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POLITIQUE • EMMANUEL MACRON Favoris Partage

La présidentielle de 2022 commence à inquiéter


Emmanuel Macron et ses proches
Les stratèges n’hésitent pas à envisager une élimination dès le premier tour du chef de l’Etat, qui
cristallise les mécontentements.

Par Olivier Faye • Publié aujourd’hui à 01h13, mis à jour à 14h34

Lecture 5 min.

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Emmanuel Macron lors de sa venue au Salon de l’agriculture, à Paris, le 22 février. JULIEN MUGUET
POUR LE MONDE

Les journalistes ont fini de poser leurs questions. Emmanuel Macron donne
maintenant la parole à de jeunes habitants du quartier de Bourtzwiller, cité
sensible de Mulhouse (Haut‐Rhin), où il est venu présenter, mardi 18 février, le
premier volet de son plan de lutte contre le « séparatisme islamiste ».

« Est‐ce que vous êtes candidat pour les prochaines élections de 2022 ? », demande
l’un d’eux. Le chef de l’Etat, estomaqué, réfléchit quelques secondes. « Je ne vais
pas vous dire ce que je vais faire en 2022, il y a beaucoup de choses qui peuvent
arriver d’ici là, réplique‐t‐il. Au bon moment il faudra arriver à ces choses‐là, si j’y
arrive. Pour le moment, il faut continuer à travailler. » Une réponse classique pour
qui veut ne pas se projeter trop tôt vers une échéance. La présidentielle, après
tout, a lieu dans plus de deux ans. Mais la prudence du ton témoigne aussi d’une
intuition, qui traverse la Macronie depuis quelques semaines : encore faudra‐t‐il y
« arriver ».

Emmanuel Macron – encore lui – a posé des mots sur ce sentiment diffus. Devant
les députés de la majorité qu’il a reçus à l’Elysée, le 11 février, le chef de l’Etat a
reconnu vivre « un moment difficile du quinquennat ». La réforme des retraites,
impopulaire, s’enlise à l’Assemblée nationale et dans la rue. Sa cote de confiance
chute depuis la rentrée 2019, notamment auprès du peuple de droite.

Lire aussi | Ce que Macron a dit devant les députés LRM : « Le


quinquennat précédent s’est disloqué sur des aventures personnelles »

Les élections municipales des 15 et 22 mars s’annoncent compliquées, et les


opposants de tous bords, de La France insoumise (LFI) au Rassemblement
national (RN), en passant par Les Républicains (LR), redonnent de la voix. « Toutes
les difficultés sont là. Il n’y a plus la force de propulsion du départ, a souligné le
président de la République face à ses troupes. Les oppositions sont plus fortes. La
contrepartie du “en même temps”, c’est qu’il y a des oppositions des deux côtés,
elles sont en stéréo. »

« Grande fragmentation » de l’électorat


Quant à la crise des « gilets jaunes » – qui a « décapsulé » un niveau de violences
inédit dans le pays –, elle continue d’imprimer la rétine des Français. « Il y a
toutes les frustrations, tous les ressentiments de la société qui sont en train de
ressortir, ça tombe sur nous parce qu’on a agité la société », a jugé M. Macron.

Face à ce constat – cette « difficulté consubstantielle de ce moment du


quinquennat », selon les mots du chef de l’Etat –, les stratèges de l’exécutif
s’inquiètent : tout peut « arriver ». Y compris une élimination de leur champion
au premier tour de l’élection présidentielle de 2022. Nombreux sont ceux, en
effet, à ne pas croire au scénario écrit à l’avance d’un nouveau duel opposant, au
second tour, Emmanuel Macron à la présidente du RN, Marine Le Pen. « L’enjeu de
la prochaine présidentielle, c’est la qualification au second tour », estime un
conseiller du pouvoir. « Je ne parierai pas que le match soit Macron‐Le Pen. Je ne
sens pas cette envie chez les gens », ajoute un ministre.

