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E. Pfimlin et L.

Checola « L’essor vertigineux du trading algorithmique » 2011

§ 1) Le 6 mai 2010, l’affolement a gagné la bourse de N.Y dont les cours se sont effondrés
brutalement.
La technique de l’algotrading en a été une des causes, cette pratique représente en effet 70 % des
transactions aux USA.
§ 2) Cette technique qui consiste à minimiser le temps d’exécution des ordres pour en dégager des
profits, si minimes soient les écarts de valeur sur des écarts de temps très faibles, se répand dans le
monde de la finance (C’est le volume de transactions qui crée la valeur).
Ces machines traitent d’énormes volumes d’informations sur l’état du marché, à une vitesse
prodigieuse qui leur permet (principe de ces mécanismes est la valeur prédictive des calculs)
d’opérer sur les marchés quasiment en temps réel.
Ces algorithmes surpassent les capacités humaines et ces pratiques ne sont pas étrangères à la
finance déréglée, débridée qui s’est emparée de la planète.
§ 3) Ce phénomène récent né avec l’informatique en 70, s’est développé au début de ce millénaire
grâce à cette maîtrise et gestion de plus en plus fine de l’état des marchés en un temps T, de l’ordre
du millième de seconde. (Cette capacité permet aux machines d’ajuster quasiment
instantanément leurs décisions et opérations à l’état du marché connu par elles et donc
d’optimiser les profits puisque la technique du fractionnement des opérations permet
idéalement à leur valeur d’évoluer en fonction de la connaissance des évolutions des marchés
d’un millième de seconde à l’autre : tout décalage temporel entre ce que l’on sait à l’instant T
et l’exécution de la décision prise à l’instant T+1 est alors facteur d’imprévisibilité donc de
risque. Résultent de cette conquête de la connaissance et du temps, des gains considérables si
le volume des opérations l’est aussi)
Ce modèle de prédictibilité fondé sur la connaissance du marché à un instant T par les machines
favorise l’automatisation des ordres (qui peuvent alors intervenir toujours plus rapidement pour
dégager de micro-profits sur des espaces-temps toujours plus courts).
§ 4/5 Désormais, l’algotrading a pratiquement gagné toutes les institutions financières des U.E.
Si en Europe, ces techniques restent encore minoritaires, elles se développent particulièrement en
Asie et sont appelées à se généraliser en Europe (ordre dont la valeur est segmentée en fonction des
fractions de temps qu’il faut pour l’exécuter : c’est parce qu’on fractionne le temps qu’on peut le
maîtriser et l’exploiter alors que la durée, réalité psychique, continue et variable comme sentiment
ne peut être valorisée, monétisée).
§ 6) les profits générés par ces pratiques de trading sont énormes au point que des réseaux
anonymes d’investisseurs opèrent dans la clandestinité et bénéficient de ces mécanismes de
passation d’ordres à haute fréquence.
§ 7) Ces techniques sont si attractives que l’accès à leurs services sont très coûteux. La conquête du
temps, chaque milliseconde gagnée est source de profits ; c’est pourquoi les grands acteurs de la
finance fournissent à leurs clients l’accès à des serveurs les plus proches possibles des sites
d’exécution des ordres. En effet, 160 mètres de distance représentent un milliardième de seconde,
source de gains ou de pertes.
§ 8) Les menaces
Ces techniques font peser des menaces sérieuses, en effet, la moindre erreur lors de la passation
d’un ordre s’aggrave quand les utilisateurs peuvent intervenir en accédant directement aux
machines sans qu’aucun contrôle ne s’exerce (si un contrôle s’exerçait, il y faudrait du temps, ce
que justement combattent ces procédés, ; la sécurité se paie toujours d’une certaine lenteur).
En quelques minutes, des montants énormes peuvent être engagés, avant que l’erreur ne soit
détectée.
De nombreux exemples dans l’histoire financière récente illustrent ce risque.

