de pouvoir se concen- de la jeunesse anglaise de l’époque.
cain. La meilleure façon d’éviter qu’on trer sur elle-même, ses enfants et son J’imaginais que tout ce que je faisais était
lui demande sans cesse : “Est-ce que tu mari. J’ai compris aussi, la semaine der- bien. Comme décider d’avoir un panier
es comme ta mère ? Comme ta sœur ?” nière, à New York, qu’elle s’épanouissait plutôt qu’un sac à main. Et si un restau-
Elle va lire “Bouvard et Pécuchet” sur dans l’anonymat. J’avais vécu la même rant ne nous acceptait pas, on claquait la
scène. Elle a un tel talent de performer chose à mon arrivée en France. C’était porte ! J’avais un bon alibi, puisque j’étais
et de lectrice, avec sa voix gravelosse… une telle gaieté d’être séparée de mes avec Serge. [Elle rit.] n  @BenjaminLocoge
Elle a trouvé une chose qui ne ressemble parents, j’avais une telle sensation de « Munkey diaries » et « Post scriptum »,
à aucune de nous. liberté ! Charlotte, quand elle revient en Ed. Fayard.

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 89
Il se présente comme
l’héritier d’une collection
de tableaux anciens.
Mais la justice
française le soupçonne
d’être un des plus
grands faussaires de
tous les temps
Le 5 février, Giuliano Ruffini à son bureau,
dans son immense villa d’Emilie-Romagne.
Giuliano Ruffini
Le virtuose qui Photo Baptiste Giroudon

se joue des experts


Ange ou démon ? Le mystère plane autour de ce fils d’immigrés italiens. Giuliano
Ruffini a introduit sur le marché d’innombrables œuvres de maître, généralement
authentifiées par les plus grands spécialistes. Issues pour la plupart d’une collection
privée dont l’amateur d’art dit avoir hérité. En 2014, un corbeau révèle à la justice
­française que ces tableaux seraient tous des faux, réalisés par un as de la copie, ami de
Ruffini. Lui aurait été chargé de les vieillir par un passage dans un four à pizza. Une
dizaine d’œuvres sont alors saisies dans les plus grands musées. Mais rien ­n’indique
pour l’instant que ce sont des contrefaçons. Ruffini se dit victime d’un ­complot, et
le juge italien a remis l’extradition, réclamée par la France… aux calendes grecques.
Présenté à la National Gallery de Londres
« David méditant devant la tête de Goliath »,
d’Orazio Gentileschi (vers 1610)
« Pour moi, c’était une très belle copie du XIXe siècle », dit Ruffini pour se
disculper. Le tableau, qu’une restauratrice de réputation mondiale a déclaré
authentique, a été exposé à Londres. Son propriétaire, un Ecossais, l’a acheté
plusieurs millions d’euros et ne veut pas s’en séparer.

La facture datée de 1973, signée Andrée Borie,


par laquelle Giuliano Ruffini justifie la découverte des tableaux.

Personne ne connaît
plus l’original
« Portrait du cardinal
Gaspar de Borja y
Velasco », de Vélasquez
(XVIIe siècle) Le Louvre voulait l’acquérir Découvert chez
Aucun doute, le tableau n’est pas « Portrait d’homme », Ruffini
un Vélasquez. Mais, selon les de Frans Hals (XVIIe siècle) « Saint Côme »,
conservateurs du musée du Le « trésor national » que le Louvre n’est pas parvenu de Bronzino
Prado, c’est la plus belle copie à acquérir. Sotheby’s le vendra 11,2 millions de dollars (XVIe siècle)
jamais réalisée du maître à un Américain… que la salle des ventes remboursera Saisi au musée
espagnol dont l’original a disparu. dès qu’elle aura un doute. Jacquemart-André,
le 22 janvier.
« Aucun faussaire
ne peut inventer
ça ! » avait déclaré
le spécialiste des
portraits florentins
qui a découvert
l’œuvre disparue
depuis le
XVIe siècle chez
Ruffini, en 2009.
Le suspense
demeure quant à
son authenticité.
La Vénus qui a fait
tomber Ruffini
« Vénus », de Cranach
l’ancien (vers 1531)
Le clou de la collection du prince
de Liechtenstein : le tableau
par qui le scandale arrive.
Deux intermédiaires, Jean-Charles
Methiaz et Mickaël Tordjman
(photo, de g. à dr.), l’ont vendu
Cranach, Bronzino, 3,2 millions d’euros sans prévenir
Ruffini, dont l’avocat lancera une
Vélasquez… procédure. C’est après qu’il sera
Il fait apparaître dénoncé par le corbeau.

en magicien des œuvres


inconnues
des plus grands
maîtres
Au pied des Apennins Lino Frongia,
et de Castelnovo ne’ Monti, le copiste surdoué,
Ruffini, agriculteur en 2004 dans
à la retraite, comme il l’a une galerie d’Emilie-
déclaré au fisc. Romagne où il expose.

Dans cette affaire,


subir avec succès les analyses pigmentaires scientifiques ».
Emballé par l’idée qu’un faussaire soit parvenu à ce niveau de

on trouve un corbeau,
perfection, le « Daily Mail » titre sur « l’affaire du siècle » et sur-
nomme Giuliano Ruffini « le James Moriarty de l’art ancien »,
en référence au célèbre ennemi de Sherlock Holmes, un génie

des coccinelles
ayant mis son talent au service du mal. Ruffini aurait-il mis
le sien au service du faux ? Selon le corbeau, il aurait justifié
la provenance de ses toiles en « ayant recours à la collection

cras es et des peaux


de M. André Borie, qui a fait le tunnel sous le Mont-Blanc ».
Giuliano Ruffini vit depuis plus de quarante ans à Castelnovo

de lapin qui marinent


ne’ Monti, une bourgade plantée au pied du splendide massif
des Apennins, en Emilie-Romagne… sauf pour le fisc, qui l’a
longtemps cru r­ ésident belge. C’est là que ce fringant septuagé-

dans la chaux
naire à la c­ hevelure poivre et sel nous accueille. Sa grande villa
est décorée avec goût. Flanquée d’une piscine à débordement,
elle surplombe les collines verdoyantes et le plateau rocheux

pour faire de la colle


de Bismantova. C’est dans ce cadre enchanteur que la Guardia
di Finanza a débarqué, le 28 janvier 2016, pour chercher « un

l’ancienne
laboratoire destiné à la réalisation de fausses œuvres d’art ».
Une abondante documentation est alors saisie, des tableaux,
des matériaux chimiques, des manuels de restauration d’œuvres
d’art et, précise le rapport, « un four industriel caché à l’intérieur
De notre envoyé spécial à Reggio Emilia François de Labarre de la buanderie dans un espace dissimulé, protégé par une porte
blindée, à son tour cachée par une armoire glissante à roulettes ».
« epuis quelque temps, un nom revient souvent dans « Oui, nous dit Ruffini, j’ai fait installer un blindage pour
le milieu de l’art à propos des gens dont il faut protéger mes tableaux, sinon tout le monde pouvait les voler.
se méfier car liés à une activité de faussaire. Et Et le four, c’est moi qui le leur ai montré, ils ne l’avaient pas vu.
celui de Giuliano Ruffini est très souvent cité. » Je leur ai aussi montré la grosse machine qui sert à fabriquer
Ainsi débute la lettre-fleuve anonyme envoyée la pâte à pizza. Car ce four servait à cuire des pizzas, pas des
en mai 2014 à l’OCBC, l’office de police chargé tableaux. Et s’il était dans cette pièce, c’est parce que je n’avais
de lutter contre le trafic de biens culturels en pas de place ailleurs ! »
France. Les détails alarmants fournis par ce Trois semaines après la perquisition, la défense de Ruffini
Bon Samaritain ont déclenché une enquête judi- a obtenu la restitution des biens, le tribunal de Reggio Emilia
ciaire confiée à la juge Aude Buresi. ayant constaté l’absence de preuves et retiré les charges
Premier coup de théâtre : le 1er mars 2016, la « Vénus » de contre­façon. Il retient en revanche la fraude fiscale.
de Cranach, pièce maîtresse de la collection du prince de Officiellement agriculteur à la retraite, Ruffini ne déclare que
Liechtenstein, est saisie au nez et à la barbe des visiteurs d’une 6 000 euros de revenus annuels. Une bien modeste pension
exposition à l’hôtel de Caumont, à Aix-en-Provence. « Une pour celui qui a fait un don de 2,3 millions d’euros à son fils, a
simple radiographie devrait suffire pour établir la vérité sur ce acquis un bien à 1,65 million d’euros et possède des comptes
tableau », précisait la lettre anonyme. Quatre ans plus tard, ce en banque bien fournis.
tableau n’a pas fini de faire parler de lui et, bien que le prince Né en 1945, Ruffini a grandi boulevard Ornano, à Paris. Son
Hans-Adam II revendique son authenticité, il croupit toujours père, cordonnier, l’élève à la dure. A 16 ans, Giuliano part vivre
dans les locaux de la douane. A la grande déception de la juge sa vie. Peintre autodidacte, il vend ses paysages de Provence
Buresi, les laborantins peinent à déceler le vrai du faux. Rien devant un restaurant, à Cannes, où il a la chance d’être repéré
de surprenant si l’on se fie au courrier anonyme qui décrit le et invité à exposer dans une galerie parisienne. Une séquence
procédé savant permettant de produire des faux qui « peuvent des actualités Pathé, datée de mars 1964, le montre peignant