Lire aussi | Macron et Le Pen, éternels meilleurs ennemis

Une prescience confirmée par les sondages : selon une enquête Elabe pour BFM‐
TV diffusée le 12 février, 80 % des Français ne souhaitent pas revoir s’installer une
telle confrontation. Le socle électoral mariniste apparaissant solide – au‐delà des
ennuis judiciaires qui pourraient entraver la députée du Pas‐de‐Calais –, la
question se pose de savoir dans quel état sera celui du chef de l’Etat. « Au premier
tour, en 2017, nous avions déjà quatre candidats extrêmement rapprochés
[Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean‐Luc Mélenchon]. Là,
nous avons affaire à une encore plus grande fragmentation… », note, préoccupée,
une députée de La République en marche (LRM).

Le président de la République se prête au jeu des selfies avec des visiteurs du salon de l’agriculture, le 22
février. JULIEN MUGUET POUR LE MONDE

Il n’est pas étonnant, dans ce contexte, de voir Emmanuel Macron se lancer dans
une sorte de précampagne présidentielle, autour de deux thèmes : l’écologie et le
régalien. Le chef de l’Etat, qui a l’intention d’égrener le dévoilement de son plan
de lutte contre le séparatisme, doit par ailleurs battre la campagne ces prochaines
semaines pour incarner selon son entourage l’« écologie du quotidien »,
martingale censée l’aider à répondre aux procès en inaction dans ce domaine. « Il
faut qu’on dessine très vite les arêtes du débat présidentiel, il nous reste un an
pour les faire émerger. Au lendemain des régionales, en mars 2021, la campagne
va démarrer immédiatement », prédit un stratège de la Macronie.

« Tension » et « détestation »
Ces deux thématiques, régalienne et écologique, répondent à des préoccupations
de fond. Mais elles correspondent aussi aux deux principaux concurrents
identifiés par les macronistes d’ici à 2022 : la droite et les écologistes.

Joindre ces deux bouts – cela s’appelle le « dépassement » – doit permettre de


relever un défi, celui de la réélection du président de la République ; pas un
prédécesseur de M. Macron, hormis François Mitterrand et Jacques Chirac au
lendemain de périodes de cohabitation, n’y est parvenu. « Peut‐être que le moyen
de changer cette réalité historique, c’est de changer son électorat », anticipe un
ministre. Vers la droite, donc. Un virage déjà abordé au moment des élections
européennes de 2019. « Il faut solidifier cet électorat », estime un proche du chef
de l’Etat. Raison pour laquelle il n’a pas été question, au cœur de l’hiver, de lâcher
un pouce de terrain à la contestation contre la réforme des retraites.

Lire aussi | Les sondages sur la réforme des retraites montrent


une France « très polarisée, avec un clivage gauche‐droite »

L’autre enjeu identifié par la Macronie est celui de l’équation personnelle du


locataire de l’Elysée, qui cristallise autour de sa personne « tension » et
« détestation », de l’avis de beaucoup. « Le pays est à feu et à sang, alors que nous
avions joué sur la bienveillance en 2017. C’est un échec », reconnaît un député de la
majorité. « Les deux années qui viennent doivent être des années de pacification. Il
faut qu’on se calme tous pour ne pas entrer dans la campagne présidentielle avec
un tel niveau de tension, estime un autre. Le président a vocation à calmer le jeu. »

« La France en commun »
Emmanuel Macron entend donc, de son propre aveu, porter des « textes forts
politiquement et de réconciliation », comme sur la dépendance ou le handicap.
L’urgence, selon lui, serait de « communiquer » sur un nombre d’objets plus
réduits, « des choses tangibles, qui changent la vie ». « Le calme du pays se
construira dans la capacité à donner du sens aux résultats », a‐t‐il estimé devant
sa majorité.

Le 31 décembre 2019, lors de ses vœux, le chef de l’Etat a utilisé une expression
qui a fait tilt dans l’esprit de certains proches : « La France en commun. » Un
potentiel slogan de campagne ? L’expression, en tout cas, n’est pas sans rappeler
« la France unie » promise par François Mitterrand au moment de sa large
réélection, en 1988, face à Jacques Chirac. Le modèle de campagne absolu pour
tout président sortant. François Hollande lui‐même espérait l’enfourcher en 2017.
Avant que l’imprévu ne frappe à sa porte.

Olivier Faye

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