V. De Filippis « 2028, les robots font valser le CAC » 2018


§ 1) Les super-calculateurs des grandes institutions financières internationales avaient averti que les
Etats qui ont décidé de s’affranchir des contraintes économiques seraient sanctionnés par les
marchés. (Prise du contrôle des finances par les machines)
§ 2) Sur les grandes places financières, les calculateurs ont réagi et en quelques minutes, les
investisseurs se sont désengagés et provoqué la faillite (asséchement des liquidités) des Etats
rebelles à l’orthodoxie financière. (Les machines sanctionnent les Etats)
§ 3) (retour au réel) Cette fiction dystopique (utopie catastrophique) repose sur des pratiques et
techniques financières qui ont déjà cours. L’industrie de la finance a construit son pouvoir sur le
recours aux algorithmes, à l’intelligence artificielle qui régissent par leurs analyses et leurs
décisions, les variations des valeurs boursières et donc les capacités d’investissement des
entreprises.
Ces machines qui opèrent à haute fréquence exécutent des volumes d’opérations considérables en
une fraction de seconde et elles représentent désormais plus de 60 % des transaction internationales.
Tous les acteurs financiers ont recours aux outils algorithmiques et en sont devenus comme toxico-
dépendants tant ils sont profitables. (constat 2)
§ 4) Ces machines sont si efficaces qu’elles ont remplacé les traders dans les grandes salles de
marché abandonnées désormais à l’intelligence artificielle et aux informaticiens. Les algorithmes
permettent en effet de dégager des profits considérables en une fraction de seconde (conséquences)

E. Zola « L’Argent » 1891


C’est bien la connaissance du marché, en l’occurrence de la situation internationale, qui est
déterminante et en l’absence de l’informatique à la fin du 19ème siècle, c’est une information
confidentielle et exclusive (un temps d’avance sur les autres), à savoir la fin d’un conflit armé
entre de grandes nations et empires européens, qui va permettre à Saccard de dégager des bénéfices
considérables.

La description de cette scène à la bourse de Paris est marquée par la fébrilité, l’agitation des
opérateurs et par la rapidité dans la passation des ordres (Illustration qu’il faut connaître l’état du
marché avant les autres, être ainsi à la source d’une tendance haussière pour en engranger les
bénéfices).

Lorsque la nouvelle d’un accord de paix se répand d’abord comme une rumeur, les cours s’envolent
emportés par la multiplication des ordres d’achats sous l’effet de cette information. (l’effet
d’entraînement, le caractère moutonnier et précipité des intervention sur le marché)

Les thèmes de la guerre, de la fureur et du vacarme interviennent lorsque chacun, dépassé par
l’ampleur des mouvements financiers, cherche à sauver sa peau. La rumeur, l’affolement,
l’emballement des passions sont des facteurs d’amplification des phénomènes boursiers.

Doc 4)
Cette photo illustre le caractère hautement technique de ce temple de l’argent qu’est la bourse. Les
ordinateurs et les écrans géants saturent l’espace.
Les traders dépendent des machines et leurs décisions sont suspendues aux cours qui défilent sur les
écrans.

La société moderne connaît une accélération du temps qui s’est généralisée à toutes les
activités humaines. L’univers de la finance illustre désormais de façon spectaculaire ce phénomène
même si ses pratiques ont toujours exigé une prise de décision et une exécution rapides dans la
réalisation des transactions. C’est dans cet esprit que ce corpus aborde la problématique du
développement des technologies numériques dans le traitement des données financières et analyse
les menaces que font peser ces outils bien au-delà du monde de la finance.
Ainsi, E. Pfimlin et L. Checola co-auteurs d’un article sur l’algotrading de même que V. De
Filippis insistent sur les évolutions techniques vertigineuses qui marquent le monde de la finance et
sur leur exposition au risque. D’ailleurs, la photographie représentant une salle de marché moderne
illustre le pouvoir des machines et des écrans autour desquels s’agglutinent les opérateurs. Enfin, à
la fin du 19ème siècle, E. Zola dans un extrait de « L’Argent » décrivait déjà l’agitation,
l’affolement qui caractérisaient alors l’activité boursière.
Nous observerons que les techniques financières, si elles ont considérablement évolué,
reposent d’abord sur une meilleure connaissance du marché. Nous soulignerons ensuite que ces
techniques représentent une conquête du temps dans le traitement des données et l’exécution des
décisions. Enfin, nous présenterons les menaces que font peser les techniques financières actuelles.