94 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
sous l’œil avisé de la chanteuse Damia puis, au milieu de son « Lino est un génie, il pourrait faire ça, murmure-t-il. Mais non,
expo, au bras de Michèle Torr, alors âgée de 16 ans ; ­Ruffini, c’est impossible ! Personne ne peut peindre un ­Gentileschi, un
lui, en a 18. Il avait rendez-vous avec Jean Cocteau le jour de Frans Hals ou un Cranach ! Et puis quoi encore ! Et qui peut
sa mort. « Il était homosexuel et j’étais beau garçon, dit-il. Ça faire des trous de termites ? » L’idée d’une officine capable de
aurait pu marcher. » Giuliano s’égare. A Rome, il dort sous les sortir des tableaux de maître à la pelle lui paraît invraisemblable.
portes cochères, mène la vie des ragazzi di vita de Pasolini. Puis Ce n’est pas l’avis de Jules-François Ferrillon, un ancien
son ami Majax, le magicien, lui présente Andrée Borie, la fille prof de philo qui a longtemps été le courtier de Ruffini. Dans
d’André Borie, célèbre entrepreneur de travaux publics. Elle a un roman à clef, il dévoile les secrets d’un faussaire parisien
trois décennies de plus que lui et tient une boutique d’antiqui- qu’il met en scène en train de mariner des peaux de lapin dans
tés près de la place des Vosges. Le couple monte un restaurant à de la chaux mêlée à du plâtre, une méthode pour fabriquer la
Paris, s’installe sur la Côte d’Azur, puis s’offre ce corps de ferme colle à la manière des anciens. « Il écrit aussi comment faire de
près de Castelnovo ne’ Monti. la peinture rouge : en écrasant des coccinelles ! Vous m’imaginez
En 1980, quand Andrée meurt d’une crise cardiaque, elle courir dans les champs avec un filet à papillons ? » Ruffini iro-
laisse au trentenaire cette propriété de 60 hectares, des objets nise. Pour pimenter la sortie de son ouvrage, Ferrillon avait mis
d’art et, selon lui, les tableaux anciens accro- en ligne une bande-annonce où la « Vénus »
chés autrefois au premier étage de l’hôtel
particulier de son père à Paris. C’est de cette
faussaire ou pas, de Cranach apparaissait sous une pluie de
dollars. Mais le nom qui rend vraiment fou
collection qu’il sortira des œuvres d’artistes giuliano ruffini de rage Ruffini, c’est celui d’un septuagé-
de renom, totalement inédites, une gageure est un excellent naire installé dans les Pouilles : Jean-Charles
alors que les tableaux de maître sont suivis
à la trace. A peine arrivé chez lui, Ruffini
illusionniste Methiaz. Muni d’un mandat de vente fourni
par Ruffini, il s’est associé avec un jeune
nous montre une facture de 1973, tampon- homme d’affaires, Mickaël Tordjman, pour
née, signée de la main d’Andrée Borie et authentifiée. On ne céder la « Vénus » au marchand Konrad Bernheimer. Coût de la
demande qu’à le croire. Dans cette histoire, les expertises transaction : 3,2 millions d’euros ! Ce que Ruffini apprend, mais
sèment le doute davantage qu’elles ne le lèvent. Faussaire ou des mois plus tard. Son avocat, Philippe Scarzella, entame alors
pas, Giuliano Ruffini est un excellent illusionniste. « Tous les ans, une procédure. L’audience est fixée à l’automne 2016. La lettre
il nous sortait des chefs-d’œuvre, ce qui nous agaçait parce qu’on anonyme bouscule l’agenda. L’enquête de la juge Aude Buresi,
travaillait d’arrache-pied et qu’on ne trouvait rien », confie un que Methiaz a déjà croisée lors d’une précédente affaire de
couple de marchands parisiens en vue qui a fréquenté le « pro- faux modernes, va donner aux deux intermédiaires quatre ans
meneur » à Drouot où Ruffini a commencé sa carrière en dis- de répit. L’affaire arrivera devant le tribunal en fin d’année.
tribuant les Flamands comme des petits pains. L’expert parisien Methiaz se dit serein. Ruffini aussi. Lorsqu’il nous a reçus en
René Millet conteste leur authenticité mais reconnaît à ­Ruffini février, une chose l’inquiétait : la capacité de la justice italienne
« un œil ». « On évitait de le conseiller à nos clients, mais ce type à résister aux requêtes de la juge française qui veut l’entendre
est un crack. » à Paris avec Lino F­ rongia, en espérant des aveux…
« Avec le temps, la qualité des œuvres qu’il propose a aug- Le 28 février, la cour d’appel de Bologne rejetait la
menté », note le corbeau qui, dans sa missive, évoque son associa- demande d’extradition de Lino Frongia. La justice française
tion avec le talentueux copiste Lino Frongia que Ruffini appelle n’aurait apporté « aucun élément pertinent pour caractériser
pudiquement « mon restaurateur ». Frongia est son voisin et ami, une quelconque infraction ». Le 4 mars, les magistrats de la cour
un peintre qui vit entre sa vaste demeure de style colonial et d’appel de Milan ont adressé un camouflet à la juge Buresi :
son appartement romain et à qui Vittorio Sgarbi, secrétaire Giuliano Ruffini demeurera en Italie tant que son affaire d’éva-
d’Etat aux Biens culturels à l’époque de Silvio Berlusconi, avait sion fiscale ne sera pas jugée. Autant dire… une éternité ! Les
confié la rénovation « à l’ancienne » de la cathédrale de Noto, tableaux saisis risquent ainsi de croupir dans les locaux de la
en Sicile. Sgarbi n’est pas seulement historien d’art, il est une douane judiciaire sans que personne ne sache vraiment s’ils
star de la télévision où ses esclandres contre la « république des constituent la plus belle collection de faux de l’histoire de l’art
juges » font grimper l’Audimat. Autant dire qu’il goûte peu les ancien ou le fruit d’une gaffe judiciaire sans précédent. n
méthodes de la juge française. Dans son immense appartement  @flabarre
romain, jonché de livres d’art, et comblé de tableaux, il déam-
bule en pointant avec une lampe de poche ses Frongia, pein- Jules-François
tures modernes et copies anciennes. « Un génie », dit-il avant Ferrillon chez Sennelier, à
de prendre son téléphone pour l’appeler : « Tu devrais dire que Paris, où Ruffini
c’est toi qui as peint tous les tableaux qui ont été saisis. Même achèterait ses pigments.
Léonard de Vinci n’aurait pas fait mieux ! » Il éclate de rire, puis En 2015, l’ex-courtier
me le passe. Surpris, Frongia répète qu’il ne peut pas parler à la en art a publié
presse, mais parle quand même et raconte qu’il aime peindre « Faussaire ».
des « à la manière de » et des « copies ». « Mais, dit-il, je suis
incapable de travailler avec des matériaux d’époque ! » Sgarbi
appelle ensuite Ruffini : « Allô, oui, c’est pour passer ­commande :
un four pour cuire mes tableaux ! » [Rires.] « Non mais sérieu-
sement, comment croyez-vous que cela soit possible ? » Il se
penche sur l’un des « tableaux Ruffini » qui apparaît sur l’écran
de mon ordinateur. Et mime de la main le geste du peintre.
Un an pour devenir virtuose ! Logé dans un foyer pour SDF avec sa
famille, Tani est initié aux échecs à l’école. Coup de foudre pour ce
jeune matheux, qui y consacre tout son temps libre. Le soir, son père
lui prête son ordinateur pour qu’il joue en ligne. Le samedi, sa mère
l’emmène à des entraînements gratuits à Harlem. Malgré leur ferveur
chrétienne, Tani peut même manquer l’office du dimanche en cas de
tournoi. En mars 2019, le petit Nigérian est devenu champion de l’Etat
de New York dans sa tranche d’âge. Bouleversés par son histoire qu’il
raconte dans un livre à paraître aux Etats-Unis, des centaines d’Amé-
ricains se sont mobilisés pour l­’aider. Un appartement gratuit, plus de
200 000 euros… Les parents ont accepté le logement, mais ils ont trouvé
plus juste de consacrer l’argent à ceux qui en avaient vraiment besoin.
Tani Adewumi, dans son école publique, la PS 116 de Manhattan, il y a un an.
Photos Christopher Lee
Tani
Le petit Mozart des checs
la vie de ce jeune réfugié venu du Nigeria
a basculé quand il a découvert, à 7 ans, le jeu des rois. Tout
Manhattan s’enthousiasme
H
abillé comme n’importe celui de l’Etat de New York. Il affiche voilà : le Nigeria est déstabilisé par Boko
quel gamin américain, il alors au « classement Elo » (système offi- Haram, groupe militant islamiste, qui
mesure 1,40 mètre, et sa ciel d’évaluation) un score supérieur à se réclame de l’idéologie sanglante de
frimousse est adorable. 1 500, niveau qu’ont les très grands Daech, les chrétiens sont des ennemis. En
Mais, quand il se pré- joueurs. « Je n’ai jamais vu un enfant aussi avril 2017, une bombe fait de nombreuses
sente, il dit à peine bon- précoce, doté d’une telle mémoire », victimes parmi les voisins des Adewumi.
jour et vous transperce assure Shawn Martinez, son coach. Pour Kayode, cette explosion près de
de ses yeux noirs, fixes, La vie n’a pourtant pas été tendre sa porte est l’attentat de trop. Il choisit
lunaires, comme s’il avec Tani. Avant ­d’arriver aux Etats-Unis, l’exil. Direction ­lA
’ mérique, qui a accordé
s’étonnait qu’on s’inté- il a grandi à Abuja, capitale administra- un visa à toute la famille. Le 15 juin 2017,
resse à lui. Tanitoluwa tive du Nigeria, où il est né. Kayode, son Tani atterrit à l’aéroport de Newark, à
Adewumi, 9 ans, est « ailleurs ». Il ne lève père, a créé une imprimerie qui emploie côté de New York. Le surlendemain, ses
le nez que pour vous assurer du bon fonc- 13 salariés. Oluwatoyin, sa mère, diplô- parents postent sur leur page Facebook
tionnement de votre enregistreur. « S’il y mée de l’université, travaille au service ses premières photos dans la cour d’un
a une bande rouge en haut de l’écran, marketing d’une banque. Avec son frère motel triste et anonyme du New Jersey.
c’est que ça marche », glisse-t-il d’une aîné, Austin, 16 ans aujourd’hui, Tani est Fini la couleur, la chaleur du Nigeria. Le
petite voix basse et aimable. Pas le temps élevé dans le confort et la foi religieuse, père sait que la vie ne va pas être rose
de le remercier, il s’est déjà replongé dans tendance pentecôtiste, mouvement chré- aux Etats-Unis. Mais Tani sourit. Il n’a que
son iPhone. Pour quoi faire ? « Je joue aux tien qui se distingue du catholicisme par 6 ans. Pour lui, c’est juste une aventure.
échecs », répond-il sur le ton de l’évidence. ­l’importance accordée aux dons du Saint- Un oncle les attend à Memphis,
Tani, comme tout le monde l’appelle, a Esprit… D’ailleurs, il aurait des raisons dans le Tennessee. Pour rejoindre la
découvert cette discipline il y a seulement de chanter ses louanges : le bon Dieu a ville d’Elvis Presley, pas question d’ache-
deux ans. Mais, l’an dernier, il a remporté été généreux avec lui ; à l’école, il est fort ter un billet d’avion : ils prennent le bus
l’un des tournois les plus difficiles du pays, en tout, surtout en maths. Seulement Greyhound, beaucoup moins onéreux.
Tani a le nez collé sur la vitre. Son père
De notre correspondant aux Etats-Unis se dit « frappé par le bon état des routes
Olivier O’Mahony et des lampadaires ». Pour cet entrepre-

Pour New York


neur, l’Amérique est un eldorado. Il a tout
laissé derrière lui, mais il est convaincu
qu’avec son expérience professionnelle
il s’en sortira : contrairement à beaucoup

la d mocrate, Tani prouve


d’immigrés, il n’arrive pas les mains vides.
Il gagne un peu d’argent en devenant
chauffeur de taxi pour Uber, puis décide
d’installer la famille à New York, « la ville

Trump que
de tous les possibles ». Une association
chrétienne d’aide aux sans-abri lui trouve
un refuge et une école gratuite pour ses
enfants, en plein cœur de Manhattan.

le talent n’a ni couleur


La municipalité de New York, démo-
crate, veut honorer sa réputation de
ville d’accueil. Elle dépense des millions
de dollars, chaque année, dans la loca-

ni fronti re
tion d’hôtels modestes qui offrent un toit
aux sans-abri. La famille Adewumi s’ins-
talle ainsi sur Park Avenue, un des quar-
tiers les plus chers de New York. Certes,

9 8 pa r i s m at c h D U 1 9 a U 2 5 m a r s 2 0 2 0
De g. à dr. :Tani (à dr.)
avec son frère,
Austin, sa mère, Oluwatoyin,
et son père, Kayode.
Noires ou blanches, toutes
sont des pièces maîtresses
dans sa main.
Le petit prodige rapporte
son trophée, qui fait
la moitié de sa taille, à son
foyer de Manhattan,
le 14 mars 2019.
Bill Clinton l’invite
personnellement à visiter les
bureaux de sa fondation
le Clarion est un établissement sans à Harlem, le 26 mars 2019.
charme entre la 29e et la 30e Rue. Tani
occupe une chambre avec son frère à un
étage, et ses parents une autre à l’étage
des adultes, mais tous savent qu’ils ont
beaucoup de chance de ne pas se retrou-
ver sous les ponts. Alors on cache sa tris-
tesse. La mère ne dit pas qu’elle souffre
de ne pas se sentir chez elle, et surtout
« de ne pas pouvoir cuisiner », car tout le
monde doit se retrouver dans le restau- travailler pour qu’il devienne cham- une heure et demie, leur montre des pho-
rant de l’hôtel, qui sert des repas gratuits. pion. » Désormais, Tani passe des heures tos de son passage à la Maison-Blanche
Quand il est arrivé, Tani parlait encore à jouer. Tous les jours, à l’école ou sur et offre un ordinateur à Tani pour qu’il
un anglais avec un fort accent nigérian les échiquiers en béton du Washington puisse s­ ’entraîner… Le gamin est aux
difficilement compréhensible. A la dif- Square Park, un jardin public pas très anges.
férence de ses parents, il le perd extrê- loin de l’hôtel. Il tente sa chance à un Pendant ce temps, le journaliste
mement vite. Mais, un soir, il rentre en premier championnat, où il échoue, mais Nicholas Kristof croule sous les messages
pleurs. Il vient d’avouer à un camarade de remporte bientôt celui de l’Etat de New de lecteurs qui se bousculent pour aider
classe qu’il habitait dans un refuge pour York. Un prodige est né. Et Russell, le financièrement le petit génie. Certains
sans-abri. Le gamin s’est moqué de lui. patron de son club, réalise que l­ ’« ­histoire proposent de loger gratuitement les
Heureusement, il y a les échecs. Pour son extraordinaire » peut se transformer en Adewumi. Kristof s’empresse de publier
école, la très progressiste pluie de dollars. Un ami un deuxième papier, où il révèle que Tani
public school 116, ils font le met en contact avec a quitté son foyer pour vivre avec ses
partie du cursus. Jane Hsu,
« tani avait une Nicholas Kristof, l’une parents et son frère dans un trois-pièces
la proviseure, voit dans soif d’apprendre des grandes plumes du tout neuf, voisin de son école. Un dona-
cette discipline le véhi- incroyable », « New York Times ». Cet teur anonyme a payé le loyer pour un
cule idéal pour éveiller
les enfants à la réflexion
raconte son coach éditorialiste est connu
pour son engagement. Il
an… D’autres ont versé 250 000 dollars
pour lui, sur le compte du site GoFundMe
critique et stratégique. A sillonne le monde pour en spécialement créé par Russell Makofsky.
son premier cours, Shawn Martinez lui rapporter le récit d’aventures humaines Un pactole que Tani ne touchera pas.
enseigne les rudiments : « Tani avait une qui lui valent quelques « like » polis sur Son père a décroché sa licence d’agent
soif ­d’apprendre incroyable, j’avais l’im- les réseaux sociaux. Mais celle du petit immobilier. Sa mère est devenue aide-
pression de me voir à son âge », raconte Tani, qu’il révèle le 16 mars 2019, pro- soignante à domicile. Chez les Adewumi,
le coach, persuadé que les échecs l’ont voque un raz de marée médiatique. C’est désormais, tout le monde travaille. Alors
« sauvé » de son enfance difficile. le genre d’histoire que tout le monde ils ont pensé à leurs anciens compagnons
La suite relève du conte de fées adore dans cette enclave anti-Trump. d’infortune. « On a créé une fondation
à l’américaine. Shawn appartient Alors que le président veut construire destinée à aider ceux qui sont vraiment
au club d’échecs Impact Coaching des murs pour protéger le pays contre dans le besoin », explique Kayode. Et
Network  (ICN), qui entraîne les l’« invasion des immigrés », ce petit réfu- pour leur donner espoir, Tani a accepté
enfants surdoués. Ses parents n’ont pas gié est la preuve que le talent ne connaît de signer avec Trevor Noah, star de la télé
les moyens de régler les frais d’inscrip- pas de frontières. Le voilà propulsé sur américaine qui va produire un film sur lui,
tion. Qu’importe, Russell Makofsky, le les plateaux des plus grandes chaînes ainsi qu’avec l’éditeur Thomas Nelson,
patron du club, accepte de le prendre de télé (CBS, NBC…). Face aux camé- pour raconter son histoire dans un livre
gratuitement. « Je ne l’ai pas fait par ras apparaît un enfant gêné, dont les à paraître le 14 avril aux Etats-Unis. Le
philanthropie, ­précise-t-il aujourd’hui. parents semblent dépassés par les événe- titre : « My Name is Tani... and I Believe
Ce gamin avait un potentiel hors norme, ments. Bill Clinton, qui a créé une fonda- in Miracles » (Je m’appelle Tani et je crois
je savais qu’il fallait juste que je le fasse tion portant son nom, les reçoit pendant aux miracles). n  @olivieromahony

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 99
match anacroisés® géants Par Michel Duguet

Les Anacroisés sont des mots croisés dont les définitions sont remplacées par les lettres de mots à trouver. Les chiffres qui suivent certains tirages
correspondent au nombre d’anagrammes possibles, mais implaçables sur la grille. Comme au Scrabble on peut conjuguer. Tous les mots à trouver figurent
dans l’Officiel du Scrabble (Larousse 2019), qui inclut les mots des dictionnaires courants. Il n’est donné que les tirages des mots de six lettres et plus.
61 64 74 80 104 117 122
67 70 72 77 84 86 88 90 92 94 96 98 100 102 107 109 111 113 115 120
62 65 69 75 79 81 83 105 118 123
68 71 73 78 85 87 89 91 93 95 97 99 101 103 108 110 112 114 116 121
63 66 76 82 106 119 124

1/2/3/4

5/6

7/8/9

10 / 11

12 / 13 / 14

15 / 16

17

18 / 19 / 20

21 / 22

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41 / 42

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47 / 48

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52 / 53 / 54

55 / 56 / 57

58 / 59 / 60

HORIZONTALEMENT problème n° 1022 VERTICALEMENT

1. EEILMRV 21. DEIINOS 41. AILNRTTU


Solution 61. IINOSSV (+1) 83. BEINRU (+4) 105. EEFIINST (+1)
2. BBEEMORU 22. ACCDEEEN 42. AFFIIRSU dans le prochain 62. AAENPPRT 84. CEEGNORV 106. EEEFMRTT
3. BCGORY 23. CEINOOPR 43. AAEELPT numéro 63. AILLNOTU 85. AELMOSU (+1) 107. EEEEFRR
4. DINOSV 24. EEILLTV 44. AEELNNRT 64. AEEINRSU (+1) 86. ACEEENRT (+1) 108. CEFFORRU
5. AEILLOSU 25. AEIIRTZ 45. ACFIINR 65. ABLNSUY 87. AEFGIRU 109. ABCIORU (+1)
66. AEEGIN (+1) 88. ACLORSTU (+1) 110. AEIINNRT
6. ACENSUU 26. EEIMNOS 46. AEEERRSTY
67. CHLNSU 89. AAANQRU 111. EEENORRX
7. EEIIRSS 27. AEEEINNR 47. AAHIRSS (+1) 68. AAFFIINT 90. ABEGLRUU 112. EERRTTUX
8. AEGLRSTU (+1) 28. EEGLRT (+1) 48. CEELRRU (+2) 69. OOTTUU 91. HILMSTUU 113. EIINRSZ
9. ADEEHPR 29. ABINSTT 49. EEILNNN 70. AEEEGLSV 92. ACEEELT (+1) 114. AAENNT
10. EEGGOTTU 30. MNOORRTU 50. AEEEIRSS 71. EIINTTU 93. ACEEER 115. ADEEIPR (+1)
11. AEEPRRR 31. CELRSTU 51. EENORRS (+1) 72. EEINNNOR (+1) 94. AEEEGLNR 116. CEIORTUY
12. AILNOSST 32. AAAEGNP 52. EORRSS 73. ACEHNORT (+2) 95. EINQUU 117. ENOORST (+2)
13. CCEINOPU 33. EEINRTU 53. ACINRTTU 74. AEHLNOST (+3) 96. CDEEHR (+1) 118. AADGILN
14. EINORTX 34. EEEEFFNR 54. AEGNUUX 75. AEEINORT 97. AEILLRUU 119. EENRSSS
15. EEEGHNN 35. ADDENTU 55. EEEGINOT 76. AAINOPT (+1) 98. EEEPPRT 120. EEPRRU
77. EINOSSS (+1) 99. ACEEEGN (+1) 121. AEEILUV
16. BINORTTU 36. CEINRTUY 56. BEEIMTU
78. EEIPRUV 1 00. CENORTU (+3) 122. OPRSST
17. AEELLRSS 37. EEIOSSU 57. ANOOSSTT 79. AIORSSTU (+2) 101. AENORSUX 123. DEEESTT
18. INNOSSU (+3) 38. AEGIMOQU 58. AANNOTTT 80. ILMNOU 1 02. ACNOSTU (+2) 124. ASSTUUX
19. CELORRTU 39. CEIOORT 59. DEEFISS 81. CENNOOS 103. BEMOTU (+1)
20. EFFOSTUU 40. AEINORUV 60. DEEEIRTTX 82. AEEENSST 1 04. AADERU

100 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
match « Quand je suis devenu
maire, 14 000 voitures passaient

avenir
par cette rue chaque jour.
Il y en avait plus qui traversaient
la ville en une journée
ils inventent l’époque
que de gens qui y vivaient ! »
Miguel Anxo Fernandez Lores, maire de Pontevedra

70 %
Le trafic
automobile a
diminué de

90 % des trajets se


font dorénavant
à pied ou à vélo,
contre
30  %
il y a vingt ans

environnement

Pontevedra
La premi re ville sans voitures
Au bord de l’Atlantique, dans le nord-ouest de l’Espagne, un village d’irréductibles Galiciens a décidé de
résister aux voitures. Depuis 1999, le maire de cette municipalité de 83 000 habitants a entamé un chantier sans précédent
pour rendre le centre-ville aux piétons. Après quelques ajustements, ce projet titanesque est un succès.
Par Charlotte Anfray

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 1 01
Match Un plan piéton de la ville. Avec la création
Aucun
avenir de parkings situés à 10 minutes du centre,
l’activité commerciale n’a pas chuté. accident
mortel
La de piéton
consommation depuis
de combustible 2011
a baissé de

66 %
La pollution
de l’air de

65 %

E
n arrivant dans cette ville d’une taille équivalente à celle
d’Avignon, plusieurs questions se posent : où sont ­passés
« L’accès aux espaces publics est un droit,
les feux rouges, les trottoirs, les passages piétons et le au même titre que la santé ou l’éducation »
bruit des klaxons ? Seules quelques voitures, celles des Miguel Anxo Fernandez Lores, maire de Pontevedra
livreurs et des riverains, sont autorisées à circuler. Et
encore… ils doivent le faire au rythme des piétons et
ne pas dépasser les 30 km/h. Les stationnements sont l­imités Paris Match. Comment vous est venue l’idée de rendre la
à quinze minutes, et attention à ceux qui ne respectent pas ville aux piétons ?
la législation : ils encourent de lourdes amendes. Résultat, la Miguel Anxo Fernandez Lores. J’avais lu de nombreux
­pollution a chuté drastiquement. Cette ville n’a pourtant pas livres d’auteurs américains ou européens sur la façon de rendre
toujours été un exemple. Dans les années 1990, le centre-ville une ville durable et respectueuse de l’environnement. Lorsque
de 300 000 mètres carrés souffrait de différents problèmes : mon équipe et moi sommes arrivés aux affaires, nous savions
insécurité, trafic de drogue, bâtiments sinis- ­clairement ce que nous voulions : récupérer la ville pour les
trés, pollution et bouchons interminables – ­habitants. Car nous considérons que l’accès aux espaces
150 000 voitures y circulaient chaque jour. Selon Onu- publics est un droit, au même titre que la santé ou l’éducation.
Vous attendiez-vous à un tel résultat vingt ans plus tard ?
Mais, en 1999, Miguel Anxo Fernandez
Lores, médecin de profession, remporte les Habitat, les villes Oui, car c’était prévu. Ce qui nous a surpris, c’est l’impact
que cela a eu dans le monde entier. Nous ne nous attendions
élections municipales. Dès sa première année
produisent pas à un tel écho, jusqu’en Chine et en Corée par exemple.
plus de 60 %
de mandat, il lance une réforme urbaine sans
précédent afin de piétonniser le centre. Les Quels sont vos projets pour le futur ?
­travaux sont conséquents. Le sens de circulation Il est clair que le modèle ne doit pas concerner que
est modifié pour empêcher les automobilistes des émissions le centre. En ce moment, nous le mettons en place dans les
quartiers ­périphériques avec les mêmes exigences. Mais nous
de traverser Pontevedra sans s’arrêter et les
places de ­stationnement sont supprimées pour de gaz à effet devons continuer à améliorer la qualité de vie des habitants.
décongestionner la ville. Ces deux facteurs Dans ce contexte d’urgence climatique, il n’y a aucune excuse
étaient à l’origine de 60 % du trafic dans le de serre pour rester immobile. Nous devons agir maintenant ! 
centre. Pour se garer maintenant, il faut aller en et consomment  Interview Charlotte Anfray