Les co-auteurs de l’article paru dans Le Monde observent que désormais, l’algotrading a
pratiquement gagné toutes les institutions financières des USA. Cette technique y représente en
effet 70 % des transactions. Si en Europe, le recours aux algorithmes reste encore minoritaire, il se
développe particulièrement en Asie et est appelé à se généraliser en Europe même.
De même, V. De Filippis ajoute que les super-calculateurs représentent en 2018 plus de 60 %
des transactions internationales. Ces machines sont d’ailleurs si efficaces que tous les acteurs
financiers ont recours aux outils algorithmiques et sont devenus comme toxico-dépendants aux
profits générés.
La photographie illustre enfin le caractère hautement technique de la bourse, ce temple de
l’argent. Les machines s’y imposent et les écrans sont devenus les Tables de la loi financière autour
desquelles s’agitent les opérateurs.
En effet, V. De Filippis observe que l’industrie de la finance a construit son pouvoir sur le recours à
l’intelligence artificielle qui gouverne par ses analyses et décisions, les variations des valeurs
boursières. E. Pfimlin et L. Checola ajoutent même que les algorithmes sont comme des cerveaux
augmentés qui se substituent aux décisions et arbitrages humains. D’ailleurs, dans son texte
d’anticipation, V. De Filippis montre que les prévisions des machines sont infaillibles et revenant à
la réalité, il constate que la fiction rejoint désormais la réalité et que les machines sont si efficaces
que les grandes salles de marché sont aujourd’hui régies par l’intelligence artificielle.
Enfin, chez E. Zola, c’est bien la connaissance de l’état du monde (délit d’initié) qui est
déterminante et en l’absence de l’informatique à la fin du 19ème siècle, c’est la connaissance d’un
événement géopolitique majeur qui va permettre à Saccard de dégager des bénéfices considérables.

Mais le contrôle et la conquête du temps sont aussi une dimension fondamentale de la finance.

En effet, Saccard bénéficiant d’informations confidentielles des réalités politiques du moment,


dispose d’un temps d’avance qui lui permet d’anticiper un mouvement haussier à la bourse. Il fait
alors en toute hâte passer des ordres par l’entremise de ses agents, les chargeant d’acheter sans
réserve à la hausse.
Aujourd’hui, E. Pfimlin et L. Checola soulignent que la puissance de calcul informatique permet de
minimiser le temps d’exécution des ordres pour en dégager des profits, si minimes soient les écarts
de valeur, sur d’infimes écarts de temps. Cette course contre le temps et l’automatisation des
opérations se répandent ainsi dans le monde de la finance.
Ces machines traitent en effet d’énormes volumes d’informations sur l’état du marché, à une vitesse
prodigieuse qui leur permet d’exécuter des ordres quasiment en temps réel.
La puissance de calcul de ces outils, ajoutent ces mêmes auteurs, est si efficace et attractive que
l’accès à leurs services est très coûteux. Ainsi, chaque milliseconde gagnée est source de profits.
D’ailleurs, les acteurs financiers s’efforcent de fournir à leurs clients l’accès à des serveurs les plus
proches possibles des sites d’exécution des ordres (plateformes de négociation). En effet, 160
mètres de distance représentent un millième de seconde, source de gains ou de pertes.
V. De Filippis constate aussi que désormais les machines qui opèrent à haute fréquence exécutent
des volumes d’opérations considérables en une fraction de seconde. Dans son article, ce même
auteur montre que les grandes places financières régies par les super-calculateurs, réagissent à la
vitesse de l’éclair et réalisent des volumes de transaction considérables.

C’est pourquoi il faut examiner les risques et les menaces que représentent la puissance et la
sophistication des techniques employées par les grandes institutions financières.

D’abord, E. Pfimlin et L. Checola considèrent que techniquement, ces outils font peser des menaces
sérieuses sur les finances mondiales. Ainsi, la capacité des machines à exécuter des volumes
d’ordres considérables à la vitesse de l’éclair amplifie et accélère les mouvements financiers. Les
algorithmes sont un des facteurs des dérèglements de la finance qu’illustre l’affolement qui a gagné
en 2010 la bourse de N.Y lorsque les cours se sont effondrés brutalement. De nombreux exemples
de banqueroutes financières récentes, confirment ce risque.
D’ailleurs, en son temps, E. Zola décrit comme une bataille cet emballement furieux s’emparant de
la bourse lorsque chacun, dépassé par l’ampleur des mouvements financiers, cherche à sauver sa
peau. La rumeur, les passions sont alors les facteurs d’amplification des phénomènes boursiers.
V. De Filippis dans son article d’anticipation financière, montre que les super-calculateurs des
grandes institutions financières internationales pourraient se substituer aux gouvernements légaux
pour provoquer la faillite d’Etats rebelles à l’orthodoxie budgétaire, qui auraient décidé d’exercer
leur souveraineté. Cette fiction imaginée par De Filippis est déjà réalité, affirme-t-il : ce sont
désormais les machines qui déterminent les variations boursières et les capacités d’investissement
des entreprises. D’ailleurs, ces technologies ont vidé les salles de marché de leurs légendaires
golden boys, des milliers d’emplois de traders ont alors disparu en quelques années dans les grandes
banques d’affaires, conclut-il.
Enfin, E. Pfimlin et L. Checola soulignent que les profits générés par les pratiques de trading à
haute fréquence sont si attractifs que des réseaux anonymes d’investisseurs opérant dans la
clandestinité peuvent accéder ces techniques financières, ce qui alimente une finance obscure et
incontrôlable.