78 % de l’énergie
périphérie, à dix minutes, où plusieurs parkings
gratuits ont été construits. La mairie a égale-
ment misé sur les commerces locaux et n’auto-
rise plus la construction de grands centres mondiale 3 villes qui veulent bannir l’automobile
commerciaux. Les petits commerçants avaient Londres tente de limiter le nombre de voitures avec la « taxe
peur de voir leur clientèle baisser, c’est l’inverse qui s’est produit : de congestion ». Il faut débourser un peu plus de 12 euros pour entrer
les habitants font désormais 90 % de leurs achats dans les com- dans la zone centrale entre le lundi et le vendredi. Les contrevenants
merces de proximité. s’exposent à une amende de 100 euros. Pour lutter contre la pollution
Preuve que la population a adhéré à son projet, le maire a de l’air, la mairie a également mis en place une « zone à ultra basse
déjà été réélu plusieurs fois et est toujours en poste. Aux émission » dans le centre-ville. Les conducteurs des voitures à essence
­municipales de 2015, il a obtenu 43 % des voix, alors que son construites avant 2006 et ceux des voitures diesel qui datent
parti en compte 10 % aux régionales. Pour ne pas se perdre, un d’avant 2015 doivent payer une taxe de 14,50 euros par jour. Pour
plan a­ ffiché dans les rues indique les temps de trajet à pied entre les camions et les cars, c’est 116 euros.
les ­différents lieux de la ville. Aujourd’hui, l’équipe municipale a
Rome a mis en place des « zones à circulation limitée » interdites
remporté de nombreux prix dont celui de l’Onu-Habitat,
aux voitures. Les amendes vont de 85 à 335 euros. En 2024,
accordé aux meilleures p ­ ratiques pour améliorer les conditions
la ville devrait exclure toutes les voitures diesel du centre.
de vie de la population. Et le maire, qui a de nombreux projets
en tête, ne compte pas s’arrêter là. n  C.A. A Oslo, le centre-ville est réservé aux bus et aux vélos. Toutes les voitures
sont proscrites, même les véhicules électriques ; 700 places de stationnement
ont été supprimées dans le centre et le prix des péages urbains a augmenté.
Dès 2025, les véhicules à essence et diesel devraient être interdits à la vente.
102 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
match mots croisés Par Nicolas Marceau

problème n° 3698
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T
1

10

11

12

13

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15

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17

18

19

20
HORIZONTALEMENT qui flatte un sens. Juste mesure. 14. Court de la Verte république. Désinence verbale. Glucide. R. Montrera sa joie de vivre. Le coin du bois.
1. Dépasse le cadre de la simple logique. Retraite bourse. Pièces au bord de la mer Noire. On la rend F. Sans lieu, en bref. Femme de Maurice. Opposé Esclave spartiate. Identique. S. Jouant sur la
de Russie. Espèce de cochon. 2. Elles sont plutôt en partant. Le bon fait rire. 15. Langage infor- à tout. Vallée des Pyrénées. G. Palindrome de flexibilité. Petit cigare. Corrompue, au niveau du
bonnes pâtes. Prédominance des anciens. 3. Sor- matique. Affréter un navire. Fera tourner la tête. l’Orne. Produit de marque. Uniforme au haras. Il goût. T. Adolescent. Qui visent à rassembler les
tis du compte. Père de Jason. Un four pour le 16. Sujet d’élite. Dame de cœur devenue dame adore les petits enfants. H. Habitants de ­Djibouti. énergies
verre. 4. Résine malodorante. Pariât. Est fauché de trèfle. À terre pour prier. Vers l’œil. Astate. Étendue de pierres. On l’a dans l’os. Mouilla la
durant l’été. Démonstratif. Acide biochimique. 17. Trophée du septième art. Article espagnol. Il chemise. I. Se déclare à l’oreille. Élément du SOLUTION DU SUPERFLÉCHÉ N° 3697
5. Souligne les contours du globe. Unité de poids lui faut attendre sept ans pour en avoir dix. Voué cercle. Animatrice d’un foyer d’ouvrières. ­Nickel.
de jadis. À la hâte. Cours du Nord. 6. Faisait fureur à la géhenne. 18. Opérations de séduction. Il vit J. Révolution. Pour la Suisse. Incompatible avec B B F N G S D
P O U L A R D E E D I T E R
jadis. Moyen de paiement. Lapsang Souchong en à l’ombre des palmiers. Qui bénéficie de l’hospi- la douche écossaise. Lieu de grandes décisions. U S I N E E C R E M A G E
est un. Ses cosaques sont réputés. Son de cloche. talité. 19. Crème anglaise. Certes. Valence est sa K. Branché. Livide. Elle porte la voix. Sur la T S U N A M I H E L I C E
7. Marque le coup. En Haute-Normandie. Donné référence. Station russe défunte. 20. Enfantin Bresle. Salut à Marie. L. Pierre à feu. Salue la belle C R I I MM O R A L L E
pour faire baisser la tension. Détourne du droit pour Sherlock Holmes. Prévenues des risques. véronique. Fameux photographe. Veille sur les QU I P R A O S S I L E X
chemin. 8. Ville de concile. Marque de simili- chaînes. M. Inspire l’aversion quand elle est noire. L E U R G R E C S O S T
V A R L O P E S H A U T R
tude. Malingre. 9. Actinium. Affluent du Rhône. VERTICALEMENT Sur l’ardoise. Vieux do. Unité physique. Amène D T U S E L A N S C E
Comme un pinson. Issu d’un croisement. 10. Pren- A. Il est difficile de les couper. Entre un pékinois une conséquence. N. Lopin de garenne. Dans D E C R E T E O P T I MUM
drez le dessus. Possessif. Marteaux des carriers. et son maître. B. Finira dans la poubelle. Spécia- la langue du pays. Tableaux imposants. Opposé L A S GO B E T A I E
Hérisson des caves. 11. Elle voit le jour entre deux liste du Calvados. Réponse de Normand, jadis. au forfait. O. Nos déchets y partent en fumée. S P A S P O T A R E C S
A P P E L E T U I H I T
épis. Rend le beau linge empesé. Totalement zen. C. Tout simplement. Il est du genre explosif. Langue de félibre. Sur la rose des vents. P. Auge T R O U O R E S E B E N E
12. Variété de prune. Ville de Cariocas. Il a le choix ­Opposé à. Homme de foi. D. Vallée marine en- d’une noria. Coupure de vers. Ancienne mesure A T R O C E A P L A T I R
entre les cabinets. Homme de paille. 13. Étain. gloutie. Un homme toujours à la page, même s’il de capacité. Petit tour. Q. Devise suédoise. A D I E U P E R E I T E M
Annoncer une mauvaise nouvelle. Un bouquet n’est pas dans les livres. E. User par frottement. Revient au score. Piastre pour un ­Q uébécois. E S S I E U X T O L E R E

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 1 03
vivre
Match Les
baskets
tendance

le nouvel or Autrefois réservées au


vestiaire sportif, les sneakers sont de la
mode
devenues en quelques années
l’objet d’un business bien rodé.
Par Clémence Pouget

avec la sortie de sa gamme Yeezy, dont le prix pour une paire à leur
sortie varie entre 220 et 350 euros, le rappeur a mis la barre beau-
coup plus haut. Résultat : ça a changé le prix psychologique des
consommateurs. Maintenant, quand on s’achète une paire à 140-
150 euros, on est presque surpris et on a l’impression de faire une
belle affaire. » Tous les milieux de la mode sont aujourd’hui concer-
Le 24 janvier, Kylian Mbappé postait une story nés, y compris celui du luxe, dans lequel les sneakers (à des prix
sur son compte Instagram avec à la main la basket excédant les 300 euros) représentent un quart du total des ventes
Dior Air Jordan 1 High OG, qui sortira en avril. de chaussures. D’ailleurs, en 2020, l’événement le plus attendu des
férus de shoes à gomme est la collaboration entre Dior et Nike. « La
Air Dior est annoncée à 1 900 euros, note Samuel M ­ antelet, expert
e prix de la basket la plus chère au monde : 29 977 euros en sneakers et cofondateur de l’association S­ neakers Empire. Mais
selon les données fournies par StockX, la célèbre il y a comme un hic. Il se murmure dans le milieu qu’il faudrait être
­plateforme américaine de revente de sneakers neuves. Son nom : un très bon client de la maison de couture pour espérer décrocher
la Nike Air Mag Back to the Future BTTF, initialement portée par une “Diordan”, c’est-à-dire avoir dépensé plus de 30 000 euros
Marty McFly dans le deuxième volet de « Retour vers le futur », chez Dior dans l’année passée… »
sorti en 1989. Editée à seulement 89 exemplaires et équipée Côté acheteurs, on différencie : 1. Les purs consommateurs,
comme dans le film culte de LED d’une autonomie de cinq heures, c’est-à-dire ceux qui passent à la caisse pour user de la gomme au
elle est aujourd’hui le Graal des collectionneurs. En ­deuxième posi- quotidien. 2. Les collectionneurs, ceux qui aiment prendre deux
tion, l’Adidas Human Race NMD Pharrell x Chanel, la sneaker paires identiques, l’une pour le plaisir de la porter, l’autre pour l’expo-
designée en 2017 par Pharrell Williams pour la maison parisienne. ser en trophée sur une étagère dans leur salon avant de la revendre
C’était le dernier gros événement du concept store Colette avant au prix fort quelques années plus tard. 3. Les resellers ou street
sa fermeture en décembre de la même année : ­vendue à l’origine
1 000 euros, elle a rapidement été sold out. Depuis, son prix a
atteint 23 220 euros, il a donc été multiplié par 23. 9
. Air Jordan 3
La basket, c’est un business à 9 milliards d’euros, selon Retro DJ Khaled Father of Asahd,
une estimation de la Fédération française de la chaussure. Ces der- 13 931 €.
nières années, les ventes n’ont fait qu’augmenter (de 5 % par an
entre 2013 et 2017), et les prix ont littéralement explosé. « Kanye
West a clairement fait changer le marché, nous explique Keyvann
Zertal, un étudiant de 23 ans en école de c­ ommerce à Strasbourg
et véritable basket addict. Depuis son arrivée en 2015 chez A ­ didas

10
. Air Jordan Kobe
PE Pack Retro 8/Retro 3,
13 931 €.

104 pa r i s m at c h D U 1 9 a U 2 5 m a r s 2 0 2 0
2
. Adidas Human
Race NMD Pharrell x Chanel,
23 220 €.

1. Nike Air Mag


Back to the Future BTTF 2016,
29 977 €. Les
traders, ceux qui achètent des modèles en
5
édition limitée uniquement dans le but de
les revendre une fois que ceux-ci ne seront
. Nike Air Mag
Back to the Future BTTF 2011, plus chères
plus commercialisés, et donc de réaliser une
belle plus-value. « Aujourd’hui, les jeunes
15 789 €.
au monde
économisent pendant des mois ou contractent même des emprunts pour s’of-
frir une paire à 600 euros », atteste Samuel Mantelet. Une réalité que confirme
Keyvann : « C’est devenu un gros business et un bon placement. J’ai des amis
qui préfèrent investir leurs économies dans une paire de sneakers plutôt que
dans l’immobilier. Certaines quotent tellement qu’on est sûr au pire de ne pas
perdre d’argent, au mieux d’en gagner beaucoup. » Encore faut-il être chan-
ceux. Car, pour réaliser les meilleurs coups du moment, il faut se connecter
sur Sneakrs, l’application de Nike, tous les samedis à 9 heures. Commence
alors une drôle de loterie durant laquelle les participants ont trois minutes pour
inscrire leur nom. Un message est envoyé pour savoir si l’on a ou pas obtenu 3. Nike Dunk SB Low Paris,
le trésor du jour. « En deux ans, depuis la sortie de l’appli, j’ai réussi à obtenir 23 220 €.
une seule paire, s’indigne Keyvann. C’est vraiment cruel ! Et j’ai perdu un sacré
coup : mi-février, le dernier modèle de Nike, édité en collab avec Off-White,
est sorti le samedi matin à 200 euros ; une heure plus tard, il était affiché entre
4
. Air Jordan 4
Retro Eminem Encore 2017,
800 et 1 000 euros sur Instagram, Facebook ou StockX. » Ne dit-on pas qu’il 19 505 €.
n’est chance qui ne tourne ? Mais, comme dirait ta mère : pose ton téléphone,
coupe tes écrans, mets tes baskets et va courir ! n

8. Nike Dunk SB 6
. Air Jordan 4
Low Staple NYC Pigeon, Retro Eminem Carhartt, 
14 233 €. 15 324 €.

7. Air Jordan 4 Retro


Invaincu 2018 Sample,
14 861 €. S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 1 05
vivre
Match Cette nouvelle Tag Heuer Connected est le
horlogerie premier projet auquel s’est attelé Frédéric Arnault,
directeur général adjoint de la ­manufacture, arrivé
en 2018. Surfant habilement sur le succès des
objets connectés, Tag Heuer prouve qu’elle est
en prise avec son époque, sans pour autant tirer
un trait sur l’horlogerie traditionnelle.

Tag Heuer Connected la re-évol u tion


La première version avait déjà fait grand bruit. Un horloger traditionnel se lançait dans la montre connectée…
En offrant en plus la possibilité de réadapter un mouvement traditionnel si besoin ! Cette offre, qui avait défrisé les plus orthodoxes,
est pourtant l’une des plus réussies de l’histoire. A telle enseigne que Tag propose ces jours-ci sa version évolution : plus performante,
à l’image d’une Porsche 911, elle ne change pas, elle s’améliore. L’affichage Oled tactile offre un tel niveau de définition qu’il faut se pincer
pour croire qu’il s’agit d’un écran. Configurable à l’infini, idéale pour accompagner les sportifs, notamment les golfeurs pour lesquels
chaque trou est l’objet de mille et une questions (distance, obstacle, force et sens du vent...), cette Connected de nouvelle génération
dotée du meilleur Wear OS de Google est le partenaire idéal de l’été prochain. Intuitive, précieuse sans être fragile, en lien direct avec
l’application de son téléphone, elle devient cet allié du quotidien que l’on adopte sans même s’en rendre compte. A noter, l’intégration
de la fonction Google Pay, qui permet de régler sans contact, d’un simple coup de poignet ! 1 850 €.

Quoi de neuf Tissot Heritage 1973


l a r é tr o- n osta lg ie
Elle fleure bon le sport automobile. Mais
Faute de tenir Salon, les manufactures à l’antithèse de la formule 1. Elle évoque les
grandes GT italiennes, les V8 sonores,
sont contraintes de réinventer la façon dont les cuirs profonds et les mitaines
elles présenteront leurs nouveautés. sur les pommeaux de bois. Une montre
racée comme un bolide transalpin des
Certaines d’entre elles n’ont cependant années 1970, qui offre les fonctions
pas résisté à l’envie de nous essentielles d’un chronographe moderne
(la mesure de temps courts) et distille le
dévoiler leurs dernières créations. charme d’une forme tonneau délicieusement
vintage. Adorable et abordable, elle apporte
Par Nicolas Salomon
une pointe de vivacité dans le style de l’homme
contemporain. 1 950 €.

106 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
Bell & Ross BR-X1 RS20 l’éc urie f ra n ça is e
Pour célébrer l’arrivée du nouveau pilote Esteban Ocon au sein de Renault F1, le duo français Bell & Ross, partenaire de l’écurie
depuis 2016, propose cette nouvelle déclinaison de sa désormais célèbre X1. Des poussoirs à bascule montés comme des pédales
d’accélérateur, une carrure anguleuse de titane poli-satiné qui évoque la carrosserie des monoplaces, ce large chronographe se
distingue par sa lunette bidirectionnelle PVD qui permet au pilote de placer un repère facilement visible. Ainsi, à chaque tour, il peut
d’un coup d’œil comparer sa moyenne au tour. Un indicateur précieux qui donne au chronographe un sacré caractère. N.S.
Limitée à 250 exemplaires. 19 900 €.

Alpine Eagle
Au so mme t de l’ e nvir on n e me nt
Voici la première montre réalisée en acier recyclé.
Cette inédite s’inscrit dans la démarche éthique de Chopard, qui crée à l’occasion
de ce lancement une fondation au profit de la protection du milieu alpin.
Par Hervé Borne
Une histoire Une mécanique
de famille de précision
Créée en 1980 par Karl-Friedrich Scheufele, Le boîtier, étanche à 100 mètres, abrite
alors âgé de 22 ans, et actuel coprésident un calibre automatique offrant une réserve
de Chopard, la St Moritz fut la première de marche de 60 heures. Il est certifié
montre sportive en acier de la maison. chronomètre par le Contrôle officiel suisse des
Elle revient sur le devant de la scène sous chronomètres : sa régularité est parfaite, et sa
l’impulsion de son fils, Karl-Fritz, qui, précision est située entre – 4 et + 6 secondes.
avec l’aide de son grand-père Karl, Une mécanique entièrement réalisée dans les
a convaincu son père de la moderniser. ateliers Chopard, sis dans un bâtiment certifié
Un modèle sport chic rebaptisé Alpine Minergie. Un label décerné aux constructions
Eagle, partie intégrante d’un réel vouées à la diminution de consommation
engagement environnemental. d’énergie, à une utilisation rationnelle et aux
énergies renouvelables.

Une plume en
guise d’aiguille
L’aiguille des secondes
reprend la forme d’une plume du Un cadran
maître des Alpes, l’aigle royal.
symbolique
Il est décoré d’un motif reproduisant
l’iris d’un aigle, et adopte la couleur

De l’acier responsable bleu Aletsch, du nom du plus


important glacier des Alpes. Une
Ayant demandé quatre ans de développement, Alpine Eagle chaîne montagneuse fragile à laquelle
le Lucent Steel A223 est un acier exclusif, issu d’un en acier, 41 mm Chopard vient en aide en créant
processus de refonte. Ecoresponsable, il est recyclé de diamètre, la fondation Eagle Wings,
à 70 % et extrait à 30 % par un circuit 100 % mouvement
dont le but est de préserver sa
traçable. Afin que l’empreinte carbone soit réduite, automatique avec
biodiversité et sa beauté.
il est fondu en Autriche à 1 050 °C dans des fours date par guichet,
électriques, au lieu de 1 500 °C dans les hauts bracelet en acier.
fourneaux. Un alliage deux fois plus dur Chopard, 12 200 €.
que l’acier classique et hypoallergénique.

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 1 07
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Un papillon nocturne. une section « aventures », et celle-ci en est
bien une. Pendant une semaine, des Indiens
vous emmènent au cœur de l’Amazonie
brésilienne pour vivre une expérience unique.
Un retour absolu à la nature.

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jusqu’au
bout de
Agilon, notre guide indien, sans qui survivre
la jungle
Par Romain Clergeat @RomainClergeat
dans ce milieu hostile serait impossible.
Photos Francine Kreiss @FrancineKreiss

Aux confins du rio Negro, notre embarcation


pénètre dans la forêt au crépuscule, après plusieurs
heures de navigation.

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attend à la porte de la location. Dans la formule
« aventures », c’est perché sur un arbre.

L
’embarcation s’enfonce sans bruit toujours se rétrécit. Jusqu’à cette rive, (très) frêle esquif qui sans doute chavi-
sur le bras du rio Negro. Il y a déjà noyée sous la jungle, où Agilon, notre rerait au moindre éternuement. Harpon
plus de six heures que nous avons capitaine, décide d’accoster. Marino a à la main et lampe frontale sur la tête,
quitté le dernier poste habité. déjà sauté hors de l’embarcation, passé notre capitaine s’est installé à l’avant et
Un baraquement déglingué où une corde autour d’un arbre, et il s’af- rame le plus délicatement possible sur
un ­gardien (et ses deux chiens) a faire à préparer le camp. A peine a-t-il cette eau sombre. S ­ oudain, il lance son
noté notre heure de ­passage. « Pour accroché un hamac entre deux arbres harpon et le remonte avec un poisson
garder une trace. Si jamais on ne nous qu’il commence à ramasser des branches. jaune et noir qui bientôt s’agite à nos
voyait jamais revenir. » On pense à un Et, avant même que nous ayons posé le pieds. « Allez-y, mettez-lui un coup sur
trait d’humour, il n’en est rien. Dans cette pied sur la rive, un feu éclaire cet espace la tête ! » ordonne-t-il en tendant son
région d’Amazonie, à 1 000 kilomètres de ­sauvage où nous allons passer notre couteau. Mais le poisson fait des bonds,
Manaus, ceux qui s’aventurent au-delà ­première nuit. La femme d’Agilon, silen- menace de repartir à l’eau, et même l’at-
des territoires qui figurent sur les cartes cieuse, commence à faire bouillir dieu sait traper semble d­ ifficile. Alors viser la tête,
le font à leurs risques et périls. D’ailleurs, quoi. J’en profite pour me faire confir-
seuls les locaux savent se repérer. Même mer que le fleuve regorge bien d’alliga-
Eduardo, notre guide depuis Manaus, tors… « Oui, oui », répond Eduardo sans
qui a monté cette expédition, avoue son s’interrompre dans l’installation de nos
ignorance quant à la géolocalisation hamacs. « Et… rester aussi près du fleuve
précise de l’endroit où nous allons. « A ne pose pas problème ? » « Nooon ! Pas
partir de maintenant, il n’y a qu’eux qui du tout ! Ils ont peur du feu, aucun dan-
savent exactement où nous sommes », dit- ger. » Il semble sûr de lui. Tant mieux…
il en désignant Agilon et son compagnon « Il est temps d’aller pêcher si l’on
Marino. Deux « natives », comme on les veut avoir quelque chose d’autre à man-
appelle ici. Indiens, avant d’être Brési- ger que du manioc », annonce soudain
liens. Ils ont grandi au cœur de la jungle, à Agilon. Il fait nuit noire, et on se demande
Maraa, la dernière ville brésilienne avant s’il plaisante. Mais non. Quelques ­instants
la frontière colombienne. Un gros bourg, plus tard, nous voilà embarqués sur un
plein de poussière, de jeunes filles déjà
mères et de trafics en tout genre.
Les barrettes de réseau ont d ­ isparu
depuis bien longtemps de nos téléphones,
« Toi seul ici ? Tu
qui ne servent désormais qu’à prendre
des photos. Autour de nous, pas âme qui survivrais trois, quatre
jours. Peut-être… »
vive, bien sûr, d’étranges bruits venus du
fond des forêts, et ce bras de fleuve qui
Agilon, notre guide indien
110 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
Sur le long chemin
(20 heures !) qui
mène dans la
jungle, dernier
arrêt chez ce chef
indien pour se
ravitailler en eau.

comment partir
dans le noir de ­surcroît… Notre canoë « Explore deep into the Amazon jungle »,
serpente à travers les arbres g­ orgés d’eau 1 295 euros par personne (sans les vols)
et s’immobilise quand Agilon repère airbnb.com/d/adventures.
une proie avant de l’embrocher d’un
coup sûr. En l’espace d’une demi-heure, arbre sec à 50 kilomètres à la ronde. Ici,
malgré l’obscurité, il aura réussi à attra- la pluie et la boue sont partout. Il nous
per une dizaine de poissons. Dont deux avertit quand on peut mettre un pied
piranhas, que l’on examine sous toutes dans l’eau, ou pas. « C’est infesté d’an-
les coutures, particulièrement la denture, guilles électriques, ici. Pas bon. » Puis
forcément, et dont la chair se révélera nous montre comment débusquer l’ara-
être la meilleure de toutes. païma, le poisson géant d’Amazonie, qu’il
A l’intérieur de notre hamac mous- faut sortir de l’eau en le portant sur son
tiquaire, on s’étonne de trouver si vite dos. Le soir au coin du feu, il nous raconte
le sommeil. Mais le voyage a été long. comment à 9 ans il partait, pendant deux
Si l’on oublie les piranhas, les alligators, mois, avec son père, au fin fond de cette
les pumas qui rôdent et dieu sait quoi, le jungle. Soudain, il s’interrompt en enten-
moment est inouï. Nous sommes « vrai- dant un bruissement de feuilles, que rien
ment » au plus profond de la jungle, à une pour nous ne d ­ istingue d’un autre, avant
journée de bateau de la moindre ville. Et de reprendre son récit : « C’est rien. Sûre-
cette nuit-là est unique. ment un puma. »
Lorsque nous repartons le lende- Au bout de quelques jours de cette
main vers notre véritable lieu de cam- vie sauvage, les choses nous semblent
pement, on se sent déjà plus aguerris presque normales. Et c’est quasiment à
après cette première nuit « au cœur des regret que nous reprenons le ­chemin du
ténèbres ». Notre camp de base, un peu rio Negro en sens inverse pour ­rentrer
au-dessus d’une cascade, est comme un à Maraa. Bien sûr, on rêve d’un lit et
décor de film. Un endroit que Spielberg de draps blancs, d’une douche et de
aurait aimé filmer pour un « Indiana frites, mais avec le sentiment d’avoir
Jones ». Agilon nous apprend à faire vécu, au sens propre, une aventure
du feu, même quand il n’existe pas un ­extraordinaire. n  Romain Clergeat

A g., Agilon vient


d’attraper un piranha,
qu’il cuisinera
de retour au camp.
Ci-contre : trois
hamacs et pas
grand-chose d’autre...
vivre
Match
AUTO

Du rêve sans Genève


L’annulation du Salon automobile helvétique n’a pas entamé l’ambition
Par Lionel Robert

des constructeurs, comme en témoignent ces trois nouvelles machines d’exception.


Aston Martin V 12 Sp eedster
avis de coup de vent
Œuvre du département Q de la firme de Gaydon, cette sublime
barquette en fibre de carbone se distingue par… son absence de
pare-brise. Inspiré de la Vantage, son style pour le moins radical
est marqué par la présence d’un ponton central séparant le
pilote du passager, et l’habitacle reprend les codes d’un célèbre
avion de combat américain. Sous le long capot de la propulsion
britannique, un V12 5,2 litres, associé à une transmission
ZF à 8 rapports, développe 700 ch pour catapulter
ses deux occupants à 100 km/h en 3,5 secondes et jusqu’à
300 km/h chrono. Pour les 88 unités programmées, la livraison
démarrera début 2021. Son prix : 849 000 euros hors taxes.