L’accélération (et la massification) de la diffusion numérique des données représente-t-elle un


danger ?

Les technologies numériques ont introduit la notion de « big data », c’est à dire le stockage et
l’exploitation de gros volumes de données ou d’informations d’origine et de nature diverses. Mais
leur exploitation pouvant présenter des menaces, il est légitime d’examiner si l’accélération de la
diffusion numérique de ces données représente un danger.
Nous établirons d’abord que l’économie numérique est fondamentalement une économie de la
connaissance et qu’à ce titre, elle peut représenter un progrès. Cependant, nous soulignerons enfin
que ces techniques ne sont pas innocentes et que le savoir représente aussi une arme, un pouvoir et
donc un danger.

Tout d’abord, il faut poser que la nouvelle économie repose exclusivement sur l’accumulation des
données, leur traitement et leur exploitation. La valeur ajoutée de ces techniques résulte donc des
connaissances et du savoir qu’elles fournissent, quel que soit le domaine d’application des
gigantesques masses d’informations que collectent ces techniques. Ainsi, si le corpus analyse
exclusivement l’emploi des algorithmes dans le monde de la finance, nous devons élargir le débat à
d’autres secteurs d’activité.
Dans le domaine de la santé, l’accumulation des données médicales se rapportant à une pathologie
particulière et à un patient singulier permet d’affiner et de perfectionner les stratégies médicales et
d’améliorer l’efficacité des traitements. Les bénéfices que l’on retire d’une meilleure connaissance
d’un problème sont indiscutables et l’accroissement considérable des données médicales nécessite
le recours à des outils de stockage et de traitement de ces données adaptés à leur volume. Le big
data ne peut-être traité et exploité que par les algorithmes et l’intelligence artificielle, le cerveau
humain n’y suffit plus.
De même, dans le domaine de la sécurité, les logiciels de prédiction de la criminalité sont devenus
une réalité et permettent de prévenir la commission d’actes délictuels. Ainsi, la police prédictive se
fonde sur l’étude de données de faits de délinquance afin que les algorithmes identifient les lieux et
les moments où statistiquement les risques sont les plus élevés. Une meilleure connaissance du
passé permet ainsi, sinon de prédire au sens plein de ce terme, du moins d’anticiper les
comportements futurs.

Cependant, il faut rappeler que toute augmentation du savoir s’accompagne aussi d’une
augmentation du pouvoir et donc d’une plus grande responsabilité. Il faut alors examiner les
dangers que recèlent ces nouveaux pouvoirs.

En effet, si les algorithmes peuvent collecter et traiter des volumes d’informations considérables,
alors il faut s’interroger sur les possibilités d’exploitation de ces données. Ainsi, V. de Filippis craint
dans son article que la fiction ne devienne réalité et que des pays qui voudraient s’affranchir des
règles internationales d’orthodoxie budgétaire ne soient sanctionnés par les machines et conduits à
la faillite par leur puissance de calcul, la valeur prédictive de leurs analyses et leur capacité à
décider et exécuter d’énormes volumes d’ordres financiers à toute vitesse.
Dans un tout autre domaine, l’enjeu de la gestion des données numériques est considérable. Les
likes sur Facebook permettent à ses algorithmes de profiler toujours plus finement ses clients et de
leur proposer les produits, services, contenus numériques les plus adaptés aux circonstances qu’ils
vivent. Que leurs habitudes consistent à manger préférentiellement une pizza à la pause-déjeuner et
grâce à la géolocalisation, des suggestions commerciales sont adressés au bon client, au bon
moment, au bon endroit. Plus largement, les opinions, les goûts, les désirs exprimés sur les réseaux
sociaux génèrent des suggestions qui enferment le client dans un quant-à-soi numérique et ne font
plus place au hasard, à la découverte, à la curiosité.
Enfin, s’il est vrai que dans le secteur de la santé, la collecte d’un énorme volume de données
médicales traité par les algorithmes fournit aux médecins un soutien indiscutable : diagnostics
rapides et fiables, proposition des traitements les plus adaptés à l’état du patient ; le risque que ces
données médicales ne soient détournées à des fins commerciales doit être sérieusement pris en
compte : les mutuelles privées assurant le risque santé pourraient par exemple tirer profit de ces data
médicales et plus largement les menaces d’intrusion et d’exploitation frauduleuses et malveillantes
des données concernent tous les champs de l’existence.