H i spa n o S ui za Ca rmen B o u lo gne


retour de flamme
Interrompue depuis la fin des années 1930, l’activité
automobile de l’historique marque hispanique a repris l’an
passé. Désormais dirigée par l’arrière-petit-fils du fondateur,
Hispano Suiza vient de révéler son ultime création : une
supercar 100 % électrique, aux atours cuivrés et de carbone
vêtue, délivrant la bagatelle de 1 114 ch. De quoi vous propulser
à 100 km/h en 2,6 secondes et jusqu’à 290 km/h en vitesse de
pointe. Dotée d’une batterie de 80 kWh, la Carmen Boulogne
(4,73 m) revendique plus de 400 kilomètres d’autonomie.
Produit à 5 exemplaires seulement, le joyau sera livré en 2022
contre un virement de 1,65 million d’euros hors taxes.

Be ntle y Bac alar


désirable et « durable »
Reposant sur une base de Continental GTC, ce charismatique
roadster, confectionné par Mulliner, la division projets
spéciaux de Bentley, prend l’appellation Bacalar en référence
au célèbre lac du Yucatan. Au-delà de son audace stylistique,
l’extravagante revendique une certaine conscience écologique.
Le bois garnissant l’habitacle provient d’arbres millénaires
naturellement tombés au sol et sa peinture contient des
cendres de poudre de riz. Mais elle abrite un W12 biturbo
de 659 ch, gourmand en sans-plomb. Discrétion de rigueur
concernant ses performances et le prix des 12 exemplaires
que l’on imagine « suffisants », selon la tradition. n
112 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
toutnouveau
actualités commerciales

007 x Chopard
La Maison Chopard a l’honneur
d’annoncer la création d’une nouvelle
collection joaillière, baptisée
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collaboration avec EON productions pour
partager sa vision des femmes James Bond :
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Retraits et dépôts de cash


procédures à respecter
Le retrait et le versement d’espèces sur son compte bancaire
sont des opérations soumises à plusieurs règles.
pension de Réversion
Coordination Marie-Pierre Gröndahl Epoux violents exclus
Un époux ou ex-époux condamné pour
Paris Match. Quel montant maximal d’exiger un justificatif restent à l’appré- violences conjugales n’est plus autorisé
d’espèces peut-on retirer ? ciation de votre banque. Notamment si à percevoir une fraction de la pension
Olivier Gayraud. Au guichet ou une somme d’argent importante dépo- de vieillesse de son conjoint ou ex-
au distributeur automatique de votre sée ne correspond pas à vos revenus. conjoint décédé. Cela concerne la plupart
banque, vous devez vérifier les niveaux Peut-on s’opposer à ce contrôle ? des pensions de base, sauf celle des
de plafond ­p révus dans votre contrat. Vous n’y avez aucun intérêt. Votre avocats. Les pensions de reversion
Ces derniers dépendent, entre autres, du banque ne fait en l’occurrence qu’ap- complémentaires ne sont pas concernées,
type de votre carte bancaire et de votre pliquer la réglementation lui impo- hormis celle des agriculteurs. Une
convention de compte. Pour condamnation pour harcèlement moral
n’entraîne pas de privation.
retirer une somme plus impor-
tante, prévenez votre agence
Olivier Gayraud*
pour qu’elle puisse augmen- « Votre banque, traditionnelle Encombrement de
ter momentanément votre ou en ligne, est tenue de
plafond et éventuellement la voie publique
disposer des fonds néces-
communiquer les opérations Nouvelle amende
saires. ­Vérifiez auprès de votre qui lui paraissent La loi « Engagement et proximité » prévoit
conseiller les frais engendrés suspectes à la cellule Tracfin » la possibilité pour un maire d’infliger
par ces opérations. une amende administrative allant jusqu’à
Un retrait doit-il être justifié ? sant de connaître tous ses clients et de 500 € dans les situations présentant un
Non. En revanche, dans le cadre de suivre leurs opérations respectives. Elle risque pour la sécurité publique. Sont visés
ses obligations légales, votre banque, peut aussi vous demander l’origine des le dépôt sauvage de matériel ou d’objets
traditionnelle ou en ligne, est tenue fonds déposés ou bien la fourniture d’un bloquant la voie publique, le refus
de communiquer les opérations qui lui ­justificatif de domicile, même si vous d’élagage ou encore l’occupation à titre
paraissent suspectes à la cellule ­Tracfin, êtes un client de longue date. privatif du domaine public. Cette amende
chargée de la lutte contre le blanchi- Comment obtenir la preuve d’un ne se substitue pas à l’amende pénale
ment d’argent et le financement du dépôt d’espèces ? pour abandon d’ordures ou non-respect
­terrorisme. Ces dispositions ­s’appliquent Quand vous effectuez un verse- des règles de collecte.
aux dépôts comme aux retraits. ment au guichet, veillez à ce qu’un reçu
Y a-t-il un seuil de déclenchement ? vous soit remis. Si vous passez par un
Depuis le 1er janvier 2016, tous les
retraits ou versements d’espèces supé-
guichet bancaire automatique, vous
devez vous munir de votre carte ban-
En ligne
rieurs à 10 000 € en un mois sur un caire pour que votre identité soit véri- Payer ses impôts
compte de paiement ou de dépôt fait fiée. Là encore, un reçu vous sera
l’objet d’un signalement automatique délivré.
chez le buraliste
à Tracfin. La décision de signaler une * Juriste à l’association Consommation, Les particuliers de dix départements peuvent
opération comme suspecte ou celle logement et cadre de vie (CLCV). déjà s’acquitter de leurs impôts (taxe d’habitation
ou foncière) et de certaines factures (cantine,
crèche, hôpital…) dans un bureau de tabac.
La liste des buralistes partenaires est consultable
Le chiffre de la semaine sur le site des impôts. L’expérimentation de ce

48 %
paiement de proximité sera étendue à la France
entière à partir du 1er juillet. Les règlements se font
Selon le site Internet seloger.com, les locataires en espèces (jusqu’à 300 €) ou par carte bancaire.
impots.gouv.fr/portail/paiement-
parisiens d’un deux-pièces devront débourser 48 % de-proximite.
de leur loyer actuel en plus pour occuper un trois-pièces.
114 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
votre
santé les lésions tendineuses symptomatiques
sont chirurgicales. Une douleur de l’épaule

Lésions de
au repos (souvent nocturne et source
d’insomnie) ou lors de l’élévation du bras
(parfois difficile ou impossible) est le

la coiffe
symptôme le plus fréquent.
Que comprend le bilan ?
L’interrogatoire et l’examen clinique Nutrition

des rotateurs
permettent habituellement de faire le dia-
gnostic. La radiographie simple de l’épaule Les calories sont mieux
recherche un décentrage (ascension) de absorbées le matin
la tête humérale ou une arthrose associée,

Les traitements
Des chercheurs allemands (université de
qui contre-indiquent la réparation tendi- Lübeck) ont hébergé 16 volontaires sains
neuse. L’échographie confirme la lésion qui, à heures fixes, ont dû dormir et
tendineuse, la localise, apprécie son exten- manger des repas calibrés. Pendant
Par le Dr Philippe Gorny sion et sa rétraction. L’IRM ou le scanner­ trois jours, 8 d’entre eux prirent un petit
évaluent la trophicité des muscles de la déjeuner (PDJ) faible en calories (11 % des
Paris Match. Que désigne l’appellation coiffe : une forte infiltration graisseuse besoins quotidiens) et un dîner copieux
“coiffe des rotateurs” ? musculaire, dans le cadre d’une lésion (69 %), les 8 autres, l’opposé (PDJ à 69 %,
Pr Pascal Boileau. Un groupe de ancienne, contre-indique aussi la chirurgie dîner à 11 %). Deux semaines plus tard,
tendons issus de quatre muscles allant de de réparation tendineuse. pendant trois jours encore, les deux
l’omoplate vers la tête de l’humérus et qui Quelles sont les techniques de groupes inversèrent ces régimes.
coiffent l’épaule pour assurer : 1. La coap- réparation ? De multiples mesures calorimétriques et
tation et le maintien de la tête humérale L’approche fonctionnelle est préfé- sanguines furent réalisées entre 45 minutes
dans sa cavité articulaire. 2. La rotation du rée chez les sujets âgés et/ou peu actifs : avant les repas et 190 minutes après.
bras. A ces tendons s’ajoute celui du long la rééducation, le traitement antalgique et Résultats : la thermogenèse physiologique
biceps (LB), souvent à l’origine de dou- anti-inflammatoire, parfois des infiltrations est 2,5 fois plus élevée le matin que le soir,
leurs car il doit coulisser dans une étroite de corticoïdes peuvent suffire. L’approche ce qui fait qu’à calories égales absorbées
réparatrice est indiquée chez les patients celles du repas matinal sont beaucoup plus
gouttière dans l’os quand on lève le bras.
vite et mieux « brûlées » que celles du soir.
Comment cette coiffe devient-elle actifs ayant des tendons et des muscles de
Les taux de glycémie et d’insuline montent
pathologique ? la coiffe de bonne qualité (sans infiltration
moins, l’envie de sucre dans la journée est
On distingue : 1. Les ruptures tendi- graisseuse). Elle est mini-invasive, faite
réduite, le sentiment de satiété supérieur.
neuses aiguës par traumatisme (chute, sous arthroscopie. Elle consiste à réinsérer
Sur le plan de la santé, le petit déjeuner est
mouvement forcé) chez les moins de les tendons lésés sur l’humérus à l’aide de le plus rentable des repas !
50 ans. 2. Les usures tendineuses chro- sutures et d’ancres. On supprime aussi le
niques (dégénérescence) chez les plus de frottement osseux sur les tendons (acro-
50 ans, par frottement répétitif des ten- mioplastie) et on transfère le tendon du
dons contre les structures osseuses. Les LB plus bas dans sa gouttière (ténotomie-
tendons sus-épineux et LB sont les plus
exposés. 3. Les situations 1 et 2 parfois
ténodèse). Le protocole est ambulatoire
ou en hospitalisation courte. Une attelle
Télégrammes
coexistent. 4. Enfin, une usure du cartilage est portée pendant trois à six semaines. vapotage
articulaire (arthrose) peut se surajouter. La rééducation est immédiate ou différée­ Il abîme la bouche
Cette pathologie est-elle fréquente ? selon les cas. Une récupération fonc- Deux études nord-américaines ont
Très ! Sa fréquence augmente tionnelle de l’épaule s’obtient en trois à montré que la cigarette électronique
avec l’âge (30 % des plus de 70 ans sont six mois. La résistance tendineuse initiale augmente la mort cellulaire des
concernés­) mais elle reste souvent asymp- est retrouvée en six à douze mois. Quand muqueuses buccales (gencives incluses) :
tomatique : il s’agit alors plus souvent les lésions sont anciennes et irréparables, elle est multipliée par 9 après 24 heures et
d’une lésion d’usure que d’une rupture. La on peut recourir : 1. A un transfert du LB par 20 après 48 heures de vapotage.
pratique des métiers qui sollicitent l’usage sous arthroscopie, à visée antalgique. 2. A
des bras au-dessus de la tête (maçonnerie­, un transfert musculo-­tendineux (muscle
peinture, etc.) et de certains sports (­tennis, grand dorsal) pour restaurer la rotation
Coronavirus
volley…) est un facteur de risque. Seules externe du bras et la force. 3. Chez Détection en kit
les plus âgés, à une prothèse aux Etats-Unis
d’épaule. L’autorité américaine des médicaments
Quels sont les résultats de ces vient d’approuver la commercialisation
Les lésions des tendons traitements ? d’un kit diagnostic du virus, finalisé par
de l’épaule, fréquentes et handicapantes, Ils sont globalement excel- le CDC d’Atlanta (agence fédérale
sont souvent réparables. lents, avec comme objectif de protection publique), pour accélérer
une épaule “oubliée”. n le dépistage des sujets contaminés.
Explications par le
* Institut universitaire
Pr Pascal Boileau* locomoteur et sport, Nice. parismatchlecteurs@hfp.fr

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 115
un jour
une photo 2 mars 1985
Sabine Azéma
Madame César
Ce titre lui revient de plein droit, puisqu’elle
obtiendra deux fois le Graal des comédiennes.
Cette année-là, pour « Un dimanche à la
campagne », de Bertrand Tavernier, et deux ans
plus tard avec « Mélo », d’Alain Resnais, qui sera
son metteur en scène d’élection et son mari. Ils
feront dix films ensemble, où Sabine interprétera
des femmes très différentes mais toujours
exceptionnelles. Le dernier, « Aimer, boire et
chanter », rencontra un succès posthume
puisque Resnais est mort trois semaines avant sa
sortie… le 1er mars 2014. Refusant d’être
cantonnée dans un genre, elle a aussi connu un
succès commercial exceptionnel avec
« Tanguy », puis près de vingt ans plus tard avec
les mêmes dans « Tanguy, le retour ». Depuis le
17 juillet 2015, elle est commandeur dans l’Ordre
des arts et des lettres. Sa vie est un vrai roman !

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Voyage : Anne-Laure Le Gall. Chantal Blatter (chef de service). Joindre le règlement à la commande à l’ordre de Paris Match, adressé à Paris Match Service ­Lecteurs,
Chefs des Services adjoints Secrétariat
Politique : Virginie Le Guay. Bureau SP804, 3 avenue André Malraux, 92300 Levallois-Perret. Si recherche nécessaire, nous contac-
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match
Réfugié au Liban, tout proche, Ali Shehadeh
était responsable de la banque de graines

document
syrienne. Il travaille aujourd’hui à quelques
kilomètres de la frontière, avec ses confrères
libanais. En bas, sur une île norvégienne
glacée, le Global Seed Vault, où sont
protégées des semences du monde entier.

Céréales, légumineuses...
quelque 110 000 semences
menacées par la guerre à
Alep ont trouvé refuge sous
la glace du Grand Nord,
dans le « coffre-fort de
l’apocalypse ». Ces variétés
sélectionnées au fil des siècles
constituent un patrimoine
inestimable, car elles sont
adaptées aux conditions
extrêmes que la terre pourrait
bientôt connaître : sécheresse,
salinité des sols. Le destin
de l’humanité se joue peut-être
dans ces petits sachets de blé, de
pois chiches, de lentilles sauvés
par des chercheurs héroïques.

De la Syrie à la Norvège
Les graines
de notre survie
Reportage Deborah Berthier

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 117
Match
document
Dans la plaine de la Bekaa, les graines
syriennes ont trouvé refuge dans un centre
de recherche. Stockées à – 18 °C, elles
sont inventoriées, et certaines expédiées
en Norvège. A trois reprises, des
échantillons sont revenus pour duplication
et distribution aux agriculteurs.

spécimen de leur espèce. Plus que leur valeur patrimoniale, c’est


l’utilité de ces graines pour l’avenir qui les rend si précieuses. Ce

M
sont elles qui, demain, nourriront la planète. Lorsque, changement
climatique oblige, celles qui sont aujourd’hui cultivées par les agri-
culteurs ne réussiront plus à pousser.
Ces graines, longtemps distribuées aux paysans syriens, ont
aymouna Ali Sabra (photo ci-dessus) rajuste sa également permis au pays d’atteindre l’autosuffisance en blé dans
combinaison de ski bleu marine. Vaine tenta- les années 1990 et de devenir le grenier du Moyen-Orient. Un
tive pour chasser la sensation de froid. Dehors, âge d’or pour l’Icarda. Jusqu’au début des années 2010, le centre
la chaleur automnale est écrasante, mais, ici, le de recherche syrien comptait 450 salariés et une école interna-
thermomètre affiche – 18 °C en permanence. tionale, attirait des chercheurs du monde entier, cultivait plus de
La petite chambre froide du Centre internatio- 370 hectares à Tal Hadya, une petite bourgade à une trentaine de
nal de recherche agricole dans les zones arides kilomètres au sud d’Alep, élevait un troupeau de 300 moutons…
(Icarda), i­nstallé dans la plaine de la Bekaa, au « Puis la guerre a éclaté. » La voix d’Ali Shehadeh est détachée,
Liban, doit protéger­ses trésors. Aussi minus- presque monocorde, lorsqu’il raconte. Le chercheur syrien est
cules soient-ils. Dans le cas présent, quelques dizaines de milli- arrivé au Liban il y a quatre ans. Assis dans son bureau aux néons
mètres tout au plus, de simples graines, en réalité. D’une valeur criards, à Terbol, village libanais non loin de la frontière, il rêve de
pourtant inestimable. Du blé, des pois chiches, des lentilles, des pouvoir retourner dans son pays. D’y reconstruire la banque de
haricots, des trèfles, des petits pois… que l’Icarda tient à conserver graines sur laquelle il a veillé pendant vingt-cinq ans. D’y prendre
à tout prix. Une fois déjà, le centre de recherche a failli les perdre. sa retraite aussi. Le sexagénaire s’imaginait déjà couler ses vieux
La jeune assistante saisit un à un, de ses doigts engourdis, les jours à Kessab, petite ville côtière proche de la Turquie habitée en
sachets d’aluminium figurant sur sa liste. D’ici à quelques jours, les majorité par des Arméniens. Tout ceci n’est plus au programme.
semences contenues dans les pochons gelés s’envoleront à nou- « Nous sommes restés en Syrie aussi longtemps que nous
veau pour le grand froid, le vrai. Celui qui, l’hiver venu, traverse le l’avons pu. Lorsqu’en 2012 les groupes rebelles ont commencé à
Svalbard tout entier, cet archipel norvégien planté plus haut que faire des descentes dans le centre de Tal Hadya, volé une centaine
le cercle polaire. de véhicules et du matériel et, plus tard, enlevé et détenu pendant
Ces graines en ont avalé, des kilomètres. Il y a cinq ans, c’est deux semaines deux techniciens de laboratoire, le comité de direc-
de l’autre côté de la frontière, à 10 kilomètres de là, qu’elles étaient tion a adopté un plan d’urgence. Tous les salariés et chercheurs
conservées. Au-delà des montagnes, en Syrie. Durant trois décen- étrangers ont dû quitter la Syrie », explique le scientifique, sans
nies, chercheurs et agronomes ont amassé, dans la banque de sembler remarquer que les lumières de son bureau se sont sou-
graines d’Alep, des semences venues de toute la planète, et plus dain éteintes. Quelques minutes passent, dans l’obscurité, puis l’un
particulièrement de cette région du monde que l’on appelle le des trois énormes générateurs postés à l’entrée du centre prend le
Croissant fertile, aux confins de la Syrie, d’Israël, de la Palestine, relais, et le courant revient. Au Liban, les coupures d’électricité sont
de la Jordanie, du Liban, de la Turquie, de l’Irak et de l’Iran. Au quotidiennes depuis quarante ans. De trois heures journalières à
total, 157 000 espèces de céréales, de légumineuses, de plantes Beyrouth jusqu’à douze et quatorze heures dans cette région du
fourragères et des centaines de milliers d’échantillons ont été centre-est du pays. Une application, Beirut Electricity Cut Off,
collectés­. Une biodiversité d’une richesse exceptionnelle. Des permet même de visualiser les plages horaires de black-out en
semences séculaires de plantes ayant réussi à s’adapter à des siècles fonction des régions.
d’évolution­climatique, certaines ayant développé la capacité de Les derniers « internationaux » sont partis. Ali Shehadeh, alors
pousser dans des sols très secs, d’autres dans des terres salines, responsable de la banque de graines syrienne, est resté. Il est resté
d’autres encore, disparues à l’état naturel, constituent le dernier en 2013, lorsque milices, rebelles et autres groupes armés ont

118 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5   m a r s   2 0 2 0
« Malgré le siège d’Alep, je suis resté.
J’avais une mission. Puis il a fallu se
réfugier au Liban, avec notre Alitrésor »
Shehadeh
­ loqué les routes permettant de sortir d’Alep. Durant treize mois,
b fait les frais du typhon Xangsane en 2006. Mais les semences
impossible de quitter la ville. Il est resté en 2014, lorsqu’une route, syriennes ont pu être sauvées.
reliant Alep à Homs, a été ouverte. A nouveau, il pouvait se rendre Par miracle ? Pas vraiment. Dès 2011, lorsque les révoltes ont
à Tal Hadya. Depuis Alep, rouler 300 kilomètres vers le sud à commencé à éclater en Egypte, puis en Libye, l’Icarda a envoyé
­travers le désert jusqu’à Homs, puis repartir vers le nord, sur un des copies de ses semences en lieu sûr, à d’autres banques, et en
autre axe pendant 170 kilomètres jusqu’à Tal Hadya. Soit un t­ rajet particulier au Global Seed Vault, la banque mondiale de graines.
de 470 kilomètres au lieu de 30 auparavant. Sans pour autant que Un « coffre-fort de l’apocalypse » conçu dans le but d’entreposer
la route soit sûre. « Les postes de contrôle étaient nombreux. Régu- des copies de l’ensemble des semences agricoles de la planète, de
lièrement, il fallait payer un droit de passage par personne et pour manière à les protéger des guerres, des catastrophes naturelles, de
les graines. » Mais Ali Shehadeh est encore resté. En 2015 aussi. l’agriculture intensive, du changement climatique.
Continuant ses allers-retours entre Alep et Tal Hadya, ses missions « Aux Etats-Unis, ce sont les attentats du 11 Septembre, puis
de collecte de semences, ses déplacements au Liban et ses visites l’ouragan Katrina, en 2005, qui ont changé la donne. Les déci-
en Turquie, où il avait envoyé ses proches entre-temps. « Un jeudi, deurs politiques se sont rendu compte qu’il n’existait pas ­d’endroit
je suis rentré chez moi et j’ai dit à ma femme et mes enfants de à l’abri des désastres naturels et humains. Il fallait en bâtir un »,
­rassembler leurs affaires, se souvient-il. Je ne leur ai pas demandé déclare Cary Fowler, agronome américain à l’initiative du ­Global
leur avis. Habituellement, notre famille s’apparente à une démo- Seed Vault.
cratie, mais cette fois-ci j’ai préféré être pragmatique. Je voyageais C’est au Svalbard, archipel norvégien situé à 1 000 kilomètres
beaucoup. J’étais souvent absent. Les rebelles étaient à 1 kilomètre du pôle Nord, recouvert à 60 % de glaciers, plongé quatre mois
de notre maison. Les miens étaient en danger. » Ils sont partis. Lui par an dans la nuit et où plus de 2 300 personnes vivent à ­l’année
est resté. Dans un Alep sans électricité, sans gaz, sans fioul. Mais – à Longyearbyen, ville la plus septentrionale du monde –, que
s’enfuir n’était pas une option. « J’avais un travail à terminer, une la communauté internationale a décidé de construire cette
mission », affirme-t-il : sauver les semences, jusqu’alors pieusement arche de Noé végétale. Elle abrite aujourd’hui plus de 1 million
conservées dans la réserve syrienne. de variétés­venues des quatre coins du monde. Et 70 % de la
En octobre 2015 toutefois, la direction de l’Icarda dit stop. collection syrienne. En urgence, 27 000 échantillons ont égale-
Plus question de se rendre à Tal Hadya, en pleine zone de conflit. ment été envoyés depuis la Syrie directement au Liban et en
Bombardements et raids aériens sont trop fréquents. Il est donc Turquie. Au total, 98 % des semences conservées à Alep ont ainsi
décidé de quitter la Syrie, de transférer les activités du centre été dupliquées. Seuls 2 % ont été perdus. La vaste majorité de
de recherche au Liban et au Maroc, jusqu’alors des sites secon- cette ­collection aurait pu rester entreposée à jamais (Suite page 120)
daires de l’institution, et de renoncer, du moins provisoirement,
aux locaux de Tal Hadya, à la banque de graines et aux milliers
d’échantillons.
La capitulation de cette antenne aurait pu être synonyme de
­disparition définitive pour cette inestimable collection. L’Icarda
n’aurait d’ailleurs pas été la première à connaître ce sort. En Irak et
en A
­ fghanistan, les banques de graines ont aussi été les v­ ictimes
collatérales de la guerre. Celle des Philippines a, quant à elle,

Travail méticuleux et laborieux d’identification et de


caractérisation des graines. Une erreur d’archivage, et les semences
pourraient être inexploitables. Des expériences sont menées dans
des plantations afin d’alimenter une immense base de données.

S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 119
Match
document

Les caisses d’échantillons sont


prêtes à être expédiées au
Svalbard, dans « l’arche de Noé
végétale ». Ce site unique
au monde a été créé
par la communauté internationale
en 2008 pour mettre à l’abri les
copies d’un million de variétés.

A 1 kilomètre environ de la bourgade aux maisons colo-


rées se dresse le Global Seed Vault. Pour y accéder, le port du
fusil s’impose. Il est obligatoire dès que l’on quitte la ville, car
il n’est pas si rare de croiser un ours. Dans l’immense entrepôt­
réfrigéré, des milliers de caisses en plastique remplies des
pochons d’aluminium sont emmagasinées. Des sachets simi-
dans le Grand Nord. En sécurité. Mais les chercheurs de l’Icarda laires à ceux que Maymouna Ali Sabra, la jeune assistante de
l’entendaient autrement. « Notre rôle n’est pas uniquement de l’Icarda, ­prépare pour qu’ils refassent le voyage en sens inverse.
conserver ces semences, souligne Hassan Machlab, le directeur A trois reprises, des graines ont ainsi été retirées de la banque
de l’antenne libanaise de l’Icarda, en parcourant du regard les mondiale (en 2015, 2017 et 2019). Et, par deux fois, elles ont
champs s’étalant derrière les locaux de Terbol. Le département été renvoyées (en 2017 et 2019). En 2021, les collections de
des ressources génétiques doit également reproduire et distribuer légumineuses et de légumes devraient avoir été entièrement
ces graines aux paysans et aux scientifiques qui en ont l’utilité. » dupliquées. Une large partie de ce travail est réalisée au Maroc.
Mais comment remplir cette mission avec des semences certes Au Liban, la priorité est donnée aux plantes fourragères, la spé-
protégées mais inaccessibles, stockées dans un bâtiment creusé cialité d’Ali Shehadeh. Nombre d’entre elles sont des espèces
à 120 mètres sous le permafrost ? sauvages apparentées. Plus précieuses en termes de biodiver-
Les scientifiques ont donc pris une décision : retourner cher- sité, ces graines non domestiquées sont aussi moins prévisibles,
cher leurs graines au Svalbard, afin de les rapporter au Liban et au plus longues et plus complexes à cultiver.
Maroc, de les planter, de les dupliquer à nouveau, et, une fois seu- Durant tout le processus de duplication, les différentes
lement ces opérations réalisées, de les renvoyer au Svalbard pour étapes sont scrupuleusement respectées et documentées.
qu’elles soient stockées à l’abri des dangers. Un chantier de grande « Docteur Ali » y veille : de la caractérisation des graines (leur
ampleur entamé en 2011 et qui devrait s’achever en 2030. Une nom exact, leur origine, etc.) à leur reproduction en pas-
collection pareille ne se reproduit pas d’un claquement de doigts. sant par leur stockage ou encore les résultats d’expériences
Une fois, Ali Shehadeh s’est rendu au Svalbard. C’était en 2017. menées par d’autres chercheurs sur ces variétés, tout est reli-
De cet étrange endroit, des souvenirs anecdotiques lui reviennent gieusement enregistré dans une gigantesque base de données.
en mémoire. Celui d’avoir dû retirer ses chaussures dans des lieux Sujet sur lequel Ali Shehadeh est intarissable. Le scientifique
incongrus, par exemple. Car, neige oblige, à Longyearbyen, on a ­contribué à ­améliorer le système de gestion. Régulièrement,
enlève ses bottes avant d’entrer dans la médiathèque, le musée il tient à s­ ouligner que « la moindre erreur de référencement
ou encore l’université… « Imaginez une vingtaine d’hommes vêtus peut mettre en péril la préservation du trésor que constitue
d’un costume-cravate à l’occasion d’une conférence internatio- cette ­collection ». Il y va de la sauvegarde du patrimoine agri-
nale obligés de se mettre en chaussettes », se rappelle-t-il en riant. cole et de notre s­ urvie même. n Deborah Berthier

« Conserver là-bas mais aussi


distribuer les semences aux paysans.
C’est pourquoi elles voyagent tant ! »
Hassan Machlab
120 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5   m a r s   2 0 2 0
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S U I V E Z- N O U S S U R pa ris m at c h .c o m 121
Melonie Foster
Hennessy.

David
Shrigley,
Frédéric
Dufour. Lætitia Dosch,
nom et prénom
Pierre Deladonchamps.
ect hoizrsg Mélanie
Laurent, Anna
Orlan. Mouglalis.

La vie parisienne d’agathe godard


Bertrand Bonello.

Les bulles de Ruinart


pétillent à la Bastille
Co c k ta i l «   U n co n v e n t i o n a l B ubb l e s   »

C
’est David Shrigley, un artiste anglais au visage d’ado et au flegme
typiquement british, que Frédéric Dufour, président de la célèbre marque
de champagne, a choisi cette année pour réinterpréter les codes de la maison
avec un humour décalé. « J’ai visité les vignes, les crayères, parlé avec les pros
de la vinification dans les caves », assure Shrigley, qui a réalisé 36 dessins et
Fabien Vallérian,
gravures, 3 néons et 2 céramiques exposés dans une immense salle cachée de l’Opéra
Victoria Wilmotte.
Bastille. Pour cette fête des arts, actrices, designers, écrivains ont ainsi pu découvrir le
travail du créateur à l’œil acéré. Epanouie, Mélanie Laurent, qui avait quitté Los Angeles,
Charlotte Le Bon. où elle vit désormais avec son amoureux américain, apprécia les petites phrases qui Marie-Ange
ponctuaient les œuvres, et plus particulièrement « Please, Don’t Destroy the World », Casta.
elle qui se bat pour la sauvegarde de l’environnement. L’actrice canadienne Charlotte Le
Bon croisa la comédienne et metteuse en scène suisse Lætitia Dosch et Marie-Ange
Casta, ravie d’être la nouvelle égérie de Lancaster Beauty. Annabelle Belmondo, petite-
fille de Jean-Paul, qui aurait pu être l’héroïne de « Zazie dans le métro », chahutait avec
Djanis Bouzyani, qu’elle a connu durant le tournage du nouveau biopic sur Madame
Claude, réalisé par Sylvie Verheyde, sous l’œil amusé de Pierre Deladonchamps. En
solo, car sa femme, Pauline de Drouas, vient d’accoucher d’une petite fille fin février,
Jean-Charles de Castelbajac ne cachait pas son bonheur d’être papa à 70 ans : « Je
suis fou d’amour pour ce bébé que nous avons appelé Eugénie ! » clama le couturier,
déjà père de deux grands garçons, Guilhem, 40 ans, et Louis-Marie, 36 ans. Après
de brillantes études – elle a obtenu un diplôme d’architecte d’intérieur à Camondo
et un master de design au Royal College of Art à Londres –, Victoria Wilmotte, la fille
du célèbre architecte, qui a ouvert avec succès son studio de création, se retrouva au
coude-à-coude avec l’iconique India Mahdavi, escortée du frétillant créateur Alexis
Jean-Charles
Mabille. Quant au pâtissier Pierre Hermé, il admira le coffret en édition limitée qui Djanis Bouzyani,
de Castelbajac.
contenait un jéroboam sur lequel David Shrigley avait aussi apposé sa signature. n Annabelle Belmondo.
Photos Henri Tullio

David Foenkinos.
India Mahdavi, Paul-Emmanuel Reiffers,
Alexis Mabille. Valérie Franceschi et Pierre Hermé.
122 pa r i s m at c h D U 1 9 a u 2 5 m a r s 2 0 2 0
le
jour où
‘‘ 
je recueille
un migrant
Gwendoline Hamon ’’ De g. à dr. : Jessy Ugolin, Alseiny
et Gwendoline Hamon.
Propos recueillis par Méliné Ristiguian

Mai 2017. Le tournage de la série « Cassandre »


Petite-fille de l’écrivain
vient de se terminer. Avec Jessy Ugolin, mon amie Comment rester insensible ? Ce Jean Anouilh, l’actrice
n’est qu’un enfant, et son passé incarne le commissaire
actrice, nous sommes dans le train pour Paris est déjà si lourd. Jessy lui p­ ropose Florence Cassandre
lorsqu’un contrôleur fait irruption dans notre wagon. de l’héberger pour la nuit. Le dans la série de France 3,
lendemain, je l’emmène faire le qui réunit plus de 3,8 millions
Il en déloge sans ménagement Alseiny, un jeune tour de Paris. Je lui montre les de téléspectateurs
par épisode. La saison 4 est
Africain. Le garçon vient de très loin... monuments et lui explique notre
diffusée jusqu’au 21 mars.

L
­histoire, nos coutumes. Je lui
achète quelques vêtements pour C’est sa grand-mère, Nicole
e contrôleur se baisse et tire par la manche un gamin lui constituer une petite garde- Anouilh, comédienne et metteur
caché sous le siège. Le gosse ne semble pas apeuré, robe et un téléphone ­portable. en scène, qui déclenche sa
juste résigné. Très vite, je comprends qu’il s’agit d’un Entre deux boutiques, nous
vocation. Nommée au Molière
de la révélation théâtrale
migrant. Deux autres contrôleurs arrivent pour gérer ­faisons une pause dans un restau- en 2000, elle poursuit sa carrière
la situation : Alseiny a 15 ans et demi, il n’a aucun titre rant. Gêné, il n’ose rien comman- à la télé et au cinéma. Elle est
de transport et pas de papiers. Je m’interpose et paie son billet. der. Je lui fais comprendre qu’il la marraine de l’association
Il est en règle, les contrôleurs ne peuvent plus le remettre aux n’a plus rien à craindre. Je suis là Imagyn, qui lutte contre
forces de l’ordre. Avec Jessy, nous l’emmenons dans le wagon- et je ne le lâcherai pas. les cancers gynécologiques.
bar. Il dévore deux sandwichs et vide deux bouteilles d’eau. Il Je passe plusieurs jours à ses
nous explique être originaire d’un village reculé de Guinée où il côtés, et, après de nombreux coups de fil, une vraie chaîne de soli-
n’y a ni école ni réseau téléphonique. Né dans une famille poly- darité se crée. Avec Jessy, nous lui trouvons une structure pour
game, il a eu le courage de s’interposer lorsque son père a frappé l’accueillir… mais à Caen. Grâce à l’association France terre
sa mère. Blessé au crâne, il a été chassé du foyer. Direction le d’asile, il est hébergé en c­ olocation et scolarisé en classe de 3e.
Sénégal, où un oncle l’héberge quelque temps avant de le mettre C’est la première fois qu’il va à l’école : il ne sait ni lire ni écrire.
dehors, faute de moyens pour l’élever. S’ensuit un long périple Régulièrement, j’appelle son éducatrice pour suivre son avan-
vers la Libye, où il trouve un petit boulot avant de se faire atta- cée. J’entame aussi des démarches administratives pour régula-
quer une nuit à coups de pierres. De retour sur le chemin de riser sa situation. Je vais même jusqu’au Sénégal récupérer son
l’exil, il débarque en Italie. Alseiny va passer de train en train… acte de naissance. Malgré ses lacunes, Alseiny redouble d’efforts,
jusqu’à se retrouver dans le mien. conscient de sa chance, et, en quelques mois, il maîtrise le français
Il ne parle presque pas français. Par chance, je baragouine et s’est parfaitement intégré aux jeunes de son âge. Une victoire.
quelques mots de sa langue car j’ai passé une grande partie La première d’une longue série.
de mon enfance en Afrique. Je suis touchée par sa détresse. Je vais souvent lui rendre visite. Il me confie son rêve : deve-
nir cuisinier ou artisan boulanger. Grâce à mon amie d’enfance
Mathilde de l’Ecotais, compagne de Thierry Marx, il intègre en
« Je m’occupe aussi de Hassan, janvier 2020, la formation Cuisine mode d’emploi(s) à Paris,
un migrant de 24 ans, originaire du créée par le chef étoilé et Frédérique Calandra, maire du XXe
Tchad. En traversant la Méditerranée, arrondissement de Paris. Un cursus gratuit avec à la clé un
il a perdu son meilleur ami. Lui non plus diplôme reconnu par l’Etat. Son groupe reçoit même la visite de
Brigitte Macron ! Je lui trouve une chambre à louer au sein d’une
ne connaissait rien en arrivant. Aujourd’hui, famille formidable qui s’occupe de lui comme de son propre fils.
il est en deuxième année de fac en sciences Aujourd’hui, il est en stage dans un restaurant. Il a des amis, va
sociales à Nanterre. Une réussite. » au bowling, à la patinoire… Il est heureux, enfin. n @meliristi

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